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 ▬ Something wicked this way comes.

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MessageSujet: ▬ Something wicked this way comes.    Sam 30 Nov - 22:15


Chapter 01: Bloodlust
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Soudainement, ses yeux s’ouvrirent, emplis de ténèbres et d’épouvante. Sa respiration saccadée et frémissante, il fixait le plafond. Lentement, délicatement, il toucha ses joues de ses doigts ; elles étaient baignées de larmes, encore une fois. Le même regard hagard, encore une fois. Le même cauchemar, encore une fois. « Dix. » et ce maudit déclic qui s’en suivait, fauchant la vie de l’innocente contaminée. Emma. Wesley ignorait sincèrement la raison pour laquelle cette enfant, plus que toutes les autres, le hantaient ; cet ange candide avait su toucher une fibre de son âme comme nul autre – exception faite de Blake ? c’était une question qu’il n’avait nullement envie de se poser à cet instant – avant. Et il avait voulu la protéger, la placer sous son égide. Et il l’avait failli. Le membre de la garder noire pouvait d’ores et déjà sentir le fiel et les remords le pénétrer. Cette perte griève le tourmentait, le rongeait. Le cœur serré, il planta ses ongles dans son cuir chevelu et étouffa un cri de désespoir. Ceci était son démon boutefeu habituel, l’affliction qui le jetait dans une spirale de colère et de violence, une recherche frénétique de rédemption malavisée s’épiloguant inéluctablement dans la mort et dans le sang. Le réveil indiquait trois heures et des poussières. La lueur orangée et artificielle des lampadaires filtrait par les stores de piètre facture ; la noirceur vespérale avait depuis longtemps capturé la ville et la faune nocturne rôdant à l’extérieur était dangereuse. Windsor jeta sur son dos son intemporel veste de cuir et rangea à sa ceinture son fidèle Colt et sa lame ; rituel de bien funeste augure qui ne laissait rien présager de bon. La contrition s’était déjà évanouie, étiolée, laissant place à la colère toute-puissante, absolue. Wesley était de sortie et fermement déterminé à en découdre .

L’unique avantage à résider dans Storyville, citée en pleine déliquescence, véritable vivier à criminels, où le vice et l’illégalité suinte de tous les murs tel un miasme corrodant, c’est qu’il était plaisamment aisé de dégoter un ou l’autre truand. Des hardes pléthoriques de criminels déambulaient les ruelles lugubres et malfamées de cette métropole rongée par la corruption et l’infamie. L’intérêt de Wesley fut très vite piqué par un groupe de deux individus goguenards, poussant entre eux une jeune femme à moitié dénudée. Comme il s’en était maintes fois targué auprès de la gent féminine, le Shadowhunter était un gentleman, n’hésitant pas voler à la rescousse de quelconque demoiselle en mauvaise arroi. Ainsi, s’il pouvait porter une main secourable à la nymphe tout en assouvissant ses sinistres démons intrinsèques, il le ferait sans l’ombre d’une vacillation. Le duo plébéien eut sitôt fait de remarquer la présence du tiers parti et s’avancèrent vers notre protagoniste, ricanant tout du long temps. Ces animaux avaient sans nul doute la factice conviction que Wesley constituait une proie facile et esseulée ; ce qui était à la fois une erreur fatidique et une ineptie au vu du style truculent de notre protagoniste. L’infant de Lucifer se connaissait bien, il savait que si les choses ne se déroulaient pas de manière satisfaisante, son ire ne serait pas apaisée. Ainsi, d’un geste mécanique il dégaina son Colt et d’une précision redoutable, logea une balle dans chaque genou dans l’individu de gauche, la géhenne lui arrachant des hurlements retentissants. Le quidam encore debout, son visage crispé en une expression de rage, dégaina une longue lame et fondit sur Wesley qui, lui, ne fit pas de même directement ; le rituel minutieux et méticuleux n’étant pas arrivé à son terme : le désaxé ne sentait pas encore l’adrénaline pulser à travers son corps, l’ivresse l’enivrer, l’éréthisme lui consumer l’âme. Pour cela, pour que son extase soit portée à son paroxysme, il devait s’adonner à une danse macabre et dangereuse, éludant et esquivant les assauts de son adversaire, mettant sa vie sur le fil. L’abscons personnage n’était nullement régenté par des envies de mort, loin s’en faut, il se savait capable d’en réchapper, les attaques de son adversaire étant désorganisées et fort malhabiles. Néanmoins, lors d’un moment de flottement, l’antagoniste réussit à porter un coup à Wesley, simple estafilade au niveau du sternum, emperlant son t-shirt de quelques gouttelettes de sang. Durant quelques interminables de secondes, ils s’observèrent en chiens de faïence, tout deux immobiles et puis, d’un geste prompt et plein d’ardeur, la lame de Wesley avait jailli, foudroyante, se plantant dans la gorge du malheureux, la stupéfaction peinte sur son faciès patibulaire, ses yeux écarquillés, ses lèvres se mouvant sans bruit faire. La flamme dans son œillade se mourait très vite, drainée par la blessure létale. Wesley extirpa son couteau de la jugulaire de son adversaire et un flot continu d’hémoglobine gicla, lui couvrant le visage du liquide écarlate et poisseux, il pouvait en sentir la chaleur et le goût cuivré sur ses lippes. Le malfrat tomba comme une pierre inerte. Wesley, quant à lui, ne s’était jamais senti aussi vivant. Ensauvagé par cette exaltation exquise, inassouvi par cette oblation sanglante, il se retourna sur le deuxième individu qui tentait vainement de ramper loin de son bourreau, son corps secoué par des sanglots. Couard. Sans vergogne, Wesley l’agrippa par les cheveux et le traina jusqu’à la bordure du trottoir. Il pouvait ouïr sa victime psalmodier des oraisons. Pour son salut ? Pour l’expiation de ses péchés ? Windsor l’ignorait. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il se mourait d’achever son œuvre. Le Shadowhunter fit mordre l’angle du trottoir à sa proie, le raclement de ses dents sur la pierre le faisant grimacer. Le mécréant avait abandonné les prières, se rendant douloureusement compte qu’aucun panthéon miséricordieux ne le sortirait de cette inextricable situation et gémissait maintenant une kyrielle d’injures inarticulées. Wesley fléchit lentement sa jambe en l’air, appréciant chaque seconde de cette domination qu’il exerçait sur ce misérable. Impitoyable, impie, le membre de la garde noire broya le crâne de l’homme sur le pavé, occasionnant un craquement nauséen. La transe abandonna le déchu, le laissant fébrile et étrangement détaché du spectacle s’offrant à lui ; il n’avait jamais vu autant de sang. Il pouvait sentir son cœur dans sa gorge, sa respiration erratique gratter ses voies respiratoires, entendre le sang battre dans ses oreilles. Le sibyllin personnage fit quelques pas à reculons afin d’appréhender son œuvre dans son entièreté. Il ne pouvait ressentir ni répulsion ni résipiscence. À vrai dire, il ne pouvait plus rien ressentir du tout, emprunt d’une certaine apathie. Il serait futile de cacher les macchabées, cette ville était une zone de non-droit, aucune force de l’ordre ne s’aventurerait dans ces rues. Alors que Wesley allait faire volte-face et s’en aller, il entendit un bruit, qui ressemblait étrangement à … un applaudissement. Ses nerfs derechef à fleur de peau, le Shadowhunter dégaina son Colt et le pointa vers la provenance de ces percussions, il pouvait distinguer une silhouette tapie dans la pénombre. Avait-il été témoin des exécutions ? « Montre-toi. » siffla-t-il d’une voix dangereusement calme. Wesley sentit ses mâchoires se contracter ; il y avait fort à parier qu’il ne s’agissait pas là d’un allié.  
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MessageSujet: Re: ▬ Something wicked this way comes.    Jeu 5 Déc - 0:07


ᴪ Not all those who wander are lost…

Certains fruits rafraîchissent sans désaltérer. Ils occupent la soif. Ainsi de certains êtres.

Robert Mallet, Apostilles ou l'utile et le futile


Les aiguilles du cadran achevaient lentement leur second cycle semi-journalier.  Elles poursuivaient leur course inégale et effrénée, l’éperon horaire se voyant sempiternellement retardé par rapport à son alter-ego minuté ; ce dernier désavantagé par rapport à son confrère le plus effilé. Tous trois proches de leur zénith, ils s’en allaient alignés l’espace d’une seconde pour marquer l’avènement d’un nouveau jour. Edwin fixait anxieusement cette fine mécanique en fonctionnement. Troublé par de sombres préoccupations, il ne parvenait à s’alanguir dans les bras de Morphée, malgré l’avenir proche que lui réservait le lendemain. Abrité dans un studio miteux au milieu d’un quartier peu recommandable, le jeune homme plus que centenaire tentait tant bien que mal de trouver quelque source de subsistance financière dans ce monde nouvellement découvert. Il était suffisamment déluré que pour se trouver une tâche ponctuelle médiocrement rémunérée, mais il fallait pour cela être irréprochablement  frais et dispos. Or, l’abscons personnage avait eu quelques troubles à trouver le sommeil depuis son arrivée dans la nouvelle capitale mondiale. Tout d’abord, il n’avait pu s’empêcher de noter une sensible amélioration de ses sens par rapport à ses réminiscences de sa vie antérieure. Le quartier étant plutôt turbulent la nuit, il ne manquait pas d’entendre la moindre altercation – verbale ou physique – occurrente dans une proximité bien trop large au goût du percepteur. Mais ce facteur physique provenant de l’effervescence nocturne de la ville n’était pas le seul facteur entrant en jeu dans les agrypnies de notre protagoniste. La souvenance de ses récentes victimes s’établissait dans son esprit torturé, tels de vindicatifs spectres en quête de réparation. Pour couronner le tout, il lui semblait entendre une voix lui suggérer de lugubres fantasmes incluant mort et désespoir.  Tout ce ressenti se confondait en une multitude de pensées désorganisées et agitées qui empêchaient l’homme de fermer l’œil.

Minuit, minuit cinq, minuit sept… Le temps semblait s’être dilaté de manière exponentielle. En supplément à son trouble, Edwin se sentit submergé par une profonde lassitude. Il se tira mollement de sa position horizontale et scruta les environs plongées dans la pénombre. Son foyer était fort modestement meublé : une table, deux chaises, un lit, une cuisinière, et un évier isolé dans un coin ; ça et là, quelques vêtements éparpillés mélangés à une entropique répartition de poussière et autres allergènes en tout genre. Une étroite fenêtre diffusait la faible lueur de l’unique lampadaire de la rue. Au-delà, on observait un conglomérat de sombres nuages recouvrir l’éther, présageant une perturbation atmosphérique proche.  La température caractéristique d’un pré-orage se faisait ressentir dans toute la pièce.  Un oiseau passa devant la fenêtre en effectuant d’impressionnantes acrobaties aériennes pour ne pas céder un pouce de terrain à sa proie invisible.  Edwin se leva et se saisit de ses clés ainsi que d’un billet d’une vingtaine de dollars laissés sur la table. Il enfila une veste sombre et sortit de son environnement étouffant. Il descendit dans la rue, errant en quête d’une échoppe nocturne. Il ne tarda pas à en trouver une, petite et miteuse. Le propriétaire au visage crasseux le considéra d’un œil mauvais et passa ses mains nerveusement sous le comptoir quand il entra. Il se saisit d’une bouteille de whisky et d’un briquet puis demanda un paquet de cigarettes. Le vendeur le lui remit sans le quitter des yeux. Une fois ses achats dument payés, l’abscons personnage sortit de la boutique en jetant un regard circulaire autour de lui. Les rues s’emplissaient de sordides individus, tous plus misérables les uns que les autres.  Cherchant dans leurs dépravations noctambules à se créer un univers d’euphorie, ils pensaient être les maîtres de la nuit.  Assez paradoxalement, ils n’avaient aucune idée de ce qu’était la nuit. L’homme prit une profonde inspiration et se dirigea vers ses appartements.  La bouteille qu’il tenait entre les mains annonçait clairement la couleur du reste de la soirée : le gris le plus intense. Une fois passée la porte d’entrée, il s’assit et posa la bouteille sur la table. Il sortit de sa poche le paquet récemment acheté en en extirpa un fin cylindre. Le briquet acquis par la même occasion lui permit d’embraser l’extrémité du tube et d’apprécier une première bouffée, rapidement recrachée en de chaotiques volutes se dissipant au gré des convections locales. À mesure qu’il consommait, l’original sentait ses troubles s’apaiser, comme si la nicotine inhibait les tourments. Il vécut une sorte de transe tabacologique pendant une dizaine de minutes et expira presque à regret une dernière arabesque nébuleuse, avant de dévisser le bouchon retenant le liquide malté.  Il fit couler une longue lampée dans sa gorge, ne pouvant apprécier la saveur brute et puissante du breuvage. L'aqua simplex n’eut plus d’effets sur lui. Il se sentait toujours inapte à dormir ; au contraire sa balade nocturne avait d’avantage éveillé ses sens. S’efforçant à se calmer, il sentit les effets de l’éthanol lui monter à la tête. Subrepticement, il avait tout de même sifflé les trois quarts d’une bouteille sans pour autant être un buveur chevronné. Il sentit alors en lui exploser un appel, une sorte de voracité l’envahissant brusquement. Il devait s’abreuver non plus de spiritueux mais bien de spirituel. Ses bas instincts reprenaient le dessus. Il sortit alors une seconde fois de son foyer afin de trouver une âme à ponctionner. Cependant, il lui restait un peu de raison, et il ne souhaitait pas se jeter sur le premier venu au risque de se faire lapider par tous. Il irait chercher de sombres individus ne méritant pas leur place sur terre pour se sustenter de leurs rêves pathétiques. Ainsi, justice pourrait être substantiellement faite en ces lieux où la quasi-anarchie régnait. Il ne tarda pas à trouver un junkie avachi dans un caniveau, hanté par ses délires psychotropes. Edwin apposa sa main sur le malheureux mais la retira bien vite tant l’affluence qu’il recevait était insipide et discordante. Ironiquement, l’homme effondré pouvait désormais se targuer d’être parmi les seuls êtres humains au monde ayant été sauvés par leur addiction usuellement délétère.

Allant au hasard dans les ruelles, l’abscons personnage sentait les effets de l’alcool diminuer avec une vitesse surprenante (malgré son appétence toujours autant présente) lorsqu’il fut surpris par deux déflagrations relativement proches. Bien que totalement aberrante, l’idée de dénicher l’origine de ces perturbations était irrésistible à notre protagoniste, si bien qu’il se mit en route. Désormais totalement dégrisé, l’homme se déplaçait dans les rues avec la vivacité d’un prédateur en quête de sa proie. Arrivé aux apparents lieux du tumulte,  il put admirer l’un des plus beaux pugilats qu’il lui eut été donné de voir. Un homme un peu plus jeune que lui en décousait avec ce qui apparaissait comme deux malfrats, l’un d’eux prostré à terre semblant déjà agoniser. À couteau tiré, la maestria avec laquelle se battait l’individu singulier n’était égalée par son opposant qui tomba promptement sous une pointe létale. Ensuite, il s’approcha de son deuxième antagoniste et le saisit par les cheveux. Trainant le corps sur les rudes pavés, il acheva son œuvre par deux violents coups qui brisèrent le crâne de sa victime, non sans avoir joui presque explicitement de sa suprématie.  Le spectacle avait eu quelque chose d’exaltant. Cette effusion de sang avait peu s’en faut satisfait les désirs d’Edwin. Celui-ci, subjugué par la scène, nécessita quelques instants avant de reprendre ses esprits. Il fallait qu’il se manifeste auprès de cet homme. Il ne connaissait pas la raison de cette nouvelle lubie, mais ne pouvait une fois de plus la réfréner. Il applaudit alors lentement à quatre reprises. Comme s’il s’agissait d’une nouvelle provocation, le spadassin se retourna instantanément et pointa son arme en direction du perturbateur.  Une injection l’invita à sortir de la pénombre qui jusque là l’avait bien dissimulé. Il s’exécuta avec une lenteur calculée, admirant pendant quelques secondes l’ardent regard qu’on lui portait. Enfin, il leva sa main droite en signe de paix.

    « Bonsoir. Je dois avouer que j’ai apprécié le spectacle. Puis-je toutefois vous demander pourquoi ces deux individus, si peu fréquentables paraissent-ils, ont mérité ce funeste destin ? »


Edwin ignorait lui-même ce qui le poussait à agir ainsi. C’était comme si une force surnaturelle l'incitait à jouer quitte ou double. Soit, comme l’abscons le pressentait, cet homme sortait du lot, et était lui aussi en quête d’une justice particulière ; soit ce n’était qu’un malandrin parmi tant d’autres, et s’il n’avait déjà fait feu, il ne tarderait à le faire…


Dernière édition par Edwin Feynmann le Mer 11 Déc - 22:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: ▬ Something wicked this way comes.    Lun 9 Déc - 21:19

Le regard scrutateur, le maintenant en joug, Wesley contempla le quidam s’extirper des ombres et s’avancer dans la lumière artificielle, une main levée en témoignage de son pacifisme. Lentement, coulant des pas feutrés, l’homme s’érigea dans le flux luminescent. Il était auréolé d’une prestance singulière, une certaine grâce découlant de ses gestes, de son allure. Plus que par son port altier, Wesley fut plus étonné par l’aspect grêle, chétif de ce personnage sibyllin. Néanmoins, virtuose du combat qu’était le milicien, il savait que juger un opposant sur sa carrure était fallacieux et imprudent. La grandiloquence, l’emphase avec laquelle l’invité inopportun s’exprimait exaspéra quelque peu l’Abscons ; la situation ne prêtant pas réellement à ce genre de simagrées. Toutefois, ses palabres furent fort à propos, où Diable était passé la fille ? Lâchant des yeux son vis-à-vis, Wesley balaya du regard le trottoir, repérant un sac mais aucune trace de la propriétaire. Refocalisant son attention sur l’effronté, le Shadow Hunter marcha, décrivant une volte, jusqu’au contenant, s’agenouillant à proximité, farfouillant dedans. Très vite, il en ressortit une carte d’identité, qu’il observa par curiosité. Une jolie demoiselle, d’origine hispanique, répondant au patronyme de Maria. D’une impulsion du poignet, il jeta la carte aux pieds du nouveau venu en guise de réponse. En son for intérieur, le conflit faisait rage. Pouvait-il faire confiance à cet extravagant individu ? Un masque placide était fixé sur son faciès alors qu’il transpirait de son être une aura inquiétante, sinistre. Était-ce leurs âmes sombres et leurs cœurs noirs entrant en résonnance ? Nul ne le savait mais, instigué par une raison que sa raison ne pouvait appréhender, régenté par son instinct, Windsor fit fi de cette oxymore et rengaina son colt.  « T’as percuté ou il faut que je te fasse un dessin ? » fit-il goguenard. « Laisse donc tomber l’affectation avec moi, bro. » dit-il, jovial, un sourire en coin afin d’extraire le venin de ses dires. « C’était plutôt couillu de te pointer comme une fleur ici. Mon p’tit nom, c’est Windsor, appelle-moi Win. » L’empyrée gronda dans un craquement sonore, des éclairs zébrèrent la robe nocturne du ciel, des vents mugirent, une ondée déferla. Wesley inclina la tête vers le ciel, laissant la bruine purifier l’hémoglobine coagulée maculant son visage. Inspirant profondément, il se passa une main dans les cheveux, las. L’adrénaline, retombée, ne le galvanisait plus et un certain spleen s’était épris de lui. Il soupira. Cette rixe véhémente n’aurait-elle pas dû le laisser dans un état d’exultation, d’allégresse, de plénitude ? Son regard arpentant les alentours, il nota une benne à ordures dans une ruelle non-loin. Ce serait sans nul doute l’endroit propice pour cacher deux macchabées et, dans la même foulée, jauger le degré d’engagement de son nouveau compagnon. « Et si en paiement du spectacle, tu m’aidais à aller benner ces deux raclures là-bas, mh ? » S’il exécutait la requête que l’Abscons avait formulé, l’individu déposerait ainsi ses empreintes sur un de des corps et serait inéluctablement lié aux homicides, si enquête il y avait, ce qui était fort improbable. Les seules forces de l’ordre qui s’aventuraient dans ces zones étaient celles dont les racines prenaient naissance dans l’ombre, dans l’illégalité, dans le péché, à l’instar de Wesley. Ce dernier attrapa le malheureux au crâne fracassé par les chevilles et le traina jusqu’à sa sépulture de fortune, laissant derrière lui un sillon écarlate. Sa musculature, amplifiée par l’usage redondant d’amphétamines, lui permit d’hisser sans trop de peine sa victime jusque dans la benne. Derrière celle-ci, le déchu remarqua la présence d’un sans-abri, drogué jusqu’à la moelle, le contemplant avec des yeux dilatés et vitreux. Windsor fit volte-face et arqua un sourcil à l’adresse de son partenaire, sortant subrepticement sa lame de son fourreau. « L’heure de ton baptême du feu à sonner, dirait-on. »
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MessageSujet: Re: ▬ Something wicked this way comes.    Mer 11 Déc - 22:46


ᴪ Noxious thirst


Dédaignant paradoxalement la menace du canon érigé vers sa personne, Edwin s’aventura à scruter les détails de la physionomie de son interlocuteur.  La silhouette athlétique, les épaules larges, le regard empli de confiance mêlée à méfiance, le révolver tenu d’une main sûre ne trahissant la nervosité par aucune vacillation que ce soit, une barbe relativement ancienne entourant des lippes pincées en un rictus savamment façonné par l’expérience, un blouson de cuir érodé par diverses estafilades  et éraillures ça et là – sans doute souvenirs d’épiques confrontations – et surtout cette aura de soldat ayant pris sa retraite de manière anticipée qui émanait de lui… Il ne s’agissait sans doute pas là d’une petite frappe. L’homme semblait être en proie à un pesant dilemme interne. Fallait-il supprimer cet importun d’une pression de l’index sur la gâchette et ne plus en entendre parler au prix d’une victime supplémentaire en cette nuit empourprée ou fallait-il au contraire se fier à cette étrange apparition sortie de nulle part ? C’étaient sans doute les options qu’il envisageait.  Se résignant à l’une d’entre elles, il cessa l’échange visuel quelques instants pour se déplacer latéralement vers un petit cabas duquel il extirpa à la suite d’une fouille sommaire un petit objet qu’il observa pendant quelques instants et qu’il expédia de manière désinvolte en direction de son interlocuteur.  Celui-ci courba l’échine pour amasser son dû. Il s’agissait d’une pièce d’identité d’une dame Ibérique. Le scénario apparut comme clair aux yeux d’Edwin : l’homme avait sans doute porté charitable assistance à une demoiselle en détresse. Tandis qu’il scrutait le document pour grappiller quelqu’information, il sentit l’inconnu se raidir, comme à nouveau tiraillé par le doute. Lorsqu’il releva les yeux, l’homme avait changé du tout au tout, et adoptait une attitude inexplicablement enjouée. Il s’introduit dans une forme qui lui semblait propre. "Bro". Quelle était-donc cette étrange appellation par laquelle il l’avait désigné ? Encore un mystère de cette époque que l’abscons se devrait de percer. Il apprit enfin l’identité du protagoniste.  "Win", surnom peu commun… Était-ce pour invoquer une sorte de sort favorable tout en diminuant astucieusement son lignage ?

    « Je m’appelle Edwin, enchanté. Tu peux m’appeler Ed’. »

Les nuées menaçantes précédemment observées par l’abscons se trouvaient désormais presqu’à la verticale de leur position, et elles entamèrent une danse un peu trop rapprochée. Résulta de leur excès de zèle un puissant arc électrique, suivi rapidement par une expression sonore de toute cette dissipation énergétique. Les nébulosités, comme secouées par le fracas, déversèrent alors une averse nourrie. Stoïque face à ces déboires météorologiques, Ed observa Win pendant quelques instants. Celui-ci, après quelques instants de léthargie, proposa de manière presqu’anodine qu’ils s’occupent tous deux de débarrasser la scène de ses macchabées en dissimulant ceux-ci dans un conteneur non loin. L’abscons acquiesça et saisit le mutilé au-dessous des aisselles. Le contact du corps encore chaud ne l’affecta pas, signe qu’aucune vie ne subsistait en la carcasse. Soulevant avec difficulté le corps, il le fit basculer par-dessus la bordure pour que le défunt se retrouve stricto sensu dans un milieu qu’il avait fréquenté toute sa vie au figuré. Le damné rejoint son compagnon qui fixait indubitablement quelque chose derrière la benne. Se retournant vers lui, il lui annonça alors qu’il était temps pour un "baptême du feu". Réalisant ce que l’individu insinuait par cette vague déclaration, Edwin esquissa un secouement de tête réprobateur vers le poignard qui lui était proposé. Il saisit le malheureux à la gorge et ressentit instantanément le lien drainant son psychique s’instaurer entre eux. Les neuroleptiques ne faisaient qu’amplifier une indicible peur félonne, celle que l’on ressent lorsque l’on sait son existence menacée. L’abscons se délectait de cet effroi rationnel, qui  présentait pour lui un intérêt bien marqué, tout comme n’importe quel sentiment suffisamment puissant lors de sa ponction vitale. L’innocent comprenait que son esprit fuyait au travers de son enveloppe charnelle et s’en allait de plus en plus hagard, ce qui ne faisait qu’amplifier le funeste plaisir de son bourreau. Celui-ci trompa les apparences en serrant d’avantage la gorge de sa victime et se concentrant sur son œuvre. Elle suffoquait à petit feu, sa vie la quittant littéralement. Ses yeux se convulsèrent et dans un dernier transfert de confuses pensées elle rendit l’âme. Edwin laissa le corps s’écrouler lourdement sur le sol pour mieux le saisir et l’envoyer avec une aisance insoupçonnée choir dans la benne en la compagnie morbide de ses deux comparses d’infortune. Il tourna la tête vers la direction de Wesley et appuya ses dires d’un regard profond :

    « Je préfère quand c’est fait proprement… Et puis, vivre dans pareil environnement nous donne parfois l’envie d’extérioriser cette aigreur que nous accumulons, n’est-ce pas ? »

L’original n’était pas dupe ; rares –voire inexistants – étaient les preux paladins volant au secours de ces dames en des heures si avancées de la nuit. Pas dans ce temps, pas dans ces lieux, en tout cas. Mais Edwin ne  voulait pas pour autant se faire un ennemi, ni d’ailleurs jouer les moralisateurs. Il se considérait plutôt comme embarqué dans la même galère voguant sur un furieux océan de noirceur profonde. S’il fallait être sur cette embarcation à deux, autant tenter de la faire avancer ensemble, et tout faire pour qu’elle ne sombre point dans les plus profondes abysses. Las de l’ondée dégringolant à verse des hautes strates, l’individu lâcha sur un ton un peu plus jovial :

    « Et si nous allions boire un verre à l’anémie de ce genre d’individus ? Si tu as un quelconque endroit à proposer bien entendu, car je suis relativement nouveau par ici… »


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MessageSujet: Re: ▬ Something wicked this way comes.    Mer 18 Déc - 21:30

Naguère, lorsqu’il était encore un éphèbe et emprunt d’une innocence toute relative, Wesley était persuadé que la toile la plus effrayante qu’il y ait en ce bas monde était son père, le faciès déformé par la rage, brandissant son ceinturon au dessus de sa tête, se préparant à abattre son courroux sur l’enveloppe charnelle de son jeune garçon. Pour dépeindre son écossais de paternel, le déchu aimait employer l’allégorie un peu bancale et maladroite du volcan. C’était certes assez prosaïque mais somme toute efficace : lorsqu’il entrait en éruption, c’était retentissant, chaotique, ravageur et violent. Néanmoins, on finissait par s’habituer à ces déflagrations tempétueuses et ces mots éructés. On apprenait à les railler. Ayant frayé avec bon nombres de drôles d’oiseaux, Windsor avait eu maintes fois l’occasion d’observer des individus à l’allure bien plus truculente que son vieux et s’était fort vite séparé de son caractère impressionnable. Toutefois, il y eut un homme qui sut lui faire connaître la peur véritable. Celle, insidieuse, qui vous enserre le cœur dans un étau en métal, celle qui vous paralyse, qui rend vos jambes flageolantes et qui fait battre votre pompe à tout rompre. Un effroi qui vient vous transpercer l’âme de sa lame glaciale et qui vient fouailler vos instincts les plus primaires. Cet homme ? Aleksei, son oncle. Il y a quelques années, Wesley et son binôme avaient fait capoter un coup un or, qui aurait rapporté gros au cartel. Contrits, ils étaient venus rendre des comptes à leur boss. Ce dernier les avait écoutés du début à la fin, sans rien laisser transparaître, leur tournant le dos, les mains jointes derrière lui. Après que les deux truands eurent fini de se répandre en pitoyables implorations et excuses, il avait lentement pivoté sur ses talons et d’un geste fluide, avait abattu le binôme de son neveu. Juste comme ça. Sans mot dire. L’air semblait crépiter autour de lui, une aura intense et asseyant un respect absolu émanait de lui. Il avait planté son regard de glace dans celui plein d’effroi de Wesley. Il a, encore à ce jour, la réminiscence vivide de la force et de la vaillance qui habitaient cette œillade où l’on pouvait discerner, sous la surface, cette folie terrible. Il se souvenait encore de la sueur froide lui emperlant le front et ce flot sanguin assourdissant lui battant les oreilles. Lui, adorateur des combats à mort, à l’accoutumée si grisé par le fait de mettre sa vie sur le fil, avait eu peur pour sa vie. « Ne me déçois plus, Vania. » avait dit Aleksei de sa voix rocailleuse. Il ne l’a plus jamais fait. Les yeux sont les miroirs de l’âme prônait l’adage. Wesley avait été projeté dans les abysses terrifiantes et sordides de l’essence damnée de son parent. Tout est dans les yeux avait été dans sa mantra depuis lors.

En scrutant le faciès de son nouveau compagnon fraîchement acquis, ces palabres psalmodiés étaient confortés. Tout était dans les yeux. Son visage n’était qu’un masque de concentration : ses sourcils aile-de-corbeau étaient froncés, ses yeux plissés et ses lippes pincées ne dessinaient plus qu’une très fine ligne exsangue. Au prime abord, d’aucuns auraient pu croire qu’il ne s’attelait qu’à une tâche prosaïque requérant une certaine dose de concentration et nullement, comme c’était le cas, qu’il était en train de perpétrer un meurtre par strangulation. Si on faisait abstraction des gargouillis gutturales que faisait sa victime, s’entend. Néanmoins, si on focalisait son attention sur les yeux du dénommé ‘’ Ed ‘’, la donne était toute autre. Elles étaient là, ses ténèbres, à fleurs de peau, juste sous la surface, dansantes dans cette substance fuligineuse, presque tangibles. Silencieusement, Wesley opina du chef à lui-même. Oui, ce type était définitivement un crevard du même acabit que lui. Des bêtes, des animaux, qui exultaient de la déchéance physique d’autrui. Sa proie ayant exhala son ultime râle, Edwin la balança sans guère plus de cérémonie dans la benne. Wesley se redressa de toute sa hauteur et épousseta son pantalon – geste futile vu son affublement maculé d’hémoglobine. Il soutint l’œillade de son vis-à-vis avec tout autant d’intensité, balayant ses paroles grandiloquentes d’un geste de la main agacé. « Chacun son trip mon pote. Moi, les effusions de sang, je kiff ça ! » fit-il, en levant les mains et en haussant les épaules. « C’était une sorte de jeu de mots trop subtil pour moi ? Bref, t’as raison, allons boire un coup, c’est ma tournée. » Il avait beau feindre d’être un sot, Wesley n’en était point un, et ses rouages tournaient à haut régime afin de trouver une destination où ils pourraient se désaltérer en paix. Et au vu de l’affublement qu’était le sien, ce ne serait pas une mince à faire. Il y avait bien un endroit où ils pourraient se rendre mais cela coûterait au Shadowhunter de flirter avec ses démons passés. Le jeu en valait-il la chandelle ? Ma foi, cela permettrait au mieux de sonder sa résilience, au pire de renouer avec sa jeunesse carnée. Allongeant ses pas sans se retourner, Wesley prit la direction de ce lieu duquel il n’avait, jusqu’à présent, qu’entendu parler.

Les rumeurs s’avérèrent fondées. Nonobstant la déchéance de la grosse pomme, l’organisation n’avait pas connu la débâcle et sut se rétablir de tout son aplomb, s’enchevêtrant, gangrénant les racines de la Nouvelle-Orléans. Le déchu ne savait pas trop que ressentir. Aurait-il préféré que le bateau coule ? Peut-être. Car il sentait déjà l’appel obsédant de l’illégalité le subjuguer, une délicieuse anxiété lui dévorant gaiement les entrailles. « Ne regarde personne dans les yeux. » souffla-t-il à son compagnon d’infortune. Il lui mit la main sur l’épaule, afin de signaler aux deux colosses perchés à l’entrée qu’il était avec lui. Sans plus tergiverser, suppliant pieusement la miséricorde de la providence de le garder dans le droit chemin – ou plus exactement, sur le sentier sinueux et crépusculaire sur lequel il évoluait à l’heure actuelle – et pénétra dans ce fief de la débauche. Ils furent accueillis par un odeur rance de cigarettes froides, de sueur et de vapeurs d’alcool et un fond sonore composé de l’amalgame du tintamarre des conversations et des chants presque diphoniques, louant la grandeur de la Mère Patrie et faisait l’apologie du régime soviétique. La lumière des lustres avait grand peine à filtrer à travers l’épais brouillard formé par la consumation des cigares et des joints. Wesley eut un sourire emprunt de nostalgie et de mélancolie ; l’endroit avait beau être différent, l’ambiance n’avait pas pris une ride. « Vania ! » fit une voix grave et gutturale. Voilà bien longtemps que l’on ne lui avait plus hélé par cette dénomination. De Jackson, Vania était le diminutif de l’équivalent russe de son deuxième prénom ; Ivan. Il n’y avait que les réels patriotes, nostalgiques des lointaines contrées de Leningrade qui l’appelaient ainsi. « Igor ! » s’écria l’interpelé. Ce redoutable individu, dont la calvitie avait dès longtemps emporté sa crinière anarchique, était un titan, toute en puissance, à la carrure hors-norme, ne semblant pas être nanti de cou. Ce type était très probablement plus bestial et cruel que ne l’était Windsor et ce n’était pas peu dire. Néanmoins, l’Abscons avait toujours été dans la zone, si ténue soit-elle, de lumière de ce meurtrier. Que Wesley soit intronisé à la tablée très prisée du cartel était de son fait. Tous deux furent les féaux lieutenants d’Aleskei. C’était lui qui avait payé la première pute de Wesley. Forcément, ça crée des liens. Ils s’étreignirent avec force, tous deux plein de forfanterie. Après de fort succinctes retrouvailles, le Shadowhunter s’installa au comptoir en chêne et se saisit d’une bouteille de vodka et de deux verres et fit à Edwin : « Bienvenue dans mon monde, Ed. Je suis d’origine écossaise et russe. Jamais personne n’a été capable de m’enterrer, au propre comme au figuré. »
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MessageSujet: Re: ▬ Something wicked this way comes.    Dim 22 Déc - 15:33


ᴪ Nothing Good Happens after 2 a.m.

Telle une saveur douce-amère subsistant indéfiniment sur les papilles, les fragments égarés de l’âme extorquée mugissaient plaintivement au sein de leur hôte, effrayées par l’immensité occulte de leur nouveau maître. Ce dernier se délectait de l’horreur dans laquelle ces entités se perdaient. Elles étaient entrées dans un milieu dans lequel elles n’étaient plus maîtresses, et devaient se soumettre à la suprématie de leur geôlier avant de se consumer et de constater avec affliction que chacune de leur infinitésimale composante, chacun de leur moindre atome leur était complètement dépossédé puis assimilé pour satisfaire l’inaltérable anadipsie qui les avait menées à si triste dénouement. Cette corrosion lente et douloureuse ne faisait qu’accroître l’euphorie dans laquelle se complaisait le bénéficiaire. Elle reléguait les dépendances psychiques et physiques causées par l’héroïne au rang de frivolités banales. La convolution de cette jouissance avec la profonde nature des plus inhérentes chimères du jouisseur se résolvait en une cruelle prédation avec pour déficitaire l’espèce humaine elle-même. Était-ce celle-ci qui par son ambition démesurée et son inconsidération pour les limites de l’éthique et du faisable avait engendré son propre déclin ? S’agissait-il au contraire d’une ineffable volonté préludant avec de discordantes harmoniques l’apocalypse ? Quoi qu’en fut la raison, les acteurs de cet épilogue ne pouvaient se soustraire à leurs instincts. En digne ambassadeur de ce cannibalisme figuré, Edwin avait officié son rôle à la perfection non sans grande satisfaction.

Mais il était autre soif que l’Abscons devait satisfaire, et il comptait dès à présent sur son compagnon pour lui indiquer un lieu où les deux comparses pourraient s’imbiber en toute quiétude. Apparemment, cela n’était pas chose simple. Après quelques longues secondes de réflexion, ils se mirent en route sous la pluie battante. Edwin se retourna une dernière fois sur les lieux de leur rencontre, comme pour s’assurer qu’ils n’avaient rien omis. Les restes de l’hémorragique altercation se dispersaient peu à peu au gré des flots, et le conteneur métallique, tel un gardien stoïque, ne laissait rien transparaître quant à son funeste chargement. La scène disparut de vue, voilée par la façade d’un bâtiment austère sujet à l’avilissement, à l’image de ses voisins. Les deux hommes s’aventurèrent alors dans un dédalle sombre et désert. L’humidité de l’air faisait s’élever des relents d’urine et de vieux mégots au sein du quartier qui n’avaient rien de plaisant. On n’entendait que la myriade de gouttes venant percuter le sol accompagnée des mécaniques percussions des pas du binôme. Enfin, ils débouchèrent devant une bâtisse où deux sentinelles aux airs de mastodontes veillaient, jetant un regard mauvais aux nouveaux venus. Sur un ton à peine audible, Wesley enjoignit à son accompagnateur de ne pas défier quiconque d’un croisement de regards. Où diable les emmenait-il ? Paradoxalement, Edwin ne faisait preuve d’aucune méfiance et se laissait aveuglément guider. D’aucuns se seraient fait violemment refouler à l’entrance de cette retraite sévèrement gardée, mais pas Wesley. Apparemment, il avait pignon sur rue dans ce milieu car ils avaient passé les vigiles sans mot dire. La température et l’hygrométrie augmentèrent alors sensiblement. Il régnait en ces lieux une ambiance bacchanale et délinquante. Ce repaire semblait être celui de ceux que l’Abscons abhorrait, mais il ne laissa rien transparaître de ses doutes. Peut-être s’était-il jeté dans la gueule du loup, alors il fallait ne point s’agiter, de peur que les mâchoires ne se refermassent irrémédiablement sur lui. L’environnement hâlé par le nombre incalculable de particules oxydées en suspension diminuait quelque peu la netteté de la perception visuelle. Les lieux étaient loin d’être déserts, et de partout provenaient la rumeur de divers échanges en un mélange inaudible. Ça et là étaient arborés d’étranges symboles représentant tous le même gabarit : une faucille entrecroisée d’un marteau, parfois accompagné d’une étoile, représentés le plus souvent dans une teinte écarlate.

Une voix couvrit en puissance toutes les autres et héla en leur direction ; cependant il ne s’agissait là d’un appel envers l’un des deux compagnons, pour autant qu’Edwin le sût. Cependant l’épicentre de cette apostrophe, une véritable montagne qui faisait passer pour inoffensifs les deux sorteurs, se dirigeait vers eux. Il reçut une réponse positive de Win et les deux hommes s’accolèrent brièvement et le colosse regagna sa place, tandis que les deux arrivants poursuivirent leur progression vers un bar. Ça n’avait donc rien d’un traquenard, et ils s’étaient rendus juste pour apprécier les effets de l’éthanol sur leur organisme. Se plaçant en vis-à-vis de son complice, Edwin apprécia l’expertise avec laquelle l’homme servit deux verres emplis de manière parfaitement égale sans guère gâcher la moindre goutte de ce précieux liquide. Après une phrase digne d’un film de gangster iconographique, les deux hommes trinquèrent et vidèrent leur coupe d’un trait. Edwin ne put apprécier pleinement les arômes de cet alcool slave ; il ne ressentit qu’une légère démangeaison au fond du gosier. Posant vivement son verre, Edwin répondit avec un sourire :

    « Pourvu que ça dure… Ça fait plaisir de voir quelqu’un provenant du Vieux Continent, j’ai moi-même des origines irlandaises, mais je n’ai grandi qu’à Londres. »

Il se laissa resservir et observa son verre avec absence pendant quelques secondes, s’évoquant intérieurement les quelques réminiscences qu’il lui restait de cette lointaine époque où vivre lui semblait encore bien illusoire. Il lui apercevait dans chaque reflet irisé les bribes évocatrices de ce passé révolu. Coupant court à cette fascinante distraction, l’Original porta le liquide à ses lèvres et tenta de savourer cet arrivage mais constata avec une amère indifférence que ce genre d’expériences appartenait lui aussi à son passé. Les deux hommes se regardèrent et d’un accord tacite tiercèrent leur consommation. Edwin s’arrêta à mi-chemin de son verre et lâcha à voix basse :

    « Je dois avouer avoir été surpris de me retrouver en pareil lieu après les péripéties récentes, mais je peux maintenant concevoir la raison de cette venue… », dit-il en baissant les yeux vers la veste maculée de sang que portait son comparse, « Je suis cependant curieux de savoir ce que tu penses de cette ville, et plus spécifiquement de sa population. »

Edwin avait beau être ce qu’on pouvait appeler un marginal, son interlocuteur ne l’était pas moins à ses yeux. Il avait senti que toute cette fervente ardeur au massacre pouvait être canalisée, comme Wesley l’avait démontré, pour combattre le mal par le mal. Joindre l’agréable à l’utile pour déposséder la ville de quelques nuisibles, n’était-ce pas là une noble cause ?

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MessageSujet: Re: ▬ Something wicked this way comes.    Sam 28 Déc - 14:13

Renversant la tête afin de mieux ingurgiter la liqueur emblématique de sa patrie, Wesley se délecta de la chaleur diffuse et vivifiante se répandre dans son gosier. Il poussa un soupir de plénitude, observant son comparse lui verser un autre verre. Du coin de l’œil, il le contempla silencieusement. Edwin était singulier. Non pas physiquement, s'entend, mais à un niveau plus subtile, dans ce qui émanait de lui, ces nimbes sibyllines, cette prestance discrète et élégante. Ces yeux noirs, ténébreux, en ayant trop vu, fenêtres de l'âme donnant vue sur une vie psychique ravagée et affligée. Le milicien appréciait la compagnie taciturne de son compagnon ainsi que le fait qu'il n'essayait pas de se montrer loquace afin de meubler la conversation. Il était moins éprouvant d'être seul à deux.
Du revers de sa veste de cuir, Wesley extirpa une petite boîte noire de laquelle il sortit du papier à tabac, un émietteur et un sachet contenant de la Marijuana. Rien de telle que cette maîtresse pour conclure une nuit riche en tribulations homériques. De gestes experts et rodés par les âges, le Hunter confectionna un cône à la géométrie presque sans défaut, qu'il alluma de son zippo. Closant pieusement les paupières afin de mieux savourer l'arôme de cette substance délictueuse, il en inhala la première bouffée, sentant ses poumons s'emplirent de cette fumée intoxicante. De toutes les drogues que le déchu avait consommées dans son existence, il n'avait encore jamais trouvé pareil remède afin d'anesthésier son âme tourmentée. Chloroformant ses démons à l'aide de cette consumation délétère, il pouvait jouir de cet engourdissement, de cette indolence si confortable et apaisante que sa complexion ne pouvait lui procurer sans soutien auxiliaire. Il contempla d'une œillade terne les volutes, visiblement plus denses que celles d'une cigarette lambda, dessiner de lentes circonvolutions dans l'éther pour ensuite s'étioler. Susanna, la barmaid qui officiait déjà du temps de Wes, posa sur le comptoir éprouvé en bois un cendrier et lui fit l'aumône d'un sourire édenté. Elle avait la peau froissée, le teint terne et des rides saillaient son visage jadis attirant. Elle accusait le poids des âges, pire ennemi de la femme mais ce qui avait réellement galvaudé sa beauté furent la boisson, la drogue et les infections colportées par des activités vénériennes débridées. Bon prince, l'Abscons tendit son joint à Edwin, prêtant une oreille attentive à ce dernier. « Je dois t'avouer ne jamais avoir foulé du pied l'Ancien Monde. Je suis né dans le Queens. » Il se saisit de son verre mais ne le but pas directement, contemplant le breuvage transparent avec des yeux plissés, comme s'il espérait que le fond du verre lui soumette une réponse avisée à la question aussi intéressante qu'épineuse que lui avait posée son camarade. Se murant dans un mutisme propice à la réflexion, il étudia l'interrogation formulée sous toutes ses coutures, sous toutes ses formes afin de donner une réponse pertinente à son vis-à-vis. « Selon moi, la population de cette ville se répartit en trois parties : les honnêtes gens, les mafieux et les animaux. Les deux premières ne sont pas une menace, ils vaquent à leurs occupations et ne demandent rien à personne en dehors de leur groupe d'appartenance. Vient ensuite ce que j'appelle les animaux, comme les deux énergumènes de tantôt. C'est la couche la plus vile et la plus abondante, qui gangrène cette ville. Je ne pense pas qu'il y ait de rémission possible pour ce genre de cancer. Tout ce que l'on peut faire, c'est empêcher le chancre de se propager, si tu vois ce que je veux dire. » fit-il plein de faconde. Avec ses airs truculents, d'aucuns se laissaient bercer par l'idée stéréotypée que Wesley était intellectuellement limité. Or, comme cette verve en était la preuve, le milicien était doté d'une acuité intellectuelle que l'on pourrait placer dans la moyenne haute. Néanmoins, sa plus grande force était sa connaissance des hommes, le temps qu'il avait passé à leur contact, ce qui avait aiguisé et exacerbé son œil critique, sa faculté de jugement. Il savait pertinemment que les truands ayant prêté allégeance à son oncle, bien qu'ils étaient tout sauf des enfants de chœur, ne s'en prenaient pas aux familles ni aux innocents. C'était l'un des préceptes les plus inflexibles d'Alekseï. Toutefois, cela ne pouvait pas signifier que le cartel prenait action afin d'endiguer l'infection latente qu'étaient les '' animaux '', loin de là, ils étaient même passifs à cet égard. Le Shadow Hunter fut naguère comme cela aussi, ne s'intéressant pas à l'individu lambda et sain se faisant dépouiller de son pèse et de sa dignité au coin de la rue. Sans vouloir tomber dans les poncifs, devenir père avait changé son point de vue sur la question. Non pas qu'il tenait maintenant en estime le quidam arpentant les rues, mais il souhaitait que sa progéniture ne fasse jamais les frais d'un de ces dégénérés. « Je dois avouer que je n'en avais que faire mais, quelque part, j'ai une petite fille, je ne peux laisser ce genre de bêtes rôder. » L'enivrement devait déjà être assez prononcé s'il était assez dénué de cautèle que pour mentionner l'existence de son enfant à cet étranger angoissant. Toutefois, celui-ci ayant assisté aux premières loges au courroux inexorable du déchu, sans doute n'aurait-il pas l'extravagante lubie de s'en prendre à elle.
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MessageSujet: Re: ▬ Something wicked this way comes.    Ven 3 Jan - 0:32


ᴪ Smoke on the Russian Water

Autour d’eux, les conversations allaient de bon train et personne ne leur prêtait plus réellement attention. Ainsi, ils pouvaient apprécier le plaisir d’un échange simple et non perturbé par quelque facteur extérieur. Étant apparemment propriétaire de tous ce que les bonnes gens qualifiaient de vices, Wesley souhaita mêler les plaisirs. D’un petit coffret, il extirpa cette égérie de l’éthanol, femme fidèle se voilant toujours dans son ombre : la Marie-Jeanne, comme d’aucuns la nommaient. Avec la même expertise dont il avait témoigné lors du service de la vodka, il mania avec brio une feuille, du tabac et du chanvre pour qu’il résultât de ce savoir-faire fort peu catholique un joint qu’on pouvait qualifier de fait d’une main de maître. Comme s’il s’agissait d’un cigare, il le savoura pleinement. Edwin ne put s’empêcher de regarder la base du cône s’embraser en une série complexe de fibres rougies. Une femme d’un âge avancé leur apporta un cendrier et sourit à Wesley. Décidément, cet individu avait une certaine notoriété ici-bas. L’Abscons accepta d’un hochement de tête cordial l’objet que lui tendait son compagnon. Il n’avait jamais consommé pareille matière mais n’avait absolument rien contre les nouvelles expériences. Pendant quelques secondes, il se captiva par l’oxydation stagnante, symbole latent de l’irrévocable écoulement du temps. À l’image de cette chose, leurs vies se consumaient lentement mais sûrement, et chaque inspiration faite de cette nuisible substance les écourtait, mais les rendait tellement plus intéressantes. Il porta le cône à ses lèvres et respira ce nébuleux sujet de désir. Les senteurs épicées n’apportèrent aucune contribution à la platitude gustative des inhalations. Il les garda quelques instants confinées dans ses poumons pour qu’elles remplissent leur office, puis les recracha doucement et observa leur dissipation au travers de leurs innombrables congénères environnantes. Il réitéra ce processus une seconde fois, tapota l’extrémité du joint contre le cendrier pour faire tomber par prévention les quelques cendres et le rendit à son confectionneur originel. Celui-ci n’avait manqué de lui préciser d’où il venait. Edwin accueillit cette réponse d’un haussement d’épaules et d’un léger sourire, comme pour signifier qu’il n’était pas préjudiciable d’être né en terre païenne. Tous deux observèrent alors un court silence de contemplation absente, avant que le Sibyllin ne reprisse la parole. L’intéressé prit un temps pour produire une réponse avisée. Enfin, il répondit avec un parlé qui laissa Edwin pantois. Jamais il ne s’était attendu à ce que son comparse, qui jusque là n’avait utilisé un style que très prosaïque, soit linguiste au point de s’exprimer par des dires comparables aux plus grandes plumes ayant foulé cette Terre. S’il fut impressionné par la forme, il ne perdit rien au fond. La manière de penser du Spadassin était attrayante ; sa classification, certes restrictive, avait un caractère exhaustif et judicieux. Ces trois classes dépeignaient la société actuelle avec une certaine simplicité élégante. Mais plus encore, la solution radicale que Wesley proposait pour s’occuper de la troisième plaisait à la fois à l’homme et à son démon, qui pour cette seule et unique raison pouvaient s’entendre. L’éradication des malfrats satisfaisait l’un et l’autre, d’ordinaire antagonistes. Il s’agissait là de l’un des plus sages moyens d’endiguer les insatiables instincts meurtriers de cette bête. Malheureusement, elle n’était pas toujours suffisamment patiente et parfois le sang de l’innocent était versé. L’Abscons n’aurait su compter lors de ses errances à son retour en ce bas monde la multiplication de victimes ô combien trop jeunes il avait sauvagement massacré lors de ses premières pulsions. Ce souvenir le révulsait, mais il semblait entendre au fond de lui un rire sinistre, cruel et sauvage s’élever au souvenir de ces carnages, mettant un terme à tout utopique désir d’entente entre les deux parties d’un même être. Écœuré, Edwin jeta un coup d’œil circulaire. Comment classer tous ces quidams singuliers qui l’entouraient ? Sans doute dans le groupement des "mafieux", à en croire son interlocuteur. Mais ce dernier les connaissait-il suffisamment que pour l’affirmer ? Pouvait-il placer son entière confiance en ces individus ? Quoi qu’il en fût, le jeune impétueux fit une confession relativement inattendue. Encore une fois, cela surprit Edwin : son compagnon n’était pas bien vieux, et son tempérament ne laissait rien paraître d’une quelconque paternité. Une excellente démonstration de l’inexactitude des jugements hâtifs et une leçon d’humilité pour celui qui s’y fiait.

    « Je n’ai jamais eu la chance d’avoir d’enfants, mais je peux bien concevoir que l’imaginer fréquenter ces rues soit on ne peut moins rassurant. »

Au quantième verre étaient-ils ? Edwin ne les avait pas comptés, mais il sentit une ineffable nostalgie s’emparer de lui. Quant à lui, la vie qu’il aurait pu avoir, la famille qu’il aurait pu fonder s’il n’avait pas été doté de dons surnaturels qui lui attirèrent l’ire de certains de ses superstitieux contemporains. En un sens, il enviait presque Wesley.

    « Malheureusement, ceux que certains appellent les "représentants de l’ordre" ne foulent plus ce maudit territoire depuis bien longtemps, d’après ce que j’ai pu comprendre. À croire que nous devrions nous-mêmes faire justice. »

Il se gratta le menton, l’air songeur. La seule règle qui semblait prévaloir dans Storyville était la loi du plus fort. Cette fange abritait en son sein la plus grande concentration "d’animaux" qui soit, tous attirés par le lieu anarchique. Après tout, n’avait-il pas besoin d’une épuration?

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