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 Still got miles to go [PV Kyran]

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MessageSujet: Still got miles to go [PV Kyran]   Sam 21 Déc - 1:12

Le stade est atteint et pourtant, la nuit est loin de toucher à son terme. Cette étape démontre un épuisement avancé, ce moment où il ne distingue plus le vermeil du reste. L’instant où l’hémoglobine se banalise jusqu’à se fondre et se confondre au décor comme si les plaies n’avaient pas besoin d’être suturées ou compressés. Quand tout devient monochrome, il est déconnecté de sa propre réalité.  Devient-il un danger ? Etrangement, non. Ou du moins, il n’en est pas un immédiat et pas pour ces raisons. Il enchaîne juste les cas mécaniquement, jusqu’à perdre de vue qu’il  traite avec des êtres humains et que leur vie est parfois entre ses mains. L’importance de leur survie ou de leur mort ne lui échappe pas. Disons qu’il se préserve, qu’il se détache pour devenir plus efficace. Moyen de protection ? Assurément. Quand la fatigue s’invite, ce genre de défense peut faire toute la différence. Répéter des attitudes, des paroles, des gestes est très apaisant. S’il contrôle son esprit, il contrôle la situation. Utopique ? Ezra n’est qu’un idéaliste bafoué mais ne tombons dans un autre débat qui n’a pas sa place entre ces lignes. Malgré sa façon de percevoir son univers actuellement, il veille à adresser des sourires rassurants ainsi que des mots réconfortants. Vide de sens ? Dans sa tête, oui. Mais son attitude ne le laisse pas transparaître. Ne fait-il pas qu’appliquer de vieux réflexes et une ancienne méthodologie de parfait petit soldat ? Ce n’est pas un mal. Il aime la structure qu’il s’impose, la rigueur avec laquelle il s’occupe des patients. Oui, c’est vraiment rassurant. Quand une femme meurt sous ses doigts, il sait qu’il ne ressent rien. Ou du moins, il sait qu’il arrive à ne pas ressentir cette frustration de l’imperfection, de l’échec. Ce n’est pas qu’elle n’existe pas, c’est qu’elle est étouffée directement. Ressortira-t-elle quand plus tard, il s’égarera dans les vestiaires afin de récupérer son misérable blouson ? Parfois, c’est le cas et parfois, non. C’est une routine qui n’est pourtant pas régie par des lois empiriques. C’est une constante incertaine, capricieuse et imprévisible. Ce quotidien lui correspond bien en somme, une vraie contradiction.

L’urgentiste apprécie le bruit régulier des moniteurs alors qu’il quitte les soins intensifs pour atteindre potentiellement les bureaux. L’agitation s’est estompée et lui offre la possibilité d’une pause inespérée. Il croise des visages fatigués, des familles inquiètes dont l’accès leur est barré.  Rien ne l’atteint. Rien ? Vraiment ? Rien sauf les yeux désorientés d’une gamine qui serre sa mère jusqu’à faire blanchir les jointures de ses doigts. Il sait pour qui ils sont là. Ils devraient rentrés mais il n’a pas la force de les congédier alors il se contente d’un léger rictus vers l’enfant avant de s’éloigner autant que possible de tout cet étalage de douleur. Il en est blasé - ou peut-être pas au fond. Il ne veut pas le savoir. D’une démarche pesante, il gagne avec lassitude une petite pièce isolée où une chaise lui propose un semblant de répit. Il s’y assied, rejette sa nuque en arrière avant de se passer machinalement les paumes sur le visage. Avant qu’elles n’entrent en contact avec sa peau, dans un sursaut de lucidité, il les analyse. En se concentrant un peu, il déniche visuellement une tâche – même deux, qui ont échappé à sa vigilance. D’un soupir, il se redresse et file vers le lavabo le plus proche pour ôter les parcelles souillées. Le rouge se mêle à l’eau un bref instant et le tourbillon rosâtre qui en ressort, l’hypnotise brièvement. Un souvenir en un battement de cil, une respiration, une pulsation, une infime seconde en somme de perdition et pourtant, une violence terrifiante le prend à la gorge. Il se surprend même à manquer d’air. Ça ne dure pas.  C’est une pointe au cœur, un malaise vif qui s’évapore à peine eut-il décidé d’apparaître. Le jeune homme ferme les paupières pour reprendre un semblant de contenance. Ses mains puisent un peu du liquide glacé, qui continue avec une insolente indifférence sa lente descente dans les canalisations, et l’éparpillent sur ses joues devenues trop livides. C’est une autre existence qui s’invoque parfois à ses dépens, celle d’une mémoire troublée, d’une culpabilité exacerbée et d’un sentiment dérangeant. Le meurtre, la torture, les coups. Il inspire doucement à plusieurs reprises avant de refermer le robinet en évitant de croiser un reflet qu’il ne peut pas supporter.

Quand il revient à son siège, il se sent différent, abimé et déconcentré. Le surmenage ? Oh il préfère penser ça. Il est plus difficile – non soyons sérieux, il est impossible, d’annihiler une succession d’actes indigestes passés. Alors qu’il est très simple de s’allonger pour prendre un peu de repos. L’ancien peacekeeper se sent à l’étroit dans cette salle entre des parois et ces vérités imbuvables. La pièce semble se rétrécir à vue d’œil autour de sa  carcasse. Craignant un débordement de la créature qui le consume et l’habite, il sort précipitamment en voilant son trouble aux personnes qu’il croise. De l’air, il a besoin d’air. D’un pas soudainement empressé et déterminé, il traverse un dédale de couloirs, d’odeurs et de sons avant de passer les portes des urgences et de se retrouver sur son parking. Il reste à l’entrée néanmoins – son service n’est pas terminé. Il avale l’oxygène goulument comme les fumeurs sur sa droite se ruent sur la nicotine. La peur, la rancune ou l’incompréhension ? Laquelle de ces émotions l’a forcé à se tenir là ? Ça n’a pas d’importance. Il doit encore bosser. Il doit encore se mettre en veille. Devoir, c’est un verbe récurant et salvateur pour lui. C’est pour ça qu’il s’y agrippe intérieurement avec tout le désespoir dont il est investi. L’encre du ciel fait le reste. Le calme absolu ? Le calme provisoire. Toujours en équilibre, jamais stable. Mais il apprit à vivre avec – ou presque.

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MessageSujet: Re: Still got miles to go [PV Kyran]   Mar 24 Déc - 15:58

Inébranlable. Il avait fini par se persuader qu’il l’était, à force d’entendre les autres le lui rabâcher en boucle. Un rocher tranchant et acéré qui résistait aux assauts violents de la marée. Contre lequel on continuait de s’écorcher sans l’avoir vraiment décidé. Son frère le lui avait répété maintes et maintes fois, lors de leur première existence. Qu’il serait le seul à pouvoir se détruire, qu’il incarnait sa propre perte. Qu’on pouvait l’abimer, l’ébrécher, mais certainement pas le briser aussi férocement qu’il ne pouvait lui-même s’y employer. Foutaises. Il avait beau se répéter que rien n’était grave, que tout passerait, les salades qu’il se forçait à avaler possédaient l’amertume des pires mensonges. Il n’était plus grand-chose sans son cadet. La pauvre caricature d’un tyran. Sa cruauté noircie à la flamme de rêves peut être un peu trop grands. Alors il avait réussi à se convaincre qu’il ne faisait pas tout ça pour lui seul, inutilement, mais pour eux. Sven, ou ce qu’il en restait, et lui. Et même s’Il était répugné par les chemins empruntés, il se disait qu’Il aimerait au moins le résultat. Et comprendrait enfin pourquoi il avait fait tout ça. Il aboyait des ordres à tout va à des automates trouvant plus simple de laisser leur misérable destinée entre ses mains maculées de sang. Se compromettait dans de douteux trafics au lieu de chercher à purifier son âme ô combien putride et dégueulasse. Et par-dessus tout, il ravalait cet espoir périmé qu’il était constamment à deux doigts de cracher. Tellement mastiqué qu’il ressemblait en bouche à une vulgaire bouillie pâteuse. Écœurante mais tellement moins indigeste que l’arrière-goût de vide qui lui raclait le fond de la gorge lorsqu’Ezra le fusillait du regard et se détournait de lui.

Mais aujourd’hui, aucun de ses bourrages de crâne ne fonctionnait. Ses vagues tentatives pour recoller les morceaux de son palpitant étaient réduites à néant à chaque inspiration, et il restait atone, pantelant. Les images déchirées de leur complicité se bousculaient derrière ses rétines, et le manque le rendait fou. Payer des sbires pour L’espionner ne lui suffisait pas. Il avait besoin de Le voir de ses propres yeux, de Lui parler en personne, et si possible un peu plus que le temps d’un claquement de porte au nez. Sa conscience détraquée tournait à plein régime depuis de longues minutes et en arriva finalement à une conclusion aussi folle que désespérée. Il ne rejetterait probablement pas aussi facilement un patient que son ainé. Il lui ‘suffisait’ de se blesser grièvement pour accéder à un semblant d’attention, et il s’étonna de ne pas avoir pensé plus tôt à cette solution simple comme bonjour. L’ours renfrogné se redressa ainsi de son fauteuil, abandonnant sur la table basse le verre d’alcool intact qu’il tenait auparavant entre ses phalanges. Ses lèvres n’avaient pas touché au liquide ambré, il s’était contenté d’en admirer les nuances avec la fascination d’un alcoolique tentant de se sevrer. Il ne l’était pourtant pas, avait évité toute sa vie de se noyer trop dans ce vice tant la mémoire de son ivrogne de père le hantait et le répugnait. Néanmoins, il fit demi-tour avant de passer le pas de la porte, et avala d’un trait la liqueur mortifère. Juste pour embrumer ses pensées et se donner davantage de courage.

D’un pas vif, il se dirigea vers le premier vigile à portée.  Le toisa avec un intérêt plus singulier qu’à l’ordinaire et lâcha enfin l’obsession qui se pressait derrière ses barrières de nacre : « - Frappe moi. » Le garde perdit légèrement de sa stature figée, et son masque de glace sembla légèrement s’effriter sous la stupeur. Il devait se demander s'il était sous acide, ce qui n'aurait pas été si incongru. « - Je… Pardon Patron, j’ai mal entendu ? » Plus imposant physiquement que lui, le gorille n’en menait toutefois pas large, décontenancé par le nouveau caprice de son chef. - Frappe-moi je t’ai dit. Aussi fort que tu le peux, je t’interdis de me ménager, si tu veux garder ta place, obéis ! » Voyant qu’il ne s’exécutait toujours pas, il le poussa plus fort et rugit : « ALLEZ FRAPPE-MOI NOM DE DIEU ! On va pas y passer la nuit, putain mais qui m'a foutu des incapables pareils... » L’homme hésita encore un peu, avant de se décider face aux deux icebergs qui le percutaient hargneusement. Le premier heurt lui déchira l’arcade sourcilière, laissa se répandre un filet noirâtre le long de sa joue. Il se fit violence pour ne pas riposter mécaniquement, serra les poings et les dents, alors que les coups pleuvaient sur sa piteuse carcasse. La brutalité de ses gestes lui coupa le souffle, fit se tordre ses entrailles de douleur. Il vacillait d’un meuble à l’autre comme une poupée désarticulée, s’efforçant de se muer en vulgaire chiffon incapable de riposter. La réserve du barbare paraissait envolée, envoyée aux oubliettes. Écrasée par l’effet libérateur que la lutte inégale devait avoir sur son petit soldat, qui se pliait toujours si docilement à sa volonté. Poussa le vice jusqu’à cogner rudement son crâne contre le sien. Tremblants, en perte totale d’équilibre, ses genoux finirent par céder et mourir en travers du plancher. D’une main levée, il intima à son bourreau de fortune de s’arrêter. Ses bras entourèrent son ventre alors que son front se baissait, étouffant un râle d’affliction. Un rire nerveux et tonitruant rejaillit de ses lippes en songeant à ce que penseraient ses autres employés devant une scène si grotesque. L’élan d’hilarité s’étouffa aussitôt dans sa trachée, lorsqu’il en vint à vomir du sang. Il était quasiment certain d’avoir une voire plusieurs côtes cassées. Mais il allait guérir naturellement, tout ça était vain. Il sentait déjà les plaies se refermer, le brûler en cherchant à se rabibocher.

Le norvégien attendit d’avoir repris une respiration à peu près normale pour se relever. D’un geste assuré il glissa sa main dans la poche arrière de son jean et attrapa le revolver qui s’y nichait pour faire sauter la cervelle de la brute épaisse. Il n’était aucunement question que sa faiblesse s’ébruite, et qu’il perde son autorité naturelle. Il aurait pu se contenter de le menacer, mais le paranoïaque n’avait aucune confiance en ce genre de type. Il aurait tôt ou tard fini par conter ses ‘exploits’. Que ce soit volontairement ou au cours d’une soirée un peu trop arrosée. Il enjamba le cadavre avec une désinvolture feinte, décidé à faire nettoyer les traces de son crime plus tard. En attendant, la dépouille servirait d’exemple et pourrait dissuader d’éventuels traitres de mener à bien leurs sombres desseins. Il se dirigea donc vers la cuisine, s’y affaira comme un lion en cage pendant quelques minutes en vidant les tiroirs à la recherche d’une idée lumineuse. Optant pour un rutilant couteau de boucher, il plongea la lame dans la chair affable de son avant-bras gauche. Retint non sans peine un hurlement de douleur en creusant la blessure jusqu’à l’os. Il dut se retenir à la table pour ne pas tourner de l’œil, dépassé par une souffrance affreusement intense. Son œuvre achevée, il ne put s’empêcher d’y apposer la touche finale. Recula fébrilement la lame par trois fois avant de sectionner entièrement son annulaire. Cette fois-ci, la plainte fut inévitable et lui lacéra les tympans.

[…]

Il ne sut pas vraiment comment il eut la présence d’esprit de mettre son doigt coupé dans un sac plastique, de se trainer jusqu’à la voiture avant de conduire jusqu’à l’hôpital sans causer de carambolage sur le trajet. Garé à l’arrachée, il s’extirpa non sans difficulté de son véhicule. Il tremblait, le bras recouvert par une serviette imbibée d’hémoglobine, le teint pâle comme la mort. Chancelant, il tituba jusqu’à l’entrée et son cœur manqua plusieurs battements face à la silhouette qui se dessinait devant le bâtiment. Un léger sourire se glissa sur ses traits, s’éteignit face à l’effort surhumain que cela lui demandait, vidé de son énergie. Arrêté à Sa hauteur, ses prunelles plongèrent dans les abysses qui le dévisageaient avec la défiance et l’effroyable mépris habituels. « - Tiens, tu es de garde cette nuit ? » Susurra t’il avec une fausse innocence. Comme si tu ne connaissais pas son emploi du temps par cœur avec toutes les taupes que tu lance à ses trousses pour le garder à l’œil... « - Je… ça tombe bien, je vais avoir besoin de ton aide. » Ce ne fut qu’un murmure, empreint de la crainte manifeste de se faire rejeter comme le paria qu’il était. Il souleva délicatement le piètre drap qui recouvrait sa peau malmenée. Dévoilant de la sorte ce qui ressemblait à une lésion gangrénée mais n’était autre que l’aspect normal de son cruor avarié.

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MessageSujet: Re: Still got miles to go [PV Kyran]   Jeu 26 Déc - 0:32

Sept respirations le séparent d’une silhouette fantomatique alors que les quatre suivantes ne lui font même pas réaliser cette apparition. A la cinquième, il redresse la nuque, surpris par le bruit de ses pas. Il n’est déjà plus qu’à quelques mètres de lui quand la sixième inspiration se cale dans sa gorge. Ezra cesse d’inhaler totalement durant plusieurs secondes alors qu’il reconnaît immédiatement la carcasse qui l’approche avec une difficulté apparente. La colère le domine déjà ? Non, c’est un mensonge. Le premier sentiment qui froisse sa poitrine n’est pas cette haine viscérale qu’il entretient habituellement pour son frère, c’est la panique. De le voir ? Pas vraiment. Il perçoit le vacillement et rapidement, les quelques blessures qui lui sont exposées dans la pénombre ambiante. La vérité ? Il a peur. Pour la vie d’un homme qu’il n’estime plus ? Pour la survie d’un être partageant son sang. L’urgentiste a beau laisser l’inquiétude l’ensevelir au point d’être paralysé, son mépris reprend tout son droit dans ses yeux. C’est facile de le détester et de lui montrer, tellement facile. C’est plus ardu d’accepter cette autre revers de tendresse inconditionnelle, les restants de Sven, les dégâts d’une solitude exacerbée. Quelque part enfoui sous un tas de reproches et de souffrances, il veut se jeter sur lui pour lui porter secours sans motifs et sans jugements. Loyauté déplacée ? C’est bien pire que ça et moins simple qu’il n’y paraît. Malgré cette foule d’émotions qui l’étrangle avec véhémence, la rage hurle autant dans son regard que dans son organisme. Et pourtant, la première question qui le frôle ? Qui lui a fait ça ? Qu’est-ce que ça peut lui faire ? Il n’a pas à protéger Kyran. Il est son propre ennemi avant d’être la cible d’autres personnes. Un sentiment de protection donc ? Quelle ironie. Le pourquoi et comment n’importent pas. Il ne veut pas savoir. Il a assez pansé ses plaies dans une autre vie pour savoir qu’il ne peut ni le sauver, ni le supporter. Ses frasques mutilaient alors déjà, autant sa peau que le cœur de son cadet. Ah, un appel involontaire à cette mémoire qui ne doit déjà plus exister. La première existence qu’il a menée, est enterrée avec son ancienne identité et ses anciennes aspirations. Dans ce présent, Il n’est rien. Rien qu’un obstacle sur lequel il butte sans arrêt, rien qu’une rature sur sa ligne de temps, rien qu’un point à la poitrine qui le tiraille quand il se matérialise, rien qu’une déception amère, rien que le goût d’un abandon. N’y a t-il pas trop de mots derrière ce qui ne signifie manifestant tout sauf un rien apparent. Le néant ne devrait pas porter pas autant d’adjectifs dans l’esprit de celui qui croit l’invoquer.

La question tombe après cette dérivation émotionnelle. L’innocence et la surprise ne s’associent rarement – voir jamais, à celui qui lui délie une interrogation purement rhétorique. Il n’y croit pas mais ça ne change rien. Kyran piétine sur un je égoïste avant d’achever son idée. La mine encore plus fermée et assombrie de l’ancien métamorphe, se détourne un instant de son nouveau patient. Ce dernier souffre. Il peut palper sa douleur depuis son pan des ténèbres. Est-ce pour cette raison qu’il se laisse prendre au jeu et observe le bras qu’il lui dévoile ? Le peu de couleurs qu’il est parvenu à mobiliser sur ses joues s’envole au profit d’une lividité sans précédent. Pourquoi faut-il que la vue de ses meurtrissures provoque des hauts le cœur dérangeant ? Il a vu bien pire. Il a connu bien pire. Alors pourquoi la bile remonte son œsophage avec autant d’aisance ? Le dégoût ? Non. Toujours cette peine incompréhensible qu’il n’expose pas un seul instant à son aîné. D’un ton sec et âpre, il surprend ses premières syllabes s’échapper de sa bouche pour se perdre dans l’air qui les distance à peine. « Ce n’est pas de moi dont tu as besoin. » Non. C’est d’une nouvelle conscience, un autre comportement et d’autres fréquentations. Mais il est trop tard, bien trop tard pour ça. Les réprimandes tordent le fil de ses pensées jusqu’à trouver l’issue par ses cordes vocales. « Que veux-tu que j’y fasse ? Demain, tu seras encore dans cet état de toute manière. Je n’ai pas de temps à perdre. » Pas avec les causes perdues. Les ennuis le talonneront toujours. Il a donné. Il a déjà assez donné à cet homme qui l’a laissé en arrière. Lui prodiguer des soins alors qu’il a été abandonné ? Tendre l’autre joue en sachant pertinemment qu’il va se faire gifler ? La démence de son frère s’étale assez dans ce flot de lésions que sa perversion a occasionné. Toujours à courir après les mêmes erreurs, toujours à perpétrer des actes sans foi, ni lois. Toujours à se complaire de l'attitude d’un autre, à devenir le reflet d’un autre être abject. Quand il relève les yeux vers lui, c’est ce père ingrat, violent qu’il voit en lui et non, ce frangin dont la seule affection l’a plus d’une fois préservé d’un désespoir sans nom. Ses traits se font encore plus durs devant ce constat alors que son corps le rejette un peu plus en reculant de plusieurs pas.

C’est là qu’il voit ce sachet, la chaire qui y est introduite. Son estomac  se contracte encore plus brutalement à tel point qu’il se crispe instantanément. La mutilation qu’il a subie lui saute encore plus au visage sous cette forme malsaine et glauque. Il a connu pire, oui. Mais ce n’est pas le doigt d’un inconnu qui git là-dedans. Ezra s’est arrêté dans sa progression vers l’entrée. Il ne veut toujours pas lui venir en aide mais. Mais ? Il ferme les paupières et quand il les rouvre, il tourne les talons définitivement. Ses pulsations anarchiques le persécutent toujours quand il harponne une collègue dans le hall et lui indique Kyran très rapidement à l’extérieur. Sans attendre une réponse de sa part, il se dirige vers l’accueil. Qu’elle le prenne ou non en charge… Il jette un regard vers l’arrière juste au cas où. Il est seul désormais dans ce couloir, alors pourquoi se sent-il comprimé par une foule imaginaire ?  A moins que ça ne soit qu’un mécontentement de sa conscience professionnelle qu’il vient de bafouer au profit d’une rancœur impérissable ? Les néons au-dessus de son crâne lui martyrisent la rétine alors qu'il fixe les portes plus loin. Pourquoi ne les a t-Il pas encore passées?

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MessageSujet: Re: Still got miles to go [PV Kyran]   Dim 29 Déc - 13:21

Si on lui avait prédit gamin qu’il s’abaisserait si bas pour capter ne serait-ce qu’une poignée de minutes l’attention de Sven… Il aurait certainement pris le prophète pour un échappé de l’asile. N’en aurait pas envisagé l’éventualité plus d’un quart de seconde. Cela n’aurait pas eu de sens, quand ils ne vivaient autrefois que l’un pour l’autre, presque isolés. Il lui suffisait alors de poser son regard sur Lui pour avoir la sensation salvatrice qu’il n’était pas qu’une abomination de la nature. Pas qu’une grossière erreur qui n’aurait pas du voir le jour, pas du survivre à sa naissance. Il était son frère, et rien n’avait d’importance hormis cette évidence. Il n’aspirait à rien d’autre, si ce n’est à trouver comment le protéger du modèle affligeant que leur père leur imposait chaque jour. Mais à trop chercher à Lui offrir le meilleur, il s’était perdu en route. Charmé par la facilité d’une existence dissolue, des avantages financiers et en nature. Et il était devenu un pauvre type, qui ne se soulageait de ses maux qu’en s’en prenant aux autres. Un vautour qui précipitait leur chute et les dépouillait impunément. Il s’obstinait néanmoins, il s’acharnait à retrouver la complicité si bêtement perdue.

Un tremblement meurtrier lui lacéra l’échine lorsque la langue ingrate se délia, raillant une vérité qui sonnait de toute évidence faux à Ses oreilles. Son cœur se contorsionnait dans sa cage thoracique. Se débattait avec rage pour s’extraire de cette réalité putride où il n’était pour Lui qu’un vulgaire étranger. Un odieux scélérat qu’il fallait à tout prix éviter. Épileptique emprisonné contre des poumons calcinés à l’encre de ses méfaits, son palpitant volait un peu plus en éclats à chaque inspiration. Il avait évité d’imaginer ce scénario catastrophique, s’était concentré sur les infimes probabilités de réussite. Si son optimisme avait été étouffé dans l’œuf, il était devenu champion dans l’art de porter des œillères et d’imaginer seulement ce qui l’arrangeait. Il sondait Son visage froid comme le marbre, cherchait à y déceler ne serait-ce qu’une étincelle d’inquiétude pour l’état déplorable dans lequel il se trouvait. Soufflé comme un château de cartes par ce qu’il pouvait y lire. Il n’y apercevait qu’un flagrant mépris, suintant de tous ses pores pour venir maculer sa propre carcasse. Interdit, il ne trouva rien à riposter dans un premier temps. Le nœud autour de sa gorge se resserrait inexorablement, broyant littéralement sa répartie. Immobile, il regarda l’urgentiste s’éloigner. Espéra qu’il ne s’agissait que d’une blague, qu’Il allait revenir, s’occuper de panser ses plaies grisâtres et de recoller ce qui avait été arraché. Qu’Il allait lui prouver qu’Il n’avait pas oublié non plus, toutes ces années à baigner ensemble dans la terreur, à rester soudés pour ne pas chanceler. Que les liens du sang étaient inconditionnels, qu’on ne pouvait pas les briser en se comportant comme le pire des imbéciles et le dernier des salauds. Il l’espérait alors qu’il n’avait pas été foutu d’agir de la sorte avec Elle, avec cette sœur adorée qu’il avait reniée en la blâmant pour un fait dont elle n’était pourtant pas responsable.

Un infime espoir s’empara de lui lorsque l’ancien peacekeeper s’arrêta dans sa progression, aussitôt avorté. Il ne retrouva ainsi le contrôle de ses jambes frémissantes que lorsque la charmante collègue s’approcha de lui, pour lui poser une question qui passa au dessus de ses tympans bourdonnants. Ignorant royalement l’interrogation, il la frôla de son épaule meurtrie et s’avança avec détermination à l’intérieur du bâtiment hospitalier. Jusqu’à rattraper celui pour lequel il s’était délibérément fait passer à tabac, et se confronter de la sorte au jugement de Ses rétines acérées. L’air de chien battu abandonné, c’est une lueur de défi qui miroitait désormais dans ses sphères polaires. Il refusait de s’être infligé une telle douleur physique vainement. Qu’Il le déteste et le lui fasse bien comprendre était une chose. Qu’Il le laisse crever sans le moindre tressaillement, en arborant le masque farouche de l’indifférence, en était une autre. Il pouvait tolérer la première, mais certainement pas un détachement total de sa part. Il ne s’y habituerait jamais.

« - Où est passée ta chère conscience professionnelle… Ezra ? Il t’en faut si peu pour démissionner ? C’est que ça ne doit pas être tellement ta vocation, si tu te déclare si facilement incompétent… » Le prénom lui avait écorché le palais. Il y avait insufflé un dédain évident, tant le prononcer était déplaisant. Qu’est ce qu’Il croyait ? Que changer d’identité suffisait à le rayer de la liste de leur famille de dégénérés ? Que ce n’était qu’une histoire de papiers ? La main qui tenait la poche ensanglantée se posa contre Son torse avec brusquerie, comme pour lui intimer de faire correctement son travail. « - Il semblerait finalement que tu me ressemble bien plus que tu ne veux l’admettre, petit frère. » Ricana-t-il, en insistant particulièrement sur les derniers mots. Il était fatigué de cette tempête constante qui rugissait entre eux, qui animait absolument tous leurs rapports. Mais à défaut de pouvoir trouver un abri, un endroit où le vent soufflerait moins fort, il s’en contentait. Il était prêt à finir en charpie, le myocarde en bouillie, car en dehors de ces affrontements haïssables, il n’y avait que le vide. Il n’y avait que l’angoisse qui montait, montait, et le prenait à la gorge dans un étau de fer. Il se sentait affreusement démuni sans Lui, ne vivait qu’en pointillés. En s’adonnant ses activités barbares, en commandant des hommes ou en s’abandonnant dans la luxure, il parvenait parfois à oublier. La souffrance s’estompait, et englué dans sa routine écarlate, il ne songeait plus à la fadeur de son quotidien moribond. Mais l’ombre planait constamment, et il suffisait d’un son, d’une odeur, pour que la boite à souvenirs se fracasse et l’asperge de mélancolie. L’abjecte piqure de rappel distillait son venin insidieusement dans ses veines, et son univers entier replongeait dans les plus âpres ténèbres qui puissent se propager. Sans qu’il daigne le reconnaitre, Aleksi avait toutefois considérablement enrayé cette sombre machinerie, mais la peine restait terriblement cruelle et le manque intolérable.

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MessageSujet: Re: Still got miles to go [PV Kyran]   Mer 1 Jan - 22:12

Il attend. C’est ridicule. Il le sait. La lumière artificielle le harcèle alors que les bruits de cet hôpital se changent en un ressac lancinant qui l’obsède jusqu’à lui casser la tête. Les sons d’ordinaire réconfortants deviennent une litanie insoutenable pour ses oreilles. Pourquoi son organisme cherche à rejeter un environnement qui l’apaise pourtant ? Il ne veut plus de cette fonction dans l’immédiat. Et au-delà de ce déni, il ne peut plus endurer cette brèche qu’Il a créée impunément. L’urgentiste consciencieux n’a pas envie de se voir endosser le rôle du benjamin brisé entre ces murs. Pas ici, pas maintenant, pas comme ça. Comment Kyran peut-il à ce point s’immiscer dans sa vie, le surprendre dans les seules parties de son quotidien qu’il apprécie ? Veut-il souiller ça aussi ? Ses seuls moments d’oubli, son seul exutoire, sa seule façon de supporter sa situation ? Son frère sait trop bien détruire tout ce qu’il touche. Et Ezra a bien conscience que sa propre stabilité est bancale. Voilà pourquoi il doit le tenir éloigné. Il doit se protéger. Son repli n’a pas été aussi aisé qu'il a voulu prétendre et les quelques secondes qui le séparent de l’entrée de son aîné sont un supplice qu’il s’inflige pour son bien. Peut-être a t-il fini par s’évanouir pour cause d’anémie ou de douleur ? Non, il ne doit pas y penser. Ses doigts se joignent sur le comptoir de l’accueil et se pressent jusqu’à craquer de mécontentement. Sa colère est aussi vive que sa peine. Le laisser dans un tel état sur ce parking lui en a coûté mais défaire ses pas pour le retrouver serait plus pénible encore. Fierté déplacée ? Son orgueil entre en compte – certes, mais il ne s’agit pas que de ça. Tant d’efforts pour le distancer de ses choix, l’éloigner de sa vie, tant de sacrifices pour y arriver, il ne peut pas réduire à néant tout ça juste parce qu’il a décidé de se pointer ici ensanglanté. Décider ? Peut-être pas. Le norvégien ferme les paupières un instant en tentant de calmer ses crampes d’estomac toujours dérangeantes quand enfin, ces fichues portes remuent plus loin.

Le jeune homme se redresse, prêt à interpeller le nouveau patient ou bien à laisser passer sa collègue avec Kyran. C’est bien ce dernier qui atterrit dans le couloir mais il est seul. Seul et déterminé. Les traits d’Ezra se crispent sur une expression sévère alors qu’il toise la silhouette voisine. Les néons projettent sur celle-ci des halos de lumière inconvenants qui dévoilent sans aucune pudeur la gravité de ses blessures. Même si il a pu conserver son masque de dureté, il est paralysé devant ce spectacle, le souffle coupé. Quand il arrive à sa hauteur, son effroi est encore plus violent. Il croit un instant que c’est l’habitude qu’il lui fait voir l’hémoglobine dans une autre teinte que ce rouge d’ordinaire si criard mais plus il le fixe, plus il réalise que ce n’est pas une illusion. Non. Il nie volontairement. Complétement livide et sous le choc, il entend à peine les premières paroles du blessé. Son prénom claque juste suffisamment sur Sa langue pour qu’il croise les bras sur sa poitrine en un geste purement symbolique. La provocation. Il veut susciter la communication et il ne connaît que ce moyen. Sauf qu’il ne fonctionne pas sur l’infirmier qui au contraire, ne réagit pas du tout. Ce sang est sombre, il est vraiment sombre. Sa nausée prend des proportions dramatiques à mesure qu’il le détaille et assimile cette évidence qu’il ne peut, pour autant, pas encaisser.  Quand la poche sanguinolente et ses doigts heurtent son torse, il cherche un instant à se défaire de ce contact dérangeant, de cette proximité intolérable mais aussitôt, les mots de son interlocuteur anéantissent son peu de sang-froid restant. Autant le début mais sûrement plus encore la fin. Il sait qu’il ne doit pas l’écouter, il sait qu’il ne doit pas répondre à cette tirade visant à le bousculer mais pourtant…

Pourtant, ses mains saisissent instantanément le col de son aîné et le plaque contre le mur juste derrière lui. Son pouce s’écrase sur sa gorge et exerce une pression pour l’instant assez légère qu’il pourrait facilement raffermir si sa rage venait à s’amplifier. Leurs discussions ont beau être brutales et violentes, leurs actes ne le sont jamais. Ezra n’a jamais osé lever le petit doigt sur son frère malgré tout. Il n’a jamais voulu que leur relation en vienne à ça – à ce qui définissait leur rapport avec leurs parents. Ils sont plus que ça, ils doivent être au-dessus de ça, même si lui cherche à le fuir. Alors pourquoi ce raté ? Pourquoi cet empoignement soudain ? La raison est évidente. Ils se ressemblent, oui. Cette atroce vérité lui comprime la poitrine à tel point qu’il semble essoufflé quand il crache presque au visage de sa victime « Nous n’avons plus rien en commun. Tu n'es plus rien pour moi. » Il ment. Il ment tellement mal. Il ne pense pas ce qu’il dit mais il ne peut pas tolérer cette réalité. Il veut qu’il disparaisse pour de bon. Il veut qu’il l’oublie. Il veut… Une de ses paumes relâche la nuque de sa cible pour essuyer l’hémoglobine de son arcade sourcilière là où la plaie est déjà quasiment cicatrisée. Il est comme lui. La même nature, le même ADN, la même propension à la cruauté. Ils sont pareils. Ses yeux observent ce sang trop foncé sur ses doigts avant de revenir le fusiller. « Tu te fous de moi ? Ça t’amuse sans doute ? Venir ici, faire ton show, m'emmerder dans un endroit que je ne peux pas quitter. Alors dis-moi, t'es content? T'as eu ce que tu voulais maintenant? » Il a envie de lui faire mal, de lui faire vraiment mal pour qu’il comprenne, de lui faire subir physiquement ce qu’il provoque émotionnellement chez lui. Il était censé être heureux au milieu de sa décadence, il était censé… Aller bien ? C’est illogique. Complétement illogique. Ce qui l’énerve au fond, c’est plus que leurs ressemblances. C’est plus que sa comédie. C’est …  qu’il est à plaindre ? De la compassion ? Parce qu’ils partagent la même monstruosité sans le vouloir ? C’est douloureux de l’accepter pour soi mais c’est pire de l’accepter pour Lui. Mais ce n’est pas surprenant. Il ne fait que s’autodétruire, c’est la suite logique. Pourquoi ça doit encore l’atteindre ? Pourquoi… Ne peut-il pas simplement le foutre dehors ou lever son poing et… Non.

Non. Non. Non. Non.

Ezra s’écarte avant de commettre le pire, il recule d’un bon mètre en vacillant presque. Comment pourrait-il en venir à ça? Comment a-t-il pu penser ça ? Son attitude se transforme d’une solidité assurée à une incompréhension totale. Désorienté, son regard oscille entre sa paume maculée et son frère avant qu’une autre voix ne s’implique dans cette scène. « Tout va bien ici ? » Il en a oublié le contexte de cette rencontre et retient un grognement de désapprobation à l’encontre de cette infirmière qui se mêle de ce qui ne la regarde pas. Incapable d’émettre le moindre son, il se contente d’un hochement de tête. Elle lui indique une salle d’examen libre et file aussi vite. Le regard de l’urgentiste se porte sur le doigt coupé de son frangin. Sa culpabilité le fait anticiper différemment la suite. Il veut sûrement se prouver qu’il vaut mieux que ça, qu’il est différent. Qu’ici, du moins, il peut l’être. Après tout, il n’a qu’à lui recoudre ça et le laisser partir avant d’essayer ensuite d’oublier encore une fois leur affrontement. L’ancien peacekeeper refuse de continuer à se donner en spectacle sur son lieu de travail de toute manière. Sèchement, en lui ôtant des mains le sachet, il lui ordonne « Par là. » et se met en marche sans attendre une réaction et sans s’assurer qu’il puisse tout de même se déplacer jusque-là.

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Dernière édition par Ezra S. Reilly le Mar 14 Jan - 0:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Still got miles to go [PV Kyran]   Lun 13 Jan - 20:16

S’il s’attendait à ce qu’une vague de colère vienne le bousculer, il ne pensait pas susciter un tel déferlement de violence. Plus que l’éternelle rancœur, il sentait ce profond mépris qui grimpait à toute vitesse et durcissait Ses phalanges contre sa gorge. A sa merci, les vertèbres cognées contre le béton hurlaient leur affliction. La douleur physique était négligeable en comparaison des coups précédemment encaissés, des morceaux d’épiderme arrachés. Mais elle était pourtant infiniment redoutable, tant le venin craché était corrosif. Tu n’es plus rien pour moi. Le marteau frappait l’enclume, encore et encore, fracassant les débris de son crâne. Il avait l’affreuse impression de toucher le fond, mais qu’on cherchait à l’encastrer plus profond encore. Ses mots le heurtaient, plus que n’importe quelle autre critique sur ses vices ou sa conduite. Sa carapace s’effritait, ne lui était plus d’aucune protection contre les assauts de l’ingrat qui partageait son sang. Il tentait de se persuader que le dédain renvoyé comme un boomerang n’était qu’un vulgaire tissu de mensonges. Mais l’autruche qu’il incarnait commençait à s’étouffer avec le sable dans lequel l’animal si stupide s’était enfoui tête la première. Une tristesse évidente voila le temps d’une fraction de secondes l’acier de ses rétines, avant qu’il ne retrouve sa froideur habituelle par pur automatisme. Un mécanisme de protection qui n’avait plus à faire ses preuves. Sa salive déployait de l’amertume à n’en plus finir, elle dévalait en acide le long de sa langue. En cherchant à s’émanciper de son ainé, le cadet ne faisait pourtant que reproduire des tares qui semblaient inscrites dans leurs gènes. En noircissait même le trait, car le dépravé n’aurait pour rien au monde levé la main sur son frère. Devant tant de hargne, une part de lui renonçait, petit à petit. Se décrochait de sa carcasse rongée jusqu’à la moelle pour venir pourrir à Ses pieds. Et il n’y avait rien de plus effroyable à porter que ces multiples fragments qui trépassaient en lui alors qu’il respirait néanmoins toujours. Ces poids morts qui s’entrechoquaient avec perte et fracas au creux de son torse.

Le contact fébrile de Ses doigts contre sa tempe lui arracha un frisson. Dubitatif, le teint blême, il fronça les sourcils d’un air surpris. La déglutition lui écorcha la trachée, la racla tant et si bien qu’il en perdit son latin. Il l’avait oubliée, cette hémoglobine gorgée d’ébène, qui trahissait sa nature en un clin d’œil. Sans doute une tache de plus maculant la toile de son existence dissolue. La preuve supplémentaire qu’il ne restait absolument plus rien chez lui à récupérer, pas même son essence. Un rictus acerbe se glissa sur sa figure sombre lorsqu’Il le mitrailla de questions rhétoriques. Il n’avait décidément rien compris. S’il prenait un malin plaisir à provoquer et à attirer l’attention, en être réduit à ça avec Lui ne faisait qu’arroser ses plaies de sel.  

« - Félicitations, tu viens de me percer à jour. J’adore ça, me donner en spectacle. Et si en plus, je peux saboter ta journée en prime, alors là je prends vraiment un pied d’enfer. Comme il ne t’en faut pas beaucoup, je suis servi. » Persifla t’il, sans chercher pour autant à se dégager de l’étreinte forcée. Il craignait que ses genoux vacillent s’Il s’écartait, tant la moindre de ses blessures le tiraillait. Mais par dessus tout, il redoutait d’être soufflé par le néant si Sven s’éloignait et l’abandonnait aux ténèbres sans se retourner.  « - Arrête un peu ton numéro de pauvre martyr. Il fallait que je fasse soigner ma main, c’est tout. Qu’est ce que tu vas t’imaginer ? Que j’ai attendu précisément le soir où tu étais de garde pour me faire couper le doigt par un taré ? » Ajouta t’il sur un ton qui se voulait ironique et vexé, supposé couvrir la vérité pernicieuse. La folie furieuse qui s’était emparée de lui, lorsqu’il avait choisi de s’automutiler délibérément. Ezra n’en était pas à le croire si dément pour s’infliger une telle souffrance volontairement, pour se nourrir de miettes. Du moins, il osait y croire et misait tout sur cet espoir bancal.  

L’infirmière interrompit l’échange d'hostilités, au moment où son frère venait d’instaurer une distance de sécurité exagérée entre eux. Et contre toute attente, Il se décida finalement à faire son travail. Par pitié ? Pour ne pas que sa collègue se fasse une opinion erronée de son sérieux et de son professionnalisme ? Trop soulagé pour chercher à comprendre ou à s’en offusquer, le trafiquant ne se fit pas prier pour marcher sur les talons de l’urgentiste. Docilement, il traina tant bien que mal ses cannes chancelantes jusqu’à la salle indiquée. Comme un gosse trop heureux qu’on lève sa punition, ne serait-ce que brièvement. Il s’installa dans le fauteuil médical, ses rétines claires dévorant le norvégien du regard en attendant qu’il s’affaire à rapiécer ses chairs. Pouvoir s’abreuver de Sa présence valait pour lui les sacrifices les plus macabres. Il avait trop souffert à Darkness Falls pour ne pas s’en contenter. Trop souffert d’oublier peu à peu Son visage fin, Sa voix rassurante, les échos de leur complicité. Il s’efforça de rester silencieux, mais ne put tenir bien longtemps tant l’envie de s’exprimer était forte.

« - Alors c’est tout ? C’est ainsi que tu as l’intention de me traiter jusqu’à la fin de tes jours ou des miens ? Comme un étranger ? Comme un pestiféré ? J’espère que t’as bien apprécié au moins, de me voir crever la première fois. » Quand moi je préfèrerais mourir encore que de te survivre… Il avait perdu la désinvolture d’autrefois, avait corrompu son âme jusqu’au point de non-retour. Mais cela méritait-il pour autant de renier celui qui l’avait vu grandir, qui lui avait montré tant d’affection quand leurs parents ne faisaient que les trainer plus bas que terre ?  Et puis à quoi ça servait de se montrer honorable, respectable ? Dis à quoi ça sert Ezra, de marcher dans les clous ? Qu’est ce que ça lui avait rapporté au juste, de fermer sa gueule et de baisser les yeux ? Il avait été plus heureux, peut être ? Il avait senti la faim s’atténuer dans son ventre juste parce qu’il était un peu plus bon et pieux ? Non. Les faibles ne gagnaient rien en ce bas-monde, même pas leur place au paradis. Les puissants, eux, les dominaient et les piétinaient. Bien sûr il l’oubliait Elle, prête à lui offrir une place au chaud chez elle et un peu d’argent. Mais elle n’était qu’une gosse de riches, déconnectée de la réalité. Qui les aurait recueillis son frère et lui comme deux chiens errants, deux chiens galeux, et les aurait logés et nourris comme tels. Et ce, dans l’hypothèse complètement farfelue où personne ne l’en aurait dissuadée ni empêchée. Elle aurait accompli sa bonne action et ils auraient eu à se montrer gentiment reconnaissants. De la reconnaissance à éprouver, encore et toujours, pour ceux qui étaient nés avec une petite cuillère en argent dans la bouche pendant qu’ils s’étranglaient dans la crasse. Il ne voulait plus être obligé d’en montrer, pour personne. Il creusait son propre trou, et tant pis s’il enchainait avec sa propre tombe dans le même temps. Ce n’était pas à sa faute à lui, si ce monde chaotique était fait ainsi. Si la douceur n’engendrait rien, si ce n’est des chaines et des crachats. S’il y avait les tyrans d’un côté, les esclaves du système putride de l’autre. Les stigmates de son humanité effritée s’étaient fait emporter par l’abime depuis des siècles, et il ne lui serait pas venu à l'esprit de pleurer cette perte nécessaire.

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MessageSujet: Re: Still got miles to go [PV Kyran]   Mar 21 Jan - 23:40

Les couloirs semblent étroits et le pas hasardeux derrière lui, effrontément bruyant. Les quelques mètres qui le séparent de la salle d'examen sont interminables. Chaque pas est plus difficile à exécuter. Des chaînes fictives le lient inexorablement à la carcasse qui se traîne par-dessus son épaule. L'entendre peiner – ou l'imaginer peiner plutôt, est physiquement douloureux. Il a envie de se retourner à plusieurs reprises mais cette froide détermination le retient et l'empêche d'esquisser le moindre mouvement dans sa direction. Plus ils s'enfoncent dans l'hôpital, plus Ezra a l'impression que les murs se rapprochent pour le comprimer. Il doit se rappeler de respirer de manière posée à quelques reprises. Il en vient à compter mentalement le nombre de secondes qui le sépare de chaque inspiration afin que ça ne se remarque pas. Ce qui lui a paru être une éternité, n'a duré en vérité qu'une - ou peut-être deux, petites minutes. D'un coin d’œil, il jauge discrètement la silhouette proche. Il sait que ses blessures vont se guérir d'elle-même vu ce qu'il est devenu mais... Mais il n'a pas encore intégré cette donnée – ou il ne veut pas encore y croire plutôt. Et puis, il peut lui mentir et placer des Océans entre eux, jamais il ne parviendra jamais à se cacher de cette réalité. Il ne supporte plus de voir Kyran en sang, abîmé et en état de faiblesse apparente. C'est pour se protéger de ça qu'il l'a écarté en premier lieu, pour ne plus assister à ce spectacle, impuissant et brisé. Être désarmé par un homme qui préfère le goût métallique de l'hémoglobine et la saveur du souffre au bien être de sa famille, il ne peut plus se le permettre. Son aîné a toutes les armes entre les mains pour le détruire et contre sa volonté, il le ferait si son cadet lui en laissait l'occasion. Au fond, il sait à quel point son fonctionnement Lui échappe et il peut en saisir une partie des causes. Pourtant, il ne parvient ni à le tolérer, ni à lui pardonner. Tendre l'autre joue. Il n'en a pas la force.

Quand l'urgentiste traverse la pièce pour s'emparer des outils nécessaires, il sent sur sa nuque Ce regard vorace. Il le sent peser, étrangement familier et tout aussi dérangeant que réconfortant. Cette sensation est addictive et il n'est pas sans le savoir. C'est une des raisons qui l'amène à le rejeter directement au début de chaque rencontre. Avant que l'émotion ne déguste son indifférence avec une facilité déconcertante et guérisse partiellement les plaies que sa solitude engendre jour après jour. Son frère est un remède et une malédiction. Il doit veiller à ce que le premier effet n’annihile jamais sa perception du second. Il lui est difficile parfois de s'en rappeler quand plusieurs minutes s'écoulent et que traqué par ses prunelles, il revient plus d'un Siècle en arrière pour retrouver des souvenirs empreint d'affection. A une époque, ce simple contact visuel suffisait à l'apaiser. Désormais, un simple trouble lui dérange la poitrine alors qu'il peine à se concentrer sur sa tâche. L'ancien peacekeeper dépose sur la petite table près du siège, son matériel et rapproche un tabouret pour s'y installer. Son aîné est silencieux jusqu'ici, ça rend les choses plus simples et pourtant ça les complique tout autant. Sans intonations, pas de justificatif à cette guerre froide et tacite. A-t-il encore besoin d'arguments pour le condamner ? Non. Mais un millier de raisons peuvent s'évaporer quand il se perd dans leur passé commun. Alors qu'il lève un bras dans sa direction pour lui attraper le poignet, il est coupé dans son élan par la voix de son interlocuteur. Ses yeux remontent alors jusqu'aux siens instinctivement et se figent quand il ose prononcer Ces mots. En l'espace d'une seconde, Il invoque une scène. La pire.

Durant cette unique seconde, il croit même ressentir ce froid hivernal revenu pour lui glacer l'âme. Il peut presque discerner à ses pieds une flaque au rouge criard et voir la vie s'échapper du corps du seul être qui ait jamais compté. De la seule personne qu'il aimait. De sa seule raison de vivre.  Le souffle coupé, le norvégien ne parvient plus à mobiliser assez d'efforts pour conserver son masque habituel. Ses traits se crispent sur cette douleur qu'Il vient de recréer en quelques syllabes. C'est injuste qu'il ressorte ça avec aisance. Injuste quand lui ne peut plus encaisser cette foule d'images sans se sentir poignardé, éventré. Il trouve ça amusant peut-être ? Il croit qu'il a dansé sur sa tombe aussi ? Pendant qu'il rendait son dernier soupir, lui entamait sa chute lentement. L'absence de buts, l'absence d'envie, l'absence de réalité. Il voulait mourir. Il voulait en finir et le soir où il était si proche du but, le soir où Kitty l'a sauvé, il a réussi à ressentir une once de joie éphémère à l'idée de partir définitivement, de le suivre enfin et peut-être de le retrouver là où il était. Mais ça, Il l'ignore. Il ignore à quel point il a souhaité crever. Car sans lui, plus rien n'avait de sens. C'est grâce à Elle qu'il a en retrouvé un. Il lui doit tout et à lui, à cet être sournois, égoïste, il ne doit rien. Rien que son néant et l'empreinte qu'il a laissé.  

Ses prunelles l'accusent et le supplient en même temps.Il ne veut pas y repenser, il ne veut plus tester ses propres limites, les pieds au bord du gouffre. Il ne veut plus y être poussé par Kyran. Sa voix n'est plus assurée même si elle siffle entre ses dents. Elle s'effondre même au dernier mot. « Je t'interdis de dire ça! Tu m'entends !? Je te l'interdis ! » Il se relève soudainement pour se détourner du blessé et se met à s'agiter un peu plus loin en cherchant à retrouver une stabilité partielle. Tout lui échappe sûrement tandis qu'il le pointe d'un doigt dénonciateur. « Tu as du culot. Tu... Comment peux-tu... Tu ne sais pas... Tu ne sais rien... Tu n'es qu'un... » Cet ascendant est inconvenant. Il arrive à l'atteindre encore. Malgré tout. Sven le supplie d'arrêter cette lutte incessante quand son regard retombe sur sa main ensanglantée. Il est toujours là ce traître, cet abruti. Il est toujours là et il ne supporte pas que Kyran le réanime selon son bon vouloir. Ezra se passe rapidement les paumes sur son visage en tentant de s'éclaircir les pensées et de chasser les résidus de ce qu'il a pu être. Depuis son pan de la pièce, il articule alors tristement et sans colère les conclusions de cette débâcle. « C'est toi qui a décidé de mener cette vie. Ne viens pas te plaindre ici de mes réactions. » Las, il s'empare d'une seringue d'un mouvement un peu saccadé et reprend place près de son bourreau. Dans un murmure, il termine sa tirade avec anormalement, peu de rancœur dans la voix. «  C'est toi qui a décidé de m'éloigner. Je t'avais prévenu, Kyran. » Redevenu professionnel, il lui prend la main et injecte une dose d'antidouleurs localement afin de le recoudre. Il ouvre alors le sachet contenant ce petit morceau de chair. Son estomac se retourne automatiquement et ultimement, avant d'entamer sa tâche, il redresse la nuque vers son tortionnaire. « Le jour où on amènera ton corps ici, ne compte pas sur moi pour venir en admirer les restes. » Vengeance ? Simple constatation. Il ne pourrait pas survivre à sa deuxième mort. Il le sent, il le sait.

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MessageSujet: Re: Still got miles to go [PV Kyran]   Ven 31 Jan - 14:36

En un soupir, le temps se fige. Ses rétines s’ancrent à celles de son frère, s’y amarrent comme si elles entendaient les faire saigner par ce simple contact. Et il attend. Il en dévore la moindre nuance, s’y attarde plus que de raison car il n’a d’ordinaire droit qu’aux yeux fuyants. Les billes acérées excellent en effet dans l’art de l’ignorer, ne le détaillent que lorsqu’elles sont gorgées d’écœurement. Cette fois-ci, il a l’impression d’y lire tout autre chose et il en profite à l’excès. La stupeur prend une place considérable, mais c’est surtout un océan de peine qui vient ravager furtivement Ses rétines et balayer Son indifférence sinistre. Il trouve enfin la contradiction à la sentence terrible qu’Il a pu proférer sans sourciller, s’en délecte même si elle lui fait aussi affreusement mal. Évoquer sa mort était un coup bas, mais Il ne lui a pas laissé le choix. C’est Lui, et Lui seul, qui l’oblige à le pousser dans ses retranchements. Qui le contraint à user de sarcasmes, à se montrer brutal et déplaisant, pour susciter ne serait-ce qu’un semblant de réaction. A appuyer sur ce qui se gangrène, jusqu’à ce que les pans de la plaie purulente autour de Sa cage thoracique s’écartent. Et lui démontrent que tout n’est pas perdu, qu’Il use seulement de mécanismes pour se protéger mais tient encore un peu à lui. Il ne la supporte plus, cette distance qui se creuse inexorablement entre eux. Ces échecs retentissants qui se perpétuent chaque fois qu’il esquisse un premier pas vers Lui. Cette sale impression d’amour à sens unique, qui lui rappelle amèrement le dégoût de leurs parents. Il en a mis des années, à vraiment les haïr puis à les mépriser. Avant d’apprendre le détachement, il a connu le besoin d’eux et la douleur de ne pas pouvoir combler ce manque gigantesque. Incapable d’assimiler que les seules personnes au monde supposées l’aimer inconditionnellement ne le percevaient que comme une bouche supplémentaire à nourrir. Une sangsue. Ils l’auraient probablement étouffé à la naissance, s’ils n’avaient pas eu si peur d’une hypothétique punition divine. Comme si leur âme rongée par la froideur et le vice pouvait être sauvée.

La voix stridente et éraillée, Il trébuche sur ses mots. Il sent bien que l'urgentiste n’arrive plus à maitriser les débris de verre qui se plantent dans Ses cordes vocales et les cisaillent sans crier gare. En dépit de la culpabilité qui commence à lui enserrer la trachée, Kyran n’a pourtant pas l’intention de l’aider. Il est bien trop soulagé d’entrevoir une brèche, même minuscule, pour ne pas s’y faufiler. S’y incruster comme un vulgaire parasite. Il regrette seulement de ne pas avoir trouvé d’autre moyen pour l’empêcher de se refermer que d’y planter une lame invisible. « - Tu m’interdis ? Mais tu ne m’interdis rien du tout, non. Compte pas sur moi pour la fermer juste parce que ça t’arrangerait mieux. » Le sifflement s’échappe de ses lippes, vrille ses dents alors que ses traits se crispent. Qu’Il le veuille ou non, il reste l’ainé et n’a pas d’ordres à recevoir de personne. Même pas de Lui. Le malfrat ne compte néanmoins pas s’arrêter en si bon chemin. Le préserver sous le prétexte qu’Il profère des vérités odieuses à avaler, quand Son intolérable absence le fait souffrir à en crever. « - Tu crois que ça suffit de changer d’identité pour que je ne sois plus de ta famille ? Que tu t’es racheté une meilleure conduite que la mienne en enfilant une blouse blanche et en empruntant un air hautain ? » Gronde t’il, plus fort qu’il ne le devrait. Entre les lignes, il évoque Son ancien poste au sein du Gouvernement. Il juge sa déchéance, mais a osé prendre part à une milice qui tyrannise et terrorise une population entière de rescapés. Du soldat ou du mafieux, qui est donc le plus monstrueux ?

La tension dans ses muscles refuse de se relâcher, le poids sur ses épaules pèse des tonnes. Il éprouve de la difficulté à respirer, le cœur en friche et les poumons noircis par la cendre. Ses sphères métalliques ne Le quittent pas, suivent chacun de Ses mouvements. Malgré la colère qui fait palpiter ses veines, il a une trouille bleue. De Le voir partir. Fuir plutôt que de supporter une seconde de plus cet affrontement douteux. Parcelle d’âme par morceau de palpitant, fragment d’os par bout de chair, il se fait déchiqueter miette par miette. Il saigne du cœur et ça n’en finit pas, ça n’en finit plus. Ses dons d'autoguérison ne lui sont plus d’aucune utilité devant la détermination d’un chirurgien si implacable et aguerri. Une grimace déchire son visage lorsque l’aiguille se plante dans sa main, mais l’affliction n’a rien de physique. C’est le venin qu’Il crache qui arrose sa misérable carcasse d’acide. L’injustice résonne dans son crâne, hurle à lui fracasser les tempes, et il ne parvient pas à rester de marbre face à Ses affirmations impitoyables. Il s’agite sur son siège, cherche les pupilles d’encre qui n’ont de cesse que de le juger lorsqu’elles ne sont pas occupées à l’esquiver. « - J’ai décidé de mener cette vie ? Mais pour qui, Sven, POUR QUI ?! T’aurais mangé à ta faim tous les jours tu crois, sans ça ? On se serait fait bouffer tous les deux, plutôt, si j’étais resté ce gamin imbécile, incapable, et apeuré, qui préfère se faire écraser que d’émettre la moindre protestation. » L’enfer est pavé de bonnes intentions. Il en est persuadé, qu’il a fait le meilleur choix. Pour eux, et avant tout pour Lui. C’est certainement un tort, et tout au fond de lui, il en a conscience. Il sait qu’il a déçu son petit frère, qu’il a aspiré la plus infime lueur d’espoir nourrie à son égard pour l’abandonner au néant et au chaos. Qu'il est devenu un modèle à bafouer par sa propre faute. Il sait qu’il n’a pas de leçon à donner, mais Il n’est pas le seul à avoir été déçu. Lui aussi s’est fait des illusions, imaginait d'autres retrouvailles. Il n’espérait peut être pas qu’Il lui tombe dans les bras et qu’ils s’enlacent dans une puissante accolade fraternelle, mais il se serait contenté d’une étincelle. Un sourire, une parole, un geste. Quelque chose qui lui aurait prouvé qu’Il tenait encore à lui. Qu’il n’était pas le seul à avoir enduré le pire des supplices lorsqu’ils n’appartenaient plus au même monde. « - Tu m’avais prévenu que quoi ? Que tu me cracherais dessus si j’avais le malheur de me faire tuer et damner ? C’est ça, ton motif pour me renier ? » Souffle t’il, blême. La seule portion d’épiderme qu’il voudrait sentir parce qu’Il l’effleure est anesthésiée, mais le reste de son corps le tiraille et le lance comme jamais.

Le jour où on amènera ton corps ici, ne compte pas sur moi pour venir en admirer les restes. La perversité de la frappe le laisse muet, pantelant, interdit. Un violent coup de poing dans le ventre ne l’aurait pas davantage plié en deux, et il reste hébété l’espace d’un instant. Il devrait garder le silence, avant d’aggraver définitivement la situation et d’atteindre un point de non-retour. Il devrait mais il ne le peut pas. Pas après la bombe qu’Il vient de lancer. « - Comment tu peux me regarder en face et me balancer ça sans flancher ? T’es qu’un putain d’ingrat et d’égoïste. J’ai peut être hérité de la décadence de notre père, mais on dirait bien que t'es finalement le plus digne de nous deux de prendre sa relève. T’as plus que du vide à la place des côtes. » L’accusation désabusée vole dans l’atmosphère souillée, éclate dans un bruit sourd contre ses oreilles, mais le norvégien ne peut se résoudre à la retirer. Il ne le pensait pas mais commencerait presque à le croire. Que comme leur géniteur, Il a troqué le forcené dans Sa poitrine contre un bloc de glace et de pierre. Il est absolument viscéral qu’Il réfute cette abomination, qui aurait le don d’achever pour de bon les derniers vestiges de son humanité. Ceux qu’Il est le seul à détenir, et qu’Il a le pouvoir d’effriter entre Ses paumes, pour mieux les disperser aux quatre vents.

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MessageSujet: Re: Still got miles to go [PV Kyran]   Mer 19 Fév - 21:56

La coopération, une notion tellement évidente un Siècle plus tôt et un concept complétement broyé par une éternité d’absence. Son frère le noie d’une horde de syllabes, passant outre sa colère pour se concentrer sur cette douleur, la faire amplifier. Asphyxié par cette ardeur qu’il veille à entretenir dans chacune de ses intonations, propulsé toujours plus bas dans cet Océan sans fond avec aucune promesse de retour à la surface, Ezra ne sait plus si contenir ou exprimer sa rage sont des solutions. Car ce n’est pas tant ce sentiment qui le malmène et l’insupporte. Derrière chaque acte de cruauté, derrière chaque injure, se dissimule une vérité insoutenable. Si la haine s’effondre que reste-t-il à part un chagrin voué à la perpétuité ? Toujours plus de coups contre ses remparts, c’est une lutte incessante. Une prise d’assaut répétée jusqu’à l’épuisement, jusqu’à l’effondrement. Construire de nouvelles barricades, se réfugier derrière d’autres briques et prier pour qu’il s’écorche assez les doigts pour partir. Définitivement. Comment peut-il sous-estimer l’amour que son aîné lui voue et lui porte ? N’est-ce pas simplement une dévotion, certes, obsessionnelle ? Lui reproche-t-il donc ça ? La situation serait plus simple si elle ne se résumait qu’à ça. Parce que le benjamin ne rêve que de tendre les bras vers Lui. Mais ce pronom ne le désigne plus depuis plus d’un Siècle. Celui qu’il a chéri, possède les mêmes traits, porte sans nul doute le même nom mais son sang n’est pas souillé, sa conscience n’est certainement pas à ce point, estropiée par un millier de succubes. Oui, il peut comprendre les motivations de cet homme. Il connaît ses Démons mieux que quiconque. Partager son enfance chaotique, apprendre à souffrir des mêmes injustices et subir les mêmes afflictions, pour bien des raisons, il est celui qui peut saisir la plupart de ses nuances. Il a arpenté cette même route sinueuse et s’y est même abandonné d’ailleurs, après son décès. Mais jamais, il n’a plongé aussi profondément dans ces abysses insondables. Il n’a jamais voulu de cette folie des grandeurs, il n’a jamais voulu écraser les autres pour atteindre le sommet. Il a toujours aspiré à une vie simple.

Le procès perdure. Qui est la victime ? Qui est le coupable ? Ils se renvoient le rôle à tour de grandes phrases, d’arguments tranchants et tout ça pourquoi ? A l’issue de cette entrevue, qui aura gagné ? Et surtout qu’aura t-il réellement gagné ? La satisfaction d’être le plus malheureux des deux ? Le bonheur d’être à plaindre ? L’ancien métamorphe ne demande rien. Il ne veut rien prouver, il ne veut rien plaider. Il veut simplement la tranquillité, aussi relative qu’elle puisse être pour quelqu’un de sa condition. Il veut cesser de trébucher quand il entend le son de sa voix, de mourir à chaque fois dans ce regard qui ne demande qu’à le rencontrer et de nourrir à l’égard d’une chimère autant d’affection que de douleur. Kyran le martèle de son point de vue encore et encore tandis qu’Ezra se tait. Il sait que c’est vain. La conversation ne les transpose nulle part ailleurs que dans leurs souvenirs communs et dans cette fraternité à jamais meurtrie, brisée. A quoi bon ? Tirailler les écrous des fondations pour observer chaque parcelle s’en décrocher, en admirer la beauté de la déchéance et se repaître des débris. Non. Il refuse d’en arriver à percuter le sol, à s’abimer dans les gravats quand bien il aurait Sa présence à ses côtés. Nous en revenons toujours à cette conclusion. Tellement de débats futiles et d’énergie gaspillée pour atteindre ce même point. Celui où il veut qu’il s’en aille. Alors, il redouble sa vigilance en prenant l’aiguille afin de le recoudre le plus vite possible pour qu’il parte. Mais quand il s’oriente vers le sachet ensanglanté, les paroles qu’il évite, s’imposent.

Sven.

Il en a le souffle coupé, la poitrine fragmentée. Son âme se fissure jusqu’à se confondre avec les débris de leur relation. Son cadavre se retourne sous ses pieds, il gratte la terre de ses ongles et cherche à retrouver la lueur du Soleil. Il agonise. Son sommeil éternel est bafoué car il est invoqué ici, maintenant. La transition est longue, pénible à tel point qu’il reste muet et tétanisé durant quelques minutes. Minutes. Heures. Semaines. Mois. Années. Tandis qu’Il continue toujours de parler, de se justifier pour s’innocenter, d’aller toujours plus loin jusqu’à la comparaison qui l’achève littéralement. Même si il l’a déjà pensé, jamais il ne se serait permis, lui, de le dire. En arriver à mentionner ce père violent est bien bas. Trop bas même pour lui. Est-ce cette remarque qui finit par dissiper cette colère terrifiante ? Est-ce la peur de ressembler à ce monstre ? Peut-être. C’est alors que l’urgentiste comprend réellement qu’ils sont tous deux, à la fois martyr et bourreau. Il n’y a pas de vérité absolue. Et il n’y a pas de bien ou de mal. Juste des circonstances et des actes. Cela ne justifie rien. Cela ne donne aucun droit. Cela ne résout rien. C’est juste comme ça.

Cette finalité s’insinue lentement dans ses veines, trouve son chemin jusqu’à ce cœur au rythme désordonné et confus. Elle l’alimente de désespoir et engendre une tristesse sans nom. Les choses innommables, ne sont-elles pas d’ailleurs les pires ? A ce point insupportables qu’il n’y aucun mot pour les étiqueter. C’est un labyrinthe aux couloirs étroits qui ne cessent de se rapprocher toujours plus de cette carcasse qui tente de s’en extirper. Le temps court, s’éclipse, s’efface et tout se resserre lentement. Il ne respire plus. Et il est là finalement. Là, devant lui. Sven s’octroie sa propre liberté en se penchant sur le patient toujours installé là. Ses paumes se posent de chaque côté du visage de son aîné. Pas de menace, pas de violence, c’est un geste d’apaisement et non de défi. Ses yeux fouillent les siens en quête de Celui qu’il a connu. La douceur de sa voix dénote de toute cette rage avec laquelle ils ont débattus un peu plus tôt. C’est surréaliste. C’est inattendu. « Tu n’as toujours pas compris, Kyran. Je ne te demandais pas de te salir les mains pour moi, je ne te demandais pas de devenir autre chose que ce que tu étais. Je voulais seulement ta sécurité. Je voulais seulement pouvoir rester avec toi, je n’ai jamais rien demandé d’autres. Même si on n’avait pas un repas tous les soirs, même si on en avait bavé, j’aurais été heureux. Parce que tu étais là, c’était aussi simple que ça. J’ai cru que tu m’écouterais. Mais tu as fait tes choix et j’ai fait les miens. » Son front vient lentement se poser sur celui de Kyran dans une ultime tentative de paix, il abolit toute distance et cesse la fuite. L’espace d’un instant, ils redeviennent simplement des frères, au-delà de leur nature, au-delà même d’un statut quelconque, ils ne sont définis que par ce lien. Ils sont une entité, une seule essence, la même chaire, le même sang. Les doigts de l’infirmier raffermissent doucement leur prise autour de la mâchoire du mafieux. « Ça ne sert plus à rien. Je ne peux pas être celui que tu veux. Comme tu ne peux plus être celui que je veux. Nous sommes différents. Mon frère, si tu me portes encore un tant soit peu dans ton cœur, lâche-moi et oublie-moi. Pour mon bien. » Ezra se détache progressivement de lui et à mesure qu’il recule, son timbre assuré et calme s’enraille, gagne en dureté. « Je ne veux plus te regarder te détruire. Tu n’as toujours pas compris que ce spectacle me tuait ? » Un dernier regard, celui qui divulgue tout - la tendresse et son revers, la torture. Finalement, ses mains se décrochent et il reprend sa place sur son tabouret. Il redevient simplement le soigneur et extirpe le doigt du sac. Ses paumes tremblent légèrement mais il fait semblant de ne pas le voir quand il s’empare de son matériel et commence le travail. Le fil coulisse enfin dans son épiderme et zigzague selon son bon vouloir. C’est facile. Facile de ne plus penser. Facile de faire comme si tout ça ne s’était passé. Facile de n’être qu’un robot destiné à une tâche. Facile de ne plus être Sven. Facile de se croire orphelin, seul à jamais.



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MessageSujet: Re: Still got miles to go [PV Kyran]   Sam 8 Mar - 1:58

Les injures dégoulinent comme une trainée de lave sale, se déversent sans crier gare. Le norvégien sait qu’il est probablement allé trop loin, mais il rechigne à présenter des excuses. Il n’a plus d’orgueil lorsqu’il s’agit de Lui, il ne s’agit même pas de ça. Il bafouerait sa fierté sans sourciller si l’accusation n’était pas teintée d’une cruelle part de croyance et de vérité. Il ne supporte plus Sa froideur. La facilité avec laquelle Il débite à son encontre les pires horreurs. L’atroce certitude qu’Il regrette sa renaissance, et préfèrerait de loin que son enveloppe soit encore un cadavre prisonnier du givre. Il en vient à se demander ce que Sven a pu faire ensuite. A-t-il seulement pris la peine d’enterrer sa dépouille, ou l’a-t’il laissée pourrir dans la neige jusqu’à ce que quelqu’un l’emporte dans une fosse commune ? Le soulagement de ne plus avoir à subir ses frasques était-il plus conséquent que le chagrin ? L’a-t-il seulement été, affligé par sa perte ? Autant de questions existentielles qui se percutent contre ses tempes, et qui ne l’auraient même pas effleuré à Darkness Falls. Là-bas au moins, il ne souffrait pas de l’indifférence de son cadet. Leur attachement fusionnel était une évidence, trop imposante et écrasante pour qu’il puisse la remettre en doute. Abominable et interminable, son séjour dans les limbes lui semble soudain quasiment salvateur en comparaison de cette réalité sordide qui le rend fou. Si la mort est un calvaire, la vie n'a rien de tendre. Et la première parait douce en comparaison des sempiternels tourments d'une situation désespérée. La damnation, la terreur constante, le néant de son existence, tout ça n’était qu’une partie de plaisir en comparaison des rejets et des fuites.

Instinctivement, il se surprend à reculer lorsqu’Il se rapproche. Pas par crainte de recevoir un coup. Il accepterait de se faire battre sans broncher si cela pouvait Lui permettre d’évacuer la haine irrationnelle qu’Il lui voue. Mais seulement par colère et peine. Le malfrat réalise qu’il ne fait pas semblant cette fois-ci. Il ne fait pas en sorte d’attiser délibérément les braises pour susciter un semblant de réaction. Il lui en veut vraiment. Pour la première fois, entrer physiquement en contact avec Lui l’écœure et le rebute. Il le fait se sentir comme un chien galeux, qu’on abandonne au bord d’une route déserte et qui s’égratigne vainement les pattes à courir après la voiture de son maitre. Et elles sont brisées, enfin. Le désir de rejoindre l’autre reste vivace, mais l’animal boiteux n’en a plus la force et se résigne. Le vieux cabot s’écroule, fatigué de poursuivre une chimère. Le besoin de Le retrouver prime cependant, et il ne peut se résigner à se dégager de Son étreinte. Trop excessivement inespérée, rare et inattendue pour être boudée. Ses mains entourant son visage ont l’effet d’un baume réparateur, mais il est si cassé à l’intérieur que l’impact ne peut être qu’éphémère et superficiel. Un intermède apaisant avant la rageuse reprise des armes. Ses explications éraflent ses oreilles mais il ne parvient pas à s’en accommoder. Il pensait que mieux comprendre le soulagerait, mais c’est pire que tout. Sa mâchoire se décroche puis se serre. Il frissonne imperceptiblement lorsque Son front s’appuie contre le sien. Il ignore comment il doit les prendre Ses raisons. Il cherche à l’éloigner pour s’auto-préserver, comme si cela relevait de l’instinct de survie. A l’image d’un égoïste absolu, dénué de scrupules. Ou d’une autruche qui plonge sa tête dans le sable jusqu’à s’en faire saigner les rétines. Il secoue le crâne avec véhémence lorsque l’urgentiste se recule, sourd à Ses arguments.

« - Deux gosses impotents livrés à eux-mêmes dans les rues ? Qu’est ce que tu crois qu’on serait devenus ? Tu crois qu’on aurait réussi à survivre plus de quelques semaines ? C’est ça que tu aurais apprécié ? Une poignée de semaines plutôt que plusieurs années ? Grandis un peu. Tu as seulement eu le choix de devenir quelqu’un de plus honorable parce que je te l’ai laissé. L’un de nous deux devait voir plus loin que le bout de son nez. » Souffle t’il, plus rudement que prévu. Un long soupir s’extirpe péniblement de ses lippes avant qu’il n’ajoute dans un murmure : « Et puis devenir autre chose que ce que j’étais déjà ? J’étais rien avant ça. Rien. Un vulgaire puceron à écraser, tout au plus. J’étais bouffé par la peur. Peut être que toi ça te suffisait, mais pour moi c’était pas une vie. » Il parait qu’on a toujours le choix. Kyran est persuadé d’avoir sombré parce qu’il en allait de son devoir. Des siècles se sont écoulés. Et il refuse toujours d’admettre qu’il y a pris démesurément goût, au pouvoir et à la décadence. Qu’il s’est perdu dans l’ombre de sa propre noirceur. Il aime voir briller l’angoisse et la méfiance dans les prunelles de ceux qui gravitent autour de sa carcasse esseulée. Le monstre s’en nourrit avidement, affamé de reconnaissance. Plutôt mourir que de redevenir cet être chétif et inutile qui ne savait pas se défendre. Qui baissait le regard et rasait les murs pour ne surtout pas se faire remarquer. Son petit frère ne peut pas comprendre, il n’en a pas souffert aussi longtemps que lui. Ni exactement de la même manière. Il n’a pas essuyé autant d’humiliations. Il n’a pas senti tous ses muscles se paralyser et sa silhouette entière se recroqueviller sur elle-même quand il aurait dû prendre Sa défense et Le protéger contre la démence de leur géniteur. Il n’a pas ressenti cette impuissance effroyable, qui continue de le hanter chaque nuit. Il ne s’agit pas tant d’une blessure narcissique, que d’une volonté viscérale de s’élever pour que plus personne ne puisse l’atteindre Lui. Incarner justement celui qu’Il laisserait volontiers dépérir dans son coin, dont Il souhaite à tout prix se détacher et dont Il ne veut surtout plus se préoccuper, le détruit littéralement. Abattu, ses épaules s’affaissent alors que l’aiguille sillonne dans sa chair meurtrie. Ses sphères d’acier viennent mourir contre le sol immaculé, pendant que ses phalanges libres broient le dossier du fauteuil. Contenant maladroitement le maelstrom de sentiments qui l’envahit et l’engloutit. Le tyran ne s’exprime plus, chassé par une vague de tristesse et de nostalgie plus puissante que le reste.

« - J’ai fait comme je pouvais. Je continue de le faire. De mal faire aussi, sans doute. Si ça mérite de me renier, alors soit. » Déplore t'il dans un murmure. Ses billes métalliques se relèvent, cherchent les Siennes et s’y plantent. « - Mais ne compte pas sur moi pour te faciliter la tâche. Si tu veux te débarrasser de moi, vas-y. Fais le franchement au lieu d’espérer que je vais crever tout seul dans mon coin, sans faire de bruit pour ne pas perturber le mensonge que tu es en train de te construire. » Ses phalanges écrouent celles qui s’activent sur la plaie, en broient presque les articulations alors qu’une lueur de défi déchire ses pupilles. « - Rends-toi un fier service et utilise donc ton scalpel à bon escient au lieu d’espérer qu’un autre se chargera de te rendre vraiment orphelin. » Qu’il siffle, sans savoir lui-même s’il est sérieux ou non. Le scandinave n’est convaincu que d’une chose, et non des moindres : si Ezra veut obtenir de l’espace et se débarrasser de lui, il faudra trouver plus persuasif et drastique que des suppliques.

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MessageSujet: Re: Still got miles to go [PV Kyran]   Sam 15 Mar - 22:47

La dernière solution échoue lamentablement aux pieds de cette tour d’Ivoire, celle où il a décidé de s’isoler. Là où Il domine toujours Son Monde en croyant posséder le recul nécessaire, en admirant ce qu’Il juge être la vue d’ensemble. A cette hauteur, se croit-il maître de tout ? Croit-il être au-dessus des autres créatures ? Jusqu’à quel point s’est-il égaré dans ces hauteurs ? Est-il à ce point perdu dans son atmosphère. Trop haut, si haut qu’il lui est définitivement devenu inaccessible ? L’honnêteté et l’affection que l’urgentiste vient de lui porter, n’aura donc servi à rien. Emmuré vivant dans sa propre tragédie, Kyran ne tente même pas d’en démolir les briques ou d’en escalader les parois pour retrouver pieds, sur Terre. Sur Terre avec lui, comme avant. Avant qu’il ne se mette en tête que la survie prévalait sur tout le reste, même sur ce qu’ils étaient. C’est extrême comme raisonnement, non ? N’est-ce pas ridiculement excessif ? Comment peut-on à ce point faire preuve de mauvaise foi ? Comment peut-on se butter de cette manière dans la mauvaise direction ? Il a brisé la boussole, il a détruit chaque panneau indicatif, effacé toute trace de sentier. Il a triché en courant droit dans un désert de son plein gré. Son désert. Le sable occulte sûrement sa vision désormais. Trop tard pour faire marche arrière. Quelle malédiction pour des natifs d’un pays où le froid règne en souverain. Pas étonnant qu’il se décompose de plus en plus. Il avale chaque grain et se consume à la chaleur éternelle des rayons ambrés. Déshydraté, il tente d’obtenir d’Ezra un peu d’eau mais ce dernier ne se résout qu’à lui tendre quelques miettes d’un mauvais pain pour qu’il s’éloigne. Il ne peut pas lui fournir ce soutien, il ne peut pas l’appuyer dans une démarche qu’il ne cautionne pas. Donner à manger à celui qui a soif. C’est une image qui traduit d’ordinaire, l’affliction de celui qui reçoit de l’amitié plutôt que de l’amour mais n’est-elle pas adaptée dans ce cas précis ? Il n’est même plus son ami. Il n’est qu’une ombre du passé après laquelle Il court désespérément. Si le tyran se laissait guider, il pourrait devenir son messie, son prophète. Il le ferait distancer cet océan de gravillons. Mais il est clair qu’il est attaché à ce décor dépouillé, abandonné autant qu’au pouvoir qu’il lui confère. S’y reconnait-il donc ? A-t-il  une âme à ce point desséchée ? Parce qu’il croit donc que son frère possède encore une quelconque essence, un dernier vestige d’une humanité bafouée? Le norvégien sait qu’il en détient encore quelques fragments. Il le sait, il le sent mais il fait tout pour en éviter les manifestations car cela rend plus difficile que jamais ce périple qu’il a entrepris pour le semer.

L’ancien peacekeeper ne se résout pas au silence bien qu’il est plus sage de faire la sourde oreille. Il ne peut pas. Pas après avoir craquelé un semblant de son indifférence. Avec un calme olympien, comme soulagé d’avoir été lui-même l’espace de quelques instants, il s’entend lui répondre en continuant toujours prudemment son ouvrage. « J’ai grandi. Tu n’es juste pas capable de l’admettre. La survie n’avait de l’importance que si tu étais là pour la partager avec moi. On serait devenu ce qu’on voulait. On aurait pu trouver d’autres solutions. Tu nous as sous-estimé dès le départ. Regarde-toi. » Regarde-nous. L’ancien métamorphe relève doucement ses prunelles vers son aîné sans une once de compassion mais sans accusation non plus. Rien dans le regard, rien d’autre qu’une lassitude certaine.  « Tu es peut-être fier de ce que tu as accompli, de ce que tu es devenu. Mais moi, non. Je n’aime pas ce que tu es, ce que je suis. Tu n’avais personne à tes pieds, personne pour te craindre mais tu étais mon frère à cette époque. Ne dis pas que tu n’étais rien quand tu étais tout pour moi. » Il baisse les yeux et reprend sa tâche en essayant d’omettre le désordre aortique qui a repris son ballet dans sa cage thoracique sans même attendre son public. S’ouvrir à cette souffrance pour osciller entre reproches, amertume et regrets. Pourquoi lui prêter la moindre oreille ? Afin qu’il déchire ses tympans, qu’il le rende sourd à défaut de l’aveugler à coup de morale tordue ? Il parle de reconnaissance mais comment peut-il croire que son cadet va lui pardonner ses pêchés alors qu’il ne cherche même pas la rédemption. Pire, il prétend avoir œuvré pour son bien. C’est sans doute vrai, Sven en a bien conscience. Mais la fin ne justifie pas les moyens. Pas quand elle sépare une famille. Qu’est-ce qu’une finalité, de toute manière, si elle n’est pas positive ? Il ne se rend pas compte que ça n’a servi à rien. Il est incapable de s’avouer que tout ça ne les a menés qu’à leur perte. Sûrement que voir la vérité en face le briserait. Et si il y a bien une chose qui effraie le mafieux, c’est bien la faiblesse. Sa fierté régit son existence, soit. C’est Son problème à présent.  Il n’y a plus de raisons d’argumenter. Ils n’ont plus rien à se dire.

C’est ce qu’il croit alors que l’aiguille continue son va et vient dans la chair ensanglantée du blessé. Et pourtant, quand le silence laisse place aux murmures de son frère, il ne peut rester immobile et accomplir le peu de chemin qu’il reste entre son fil et la peau. La délivrance est juste là. Proche, facile. Mais non, l’infirmier redresse sa nuque pour cueillir les failles de son interlocuteur. C’est terrifiant de longer le gouffre d’un autre en ignorant si on possède les moyens nécessaires pour le sauver. Va –t-il réussir à l’extirper des rebords ou va-t-il l’entrainer seulement dans cette chute ? Dans tous les cas, Il n’est pas seul face au précipice. Ils sont un duo. Kyran a réussi à le capturer, à l’entraîner et à le poser face à cette évidence simplement en agrippant son regard. Simplement en lui rappelant que si Il tombe, lui aussi s'écroule. C’est ça qu’il veut éviter. C’est de ça qu’il faut s’enfuir. Oui. Il doit courir. Enfuis-toi, Ezra. Sven se manifeste. Lui reste avec son aîné, il en a toujours été ainsi. Mais Ezra n’a aucun compte à rendre à cet homme égoïste qui a décidé de le faire couler une fois de plus. Pendant un instant, il est pourtant éliminé au profit de cet autre, de ce benjamin à la naïveté aberrante.  « Je ne suis pas notre père même si ça te plait de le croire. Ce n’est pas de la cruauté. Kyran, je n’ai jamais souhaité ta mort.» Ses intonations ondulent, se froissent, s’effacent avant que son ténor ne revienne pour mieux raisonner avec assurance.   « Tes intentions ne changent plus rien désormais.» Il s’éloigne de cette cavité, il court enfin. Il achève son œuvre, coupe le seul lien matériel qui l’unit encore d’une certaine façon à ce fantôme et range son matériel aussi sec avant de se hisser sur ses jambes. Il toise alors une dernière fois la créature qui hante encore la pièce.  « Tu peux rentrer chez toi. » Il fait quelques pas vers la porte mais se retourne avant de la franchir. Il imprime les traits du norvégien avant d’articuler  « Ne remets plus jamais les pieds ici. » et de s’en aller. Ses pas sont pressés. Sa démarche est hasardeuse. Peut-être est-ce la dernière fois qu’ils se croisent. Peut-être que demain Il sera mort. Peut-être que demain, Il l’aura enfin écouté et l’oubliera pour de bon. Pourquoi ne peut-il s’en réjouir dans ce cas ? Ezra tient cet homme à distance pour survivre, pas parce qu’il le déteste aussi sincèrement qu’il se plait à le croire. Finalement, n’est-il pas qu’un hypocrite au fond ? Il répète le même schéma. Ne sont-ils donc voués qu’à la séparation ? Est-ce leur seule façon de coexister sous le même ciel ? L’urgentiste parvient à s’en convaincre une énième fois. Mais ça n’arrêtera pas Ce regard et la douleur de le contempler, de le poursuivre jusqu’aux recoins de ses cauchemars. Et si Il n’avait que lui pour le sauver ? Comment pourrait-il se pardonner si Il trépassait à nouveau ? Qui est-il pour pouvoir porter sur ses épaules une existence ? Comment peut-on sauver une vie quand on est soi-même un monstre ? Finalement, Kyran a peut-être raison. Peut-être. Le doute permet la pérennité. Et c'est le seul luxe qu'il peut actuellement s'offrir.

- Sujet Terminé -

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    Here I stand, helpless and left for dead
    Close your eyes, so many days go by. Easy to find what's wrong, harder to find what's right. I believe in you, I can show you that I can see right through all your empty lies. I won't stay long, in this world so wrong. Say goodbye, as we dance with the devil tonight. Don't you dare look at him in the eye, as we dance with the devil tonight. Trembling, crawling across my skin. Feeling your cold dead eyes, stealing the life of mine. ©endlesslove
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