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 Halcyon Days.

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MessageSujet: Halcyon Days.   Jeu 26 Déc - 21:08






« Breaks my heart you had to become something so wrong to do what you thought was right. »





Il était absolument fascinant d'observer comme des choses anodines, dérisoires, pouvaient faire chavirer votre existence entière, la mettant sens dessus-dessous, bouleversant tout. Comme par exemple, un nom imprimé à la conclusion d'un article quelconque. Quelques jours auparavant, en faction à la caserne, Wesley musardait, survolant distraitement un journal, tuant le temps avec les moyens qu'il avait à sa disposition. Alors qu'il était en train de clore son édition de The Weekly Unit, un mot, ou une dénomination plus exactement, capta son attention. La légende lisait Blake S. Elms. Il va sans dire que le déchu connaissait ce maudit patronyme ; il s'agissait de son ex, accessoirement la mère de son enfant, qui l'avait abandonné sans l'ombre d'une vacillation au moment le plus épineux et le plus sombre de sa vie, lui révoquant par la même l'opportunité de connaître sa fille. Néanmoins, une fois l'ancien truand hors du milieu carcéral, cette succube eut l'extrême grâce de faire parvenir à Wesley des conditions qu'il devait remplir s'il souhaitait voir ses aspirations exaucées. Toutefois, ce petit jeu du chat et de la souri auquel ils s'adonnaient avait, selon lui, suffisamment duré. Windsor se souvenait du silence assourdissant seulement rompu par le sang lui battant les tempes et du geste machinal, le regard hagard, avec lequel il avait composé le numéro d'Aileen Forbes. Ses honoraires lui coûtaient la peau de son auguste postérieur mais il se fichait de l'aspect pécuniaire de la chose tant que ces investigations s'avéraient probantes.

Et elles le furent. D'après les informations que la détective privée avait glanées, Blake séjournait au Royal Sonesta Hôtel, un établissement de renom à l'architecture impressionnante, affichant de manière éhontée une opulence outrancière, presque obscène. Wesley avait moult fois entendu parler de l'illustre bâtiment, réservé aux gens cossus, et trouvait intriguant que son ex puisse se permettre ce luxe car, aux dernières nouvelles, elle ne faisait pas partie des nantis. Peut-être y avait-il un homme influent – et marié ? - derrière tout cela ? Le déchu ferma les paupières et expira longuement par le nez ; ce n'était plus son problème, cette femme était totalement libre d'occuper ses nuits comme bon lui semblait. Nonobstant ces pensées pleines de sagesse, cela ne l'empêchait pas de continuer à triturer la photographie froissée et aux couleurs délavées qu'il tenait dans ses mains. Sur celle-ci, l'on voyait Blake et Wesley enlacés, sourires éclatants aux lèvres. Ils avaient l'air heureux. L'avaient-ils été ? Il ne s'en souvenait plus. Le Shadow Hunter fut sorti de sa torpeur par son mobile, qui vibra à une unique reprise sur sa table de chevet. C'était le signal ; Elle venait de rentrer à l'hôtel. Il passa sa fidèle veste de cuir et chaussa une paire de lunettes Aviator opaques et s'en fut.

Le Royal Sonesta Hôtel seyait parfaitement à la description qu'on lui en avait fait. Wesley, au pied du perron, ne pouvait se sentier qu'humble face à cette dantesque architecture, aux fioritures et aux ornements ciselés d'une main de maître. Allégorie de l'élitisme social, ce bâtiment suintait le faste et la discrimination, véritable injure à la pauvreté. La conjecture de faire un pied-de-nez à ces bourgeois affectés le fit sourire. Il n'avait pas coutume de faire dans la satire mais c'en était trop. Sans se départir de son flegme habituel, le milicien monta la volée d'escaliers, remercia le portier d'un hochement de tête et coula de longs pas vers la réception. Le comptoir était, comme l'on puit s'en douter, en marbre et Windsor pressa avec entrain la sonnette. Un réceptionniste guindé vint à lui, le regardant de haut en bas, l'air dédaigneux. « Que puis-je pour vous, monsieur ? » fit-il avec morgue. Le Hunter grinça des dents. Certes, affublé d'un jeans, d'un t-shirt blanc et d'une veste de cuir ainsi que de lunettes noires, il n'avait pas vraiment l'allure de la clientèle mais ce type n'avait aucune idée d'à quel point il était près de recevoir une dérouillée dont il se souviendrait. Fixant un faux sourire sur son visage, Wesley brandit son badge avec une lenteur exagérée. L'employé perdit de son superbe, son air condescendant sitôt envolé. « Le passe-partout s'il vous plaît bien. » dit-il d'une voix doucereuse.

Devant la porte de la chambre 406, l'ex-taulard prit une profonde inspiration. Lorsqu'il franchirait cette porte, il ferait sciemment un bond dans le passé. C'était un mal nécessaire mais cela ne l'enchantait guère. Il avait tenté de jouer selon ses règles à elle mais cela ne fut qu'une perte de temps ; il se devait d'agir, même si cela voulait dire s'immiscer de manière impromptue dans la chambre d'une femme qu'il n'avait plus vu depuis six longues années. Le reconnaîtrait-elle seulement ? Du temps de leur idylle, Wesley n'était qu'un jeune adulte juvénile, imberbe de surcroît, portant les cheveux courts. À ce jour, il portait sa chevelure longue et plaquée en arrière et barbe touffue était taillée en bouc. Plus encore que son apparence physique, son essence même avait été altérée. Car oui, sans verser dans les stéréotypes, la prison change un homme. Dans son regard luisait une lueur plus dure, son port comportait quelque chose de plus animal, tel un prédateur, perpétuellement sur le qui-vive, scrutant sans cesse son environnement à la recherche d'une quelconque menace. Le Hunter fit glisser le sésame magnétique dans le truchement créé à cet effet, la serrure gazouilla pour ensuite afficher une lumière verte, un déclic se fit entendre et Wesley se glissa à l'intérieur. Il n'aurait pas dû être stupéfait par le luxe que la chambre recelait mais le fut tout de même. Les draps du lit semblaient être en soie, les tons de beige étaient chauds et onctueux. Néanmoins, ce qui frappa le plus notre protagoniste, c'est qu'il n'y avait de Blake en vue. En tendant l'oreille, il put entendre le bruit caractéristique de l'eau s'écoulant. Probablement en train de prendre un bain ou de se débarbouiller, pensa-t-il. Il s'assit sur un siège moelleux et patienta, tentant tant bien que mal de calmer le flot tumultueux et anarchique de ses émotions. Le déchu mit les coudes sur ses genoux et joignit le bout des doigts. Il avait les mains moites. L'impatience le gagnait et l'anxiété lui dévorait les viscères. Il entendit la porte de la salle de bain s’entrebâiller. La chose primordiale qu'il devait coûte que coûte garder à l'esprit était de ne pas s'emporter, de garder son tempérament sanguin sous contrôle ; elle ne supportait pas les éclats de voix, si le ton venait à hausser, elle se cloîtrerait en elle-même et Wesley ne pourrait plus rien en retirer. « Bonsoir Blake. » articula-t-il d'une voix blanche.
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MessageSujet: Re: Halcyon Days.   Ven 27 Déc - 12:55

 

Fichtre et foutre ! Saleté d’agrafeuse qui s'était tout bonnement fait la malle sous son bureau. Le séant bien en arrière, Blake était passé à quatre pattes sous le meuble pour tenter de rattraper le maudit objet. Elle n'avait honte de pas grand-chose et ne se laissait pas faire. Aussi, elle aurait pu avoir une réaction violente en entendant un de ces machos, qui lui faisait office de collègue, siffler alors qu'il devait certainement admirer la vue. Oui elle aurait pu... Elle avait miraculeusement retrouvé son agrafeuse, l'avait fermement empoignée alors qu'elle était guidée par une forte envie de lui faire payer son affront, et s'était reculée à petits pas pressés pour sortir des ténèbres 'bureaucratiques'. L'idée de lancer l'objet métallique sur l'homme libidineux fusa et lui décocha même un sourire malsain. Sa cible, Blake aurait pu l'avoir si elle n'avait pas mal jugé la distance qui séparait sa tête de la table. Tout raisonna lorsque les deux entrèrent en collision, elle ferme les yeux avec le tendre espoir que la douleur disparaîtrait plus vite: en vain. L'abject individu s'étouffa de rire et s'en alla en sifflant une deuxième fois. La rouquine maugréa entre ses dents quelques paroles pour les moins grossières. Elle savait qu'elle obtiendrait sa vengeance en se pointant au boulot avec un décolleté plongeant et finirait par lui lancer un regard qui signifiait clairement que jamais il ne toucherait la plus petite parcelle de son corps. Provoquer, elle aimait cela; caresser le feu du bout des doigts pour voir jusqu'où elle était capable d'aller. Un jour, elle se foutrait dans le pétrin, c'était inévitable. Bien que les emmerdes ne lui collaient pas à la peau, elle estimait que son devoir était d'aller gratter partout où elle pouvait peu importe les circonstances.

Elle haussa les épaules et sortit enfin de dessous son bureau et s'accrocha au rebord comme le plus désespéré des êtres humains. Les cheveux en bataille, elle recourba sa lèvre inférieure et souffla de toutes ses forces pour remettre en place une mèche rebelle qui lui barrait le visage. Elle se rassit sur son large fauteuil et put enfin agrafer le petit tas de feuilles qui devaient aller ensemble. Une fois cette banale action faite, elle fourra grossièrement le dossier dans un de ses tiroir et attrapa sa sacoche professionnelle. Il était temps pour elle de rentrer. Retrouver le calme de son chez soi (qui n'était pas vraiment à elle) et serrer sa petite fille contre elle. Lorsqu'elle quitta le bâtiment qui abritait les bureaux du Weekly Unit, elle se sentit soudain plus légère comme si elle laissait un poids derrière elle à chaque fois qu'elle en sortait et qu'elle le reprenait dès qu'elle repassait la porte dans le sens inverse le matin. D'un pas assuré, Blake se rendit jusqu'au Royal Sonesta Hotel à pied. Elle aimait très peu les transports en commun à cause de la foule qu'il pouvait y avoir à cette heure-ci. En arrivant, elle s'engouffra directement par la porte d'entrée (deux portes de verre qui coulissaient) et eut seulement besoin d'adresser un signe de tête amical au réceptionniste. Ce dernier lui fit signe que tout était en ordre et elle emprunta l'ascenseur. La machine tinta légèrement lorsqu'elle arriva au quatrième étage, la jeune femme arriva devant sa porte, s'empara de la clef magnétique qui se trouvait dans le revers sa sa veste et la fit glisser avec adresse dans la fente qui servait de serrure. En entrant, elle ne remarqua même plus les détails opulents et le luxe de la chambre, elle en était blasée, trop habituée. La première fois qu'elle avait mis les pieds dans cette chambre, elle en était restée bouche bée et avait fini par se jeter au coup de la personne qui l'entretenait. Aujourd'hui ce n'était plus pareil. Elle jeta sa sacoche sur le lit avec sa veste. Une petite porte au fond s'ouvrit à la volée et une petite tête blonde s'en échappa pour venir se fourrer directement dans les jambes de Blake:

-Maman !

C'était Henley, sa fille. Les lèvres de la rouquine s'étirèrent en un sourire franc et honnête. Jamais elle ne pensait être capable de s'attacher autant à un être. Et pourtant... Avec sa fille, Blake devenait une personne bien différente, tendre et attentionnée. Elle se baissa à la hauteur de la fillette pour lui coller un baiser sur le front avant de la serrer contre elle à l'en étouffer. Puis elle s'écarta pour l'admirer:

-Tu as bien fait tes devoirs ?

-Oui maman ! Avec Sarah ! (Sarah était la baby sitter chargée de veiller sur Henley quand Blake rentrait trop tard, comme aujourd'hui.)

La petite fille se redressa de toute sa hauteur et plaça les poings sur ses hanches, se donnant un air fier:

-C'est très bien mon trésor. Sarah est déjà partie ?

La blondinette hocha vivement la tête. Blake soupira de désespoir: combien de fois avait-elle répété à cette écervelée qu'elle ne devait pas laisser Henley toute seule ?! Elle songeait sérieusement à la virer de la manière la plus ignoble qu'elle pouvait:

-C'est pas vrai... Trésor, tu sais quoi ? Maman va aller prendre une douche, ensuite elle viendra voir tes progrès en lecture, tu veux bien?

Second hochement de tête. C'était fou, la rouquine pouvait littéralement fondre devant sa fille, elle n'en avait pas honte et ne le cachait pas. Quelquesfois, la petite en profitait pour obtenir telle ou telle chose, mais rien de bien méchant. Elle était d'une nature calme pour une enfant de six. Henley repartit dans le petit salon et brancha la télévision. C'était parfait, Blake allait pouvoir prendre sa douche pendant ce temps. Elle entra dans la salle de bain, enleva ses vêtements avec patience et entra dans la baignoire. Une fois la toilette faite, elle attrapa une serviette et s'enroula à l'intérieur. Elle se sécha vigoureusement et passa un tee-shirt bien ample qu'elle aimait porter quand elle restait ici. Après quoi elle s'aspergea le visage et ressortit de la salle de bain. Mais quelle ne fut pas sa surprise en ouvrant la porte:

-Bonsoir Blake.

Cette voix. La jeune femme se mit légèrement à trembler avant de s'accrocher au chambranle de la porte. Non pas qu'elle avait peur, mais l’inattendu l'avait cloué sur place.

-Bordel de m..., oui très constructif et accueillant comme réplique ! Réplique qu'elle n'avait pas pu terminer tant la présence de Wesley lui avait coupé la chique !

Elle était sûre qu'il s'agissait de lui, c'était impossible pour elle de ne pas le reconnaître. Même s'il avait changé physiquement, elle ne pouvait se tromper. Nerveuse, elle tira machinalement sur le tee-shirt ample qu'elle avait enfilé. Ce n'était pas comme s'il ne l'avait jamais vu ainsi, non loin de là. Il l'avait même vu à plusieurs reprises dans sa tenue d’Ève. Cela faisait juste si longtemps... En rien elle n'aurait pu s'attendre à voir Wesley se tenir devant elle ce soir. Un rêve ? Une illusion fugace de son esprit ? Non il était bien là, sa voix grave avait trop envahi la pièce pour qu'il ne soit pas réel. Blake s'humecta la lèvre supérieure d'un rapide petit coup de langue puis finit par s'avancer d'un pas, prenant son courage à deux mains. Elle lâcha enfin le chambranle de la porte; elle aurait voulu s'approcher davantage, poser sa main sur le visage de l'homme qui partagea autrefois sa vie. Mais elle n'y arriva pas:

-Bonsoir... Wesley..., finit-elle par répondre. Prononcer de nouveau son prénom était une sensation si étrange. Elle s'était appliquée pendant des années à ne plus le faire. Et voilà que tous les souvenirs revenaient à l'assaut, insatiables. C'était comme si un voile se déchirait devant elle. Elle se frotta le bras et réussit à lu adresser une seconde fois la parole:

-Que fais-tu ici?

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MessageSujet: Re: Halcyon Days.   Ven 27 Déc - 21:02


« I cannot think of any need in a childhood as strong as the need for a father’s protection. »
Sigmund Freud

Lorsqu'elle fit son apparition dans la pièce, il y eut cette espèce de flottement, le temps semblant se dilater, les secondes devenant éternité. Lorsque ses yeux se posèrent sur elle, Wesley retint son souffle et son cœur manqua un battement, se serrant douloureusement. Elle n'avait pas réellement changé, le temps avait juste affiné ses traits et lui avait soutiré la candeur d'antan. Outre cela, Blake demeurait assez similaire au souvenir que le milicien avait d'elle. Toujours ces opales limpides et pures, le fixant actuellement avec effarement, cette crinière flamboyante, comportant une myriade de nuances, ce faciès savamment sculpté, cet épiderme diaphane et laiteux, ce charisme, cette aura qui émanait d'elle. Sa spontanéité et son vocabulaire plein de verdeur le fit sourire.
C'était un fait avéré, de tout temps, le Grand Horloger de ce monde n'avait guère témoigné beaucoup de mansuétude à l'encontre de notre protagoniste mais pourquoi diable fallait-il qu'elle ne soit qu'affublée que d'un t-shirt ? C'était une persécution dont il se serait volontiers passé. Il sentit son œillade couler le long de ces jambes toniques et dévêtues. Le Hunter ferma instantanément les yeux afin de s'épargner des tourments supplémentaires mais déjà son esprit félon lui projetait des représentations graphiques de ce qu'il y avait au dessous. Wesley se leva de son siège et traversa la pièce d'un pas raide, prenant soin de passer le plus loin possible d'elle, et apposa son front contre la vitre froide afin d'apaiser le tumulte en lui et contempla le panorama externe. Son regard balaya le perron, tombant sur un couple : une demoiselle au physique plantureux, la petite vingtaine et un vieillard pansu arborant cet air hautain caractéristique de l'aristocratie. Il n'appréciait guère le nœud que fit ses entrailles face à cette vision. « Ça a l'air de marcher pour toi, Blake. » fit-il d'une voix calme. « Situation professionnelle lucrative ? Gagné à la loterie ? Ouvert tes cuisses à un de ces hommes politiques vicelards ? » asséna-t-il sans pitié. Il regretta ses propos acerbes sitôt qu'ils eurent quitté sa bouche. Bien qu'une petite partie de lui, capricieuse et vindicative, souhaitait la cingler en rétorsion de ce qu'elle lui avait fait subir, là n'était pas l'objet de sa visite. Il devait conserver ses desseins en tête : il était là uniquement pour sa fille. Ce que sa mère faisait pour subvenir à leurs besoins ne le regardait pas. Et ne l'intéressait pas. N'est-ce pas ? Tout à fait.

« Ce que je fais ici ? » répéta-t-il avec incrédulité, les sourcils si hauts qu'ils fusionnaient presque avec son cuir chevelu. « Ce que je fais ici ?! » fit-il derechef, avec plus de force. Est-ce qu'elle se foutait de lui ? Le Windsor sentait la colère poindre en lui ; il devait garder son sang froid, chose qui n'était pas des plus aisées au vu des circonstances. « Je suis venu mettre un terme au supplice que tu m'infliges, voilà ce que je suis venu faire. » siffla-t-il d'une voix dangereusement calme. « J'ai rempli ma part du contrat, Blake : j'ai coupé les ponts avec Alekseï, j'ai orchestré l'enlèvement de la fille d'un important homme politique pour ensuite occire les kidnappers et me présenter en sauveur afin d'avoir ma carte d'accès dans cette foutue milice. Je suis dans les bonnes grâces du gangster le plus influent de la Nouvelle-Orléans et mes combats illégaux lui font empocher un max de blé. J'oscille entre ombre et lumière depuis que je suis sorti de taule afin de me faire des relations partout. C'était pas ça que tu voulais Blake ? '' Si tu sais la protéger de tout ce merdier, tu pourras rencontrer ta fille. '' » cita-t-il. « Et qu'est-ce que j'ai eu en retour ? Que dalle. » conclut-t-il son laïus, pantelant, sa cage thoracique soulevée au gré de sa respiration profonde et erratique. Il était récurrent que Wesley tente de visualiser ce à quoi sa progéniture pourrait ressembler. Était blonde ou rousse ? De quelle nuance de bleu était ses yeux ? Quelle tempérament avait-elle ? Vu le patrimoine génétique de la petite, elle se devait d'avoir une complexion fougueuse. Cette pensée lui arrache un sourire mélancolique. Il reprit la parole d'une voix plus douce qu'auparavant : « J'ai conscience que tu as dû en baver à l'élever seule. J'ai conscience que tu aurais sans doute souhaité qu'elle ait un géniteur extraordinairement normal et non pas un trafiquant de drogues doublé d'un meurtrier. Mais je suis son père. Je comprends que tu ne me veuilles plus dans ta vie mais j'ai besoin de faire partie de la sienne. » Cela pouvait sembler cliché au possible mais sa fille, ou plutôt l'idée d'elle, fut ce qu'il l'a maintenu à flot durant son emprisonnement. Elle fut sa lueur salvatrice dans les ténèbres, son rempart contre cet enfer de violence et de sang, son garde-fou. Lorsqu'il fut battu comme plâtre, poignardé, jonchant le sol en se vidant de son sang – altercation ayant mal tournée découlant de la félonie d'Aleksi Lenaïk – il se maudissait d'exhaler son ultime soupir avant d'avoir connu la bénédiction de rencontrer la chaire de sa chaire. Wesley fit volte-face, planta son regard intense dans le sien, le visage crispé : « Parle-moi d'elle. » Le Hunter fut le premier stupéfait par sa fibre paternelle exacerbée, étant donné les hommes qui firent office de figure paternelle dans sa vie, - à savoir respectivement un couard doublé d'un alcoolique et un leader de cartel. Nonobstant ces préfigurations fort peu propices au fait d'être un parent efficace, et bien qu'il n'ait aucune notion à propos de comment l'être, il y aspirait de tout son soûl.
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MessageSujet: Re: Halcyon Days.   Sam 28 Déc - 11:23


Observer Wesley. C'était ce qu'elle faisait, elle le fixait intensément, d'une façon presque dérangeante. Comme il avait changé ! La prison certainement ... premier pincement au coeur. D'accord ce n'était peut être pas la faute de Blake s'il s'était retrouvé là-bas mais il est vrai qu'elle aurait pu simplement le soutenir et ne pas l'abandonner dans sa chute. Ressasser le passé n'était pas bon, c'était ce que son père lui disait ; ce n'est pas en regrettant maintenant qu'elle pourrait changer les choses, revenir en arrière et reconsidérer son geste, non il était bien trop tard. Elle était partie. Pourquoi ? Là n'était pas la question principale, du moins pas pour l'instant et pas pour elle. Elle reporta son attention sur Wesley: une barde courait le long de son menton, l'éclat de ses yeux bleus métalliques n'était plus tout à fait le même et pourtant... Il portait les cheveux long ramenés en arrière. Blake haussa un sourcil lorsqu'elle constata qu'il restait agréable à regarder. Elle se mordit la lèvre inférieure comme pour faire passer une envie naissante. La réalité lui sauta à la figure cependant: Henley lui ressemblait. Il avait ces mêmes reflets blonds dans leurs chevelures. La rouquine ne paniqua pas; après tout, Wesley serait peut être contant en apprenant cela.
Ce bon vieux sarcasme, n'est-ce pas ? Elle ne releva pas quand il évoqua ses conditions de vie. Car après tout, pour la première fois de son existence elle avait un peu honte d'avouer (surtout à lui) que la troisième proposition était la bonne. Elle se contenta de lever les yeux au ciel comme elle le faisait souvent. Wesley pouvait avoir de la rencoeur, c'était parfaitement compréhensible; au fond si on analysait bien la situation, c'était elle qui pouvait facilement passer pour la méchante dans cette histoire.

D'accord sa question avait été très idiote, mais elle espérait qu'il ne se mettrait pas dans tous ses états. Ce qu'il fit bien entendu. Blake écouta avec une attention déconcertante la longue tirade de son 'acolyte', sans l'interrompre une seule fois, elle le lui devait bien. Voyant que le ton montait rapidement, elle jeta un regard nerveux en direction de l'autre porte close. De l'autre côté du mur se trouvait Henley et Blake arrivait parfaitement à entendre le vrombissement de la télévision. Elle pria pour que sa fille ne perçoive pas la voix masculine, c'était un brin trop tôt pour une présentation, enfin c'était son avis. En réalité, ce n'était pas trop tôt: la fillette et Wesley avait attendu six ans. Souvent, le soir, alors que la jeune femme bordait l'enfant, la petite lui demandait d'un air triste: "il est où papa ?" Blake se contentait de lui sourire (sourire qui se voulait rassurant) et lui répondait que bientôt il reviendrait. Elle mentait et elle détestait ça. Elle n'en savait rien; mais en voyant son ancien compagnon ici, elle se dit qu'il y avait encore de l'espoir. De l'espoir pour sa fille. Après tout elle ne voulait pas tenir le rôle de la méchante sorcière qui séparait l'enfant de son père. Elle savait qu'Henley avait besoin de lui et elle ne tenterait rien pour les empêcher d'être face l'un à l'autre. Il avait crié; la rousse se tordit les mains nerveusement et elle renifla; à l'heure actuelle, elle serait volontiers retournée dans cette foutue salle de bain, aurait fermé la porte à double tours et se serait roulée en boule dans un coin de la pièce. Mais fuir encore une fois ne servait à rien. Il était temps pour elle d'affronter la vérité et la colère de Wesley était parfaitement justifiée:

-Wes' je..., 'suis désolée', oui c'était la suite logique. Sauf qu'elle avait la farouche impression qu'en sortant cette phrase complète il s'énerverait encore plus. Car en s'excusant elle avait plus l'impression de se foutre de lui qu'autre chose.

Elle l'avait appelé Wes', fâcheuse habitude du passé qui était revenue bien trop vite. Allait-il le remarquer ? Certainement, pas grand chose n'échappait à Wesley. Il continua se qui empêcha Blake de dire autre chose. La suite du discours de fit plus calme et la respiration de la demoiselle en fit de même. Elle eut envie de rire lorsqu'il évoqua la figure paternelle parfaite. Cependant, le fait de savoir qu'il avait envie de faire partie de la vie d'Henley toucha la jeune maman. Elle ne pouvait pas lui reprocher ce point, absolument pas:

-Normal hein ? Qui te dis que c'est ce dont j'ai envie pour ma fille ? Tu ne crois pas que j'aurai pu arranger la situation depuis le temps si je voulais pour elle un père normal ?

Oui, car elle aurait pu trouver l'homme parfait alors qu'Henley était encore en bas âge, elle aurait pu travailler d'arrache pieds à le trouver et faire miroiter à l'enfant qu'il s'agissait de son père biologique. Non, elle n'avait rien fait de cela, elle n'était pas assez cruelle pour mettre sur pieds un pareil mensonge (pas envers sa fille). C'était idiot mais au fond d'elle, elle n'avait toujours voulu que lui pour père de la fillette. Elle savait qu'il avait ses défauts, mais pour l'avoir connu intimement, elle était aussi persuadée qu'il pouvait faire un très bon père. Tout le monde avait droit à sa chance et Wesley ne l'avait pas encore eu. Oui les premiers temps la situation avait été difficile, Blake avait beaucoup pleuré, avait tapé du poing, avait eu envie d'hurler contre la terre entière. Par contre, ce qui était sûr, c'est qu'elle ne voulait pour rien au monde retourner en arrière. Elle n'arrivait pas à imaginer sa vie sans son enfant alors qu'elle l'avait toujours connue, elle pouvait donc se rendre compte du sentiment ressentit par Wesley à cet instant. « Parle-moi d'elle. » articula-t-il. Elle resta bête pendant un moment, les bras ballants le long de son corps. Puis elle risqua quelques petits pas vers lui. Le seul fait de dessiner les traits de la petite blonde dans sa tête lui arracha un large sourire. Oui, elle le lui devait bien; elle inspira profondément:

-Elle s'appelle Henley... Et... (second sourire) elle est merveilleuse ! , logique de la part de sa mère. Elle repartit de plus belle: Elle est gentille et curieuse, un peu trop même parfois.

A ces derniers mots, elle laissa échapper un rire léger. Il était vrai que lorsqu'elle était plus jeune, qu'elle se déplaçait encore à quatre pattes, Blake avait été obligée de courir après Henley tant elle allait à droit et à gauche pour observer ce qui se trouvait autour d'elle. Aujourd'hui encore, elle avait gardé cet état d'esprit. Quand elle parlait de sa fille, Blake devenait une personne différente; la peur qu'elle avait pu ressentir face à Wesley lorsqu'il s'était énervé s'était presque évaporée. Elle avait gagné en confiance; ses joues étaient rosies, ds yeux brillaient et ses lèvres gardaient la présence permanente d'un sourire. Elle était donc disposée à lui dire tout ce qu'il voudrait entendre sur sa fille. Le portrait qu'en en faisait avait beau être simpliste à entendre, Blake restait la mère la plus fière du monde. Il ne restait plus qu'à ce que Wesley lui pose toutes les questions qui traversaient son esprit.

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MessageSujet: Re: Halcyon Days.   Lun 30 Déc - 20:11



Long time no see
Long time wondering
What you were doing
Who you were seeing
I wish I could go back to it


À la suite du silence révélateur de Blake, Wesley sentit une main glacée lui comprimer douloureusement le cœur. Il se haïssait d'y être vulnérable mais malgré toute son opiniâtreté, il ne pouvait s'y substituer. Le regardait-elle aussi, ce quidam mystérieux, avec la même intensité dans ses yeux assombris par la concupiscence ? Plantait-elle ses ongles dans son cuir chevelu ? Murmurait-elle chaudement son nom dans un soupir d'extase, les pommettes rosies par le désir et l'effervescence de leur fusion charnelle, comme elle le faisait avec lui? Et pourquoi diable le milicien s'infligeait-il cette auto-flagellation ? La réponse lui apparut, succincte et limpide, sitôt qu'il s'interrogea : parce qu'il était enivré par le venin qu'était la jalousie, voilà pourquoi. Les sentiments qu'il éprouvait pour elle avaient beau être inextricables et confus, la possessivité qui avait toujours été présente lorsque son égérie était concernée n'avait pas subi les affres du temps et de la trahison, ni même de la haine. Il se pinça l'arête nasale entre le pouce et l'index, poussant une profonde expiration ; il était las des frasques de son cœur renégat. Il ne devait pas s'égarer dans de vaines spéculations. Il devait garder en vue ses desseins, ses revendications. Peut-être recevrait-il un jour des réponses à ses questions précédentes mais la situation ne s'y prêtait pas pour l'heure.

Une ombre passa sur le visage du Spadassin lorsqu'il entendit les prémisses d'excuses et décocha à la jeune femme une œillade courroucée. La sentence de la jeune femme mourut sur ses lippes peinturlurées lorsqu'elle réalisa son erreur. Wesley n'était nullement enclin à lui accorder son pardon, d'abolir sa rancœur et de brider son fiel. Toutefois, tout aux aguets qu'il était, il remarqua l'emploi de son diminutif. Avait-ce été délibéré ? Devait-il le mentionner ? Peut-être verrait-elle cela comme le témoignage de sa bonne volonté ? Fidèle à son intrépidité coutumière, il opta pour le choix le plus hardi et souffla d'une voix presque inaudible : « Les vieilles habitudes ont la peau dure à ce que je vois. » Il détourna la tête et reporta son regard sur le dehors, recommençant sa contemplation silencieuse. Dans la lueur fantomatique des spots lumineux, l'on pouvait observer les arbres élancés se tordre sous la force de bourrasques discontinues, qui se fracassaient lourdement sur la vitre. Au dedans, l'on ne pouvait ouïr la clameur des éléments déchaînés, seulement la deviner.
La tirade de Blake le fit frémir. Sa remarque était tout à fait pertinente, une femme pourvue d'un physique aussi remarquable et d'une complexion si ardente aurait pu se dégoter '' Mr. Parfait '' avec une aisance déroutante. Or, elle semblait insinuer qu'elle souhaitait que Wesley emplisse sa fonction de père, ce qui, somme toute, n'était pas fort congruent à ses agissements mais il fit abstraction de cela. Il devait admettre que cette révélation l'avait quelque peu mis en émoi. Il en demeura coi un long moment. Recouvrant peu à peu sa faculté d'élocution, il fit simplement : « Hé bien me voici, Blake. » Elle aurait pu l'abjurer, le gommer à jamais de sa vie et lui nier l'opportunité d'être un père présent et prévenant. Mais elle ne l'avait pas fait. Et pour cela, nonobstant le ressentiment qu'il lui vouait, il lui en serait éternellement redevable et reconnaissant.

Henley … Cela sonnait bien, un prénom qui roulait sur la langue. Il opina du chef afin de montrer son approbation quant au choix de la dénomination. En écoutant la façon dont la jeune femme dépeignait son enfant, le déchu eut un sourire doux-amer. Aussi fantastique que sa fille semblait être, il prit douloureusement conscience que ces années, cette tendre enfance étaient disparues à jamais et que le temps perdu ne serait jamais compensé, peu importe le zèle qu'il mettrait dans ses efforts. Il ne connaîtrait jamais son bébé, ne pourrait jamais serrer l'infant contre sa poitrine, assister, ébahi et fier, à ses premiers pas, à ses premiers mots. Toutes ses incroyables expériences galvaudées à cause de ses démons inhérents qu'il était incapable de dompter. Accablé par ces perfides révélations, il se sentit révulsé par lui-même. Pour la première fois de sa damnée existence, Wesley éprouvait des regrets, de la résipiscence, tourmenté par une myriade de repentirs. Néanmoins, sombrer dans la neurasthénie serait vain ; il n'avait aucune incidence sur le passé, aucun recours pour le modifier. Il ne pouvait qu'apprendre de ses péchés et tenter vaille que vaille de se racheter auprès de sa fille. Windsor fut arraché à sa torpeur par le rire chantant de la belle ; elle rayonnait, pleine d'alacrité, par le simple fait de décrire sa progéniture. Allègre, une lueur dansante dans les yeux, elle n'avait jamais été aussi sublime. Curieusement – ou peut-être pas – il tira force du bonheur de Blake ; Henley et lui avaient peut-être perdu six années mais ils avaient encore la vie devant eux, et tellement de choses à partager. La grimace contrastée de Wesley fit place à un sourire presque béat et lil aissa sa soif de savoir prendre le pas. « Aurais-tu une photo d'elle ? » Si plaisant qu'était le procédé d'esquisser le portrait de sa fille dans ses songes, le milicien voulait voir de ses yeux de quoi il en retournait réellement ; en illustration d'abord, en vrai ensuite. Il se laissa choir sur le lit, effleurant les draps veloutés de la paume de sa main, empêchant autant que faire se peut son esprit félon de penser aux activités dont cette couche fut le théâtre. Il eut l'envie saugrenue d'inviter Blake à s'asseoir à ses côtés mais se retint juste à temps ; il ne s'agissait pas d'eux et il se soupçonnait de ne pas être prêt pour un quelconque rapprochement de cet acabit. « Est-ce qu'elle demande après son père ? » parvint-il à prononcer en dépit de sa gorge s'étant subrepticement nouée. Il déglutit avec difficulté, vulnérable, vrillant son regard azuré dans celui cristallin de la femme qui avait jadis partagé sa vie, anxieux de connaître la réponse à cette question qui le taraudait depuis si longtemps.
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MessageSujet: Re: Halcyon Days.   Ven 10 Jan - 19:30


Blake avala sa salive avec difficulté. Quel était ce sentiment qui pointait si soudainement le bout de son nez et se déversait en elle à vive allure ? La culpabilité ? Le regret ? Un peu des deux le tout bien mélangé ? Elle ne saurait dire. Quand elle avait appris son état six ans plus, qu'elle avait appris qu'elle ne serait plus jamais seule car dans neuf mois (qui lui avait d'ailleurs semblé interminables) elle donnerait naissance à un enfant, Blake n'avait pas un instant envisagé l'avortement. Pourquoi ? La première chose qu'elle avait pensé était: 'je ne peux pas faire ça à Wes...'. Et puis au fond d'elle, elle l'aimait déjà cet être tout fragile qui reposait en elle. Seulement, la rousse n'avait pas hésité à fuir et à laisser Wesley tout seul. Elle avait retourné la situation dans tous les sens, elle n'avait trouvé que celle la. Mais à présent qu'elle le voyait là, en face d'elle, si proche... Elle ne savait plus quoi penser. Ce genre de situation avait le don de la troubler car elle n'avait plus du tout d'emprise sur ce qu'il se passait. Elle s'avança un peu plus le cœur plein de hardiesse, comme si elle cherchait à franchir la dernière barrière qui pourrait encore les séparer. Il était proche à présent; la jeune femme savait que si elle tendait la main, elle pouvait poser sa paume contre la joue de son ancien amant; elle n'en fit rien de peur que son geste se retrouve mal interprété. D'ailleurs elle même ne savait plus ce qu'elle voulait. Revoir Wesley, en chaire et en os avait remué en elle quelque chose qu'elle n'avait plus ressentit depuis longtemps. Elle avait de nouveau cette drôle de boule au ventre, celle que l'on peut ressentir lors des premiers émois à être avec quelqu'un. Elle avala sa salive une seconde fois et cligna des yeux.

Il avait bien remarqué, elle avait utilisé ce diminutif qu'elle sortait si souvent quand ils étaient ensembles. Blake leva les yeux au ciel, faisant rouler rapidement des globes oculaires au passage. Après tout c'était de sa faute, un bref moment d’inattention. « Hé bien me voici, Blake. », elle agita la tête légèrement et répondit faiblement:

-Oui, c'est ce que je vois.

Idiot, très idiot. A croire qu'elle perdait tous ses moyens lorsqu'il revenait face à elle. Elle jeta un second regard en direction de la porte qui donnait sur la pièce contenant Henley. La télévision pouvait toujours se faire entendre et Blake tenait à ce que sa fille reste en dehors de cette conversation encore un peu. Mais comme la fillette était là, dans la suite, la rouquine ne pouvait pas cacher éternellement cette information au père. Elle voulait donner une chance à Wesley; elle sentait en elle qu'il pouvait faire un père incroyable, elle l'espérait de toutes ses forces. Elle espérait qu'il ne finirait pas par décevoir Henley et par la décevoir elle aussi. Après son départ, quand elle l'avait abandonné, depuis ses six dernières années, elle avait connu d'autres hommes; il y avait bien entendu celui qu'elle côtoyait en ce moment, celui qui lui 'offrait' tout ce qui se trouvait autour d'eux. Mais elle ne l'aimait pas. Une fois, Henley avait même cru que c'était lui son père. Quand elle avait fait part de ses pensées à sa mère, Blake avait lâché le verre qu'elle tenait et il avait explosé sur le sol carrelé de la salle de bain. Elle s'était vivement tournée vers sa fille, s'était baissée et lui avait assuré en la secouant par les épaules qu'il ne s'agissait pas de lui. Elle se souvenait de cette scène, des mots qu'elle avait prononcé avec force, de la conviction qu'elle avait déployée pour convaincre la petite que son papa était une bonne personne. Seulement, tout cela, Wesley l'ignorait; il y avait tant de choses qu'il ne savait pas... Tant de moments qu'elle lui avait arrachés en partant, tant de souvenirs qu'il n'aurait pas. Elle baissa la tête en guise d'excuses; puis Wesley demanda une photo tout en se laissant tomber sur le rebord du lit. Blake releva la tête et un autre sourire vint naître sur ses lèvres. Elle se remit tout d'un coup en mouvement, comme par magie:

-Bien sûr ! Attend un instant, je vais en chercher.

Elle fit quelques petits pas en direction de sa précieuse sacoche de travail et en retira son porte monnaie. De là, elle farfouilla frénétiquement et sortit deux photos qu'elle avait toujours en sa possession. Elle retraversa la pièce et vint s'asseoir à son tour sur le lit, à côté de Wesley, tout près, mais n'y prêta pas attention. De sa main libre, elle serra ses doigts autour du draps machinalement, et quand elle relâchait la pression, il restait froissé. Elle tendit une première photo:

-Sur celle la, elle avait tout juste trois ans.

On pouvait y voir Henley, ses cheveux coiffés en deux couettes retenues par ses chouchous de couleurs vives, un bleu et un jaune. Elle tenait fièrement au dessus de sa tête un paquet cadeau que sa mère venait tout juste de lui donner, un grand sourire lui déformant les lèvres: c'était le jour de son anniversaire. La seconde qu'elle donna à Wesley était bien plus récente et donc moins abîmée. Henley dormait paisiblement. On pouvait reconnaître le lit sur lequel ils se tenaient actuellement. Les cheveux de la fillette étaient en batailles, blonds et partaient un peu dans tous les sens. Elle avait l'air tellement innocente sur celle-ci et c'était bien pour cela que la journaliste l'aimait. Car elle ne voulait pas que sa fille perde cette innocence; malheureusement, en grandissant, on prenait souvent une douche froide lorsqu'on ouvrait enfin les yeux et qu'on remarquait que vivre dans se monde pourri jusqu'à la moelle n'avait rien de drôle et de joyeux. Des moments joyeux, il y en avait, certes, mais ils n'étaient qu'infimes, et souvent on se plantait bien plus dans un mur qu'autre chose !  

-Alors... Comment... Comment la trouves-tu ? se risqua-t-elle.

Elle se demandait ce qu'il pouvait se passer dans la tête de Wesley en cet instant. Allait-il l'aimer sur le champ ? Allait-il tomber sous le charme de la gosse comme elle elle l'avait fait lorsqu'elle l'avait tenue pour la toute première fois dans ses bras ? Allait-il être fier de ce qu'il voyait ? Bien entendu, ce n'était pas en un simple et rapide coup d'oeil qu'il pourrait se faire une idée précise, non. Il devait la rencontrer... Car il était son père. Elle lui jeta un regard à la dérobée, s'attardant un instant sur les traits de l'homme de profil avant de reporter son attention sur les photos. D'une main tremblante elle retira complètement ses doigts pour laisser Wesley les tenir sans aide. La jeune femme replaça une mèche de cheveux derrière l'oreille, laissant alors les prémices de son épaule apparaître à la vue de tous. « Est-ce qu'elle demande après son père ? » La question lui fit l'effet d'une bombe; elle ne s'y attendait pas. Prise au dépourvu, elle ouvrit la bouche tel un poisson qu'on avait jeté hors de l'eau et qui manquait d'air. Elle renifla rapidement alors que les larmes perlèrent au coin de ses yeux bleus. Elle les ravala et se décala alors légèrement, rejetant son buste en arrière. Blake ne savait que répondre: continuer dans la vérité ou mentir. Mentir... Pour encore le regretter par la suite ? Non, elle ne voulait plus lui faire de mal:

-Oh Wesley je...

Les mots s'étranglèrent dans sa gorge. Un poids bien plus lourd vint peser sur sa conscience et le regret s'installa encore et encore. Elle leva ses doigts fins et osa les poser délicatement sur l'épaule de Wesley; elle croisa de nouveau son regard, un contact rapide qui la ramena des années plus tôt, la submergeant. Elle se ressaisit à la tout dernière seconde:

-Evidemment, oui... Comme tout enfant qui ne l'a jamais connu...

Et qui connait la vérité, qui sait pertinemment qu'il n'est pas mort d'une quelconque façon. Elle aurait pu rajouter cette partie mais ne le fit pas; ses doigts se resserrèrent sur l'épaule de l'homme, se crispant presque. Elle le regarda alors et espérait qu'il puisse lire dans ses yeux combien elle était désolée, car elle n'était pas encore capable de le prononcer à haute voix, toujours persuadée au fond d'elle qu'à l'époque c'était la meilleure possibilité qui se présentait...

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MessageSujet: Re: Halcyon Days.   Lun 3 Mar - 21:55


« Anger dwells only in the bosom of fools. » A. Einstein

Demeurant assis sur le coin du lit, Wesley ne quitta pas Blake des yeux tandis que celle-ci alla dénicher les précieuses photographies de sa trousse de travail. Le milicien pouvait sentir son cœur battre à tout rompre dans sa cage thoracique, son sang lui battre les tempes, sa respiration profonde devenir laborieuse et saccadée ; il allait enfin savoir à quoi la chair de sa chair ressemblait. Cela pouvait paraître anodin au prime abord, certes ; un portrait était vain lorsqu'une véritable rencontre était envisageable mais c'était là l'une des avancées les plus cruciales que le déchu avait fait depuis de longs mois. Ses paumes collées l'une contre l'autre, serrées entre ses genoux, le Hunter tentait de recouvrir le contrôle de sa respiration erratique, tandis que la jeune femme prenait place à ses côtés. Avec une délicatesse et une précaution infinies, son amour passé lui tendit les clichés, qu'il recueillit d'une main tremblante. Paradoxalement à son rythme impétueux, lorsque Wesley posa les yeux sur ces photographies, son organe vital cessa de battre. Là, triomphante, avec un sourire à vous crever le cœur, se dessinait sa merveilleuse fille. Ses cheveux blond vénitien coiffés en deux tresses, son minois juvénile constellé de tâches de rousseur, ses yeux cristallins, grands et éveillés, elle exhalait le bonheur et l'innocence. Sur le deuxième cliché, plus récent et net, elle était assoupie, dormant à poings fermés comme savent le faire les jeunes enfants. Henley semblait si candide, pure, vulnérable. Cela lui rappela la raison de tous ses méfaits et actes de violence ; s'il faisait couler le sang et flirtait avec les milieux les plus vils, c'était, en grande partie, pour que l'influence qu'il avait glané permette à sa fille de conserver le plus longtemps que faire se peut cette innocence caractéristique. Sa zone de lumière se bornait à elle – et à Blake ? Il n'en savait rien pour l'heure – tout le reste n'était que ténèbres et dangers, qu'il s'évertuerait à garder à distance, peu importe ce qui lui en coûterait.
Soudain, la révélation le percuta de plein fouet, cruelle et impitoyable : ces années, ces débuts étaient à tout jamais perdus, il y aurait tant de choses qu'elle et lui ne vivraient jamais. Ses premiers pas. Ses premiers mots. Son premier « Papa », Tout ces choses inestimables, dérobées et gâchées par sa propre bêtise et la lâcheté de Blake. Sa vision s'embua, son cœur se serra, la mélancolie l'éprit quelques instants, avant d'être supplantée par cette sempiternelle colère. Encore une fois, il ne devait pas la laisser le régenter, il perdrait sottement la distance gagnée. « Elle a tes yeux. » fit-il simplement, la gorge nouée par le magma tumultueux d'émotions. « Elle est tout ce que j'espérais et plus encore. » souffla-t-il doucement. La précédente question de Wesley sembla prendre la jeune mère au dépourvu, une expression de stupeur peinte sur son agréable faciès, ses lèvres en train de se mouvoir sans aucun son ne soit émis. Il vrilla son regard dans le sien, tâchant d'y discerner les sentiments qui y dansaient. Était-ce du regret qu'il pouvait y voir ? Bien. Des larmes perlèrent au coin des yeux de la belle ; elle semblait proche de son point de non-retour. Alors, lorsqu'elle posa sa main sur l'épaule du milicien, ce dernier inhiba son premier réflexe qui aurait été de s'en dégager. Cela ne l'empêcha pas d'haïr le fait qu'il se sentait étrangement conforté par ce geste.
À la suite de la déclaration de Blake, Windsor s'autorisa à clore les paupières un fugace instant afin de mieux profiter du bonheur qu'elle lui inspirait ; oui, sa fille demandait bel et bien après lui. Païen, il en remercia néanmoins quelque hypothétique providence. S'esquivant délicatement, Wesley se leva et traversa la pièce, apposant son front contre la fenêtre, accueillant avec plaisir le froid et l'humidité de celle-ci. Il pouvait entendre au dehors les bourrasques de vent s'écraser contre la façade avec colère. Aussi, il entendit un bruit étouffé provenant de la pièce adjacente. Qu'était-ce ? Pivotant le buste vers la source, il aperçut l'éclairage fantomatique filtrer sous l'embrasure de la porte. La télévision. « Je suppute que derrière cette porte, il y a soit notre fille, soit ton .. ami. » dit-il, une note métallique dans la voix, se tournant vers elle et s'érigeant de toute sa hauteur. Le Hunter pouvait sentir sa fureur prendre le pas sur sa raison mais il ne pouvait se résoudre à demeurer impassible. « J'ai conscience que le moment est sans doute inopportun pour une première rencontre mais j'exige, Blake, de la rencontrer dans les plus brefs délais. » siffla-t-il, du venin dans la voix, une lueur dure dans le regard. « J'en ai fini de jouer selon tes règles. » Il reprit son souffle, haletant, l'ivresse de la colère l'enivrant, tâchant néanmoins de garder un niveau sonore qui ne la bousculerait pas. « Et je te conseille de ne plus disparaître dans la nature. N'oublie pas le genre d'homme que je suis. » Wesley regretta cette dernière sentence sitôt qu'elle eut quitté ses lèvres ; il était contre-productif de se montrer comminatoire, avec Blake de surcroît. De plus, il devait porter sa partie du blâme. Les mâchoires serrées, il passa une main dans sa crinière lisse. Encore une fois, son tempérament ardent avait eu raison de lui. L'ex-truand renversa la tête et contempla le plafond couleur crème, jurant dans sa barbe. « Désolé, je n'aurais pas dû perdre mon calme, tu détestes ça. » Nonobstant la simplicité de ces quelques mots et sa sincère résipiscence, ces excuses lui écorchèrent les cordes vocales et lui laissèrent un goût amer en bouche ; il n'était pas homme prompt à demander l'absolution. « Désolé pour tout. » murmura-t-il, sans jamais quitter le plafond du regard.
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Halcyon Days.

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