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  « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue

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MessageSujet: « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue   Sam 4 Jan - 10:16


« Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. »

Western New Orleans • Au Masquerade
Brashen & Li Mei

La devanture du Masquerade semble tellement terne en pleine journée qu’il est difficile – pour ceux qui n’y sont jamais entrés – d’imaginer l’atmosphère qui y règne une fois dix-neuf heures passées. Je ne peux pas dire que j’y ai mes habitudes. Néanmoins, j’aime y passer de temps en temps, boire un verre avec un ami, même si cela se fait plus rare ces derniers temps, ou tout simplement regarder le spectacle d’un des nouveaux talents du cabaret. J’y suis déjà venu aussi lors d’enquêtes. Avec sa fréquentation qui grandit au fur et à mesure que les heures s’écoulent pour sombrer dans la nuit, le lieu est parfait pour des « petits arrangements entre amis ». Le rouge et le noir donnent une ambiance spéciale à l’endroit et peuvent vite vous faire oublier où vous vous trouvez et depuis combien de temps vous êtes là. Alors, quand je décide d’y aller, je préfère m’y rendre vers la fin de la nuit, quelque temps avant le couvre-feu. Cela me permet de prendre un ou deux verres tranquillement, en sachant très bien que je n’aurai pas le temps d’en prendre un troisième avant que la patronne ne nous mette tous dehors pour ne pas circuler dehors alors que le couvre-feu est tombé. Ça ne serait pas sérieux que je déroge au règlement alors que je suis moi-même Peacekeeper.

Je ne dois pas attirer l’attention sur moi, comme toujours. Toujours rester à la limite de ce qui est possible, toujours garder un œil sur ce qui se passe dans son dos, toujours dormir à moitié, pour être debout au moindre bruit. Inutile de dire que ça fait des mois que je n’ai plus dormi sur mes deux oreilles. Je pense que cela doit être pareil pour d’autres personnes, d’autres Résistants comme moi, qui vivent avec la peur de se faire dénoncer, même si, chez certains, cette peur est surmontée par ce sentiment d’agir pour une bonne cause, et cela les rend presque aveugles du danger. Souvent, je me dis que ce n’est pas la peur qui m’empêche de dormir. Le courage est mon allié depuis ma plus tendre enfance et il m’aide à faire ce que d’autres sont incapables de faire. Mais le courage ne vient pas sans peur, ou sans une certaine forme d’angoisse. Parfois, elle noue mon estomac et je dois alors inspirer profondément pour me détendre. Quelques années plus tôt, lorsque j’étais encore lieutenant inspecteur au NYPD, j’étais l’un des plus téméraires. Je fonçais quelle que soit la situation, persuadé que rien ne pouvait m’arriver, parce que j’agissais pour le Bien. Cette balle qui a traversé mon corps ne m’a pas seulement cloué au sol. Elle m’a percuté l’esprit tout entier, apportant enfin le brin de lucidité qu’il me manquait. Mais c’était certainement mon nouveau statut d’Espion qui m’avait le plus forgé et m’avait rendu tel que j’étais aujourd’hui. Un Espion se doit d’être discret ; j’ai dû réfréner mes pulsions pour me contenir, et agir dans l’ombre, moi qui avais toujours agi dans la lumière. J’avais aimé les honneurs, je l’avoue. Il est gratifiant de recevoir les félicitations de ses supérieurs lorsqu’on a bien fait son boulot et je les avais cherchées de très nombreuses années. J’étais monté en grade rapidement, parce que j’aimais mon job, mais aussi parce que je désirais prouver que je valais quelque chose. Que je comptais. Et j’avais réussi.

Et à présent, seules les ombres sont mes confidentes. Seul le noir peut accueillir mes états d’âme, me féliciter lorsque je reste en vie, lorsque je fais mon travail d’espionnage correctement et que je trace un jour supplémentaire dans mon existence. Je crois que c’est pour ça que j’aime cet endroit. Le Masquerade a ses recoins sombres, et ses zones de lumière. C’est un peu comme ma propre existence. Je regarde ces nouveaux talents défiler sur la scène, chanter, danser, puis se retirer dans le noir, derrière les rideaux, après avoir été applaudi par le public présent. Instant éphémère dans une courte, trop courte vie. Peut-être que demain encore, ils seront plébiscités par les spectateurs. Après-demain encore. Une semaine. Un mois. Un an. Et puis ils disparaîtront. Comme tous les autres. Rares sont ceux que je vois rester des années consécutives. Ils tomberont dans la mémoire ombrageuse des hommes et des femmes qui les ont vus se produire, et bientôt, on ne parlera plus d’eux.

Mon regard se détache d’un chanteur qui vient de quitter la scène après avoir salué plusieurs fois. Je suis accoudé au bar, et à côté de moi de nombreuses personnes sont assises sur de hauts tabourets. Ma main attrape le verre qui est posé en face de moi et je bois une gorgée, en laissant encore quelques-unes pour les minutes suivantes. Mes coudes viennent se poser sur le haut meuble et je passe une main dans mes cheveux. Après quelques secondes, je me retourne à nouveau, observant la salle avec un intérêt modéré. Je ne peux m’empêcher de rester attentif. L’Espion en moi n’est jamais loin. J’observe du coin de l’œil quelques danseuses sortir par la porte qui mène aux loges des artistes. Elles ne sont pas nombreuses, j’en compte quatre. Et alors que j’allais détourner les yeux, j’aperçois une silhouette familière, la dernière à passer la porte. Me décalant pour mieux la voir, elle s’avance en même temps vers le bar et je n’ai plus qu’à lui attraper le coude lorsqu’elle passe devant moi pour attirer son attention. Je la relâche dès qu’elle a fixé son regard sur le mien.

« Li Mei ? »

Mon visage doit certainement afficher une surprise contenue. Je ne l’ai pas vue depuis des mois ! Comment se fait-il qu’elle soit ici, à la Nouvelle Orléans, et que je ne sois pas au courant ? Pourquoi ne m’a-t-elle pas prévenu ? Et son frère est-il là aussi ?



Dernière édition par Brashen Hall le Mer 19 Mar - 13:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue   Sam 4 Jan - 23:47



« Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. »
(pv) Brashen Hall.


~

Qu'y a-t-il de plus attirant qu'une belle dame aux cheveux d'ébène, dont le maquillage renforce les traits asiatiques, et les habits épousent les courbes à chaque mouvement ? Non, tu n'as jamais compris ça, petite danseuse. Il n'y a aucune place dans ta tête pour ce genre de pensées quand tu te mets à danser. Tu ne comprends pas qu'on puisse aimer le corps là où seuls les mouvements ont de l'importance. Tu ne comprends, de toute façon, plus rien au monde quand tu voltiges sur scène. Tu as ton propre espace, ton propre univers qui te protège de tout, du moins est-ce ce que tu crois, mais laisse-moi te le dire Lili, tu te jettes toute seule dans la gueule du loup. Ne sens-tu pas tous ces regards braqués sur toi ? Si, bien sûr, mais tu te délectes de chaque applaudissement, encouragement et autres approbations du public face à tes représentations. Ils te poussent à en faire toujours plus, à donner tout ce que tu as – et nous savons tous deux que tu as beaucoup à leur offrir. Souviens-toi de tous ces entraînements vaseux, ennuyants et fatigants. Pourquoi aimes-tu la danse, Mei ? Oh, tu ne souhaites pas répondre ? Ne t'en fais pas, danseuse, je sais tout autant que toi ce qu'elle te permet d'oublier. Ce ne sont pas leurs yeux baveux et envieux qui te font peur, qui se noient dans les plis de tes habits et s'oublient dans chacun de tes mouvements. Ce sont les miens...

Tes yeux parcourent un instant la salle. Immobile, tu prends une grande inspiration pour calmer les battements de ton cœur affolé et épuisé par la danse. Des yeux pétillent, des regards se détournent et quelques sourires apparaissent par-ci par-là. Rien d'inhabituel, aussi tournes-tu les talons sans attendre davantage. Les coulisses t'ouvrent leurs bras, lumineuses et animées, alors que tu t'esquives pour laisser passer les prochains danseurs, ou chanteurs, tu ne sais plus trop. Tu rejoins rapidement un miroir pour enlever toute cette couche de maquillage sur ton beau visage. Sais-tu qu'elle te rend à ce point méconnaissable que c'en est troublant ? Combien de fois ai-je attendu que tu t'adresses à moi au lieu de faire le premier pas parce que tes joues étaient recouvertes de peinture ? N'est-ce pas écœurant ? « C'est ainsi. » Oui, rien ne serait pareil sans maquillage, et patati et patata, tu m'as déjà dit tout ça. Mais je ne comprends toujours pas ce qui te plaît quand il te faut plusieurs minutes pour tout enlever. Ce doit être barbant et fatigant.

Tu profites du départ d'un trio de danseuses pour t'éclipser à ton tour. Habits et maquillage rangés, tu n'as plus rien à faire en coulisses et préfères prendre un verre au bar avant de rejoindre ton logement. Je ne te connaissais pas ce penchant, Li Mei. Qu'est-il advenu de la parfaite sœur que tu incarnais ? La presque mère que tu étais, à toujours t'occuper des autres avant toi, ne prendre le temps de souffler que quand tout est bouclé. Quand as-tu commencé à te laisser aller, danseuse ? Peut-être quand tes yeux ont croisé les miens, quand ta main a agrippé mes cheveux et que tu as frappé plusieurs fois mon crâne pour t'arracher à moi ? Oui, ce doit être ça.
La surprise te fait reculer d'un pas alors qu'un homme a accroché ton bras quand tu passais près du bar. Un client trop alcoolisé pour comprendre que tu as fini ta journée et qu'il n'est question d'aucun supplément ? Sa poigne serait plus forte, moins contrôlée. Tes yeux fixent l'inconnu, plissés par l'interrogation et l'incompréhension. Que te veut cet homme qui n'en est peut-être pas à son premier verre ? La peur passe furtivement dans ton regard, la peur que quelqu'un est découvert qu'il n'y a plus d'humanité au fond de ton petit cœur, alors tu recules encore quand il te lâche, les mains serrées l'une contre l'autre. Puis ses lèvres prononcent ton nom et un hoquet de surprise coupe un instant ta respiration.

« Brashen ? »
Ta respiration devient aussi sifflante que ce simple mot qui sort de ta bouche, les lèvres presque fermées. Tu n'en reviens pas, petite danseuse, et ta surprise est toute justifiée. Depuis combien de temps n'as-tu pas vu cet homme ? Tu en as perdu le fil, mais tu n'es pourtant pas sûre d'avoir un jour voulu le revoir. Du moins plus depuis que mes ongles ont creusé ton dos et transformé ta personne. Revoir Brashen, ici, aujourd'hui, ne te rappelait que plus encore les rires d'autrefois. Ceux-là même que tu as condamnés, Lili. Regarde-toi maintenant, à ne plus savoir quoi faire d'autre que le fixer, les yeux ronds de surprise et de culpabilité mêlées. Tu sursautes même alors que le barman glisse sur le bar l'habituel alcool que tu viens chercher à cette heure-ci. Ce n'est pas le bruit du verre contre le bois ciré que tu as entendu, n'est-ce pas, Mei ? C'est d'ailleurs pour cette raison que tu siffles la boisson sans savourer, l'alcool glissant rapidement dans ton estomac et te remettant les idées bien en place. Tu chasses de la main les dernières images de mes yeux rouges et de ma mâchoire claquant tout près de ta peau en avalant le reste de la boisson d'une dernière gorgée. On ne t'aura jamais vue dans un tel état, danseuse. Tu recules légèrement, fixant tes beaux yeux dans les siens et passes une main dans tes cheveux bruns, un sourire mélancolique aux lèvres.

« Ca fait longtemps, Brashen. Comment vas-tu? »



Dernière édition par Li Mei Tyler le Mar 18 Mar - 16:42, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue   Mar 7 Jan - 10:56


« Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. »

Western New Orleans • Au Masquerade
Brashen & Li Mei

Elle est là, en face de moi, et regarde d’abord avec peur, lorsque je lui saisis le bras. Que craint-elle ? Ce n’est que moi. Je me rends compte que je la connais suffisamment pour comprendre qu’elle semble même terrorisée un instant, serrant ses mains l’une contre l’autre. Puis son regard se tourne vers moi et elle me reconnaît. Son souffle exprime mon nom et semble également tenter d’évacuer la peur de son propre corps. Depuis quand suis-je à l’affût du moindre geste, du moindre signe qui peut m’indiquer l’état d’esprit de mon interlocuteur ? Devenir Peacekeeper m’avait paru tellement excitant quand j’avais commencé. Ce job m’avait forcé à devenir encore plus exigeant avec moi-même. Mais c’était devenir Espion qui m’avait rendu à ce point suspicieux, attentif et légèrement paranoïaque. Mais il le fallait pour survivre. Sans ça, je serai déjà mort, démasqué par les Services Secrets ou par mes propres collègues. C’est pour cela que j’évitais de me lier trop à eux. Depuis que j’avais perdu la compagnie d’Ezra en tant que coéquipier, je ne m’étais plus attaché à personne, rendant ma solitude plus difficile mais plus sûre. Ezra… Où était-il à présent ? Sa compagnie me manquait, parce que je savais qu’il aurait pu devenir un bon ami. Cependant, il semblait que la vie prenait plaisir à m’arracher tous ceux qui m’étaient chers. Kennit, qui était mort. Reyn, dont je n’avais plus de nouvelles depuis de trop nombreux mois. Ezra, qui avait disparu du jour au lendemain sans donner d’explication ni de signe de vie. Puis Li Mei et son frère, à qui je n’avais pas pris le temps de simplement téléphoner pour demander des nouvelles.

Mais elle était là, face à moi, à  présent. Et son visage surpris me rend perplexe. Oui, c’est une surprise de la voir ici pour moi aussi. Mais je ne peux nier que c’est une bonne surprise. J’ai toujours apprécié la famille Tyler et j’ai toujours regretté de ne pas avoir gardé contact alors que nous avions passé toute notre adolescence ensemble. Ses yeux quittent les miens pour observer le verre qu’un barman a posé sur le comptoir, visiblement pour elle. Et, alors que je ne me souvenais pas l’avoir vue souvent boire, je vois Li siphonner le verre d’une traite. Quelque chose ne va pas chez elle. Je ne sais pas quoi, mais je vais le découvrir. Que s’est-il passé à New-York quand j’ai quitté la ville pour la Nouvelle Orléans, les laissant derrière moi ? Qu’a-t-elle bien pu vivre ? Je la vois tenter de reprendre une attitude normale, passant sa main dans ses longs cheveux. Je me souviens que je l’avais toujours trouvé belle et attirante. C’était tellement stéréotypé de tomber amoureux de la sœur de son meilleur ami, quand on a quinze ans. Mais quand on est jeunes, on ne réfléchit pas. Le temps passant, ce béguin de jeunesse était passé, comme pour tout adolescent dans cette situation, et j’avais vraiment appris à la connaître. Je reste un instant perplexe devant sa question. Est-elle sérieuse ?

« Comment je vais ? Li, mais qu’est-ce que c’est que cette question ? »

Je laisse s’échapper un petit rire de ma gorge, alors que toute cette situation semble nous perturber l’un aussi bien que l’autre. Je me détache du bar auquel j’étais accoudé et lui fais signe de me suivre, cherchant un endroit plus calme, loin du bar où les passages sont fréquents. Quelques pas plus loin, je m’arrête et me retourne vers elle. Je nous ai conduits au bout du bar, où la masse de gens est moins étouffante. Ce sera plus pratique pour discuter aussi, étant donné que la musique est moins forte de ce côté.

« On se revoit après des mois sans contact et c’est tout ce que tu trouves à dire ? »

Un sourire est toujours plaqué sur mon visage et je me rends compte que cela fait longtemps que je n’ai pas souri aussi franchement. Les situations se font rares en même temps. Et je dois bien sélectionner avec qui rire ou sourire parce que je peux être épié à tout moment. Je ne veux pas risquer de me faire tuer. Non. La balle qui a traversé mon corps il y a des années de cela m’a suffi. Passer près de la mort vous rend différent, et de manière irrémédiable.

« Depuis quand es-tu ici ? Est-ce que tu travailles ici ? »

Le barman déposant son verre sur le comptoir sans rien lui demander m’a mis la puce à l’oreille. Elle doit forcément être une habituée pour que le serveur sache ce qu’elle boit sans qu’elle n’ait prononcé un mot. Et je la vois mal être une habituée en tant que cliente. Ce qui ne laisse qu’une seule explication : qu’elle travaille au Masquerade. Je me souviens distinctement qu’elle était très douée en arts martiaux et en danses. Peut-être a-t-elle décidé de montrer ses talents sur une scène ?

« Comment va Yan ? Est-ce qu’il est ici à la Nouvelle Orléans avec toi ? »

L’idée de le revoir gonfle déjà mon cœur de bonheur. C’était mon meilleur ami et il me manque cruellement par moments. Je n’ai plus jamais eu d’ami comme lui, et je me dis souvent que je ne sais pas ce qu’aurait été ma vie s’ils n’étaient pas tous deux venus de Hong Kong pour New-York. Leur venue avait changé ma vie, et avait tracé une nouvelle route pour moi.

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MessageSujet: Re: « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue   Jeu 9 Jan - 22:47



« Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. »
(pv) Brashen Hall.


~

Tu te sens mal, danseuse, très mal. La tête te tourne, la musique bourdonne à tes oreilles, la lumière brûle tes jolis yeux, tes doigts se glacent lentement et l'alcool chauffe ton estomac plus sûrement que n'importe quelle soupe. Tu as envie de vomir, de pleurer, de crier à la fois. Tu ne sais plus que faire, alors tu restes immobile, l'esprit ailleurs et le cœur en morceaux. Que dira-t-il de ton silence, idiote ? Que pensera-t-il des yeux ronds qui le regardent sans le voir, des lèvres encore humide d'alcool qui n'osent bouger ? Folle, oui, il pensera que tu es folle. Pire encore, il comprendra que ça ne va pas, que rien ne va. Tu as toujours été honnête Lili, tu n'as jamais su mentir. Déjà tu vois la suspicion dans son regard, et tu sais qu'il est trop tard pour fuir. Tu as toujours su trouver le courage pour faire face, mais arriveras-tu à en trouver assez cette fois-ci, danseuse ? Le sujet est plus délicat. Il ne s'agit pas de défendre ton petit frère devant ses professeurs, mais bel et bien d'avouer ton crime à son meilleur ami. Comment vas-tu t'y prendre pour t'en sortir, assassin ?

Mais oui, Lili, dis-nous quelle est cette question ? Explique-nous pourquoi tes sourcils se tordent à ce reproche ? N'avais-tu pas mieux à lui offrir ? Mais tu ne comprends pas ce qu'il te veut, ton esprit n'est que trop concentré sur les souvenirs derrière ses yeux bleus, qu'il ne s'intéresse plus à rien d'autre. Te rappelles-tu à quel point j'aimais Brashen, à quel point il était un frère pour moi ? Ressens-tu la douleur derrière mes derniers râles ? Mais déjà tu te laisses emporter au bout du bar, suivant ses pas sans en avoir réellement conscience. Que va-t-on faire de ton idiotie, Lili ? Tu le vois sourire mais tu n'y réponds pas. La musique n'agresse plus tes oreilles, aussi souffles-tu un coup, massant ton front de ta main délicate. Il n'y a plus d'excuses à donner, ce n'est ni le son ni la lumière qui te gêne, Mei, c'est bel et bien cette situation qui t'échappe. Tu as toujours eu le contrôle sur tout et sur quiconque. Tu as toujours su diriger les conversations comme bon te semblait. Tu as toujours su faire dire à n'importe qui ce que tu voulais entendre. On ne te résistait jamais bien longtemps, jolie danseuse. Et en cet instant précis, tu ne pouvais plus rien faire pour te sauver. Mentir ou non ne changerait plus rien désormais, mais tu es honnête Li Mei, et tu ne diras donc que la vérité, aussi douloureuse soit-elle.

« Je n'en ai aucune idée. Oui, c'est ici que je travaille. Et toi, alors ? Tu n'as jamais quitté la Nouvelle-Orléans ? »
Tu te rappelles des rares nouvelles qu'il nous avait données, et de ma frustration de ne plus pouvoir le voir. Son départ m'avait laissé seul et déprimé, tu t'en rappelles parfaitement. Tous les efforts que tu as fait pour ne pas t'énerver contre mon état, pour rester douce et calme. Son départ t'a marquée également, mais pas comme on aurait pu l'imaginer. Il est vrai que je t'ai malmenée, Lili. Est-ce pour cela que tu m'as tué, sans une once de tristesse dans le regard ? Seulement la haine et la douleur que tes beaux yeux exprimaient sans retenue. Tu te souviens, toi aussi, de ce que ton cœur a crié ce jour-là. « Lache-moi, monstre ! » Certes, tu diras que c'était sorti de son contexte, que ce n'était plus ton frère qui agrippait avec force la ceinture de ton pantalon. Ton frère était déjà mort à cet instant, ce n'est pas lui que tu as tué mais la bête qu'il était devenu. Et pourtant ces pensées ne te sauvent pas de ta culpabilité. C'était bel et bien mon visage qui se cachait derrière la blancheur macabre.

Tes yeux s'écarquillent de peur plus que de surprise. Tu savais pourtant que la question viendrait. Il était le meilleur ami de ton cher frère, n'est-ce pas ? Que vas-tu donc dire ? Avouer ton crime ? Il est comme mon frère, tu ne peux pas faire ça, non ? Tu as pourtant dit que tu serais honnête, danseuse. C'est une impasse. Oh ? Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Tes doigts glissent sur ta joue, suivant la trace humide d'une larme sur ta peau blanche. Tu pleures ? Tu oses pleurer ? Tu n'en as pas le droit ! Que va-t-il penser de toi, de tes pensées, de ton passé ? Tu n'as pas le droit de lui faire ça, Li Mei. Brashen n'a pas besoin de ça, il mérite bien mieux que tes larmes de culpabilité que personne ne devrait voir. Et que personne ne veut voir, d'ailleurs. Va pleurer dans ta grotte, danseuse. Mais déjà l'eau salée ne roule plus sur tes joues, tu n'as jamais aimé montrer tes faiblesses aux autres, et il n'est plus temps de pleurer une mort que tu as provoquée.

« Yan est resté à New York, mordu par un Marcheur. »
Oh ? Une partie seulement de la vérité ? Alors tu n'as pas cessé de les appeler ainsi. Nous étions les seuls idiots à leur donner ce nom. Ce sont des zombies pour les autres, des rôdeurs. Ne te rappelles-tu pourtant pas des yeux écarquillés qui te fixent avec étonnement et qui ne comprennent pas ? Tch. Ce n'est qu'un mot comme un autre, quelle différence ? Et donc, n'es-tu pas honnête ? Tu devrais peut-être avouer que ton coude a écrasé ma main, que tes doigts ont agrippé une planche pour l'abattre sur mon crâne. Il doit savoir, il doit être au courant. Qui d'autre que lui devrait connaître tes secrets ? Il est mon meilleur ami après tout. Alors, que comptes-tu faire, Lili ? Tes bras se croisent sur ton ventre, ton regard se fait dur, comme tu sais si bien le faire. Ces yeux-là qui fixent et mettent mal à l'aise, qui remettent quelqu'un à sa place et l'empêchent de s'écarter. Et cette voix qui siffle dangereusement. Il ne t'aura jamais vu comme ça, le pauvre homme. Méchante danseuse.

« Je l'ai tué. De ces mains qui en tremblent encore. »



Dernière édition par Li Mei Tyler le Mar 18 Mar - 16:42, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue   Sam 11 Jan - 22:35


« Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. »

Western New Orleans • Au Masquerade
Brashen & Li Mei

Elle ne paraît même pas m’écouter quand je parle. Son visage est sans expression, comme si me revoir ne lui procurait aucune joie. Se peut-il que celle que j’ai connu de longues années durant ne se soucie guère de ce que je suis devenu ? Suis-je le seul qui ait souffert de cette séparation d’avec les deux enfants Tyler ? Il ne se peut. Je ne veux pas y croire. Parce que cela serait encore plus douloureux que toute la peine de cette distance qui s’est tracée entre nous au fil des ans. Je déglutis lentement, mon sourire perdant un peu de sa chaleur précédente. Mais j’ai si bien appris à cacher mes émotions depuis des mois que je suis persuadé que cela se remarque à peine sur mon visage. Seuls ceux qui me connaissent réellement savent percevoir mes changements d’humeur. Lili en fait-elle encore partie ? Je me rends compte qu’elle est toujours restée Lili dans ma tête, malgré toutes ces minutes loin de New-York, loin d’eux. Je voyais encore le sourire de Yan dans mon esprit, et ces quelques mots prononcés alors que je leur faisais mes adieux, juste avant de partir pour La Nouvelle Orléans. Lili avait souri ce jour-là, mais aujourd’hui, elle en semble incapable et cela m’attriste. Que s’est-il passé pour que toute joie l’abandonne ?  

Sa main vint frotter sa nuque, d’un geste que je perçois las. Ses yeux me fuient et je ne peux plus le supporter. Je veux qu’elle parle, qu’elle me dise ce qui semble tant la perturber depuis que ma main s’est posée sur son bras, l’arrêtant dans son élan et la murant dans un demi-silence trop pesant malgré l’atmosphère bruyante du lieu dans lequel nous nous trouvons. Et enfin, quelques mots franchissent ses lèvres. Je les cueille rapidement, tentant de percevoir ce qu’elle cache. Mais rien ne filtre encore. Elle a encore ses barrières dressées entre nous. Ces mêmes barrières qu’elle avait érigées dans un passé fort lointain à présent, et que j’avais su faire tomber, alors que j’étais devenu ami avec son frère. Vais-je devoir recommencer tout le travail fait il y a des années de cela ? Ne peut-elle pas me faire un petit signe de connivence, qui marquerait que rien n’a changé entre nous ? Parce qu’en cet instant, j’ai l’impression de me tenir face à une étrangère. Et je ne suis plus à l’aise du tout.

« Jamais quitté la Nouvelle Orléans ? Bien sûr que non, où aurais-je pu aller ? Tu sais que je devais suivre le Gouvernement, à cause de mon boulot. Je bosse ici depuis que j’ai quitté New-York, et je n’ai pas quitté la ville depuis. »

Elle ne sait pas depuis quand elle était ici ? Comment est-ce possible ? Je me souviens du jour exact où j’ai posé le pied dans cette maudite ville. La moiteur ne me quitte plus depuis ce jeudi de mars 2013, et je donnerais tout pour retrouver l’atmosphère de ma ville. New-York. Peu de gens s’aventurent encore dans ce désert glacial ; qui sait ce qu’est devenue la cité à présent ?

Ma question s’oriente vers Yan. Forcément. Il me manque trop pour que je ne demande pas de ses nouvelles directement alors que j’aperçois sa sœur. C’est naturel. Mais ce qui l’est moins, c’est la surprise et le choc qui se lisent sur ses traits lorsque les derniers sons franchissent mes lèvres. Est-ce Yan la cause de son mal-être ? La cause de ses distances avec moi ? Encore une fois, la même question me brûle les lèvres. Que s’est-il passé ? Mais je n’ai le temps de rien dire, seulement de voir qu’elle remonte sa main vers son visage, la passant rapidement sur sa joue, faisant mine de rien. Était-ce une larme ? Je suis de plus en plus perplexe face à tout ça et quelques mots sortent de ma bouche :

« Lili ? Qu’est-ce… »

Mais elle m’interrompt, ne semblant même pas m’entendre alors que j’ai avancé d’un pas vers elle. Sa voix me paraît claire et distincte dans l’atmosphère pesante du bar, mais je m’approche encore, pour percevoir plus facilement ce qu’elle dit. Et ses mots, qui sont restés en suspension dans l’air une seconde, deux, trois, viennent heurter mon esprit.

« QUOI ? Mais comment… ? »

Je n’achève même pas ma question. Je ne veux pas savoir. Pas maintenant. Je n’ai pourtant pas encore bu beaucoup ce soir. À peine une gorgée ou deux. Même pas de l’alcool fort. Je ne peux pas rêver. Ces syllabes sont bien sorties de sa bouche à elle. Marcheur. Zombie. Je ne remarque même pas qu’elle les appelle différemment de tout le monde. J’ai tout de suite compris de quoi elle voulait parler. Non. Non. Non, ça ne peut être vrai ! Je crois que mes yeux doivent refléter mon état d’esprit en cet instant parce que je suis incapable de cacher mes émotions. Moi qui aie appris à le faire si bien pour rester en vie, rester Résistant, et Espion, je me retrouve la bouche presque béante face à cette révélation. Yan. Je ne peux m’empêcher de penser que s’ils étaient partis en même temps que moi, tout cela ne serait peut-être pas arriver. Dire que maintenant mon meilleur ami était réduit à l’état de cadavre ambulant… Non, c’était trop dur à supporter. Je me passe une main sur le visage, cachant mes yeux et le haut de mon visage à Lili.

Je pense que c’est fini. Que rien de pire ne peut arriver. Que cette révélation est suffisante horrible pour cette nuit et pour le reste de l’année. Mais le sort a visiblement décidé de nous mettre sur la même route pour dévoiler plus d’une chose ce soir. Foutu destin. Je l’entends reprendre la parole alors que ma main cache toujours mon regard au sien. Elle tombe le long de mon corps lorsque les quatre premiers mots de sa nouvelle tirade sort d’elle. Mes yeux s’écarquillent et se fixent aux siens si brutalement que mon visage a perdu tout sourire, toute émotion amicale. Elle poursuit, et mes yeux dérivent vers ses mains dont elle vient de parler.

« Tu as fait quoi ? Tu… Tu… »

Je n’arrive pas à m’exprimer. Je ne connais pas encore toute l’histoire mais tout cela me blesse trop profondément. Je ne réalise pas. Je ne comprends pas. Tout cela me semble irréel. Mon ton s’est fait dur, et je ne sais pas pourquoi exactement. Je ne saisis pas que si elle l’a tué, c’était parce qu’il était devenu autre chose. Peut-être quelque chose de dangereux. Là, en cet instant, je suis juste en train de comprendre que j’ai perdu mon meilleur ami. Définitivement. Et cette douleur dans la poitrine grandit de façon incommensurable. Je me détourne d’elle, ne supportant pas de la regarder en cette seconde. Ma poitrine se soulève au rythme rapide de ma respiration et j’entends mon cœur cogner dans mon torse si fort que je crains qu’il n’explose.  

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MessageSujet: Re: « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue   Mer 15 Jan - 22:50



« Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. »
(pv) Brashen Hall.


~

Ne t'es-tu pas dit, danseuse, que ton comportement finirait par le blesser ? Qu'il prendrait mal ces yeux froids et ce visage impassible ? Il était mon meilleur ami depuis notre départ de Hong Kong. Tu t'étais braquée, premièrement, testant son esprit plus sûrement qu'un psy. J'étais honteux et fasciné à la fois. Comprenais-tu que tu faisais peur à voir ? Si concentrée à essayer de comprendre les pourquoi des comment qu'il n'y avait parfois même pas. Tu leur paraissais bizarre, trop sérieuse, trop curieuse, chiante en fait. Pourquoi tu ne pouvais pas être une adorable grande sœur qui apporte des cookies aux amis de son cadet ? Non, tu posais des questions quand il fallait se taire, tu te taisais lorsqu'il fallait parler. Tout à côté de la plaque, Lili, comme toujours.
Tu faisais ça aussi avec lui, qu'as-tu donc trouvé dans sa petite tête ? Lui ne t'a pas fuie, tu vois. Il est passé au-delà de l'étrangeté de ta personne et a continué de frapper à notre porte, jour après jour. Jusqu'à ce que tu acceptes enfin de répondre à ses questions, de lui adresser la parole autrement que pour lui demander à quelle heure il comptait rentrer chez lui. N'avez-vous pas fini par vous entendre, vous appréciez l'un l'autre juste assez pour devenir amis ? Toutes les barrières que tu avais érigées entre vous étaient tombées les unes après les autres, ne laissant plus que celles qu'il te serait impossible de briser.
Et maintenant quoi, tu comptais tout recommencer de zéro ? Redevenir la peste qui regarde de loin, ne parle pas et reste insensible à quoi que ce soit ? Comptes-tu redevenir l'étrangère que tu avais pu être les premiers mois après notre emménagement à New-York ? Quel mal penses-tu lui faire encore ? Tu le traites comme un moins que rien, Lili. Tu ne prêtes aucune attention à ses sentiments, tu l'écrases comme une vulgaire fourmi se laisse broyer par une botte. Vilaine danseuse, n'as-tu aucune considération pour lui ? Tu en as déjà si peu pour toi. Mais tu n'as pas le droit, personne ne souhaite te laisser lui faire du mal. Pas à lui. Pas après tout le bien qu'il nous a fait.
Tout le travail de ces dernières années, écrasé, réduit en cendres par tes yeux durs, danseuse. Vas-tu rester aussi silencieuse qu'une tombe, aussi énigmatique qu'une ombre ? Il n'est plus le temps où ton anglais approximatif te valait quelques mauvais regards, et ton fort accent toutes sortes de moqueries. Nous avons grandi depuis tes seize ans, tu ne crois pas ? Tu étais pourtant la plus forte d'entre nous deux, à savoir replacer chacun à sa place, à apprendre la langue plus rapidement qu'aucun autre, et à faire glisser ton accent pour le rendre plus doux. Il en devenait particulier, tu sais ? Combien d'hommes et de femmes sont tombés à genoux devant lui, à croire qu'il te rendait plus belle que tu ne l'étais déjà, Lili. Mais en cet instant, il ne serait pas étonnant de t'entendre bégayer, chercher tes mots et ceux qui ne sauraient que trop accentuer les intonations étrangères de ta voix. Je sais que ça n'arrivera pas, mais regarde-toi, on dirait la gamine de seize ans, tout juste arrivée de Chine avec le deuil au fond des yeux. Parle donc, dis-lui ce qui te pèse, et cesse de l'inquiéter, de le blesser. Souris un peu, qu'il ne croie pas qu'il est le seul idiot à avoir été content de telles retrouvailles. Tu souriais le jour où il est parti. Pourquoi ne le peux-tu plus en cet instant, Li Mei ?

« A New-York ? Aider Yan quand je ne le pouvais plus ? Ou peut-être aurait-il dû venir à la Nouvelle-Orléans avant que la ville ne tombe, bien
avant. »
Tu ne sais pas, Lili, depuis quand tu es ici, ni depuis quand tout a commencé. Tout se mélange dans ta tête. Quand le monde a-t-il commencé à tomber ? Quand m'as-tu tué ? Quand t'es-tu évanouie en ville, la blessure dans ton dos te tuant à petit feu ? Rien de tout ça ne te revient. Tu ressens juste le monstre au fond de ton cœur broyer le peu d'humanité qu'il te reste. Mais non, Lili, le monstre je ne l'ai pas amené en toi, il y était déjà, endormi sur ton cœur de glace. Je l'ai juste réveillé, pour que tu cesses de faire semblant d'être humaine.
Yan, Yan, Yan. Que lui veut-on à Yan ? Il est resté à New-York, n'est-ce pas ? Croupissant dans une de ses ruelles, impossible à reconnaître. Mais toi, tu le peux, danseuse. Tu te souviens des marques que tu as laissées sur mon visage pourrissant. Tu pourrais savoir quel cadavre est le mien, comme tu as reconnu mon malheur derrière les yeux rouges de la mort qui marche.
Tu vois, tu le fais s'inquiéter, avec cette larme illégitime sur ta joue blanche, et ton mutisme revenu. Dis-le-lui, bon sang ! Dis-lui ce qu'il s'est passé. Tu vois bien qu'il n'attend que ça. Il veut comprendre pourquoi tu le malmènes à ce point. N'est-ce pas juste ? Alors qu'attends-tu au lieu de frotter tes mains l'une contre l'autre nerveusement. Il n'y a rien à lui cacher, Lili. Dis-lui tout, jusqu'à tes cauchemars incessants, mes yeux rouges brillants, et la douleur, la presque mort de ton corps. Dis-lui que tu as aimé écraser mon crâne et voir mon corps s'effondrer dans un dernier spasme. « Ce n'est pas vrai. » C'est ce que tu voudrais te faire croire, n'est-ce pas ? Mais je ne cesse de te le répéter, Lili, le monstre était déjà en toi.

Tes révélations de la demi-vérité ne lui plaisent pas, Lili. Peut-être que tu aurais dû, pour une fois, être moins franche et faire preuve d'un peu plus de tact. Mais non, il a fallu que tu ailles lui dire que j'étais mort, qu'on m'avait bouffé. Regarde donc, il ne veut plus te voir. Il se cache de toi et de ta maladresse nouvelle. Tu m'as abandonné après tout, à l'état de Marcheur qui plus est. Du moins est-ce ce qu'il pense le pauvre homme. Mais toi, tu ne peux pas juste te taire et le laisser avaler ma première mort, il faut que tu lui dises que tes mains ont brisé mon crâne pour m'achever une dernière fois. Et tu pensais quoi, qu'il allait te féliciter, te consoler, compatir à ta cause, meurtrière ? Entends les reproches dans sa voix, comprends que mentir n'aurait pas été si mal, petit monstre. Il te déteste maintenant, tu ne vois pas ? Déjà il se détourne. Personne ne peut plus supporter ton visage de faucheuse, tes yeux meurtriers et tes lèvres de monstre. Plus personne ne veut de toi, Lili. Reviens donc à moi.

« Et quoi ? J'aurais dû faire quoi ? Sais-tu ce que deviennent les morts ? Les as-tu vus se relever ? Ton propre frère a-t-il marché sur ta mort, essayant de t'arracher la vie qu'il a perdu parce que tu étais incapable de
le protéger ? Qu'aurais-tu fait, toi, Brashen ? »



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MessageSujet: Re: « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue   Mar 28 Jan - 22:41


« Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. »

Western New Orleans • Au Masquerade
Brashen & Li Mei

Ses mots me font l’effet d’un coup pris dans la poitrine. Il est tellement similaire à cette douleur que j’ai ressentie lorsque la balle a franchi mon corps, il y a des mois de cela, le traversant comme s’il ne s’était agi que de beurre. Je me souviens que je n’avais pas fermé les yeux sur le moment. J’étais sous le choc. Je ne m’y attendais pas. Ce n’était pas normal. Je n’étais pas censé prendre une balle. Non. Où avais-je encore laissé mon gilet pare-balles ? Encore trop préoccupé de vouloir foncer directement vers le danger, je n’avais pas pris la peine de m’en vêtir. Grossière erreur. Le temps avait semblé se ralentir, et j’étais tombé, lentement, rencontrant finalement le sol dans un choc dont je n’ai aucun souvenir physique. Je me revois tomber, je peux presque entendre encore le sifflement de la balle foncer vers moi à toute allure, mais de la chute, rien. Je dois avoir fermé les yeux finalement.

« Bon sang Li tu sais que je ne pouvais plus revenir à New-York ! Crois-moi si j’avais pu je l’aurais fait ! Tu ne sais pas comme je déteste l’atmosphère de la Nouvelle Orléans… Seulement voilà je n’ai pas le choix ! Tu le savais que je vous ai dit au revoir. Et Yan le savait aussi. »

Je ne comprends pas ses reproches. Je n’ai rien fait pour mériter ça. Je les ai soutenus pendant tant d’années. Ils étaient comme une famille pour moi. Et ne plus les voir, cela m’a meurtri, bien plus qu’elle ne s’en doute en cet instant. Je lui en veux de me cracher ça au visage comme si je lui devais quelque chose. Non je ne lui dois rien. Et à Yan non plus. Il le saurait s’il était là. Il pourrait lui dire de se taire, comme à chaque fois qu’elle disait quelque chose alors qu’il ne fallait pas. Cela faisait longtemps que je ne l’avais pas entendue sortir des paroles déplacées. Au début, notre relation était tendue. Yan avait fait beaucoup pour que nous nous rapprochions, et que nous nous entendions. Et nous l’avions fait finalement. Nous étions devenus amis. Alors que cherchait-elle à présent en me parlant de la sorte ? Je ne comprends son attitude froide et distante.

Yan est mort. Yan est mort ? La réalité me percute de plein fouet et pourtant, son souffle ne m’atteint pas. On dirait que tout bouge autour de moi, que le monde continue de vivre alors que je reste là, immobile, incapable de ressentir quoi que ce soit. Non ce n’est pas possible. Ça ne peut pas être vrai. Comme la balle qui a traversé mon corps, la mort de Yan ne peut se concevoir dans mon univers. Et pourtant, si l’un est arrivé, l’autre est possible. Mais je ne peux m’y résoudre. Mes épaules se sont contractées et sont à présent crispées ; je ne peux les détendre. J’ai l’impression que si je le fais, la brutalité de cette révélation va me percuter de plein fouet, m’empêchant de respirer et me faisant tomber, comme si une nouvelle balle percutait mon corps.

Je tourne toujours le dos à Li, et je l’ai presque oubliée, elle aussi. Tout cela me semble irréel et je ne sais plus quoi faire. Yan. Finalement, ma respiration, que j’ai bloquée depuis de longues secondes, cherche à sortir de mes poumons, pour pouvoir inspirer à nouveau, et faire vivre mon corps passif. Je laisse filtrer cet air retenu en serrant les dents. J’entends la voix de Li se frayer un chemin jusqu’à mes oreilles et je me retourne brutalement, les poings fermement serrés. Elle m’agresse à nouveau, et la colère monte en moi, sans que je ne puisse la retenir. Je la retiens depuis trop longtemps. Je m’avance vers elle à chaque mot prononcé et je sais que mes pupilles doivent être plus sombres que de coutume, à cause des sentiments qui m’animent.

« Non je ne l’ai pas vécu ! Non ! Mais c’était mon ami ! Mon meilleur ami ! Alors cesse de me faire des reproches, comme si je n’avais pas le droit d’être en colère ! Il est mort, Li ! Bon sang ! Et tu as dû ressentir autant de tristesse et de colère que moi, alors ne fais pas comme si je devais être insensible. Tu as envie de justifier tes actes ? Fais-le, mais ne m’empêche pas de m’énerver ! J’ai déjà suffisamment perdu pour avoir le droit d’être en colère. »

Je suis en colère. Pas contre elle. Mais contre le sort qui m’arrache à nouveau un être cher. N’aie-je pas suffisamment donné au monde pour qu’il continue de me prendre tous ceux que j’aime ? Quel monde injuste et cruel ! Kennit, Yan. Tous ces morts hantent mes nuits, et me font survivre la journée. Qui sera le prochain ? Je laisse une expiration filtrer longuement de ma bouche, comme si je cherchais à expulser tout cet énervement hors de moi. Ça ne fonctionne pas. Je n’ai pas l’habitude de m’exposer ainsi. Li est toujours face à moi et je n’arrive pas à saisir son état d’esprit. Je sens mes jambes qui tremblent légèrement, suite au choc. Il faut que je m’asseye. Du coin de l’œil, j’aperçois quelques chaises laissées à l’abandon loin de la scène. Je fais deux pas pour déposer mes fesses sur l’une d’entre elles. À peine assis, j’appuis mes coudes sur mes genoux et je viens enfoncer ma tête dans mes mains. Je ne sais plus quoi faire. Cet instant de doute immense m’accable et me rend perplexe car cela fait des années que je n’ai plus vécu un tel sentiment. Une boule d’angoisse grandit dans ma poitrine. Elle fait battre mon cœur à un rythme fou et j’ai l’impression d’être en pleine course-poursuite tellement il bat vite. L’angoisse monte et je m’aperçois qu’elle n’est pas faite que de ça. La tristesse l’accompagne, ainsi que l’abattement. Que faire maintenant ? Grande question qui n’admet pas de réponse immédiate. Je sens mes lèvres trembler légèrement. Je pince les lèvres pour les faire cesser. Alors, la tristesse passe par un autre chemin. Une larme se forme dans mon œil et vient couler rapidement sur ma joue droite, laissant une trace humide. Je crois bien que je n’ai plus pleuré depuis la mort de Kennit.  

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MessageSujet: Re: « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue   Dim 2 Fév - 19:31



« Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. »
(pv) Brashen Hall.


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Tu le savais, c'est vrai. Tu savais tant de choses ce jour et les suivants. Où est passé ton incroyable savoir, Lili ? Perdu dans le temps, à la recherche de ton esprit qui a bravé les secondes sans évoluer. Tu es restée la même que dans un passé proche qui t'a profondément marqué. Lequel est-ce alors ? Ma mort, ma première mort ? Lorsque les zombies ont mangé ma chair et broyé mes os. Quand tu as coupé mon bras ? Attrapant un couteau qui ne coupait plus depuis longtemps, tu as cisaillé la peau sous mes cris de douleur et mes coups. Quand je suis tombé, éradiqué par une fièvre telle que tu n'en avais jamais vue avant ? Lorsque mon corps s'est affalé dans tes bras, mes joues translucides s'ébrouant dans un dernier spasme. Quand je me suis relevé, les yeux vidés de toute humanité ? Ma main s'agrippant à ta ceinture à la recherche de ta vie qui coula sous mes ongles, alors que t'échappait le premier cri de toute ta vie. Ou est-ce quand tu m'as tué une deuxième fois ? Tes bras se tordant pour abattre sur mon crâne une arme provisoire, qui y trouva sa place à plusieurs reprises. Dis-moi quand, dis-le-moi danseuse, quand as-tu cessé d'être toi ? « Quand tu as fait de moi un monstre. » Ah ! Sacrilège. Mensonge. Laisse-moi te le répéter encore une fois, Lili. Tu as toujours été un monstre.

Comme tu as toujours été une idiote. Regarde-toi, les sourcils tordus de tristesse et de colère mêlées. Contre qui crois-tu t'énerver, danseuse ? Brashen n'a rien fait qui ne mérite ta haine et tes reproches. Il a suivi les ordres, comme il se devait de le faire. Il n'y a que toi à blâmer, que toi pour t'écarter du droit chemin et décider ce qui doit et ce qui aurait dû être fait. Aurions-nous dû rejoindre la Nouvelle-Orléans, comme tu sembles le penser ? Comment pouvions-nous savoir ce qui allait arriver ? Aurait-il dû revenir à New-York comme tu oses le dire ? Et alors quoi, il aurait dû mourir avec moi, laisser son corps errer dans la ville ? Non, je sais, il serait mort lui aussi sous tes coups, et alors son cadavre serait maintenant recouvert de la glace New-yorkaise. C'est ça que tu aurais voulu pour nous tous ? « Bien sûr que non. » Rien n'est évident quand il s'agit de ta personne, et je resterai persuadé que tu l'aurais brisé également. Rappelle-toi que tu es un monstre, Lili, et ce depuis ta naissance jusqu'à ta mort. Comme les loups ne peuvent faire des hommes, tu ne seras jamais une femme.

Tu le vois crispé, tu le sais profondément choqué. Et pourtant tu en rajoutes toujours plus, comme si tu lui reprochais quoi que ce soit. Est-ce de sa faute si tu n'as pas su me protéger et si tu es responsable de deux de mes morts ? Non. C'est purement et simplement de la tienne. Ca le sera toujours. Ca te bouffera jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien à gâcher dans ton petit esprit. Tu finiras perdue à jamais, dévorée par le démon, hantée par mes grands yeux, rattrapée par la mort que tu sèmes à tout vent. C'est tout ce que tu mérites, Li Mei. Et tu ne me contredirais même pas, petite folle. Tu te sais méchante, n'est-ce pas ? Tu sais que, pour ceux qui croient encore au paradis, tu n'y trouveras jamais le repos. Non. Les Enfers te sont grand ouvert. Et la chaleur des flammes ne sauraient consumer ton âme pourrie avant une éternité. Condamnée à souffrir même après la mort, n'est-ce pas beau, Lili ?

Tu le vois s'énerver, s'approcher de toi au fil de tes paroles. Tu n'arrêtes pourtant pas, tu continues dans ton idiotie. Tu le laisses prendre en pleine face tous les reproches que tu devrais retourner contre toi. Il n'était pas là, justement. Mais toi si, Lili. Toi tu aurais dû faire quelque chose pour ça, pour moi. Qu'as-tu fait à part lâcher sur moi toute l'étendue de ton sadisme ? Tu m'as regardé me faire bouffer, tu m'as coupé un bras, tu m'as regardé mourir, et tu m'as tué. Tu m'en veux de t'avoir changé en monstre, danseuse ? Je t'en veux d'avoir fait tout ça. Est-ce bien équitable ? J'aurais dû te faire souffrir bien plus que je ne l'ai fait pour avoir ma revanche sur toi. Tu sais quoi ? Brashen qui s'avance vers toi, je pense qu'il devrait te frapper. Gifler ce beau visage qui nargue quiconque le regarde un instant. Ce visage qui n'a reçu aucune cicatrice, aucune marque tandis que le Monde se meurt dans une lente agonie. Pourquoi ne le fait-il pas ? Parce qu'il n'est pas un monstre, lui. Parce qu'il n'est pas toi.

Toute la colère que tu as provoquée te retombe dessus, Lili. Es-tu fière de toi ? Non, tes pupilles le fixent mais ton cœur se serre un peu plus à chaque parole. Jusqu'à ce qu'il explose au fond de ta poitrine : « Il est mort, Li ! ». Comme si tu n'avais pas encore réalisé l'étendue, la gravité de la situation, tes yeux s'écarquillent et ta respiration se bloque. As-tu ressenti de la tristesse, Lili ? De la colère, oui. La haine envers celui qui tente de t'arracher ta si belle vie. C'est tout ce dont tu étais remplie, je l'ai vu dans tes iris enflammés. Tu cherches à te justifier, oui, il a bien raison. Mais il n'y a rien à justifier. Tu n'aurais jamais dû me tuer, un point c'est tout. Tu le sais tout autant que moi.
Tu ne tiens plus, danseuse, et je jurerais ne plus t'avoir vue dans un tel état depuis le décès de nos parents. Tes jambes cèdent sous ton poids lorsque Brashen s'éloigne. Tes mains tremblantes se posent sur ton visage, découvrant les nombreuses larmes qui y coulent silencieusement. Depuis quand n'as-tu plus pleuré réellement, au point de lâcher tout ton sac et d'en finir complètement épuisée ? Depuis tes seize ans, à la moitié de ta misérable vie. Je le sais, je te le dis. Il ne t'aura jamais vue à ce point terrassée, toi, la forte Li Mei, l'asiatique qui fait face à tout et ne craint rien, qui passe chaque difficulté sans broncher. Où est donc passée celle qu'il croit que tu étais, celle que je croyais que tu étais devenue ? Poussée aux oubliettes, broyée comme une vulgaire fourmi. Te revoilà fillette de seize ans qui pleure la mort de ses parents, gâchant maquillage et vêtements que tu portais pour ce qui devait être la plus belle soirée de ta vie, et qui fut la plus terrible. C'est moi ou toi que tu pleures, danseuse ?

« Je suis désolée... »
Tes lèvres remuent sans s'arrêter, tes cordes vocales murmurant des excuses qui n'ont pas lieu d'être. Si elles me sont destinées, je ne veux pas les entendre. Cesse tout ceci, Lili ! Les derniers mots ressemblent à un gargouillis incertains alors qu'ils se coincent dans ta gorge. Les cicatrices que je t'ai laissées te semblent douloureuses. Non que ce soit vraiment le cas, mais ton esprit revoit, ressent une nouvelle fois le Marcheur qui enfonce ses ongles dans ta peau. Tu n'as jamais pu oublier cette douleur, et tu ne le pourras jamais. C'est pour ça que tes jambes te portent de nouveau pour t'amener auprès de Brashen avec maladresse. Tu tombes à ses pieds, comme le vulgaire assassin que tu es, et tes mains s'approchent des siennes sans oser les toucher. Et si tu lui prenais la vie sans le vouloir, ton pouvoir se réveillant de manière bien trop aléatoire pour son propre bien ? Tu les ramènes alors à toi, essuyant les larmes qui ne cessent de couler sur tes joues, tu arrives tout de même à articuler quelques mots entre les sanglots qui t'assaillent. Tu ressemblais à une adulte à nos yeux, Lili, mais tu n'as jamais cessé d'être une enfant. A jamais seize ans.

« Je n'ai pas su le protéger, et j'ai fini par le tuer moi-même.
Venge-toi de moi s'il le faut, Brashen. Je ne pourrai, de toute façon, pas vivre avec ce poids sur ma conscience. »



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MessageSujet: Re: « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue   Dim 23 Fév - 10:40


« Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. »

Western New Orleans • Au Masquerade
Brashen & Li Mei

La réalité semble se fissurer, comme sous le poids d’un trop lourd fardeau. Est-ce que cela ne fait pas des années déjà que plus rien ne va correctement ? C’est comme si le destin avait pris un malin plaisir à tordre le chemin tracé à mes pieds, et que mes jambes se retrouvent forcées de se précipiter en titubant vers un avenir incertain. Je ne vois pas Li s’effondrer, aussi bien physiquement que mentalement. Je ne la vois pas. Je ne vois plus rien. Je suis obnubilé par cette rage qui m’anime et qui ne me quitte pas. Je regrette presque d’être venu ce soir au Masquerade, prendre un dernier verre avant d’aller dormir, après une journée plus qu’éreintante. Je ne l’aurais pas vue. Elle ne m’aurait pas appris cette horrible nouvelle. Et j’aurais pu prétendre, au moins encore un instant, que tout n’était pas aussi grave qu’il n’y semblait. Que le pire n’était pas encore tombé sur mes épaules, enlevant avec lui tous les fragments d’espoir qu’il me restait. Je pensais un jour revoir mes amis d’enfance, mais pas comme ça. Pas comme si j’avais pris une claque en pleine face. L’espion que j’étais devenu ne voulait plus de tout ça. Comme il serait facile de s’éloigner de tout, de toute connaissance, de tout être jamais aimé, pour ne plus devenir réellement que l’ombre que j’étais depuis de trop longs mois. Redevenir invisible. Changer d’identité. Et juste disparaître.

Je n’entends tout d’abord pas ses mots, perdu dans l’univers vaste de mes sentiments en cet instant exacerbés. Toujours se cacher. Toujours masquer qui l’on est. Toujours taire ses émotions. Et, tout d’un coup, tu te sens incapable de jouer à ce petit jeu encore une seconde de plus. Ce soir, l’espion a laissé place à un homme meurtri. Et je me rends compte que j’ai besoin de Li pour surmonter tout ça. Elle est là, dans la même douleur que moi, dans la même souffrance, alors je me dis qu’il sera plus facile de surmonter cela ensemble. Je me tourne vers elle, et j’aperçois les larmes qui coulent sur ses joues, qu’elle tente d’effacer du plat de ses paumes, sans succès, car de nouvelles tombent, remplaçant celles qu’elle a déjà essuyées. Je la vois trembler de tout son corps, comme si la pression qu’elle subit est trop grande, trop puissante pour qu’elle puisse tenir debout, fière, comme elle l’a toujours été. Je me souviens de cette jeune fille de seize ans que j’ai rencontrée pour la première fois, lors de leur déménagement à New-York. Je me souviens de sa force, de l’impression qu’elle avait faite sur moi à ce moment-là. Elle semblait indestructible. Je n’avais jamais rencontré aucune fille comme ça. Je pense que c’est pour cela que j’ai eu un moment le béguin pour elle. Elle était tellement différente des autres, que je m’étais retrouvé attiré dans son aura. Avant que je ne me rende compte que cela la rendait inapprochable. Il avait fallu des mois avant qu’elle ne s’ouvre qu’un tout petit peu à moi. Sa beauté de marbre était trop cassante pour un homme normal.

Mais là, en cet instant, en cette seconde où tout s’était brisé, je voyais enfin une autre part d’elle. Cela me fit regretter de m’être énervé contre elle. Et alors que j’allais me lever pour retourner près d’elle, et tenter de porter un peu du poids qu’elle avait sur les épaules, c’est Li qui s’approcha de l’endroit où je me trouvais, tombant à mes pieds d’un bloc. Les mots qu’elle murmure depuis quelques secondes me parviennent aux oreilles et me font pincer les lèvres. La colère reflue lentement en moi, et je ne vois plus qu’elle, et l’immense douleur qu’elle ressent. Je comprends que ses reproches n’ont été que le reflet d’une souffrance qu’elle ne savait pas contrôler, qu’elle ne savait pas comment exprimer. Ses mains s’avancent vers les miennes, mais, au dernier instant, elle les éloigne, comme si elle avait peur de me toucher après ce qu’elle m’avait dit. Cela me brise le cœur. Nous étions amis, il y a quelques temps. Est-ce que tout cela a tant changé ? Les paroles qu’elle prononce, toujours d’une voix basse, finissent d’éloigner la colère de moi. Croit-elle que c’est à elle que j’en veux ? Est-elle folle ?

Pour seule réponse, je me laisse tomber de ma chaise, atterrissant sur les genoux en face d’elle, le siège sur lequel je me trouvais repoussé en arrière. Mes bras viennent se glisser dans son dos et j’appuie une de mes mains au creux de ses omoplates pour la ramener vers moi. Ma joue se colle à la sienne, amenant ma bouche à côté de son oreille.

« Tu n’y es pour rien, Li. Tu m’entends ? Ce n’est pas ta faute ! Tu as fait ce que tu as pu. Comme nous tous. Nous faisons tous ce que nous pouvons, dans ce monde qui pourrit jour après jour. Je t’en prie, ne te blâme pas. Tu n’y es pour rien. »

L’air du Masquerade semble se réchauffer imperceptiblement, alors que je la tiens serrée contre mon cœur, ce même cœur qui souffre constamment, et qui, je le réalise enfin, est également content de pouvoir à nouveau exprimer quelque chose, même s’il s’agit d’un sentiment négatif. Peut-être est-ce la chaleur de mon amie que je ressens fortement, et qui me fait du bien. J’ai tellement l’habitude de ne fréquenter des gens que de loin, ou bien pour satisfaire un besoin, que j’ai oublié ce que cela fait, de réellement serrer quelqu’un dans ses bras sans arrière-pensée.

« J’ai besoin de toi. Tu ne peux pas dire de telles choses. Nous pouvons surmonter cela ensemble. Tu m’entends ? J’ai besoin de toi Li ! »

J’éloigne mon visage du sien pour pouvoir la regarder dans les yeux, ses yeux toujours embués par les larmes qu’elle a versées, et je pose ma main sur sa joue, pour appuyer mes propos, attendant qu’elle me fasse un signe, n’importe quoi pour montrer qu’elle ne va pas se laisser aller dans les ténèbres.

Hors-Jeu:
 

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MessageSujet: Re: « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue   Sam 1 Mar - 10:56



« Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. »
(pv) Brashen Hall.


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Tu étais un roc, une montagne imperturbable qu'aucune vague ni tempête ne pouvait faire ciller. Tu avais des yeux meurtriers derrière lesquels se cachait toute la tristesse de ton deuil. Tes rares mots savaient trouver leur cible et remettre quiconque à sa place. On t'en a voulu, mais tes gestes étaient trop précis pour ne pas rivaliser avec les coups que certains osaient te porter. Tu savais déceler les défauts, les mensonges et les traumatismes, et tu t'en servais quelque fois pour te défendre, pour me défendre. Tu étais la plus forte de tous, mentalement indestructible, physiquement intouchable. Tu avais seize ans mais tu étais plus adulte que tes aînés de vingt années. Tu avais dressé, non pas un mur ou une vulgaire barrière, mais une véritable forteresse autour de ta personne, et tu m'avais inclus derrière tes remparts, n'acceptant aucune insulte pouvant m'être adressée. Tu étais devenue plus forte que notre mère ne l'avait jamais été, et plus redoutée que notre défunt père, tout en développant une beauté à laquelle nous n'avons jamais su résister. Mais ainsi tu avais revêtu ton cœur de glace, et tu étais devenue celle à qui il est impossible de parler, une femme taillée dans le marbre, qu'il est inutile d'essayer d'approcher. Une statue de porcelaine qu'il ne faut pas toucher au risque de la briser.

Et qu'es-tu devenue ? Une femme brisée de l'intérieur, pourrissant lentement, rongée par la culpabilité et la folie. Une femme qui ne sait plus tenir debout d'elle-même, qui rejette la faute sur les autres et se voile la face pour ne pas tomber. Mais c'est une femme au bord du gouffre, qui ne saurait faire un pas sans dégringoler de la falaise. Où est passée ta force ? N'étais-tu pas indestructible ? Où as-tu mis ta fierté ? Nous t'aimions pour ton cœur de glace, ton visage de marbre et tes paroles d'acier. Que pourrions-nous encore aimer chez toi ? Derrière ton regard impénétrable, il y avait même la douceur de la femme et l'amour de la sœur. Maintenant quoi ? Il ne reste que le sadisme, la cruauté et la méchanceté de ta personne. Ton cœur pollué et ton esprit détraqué. Qu'y a-t-il de bien en toi, Lili ? Tu es un monstre, tu ne me crois toujours pas ? Mais regarde toi-même, regarde dans quel état tu as mis ton seul ami. Il bouillonne de colère à ton égard, tu le maltraites sans crier gare, sans t'intéresser à ses sentiments. Et que se passera-t-il lorsqu'il apprendra ce que tu es devenue ? Que ton cerveau ne sait pas gérer ta nouvelle nature, et ne veut pas accepter ce que tu es depuis ta naissance. Un monstre. Que crois-tu qu'il va penser de toi ? Crois-tu qu'il continuera de t'aimer ? S'il n'est pas capable de te tuer pour ce que tu es devenue, alors il te fuira. Et tu resteras seule jusqu'à la fin.

Tu frissonnes lorsque ses bras glissent dans ton dos. Tu pourrais le blesser par ce contact, n'est-ce pas ? Combien en as-tu déjà tué pour survivre ? Il te suffirait de recommencer, c'est si simple. Tu sursautes alors que sa joue se colle à la tienne. Ton corps ne saurait plus faire le moindre mouvement, même ton cœur semble s'être arrêté pour une interminable seconde. Et là maintenant, que vas-tu faire, Li Mei ? Il te suffit de perdre le contrôle un instant, de laisser parler le monstre en toi qui a soif de méchanceté. Ce serait lâche d'ainsi profiter de l'instant, sadique de faire basculer sa gentillesse et son inquiétude en ta faveur. Alors, que fais-tu ? Tu n'es pas capable de te contrôler, alors peut-être devrais-tu le lâcher, fuir son contact et sa personne tout entière. Il mérite mieux que ta présence malsaine à ses côtés, et qui sait quand seras-tu capable de te retourner contre lui... Tu n'as pas le droit de le tuer lui aussi, Lili, et dieu seul sait à quel point tu en as envie. « C'est faux ! » Prouve-le.

« Brashen, c'est fini. Je ne suis plus celle que j'ai été, et plus jamais je ne le serai. Il n'est plus le temps où vous pouviez compter sur moi, où il me suffisait de cacher Yan derrière moi pour le protéger de ce monde. Il n'y a que moi à blâmer Brashen, tu le sais tout autant que moi. »
Dans ta décadence la plus profonde, voilà que tu essaies d'influencer les pensées de mon meilleure ami. Il fut un temps où tu aurais juste souri et ébouriffé les cheveux des enfants que nous étions. N'affirmant que plus encore ta supériorité sur nos esprits immatures. Et te voilà aujourd'hui à forcer les choses, à continuer de penser que le mal vient de toi et qu'il ne saurait venir d'ailleurs – ce que je pense également. Tu lui imposes ta vision des choses sans accepter la sienne. Après tout, comment un monstre pourrait-il ne pas être à blâmer ? Tout est de ta faute, danseuse, ça l'a toujours été et ça le sera toujours. Après avoir mené ta famille tout entière à la tombe, comment pourrait-on en douter ? Tu es une tare, la bactérie qui infecte la plaie du monde et l'empêche de cicatriser. Sans toi tout serait mieux, et Brashen ne serait pas là pour essayer de t'éloigner du gouffre qui t'appelle. Tu nous as fait croire que nous avions toujours besoin de ton aide pour quoi que ce soit, Lili, et le voilà maintenant qui pense qu'il a besoin de toi pour surmonter ma mort que tu as provoquée. Pauvre homme que tu malmènes. Ta main se pose sur la sienne et l'écarte de ton visage alors que les larmes n'y coulent plus depuis quelques secondes déjà. Tes bras glissent dans son dos et tu poses ta tête sur son épaule, appréciant quelque peu la chaleur de son corps contre le tien. Tant de contact pour une seule personne ? Tu auras pété ton record, danseuse, et ce même en sachant qu'à tout moment tu pourrais lui arracher la vie. N'as-tu jamais emprisonné dans ta douce étreinte autre personne que moi-même, Lili ? Sans compter les nombreuses vies que tu as aspirées depuis que je ne suis plus là pour calmer le monstre en toi.

« Tu n'as jamais eu besoin de moi, Brashen. Je suis un monstre, qui sait le mal que je pourrais te faire ? Je ne veux pas ça. »
Et Yan non plus, hein ? Idiote.

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MessageSujet: Re: « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue   Mer 19 Mar - 13:04


« Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. »

Western New Orleans • Au Masquerade
Brashen & Li Mei

Je sens son corps frissonnant tout contre le mien, et je laisse mes bras encore un instant autour d’elle, espérant par-là calmer un peu sa douleur, celle qui fait écho à la mienne, semblant s’y mêler dans un but de partage. Elle prononce quelques mots, en réponse aux miens, et je la sens plus désespérée que jamais. Mon empathie ne me permet pas de saisir l’entièreté de ses états d’âme et je m’en désole. Si seulement nous nous étions retrouvés plus tôt. J’ai le sentiment qu’elle est perdue, sur un chemin de traverse, et qu’elle ne retrouve plus sa route, comme si quelqu’un avait subitement éteint la lumière. Et je me dis que, peut-être, c’était Yan qui tenait la bougie dans la vie de sa sœur. À présent qu’elle ne l’a plus, elle est condamnée à errer sans but. Car il m’avait toujours semblé qu’il était son but, qu’il occupait toute sa vie, et qu’elle le protégeait de toutes ses forces, quitte à en rester meurtrie. Ce sort n’était enviable pour personne, mais elle le faisait par amour. Quelques événements de notre adolescence me reviennent en tête et je l’imagine toujours de la même façon. Droite. Sans sourire. En train de se demander si tout ira bien. A-t-elle seulement été enfant un jour, pleine d’insouciances et de petits plaisirs ? Je la laisse parler, puis un petit silence se prolonge, et lorsque je m’écarte, elle reprend la parole. Je la fixe dans les yeux.

« Je ne suis pas d’accord. Tu m’entends ? Tu n’as pas choisi ce qui s’est passé. Tu n’as pas eu le choix. Au lieu de t’accabler de reproches, regarde un peu autour de toi ! Regarde ce que le Monde est devenu ! »

Je me retiens d’accabler le Gouvernement de reproches, je ne peux pas griller ma couverture d’espion, même face à elle. Critiquer le Gouvernement dans un espace public, avec plein d’oreilles à portée, cela ne serait pas prudent de ma part. Un Peacekeeper qui parle contre son employeur, ça risquerait d’attirer l’attention sur moi.

« Et puis qui te permet de juger si j’ai besoin de toi ou pas ? Tu n’as pas… »

Ma phrase reste en suspens, flottant dans l’air en attendant une fin qui ne vient pas. Mes yeux sont fixés derrière Li, qui est toujours en face de moi et dont les prunelles ne sont plus accrochées aux miennes à présent. Dans le bar, plusieurs télévisions se sont mises en route, comme mues par leur seule volonté, et la tête de Danny Clocker apparaît sur les écrans. Je ne suis pas fan de ce présentateur télé, corrompu par le Gouvernement. De nombreux clients ont tourné la tête pour observer les écrans, et écouter ce qui se dit. Il se passe quelque chose d’inhabituel. Mes sourcils se froncent et je prends la main de Li pour la guider derrière moi vers le bar, plus proche des télévisions. Je capte les derniers mots de la présentation.

Danny Clocker a écrit:
… voici une édition spéciale, qui risque de faire de belles étincelles. J'en suis tout chose, j'en verserais presque une petite larme. Et vous aussi, j'en suis certain.

Des images se mettent alors à être diffusées, et je garde les yeux fixés sur l’écran, observant des visages inconnus tout d’abord, s’enchaîner sur le poste, alors que leur vie secrète semble être révélée. Qui sont ces gens ? Et pourquoi Danny Clocker a-t-il jugé bon de montrer leur vie à toute la Nouvelle Orléans ? Un gars qui se balade après le couvre-feu en payant des Peacekeepers – cela ne m’atteint que peu, après tout, on connaît bien le mot corruption dans cette ville – un autre qui pirate les sites du Gouvernement, un certain Angus qui semble être résistant mais qui n’en est pas vraiment un, une prostituée qui en tue deux autres… Mais bon sang qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Qui sont ces gens ? Comment se fait-il que leur vie soit étalée ici au grand jour ? Et alors que je me dis que je ne vais connaître personne, un visage vaguement familier s’expose sur l’écran, celui d’une femme que j’ai rencontré il y a quelques mois, celle qui luttait contre le Gouvernement… C’est elle ! Mais je n’ai pas le temps de m’interroger plus avant que je vois mon visage apparaître en couleurs, face à la caméra. Hein ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Et le présentateur raconte une histoire selon laquelle je brutaliserais les témoins ou les suspects de mes enquêtes. Qu’est-ce que c’est que ces conneries ?! Je me tourne vers Li qui est à mes côtés, pour faire preuve de ma colère :

« Putain qu’est-ce que c’est que ces conneries ? D’où ça sort ces trucs ? »

Je la vois aussi absorbée par l’écran que les personnes autour de nous. Certaines se retournent sur moi et me regardent d’un air étrange. Putain je viens de passer à la télé et d’être décrit comme un Peacekeeper violent, tu m’étonnes qu’ils me regardent bizarrement ! Je me retourne vers l’écran et j’aperçois une seconde la tête de Carys, que je connais bien, avant qu’elle ne soit remplacée par un autre. Merde, qu’est-ce qu’ils ont dit sur Carys ? J’ai rien entendu ! Les ragots se succèdent et je tente de repérer des visages connus dans tout ça mais ça va vite. Une autre femme passe, puis une autre, qui a apparemment égorgé trois mecs. Normal. Qu’est-ce que c’est que cette ville de tarés ? Et d’où viennent ces rumeurs et enregistrements, bordel ?! Je regarde à nouveau les gens autour de moi, qui semblent obnubilés par ces écrans. L’étonnement a laissé place à de la colère, une certaine gêne et aussi de la peur. Je peux les comprendre, je passe par les mêmes états d’esprit. J’ai toujours la main de Li dans la mienne et je n’ai plus envie de la lâcher. Elle est un peu ma bouée de sauvetage en ce moment.

L’écran diffuse à présent des images d’Isis, la barmaid qui bosse au Masquerade. Je regarde autour de moi pour voir si je l’aperçois mais je ne vois nulle trace d’elle. C’est peut-être mieux qu’elle ne soit pas là ce soir. J’aimerais aussi me trouver ailleurs je dois dire.

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Dernière édition par Brashen Hall le Sam 29 Mar - 10:49, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue   Dim 23 Mar - 0:57



« Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. »
(pv) Brashen Hall.


~

Tes mains n'agrippent plus rien, posées avec toute la douceur du monde sur un dos que tu t'es donné tellement de mal à protéger, quand nous n'étions encore que des enfants. A-t-il jamais su tout ce que tu as fait pour lui, dans l'espoir que jamais je ne sois blessé de ce qui aurait pu lui arriver ? Je ne suis moi-même pas sûr de comprendre pourquoi tu as fait tout ceci pour un homme que tu as tué par la suite, pour moi. Était-ce réellement ma personne que tu voulais protéger ? Ou voulais-tu simplement débarrasser ton esprit de sa culpabilité, purifier ton âme de la mort de nos parents ? Tu ne m'as jamais autant aimé que lorsque nous avons déménagé, avoue que c'est suspect, danseuse. Du jour au lendemain, tu as soudainement pris soin de moi, tu t'es inquiété de ma personne et tu as cessé de danser pour t'occuper de moi, assurer mon éducation. Qui es-tu pour avoir le droit d'apprendre la vie à un enfant ? Si ça ne tenait qu'à moi, tu n'en aurais jamais eu la permission. J'aurais préféré te quitter que d'avoir à te supporter, jusqu'à te voir me tuer sans hésitation aucune.

L'espace d'un instant, je revois en toi la grande dame que tu étais, que tu avais su devenir. Une envie te prend, pour quelques secondes seulement, de poser ta main sur son crâne et d'ébouriffer ses cheveux, en souvenir d'un temps qui n'est plus depuis longtemps. Tu n'as plus fait ce geste depuis nos dix-huit ans, pourquoi voudrais-tu recommencer maintenant ? Tu as l'impression de courir après ce qui n'est plus, de te terrer dans ce que tu savais calme et bon, une époque reposante pendant laquelle le monde ne te traquait pas mais te redoutait respectueusement. Ce temps qui est perdu, où il te suffisait de souffler un coup pour te débarrasser de tes problèmes rien qu'un instant. Regrettes-tu, te sens-tu nostalgique, Lili ? Voilà pourtant quelque chose que tu n'as jamais connu : les regrets. Tu disais que ce qui avait été fait ne pouvait être défait, et ainsi il fallait passer à autre chose, ne plus s'attarder sur ce qui ne pouvait être changé. Et maintenant quoi ? Que crois-tu pouvoir changer ? Il n'y a rien que tu puisses faire, rien qui ne puisse être arrangé. Rends-toi à l'évidence Lili, tu es foutue.

Ton attention revient sur Brashen qui se sépare de toi pour contrer tes dires. Qui te croirait à part moi ? Tu étais l'exemple parfait de la force physique et mentale que tout homme aurait voulu égaler. Peut-être que j'exagérais la chose, tout obnubilé par ta personne que j'étais. Mais c'était là le sentiment que tu me laissais, quand tu te dressai, bien droite, face aux adultes, le regard fort et la langue acérée, prête à contrer les reproches d'une intelligence mesurée. Qui n'a pas ployé sous ta détermination et la justesse de tes paroles, bien que la vérité soit généralement dure à supporter ? Alors comment pourrait-il douter de toi, sans savoir ce que tu es devenue ? Ce que tu es devenue... J'en suis le seul et unique témoin, le seul à ne plus pouvoir croire que tu n'es pas responsable, que le monde se mène à sa propre perte sans avoir besoin de toi. Enfin... le seul et unique... sans oublier ceux que tu as tués, et ce cher Danny Clocker.

Les télévisions s'allument sur le présentateur télé. Tu te laisses mener jusqu'au bar, intriguée par l'émission spéciale de ce jour. Les paroles du présentateur laisse à penser que ce qui va suivre ne présage rien de bon, et tu crains déjà le pire, ta main serrant un petit peu plus fort celle de Brashen. Que vont-ils faire cette fois-ci, pour pourrir la vie de ceux qui survivent tant bien que mal ? Tout d'abord Aiden, ton patron, qui est démasqué en train de payer les patrouilles pour passer outre le couvre-feu. Quelques noms et visages inconnus s'enchaînent alors sous tes yeux écarquillés par leur vie dévoilée ainsi à tout le monde. Azzura, ensuite, qui parle seule devant la caméra, supposant une folie avancée que le présentateur s'empresse de commenter. Ces enregistrements ne t'atteignent que peu, jusqu'à ce que Brashen apparaisse à l'écran. On le dit violent, brutalisant suspects et témoins lors de ses enquêtes, perdant son sang-froid durant ses missions. La rumeur serre ton cœur, libérant une vague de douleur dans tout ton corps. Tes yeux se plissent et tes lèvres se pincent. Là, voilà la Li Mei que nous connaissions, celle qui s'offense du mal fait aux autres, celle qui ne montre son mécontentement que pour qui sait le reconnaître. Celle qui mérite de vivre et d'être connue.

Brashen n'a pas besoin de se justifier pour que ton esprit se ferme à cette fausse rumeur. Si tu as changé, si tu es devenue un monstre, lui, tu ne peux le croire méchant. Tu le connais depuis trop longtemps pour te laisser bluffer. Ou peut-être est-ce simplement qu'il te serait douloureux de croire qu'il ait pu aussi mal tourner, devenir ce que jamais il n'aurait dû devenir. Ainsi tu t'apprêtes à le préserver des mauvais regards alentours en l'entraînant dans les coulisses, quand deux visages familiers apparaissent à l'écran. Ezra, de sang-froid, tire sur ce qui semble être un dealer. Tu ne sais que penser, tous ces meurtres, ces personnes dont les vies ont été dévoilés au grand jour, ces personnes qui ne pourront plus survivre aussi facilement que jusqu'à maintenant. Ils seront reconnus dans les rues, traqués, insultés, redoutés. Tu n'envies pour rien au monde leur situation qui n'ira qu'en empirant à cause de ce Danny Clocker, bien amusé à détruire le monde.
A détruire ton monde.
Tu lâches Brashen pour t'appuyer sur le bar, plus près encore de la télévision, les yeux écarquillés de surprise en te voyant si pâle, t'approcher d'un miroir, brisée de l'intérieur. Les éclats tombent au sol bruyamment, sous la puissance de ton poing et de ta colère dirigée sur ta propre personne. Les larmes coulent puis le rire éclate. Ce rire qui n'est pas le tien. Le monstre que tu dis ne pas être. Et déjà te dit-il bonne pour l'asile alors que les murmures s'élèvent autour de toi. Que cache-t-elle ? Qui est-elle ? Est-elle folle ? Les voix te traversent sans te toucher, alors que ton souffle est coupé et que tout ton corps se met à trembler sous le choc de la révélation. Le monde entier sait désormais que tu n'es pas nette danseuse, et tu ne saurais le contredire. Mais que va-t-il penser de ceci, lui ? C'est tout ce qui t'inquiète, et ainsi tu n'oses croiser son regard, de peur de ce que tu pourras y trouver. Tes yeux ne voient plus l'écran, ton esprit se concentre sur ce qui arrivera si tu te retournes. Il va te fuir, te haïr, être dégoûté de ta personne. Il ne voudra plus jamais te revoir et tu seras de nouveau seule face au monde. D'abord traquée pour ta nature, tu seras maintenant recherchée pour ta folie, Lili. Que vas-tu faire ? Tu ne pourras pas te cacher éternellement. Tu mourras très prochainement.
Ton visage perd tout expression alors qu'il se tourne vers Brashen. Voilà celle qu'il connaît, celle qui fait face aux problèmes sans un mot, sans sourciller. Celle qui cherche à savoir avant de parler. Et pourtant, ton regard qui sonde habituellement pour trouver la vérité, évite en cet instant le sien, de crainte d'y trouver ce que tu ne seras pas capable d'affronter.

« Brashen, ne restons pas là. Peu importe d'où ça sort, tout le monde croit ce qu'il a vu. Tu ne peux pas rester là. »

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: « Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. » [Li Mei] • Intrigue   Dim 29 Juin - 12:41


« Les choses les plus attendues arrivent souvent par surprise. »

Western New Orleans • Au Masquerade
Brashen & Li Mei

Je sens sa main serrer légèrement plus fort la mienne, et je la garde précieusement au creux de ma paume. Lorsque mon nom est cité à l’écran, répandant des mensonges éhontés sur ma personne, je peux nettement sentir mes muscles se crisper, et une brûlure s’étendre dans mon corps tout entier. Mes yeux se posent sur celle qui m’accompagne et elle ne me rend pas mon regard, trop focalisée sur cet écran et ces mots qui lui ont fait plisser les yeux et pincer les lèvres. La colère transparaît dans son attitude autant que dans la mienne, si habituée à cacher ses émotions et ses états d’âme.

Elle se détache alors de moi, allant s’appuyer sur le bar dont nous nous étions rapprochés. L’ire a envahi même mon esprit, qui a du mal à présent à se concentrer sur quoi que ce soit. Je tente de continuer de suivre le reportage exclusif – s’il mérite ce nom – mais les images semblent ne plus avoir de prise sur moi. Je n’arrive même pas à repérer s’il s’agit de gens que je connais ou non, j’ai l’impression de marcher dans un rêve, dont j’espère sortir de toutes mes forces mais qui reste néanmoins parfaitement palpable. Jusqu’à ce que le visage de Li se réfléchisse dans cette télévision qui n’a jamais eu autant de paires d’yeux sur elle. Oh non, que vont-ils dire d’elle ? Des images se propagent, répandant leurs couleurs et des sons que je préférerais ne pas entendre. Elle brise un miroir, s’effondre en pleurs puis se met à rire d’un rire démoniaque. La voix de Danny s’élève alors…

Danny Clocker a écrit:
Inquiétant, vous avez dit inquiétant ? Pas de panique Li Mei, les hommes en blanc vont très bientôt venir te chercher. A force les braves médecins vont finir par se retrouver débordés, si l’hôpital psychiatrique continue de se remplir de schizophrènes et de cinglés notoires dans ton genre. Les 7 ans de malheur que tu viens de récolter, tu vas pouvoir les couler paisiblement dans une camisole de force.

Ma tête se tourne vers elle. Son corps est parcouru de soubresauts, sous l’effet d’un tremblement qu’elle ne peut pas contrôler. Ses yeux me fuient, comme s’ils avaient honte de ce qu’ils venaient de voir. Pour ma part, cela ne me paraît tant étrange, maintenant que je sais ce qui s’est passé avec son frère et ce qu’elle a enduré. N’importe qui perdrait pied dans cette réalité et dans ces circonstances. La folie guette tout un chacun, toujours cachée dans l’ombre, attendant qu’un faux pas nous amène dans son emprise. Je ne vois pas en quoi on devrait la blâmer. Ces gens ne savent pas ce qu’elle a vécu. Qu’ils regardent donc d’abord ce qui cloche dans leur propre vie avant de s’intéresser à celle des autres et de la juger. L’Enfer c’est les autres. Cela ne m’a jamais paru aussi vrai qu’en cet instant décisif.

Nous ne devons pas rester ici. Sur l’écran, d’autres noms, d’autres vies sont exposés à la vue de tous, prêts à bondir sur ces rumeurs dégradantes et à nous montrer du doigt dans la rue. Je n’ai plus envie de regarder ce qui s’y dit. Ça ne m’intéresse pas. Je n’ai qu’une envie : quitter ces lieux maudits et me fondre dans l’ombre avec Li, pour la protéger elle aussi de tous ces rapaces qui se feront un plaisir de déchiqueter le peu de raison et d’espoir qu’il lui reste. Elle est trop fragile, elle ne peut pas surmonter ça toute seule. Et Yan n’est plus de ce monde. Quelque part, je l’envie. Il n’a plus à se préoccuper de demain, et à subir ses contemporains égoïstes et individualistes. Je me dis que c’est à moi de m’occuper de Li à présent. Mais est-ce qu’elle me laissera faire ? Rien n’est moins sûr. Son visage se tourne enfin vers moi, et je n’arrive pas à sonder ce qui se passe en elle en ce moment. Sans expression, vierge d’émotions. Je la trouve très douée à ce petit jeu qui est le mien depuis que je suis devenu espion. Ses yeux, pourtant, n’ont pas trouvé les miens, et j’y décèle un signe qu’elle ne va pas aussi bien que ce que son apparence pourrait laisser croire. J’acquiesce à ses propos.

« Allons-nous en. Ni toi ni moi ne voulons rester dans cette atmosphère détestable. Viens. »

Sans lui demander son avis, je lui prends la main et la mène hors du Masquerade, mais ne m’éloignant pas trop néanmoins. Elle bosse là, elle va devoir aller récupérer ses affaires. Je cherche juste à la sortir un instant de ce chaos. Je respire un bon coup une fois loin de tous ces regards. Je ne sais pas quoi penser de tout ça. J’ai besoin de temps pour y réfléchir et pour y faire face. Je jette un coup d’œil à ma complice qui a gardé son visage impassible.

« Je dois y aller, je ne peux pas rester là. Promets-moi que ça va aller… Et surtout, si tu as le moindre souci, viens me voir. Tu sauras où me trouver. Tu n’es pas seule. »

Elle ne fait qu’un léger signe comme quoi elle m’a entendu, mais cela me suffit. Sans la regarder une dernière fois, je m’éloigne en longues foulées dans la nuit qui est tombée. Ça va aller. Oui, ça va aller. Pour elle comme pour moi. On n’a pas le choix.

• SUJET TERMINÉ •

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