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 Cours, Lili, cours. [pv]

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« Le prodige et le monstre ont les mêmes racines. »

Féminin
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↳ Citation : C'est de cela dont j'ai vraiment peur. D'être véritablement un monstre. Je n'ai pas envie d'être un tueur, mais je ne peux pas m'en empêcher.
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MessageSujet: Re: Cours, Lili, cours. [pv]   Dim 25 Mai - 20:49



Cours, Lili, cours.

(pv) Li Mei Tyler


~


J’ai conscience qu’elle doit me prendre pour un fou, à me voir rire de cette manière du meurtre de mon petit frère. Etant dans ma tête, me volant mes souvenirs, elle n’a pas du manquer de comprendre pleinement les implications de mes actes, et la chaleur du bûcher qui me brûle encore dans mon sommeil a du quant à elle lui brûler le visage comme elle a pu brûler le mien des siècles auparavant. J’en ris, de désespoir. J’en ris, désabusé. J’en ris, et j’en ris encore, puisque je ne me trouve même pas le droit d’en pleurer. Suis-je pathétique ? La question ne se pose même pas tant sa réponse est évidente. A chaque crispation de mes épaules dans ce rire si peu joyeux, le loup se désole en moi. Que croyais-je après tout ? Qu’elle allait être la première pierre de cette route de rédemption que je me voyais déjà fouler d’un pas sûr et léger ? Utopique, ridicule… les mots ne sont pas assez forts pour exprimer à quel point je me sens stupide d’avoir… quoi… espéré un instant pouvoir me présenter devant Azzura en me sachant… aimable ? Heureusement qu’elle est là, Lili. En une simple phrase, elle m’a fait revenir sur Terre. En une simple phrase, elle m’a condamné à regarder la vérité en face : comment un homme qui a déjà tué son frère et qui se sait capable de le tuer une nouvelle fois si l’occasion se présente et se justifie, mériterait-il une once de rédemption ; comment pourrait-il espérer ne pas être totalement pourri et gangrené par cette folie meurtrière et cette froideur qui le poursuit depuis tant d’années ? Je me désole de tant de naïveté. Ça aurait pu presque être touchant si ça n’avait pas été moi, cet imprudent et si naïf rêveur. Ma voix la remercie, mais je ne peux m’empêcher d’haïr mon reflet dans ses mots cruels et pourtant si justes. Qu’ai-je ressenti lorsque je l’ai tué ? Du soulagement. Beaucoup trop. De la peine, aussi. Mais surtout du soulagement. Et j’ignore si j’arriverais à me le pardonner lorsque je prendrais conscience de tout cela. Jusqu’à présent, toute la culpabilité ou même simplement l’introspection dans laquelle je pourrais me perdre est enfermée tout au fond de ce labyrinthe qu’a composé mon arrogance, touchant du bout des doigts le génie de Dédale en ce domaine. « Le bon n'est pas en nous. Nous sommes devenus des monstres parce que certaines personnes le voulaient ainsi, ça ne change en rien la bonté dont tu peux faire preuve. Accepte tes actes et tu prouveras que tu n'es pas fait que de meurtres. » Ses mots pourraient me paraître vrais et sensés si je ne les rejetais pas en bloc. Je refuse de croire que c’est aussi simple que cela. Mais que veux tu donc à la fin, Rafael ? Je l’ignore. Cesser de m’en vouloir, peut être, ou accepter de m’en vouloir ; aussi. J’ignore ce que je veux, mais je veux quelque chose, voilà qui est certain. Accepte tes actes et tu prouveras que tu n’es pas fait que de meurtres. Si seulement… Le problème est que je n’arrive pas à regretter réellement les meurtres dont je suis responsable et de ce fait, je ne peux me les pardonner. Les sorciers méritent de mourir, pour la plupart, ce simple fait n’est pas à discuter. Et Orfeo… Il a offert un sursis à Azzura, je refuse de voir son assassin autrement. Je suis conscient que ça me détruirait si un jour je cessais de le voir comme un moyen d’offrir un avenir à ma fille. J’inspire lentement, en me relevant avec peine, pour m’appuyer à la balustrade si tentatrice. Ce que j’ai ressenti… Je ferme les yeux et je respire posément pour écarter cette pensée. Dire que cette simple question s’enfonce loin dans des terres arides et interdites ne serait qu’une métaphore balbutiante devant la terreur que m’inspire le simple fait de considérer en humain et non froidement comme j’ai l’habitude de le faire, ce que j’ai pu ressentir en brûlant mon frère. Ce que j’ai ressenti donc… j’esquive cela, pour me recentrer sur du plus concret : ce qu’elle a véritablement appris. Et ce qu’elle peut m’apprendre à présent de mes propres actions et mes motivations. Sa réponse me déroute, et la balustrade me soutient in extremis, m’empêchant de rechuter. « J'y ai vu ce qu'il y avait à voir, ce que tu refuses de comprendre. Le loup a été influencé par l'homme, confondant le sang de l'urgentiste avec celui de ta fille, il a cherché Azzura et a trouvé une inconnue, un loup étant bien incapable de différencier clairement deux femmes. Revenir près du corps lui a rappelé ton frère. C'est tout ce qu'il y a à dire, la réponse était bel et bien dans ta tête depuis le début : tu as sauvé cet homme. Avec l'aide du loup, à défaut de ton propre corps. » Je tremble, et ce tremblement s’intensifie à chaque seconde passée à entendre ses mots résonner dans mon esprit. Mes mains se crispent sur la rambarde qui me retient, et je me crispe à mon tour. « Qui es-tu donc pour te croire capable de me comprendre, hein ? » Celle à qui tu as autorisée de fouiller dans ton passé, peut être ? Sûrement, même. Je me sens vulnérable, bien plus que lorsque ses doigts glacés étaient posés sur ma joue. Tu as sauvé cet homme Mes paupières voilent mon regard. Etrange comme ce constat, qui sonne comme une conclusion d’ailleurs, ne me satisfait pas. Mais dans un sens, qu’attendais-je de plus ? Elle a répondu à ma question, c’était ce que je lui demandais. Je me mordille la lèvre, incertain, et détourne le regard. Me détourne totalement, d’ailleurs, puisque je m’appuie à la barrière et contemple le paysage. « Je m’excuse. » J’ignore si ma voix porte jusqu’à ses oreilles, et j’ignore aussi ce que je préfèrerais. Rafaele qui s’excuse… Oui, aussi étrange que cela puisse paraître. Je m’excuse. Ce n’est pas parce que sa réponse ne me convient pas que je dois la rejeter en bloc, après tout. Fais attention, Rafaele. Un peu plus dans cette voie, tu risques de renoncer à ton narcissisme… Je joints les mains, laisse mes doigts s’enlacer et dépose mon front dans le creux de mes paumes ainsi nouées. Le métal glacé et le vent qui tournoie encore autour de moi remontent dans un frisson le long de mes bras appuyés sur le mince support que m’offre la rambarde. Je m’excuse donc. Mais ça ne suffit pas. Peut être vaudrait-il mieux que je lui explique le fil de mes pensées ; j’ignore ce qu’il convient de faire dans ce genre de situation, ayant plus l’habitude d’imposer et de rester sur mes positions que de faire ainsi marche arrière. « Dis moi… Lili… » Non, vraiment, je ne vois pas pourquoi il me faudrait m’attarder davantage là-dessus. Je préfère changer de sujet. Continuer à chercher, continuer à essayer de comprendre. Je m’humecte les lèvres, lui fais à nouveau face. « Toi qui es une… femme… avant d’être une abomination… » Oui ? Je n’arrive pas à détacher mes pensées de ce qu’elle a dit. Le loup n’a fait que voir le sang de Zaïra, le cadavre d’Orfeo, la silhouette d’Azzura, lorsqu’il a sauvé cet urgentiste. C’est une explication plausible, même plus que cela, et elle me satisfait, mais… Mes jambes flanchent, et je me retiens de justesse. Mais, pensais-je donc… « Serais-tu capable d’aimer un meurtrier ? » Rafael, est-ce la fatigue qui te fait poser des questions aussi… particulières ? Ô loup, crois moi, tu peux cesser de t’embarrasser de courtoisie, et dire clairement à quel point mes questions sont pitoyables. Oui, c’est la fatigue qui me fait parler ainsi, je n’ai que peu de doutes à ce sujet. Une ivresse d’un nouveau, à n’en pas douter, moi qui n’ai jamais vraiment abusé de l’alcool. « Bon, certes, ça doit être plus évident pour toi dans un sens, puisque vu ta nature, tu dois être toi aussi une meurtrière, mais… la femme qui subsiste peut être en toi, en serait-elle capable ? »



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MessageSujet: Re: Cours, Lili, cours. [pv]   Jeu 12 Juin - 0:35



Cours, Lili, cours.

(pv) Rafael A. Morienval


~

Tes poings se serrent, et se serrent encore, la colère gagnant ton cœur et laissant un goût désagréable au fond de ta bouche. T'attendais-tu à cela ? A cette affreuse question qu'il ose te poser ? Et pourtant tu n'en es pas étonnée, simplement énervée. Tu ne réponds pas, pourtant. Tu hurles en silence toute la haine qu'il t'inspire. Pour qui se prend-il ? Il est le seul fou au sommet de ce phare. L'idiot qui a demandé au monstre une démonstration de sa monstruosité. L'homme qui a pourtant réussi à stopper le monstre dans sa conquête. Le loup qui a frôlé la mort pour donner un sens à sa vie. Mais vas-y donc, Lili, réponds à son interrogation. Qui es-tu ? Comment peux-tu te croire capable de comprendre son idiotie profonde ? Pénétrer son esprit ne lui semble pas assez, comprends-tu. Il lui faut plus, apparemment. Peut-être devrais-tu l'accompagner de l'autre côté, alors. Refermer tes bras dans son dos et lui arracher le peu de vie que tu lui as laissé. Pourquoi lui avoir laissé d'ailleurs ? Tu savais qu'il te reprocherait tes paroles. C'était prévisible, danseuse, si prévisible que tu as hésité à le tuer, avoue-le. La prochaine fois, n'hésite plus, ma belle.

Et le voilà qui s'excuse, qui se détourne pour pas avoir à affronter le feu au fin fond de tes pupilles obscures. Dois-tu accepter ses excuses ? Dois-tu accepter d'être ainsi prise pour une idiote ? Une fois insultée, une autre méprisée. Dois-tu te laisser faire par ce loup sans limite ? Son arrogance inonde sa raison et rend bien pâle son intelligence. Il ne semble plus capable de penser aux conséquences de ses paroles, de ses actes. Te demander de prendre son énergie... peut-être aurait-il été plus simple de quémander que tu prennes sa vie ! Pour qu'ensuite il s'énerve contre toi, il refuse de répondre à tes questions pour ne poser que les siennes. Lui dois-tu les réponses ? Non. Regarde comme elles lui déplaisent. Tu aurais mieux fait de garder le silence, de taire ce que tu sais, ce que tu as découvert. Il est encore temps, Lili. Dévale les degrés qui te séparent du sol et enfuis-toi. Ne revois plus jamais ce loup idiot qui ne pense qu'à lui. Oui, pour une fois, Lili, pense à toi et seulement à toi. Je t'y autorise.

Son souffle qui prononce ainsi ton nom, ton faux nom, ton surnom, te donne des frissons. Tes poings se desserrent pour écouter ce qu'il a à te dire, pour mieux supporter les prochaines insultes qui passeront ses lèvres. Car il ne sait faire que cela, finalement. Insulter et insulter encore tout ce qui vit autour de lui. A quoi bon ? Certainement s'en sent-il plus vivant, plus supérieur ? Parce que finalement n'a-t-il peur que de se rendre compte à quel point il est fragile. A quel point le fil de sa vie est tangible. Son narcissisme le pousse à penser qu'il est le meilleur. Que ferait-il s'il comprenait que c'est loin d'être le cas ?
Mais la suite t'arrache un léger sourire. Non, disons plutôt que la commissure droite de tes lèvres s'est très doucement étirée, de quelques millimètres à peine, alors que tes yeux perdent leur feu pour une obscure froideur. Toi, la femme, la fausse femme, est-ce véritable, ce qu'il ose te dire ? Je tends à penser qu'il est dans le faux, qu'il a été berné par la beauté de ta peau. Je me pose sincèrement la question, Lili, et tu ne saurais ni me contredire, ni me répondre. Mais posons tout de même cette interrogation vitale qui erre depuis si longtemps. As-tu été femme avant d'être monstre ? Je pense, au contraire, que tu es née bien trop belle, bien trop forte pour être humaine. Je crois que tu es un monstre qui a voulu tenter le beau monde, qui a pris forme humaine, forme féminine, pour pouvoir duper les hommes et étaler ton pouvoir, ta monstruosité sur ton passage. Tu étais monstre, donc, et tu as compris qu'il te fallait être femme pour survivre ici-bas. Et je t'ai aidée à redevenir le monstre que tu as toujours été, à ne plus te cacher derrière les traits angéliques d'une femme fragile et innocente. Quoi que, Lili, tu n'acceptes plus de regarder ton reflet dans le miroir, toi le monstre qui assume nullement sa véritable nature. Toi, danseuse, la fausse femme, pourras-tu alors répondre au loup qui se croit homme, à l'homme qui se croit loup? J'en doute.

L'étonnement d'abord, arrondissant tes yeux étirés, haussant de quelques millimètres la ligne fine de tes sourcils. Quelle question te pose-t-il là ? N'est-ce pas étrange ? Et surtout, depuis quand s'intéresse-t-il à ce que tu peux bien ressentir ? Ne lui réponds pas, Lili, ignore-le. Il te méprise pour faire le beau maintenant qu'il a trouvé un intérêt en ta personne ? Tout ça parce que tu es une femme, ou au moins en as-tu l'apparence. Tu as toujours été différente des autres, comment pourrais-tu parler en leur nom ? Non, monstre, ne réponds pas, laisse cet idiot dans ses idioties. Fais demi-tour et ne revois plus jamais cet homme. Il te fait perdre ton temps.
Un rire finalement, lourd et grave, aussi froid que les glaciers du nord, qui dérive un instant autour de vous, avant de se perdre dans le vent. Un rire qui se coince au fond de ta gorge serrée, incapable de laisser passer le moindre son. La tristesse. Les remords. La culpabilité. Tous s'accumulent, appuyant douloureusement sur ta nuque, amenant à ta bouche un goût atroce qui t'assèche brutalement. Toi, la grande, la belle, l'impassible, cet enchaînement incompréhensible d'émotions pourrait bien te tuer. Tu ne crois pas ?

« L'ai-je choisi ? Femme, meurtrière ou monstre, ai-je choisi ?! Tes bras se croisent sur ton ventre, les poings serrés. Es-tu aussi idiot pour m'insulter, me mépriser ainsi ? Je pourrais te tuer, là, sur le champ, que pourrais-tu y faire ?! Rien, absolument rien. Tu passes une main sur ton visage, calmant ta colère inutile. Bien. Très bien. Je ne peux pas en supporter plus. Je t'ai donné ce que tu m'as réclamé, maintenant attends-toi à me voir venir prendre ce que tu m'as promis. Tu te détournes vivement, prête à dévaler les escaliers. Pour finalement suspendre ton geste, tes ongles crissant un instant contre le mur. Je serais capable d'aimer n'importe qui, tant qu'il ne s'agit pas de toi, loup. »



Dernière édition par Li Mei Tyler le Dim 29 Juin - 18:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Cours, Lili, cours. [pv]   Sam 28 Juin - 23:23



Cours, Lili, cours.

(pv) Li Mei Tyler


~


Depuis mon réveil, cette sortie du sommeil de sept siècles pendant lesquels le Loup m’avait guidé, protégé, manipulé et laissé vivre plus ou moins à travers lui, jamais je n’ai eu autant l’impression qu’à présent de faire, non pas fausse route, mais de me leurrer sur bien plus de points que le simple chemin emprunté par mon ego. Je suis perdu. Egaré dans ma condescendance, errant au milieu de champs infinis de morgue et de splendeur passée. Je ne trouve mon chemin dans ce Dédale qui me perd, dans ces couloirs qui m’étouffent, dans cet obscur labyrinthe de nouveautés mêlées de nostalgie qui m’héberge. Jamais je ne pourrai, j’en suis certain à présent, être pleinement détaché de mon présent pour m’intégrer à celui qui m’accueille. Jamais je ne pourrai, j’en suis certain, comprendre et me faire à la mentalité des hommes de ce temps, et concilier mon arrogance princière avec leur égoïsme d’un tout autre genre. Et en partant de ce postulat, je me rends bien compte, alors que j’essaye de communiquer, dans un sens, avec l’autre monstre de la tour, que je me heurte à un mur que je ne peux contourner, ni passer outre. Et j’en suis réduit à frapper de toutes mes forces contre ce mur, pour l’abattre et pour passer ma rage. Dis-moi, monstre, serais-tu capable d’aimer un meurtrier ? Un homme perverti par le meurtre, qui aime la toute puissance que lui procure le pouvoir d’ôter la vie aux traîtres, menteurs et aux abominations comme peuvent l’être les sorciers. Dis moi, monstre qui a été femme, dis moi si je suis condamné à perdre inévitablement l’amour d’Azzura par mon comportement et ma nature noire et ombragée. Je suis perdu dans un labyrinthe, comme Thésée auparavant, mais Ariane m’a abandonné. Son fil d’argent est égaré dans l’obscurité et même mes sens canins ne peuvent m’aider à le retrouver. Il a du s’évaporé dans le gouffre des années qui nous ont séparé. Et moi, je suis ainsi contraint d’errer jusqu’au cœur de l’œuvre de Dédale pour combattre et périr sous les coups de mon minotaure personnel, ce monstre auquel nous avons fait si souvent référence dans la conversation qui vient de se dérouler. Dis moi, monstre, pourrais-tu aimer le Minotaure qui vient de détruit l’ombre de Rafaele qui survivait en moi ? Dis-moi, monstre, suis-je condamné à errer sans fin dans ce labyrinthe, supplice parmi les supplices pour le claustrophobe que le loup m’a fait devenir ? Je ne sais pas quelle réponse j’espère, en dehors d’un oui bien évidemment. Car si un monstre peut m’aimer, rien ne dit qu’Azzura ne le pourra. Azzura, mon ange. Azzura, mon Ariane. Azzura qui m’a trahi, qui a foulé ma confiance, qui me déteste et que je ne parviens pas à haïr malgré tous mes efforts pour.

Je ne sais ce que j’attends, mais je sais ce à quoi je ne m’attendais pas. Son rire. Grave. Lourd. Si différent de ma voix vulnérable qui lui a posé cette question dans un ton s’apparentant à une confidence honteuse. Son rire s’éteint rapidement toutefois, laissant son fantôme obscurcir mon regard. Réveiller le loup et son irascibilité. « L'ai-je choisi ? Femme, meurtrière ou monstre, ai-je choisi ?! Choisi… choisi quoi ? De m’aimer ? Le loup ricane en replaçant mes pensées. Es-tu aussi idiot pour m'insulter, me mépriser ainsi ? Je pourrais te tuer, là, sur le champ, que pourrais-tu y faire ?! Rien, absolument rien. Me croit-elle aussi faible pour se targuer d’avoir à ce point droit de vie et de mort sur mon être ? La voix qui passe sa main sur son visage, alors que je contiens ma colère, me forçant à rester aussi vulnérable que précédemment.  Je la vois calmer sa colère, je la vois se contenir  elle aussi. Sommes-nous donc tous les deux des monstres à visage humain, tentant de contenir la rage de destruction qui nous habite ? Sommes-nous à ce point si semblables dans notre psychologie et notre comportement ? « Bien. Très bien. Je ne peux pas en supporter plus. Je t'ai donné ce que tu m'as réclamé, maintenant attends-toi à me voir venir prendre ce que tu m'as promis. » Etrange qu’elle réponde à ma question informulée. Etrange de voir qu’elle est aussi calculatrice que moi, qu’elle ne laisse pas passer d’avantages, et esquive les inconvénients avec mon habilité. Suis-je fou de lui avoir promis quelque chose d’aussi… inconséquent que de lui offrir ma vie par le biais de cette énergie qui m’anime, cette énergie qui est ma rage et ma colère. Si j’étais faible quelques instants auparavant, je ne le suis plus autant. Fais attention, Lili, fais attention. Je ne suis pas un simple loup que l’on peut mettre en cage, je ne suis pas un simple métamorphe fragile et instable. Je suis un monstre moi aussi, ne saisis-tu pas toute l’ampleur et l’ironie de la situation ? Te voilà qui te détournes de moi, Lili, et je me crispe. Parce que tu vas me répondre. Parce que tu me fuis, parce que tu crains de ce que je vais pouvoir te faire si tu me vexes ? J’ai peur mais j’attends aussi avec une certaine impatience les mots qui vont franchir ses lèvres lorsqu’elle s’approche un peu trop des escaliers du phare. « Je serais capable d'aimer n'importe qui, tant qu'il ne s'agit pas de toi, loup. »

Comment ? Pardon ? Le loup prend aussitôt le pas sur la moindre de mes réactions, sur mes muscles, sur mon esprit. Réaction naturelle contre le stress, réaction naturelle de défense : l’homme fragile et brisé que je suis laisse la place au moindre danger le réduisant à néant au loup qui vit en lui. Ce sont les yeux de l’animal qui se fixent sur la Daybreaker. Ce sont les crocs de l’animal qui se dévoilent lorsqu’un rictus carnassier se dessine sur mes lèvres. Ce sont les muscles de l’animal qui entrent en action lorsque dans un mouvement si vif et souple qu’il dépasse la compréhension de l’humain, je saisis Lili à la gorge, la soulève à mon niveau, la toise d’un regard froid en l’étouffant d’une poigne de fer, sans sourciller. « Mauvaise réponse, Monstre. Mauvaise réponse. Tu ne peux aimer n’importe qui puisque tu te détestes autant que je peux me détester. Nous sommes si semblables, toi le monstres, moi le loup, que l’on ne peut se haïr, et que notre similarité ne peut que mener à une attirance à laquelle on finira bien par céder. Tu m’aimeras parce que tu me détesteras, Lili. Tu aimeras le Loup, autant que tu haïras le monstre que tu es. » Je m’en fiche qu’elle aspire ma vie, je m’en fiche qu’elle ne comprenne pas que c’est le prédateur et le loup blessé qui a totalement pris le pas sur l’humain. Je pense ce que je dis, ou du moins le loup le pense, mais le résultat est le même : mes mots parviennent à me glacer le sang. Et avant que Rafaele puisse rajouter un mot, voilà que le loup libère le monstre en la jetant sans la moindre douceur dans l’escalier spiralé qui sera sa porte de sortie. Il n’ignore pas qu’elle va y survivre, il n’ignore pas qu’elle va guérir. Et c’est certainement pour cela qu’il n’a aucune clémence. Que je n’ai aucune clémence. Que le bourreau refait surface sans la moindre émotion. « Je t’attends, ma maison est ouverte, je tiens toujours mes promesses. »



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