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 Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]

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MessageSujet: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Jeu 10 Avr - 20:51



De rage, il claque la porte derrière lui. Au-dessus de sa tête, la vieille enseigne en fer forgé se balance lentement, au gré de la brise printanière. A chaque va-et-vient, la vieille chaîne rouillée émet un horrible grincement qui heurte ses tympans. Il esquisse une grimace tout en portant une main à sa tempe pour lutter contre les prémices d’un violent mal de crâne. Cet entretien était celui de la dernière chance. S’il ne trouve pas un autre emploi, et très vite, sa situation pourrait bien devenir critique. Il étouffe un juron tout en assénant un violent coup de pied dans le tibia d’un ennemi invisible. En l'espace de deux ans, sa situation matérielle n’avait fait que se dégrader. Par le passé, il n’avait jamais eu à se préoccuper de ce genre de questions. Reclus dans une aile restreinte du domaine Renzacci, il n’avait pas la moindre idée de ce que pouvait être la vie par-delà les murs de cette prison dorée. A cette époque, il aurait été bien incapable de se débrouiller seul. D’autres étaient là pour penser à sa place. Par moments – bien qu’il ne s’agisse, la plupart du temps, que d’une pensée fugace – il regrettait sa bulle d’ignorance et de candeur. Même en plein cœur de l’Enfer, il s’était déjà senti moins seul. Au moins, là-bas, la sensation de faim lui était inconnue. Comme pour illustrer sa pensée, son estomac émet un long gargouillis protestataire. Il soupire puis glisse ses mains dans ses poches désespérément vides avant de redescendre la rue.

Il marche depuis quelques minutes à peine mais déjà une sensation familière s’empare de lui. L’impression d’être suivi, épié. Cela dure depuis des jours. Mal à l’aise, il presse le pas, les épaules voûtées, le regard vissé sur ses chaussures. Jouant des coudes, il parvient à se frayer un chemin parmi la foule. Dans son empressement, il espère fuir la menace invisible qui semble planer au-dessus de sa tête. Sans succès. Renonçant à son plan initial, il s’arrête, brutalement, et pose un genou à terre. Tandis qu’il fait mine de renouer ses lacets, il jette un rapide coup d’œil au reflet que lui renvoie la vitrine la plus proche. En arrière-plan, perdu dans cette foule de visages inconnus, il croit apercevoir un éclair azur. Cette vision ne durera qu’une fraction de seconde, tout au plus. Un court laps de temps qui, pourtant, s’avérera suffisant. Car cette nuance de bleu, si semblable à la sienne, il la reconnaitrait entre mille. Furieux, il se relève d’un bond, prêt à alpaguer son poursuivant. Mais quelque chose l’en empêche. Ridicule. Capricieux. Effroyablement gamin. Les mots de son frère résonnent dans sa tête. Non, il ne lui donnera pas cette satisfaction.

Les poings serrés, il reprend sa route. Au loin, il distingue déjà la silhouette imposante du fameux Superdome, désormais laissé à l’abandon. Tandis qu’il pénètre l’enceinte du stade, il presse encore l’allure. Il court presque désormais. En quelques enjambées, il dévale les marches des gradins pour se retrouver en plein cœur de la pelouse. Là, il ouvre grand ses bras tremblant de rage, comme acclamé par une foule invisible. « Montre-toi ! ». Son cri résonne longtemps contre les parois de ce monstre d’acier. « Je sais que tu es là. » Le ton est sans appel. Il ne s’agit en aucun cas d’une question.   « Où espères-tu te cacher maintenant, hein ? » Les yeux exorbités, il est comme fou. Tout en balayant les gradins du regard, il éclate d’un rire démentiel. « Qu’est-ce que tu veux ? Tu souhaitais que je me fixe une ligne de conduite ? C’est fait. Et je l’ai voulue la plus éloignée possible de la tienne. Alors je te le demande à nouveau : qu’es-tu venu chercher ici ? ». Alors que l’écho de sa voix lui jette en plein visage les accents de sa propre colère, il se demande ce qui le pousse à agir ainsi. L’épuisement, sans doute. Trop de fatigue, de colère et de frustration accumulées. Il faut que quelqu’un paye. A bien des égards, Rafaele est le coupable idéal.

« Oh, mais je sais ! » De nouveau, il éclate d’un petit rire sans joie. « Ton petit secret dévoilé, l’humiliation était bien trop cuisante ! » Il n’en dit pas davantage. Rafaele comprendra l’allusion, il en est persuadé. « Sans oublier les cornes que tu crois voir pousser sur ton front ! » Cette petite pique insolente vient à peine de franchir la barrière de ses lèvres que déjà il regrette ses paroles. Il est cruel, il le sait. Il ne mesure que trop bien la force - et la violence - des sentiments qui lient son frère à Azzura. Enfant, par-delà la cécité mentale dont il souffrait à l'époque, il avait pu percevoir les contours diffus de cet amour. Mais s’il veut voir son frère sortir enfin de l’ombre, la provocation reste sa meilleure arme.  « Tu te sentais seul. Alors tu t’es mis en tête de retrouver l’idiot du village, celui auprès de qui ton ego n’a jamais eu à souffrir. Comment dit-on, déjà ? » Il marque une pause factice. « Ah, oui ! Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois… ! »Tout en parlant, il continue de chercher des yeux le visage de son aîné. « Que viens-tu faire ici ? » Il perd patience. « Tu es sourd ? » s’époumone-t-il dans leur langue natale avant de pester, plus bas cette fois-ci : « Pirla ! »


Dernière édition par Orfeo Renzacci le Ven 11 Avr - 12:31, édité 2 fois
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« Le prodige et le monstre ont les mêmes racines. »

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↳ Playlist : Wolf || Bleeding out || Save me || Te he echado de menos || Ego
↳ Citation : C'est de cela dont j'ai vraiment peur. D'être véritablement un monstre. Je n'ai pas envie d'être un tueur, mais je ne peux pas m'en empêcher.
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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Ven 11 Avr - 0:59



Mes yeux s’ouvrent lentement, pour se poser presque aussitôt sur le plafond blanc marbré par les rayons du soleil qui l’enlacent de leurs doigts fantomatiques. Car c’est ainsi que je vois les ombres qui se croisent et s’entrelacent, au rythme des rideaux agités par la faible brise du ventilateur. Mes mains se joignent dans ma nuque, alors que je me réveille tout à fait. J’ignore comment, mais j’ai la désagréable impression qu’après près de deux ans de répit, ma situation ne va que de mal en pis. Charybde en Scylla. Je ne sais pas si je suis responsable de tout ce qui compose ce qu’on pourrait appeler mon malheur, mais il faudrait que je sois aveuglé par ma prétention pour ne pas le voir. Et je le suis. Je préfère me réfugier dans l’enceinte de ma forteresse de morgue et d’arrogance qui m’isole de la réalité de ma monstruosité. Je ne sais que trop bien dans quel état je risque d’être si je me laisse un jour aller à considérer mes actes d’un point de vue externe, et je me respecte trop – et veux surtout trop me préserver – pour m’abaisser à une telle introspection. C’est d’ailleurs pour cela qu’il faut que je me lève, et que je vaque à mes occupations. Mais cela nécessite que je délaisse le ballet des ombres qui m’apaise. Finalement, je choisis un compromis, et me laisse glisser en dehors de mon lit, enfilant simplement un bas léger de coton avant de descendre la mezzanine pour arriver directement dans mon atelier. Mon salon. La seule pièce à vivre de ma villa bien trop immense pour l’homme seul que je suis. Je ne peux me résoudre à me nommer célibataire, malgré les récents événements… Malgré la trahison d’Azzura, malgré son enlèvement sous mes yeux et mon comportement lâche, pleutre et trouillard. Tellement moi que ça m’écœure. Que je m’écœure.  Suis-je donc réellement comme elle me dépeint ? Arrogant, insipide, soumis et si ressemblant à mon grand père que rien ne resterait du Rafaele qui prenait sa petite fille dans ses bras pour la faire rire aux éclats ? Mon poing se crispe sur un crayon gris, et j’esquisse des traits plus prononcés que ce que j’escomptais sur la grande toile blanche accrochée devant moi. Je suis riche, très riche, trop riche, et je peux voir le moindre de mes caprices exaucés. Ou presque. J’ai beau savoir où se trouve Azzura dont les traits fins se dessinent seuls sous mes mouvements rapides, je ne peux pas l’atteindre, et je le sens. Pendant sept siècles, je ne pouvais pas l’atteindre non plus, puisqu’elle était morte et pourtant si vivante, mais ça n’a rien à voir avec les jours qui se traînent depuis ce soir là. Suis-je censé m’en vouloir de souhaiter la mort de Susanna ? Non. J’estime qu’elle mérite de mourir, tout comme nous le méritons tous. Sauf Orfeo. Il était le seul à ne pas mériter de mourir, et pourtant c’était le premier à être parti. Un feu explose sous quelques pastels vives, souvenir vif et brûlant du bûcher qui l’a mis à mort. Où est il à présent ? Je l’ignore. Je sais qu’un de mes hommes se débrouille pour me tenir informé de ses déplacements, mais je n’ai plus regardé ses comptes rendus depuis… plusieurs jours. Peut être que… mon crayon, qui a retrouvé sa place dans ma main droite, se crispe et dérape sur toute la longueur de la feuille, gâchant ce dessin qui matérialisait mes songes. Un grand feu, quelques silhouettes, et dans les flammes dessinés les traits d’Azzura. Elle. Toujours elle. Immanquablement elle. Qui m’a trahi. Que les vidéos puissent être faux ne me traverse même pas l’esprit, tant ma jalousie maladive et ma possessivité se chargent seules de voir partout les prémices de cette trahison. Trahison, c’est le mot. Mes doigts achèvent le dessin déjà gâché en l’arrachant de son support et en en faisant des confettis. Il faut que j’aille de l’avant. Il faut que je me dise qu’il peut y avoir une vie sans Azzura, même si à cette simple pensée je m’écœure. Non, décidément, être seul dans ma villa blanche et étincelante n’est pas une bonne idée aujourd’hui. En quelques pas, je glisse et je m’habille, quittant le simple bas blanc pour un costume de haute facture. J’aime le luxe, j’aime la haute qualité. Voilà une chose qu’elle m’a reproché, d’ailleurs, même si je ne vois pas en quoi c’est un tort. Je l’ai gagné, cet argent, que je sache. Un coup de peigne, mes lunettes de soleil, et mes doigts pianotent sur mon téléphone pour appeler mon chauffeur, le temps de regarder dans mes affaires les dernières nouvelles concernant mon frère. Mon petit frère. Qui me hait, à juste titre.

Je suis adossé à un mur, mains dans les poches et lunettes noires devant les yeux, lorsque je le vois sortir et s’énerver contre un ennemi qui j’imagine prendre mes traits à son regard. Il n’a pas changé d’un pouce, mais en même temps, je sais qu’il est le même que celui que j’ai brûlé. Je frissonne. Est-ce que je m’en veux ? C’est compliqué. Lorsqu’il se déplace, je lui emboite le pas à distance respectable. Je ne suis pas doué pour les filatures, mais mon flair et mes sens lupins me guident sur ses traces, m’évitant de le perdre à plusieurs reprises. D’un coup, il disparait, et je m’immobilise, en profitant pour ôter mes lunettes et fixer un peu plus la foule de mes yeux clairs et plissés sous le soleil. Le voilà qui se relève d’un bond, après avoir croisé mon regard. M’a-t-il vu ? Je doute. Il doit me connaître suffisamment pour savoir que je ne suis pas un homme de terrain, ou plutôt, pas un homme pour ce terrain là. Si je sais être discret, c’est seulement en loup. En humain, malgré ma silhouette plus que fragile, je sais que je dégage un charisme qui pousse les gens à se méfier de moi. Ma posture d’un ancien temps, l’assurance d’un prince et d’un noble qui se sait au dessus des autres, très certainement. Les gens de cette époque ont oublié les valeurs de la noblesse et de la supériorité intrinsèque. Voilà ce que le Gouvernement qu’ils décrient tous doit leur rappeler. Sans ordre, il n’y a que le chaos. Et le pouvoir ne doit être placé qu’entre des mains implacables. Je suis toujours mon frère qui a accéléré le pas. Le voilà qui se dirige vers un stage, abandonné au premier regard. Un guet apens ? Je fronce les sourcils, ne cherchant plus vraiment à me cacher de lui, tout en restant dans l’ombre alors qu’il dévale les gradins. A quoi joue-t-il à se montrer ainsi en spectacle ? Croit-il pouvoir hurler au monde qu’il m’attend pour nos retrouvailles ? « Montre-toi ! » Oh. Je ne pensais pas si bien dire en formulant cela dans mon esprit. Et bien soit. Un petit sourire se dessine à mes lèvres, frayant son chemin avec difficulté à travers mon sérieux. Non, je ne me montrerai pas tout de suite. Je n’aime pas que l’on m’impose mes actions et mes mouvements. J’attends. « Je sais que tu es là. Où espères-tu te cacher maintenant, hein ? » Si je me cache ? Tu te caches, Rafaele. Tu te caches à toi-même, et tu te caches de lui. Ce n’est pas vrai, je ne me cache de personne. En es-tu bien sûr ? Un frisson me parcourt à nouveau, alors qu’il me cherche et éclate de rire. Je me contente de l’observer froidement. Va-t-il cesser son cinéma ? « Qu’est-ce que tu veux ? Tu souhaitais que je me fixe une ligne de conduite ? C’est fait. Et je l’ai voulue la plus éloignée possible de la tienne. Alors je te le demande à nouveau : qu’es-tu venu chercher ici ? Oh, mais je sais ! » Il sait ? J’en suis fort aise. Et que peut-il bien savoir, ce petit frère stupide auquel j’apprenais péniblement les lettres et les chiffres ? Voilà que je commence à m’impatienter. Cela ne me ressemble pas. « Ton petit secret dévoilé, l’humiliation était bien trop cuisante ! Sans oublier les cornes que tu crois voir pousser sur ton front ! » Mon petit secret, comme il le nomme, ça ne m’aurait pas vexé. J’assume pleinement le fait de vouloir tuer Cora, et plus encore celui d’être l’un des hommes de main haut placé du Gouvernement. Responsable de la Sécurité du Président, Garde du corps, je tente de protéger aussi bien que je tue. Oui, si Orfeo s’était arrêté là dans ses provocations, je n’aurai pas réagi. Mais il a continué. En quelques pas, je suis hors de l’ombre, sur les marches, et je domine le stade et ce petit insecte qui ose se rire de moi. Et d’Azzura. « Ne parle pas d’elle ainsi » se crispe ma mâchoire. Comment ose-t-il enfoncer aussi loin le couteau dans la plaie déjà béante. Il te déteste, tu aurais du t’y attendre Certes. Mais… « Tu te sentais seul. Alors tu t’es mis en tête de retrouver l’idiot du village, celui auprès de qui ton ego n’a jamais eu à souffrir. Comment dit-on, déjà ? Ah, oui ! Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois… ! Que viens-tu faire ici ? Sei sordo ? » Il me permet de me reprendre, finalement. Il me tend une main secourable en se comportant aussi... semblable à moi. Je descends les escaliers avec l’assurance de ma nature, alors qu’il me cherche du regard et s’égosille en italien. Je ne suis pas bien loin de lui, mes pas frôlent les marches en silence, alors que je l’entends murmurer un « Pirla ! » qui me fait sourire. Un peu. « è lei che sono sordi, cretino. » m’entends-je lui rétorquer, en sautant souplement les barrières pour fouler à mon tour la pelouse laisser à elle-même. L’italien roule sur ma langue comme une langue étrangère, aussi étrange que cela puisse paraître. Je n’ai pas parlé ma langue maternelle depuis longtemps, en dehors des quelques mots destinés à Azzura. Je préfère revenir à l’anglais, alors que je me tiens face à mon frère, en le jaugeant du regard, incapable de me départir de cette arrogance aristocrate qui me caractérise. J’ai trop besoin actuellement d’être en position de force pour avoir l’attitude qui serait la meilleure face à Orfeo. « Tu as crié au monde tout ce que tu avais à dire ? C’est bon ? Tu vas te comporter comme un adulte maintenant ? » Ma voix est sarcastique, mais je m’étonne de l’entendre si peu agressive. Juste… fatiguée. Oui, voilà, je dois être fatigué. « Tu vois, cette fois, c’est moi qui t’ai cherché. » Je me refuse de lui dire qu’en effet, je me sentais seul. Je m’interdis de lui dire, qu’en effet, je l’ai cherché parce que j’avais besoin de retrouver auprès de lui ce que je venais chercher lorsque je lui apprenais à lire, pour éviter les colères de notre grand père. Mais si rien de tout cela n’a le droit de passer la barrière de mes lèvres, je ne me gène pas en revanche pour rajouter : « J’avais effectivement besoin de voir l’idiot du village pour le souvenir à quel point nous sommes dissemblables. Toi si… pathétique. » Et toi, Rafaele, toi alors ? Je n’ai pas à rajouter quoique ce soit, ce n’est pas nécessaire. Si lui est pathétique, moi je suis… moi. L’héritier du Seigneur Renzacci sur tous les plans.

Citation :
C'est toi qui est aveugle, crétin

_________________
big bad wolf
« Wolf father, at the door, You don't smile anymore
You're a drifter, shapeshifter, Let me see you run,
hey ya hey ya »


Dernière édition par Rafael A. Morienval le Ven 11 Avr - 14:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Ven 11 Avr - 12:37



Cette voix, si familière, semble surgir de nulle part. Pris de court, il peine à réprimer un violent sursaut avant de faire volte-face, juste à temps pour voir son frère s’élancer par-dessus les barrières dans le but manifeste de le rejoindre. A mesure que l’aîné approche, le cadet se replie sur lui-même, comme apeuré par cette ombre gigantesque tout droit surgie du passé. Pourtant, Rafaele ne paraît plus si effrayant, ni menaçant. A vrai dire, à cet instant précis, il semble juste… fatigué et étrangement… vulnérable, un qualificatif qu’il n’aurait jamais cru pouvoir un jour attribuer à celui qui fut si longtemps son héros. Ils se font face désormais et le plus jeune constate – non sans une pointe d’étonnement – qu’ils sont sensiblement de même taille, tous deux plutôt chétifs – la faute à leurs gènes latins, sans aucun doute. Perdues dans l’immensité du stade, leurs deux silhouettes semblent encore plus fragiles. Malgré tout, Rafaele dégage une certaine assurance, un charisme qui force le respect. Une confiance en soi qui fait encore défaut à son cadet, relégué au rang de simple épigone. Malgré tout – et pour la toute première fois – ce dernier sent que le rapport de force pourrait bien s’inverser. Rafaele lui semble bien différent maintenant. Qu’il avait été sot d’ériger ce frère au rang de géant intellectuel ! A cet instant, il lui apparaît tel qu’il est vraiment : un homme comme les autres – et qui a peur que le reste du monde s’en aperçoive.

« Tu as crié au monde tout ce que tu avais à dire ? C’est bon ? Tu vas te comporter comme un adulte maintenant ? » Au prix d’un immense effort, il parvient à rester de marbre. S’il hausse le ton, il le sait, ce sera l’escalade. Dans son dos, il serre les poings. Seule sa mâchoire, très légèrement crispée, est susceptible de trahir la violence des sentiments qui l’habitent. « Cesse d’adopter ce ton condescendant quand tu t’adresses à moi. Je suis ton égal. » souffle-t-il à mi-voix, sans quitter son aîné des yeux et alors même que son regard prend une teinte bleu acier. Quelques semaines auparavant, il se serait sans doute emporté. Cette fois-ci, quelque chose lui disait qu’il lui fallait tenter de conserver son calme. Il ne devait en aucun cas être celui qui sortirait le premier de ses gonds. Un mot plus haut que l’autre et son frère ne manquerait pas cette occasion de le tourner en ridicule. « Tu vois, cette fois, c’est moi qui t’ai cherché. » Il ne répond rien. Il se contente de le regarder, sans ciller. Faisant preuve d’une infinie patience, il attend la suite. Il a passé ces sept derniers siècles dans l’expectative, il n’est plus qu’à quelques minutes près. « J’avais effectivement besoin de voir l’idiot du village pour me souvenir à quel point nous sommes dissemblables. Toi si… pathétique. »

« Pathétique ? » Il hausse très légèrement les sourcils avant de se perdre dans un petit rire moqueur. Pendant quelques secondes, il laisse le silence s’installer entre eux. Ce court laps de temps, il le met à profit pour dévisager son frère de la tête aux pieds, une lueur de mépris venue pervertir un regard autrefois naïf et pur. Tandis qu’il poursuit son inspection, sa bouche se tord en une légère grimace. Tout ce qui émane de l’homme qui lui fait face le répugne au plus haut point. Tout, de son air suffisant jusqu’au pli impeccable de son pantalon. Il se tient là, devant lui, ébloui par sa petite personne, se prenant sans doute pour une sorte de réincarnation du Seigneur Renzacci. Car il faut se rendre à l’évidence : caché derrière ce nouveau nom, l’homme est resté le même. Pourtant, s’il s’attarde à le toiser ainsi, c’est bien parce qu’il espère reconnaître, derrière ce masque de vanité, l’enfant généreux et protecteur qu’il avait connu autrefois. « Mais regarde-toi, dans ton petit costume, avec tes petites idées profondément ancrées dans ta petite tête. Qui espères-tu tromper ? » Il soupire, de lassitude. « Regarde-toi, Rafaele… » Il laisse le « r » rouler longuement sur sa langue. « Et sincèrement, dis-moi lequel de nous deux est le plus pathétique ? »

Il ne hausse pas le ton, c’est inutile. Dans sa voix, il ne subsiste plus la moindre trace de colère. Oh, bien sûr, la rancune est toujours là, profondément enfouie. Au fond de lui, le monstre ne le quitte pas d’une semelle, tapis dans l’ombre, se nourrissant de ses peurs et de son ressentiment, prêt à bondir hors de sa cachette pour réclamer vengeance. Mais l’heure n’est pas encore venue, il le sait. S’il en croit la mine défaite de son frère, il n’aura même pas besoin de lever le petit doigt pour obtenir réparation. Car l’âme noircie dont il croit deviner les contours par-delà le regard azur de son aîné est bel et bien en train de pourrir de l’intérieur. Et face à ce spectacle désolant, la compassion prendrait presque le pas sur la colère. Presque. « Tu sais, j’avais du respect pour toi, de l’admiration. » Il hoche très légèrement la tête, comme pour appuyer ses propos. « Tu étais mon héros, mon modèle. » Tout cela n’est que la stricte vérité. Quelle honte y a-t-il à l’avouer ? Il s’avance de quelques pas, se dressant de toute sa hauteur face à son bourreau. « Et maintenant tu me sembles tout petit… ! » Encore quelques pas. Il esquisse un très léger sourire avant de répéter, plus lentement, chaque syllabe se détachant aisément des autres : « Ridiculement… Petit. » Là-dessus, il pose un index accusateur quelque part dans la zone où aurait dû se trouver le cœur de son frère, s’il en avait eu un.

Son sourire s’élargit encore tandis qu’il se détourne de son frère pour faire quelques pas dans la pelouse laissée à l’abandon. Les mains vissées au fond de ses poches, il savoure cet instant. Peu à peu, il voit se dessiner devant lui les contours de son plan machiavélique. A tâtons, il cherche la limite à ne pas franchir, pour mieux la dépasser. Il veut pousser son frère dans ses derniers retranchements, l’obliger à sortir de ses gonds, à vomir toute cette haine qu’il semble porter comme un étendard. « Ça fait mal, hein ? » De nouveau, il marque une courte pause. « C’est une sacrée trahison, n’est-ce pas ? » Il marche sur des œufs. Il le sait. Sans doute est-ce pour cette raison qu’il se tient désormais à bonne distance de son aîné. Fort de ses capacités intellectuelles, il n’est toutefois pas en mesure de comprendre l’étendue de la souffrance de son frère. Il ne peut que le feindre. De l’amour, il sait bien peu de choses, en somme. Lorsqu’il tente de se représenter ce sentiment abstrait, celui-ci prend toujours la forme, dans son esprit, du duo fusionnel formé jadis par Rafaele et Azzura. Par moment, il regrette cette époque et la tendresse dont les deux êtres les plus chers à ses yeux l’enveloppaient constamment. Il est en persuadé, invoquer les sentiments de son frère revient à réveiller ce qu’il y a de meilleur en lui. Il ignore ce que Rafaele est prêt à sacrifier au nom de cette passion destructrice. Comment pourrait-il le savoir ? « Tu n’as jamais été aussi seul, c’est pour cette raison que tu es là. Tu es un monstre d’égoïsme. Tu peux te prendre pour le centre du monde, c’est ton droit le plus strict. Mais ne t’attends pas à ce que les autres se mettent systématiquement en orbite autour de ta petite personne. Pas même Elle. »
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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Ven 11 Avr - 22:41



« Cesse d’adopter ce ton condescendant quand tu t’adresses à moi. Je suis ton égal. » Certes, je l’ai peut être mérité. Mais ça n’en est pas agréable pour autant, ni acceptable. Il est tendu, il se retient, alors que je me forge avec maîtrise l’attitude nonchalante de celui qui est où il voulait être, et surtout de celui qui est parfaitement en accord avec lui-même. En quelques mots, tout le contraire du trouble qui m’habite actuellement. Je rétorque, à mi voix moi aussi, mais sur un ton bien plus péremptoire, un petit « Je serais toujours supérieur à toi, quelques soient les siècles qui s’écoulent ou nos natures qui se modifient. » avant de poursuivre sur ma lancée, et de laisser ma voix s’affaiblir, perdre de sa dureté, pour lui faire remarquer que cette fois, c’est moi qui suis venu pleinement à lui. Je l’ai cherché, je l’ai trouvé. Je l’ai suivi. Et il m’a vu. Amusant de voir comment les situations s’inversent et surtout avec quelle facilité elles le font. Si seulement les humains pouvaient avoir cette flexibilité, je serais bien plus à mon aise à cet instant. Je n’ai pas l’habitude d’être en position de faiblesse, et je me sens vulnérable. Je commence même à douter de la pertinence de mon action, de la justesse de ma décision d’aller voir Orfeo. S’il est bien une personne qui peut me détruire aussi bien qu’Azzura, c’est lui. Parce qu’aussi étrange que cela puisse paraître, je conserve envers lui une certaine tendresse que je n’explique pas, mais que – plus important encore – je ne cherche pas à réprimer. « Pathétique ? » reprend-il. Oui, oui, pathétique. Comme moi, comme ton frère. Nous sommes pathétiques, deux pantins perdus dans le temps, dans une époque qu’ils n’accepteront jamais et qui ne les acceptera jamais totalement non plus. Tu extrapoles sur ton cas, Rafaele, qui te dit qu’Orfeo se déplaît ici ? Je préfère ne pas répondre à cette question, et en profite pour observer mon frère avec attention, ce qu’il fait lui aussi de son côté. C’est étrange de le voir faire la même taille que moi. A l’époque, déjà, était-il aussi… semblable à moi ? Je cherche en vain en lui les traces visibles de son origine et de ses parents, et je me demande s’il a compris qu’il n’est pas réellement mon frère. Bien sûr qu’il l’ignore : qui le lui aurait appris ? Et comment aurait-il pu le comprendre ? Le voilà qui hausse les sourcils. Je me mordille la lèvre, me laissant aller à ce tic puéril que Grand Père avait tenté à maintes reprises de me faire passer, à coup de gifles. « Ce que tu vois te plait ? Ou tu cherches juste le nom de mon tailleur ? » Mon ton légèrement condescendant, je l’avoue, je l’exagère. Un peu. Pour montrer qu’il n’a rien à voir avec mon ton habituel, et aussi que je peux être pire. Si je le provoque ? Très certainement. Je cherche encore la raison qui m’a poussé à le retrouver et à le suivre, alors si je peux gagner du temps, je le fais. « Mais regarde-toi, dans ton petit costume, avec tes petites idées profondément ancrées dans ta petite tête. Qui espères-tu tromper ? » Et bien, de toute évidence, il ne cherchait pas de nom ni de marque sur mes habits. « Regarde-toi, Rafaele… Et sincèrement, dis-moi lequel de nous deux est le plus pathétique ? » Chacun de ses mots, je le prends et je l’encaisse, difficilement. Mes traits se tirent, se durcissent pour ne pas plier ou se froisser sous les coups qu’il m’assène. Je me tais, mais dans un sens, j’espère qu’il a fini. Même si je n’ai rien à répondre à tout ça. « Tu sais, j’avais du respect pour toi, de l’admiration. Tu étais mon héros, mon modèle. » Ca fait plaisir de le savoir, et ce serait encore plus touchant s’il ne parlait pas au passé. Il s’avance, je me retiens d’esquisser un pas en arrière. Ca ne ferait qu’achever de m’affaiblir et de m’effondrer. Pourquoi suis-je venu le voir, lui ? Mais pourquoi donc ? Veux-je à ce point m’autodétruire ? « Et maintenant tu me sembles tout petit… ! Ridiculement… Petit. » Je n’évite même pas son index qui se pose au niveau de mon cœur. Ma bouche reste sèche, et mes mots s’envolent et s’éparpillent. Je suis incapable de former une phrase, je ne sais même pas ce que je pense actuellement. De l’injustice, peut être. De la colère, très certainement. Mais une fatigue et une lassitude de tout cela qui me pousserait à achever ce que j’ai pu tenter de faire des années plutôt. Qui aurait pu penser qu’Azzura et une simple diffusion télévisée auraient pu briser à ce point ce qui me maintient presque sain d’esprit. Je n’ose pas bouger, alors qu’il se détourne de moi, fait quelques pas, et que mes yeux bleus le suivent du regard. Lentement, alors qu’il se tait, j’enlève mes lunettes de soleil, et prends le temps de les ranger avec soin dans la poche de ma veste, que je lisse à l’occasion, pour éviter les plis. Dans une nouvelle tentative, je prends mon inspiration, tente d’articuler, d’expirer, de parler. Mais je ne fais que fermer les yeux en relâchant ma respiration. « Ça fait mal, hein ? C’est une sacrée trahison, n’est-ce pas ? » Je serre les dents, me mords la langue, et serre les poings. Bien sûr. Il ne pouvait pas s’arrêter à une simple allusion. Je garde les yeux fermés, mes sens lupins me permettant de suivre à l’ouïe ses pas feutrés dans l’herbe, mon odorat me rapportant les variations de son odeur, mon instinct me renseignant sur la distance qui me sépare de lui. Que cherche t il à faire parce mes mots ? Me détruire un peu plus ? Venir à bout de ma patience, de ma fatigue, pour réveiller en moi les colères destructrices dont notre grand père était si capable, et uqe je sais avoir hérité ? Azzura en a fait les frais, et quelques proies pour le loup. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui : j’encaisse le plus possible. J’essaye, pour la première fois depuis des semaines voire des mois, de combattre l’influence de mon grand père pour palper l’homme que j’ai pu être l’espace que d’une poignée de saison, et qu’Azzura aimait. L’homme qui ne se détestait pas. Voilà un object bien ardu, d’autant plus que… « Tu n’as jamais été aussi seul » Exactement petit frère. Mais il doit ignorer à quel point c’est exact. « C’est pour cette raison que tu es là. Tu es un monstre d’égoïsme. Tu peux te prendre pour le centre du monde, c’est ton droit le plus strict. Mais ne t’attends pas à ce que les autres se mettent systématiquement en orbite autour de ta petite personne. Pas même Elle. » En quelques pas rapides, j’ignore comment je peux me mouvoir aussi rapidement, je suis face à lui et mon poing rencontre sa joue avec une violence à laquelle je ne m’attendais pas. Que voulais-je, déjà ? Rester calme ? Me contenir ? Je serre et desserre mon poing pour me calmer, en me mordillant à nouveau la lèvre. Avant qu’il ne puisse reprendre, ou dire quoique ce soit, j’attrape l’opportunité et la plie entre mes doigts, comme une feuille sèche que j’effriterais sans le moindre effort : « Tu as fini ? C’est bon ? Qu’est ce que tu veux, qu’est ce que tu cherches, Orfeo ? La vengeance ? Vas-y, amuse toi, elle t’est offerte sur un plateau d’argent. Mais quelle gloire as-tu à te nourrir de plats déjà prémâchés et régurgités ? Et cela, tu es plus que pathétique, Petit frère. Tu attaques les points faibles, sans même prendre le temps de viser, et surtout tu attaques avec la même élégance que celle qui était déjà tienne à l’époque lorsque tu bavais sur mes chemises. » Je me tais, le temps de reprendre ma respiration. Et dans un sens, le temps de reprendre l’ascendant qui m’est, je le sais pourtant, inaccessible pour le moment. Je fais quelques pas sur la pelouse, tournant le dos à mon frère. « Et oui, si tu veux tout savoir, ça fait mal. Tu es heureux je présume. Rien à voir avec la chaleur des flammes qui m’a brûlé le visage le soir où j’ai allumé ton bûcher, certes, mais c’est déjà un début j’imagine. » Voilà pourquoi j’ai tourné le dos. Je ne veux pas qu’il puisse voir mon visage. Parce que oui, Orfeo, ton frère est faillible, et il le comprend de la manière la plus amère qu’il lui soit donné. Parce que ton frère comprend qu’il est vulnérable, faible, et qu’il ne peut rien y faire lorsque le sujet d’Azzura vient s’immiscer. Parce que ton frère a allumé ce bûcher en te remerciant de te sacrifier pour qu’il soit heureux et qu’elle vive. Parce que ton frère sait qu’elle va le détruire, qu’il risque de la détruire, et qu’il ne peut rien changer pour autant. Tu vois, Orfeo, tu as bien mal choisi ton héros au final. Et tu t’en rends compte, maintenant que tu as perdu l’innocence naïve qui se jouait de toi. Je me tourne finalement à nouveau vers lui, en le fixant du regard. « Tu lui ressembles, tu sais ? Presque plus que moi. » Et oui… il ressemble à notre Grand Père, maintenant débarrassé de sa candeur.


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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Sam 12 Avr - 12:55



Il ne voit pas le coup venir. Lorsqu’il entend le poing de son frère siffler tout près de son oreille, il est déjà trop tard. La violence du choc le propulse plus de sept siècles en arrière. Il vacille avant de s’effondrer sur le plancher menuisé de la demeure des Renzacci. Il a cinq ans, peut-être six, et au-dessus de lui plane l’ombre menaçante du patriarche. Recroquevillé en position fœtale, il suffoque, étouffé par son sang, sa morve, et ses larmes. Dans sa nuit intérieure, il ne comprend que mal les intentions de la silhouette effrayante qui s’agite autour de lui. Pourtant, ses muscles atrophiés se tendent, si bien qu’au prix d’un effort surhumain il parvient à ramper sur le chêne massif, évitant par la même un nouveau coup de canne. L’instinct de survie existe, même chez les animaux. « Je crois t’avoir posé une question ! » gronde une voix autoritaire à laquelle la hauteur de plafond confère une résonance inquiétante. Il ouvre la bouche. Il aimerait pouvoir répondre mais les mots se bousculent. Dans sa tête. Sur sa langue. Il bafouille, bégaye, postillonne. Le châtiment ne tarde pas. Cette fois-ci, un violent coup de pied vient heurter ses jambes déjà bleuies par de précédentes corrections. Ses pleurs redoublent d’intensité tandis qu’il lance un appel désespéré à l’attention du seul être qui puisse le tirer de ce mauvais pas. Mais cette plainte déchirante restera sans réponse. Face au monstre qui se tient devant lui, il est seul, complètement seul, et cette pensée le terrifie. Tandis qu’il se replie encore davantage sur lui-même, ses mains entrent en contact avec le tissu étonnement humide de son pantalon. Et peu à peu, un sentiment de honte vient se mêler à la peur qui lui tord les entrailles. Le patriarche l’a remarqué, lui aussi. La réponse ne tardera pas. Bientôt, le noir se fait autour de lui…

Au prix d’un immense effort, il parvient à s’arracher aux fantômes de son propre passé. Lentement, il refait surface. Aveuglé par la lumière alentour, il protège son regard clair du revers de sa main. Sa vision se trouve étonnement brouillée, sans qu’il sache s’il doit attribuer cela à sa légère commotion ou bien aux larmes qui menacent à tout moment de déborder de ses yeux. Encore abruti par le choc, il se relève péniblement, une main solidement vissée à sa joue douloureuse. Désorienté, il titube. Enfin, le sol finit par s’immobiliser sous ses pieds. Au loin, le ton belliqueux de son frère lui parvient comme dans un songe.  « Tu as fini ? C’est bon ? Qu’est-ce que tu veux, qu’est-ce que tu cherches, Orfeo ? La vengeance ? Vas-y, amuse-toi, elle t’est offerte sur un plateau d’argent. Mais quelle gloire as-tu à te nourrir de plats déjà prémâchés et régurgités ? En cela, tu es plus que pathétique, Petit frère. Tu attaques les points faibles, sans même prendre le temps de viser… » Au contraire, il semblerait que j’aie mis dans le mille, tu ne crois pas ? Mais cette énième provocation ne dépassera jamais le stade de simple pensée. « … et surtout tu attaques avec la même élégance que celle qui était déjà la tienne à l’époque, lorsque tu bavais sur mes chemises. » Son sang ne fait qu’un tour. Avant même qu’il ait eu le temps de préméditer son geste, le crachat vient déjà s’écraser tout près des chaussures impeccablement cirées de son aîné. « Voilà ! » Ce hurlement de rage résonne longuement dans le stade désert. « Puisque ça semble te manquer ! »

Fou de rage, il tourne les talons pour faire quelques pas dans l’herbe folle. Il ferme les yeux et tente, tant bien que mal, de reprendre le contrôle de sa respiration précipitée. Au fond de lui, le monstre se réveille. Il a faim et ne manque pas de le lui faire savoir. Toutes griffes dehors, il est prêt à sauter à la gorge de son assaillant. Cette simple pensée suffirait presque à le faire ronronner de plaisir. Pas maintenant. Pas encore. Attends. Fébrile, il laisse échapper un profond soupir tout en venant croiser ses mains derrière sa nuque. « Et oui, si tu veux tout savoir, ça fait mal. Tu es heureux je présume. » Le monstre grogne de plaisir. Lui, ne sait pas quoi penser. « Rien à voir avec la chaleur des flammes qui m’a brûlé le visage le soir où j’ai allumé ton bûcher, certes, mais c’est déjà un début, j’imagine. » Il risque un regard par-dessus son épaule, en direction de son frère. Qu’il lui semble petit de là où il se trouve ! Petit et vulnérable ! Son héros… pris en flagrant délit d’humanité. « Je ne vois pas pourquoi ça me rendrait heureux. » Il se laisse aller à un léger haussement d’épaules tout en glissant ses mains dans ses poches. Son ton se veut détaché, nonchalant. « Tout le monde n’est pas comme toi, tu sais ! A se délecter sans cesse du malheur des autres. » Au fond de lui, le monstre proteste face à tant de clémence. Il l’ignore. Il laisse le silence s’installer entre eux, comme pour conférer davantage de force au propos qui doit suivre.  « Ou à le provoquer. » Cette fois-ci, il se retourne, comme pour mieux guetter l’effet de cette petite fronde. Pour la toute première fois de son existence, il sent qu’il pourrait bien sortir vainqueur de cette joute verbale. Alors, il pèse ses mots, les distille, abuse des silences et des sous-entendus, ce dont il aurait été bien incapable au cours de sa première vie. « Ça ne me rend pas heureux, non. A vrai dire, ça m’indiffère. » Cela ne pourrait être plus faux, bien entendu. La détresse apparente de son frère lui soulève le cœur. Mais il ne peut pas le laisser gagner. Se croyant à jamais privé de l’amour de son cadet, Rafaele essaye désespérément de susciter chez lui une haine viscérale, une manière pour lui de continuer d’exister dans le monde intérieur de son cadet. Feindre l’indifférence reste sans conteste la meilleure des réponses – et la plus cruelle des punitions.

« Tu lui ressembles, tu sais ? Presque plus que moi. » Cette accusation est presque aussitôt suivie d’un petit rire moqueur. Son nom n’a pas besoin d’être prononcé. Tous deux savent pertinemment à qui il fait allusion. Pendant un court instant, la silhouette imposante du patriarche semble flotter devant lui, réminiscence d’un passé encore douloureux. « Tu aimerais bien, hein ? Tu as besoin d’être rassuré. C’est aussi pour cela que tu es venu, n’est-ce pas ? Chaque jour qui passe, l’image que te renvoie le miroir est un peu plus proche de la sienne. Tu doutes. Et le seul moyen pour toi de confirmer ou d’infirmer tes craintes est de t’en remettre au jugement des deux seuls êtres qui l’ont connu au moins autant que toi. » Ce faisant, il esquisse un sourire narquois.  « Et quelque chose me dit que je ne suis pas le premier sur ta liste. Que t’a-t-elle dit, Rafaele ? » Il s’avance de quelques pas, au risque d’essuyer de nouveau la colère de son aîné.  « Et si tu commençais par te repentir de tes erreurs au lieu de te mettre en quête d’un homme plus monstrueux que toi dans l’espoir d’amoindrir tes crimes ? » De nouveau, il éclate d’un petit rire moqueur. « Au risque de te décevoir, toi et moi savons très bien lequel de nous deux fut le plus fervents de ses disciples ! » Là-dessus, il ouvre grand les bras. « Crois-tu vraiment que je lui ressemble ? C’est ridicule. Je représente tout ce qu’il exécrait ! » Là encore, nul besoin de préciser davantage sa pensée. « Il a passé sa vie entière à craindre les flammes de l’enfer quand moi, j’en suis revenu. »
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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Dim 13 Avr - 23:28



Je n’aurai pas du le frapper. Je le sais. Mais le coup est parti tout seul, et les quelques décimètres qui me séparait de mon frère ont été avalés par le loup sans que je m’en rende compte. Je le déteste, parce qu’il sait trop bien où frapper pour me faire mal. Je le déteste parce que je me rends compte que ma patience, si implacable, si imperturbable pendant toutes ces années, se fissure et s’effrite indubitablement depuis plusieurs semaines sans que je ne parvienne à stopper l’érosion. Il m’attaque je riposte. Je pourrais faire profil bas, je pourrais m’excuser, mais ce n’est pas dans mes habitudes, et des réflexes inculqués depuis l’enfance ont la peau dure, plus encore lorsque l’enfant que j’étais a été battu pour les apprendre. S’excuser, ça ne sert à rien. Une fois l’erreur faite, il faut la réparer ou l’assumer. Et la payer, dans tous les cas. Les excuses sont pour les pleutres et les pécores, pas pour les Renzacci. J’attaque, donc. Je m’engouffre dans les faiblesses qui se dessinent que j’aperçois, j’appuie avec précision à l’endroit de la blessure probable dans l’armure de mon frère avec l’instinct de l’animal blessé, et sa réaction ne se fait pas attendre. Je le vois se crisper, et cracher avec rage sur mes chaussures, m’arrachant une grimace, par réflexe, de dégoût. « Voilà ! Puisque ça semble te manquer ! » Il ne peut pas ne pas s’en souvenir : déjà à l’époque, j’étais soigneux. Minutieux. Maniaque. Et rien n’a changé depuis : cette part là de mon caractère s’est accentuée au contraire, me faisant apporter soin au moindre pli sur mes habits, à leur propreté. Maniaque, c’est le mot. Ordonné, dur, tout est cadré chez moi. Et ce crachat me touche sûrement plus qu’il ne doit le penser. Dans tous les cas, il tourne les talons lorsque j’en fais autant, tentant de me contrôler et surtout de maîtriser ma colère que je sais dévastatrice. Comme mon grand père. Oui, Orfeo, ça fait mal, et tu le sais. Voilà ce que je lui dis. La douleur n’a peut être pas grand-chose à voir à celle qu’il a subi en périssant par les flammes, mais je me refuse de croire qu’elle n’est pas point intense. Il ne se trompe pas : je me sens seul, effroyablement seul. Et trahi. Et déchu. Je pourrais pleurer, si je n’étais pas aussi imperméable à cette marque de tristesse depuis la première mort d’Azzura. Mes doigts glissent sur mes poignets intacts, alors qu’Orfeo me ment. « Je ne vois pas pourquoi ça me rendrait heureux. » Il ne peut en être autrement : il me ment. Parce qu’il jubile. Tu veux qu’il jubile. Parce que tu veux qu’il lui ressemble plus que toi tu ne peux lui ressembler. Je me tourne vers mon frère, la tête légèrement penchée sur le côté comme le loup lorsqu’il est attentif au moindre bruit. Ce n’est pas conscient, c’est juste un réflexe lupin. « Comme si j’allais te croire. » Ma voix me semble douce : je la voulais agressive. Suis-je déjà si fatigué d’attaquer ? Il ne le faut pas : ce serait perdre. Et perdre, ce serait me perdre. Il hausse les épaules, m’arrachant un froncement de sourcil. « Tout le monde n’est pas comme toi, tu sais ! A se délecter sans cesse du malheur des autres. » J’accuse le coup : encore une fois c’est mérité. J’aimerai pensé que mon frère est mon miroir, mais je dois admettre qu’il a une répartie plus fine que moi. Le loup doit jouer, accentuant mon côté animal dans les cas de conflit. Si j’avais pu être un prince, je ne suis plus qu’un homme brisé qui se cache derrière son héritage et sa sauvagerie pour vivre. Survivre. Avancer, vers un futur qui n’existe pas. « Ou à le provoquer. » Cette fois, c’en est trop. Le loup prend le pas et grogne légèrement, retroussant mes lèvres à défaut de babines pour montrer les crocs. « Tu vas trop loin. » Car je n’ai pas provoqué mon malheur, il m’a poursuivi. Ce n’est pas par ma faute si je me suis trouvé confronté à un choix cornélien, ce n’est pas de ma faute si je suis un animal, ce n’est pas de ma faute si Azzura m’a trahi de la manière la plus ignoble, si notre grand père a égorgé par la main de Ruggieri la vie de ma petite fille. Qu’il ne me juge pas, ce débile qui me devait les moindres de ses respirations, parce qu’il ne sait rien de moi, il était déjà mort lorsque le monde a explosé de douleur. Il faut que tu te calmes, Rafaele, si tu ne veux pas luiressembler. J’essaye de contrôler ma respiration, de contrôler chacun de mes muscles pour ne pas me laisser aller au feu de la violence qui embrase mes membres. « Ça ne me rend pas heureux, non. A vrai dire, ça m’indiffère. » Orfeo n’aide en rien. J’hoquète, voulant être narquois mais ne parvenant qu’à être désabusé. « Ca indiffère monsieur, et bien tu m’en vois ravi. » Je me suis détourné de lui à mes sombres pensées, pour ne pas croiser son regard ce qui aurait brisé mes dernières défenses, mais sitôt un contrôle acceptable récupéré, je me tourne dans sa direction pour me crisper et essayer à nouveau d’attaquer. Son indifférence, ses réactions calmes, tranquilles et toujours aussi redoutablement précises et douloureuses m’énervent. Sapent mes défenses, sapent ma patience. Je n’aurai jamais du venir, je n’aurai jamais du le suivre. Je n’aurai jamais du croire que je pourrais retrouver auprès de lui un peu de cette sérénité qui était nôtre, il y a si longtemps. Trop longtemps, selon toute apparence. Il ressemble à notre Grand Père. Cela me sidère, parce que je n’avais jamais envisagé cette possibilité. Plongé dans cette innocence dont il ne pouvait se sortir, dans cette candeur et cette bonté naïve que je lui enviais lorsque je m’en moquais, je ne m’étais jamais inquiété à son propos. J’avais peur que moi, j’en vienne à devenir le digne héritier de notre Grand Père, mais je n’avais pas peur pour mon petit frère qui me semblait hors de danger. J’avais tort. Pendant un court instant, je sens la présence de mon Grand Père dans mon dos. Lui aussi, j’imagine. Quels souvenirs Orfeo peut il avoir de ce monstre qu’était le Seigneur Renzacci ?  De la violence, assurément. Une ombre imposante et effrayante, peut être. Peu de chose en fin de compte. « Tu aimerais bien, hein ? Tu as besoin d’être rassuré. C’est aussi pour cela que tu es venu, n’est-ce pas ? Chaque jour qui passe, l’image que te renvoie le miroir est un peu plus proche de la sienne. Tu doutes. Et le seul moyen pour toi de confirmer ou d’infirmer tes craintes est de t’en remettre au jugement des deux seuls êtres qui l’ont connu au moins autant que toi. Et quelque chose me dit que je ne suis pas le premier sur ta liste. Que t’a-t-elle dit, Rafaele ? » Il s’avance vers moi, je recule de concert, ne pouvant que dire dans un souffle mourant : « Ose me dire que ça t’indiffère toujours, Petit frère… ». Je n’arrive pas à m’empêcher de reculer parce que je sens que si je reste immobile, mon côté Renzacci va prendre le pas sur l’homme, et je vais le frapper à nouveau. Parce qu’il a raison. Que m’a-t-elle dit ? Je ferme les yeux, le sentant avancer encore d’un pas, alors que je revois le miroir qu’elle avait posé en face de moi, et qui me renvoyait l’image de mon grand père. Je recule donc, pour sa survie et ma santé mentale. Serais-je capable de le tuer de sans froid en déversant sur lui une cascade de coups destinés à tant d’autres ? Non. Aussi étrange que cela puisse paraître, aussi incongru qu’il pourrait le penser. « Et si tu commençais par te repentir de tes erreurs au lieu de te mettre en quête d’un homme plus monstrueux que toi dans l’espoir d’amoindrir tes crimes ? Au risque de te décevoir, toi et moi savons très bien lequel de nous deux fut le plus fervent de ses disciples ! Crois-tu vraiment que je lui ressemble ? C’est ridicule. Je représente tout ce qu’il exécrait ! Il a passé sa vie entière à craindre les flammes de l’enfer quand moi, j’en suis revenu. » Je le toise.
Je l’observe.
Calme toi, Rafaele. Calme toi, tu vaux mieux que ça. Tu vaux mieux que lui. Tu n’es pas ton grand père.
Je respire posément. Ou pas.
Et je craque.

Ma main file vers sa joue pour le gifler avec cette violence qui m’est bien trop familière. « Assez ! » tonne ma voix. Elle résonne dans le stade, avec cette inflexion qui me rappelle trop l’aïeul que je hais. « Assez Orfeo ! » Je pourrais parler moins fort, étouffé ma voix qui tonne et tonne à nouveau alors que je le gifle une deuxième fois, faisant éclater sa pommette. J’ai peut être une apparence frêle et fragile, il ne faut pas surestimer la force d’un adulte dans la force de l’âge, d’un skinchanger surtout. « Assez. Cesse tout de suite ce petit jeu ridicule. Tu es une abomination qui jette l’opprobre à chaque seconde sur la mémoire de notre Grand Père et de notre famille. Oui, tu es une abomination, tu le sais et je le sais aussi. Alors, noie toi dans ton arrogance de gamin qui te pousse à le hurler avec fierté, vas-y, je t’observe et je t’écoute ! Mais cesse tout de suite de te croire important. » Je prends le temps de respirer, avant de repartir dans ma colère qui m’aveugle. Une fois le barrage brisé, qu’il est dur de retenir le flot qu’il cachait. « Parce que que crois-tu ? Nous représentons à nous deux ce qu’il exécrait, tu n’es pas le seul Renzacci encore en vie. Tu es revenu d’entre les morts ? Je suis devenu une bête, et on m’a interdit d’enlacer la Mort entre mes bras lorsque je l’ai hélée de toutes mes forces. » Ma voix se brise, et je me déteste plus que jamais. Qu’il cesse tout de suite de se placer au cœur de tout, et même si par cette simple pensée je confirme mon égoïsme et mon égocentrisme qui dépassent toute imagination, je l’assume. Parce que je me sens mal, et que j’avais besoin du soutien de mon frère. Qu’il n’a plus la générosité de m’offrir gratuitement. « Je t’ai peut être tué, mais toi, tu as le droit à ta vengeance sur moi. Ma fille, personne ne me la rendra. Les seules personnes que j’ai connues qui sont encore en vie sont soit des abominations que je suis né pour détester, soit des créatures comme moi bercée par la violence de leurs pulsions. Alors arrête. » Je sens le point de rupture s’approcher à une vitesse sidérante. Je fais un pas en arrière. Un nouveau en arrière, en fixant de mes yeux clairs ceux si semblables d’Orfeo. « J’ai eu tort de venir. Je pensais trouver un frère, je n’ai trouvé qu’un Renzacci, qui n’est que le reflet de ce que je suis et de ce qu’il était. Nous sommes maudits, et pas uniquement par notre nature. Nous sommes maudits par notre sang, et je ne pensais pas, lorsque je veillais sur toi, que tu avais cette malédiction qui sommeillait en toi aussi. » Une nouvelle rupture dans le ton de ma voix, qui a perdu de cette force qui la faisait porter aussi loin dans le stade. Si elle semble toujours nous envelopper, je ne le dois qu’à l’acoustique du lieu désert. Parce que ce n’est qu’un murmure. Ma main tremble, lorsque je la regarde. J’ai frappé Orfeo. Bien sûr. Parce que je suis ce que je suis, et qu’il n’y a plus aucune personne au monde qui vaille la peine que je change. Zaïra n’a plus besoin d’un père attentif et heureux. Azzura vit visiblement très bien sans moi. Et mon frère se plait à me détruire. Alors pourquoi prendrais-je la peine de combattre mes pulsions meurtrières héritées directement de l’aïeul qui m’a forgé ?


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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Lun 14 Avr - 22:24



« Assez ! » L’écho de cette gifle résonne encore longtemps dans le stade désert. « Assez Orfeo ! » Sept siècles plus tard, son instinct de survie est toujours intact – si ce n’est plus aiguisé qu’avant. D’un geste vif, il tente de protéger son visage de son bras. Trop tard, malheureusement. Le second claquement vient heurter violemment les parois de leur prison d’acier. « Assez. Cesse tout de suite ce petit jeu ridicule. Tu es une abomination qui jette l’opprobre à chaque seconde sur la mémoire de notre Grand Père et de notre famille. » Ridicule… Abomination… Opprobre…  Ces quelques mots viennent heurter, tour à tour, ses oreilles, comme un bourdonnement incessant. A moins que ce léger bruissement ne provienne de son sang qu’il peut sentir battre furieusement contre ses tempes ? « Oui, tu es une abomination, tu le sais et je le sais aussi. Alors, noie-toi dans ton arrogance de gamin qui te pousse à le hurler avec fierté, vas-y, je t’observe et je t’écoute ! Mais cesse tout de suite de te croire important. » Lentement, il relève la tête. Une légère brise se lève, repoussant les quelques mèches rebelles qui lui barrent le front pour dévoiler un regard assassin. Si des balles d’argent avaient pu jaillir de ses iris à cet instant, nul doute que le corps de son aîné serait froid depuis déjà longtemps. Ses mains tremblantes solidement agrippées à ses genoux, il cherche sa respiration. Un goût âpre prend  peu à peu possession de sa bouche, enflammant ses papilles. Cette légère amertume, qu’il met d’abord sur le compte des injures de son frère, provient en fait du mince filet de sang qui s’échappe au coin de ses lèvres. Du bout des doigts, il effleure sa blessure.

« Parce que que crois-tu ? Nous représentons à nous deux ce qu’il exécrait, tu n’es pas le seul Renzacci encore en vie. Tu es revenu d’entre les morts ? Je suis devenu une bête, et on m’a interdit d’enlacer la Mort entre mes bras lorsque je l’ai hélée de toutes mes forces. » Il laisse échapper un reniflement dédaigneux tout en essuyant du revers de sa manche les quelques gouttes de sueur qui perlent sur son front. « S’il n’y a que cela pour te faire plaisir, je peux mettre un terme à ta souffrance, il n’est jamais trop tard ! » souffle-t-il à mi-voix, l’air sombre. Au fond de lui, le monstre éclate d’un rire démentiel. Mais rien ne semble pouvoir interrompre Rafaele dans son réquisitoire. « Je t’ai peut-être tué, mais toi, tu as le droit à ta vengeance sur moi. Ma fille, personne ne me la rendra. » Ses lèvres s’étirent doucement en un sourire goguenard aussitôt avorté. Il se redresse, comme pour mieux soutenir le regard de son frère dans lequel il croit voir se refléter, l’espace d’un instant, cette même souffrance qu’il avait décelé dans les yeux d’Azzura dès son arrivée à Darkness Falls. Cette vision suffirait presque à l’attendrir. Presque. « Les seules personnes que j’ai connues qui sont encore en vie sont soit des abominations que je suis né pour détester, soit des… » Cette fois, c’en est trop. «Abominations ? Est-ce donc ainsi que tu nous considères ? Moi, ton propre frère ? Elle, la mère de ton enfant ? » s’époumone-t-il en même temps que lui, leurs voix se chevauchant dans un parfait imbroglio. « J’ai eu tort de venir. Je pensais trouver un frère, je n’ai trouvé qu’un Renzacci, qui n’est que le reflet de ce que je suis et de ce qu’il était. Nous sommes maudits, et pas uniquement par notre nature. Nous sommes maudits par notre sang, et je ne pensais pas, lorsque je veillais sur toi, que tu avais cette malédiction qui sommeillait en toi aussi. »

Pauvre Rafaele… Tu n’as donc rien compris ? Il secoue légèrement la tête en signe de dénégation tout en continuant d’éponger légèrement le sang qui s’écoule lentement à la commissure de ses lèvres. « Malédiction ? Mais quelle malédiction ? Arrête un peu ! Cesse de mettre tous tes malheurs sur le compte d’une pseudo-fatalité qui te laisserait pieds et poings liés ! Cesse donc de te flatter ainsi ! » Il soupire avant d’esquisser de nouveau quelques pas en direction de son frère sur lequel il pointe un index accusateur. « Car être la malheureuse victime d’une malédiction suppose d’avoir été choisi, parmi tous les autres, par quelque force supérieure et destructrice ! Et crois-moi… C’est te donner beaucoup trop d’importance ! » Peu à peu, sa respiration retrouve un rythme normal. Lentement, il masse sa joue encore endolorie tout en jaugeant son aîné du regard. Au fond de lui, le monstre s’agite de nouveau. Il trépigne, s’impatiente, le blâme. Pourquoi diable se laisser traiter ainsi ? Pourquoi ne pas riposter, brandir les poings, user de la magie peut-être ? Il a beau le détester, il a beau haïr ce frère, de toutes les fibres de son être, il en est incapable. Plus encore, il sent que son intérêt n’est pas là. Il le regarde, son petit héros débordant de haine, son colosse aux pieds d’argile, rongé par une culpabilité qui ne dit pas son nom… A cet instant, il sent que le pire des châtiments serait peut-être de lui accorder son pardon. « Blâmer le destin… », murmure-t-il dans un petit rire narquois.  « La meilleure arme des faibles, n’est-ce pas ? »

Ce faisant, il tourne les talons. Un moyen de le rendre seul juge de l’étendue de son mépris, sans doute. Une façon de faire taire le monstre qui réclame du sang, très certainement. Une manière de se protéger de ses coups, plus vraisemblablement. « Sans doute as-tu raison, peut-être ne suis-je plus que l’ombre de moi-même mais cela n’est en rien lié à notre sang ou à notre lignée. » Tout en venant croiser ses mains derrière sa nuque, il prend une grande inspiration. « Je suis la créature que tu as façonné de tes propres mains d’artistes, ton golem, ton œuvre la plus à aboutie, à tel point qu’elle a soudainement pris vie dans les flammes du bûcher que tu as toi-même allumé ! » A mesure qu’il parle, les mots se bousculent et fusent de plus en plus vite du bout de sa langue. Enfin, il fait volte-face, pour mieux hurler : « Qu’espérais-tu, Rafaele ? Retrouver ton frère ? Mais tu l’as tué, il y a des siècles de cela ! » Submergé par une rage sans nom, il brandit le poing en l’air, l’écrasant violemment contre le visage de son meilleur ennemi – en pensées seulement… Finalement, il glisse ses mains sur son visage, dans l’espoir de s’arracher de cet affreux cauchemar.

« Non, écoute-moi ! » rugit-il tout en repoussant ses cheveux à l’arrière de son crâne. De nouveau, il brandit son index en direction de son frère, le dissuadant ainsi de l’interrompre. « Tu es l’unique artisan de ton propre malheur, le destin n’a rien à voir là-dedans. Ta vie n’est qu’une succession de mauvais choix qui t’ont conduit inexorablement vers… » Tandis qu’il cherche ses mots, il semble ravagé par la peine et la colère. « Vers la folie, oui ! Une folie malgré tout entrecoupée de périodes de rémissions que tu t’obstines à reléguer au plus profond de ton être. » En quelques enjambées, il se trouve de nouveau face à son frère qu’il repousse brutalement. « Mais pourquoi ? Pourquoi, hein ? A quoi bon renier ce qu’il y a de meilleur en toi ? Méprises-tu à ce point le genre humain pour vouloir à tout prix couper les derniers fils qui t’y rattachent encore ? » Furieux, il agrippe les épaules de son aîné qu’il entreprend de secouer violemment, comme pour le sortir d’une profonde léthargie. « Elle ne pourra jamais aimer celui que tu es devenu, ne le comprends-tu pas ? » s’exclame-t-il finalement d’une voix légèrement étranglée.

« Quant à ta fille… Parlons-en de ta fille ! Moi qui croyais que tu avais hérité de la foi inébranlable des Renzacci ! Crois-tu que les gens que nous avons aimés cessent totalement d’exister ? » Lui-même n’a pas d’avis précis sur la question. La religion est un espace nébuleux qui demeurera à jamais inaccessible à sa compréhension. Combien de fois le patriarche l’a-t-il assimilé aux créatures du diable ? Pourtant, quelque chose au fond de lui le pousse à considérer que la petite Zaïra ne peut avoir été qu’une étoile filante dans le ciel nuageux de ses parents. Sans quoi, quel sens pourrait-on donner à tout cela ?  « Imaginons qu’elle puisse te voir à cet instant. Que penserait-elle ? » De rage, il serre les poings. « Que tu n’es qu’un incapable ! Incapable de d’admettre tes fautes ! Incapable de te repentir de tes crimes ! Incapable de changer pour les gens que tu aimes ! Incapable de réclamer de l’aide et de t’en montrer digne ! Incapable de lâcher prise et de cracher enfin toute cette haine ! » A chaque exclamation, il repousse violemment son frère en arrière. « Tu as sans doute raison, je devrais me venger de toi car c’est là tout ce que tu mérites… ! » Ce faisant, il le saisit par le col de sa belle chemise. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, son poing vient s’abattre violemment sur la pommette de Rafaele. Presque aussitôt, un flot d’émotions aussi violentes que contradictoires le submerge. Tandis que le monstre jubile, toutes griffes dehors, l’enfant qui demeure malgré tout au fond de lui est à l’agonie. Comme pris en étau entre ces deux sentiments contradictoires, il suffoque. « Débarrasse-t’en ! Débarrasse-toi de ce que tu crois être une malédiction, ça ne tient qu’à toi ! » Et ce faisant, le gamin qu’il était jadis attire brusquement son frère contre lui, le serrant de toutes ses forces dans ses petits bras, une étreinte dans laquelle l’amour et la haine se mêlent pour ne former plus qu’un. La limite est atteinte, il le sait. Si son frère ne refait pas surface maintenant, il l’aura perdu à jamais.

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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Sam 19 Avr - 0:08



Ma main tremble de l’avoir frappé. Une fois. Deux fois, même. J’ai poussé le vice à le frapper deux fois, alors que je tentais depuis le début de contenir ma violence. J’ai l’impression d’être incontrôlable, alors que je prends sur moi pour ne pas réitérer mes coups. Ma mâchoire se crispe encore des mots qu’elle a articulés, de moins en moins fortement, de plus en plus proche du point de rupture. Qu’elle a même franchi au détour d’une tirade. Si je ne me suis pas interrompu pour rebondir sur ses propos, je les ai entendus. Et oui, c’est ainsi que je considère tous les sorciers. Je n’arrive pas à les percevoir autrement, tout comme je ne peux considérer ma nature justement contre nature comme n’étant qu’une abomination elle aussi. Nous ne sommes pas humains, nous sommes des âmes perdues dans une époque à laquelle elles n’appartiennent pas, nous ne sommes que des morts en sursis qui refusent de se plier aux lois les plus immuables de la… normalité. Mais cela, je ne lui dis pas. Parce qu’il ne mérite pas que je m’y attarde, et que je suis affreusement déçu, tant par sa réaction que par mon attitude. Je n’aurai jamais du venir, voilà ce qui rythme les battements de mon cœur. Je n’ai rien à faire ici. Je n’ai pas à être en vie, et je ne parviens pas à comprendre ce qui me motive à ne pas achever cette vie que je traîne depuis trop longtemps. Azzura, très certainement. Mais ce lien est rompu. Tout comme celui recréé avec mon frère lorsque j’ai découvert sa survie, ou plutôt son retour. J’observe ma main tremblante, lorsqu’il se contente de secouer la tête. Le sang qui s’écoule de sa lèvre éclatée frappe mon flair lupin et l’excite d’une certaine manière, comme toute odeur de sang peut éveiller un prédateur, mais je musèle l’animal d’une main de fer. « Malédiction ? Mais quelle malédiction ? Arrête un peu ! Cesse de mettre tous tes malheurs sur le compte d’une pseudo-fatalité qui te laisserait pieds et poings liés ! Cesse donc de te flatter ainsi ! Car être la malheureuse victime d’une malédiction suppose d’avoir été choisi, parmi tous les autres, par quelque force supérieure et destructrice ! Et crois-moi… C’est te donner beaucoup trop d’importance ! » Comment ? J’écarquille les yeux, écartant son doigt accusateur, et me retenant de le briser comme une simple brindille. « Moi ? M’accorder trop d’importance ? Et que crois tu, Orfeo ? Que je suis devenu une bête comme on peut attraper un simple rhume ? Je ne m’y connais certes sûrement très peu en terme de sorcellerie, mais je sais que si je suis ainsi, c’est par l’action de l’un des tiens. Qui ne m’a certainement pas choisi au hasard. » J’extrapole, je suppose, je m’appuie sur des fétus de paille pour avancer des hypothèses, mais je suis à peu près certain que tout cela se tient. Je l’observe se masser la joue, et pour la première fois depuis… j’ignore combien de temps, je sens une pointe de culpabilité me transpercer. Le regard d’Orfeo me met mal à l’aise. Le loup me hurle de fuir, de partir loin de toute menace. J’hésite. Lorsque je me parvins à me convaincre que cela vaut mieux pour moi et que je fais un pas en arrière pour amorcer mon replis, Orfeo me coupe dans mon élan. « Blâmer le destin… La meilleure arme des faibles, n’est-ce pas ? » « Je ne suis pas faible » me surprends-je à rétorquer par réflexe. Le suis-je réellement ? Je le pense si souvent que ça doit être en partie vraie. Il tourne les talons, j’en profite pour tenter à nouveau de m’éclipser, mais le voilà qui me retient une nouvelle fois. Ses mots m’enserrent plus sûrement qu’un lasso lorsqu’il répond à mes dernières phrases. « Sans doute as-tu raison, peut-être ne suis-je plus que l’ombre de moi-même mais cela n’est en rien lié à notre sang ou à notre lignée. Je suis la créature que tu as façonné de tes propres mains d’artistes, ton golem, ton œuvre la plus à aboutie, à tel point qu’elle a soudainement pris vie dans les flammes du bûcher que tu as toi-même allumé ! Qu’espérais-tu, Rafaele ? Retrouver ton frère ? Mais tu l’as tué, il y a des siècles de cela ! » Le tremblement de ma main, légèrement tâchée de son sang, s’accentue davantage à ses mots. Il ne sait pas pourquoi je l’ai tué, et il ne doit jamais le savoir, je le sais. Mais je brûle de le lui cracher au visage. « Et bien mort, tu aurais du le rester ! » hurle-je à mon tour. « Tu… » « Non, écoute-moi ! » Mon frère m’interrompt. Je le fusille du regard, par réflexe mais il s’entête et me met au défi de l’interrompre à nouveau en pointant une nouvelle fois son index dans ma direction. « Tu es l’unique artisan de ton propre malheur, le destin n’a rien à voir là-dedans. Ta vie n’est qu’une succession de mauvais choix qui t’ont conduit inexorablement vers… Vers la folie, oui ! Une folie malgré tout entrecoupée de périodes de rémissions que tu t’obstines à reléguer au plus profond de ton être. » Je reste muet face à tout ça. Unique artisan de mon malheur… à ce que je sache, c’est lui qui est mort en premier. Je me tourne totalement vers lui me murant dans un silence dérangeant. Il ne faut pas que quoique ce soit m’atteigne. Je suis si narcissique que je cherche à chaque instant ce qui me protègera le mieux contre le reste du monde, et le plus souvent, c’est l’indifférence. Je m’enferme dans un château d’acier, dans une tour d’ivoire. Suis-je un faible ?. Tout concorde pour l’affirmer, mais j’ignore si ça me blesse. Je m’affaisse à cette pensée. Suis-je un faible ? C’est une réalité en soi. Il faut que je sois honnête. Je le suis. Faible, face à la toute puissance de mon grand père. Faible, face à la mort de ma femme et de ma fille, et de celle de mon frère qui n’aura servi à rien. Faible, soumis à un Gouvernement auquel mon égocentrisme me pousse à adhérer. Faible, face à la trahison d’Azzura. Faible, face à mes pulsions assassines et meurtrières. Je ne vaux rien sans ma morgue et mon sang que la moindre de mes respirations trahit. Je ne vaux strictement rien lorsqu’on met de côté ma supériorité naturelle. Mon silence est assourdissant. Faut il que je me penche sur tous les meurtres que j’ai pu commettre ? Suis-je responsable de tout cela ? Je serre le poing pour contrôler le tremblement croissant de mon bras et pour me convaincre de ne pas me laisser aller de ce côté glissant. « Mais pourquoi ? Pourquoi, hein ? A quoi bon renier ce qu’il y a de meilleur en toi ? Méprises-tu à ce point le genre humain pour vouloir à tout prix couper les derniers fils qui t’y rattachent encore ? » Il agrippe mes épaules, je me crispe à son contact sans pouvoir m’en empêcher. Ma respiration se fait laborieuse, alors que j’hoquète un pathétique « Parce que je n’en fais plus partie. » qui sonne faux à mes oreilles, mais je n’ai pas le temps de le reprendre que déjà Orfeo reprend. « Elle ne pourra jamais aimer celui que tu es devenu, ne le comprends-tu pas ? » Une petite quinzaine de mots, une petite quinzaine de petites lames qui se plantent en moi. Il a pris l’ascendant, par un tour de force que je n’explique pas. « Je suis devenu ce que j’aurai du être,Orfeo. Rien de plus… » murmure-je sans m’entendre. Et il ne semble pas m’entendre non plus, puisqu’il continue et s’attaque à ce que j’ai pu avoir de plus cher. Zaïra. « Quant à ta fille… Parlons-en de ta fille ! Moi qui croyais que tu avais hérité de la foi inébranlable des Renzacci ! Crois-tu que les gens que nous avons aimés cessent totalement d’exister ? » Le charme est rompu brutalement, et je tente de faire chanceler cet ascendant que je n’explique pas mais que j’ai accepté sans m’en rendre compte. Un petit frèe qui attaque son aîné, ça ne s’est jamais vu. D’un mouvement d’épaules, je me dégage de son emprise, rompant son contact qui me brûle. Je crache un buté « Je t’interdis de parler d’elle » qui ne me semble pas agressif comme je l’aurai voulu. Suis-je faible ? Il est évident que oui. Actuellement, je n’ai aucune volonté. Qu’il est loin, qu’il est vulnérable le fier Rafaele que rien n’atteint. Mon frère a sapé lentement mais sûrement ma morgue, mon orgueil, mon agressivité, pour palper sans considération la chair à vif derrière l’armure. « Imaginons qu’elle puisse te voir à cet instant. Que penserait-elle ? Que tu n’es qu’un incapable ! Incapable de d’admettre tes fautes ! Incapable de te repentir de tes crimes ! Incapable de changer pour les gens que tu aimes ! Incapable de réclamer de l’aide et de t’en montrer digne ! Incapable de lâcher prise et de cracher enfin toute cette haine ! » A chaque incapable, j’ai l’impression que l’on m’assène une gifle. A chaque exclamation, il entre à nouveau en contact avec moi pour me bousculer, et je me revois, des années et des siècles en arrière, rester muet devant la voix forte de mon grand père. « Arrête… » gémis-je, bien loin des arrête ! furieux qui résonnaient dans le stade si peu auparavant. Petit enfant timide, petit enfant rêveur, je le regarde avec de grands yeux et les poings serrés pour juguler mes tremblements. Je n’ai pas changé. Dix, trente, Sept cent cinquante. Peu importe, finalement, le nombre des années. « Tu as sans doute raison, je devrais me venger de toi car c’est là tout ce que tu mérites… ! » J’aurai pu m’écarter, mes réflexes ont vu son mouvement et le loup m’a prévenu, mais je suis immobilisé par ses mots, par sa fureur, par mon frère que je reconnais sans connaître. Il se saisit de mon col, me maintient ainsi alors que mes yeux clairs cherchent un soutien autour de nous en ne rencontrant que le désert humain. Son poing s’abat sur ma pommette à laquelle je porte aussitôt ma main, comme surpris. Tout s’enchaîne trop vite. Je ne comprends plus ce que me dit Orfeo, y cherchant le sadisme et la volonté de me blesser. « Débarrasse-t’en ! Débarrasse-toi de ce que tu crois être une malédiction, ça ne tient qu’à toi ! » me dit il encore. Mais de quoi, de quoi me débarrasser ? Il est certes facile d’accuser le sang, lorsque ce n’est peut être que mon attitude qui me rend aussi semblable à mon aïeul, notre aïeul, mais je ne vois pas d’autre explication. Qu’attend il donc de moi ? Le voilà qui me serre et m’enlace, comme je pouvais le prendre dans mes bras des siècles auparavant pour le rassurer après un cauchemar. Le contact hérisse le loup qui se crispe et veut fuir cette étreinte qui l’effraie. Mais je ne peux pas fuir : je suis tétanisé. « Je… je ne peux pas Orfeo. » lui murmure-je à l’oreille. « Je n’ai plus aucune raison de le faire. Et le loup a pris toute la place de mon humanité. » J’essaye de me détacher de lui, pour fuir son contact. Quelques pas en arrière, et je m'appuie à la barrière qui sépare la pelouse des sièges, tournant le dos à Orfeo. Peut être va-t-il mal prendre ma réaction, mais ce n’est pas important. Pourrait-ce être pire que maintenant ? J’en doute. « Suis-je si détestable ? » Je soupire en fermant les yeux, et dénouant d’une main la cravate qui me ceint le cou. « Tous mes choix sont guidés par la raison. Est-ce possible qu’elle se fourvoie systématiquement ? Qu’ai-je donc fait, et à qui, pour en arriver là ? Que me reproches-tu dans mon comportement, Petit frère ? » Ce que je suis en train de faire ? Essayer de comprendre. Ce qui peut déplaire tant dans mon comportement à Azzura. A Orfeo. Ayant fini de se battre avec le nœud de cravate, mes doigts s’attaquent aux premiers boutons de ma chemise, pour amoindrir cette sensation d’étranglement qui me submerge depuis le contact d’Orfeo. « Il faut te rendre à l’évidence : je ne suis pas un agneau, et je ne le serai jamais. Je suis un loup. Et le loup ne conçoit aucun remord à tuer des agneaux, guidé par son instinct et le goût du sang dans sa gueule. » Je soupire une nouvelle fois avant de murmurer « Tu as été un agneau. » sans m’attarder davantage. Mon regard se perd dans les rangées de sièges. « Penses-tu pouvoir domestiquer le loup ? Certains hommes l’ont tenté, y ont échoué. D’autres ont eu plus de succès. » Mes doigts viennent à ses mots masser mon avant bras. « Ne cherche pas ton frère où tu l’avais laissé. Tu ne revois en moi qu’un animal brisé. Puisque j’imagine que c’est ce que je suis malgré toutes les apparences que je dresse entre moi et les autres. »


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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Mar 22 Avr - 21:13




Brusquement, ses bras se referment autour de son frère, comme un gigantesque étau susceptible de broyer à lui seul sept siècles de haine et de souffrance. A la vue de ces deux silhouettes enchevêtrées, il est presque impossible de dire lequel des deux supporte l’autre. Sans doute s’attirent-ils mutuellement vers le fond. Submergé par un flot d’émotions aussi violentes que contradictoires, Orfeo lui-même ne sait que choisir. Extirper son aîné de cette tempête intérieure pour le hisser jusqu’au rivage ? Ou maintenir sa tête sous l’eau jusqu’à l’entendre suffoquer ? « Je… Je ne peux pas, Orfeo. Je n’ai plus de raison de le faire. Et le loup a pris toute la place de mon humanité. » C’est alors que son frère se détourne de lui, l’arrachant, par la même, aux griffes de ce choix cornélien. Il cherche sa respiration, esquisse quelques pas dans l’herbe folle. A plusieurs reprises, il cligne des yeux, comme aveuglé par la palette de sentiments venus colorer cette étreinte. La colère. La rancune. Le désespoir. Et l’amour, bien sûr, envers et contre tout. Ce lien rompu, le monstre s’agite de nouveau au fond de ses entrailles. Le contrôler devient une entreprise de plus en plus difficile. Soumise à rude épreuve, sa laisse menace de rompre à chaque instant. Il ferme les yeux, tant pour se concentrer sur les propos de son frère que pour ravaler cette envie de lui sauter à la gorge. Le loup. Tel était donc le nouvel hôte du corps de Rafaele.

« Suis-je si détestable ? » Arraché de force au flot de ses pensées, il ne peut réprimer un très léger sursaut. En guise de réponse, un sourire désabusé s’étire lentement sur ses lèvres. « Tous mes choix sont guidés par la raison. Est-ce possible qu’elle se fourvoie systématiquement ? Qu’ai-je donc fait et à qui pour en arriver là ? Que me reproches-tu dans mon comportement ? » Croyant à une vil plaisanterie, il cherche son regard. Sans succès.  « Ce que je te reproche ? » Il éclate d’un petit rire sans joie avant de rajouter, dans un murmure presque inaudible :  « Je préfère t’épargner la longue liste des charges que je retiens contre toi. » Là-dessus, il glisse ses mains dans ses poches avant d’asséner un énième coup de pied rageur dans le vide. « Petit frère… » Ces quelques syllabes résonnent longuement à ses oreilles. Dans sa mémoire, le passé semble leur répondre, comme un lointain écho.Fratellino…  S’il fermait les yeux un instant, il pourrait presque entendre l’accent chantant de leur dialecte natal rouler sur la langue de son frère. Mais tout cela n’est qu’illusion, il le sait, dernière réminiscence d’une enfance enterrée depuis longtemps. Car l’homme qui se tient devant lui n’a plus rien de commun avec l’aîné protecteur qui hante ses souvenirs. Ou si peu. Tout semble dur en lui. Ses traits, sa voix, le col de sa chemise dont il tente vainement de se libérer. Tout jusqu’aux consonances de cette horrible langue qui ne sera jamais la leur.  

« Il faut te rendre à l’évidence : je ne suis pas un agneau, et je ne le serai jamais. Je suis un loup. Et le loup ne conçoit aucun remord à tuer des agneaux, guidé par son instinct et le goût du sang dans sa gueule. » Si toi tu es le loup, alors je suis l’agneau…, songe-t-il avec amertume. « Tu as été un agneau », poursuit l’aîné, comme s’il lui était possible de lire dans ses pensées. Cette coïncidence arrache au cadet un petit rire étranglé. « Penses-tu pouvoir domestiquer le loup ? ». Il lève la tête vers lui, l’air grave. « Certains hommes l’ont tenté, y ont échoué. D’autres ont eu plus de succès. Ne cherche pas ton frère où tu l’avais laissé. Tu ne revois en moi qu’un animal blessé. Puisque c’est ce que je suis malgré toutes les apparences que je dresse entre moi et les autres. » Il serre le poing, à plusieurs reprises, dans le but évident de maîtriser le très léger tremblement secouant sa main. Qu’espère-t-il au juste ? murmure le monstre à son oreille. Que tu le plaignes ? Après tout ce que tu as vécu ? Et par sa faute, qui plus est ? Peu à peu, ces légers tremblements s’étendent à son corps tout entier. D’un geste vif, il secoue la tête, comme pour chasser cette mouche venue bourdonner furieusement à son oreille.  « Ne t’attends pas à ce que je pleurs sur ton sort. Aucun d’entre nous n’est demeuré le même. Toi. Moi. Azzura. Personne. Nos corps ont peut-être su résister à l’épreuve du temps, mais pour ce qui est de nos âmes… Je… » Il déglutit avec difficulté. De nouveau, il se détourne de son frère pour résister à l’envie de sortir définitivement de ses gonds.   « J’ai vu des choses… Des choses dont tu ne soupçonnerais même pas l’existence… Et je suis si fatigué… ! » Il insiste légèrement sur ce dernier mot tout en prenant sa tête entre ses mains. Déchiré entre deux sentiments contradictoires, il perd le contrôle, il le sent. Sous ses yeux, le stade abandonné a disparu, cédant la place à l’univers apocalyptique qui fut sa prison pendant ce qui lui semble, aujourd’hui encore, être l’éternité. Les tortures… Les visions d’horreur… La peur qui lui tenaillait l’estomac… Pendant toutes ces années, il avait rêvé de se retrouver face à son bourreau. Et maintenant… La tête lui tourne. Il respire de plus en plus difficilement.

 « Tu as toujours été un loup, Rafaele ! » s’exclame-t-il tout en faisant volte-face.  « Aussi loin que je m’en souvienne ! Et le sombre rituel dont tu fus la victime n’a fait que confirmer cela. » Il marque une courte pause, le temps de parvenir à maîtriser le tremblement de rage qui perce au travers de sa voix. Il finit par reprendre, plus calmement.  « Enfant, déjà, cette bête sauvage sommeillait au fond de toi. Tu as toujours été un loup. Tu en as la force et l’arrogance…, la méfiance aussi. Un jeune loup ambitieux qui n’aspirait qu’à une chose : prendre enfin la tête de la meute. C’est ainsi que tu es toujours apparu à mes yeux, comme un animal de pouvoir, un héros solitaire, adulé de quelques-uns mais responsable de tous, désireux de protéger ton clan autant que de le posséder. » Ce flot de paroles semble vouloir se déverser de ses lèvres sans qu’il lui soit possible de le contenir.  « Je t’ai vu grandir. Je t’ai vu lutter pour devenir un homme quand je n’étais qu’un monstre. Je t’ai vu ravaler tes larmes, courber l’échine sous le poids de ton nom et de ton rang. J’ai vu tes cicatrices, si semblables aux miennes. Je te connais mieux que quiconque, Rafaele. » Cette fois-ci, sa voix se perd dans un murmure brisé. Lentement, il esquisse quelques pas en direction de la barrière du stade contre laquelle il vient s’appuyer à son tour tout en veillant à se tenir à bonne distance de son frère.  « Je connais tes forces mais aussi tes faiblesses. Dès lors, la question n’est plus de savoir si je peux domestiquer le loup – toi et moi savons que j’en suis parfaitement capable… » Il soupire avant de plonger son regard dans celui de son aîné pour rajouter, sans siller :  « Mais si j’en ai encore l’envie. »

Là-dessus, il prend une profonde inspiration tout en passant une main dans ses cheveux, détournant ses yeux clairs en direction du stade qui semble s’être soudainement transformé en un ring de boxe.  « Tu as mille et une bonnes raisons de te battre pour conserver une part d’humanité. » poursuit-il après quelques secondes de silence.  « A commencer par Elle. » Il insiste légèrement sur cette dernière syllabe.  « Quant à moi… » Il se redresse dans le but manifeste de s’éloigner de nouveau.  « Je ne sais pas si je trouverais la force de t’obliger à ouvrir les yeux… Je ne sais pas si je pourrais dépasser cela un jour… » L’espace d’un instant, il songe à mettre un terme à cette interminable joute verbale. Il esquisse même un mouvement pour quitter les lieux. Mais le monstre, lui, semble en avoir décidé autrement…  « Tu étais tout pour moi, tu comprends ?! Mon héros, mon modèle, mon guide ! » Son cri désespéré résonne longuement dans le stade désert.  « Je t’ai laissé endosser, tour à tour, les rôles de frère et de père, j’ai tant reçu… si peu donné, c’est vrai… » concède-t-il à mi-voix tout en baissant la tête. L’espace de quelques secondes, il resonge à celui qu’il était et cette pensée lui donne la nausée. Pendant toutes ces années, son frère l’avait protégé du mieux qu’il pouvait de leur grand-père. Mais lui, qui l’avait protégé ? D’un mouvement de la tête, il tente de chasser cette culpabilité enfantine de son esprit.  « Mais j’aurais tout sacrifié ne serait-ce que pour avoir une chance de te ressembler ! Je voulais que tu sois fier de moi ! J’ai commis une erreur, je suis prêt à l’admettre. Mais tu ne m’as même pas laissé le bénéfice du doute ! » Sa voix se perd dans un léger trémolo alors même qu’il se détourne brusquement pour masquer l’émotion qui menace à tout moment de le submerger.  «  Après avoir fermé les yeux sur Sa véritable nature pendant toutes ces années, tu m’as livré, moi, ton propre frère. » Sa voix se veut plus basse. Alors même qu’il prononce ces paroles, il semble prendre toute la mesure de cette injustice. Si sa nature de sorcier était bel et bien la cause de cette trahison, pourquoi ne pas avoir livré Azzura ? Face à ce constat, la colère le dévore de l’intérieur.  « Et aujourd’hui, tu oses me demander ce que je te reproche ? Tu oses me dire que tes choix sont dictés par la raison ? Quelle bonne raison pouvais-tu avoir d’assassiner ton propre frère ? »

Citation :
Fratellino : Petit frère

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« Le prodige et le monstre ont les mêmes racines. »

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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Ven 25 Avr - 23:59



Chacun de mes mots m’éloignent de mon frère. Je sens encore autour de moi ses bras qui m’enlacent dans une étreinte fraternelle, mais je n’arrive pas à les considérer pleinement comme tels. La terreur du loup devant les liens, la terreur de l’animal pris au piège qui ne sait comme échapper au filet et au fouet. Je me raidis davantage, alors que des tremblements dans le creux de mon bras s’accentue, et que je masse sans en avoir conscience mon avant bras pucé. Je ne sais pas ce qu’Orfeo attend de moi, mais étrangement, je suis sincère. Quelle expression marque son visage actuellement ? Le dédain ? Le mépris ? La perplexité et la dénégation ? Je n’arrive pas à le savoir, et cela me blesse un peu plus. Fut un temps, je connaissais mon frère comme personne, comprenant simplement dans son regard le sentiment qu’il éprouvait, devinant dans ses mots et ses gestes le moindre de ses souhaits. Ce frère là, je l’ai perdu et il faut que j’en fasse le deuil une nouvelle fois. Je n’ose pas le regarder, je me refuse à le fixer une nouvelle fois et voilà que mon regard se perd devant moi dans ces rangées et ses rangées de sièges inoccupés et désertés. « Ne t’attends pas à ce que je pleure sur ton sort. Aucun d’entre nous n’est demeuré le même. Toi. Moi. Azzura. Personne. Nos corps ont peut-être su résister à l’épreuve du temps, mais pour ce qui est de nos âmes… Je… » Il ? Je comprends ce qu’il veut dire, sans l’accepter pour autant. Je suis bien trop égocentrique pour que je refuse que l’on me plaigne dans les circonstances actuelles, et même si je ne suis pourtant pas d’un caractère geignard, je sais que je me plains souvent depuis mon réveil. J’ai du mal à accepter les sept siècles qui me séparent de ma vie. Et Orfeo qui semble grandit de tout cela, et Azzura que je ne parviens plus à saisir. J’écoute Orfeo bouge, s’éloigner peut être. Je l’écoute, comme toujours, attentif aux moindres bruits. « J’ai vu des choses… Des choses dont tu ne soupçonnerais même pas l’existence… Et je suis si fatigué… ! » Fatigué ? Il se plaint d’être fatigué ? Et moi donc ? Notre âme est fatiguée, même si je sais que ma mauvaise foi seule est la cause de mon attitude geignarde actuelle. Les siècles sont passés dans un soupir pour le loup que j’étais, alors qu’il a du en subir chaque minute, chaque inspiration, dans ce que j’ai compris être un enfer immortel. Qu’il n’avait pas mérité. Je frémis, je tremble et je pose mes deux mains sur la barrière qui sépare les gradins de la pelouse pour m’y appuyer. « Tu as toujours été un loup, Rafaele ! Aussi loin que je m’en souvienne ! Et le sombre rituel dont tu fus la victime n’a fait que confirmer cela. » Je le sens par le ton de sa voix : il fait de nouveau face à mon dos. « Enfant, déjà, cette bête sauvage sommeillait au fond de toi. Tu as toujours été un loup. Tu en as la force et l’arrogance…, la méfiance aussi. Un jeune loup ambitieux qui n’aspirait qu’à une chose : prendre enfin la tête de la meute. C’est ainsi que tu es toujours apparu à mes yeux, comme un animal de pouvoir, un héros solitaire, adulé de quelques-uns mais responsable de tous, désireux de protéger ton clan autant que de le posséder. Je t’ai vu grandir. Je t’ai vu lutter pour devenir un homme quand je n’étais qu’un monstre. Je t’ai vu ravaler tes larmes, courber l’échine sous le poids de ton nom et de ton rang. J’ai vu tes cicatrices, si semblables aux miennes. Je te connais mieux que quiconque, Rafaele. » Cette fois ci, je fais volte face. A dire vrai, dès qu’il a commencé à parler de moi, de notre enfance, je me suis tourné dans sa direction, dardant mes yeux clairs dans les siens. Il se rapproche de moi. « Tu ne me connaissais pas. » Je refuse de penser ses propos comme probables. Je lui concède toutefois après une fraction de silence, le temps qu’il s’appuie à la barrière, à quelques mètres de moi. « Mais j’admets que j’ai toujours été un loup. » Ca, je ne peux le nier. Si je ne pouvais pas goûter pleinement la chaleur du sang que je versais, ce fluide vital exerçait déjà un attrait carnassier. Baigné depuis la plus tendre enfance dans le sang, mon grand père m’a formé pour être un bourreau. Et pour être un loup. Mes doigts cherchent mes lunettes que je repose sur mon nez, comme une protection. « Je connais tes forces mais aussi tes faiblesses. Dès lors, la question n’est plus de savoir si je peux domestiquer le loup – toi et moi savons que j’en suis parfaitement capable… Mais si j’en ai encore l’envie. » Je le fixe sans parler. Il a tort : il ne peut pas me domestiquer, ce serait idyllique. Jamais mon esprit, formé pour être celui d’un Seigneur, jamais le loup, pur prédateur et mâle alpha, n’accepterait cela. A la rigueur, puisqu’il connait, et ô combien trop, mes faiblesses, pourra t il me mâter si jamais l’envie l’en lui prend. Mais c’est là, et uniquement là, que le bât blesse. Je doute qu’il en soit un jour capable. « Tu as mille et une bonnes raisons de te battre pour conserver une part d’humanité. » J’esquisse un petit rire désabusé. Ah bon ? Et bien cite moi donc ces raisons, puisque tu sembles si bien me connaître. « A commencer par Elle. Quant à moi… » Je serre les poings. Elle, lui ? Et puis qui encore ? Susanna peut être ? « Je ne sais pas si je trouverais la force de t’obliger à ouvrir les yeux… Je ne sais pas si je pourrais dépasser cela un jour… » Sa voix s’estompe, ses gestes semblent marqués par une incertitude, et je sens que nos secondes retrouvailles touchent à leur fin. Ce doit être pour cette simple raison que je m’entends articuler avec une froideur qui me glace le sang : « Je n’ai aucune raison de me battre, Orfeo. Je t’ai tué, et si les mêmes circonstances qu’il y a sept siècles se reproduisent, je te tuerai encore, je le sais. Parce que je n’aurai ni le choix, ni la volonté de faire autrement. Quant à Elle » Tout le ressentiment que je peux avoir à son encontre, la douleur qui suinte des images que je ne peux ôter de mon esprit, ressort à ce simple mot. Mon poing s’abat sur la barre de fer qui résonne sous le choc, tandis qu’une vibration se propage sur plusieurs mètres de chaque côté le long de la barrière. « Elle ne compte plus. » Le mensonge m’écorche les lèvres, la gorge, le cœur et pourtant je veux y croire. Je ne veux pas m’attarder, et je m’apprête à passer la barrière lorsque la voix d’Orfeo s’élève à nouveau et me surprend. « Tu étais tout pour moi, tu comprends ?! Mon héros, mon modèle, mon guide ! Je t’ai laissé endosser, tour à tour, les rôles de frère et de père, j’ai tant reçu… si peu donné, c’est vrai… » Je m’immobilise, en équilibre sur la barrière, sur laquelle je m’assois, sonné. « Comment ? » « Mais j’aurais tout sacrifié ne serait-ce que pour avoir une chance de te ressembler ! Je voulais que tu sois fier de moi ! J’ai commis une erreur, je suis prêt à l’admettre. Mais tu ne m’as même pas laissé le bénéfice du doute ! Après avoir fermé les yeux sur Sa véritable nature pendant toutes ces années, tu m’as livré, moi, ton propre frère. » Je me concentre sur sa voix pour en saisir toutes les nuances ; et les propos. « Et aujourd’hui, tu oses me demander ce que je te reproche ? Tu oses me dire que tes choix sont dictés par la raison ? Quelle bonne raison pouvais-tu avoir d’assassiner ton propre frère ? » Je prends le temps de réfléchir, essayant d’écarter mes doutes et mes reproches, voire mes remords, pour tenter de retracer le cheminement de ses pensées. Finalement, au bout de quelques secondes, je m’humecte les lèvres et descends dans un petit saut de la barrière sur laquelle j’étais juché. « Tu es ridicule. , d’une voix bien plus basse, je concède et moi aussi ». Il n’est pas question que je lui livre la vérité. Le fil exact des événements. Ni mes raisons. Tout cela ne regarde que moi. Il ignore que je l’ai tué pour que ma fille naisse, et je ne veux pas que cet état de fait change. Mon regard, à l’abri derrière mes verres teintés, se perd vers les rares nuages qui peuplent le ciel avant de se reposer sur Orfeo. « Il a toujours voulu te tuer, et suite à l’une de mes erreurs, il a saisi l’opportunité de me punir et de t’éliminer. Tu voix, je n’ai pas eu le choix. Le loup ne se rebelle pas contre l’Alpha de sa meute. Tu n’étais pas le seul que le Seigneur Renzacci terrifiait. » J’ignore si mon mensonge éhonté et pleinement assumé pourra tenir longtemps, mais somme toute, ce n’est qu’une version légèrement modifiée de la réalité. Une erreur. Dois-je considérer Zaïra comme étant une erreur ? Non. Ma fille était une petite fleur fragile, et un rire cristallin ; c’était une princesse en bouton, une joie de vivre et des petites fossettes. Pas une erreur. « Haïrais-tu ta nièce ? » Mes yeux se perdent dans le stade, alors que je me concentre pour revoir ma fille qui vient à moi avec ces petits pas maladroits. Ma voix perd légèrement de sa glace lorsque je reprends. « Tu l’aurais aimée. Elle avait nos yeux, immanquablement. Ma grâce, mon maintien, mais la fraîcheur d’Azzura. Et c’est à cause d’elle qu’il t’a fait tuer. Que j’ai du allumer ce bûcher. » Je préfère ne pas parler de choix. Je préfère parler de punition, de fatalité. Qu’il ne sache jamais que je lui ai préféré Azzura. Que j’ai rompu tous les liens qui me retenaient à notre Grand Père, ceux-là même que je pointe comme responsable de son meurtre, pour sauver une sorcière. Mes traits sont figés. Glacés. Graves. Imperméables. Mais s’il me connait si bien, ça ne doit pas le déranger, non ?


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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Dim 27 Avr - 0:08




« Tu es ridicule. » N’a-t-il donc que ce mot à la bouche ? Son sang ne fait qu’un tour. Furieux, il serre les poings. Sa rage est telle que ses phalanges en mal d’oxygène prennent tour à tour une teinte blanchâtre. Ce petit adjectif en apparence insignifiant l’avait accompagné tout au long de son enfance, huit petites lettres comme marquées au fer rouge au plus profond de sa chair. Une raillerie qui, la plupart du temps, en précédait quelques autres. Grotesque. Idiot. Et parfois même… demeuré. « Et moi aussi ». Ce vague murmure se fraye un chemin jusqu'à ses oreilles qui se chargent d’en découper chaque syllabe. Ce faisant, il respire de nouveau, agitant mécaniquement ses doigts engourdis. Bientôt, cette sensation de fourmillement disparaît totalement. Dans un soupir de lassitude, il porte une main légèrement tremblante à ses cervicales encore endolories par les coups infligés par son frère. Le regard perdu dans le vide, il croit presque voir se dessiner devant lui l’impasse à travers laquelle il poursuit Rafaele depuis son retour dans ce monde ci. Car il lui faut bien se rendre à l’évidence, sa quête éperdue de réponses est condamnée à rester vaine. Bondissant d’un bout à l’autre du ring, son aîné esquive ses attaques avec l’agilité qui distingue les lâches. Non, vraiment, cette lutte fratricide ne connaîtra jamais de fin.

Il est sur le point de tourner les talons lorsque la voix de son frère s’élève de nouveau dans le silence environnant. « Il a toujours voulu te tuer. » Face à cette révélation, il se fige, le cœur battant. Nul besoin de lever l’anonymat de l’homme qui se cache derrière l’emploi de ce pronom personnel – et si impersonnel à la fois. « Et suite à l’une de mes erreurs, il a saisi l’opportunité de me punir et de t’éliminer. » Il jette un coup d’œil par-dessus son épaule.   « Non, tu mens ! » s’exclame-t-il avec beaucoup plus de force qu’il ne l’aurait voulu, comme s’il cherchait à se persuader lui-même au moins autant que son bourreau. Ses yeux clairs cherchent désespérément le regard de son aîné mais se heurtent violemment au noir opaque de ses lunettes. « Tu vois, je n’ai pas eu le choix. Le loup ne se rebelle pas contre l’Alpha de sa meute. Tu n’étais pas le seul que le Seigneur Renzacci terrifiait. » Dans sa bulle de candeur et d’ignorance, il n’aurait jamais pu soupçonner une telle haine. Sentir l’aversion que semblait éprouver son grand-père à son égard était une chose, entendre son frère le désigner comme le commanditaire de son assassinat en était une autre.  Comme pétrifié par cette révélation, il reste muet, dans l’attente de précisions qui, à ses yeux, tarderont à venir. Déjà, la folie s’empare de lui, alors même qu’il tente désespérément de trouver un sens à tout cela. Aveuglé par les flashs de son passé, il chancèle. Le regard débordant de haine du patriarche ; il trébuche. Les humiliations incessantes ; il se raccroche in extremis à la barrière longeant la pelouse. Les châtiments quotidiens ; lentement, il se laisse glisser le long de la clôture glacée jusqu’à s’effondrer dans l’herbe folle.

 « Ça ne peut pas être vrai… », gémit-il d’une voix presque inaudible tout en se recroquevillant sur lui-même, comme s’il cherchait à se protéger. De qui ? De tout. De cette vérité qu’il se refuse à accepter. De son frère. De son grand-père. Du monde entier. De cet univers gigantesque qui, de nouveau, lui semble hostile, comme lorsqu’il était enfant et qu’il venait chercher l’étreinte maternelle et rassurante d’Azzura. Azzura… Le récit qu’elle lui avait fait des évènements était bien différent. A moins que son ignorance d’antan ne l’ait poussé à interpréter ses paroles de façon erronée ? Et s’ils mentaient tous les deux ? lui suggère le monstre tout en dévoilant ses crocs acérés. Non. Impossible. Dans sa tête, les pensées se bousculent, s’entrechoquent. Comme fou, il porte ses mains de chaque côté de son crâne, dans l’espoir de reprendre le contrôle de son propre esprit. A-t-il définitivement perdu toute capacité de jugement ? Est-il sur le point de redevenir cet enfant ignare et méprisé ? Au premier abord, la perspective d’une possible rechute l’effraie. L’instant d’après, il l’appelle de ses vœux, implore cette récidive, seule susceptible de le libérer de cette lucidité, de cette conscience qu’il a désormais de l’étendue de son malheur et de sa souffrance.  

« Haïrais-tu ta nièce ? » Arraché de force à sa tempête intérieure, il sursaute violemment. Non sans difficulté, il reprend peu à peu contact avec la réalité. Zaïra. Que vient-elle faire là-dedans ? Et surtout, quelle raison aurait-il de la détester ? Lentement, il relève la tête, dévoilant son visage rougi par les marques de ses ongles enfoncés dans ses joues. Peu à peu, il retrouve son calme, tandis qu’il tente de se figurer l’image d’une petite fille supposée porter en elle tout l’amour qui avait pu unir, à une époque, les deux êtres les plus chers à son cœur. Une mission de taille pour de si jeunes et si frêles épaules. Bientôt, le visage de sa nièce – telle qu’il se l’était toujours imaginée, faute de l’avoir connue – se mit à flotter dans son esprit. Pourquoi diable l’aurait-il haï ? Par jalousie ? Par crainte de la voir lui voler sa place dans le cœur de ceux qui lui avait fait office de parents depuis son plus jeune âge ? Probablement pas. Et elle, l’aurait-elle aimé, lui, cet oncle immature et retardé ? A bien des égards, les enfants se montrent beaucoup plus tolérants que les adultes. « Tu l’aurais aimée. Elle avait nos yeux, immanquablement. Ma grâce, mon maintien, mais la fraîcheur d’Azzura. » Dans son esprit, le portrait de l’enfant se fait de plus en plus précis.

«Et c’est à cause d’elle qu’il t’a fait tuer. Que j’ai dû allumer ce bûcher. » La sentence tombe comme un couperet. Ainsi donc, Zaïra était « l’erreur » dont son frère avait fait mention quelques minutes plus tôt. Son effarement est tel que son visage n’exprime plus la moindre émotion. Affaissé sur lui-même, il absorbe le choc. C’est impossible, souffle le monstre. Elle n’était pas née !Il balaye cette pensée d’un revers de la main. Si le patriarche avait appris la naissance prochaine de cet enfant, nul doute qu’il serait sorti de ses gonds. Justement ! Crois-tu qu’il leur aurait laissé la vie sauve ? Il les aurait exécutées, elle et sa mère, comme tous les autres ! Pourquoi le laisser s’en tirer avec une simple punition ? Une « simple punition » qui lui avait coûté la vie, semble-t-il.  « Lui… Ta fille… », murmure-t-il finalement sur un ton vibrant d’amertume.  « Ce n’est jamais de ta faute, n’est-ce pas ? Il faut toujours que tu brandisses le nom d’un autre en guise de bouclier. L’attaque est décidemment la meilleure de tes défenses. » Quant à lui, il ne trouve plus la force de livrer bataille. Plongé dans un état second, il croit presque distinguer l’intérieur de son crâne dans lequel il peut voir le vrai et le faux s’entremêler dans un parfait imbroglio. Vérité… Mensonge… Qu’importe, au fond ! Son frère l’avait tué de ses mains. Il n’existait aucune circonstance atténuante susceptible d’amoindrir son crime.

 « La haïr ? » répète-t-il enfin dans un lointain écho.  « Alors qu’elle était sans doute l’âme la plus pure du clan Renzacci ? » Il secoue faiblement la tête en signe de dénégation.   « J’aurais voulu la connaître… Je l’aurais aimée, je n’en doute pas un seul instant. » Il semble hésiter une fraction de seconde avant de poursuivre.  « Et pourtant, je ne peux pas m’empêcher de lui en vouloir. Parce que dans sa mort, elle a emporté tout ce qu’il restait de bon en toi. » Il ne le regarde pas. Il ne supporte plus la vue de cet air impassible que son bourreau arbore en toutes circonstances, lui annonçant les raisons de sa mort comme s’il parlait de la pluie ou du beau temps. Cette armure, il aurait voulu l’arracher, mettant à nue la chair à vif qu’elle cache depuis trop longtemps.   « Tu peux te cacher derrière tes lunettes noires si ça te chante. Je devine les fantômes qui hantent ton regard, sais-tu pourquoi ? » Il marque une courte pause.  « J’ai vu ces mêmes spectres brouiller la vue d’une autre au cours des derniers siècles. » Brouiller la vue, le terme lui semblait des plus adéquats.  Hantés par le souvenir de leur enfant, ces deux parents en deuil avaient perdu tout discernement, aveuglés par leur chagrin et leur rancœur.   « Elle ne compte plus ? Soit. J’espère que ce petit mensonge t’aide à mieux dormir la nuit. » Un petit rictus vient tressaillir au coin de ses lèvres. Il le sent si fragile, son héros. Il voudrait tant l’aider. Mais le monstre l’en empêche.    « Tu peux t’évertuer à trancher un à un tous les liens qui te raccrochent encore à elle… ! Mais cette corde sensible vous liera à jamais l’un à l’autre. C’est ainsi. » A cet instant précis, il peut presque l’entendre vibrer, cette corde, dans l’enceinte du stade, telle une longue plainte déchirante. Comme si cela ne suffisait pas, il ajoute :  « Tu l’aimes, n’est-ce pas ? Alors finalement, de nous deux, il semblerait que ce soit toi l’idiot. »



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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Lun 28 Avr - 23:39



Mes propos le touchent bien plus que ce que j’ai pu prévois. Les coups qu’il m’a infligés, je les lui rends au centuple vu l’impact qu’ils semblent  avoir sur lui, mais je ne souris pas pour autant. Qu’il récolte ce qu’il a semé, la ressemblance entre les frères que nous sommes n’en sera que plus marquée. J’ai l’impression que nous attendons chacun de notre côté le meilleur moment pour fuir, mais sans franchir le pas, se renvoyant la balle de celui qui murmurera le plus bas, qui attaquera le plus sournoisement dans la faille de l’autre. Il me tourne le dos, lorsque je lui mens sans tressaillir, pliant la réalité, et la vérité, dans le creux de mes mains pour la modeler à ma convenance. Je rejette ce qui me déplaît et accentue aussitôt tout ce qui pourrait amoindrir ma responsabilité.  « Non, tu mens ! » m’assène mon frère avec justesse. Je ne cille pourtant pas. Oui, je suis un menteur, mais comme toujours, j’ai de bonnes raisons pour le faire. Si jamais mon frère apprend dans le cadre de quel marché il a été sacrifié, il est certain que ses sentiments pour Azzura se teinteront de noirceur, de cette même noirceur qui gangrène notre fraternelle relation. Oui, je suis un menteur, mais tu ne le sauras pas, Petit Frère. Mes yeux se glacent, derrière les verres teintés qui me protègent aussi bien de la sincérité que du soleil. Je poursuis ma réponse, ma justification, ignorant son accusation bien trop fondée. Oui, je suis un menteur. « Ça ne peut pas être vrai… » Si c’est vrai. Un peu de puissance coule dans mes veines face aux gémissements de mon frère, et je devrais très certainement m’en vouloir. Je jubile à l’idée de lui faire mal, je sens derrière mon épaule la présence de mon Grand Père, satisfait de me voir enfin agir comme il l’entendait. Je m’égare, voilà qui est certain. Je m’égare dans le mensonge, je fuis devant la culpabilité qui a manqué de m’envahir. Dans son regard je ne vois que celui que j’ai du avoir face aux images qui m’ont montré la trahison d’Azzura. Dans son attitude, son incompréhension, je me vois faible. Il porte les mains à ses oreilles, je me calfeutre loin de toute émotion. Ce que je fais est mal, ce que je m’apprête à dire est pis. Rejeter ma faute sur  d’autres, j’en ai l’habitude. J’ai beau être ou avoir été honnête, mon instinct de survie a remporté la bataille et piétine allègrement le moindre principe survivant. J’ai beau être conscient que c’est en continuant à nier la réalité que je vais définitivement perdre tous ceux à qui je peux tenir, je me préserve, remodèle les faits à ma convenance et mets en avant la pureté de Zaïra qu’Orfeo ne pourra pas haïr. Je sens sur mon palais la saveur amère du détestable. Je me fais honte, alors que je la lui décris, pour enfoncer encore plus loin le couteau dans la chair béante. Aucune compassion, aucune trace sur mon visage pour marquer autre chose que la douleur d’avoir tout perdu. Sur le visage de mon frère, en revanche, je lis sans difficulté ses pensées et le cheminement de mes propos dans ses souvenirs. Le choc est rude, et le loup grogne de reproche à mon encontre. Que suis-je en train de faire ? « Lui… Ta fille… Ce n’est jamais de ta faute, n’est-ce pas ? Il faut toujours que tu brandisses le nom d’un autre en guise de bouclier. L’attaque est décidemment la meilleure de tes défenses. » Un rictus trace son chemin sur mes lèvres, sans laisser paraître le doute et le trouble qui croissent en moi. Un bouclier, j’use de ma fille comme d’un bouclier plutôt que d’assumer ce que j’ai pu faire et ce dont je suis indubitablement responsable. Suis-je lâche ? Oui. Un nouveau défaut à ajouter à la liste qui s’allonge encore. Ma voix est aussi imperméable que mon visage. « Et toi, ça t’arrange d’avoir quelqu’un de vivant à blâmer. Nous y trouvons donc notre compte. » Ma voix est sarcastique, et j’espère qu’il ne pourra pas faire la part entre le sarcasme et ce qui relève de la vérité. « La haïr ? » le voilà qui répète sans y croire réellement ce simple constat. Attention à ta réponse, petit frère. Même si ma fille est morte, même si je l’accable de la responsabilité de ta mort, méfie toi. C’est ma fille. Ma princesse. Mon ange qui n’a pas eu le droit de s’épanouir. « Alors qu’elle était sans doute l’âme la plus pure du clan Renzacci ? » J’esquisse un sourire. L’âme la plus pure, quelques pas devant toi, Orfeo. J’acquiesce posément devant cette conclusion, mon visage perdant un instant de sa froideur.  « J’aurais voulu la connaître… Je l’aurais aimée, je n’en doute pas un seul instant. Et pourtant, je ne peux pas m’empêcher de lui en vouloir. Parce que dans sa mort, elle a emporté tout ce qu’il restait de bon en toi. » Je papillonne des yeux. Il est terrible de voir à quel point il peut me dérouter. L’âme la plus pure des Renzacci, c’est lui désormais, même si nous ne sommes plus beaucoup en lice et qu’en moi, il ne trouvait pas de concurrent sérieux pour prétendre à ce titre. « Qu’est ce que je viens de faire là dedans ? » Je refuse qu’il puisse croire qu’il y avait quoi que ce soit de bon en moi. Et encore plus, je refuse qu’il accuse Zaïra d’être la responsable de mon insensibilité et de ma cruauté. Ma voix vibre de menaces et d’une certaine colère lorsque je rétorque, poings serrés, le ton montant un peu plus à chaque mot. « Zaïra n’est responsable en rien de ce que je suis devenu. En rien, tu m’entends ? Je ne suis que ce que j’étais voué à être et ce que j’ai provoqué. Elle n’a fait que faire survivre ce que notre Grand Père tentait d’enterrer alors ne l’ACCUSE pas ! » Je fulmine. Et je m’étonne de me voir perdre aussi vite mon calme. Je serre les dents, me contraignant à ralentir mon rythme cardiaque et à me taire.  « Tu peux te cacher derrière tes lunettes noires si ça te chante. Je devine les fantômes qui hantent ton regard, sais-tu pourquoi ? J’ai vu ces mêmes spectres brouiller la vue d’une autre au cours des derniers siècles. » D’une autre ? Je crache un « Qui ça ? » qui laisse paraître l’état de tension qui a balayé mon côté paisible.  « Elle ne compte plus ? Soit. J’espère que ce petit mensonge t’aide à mieux dormir la nuit. Tu peux t’évertuer à trancher un à un tous les liens qui te raccrochent encore à elle… ! Mais cette corde sensible vous liera à jamais l’un à l’autre. C’est ainsi. » Après s’être attaqué à ma fille, voilà qu’il frappe une blessure ouverte. Mon frère est bien mon frère, et je me sens capable de revenir sur mes pensées précédentes concernant la pureté de ses pensées. Ce frère qui me fait face n’est plus l’innocent naïf que j’ai pu connaître. Mais ce frère a raison. Quelque chose me liait déjà à Azzura avant que je ne la rencontre, et cette corde comme il la nomme, je la sens toujours qui me lie et qui m’attire vers elle. Amer, je ne peux que me taire. Et me concentrer sur mon poing qui se sert, sur un point fixe au loin, et sur ma respiration erratique et crispée. « Tu l’aimes, n’est-ce pas ? Alors finalement, de nous deux, il semblerait que ce soit toi l’idiot. » Je toise mon frère cherchant dans ses yeux quelque chose, n’y trouvant que de l’insondable. Si je l’aime ? Je préfère fermer les yeux. Si je l’aime ? J’avale ma salive, entrouvre les lèvres, mais me ravise avant d’avoir pu prononcer le moindre mot. Si je l’aime ? Je soupire, et fais volteface. Je refuse de répondre à cela. La fuite ? Evidente. Logique. Limpide et si accessible. Si lâche. Et bien, je ne suis plus à ça près, de toute manière. Je fais quelques pas. Passe la barrière. M’arrête pour m’y appuyer et chasser de mon esprit ce qu’Orfeo a pu me dire. Je me déteste, et comme je ne peux garder ce mépris pour moi, je l’épanche sur les autres ; voilà mon problème. Ou une partie, une infime partie, du moins. Je me tourne finalement vers mon frère, ôtant mes lunettes de soleil, laissant la fatigue marquer mes traits dans un instant de vulnérabilité que je laisse éclore. « Que je l’aime importe peu. Comme tu l’as si bien dit, elle ne pourra pas aimer quelqu’un comme moi, et je me suis enfoncé bien trop loin pour pouvoir redevenir le père de Zaïra. Il faut se rendre à l’évidence, trop de siècles ont passé pour que nos liens nous lient encore solidement. Nous devons parvenir à oublier, pour refaire chacun notre vie avec ce que nous sommes devenus et non ce que nous étions. Je ne veux pas avoir à lui courir après. Elle ne veut pas de moi et se complait dans les bras d’un autre ? » J’hausse les épaules. « Et bien je vais m’y faire. Qu’elle soit heureuse, c’est l’important, j’imagine. » Je n’y crois pas trop. Je veux que son bonheur soit lié au mien, je veux retrouver ce que nous étions, je veux retrouver ses sourires, sentir à nouveau au creux de mes mains ses courbes que je connais si bien, et avoir l’exclusivité de ce qu’elle est. Qu’elle soit heureuse, c’est ce que je veux. Mais pas sans moi. Je suis peut être égoïste, narcissique, égocentrique, mais c’est ainsi. Et même si j’imagine qu’il serait sensé de passer à autre chose, une partie de moi ne peut s’y résoudre. « Alors oui, de ce point de vue là, elle ne compte plus. Et le sujet est clos. Définitivement. » J’ignore pourquoi je lui ai dit tout cela, mais une chose est sûre : le sujet est clos et je compte bien faire en sorte qu’il le reste. J’hésite cependant une fraction de secondes, avant de lâcher d’une voix traînante d’incertitude. « Elle est à l'hôpital, tu sais ? Essaye de passer la voir, s’il te plait. Ca lui ferait plaisir. Je pense. »


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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Mar 6 Mai - 12:43




Ses mots fusent comme autant de balles sifflant furieusement aux oreilles de son frère. Il tire à l’aveugle et pourtant, chaque fois, il fait mouche, tant et si bien qu’un ordre semble émerger peu à peu de ce chaos ambiant. Méthodiquement, il s’attaque aux remparts de son aîné, derniers bastions d’une âme rongée par les remords et les regrets. Rivalisant d’insolence, il pose un index accusateur sur les plaies béantes de son bourreau, enflammant la chair à vif. Sournoisement, il met en exergue sa ressemblance avec le patriarche… Touché. Avec un aplomb incroyable, il invoque le fantôme de l’enfant… Touché, là encore. Comble de l’audace, il ose évoquer celle dont la trahison est venue ébranler les certitudes de ce gamin gonflé d’orgueil… ! Touché… Coulé. Il vient de remporter la partie, il le sait. Pourtant, cette petite victoire lui laisse un goût amer. Impassible, il observe son héros sauter agilement par-dessus la barrière avant de se tourner vers lui. Il le regarde, son cher surhomme, alors même qu’il ôte ses lunettes de soleil, une manière comme une autre de rendre les armes. « Que je l’aime importe peu. » Sa bouche se tord en un petit rictus. Au contraire, Rafaele, c’est essentiel ! C’est là tout ce qui différencie l’homme de l’animal.   « Comme tu l’as si bien dit, elle ne pourra pas aimer quelqu’un comme moi, et je me suis enfoncé bien trop loin pour pouvoir redevenir le père de Zaïra. Il faut se rendre à l’évidence, trop de siècles ont passé pour que nos liens nous lient encore solidement. Nous devons parvenir à oublier, pour refaire chacun notre vie avec ce que nous sommes devenus et non ce que nous étions. Je ne veux pas avoir à lui courir après. Elle ne veut pas de moi et se complait dans les bras d’un autre ? Eh bien, je vais m’y faire. Qu’elle soit heureuse, c’est l’important, j’imagine. »

Face à cette confession, il se contente de secouer lentement la tête en signe de dénégation.  Pauvre Rafaele… Quel bien piètre menteur tu fais ! Crois-tu seulement à toutes ces fables dont tu nous abreuves ? Nul besoin de pénétrer cet esprit torturé pour être rendu témoin de la tempête qui y fait rage. Il suffit, pour cela, de croiser ces deux grands yeux bleus, comme autant de fenêtres ouvertes sur sa lente agonie. Face au désespoir de l’aîné, le plus jeune se trouve désarmé. D’aucuns se seraient sans doute aisément laissé berner par ce tissu d’inepties déblatérées d’un ton monocorde. Pas lui. Car il sait, mieux que quiconque, que le bonheur de Rafaele est intimement lié à celui d’Azzura… et vice versa. Dès son plus jeune âge, il avait été le témoin muet et privilégié des ravages causés par cette passion dévorante et destructrice. Sans doute n’avait-il été mis dans la confidence que de manière involontaire, sa bêtise faisant de lui un être inoffensif, incapable de nuire au bonheur des deux amants. Sans tout comprendre des conflits d’adultes qui se jouaient autour de lui, il avait très tôt perçu la valeur inestimable de ce secret. Pendant toutes ces années, il l’avait gardé au plus profond de lui, comme son bien le plus précieux, sans jamais le trahir, allant même jusqu’à l’emporter avec lui dans les méandres de Darkness Falls. Délivré de cet enfer – et enfin affranchi de son handicap –  il avait tenté d’analyser ses souvenirs à la lumière du nouveau regard qu’il portait sur le monde. Mais force était de constater que la violence de ce sentiment que l’on appelle « amour » dépasserait à jamais son entendement. Et pour cause ! La façon dont ces deux âmes se fondaient l’une en l’autre pour ne former plus qu’une n’avait rien de rationnel.  

A plusieurs reprises, il ouvre la bouche… pour la refermer aussitôt. Les quelques mots réconfortants qui lui viennent à l’esprit lui semble dérisoires. Il aimerait dire à son frère que les deux cornes qu’il voit percer son front ne sont que le fruit de son imagination débordante, alimentée par le manque et la jalousie… ! Mais à dire vrai, il n’en sait rien. Les images défilent dans son esprit, lui arrachant un long frisson de dégoût, celui-là même qui s’était emparé de lui la première fois, l’exhortant à se détourner de l’écran. Voilà pourquoi il ne met presque jamais les pieds au Masquerade, par peur d’apercevoir cette silhouette vénérée se déhancher à moitié nue sous les cris bestiaux d’une foule en délire, par peur de voir les pulsions primitives de ces vulgaires primates se refléter dans son propre regard. A l’heure où son intelligence dépasse de loin sa maturité émotionnelle, il ne peut se défaire totalement du sentiment de malaise généré par cet Œdipe non résolu. Il soupire tout en esquissant un geste pour tenter de se relever péniblement. Il ne peut pas croire à la trahison d’Azzura et, pourtant, il ne peut apporter la moindre preuve susceptible d’appuyer cette vague intuition. Sans doute devrait-il la questionner lui-même… ? Il ne peut s’y résoudre. En dépit de la force du lien qui le relie à la jolie sorcière, il subsiste entre en deux une certaine pudeur, mêlée à un profond respect. Il ne tient pas à endosser le rôle de confident. Il tient beaucoup à cette aura de pureté qui semble toujours émaner d’elle. Il se refuse à la voir autrement.

« Alors oui, de ce point de vue-là, elle ne compte plus. Et le sujet est clos. Définitivement. » Il sursaute légèrement. Perdu dans ses pensées, il en avait presque oublié la présence de son frère. « Arrête. Tu es pathétique. Qui espères-tu convaincre, au juste… ? » le sermonne-t-il dans un petit reniflement dédaigneux. Mais la fin de sa phrase est en partie étouffée par le ton grave de son aîné.  « Elle est à l’hôpital, tu sais ? » Cette révélation lui fait l’effet d’une gifle. « Qu… Quoi ? Qui ça ? » Question rhétorique, bien entendu. D’ailleurs, Rafaele ne jugera pas utile d’y répondre. « Essaye de passer la voir, s’il te plait. Ça lui ferait plaisir. Je pense. » Accablé par le poids de cette nouvelle, il croit presque sentir le sol se dérober sous ses pieds. « Tu te fiches de moi ?! » s’exclame-t-il d’une voix blanche tout en se raccrochant in extremis à la barrière entourant la pelouse du stade. S’agit-il encore d’une ruse de la part de son frère ? Au plus profond de lui, il sait bien qu’une telle inquiétude ne peut être feinte. « Pourquoi personne ne m’a rien dit, hein ? » crache-t-il avec colère. Furieux, il vient croiser ses mains derrière sa nuque avant de tourner le dos à son aîné, le temps de faire quelques pas dans l’herbe, dans l’espoir de recouvrer son calme. « Pourquoi personne ne me dit jamais rien ? » hurle-t-il enfin tout en faisant volte-face. Tandis qu’il se sent redevenir ce gamin idiot et indigne de confiance, le monstre semble sortir lentement de sa léthargie.   « J’hallucine ! » Il éclate d’un petit rire sardonique tout en venant frapper son front de sa main. « Pendant tout ce temps, tu n’as cessé de geindre et de te plaindre alors qu’elle… ! » La fin de sa phrase reste en suspens. Puis, la sentence finit par tomber : « Je ne croyais pas si bien dire, tu n’es qu’un monstre d’égoïsme ! »

Ce faisant, il esquisse un coup de poing rageur dans le vide. Cette colère, qui se déverse en cascade de ses lèvres, se trompe d’objet, il en est bien conscient. S’il s’époumone ainsi contre son frère, c’est avant tout pour étouffer la voix de sa propre conscience venue l’accabler de reproches. A quand remonte sa dernière visite au Masquerade ? Le silence intérieur qui suit cette interrogation constitue déjà une forme de réponse en soi. Au cours des derniers siècles, Azzura avait veillé sur lui, le protégeant de toutes les menaces extérieures, parfois au péril de sa propre vie. A l’heure où tant d’autres le méprisaient, elle l’avait enveloppé d’un amour maternel dont il était devenu dépendant au fil des ans, un dévouement dont il n’était peut-être pas digne, en fin de compte. Il laisse échapper un nouveau soupir tout en portant une main à son front, alors même que la cruelle vérité lui saute violemment au visage. Il n’est qu’un puits, un puits sans fond, incapable d’épancher sa soif d’affection, destiné à recevoir cette tendresse sans toutefois être capable de donner à son tour. « Que s’est-il passé ? » demande-t-il enfin, une fois calmé. Alors seulement il se tourne vers son frère pour soutenir son regard.


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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Jeu 8 Mai - 9:57



Je suis fatigué. Fatigué de lutter, fatigué d’attaquer, fatigué de faire face à ceux qui peuvent m’en vouloir. Et de fait, ils sont nombreux. Pourquoi ne veulent-ils pas simplement… effacer ce qu’il s’est passé ? Pourquoi s’acharne t il à appuyer dans les plaies béantes qui me marbrent, avec la minutie du bourreau que je suis ? A croire que les rôles se sont inversés, mais je ne trouve aucun soulagement face à cette situation inhabituelle. Un petit persécutant son aîné, un petit frère renversant son aîné, Orfeo, tout simplement, me battant à plate couture. Seule réponse possible à cela ? La fuite. Je ne peux pas répondre à la question de mon frère sans me perdre, je ne peux articuler un acquiescement ou dérouler une signe de dénégation face à son Tu l’aimes, n’est ce pas ? qui brille de candeur, d’innocence… non. Qui brille tout simplement de sadisme et de ce pouvoir que peuvent avoir les Renzacci sur ceux dont ils ont ferré la faiblesse. Mon Grand Père a du, à un moment donné, prononcer ces mots là lui aussi. Avec certainement bien plus de mépris dans sa voix qu’Orfeo, avec bien plus de haine dans ses yeux, mais il a du les prononcer. Sauf qu’à l’époque, j’avais du trouver le courage de le regarder droit dans les yeux et de lui dire que oui j’aimais Azzura, et que non il ne pourra jamais me faire changer d’avis. Je fuis, donc, franchissant la barrière, posant un pied sur les marches. Me ravisant. Pour expliquer la situation à mon petit frère, admettant pour une fois que je lui dois bien ça, sachant pertinemment que ce n’est pas la seule raison qui me fait me retourner pour lui parler, augmentant un peu plus la confusion dans mon esprit quant à mes actes. « Que je l’aime importe peu. » m’entends-je lui dire. Ma réponse, plus développée que ces quelques mots mais guère plus porteuse de sens ne semble pas lui plaire. Le voilà qui secoue la tête, me faisant légèrement froncer les sourcils. Que croit-il ? Que j’attendais un quelconque assentiment de sa part ? J’enchaîne, concluant brutalement sur sujet et m’apprêtant à enfin fuir définitivement cette arène où je me suis laissé prendre au piège. « Arrête. Tu es pathétique. Qui espères-tu convaincre, au juste… ? » Je pourrais ricaner face à cette pseudo-remontrance, je pourrais lui répondre que j’espère me convaincre moi-même dans un premier temps, mais il n’en est rien. Je me contente d’hésiter, et de penser à quelqu’un d’autre que moi pour une fois. En apparence. Elle est à l’hôpital psychiatrique. « Qu… Quoi ? Qui ça ? » Je poursuis, sans daigner donner l’impression de l’avoir entendu. Il n’y a pas d’ambigüité possible quant à la personne dont je parle. Va la voir, petit frère, va la voir, je n’en ai pas le droit. Dure réalité à laquelle j’ai du faire face. On m’a interdit tout droit de visite pour le moment et si pendant des décennies j’ai été guidé par la liberté lupine et ma bestialité désintéressée, qu’il m’est facile de plier à nouveau devant l’autorité de l’Alpha. « Tu te fiches de moi ?! » L’exclamation de mon frère me fait sursauté, et je m’arrête sur les marches que j’étais en train de grimper. La fuite ne me sera-t-elle jamais possible ? « Pourquoi personne ne m’a rien dit, hein ? » Je descends d’une marche, l’incompréhension se dessinant sur mon visage. Comment ça, personne ne lui a rien dit ? Que croit il ? Le voilà qui s’écarte de la barrière, pour retourner fouler l’herbe et certainement s’éloigner de moi. « Pourquoi personne ne me dit jamais rien ? » Le voilà qui recommence à hurler, vrillant mes tympans sensibles par ses geignements. « J’hallucine ! Pendant tout ce temps, tu n’as cessé de geindre et de te plaindre alors qu’elle… ! Je ne croyais pas si bien dire, tu n’es qu’un monstre d’égoïsme ! » Devant son coup de poing sans cible, je reste pantois. Incrédule. Ai-je vraiment bien entendu ? « Plait il ? » Je n’en reviens pas. Il m’accuse de ne pas le lui avoir dit plus tôt ou bien, est ce que je me trompe sur la raison de sa colère subite ? « Mais cesse de te prendre pour le centre du monde. » Rafaele, tu es conscient que c’est l’hôpital qui se fout de la charité, là. Très légèrement. « Et cesse de te comporter comme un gamin capricieux. T’écoutes tu parfois parler, prends tu conscience des bêtises que ta bouche émet lorsque tu n’y prends pas garde ? » Tais-toi, Rafaele. On dirait ton grand père. J’inspire pour me taire et contrôler l’exaspération qui me met à fleur de peau.  Ma voix a retrouvé de son contrôle, lorsque je reprends légèrement sarcastique. « Tu n’étais pas au courant ? Et bien maintenant, tu l’es. Concentre toi sur l’important, pas sur ta frustration et ta vexation de gamin puéril et capricieux. » Je descends une marche, puis deux. Un soupir de sa part, mon ouïe animale s’attarde sur ses mots pour en comprendre le sens. « Que s’est-il passé ? » Je prends le temps de choisir mes mots. Que s’est il passé ? J’aimerais moi aussi le savoir dans les moindres détails. Etrangement, j’ai réagi presque comme Orfeo. Pourquoi n’ai-je pas été mis au courant, pourquoi me garde ton éloigné des sujets sensibles voire simplement des sujets liés aux Nightkeeper… Autant de questions que je n’ai pas manqué de poser au Président et qui se sont vues obtenir des réponses toutes aussi agressives que celles que je viens d’offrir à mon petit frère. Cesse donc de te croire plus important que ce que tu ne l’es, Rafael, et fais ton travail comme nous le souhaitons. Jamais encore je n’avais eu l’impression d’être autant asservi à cet homme que je ne vois pourtant que comme un être à manipuler. Mais aussi comme l’Alpha. Capable de m’infliger des décharges sur un simple ordre, de me rendre fou de douleur comme les premières semaines après l’implantation de la puce, le temps que je comprenne et surtout que le loup comprenne vers où allait mon intérêt, et à qui je devais me soumettre. Cesse donc de te croire plus important que ce que tu ne l’es Violente réalité que je m’étais pris dans la figure. Tu n’es plus le prince que tu as pu être. Mes lèvres se pincent à cette pensée. « Tu l’as vue comme moi : elle a tué un homme. Et dans cette merveilleuse époque, si tu tues sur un ordre, tu es récompensé. Si tu tues sans ordre… tu es hospitalisé. » Est-ce de l’amertume que je entends dans ma voix ? Très certainement. « Et avant que tu ne m’accuses encore une fois, de lâcheté, égocentrisme ou de quoi que ce soit d’autre, sache que j’ai déjà tenté d’aller la voir, et utilisé une bonne partie de mes contacts pour avoir accès à son dossier. » Et c’est un échec cuisant. « Seulement, certains sont parvenus à mâter le loup. On m’a fait remarquer que le seul droit que j’ai, c’est de savoir que je n’ai aucun droit à ce sujet. » L’amertume est clairement là, cette fois. Nul doute à avoir à ce sujet. Je m’humecte les lèvres, en détournant le regard de la silhouette de mon frère, hésitant entre continuer mon escalade des gradins et redescendre dans le stade. Je coupe la poire en deux, finalement, en m’appuyant sur un des sièges délabrés qui peuplent le stade fantôme. Que s’est il passé. « Si tu vas la voir, ne lui dis pas que c’est moi qui t’en ai informé. Mais donne-moi de ses nouvelles. » Je cherche dans la poche de mon costume l’une des cartes de visite que l’on a faite à mon nom. Mes doigts heurtent une feuille de papier qui n’a rien à faire là, et je la sors en même temps que la carte de visite. Pliée en quatre, je fronce les sourcils. Ce doit être un dessin, comme il peut tant y en avoir dans ma villa. Dans mes affaires. Dans mon bureau. Azzura je présume. Sans la déplier, je froisse la feuille et la remet à sa place, au fond de ma poche. La carte prise entre deux de mes doigts, je note l’absence de vent et la lui envoie, observa le carton plastifier fendre l’air, planer, tourbillonner et atterrir dans l’herbe.

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MessageSujet: Re: Cause you have turned into my best enemy... [Rafael]   Jeu 8 Mai - 18:55





« Mais cesse de te prendre pour le centre du monde. Et cesse de te comporter comme un gamin capricieux. T’écoutes-tu parfois parler, prends-tu conscience des bêtises que ta bouche émet lorsque tu n’y prends pas garde ? » Sous le poids de ces remontrances, il courbe légèrement l’échine. L’inflexion de la voix de son frère lui en rappelle une autre, comme venue d’outre-tombe. L’enfant qui sommeille au fond de lui recule de quelques pas. Le monstre, lui, refuse de se soumettre. « Tu n’étais pas au courant ? Eh bien maintenant tu l’es. Concentre-toi sur l’important, pas sur ta frustration et ta vexation de gamin puéril et capricieux. » A mesure que son aîné déverse son venin, il peut sentir cette veine palpiter furieusement contre sa tempe, dans une série de battements allant crescendo. Le monstre grogne, s’impatiente. L’enfant le rabroue sans plus de cérémonie, avec une fermeté que nul ne lui connait. Il a raison. Concentre-toi sur l’important. Concentre-toi sur Azzura. Face à cette démonstration implacable, le monstre ne peut que ranger ses griffes. Car à la vérité, il ne dispose d’aucun grief à retenir contre la jolie sorcière, si ce n’est d’être celle dont la seule présence suffit à purifier cette âme qu’il s’évertue à pervertir. Enfin, l’aîné se tait, laissant le cadet seul aux prises avec cette culpabilité qui ne dit pas son nom. Son calme retrouvé, il se tourne vers son bourreau, en quête de réponses.

« Tu l’as vue comme moi : elle a tué un homme. » Ses sourcils, légèrement froncés, forment presque une droite venue souligner son incrédulité. Il ouvre la bouche, dans l’intention plus qu’évidente de réclamer quelques éclaircissements. Il n’en aura pas besoin. Peu à peu, les images lui reviennent en mémoire, comme autant de pièces venues compléter ce puzzle et donner un sens à l’ensemble. Cette silhouette dévorée par les hautes herbes. Ce visage ravagé par d’interminables nuits blanches. Ce regard, étrangement habité. Ce coup de feu, venu briser le silence. « Attends… Tu penses sérieusement que… ? » murmure-t-il, plus pour lui-même que pour son frère. « Et dans cette merveilleuse époque,  si tu tues sur un ordre, tu es récompensé. Si tu tues sans ordre… tu es hospitalisé. » Il laisse échapper un petit ricanement moqueur. « Dans ce cas, j’imagine que les coupes et les médailles pullulent sur les murs de ton appartement ! » crache-t-il, les dents serrées, sous la dictée du monstre dont la soif de vengeance demeure encore inassouvie. Plongé dans ses réflexions, il ne s’attarde pas davantage sur le sujet. Dans son esprit, l’enregistrement vidéo tourne en boucle, encore et encore, jusqu’à ce que les images deviennent de plus en plus floues, comme un souvenir usé pour avoir trop servi. Dans sa grande naïveté, l’enfant s’était persuadé du fait que tout cela n’était qu’une vaste manipulation : le meurtre, l’infidélité… Cette figure maternelle ô combien vertueuse ne pouvait être coupable de ces crimes. Se serait-il trompé… ?    

« Et avant que tu ne m’accuses encore une fois, de lâcheté, d’égocentrisme ou de quoi que ce soit d’autre, sache que j’ai déjà tenté d’aller la voir, et utilisé une bonne partie de mes contacts pour avoir accès à son dossier. » Il croise les bras sur sa poitrine tout en haussant légèrement un sourcil, témoignant de son mépris au moins autant que de sa surprise. « Seulement certains sont parvenus à mâter le loup. On m’a fait remarquer que le seul droit que j’ai, c’est de savoir que je n’ai aucun droit à ce sujet. » Une fois de plus, il éclate d’un petit rire moqueur. A dire vrai, la situation n’a rien de comique, bien au contraire. Pourtant, il ne peut s’empêcher de ressentir une étrange félicitée à l’idée de voir ce dominant se laisser dominer à son tour. « Je vois. Tes petits copains du gouvernement ont finalement réussi à mâter le loup qui sommeille en toi. Alors tu es rentré dans ta tanière, la queue entre les jambes. Voilà une démonstration de courage qui force l’admiration ! » Se faisant, il frappe dans ses mains à plusieurs reprises, laissant à l’écho le soin de répercuter sa moquerie d’un bout à l’autre du stade. Comme si ce n’était pas assez, il ajoute, alors même que ses lèvres s’étirent en un sourire goguenard : « Il serait fier de toi, tu sais. »

Le monstre jubile tout en regardant son ennemi prendre la fuite à travers les gradins. L’enfant, lui, demeure préoccupé. Le passage d’une main le long de sa nuque vient trahir l’inquiétude qui lui noue l’estomac. Un long frisson le saisit alors même qu’il tente de se figurer ce qu’Elle est en train de vivre. Il doit se rendre à l’hôpital. Dès que possible. Les propos de son frère le poussent presque à se demander s’il n’a pas formulé cette résolution à voix haute. « Si tu vas la voir, ne lui dis pas que c’est moi qui t’en ai informé. » Nouveau rictus. Pourquoi Rafaele s’obstinait-il à camoufler ses bonnes actions et à enjoliver ses crimes ? « Mais donne-moi de ses nouvelles. » Perplexe, il le regarde plonger sa main dans la poche de son costume flambant neuf pour en retirer ce qui semble être une vulgaire feuille de papier, négligemment pliée en quatre. Pourtant, le projectile qui vient heurter le sol, à quelques mètres de lui, quelques secondes plus tard, est beaucoup plus petit. Il hésite un instant avant de consentir à se baisser pour ramasser le petit carton plastifié. Une carte de visite, signe que cette entrevue – ce combat ? – touche à sa fin. Songeur, il la fait lentement tourner entre ses doigts.

« C’est tellement… toi. », conclut-il finalement, après un long silence. « Incapable de te battre pour ceux que tu aimes. Toujours prêt à retourner ta veste, à embrasser la facilité, obnubilé par ton petit confort matériel. » Là-dessus, il désigne le carton plastifié d’un léger signe de tête. Garden district, le temple des villas luxueuses avec balcons, terrasses et piscines – s’il vous plait ! Dans un soupir vibrant d’amertume, il songe aux différents taudis qui l’ont accueilli ces deux dernières années. Même en se saignant aux quatre veines, il n’aurait pas les moyens d’habiter ne serait-ce que la plus petite demeure de ce quartier huppé. Au prix d’un immense effort, il parvient finalement à détacher son regard de la carte de visite pour reporter son attention sur son frère, tout transpirant d’arrogance dans son petit costume de haute facture. En définitive, les notions de Bien et de Mal n’existent pas chez cet homme. Seuls comptent l’argent et le pouvoir. Dans un petit sourire désabusé, il songe à cette légende gréco-romaine. Oui, Rafaele, tu es une sorte de réincarnation de ce bon vieux Midas, cupide… et stupide ! A la différence près que tout ce que tu touches se change en cendres… Il n’est pas assez fou pour formuler cette ultime provocation à haute et intelligible voix.

« N’aie crainte. Je ne lui parlerai pas de toi. », promet-il enfin. Là-dessus – et avec un aplomb incroyable – il déchire la carte de visite en une multitude de petits morceaux qu’il envoie se perdre aux quatre coins du stade. Puis, il glisse ses mains dans ses poches avant de tourner les talons pour s’éloigner à grandes enjambées dans la pelouse laissée à l’abandon. L’ombre d’un sourire s’étire lentement sur ses lèvres alors même qu’il resonge à l’épilogue de leur précédente rencontre – la première depuis des siècles. En décidant de lui-même de mettre un terme à cette joute verbale, il prend l’ascendant, il le sait. Jusqu’à leur prochaine altercation, du moins. Avant de quitter définitivement l’enceinte du Superdome, il s’appuie un instant contre les grilles qui en marquent l’entrée. Tel un boxeur quittant le ring, il sent les bienfaits de l’adrénaline l’abandonner peu à peu, réveillant la douleur infligée par cette lutte fratricide. L’instant d’après, il reprend sa route, conscient du fait qu’il laisse une part de lui-même, dans ce stade, auprès de ce frère… qu’il ne peut s’empêcher d’aimer, envers et contre tout.

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