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 What's up, Doctor? Time for a little spy game... [PV]

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MessageSujet: What's up, Doctor? Time for a little spy game... [PV]   Sam 12 Avr - 9:16

Le véhicule filait à toute vitesse dans les rues de la grande cité, usant de son privilège de voiture officielle en mission commandée pour passer les carrefours sans même se préoccuper de ce qui se passait tout autour. Parti du centre des affaires au sein duquel se dressaient les deux tours jumelles, impressionnant fief du Gouvernement, le Navigator noir aux vitres fumées faisait vrombir son moteur pour parcourir la distance qui le séparait de sa destination, située non loin de son office, mais Jonas avait bien l'intention d'abuser quelque peu des privilèges dont il était pourvu désormais

Assis à l'arrière de l'habitacle, Jonas, tête dénudée, observait le paysage qui défilait de l'autre côté des fenêtres assombries par le teint, silencieux, alors que le chauffeur menait son véhicule d'une main ferme et assurée. Après de nombreuses journées passées à déambuler ca et là dans la cité, le temps de l'errance était loin derrière lui désormais. Fini le vagabond survivant des Falls et de la déchéance de New York, fini l'inquiétant rôdeur arpentant les milliers de kilomètres de contrées entre les deux villes. Le scandinave avait, par la grâce des choses ainsi qu'une bonne dose de volonté, changé son statut et peut-être même sa destinée au sein de cette époque qui n'était pas la sienne. Intéressé et intrigué par l'existence du Gouvernement, Jonas s'était volontairement rendu auprès des autorités pour offrir ses services à ce système politique. L'appel du pouvoir chez le sorcier était toujours tenace, même après tant d'années passées à n'être rien d'autre qu'un simple individu, survivant, sans but. Et dans ces tours représentant le pouvoir en place dans cette contrée et à cette époque, il fut donc normal pour le Mage de tenter d'y trouver une place afin de devenir acteur de ce pouvoir, tel qu'il le fut dans son passé glorieux.

Après plusieurs journées longues faites d'évaluations diverses auxquelles le Mage fut soumis, une longue entrevue vint clore cette période durant laquelle, présenté devant un conseil d'instance, sous surveillance et autorisation des membres du pouvoir. Il apprit ce que le Gouvernement attendait de lui, de son engagement, de sa volonté et de son abnégation à le servir sans la moindre concession. En ces instants, Jonas put prendre conscience de la dimension de ce pouvoir, de comprendre à quel point, malgré son âge, son expérience et ce qu'il fut autrefois, ce pouvoir n'avait rien de commun avec ce qu'il imaginait. Il n'était rien en comparaison, il n'était qu'un simple pion qu'on venait de poser sur un échiquier, mais un pion quelque peu particulier toutefois. Car par la grâce de certains résultats de son évaluation, le conseil d'autorité, représenté par une dizaine de personnes masquées à son regard afin de préserver leur anonymat sans doute, avait jugé le scandinave comme une personne inflexible et obstinée, aux tendances impulsives mais possédant un sens de l'observation évident, un esprit fouineur, une tenacité redoutable et le plus important, une dose terrifiante de froideur idéale pour apporter la peur de la répression dans le coeur des gens. Si en premier lieu une éventuelle affectation auprès des équipes d'interventions spécifiques, les Shadowhunters, fut évoquée, certains autres semblèrent plus enclin à lui faire rejoindre les forces de polices locales. Mais l'intervention d'un des membres du conseil bouscula les débats. Ce personnage mystérieux entre tous glissa une idée qui ne laissa personne indifférent dans l'assistance, une solution que Jonas lui-même ne comprit que plusieurs après sa nomination officielle.

Selon le journal officiel du Gouvernement, Jonas Marcus Crane avait été nommé au sein de la Commission Politique, une instance nouvellement créée avec le poste du Mage qui endossait le seul et unique poste de fonctionnaire associé à cette entité, dont la mission était de veiller sur le respect et l'application de la politique gouvernementale dans toutes les instances représentatives, avec le droit de repression immédiate. Ainsi, le Gouvernement développait une nouvelle forme de police, non plus chargée de traquer les contrevenants aux lois ou les ennemis et menaces extérieures, mais déployait une nouvelle autorité chargée de traquer les brebis galeuses parmi ses agents et fonctionnaires. Une mainmise parfaitement totale sur l'ensemble de la structure à laquelle Jonas allait devoir prêter sa main de fer. Mais cette fonction, lui assurant quelques petits avantages qu'il n'avait pas refusé, avait en réalité un double fond, un revers très spécifique que seul un petit comité connaissait réellement, principalement constitués de membres du conseil d'autorité et d'évaluation. Au sein de cette civilisation, il existait un certain nombre d'individus vivants tels de simples particuliers, mais dont les métiers ou leur fonction leur assurait une certaine capacité d'observation que le Gouvernement se plaisait à employer afin d'obtenir des informations importantes vis à vis des menaces éventuelles issus de groupuscules résistants à son autorité ou de personnes à capacités extraordinaires. Pour obtenir ces informations, les autorités avaient besoin d'un intermédiaire, un récupérateur et émetteur chargé de faire la liaison entre les agents et le pouvoir en toute discrétion, avec autorité pour agir librement selon les volontés du pouvoir en place.

Entre l'officiel et l'officieux, il y'avait un gouffre énorme que Jonas devait combler seul, avec efficacité et fermeté, et dans les termes du contrat reliant le Mage et ses employeurs, il existait de nombreuses zones d'ombres que peu auraient osé évoqué. Pire encore, même Jonas ignorait que certains édits de l'accord signé entre les deux parties le concernaient directement, même si, loin d'être idiot, il pouvait se douter par lui-même que les instances n'accorderaient pas leur confiance avec aisance, et que des preuves, il allait devoir en fournir. Jonas, comme tout autre agent ou fonctionnaire, était un nouveau pion, un pion spécifique pouvant agir sur le plateau de jeu comme autour, mais il restait néanmoins un pion commandé. Quels pouvaient-donc être les termes réels de l'accord entre le Mage et le Gouvernement, la totalité des articles du contrat d'engagement....il était encore trop tôt pour le dire. Jonas devait en premier lieu prendre réellement conscience de sa fonction, de son importance et des enjeux liés à elle, et prendre définitivement pied au sein de cette époque qui devait désormais être la sienne. Vivre avec son temps...

L'intérieur du SUV était des plus spacieux et confortable, sans parler de ce fond d'air frais qui offrait un agréable contraste avec l'extérieur moite et chaud de la Nouvelle-Orléans. Depuis quelques minutes, Jonas, parfaitement à l'aise dans ce siège de cuir noble, était plongé dans une lecture très peu ordinaire, les yeux rivés dans le dossier ouvert qui trainait sur le siège voisin depuis le début du voyage. La reliure cartonnée, estampillée d'un logo "Confidentiel-Classifié", comportait un maigre tas de feuillets recouverts de différents imprimés, ainsi qu'une photographie agrafée sur l'un des rabats. Tout en parcourant les différentes lignes, le fonctionnaire nouvellement nommé mémorisait essentiellement certaines données clés qui lui était nécessaire de connaître. Après tout, la personne concernée par ce dossier classé n'était autre que celle vers laquelle roulait le véhicule et son occupant.
Noah Meadow
Médecin Psychiatre
Spécialiste des analyses des comportements et déficiences mentales dangereuses
Médecin de liaison au sein de l'Hospice Psychiatrique de l'Advent Hospital
Ces informations-là, Jonas ne les comprenait guère, car il n'avait pas réellement connaissance de ce que pouvait être un psychiatre et encore moins à quoi il pouvait servir. En revanche, l'un des feuillets suivants attira son attention plus que les autres. Celui-ci était agrémenté d'un ensemble de mentions classifiées sur son pourtour. Il en prit connaissance rapidement et ferma la chemise cartonnée avant de la disposer dans un compartiment de rangement qui émergeait du fond du véhicule à côté de sa jambe droite.

-Nous arrivons à l'Hopital Monsieur, annonça le chauffeur en laissant dériver temporairement son regard dans le rétroviseur central

Jonas acquiesça et regarda le bâtiment vers lequel se rendait désormais le Navigator, en parcourant l'allée qui conduisait devant l'entrée du complexe hospitalier, situé plus loin, en retrait de la route, au sein d'un vaste bosquet duquel émanait une certaine tranquilité. Sur un virage parfaitement négocié, le chauffeur amena le tout-terrain luxueux devant le perron et laissa tourner le moteur en attendant que son passager descende du véhicule. Une maison de fous dans cette infrastructure? Dans quoi donc s'était-il fourré cette fois. En ce jour, le nommé Meadow exercait au sein de cette institution quelques temps par semaine, et pour cette fois où le mage s'était décidé à prendre contact avec lui, la rencontre devait se faire dans un milieu occupé par des malades mentaux mélangés avec des blessés et des mourants.Qu'importe, ce n'était là qu'un détail dont Jonas n'avait que faire. Mais pourquoi donc le rencontrer pouvait-on se dire....En réalité, tout s'expliquait par ses nouvelles fonctions au sein du gouvernement. A sa prise de poste, dans les locaux de la Commission Politique dont il était encore le seul et unique occupant, situés au cinquième étage de la Tour A du complexe gouvernemental, Jonas avait immédiatement eu accès à certains dossiers classifiés, transmis directement par les autorités, faisant partie d'une liste non-officielle et hautement sécurisée comportant un certain nombre de noms de personnes exercant sous couverture une mission d'agent infiltré chargé de recueillir différentes informations sur d'éventuelles menaces contre le pouvoir en place. Dans la mesure ou son poste officiel de Commissaire Politique avait été naturellement divulgué, ses fonctions d'agent de renseignement et de liaison n'avait bien entendu pas obtenu ce privilège, et les différents personnages présents sur la liste se devaient donc d'être avertis des quelques changements qui les concernaient directement. La liste n'étant pas très fournie, les différentes visites ne lui prendraient guère de temps, ce qui convenait parfaitement au Mage, peu intéressé par les jérémiades que cela pourrait éventuellement engendrer. Sa place, il avait fini par la trouver, elle lui promettait de moments bien plaisants, mais encore fallait-il atteindre ces instants qu'il attendait, non sans une certaine impatience

Le chauffeur était sorti de l'habitacle et maintenait la portière arrière ouverte afin que son passager puisse s'extirper du véhicule avec ses effets, sa canne et son long imperméable. Aussitôt debout, il enfila la longue gabardine sombre et chercha dans sa poche intérieure l'un de ces cigares qu'il appréciait de plus en plus. Il l'alluma sans perdre de temps et esquissa un geste de remerciement de la tête à l'adresse de son chauffeur qui reprit place derrière le volant, et sans demander son reste, alla garer le Navigator non loin de l'entrée. Le nouveau Commissaire Politique jeta un dernier coup d'oeil sur la facade du batiment et sur les alentours avant de rentrer dans l'hopital, les bouffées de fumées s'élevant dans l'air lourd.

Un vaste hall fut à traverser avant de rejoindre le pupitre de l'accueil, et d'un pas rapide, Jonas franchit la distance, frappant régulièrement le sol carrelé avec sa canne dont le bruit mat résonnait dans la gigantesque pièce. En arrivant devant le comptoir, le fonctionnaire attrapa dans la poche de son pantalon son insigne et sa carte qu'il présenta au préposé avec un geste précis, pour lequel il s'était entrainé quelques heures, seul dans son bureau.

-Jonas Crane, Commission de Surveillance, s'annonça-t-il sèchement avec une politesse de forme, montrant son désir de ne pas perdre de temps inutilement.Il me faut voir le Docteur Meadow
-Je vous demande pardon? demanda l'employée, une femme d'un âge certain dont le sourcil haussé en disait long sur son incompréhension de la situation présente
-Il me faut voir le Docteur Meadow, répéta Jonas sans la regarder, observant les recoins du hall afin de pouvoir identifier quel couloir il allait emprunter.
-Oui, ca j'avais bien compris monsieur. Mais qui êtes vous exactement?
-Quelqu'un qui peut vous mettre au fer si vous lui faites perdre encore davantage de temps...
-Ecoutez, je me moque de qui vous pouvez être, ici on s'adresse poliment au gens et de plus on ne voit les médecins que sur rendez-vous. Je regrette, mais je n'ai pas de Crane dans l'agenda du Docteur Meadow. Par contre, veuillez éteindre votre cigare, il est interdit de fumer dans un hopital.

Jonas observa la femme en grimaçant, excédé par ses propos discourtois, sans vraiment admettre que les siens n'avaient rien à lui envier en terme de froideur. Lui qui pensait que ses fonctions, telles qu'elles lui avaient été présentées, aurait de quoi terrifier les petites gens, cela commençait bien mal en réalité. La remarque sur son cigare le laissa de marbre, et le fonctionnaire en tira une bouffée, nonchalamment, qu'il libéra dans l'air en regardant son interlocutrice avec dans son regard le feu de l'indifférence la plus totale.

-Où se trouve le Docteur Meadow? insista-t-il avec un ton étrangement calme.
-Je vais vous demander de partir monsieur, avant que je n'appelle la sécurité, le défia-t-elle en attrapant le combiné téléphonique de son petit bureau.

Jonas leva les yeux au ciel et ressortit son insigne pour le présenter de nouveau à l'employée, mais cette fois-ci, il lui laissa le temps de bien en mémoriser le contenu. Sa nomination étant fraîche, il était fort probable que l'information ne se soit pas encore disséminée au sein de la population, mais l'ego du Mage en prenait un coup qu'il n'appréciait guère. La préposée de l'accueil lut plus longuement la carte qui était associée au badge rutilant puis décrocha son téléphone en haussant les épaules. Visiblement, même la relecture ne sembla pas l'avoir convaincue de l'identité du visiteur, mais avant même qu'elle ne put appuyer sur la touche d'appel automatique du poste de sécurité, la pointe métallique de la canne du mage appuya sur le loquet de la base du téléphone pour réinitialiser la connexion.

-Pour la dernière fois, où se trouve le Docteur Meadow? reprit Jonas avec un ton dur et menaçant

Bien moins assurée que les fois précédentes, la femme observa son interlocuteur avec un regard inquiet, craignant peut-être pour sa propre sécurité, seule avec un homme qui ne semblait guère se soucier des lois et qui, de surcroît, portait avec lui un badge estampillé du Gouvernement. Prise au dépourvue, en mauvaise posture, elle décida de son propre chef que le règlement en vigueur dans cet établissement ne pouvait être prioritaire face à la menace qui l'observait avec une certaine détermination. D'un doigt, elle indiqua l'un des corridors qui partait du hall

-Quatrième porte gauche, finit-elle par révéler avant de baisser son regard pour ne plus affronter celui de l'homme en tenue sombre.

Sans autre forme de procès, Jonas relâcha le téléphone de sa canne et prit la direction annoncée par l'employée, tandis que cette dernière attendit qu'il ait disparu de son champ de vision pour reprendre le combiné et prévenir le Docteur Meadow de l'arrivée de ce visiteur.

Le Commissaire Politique parcourut le couloir, comptant une à une les portes qui défilaient sur sa gauche afin de se rendre à la quatrième, ainsi que l'avait indiqué la personne de l'accueil. Au bout d'une longue série de pas, il parvint enfin à destination, une lourde porte de chêne sur laquelle une plaque métallique dorée était apposée, gravée d'un libellé aux lettres noires
Noah D. Meadow M.D.
Psychiatrics
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MessageSujet: Re: What's up, Doctor? Time for a little spy game... [PV]   Mer 30 Avr - 0:36


Mes chaussures parfaitement cirées claquaient contre le sol lisse et brillant de l’immense hall de l’adventist hospital. L’énorme pendule fixée au mur indiquait 7h53 et le bruit de son tic-tac était la seule chose qui venait rompre le silence matinal.  L’hôtesse d’accueil était en train de prendre place derrière son bureau, déposant sac à main et autres futilités dans un coin de la pièce. Comme à son habitude elle était maquillée comme un tableau, digne des pires chefs-d’œuvres du cubisme. Son immonde rouge à lèvre violacé donnait à sa bouche une drôle impression de torsion tandis que son fond de teint orange ne suffisait pas à masquer les deux énormes poches qu’elle avait sous les yeux. Vraiment, la pauvre femme était affreuse. Sa collègue, quant à elle, n’arriverait qu’entre 8h05 et 8h10, incapable de la moindre ponctualité. C’était l’inlassable schéma du vendredi, unique jour de la semaine où j’assurais mon service à l’hôpital communal. Obligation que j’avais acceptée de mauvaise grâce, préférant le calme et le confort de mon spacieux bureau du central business district.  Comme chaque vendredi j’arrivais donc à 7h53 précise, passais devant l’accueil et feignais d’ignorer les yeux de merlans fris de Katy derrière le poste d’accueil alors qu’elle me lançait un bonjour niais :

« Bonjour Docteur Meadow ! »

« Bonjour Katy. » Répondis-je de mon habituel ton sec et neutre, sans même ralentir le rythme de mes pas et jusqu’à appuyer sur le bouton de l’ascenseur. J’attendis patiemment que la porte s’ouvre, tapant du pied sur le rythme du tic tac de l’horloge, avant de pénétrer à l’intérieur. Une petite musique dérangeante accompagna mon ascension jusqu’au dernier étage, réservé uniquement aux spécialistes du domaine médical. Le vendredi nous n’étions que deux, la vieille dermatologue dont le bureau se trouvait au fond du couloir, la cinquantaine bien entamée,  cheveux grisonnants, petites lunettes rondes sur le bout du nez, 1m50 debout sur un chaise, un sacré caractère mais sourde comme un pot bien que guère dérangeante. Discrète elle ne posait jamais de questions et n’avait pas pour habitude de me déranger. Elle avait  de l’estime pour ma personne, sans doute était-ce du au fait que je lui rappelais son défunt fils. Je lui rendais la pareille et c’était d’ailleurs l’un des rares membres du personnel pour lequel j’éprouvais une véritable sympathie. Se mettre le personnel dans la poche était une chose prudente que je m’efforçais de faire. J’attrapai mes clés dans ma poche de façon à ouvrir le casier qui contenait mon uniforme dont le port était obligatoire lors de mes consultations à l’hôpital. Il s’agissait d’une longue blouse blanche sur laquelle se fixait un badge mentionnant mon nom. Je l’enfilai de mauvaise grâce par dessus ma chemise en lin et rangeai ma veste, soigneusement pliée au préalable, dans le casier. Avec cette tenue je ressemblais à un infirmier et ce n’était pas sans me contrarier. Fort heureusement l’étiquette était là pour rappeler mon statut à qui de droit. Un rapide  coup d’œil à ma montre m’indiqua qu’il était temps de commencer la journée. J’atteignis rapidement mon bureau, la quatrième porte au bout du couloir sur laquelle figurait mon nom et ma profession :

Noah Meadow
Médecin Psychiatre
Spécialiste des analyses des comportements et déficiences mentales dangereuses


Mon bureau n’était qu’une petite pièce étriquée qui avait pale allure face au vaste office que j’occupais habituellement. Ce dernier se trouvait au cœur du centre ville, dans un building flambant neuf et était en tout point luxueux. Ici je me sentais comme dans un placard à balais. Les murs blancs, vides de toute décoration étaient déprimants à la longue, pour moi comme pour mes patients. J’irai en toucher deux mots à la direction, histoire de bien me faire comprendre. Il était impensable de soigner des dépressifs dans un tel cadre.  La pièce était meublée d’un bureau quelconque face auquel trônaient deux sièges en cuir bon marché. En somme le minimum du convenable, très éloigné des meubles d’ébène et de l’ostentatoire sofa dont je disposais en centre ville.  

Je pris place derrière le bureau et jetai un coup d’œil à mon agenda. La journée s’annonçait bien remplie avec en moyenne un ou deux patients par heure et le tout s’enchaina rapidement. Je jonglai entre dépressifs, antisociaux, drogués et autres personnages atteins de troubles mentaux. Certains n’étaient atteins que de troubles légers et quelques heures de psychothérapie assorties d’un bon traitement suffiraient à les remettre sur pieds. Pour d’autres le diagnostic était plus complexe et la déficience bien plus sévère. Je me devais alors de prendre la « meilleure » décision possible, à savoir la simple consultation ou l’internement. Dans la mesure du possible j’essayais d’éviter l’internement que je réservais aux cas les plus graves, ceux dont les possibilités de guérison s’avéraient plus minces. C’était là en tout points la besogne d’un psychiatre lambda et je m’exécutais avec le plus grand professionnalisme. Seulement mon principal employeur restait le gouvernement et ma mission était avant tout d’obtenir des renseignements et ce en trahissant la règle d’or du psychiatre, celle du secret professionnel. Alors j’allongeais mes patients sur le sofa et tentais de leur tirer les vers du nez et ainsi dénicher les potentiels résistants. J’avais déjà identifié quelques cas dont la culpabilité les avait trahi, pour d’autres je n’avais que de simples doutes. Pour l’instant je n’avais encore dénoncé personne, préférant réunir le maximum d’éléments et éliminer le moindre petit doute. Je savais ma tache immorale et elle était la source d’une culpabilité démesurée. C’était un poids permanent, comme un boulet que je me trainais à longueur de journée, un virus que je m’étais volontairement injecté et qui chaque jour me dévorait un peu plus.  La culpabilité était le prix de ce luxe et de ce confort dont je jouissais et j’avais accepté de vivre avec.

En fin d’après-midi j’étais face à un patient atteint de déni psychotique. C’était une jeune femme, dans la trentaine, d’apparence sereine et plutôt agréable à regarder. Son petit ami désespéré me l’avait envoyée, me suppliant de les aider, s’incluant alors dans l’équation. La jeune femme était sujette à diverses hallucinations et à des accès de violence répétitifs ce qui mettait en péril non seulement sa santé à elle mais également celle de ses proches. Le diagnostic avait été rapide à établir et son compagnon avait été d’une grande aide.  Seulement je devais également m’entretenir avec la malade, savoir comment elle percevait les choses, obtenir la confirmation des faits que son compagnon venait de me relater.  Assise sur le fauteuil face à moi, elle semblait honteuse, ce qui était chose commune. S’avouer être malade était toujours une phase difficile pour les patients mais c’était avant tout la première étape vers la voie de la guérison. Comme à mon habitude j’adoptais une voix calme et sereine et commençais mon « interrogatoire » par des questions simples.

« Mademoiselle, quel est votre prénom ? »
« Miranda. »
« C’est un très joli prénom. Pouvez-vous m’en dire plus sur vous ? Votre âge… »
« J’ai 29 ans et je suis assistante vétérinaire. Jusqu’ici… »

Elle ne termina pas sa phrase et éclata en sanglots. Les larmes perlèrent le long de ses joues et ses mains tremblantes tentèrent de les essuyer mais de nouvelles vinrent les remplacer et ainsi de suite. Je me plaçai à côté d’elle et lui pris la main, dans un geste qui se voulait doux et rassurant.

« Chut… du calme, du calme. Rien n’est impossible, rien n’est grave. Je suis là pour vous aider et à nous deux nous ne pouvons que réussir. »

Mes paroles finirent par l’apaiser. Petit à petit elle se calma et se livra à moi, détaillant sa vie, sa rencontre avec John son petit ami, ses relations difficiles avec son père, ancien alcoolique maintenant décédé. Au bout d’une bonne demie heure j’eus un bon aperçu de la vie de la jeune femme et cette dernière semblait plutôt sereine ce qui me permit d’aborder son problème.

« Votre compagnon m’a dit que vous aviez des hallucinations. Ne paniquez pas, cela peut-être provoqué par divers facteurs tel que la fatigue et le surmenage. Il est important que vous compreniez que cela n’est pas forcément grave. Pouvez-vous me décrire ces hallucinations ? » La panique se dessina dans le regard de la demoiselle. Une minute passa,  soixante secondes de lutte intérieure pour tenter de garder son calme. Puis elle répondit.

« Souvent je vois des silhouettes, masculines et sombres. Je ne parviens pas à identifier le visage mais je suis prise de panique et de colère, une rage immense qui me donne envie de… de cogner. »

Je l’écoutais attentivement, prenant note de chacune de ses paroles sur mon calepin lorsqu’un vrombissement attira mon attention. Furtivement je jetai un coup d’œil par la fenêtre et aperçu un luxueux 4x4 noir, garé à la va vite devant l’hôpital. La portière arrière s’ouvrit dévoilant un homme vêtu d’un drôle d’imperméable. L’individu alluma un cigare d’une main tandis que de l’autre il s’appuyait sur sa canne. Encore un personnage farfelu. Guère intéressé par le spectacle je détournai le regard de la fenêtre de façon à me reconcentrer sur ma patiente mais je fus interrompu par la sonnerie du téléphone. C’était incroyable, être dérangé en plein travail ! Je décrochai le combiner avec colère avant de m’exprimer d’une voix cassante :

« Oui qui a t-il ?! »

« Monsieur Meadow je suis désolée, il a insisté, je n’ai rien pu faire pour l’arrêter, il m’a menacé vous comprenez. » Je reconnus Katy dont la voix était marquée par la panique.

« Que diable, Katy ! Gardez votre calme et expliquez moi ce qu’est cette mascarade. »

C’est alors que quelqu’un frappa à la porte. Sans un mot d’excuse je raccrochai au nez de l’hôtesse d’accueil désemparée et mis ma patiente en attente avant d’aller ouvrir la porte du bureau. Face à moi se trouvait l’étrange bonhomme que j’avais aperçu par la fenêtre quelques minutes plus tôt. Je le regardai d’abord avec dédain, puis le détaillai de haut en bas.

« Qui êtes-vous pour m’interrompre en pleine consultation et que me voulez-vous ? » lâchai-je d’un ton sec avant de remarquer le cigare fumant entre ses lèvres. Mine de rien je me saisis de l’objet avant de l’écraser contre le mur.

« Personne ne fume ici, excepté moi, compris ? »

Un cri aigüe retentit alors derrière moi me forçant à me retourner brusquement. Ma patiente s’était levée de son siège et se trouvait juste derrière moi fixant avec horreur l’étranger qu’elle pointait du doigt.
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MessageSujet: Re: What's up, Doctor? Time for a little spy game... [PV]   Jeu 1 Mai - 6:24

Lorsque la porte s'ouvrit, assez violemment, devant lui, alors même qu'il ne faisait qu'arriver, Jonas comprit aussitôt que la femme de l'accueil avait prévenu le Docteur. "Elle aura au moins servi à quelque chose" Dans le chambranle de l'accès au bureau, l'homme qui se tenait debout, face à Jonas, alors qu'il avait encore le poing levé pour frapper sur la porte, avait un regard empli d'une colère visible également sur les traits de son visage. Le Mage baissa son bras et attrapa son badge dans la poche de son imperméable, afin de le présenter au médecin

-Jonas Crane, Commission Politique...

Il n'eut guère le temps de pouvoir en dire davantage, car d'une main ferme et véloce, le cigare qu'il tenait en main fut saisi et réduit en bouillie contre le mur, et le cri qui s'était élevé dans la pièce derrière le bureau lui vrilla le tympan. Tandis qu'il laissait à son interlocuteur le soin d'identifier et lire son insigne, Jonas pencha la tête de côté afin de pouvoir observer la source de ce bruyant intermède. C'était une femme, et si au son du cri Jonas l'aurait deviné sans problème, la voir l'intrigua plus que tout, d'autant qu'elle était debout de l'autre coté de la pièce, tremblante comme une feuille d'automne sur le point de tomber de son arbre et pointant son doigt sur lui, comme pour le désigner en tant que responsable de sa terreur. Le Commissaire Politique tourna son regard vers le médecin et fit claquer son insigne en le refermant brusquement, avant de l'enfouir profondément dans le creux de la poche de son long manteau.

Sans demander son reste, Jonas forca l'entrée du bureau, en s'y introduisant depuis le petit espace libre qui restait entre l'épaule du Docteur Meadow et le chambranle, non sans avoir quelque peu bousculé ce dernier, et se lança dans une petite inspection de la pièce, rapide mais détaillée. Il fit le tour du bureau, tout en retirant un nouveau cigare qu'il alluma sans même se soucier de la volonté de son hôte sur la question, passant devant la jeune femme qui, toujours terrifiée, chercha par tous moyens à maintenir un minimum d'espace entre elle et le Mage, sans le quitter du regard, tremblant encore davantage lorsqu'il fut assez près pour la toucher. Se contentant de lui jeter un regard des plus froids, bien qu'insignifiant, Jonas la dépassa et fit glisser sa main sur le dossier du fauteuil, sur les livres de la petite bibliothèque avant de se diriger vers les fenêtres pour observer les alentours. Au dehors, il pouvait voir des arbres et le parking, ainsi que le Navigator contre lequel son chauffeur était adossé, s'adonnant au plaisir de la nicotine, la main sur l'oreille. En pleine conversation téléphonique, le conducteur était pris dans une discussion des plus expressives sur le plan corporel, ses mains retraçant dans l'air le déplacement du Commissaire Politique entrant dans l'hopital "A quoi joues-tu mon garçon...on fait son rapport à ses maîtres?" Sur ce, Jonas laissa ses commissures s'étirer brièvement puis se retourna, laissant ses yeux passer du médecin à sa patiente. Cette dernière ne le quittait pas des yeux, comme si pour elle, le Mage représentait le diable ou pire encore, ce qui incita ce dernier à se rapprocher et la fixer intensément, savourant la terreur qu'il pouvait lui inspirer, alors même qu'il ne pouvait en comprendre les raisons et s'en moquait éperdument. Il ne voyait là qu'un être ridiculeusement apeuré, presque sur le point de vaciller et défaillir, quelque chose qu'il n'avait pas vu depuis longtemps, trop longtemps. Elle ne pouvait se défaire de l'objet de sa terreur, alors qu'il s'approchait d'elle de plus en plus près, tout en jouant avec l'équilibre de sa canne, jusqu'à ce qu'il fut assez près, à moins d'un mètre d'elle. Il la dominait de toute sa hauteur, scrutant chaque détail de son regard, puis il laissa ses yeux se promener sur des parties plus agréablement charnues de son anatomie, celles là même que le médecin, son hôte ne pouvait avoir manqué de scruter également.

Jonas ignorait ce qu'était un psychologue et encore moins ce à quoi pouvait servir ce genre d'individu, tout ce qu'il voyait avec ses yeux à lui, c'était un homme en pleine force de l'âge, au charisme non négligeable, coincé dans une pièce en compagnie d'une femme dont les charmes ne pouvaient le rendre insensible. Inutile de faire un dessin "Moi aussi, je pourrais être psychologue devant une telle splendeur..." Il frappa le sol avec sa canne et tourna la tête en direction du médecin

-Et bien Docteur, j'espère que ma présence en ces lieux ne vient pas perturber davantage votre séance d'analyse. Du moins si je juge par ce que je puis voir, les choses ne sont pas encore allé en profondeur... Mise en bouche?

Avec sa main droite, tout en relâchant une nouvelle bouffée de fumée, Jonas posa la main sur la douce peau du visage de la femme et en caressa la pommette, délicatement, sentant dans sa paume la crispation des muscles mandibulaires ainsi que le tremblement permanent. Il pouvait même sentir dans le creux de sa main le rythme battant du coeur de la personne, alors qu'il accélérait, la terreur étant devenue pour elle bien plus qu'une simple image. Malgré la sensation grisante qu'il tirait de la terreur qu'il provoquait chez la personne, Jonas la libéra de sa main et s'en éloigna, prenant subitement conscience que cette proximité non désirée par la jeune femme pouvait fort nuire à sa santé, s'il en jugeait par la forte augmentation de la puissance des battements cardiaques qui secouaient son corps de façon de visible. Il revint vers le Docteur et se pencha sur lui afin de chuchoter à son oreille

-Peut-être serait-il temps de m'expliquer pourquoi votre compagne de cavalcade est terrifiée de la sorte alors même que j'ignore qui elle peut-être et n'ai jamais eu affaire avec elle...d'aucune manière que ce soit.
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