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 Somewhere I Belong {Li Mei/Orfeo}

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MessageSujet: Somewhere I Belong {Li Mei/Orfeo}   Dim 20 Avr - 12:52







Somewhere I Belong



Li Mei Tyler & Orfeo Renzacci








Loterie du RP




« I wanna heal, I wanna feel what I thought was never real
I wanna let go of the pain I've felt so long
Erase all the pain till it's gone
I wanna heal, I wanna feel like I'm close to something real
I wanna find something I've wanted all along
Somewhere I belong.
»

Quoi de mieux qu’un moment privilégié dans un café de Bourbon Street, endroit semblant parfois avoir gardé un semblant de convivialité dans cette ville rongée par l'oppression ? En cette belle après-midi, l’air est léger, les rires bruyants, comme si l’espace d’un instant toute forme d’inquiétude s’était envolée. Mais nier l’existence du chaos, même quelques instants, trouve vite punition. Le bâtiment s’effondre soudain, prenant au piège les pauvres humains qui n’avaient rien vu venir. Du sang, des corps enchevêtrés et parfois méconnaissables, de la poussière, des débris…et contre toute attente des miraculés qui vont devoir survivre jusqu’à l’arrivée d’hypothétiques secours, coincés à l'intérieur des décombres. Saurez-vous vous entraider en dépit de vos natures respectives ?

Ordre de Passage:
 



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MessageSujet: Re: Somewhere I Belong {Li Mei/Orfeo}   Lun 21 Avr - 15:00



Somewhere I Belong.

(pv) Orfeo Renzacci


~

N'as-tu jamais eu idée plus idiote que celle-ci ? Qu'est-ce qui a bien pu te passer par la tête, Lili ? Ce n'est pourtant pas ton genre, et ce encore moins depuis la fameuse émission télévisée de ce cher Danny Clocker. Si les gens donnent l'air de ne pas s'intéresser à ton cas, ni te reconnaître dans la rue, tu sens constamment un regard sur ta personne, comme une surveillance perpétuelle cherchant à te prendre sur le fait, à découvrir ta folie profonde. C'est ce qu'il a fait de toi, une folle à lier qu'il faut enfermer dans l'hôpital psychiatrique le plus proche, avant que tu ne fasses du mal à ceux qui t'entourent. Et même si je n'apprécie pas de voir un autre dire tout haut ce que je pense tout bas de toi et ta décadence, il est tout de même amusant de te voir sans cesse frissonner, survivre dans la peur de la vie autour de toi. Tu as déjà fait du mal, beaucoup de mal, aux êtres pétillants qui parcourent les rues de la Nouvelle-Orléans, mais le savent-ils ? Je ne pense pas qu'ils s'en doutent ne serait-ce qu'un petit peu. Quoi que leur suspicion à ton égard risque de monter sous peu, tu ne penses pas ? Fais attention à ce que tu fais, danseuse. Tu te sens épiée, certes. Mais est-ce réellement le cas, Lili ?

D'une main experte, tu amènes la tasse au bord de tes lèvres, profitant un instant du parfum qui s'en échappe. Tu regrettes tout de même la douce senteur des thés que notre mère te servait après tes entraînements, et je m'étonne que cette pensée traverse ton esprit dérangé. Tu n'as plus pensé au passé depuis notre arrivée à New-York, ne t'autorisant que de rares soupirs et moments de paix où il t'était permis de ne plus penser à rien. Tu as pourtant, depuis tout ce temps, pris soin de ne pas faire allusion à Hong Kong, ni même à nos défunts parents. Pour me protéger de la souffrance ? Je ne pense pas qu'il s'agisse de moi. Je n'étais pas dans ta tête à ce moment-là. C'est simplement toi que tu protégeais de la culpabilité et de la douleur. Tu t'étais forgée une carapace, tu étais devenue une forteresse imprenable, qui ne tomberait sous aucun siège, certes. Mais il t'aurait suffi de penser aux beaux yeux de notre mère et au sourire protecteur de notre père pour faire un dernier pas en arrière et tomber de la falaise. Pour ne plus jamais être capable de te relever.

Tu reposes la tasse sur son socle sans un bruit, ton regard croisant celui de plusieurs clients, avant de tomber sur un homme qui te fixe sans honte. Déjà tes doigts se crispent sur ta cuisse, ton cœur se serrant de peur qu'on ne te veuille du mal. Tu le vois murmurer, froncer les sourcils et se pincer les lèvres. Que te veut-il à la fin ? Il fait un premier pas, et tu le lâches du regard pour chercher une sortie, essayant de paraître le plus calme possible. Tu sursautes tout de même alors qu'il arrive à ta table et se racle la gorge, prêt à engager une conversation que tu n'as pas envie de tenir. Tu as tout juste le temps de te lever en faisant tomber ta chaise qu'un grondement sourd accompagne l'effondrement du bâtiment sur sa personne. Ton visage se lève alors sur le plafond qui te tombe dessus, sans que tu ne comprennes pourquoi ni comment tout ceci a pu arriver. Et pourquoi il a fallu que tu t'entêtes à passer la porte d'un café pour déguster les mêmes thés que chez toi, alors que tu ne fais jamais ça. Tu ne prends jamais ce risque et aujourd'hui est le pire jour pour le prendre. Tu ne pleures ni ne cries pourtant, les bras croisés pour protéger ton visage, tandis que la mort attrape ta main pour t'emmener à mes côtés et que tout bascule dans l'obscurité, la douleur et les cris qui ne sont pas les tiens.

Une quinte de toux affreusement violente te ramène sur Terre, te faisant rouler sur le ventre et plier en deux jusqu'à ce que la poussière veuille bien s'échapper de tes poumons. Difficilement, tu ouvres les yeux et cherches à comprendre ce qu'il s'est passé, où et si seule tu es. Tu cesses de tousser alors que tes yeux se posent sur plusieurs corps, ou ce qu'il en reste, coincés sous les décombres du bâtiment. Tu rampes un peu plus loin jusqu'à pouvoir te relever, découvrant par la même occasion que la Mort est passée, une fois encore, à côté de toi sans manquer de te marquer. Si tu frôles la mort ces derniers temps, la voilà qui te rappelle que la prochaine fois sera la bonne, Lili. Tu attrapes un ruban à terre et le noues à ton bras, espérant cacher à de potentiels survivants, la nature différente du sang qui s'échappe de cette blessure. Et bien que ta jambe ait été touchée également, tes vêtements retombent de manière à cacher la plaie, beaucoup plus superficielle. Déjà tu te mets en quête d'un rescapé, ne prenant pas le risque d'élever la voix et de faire s'effondrer le reste de la bâtisse. C'est étonnant, venant de ta sociable personne, de te voir rechercher quelqu'un avec qui passer les dernières minutes de ta misérable vie. Mais la peur broie ton cœur peu à peu. Tu n'es pas claustrophobe, tu détestes juste l'idée de mourir étouffée, c'est ça ? Idiotie profonde que voilà. Tu crèveras ici-bas, Lili, tu crèveras.



Dernière édition par Li Mei Tyler le Dim 1 Juin - 11:49, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Somewhere I Belong {Li Mei/Orfeo}   Mer 23 Avr - 19:39




« Jouir de la foule est un art », dit le poète. Un art auquel il s’adonne chaque jour depuis bientôt deux ans. Après plusieurs siècles d’une vie recluse, ce bain de multitude est pour lui salutaire. Balloté par les vagues de cette marée humaine, il est comme apaisé, purifié. A ses yeux, cette promenade au cœur de cet essaim d’abeilles revêt une valeur initiatique, comme un baptême constamment renouvelé faisant de lui le composant d’un tout, un membre à part entière de cette communauté qui l’avait si longtemps rejeté.  Dans cette communion universelle, il goûte aux bienfaits d’un sentiment d’appartenance sans pour autant tout perdre de son identité. D’aucuns le croiraient fou. Peu lui importe. Il hausse légèrement les épaules alors même qu’il délaisse la Rue Royal pour s’engouffrer dans Bourbon Street. C’est là que se trouve le cœur de la ruche, battant furieusement au rythme des musiques de rue, insufflant un dernier souffle de vie à cette ville rongée par l’oppression. Bousculé de toute part, il peine à avancer. Lentement, il esquisse un geste destiné à protéger ses yeux azurs de la clarté ambiante. C’est une belle après-midi, songe-t-il en passant une main sur sa nuque brûlante. Le soleil qui brille à son zénith n’est pas sans lui rappeler son Italie natale. D’ailleurs, n’est-ce pas les notes d’une guiterne qui s’élèvent justement, à quelques pas de là ? A moins que ce ne soit le fruit de son imagination débordante. Il joue des coudes, tente de gagner le trottoir, manque de trébucher. A l’ombre des porches fleuris il fait encore quelques mètres avant de pénétrer dans un café, choisi au hasard parmi tous les autres.

L’absence de luminosité – comparé au dehors – le rendrait presque aveugle. A plusieurs reprises, il cligne des yeux. Se faisant, il reste là, immobile, laissant à ses pupilles le temps de se dilater légèrement. Ce genre de phénomène lui est désormais familier. Ce réflexe incroyable du corps humain reste ce qui s’approche le plus de ce qu’il a vécu deux ans auparavant. En quittant Darkness Falls, il avait déserté la caverne de sa propre ignorance. L’espace de quelques semaines, sa vue avait été troublée par ce passage de l’obscurité à la lumière. A la lumière du jour. A la lumière de cette intelligence nouvellement acquise. Il avait fallu du temps, à ses pupilles comme à son cerveau pour s’accommoder de cette nouvelle vie. C’est désormais chose faite. Sa vision rétablie, il balaye la salle des yeux avant de repérer une table libre depuis laquelle il ne perdra pas une miette de cette incroyable comédie humaine. Fort du nouveau regard qu’il porte sur le monde, il aime à observer ses semblables, jouissant d’un niveau d’analyse et de compréhension dont il n’aurait même pas osé rêver jadis.

Depuis son observatoire, il décortique leurs moindres faits et gestes. La façon dont cette femme se mord doucement la lèvre. Le regard de cet homme perdu dans le lointain. L’aisance avec laquelle la serveuse se faufile entre les tables pour venir déposer devant lui une tasse de thé fumant. Cette boisson est sans conteste celle qui se rapproche le plus de ce qu’il a connu par le passé. Rien à voir avec ce breuvage noir au goût infâme venu de contrées inconnues. D’un geste ample, il s’empare de sa petite cuillère. Perplexe, il contemple les ondes qui se propagent à la surface du liquide, de plus en plus vite, pour venir mourir contre la porcelaine. Un bruit sourd, quelque part dans son dos, lui arrache un très léger sursaut. Il jette un rapide coup d’œil par-dessus son épaule, juste à temps pour voir une jeune femme tenter d’échapper à un individu importun. L’instant d’après, un bruit assourdissant vient briser le murmure des conversations animées. Bientôt, le noir se fait autour de lui.

Lorsqu’il rouvre les yeux ce petit café à l’apparence si chaleureuse n’est plus qu’un amas de béton, d’acier et de poussière. Désorienté, son regard affolé cherche un point de repère ou, à défaut, quelque visage connu. La Providence finit par exaucer son souhait. Mais le soulagement qu’il pensait ressentir cède finalement la place à un spasme des plus violents alors qu’il croit reconnaître la femme qui, quelques instants plus tôt, se mordillait encore la lèvre, à quelques mètres de lui. Croit reconnaître, seulement. Car cette bouche si délicate qui avait monopolisé toute son attention n’est plus qu’une vulgaire fente déchirant son visage tuméfié. Ecœuré, il tente d’esquisser un mouvement de recul. C’est alors seulement qu’il réalise qu’il est pris au piège, cloué à même le sol par une poutre en béton écroulée sur sa jambe. Cette simple vision suffit à annihiler l’effet des endorphines produites en masse par son cerveau. La douleur fait son apparition, lancinante. Par pur réflexe, il enfonce son poing dans sa bouche pour étouffer un gémissement plaintif. Dès lors, le goût du sang vient titiller ses papilles. Non sans difficulté, il se hisse sur un coude pour mesurer l’étendue des dégâts. Enfoui sous les décombres, le café n’est plus qu’un vulgaire charnier, un amas de corps enchevêtrés et défigurés. Comme un miroir déformant, cette vision d’horreur en appelle une autre dans son esprit, celle de l’univers apocalyptique dont il pensait s’être échappé depuis longtemps déjà. L’enfant qu’il était autrefois se réveille. Il panique, suffoque. Il veut sortir de là, coûte que coûte.

 « Est-ce qu’il y a quelqu’un ? » Sa voix, étonnamment faible, se perd dans un gargouillis incompréhensible. Il crache un peu de sang et de poussière avant de renouveler son appel, plus distinctement cette fois-ci. C’est alors qu’il la voit, seule, errant au milieu de la pièce dévastée. Il a beau ne l’avoir aperçue qu’une fraction de seconde, il reconnait sa chevelure sombre et son regard fuyant. L’a-t-il déjà rencontré auparavant ? Il ne saurait le dire. Son visage lui est vaguement familier. Une silhouette amaigrie. Un miroir. Du sang. Des larmes. Ses souvenirs sont confus. Plus encore, ils ne semblent pas avoir le moindre sens. Il décide de chasser cette pensée de son esprit pour l’instant.  « Hey… » appelle-t-il d’une voix légèrement enrouée. Est-elle en mesure de le voir parmi tous ces corps enchevêtrés ? Dans son désir de quitter ces lieux au plus vite, il semble en avoir oublié les règles élémentaires de sécurité. Peut-il lui faire confiance ? Il l’ignore. Son séjour à Darkness Falls lui aura au moins appris une chose : dans l’adversité, même le pire de vos ennemis peut devenir votre allié. Le tout étant de veiller à ne jamais lui tourner le dos. A choisir, il préférait encore retarder sa mort de quelques minutes. Alors oui, il décide de prendre ce risque.  « Par ici… S’il vous plait… Je ne peux pas déplacer ça tout seul… »


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MessageSujet: Re: Somewhere I Belong {Li Mei/Orfeo}   Jeu 1 Mai - 11:09



Somewhere I Belong.

(pv) Orfeo Renzacci


~

Il te semble entendre une voix, de ton ouïe de monstre, mais rien n'est moins sûr pour ton esprit dérangé. Peut-être n'est-ce qu'une création de ton imagination pour te laisser penser que tu n'es pas seule, qu'ils ne sont pas tous morts. C'est pourtant bel et bien le cas, ma jolie Lili, tu es de nouveau abandonnée, et ces morts sont de ta faute. Déjà tu retiens un cri entre tes dents, ton regard découvrant le visage ensanglanté de celui qui t'avait approchée. Tu serais dans son état si tu ne t'étais pas brusquement levée, échappant ainsi à la mort qui te pendait au nez. Comment fais-tu pour toujours glisser entre les doigts glacés de la grande Faucheuse ? Tu as échappé à notre fin commune en me laissant crever seul comme un idiot, sans avoir la possibilité de t'emmener avec moi. Tu as ensuite fui les crocs meurtriers d'un loup empli de haine pour ta personne. Te voilà maintenant, à passer à quelques centimètres seulement d'un pan de toit qui t'aurait arraché la vie. Et grâce à quoi ? Ta peur d'un inconnu et ton incroyable paranoïa, qui t'ont fait croire qu'il te voulait du mal alors qu'il espérait peut-être te saluer, tout simplement. Tu n'y as pas pensé, n'est-ce pas ? Même pas une seule seconde. Vois ce que tu es devenue, comprends la décadence de ton esprit, Lili. Aucun monstre n'en est responsable, c'est de ton seul fait. Ta folie t'est due.

De nouveau, tu entends quelqu'un, plus distinctement cette fois. Tu n'avais pas rêvé, danseuse, quelqu'un t'appelle, et pas depuis l'autre côté. Un rescapé tout autant que toi, qui réclame ton attention. D'instinct, tu te crispes, glissant ton regard sur les corps inanimés à la recherche de celui qui vit. Et s'il te voulait le plus grand mal en ce monde ? Tu es prudente, encore, et tu tardes à t'approcher. Qui te dit qu'il ne veut pas plutôt de l'aide, ou de la compagnie ? Il ne souhaite pas sombrer dans la même folie que toi en cuvant l'enfermement et l'insécurité dans une profonde solitude. Ce n'est pas en côtoyant des cadavres que l'on devient le plus sain d'esprit de cette ville corrompue. Dans quel état les secours le retrouveront-ils s'il passe le reste de la journée seul ? Non, vraiment, presse un peu le pas, danseuse, il pourrait mourir de t'avoir trop attendue. Et alors que tu fais ton premier pas à l'aveugle, n'ayant toujours pas réussi à savoir où se trouvait le rescapé, tu l'entends de nouveau s'exprimer et t'appeler à l'aide. Ton cœur se serre un instant d'avoir été méfiant au lieu de prévenant et tu repères alors le malchanceux en suivant le son de sa voix.

« J'arrive, je vais vous aider. »
Les mots semblent t'écorcher la gorge alors que tu les prononces assez fort pour qu'il puisse entendre, jurant tout bas qu'il est pourtant inutile de le préciser. Mais le confinement stresse ton cerveau et panique ton cœur, tu n'es plus capable de faire quoi que ce soit de réellement réfléchi, et il te faut donc indiquer ce que tu comptes faire, plus pour toi que pour lui. Te frayant un passage jusqu'à lui, tu te mordilles la lèvre de ton imprudence, et frottes tes mains l'une contre l'autre. Et s'il vient à reconnaître ton visage passé sur tous les écrans de la ville ? Et s'il vient à comprendre que tu es un monstre qu'il faut fuir ou tuer ? Et s'il est une menace plutôt qu'une bénédiction ? Si, au lieu de soigner ta folie furieuse, il te pousse du haut de la falaise et te laisse sombrer dans le néant ? Tu aurais dû y penser avant, c'est trop tard maintenant. Affronte ton idiotie, Lili.

Tu t'approches en hésitant, ne sachant pas si soulever les décombres qui bloquent sa jambe est une bonne idée pour lui... ou pour toi. Mais l'hésitation t'amène à genoux à ses côtés et déjà sa proximité te rend malade. En effet, une bouffée de chaleur monte jusqu'à ton cerveau, amenant ton petit cœur au bord de tes lèvres. Les doigts plaqués contre ta bouche, tu fronces les sourcils devant cette colère que tu ne te connais pas et qui pourtant grandit en toi. Mais cette haine n'est pas tienne, tu le comprends bien, et de ce contrôle impartial que je te connaissais bien, tu refoules en toi ces sentiments négatifs qui t'assaillent. Le calme revient, mettant de côté la panique qui t'habitait également, et ne laissant plus que l'intelligence de la grande dame que tu n'es plus. Tes doigts se glissent sous la poutre pour l'agripper, attendant un signal Et d'une voix parfaitement neutre, tu exprimes ces mots d'antan qui ne disent rien et laissent tout sous-entendre.

« Je ne tiendrai pas longtemps. »
Spoiler:
 



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MessageSujet: Re: Somewhere I Belong {Li Mei/Orfeo}   Mer 7 Mai - 0:35




Dans cette geôle de béton et d’acier, le temps semble comme suspendu. A mesure que les secondes s’égrènent avec une infinie lenteur, sa douleur se veut de plus en plus cuisante, flirtant dangereusement avec les limites du supportable. Bientôt, son corps tout entier est comme secoué de tremblements imperceptibles. Il a chaud… Froid… Du revers de sa manche, il vient essuyer les quelques gouttes de sueur qui perlent sur son front. De temps à autre, son estomac se soulève dans une violente protestation dirigée contre cet effroyable supplice. A moins que ce haut-le-cœur ne soit que l’expression de son profond dégoût face à l’odeur de la chair calcinée ? Il ferme les yeux, comme englouti par le silence environnant. Son appel demeure sans réponse. Il va crever ici, c’est une certitude. Dans son délire, il croit presque sentir les flammes de son bûcher lui lécher les orteils, réminiscence de sa toute première rencontre avec la Grande Faucheuse, un châtiment dont il porte encore les stigmates, au plus profond de sa chair. Mourir une fois, c’est idiot. Mais se laisser prendre de court à deux reprises… ! Cette réflexion lui arrache un léger ricanement, un peu rauque. Au moins cette fois-ci, son trépas revêtirait un caractère définitif. Pas d’univers apocalyptique dans lequel traîner son âme vieillie et usée. Pas d’enfer où ruminer sa colère et sa souffrance. Une simple fin, paisible, sans retour possible. La douleur est une épreuve mais la mort, elle, lui semble presque salutaire. Prisonnier de son délire au moins autant que de cette poutre, il se découvre un certain talent pour le mélodrame – la faute à ses gènes latins, sans aucun doute !

« J’arrive, je vais vous aider. » Ces quelques mots, vibrants d’espoir, l’arrachent brusquement à sa démence. Lentement, ses paupières s’entrouvrent alors même que ses yeux exorbités reprennent leur course folle à travers les ruines du café. Bientôt, des bruits de pas résonnent dans le silence mortuaire. Afin de ne pas perdre totalement contact avec la réalité, il se raccroche de toutes ses forces à cette mécanique irrégulière qui semble trahir une forme d’hésitation. Finalement, deux chevilles entrent dans son champ de vision, surmontées d’une paire de jambes dont l’une semble blessée, quoique de façon superficielle. Il plisse légèrement les yeux tandis que son regard remonte lentement le long de ce corps menu pour s’attarder plus longuement sur ce ruban – tenant lieu de garrot – légèrement imbibé d’un liquide étonnamment sombre. La courbe d’une clavicule en partie dissimulée par une cascade de cheveux sombres le guide enfin vers ce visage inconnu teinté d’appréhension. Une poignée de secondes plus tard, cette silhouette vaporeuse s’agenouille près de lui. Perplexe, il regarde ces doigts légèrement tremblants se poser lentement sur ces lèvres délicates. Sa voix lui semble étrangement lointaine. « Je ne tiendrai pas longtemps. » Il hoche lentement la tête, pour bien lui signifier qu’il a compris. Pourtant, le sens caché – s’il en est un – de cette phrase lui échappe totalement. « D… D’accord. » bafouille-t-il. Se faisant, il prend une grande inspiration avant de s’exclamer précipitamment : « Allez-y ! »

Au moment même où la poutre se soulève, il ne peut réprimer totalement un gémissement plaintif. Son corps s’étant peu à peu accommodé de cet étau de béton tenant lieu de garrot, c’est au prix d’un immense effort qu’il parvient toutefois à dégager sa jambe dans laquelle il peut désormais sentir battre son sang. « Porca miseria ! » jure-t-il, les dents serrées. Confronté à une telle douleur, son cerveau est comme engourdi. Dans ces conditions, l’italien roule naturellement sur sa langue. Non sans peine, il se hisse sur un coude, cherchant sa respiration. Lorsqu’il la trouve enfin, il murmure, dans un souffle : « Merci. » Se faisant, il balaye de nouveau la salle de son regard clair, à la recherche de quelque autre survivant. Mais autour d’eux, tout n’est que chaos et désolation. Après quelques longues secondes d’une recherche infructueuse, il est contraint d’admettre l’évidence. « Nous sommes les seuls survivants… ? » murmure-t-il, plus pour lui-même que pour sa compagne d’infortune. Le changement d’intonation qui marque la fin de sa phrase est purement formel. Car au fond de lui, il ne doute pas un seul instant de la véracité de cette information. « Il n’y a aucun moyen de sortir, n’est-ce pas ? » Question rhétorique, là encore, songe-t-il alors même que son regard se pose sur les éboulis derrière lesquels auraient dû se trouver l’entrée du petit café. « Les secours vont arriver, ce n’est qu’une question de temps. » Il hoche légèrement la tête, comme pour conférer davantage de force à son propos. Il a besoin de se convaincre au moins autant que de la persuader. « De l’eau. », marmonne-t-il enfin tout en constatant que sa gorge est affreusement sèche. « Il nous faut de l’eau. »

S’ils doivent attendre ici pendant des heures – et peut-être même davantage – il leur faut de quoi tenir. Les cuisines sont-elles accessibles au milieu des décombres ? Il veut en avoir le cœur net. Prenant appui sur une table renversée, il tente de se relever. Tandis que sa main entre en contact avec ce qui semble être un lambeau de chair humaine, il laisse échapper une petite exclamation de surprise – et de dégoût. Sa jambe le fait affreusement souffrir. Malgré tout, il parvient à se relever, à moitié effondré sur le panneau de bois. Au milieu de son agonie, il tente d’esquisser l’ombre d’un sourire alors qu’il se tourne de nouveau vers la jeune femme. « Vous êtes blessée ! » observe-t-il alors, dans une légère grimace, tout en désignant le bras de l’inconnue d’un léger signe de tête. Se faisant, il baisse les yeux vers sa propre blessure comme pour mesurer l’étendue des dégâts. Tout-à-coup, il regrette presque d’avoir si ardemment refoulée sa nature profonde… avant de se souvenir que ses pouvoirs ne lui auraient jamais permis de se soigner lui-même. Peut-être pouvait-il être utile à celle qui l’avait si gentiment secouru ? Au vu de ses connaissances dans ce domaine, cela restait peu probable. Mais l’intention y est. « Je peux… ? » demande-t-il alors tout en tendant une main mal assurée en direction du bras de la jeune femme, dans le but évident d’examiner la plaie de plus près. Il ne s’agit en aucun cas d’une ruse. Aussi curieux que cela puisse paraître, il est foncièrement bon – et surtout très naïf. Mais cela n’est malheureusement pas écrit sur son front.

Citation :
Porca miseria : Bon Dieu de m*rde ! (version soft)

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MessageSujet: Re: Somewhere I Belong {Li Mei/Orfeo}   Lun 12 Mai - 0:06



Somewhere I Belong.

(pv) Orfeo Renzacci


~

Là où tu aurais pu dire, comme d'autres le feraient : ça risque de faire mal ; il va falloir faire vite ; il y aura certainement plein de sang ; la poutre sera trop lourde pour moi, je ne la soulèverai pas indéfiniment ; je vais vous sortir de là, comptez sur moi. Là où tant d'autres auraient pris le temps d'expliquer, calmement, rassurant le blessé quant à son sort, toi tu te contentes d'une simple phrase, vide de sens, qui pourtant dit tout ce qu'il y a à dire en cet instant. Tu ne retiendras pas longtemps la poutre, il lui faudra glisser en sécurité rapidement et il sera sauf. C'est là la grande dame que tu fus à une époque révolue, pensant avec intelligence que chaque seconde est déterminante, et qu'il ne faut en perdre aucune en vaine parole. Si à cet instant il est encore pleinement conscient et capable de te comprendre tout comme de s'extirper de là tout seul, quelques secondes de plus à attendre de comprendre si la pluie bat son plein ou si ce sont les battements de ton cœur qui résonnent à tes oreilles et il ne sera plus capable de rien. Soulever la poutre ne servira pas à quelqu'un qui ne saurait s'en sortir de ses propres moyens, et tu ne peux te concentrer sur une tâche et l'autre en même temps, il te faut choisir.

Tes pensées idiotes cessent alors qu'il te donne le feu vert. Sans plus attendre, tu te redresses et tires de toutes tes forces, la poutre se soulevant juste assez pour qu'il puisse s'en extirper. Le juron qui sort de sa bouche – puisqu'il ne fait aucun doute que c'en est un – t'étonne quelque peu par sa sonorité, te forçant à penser que tu n'es pas la seule étrangère dans ce qui fut, quelques minutes auparavant, un café. Au remerciement qu'il exprime ensuite, tu ne réponds rien, te sentant trop coupable de l'hésitation et de la colère ressenties au su de son corps empêtré sous les décombres. Tu le vois alors glisser son regard sur la pièce – ou ce qu'il en reste – et dans ta lâcheté infinie, tu baisses ton regard sur tes propres mains, consciente de ce que ses pupilles vont trouver, ou justement l'absence de ce qu'il devrait y avoir. C'est ainsi qu'aux mots suivants, tu déglutis péniblement et nies du chef, bien que la phrase ne te soit certainement pas destinée. De nouveau tu secoues la tête, plus lentement cette fois-ci, alors que la panique revient gagner ton petit corps de monstre. Ce qu'il vient à dire ensuite ne peut calmer ton cœur qui bondit au fond de ta poitrine et frappe à tes oreilles avec violence. Ton idiotie vient serrer ta gorge et te faire croire que l'air te manque tandis que tes mains se pressent l'une contre l'autre et que tu prends une grande inspiration, fermant les yeux pour mieux inhiber la panique qui t'assaille. Mais elle est trop ancrée en toi pour te quitter, il va te falloir survivre avec.

De l'eau. L'air revient jusqu'à tes poumons, gonflant ta poitrine et ouvrant tes yeux sombres sur les ruines du café. Sa proposition est bien meilleure que toutes les idioties qui passent dans ton cerveau sans proposer de moyen de sortir d'ici. Là est la différence entre ta panique et la sienne : là où tu cherches une sortie, il souhaite attendre les secours. Mais pourras-tu tenir jusque-là, petite Lili, je me le demande. Ta paranoïa et ton idiotie, mêlée à ta folie et ta panique, vont te monter à la tête et te tuer plus sûrement que l'effondrement du bâtiment. Si tu ne meurs pas écrasée, tu crèveras étouffée. Oh oui, Lili, l’étouffement, quelque chose que tu connais tout autant que tu redoutes, n'est-ce pas ? Combien ont cherché l'air, rien qu'une brise qui glisserait dans leur gorge, pris dans ton étreinte meurtrière, abusés par ton visage d'ange las et déchu, monstre ? Tu ne les comptes plus, meurtrière, comment le pourrais-tu ? Tous meurent d'asphyxie entre tes mains, et s'il y a pourtant une chose que tu crains plus que la mort elle-même, c'est que le gaz vital s'échappe de tes poumons pour ne plus jamais y revenir. Le chasseur qui a peur d'être chassé. L'assassin qui a peur d'être assassiné. La tueuse qui a peur d'être tué. Tu seras prise à ton propre jeu, Lili, crois-moi. Un jour viendra où l'on te tuera, où les mains puissantes de ton bourreau se refermeront sur ton cou frêle. Que n'aurais-je pas donné pour qu'il s'agisse de moi...

Tu sursautes à sa voix, sortant de ton état second comme d'un mauvais rêve. Il t'interpelle, se renseigne sur tes blessures, constate qu'il n'est pas le seul à avoir fait les frais de l'effondrement du plafond. Ton regard vient alors inspecter le ruban autour de ton bras, le tissu sombre cachant tant bien que mal l'obscurité de ton sang. La blessure te semble bien minime comparée à la douleur qu'il doit lui-même ressentir, et tu t'étonnes qu'il s'en inquiète. Si les débris n'ont fait que te frôler, te couper, lui s'est retrouvé coincé sous les décombres, tu ne lui en aurais pas voulu – au contraire – s'il avait simplement ignoré tes plaies. C'est alors qu'il tend la main, demande une permission. Tes yeux s'écarquillent d'étonnement, d'incompréhension et de panique mêlés. Tu ne peux lui permettre de voir ce bras qu'il souhaite examiner. Que dira-t-il à la vue du sang bien trop sombre qui s'écoule avec lenteur ? Tu ne peux décemment pas le laisser faire, il te faut trouver une parade. Alors seulement tu remarques qu'il se tient debout – ou peu s'en faut – fermement accroché à une table renversée. S'il te semble curieux la vitesse à laquelle il a décidé de se mouvoir, au lieu de se remettre tranquillement du mal qui doit l'envahir, tu penses également que ce sera plus pratique pour explorer ce qu'il reste du café et chercher ce qu'il veut trouver : de l'eau. Tu repousses son geste du dos de la main, glissant alors tes doigts le long de son bras pour t'approcher de lui et l'aider à se tenir debout.

« C'est superficiel, rien de grave. Laissez-moi plutôt vous aider et allons chercher de l'eau. »
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MessageSujet: Re: Somewhere I Belong {Li Mei/Orfeo}   Ven 16 Mai - 1:09




Tels de puissants faisceaux de rayons X, ses deux  grands yeux bleus sondent le visage et le corps de sa comparse, à l’affut du moindre tic porteur d’un sens caché. Lui qui, quelques années plus tôt, peinait encore à ânonner quelques mots semble désormais maître en l’art de déchiffrer le langage corporel. Par ce regard, fuyant, obstinément fixé sur ces mains qui se mêlent et se tordent en une danse hésitante, la jeune femme refuse poliment les lauriers dont il veut la couvrir. Pourquoi ? Cette question demeure sans réponse. De son œil affuté, il poursuit son inspection. Perplexe, il ne peut que noter la façon dont la cage thoracique de l’inconnue se soulève et s’affaisse en un rythme de plus en plus saccadé tandis que ses paupières se ferment, lui cachant pour un temps le miroir de son âme. La proposition qu’il lui fait semble la laisser de marbre. Elle se tient là, face à lui, telle une poupée de porcelaine, figée dans son attente. Lucide, il croit sentir que sa présence l’importune sans parvenir à déterminer la cause de sa gêne ou de son agacement. Bientôt, le voilà contaminé à son tour par le malaise qui semble s’être emparé de la belle. Embarrassé, il baisse de nouveau les yeux sur ces mains délicates qui se pressent l’une contre l’autre comme pour se rassurer. Face à la vue de cet interminable ballet, quelque chose le chiffonne. Un tout petit détail qui semble malgré tout lui échapper. Le violent sursaut de la jeune femme l’arrache brusquement à ses réflexions. Sa main est sur le point d’effleurer le ruban lorsque l’inconnue le repousse doucement, les yeux écarquillés d’un mélange de stupeur et d’incompréhension. « C’est superficiel, rien de grave. Laissez-moi plutôt vous aider et allons chercher de l’eau. »

Par ces quelques mots, c’est une porte invisible qu’elle vient claquer contre son nez. Et lui reste planté là, sur le seuil de son âme, les bras ballants, ses questions en suspens. S’il est un brin vexé de la voir ainsi refuser son aide, il ne lui en tient pas rigueur. Alors que les doigts de l’inconnue viennent effleurer son bras, il se raidit quelque peu. Lorsqu’il ne le répugne pas, le contact physique l’embarrasse, surtout avec la gent féminine, cette caste crainte et méconnue. Néanmoins, il finit par accepter cette main secourable sur laquelle il prend appui tandis qu’il tente de se mouvoir. Il suffira d’un simple pas en avant pour qu’une plainte rauque s’échappe de ses lèvres. De nouveau, il peut sentir son sang battre dans sa cuisse traversée par une plaie béante et sanguinolente. Brusquement, il porte son poing à sa bouche pour étouffer un nouveau gémissement plaintif. D’un geste vif, il détourne la tête, peu enclin à exposer ainsi sa souffrance aux yeux d’une parfaite inconnue. Si la douleur se refuse à faiblir, il parvient tout de même à la contenir, le temps de faire quelques mètres parmi les décombres. A bout de force, il finit par demander, d’une voix étonnamment faible : « Si on faisait une petite pause, vous voulez bien… ? » Là-dessus, il esquisse un sourire un peu forcé avant de se laisser glisser au sol, à bout de forces. Sa respiration sifflante finit par se perdre en une quinte de toux provoquée par le mélange de poussière s’élevant des gravats.

« Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? » se lamente-t-il dans un murmure à peine audible tout en balayant des yeux les ruines du café. La pertinence de cette question lui saute au visage, tant et si bien qu’il s’étonne de ne pas l’avoir posée plus tôt. Cet attentat – s’il en est un – était-il l’œuvre de ce petit groupe d’irréductibles refusant de se plier à la volonté d’un gouvernement tyrannique ? Le cas échant, quelle raison pouvaient-ils avoir de prendre pour cible ce lieu en apparence insignifiant car dénué de tout symbole politique ? Incrédule, il secoue lentement la tête tout en s’affaissant légèrement sur lui-même, comme accablé par le poids de cette hypothèse. Ce simple mouvement lui arrache une nouvelle grimace de douleur. Il ferme les yeux, le temps de prendre une profonde inspiration avant de briser de nouveau le silence mortuaire. « De tous les cafés que comptent Bourbon Street il a fallu qu’ils choisissent justement celui-là ! » Il tente un trait d’humour mais le cœur n’y est pas. S’il parle, c’est avant tout pour combler le silence… et pour rester conscient. Confronté à une telle douleur, l’esprit a tôt fait de divaguer, il le sait. Le son de sa propre voix le rassure et le tient éveillé. « Ils vont mettre des heures à nous trouver… », se lamente-t-il soudain tout en cherchant des yeux quelques rayons de lumière par-delà les décombres. « Sans doute pensent-ils qu’il n’y a aucun survivant. Il faudrait trouver un moyen de manifester notre présence. » Un téléphone ? Il n’en a point mais il est fort à parier qu’au moins l’un de ces macchabés dispose de ce petit bijou de technologie. Dépouiller les morts, voilà une perspective qui ne l’enchante guère. Mais à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, l’un des nombreux enseignements qu’il avait tiré de son petit séjour dans les Enfers. Lentement, il tend une main légèrement tremblante pour tâter les poches du cadavre le plus proche. L’instant d’après, son bras retombe mollement sur le sol. Il ne se sent pas la force de se lancer dans de telles fouilles qui s’avèreraient probablement inutiles, cette prison de béton et d’acier étant probablement hermétique aux ondes téléphoniques. Autant revenir aux bonnes vieilles méthodes datant de sa première vie. D’un geste mal assuré, il s’empare d’une barre de fer qu’il vient frapper contre une autre, à plusieurs reprises. Le bruit se répercute violemment contre ses tympans. Pour autant, parvient-il à traverser les ruines pour alerter les passants ? Une dizaine de coups plus tard, il finit par abandonner, pour un temps du moins.

« Orfeo… », murmure-t-il enfin après quelques longues secondes d’un silence pesant. Ce faisant, il se tourne de nouveau vers l’inconnue, le temps de préciser : « C’est mon nom. » Un prénom qu’il sait peu commun dans ces contrés anglo-saxonnes. Ses lèvres s’étirent lentement en un sourire désabusé. « Il est fort probable que nous ne sortions jamais d’ici. Quitte à attendre la mort, je préfèrerais ne pas le faire aux côtés d’une parfaite inconnue. Et vous ? » De son regard bleu, il guette la réaction de la jeune femme dont la méfiance semble presque palpable depuis le début. « J’ai vu la façon dont vous avez réagi face à cet homme tout à l’heure ! » finit-il par avouer tout en reportant son attention sur sa jambe blessée, à l’affut d’une position qui rendrait la douleur un peu plus supportable. « Vous aviez sans doute vos raisons. » rajoute-t-il précipitamment. « Je n’ai pas de mauvaises intentions vous savez. Et même si c’était le cas, je ne suis pas en état de vous faire le moindre mal. » Il éclate d’un petit rire sans joie avant de lever de nouveau les yeux vers l’inconnue qu’il espère faire enfin sortir de son mutisme. « Alors ? Ai-je gagné le droit de connaître votre prénom… ? » demande-t-il enfin tout en tendant une main dans sa direction dans une attitude formelle trahissant des convenances venues d’un autre âge. Ce faisant, il saisit enfin le tout petit détail qui lui échappait encore quelques instants plus tôt. Une étrange lueur traverse son regard tandis que son esprit s’éclaire. En contemplant ses propres doigts meurtris, il comprend enfin ce qui le chagrinait dans la vue de la peau impeccable de la jeune femme dont les mains auraient pourtant dû porter les stigmates du geste héroïque par lequel elle l’avait extirpé des décombres. Etrange… Vraiment très étrange...


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MessageSujet: Re: Somewhere I Belong {Li Mei/Orfeo}   Lun 19 Mai - 23:21



Somewhere I Belong.

(pv) Orfeo Renzacci


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Tu lui tends la main mais tu n'acceptes pas la sienne, où est ta logique, danseuse ? Je ne comprends pas bien et je pense sincèrement qu'il en est lui-même perplexe... ou vexé. Es-tu de ces personnes qui sont persuadées de n'avoir besoin de l'aide de personne ? Non, Lili, toi tu es de celles qui pensent ne mériter aucune aide et tout devoir au monde. Ainsi il te faut tendre la main sans jamais avoir le droit d'accepter celles qui se tendent vers toi. Mais dis-moi, à trop tendre le bras ne risques-tu pas d'être brûlée ? Est-ce la raison pour laquelle tes actes de gentillesse se comptent sur les doigts de la main ? Et il pourrait t'en manquer quelques uns que ça ne changerait rien. Tu n'es pas une femme de bonté, tu es un monstre de cruauté. Seulement capable de prendre les vies pour ta propre survie. L'égoïsme de ton cœur putride ferait pâlir de jalousie quiconque se croyant dieu de l'art de ne penser qu'à soit. Ai-je tort ? « Oui. » Non. Tu ne peux dire le contraire, monstre. J'ai raison, toujours en ce qui te concerne. Prouve-moi, alors, que j'ai tort. Tu ne le peux, n'est-ce pas ? Regarde-toi, tu veux faire bonne figure, mais aider cet inconnu te permet simplement de ne pas te perdre toi-même et t'abandonner à ta folie. Et si, autrefois, tu t'inquiétais seulement de mon bien-être, il n'y a, aujourd'hui, plus aucune excuse à ton comportement. Tu as choisi ton isolement, tu ne peux le reprocher à personne d'autre qu'à toi-même.

Sous ta main qu'il a accepté sans rien dire, tu le sens faiblir, loin de comprendre tout le mal qui le ronge à chaque pas. Devant sa faiblesse tu détournes le regard, consciente qu'à sa place tu n'aimerais pas montrer à un inconnu que tu n'es pas aussi forte que ça, finalement. Là est peut-être ton geste le plus intelligent, qui pourtant amène tes pupilles à glisser sur les différents corps qui vous entourent, écrasés par les gravats. Devant tant de malheur, tu aurais pu avoir envie de vomir, de pleurer, mais ton profond sadisme ne te pousse qu'à froncer les sourcils pour ne pas laisser la panique reprendre ton cœur. « C'est faux. » Non, Lili, ça ne l'est pas. Quelle femme accepterait de regarder le sang sans tourner de l’œil ? Quelle femme serait plus préoccupée par sa panique que son dégoût ? Quelle femme se sentirait capable de soutenir un homme blessé et de s'accrocher au peu d'espoir qu'ils leur restent ? Aucune, ma belle, aucune. Pourquoi toi, alors ? Parce que tu n'es pas une femme, Lili. Tu es un monstre.

Tu lui réponds d'un hochement de tête discret, sans prendre la peine d'élever la voix pour affirmer. Le voilà bien fatigué pour les quelques mètres que vous avez parcourus. A ce rythme-là, vous n'arriverez pas à grand-chose, et si l'évidence saute à tes yeux, tu te doutes qu'il a dû se dire la même chose, et qu'il est inutile de le préciser. Il ne faudrait pas que les deux seuls survivants de cette catastrophe finissent par se battre au lieu d'essayer de survivre ensemble, en attendant des secours qui ne viendront pas. Tu le laisses donc échapper à tes doigts et glisser au sol pour se reposer. Et alors qu'il tousse à cause de la poussière, tu hésites à l'aider pour finalement ne rien faire. Et je sais qu'au fond de toi tu as souhaité qu'il s'étouffe ici-même, pour chercher de tes propres moyens une sortie. « C'est faux ! » Silence, Lili, ton compagnon te parle. Ton cœur se serre à cette simple phrase, t'arrachant un très léger rictus douloureux. Tu ne sais ce qu'il s'est passé, et tu n'es pas sûre de vouloir savoir. Ce qui est arrivé est malheureusement arrivé, il n'y a pas d'autres questions à se poser. Tu déglutis péniblement, ton regard fuyant finalement les corps à proximité. Et si tout était de ta faute ? Non Lili, si tu penses ainsi tu vas tous nous tuer.

L'humour du jeune homme arrive à tes oreilles sans réussir à calmer ta panique. Il révélait là tout le problème qui tourne à l'intérieur de ton crâne depuis que les pierres sont tombées sur terre. Si tu n'avais pas eu l'idée folle de t'arrêter dans un bar, de choisir celui-ci et d'y prendre un thé dont tu n'apprécies même pas la saveur... alors rien ne serait arrivé. Certes. Mais avec des si, on change le monde Lili. Ce qui me dérange le plus, c'est de ne pas comprendre pourquoi tu as décidé d'entrer dans ce bar, toi qui ne te mêles jamais aux autres, qui restes dans ton coin et regardes de loin. Jamais tu n'as fait ça, tu n'aimes guère t'arrêter dans ce genre de lieu. Et pourtant, ne travailles-tu pas au Masquerade ? Tu es remplie de contradictions, danseuse, comment veux-tu que l'on te comprenne ? Ton cœur cesse de battre et tambourine pourtant à tes oreilles avec force, le monde échappe à ta vision, bascule dans le néant alors que l'air ne passe plus dans tes poumons. La panique te gagne, enserre ta gorge de ses doigts glacés. Peu à peu le son te revient, tu entends la suite de ses paroles, et tu reviens à toi, posant ton regard sur ton compagnon d'infortune. Te savais-tu aussi faible que ça ? Prête à perdre le contrôle de ta personne à une simple phrase prononcée pour qui veut bien l'entendre ? Je ne te reconnais pas, Lili, reprends-toi. Il n'a fait qu'énoncer un fait que tu aurais deviné sans son aide. Vous allez crever avant qu'ils ne vous trouvent. Ils ne peuvent prendre trop de risques, ils vont devoir être délicats, vois-tu, essayer de se faufiler dans les brèches pour ne pas aider le plafond à s'effondrer davantage. Sauf qu'ils ne sont pas délicats.

Si les coups des deux barres de fer t'avaient crispée, le son de sa voix détend tes muscles et calme le bourdonnement à tes oreilles. Le bruit te fait peur alors qu'il te semble que la bâtisse ne tient que par un équilibre précaire que les ondes sonores pourraient briser à tout moment. Ce n'est certainement pas vrai, mais c'est ainsi dans ton esprit dérangé. Un nom, doux et étranger, qui ne saurait choquer ton ouïe habituée aux sonorités d'un autre genre que la langue de Shakespeare. Et si tu as perdu tout à fait – ou du moins sais-tu le cacher à souhait et le manipuler comme cela t'arrange – ton bel accent, tu n'en restes pas moins d'origine étrangère, née et élevée sur un sol étranger. Ainsi donc tu ne peux te vexer, comme d'autres le feraient, du chantonnement de son propre prénom. Le voilà qui t'assaille de nouveau de son pessimisme profond, à moins qu'il ne s'agisse de vérité pure et dure à entendre, même pour toi. Mais alors que la panique devrait reprendre possession, pour de bon cette fois, de ton cœur de pierre, il enchaîne rapidement, ne te laissant que le temps à la surprise et la honte. Tes yeux sombres s'arrondissent, s'écarquillent et tes dents viennent un instant riper contre ta lèvre inférieure, un tic nerveux agitant ta paupière d'un soubresaut imperceptible. Alors il t'a vue, toi la folle paranoïaque qui pense que le monde entier en veut à ta personne. Et il ajoute que tu avais tes raisons, mais je veux bien savoir lesquelles, Lili, dis-les-moi. Mais tu n'en as pas, monstre, tu n'as aucune raison de craindre le monde. Non, en fait tu en as, ma belle, c'est seulement que tu es bien incapable de les trouver et de les nommer. Moi je le peux et je te le dis, la seule raison valable à tout ceci : le monde est pourri, il te traquera jusqu'à ta mort.

« Li Mei. Mais les Américains préfèrent Lili. »
Attention à ne pas t'écorcher la langue à trop parler, monstre. Regarde-moi cette évolution impressionnante, tous ces mots que tu alignes les uns à la suite des autres pour former une vraie phrase. Et ton véritable prénom, dévoilé à un inconnu qui pourrait tout aussi bien mourir ici-bas. Ce prénom parfois honteusement confondu avec le nom de famille Li et le prénom Mei, à ta grande incompréhension. Mais fais donc attention, à trop parler tu pourrais finir par te sociabiliser, regarde donc cette main qui se tend vers toi, ce salut auquel tu réponds. Quelle horreur ! Tes doigts vont fondre, Lili, et tu vas te déshydrater de trop avoir utilisé tes cordes vocales. Tu repenses d'ailleurs à l'agencement de ton lieu de travail, et à celui du bar intact dans lequel tu t'étais engouffrée aujourd'hui. Si tu réussis à te faufiler sous les décombres, peut-être trouveras-tu une bouteille d'eau pleine. Encore te faudrait-il réussir à passer de l'autre côté, où trouver un moyen d'arriver à tes fins. Et qui sait, peut-être trouveras-tu quelque chose pour vous permettre d'avertir l'extérieur. Tu redresses ton dos jusqu'alors légèrement voûté pour regarder Orfeo, et tu inspectes silencieusement les alentours. Faisant appel à ta mémoire, tu devines sans mal l'emplacement du bar, maintenant en partie recouvert par les gravats. Quelques brèches semblent assez grandes pour y passer un bras, mais tu ne vois de ta position aucune pierre assez espacée d'une autre pour y glisser ton corps entier. Il te faut néanmoins essayer, occuper ton esprit pour qu'il cesse de paniquer.

« Je vais vous trouver de l'eau. »
Eh bien, tu me surprendras toujours, Lili. N'es-tu point capable d'engager une véritable conversation pour patienter jusqu'à l'arrivée des secours ? Il te faut déjà fuir la présence du blessé, qui ne se rappelle que trop bien tes agissements passés suspects, et qui semblent analyser de trop tes agissements présents, tout aussi suspects. D'un pas rapide, tu atteins l'endroit que tu avais repéré, évitant avec grand-soin de poser ton regard sur les cadavres environnants. Les interstices te permettent d'apercevoir le bar, et les quelques bouteilles qui le constituent, dont de l'eau, à ton grand soulagement. Profitant de l'ombre d'un corps près du comptoir, et sans chercher à savoir s'il est vivant ou mort, tu uses de tes pouvoirs détestables et monstrueux pour amener à toi la bouteille, que tu récupères en passant ton bras entre les gravats. Ceci fait, tu espères du fond du cœur avoir pu cacher tes gestes à Orfeo, et tu reviens aussitôt à ses côtés, lui donnant la bouteille avant de t'asseoir un peu plus loin. Un instant encore tes yeux sombres fixent tes mains et leur blancheur qui ne tremble pas, alors que les mots passent tes lèvres sans que tu ne le veuilles réellement.

« Et si c'est moi qui ai de mauvaises intentions ? »



Dernière édition par Li Mei Tyler le Dim 1 Juin - 11:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Somewhere I Belong {Li Mei/Orfeo}   Dim 25 Mai - 13:21




« Li Mei. Mais les Américains préfèrent Lili. » Li Mei. Deux syllabes qui résonnent longuement dans son esprit encore groggy de douleur. Une sonorité nouvelle qui le transporte par-delà les mers et les océans, vers quelques contrées inconnues. Emporté par le flot continu de la voix de la jeune femme, il dérive… et divague. « Li Mei… » répète-t-il enfin, tel un lointain écho. Sa voix est hésitante. Sa langue s’écorche contre cette diphtongue exotique et pourtant familière. A ce prénom pour le moins étrange, il tente d’associer un dialecte qu’il imagine chantant, pareillement au sien, sans rapport avec cet argot aux consonances abruptes tant chéri par les anglo-saxons. Ce faisant, il note ce détail, insignifiant pour beaucoup mais auquel il se montre sensible. L’anglais de l’inconnue – qui ne l’est plus vraiment – est fluide, affranchi de tout accent susceptible de trahir de lointaines racines. Un exploit dont il ne saurait se vanter, lui dont les « r » roulent encore allégrement sur son palais, lui dont les « h » manquent toujours d’un peu de souffle… Quelques imperfections dans sa prononciation venues marquer sa différence qu’il brandit comme un étendard, lui l’étranger, lui le latin, portant en lui l’héritage d’un peuple au sang chaud qui ne saurait se satisfaire du flegme britannique ou de la muflerie américaine. « Li Mei, c’est très joli. », conclut-il finalement, dans un sourire songeur.

Alors, sa main entre en contact avec celle de la jeune femme le temps d’un bref salut dont il analysera longuement le plus petit détail. Cette obligation protocolaire lui donne l’occasion de vérifier empiriquement l’hypothèse formulée silencieusement quelques instants plus tôt. Cette idée aux contours imprécis est comme une petite graine qu’il sent germer dans son cerveau sans rien savoir pourtant du fruit qu’elle s’apprête à donner. D’aucuns auraient sans doute déjà deviné ce que lui refuse de comprendre, en dépit des très nombreux signaux interceptés par ses sens en alerte. Impassible, il se contente donc de serrer cette petite main qu’il découvre incroyablement douce. Cette observation transmise à son cerveau par chaque pore de sa peau ne dépasse pas son sens premier. Il ne s’agit pas là de la contemplation béate d’un homme envoûté mais bien de l’analyse naïve d’un enfant interloqué. Car sur cette peau qu’il peut sentir un bref instant contre la sienne, pas la moindre trace d’une écorchure, pas même la plus petite des éraflures… ! Rien d’autre qu’une enveloppe lisse et délicate en lieu et place des callosités qui auraient dû recouvrir la paume de sa main suite à l’acte de bravoure par lequel elle l’avait libéré de cette poutre. Face à ce phénomène encore inexpliqué, sa curiosité est telle qu’il peut presque la sentir lui brûler doucement les lèvres. Pourtant, il reste silencieux.

L’instant d’après, la dénommée Li Mei s’enfuit parmi les décombres après l’avoir brièvement informé de ses intentions : « Je vais vous trouver de l’eau. » Sans un mot, il la regarde s’éloigner, silhouette longiligne, fragile et étonnamment forte à la fois. Cette fascination muette qu’elle exerce sur lui l’oblige à la suivre des yeux d’un bout à l’autre de la salle. Alors qu’elle menace à tout instant de disparaître, engloutie par cet amoncellement de chair et d’acier, il se hisse sur un coude pour ne pas la perdre de vue. Ainsi l’aperçoit-il, penchée au-dessus d’un macchabé, non loin de l’endroit où auraient dû se trouver les cuisines. A la vue des blocs de béton qui en bloquent l’accès, le découragement le gagne, un abattement qui semble pourtant vouloir épargner sa compagne d’infortune. Que fait-elle ? Dans un long gémissement plaintif, il se redresse, juste à temps pour être rendu témoin d’un phénomène étrange. Stupéfait, il cligne des yeux, à plusieurs reprises, à la recherche de quelque explication plausible. Bientôt, les pièces du puzzle s’emboîtent parfaitement dans son esprit. Ces mains, vierges de toute blessure… Ce garrot venu masquer la plaie… L’ombre tremblotante du cadavre… Tout, jusqu’à l’attitude fuyante et déroutante de la jeune femme semble trouver une explication rationnelle. Se pourrait-il que… ?

Mais déjà, l’étrange demoiselle est de retour, l’obligeant à laisser là ses réflexions. Bien décidé à ne rien laisser paraître de son trouble, il s’empare de la bouteille, esquissant un bref signe de tête en guise de remerciement. Rongé par la curiosité, il en oublierait presque sa soif. Son regard accompagne la jeune femme alors même qu’elle prend soin de s’asseoir à bonne distance de lui. « Et si c’est moi qui ait de mauvaises intentions ? » S’il prend cette suggestion très au sérieux, il reste néanmoins de marbre. De ses deux grands yeux clairs, il jauge l’inconnue. Son silence contraste fortement avec la tempête qui fait rage à l’intérieur de lui. Surgies du passé, quelques visions d’horreur l’assaillent, celles de cet Enfer dans lequel il avait dû fuir des créatures semblables à celle qui lui fait désormais face. Les traits figés par la concentration, il tente d’associer à l’un de ces souvenirs le visage qui, quelques instants plus tôt, lui semblait familier. Le monstre qui sommeille au fond de lui sort peu à peu de sa torpeur. Les sens en alerte, il flaire l’odeur du sang et de la trahison, prêt à assouvir une possible vengeance. Mais au terme de quelques secondes d’un examen minutieux, il est contraint d’admettre que cette silhouette ne lui évoque rien. Li Mei ? Un nom ne figure pas parmi la liste de ses nombreux bourreaux.

Alors seulement ses muscles se relâchent. « Eh bien, disons que c’est un risque que j’accepte de prendre ! » rétorque-t-il enfin dans un sourire énigmatique.  Il détourne le regard, le temps de boire quelques gorgées d’eau. Pendant ce court laps de temps, il s’interroge. Doit-il prendre au sérieux l’hypothèse formulée par la jeune femme ? « Un risque calculé, cela dit. » Il laisse le silence s’immiscer entre eux avant de préciser sa pensée. « Vous avez laissé passer bon nombre d’occasions de vous débarrasser de moi. Quelque chose me dit que vos intentions ne sont pas si mauvaises. » A ces mots, il esquisse un sourire un brin provocateur. Puis, il laisse la bouteille rouler à même le sol en direction de la dénommée Li Mei. « Et admettons un instant qu’elles le soient… ! » reprend-t-il enfin, l’air songeur. « J’ai dit que je ne vous voulais pas le moindre mal… pour l’instant, du moment que vous ne vous montrez pas hostile. Mais si vos intentions venaient à changer, je me verrais dans l’obligation de me défendre, vous comprenez ? » Lentement, il laisse ses doigts courir parmi les gravats jusqu’à ce que sa main se referme de nouveau sur la barre de fer abandonnée là quelques instants plus tôt. « Je peux sembler bien mal en point mais… » A ces mots, un nouveau bruit de ferraille résonne parmi les décombres, de quoi détourner l’attention de cette créature à l’ouïe si sensible. Une diversion qui ne durera qu’un court laps de temps toutefois suffisant pour embrouiller l’esprit de la jeune femme au moyen d’une petite illusion. Aux yeux de l’inconnue – et pendant une fraction de secondes – le café retrouve son aspect originel, comme si l’explosion n’avait jamais eu lieu. Lui se tient debout, guéri de ses blessures, plus imposant qu’il ne l’est en réalité. L’instant d’après, le mirage s’évanouit. « Les apparences sont parfois trompeuses, n’est-ce pas ? » Un sourire fatigué s’étire lentement sur ses lèvres. L’épuisement mêlé à son inexpérience le rendent bien incapable de faire perdurer cette chimère plus longuement. Il ne s’agit là que d’un vague moyen de dissuasion. Après avoir pris conscience de la véritable nature de sa compagne d’infortune, il avait fait le choix de la laisser entrapercevoir l’une des cartes de son propre jeu, considérant que la partie n’en serait que plus palpitante.



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MessageSujet: Re: Somewhere I Belong {Li Mei/Orfeo}   Jeu 5 Juin - 22:10



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(pv) Orfeo Renzacci


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Perdue dans des pensées bien trop sombres pour ta personne, tu ne prête plus aucune attention à l'estropié, bien trop concentrée à imaginer de quel façon le monde t'emportera, ou quel mal, même involontaire, tu pourrais être amenée à lui faire. Ainsi tu ne remarques nullement le regard qu'il te lance et les interrogations qu'il se pose à ton égard. A-t-il découvert ta monstruosité ? Tu ne t'en inquiètes plus alors que là est tout le problème. C'est la seule information importante qu'il ne fallait nullement laisser filtrer, Lili, mets-toi bien ça dans le crâne. S'il a découvert qui tu es, s'il se souvient de ton visage et de ta folie dévoilée par les journalistes, que va-t-il faire de toi ? Il essaiera certainement, par tous les moyens possibles, de t'étrangler ou de se débarrasser de toi, en tout cas. Pourquoi prendrait-il le risque de s'encombrer d'un monstre fou à lier ? Qui sait quel mal tu pourrais lui faire en restant à ses côtés ? Non, vraiment, aucun homme intelligent n'accepterait de survivre si près de toi.

Mais tous les hommes ne semblent pas prédisposés à la réflexion. Sa voix te ramène sur terre, t'indiquant le caractère suicidaire de sa personne. Un fin sourire en profite pour étirer tes lèvres, alors que le soulagement délie tes épaules. « J'accepte » te dit-il, ne pesant certainement pas toute la dangerosité de ta personne. Que serais-tu capable de lui faire, à celui-là ? Quoi que, regarde bien danseuse, il est blessé et fatigué, tu ne serais pas capable de retirer grand-chose de son cadavre. Mais déjà ton sourire te quitte et tes sourcils se tordent légèrement, attendant la suite qui se laisse désirer. Calculé, pense-t-il ? Que sait-il de toi pour être à même de connaître les enjeux et les conséquences ? Tu souffles discrètement, de soulagement. Il est vrai que si tu ne lui voulais que du mal, tu n'aurais pas pris la peine de le sauver. A quoi bon ? Les cadavres sont moins embêtants immobiles, et il n'était pas capable de grand-mouvements, sous les décombres.
Tes doigts se tendent délicatement vers la bouteille, laquelle tu souhaites attraper. Pour quoi exactement ? Absolument rien, il ne faut plus chercher d'explications à ton idiotie. Mais ton geste s'arrête, ta peau frôlant la surface plastique. Admettre que tes intentions sont mauvaises ? Voilà bien une brillante idée. La légitime défense. Qu'y a-t-il de plus normal ? Il n'avait même pas le besoin de le préciser pour que tu comprennes. A sa place, tu ferais certainement la même chose. Bien que récemment, tu n'attendes pas que ce soit légitime pour te défendre, n'est-ce pas ? « Idioties. » Non, Lili, non.
Tu te redresses, te tiens bien droite alors que tu entends ses doigts caresser le fer. Compte-t-il te prouver de quelle force il est capable de te frapper ? Tu tressailles à cette pensée, bien loin de t'imaginer ses véritables intentions. La détonation résonne à l'intérieur de ton crâne d'une telle force qu'elle amène à tes yeux quelques gouttes de pluie. Tout à fait concentrée sur le bruit sourd, tu n'es plus capable de te défendre alors que le café reprend son aspect d'origine, sous tes yeux écarquillés. Et il est là, lui aussi, grand et imposant, dressé devant ton futur cadavre qu'il méprisera certainement de tout son cœur. Alors que le tien n'est plus capable de rien.

La peur t'enserre la poitrine et coupe ta respiration. Tu halètes, déglutissant difficilement, à la recherche d'un air qui passe dans tes poumons sans que tu ne t'en aperçoives. Ta main tremblante vient presser ta bouche pour la stopper dans ses grandes inspirations, alors que l'océan borde tes yeux, menaçant de s'écouler sur tes joues tel un torrent. Tu as totalement perdu pied, prise au piège comme jamais par une vulgaire illusion. Aurais-tu été effrayée par la supercherie, si le café ne s'était pas écroulée sur ta personne ? Bien entendu, non. Mais tu ne peux plus supporter les murs qui t'enferment dans la pénombre, et le silence macabre des décombres. Et certainement as-tu peur, finalement, qu'il ne puisse te tuer, qu'il ne referme ses mains sur ton cou, ta peau colorée et fragile. Depuis quand n'as-tu plus montré telle faiblesse, danseuse ? Toi, Lili la grande, Lili la magnifique, Lili la forte et la dame de glace. Lili la belle mais la solitaire, à jamais fragile.

Détruite, brisée de l'intérieur par tout ce qui est et tout ce qui fut. Incapable de reprendre pied une fois que tu es tombée. Et tu as été violemment poussée, dégringolant du peu de hauteur que tu t'accordais, pour te perdre dans le néant de ceux qui n'existent plus que de corps. Ceux qui se sont perdus dans leur pensée et devront y errer pour l'éternité. Dois-tu, ma sœur ? Car je suis au plus profond des ténèbres de ton esprit, confortablement assis sur le trône que tu m'as construit, espionnant de loin, commentant chacun de tes gestes, chacune de tes actions, chacune de tes pensées. Je les vois dériver devant mes yeux, à la recherche du bon chemin pour se faire entendre. Je les y aide parfois, le sais-tu ? Mais la folie les a perverties, et elles se mutinent contre toi au lieu de t'aider, essayant de briser, dans le même temps, la somptueuse forteresse que tu m'as érigée. Tu ne peux te perdre par ici, Lili, ou tu risquerais de me rejoindre. Et alors jamais je ne te laisserai partir. Je te garderai jalousement avec moi, bienheureux de pouvoir humer le parfum de ta chevelure sombre et fière de pouvoir, enfin et de nouveau, caresser ta douce peau. Mais si je te garde, ma belle, tu mourras dans mes bras, sereine, certes, mais tu mourras. Et si tu meurs, je meurs, Lili, et jamais plus nous ne serons ensemble, car tu es trop belle pour le paradis, et moi trop bête pour les enfers. Retourne plutôt à la lumière du soleil, dans cette ville qui te hait et te traque. Laisse-toi guider, ma sœur, et ne pense plus à cette voix que tu as cru entendre au fond de toi : elle n'existe pas.

Elle glisse sur ta joue, unique, symbolisant bien plus de choses qu'une centaine d'autres – que dis-je, un millionième. D'une main sûre, tu l'essuies, recueillant la perle du bout du doigt, laquelle observes-tu un instant, avant qu'elle ne tombe au sol et explose. Revenue à toi, la peur a quitté ton cœur, le laissant paisible ou du moins en apparence. Le faux calme dont tu fais preuve est cette même impassibilité qu'autrefois, celle qui t'a valu de nombreux surnoms sans importance. Et pourtant, en réalité, au plus profond de ton cœur pourri, tu es stressée, apeurée, à bout de nerfs. Comment vas-tu te sortir de ce mauvais pas, ma grande ? J'espère vas-tu agir comme autrefois, briller de ta sincérité et de ton intelligence. Tu ne dois vivre que pour retrouver ce que tu as été, Lili, seulement pour ça.

« Trompe-moi et tue-moi alors, qu'attends-tu donc ? Peut-être n'auras-tu plus le temps de le faire lorsque je me montrerai... hostile. Mais demandons-nous plutôt lequel de nous deux est hostile par rapport à l'autre, et lequel devrait se défendre contre l'autre, Orfeo. »

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MessageSujet: Re: Somewhere I Belong {Li Mei/Orfeo}   Dim 20 Juil - 7:04




S’il rivalise d’audace, il ne sous-estime point son adversaire. Car derrière les traits juvéniles d’un adolescent trop vite grandi se cachent, en réalité, près de huit siècles d’expérience. Il ne connait que trop bien les pouvoirs de la créature qui lui fait face, pour avoir rencontré bon nombre de ses semblables, dans un passé lointain. Sa mémoire ne saurait lui faire défaut. Les souvenirs sont là, gravés au plus profond de sa chair. Entre les mains expertes du monstre, il le sait, son ombre pourrait bien devenir une vulgaire marionnette. Privé, un à un, de chacun de ses sens, il se trouverait bientôt dépossédé de ses pouvoirs – si dérisoires soient-ils – avant d’être contraint d’abandonner tout ce qui fait encore de lui un homme, ses rêves et son esprit. Ecroulé sur le sol du café dévasté, le voilà qui se livre à une étonnante partie de poker. La main de la jolie Li Mei surpasse de très loin la sienne et pourtant, c’est sa vie tout entière qu’il mise dans ce gros coup de bluff. Le seul instrument dont il dispose se révèle être d’une efficacité redoutable. Quelle est l’arme la plus puissante ? Un revolver ? Une lame ? Une idée. Une toute petite idée qui, dès à présent, fait son chemin dans l’esprit de la  jeune femme, trompant ses sens et son jugement. L’illusion qu’il projette est pourtant simple, inoffensive. Magnanime, il lui fait grâce de la douleur et des visions d’horreur. Pourtant, déjà, les traits de la créature sont figés par la peur.

Bientôt, une larme se forme juste au coin de l’œil de sa victime pour venir rouler lentement sur sa joue et mourir sur ses lèvres. Cette marque de faiblesse l’arrache violemment à son esprit vengeur. Lui paraît-il si menaçant que cela ? Lui qui, quelques instants plus tôt, souhaitait si ardemment prendre l’ascendant sur son adversaire, ne sait que faire de ce pouvoir qu’il semble désormais avoir sur elle. Lentement, il laisse le film des événements se rembobiner dans sa tête, s’attardant sur le moindre détail susceptible d’expliquer cette surenchère de menaces. Sa propre réaction lui paraît disproportionnée. Le monstre qui sommeille au fond de lui semble avoir englouti l’enfant qui, un peu plus tôt, appelait à la solidarité dans l'espoir de ressortir vivant de cet enfer. Ce qui n’était qu’une simple question de la part de la jeune femme – « Et si c’était moi qui avais de mauvaises intentions ? » - avait sonné à ses oreilles comme un avertissement. Tel un chat sauvage, il s’était mis à souffler, à cracher, et à faire le gros dos. L’apparente détresse de Li Mei lui serre le cœur. Soudain, il pense à son frère, à son grand-père et se remémore la promesse qu’il s’est faite d’être le seul Renzacci dont les mains ne se couvriraient pas de sang. A cette pensée, ses épaules s’affaissent légèrement, à mesure que la pression retombe, lentement.

« Trompe-moi et tue-moi alors, qu’attends-tu donc ? » S’il s’efforce de rester impassible, les pensées se bousculent dans son esprit. « Peut-être n’auras-tu plus le temps de le faire lorsque je me montrerai… hostile. » Serait-ce l’ombre d’un frisson qu’il sent tressaillir le long de son échine ? « Mais demandons-nous plutôt lequel de nous deux est hostile par rapport à l’autre, et lequel devrait se défendre contre l’autre, Orfeo. » Ces quelques mots vont droit au cœur de l’enfant qui sommeille au fond de lui. De toutes ses forces, le gamin rabroue le monstre vengeur qui lui tord les entrailles. Pas question d’être celui qui portera le premier coup. Pas question de concurrencer Rafaele dans l’art d’écraser ceux qui sont déjà plus bas que terre. « Te tuer… ? » répète-t-il, tel un lointain écho. Il esquisse un sourire désabusé. « La mort est loin d’être le plus cruel des châtiments, n’est-ce pas ? Et il me semble qu’en matière de sanctions, la vie t’a déjà donné son lot de souffrances. » Tandis qu’il la dévisage en silence, il se demande ce que c’est que de vivre en acceptant sa condition de monstre. Il se figure en pensées l’enfer que doit être celui de Li Mei. Le regard des autres… Leur jugement. Lui-même y a été maintes et maintes fois soumis par le passé. Lorsqu’il repense à toutes ces humiliations, l’envie lui prend de supplier la mort pour qu’elle vienne enfin abréger ses souffrances. Cette mort qu’il redoute pourtant chaque fois qu’il sent son souffle dans son dos. Cruel paradoxe.

Il soupire, profondément, alors même qu’il passe une main dans ses cheveux, les débarrassant au passage d’une fine pellicule de poussière. L’espace d’un court instant, il ferme les yeux, dans l’espoir de s’arracher aux visions d’horreur qui hantent ses cauchemars depuis son retour des Falls, sans succès. Il a connu l’enfer et il en est revenu. A côté de cela, la mort n’est rien. « Des siècles d’exil… » souffle-t-il dans un murmure presque inaudible. Le son de sa propre voix le surprend. Prisonnier des fantômes du passé, abruti par la fièvre causée par ses blessures, il semble divaguer de nouveau. « Les ruines… La vermine… Les tortures… L’odeur de la chair brûlée… » A mesure qu’il parle, les images de son apocalypse défile dans sa tête. « La peur… » conclut-il enfin dans un frisson. « On n’en guérit jamais vraiment, n’est-ce pas ? » Lentement, il entrouvre les paupières pour distinguer de nouveau le visage de Li Mei. A cet instant précis, il semble persuadé du fait qu’elle et lui ont vécu le même enfer. « J’imagine que tu t’es laissée surprendre par un rôdeur ? » Lui-même avait échappé de peu à ce triste sort, à plusieurs reprises, grâce à l’aide d’Azzura et parfois de Jonas. Au bout d’un certain temps, il finit par décrypter l’incrédulité qui semble marquer les traits de sa compagne d’infortune. « Tu n’as pas connu cet Enfer, pas vrai ? » De nouveau, un sourire désabusé s’étire lentement sur ses lèvres. A cet instant précis, il se sent un peu idiot de lui avoir confié tout cela. « Que t’est-il arrivé Li Mei ? Comment es-tu devenue… » Il marque un temps d’arrêt, comme s’il cherchait le mot juste pour la décrire. Il renonce, finalement. « … celle que tu es ? » Ou ce que tu es. Mais il ne peut se résoudre à la déposséder de ce pronom qui fait d'elle une personne plutôt qu'un monstre.



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MessageSujet: Re: Somewhere I Belong {Li Mei/Orfeo}   Dim 3 Aoû - 0:06



Somewhere I Belong.

(pv) Orfeo Renzacci


~

La mort est une solution. Ta porte de sortie. Ton salut. Elle est ce qui te sauvera de ce monde fou, et tu restes persuadée que tu ne pourras, alors, jamais connaître d'enfer plus effrayant que celui-ci : la vie. Et pourtant, tu t'y accroches. La peur de l'inconnu, certainement. Tu survis bien mieux que beaucoup d'autres, frôlant la mort sans jamais l'atteindre. Tu en as envie, pourtant, tout autant que tu la redoutes. Elle est clairement, dans ton esprit, la réponse à tous tes problèmes, l'issue de secours qui t'amènera au calme le plus complet. Tu n'en restes pas moins effrayée par son exécution, et si tu souhaites que l'on te reprenne cette vie que l'on t'a donnée, tu as peur que les mains se referment sur ton cou frêle pour t'empêcher d'avaler la vie jusqu'à la dernière goutte. L'étouffement n'amène pas toujours la mort, ma belle, et c'est ce qui t'effraie le plus, certainement.
Tes yeux glissent sur le sol, détaillant chaque grain de poussière comme s'il t'était permis de les voir, pour éviter de le regarder lui. Son lot de souffrances. Et la vie a encore beaucoup à t'offrir, Lili. Déjà les premiers hommes s'amusent à torturer ton esprit. Déjà le premier loup a-t-il essayé de te mordre... Tu seras traquée jusqu'à ta mort, danseuse, et tu ne doutes pas que lorsqu'ils t'auront entre leurs bras, ils te haïront de tout leur corps avant de te relâcher. Car la chasse n'a d'intérêt que si la proie fuit encore le prédateur, si elle est capable de crier à la mort de la prendre plutôt que d'avoir à subir milles malheurs. Tu sais que ça te tombera sur le bout du nez, un jour ou l'autre. Il n'y a plus qu'à espérer, maintenant, que ce soit fait le plus tard possible.

Ses prochains mots t'étonnent et attisent ta curiosité. Des siècles, dit-il, et tu ne sembles nullement remettre ses paroles en question. Il t'a semblé découvrir un cauchemar récurrent chez certaines de tes victimes qui assuraient alors être nées plusieurs dizaines d'années avant ce monde et son gouvernement. Des ruines, oui, et le perpétuel sentiment d'être en danger tandis que la folie flotte dans l'air comme les nuages dans les cieux. Les esprits sont profondément touchés par cet enfer qui s'est ouvert pour eux. Mais si tu sais de quoi il s'agit, vaguement, tu n'en as jamais fait l'expérience par toi-même autrement que par le biais d'une tierce personne. Et jamais tu n'aurais aimé connaître ce monde particulier. Ta folie est déjà bien avancée sans cela, ma jolie.
La compassion t'envahit alors, non par pitié de savoir qu'au fond, jamais il ne s'en remettra, mais parce que ce mal-là, tu ne le connais que trop bien. Ca peut paraître étrange venant d'une idiote qui n'a pas eu à subir ce qu'il a enduré des siècles durant. Néanmoins, il y a d'autres blessures qui ne guérissent jamais et laissent l'âme écorchée pour toujours. Voilà plusieurs dizaines d'années que tout a commencé pour toi, ouvrant ton cœur au malheur et le fermant au bonheur. Tu sais faire semblant, c'est certain, car s'il t'arrive de rire tu n'en retires pourtant aucune joie. Aucun souvenir heureux dans ton esprit dérangé. Le traumatisme est bien plus grand quand il est vécu à un jeune âge, dans une vie qui ne s'y attendait pas. Mais qui pourrait s'y attendre ? La mort est imprévisible et inévitable. Tu ne pouvais rien faire pour l'en empêcher. Et tu n'as, de toute façon, rien tenté, n'est-ce pas ?

« Surprendre... »
Le mot s'échappe de tes lèvres dans un souffle, ramenant à tes yeux les événements qui ont réveillé le monstre. Tu te souviens des cris, de la peur, du sang, de mes beaux yeux qui implorent ton aide et des coups que tu as portés sur eux et... sur moi. Tu restes donc pensive un moment, certaine que tu ne pouvais rien faire d'autre pour moi, qu'il était déjà trop tard. Mais est-ce véritable, ma sœur ? Crois-tu que tu n'aurais pas pu empêcher la mort de m'emporter de l'autre côté pour finalement me recracher ? N'essaie pas de te déculpabiliser, monstre, tu es entièrement responsable, et tu le sais. C'est bien là le problème. Tout ceci te ronge de l'intérieur, te tue à petits feux. Tu finiras par clamser, la pourriture apparaissant sur ta peau colorée comme sur la mienne. Et, tout comme tu l'as fait pour moi, quelqu'un se fera un plaisir de réduire ton crâne en bouilli pour que plus aucun mouvement ne remue ton cadavre. C'est ainsi que ce doit être et c'est ainsi que ce sera.
Tes yeux noirs se reposent sur son visage qu'ils n'avaient pas observé depuis quelques minutes. Pas besoin d'affirmer ses paroles pour qu'il comprenne, car, en effet, tu n'as jamais connu cet Enfer dont il parle, à la place de quoi on t'a offert celui-ci : la survie sur terre. Oseras-tu te plaindre de ce que tu subis ici-bas, devant un homme qui a connu bien pire pendant plus de vies que tu n'en auras toi-même ? Bien sûr que non. Tu ne serais pas même capable de proférer la moindre plainte devant un homme qui ne soupçonnerait pas le moins du monde ce que d'autres ont subi quand lui souriait à la vie.

« Il disait toujours que les montres naissent ainsi, qu'ils sont simplement bien cachés parmi les hommes. Certains mourront en pensant qu'ils ont toujours été humains. Les autres se réveillent un jour ou l'autre. Un simple déclic et ils se dévoilent au monde tels qu'ils sont réellement. Et dire qu'il a été mon déclic, quelle ironie. »
Tu aurais pu parler d'un petit-ami, d'un amant ou même d'un mari que tu aurais exprimé la même affection, tes yeux débordant d'amour avant qu'ils ne s'emplissent de tristesse et que ton visage ne se ferme de culpabilité. Tes mains se tordent soudain l'une l'autre, comme pour chercher à arracher de ta peau quelque tâche invisible. C'est involontairement, pourtant, que tu les laisses se malmener, ton esprit étant tout occupé à revivre ce qu'il s'est passé. Sûrement est-ce la panique qui te gagne à l'idée de ses nombreuses minutes que vous avez passées sous les décombres, à la pensée qu'il en sera encore ainsi pour quelque temps, ou la peur de la mort qui s'agite aux creux de ses mains, mais tu te sens l'âme de te confier, toi qui te tais au lieu de parler, qui garde des secrets pour les personnes les plus chères à ton cœur. Comment pourrais-tu avouer à un inconnu toute la monstruosité de ta personne ? Souhaites-tu qu'il te fuit, ma jolie ? Ou crois-tu qu'il pourrait comprendre l'incompréhensible ? Ne sois pas idiote, ma sœur.

« Mon frère a été mordu à New York. J'ai passé ma vie entière à le protéger, mais je n'ai rien pu faire pour empêcher sa mort. Et lorsqu'il s'est relevé, c'est à peine si j'ai essayé de l'arrêter. Il s'est accroché à moi et la blessure a fait le reste. Certainement l'avais-je mérité... »

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