AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

Invité
Invité






MessageSujet: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Sam 10 Mai - 20:03




« They say that I must learn to kill before I can feel safe…
But I… I’d rather kill myself than turn into their slave.
And sometimes I feel like I should go and play with the thunder.
Cause somehow I just don’t wanna stay and wait for a wonder.»

Son verre vient heurter le comptoir dans un bruit mat en partie étouffé par le tumulte alentour, mélange incertain de cris et de sifflets. Un profond soupir se fraye un chemin par-delà ses lèvres entrouvertes. D’un œil hagard, il contemple les ondes se propageant à la surface du liquide, au rythme de la musique que crachent les baffles. Depuis combien de temps est-il ainsi accoudé à ce bar ? Une heure ? Deux ? Peut-être davantage ? Il ne saurait le dire. En quittant Garden District, ses pas l’avaient naturellement conduit jusqu’à ce temple du divertissement – ou de la débauche, c’est selon. Nouveau soupir tandis qu’il passe une main dans ses cheveux encore trempés de pluie, la faute à ces longues heures passées dehors, devant la villa de son frère. Cette allégorie de l’Opulence, union féconde du Luxe et de l’Arrogance, avait suffi à réveiller en lui les pires instincts. Oui, l’avarice de l’aîné avait abandonné le cadet aux mains d’un autre pêché capital – sans doute le plus terrible d’entre eux : l’envie. A moitié avachi sur ce bar, il maudit ses nouvelles capacités intellectuelles lui ayant permis de mémoriser cette adresse au moins autant que la curiosité malsaine l’ayant poussé à s’y rendre. De nouveau, il porte son verre à ses lèvres pour vider d’une seule traite le reste de ce liquide ambré qu’il exècre pourtant. Sa bouche se tord en une légère grimace alors même que sa gorge le brûle. Cette boisson est de loin la plus ignoble qu’il lui ait été donné de goûter dans ce monde, mais elle a le mérite d’entraîner sa lente régression jusqu’à cet état second qui était encore le sien deux ans plus tôt, annihilant sa douleur en même temps que sa conscience. Son regard vitreux se perd un instant dans le fond de son verre tandis qu’il porte une main à la poche de sa veste. Vide. La soirée s’arrête ici. Avant de quitter le cabaret, il lance un dernier regard plein d’espoir en direction de la scène. Mais son frère disait vrai. Elle n’est pas là.

Une poignée de secondes plus tard, il quitte le Masquerade pour s’enfoncer dans la nuit noire. Au loin, le grondement du tonnerre se fait entendre. Ce qui n’était qu’une petite averse semble sur le point de se muer en un violent orage. Lentement, il remonte le col de sa veste dans l’espoir de se protéger des gifles de la pluie. Au-dessus de lui, le ciel de la Nouvelle Orléans se couvre d’épais nuages noirs venus apporter un peu de fraîcheur à cette ville oppressante et oppressée. Il presse le pas. Au loin, il reconnait déjà les imposants buildings marquant l’entrée du quartier des affaires, comme autant d’ombres effrayantes se découpant à la lumière des réverbères. Amplifié par le silence alentour, le bruit régulier de ses pas se répercute violemment contre ces monstres de béton et d’acier. Déjà, il atteint le Superdome, théâtre de sa dernière rencontre avec son meilleur ennemi. Comme dans un rêve, il revit cette altercation dont il porte encore les stigmates sur sa pommette. C’est alors qu’un cri vient déchirer la nuit, l’arrachant brusquement à ses pensées. Obéissant à son instinct bien plus qu’à sa raison, il s’engouffre dans la ruelle d’où semble provenir cette plainte déchirante. La vision qui l’y attend lui glace le sang.

Recroquevillée à même le sol, le visage maculé d’un mélange de sang et de boue, l’innocente victime supplie son agresseur de l’épargner. Quelques pas supplémentaires lui permettent bientôt de distinguer les traits juvéniles d’un garçon tout juste sorti de l’adolescence. Penchée au-dessus de lui, une silhouette encapuchonnée le frappe, encore et encore. Il suffit d’une fraction de seconde à son regard acier pour capter le scintillement d’une lame, dans un rayon de lune. Horrifié, il vacille. Les cris de la victime et de son bourreau ne sont plus qu’un vague bourdonnement à son oreille alors même qu’il perd peu à peu contact avec la réalité. Il ferme les yeux et inspire profondément dans l’espoir – vain, pour sûr ! – de reprendre le contrôle sur les battements affolés de son cœur. Lorsque ses paupières s’ouvrent de nouveau, c’est pour lui dévoiler son propre visage, en lieu et place de celui de l’adolescent. Cette vision surréaliste menace de lui arracher un cri d’effroi.  Un mirage, d’abord proprement visuel, bientôt suivi d’hallucinations auditives et tactiles. La voix du Gardien, lourde de menaces. Les cris d’Azzura, comme un écho aux siens. Et enfin la douleur, lancinante, insupportable. A travers l’agonie du garçon, c’est son propre supplice qu’il revit. Il panique, suffoque. Son corps tout entier est saisi de tremblements incontrôlables. Pris de nausées et de vertiges, il se sent perdre progressivement le contrôle de lui-même. La frontière entre le passé et le présent semble pulvérisée par son délire. « Que ça s’arrête, que ça s’arrête… Il faut que ça s’arrête… » marmonne-t-il entre ses dents, depuis sa cachette, les mains plaquées sur ses oreilles. « Assez ! » crache-t-il dans un hurlement de rage. Ce faisant, il se jette sur le malfrat comme s’il était question de sa propre survie – mais dans la confusion qui semble être la sienne, n’est-ce pas un peu le cas ?

Ses mains entrent brusquement en contact avec la gorge de son ennemi. L’instant d’après, ils roulent tous les deux sur l’asphalte trempé. Un déluge de coups se mêle alors à la pluie qui s’abat sur la ville. Pris de court, le truand décide de battre en retraite, abandonnant derrière lui ce couteau que le ciel se charge de laver de ses crimes. Lui, se redresse, le souffle court. Dans le reflet de la lame aiguisée, il croise son propre regard, habité d’une rage sans nom. Une fraction de secondes plus tard, sa décision est prise : il s’empare de l’arme et s’élance à la suite du tueur, bien décidé à obtenir justice, pour cet adolescent au moins autant que pour l’enfant qu’il était autrefois et qui continue de l’observer, tapis de l’ombre. Ah, la justice ! Cette forme endimanchée de la vengeance. L’apanage des héros. Pourtant, il n’a rien d’un brave, lui qui se prend à courir à en perdre haleine, glissant sur les pavés mouillés.  Il n’est qu’un gamin. Ridicule. Capricieux. Stupide. L’idiot du village. Une abomination ne disposant d’aucun droit sur sa propre existence. Les mots de son frère, de son grand-père, résonnent à ses oreilles tandis qu’il tourne au coin de la ruelle dans un dérapage plus ou moins contrôlé. Il laisse échapper un hurlement de rage tandis qu’il se rattrape in extremis à un réverbère avant de reprendre sa course folle après le malfrat… après sa vengeance… Il a besoin de rassurer l’enfant qui dort au fond de lui. Il a besoin de se prouver qu’il a changé, qu’il peut survivre, seul, sans Azzura, sans Rafaele. Seul. Il a besoin d'un être malfaisant sur lequel reporter la faute de tous les sévices dont il fut la victime. A bien des égards, cet homme qu'il ne connaissait pas quelques instants plus tôt est le coupable idéal.

Au croisement suivant, il croit perdre la trace du criminel. Le raclement d’une plaque d’égout finira par trahir le fuyard. Faisant fi de l’odeur pestilentielle émanant de ce trou à rats, il s’élance le long de l’échelle dont il dévale les derniers barreaux pour se jeter sur le truand, le menaçant de cette arme dérobée sur les lieux du crime. Les yeux exorbités, le souffle court, il est comme fou. Dans sa tête, les images de son propre enfer défilent à une vitesse vertigineuse. Pris dans sa tourmente, il ne perçoit pas les bruits de pas qui résonnent dans son dos. Au loin, il croit entendre une voix grave et profonde, étonnamment familière, sans qu’il ne puisse déterminer s’il s’agit de la réalité ou d’un prolongement de son délire, conséquence de cet état de stress post-traumatique. Car cet homme qu’il aperçoit par-dessus son épaule, tel un fantôme surgi du passé, aurait sa place dans l’une de ces hallucinations. « Qu’est-ce que… ? » bafouille-t-il d’une voix étranglée. Frappé de stupeur, il va jusqu’à laisser tomber sa lame dont le tintement se répercute contre les parois de ces boyaux souterrains. « Tu es réel ? » murmure l’enfant au fond de lui juste avant qu’il ne prenne conscience de l’absurdité de cette remarque. « Va-t’en ! C’est encore ce que tu fais le mieux, n’est-ce pas ? » s’écrit-il alors. Après toutes ces années, le souvenir de cet abandon demeure encore cuisant. « Va-t’en, je n’ai pas besoin de toi ! J’ai changé ! » Là-dessus, il ouvre grand les bras, comme si cette métamorphose pouvait se lire d’un seul coup d’œil – mais sans doute est-ce le cas. Il ne bégaye plus. Son corps est libéré de toute entrave. Quant à ses propos… S’ils peuvent sembler incohérents, ils ne sont plus accompagnés de ce regard vide de toute intelligence. « Je peux me débrouiller seul, je n’ai pas besoin de toi, tu entends ? » Ce petit mensonge, il le martèle, encore et encore, dans l’espoir de le voir se changer en une vérité implacable.

Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Dim 11 Mai - 9:16

Ce que pouvait apprécier Jonas dans ses nouvelles fonctions, était cet sorte de passe-droit dont il bénéficiait du fait d'être fonctionnaire oeuvrant pour le Gouvernement. Même si ces attributions étaient limitées à quelques avantages notoires, notamment celui de pouvoir se promener dans toute la ville, et cela librement, sans avoir à se justifier. Ainsi, en cette heure tardive, pouvait-il se trouver sur une terrasse en train de savourer un café expresso au milieu d'autres gens dégustant bières et autres alcools, riant ou discutant. Le breuvage chaud était fort agréable, une saveur dont il ne se lassait guère, surtout associé à une crème onctueuse et l'un de ces cigares qu'il appréciait au plus haut point. Après tout, malgré le décalage qu'il éprouvait à vivre dans cette époque, au moins pouvait-il en tirer quelques satisfactions spécifiques

De là ou il se trouvait, il pouvait voir son véhicule de fonction, ainsi que son chauffeur, qui, une fois n'était pas coutume, passait du temps au téléphone. "Encore et toujours en train de faire ton rapport à tes maîtres...Et dire que tu penses pouvoir me berner en toute impunité!" Jonas n'était pas dupe, un homme tel que son chauffeur, ancien conducteur des véhicules ministériels et supérieurs du Gouvernement, ne pouvait pas avoir gagné le droit de conduire un simple fonctionnaire politique comme avancement de carrière ou forme de gratitude pour bons et loyaux services. Les grands pontes avaient certes nommé un Commissaire Politique, mais s'était également pourvu d'un contrôle permanent de leur pion, et quoi de mieux qu'un chauffeur pour cela. Le Mage le savait, le Mage l'avait compris, mais il laissait faire, soit par amusement, soit parce que cela ne représentait guère de menace ou autre inconvénient pour le moment. Une gorgée de plus et la tasse serait enfin vide, et l'heure de retourner au building sonnerait alors. Cependant, à en juger par la silhouette qui se dirigeait à présent vers lui, provenant du parking, le retour au bercail n'allait pas être pour tout de suite.

Le chauffeur traversa la petite place et la route et s'approcha de la terrasse au milieu de laquelle se dressait son "patron", dont l'apparence le rendait aussi discret qu'une ampoule au milieu des ténèbres.

-Monsieur, nous avons peut-être une affaire à gérer!

Jonas leva la tête et retira son cigare de la bouche après en avoir tiré une bouffée qui se propagea dans l'air ambiant.

-Vraiment?
-Oui Monsieur, un de nos opérateurs vient de signaler une cible en mouvement
-Et en quoi serions-nous concernés par cela? Nos cibles ne sont pas des statues il me semble...
-Oui, mais la dite-cible s'est lancé à la poursuite d'un homme. Et selon les dires de notre agent en poste au Masquerade, le poursuivi est un criminel connu
-Bien, alors que les PeaceKeepers s'en occupent, c'est de leur ressort je crois, non?
-Mais la cible...
-Qu'as-t-elle la cible?
-Je l'ignore Monsieur, l'agent n'a rien précisé à son sujet, sinon qu'il paraissait...spécial.
-Eh bien, laissons-le faire, cela fera un criminel de moins à traiter par la suite.
-Vous allez vraiment le laisser agir en toute liberté? Je doute que cela soit du goût des boss Monsieur.
-Non, nous allons devoir l'identifier, mais il est inutile de courir, s'il poursuit un criminel, il ne s'évaporera pas de sitôt. Et puis nous ne sommes guère loin de sa position n'est-ce-pas?
-Et, que faisons-nous exactement?
-Je termine mon café, et pendant ce temps, vous approchez la voiture mon ami.

D'un geste vif de la main, le Mage indiqua au chauffeur que sa présence devenait superflue et ce dernier, haussant les épaules, repartit vers le Navigator d'un pas pressé. Jonas en profita pour vider d'une traite le fond de la tasse et se lever, après avoir laissé l'un de ces papiers de valeur que cette époque considérait comme de l'argent. Il quitta la terrasse et se planta au bord de la route, au moment précis ou le SUV quittait sa place de parking et s'approchait pour prendre son unique passager à bord.

Moins de cinq minutes après cela, le Navigator entra dans une petite artère, située dans l'ilot voisin de celui au sein duquel se trouvait le Masquerade, le club-bar réputé, haut lieu incontournable ou pas moins de deux agents de Jonas y opéraient, chargé de surveiller les clients et détecter les éventuelles cibles inconnues qui y entraient. A cet instant, le chauffeur ralentit, avançant à vue, suffisamment lentement pour que son passager s'en agace rapidement.

-Comptez-vous donc nous menez à bon port cette année, ou bien dois-je me contenter d'un espoir pour l'année prochaine?
-Non Monsieur, on approche de la zone vers laquelle s'est enfuit la cible, et à cette vitesse nous aurons plus de chance de l'apercevoir.
-Bien, dans ce cas, peut-être pourriez vous accélerer avant qu'ils ne nous échappent!

Du doigt, Jonas montra la route en aval au chauffeur qu'une silhouette en pleine course venait de traverser, suivie, quelques secondes plus tard d'une seconde, tout aussi véloce. Un coup puissant sur l'accélérateur fit bondir à nouveau le puissant tout-terrain luxueux. Avec une dextérité stupéfiante, le chauffeur fit passer le gros véhicule dans la venelle ou s'étaient engouffrés les deux hommes en pleine course, et sans toucher les parois, il accéléra, le moteur vrombissant poussé à son maximum. Son passager, quant à lui, avait empoigné son arme de service et la glissait dans le holster situé sur sa ceinture, au niveau de l'arrière de la hanche droite. Le SUV dérapa soudainement, contrôlé par le chauffeur, devant ce qui pouvait ressembler à une usine ou une forme d'entrepôt, en réalité ni plus ni moins que le complexe de traitement et de maintenance des égouts urbains de cette partie de la cité. Les roues s'arrêtèrent de crisser, relâchant un nuage de gomme fumée, et le chauffeur sortit sans attendre du véhicule, imité après coup par Jonas qui prit le temps nécessaire pour mettre son chapeau et agripper sa canne.

-Je ne vais pas avoir besoin de vous mon cher, fit le Mage en s'approchant de ce dernier, arme au poing, qui observait tous les recoins des lieux avec un oeil expert et entrainé.
-Ce sont les égouts Monsieur, l'endroit n'est pas sûr!
-Alors restez donc près de la voiture si de simples tunnels vous effraient. Je n'ai que faire d'un homme qui ne sait pas contrôler sa peur du noir.
-Pas question que je vous laisse entrer là-dedans sans appui!
-Pour ce qui est des appuis, ma canne suffit. L'ordre est donné, ne quittez pas ce véhicule! Je doute que vous ayez envie de savoir ce qui arriverait si vous passez outre cet ordre!

Sans ajouter un mot, Jonas quitta les abords de la voiture et s'engouffra dans le bâtiment. Tout comme le chauffeur, il avait vu les deux hommes entrer dans les accès aux égouts, quelques secondes auparavant, et les retrouver ne serait pas une chose des plus difficiles. Il suffisait simplement de tendre l'oreille et de suivre les bruits de courses effrénées. Une courte poignée de minutes furent amplement suffisantes, le chemin à suivre n'étant pas aussi complexe que prévu. Un seul accès aux égouts, un seul tunnel pour rejoindre le labyrinthe, et à proximité de celui-ci, deux hommes, l'un ayant le dessus, armé, comme prêt à en découdre sur sa proie. Pour Jonas, c'était là une aubaine, une affaire rapidement menée, même si en cet instant, il ne voyait guère d'intérêt à sa présence.

-D'ordinaire, c'est là le travail des PeaceKeepers que de traquer les criminels en fuite. Il est même possible que ces derniers soient en route en cet instant. Bien que je puisse...admirer cet excès de bravoure dont vous faites part, il serait fort peu judicieux de tuer cet homme, si c'est là votre intention!

Il y'avait une chose que Jonas n'avait pas prévu dans le déroulement de cette soirée un peu particulière. En premier lieu, profitant du changement d'attitude déconcertant de son agresseur, le malfrat, encore pris par sa course, prit la tangente en hurlant comme un aliéné, disparaissant dans un corridor pourvu de marche, si l'on prenait en considération le rythme saccadé de ses pas lourds sur une structure métallique. Pour le Commissaire Politique, cela ne représenta pas grand chose, car le second imprévu se formait devant lui, à quelques pas. S'il avait eu le don de pouvoir prédire les choses avant qu'elles ne se produisent, peut-être aurait-il été à la poursuite du criminel à son tour, mais le second aléa, bien plus déroutant l'en aurait toutefois bloqué à sa position. "Impossible qu'un coup du sort de cette nature puisse se produire ainsi..." Là, à quelques mètres, il y'avait un visage qu'il connaissait, que trop bien, la forme humaine d'un souvenir assez lointain dans son esprit, un jeune homme relique d'une époque sombre et désespérée. Il connaissait ce visage, il s'en souvenait comme si cela s'était passé quelques temps plus tôt. Le jeune simple d'esprit qu'il avait pris sous son aile, bien malgré lui, était pourtant bien là, preuve incontestable de sa survie dans le Purgatoire. Et assez en forme physique pour s'être lancé à la poursuite d'un malfrat quelconque. "Ainsi, toi aussi tu en est sorti de cet enfer...". Jonas resta immobile, alors qu'à son tour, son interlocuteur le découvrait, et se remémorait également les mêmes souvenirs. A en voir son visage, il était évident que la surprise était bien plus grande sur les traits du jeune homme que sur ceux de Jonas, mais ce dernier avait encore trop de sang dans les veines pour se laisser attendrir par une telle situation. S'il avait eu un quelconque élan de pitié envers ce garcon, ou même un bref sentiment d'affection envers lui ou sa protectrice, il ne fallait pas oublier qu'il les avait abandonné dans les enfers, non par méchanceté, mais par instinct de survie, pour sa propre sécurité, ce qui dans un sens, était tout aussi lâche, sinon pire. En revanche, Orféo, lui, le simple d'esprit, n'avait pas oublié ce travers, car son visage se ferma sous un instant de colère, subitement, et ses paroles étaient teintées d'une rancoeur non feinte. "Changé? Oui incontestablement, cela se voit dans ton regard, jamais je n'ai vu de colère dans ces yeux là..."

Autour d'eux, de nouveaux bruits s'élevèrent dans les structures supérieures, inquiétants, mais encore éloignés. Jonas les entendaient, mais ne s'en préoccupa pas, les yeux vissés sur le jeune Orféo dont la colère et la rancoeur rendait une image de lui que Jonas découvrait. Comment pouvait-il en être autrement? Du Purgatoire, on ne pouvait en revenir sans ramener quelque chose de profondément gravé dans sa personne. Jonas lui avait perdu bien de ses illusions du passé, ainsi que certaines de ses émotions. Il le sentait, même en cet instant et surtout en cet instant. Là ou par le passé il aurait été ravi de retrouver une vieille connaissance, il ne ressentait que de la surprise sans la moindre effusion, et restait immobile, presque impassible devant Orféo.

-Je dois admettre que je n'aurais pas joué en faveur de vos chances de survie là-bas, et ce pour tous les deux. Pourtant, te voici. Et j'imagine que tu n'es pas revenu seul des enfers, n'est ce pas Orféo?

Jonas regarda autour de lui, cherchant quelque chose mais revint rapidement sur son ancien "protégé", avec pour une fois, ce sourire crispé tirant sur ses lèvres.

-Pas la moindre trace de ta belle Azzura. Te voici donc désormais capable de te mouvoir et de parler sans elle...et même jouer au justicier. Voilà un spectaculaire revirement de ta personne mon garçon, je me dois de m'incliner devant cela. Il est évident que si désormais tu n'as plus besoin d'elle, tu n'as pas plus besoin de moi. Ton regard brille de tes propres émotions, il est incontestable que tu ais...évolué dans ton esprit. La force de la survie ne connait aucune limite, tu en es une preuve vivante!

Il y'avait une dernière chose que Jonas n'avait pas prévu, découlant directement de la première, celle ou le malfrat prenait la fuite en hurlant. Si l'on en jugeait par les bruits se rapprochant de la zone ou ils se trouvaient tous les deux ainsi que par les nombreux cliquetis métalliques qui résonnaient, les deux hommes n'étaient désormais plus seuls. Il y'avait des bruits de pas, des sons de bottes claquants sur les passerelles supérieures, comme une armée se déplacant pour prendre une position d'avantage sur l'ennemi. Jonas se rapprocha d'Orféo, le sourire figé toujours sur ses lèvres, et dans un mouvement simple, il attrapa un de ses cigares et l'alluma.

-Je crains fort que cette fierté nouvelle qui coule en toi devienne surfaite en cet instant, Orféo. Au lieu de rabâcher une colère pour laquelle je ne me justifierais point, prend donc conscience de ce qui se trame tout autour de nous. Peut-être sauras-tu me montrer jusqu'à quel point tu n'as besoin de personne? Nous ne sommes plus seuls en ces lieux!
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Jeu 15 Mai - 12:40




Le silence est assourdissant, seulement troublé par le bruit des pas de l’homme auxquels les canalisations confèrent une résonnance particulière. Martelant le pavé humide dans une série de clapotis réguliers, la canne bat la mesure, tel un métronome. Bientôt, l’ombre de ce géant nordique l’engloutit tout entier. Il le sait, ce fantôme, tout droit surgi de son passé, le domine, à tout point de vue. De par sa taille, tout d’abord. Face à cette silhouette athlétique héritée des peuples scandinaves, ses gènes latins sont incapables de lutter. A mesure que les secondes s’égrènent, il se sent régresser progressivement pour atteindre de nouveau le statut d’avorton qui était encore le sien il y a peu. Mais cet ascendant que le mage reprend tout-à-coup sur l’enfant est loin de n’être que physique. Quelque chose semble émaner de Jonas, une sorte d’aura dont il croit presque pouvoir discerner les contours dans l’obscurité ambiante, un alliage de force et d’assurance intimant le respect. Instinctivement, cette vision lui en rappelle une autre, vieille de plusieurs siècles ; celle de ce même homme surgissant de nulle part pour les arracher, Azzura et lui, aux griffes des gardiens des Enfers. A cette pensée, l’enfant qu’il demeure malgré tout sent son petit cœur se gonfler de gratitude dans un instant d’égarement qui ne durera guère plus de quelques secondes.

« Je dois admettre que je n’aurais pas joué en faveur de vos chances de survie là-bas, et ce pour tous les deux. » Face à cet aveu, le goût amer de la trahison lui revient en bouche. Furieux, il serre les poings tandis qu’au fond de lui, le monstre se réveille. Oui, le monstre, cette autre facette de sa personnalité avec laquelle il cohabite depuis son retour dans ce monde ci, le lourd tribut qu’il avait dû payer pour se voir enfin libéré de son handicap, sacrifiant sa candeur sur l’autel de cette intelligence nouvellement acquise. « Pourtant, te voici. Et j’imagine que tu n’es pas revenu seul des enfers, n’est-ce pas Orfeo ? » Un très léger froncement de sourcils vient trahir son incompréhension. Son regard se fait l’ombre de celui du mage, d’un bout à l’autre de cet interminable tunnel. « Pas la moindre trace de ta belle Azzura. » A l’évocation de ce nom, il baisse les yeux, submergé par une vague de culpabilité en songeant au sort que devait être celui de la jolie sorcière à cet instant. En matière de lâcheté, l’élève semble avoir dépassé le maître. « Te voici donc désormais capable de te mouvoir et de parler sans elle… et même jouer au justicier. Voilà un spectaculaire revirement de ta personne mon garçon, je me dois de m’incliner devant cela. Il est évident que si désormais tu n’as plus besoin d’elle, tu n’as plus besoin de moi. Ton regard brille de tes propres émotions, il est incontestable que tu ais… évolué dans ton esprit. La force de la survie ne connait aucune limite, tu en es une preuve vivante ! »

De ses iris d’un bleu acier, il sonde le regard du mage, à l’affut de la moindre lueur moqueuse venue trahir  l’ironie de son propos. Enfin, il finit par se redresser, lentement, comme revigoré par ce discours dont la sincérité ne peut être mise en doute. Il esquisse quelques pas dans l’eau boueuse pour venir prendre appui  contre la paroi la plus proche, le temps de respirer profondément. Il inspire, expire, se concentre sur la façon dont sa poitrine se soulève puis s’affaisse dans des saccades de plus en plus espacées. Au fond de lui, le monstre voit sa colère s’amenuiser jusqu’à disparaître totalement – pour un temps du moins. La bonté naturelle de l’enfant semble reprendre le dessus, réclamant un sursis au profit de l’homme qui lui fait face. Car il le sait, le nom de ce dernier ne figure nulle part dans la liste de ses nombreux bourreaux. Pendant plusieurs décennies, le mage l’avait pris sous son aile sans jamais profiter de son infirmité. Certes, il n’avait jamais fait preuve de la même indulgence qu’Azzura à son égard. Mais son intransigeance avait peu à peu transformée ce gamin terrifié en un homme capable de se battre pour sa propre survie. Or, c’est de cela dont il a besoin à cet instant, il le sait. De quelqu’un susceptible de le secouer et de l’arracher de force à ce rôle de victime auquel il se cantonne depuis trop longtemps déjà.

« Je crains fort que cette fierté nouvelle qui coule en toi devienne surfaite en cet instant, Orfeo. Au lieu de rabâcher une colère pour laquelle je ne me justifierais point, prends donc conscience de ce qui se trame tout autour de nous. Peut-être saurais-tu me montrer jusqu’à quel point tu n’as besoin de personne ? Nous ne sommes plus seuls en ces lieux ! » D’un œil noir, il regarde le mage allumer tranquillement son cigare, un étrange sourire vissé aux lèvres. Face à tant de condescendance, il se sent de nouveau agressé. « Je ne rabâche pas ma colère ! » crache-t-il, sur la défensive avant de tourner les talons pour aller s’emparer de nouveau du couteau abandonné à même le sol, quelques instants plus tôt. Lentement, il porte à sa nuque une main tremblante de rage. Bien sûr que si, il rabâche sa colère ! Depuis son retour des Enfers, il peut la sentir grandir en lui, nichée au creux de ses entrailles, s’infiltrant dans ses veines, transpirant par chaque pore de sa peau. « Je ne rabâche pas ma colère, j’assouvis ma vengeance ! Pendant des siècles, ils m’ont traité comme… » Mais la fin de sa phrase se perd dans le néant, étouffée par une effroyable détonation. D’un bond, il se jette au sol, rampant contre le mur le plus proche pour se mettre à l’abri.

Un rapide coup d’œil en direction des passerelles supérieures lui permet de valider l’hypothèse formulée par Jonas une poignée de secondes plus tôt. Face à cet armement moderne crachant la poudre et le feu, son propre couteau lui semble aussi utile qu’une vulgaire brindille. « Ne restons pas là ! » s’exclame-t-il tout en pointant du doigt les divers ponts de ferraille conférant à leurs ennemis un certain ascendant sur eux. Sans plus attendre – et alors qu’une nouvelle salve de détonations se fait entendre, il s’élance en direction du corridor par lequel le malfrat avait lui-même disparu. L’étroitesse du conduit les met à l’abri des coups de feu – pour un temps du moins. En quelques enjambées, il avale les dernières marches de cet escalier métallique qui le propulse dans une sorte de boyau bétonné dans lequel il peine à se tenir debout. Au loin, des bruits de pas semblent indiquer que leurs assaillants viennent tout juste de se remettre en mouvement. Réfléchis, réfléchis ! gémit-il intérieurement tout en jetant quelques regards affolés en direction du corridor. Ses yeux exorbités s’attardent un instant sur la tuyauterie qui longe la paroi humide. L’instant d’après, sa décision est prise. De quelques coups de couteaux, il éventre l’un des conduits en plastique d’où jaillit un mélange boueux qui devrait suffire à ralentir la progression de leurs adversaires.  Du revers de sa manche, il lave son visage de ce liquide infâme dont l’odeur pestilentielle lui soulève l’estomac.

« Vite ! » Un léger signe de la main à l’attention de son acolyte et le voilà qui s’enfonce plus avant le long de cette artère au bout de laquelle il croit percevoir un rayon de lumière. La faute à cette soirée pluvieuse, le niveau de l’eau atteint peu à peu ses mollets, entravant considérablement sa course. Finalement, il parvient jusqu’au bout de cet interminable tunnel. Dans un geste souple, il saute au bas de ce conduit pour atterrir dans une pièce arborant une hauteur de plafond raisonnable. Aussitôt, il fait volteface pour s’exclamer, à brûle-pourpoint : «Tu travailles pour eux, n’est-ce pas ? » Et de juger bon de préciser sa pensée : « Le gouvernement. » Tout comme Rafaele, le mage ne semble pas souffrir de la misère et de la faim. Les vêtements qu’il arbore n’ont rien de commun avec sa propre chemise délavée et son jeans rapiécé. « Oui, bien sûr que oui. Force est de constater que lorsqu’il s’agit d’assurer ta propre survie tu sais toujours t’entourer des bonnes personnes… Tout comme tu n’éprouves aucun scrupule à te délester des poids morts, n’est-ce pas ? » En dépit de la mort qui rôde partout autour d’eux, il ne peut ravaler ses sarcasmes. Dans un haussement d’épaules, il ajoute : « Qu’importe. Mon propos n’est pas de t’extorquer des excuses que je ne me refuserai  de toute façon à accepter. Je suppose que tu dissimules une arme, quelque part, et que tu sais t’en servir. J’accepte de reprendre le rôle auquel tu me cantonais autrefois. » Ce faisant, il montre du doigt les quelques barres de fer qui, incrustées dans le mur, formant un escalier donnant sur la passerelle supérieure. « Tu n’as qu’à grimper ici pendant que je les attire le long du tunnel. Après quoi tu auras tout le loisir de vider ton chargeur sur eux. » Il s’apprête à s’élancer avant de se raviser, le temps de rajouter, pointant sur le mage un index menaçant :« Que les choses soient claires : cela ne signifie pas que j’ai besoin de ton aide, ni même que je te pardonne ta trahison. Considère cela comme une alliance opportune destinée à nous voir sortir vivants de ce trou à rats… et à commémorer nos victoires passées. » Est-ce là l’ombre d’un sourire qui semble tressaillir au coin de ses lèvres ? L’instant d’après, il disparaît déjà.

Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Jeu 15 Mai - 18:35

Jonas observa le manège très agité d'Orféo sans ciller, mais avec un regard qui ne manquait aucun détail concernant les faits et gestes de l'individu, tout en écoutant ses paroles. Devant un tel spectacle, il devenait difficile pour le Mage de se décider à dire ce qui avait de radicalement différent chez son ancien protégé, si ce terme pouvait être employé ainsi. La gestuelle, bien que confuse et très impulsive d'Orféo était déjà marqué d'une évolution stupéfiante, digne d'un esprit qui réfléchissait à chaque action, même si cela, par moment, semblait encore bâclé. Et pourtant c'était bel et bien les mots qui sortaient de la bouche du jeune italien qui saisissaient le Mage, sans toutefois l'atteindre réellement. En réalité, sous ses airs froids et implacables, Jonas dissimulait nettement la sensation qui le gagnait au fur et à mesure qu'il prenait conscience de la différence notable qui existait désormais entre le garcon qu'Orféo fut et le jeune homme qu'il était désormais. Fini le simplet, le pauvre et faible d'esprit, cet être là avait disparu. "Même un faible d'esprit peut s'avérer fort si on lui montre le chemin" disait le Mage autrefois dans le Purgatoire en s'adressant à cette même personne qui devant lui désormais gesticulait pour éviter les mortels projectiles ainsi que pour tenter d'avancer dans un environnement étroit avec efficacité. Il y'avait là devant ses yeux un spectacle de volonté, de détermination que ne pouvait qu'admirer Jonas, cependant, malgré tout, le scandinave notait également que son jeune comparse d'autrefois manquait encore d'un certain raisonnement guerrier. Quoi de plus normal, Orféo n'en était pas un, mais sa fougue était stupéfiante, surtout en connaissant son histoire.

Dans les paroles d'Orféo, il y'avait tout un mélange d'émotions, ce que Jonas prit sur l'instant comme une forme de raz de marée incontrôlable jaillissant des tréfonds du jeune latin, pourtant son raisonnement était incontestablement sensé. Orféo visait juste mais ne pouvait atteindre sa cible, totalement indifférente à ses propos, du moins en apparence. Ce que Jonas observait en revanche avec un certain regard, c'était ce changement d'attitude qui prenait petit à petit le dessus sur le comportement de son comparse, car si sa voix et ses paroles semblaient calme, son corps en revanche exprimait de plus en plus de signes d'une fureur enfouie qu'il était impossible à masquer, même pour un homme expérimenté que Jonas. Non, ce n'était pas de la fougue admirable qui animait Orféo, mais une sorte de puissance latente qui se déversait progressivement dans ses veines et ses muscles, un état que le scandinave connaissait fort bien, peut-être même trop bien.

A cet instant, il se décida enfin à bouger de sa position et se lança sur les talons de l'autre Mage, qui de toutes évidences, semblait fort désireux d'en découdre avec les idiots qui s'attaquaient désormais à eux. Une belle erreur pouvait se dire Jonas, mais laquelle? Celle d'Orféo, en voulant s'en prendre à eux armé d'un simple couteau, ou bien la leur, en cherchant à venger leur camarade de la folie d'un homme qu'ils ne connaissaient évidemment pas...sans parler du fait que ce dernier avait comme renfort un autre individu peut-être encore plus dangereux. Trop tard pour réfléchir à cette question, le mal était fait. Alors qu'Orféo continuait à palabrer et fustiger son "mentor" du passé tout en avançant, l'un des idiots parvint à le contourner, avec en main une arme dont la taille du canon n'augurait rien de bon pour ce qui était des projectiles qu'elle pouvait cracher. Sans aucun soucis pour Jonas, car trop absorbé par la cible qu'il pensait facile à abattre, l'homme n'avait pas vraiment pensé à regarder derrière lui et ne semblait pas avoir entendu le cliquetis caractéristique du loquet de la canne que Jonas déverrouilla. Les quatres pointes acérées de la lame à section en croix fouettèrent l'air avant de trancher net l'échine vers le bas, glissant le long des vertèbres, déchirant au passage le poumon gauche ainsi que le ventricule cardiaque. Rapide et précis, le coup sectionna net la plupart des terminaisons nerveuses et le corps s'effondra sur le sol dans une posture improbable, guidé par le retrait de l'épée que Jonas avait initié. "Passer du simplet à l'idiot, peut-on vraiment parler de changement, quelle accablante évolution" pensa le Mage en secouant la tête, observant son acolyte du coin de l'oeil

[Illusion]Aucun répit, oui, car le corps encore chaud à peine écroulé au sol, qu'une seconde ombre passe dans le champ de vision de Jonas, signe qu'un autre imbécile suit de près le premier idiot. La brève concentration d'un Mage exercé, un simple coup de canne sur la paroi pour générer le bruit idéal pour déconcentrer un esprit et voici un homme d'un certain âge qui disparait de toute conscience suffisamment proche. Jonas peut voir sa proie s'avancer délicatement vers lui, sans qu'elle soit consciente de sa présence, main tendue prête à frapper et braquée droit sur le cou de la future victime. Impossible d'identifier son arme, bien plus complexe que celle du précédent bonhomme, car Jonas ne la connait pas, il n'en a jamais vu de semblable encore à cet instant. Ce que l'idiot ignore encore, c'est qu'il est déjà mort, la main s'est refermée sur sa nuque et glisse sur l'arrière de son crâne. Jonas est déjà réapparut, concentrant son art et son savoir sur la seule paume de sa main, perturbant les sens de sa proie qui se fige instantanément sur place, incapable de bouger. L'acte est rapide à voir, mais la sensation, cruelle, se produit lentement dans son esprit. Il se voit viser la tête d'Orféo, il presse la détente et l'arme éclate, déchiquetant sa main gauche, le projectile explosant la crosse dont les fragments transpèrçent la cage thoracique telle la décharge d'un fusil de chasse à bout portant. Entre ce qu'il se passe dans sa tête et la réalité, le gouffre est gigantesque. La douleur qu'il ressent, totalement illusoire, n'est en rien comparable à ces brusques spasmes qui agitent son corps et le renversent au sol, pris dans une forme de démence ou ses mains tentent en vain de boucher le trou béant de sa poitrine. [/illusion]

-Il me semble t'avoir connu bien plus efficace lorsque parler était une véritable épreuve pour toi! A quoi cela peut te servir d'avoir un esprit vif désormais si c'est uniquement pour faire de belles phrases lorsque des armes sont braquées sur ta tête?

Avec une certaine fermeté, Jonas se tourna un instant, attrapa le fusil de sa première victime et la posa violemment sur la poitrine d'Orféo.

-Si tu veux jouer, soit au moins certain d'avoir une chance de remporter la bataille à armes égales!

Durant ce bref échange, l'autre gigotait encore au sol en hurlant, se débattant contre une douleur qu'il ne pouvait contrôler. Sans même le regarder ni y prêter attention, Jonas dégaina son arme de poing massive et tira une seule balle de fort calibre droit dans la tempe. Le vacarme de la détonation résonna sur les parois bétonnées et le Mage grimpa sur le rebord désigné par Orféo et s'y assit, s'assurant d'avoir là une vision ample de l'endroit avant de poser le pistolet à portée de main sur le sol. Puis il ralluma son cigare, éteint pendant qu'il s'était occupé des deux abrutis armés.

-Tu as changé mon garçon, je ne pourrais le nier, même si je le désirais. Tu raisonnes là ou autrefois tu divaguais. Effectivement, je suis membre de ce Gouvernement. Mais là ou tu te trompes, c'est qu'il n'est plus question de survivre ici, mais simplement de vivre. Nous sommes désormais dans un monde ou nous n'avons pas notre place, alors il nous faut la trouver et la prendre. Et j'ai pris celle qui me convenait le mieux, ou qui s'en approchait le mieux. Et la tienne, qu'elle est telle? Maintenant que tu as appris à survivre, que comptes-tu faire pour vivre avec cet esprit neuf dont tu me fais démonstration?

Jonas attrapa l'étui à cigare dans sa poche et le jeta au pied d'Orféo, manière quelque peu rustre d'offrir l'un de ses barreaux de tabac, alors que le sien, partiellement entamé, lâchait sans cesse de lourds nuages d'une fumée épaisse dont il ne se lassait pas.

-Par exemple, étant membre du Gouvernement, je sais qui agit en ces lieux contre toi. Je sais qu'ils sont peu nombreux, mais bien armés. Je sais qu'ils ne reculent devant rien et chercheront à se débarasser définitivement de toi. Je sais aussi en revanche qu'ils en ont qu'après toi et qu'ils ne chercheront pas à s'en prendre à moi, du moins s'ils savent qui je suis... et ce même s'ils doivent s'être rendus compte que tu es armé et probablement pas seul. Ce qui devrait nous laisser quelques instants de répit. Ils veulent une vengeance, ils viendront à toi. Inutile de les traquer bêtement, laisse les venir à toi pour conserver ton avantage.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Jeu 22 Mai - 0:01




En tout et pour tout, la scène durera moins d’une minute, une poignée de secondes au cours de laquelle il se sent relégué au rang de spectateur de sa propre existence. Un léger cliquetis et le voilà qui fait volte-face, juste à temps pour voir la canne transpercer l’échine de l’homme, perforant chacun de ses organes vitaux avec une précision quasi-chirurgicale. Lorsque la lame atteint enfin le ventricule cardiaque, l’hémoglobine jaillit de toute part en un flot saccadé. Par pur réflexe, il protège de son bras ses yeux écarquillés d’horreur. Il sait, par ouï-dire, que le corps d’un homme de corpulence moyenne peut contenir jusqu’à six litres de sang. Pour la toute première fois, la possibilité lui est offerte de valider empiriquement cette hypothèse. Son estomac proteste avec vigueur tandis que le corps de son assaillant s’effondre inerte sur le sol, tel un pantin désarticulé. Ecœuré, il commet alors une faute, une erreur de débutant. L’espace d’un quart de seconde, il ferme les yeux, devenant ainsi la proie facile d’un autre intrus. Lorsqu’il sent enfin son souffle dans son dos, il est déjà trop tard. L’individu se tient là, prêt à frapper quand soudain… Le cri de l’homme résonne longuement tout au long du tunnel. Prise de panique, sa victime recule de quelques pas, glissant sur le sol mouillé. De ses yeux affolés, il cherche la cause de tant de souffrance, sans toutefois rien trouver d’autre que la main du mage serrant la nuque du malfrat. Enfin, ce dernier s’écroule à son tour, dans un concert de hurlements. Comme secoué de spasmes, il rampe à même le sol, couvrant de ses mains une blessure que lui seul est en mesure de voir. Lui, reste là, comme pétrifié. Une minute seulement. Une poignée de secondes et pourtant…

« Il me semble t’avoir connu bien plus efficace lorsque parler était une véritable épreuve pour toi ! A quoi cela peut te servir d’avoir un esprit vif désormais si c’est uniquement pour faire de belles phrases lorsque des armes sont braquées sur ta tête ? » Il sursaute, recule encore de quelques pas – mesure de précaution, sans doute. De son regard clair, il jauge le mage dans l’espoir de percevoir ses intentions. Alors même que le scandinave s’avance vers lui, il esquisse un mouvement pitoyable destiné à le protéger d’une éventuelle attaque. L’instant d’après, le voilà affublé de cette arme dont il ne sait que faire. Le contact du métal contre la paume de sa main lui arrache un long frisson d’horreur. « Si tu veux jouer, sois au moins certain d’avoir une chance de remporter la bataille à armes égales ! » A armes égales ? Lui, l’idiot du village, armé d’un fusil dont il ne sait même pas comment se servir, face à tout un régiment de professionnels du crime ? En dépit de très nombreux efforts, il échoue à réprimer une petite moue sceptique. La première observation de son acolyte n’en est pas moins vraie. L’enfant en rougirait presque de honte. Gêné, il baisse les yeux. Son regard s’attarde alors sur cette loque humaine, réduite à l’état de simple vers de terre, se tortillant lamentablement sur le sol. La détonation lui arracha un violent sursaut. Le mage est déjà loin quand lui contemple toujours le corps inanimé du malfrat autour duquel flotte encore une vague odeur de poudre.

« Tu as changé mon garçon, je ne pourrais le nier, même si je le désirais. Tu raisonnes là où autrefois tu divaguais. Effectivement, je suis membre de ce Gouvernement. Mais là où tu te trompes c’est qu’il n’est plus question de survivre ici, mais simplement de vivre. » Accablé par la simplicité de ce constat, il courbe l’échine, se raccrochant à sa nouvelle arme comme à une bouée de sauvetage. « Nous sommes désormais dans un monde où nous n’avons pas notre place alors il nous faut la trouver et la prendre. Et j’ai pris celle qui me convenait le mieux, ou qui s’en approchait le mieux. Et la tienne, quelle est-elle ? Maintenant que tu as appris à survivre, que comptes-tu faire pour vivre avec cet esprit neuf dont tu me fais la démonstration ? » Il ne répond pas. Il n’en a pas besoin. Le silence s’en charge pour lui. Ses yeux toujours obstinément rivés sur le sol interceptent la boîte de cigares glissant jusqu’à lui. Il esquisse un geste hésitant, se ravise, puis finalement se décider à se pencher pour s’emparer de l’étui. « Par exemple, étant membre du Gouvernement, je sais qui agit en ces lieux contre toi. Je sais qu’ils sont peu nombreux, mais bien armés. Je sais qu’ils ne reculent devant rien et chercheront à se débarrasser définitivement de toi. Je sais aussi en revanche qu’ils en ont qu’après toi  et qu’ils ne chercheront pas à s’en prendre à moi, du moins s’ils savent qui je suis… et ce même s’ils doivent s’être rendus compte que tu es armé et probablement pas seul. Ce qui devrait nous laisser quelques instants de répit. Ils veulent une vengeance, ils viendront à toi. Inutile de les traquer bêtement, laisse-les venir à toi pour conserver ton avantage. »

A ce sage conseil, il ne répond rien. A vrai dire, il n’ose même plus desserrer les lèvres, par peur de faire état de sa stupidité. Encore. Car le mage dit vrai, sa bêtise est toujours là. Tapis dans l’ombre, elle revêt une autre forme destinée à tromper les autres au moins autant qu’à le tromper lui-même. Pourtant, il avait suffi d’un simple coup d’œil pour que le scandinave reconnaisse en lui l’idiot du village, cette erreur de la nature à jamais inadaptée à la vie terrestre. En dépit du masque d’indifférence dont il veut se parer, ce constat le bouleverse. S’il n’avait pas à cœur de devenir un homme, un vrai, il en pleurerait d’impuissance, pour sûr. Au bout de quelques longues secondes, il parvient pourtant à retrouver l’usage de ses membres. D’un pas lourd, il s’avance jusqu’à la passerelle sur laquelle il se hisse après y avoir déposé son arme. Enfin, il s’empare de l’étui dont il retire un cigare qu’il porte lentement à ses lèvres. Se faisant, il laisse éclater un petit rire sans joie. « Vivre ? » Il allume le barreau de tabac dont il tire une bouffée qui lui arrache une violente quinte de toux. D’un mouvement vif, il détourne la tête alors même qu’un sentiment de honte l’envahit de nouveau.   « Tu as sans doute raison, nous n’avons pas notre place dans ce monde ci. » Il laisse le silence s’installer entre eux avant de se décider enfin à poursuivre. «  Mais, vois-tu, je n’en avais pas davantage dans le précédent. Je n’étais qu’un monstre, une abomination et me voilà doté de cette conscience nouvelle dont je ne sais trop que faire… J’ai appris à survivre avant même de savoir ce que vivre impliquait réellement.»

Et aujourd’hui, je crois pouvoir dire que je ne veux pas de cette vie, rajoute-t-il, en pensées seulement. Il tire sur son cigare. Bientôt, la fumée vient se mêler à l’amertume qui lui brûle la gorge. Perdu au fin fond des entrailles de la ville, il se sent plus seul que jamais. Plus seul que dans son Italie natale. Plus seul que dans cette aile délaissée de la gigantesque demeure du Seigneur Renzacci. Fort de ses nouvelles capacités intellectuelles, le voilà donc livré à lui-même, à devoir bâtir son identité d’adulte à partir du néant, gamin apeuré prisonnier du corps d’un homme mûr. Faible. Dépendant de l’affection maternelle d’Azzura. A jamais soumis aux sarcasmes de Rafaele. Incapable de se débrouiller seul. Incapable de vivre. Incapable de travailler. Incapable de se battre. Incapable de désirer une femme. Et, à cet instant précis, incapable de fumer un cigare… « Ce que je compte faire... ? Je l'ignore moi-même. Je repense au passé. Je repense à toutes ces choses qu’ils m’ont fait endurer. Je les décortique, une à une, avec ce regard neuf et… » Il ne sait pas ce qui le pousse à se confier aussi ouvertement. L’instant d’après, il se ravise. Comment faire comprendre à son acolyte l’étendue du sentiment revanchard qui l’habite ? Il soupire. « Ce que tu as fait subir à cet homme, tout à l’heure… » Il relève enfin la tête pour poser sur le mage un regard brillant d’une lueur nouvelle. « Je veux apprendre. » Il le sait, ses pouvoirs sont là, quelque part, enfouis au fond de lui. Pendant des siècles, il avait refoulé ce terrible secret qu’il avait cru responsable de la trahison de son frère. L’image de son aîné s’impose alors à son esprit. Le monstre s’éveille de nouveau tandis qu’il rêve de voir son meilleur ennemi hurler de douleur comme cet homme qui gît désormais dans son sang. Un sourire terrifiant s’étire lentement sur ses lèvres alors même qu’il ajoute :  « Je sais que j’en suis capable ! »

Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Jeu 22 Mai - 16:57

Assis sur le rebord de l'égout, Jonas observa Orféo s'étouffer avec son cigare. Si cela pouvait avoir quelque chose d'amusant, le Mage n'en laissa rien paraître, comme à l'accoutumée, préférant se concentrer sur une courte réflexion, une sorte d'évaluation de la situation. "Comme au bon vieux temps n'est ce pas? Le vieux démon et le simplet face à l'ennemi..." Simplet, certainement pas, encore jeune face à une conscience nouvelle, mais simplet il ne l'était plus. Difficile de chasser cette comparaison dans son propre esprit cela était, car Jonas voyait encore devant lui le même personnage qu'il avait croisé jadis dans les enfers, et son manque d'assurance, masqué par un brin de fougue et de folie, rendait l'évidence de l'évolution d'Orféo encore quelque peu floue. Pourtant, Jonas, contrairement à cette époque sombre, était à l'écoute du jeune homme, sans doute parce qu'au fond de lui, il savait qu'Orféo n'était plus le même, et cela ne s'arrêtait pas à ses quelques mots prononcés

-Tu veux apprendre? Voilà qui ressemble enfin à un mot sensé. Tu perçois déjà la différence entre vivre et survivre, mais tu ne l'as pas encore comprise. Vivre c'est faire des choix, là ou survivre devient une obligation. Autrefois tu apprenais pour survivre car tu n'avais aucun choix,hormis celui de mourir, aujourd'hui tu choisis d'apprendre, délibérément, selon ta volonté...

Il observa l'impact causé par le malencontreux tir du fusil sur la paroi du tunnel, maladresse qui lui rappela les siennes, les premiers jours où il dut prendre en main l'un de ces bruyants objets, passage obligé lors de sa prise de fonction au sein du Gouvernement.

-Un idiot armé, tel un nourrisson avec un hochet... Tuer alors, c'est tout ce que tu veux apprendre? Tu as passé les trois quarts de ta vie avec le quotient intellectuel d'une huitre avariée, et une fois ton esprit éveillé d'un tel brouillard, la seule chose que tu veux apprendre, c'est tuer? Certes, si tu voulais te servir de cette arme, un entrainement serait nécessaire, mais il me semble, à moins d'être abusé par un artifice, que tu es ici parce que tu sais déjà tuer... et ce même si nous savons tous deux qu'Azzura n'est pas étrangère à cet état de fait, tu as tué pour survivre jusqu'à présent.

Un bruit résonna dans le tunnel, provenant de l'une de ses extrémités, depuis laquelle deux hommes, équipés de ce qui pouvait ressembler à des fusils d'assaut, s'engouffrèrent, avec prudence, visiblement au courant du danger mortel qu'ils encouraient. Ils n'avaient pas vu leurs camarades revenir,ce qui, pour tout être minimalement sensé, devait signifier que la mort rodait non loin d'eux. Cependant, s'ils gommaient à deux l'erreur de leur compagnon d'être descendu l'un après l'autre, leur avantage représenté par ces armes automatiques imposantes restait ridicule, car s'ils étaient en nombre pour vaincre, il leur manquait encore une information essentielle. Jonas. Le Commissaire Politique attrapa son pistolet posé encore sur le rebord de l'égout et avec une virtuosité qu'il cachait encore aux examinateurs du centre de tir, pressa deux fois la détente. Les deux projectiles traversèrent le couloir à vitesse supersonique et foudroyèrent les deux hommes à la hauteur du bas du visage pour l'un et le haut de la poitrine pour le second. Le fort calibre de l'arme employé ne laissant aucune chance, ils tombèrent raides mort et le silence revint, une fois que les détonations eurent cessé leur écho, tandis que l'arme regagnait le holster du tireur. A présent, les autres étaient tous alertés de la dangerosité de leur cible. Jonas se débarassa de son cigare, quasiment achevé, en le lancant dans une petite flaque d'eau croupie, puis posa sa canne sur le rebord avant de remonter le corridor jusqu'aux cadavres. L'un d'eux était encore agité par les soubresauts de l'agonie, mais sa gorge transpercé ne permit pas au malheureux de produire le moindre son, si ce n'était cet immonde gagouillis. Avec un minimum de puissance, le Mage attrapa les pieds des deux hommes et les tira vers Orféo avant de les relâcher devant lui.

-Changeons de tactique. Tu veux apprendre à tuer, tu veux apprendre à vivre. Soit. Choisis donc ton arme et vas les traquer. Tue-les, non pas pour survivre, mais pour achever ce que tu as commencé lorsque tu t'en es pris à ce criminel. Tu voulais faire justice non? La proie survit et le chasseur vit. Désormais, tu n'es plus la proie, mais le chasseur. Tu en es capable m'as tu dit, laisse moi donc en juger.

Jonas reprit sa canne et s'adossa au rebord ou elle était posée, croisant les bras sur son torse. Un peu d'action ne pouvait guère faire de mal, après toutes ces journées passées la plupart du temps dans un bureau, le Mage sentait un peu la liberté dans ces moment-là, même si en l'occurence, pour cette soirée, la liberté ne sentait pas vraiment la rose et aurait eu de quoi faire criser un claustrophobe. Alors qu'il regardait son "protégé" du passé, une émotion particulière fit trembler ses doigts, dissimulé sous ses bras contre son torse. Difficile à décrire sur l'instant, elle était suffisamment perceptible pour intriguer le Mage, conscient qu'il s'agissait là d'un mélange d'amusement à voir Orféo, avec une certaine satisfaction de se retrouver face à lui et de le savoir vivant après tout ce temps, comme si le jeune italien représentait à lui seul la faible partie encore "blanche" de la noirceur de Jonas. A moins que ce ne fut que le sentiment idiot du scientifique observant les effets de son travail sur un rat de laboratoire.

Après un court instant, Jonas se détacha du rebord et d'un pas lent et léger, fit quelques mètres dans le goulet pour laisser au jeune homme un peu d'intimité dans son choix. Le temps était compté, car si Orféo trainait pour prendre sa décision, le Mage pourrait fort bien se laisser aller à ses instincts de prédateur et s'occuper lui-même des cibles
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Lun 26 Mai - 17:03




Le plaidoyer du mage trouve un écho dans l’esprit de l’enfant. Vivre. Faire des choix. Une myriade de possibilités s’offrant à lui. Cette autonomie, si chèrement acquise, le laisse pourtant pantois. Cette liberté sans fin lui donne le vertige. Cantonné pendant des siècles au rôle de sous-homme, le voilà bien incapable d’embrasser sa nouvelle condition. Propulsé hors du ventre des Enfers, il assiste, ébahi, à sa seconde naissance. Un nourrisson, oui, c’est bien ce qu’il est. Cette pensée parvient même à lui arracher un timide sourire tandis qu’il crache un autre nuage de fumée. Un nouveau-né. Une âme pure ne demandant qu’à être forgée, dans le sang et les larmes. Tuer ? Bien sûr qu’il sait le faire. Face à ce constat, un petit rictus tressaille au coin de ses lèvres. Nul besoin d’être doté de quelque faculté intellectuelle supérieure pour provoquer la mort d’autrui. Non, tuer ne l’intéresse pas. Tuer ne l’intéresse plus. Être esclave de quelque instinct animal… Quel mérite tirer de tout cela ? Ôter la vie lui semble insuffisant. Lui veut inspirer la crainte et le respect, rendre au centuple la souffrance endurée pendant toutes ces années. Le meurtre n’est rien d’autre qu’une pulsion primaire. L’assassinat, voilà donc le luxe qui distingue les hommes. Tapis au plus profond de ses entrailles, le monstre ronronne de plaisir.

Des bruits de pas le tirent soudain de sa torpeur. Il tend l’oreille. Instinctivement, sa main vient chercher le contact glacé de cette arme abandonnée quelques instants plus tôt sur la passerelle. Bientôt, les deux silhouettes entrent dans son champ de vision. Il suffira de deux détonations. Le temps de chercher sa respiration, les deux pantins s’effondrent sur le sol. Dans un silence de mort, il regarde le mégot virevolter dans les airs, sans réellement le voir, encore abasourdi par cette exécution en règle. La désinvolture avec laquelle le mage vient contempler son œuvre… Voilà ce à quoi il aspire. Perplexe, il le regarde traîner le macchabé jusqu’à ses pieds. Ce n’est que lorsqu’il perçoit enfin le râle du mourant qu’il comprend la nature exacte de la mission qui lui incombe. « Changeons de tactique. Tu veux apprendre à tuer, tu veux apprendre à vivre. Soit. Choisis donc ton arme et vas les traquer. Tue-les, non pas pour survivre mais pour achever ce que tu as commencé lorsque tu t’en es pris à ce criminel. Tu voulais faire justice, non ? La proie survit et le chasseur vit. Désormais, tu n’es plus la proie, mais le chasseur. Tu en es capable, m’as-tu dit, laisse-moi donc en juger. » Plus que jamais, son regard brille de cette conscience nouvelle mêlée à une forme d’excitation qu’il peine à contenir. D’un mouvement souple, il saute au bas de la passerelle. Contre toute attente, il délaisse son mégot et ses armes pour venir s’agenouiller près du mourant. Dans un silence religieux, il se remémore les toutes premières leçons de survie prodiguées par son mentor. Nul besoin de formuler une réponse explicite au défi que lui lance le mage. Le craquement sourd d’une nuque qu’on brise s’en chargera pour lui.

L’instant d’après, le voilà qui s’enfonce le long des boyaux souterrains, prêt à saisir sa vie à bras-le-corps. Le cœur battant, David s’apprête à rencontrer Goliath. Une pensée qui l’aurait probablement effrayé quelques instants plus tôt, au point de le paralyser. Mais la confiance que le scandinave semble placer en lui l’oblige au moins autant qu’elle le bouleverse. Cette aura protectrice tout droit venue de son passé lui rappelle qu’il lui faut apprendre à tirer avantage de la moindre de ses faiblesses. Petit et chétif, il en est d’autant plus souple et agile. Ainsi n’éprouve-t-il pas le moindre mal à se faufiler le long d’un étroit conduit au bout duquel il croit percevoir quelques éclats de voix. Tapis dans l’ombre, il observe la scène, attendant le moment propice pour frapper. Ce rapide tour d’horizon de la situation lui permet d’identifier deux ennemis potentiels, lourdement armés. Quelques minutes de planque suffisent à voir l’un des malfrats s’éloigner, à la recherche de renforts. La chasse peut enfin commencer. Alors, il bondit hors de sa cachette, son arme pointée sur la silhouette se découpant dans l’obscurité, à l’autre bout du tunnel. Sans l’ombre d’une hésitation, il presse la détente. Le recul du fusil le prend par surprise. L’énergie cinétique le propulse en arrière, déviant par la même la trajectoire de sa balle. Au lieu du crâne de son adversaire, c’est une canalisation qui explose dans une détonation assourdissante. La riposte ne se fait pas attendre.  Un réflexe salutaire lui permet d’éviter une salve de tirs. Le souffle court, le voilà qui rampe à même le sol, trempé jusqu’aux os. Loin de battre en retraite, il braque une nouvelle fois son arme sur son ennemi. Cette fois-ci, il fait mouche. Touché à l’épaule, le criminel s’effondre sur le sol.

Grisé par ce succès, il en oublierait presque les quelques règles élémentaires de sécurité. D’un bond, il se relève, pataugeant un instant dans ce mélange infâme de boue et de sang pour se frayer un chemin jusqu’à sa malheureuse victime. Soudain, le noir se fait autour de lui. Lorsqu’il reprend conscience, moins d’une poignée de secondes plus tard, un autre homme le domine. Un ennemi supplémentaire dont il n’avait su déceler la présence depuis son point d’observation. Recroquevillée sur lui-même, à même le sol, il passe doucement une main sur son crâne endolori. Dans des gestes imprécis, il cherche son arme pour la trouver finalement, braqué entre ses deux yeux. Pris de panique, il tente de battre en retraite. Bientôt, son dos vient heurter violemment la paroi humide du tunnel. « Le type qui est avec toi ! Où est-il ? » La voix du malfrat résonne tel un aboiement sauvage. Lui, ne répond rien, bien trop occupé à guetter l’arrivée imminente de son sauveur. Une attente qui pour l’heure reste vaine. Il va crever ici, il en est persuadé. Toutes ses armes viennent de lui être confisquées. Toutes… ? L’ombre d’un sourire frémit lentement au coin de ses lèvres. Les traits figés par la concentration, il ferme les yeux pour mieux visualiser la scène. Des rats. Des dizaines de rats aux yeux injectés de sang se pressent désormais le long des jambes de son ennemi. Du moins le pauvre bougre le croit-il. Car tout cela n’est rien d’autre qu’une illusion venue tromper ses sens. Il ouvre les yeux, juste à temps pour lire la peur dans ceux de sa victime qui danse d’un pied sur l’autre, espérant se débarrasser de ses assaillants imaginaires. Combien de temps peut-il tenir ainsi ? Quelques secondes, tout au plus. Déjà, cette vision ô combien réaliste commence à s’altérer, tel un écran de télévision parsemé de neiges. Les rats deviennent peu à peu difformes, de plus en plus effrayants… de moins en moins réalistes. La supercherie serait très bientôt dévoilée. Sans le soutien de son mentor, il ne sortira pas vivant de ces lieux, il le sait.


Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Lun 26 Mai - 18:58

Durant son enfance de soldat, Jonas avait eu maintes fois à faire avec une leçon de premier ordre, donnée par ses supérieurs au combat. "Entre le courage et la folie, mince est la frontière et souvent de concert ils évoluent dans le soldat" Devant son regard, le Mage avait une belle représentation visuelle de cette leçon, un courage teinté de folie dans l'action d'Orféo. Il ne pouvait guère lui en tenir rigueur pourtant, car Jonas lui aussi avait commis ce genre d'impair autrefois, mauvaise stratégie qui lui avait valu un risque mortel immédiat, sauvé in extrémis par la main puissante de son mentor d'autrefois. Etrange coincidence que de voir la situation se répéter, mais avec une variante toutefois: Jonas désormais était le mentor, même si cela n'avait rien d'officiel. Cela dit, il y'avait une autre variable à prendre en compte pour la situation présente. Orféo était conscient de ses pouvoirs ce qui, autrefois, n'avait pas été le cas de Jonas enfant. Peut-être quelque part, la conscience nouvelle d'Orféo posait un certain obstacle dans ses actions et réactions, la réflexion qu'il menait pour agir freinait quelque peu sa fougue, là ou autrefois, sans capacité de reflexion, l'instinct du jeune garcon aurait permit à Orféo de venir à bout de ces idiots avec une facilité déconcertante.

A cet instant, Jonas ne savait vraiment quoi faire. Laisser Orféo se débrouiller seul et trouver par lui-même la solution à cet obstacle humain bien bati qui n'allait pas tarder à prendre conscience que l'individu étendu devant lui l'avait trompé avec un tour de passe passe, ou bien se devait-il de lui porter assistance, comme son propre mentor l'avait fait autrefois, acte qui lui avait valu une mort peu enviable par ailleurs. Comment pouvait-il donc se permettre de juger son jeune protégé de sa trop intense réflexion en pleine action alors que lui même se triturait les méninges pour savoir comment agir à son tour... Aussi froid et sombre que pouvait être Jonas, la compassion était un luxe qu'il s'était déjà permis de s'offrir, très souvent, même dans ces agissements les plus vils. Orféo avait besoin d'apprendre, il avait envie d'apprendre, par lui-même mais aussi grâce aux autres, mais Jonas ne pouvait vraiment savoir ce dont Orféo avait envie, et pour le savoir, il fallait qu'il reste en vie...

Le Mage se rapprocha de la scène et observa attentivement le colosse armé se tordre de terreur sous le joug de l'illusion maladroite d'Orféo. S'il ne pouvait voir véritablement ce que projetait le jeune homme dans l'esprit du mortel, la réaction de ce dernier, ses cris, ses gestes, parlaient suffisamment pour comprendre la nature de l'illusion. Une attaque de nuisibles sans doute, des rats?...ou bien des araignées, des insectes, des serpents?...Non, si cela avait été des insectes, les gestes auraient été ceux d'un homme tentant de les écraser sur lui, hors là, il semblait danser pour éviter quelque chose au sol, passant de temps en temps ses mains sur ses jambes ou assénant des coups de poings au niveau de ses mollets... Serpents ou rats, vu la terreur qui se lisait sur le visage, c'était l'un ou l'autre, la plus ancestrale des peurs animales de l'homme. Efficace mais pas assez puissante, car l'esprit de l'homme s'apaisait petit à petit, sans doute capable de se rendre compte de l'illusion au fur et à mesure que grandissait la faiblesse de celle-ci.

[Illusion] Alors que les nuisibles disparaissaient de l'esprit du colosse armé, quelque chose vint prendre leur place dans sa conscience. Il n'y avait plus aucune multitude, plus aucune nuée de quoique ce soit de rampant, il ne restait que l'homme, reprenant ses esprits, comprenant que l'on s'était joué de lui. Puis vint le bruit, ce murmure effroyable se propageant tout autour de lui, tantôt éclat de voix, tantôt un bruissement guttural, comme le grondement d'un animal féroce, mais dont la source était invisible. Les rats avaient-ils vraiment disparu? Non, en aucune facon, les rats étaient encore là, autour de l'homme, mais ne s'en souciaient plus désormais. Ils s'agitaient en tout sens, comme à l'affut d'une menace qui se rapprochait, leur petite tête se secouant vivement pour guetter le moindre signe du danger. Jonas avait choisi les rats, et à la réaction de sa victime, il comprit qu'il avait visé juste dès le début. L'illusion était parfaite mais il manquait encore un détail. Les rats avaient peur, tout comme l'homme, il fallait désormais introduire une forme pour le danger. Non mieux encore, la plus grande des terreurs consiste à connaitre la présence d'un danger proche, mais sans pouvoir en localiser la source. Il suffisait simplement de faire fuir les rats. Ce qui peut effrayer une nuée de rats, ne peut pas être de bonne augure pour un humain. Le grondement encore, plus fort, porté par un écho de plus en plus puissant, saisissant les tripes de la victime et les torturant de spasmes incontrolables. La proie se trouvait dans les filets, elle était piégée, et Jonas savoura le changement de facies qui s'opérait sur les traits du malfrat [/illusion]

-Il semble que la chasse ne soit pas encore une activité dans laquelle tu peux exceller. Tu as de l'idée, mais tu n'as pas encore les réflexes efficaces. L'idée des rats était judicieuse, mais ta maîtrise des illusions est encore trop faible.

Jonas se déplaca devant l'homme dont le visage se tordait dans divers rictus propre à la peur, à la perte de controle de ses repères, à une terreur lancinante qui exploserait, tôt ou tard, à la faveur du Mage. Avec douceur, il caressa le visage du malfrat puis retira rapidement sa main, conscient que cela pourrait fort bien perturber son illusion. Elle était puissante, trop pour se maintenir dans le temps, mais sa maîtrise de cet art chez Jonas lui permettait certaines fantaisies dont il avait le secret. Il aimait jouer avec les illusions, il aimait sentir le contrôle qu'il exercait sur sa victime, la marionnette qu'elle devenait ainsi.

-Vois son visage, regarde donc ses traits. Si je n'étais pas intervenu, voilà comment le tien aurait fini, torturé par la terreur, la peur de la mort...

Jonas frappa dans ses mains, un claquement sec, qui résonna tout autour, faisant sortir de sa torpeur le colosse dont les sens reprirent lentement le dessus. Ses yeux prirent conscience de la réalité, du changement qui s'était opéré devant son regard, de la présence de Jonas, d'Orféo et de l'absence de ce qui le terrifiait quelques secondes plus tôt. Un flot soudain d'information qui mit son esprit en arrêt quelques instants, le temps de comprendre ce qui pouvait se passer,un moment de répit avant que son instinct de criminel ne lui permette de redevenir lui-même.

-J'ai ouï dire que tu me cherchais...me voici, lui annonça Jonas en sortant son insigne de la poche et le lui placant devant les yeux. Commission de Sécurité du Gouvernement. J'ose espérer que vous connaissez la loi... Agression volontaire sur un représentant de la Loi et du Gouvernement, c'est passible de...

Jonas chercha dans sa mémoire la sanction associée à cette accusation, et chercha également si cette dernière existait. Peut-être pas sous cette forme après tout.

-Au diable tous ces textes que je comprends guère! Nous avons qu'à dire que la sanction est la mort, c'est bien plus simple pour tout le monde.

Une clé de bras sur le cou de l'homme, une simple pression des épaules de Jonas et la victime se retrouva courbée en arrière, à la merci de l'étau que formait les bras du Mage sur sa gorge. La main gauche du scandinave aggripa le visage et força sur ce dernier avant d'exercer un brutal aller-retour sur les cervicales qui cèdèrent sans résistance. Le craquement sinistre qui en résulta annonça l'efficacité du geste de mise à mort quasi silencieuse qu'avait choisi Jonas pour cette application de sa loi.

-Si tu avais quelque chose à ajouter, il me semble, à mon grand desarroi, que cela soit trop tard. Je savais bien qu'il manquait quelque chose...

Le colosse tomba sur le sol avec fracas tandis que Jonas se redressait, et tira un cigare de sa poche de manteau. Il l'alluma calmement et tira une bouffée qu'il savoura, la relâchant lentement dans l'air nauséabond des égouts. Il s'étira le cou et raffermit sa prise sur sa canne avant qu'une giclée de sang jaillisse de son épaule gauche, perforée de plein fouet par une balle. La douleur était extraordinaire, aussi fulgurante que celle provoqué par la pénétration d'une pointe de flèche mais avec une sensation de brûlûre atroce. La puissance de l'impact le fit vaciller, et par la grâce de sa canne, ne tomba pas sur le sol. Aussitôt, il posa le genou à terre pour se protéger, prenant conscience que le coup provenait de là ou se tenait la première victime d'Orféo, qui dans un élan de fougue surpassant la douleur de sa blessure à l'épaule, tentait de tuer leur agresseur.

-Je hais ces maudites armes! Je hais encore plus ceux qui ne savent pas s'en servir, siffla Jonas en grimaçant de douleur, sa main tentant de bloquer au mieux l'hémorragie, se rendant ainsi compte que la blessure était superficielle, la balle n'ayant pas traversé l'épaule mais ayant entamé la peau sur le haut de celle-ci.

La douleur exercant une certaine poussée sur sa colère, Jonas jeta un oeil sur Orféo

-Lève toi imbécile, ce n'est pas dans cette position que tu vas achever ton travail!
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Dim 29 Juin - 19:36




La souffrance a ses limites, pas la peur. Le visage du malfrat, déformé par l’angoisse, n’illustre que trop bien cette vieille maxime. Bientôt, une illusion chasse l’autre, sans que la moindre seconde de répit ne lui soit accordée. De son côté, l’enfant respire de nouveau. Cahin-caha, il se redresse, tirant sur ses vêtements trempés de boue et de sueur. Les yeux écarquillés d’horreur, il assiste, muet, au supplice du bourreau. Le pauvre bougre redoute une menace inexistante, lui ne le sait que trop bien. Pourtant, la terreur du malfrat, cette angoisse transpirant par chaque pore de sa peau est presque contagieuse. A tel point qu’il se surprend à chercher de ses yeux ahuris les nuisibles qui hantent l’esprit de son ennemi. La peur… Sans doute l’arme la plus puissante qui soit. « Il me semble que la chasse ne soit pas encore une activité dans laquelle tu peux exceller. » Cette voix, comme surgie de nulle part, lui arrache un violent sursaut. « Tu as de l’idée, mais tu n’as pas encore les réflexes efficaces. L’idée des rats était judicieuse, mais ta maîtrise des illusions est encore trop faible. » Il serre les poings, fulmine, enrage. En même temps que sa salive, c’est un peu sa fierté, qu’il ravale. Et le goût est amer. « Vois son visage, regarde donc ses traits. Si je n’étais pas intervenu, voilà comment le tien aurait fini, torturé par la terreur, la peur de la mort… » En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le voilà qui retrouve ses plus fidèles amies : la honte, l’humiliation. Au fond de lui, le monstre se réveille, menaçant le sorcier de ses griffes aiguisées. S’il est comme fou de rage il n’en laisse rien paraître. Bien au contraire, l’élève prête au maître une oreille attentive.

Le claquement des mains du mage résonne longuement dans les entrailles de la ville. Surpris, il esquisse un mouvement de recul, s’effondre dans l’eau croupie. Le scintillement de l’insigne n’échappe pas à ses yeux affolés. « J’ai ouï dire que tu me cherchais… me voici. Commission de Sécurité du Gouvernement. J’ose espérer que vous connaissez la loi… Agression volontaire sur un représentant de la Loi et du Gouvernement, c’est passible de… Au diable ces textes que je ne comprends guère ! Nous avons qu’à dire que la sentence est la mort, c’est bien plus simple pour tout le monde. » Sous l’effet des bras puissants du mage, le malfrat s’effondre sur le sol, tel un pantin désarticulé. Partagé entre crainte et admiration, le môme reste sans voix. « Si tu avais quelque chose à ajouter, il me semble, à mon grand désarroi, que cela soit trop tard. Je savais bien qu’il manquait quelque chose… » Cette fois-ci, c’est bien l’ombre d’un sourire qu’il peut sentir tressaillir juste au coin de ses lèvres. Cela ne durera guère plus d’une fraction de seconde. L’instant d’après, ses tympans menacent d’éclater sous l’effet d’une effroyable détonation. L’hémoglobine jaillit de nulle part. L’oxygène commence à lui manquer lorsqu’il comprend enfin que le sang qui macule ses mains n’est pas le sien mais celui de son acolyte.

« Je hais ces maudites armes ! Je hais encore plus ceux qui ne savent pas s’en servir. » Faisant fi des grimaces du mage, il se jette à plat ventre dans l’espoir d’éviter une nouvelle salve de tirs. Pataugeant dans la boue, il risque un rapide coup d’œil par-dessus son épaule. L’homme qu’il croyait avoir abattu quelques instants plus tôt se tient là, plus vivant que jamais. Plus menaçant, aussi. « Lève-toi imbécile, ce n’est pas dans cette position que tu vas achever ton travail ! » Sous l’effet de cette brimade, son œil bleu vire au noir. Sans même le savoir, le maître donne à son disciple la poussée d’adrénaline indispensable à sa survie. D’un mouvement souple, il se relève. L’espace d’un instant, il semble prêt à se ruer sur le sorcier. Il hésite, puis, se ravise, préférant focaliser sa rage sur leur ennemi commun. Alors, seulement, il s’empare de l’arme abandonnée un peu plus tôt aux mains du macchabé. A l’autre bout du tunnel, le malfrat tire sa dernière balle. Bientôt, les détonations cessent, seule une série de cliquetis se fait entendre alors qu’il presse frénétiquement sur la détente. Quelques secondes sont nécessaires pour recharger le revolver. Un laps de temps que le garçon met à profit pour se ruer sur sa proie dans un hurlement de rage. Une seule balle, logée en pleine poitrine. La chance du débutant, sans doute. Le criminel s’effondre sur le sol. Mort, cette fois-ci.

Le souffle court, il laisse tomber l’arme qui disparaît bientôt dans l’eau boueuse. Les traits déformés par la rage, il se retourne enfin pour affronter enfin le regard de son ancien mentor. « Ne me traite… plus jamais… » halète-t-il, au bord de la suffocation. « D’imbécile ! » Sa voix se perd en un long hurlement auquel l’écho confère une dimension proprement effrayante. Alors qu’il s’avance de quelques pas, il semble au bord de l’implosion. Au fond de lui, le monstre l’exhorte à punir sévèrement l’emploi de cet infâme qualificatif qui le rappelle à quelques souvenirs profondément enfouis. Les moqueries… Les quolibets… La canne du patriarche s’abattant sur son dos meurtri… Le regard dur et froid de son frère, juste avant qu’il ne mette le feu à son bûcher… Et cette souffrance… Insupportable… Une douleur qu’il projette présentement dans le cerveau du mage, un mirage destiné à tromper son esprit et ses sens. De toutes les illusions dont ils disposent en réserve, celle-ci est sans conteste la plus aboutie, la plus crédible puisque basée sur ce terrible vécu. Il sait le scandinave en partie affaibli par sa récente blessure. Il entend bien profiter de ce moment de faiblesse. Les yeux fermés, il visualise les flammes dévorant la peau, l’odeur infâme de la chair brûlée. En tout et pour tout, le mirage ne dure guère plus d’une trentaine de secondes. Epuisé, physiquement mais surtout psychiquement, l’apprenti sorcier finit par s’effondrer sur le sol boueux. A bout de forces, il peine à retrouver sa respiration. « Apprends-moi ! » s’écrit-il alors, au bord du désespoir. « Apprends-moi à maîtriser les illusions ! »



Spoiler:
 
[/color]
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Lun 30 Juin - 19:23

Jonas observa le nouveau spectacle qui s'offrait à lui, tandis qu'avec peine il tentait de se dresser, passant outre la douleur qui écrasait son épaule d'un fardeau invisible. Au contraire des fois précédentes, Orféo livrait à son ancien "mentor" un nouvel éventail de sa personnalité, de sa nouvelle personnalité devait même t-on dire. La fougue, la fureur, la rage d'en finir avec sa victime vibraient dans l'ensemble du corps du jeune homme et le Mage en retrait, blessé, regarda les choses se dérouler avec une grimace peu engageante. Comment un homme ayant passé une vie entière à agir de façon similaire pouvait-il soudainement subir un tel revirement dans son comportement instantané...Probablement parce qu'il n'aimait guère ce qu'il voyait devant lui. Un comble pour un guerrier élevé dans le sang et la douleur.

Non, cela n'avait rien à voir avec sa propre histoire, ce n'était qu'une simple appréciation de la situation présente. La grimace n'était pas une résultante d'un spectacle d'une violence insoutenable ou bien d'une maladresse d'Orféo, en réalité, ce que jugeait le Mage à ce moment-là n'était ni plus ni moins que l'engagement du jeune italien. "Quel gâchis" se laissa penser Jonas en baissant les yeux. Dans son esprit, quelques réminiscences d'un lointain passé défilèrent, lentement, des passages presque marquants. Il voyait nettement ce passage de vie dans les cercles infernaux en compagnie d'Orféo et d'Azzura, deux êtres quelque peu perdus dans un univers dévasté, alors qu'il vint, contre son gré au commencement, à les guider, parfois maladroitement, parfois maléfiquement mais toujours avec un certain succès. Il revoyait avant tout autre chose le visage d'Orféo, battu par la peur, par la douleur et par cette incompréhension notable de ce qui l'entourait, de ce qui lui arrivait. Traduire ce souvenir en un seul mot aurait pu être difficile, mais pas cette fois ci. Innocence était sans conteste le terme qui faisait vibrer ses synapses, c'était même une évidence, une logique qui ne permettait aucune ambiguité. La curiosité enfantine dans une âme d'adulte, Orféo en avait montré de multiples facettes, et devant lui désormais, le jeune homme semblait avoir perdu ce qui dans le temps aurait pu éventuellement faire chavirer l'âme du scandinave...
Il releva la tête, juste à temps pour voir l'italien se repaître de sa victoire, à l'image d'un animal dément tournant en rond autour de sa victime, cherchant encore le moindre signe de vie pour relâcher à nouveau sa furie meutrière."Apprendre l'illusion..." la requête d'Orféo fit sortir de sa torpeur le mage, non du fait de sa force, mais de la conviction de celle-ci. Ce n'était ni un ordre ni une demande, Jonas la ressentit à l'égal d'une prière, presque une supplication, se demandant même si Orféo n'allait pas se mettre à genou et pleurer en priant son ancien mentor d'un appui quelconque. La douleur n'aidait pas Jonas à se concentrer sur le jeune homme, elle le lançait encore et encore, sa main n'était plus qu'une palme ensanglantée à force de tâter les abords de la plaie, et la gêne occasionnée par cette blessure commençait à l'agacer.

Il agrippa un petit bout de palette éclatée qui trainait sous une tuyauterie et fit jaillir la flamme de son briquet pour enflammer la matière. Ce fut instantané, la flamme lécha le bois qui noircit brièvement avant de céder complètement à l'embrasement. Avec une certaine vélocité, le combustible prit totalement et Jonas le laissa se consumer encore jusqu'à ce que le rouge de la braise apparaisse derrière la langue orangée. Il ferma les yeux, inspira profondément et secoua l'alumette improvisée. Le souffle de l'air stoppa la combustion et sans le moindre temps mort, elle suivit la main qui la dirigea droit vers la plaie, avant de l'enfoncer dans les chairs ouvertes. La gorge du Mage fut la première à céder à cette force effroyable que pouvait être une douleur de ce type. Le hurlement, qui devait être contenu, passa le barrage du larynx, puis forca sur les lèvres et les machoires avant d'être enfin libéré. S'il fut bref, ce ne fut pas parce que la douleur s'estompa, mais bel et bien à cause de la perte de conscience soudaine que subit Jonas, brutale et aussi rapide qu'un clignement de paupière. Il tomba sur son genou droit, l'écrasant quelque peu, et la main se retira de la plaie en tremblant. Reprendre son souffle fut loin d'être une sinécure et réclama à Jonas une très haute maîtrise de la concentration, de la patience et de la sérennité, et il fit passer ces quelques secondes en serrant le poing

Lorsqu'enfin il put inspirer presque normalement, il leva les yeux et les posa sur Orféo. Il n'y avait dans ce regard là plus aucune suffisance, aucune forme de fanfaronnade, et aucune étincelle amusée ne brillait dans les tréfonds de la pupille. Il tâta le sol à la recherche de sa canne, qu'il parvint à trouver du bout des doigts et à ramener vers lui, instrument qui saurait l'aider à reprendre un peu de dignité lorsque se lever deviendra nécessaire. Il le fit, en laissant échapper un grognement de douleur et se tint debout, délicatement, forcant sur son épaule valide pour soulager l'autre.

-Alors c'est vrai, tu as vraiment la volonté de suivre cette voie-là, lâcha-t-il dans un souffle, en se forçant à admettre une évidence qui semblait le rebuter.

Le Mage se rapprocha de l'italien et reprit sa position sur la canne, solide, assez près pour observer le regard d'Orféo et juger de son éclat. Jusque-là, tout n'avait été qu'un jeu pour l'ancien, observer son jeune "disciple" balbutier dans un exercice qu'il ne maîtrisait pas, n'ayant aucune fois véritable dans la conviction du jeune homme et sa volonté à vouloir apprendre à maîtriser la mort. Pourtant, maintenant, Jonas devait se rendre à l'évidence, et cela ne lui plaisait guère.

-Tu étais un enfant, un innocent, perdu dans un tourment ou tu n'avais aucune place, aucun mérite. Maintenant que tu peux prétendre à maîtriser ton destin et ton esprit, c'est ainsi que tu comptes user de cette chance qui s'offre à toi?

Il lâcha son appui un moment et posa la main sur l'épaule du jeune homme.

-Tu n'es pas un enfant du mal Orféo, tu n'as rien de maléfique ou d'abominable. Tu ne l'as jamais été, tu ne l'es pas plus aujourd'hui. Cette voie que tu choisis, ca n'est pas la tienne, et je ne t'enseignerais pas l'art de la mort, quelqu'il soit. Je puis t'enseigner à survivre, à protéger, à agir pour une cause défendable si tu le désires, mais tu n'auras pas de moi la moindre leçon pour devenir une arme du mal. Fais donc demi-tour pendant que tu le peux.

Il tapota l'épaule et passa dans le dos d'Orféo, cherchant du regard à trouver l'endroit ou pouvait se retrancher les derniers criminels. Ils ne devaient pas être loin, cherchant de leur côté un moyen de reprendre le contrôle d'une situation sans jamais l'avoir eu. Jonas ignorait combien avaient-ils pu être au départ, et par déduction ne pouvait évaluer le nombre de survivants. Il se retourna et soupira légèrement, fermant les yeux pour s'imprégner de l'atmosphère des lieux. Le silence qui pesa soudainement était oppressant, mais pouvait s'avérer utile à qui savait écouter, se concentrer sur son ouie. Percevoir un bruissement de voix lointaine, un cliquetis métallique pouvait aider à localiser voir même dénombrer l'ennemi embusqué. Tôt ou tard, les agents PeaceKeepers finiraient par intervenir et nettoyer les lieux, sans doute de façon moins cavalière que Jonas et son acolyte. Après tout, le Mage n'avait pas réellement d'accréditation pour effectuer le travail des Keepers, il en avait la possibilité, mais rien ne l'y obligeait. "En voilà une idée..." Elle frappa son esprit comme un boulet de canon, une évidence telle qu'elle put même le surprendre, non par sa logique, mais par son manque de réflexion qui aurait pu trouver cette idée bien plus tôt. Si Orféo désirait réellement agir et ne plus subir comme dans son passé, Jonas connaissait un moyen efficace d'y parvenir sans faire du jeune homme un nouvel agent sombre des forces noires qui oeuvraient au sein de la conscience humaine. Etait-ce une bonne idée, ou bien encore une autre trop fantasque pour être étudiée? Difficile à dire, Jonas devait comprendre avant toute chose ce qui animait son compagnon, cette rage qu'il voulait tant exprimer.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Mer 23 Juil - 0:27




Il reste là, les bras ballants, figé dans son attente. Il cherche sa respiration, non sans difficulté. Sa poitrine s’abaisse et se soulève par saccades. Ses yeux, d’un bleu acier, menacent de jaillir à tout instant de leur orbite. Dans le fond de son œil se reflète une étrange lueur, celle du petit bout de palette éclatée qui s’enflamme brusquement devant lui. Pris de court, il recule d’un pas tout en esquissant un geste pour protéger son visage de ses bras. A travers les siècles, sa peur irrationnelle du feu ne l’a jamais quitté. Comme dans un rêve, il croit revoir la paille de son propre bûcher s’embraser lentement sous ses yeux. Les cris d’hystérie de la foule bourdonnent à ses oreilles qu’il couvre de ses mains. Par-delà cette barrière faite de chair et d’os, le hurlement du mage lui parvient tout de même, une exclamation de douleur qui lui glace le sang. Telle une vulgaire poupée de chiffon, son mentor s’effondre sur le sol. Contre toute attente, cette marque de faiblesse de la part du maître pousse le disciple à repousser au loin les fantômes du passé. Dans un geste héroïque, il esquisse un pas dans sa direction, dans le but manifeste de venir lui prêter assistance. Il tend le bras, hésite, se ravise finalement, moins par lâcheté que par pudeur. Pour la toute première fois, il se découvre quelque sentiment pour cette étrange figure paternelle. De l’admiration, mêlée à un profond respect.  

« Alors c’est vrai, tu as vraiment la volonté de suivre cette voie-là. » Il soutient son regard, bombe le torse, hoche la tête, dans une attitude de défi. « Tu étais un enfant, un innocent, perdu dans le tourment où tu n’avais aucune place, aucun mérite. » Déjà, ses épaules s’affaissent, trahissant son manque d’assurance. En lieu et place de ce visage ami, il croit presque voir se dessiner les traits du Seigneur Renzacci le couvrant de son mépris. « Maintenant que tu peux prétendre à maîtriser ton destin et ton esprit, c’est ainsi que tu comptes utiliser cette chance qui s’offre à toi ? » Il secoue la tête, incrédule. N’est-ce donc pas là ce que son maître attend de lui ? Qu’il se montre fort et implacable ? Qu’il se conduise en homme ? « Tu n’es pas un enfant du mal, Orfeo, tu n’as rien de maléfique ou d’abominable. » De nouveau, il recule d’un pas, comme pour se protéger de l’effet que ces mots peuvent avoir sur ses maux. Le cœur battant, il secoue la tête en signe de dénégation. Pour un peu, il plaquerait ses mains sur ses oreilles pour se prémunir du discours du mage. Il refuse de se laisser attendrir. Au fond de lui, le monstre qui sommeille presse ses griffes sur la gorge de l’enfant pour le contraindre au silence. « Tu ne l’as jamais été, tu ne l’es pas plus aujourd’hui. Cette voie que tu choisis, ça n’est pas la tienne, et je ne t’enseignerai pas l’art de la mort, quel qu’il soit. Je puis t’enseigner à survivre, à protéger, à agir pour une cause défendable si tu le désires, mais tu n’auras pas de moi la moindre leçon pour devenir une arme du mal. Fais donc demi-tour pendant que tu le peux. »

L’air commence à lui manquer. Il titube, suffoque. « Non… Non… » marmonne-t-il tout en plaquant ses mains sur ses oreilles. Il tourne les talons, patauge dans l’eau boueuse. Au plus profond de ses entrailles, le monstre s’agite, l’exhorte à fuir cette leçon de morale en bonne et due forme. Ne l’écoute pas ! Seule compte la vengeance. C’est elle qui t’a guidée jusqu’ici ! Il ferme les yeux. Sous ses paupières mi-closes flotte le visage déformé de son frère. « Pathétique… Idiot du village… Abomination… » marmonne-t-il, à mesure qu’il se remémore les paroles prononcées par Rafaele lors de leur dernière rencontre.  « Je suis une abomination… La créature du diable… » Cette fois-ci, ce sont les traits de son grand-père qui remplacent progressivement ceux de son aîné. La créature du diable... Un qualificatif qu'il avait entendu maintes et maintes fois dans sa bouche sans jamais en comprendre le sens caché. « Malédiction… Le sang des Renzacci… » bafouille-t-il tout en posant de nouveau son regard sur le mage. Les yeux exorbités, il est comme fou. « Il a toujours voulu me tuer ! » s’exclame-t-il tout en cherchant sa respiration. Et de préciser, dans un souffle : « Le Seigneur Renzacci. » Son discours est décousu, presque incohérent. Peu à peu, il se sent régresser et redevenir l’enfant qu’il était autrefois. « Il me l’a dit, Rafaele me l’a dit. » Son mentor est-il seulement en mesure de comprendre ne serait-ce qu’un traitre mot de son récit ? Il ne le sait pas lui-même. Lors de leur toute première rencontre dans les Enfers, quelques siècles plus tôt, le gamin était bien incapable de conter son histoire. A cette époque, Azzura parlait pour lui. « J’étais une abomination, je ne méritais même pas de vivre ! Ils auraient préféré me savoir mort ! Il aurait préféré que je reste mort. » conclut-il dans un sanglot qu’il tente tant bien que mal de dissimuler.

Il détourne le regard, esquisse quelques pas dans l’eau boueuse, le temps de recouvrer ses esprits. Lorsqu’il fait volte-face, quelques secondes plus tard, l’enfant a disparu pour céder sa place au monstre généré par sa lucidité nouvelle. « Il m’a tué. Il m’a livré, moi, son propre frère ! » hurle-t-il tout en pointant sa poitrine de son pouce, comme pour lever toute ambigüité. « Je n’avais que lui ! Et il m’a trahi. » Et de répéter, plus bas : « Je n’avais que lui. Et Azzura. Et maintenant je suis seul. Complètement seul. » Il le sait, il le sent, un barrage vient de céder au fond de lui. Toute cette colère, toute cette douleur, qu’il contient depuis trop longtemps se déversent en cascade dans les égouts de la ville, sans autre témoin que cet homme qui ne le jugera pas sans pour autant le prendre en pitié. « Je ne peux pas reculer, il est trop tard. Rafaele a raison. Les choses étaient écrites ainsi, dans notre sang, ce sang maudit, celui de notre grand-père, celui des Renzacci ! » crache-t-il enfin avant d’oser se tourner de nouveau vers le mage. « Il doit payer, tu comprends ? » Dans son regard, il cherche son approbation. « Il doit payer pour tout le mal qu’il m’a fait ! Il doit comprendre que je ne suis pas faible ! Je le lui prouverai en me vengeant de lui ! »



Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Mer 23 Juil - 18:36

S'il était une chose à laquelle Jonas ne s'attendait pas, c'était bel et bien de voir son jeune compagnon partir de la sorte dans un délirium plutôt sévère. En une fraction de seconde, pour le plus grand étonnement du Sorcier, Orféo avait, selon les usages linguistiques, littéralement "pété les plombs". Une expression qu'il avait déjà maintes fois entendues dans cette région et qu'il avait mis longtemps à en comprendre le sens. "Se retrouver dans une confusion mentale et spirituelle extrême, bien loin de sa normalité usuelle qui peut se manifester parfois par des agitements physiques plus ou moins concrets", avec une telle définition, il n'était pas étonnant que même pour un homme comme Jonas, saisir tout le sens de ceci pouvait paraître délicat aux premiers abords. Pourtant, en cet instant, il avait parfaitement l'illustration qui lui avait manqué les fois précédentes pour comprendre l'expression, car tout dans l'attitude du jeune italien tendait à montrer qu'il était pris dans une spirale assez explosive dans le "pétage de plomb". L'idée même de ces termes agacait Jonas, et ce dernier préférait nettement quelque chose comme "pris dans un tourment" ou bien "agité dans son esprit".

Ce qui surprenait réellement Jonas n'était pas concernant les faiblesses d'esprits du jeune homme, car ne l'avait-il pas connu à l'état d'enfant permanent, ou comme diraient d'autres observateurs, attardé dans sa croissance mentale. Non, cette fois-ci, ce qui se produisait devant lui, il ne l'avait jamais vu chez Orféo. Il ne s'agissait pas d'un enfant turbulent ou en proie à une crise autiste, mais à un homme qui perdait pied dans la raison, dans le sens de la réalité, quelque chose de plus profond, de la même façon qu'un être humain peut se comporter face à une peur insurmontable ou face à la Mort elle-même. Il balbutiait, tantôt pleinement audible, parfois complètement incompréhensible, sa gorge réduisait les sons à des borborygmes insensés qu'aucun code aurait pu permettre de déchiffrer. Il tremblait, tournait en rond, son corps entier était devenu imprévisible, sans doute totalement incontrôlable pour son esprit. Au milieu de tout ce verbiage, Jonas réussi cependant à saisir quelques mots ça et là, comprenant juste ce qu'il fallait pour avoir une vague idée de ce qui se passait dans la tête d'Orféo. Il connaissait une maigre partie de son histoire, il connaissait quelques petites vérités sur cette personne, son passé, sa famille. Autrefois Azzura s'était confié sans trop s'étendre sur le sujet, et à l'entente du nom des Renzacci, Jonas n'eut aucune peine à comprendre que le jeune italien était en prise avec ses démons du passés, démons qui étaient enfouis dans sa conscience et que sans nul doute, ils avaient été libérés en même temps que son esprit. La malédiction, l'Abomination, il avait déjà entendu ces termes autrefois. Orféo prenait conscience de sa condition et de son histoire au fur et à mesure que son esprit gagnait en maturité, et dans une telle situation, il n'était aucunement étonnant à le voir perdre pied.

En tant normal, Jonas aurait du alors se comporter en mentor afin de couvrir son jeune compagnon et le guider pour l'empêcher de sombrer. Mais Jonas n'était pas réellement ce genre d'individu, il n'avait rien à voir avec ces hommes qui durant son enfance avaient agi en protecteurs à son égard. Cependant, sans doute, cette époque dans les cercles infernaux ainsi que les retrouvailles plutôt inattendues avec le jeune homme avait allumé quelque chose en lui, une chose qui étant en lui depuis longtemps, mais qu'il avait enfoui pour survivre, une petite étincelle qui brillait d'un autre feu que l'impression qu'il donnait de lui à quiconque. Toutefois, la crise d'Orféo était plutôt malvenue, car ce n'était pas dans les tunnels d'une centrale de traitement d'égout à la merci d'une bande de psychopathes que l'on devait pleurnicher sur son sort. En regardant tout autour de lui, s'assurant que les jérémiades d'Orféo n'avaient pas excité les fous de la gâchette environnants, Jonas guetta le moindre mouvement suspect, avant de se rendre compte que leurs assaillants n'étaient pas aussi déments qu'ils pouvaient paraître. Ils ne se pressaient plus bêtement dans la gueule du loup, ils s'étaient recroquevillés dans un coin soit pour élaborer une nouvelle stratégie, soit pour attendre une meilleure opportunité. A moins qu'ils aient déjà pris la fuite... Qu'importe, avant que les choses ne dérapent et échappent au peu de contrôle que Jonas pouvait encore excercer sur elles, le Commissaire Politique se devait d'assurer sa sécurité autant que celle d'Orféo. Et pour ce faire, il ne connaissait qu'une seule méthode, discutable, violente sans doute, mais efficace dans bon nombre de situation.

Malgré la douleur qui le lancait encore un peu, le Mage attrapa le col d'Orféo et avec une poigne de fer, un peu hésitante et fragile, il le souleva à moitié et le plaqua violemment contre le mur, espérant qu'au passage, le choc brutal vienne à faire sortir le jeune italien de son état second. Avec un geste ferme de son autre bras encore libre, il aggripa la machoire de ce dernier et pressa sur les joues, non pour faire ouvrir la bouche à Orféo, mais simplement pour maintenir l'attention du visage qu'il observait avec un regard dur au fond duquel dansait la flamme vigoureuse d'une certaine colère encore maitrisée.

-Ressaisis toi sombre crétin, ce n'est guère le bon moment pour verser quelques larmes de crocodile!

Il le relâcha et s'écarta un instant, sans le quitter des yeux, puis avec un geste ample et lent, il fit jaillir la lame de son fourreau et la pointa droit sur la gorge d'Orféo, avec l'oeil du défi, l'oeil du Maître. Peut-être était-ce en cet instant que le mentor allait réellement prendre toute son essence, et ce, bien malgré la volonté du sorcier.

-Si de ta vie, c'est là tout ce que tu as retenu, et ce à quoi tu aspires réellement, alors avance et empale ta gorge sur ma lame, car si tel est le cas, alors tu ne vaudras rien, tu ne vaudras jamais rien, hormis n'être qu'un mort vivant en sursis.

Il tapota le menton avec la lame, afin de faire réagir le regard du jeune homme.

-Autrefois je t'ai vu pleurnicher comme un enfant apeuré, aujourd'hui te voilà en train de pleurer comme une fillette effarouchée. Orféo Renzacci est mort, ce que tu es aujourd'hui n'a rien de commun avec ce passé. Ce fut une fatalité qui te conduisit aux portes des enfers, c'est désormais une destinée qui t'en as fait sortir et t'as donné une nouvelle vie, un autre Orféo. Oublie ce que tu as été, donne une vie à ce que tu es devenu, et alors, cette vengeance, tu l'auras, car un Renzacci jamais tu ne seras, pas comme ceux que tu haies tant.

Jonas dégagea la lame et la fit pendre un peu le long de son bras pour soulager un peu la douleur qui le saisissait à nouveau sur la blessure. Il fit quelques moulinets avec son épaule, tirant sur les chairs au passage, ce qui lui arracha un gémissement et une grimace peu engageante. La douleur il connaissait, trop bien, il ne savait pas la contenir dans certaines circonstances, mais avait appris, avec brio, à vivre avec, et cette blessure-là, n'était rien en comparaison de ce qu'il avait déjà vécu. Afin d'aider son esprit à "oublier" cette gêne, il fit jouer l'équilibre de sa lame sur le sol, en posant la pointe contre le béton et à faire tournoyer l'arme sur son axe avec des coups de poignets, et reposa son regard sur Orféo et laissa passer un ricanement, un peu nerveux

-Tu n'es pas une abomination, mais tu le deviendras, si tu persistes dans tes désirs les plus sombres. Beaucoup de choses depuis les temps ou nous sommes venus au monde. Désormais, ce monde là offre bien plus d'opportunités, et de nouvelles armes pour exercer une vie entière. Ce que tu as fait ce soir en est un exemple. Tu as traqué un homme que tu savais coupable d'un acte répréhensible, quel qu'il soit. Pourquoi ne pas suivre cette voie-là? Tu en as les capacités, et celles que tu ignores encore, je puis te les révéler...

Quelques brouhaha s'élevèrent en écho depuis les profondeurs des tunnels. De toute évidence, l'ennemi n'avait pas encore quitté la scène et sans doute allaient-ils finir par tenter de mettre un terme à cette situation qui échappait totalement à leur contrôle. Jonas ignorait ce qu'ils avaient en tête, et pourquoi même se permettaient-ils de tenter encore de tuer les deux hommes malgré leurs précédents échecs retentissants, mais le mage n'en avait que faire, la fatigue et la douleur commencaient à titiller sa patience, et l'attitude perdue de son compagnon d'arme ne lui facilitait guère les choses. Il y'avait encore le choix de partir des tunnels et rejoindre le SUV, laisser faire les PeaceKeepers qui sauraient agir en conséquence. Ou bien alors se ruer sur l'ennemi et en découdre avec...Toutefois, cette dernière option posait un problème de taille désormais. Lui qui se refusait à enseigner cette manière de vivre, comment pourrait-il expliquer les choses à Orféo de façon raisonnable.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Ven 25 Juil - 0:42




Bam. Son dos vient heurter violemment la paroi du tunnel. La violence du choc lui coupe le souffle. Bien malgré lui, il peut sentir les larmes lui brûler les yeux. Lentement, très lentement, il porte une main à l’arrière de son crâne endolori. Mais ses doigts ont tout juste le temps d’effleurer son occiput. L’instant d’après, c’est sur sa mâchoire que la main musculeuse du scandinave se referme, tel un puissant étau. Au prix d’un immense effort, il parvient à changer un véritable hurlement de douleur en un petit gémissement plaintif. « Ressaisis-toi sombre crétin, ce n’est guère le bon moment pour verser quelques larmes de crocodile ! » Son sang bourdonne à ses oreilles. La faute à la colère qu’il sent bouillir en lui ou à la pogne du mage qui semble agir comme un garrot ? Enfin, l’air emplit de nouveau ses poumons. Par pur réflexe, il porte une main à sa gorge. Ce faisant, il tousse, crache et suffoque. Une fraction de seconde plus tard, le voilà sous le joug d’une nouvelle menace. Le souffle court, il fixe cette lame qui, telle une imperturbable boussole, pointe le chemin de sa carotide. « Si de ta vie c’est là tout ce que tu as retenu, et ce à quoi tu aspires réellement, alors avance et empale ta gorge sur ma lame, car si tel est le cas, alors tu ne vaudras rien, tu ne vaudras jamais rien, hormis n’être qu’un mort vivant en sursis. » De son œil bleu qui soudain vire au noir, il soutient le regard du maître, dans une attitude de défi. Vas-y, qu’attends-tu, Jonas ? Tranche donc cette maudite gorge, tu ne pourrais me rendre de plus grand service ! susurre le monstre au fond de lui. Mais la consigne du mage ne saurait être plus claire : c’est à lui, et à lui seul, de décider de mettre un terme à sa souffrance, de la plus brutale des manières. Si l’envie le démange, il ne saurait y céder. La faute à cet instinct qui l’a tant de fois retenu de se jeter du haut d’un pont ou d’un immeuble. L’instinct, ce maudit instinct de survie qui demeure, malgré tout.

A plusieurs reprises, la lame vient griffer son cou. Il ferme les yeux, déglutit avec difficulté, inspire bruyamment. Au loin, le discours de son mentor lui parvient comme dans un songe. Sa mélodie l’apaise, sa régularité le rassure. Progressivement, il reprend le contrôle de lui-même. Loin de le heurter, les moqueries du mage le stimulent, l’exhortent à relever la tête et à bomber le torse pour lui prouver qu’il n’a rien d’une fillette apeurée. Quelques secondes plus tard, le voilà débarrassé du contact glacé de la lame sur sa peau. Il ouvre alors les yeux sur un étrange spectacle, celui de son maître terrassé par la douleur. « Tu n’es pas une abomination, mais tu le deviendras si tu persistes dans tes désirs les plus sombres. » D’un mouvement brusque, il détourne la tête, comme pour fuir cette vérité qu’il ne peut se résoudre à accepter. A ses pieds, une flaque d’eau lui renvoie l’image de son propre reflet, quelques traits juvéniles venus habiller une âme vieillie et usée. Pensif, il contemple ce regard azur, si semblable à celui de son frère… Tu ne seras jamais un Renzacci. Les paroles du mage résonnent à ses oreilles. « Tu as traqué un homme que tu savais coupable d’un acte répréhensible, quel qu’il soit. Pourquoi ne pas suivre cette voie-là ? Tu en as les capacités, et celles que tu ignores encore, je puis te les révéler… »

Au moment même où il ouvre la bouche, une nouvelle détonation se fait entendre. La balle fuse, tout près de son oreille, sans toutefois l’atteindre. Assourdi par le coup de feu, il se jette au sol pour s’emparer de l’arme abandonnée là quelques minutes plus tôt. Un rapide coup d’œil par-dessus son épaule lui permet de jauger ses ennemis. Les malfrats, au nombre de deux, se précipitent dans leur direction, manifestement décidés à en découdre. Petit à petit, les leçons du maître semblent faire leur chemin dans l’esprit du disciple. Cette fois-ci, il ne s’accorde guère plus d’une fraction de seconde d’hésitation avant de braquer son arme sur l’un des assaillants. Une balle, dans l’estomac, la promesse d’une lente et douloureuse agonie. Pas de répit pour les braves ! Il se hisse sur un coude, dérape sur le sol trempé. Lorsqu’il parvint enfin à se relever, le canon du revolver de son second ennemi est d’ores et déjà pointé dans sa direction. Le cœur battant, il tente de prendre la fuite. Trop tard. La douleur, fulgurante, vient transpercer sa cuisse gauche. L’instant d’après, il s’affale de tout son long dans l’eau boueuse. Son front vient heurter violemment l’asphalte. La tête presque entièrement immergée dans cette mixture nauséabonde, il reste là, immobile, pendant quelques secondes qui lui semblent être une éternité. Abruti par la douleur, il sent toute force l’abandonner. Tout à coup, il n’a plus le courage de se relever et de se battre, plus le courage de vivre. Les images défilent sous ses paupières mi-closes. Les humiliations perpétuelles du patriarche... La dureté des mots de Rafaele à son encontre... La chaleur rassurante des bras d'Azzura dont il se sent privé depuis leur retour des enfers... Oh, comme il aimerait s'y blottir de nouveau, à cet instant plus que jamais ! Plongé dans un état second, il croit percevoir les vibrations liées à quelques détonations, quelque part autour de lui. Il est sur le point de sombrer les paroles quand du scandinave lui reviennent en mémoire. Si de ta vie c’est là tout ce que tu as retenu, alors avance et empale ta gorge sur ma lame ! Soudain, la rage de vivre jaillit quelque part au fond de lui. Au prix d’un effort qui, sur le moment, lui semble surhumain, il repousse le sol boueux de ses mains. La tête hors de l’eau, il prend une gigantesque inspiration, comme la première d’une nouvelle vie.

Le second ennemi semble neutralisé depuis longtemps, probablement grâce à l’intervention du mage. D’une main tremblante, l’élève vient s’enquérir de l’état de sa jambe. Plus de peur que de mal. La balle semble n’avoir fait qu’effleurer la cuisse sans pénétrer la chair. La douleur n’en est pas moins réelle. Il tente d’étouffer un gémissement tout en plaquant ses deux mains sur la blessure sanguinolente. « Alors, c’est à ça que tu occupes ton temps depuis ton retour ? » gémit-il, les dents serrées tout en prenant quelques profondes inspirations. « Traquer des criminels pour le compte du gouvernement ?  Mettre à mort les ‘méchants’ sans autre forme de procès ? » Il souffle à plusieurs reprises avant de parvenir enfin à détacher son regard de la plaie pour le porter sur son mentor. « Te voilà juge et bourreau à la fois. Quelle belle promotion ! » siffle-t-il, sarcastique, bien décidé à mettre le mage face à ses propres incohérences. « Tu refuses de m’enseigner l’art de la mort ? Pourtant tu le pratiques, chaque jour, et je suppose que l’on te paie grassement pour ça. » Après un court instant de réflexion, le voilà qui ajoute, dans une nouvelle grimace de douleur : « La voie que tu me reproches de vouloir emprunter n’est pas si différente de la tienne, en fin de compte. Justice, vengeance… Les deux faces d’une même pièce, n'est-ce pas ? » Un sourire insolent s’étire lentement sur ses lèvres. Aussi étrange que cela puisse paraître, la souffrance ne lui fait pas perdre ses esprits. Bien au contraire, elle lui permet de garder contact avec la réalité. Alors qu’il vient tout juste de frôler la mort, il ne s’est jamais senti aussi fort. Aussi… vivant.


Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]   Ven 25 Juil - 17:27

"Alors comme ca, en fin de compte, vous êtes bien plus stupide que vous ne l'avez laissé paraître, le temps d'un court instant" pensa Jonas en entendant les balles siffler autour de lui. Sur les trois solutions qui s'offraient aux malfrats, ces derniers avaient choisi la pire des options, à savoir attaquer encore et encore, jusqu'à ce que l'ennemi tombe. Stratégiquement, pour un guerrier rompu à l'exercice, lorsqu'on se retrouvait en surnombre face à l'ennemi, cette tactique était de loin la plus logique, sans doute même la plus usitée. S'il était difficile de dénombrer combien de fois elle fut efficace dans l'histoire, dans la situation présente, les criminels abusaient de cette stratégie-là, pensant que leur nombre et les armes qu'ils avaient à dispositions pourraient suffire à déloger un jeune novice en matière de combat et un vieux roublard tout juste armé d'une épée. Ils oubliaient toutefois un détail qui avait toute son importance. Ils avaient à faire avec un mage, non avec deux mages, et si l'un des deux n'étaient pas encore au mieux de ses capacités, l'autre, avant d'être un mage, avait acquis ses galons de guerrier dès son plus jeune âge. Connaitre son ennemi semblait ne pas être dans les principes de ces abrutis, une omission qu'ils allaient payer cher, très cher

Toutefois, Jonas se devait de reconnaître que malgré le manque d'expérience et le manque d'assurance dans le dévellopement de cette stratégie par leurs assaillants,la dite tactique pourrait fort bien finir par être efficace, la blessure de Jonas à l'épaule ainsi que celle qui ornait désormais la cuisse d'Orféo étaient des preuves qu'à long terme, les choses tourneraient finalement en faveur des criminels... à moins qu'un imprévu de taille vienne à ruiner leur plans. Jonas était vieux sur le nombre d'ère que son corps avait traversé, la connexion entre son esprit et son corps était loin d'être inactive ou déficiente. "Tu as encore de beaux restes" pouvait-il se dire avec un minimum de fierté. Une inconnue bloquait encore Jonas dans sa réflexion. Elle ne concernait pas Orféo, malgré sa blessure et son manque d'adresse dans l'utilisation des armes de cette époque, à l'instar de Jonas encore dans certains domaines. Le Commissaire Politique ignorait encore combien d'hommes se trouvaient dans les galeries et surtout à quel niveau d'armes il allait être confronté. Il avait beau être un mage, un bon guerrier, efficace avec une lame et très agile avec la maitrise des illusions, comme tout être vivant, il connaissait certaines limites à ses possibilités, et celles-ci, du fait de sa blessure, avaient sans conteste perdu un peu de leur puissance.
Orféo, touchait, trouvait encore de la fougue et de la force pour agir, animé par une rage que Jonas n'ignorait pas, telle qu'il l'avait connue lui même à son plus jeune âge. S'il était une chose qui n'avait pas changé chez le jeune italien, entre maintenant et l'époque des enfers, c'était le courage, même instinctif, qui battait dans ses veines, des actes de bravoure qui impressionnaient encore Jonas, surtout dans la nouvelle configuration mentale de son jeune compagnon.

Pas de temps libre pour penser en ces lieux. Alors qu'Orféo en finissait avec son agresseur, un autre avait déjà profité de cette opportunité pour tenter une lamentable approche par derrière les deux hommes. Belle tentative sans doute, échec cuisant. Une grave erreur que celle de vouloir s'en prendre à un homme avec un couteau lorsqu'on dispose d'un fusil d'assaut de manufacture européenne efficace pendant sur sa hanche. Il ne fut pas loin de réussir son coup, car en posant sa main violemment sur l'épaule du Mage pour bloquer sa proie afin de planter la lame entre les côtes assez fort pour transpercer les poumons et le coeur, voir même briser une côte pour atteindre l'organe vital, il avait saisi l'épaule valide dont le contact servit de signal d'alarme pour le sorcier. En pivotant sur lui-même vers le côté extérieur du bras qui le maintenait, Jonas surprit son adversaire autant que la lame qui s'était élevée, emportée par la force centrifuge du mouvement. Il avisa la gorge du type, et frappa de toutes ses forces avec le fil de l'arme à l'endroit précis ou ses yeux visaient. Affutée comme un rasoir haut de gamme, la puissante lame siffla et glissa dans la peau du cou avec une aisance terrifiante, ne rencontrant aucun obstacle pour achever sa trajectoire. Glissant entre deux vertèbres, sectionnant le disque et la moëlle au passage, l'épée retrouva rapidement sa liberté de l'autre côté de la gorge, sans effusion excessive d'hémoglobine. La tête, emportée par l'inertie de l'arme valdingua sur quelques mètres en rebondissant sur le sol, libérant le sang qu'elle contenait à chaque impact, alors qu'au même instant, privé de sa commande, le corps s'écrasa au sol dans un bruit mat, teintant l'eau et la boue présentes sur le sol avec le liquide écarlate que le coeur, dans ses derniers soubresauts, tentait d'injecter au cerveau pour rétablir la connexion. Sans même ciller, Jonas enjamba le cadavre et se rapprocha d'Orféo, saisissant au passage un pan du manteau de la victime de son jeune compagnon et s'employa à essuyer le fil de l'épée devant lui, avec une maitrise et une certaine grâce dans le nettoyage.

-C'est exact, je ne puis te donner tort Orféo. Je sais tuer, et je mentirais même si je soutenais mordicus que c'est là une chose déplaisante pour moi. Je l'ai fait si souvent qu'il est fort probable que le nombre de mes victimes soit supérieur au total des années que j'ai traversé dans ce monde.

Il libéra la lame du chiffon improvisé, et à la faveur du maigre rayonnement lumineux des lieux, chercha des deux côtés de l'épée la moindre trace de sang encore visible, tournoyant la lame autour de son axe pour ne laisser aucune chance aux marques récalcitrantes de lui échapper. Avec une certaine satisfaction, il vit que son travail avait payé. "Prête pour un nouveau bain de sang ma chère... je vais devoir te trouver un nom". Il laissa son regard dériver vers Orféo qui semblait le dévisager avec un mélange de colère, d'interrogation et de reproche, quelque chose d'assez troublant, même génant quelque part.

-Nous avons une essence commune dans notre histoire mon garçon. Tout comme moi, le choix n'a pas été tien pour la vie que tu as du subir jusque là. C'est un fait. Mais là ou un choix t'es possible de changer de cap, moi j'ai poursuivi ma route, la Mort se rapprochant davantage afin de chevaucher avec moi.

Jonas prit une profonde inspiration et concentra son esprit sur un point fixe, une simple idée qu'il laissa germer lentement dans ses pensées. Oui, il était un tueur, un guerrier d'un autre temps, perdu dans une époque ou la guerre, telle qu'il l'a connu, n'avait aucune existence. "Juge et bourreau, voilà qui définit bien ce à quoi j'aspire désormais". Il laissa son esprit vagabonder dans ses idées, cherchant celle qu'il voulait mettre à profit au plus tôt, dans ces tunnels même. Après quelques secondes délicates, il vint à la localiser dans les méandres de ses synapses, coincée, prête à être cueillie comme un fruit mûr.

[Illusion]Malgré la blessure, si ses capacités s'en trouvait réduites, elles étaient encore assez puissantes pour lui permettre d'agir. Ce qu'il avait en tête était assez simple, trouver dans les égouts celui qui se prétendait être le chef de cette bande de macaques qui les assaillaient bêtement et le soustraire à ses illuminés de la gâchette. Bien plus facile à dire qu'à faire. Pourtant, il n'hésita pas une seconde à mettre en action son plan. Il fit agir son aura, perturbant les sens d'Orféo alors que celui ci tournait les yeux vers les bruits claquants qui se produisirent derrière lui. Le jeune homme était alerte, sur la défensive, mais à cet instant, l'illusion avait déjà agit. Aussi prestement qu'il put le faire, Jonas délaissa son compagnon et disparut dans les couloirs et tunnels, traquant sa proie à la manière d'un fauve en chasse, se concentrant sur son ouïe pour se guider dans les méandres de la construction d'eaux usées. Un bruit de voix ou de pas suffisait à lui permettre de se repérer. Faisant vibrer les molécules présentes dans l'air, il maintenait son aura dans sa meilleure forme, ne se faisant apparaître subtilement qu'à la faveur d'un changement de rythme dans sa démarche, ou un manque de concentration sur les effluves de sa présence.

Les premiers apparurent, non loin de lui, regroupement de trois personnes discutant entre elles, les uns tirant nerveusement sur des cigarettes, un autre faisant les cent pas pour chasser la tension du moment. Il passa devant eux, sans se faire prendre, glissant dans la fumée des cigarettes comme une ombre. L'un des fumeurs se raidit soudainement, dans la fumée se dessina, l'espace d'un instant, une silhouette presque humaine. Lorsqu'elle disparut, il observa sa roulée conique puis ricana bêtement. Jonas l'observa, attendant le moment ou l'individu se jetterait sur lui, mais comprit vite que ce dernier croyait avoir à faire avec une hallucination, un trip dû à l'ingestion des sucs psychotropes des feuilles de drogues qui parsemaient le tabac de sa cigarette. Rassuré, le mage poursuivit sa route et tourna dans un autre tunnel. Il fallait faire vite, il sentait que sa concentration devenait hasardeuse, car l'illusion commençait à trop durer, et qu'elle finirait par perdre son efficacité. Le dédale fut bref à parcourir, car comme il l'avait imaginé quelques instants plus tôt, le reste de la bande, moins les cadavres qu'il avait laissé avec Orféo, se trouvait regroupée presque en totalité à cet endroit. Un collecteur de bonne taille, ou se trouvaient douze personnes. Assises, armées, elles attendaient un ordre quelconque, donné par un chef que Jonas n'avait pas encore identifié. Il avait besoin de temps, besoin de force pour maintenir encore son pouvoir actif, rester comme invisible à la vue des macaques. Seule leur vue était impactée, et dans la grâce de sa reflexion, il avait pris soin de ne pas allumer de cigare pour faire son parcours, l'odeur aurait été trop facile à déceler, et quant à la fumée... Inutile de se forcer sur son ouïe, il fallait concentrer toute sa capacité sur l'aura. Il le fit, sans ciller, se rendant presque sourd à ce qui l'entourait. Il ne voyait plus que des lèvres bouger, des glottes vibrer dans leur gorge, il guettait, à l'affût, le moindre signe évident que tel ou tel individu serait nécessairement le chef ou son équivalent inférieur. Sans difficulté aucune. Il était là, il apparut des profondeurs du collecteur avec son fusil d'assaut presque neuf, débraillé tel un sans domicile mais avec la mine patibulaire d'un psychopathe raté.

Etait-ce vraiment le chef? Peut être que oui, peut-être que non, mais les hommes l'écoutaient sans rechigner. il représentait donc une autorité, c'était donc une cible évidente pour le sorcier. Maintenant, il fallait soustraire la proie a ses semblables comme si elle était emportée par un courant d'air véloce...Il suffisait de peu de chose, se rapprocher, créer une diversion et repartir avec l'homme à peine conscient. Il se releva alors, franchit la distance qui le séparait de la créature à retirer du troupeau et lança ce chargeur qu'il avait pris sur une caisse au passage. Le magasin rempli percuta les bords opposés du collecteur et aussitôt, douze têtes se tournèrent vers lui, certaines encore assises, d'autres debout, arme levée. Invisible pour les nababs, la crosse du pistolet de Jonas fendit l'air et percuta le crâne de sa victime, à quelques centimètres au-dessus de la nuque, un geste précis et puissant qui fit vaciller le corps presque inerte. La soustraction fut brutale, peu discrète mais efficace. Forçant tant qu'il put sur la biochimie de l'air, il fit disparaître le corps de la vue des autres, mais les bruits de son intervention les interpellèrent. La débandade commença, les cris, et les macaques, à l'image de cette métaphore grotesque, partirent dans tous les sens afin de retrouver leur leader. Jonas n'avait pas bronché, et s'était seulement accolé à la paroi afin de ne pas offrir une quelconque partie de son corps au contact des hommes. Vociférants comme une nuée de corbeaux affamés, les malfrats investirent tous les tunnels alentours, laissant une fine parcelle de chance de succès à Jonas qui entreprit le chemin du retour, lentement, très lentement, avec ce fardeau qui était désormais le sien.

Ravagés par les effets du THC, les deux plantins intoxiqués offrirent une porte ouverte démesurément grande pour le mage qui passa à nouveau devant eux. L'hallucination revint, mais le rire non. Titubant, le regard vague, l'un des deux hommes tenta d'agripper cette silhouette devant lui, dans la fumée. La main se referma sur quelque chose, un bras ou une cuisse, mais pas celle du mage. Sans le savoir, l'individu, intoxiqué, avait eu plus de chance que le reste de ses compagnons pour retrouver son chef, mais la vigueur de Jonas eut raison de lui. Assuré d'une victoire aisée contre deux abrutis sous psychotropes, il laissa outre son aura, rétablissant les sens des malheureux, trop perturbés pour voir que l'homme qui se tenait devant eux, miraculeusement apparu, n'avait pas les mains vides. La double détonation résonna dans les tunnels et les deux corps s'effondrèrent de part et d'autre de la voute, tous deux atteints au-dessus du thorax par les balles de gros calibres.
[/illusion]

La masse de la proie s'écrasa dans la boue juste à côté d'Orféo, suivit rapidement par Jonas qui se réceptionna à côté d'elle, après avoir jailli d'un tunnel de déversement situé en hauteur. Le saut n'était pas haut, mais la fatigue était encore pesante après un long effort pour concentrer l'illusion. Il se redressa avec une certaine peine, puis vint récupérer sa canne qu'il avait subtilement posé contre une pilasse de béton avant de disparaitre. En se maintenant debout avec sa canne, il se pencha pour retourner le malfrat afin qu'Orféo puisse le voir

-Cet homme pourrait être leur chef. Pour ta gouverne, sache qu'ils sont désormais plus que douze dans ces tunnels, armés, comme les autres. Mais ils n'ont sans doute plus de chef pour les diriger.

Jonas tira son arme de son holster et la tendit à Orféo. L'odeur de poudre brûlée était encore perceptible, et dans sa main, le mage sentait encore la légère chaleur dégagée par le canon

-Tu traquais l'un des siens, comme si tu le traquais lui. En tant que commanditaire du crime perpétré par son acolyte et dont tu as été le témoin, il au moins autant coupable que celui que tu poursuivais. Te voilà juge, avec un coupable, ainsi qu'un moyen de sentence mis à ta disposition. Que vas tu donc faire à présent?
Revenir en haut Aller en bas
 

They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» They say that I must learn to kill before I can feel safe… [Jonas]
» BunnyKill 5.1
» Nono Kill - La grande boucherie
» If you're not afraid of me, why do not you kill me? [Ft Timothy]
» Amiante ♔ King of kill. [Finish.]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
CONSIGN TO OBLIVION .} :: The Fifth Chapter :: Memories-