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 You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]

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MessageSujet: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Mer 18 Juin - 0:36





L’argent était un puissant moteur. Un bon moyen pour obtenir ce que l’on souhaitait et plus les billets tombaient et plus il était facile d’accéder à ses désirs. Finalement cela n’excluait pas de retrouver Bastien. Il était une illusion dans la faune de la Nouvelle Orléans, n’entachant pas cette réputation qu’il avait d’être insaisissable. Une ombre parmi les ombres. Tant d’énergie avait-elle été gaspillée pour se prémunir d’elle ? Abigaëlle n’osait songer au dégoût que cette pensée provoquait en elle. A un moment dans leur histoire elle s’était leurrée en pensant que Bastien la pardonnerait par le simple fait qu’il l’aimait. Elle avait pourtant elle-même observé les limites des sentiments pour son bourreau. Les éclats déraisonnés de sa voix lui revenait parfois par brides et elle peinait à croire qu’elle avait pu être la source de toute souffrance pour lui, en même temps qu’il lui était impossible de se mentir. Elle était brisée, comme un mécanisme qui ne tournait plus rond. Et la seule réponse qu’elle avait pour palier à sa souffrance, c’était d’avantage de heurts et de douleur à tel point qu’il lui semblait qu’il ne lui restait qu’un chemin sur lequel s’engager. Le bâtiment dans lequel il vivait était d’une banale normalité. Il ne laissait ni de bonne, ni de mauvaise impression et c’était quelque chose de récurrent chez le métamorphe. Il savait se faire oublier, comme s’il troquait sa peau contre celle d’un individu de moindre importance. Mais elle, n’avait jamais vraiment pu se soustraire à son magnétisme animal. C’était son regard sans doute, qui l’avait d’abord conquise, puis cette voix puissante et rocailleuse qui cherchait à l’apaiser. Elle avait toujours su ce qui se cachait sous cette façade lisse et sans accroche qu’il offrait parfois. Voleur il l’était bien.

Il avait crocheté suffisamment de serrures sous son regard pour qu’elle puisse reproduire ses gestes par mimétisme bien que maladroite. Elle retenait son souffle, s’attendant à tout instant qu’un bruit n’attire son attention et qu’il s’envole. S’il se savait découvert il ne reviendrait jamais là et elle avait besoin de le voir au moins une dernière fois. Il y avait un manque en elle, une douleur qui refusait de se taire depuis qu’il était parti. Depuis que tu l’as fait partir, lui rappela sa conscience, lui arrachant une grimace alors que la porte cédait enfin et quelle se glissait dans son entrebâillement. La vision de l’intérieur lui arracha l’écho d’un sourire triste. Il laissait partout cette sensation fantôme, même dans l’appartement où il vivait. Il n’y avait rien ici qui laissait deviner qui était Bastien. Il fallait le connaître pour savoir que le désordre était le reflet chaotique de ses pensées. Elle avait usé de cette faiblesse pour le tenir sous sa coupe mais c’était aussi ce qui l’avait charmée au départ, cette absence de prétention.

Elle avançait dans l’espace et imposait sa présence dans un lieu qui ne l’attendait pas, promenant son regard doucement sur les meubles de mauvaise facture, les emballages de nourriture abandonnés et les vêtements laissés en boule. Elle s’imprégnait de ce qui semblait composer sa routine sans elle. Elle ne distinguait rien qui dénotait d’une présence féminine et cela la rassura. Elle ne voulait pas avoir à se battre contre une autre femme, elle doutait trop de sa valeur pour demeurer à ses côtés aujourd’hui. Trop de choses brisées, trop de choses mises de côté et laissées au silence. Se penchant, elle retira ses chaussures, sentant la caresse du bois sous la plante de ses pieds. Ses doigts se promenèrent sur les meubles, les caressant presque et elle agrippa une chemise dans laquelle elle enfouit son visage. Comme une claque en plein visage, son odeur la ramena en France. Vision fugitive des muscles de son dos roulant sous sa peau alors qu’il faisait sauter des crêpes pour le petit déjeuner, lui ayant abandonné son vêtement.

La chambre était dans le même désordre apocalyptique. Et dans l’enchevêtrement de draps elle voyait un pied émerger au bout du lit, et un bras pendre dans le vide alors qu’il dormait sur le ventre. Sa respiration lourde lui indiquait qu’il dormait toujours et elle s’enhardi à s’approcher un peu plus pour le regarder dormir. Elle se sentit déchirée par l’envie de le toucher et elle s’assit dans un premier temps au bord du lit en essayant de ne pas lui faire accuser le coup de son poids. Puis elle tendit la main pour libérer son visage d’une mèche de cheveux avant de laisser glisser ses doigts le long de son échine. Invariablement, elle ressentait le lien qu’elle possédait avec le métamorphe tanguer. Si elle en avait eu le cran, et si elle s’en était sentit le droit, elle aurait cherché la chaleur de son corps pour sombrer avec lui dans le sommeil, protégée par sa présence.

« Bastien… » Souffla-t-elle, promenant ses doigts sur la ligne de sa nuque, de son épaule et descendant le long de ses bras pour en redessiner la musculature, brûlant qu’il la saisisse dans ses bras pour ne plus la laisser s’échapper.
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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Mer 18 Juin - 1:46

On finit toujours par traîner ce sentiment qu’il dure une seconde, une heure ou un jour, il se manifeste toujours. Il se déploie comme un sentiment négligé et trop souvent enfoui. Il se contente d’une odeur, d’un sourire, d’un spasme aortique et il est là, brûlant à vif la poitrine de son porteur. Le crépuscule cueillait encore son regard quand ce mal l’avait surpris. Nous pourrions lui attribuer plus d’un nom car comme tout concept, on le dilue dans l’air avec différents degrés, différentes appellations. On peut le décrire dans ce cas précis comme un arrière-goût de lassitude, d’indomptable non-sens à une existence vide. Vide comme son appartement dont seul le bruit de la porte pouvait encore rivaliser avec le néant intérieur. Vide comme les placards qu’il ouvrit et referma aussi vite. Vide comme ce regard qui le toisait dans le miroir ce soir-là. Vide comme ce lit qu’il s’apprêtait à rejoindre. L’oiseau ne se caractérisait certainement pas par une vaillance à toute épreuve ou un optimisme délirant. Mais pourtant, ses phases de déroute ne se multipliaient pas autant que ses maladresses en tout genre. S’il tenait férocement à son indépendance, il n’en appréciait pas à sa juste valeur la solitude qui la talonnait. De bien des façons, il se demandait parfois qu’elles étaient véritablement les réelles entraves. Qu’est-ce que la liberté de toute façon ? Il vous répondrait très certainement que le seul terrain qui peut endosser ce terme, reste le ciel, ses nuages et son absence de détracteurs humains. Mais n’était-ce pas déplacé de juger qu’il grappillait pleinement son affranchissement en étant condamné finalement à cette forme animale qu’il n’avait pas désirée ou choisie ? N’était-ce pas censé être une malédiction ? Le français pouvait s’adonner à ses migraines quotidiennes issues de dilemmes internes mais parmi l’une des rares constantes qui ne martelait pas sa conscience, celle d’aimer sa nature. Jamais il n’avait pris le parti de maudire sa part animale, jamais il n’avait regretté qu’Abigaëlle le sauve de cette façon, jamais il n’était même pas parvenu à détester ce lien inéluctable qui le nouait à sa créatrice. Jamais - une consonance bien tranchée pour un être qui se prête aux jeux de possibles constamment. Toujours dans la contradiction. Toujours.

Bastien déplaça une pile de vêtements du lit à la chaise avant de se laisser tomber sur le matelas, indifférent au craquement inquiétant de cette literie bon marché qui laissait présager une retraite déjà bien trop retardée. Une main sur le visage, une autre derrière sa nuque, paupières closes, il se mit à penser à la journée écoulée, à celle qui suivrait, à ce temps qui se dilue entre action et absence de façon désordonnée. Son choix de vie ne lui plaisait-il pas ? L’imprévu, les idéaux et cette impression d’être partout et nulle part à la fois. D’être hors de portée. Ne faisait-il pas au fond qu’être constamment en fuite ? De ce qu’il avait été et de ce qu’il pourrait être. On pourrait même pousser le vice jusqu’à affirmer qu’il cherchait à semer ce qu’il était actuellement. A force de vouloir devenir transparent, il était qui au juste ? Voleur déterminé à rééquilibrer les richesses ? Quelle entreprise aussi louable que futile et irréalisable. Le jeune homme se tourna à droite, revint à gauche et finit par se recroqueviller à moitié sous les draps. Il ne compta pas les moutons, il ne récita pas un long poème jusqu’à trouver le sommeil. Il l’attendit simplement, enfermé dans ses couvertures avec sa tonne de démons.

Le changeur rêvait, des empiècements de décors, de scènes qui n’avaient ni queue, ni tête. Une forêt, un champ, un feu quelque part, du sable et puis, sa chambre plongée dans la pénombre. Une silhouette lui obstruait la vue et il l’attribua davantage à un meuble encombrant qu’à une personne avant que ses lèvres ne remuent. Ses paupières semblaient tellement lourdes qu’elles se replièrent quelques fois, fatigué dans sa propre perdition nocturne – quelle ironie. La caresse de l’inconnue lui arracha un long frisson qui secoua son corps excessivement engourdi. Son regard oscilla du contour qu’il discernait vaguement aux traits de la personne se tenant près de lui. Il ne lui fallut pas plus de deux secondes pour finalement l’identifier. Les ombres grignotaient sa peau diaphane, la beauté d’une tragédie voilée par l’obscurité et happée par quelques halos lumineux qui cajolaient au hasard des courbes de son visage pour en souligner l’impertinent esthétisme. L’émeraude de ses yeux se heurta aux océans embrumés des siens et pendant un instant, il crut avoir retrouvé sa ligne d’horizon, cette paix quasi-chimérique après laquelle il courrait sans même en prendre conscience. Son prénom occupait péniblement ses pensées à tel point que le prononcer en était devenu douloureux. C’était pour cette raison qu’en bon lâche, il ne s’arrêta qu’à son diminutif. « Abi ? » Le son enroué lui donna l’impression d’émerger d’un autre endroit, d’une autre gorge, d’ailleurs. Mais c’était un rêve après tout, pourquoi s’attarder sur l’illogisme évident ? Pas de craintes dans son timbre, pas de tourmente dans ses prunelles, il avança lentement sa paume jusqu’à la joue de son ancienne amante en un geste naturel, instinctif et irréfléchi. Il dormait de toute façon alors, il ne maîtrisait pas grand-chose.

Quand ses doigts effleurèrent la peau de la jeune femme, son brouillard mit lentement les voiles, il s’écarta au profit d’une réalité – la vraie réalité. Tangible, ce contact le sortit de sa somnolence évidente. Son rythme cardiaque s’emballa à ce constat le ramenant à ici, maintenant. Enchevêtrements d’émotions diverses, trop fortes pour un seul homme à tel point qu’il s’étrangla à moitié. Ses sens se ranimèrent dans une seule et même onde. Il pouvait la sentir. Elle était là. Elle était réelle. Aussi réelle que cette odeur familière qui lui lacérait autant les poumons que toute sa tranquillité relative. Sa sérénité se brisa en mille morceaux tandis qu’il reculait déjà brusquement, fébrile. Les draps pour remparts, il s’exila de l’autre côté du lit comme si la moindre distance avait son importance désormais. Chaque tracé qu’elle avait effectué du bout des doigts, avait laissé, semblait-il, une marque indélébile sur lui. Douceur, chaleur, un poison qui suscitait chez lui un manque terrifiant. Pourquoi ne pouvait-il pas courir en sens inverse ? Les couvertures ondulaient entre eux, ils se contemplaient depuis deux rivages différents. Tétanisé et ébahi, le souffle déjà manquant, il la fixa depuis son côté. Comment l’avait-elle retrouvé ? Incapable de remuer, incapable même de respirer sans être hypnotisé par cet arôme qui le blessait et le guérissait de façon systématique, sa langue réussit à se dénouer ultimement pour mimer un « comment… » qui se cassa dès les premières notes. Il avait peur. D’elle ? Surtout de lui et encore plus d’eux. Ensemble. Ici.

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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Mar 24 Juin - 11:37



Comme une caresse chaude, la voix de Bastien la cueillit comme rien et son surnom roulant sur sa langue lui fit l’effet d’avoir retrouvé un semblant de paix après lequel elle n’avait cessé de courir. Elle le voyait lutter avec les brumes du sommeil et Abigaëlle avait envie de le cajoler comme rarement elle s’était autorisée à le faire. Le contact de sa paume contre sa joue eut presque raison des failles du masque qu’elle s’obstinait à porter en toutes occasions. Sa peau était chaude et douce contre sa joue et elle se laissa aller à son contact, le cherchant d’avantage pour s’y fondre avant qu’il ne lui soit brusquement arraché, la laissant hagarde et blessée. Il n’y avait pas besoin d’être devin pour deviner les sentiments peints sur le visage du français et elle sentit sa faute peser plus lourdement sur ses épaules. Dans un de ses rares accès de clairvoyance, elle voyait combien le métamorphe lui était devenu essentiel et combien elle l’avait maltraité malgré elle. Malgré elle… Elle forçait le mot à son esprit mais en ressentait une vague de honte. Elle savait qu’elle avait fait des choix délibérés, mais face à la panique de son ancien amant, il était facile de se consoler de nécessités et obligations plutôt que de se dire qu’elle avait trop peur des autres pour accorder pleinement sa confiance. Elle était trop échaudée par un passé tumultueux. Les draps tendus comme une barrière entre eux, la distance se creusant sous l’ondulation de l’étoffe, elle se dit qu’elle avait confondu ses désirs avec ce qu’il était possible d’obtenir. Alors avec calme, elle se redressa du bord du lit où elle s’était assise, pour lui tourner le dos pendant qu’elle débarrassait la chaise du linge qui y avait été abandonné. Elle profita de cet instant où elle ne lui faisait pas face, pour essuyer la larme qui glissait sur sa joue et qui ne ferait sans doute qu’augmenter la confusion de Bastien. Avait-elle déjà osé lui montrer des signes de remords ? Elle n’en était pas certaine.

« C’est toi qui m’a montré comment on crochète des serrures. » Lui et ses talents de petit roublard. Elle se rendait compte qu’il avait pris son cœur de la même façon, furtivement et sans qu’elle ne daigne s’en rendre compte. Et elle ne l’avait pas su lors de sa fuite, mais bien avant lorsqu’elle avait lancé une machine qu’elle avait voulu aussitôt stopper. L’accident. Sa vie entre ses mains. Elle avait détesté ce sentiment de toute puissance et une flèche amère s’était plantée en elle lorsqu’il l’avait remercié de l’avoir sauvé. Elle avait ensuite balayé le malaise comme rien. Du moins elle le croyait, car ses cauchemars étaient là pour lui rappeler qu’elle n’avait pas la conscience tranquille.

Elle s’assit sur la chaise, essayant de se faire la plus petite possible, ou au mieux la moins menaçante. Elle sortit d’un étui une cigarette, qu’elle laissa rouler entre ses doigts sans se décider à l’allumer. Il se doutait sûrement de la façon dont elle était entrée, ce qu’il voulait connaître c’était comment elle avait réussi à réduire à néant ses efforts pour la fuir. Bien sûr rester invisible était sa spécialité, mais depuis qu’elle avait fait de lui un métamorphe il y avait quelque chose de noué entre eux qu’il n’était pas possible de nier. Même arraché, il se manifestait sous la forme d’un élancement douloureux sous les côtes. Un rappel constant de ce qui avait été mais n’était plus.

« Te retrouver a été nettement plus difficile, Bastien. Les gens sont au final très peu coopératif quand il n’est pas question d’argent. Il m’a fallu du temps pour réunir les sommes nécessaires et te coller un détective aux basques. J’avais besoin de savoir où tu te trouvais. » Elle avait eu peur un instant qu’il ne soit retourné en France. Il lui aurait alors fallu faire un choix entre ses envies et ce qu’elle estimait être son devoir. Et il y avait si longtemps qu’elle s’acharnait à s’oublier dans son désir de vengeance qu’elle craignait de réveiller d’autres choses. Tenant la cigarette entre son index et son majeur, elle effleura sa lèvre inférieure du pouce, son regard se perdant dans le vague, vers un futur supposé et chimérique. Elle se glissa dans le réconfort des sentiments que cela faisait naître l’espace de quelques secondes, avant de s’en détacher. « J’avais besoin de savoir comment tu allais. » Avoua-t-elle difficilement. Sa gorge se serrait mais elle parvenait à maintenir le ton dans sa voix.

Elle alluma enfin la cigarette, son attention focalisée sur ses gestes, sur le bout incandescent de la tige. Rejetant la tête en arrière, elle souffla la fumée avant que son regard ne revienne sur Bastien. « Tu aurais pu dire au revoir au moins. Je t’aurais laissé partir si c’était ce que tu voulais.» Mais même elle, elle n’arrivait pas à croire le mensonge qui venait de franchir ses lèvres.
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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Mer 25 Juin - 0:28

C’était une vieille mélodie, un peu érodée par la tristesse, un peu endommagée par l’absence. Un refrain qui ne s’écoutait qu’avec les yeux. Chacun de ses gestes racontait une histoire silencieuse, des nuits aussi noires que tendres. Douce blessure qu’elle ravivait dans sa poitrine. De la poésie muette dans sa posture, dans ses mouvements, dans sa façon de contenir ce chagrin qu’il pouvait palper depuis son pan de la pièce. Morosité feinte ? Comment pouvait-il déterminer les fugaces émotions qui circulaient sur ses traits ? A force d’apposer des masques, il ignorait jusqu’à la vraie couleur des ecchymoses passées qu’elle camouflait avec une volonté dépassant l’entendement. Abigaëlle demeurait ce mystère irrésolu. Une énigme inlassable qui avait suscité sa curiosité, capturé son attention et dérobé son énergie. Beaucoup de moyens déployés – tous ce qu’il avait en sa possession, pour la déchiffrer mais jamais, elle n’avait daigné semer des indices. A moins qu’il ne fût trop aveuglé pour les collecter ? Peu importait finalement. Le résultat reposait sur sa joue mais pour l’instant, le métamorphe n’y prêta pas la moindre pensée. Les siennes étaient braquées sur cette fascinante gestuelle alors que quelque part, dans sa cage thoracique, son cœur avait oublié à quelle rythmique se ranger. Ses pulsations cardiaques s’acharnaient à lui faire comprendre la gravité du moment autant qu’à lui restituer la beauté de l’émotion. Panique, adrénaline mais il serait mentir que d’omettre les autres composantes. La jeune femme réveillait en lui des sentiments bien trop robustes pour être ignoré. Pour avoir embrassé cette bouche, pour avoir partagé ses bras, s’être endormi dans ses draps, avoir essuyé ses larmes. Un lien solide, celui d’un ami, celui d’un amant mais pire que cela, celui d’une créature à la dette éternelle. Allégeance aphasique qui circulait sans mal entre eux et forçait finalement le changeur à ne pas faire le moindre pas vers la fenêtre.

Son regard suivit la courbe qu’observa ses vêtements pour remonter à celle de son poignet, jusqu’à son épaule, sa nuque et enfin ses prunelles. Long et périlleux voyage qui lui arrachait quelques réminiscences douloureuses, lointaines. Toujours contemplatif, toujours choqué de la voir dans ce cadre qui l’insultait par sa médiocrité, il ne remuait pas. Il négligeait même sa respiration et par plusieurs fois, il manqua de peu de suffoquer. Faible ? Soumis ? D’autres vous diront que c’était plus compliqué que ça. Et sûrement que ça l’arrangeait personnellement de voir les choses sous cet angle. Qu’est-ce qui était simple dans cette relation ? Très certainement, sa façon de courber l’échine et de répondre à ses désirs jusqu’à en taire les siens. Vivre pour elle ? La belle affaire. Il y avait trouvé son compte lui aussi. Bastien posa un pied à terre, garda une jambe sur le matelas. La symbolique ne lui échappait pas. La première salve de mots qu’elle lui fournit, le fit fermer les paupières - appréciant à contre cœur, la justesse de son timbre. Une voix qui occultait le temps s’il ne cherchait à en saisir la sémantique. Bien entendu, il n’avait jamais voulu trouver la technique employée pour pénétrer par effraction. Il en existait un millier et ça, il s’en fichait. Cet appartement ne renfermait rien, ni biens matériels, ni âme. Celle qu’il croyait encore posséder – il fallait l’espérer du moins, se fissura quand le spectacle repris. Elle s’assit, concédant à la chambre toujours plus de valeur artistique. Celle-là ne pouvait avoir de prix que celui d’un sentiment violent qui consumait celui ne pouvant se déloger des couvertures pour la retrouver. Hypocrite avec lui, c’était une chose. Avec elle, c’en était une autre.

La cigarette épousa sa bouche avec une insolente perfection qui aurait pu le rendre jaloux. Toujours aphone, il ne délivrait ses songes que par expressions décomposées et confuses. La réponse s’échappa de sa gorge comme une évidence qui ne résolvait rien. Elle l’avait trouvé. Le moyen ne changeait rien. Fierté déplacée ? Vieille angoisse d’être incompétent et traçable. C’était donc le cas. Rien, rien ne se tortilla dans son larynx, il était incapable de fournir le moindre son. Même la détresse ne parvenait à se déclarer. Et pourtant. Pourtant quand elle délia le motif plus ou moins réel de cette visite, le français crut perdre là ses derniers remparts de contenance. Etincelle, odeur de nicotine qui engendra sa propre dépendance à la cigarette, il en chercha une du bout des cils. Pas à proximité. Dommage. Elle vola à nouveau sa concentration et sa remarque lui déroba un long frisson. Honte, peur, il ne parvenait plus à démêler l’un de l’autre. L’entité formée par ces concepts, le fit baisser les yeux. Il fixa ses mains si impuissantes, si fébriles. Il les serra alors en deux poings pour se donner une ultime illusion de contrôle. Mais plus rien n’en avait. Elle l’avait retrouvé. Maintenant que sa vision n’enterrait plus son jugement, ses intonations purent émerger « C’est toi… »  Il laissa ses ongles s’enfoncer dans sa peau. « C’est toi qui m’a dit au revoir… Ce soir-là… Tu es partie… Tu n’étais plus toi-même quand tu as… »  Il voila sa vue de ses paupières pour digérer le souvenir de cette bouteille tranchant son épiderme. Pas de colère dans le ton, juste une énorme inconstance dans la stabilité. « Tu es partie pour devenir quelqu’un d’autre. » Le voleur redressa légèrement sa nuque, sa gorge tellement serrée qu’il en avait mal. « Qu’est-ce que tu es venue chercher ici ? » Interrogation légitime bien que rhétorique. Il parvint à caler son second pied près du premier, tournant le dos à sa comparse le temps de se redresser péniblement. Sa main s’agrippa à la commode proche comme pour soutenir ce corps qui ne savait plus à qui appartenir. « Abigaëlle… Tu es venue me chercher ? »  Un semblant d’espoir masqué par une lourde crainte. Il se mit à contempler la lune à travers sa vitre mais le reflet de la sorcière s’accordait le luxe de rendre tout autre détail, secondaire. Bastien se retourna lentement vers elle et fut soudainement frappé  par les teintes qui encadraient avec aisance son visage. Il ignorait pourquoi mais sa langue traça toute seule quelques syllabes « Tes cheveux… » Un simple murmure, une simple constatation. Ridicule. Ridiculement attendri.

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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Lun 30 Juin - 12:27




A chaque inspiration lourde, Abigaëlle se gorgeait un peu plus de l’essence de Bastien. Ses prunelles buvaient les détails anodins de son quotidien comme des trésors. Elle s’attendrissait sur la couleur d’une étoffe qui mettait en valeur sa carnation, puis tiquait sur l’amoncellement de plats à emporter de bas étage. Bastien avait encore l’âme d’un jeune adolescent parfois, volubile et inconsistant et pourtant elle savait qu’il était également le roc contre lequel elle avait trouvé refuge puis s’était échouée et brisée. Cela ne faisait pas parti de ses plans d’être amoureuse et elle essayait de nier ses sentiments avec toutes les fibres de son corps. Non parce qu’elle n’aimait pas la sensation mais que cela finirait invariablement par la rendre faible, ou pire la détourner de ses objectifs. Or rien ne pouvait être plus important que cela. Elle-même n’était qu’un instrument de cette vengeance. Si elle se perdait en route, si elle y donnait sa vie, elle n’y voyait pas de dommages. Pour Bastien en revanche…

« Je n’ai jamais été personne Bastien. Rien de mieux que… » Elle secoua la tête, brusquement effrayée par les mots qui avaient faillis franchir ses lèvres. Une fille, une sœur, une femme… Elle n’avait jamais su rester tout cela. Sorcière, voilà ce qu’elle était. Et soudain la vision d’une vieille aigrie à la peau purulente lui sembla tout à propos. Il ne lui manquait que le balai. Elle avait le seul avantage que ce qu’elle était réellement ne transparaisse pas sur son visage. Elle observa sa silhouette se dresser dans la chambre. Elle ne savait pas pourquoi elle tenait toujours à le garder plus petit dans son esprit mais elle ne savait que trop bien la force de ses bras. Il était debout et d’un coup tout le reste s’évanouissait, comme s’il brouillait l’espace de sa simple présence. Elle se savait folle. Folle de lui. Folle tout court. Il l’accusa et il avait raison. C’était elle. Elle qui avait étendu une ombre funeste au-dessus de leur tête alors que le français lui avait apporté bien plus. Elle se mordit l’intérieur de la joue, puis aspira avidement un peu plus de fumée comme si cela allait atténuer le sentiment de vide qui l’étreignait. Elle n’avait qu’une mémoire partielle de cette nuit. Ce qui restait constant dans ses pensées c’était sa fureur. Une rage qui était allée jusqu’à l’étouffer. Le reste n’était plus que mirage.

Elle inclina son visage, pour ne plus le voir tout à fait. La lumière frappait cruellement sa figure et le rendait diablement attractif. Il avait changé pendant ces quelques mois. Il avait troqué ses derniers traits de poupon un peu joufflu pour ceux d’un homme. Lui qui s’échinait à vouloir demeurer transparent se rendait-il compte à quel point cela deviendrait difficile ? Elle voyait clair dans l’homme qu’il était supposé devenir et il était évident qu’il serait préférable qu’elle n’y air rien à voir. Elle lui avait simplement donné des ailes, à lui de s’en servir.

« Je voulais savoir que tout allait bien pour toi Bastien. » Se força-t-elle à dire en même temps qu’elle essayait de s’en convaincre. « Après tout c’est moi qui t’ai traîné jusqu’ici. Peut-être que la France te manque… » Dit-elle en voulant esquisser un sourire avant de sursauter en l’entendant murmurer. Elle avait oublié, ce masque laissé derrière elle.  « Ah oui… » Ses doigts effleurèrent ses boucles feu et sa bouche se froissa en une moue angoissée. « J’ai décidé qu’il fallait que j’arrête de me cacher. » Elle releva en regard inquiet sur le français. « Tu aimes ? » Lui demanda-t-elle avant de rire doucement de sa bêtise. Quelle différence cela pouvait-il bien faire maintenant ? « Tu y crois toi à quel point je peux être ridicule ? » Ricanant toujours avec amertume, elle passa une main sur son front pour essayer de retrouver sa contenance. Difficile, elle se sentait inappropriée ici. Elle remarquait une chose, que son influence était absente en ces murs et que ce n’était pas pour un mal. Se levant, elle louvoya entre les objets épars au sol, sur la pointe des pieds, réduisant la distance que Bastien s’échinait à conserver. Elle se planta devant lui, le scrutant avec avidité malgré l’obscurité latente de la pièce. Elle avait besoin de graver ses traits dans sa mémoire une bonne fois pour toute. Dis-moi que tu vas bien Bastien… Les mots se figèrent sur ses lèvres alors que doucement elle portait la main qui tenait toujours la cigarette à la joue du métamorphe, traçant de l’ongle de son pouce la marque sur sa pommette. « C’est moi qui… » Elle fronça les sourcils, sa bouche s’entrouvrant sous le coup de l’émotion. Quelque chose dans son regard se glaça et elle crut que ses jambes allaient se dérober sous elle. Elle se rattrapa, tremblante, appuyant sa paume contre son torse, cherchant son souffle. L’évitement, elle l’avait pratiqué avec art jusqu’à présent, et obstination. Mais il était difficile de faire face à une faute si évidente.

« C’est moi que je suis venue chercher Bastien… » Souffla-t-elle alors que cette fois elle ne pouvait plus lutter contre les larmes qui baignaient ses paupières. Elle s’abandonna quelques temps à sa détresse, et sans doute à un rare moment de lucidité depuis des années. Bastien était pour elle le dernier rempart pour le maintien de sa lucidité. Elle avait besoin de lui plus qu’elle n’était prête à l’admettre. Mais pouvait-elle lui infliger une telle chose encore ? Elle était sur le point de lui demander de la prendre dans ses bras, rien qu’une dernière fois mais elle s’éloigna brusquement. Lui tournant le dos, elle fit le chemin inverse, se penchant pour récupérer ses talons. « Oublie ça. Je n’aurais jamais dû venir c’est évident. »


Dernière édition par Abigaëlle Hawke le Ven 4 Juil - 11:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Lun 30 Juin - 22:31

La peine qu’il croyait avoir maîtrisé, se complaisait en cet instant de cette distance dans les mots, dans les gestes. Pourtant, elle n’occupait pas tout le terrain. Quand ses yeux s’accrochaient aux siens, les mètres s’abolissaient et le temps semblait se dissoudre. Une étroite proximité qu’il ne partageait qu’avec elle, de cette seule façon. Il ne pouvait peut-être pas délier le jeu de teintes qui s’acharnait dans son regard depuis sa position mais cela n’intervenait pas dans cet échange muet. Tout ce que son corps tentait de s’imposer – réserve, limites, se décomposait dans ses prunelles. Seule parcelle de son être qui n’abritait ni mensonge, ni façade. Sa vulnérabilité s’y extasiait sans grandes difficultés et plus, il s’y élançait, plus, il se consumait dans sa réplique de l’autre côté de la pièce. Abigaëlle laissait échapper un peu de sa faiblesse. Et chaque pan de cette dernière nouait sa poitrine inexorablement jusqu’à ses limites. Cet assemblage de cordage lui tenant lieu d’artères, arrivait peu à peu à leur point de rupture. Il aurait suffi d’un soupir pour que toute cette tension se relâche, se brise. Bastien supportait, à peine, cet air qui calcinait sa gorge à chaque passage. Toute cet espace pour se noyer dans les regrets. Sa phrase inachevée se dissocia en une nuée de points à jamais infinis. Toujours autant de questions pour brûler ses lèvres, toujours autant de retenue dans son besoin de la comprendre et toujours autant de combats dans leurs têtes. Le sien fût de ne pas la contredire. Debout, il avait espéré retrouver un semblant de stabilité mais sa résistance faiblissait d’autant plus, maintenant qu’il pouvait enjamber les océans les séparant. Non. Quel imbécile reviendrait sur ses décisions en moins de dix minutes à la première apparition ? Le français la dévisagea longuement après que son timbre ait caressé la nuit. Ses justifications lui laissèrent un goût amer d’incohérence totale. Ne devait-il pas se pencher sur la question ? Ne pouvait-il pas simplement lui répondre qu’en effet, tout allait bien comme elle le souhaitait soi-disant tant ? Non. Le volatile était affreusement incompétent dans ce domaine. La duper reviendrait à se trahir.

Ensuite, la distraction lui épargna sa remise en question. Attention volage. Les doigts de la rouquine vinrent effleurer l’objet de la discussion avec une grâce honteusement captivante. Il aurait pu rester là des heures à l’observer simplement. Il lui arrivait autrefois de se prêter à ce jeu. S’émerveiller de sa seule présence l’avait rendu bien plus vivant que toute activité illicite exercée.  Mais pouvait-il à ce point oublié le contraste ? Les abus et le chantage qui ternissaient leur quotidien. Passer au-dessus des zones d’ombre, jongler avec l’espoir d’un mieux et d'un optimisme abrutissant.  Il lui avait pardonné une centaine de fois car comme en cet instant de fascination, il pouvait percevoir cette somme de cris qu’elle retenait derrière chaque sourire étudié. Elle éludait ses chagrins à sa façon et il avait toujours cru qu'il réussirait, un jour, à les atténuer. Quelle arrogance au fond. Qui était-il pour avoir en son pouvoir le don de dissiper les démons de la sorcière ? Sans doute, personne car il n’avait jamais suffi et elle ne lui avait toujours accordé qu'une confiance bien partielle. Son souffle s’emballa quand la bouche de la trentenaire traça des mots insensés. Se cacher de quoi ? De qui ? Toujours des secrets qui en masquaient d’autres. Il ne put s’y attarder car une question le dérouta aussitôt. Est-ce qu’il aimait ce changement ? Est-ce qu’il appréciait cet autre trait de couleur ? D’un autre murmure tout aussi impulsif, il grignota le silence « Ça te va bien. » Elle, ridicule ? Davantage lui qui apposait des demi-compliments alors qu’il aurait dû fuir. Pourquoi disait-elle ça ? Il fronça les sourcils et les arqua tout aussi rapidement. Incompréhension et appréhension.

Puis, elle se releva dans un mouvement fluide qui la caractérisait à merveille. Ses pieds nus foulèrent le sol en évitant avec habileté les bibelots qui s’égaraient ci et là. L’oiseau voulut reculer mais son désir de l’aider à combler la distance semblait tout aussi fort. Ils s’annulèrent alors et il ne remua pas d’un pouce. A cette distance, elle lui appartenait entièrement. Il pouvait l’englober du regard, la chérir visuellement jusque dans les moindres détails. Il suffisait d’allonger un bras pour la toucher. Comme si ses pensées avaient fait échos aux siennes, il vit ses doigts remonter pour rencontrer les dégâts. Le trouble qu’il perçut, l’anéantit autant que le contact. Ses paupières se refermèrent pour en endurer la souffrance qu’elle invoquait. Son ténor étouffé par l’émotion put à peine contenir ce « Oui… » qui dissipait le doute. Elle devait savoir. Et il devait s’en rappeler. Si le tracé son pouce avait réveillé la douleur, cette main qui cherchait appui contre lui, réanima davantage cette douceur que la complicité avait tissée entre eux. Il releva sa paume pour la soutenir mais n’acheva jamais le mouvement. Il rouvrit néanmoins, les yeux juste à temps pour cueillir sa détresse et la consommer jusqu’à ce qu’elle devienne sienne.

Mais déjà, elle se détournait. Le voleur resta bloqué dans son effroi. Ne le manipulait-elle pas une fois de plus ? Ne pouvait-il pas le réaliser ? Bastien serra la mâchoire jusqu’à en avoir mal et finit par s’avancer. Son ombre étreignait déjà la silhouette fuyante. Sa main se posa sur les chaussures qu’elle ramassait. « Abi… Attends. » Était-il à ce point stupide ? Ses doigts serrèrent les siens juste assez pour qu’il en soit effrayé. Il recula alors lentement et la fixa en attendant de trouver une réponse à cette interrogation qui hantait la pièce – que devait-il faire maintenant ? Il chercha la réponse dans l’émeraude voisine.  « Je ne devrais pas t’arrêter… Et non, tu n’aurais jamais dû venir ici … » Il réfléchissait donc à voix haute comme pour dénicher ce qu’il perdait de seconde en seconde. Sa raison. « … Mais tu es là. » La gravité alourdit son regard alors que son ton avait gagné en assurance. « Tu es là maintenant et tu as raison. » Pardon ? Qu’est-ce qu’il racontait ? «  Je ne t’ai pas dit au revoir… » Ses yeux trouvèrent le sol et sa main, sa nuque avant qu’il ne fasse quelques pas vers sa cuisine. « Tu veux … Tu veux boire quelque chose ? » La démence semblait l’habiter. Quelle proposition conventionnelle pour une situation qui ne l’était absolument pas. A moins qu’il ne veuille conclure leur histoire dans les règles de l’art ? Croyait-il en être capable ? Il n’en savait rien. Mais il ne pouvait pas la laisser repartir comme ça. Il ne le pouvait tout simplement pas. Il ouvrit son frigo atrocement vide qui résumait parfaitement sa vie actuelle, depuis qu’il l’avait semée. Vide.

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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Ven 4 Juil - 13:04




C’était elle. Elle devait s’en convaincre et ne pas l’oublier. Pourtant il était difficile pour Abigaëlle de superposer dans son esprit l’image de cette nuit passée et de sa fureur aux sentiments qu’elle éprouvait quelques instants auparavant. Une tendresse certaine. Et elle retenait le mot, de l’amour pour le petit français. Et même là elle se maudissait, à s’échiner à réduire Bastien à rien quand elle savait l’importance qu’il avait à ses yeux. Elle balançait sans cesse entre déni et acceptation, peur et allégresse. C’était résolument à la peur qu’elle voulait s’accrocher, car elle savait trop bien comment ces choses-là se terminaient. On finissait par se lasser de sa présence ou simplement gratter le vernis et trouver quelque chose de détestable chez elle. Pour Bastien c’était quelque chose d’évident. Elle voyait ses démons à travers son regard et cette marque qu’elle avait laissée sur sa joue. Nulle part en elle, elle n’y trouvait de volonté de le blesser mais lorsqu’elle additionnait les événements elle ne pouvait s’empêcher de constater qu’elle était poison. Et elle l’avait damné, en créant entre lui et elle un lien qui ne pouvait être défait sans dommages. Pouvait-il seulement être ignoré ? Elle avait la sensation qu’un fil invisible reliait sa cage thoracique à celle du métamorphe et que chaque fois qu’elle luttait contre sa seule idée, elle se mettait à saigner. Une blessure invisible mais ô combien réelle. Et la fuite n’était pas une solution. Plus ses pas l’éloignait du petit français, et plus elle avait l’impression que quelque chose se déchirait en elle, comme si on lui arrachait des lambeaux entiers d’âme. Pourtant elle le devait, d’avantage pour lui que pour elle. Elle était perdue, bien avant même qu’il la ramasse dans cette maudite ruelle, elle était perdue pour le monde. Ses démons, derrière chacun de ses pas, veillaient à transformer chaque éclat de rire en hurlement de terreur.

Une onde électrique la traversa alors qu’il la stoppait. Peau contre peau. C’était à la fois insignifiant et intime. On effleurait la peau de beaucoup, dans la rue en se bousculant, en passant de l’argent d’une paume à une autre ou simplement en serrant une main pour reconnaître l’existence d’un autre individu et le saluer. Et ce n’était rien. Pas comme ce frisson qui lui secoua l’échine et la laissa hagarde et sans volonté. Elle devait pourtant reprendre le contrôle de son corps et éloigner ses pas de cet appartement, mais c’était comme si elle venait d’être vidée de toutes ses forces. Maudit petit français, se morigéna-t-elle mais même dans son esprit, l’apostrophe prenait une inflexion tendre. Elle releva le nez pour constater qu’il l’observait. Il avait ce même regard qui souvent l’avait effrayée, comme s’il voyait exactement à travers elle et pouvait débusquer tous ses secrets. Elle hocha la tête doucement la tête en se mordant la lèvre lorsqu’il affirma qu’elle ne devait pas se trouver là. Elle le savait, tout avait concouru à la pousser à abandonner ses recherches. Mais en dépit de tout elle n’en faisait toujours qu’à sa tête. C’était ça qui l’avait perdu pour elle. La ligne de ses sourcils se fronça quand Bastien lui donna raison car rien ne le suggérait et elle sentit la digue de ses sentiments sur le point de rompre encore une fois car il était exactement l’homme duquel elle était tombée amoureuse. Il doutait beaucoup, en particulier de sa propre personne, mais il ne voyait pas ce dont elle avait pu être le témoin. Tu te perdras Bastien, voulu-t-elle lui souffler, mais elle s’étrangla sur les mots. La perspective de l’adieu la bouleversait autant que le fait qu’il ne la chasse pas purement et simplement de chez lui.

Privée du dernier ressort de volonté qui lui restait, elle posa ses yeux sur la ligne de ses épaules et le suivit jusqu’à la cuisine où régnait le même capharnaüm que dans le reste de l’appartement. « Si ça implique de l’alcool, oui. » Répondit-elle, en léchant sa lèvre inférieure alors qu’elle avait l’impression que sous le coup de l’émotion toute sa trachée était en train de se dessécher. Son regard s’attardait sur la vaisselle dans l’évier. Sur les emballages de tout et de rien abandonnés un peu partout sur les comptoirs. C’était bien différent de son appartement rangé avec une détermination proche de la maniaquerie et pourtant c’était là qu’elle se sentait le plus chez elle. Comme l’appartement de Paris sous les toits dont le manque de tout était si évident qu’au départ ils s’étaient contentés du matelas au sol. Ou bien n’était-ce là qu’une excuse… Comme le fait qu’elle soit trop occupée à regarder autour d’elle pour regarder Bastien et souffrir encore de la marque qu’elle avait laissée. A propos de ça d’ailleurs… « Je suis désolée Bastien… » La suite lui échappait, il y avait trop de choses pour lesquelles elle devait s’excuser. Le pardon, elle n’arrivait même pas à l’envisager. Elle esquissa une moue de dégoût qui ne s’adressait qu’à elle. Elle avait la sensation d’être un arbre sur lequel ne poussait que des fruits pourris. Ils suintaient un suc nauséabond. Et ses racines étaient profondément plantées dans les âmes qu’elle aspirait avec elle. Resserrant ses bras autour de son buste, elle planta ses ongles dans la peau de ses avant-bras pour soutenir la douleur qui la ravageait.

« Tout irait tellement mieux pour toi sans moi… » Elle baissa le nez vers ses mains, s’attendant peut-être à se voir pousser des doigts crochus à tout instant. Mais elle ne voyait que son derme blanchir autour de ses doigts, là où elle maintenait la pression. « Je pourrais faire ça… Tu te réveillerais demain et il ne resterait rien… Ce serait comme si tu avais passé ton chemin ce soir-là et que tu ne serais pas venu voir ce qui se passait dans la ruelle. Tu aurais toujours la marque sur la joue… Mais tu penserais te l’être faite en tombant d’un arbre quand tu étais petit… » Elle eut un éclat de rire, parce qu’elle ne pouvait s’empêcher de penser aux photos de lui qu’elle avait vu gamin. Parfois son expression sur les clichés sépia se confondait avec certains de ses airs. Puis le rire se noua dans sa gorge et les sanglots affluèrent alors qu’elle se recroquevillait sur elle-même, cherchant à disparaître.


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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Ven 4 Juil - 16:10

Le désordre ambiant, créateur d’atmosphère, transformait ce soi-disant foyer en un véritable champ de bataille. Pas de guerre pourtant, que des ruines encore charbonneuses des combats qu’il menait perpétuellement contre sa solitude. Se sentait-il donc mieux maintenant que la rouquine hantait le lieu ? Oui, non. Peut-être ? Il n’y avait pas qu’une seule forme de quarantaine psychique mais le français connaissait les degrés d’amertume de plusieurs sortes. Être avec quelqu’un en se sentant éperdument seul, ça lui était arrivé avec elle. Quand murée dans son château d’épines, elle ne lui laissait pas d’autres choix que d’attendre à l’entrée. Il aurait souhaité démolir un à un ses murs mais si elle finissait ensevelie sous les décombres ? Et si il l’emportait en réduisant à néant le moindre rempart ? A de nombreuses reprises, il avait eu la sensation que ces cloisons qu’elle alignait entre eux, étaient les seules choses qui lui permettait de tenir. Discerner sa fragilité avait toujours été évident pour lui. Comprendre sa racine ne l’était pas pour autant. Même après trois ans de cohabitation, il ignorait toujours ce qu’elle tirait comme poids et de quelles couleurs étaient ses chaînes. Comment pouvait-il la libérer ou au moins atténuer la brûlure sans connaître la nature du métal employé ? Bastien n’avait jamais eu sa possession le bon matériel pour abjurer ses liens. Et au lieu de le réclamer, il avait attendu qu’elle s’aide en lui donnant des indices. Sa foi en elle n’avait qu’en de rares fois faibli, jusqu’à cette nuit. Sa cicatrice semblait à vif ce soir. Des élancements complétement fictifs se manifestaient sur sa joue de façon ponctuelle depuis qu’elle avait apposé sa douceur sur la ligne irrégulière. Sa mère lui disait souvent que les picotements signifiaient la guérison. Mais venait-elle vraiment de soigner la violence ? N’avait-elle pas fait que réveiller la douleur au fond ? Le changeur ne savait pas quoi penser.

L’état déplorable de la cuisine le fit grimacer tandis qu’il refermait le frigo pour compléter sa recherche dans ses placards. Son ancienne amante échenilla sa brume mentale en lui donnant une direction. Il se contenta d’un hochement de tête avant de s’accroupir pour attraper sa dernière bouteille de whisky – celle des très mauvais jours quand l’oubli se traduisait par ivresse. Une pensée vola pour Maarten et ses tendances alcooliques. Que penserait-il si il savait que son meilleur ami offrait un verre à la sorcière ? Son estomac se noua tandis qu’il se relevait péniblement. Il reprit sa quête pour trouver des verres propres. Une cause déjà perdue, si vous vouliez mon avis. La vaisselle qui s’entassait dans son évier, était on ne peut plus impressionnante. Il se mordit la lèvre mais très vite, sa préoccupation pour les récipients fût secondaire car déjà, le timbre de la jeune femme s’envola à nouveau dans l’air. Prudemment, il se retourna vers elle. Pourquoi ne pas avoir allumé la moindre lumière d’ailleurs ? Il faisait atrocement sombre et cela amplifiait la lourdeur de l’instant autant que l’obscurité et l’absence de bruits suscitaient l’intimité. Pour autant, il ne lui serait jamais venu à l’esprit de perturber leur environnement. Il leur correspondait bien. Et puis, ça lui évitait de saisir avec précision toutes les déclinaisons de sa tristesse qui s’acharnait en ce moment même sur ses traits. Lâche comme toujours. Ses excuses avaient porté un coup violent à sa poitrine et il n’avait su quoi répondre. N’était-il pas trop tard pour ça ? Comptait-il lui pardonner ? Est-ce que ça rimait à quelque chose ? Il baissa les yeux et finit par retourner à sa tâche sans un mot, incapable de soutenir sa culpabilité du regard sans penser qu’elle n’était pas un minimum sincère.

Ses doigts s’affairèrent rapidement tandis qu’il actionnait l’eau pour nettoyer rapidement de quoi capturer un peu de cet alcool. La tiédeur du liquide le réconforta tandis qu’il noyait son trouble dans cette manœuvre. De dos à son invitée, il ne perçut pas l’instabilité grandissante de cette dernière. Ce fût encore une fois, ses intonations qui le tirèrent de son obstination à la négligence. Dès les premiers mots, il s’arrêta tandis que son cœur la contredisait comme il pouvait en battant d’une mesure frénétique. Le voleur sortit ses mains de l’évier pour faire volteface tandis qu’elle lui imposait un non-sens qui lui ôta toute capacité respiratoire. Qu’est-ce qu’elle racontait ? Où voulait-elle en venir ? Elle se brisa en mille morceaux sous ses yeux à l’instar du verre qu’il relâcha sans le vouloir. Les débris se rangèrent près de leurs pieds nus tandis que ses deux paumes restèrent suspendues dans l’air serrant le vide que le récipient avait laissé. Sa lucidité s’effilochait. Il n’aurait pas dû la croire. Il aurait dû savoir que ses larmes ne signifiaient peut-être rien. Que peut-être ce n’était qu’une tentative de manipulation. Mais il n’arrivait pas à s’y contraindre. Il le sentait, il la palpait sa peine. Ce qui la touchait, le touchait. Ses maux étaient siens. Ils étaient connectés l’un à l’autre d’une façon irrévocable et en ce moment, croire qu’ils n’étaient que deux entités distinctes lui fût impossible.

Ses balbutiements percèrent à peine les sons qu’elle produisait. « Qu… Quoi ? Non… NON ! » Il ferma les paupières le temps de refouler la nausée que ce stress inouï avait engendré. Ses pleurs semblèrent plus terrifiants quand il n’en restait que la tonalité. Il garda les yeux clos en s’avançant vers elle comme pour ne pas voir ce qu’il s’apprêtait à faire. Ses doigts encore fébriles se postèrent sur sa joue humide lentement, prudemment, comme un effleurement. « Ne fais jamais ça… Je ne veux pas… Je ne veux pas que tu reprennes quoique ce soit. » De quel droit s’octroyait-elle cette décision ? De quel droit croyait-elle lui voler sa mémoire ? Ne démontrait-elle pas encore une fois son égoïsme et son besoin de contrôle ? Qu’elle envisage un instant de lui ôter toute trace de son passage le blessait bien plus que tous les pièges qu’elle lui avait déjà tendu. C’était amer de s’imaginer amnésique, c’était honteux qu’elle l’envisage. Son ténor s’élevait pour mieux se casser à chaque point, encore et encore entre détermination et douleur. « C’est trop… C’est trop facile… Je refuse de croire que tu … Que tu peux tout effacer comme ça. » Sa seconde paume vint cueillir son autre pommette avant chuter sur sa nuque en une prise familière, aisée. Chaque contact était un danger, il suscitait le besoin viscéral d’en fournir d’autres. Ses pouces sur sa mâchoire la forcèrent à le regarder. « Ça fait partie de moi. Comme ça d’ailleurs… » Il ôta un instant sa main de son cou pour la déposer furtivement sur sa balafre. « Et comme toi… Ce n’est pas réversible, ça ne doit pas l’être. » Trop de tendresse pour son bourreau personnel, déjà repris dans ses filets ? Foutu oiseau, incapable de discerner le ciel d’une cage. « N’efface rien. Ce n’est pas juste… » Il recula péniblement à la suite et annihila sa prise sur elle. « Les choses sont comme elles sont. Tu ne peux pas changer le passé, Abigaëlle. » Ne regrettait-il pas de ne pas avoir passé son chemin lui aussi ? Il n’aimait pas les réalités alternatives. « Tu veux à ce point que je t’oublie ? Ça ne m’aidera pas. Ça ne t’aidera pas non plus. On est lié par plus de choses que… Que des souvenirs et tu le sais pertinemment. Ne me condamne à ça. Personne ne mérite ça. » Il se passa une main sur le visage en crispant sa mâchoire et en froissant son expression par toute cette confusion. « Tu devrais m’attendre dans le salon… Je dois… Je dois nettoyer tout ça… » Un peu de répit. Un peu de recul. Trop d’émotions en trop peu de temps. Il ne parvenait plus à se situer et il e supportait pas du tout ses larmes. Si elle restait là, dans cet état, il ne donnait pas cher de sa résolution. C’était tellement simple d’ouvrir les bras pour la protéger du Monde. Ça n’avait jamais été aussi facile de la protéger d’elle-même.


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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Dim 6 Juil - 17:57




Contempler Bastien faire des choses aussi banales que la vaisselle, c’était ce qui lui permettait de se tenir debout et respirer encore. Il avait fallu qu’elle voit de ses yeux, et non qu’elle se fit à ce qu’elle avait lu dans le rapport du détective pour s’assurer que le voleur était bien sur le chemin de la guérison. Il avait fait le premier pas en s’éloignant d’elle et invariablement il finirait par achever de grignoter le lien qui les reliait. A l’image du verre brisé, il y avait certaines choses qui ne pouvaient pas être rafistolées parce que les dégâts étaient trop grands. Elle qui croyait n’avoir fait que se préserver était surprise de constater qu’elle n’avait fait que mettre à sac sa propre âme. Il y avait une vie, un destin qui lui était devenu plus cher que celui de n’importe quel être respirant sur cette planète et elle avait tout de même réussi à le souiller. Bastien avait raison, jamais elle n’aurait dû se trouver là, mais il semblait qu’elle ne savait pas faire les choses correctement.

Elle l’entendit protester et elle se demanda pourquoi diable l’idée lui semblait aussi horrible. On ne pouvait se languir et souffrir de quelque chose qu’on ignorait. Si elle ôtait tout souvenir de sa mémoire lié à elle, cette allégeance d’un skinchanger à sa sorcière qu’il portait en lui disparaîtrait de la même façon. Quand à reprendre quelque chose… Elle ne lui avait jamais donné rien de substantiel. Même l’amour qu’elle pouvait nourrir pour lui, elle l’avait soigneusement cadenassé et ne l’avait pas laissé en jouir. Il avait cru pour deux, quand elle avait cessé de vivre pour autre chose que le but qu’elle s’était donné. Le contact de ses doigts sur sa nuque la fit vaciller dans un monde de souvenirs qu’elle trouvait tâchés par son égoïsme. Dans chacun d’eux elle voyait la faille et combien elle l’avait trahi. Il l’obligea à lever les yeux et elle le fit avec d’autant plus de regrets qu’il mit en lumière la cicatrice qu’il portait à la joue. Battant des paupières, elle détourna le regard d’un spectacle qu’elle ne pouvait pas soutenir. Longtemps elle avait cauchemardé et elle s’était réveillée avec la sensation d’avoir toujours son sang sur les mains mais ce n’était pas qu’un simple tour de l’esprit. Si elle ne pouvait changer le passé, elle le voulait pourtant de toutes ses forces. Elle eut l’envie de lui rétorquer qu’il n’avait pas la moindre idée de ce dont elle était capable, mais le son rauque de sa voix la tint muette, quasiment à sa merci. Il se trompait sur la teneur de sa punition et de la condamnation qui pesait sur ses épaules mais la confusion ne durerait pas, elle le savait. Elle attendrait alors qu’il vienne lui demander lui-même de l’ôter de son système, de la moindre parcelle de son être. Le compte à rebours s’égrenait déjà dans son esprit.

Elle frissonna, voulant chasser le fantôme de ses doigts contre sa peau. Elle y prenait trop goût pour se laisser ainsi happer par la sensation qu’ils provoquaient. Si le contact lui avait redonné une certaine conscience, il avait également réveillé ses vieux réflexes et elle avait pu contempler de loin le spectacle pathétique qu’elle formait et se décider à reprendre le contrôle. S’il l’avait gardée contre lui, elle n’aurait plus su trouver la force de se cacher de lui mais la blessure du manque était un rappel évident du pourquoi elle devait garder ses distances. Doucement, les murs s’érigeaient à nouveau. C’était des barricades de fortune mais elles suffiraient sur l’instant. Elle entendait les verrous se fermer et son visage reprenait sa docilité marmoréenne. Un mouvement de la main et il ne restait même plus de larmes pour témoigner de ce qu’elle fut. Elle contempla les dégâts à terre en esquissant une grimace, et parvint à faire quelques pas en arrière sans ficher de débris sous la plante de ses pieds.

Se tenant sur le seuil de la cuisine, elle retrouva de l’aisance dans ses gestes et elle planta son regard sur la silhouette du volatile. Il lui avait paru si grand et inébranlable quelques instants auparavant et maintenant plus elle y mettait de volonté et moins il emplissait l’espace. C’était du moins ce dont elle voulait se convaincre. Et elle était douée pour les mensonges. « Tu devrais apprendre à me détester Bastien. J’y arrive bien moi. » Lâcha-t-elle avant de le laisser seul dans la cuisine.

« C’est facile… » Souffla-t-elle, en même temps qu’une bouffée de fumée alors qu’il se trouvait à présent avec elle dans le salon. Une cigarette avait retrouvé place au coin de ses lèvres quand l’autre avait été écrasée au profit de sa fuite. Combien de temps était-elle restée seule ? Elle l’ignorait. Le salon était tellement semblable à celui en France qu’elle s’était revue éclatant de rire dans ses bras alors qu’il la soulevait de terre pour la faire tourner dans les airs. Et le reste de cet après-midi du passé avait surgit devant ses yeux comme un kaléidoscope lui faisant perdre la trace du temps pendant quelques instants. Superposions maladroites de désirs échoués. « Tellement facile… » C’était elle qui prononçait les mots mais elle les voyait clairement articulés par d’autres lèvres. « … Il n’y a rien d’humain en moi. C’est de la folie d’essayer de se persuader du contraire. »

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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Lun 7 Juil - 1:58

Cette seconde se présenta alors. Cette ultime seconde durant laquelle tout semblait possible. Ce moment d’éternité où tout pouvait basculer. On pouvait vivre mille ans durant un infime espace temporel en anticipant la suite, en la vivant mentalement. Il eut le temps de se voir franchir la distance pour la retrouver, dérober sa bouche, reprendre sa place à ses côtés. Il aurait suffi de deux pas. Ils auraient pu repartir de bonnes bases. Peut-être auraient-ils pu quitter la Nouvelle-Orléans, semer leur chaos. Mais ce peut-être s’évanouit aussitôt, lorsqu'il relâcha son inspiration. Terminé. Les rêves ébréchés longeaient les débris au sol. Symbole troublant pour le changeur quand on savait que le verre avait tranché sa joue ce soir-là. Peut-être y trouva t-il son salut d’ailleurs pour ne pas absoudre d’un simple trait ce qu’il avait cherché à construire depuis la migration forcée. Ses yeux s’en tenaient encore à sa version chimérique quand ils l’enveloppèrent avec plus de tendresse qu’il ne l’aurait fallu. L’inviter à rester quelques temps, c’était se condamner. Comment pouvait-il encore résister à la simple idée de la retrouver pleinement ? Comment pouvait-il encore songer à le faire? A croire qu’il aimait souffrir. Se retrouvait-il dans ses grands et beaux textes poétiques qui vantaient l’amour comme le plus beau de tous les maux ? Aimait-il donc être ce grand martyr qui ne jurait que par ses émotions ? Avait-il si peu de fierté ? D’orgueil ? D’amour propre ? Roméo de supérette, incapable d’abjurer Juliette pour retrouver la dignité de son rang et de son nom. Était-il à ce point épris de la rouquine ? Bastien préférait ne pas se pencher sur la question parce qu’il était lâche et soyons honnête, mauvais menteur. Qu’il soit ou non animé d’un quelconque sentiment à l’égard de l’intruse ne résolvait aucunement son problème de toute façon.

Abigaëlle eut un autre de ces gestes qui rendait l’oiseau contemplatif. Triste et pourtant sublime de par sa décadence, ce simple mouvement de main eut un impact disproportionné sur  le métamorphe. De la gracieuse dignité jusque dans le chaos, elle imposait le respect en un seul acte. Cette forme de fierté qui déguisait sa vulnérabilité en une sublime élégance. Elle habillait chacun de ses déplacements de beauté et prestige. A moins que ça ne soit que l’esprit hagard d’un rêveur dépassé par son émoi qui ne soit finalement ébahi que par son aveuglement. Le voleur avait développé cette folle fascination la nuit même de leur rencontre. Malgré son état déplorable, elle lui avait tenu tête. Même quand elle ne possédait plus rien, elle prouvait au monde entier qu’elle était encore quelqu’un. Une identité propre. Il aimait ça chez elle. Mais au lieu de se concentrer sur les raisons de son attachement, il aurait mieux valu qu’il se penche davantage sur les causes de son mécontentement. Avant qu’il ne ramasse ses dégâts, elle broya le silence en quelques notes caustiques qui érodèrent la cage thoracique du français. Non, il n’y avait rien à faire. Il n’y parvenait pas. Il n’était pas humainement capable d’accepter un tel discours ou même de l’appliquer. La sottise serait à craindre, la démence était d’ores et déjà à déplorer. Il voulut répliquer quelque chose pour dissoudre cette souffrance qu’il aspirait sans mal mais déjà, elle le quittait pour le salon. Ses mains s’affairèrent alors pour combler le gouffre dans lequel ils sombraient tous les deux. Trop fébrile pour embarquer les restes de sa maladresse, il s’entailla l’intérieur de sa paume droite sans même s’en apercevoir. Sa douleur interne rivalisait bien trop avec tous les autres maux et ça, peu importe leur nature.

Les deux récipients nettoyés, l’alcool versé, il la rejoignit dans le salon et disposa son breuvage face à elle sur la table basse. Il chassa d’un grand coup la somme d’objets y séjournant. Le tout s’effondra à terre en une grande marée inébranlable. Il fit comme si tout ça était parfaitement normal. De toute façon, rien ne l’était si elle hantait cet appartement. L’oiseau s’installa face à elle dans le plus petit fauteuil. L’odeur de nicotine déplia sa dépendance encore une fois à l’image du simple arôme de la fumeuse qui  étalait cette attraction incommodante. Il bût une longue gorgée en baissant les yeux quand elle reprit. Facile, ce n’était pas un terme qui avait sa place entre eux. Le jeune homme fit rouler nerveusement le contenant entre ses paumes après avoir savourer son contenu. Ses cordes vocales se terraient dans les tréfonds de sa gorge, comme malmenées par toutes ces contradictions qui perçaient sa réflexion. Son invitée leur ôta une occasion d’intervenir très vite. Une tentative de manipulation affective. Se placer en victime. Remise en question surjouée. Ne le voyait-il pas ? De toute évidence, non car sa phrase provoqua le même tumulte aortique ambitieux que quelques temps auparavant quand son regard avait croisé ses sanglots. Son front repoussa ses sourcils, un chassé croisé entre affliction et compassion invétérée.  Il abandonna son récipient pour lever une main au-dessus de la table et attraper celle de son ancienne amante. Contact incertain d’abord, ses doigts sillonnèrent par frôlement les siens avant de s’y accrocher comme pour marquer ce fil invisible les raccordant inéluctablement. Cette empathie empirique dont il faisait preuve, força un chemin jusqu’à ses yeux alors qu’il galvanisait la morosité générale d’une seule ligne mélodique. « Je crois que justement… Tu es tout ce qu’il y a de plus humain. » Et le pire ? Il le pensait.  La réconforter, entrer dans son jeu mais enfin, réveille-toi Shepard ! « Je ne sais pas pourquoi… Pourquoi nous en sommes arrivés là. Mais… Tout ce qu’il s’est passé… Je sais que c’est parce que tu souffrais… Et la souffrance est humaine. » Philosophe en plus ? Fallait-il qu’il s’évertue à chuter dans tous les traquenards qu’elle menait ? Lentement, il défit sa prise et se replia dans son siège pour mieux terminer sa boisson afin se resservir. Les paroles qu’elle avait délié dans la cuisine, lui revinrent en mémoire et il se sentit obligé alors d’y répondre. Il ferma ses paupières, serra la mâchoire avant d’articuler non sans difficultés « J’aurais voulu réussir à te détester, vraiment. Ça aurait été plus simple mais… La vérité, c’est que… J’en suis incapable.  » Égarement visuelle sur l’émeraude et douleur abdominale. Physiquement douloureux de rester assis à discuter aussi calmement.  «Tu as une cigarette ? Je ne sais pas où j’ai pu fourrer les miennes… » Sérieusement ? Enchainer de cette façon grotesque lui ressemblait bien. L’esquive même grossière valait mieux que la perdition verbale ou mentale. Toujours remettre à plus tard les choses difficiles – égal à lui-même donc.

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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Lun 7 Juil - 18:09


Quel bien lui avait-elle fait ? Se demandait-elle. Elle l’avait condamné à supporter un lien que bientôt il voudrait ne jamais avoir connu. Elle l’avait blessé et méprisé puis traîné hors de France pour quel résultat ? Elle voyait cet appartement minable, l’ameublement de mauvaise facture et tout ce qui allait avec et elle avait la sensation d’avoir passé une corde autour de son cou et d’attendre son agonie. L’amoncellement d’objets et de détritus divers chuta au sol sous son indifférence et elle eut la certitude de l’avoir traité avec autant d’égards. Nulle part pourtant dans ses souvenirs elle ne trouvait de justifications à ses actes. Elle prit le verre entre ses paumes mais n’y plongea pas de suite le verre, faisant rouler l’alcool ambré dedans alors qu’elle cherchait déjà ses mots. Sa réflexion fut stoppée nette par la main de Bastien qui venait effleurer la sienne. Rapidement elle ressentit la chaleur provoquée par le contact de sa peau, et le soulagement qui en découlait mais elle fut ravie de voir qu’il ne prolongeait pas l’instant. Cela lui avait fait un bien fou mais elle n’avait plus le droit de chercher son propre apaisement. Il s’agissait uniquement de débarrasser Bastien de sa mauvaise influence maintenant et se laisser aller à de tels gestes n’allait certainement pas aider. Il était doux, comme toujours avec elle, et elle s’interrogeait sur la folie qui avait gangrené son esprit au point qu’il lui faille tant de temps pour comprendre qu’il était sincère. S’il était incapable de deviner son passé, il voyait pourtant clairement en elle. Oui elle souffrait, en permanence, comme son un trou béant s’élargissait sans cesse dans sa poitrine. Parfois c’était si intolérable qu’elle avait besoin de faire ressentir cette même douleur à d’autres. Mais ça non plus elle ne pouvait pas le laisser y croire, car on avait trop facilement pitié des victimes. Et si elle voulait quelque chose de lui, plus que le fait qu’il l’oubli, c’était son amour et non pas son indulgence.

Elle jeta sur la table son paquet de cigarette, l’autorisant à se servir comme il voulait puis elle remonta ses jambes, coinçant ses pieds sur ses fesses et se lovant contre le dossier du fauteuil, imprimant une distance supplémentaire entre lui et elle afin qu’il ne la touche plus. Dans le creux entre son corps et le fauteuil elle coinça le verre dans lequel elle n’avait toujours pas bu. S’il était incapable de la détester, elle allait lui donner le petit coup de pouce nécessaire pour y arriver. « La vérité Bastien, c’est que tu ignores ce que je suis. Alors tu te raccroches à une illusion. C’est toujours flatteur pour un homme de venir en aide à une femme et c’est sans doute ça qui te plaît d’avantage que je ne te plais moi… l’idée que je sois sans défense aussi peut-être. Que ce ne soit pas ma faute mais celle de la souffrance… » Elle esquissa un sourire qui finit en une grimace de mépris pour elle-même. « J’ai pourtant fait des choix en toute conscience… »

Tenant entre ses doigts la cigarette, elle eut un geste vague de la main dans les airs, et des volutes de fumée s’en échappèrent. Elle suivi leur tracé jusqu’au plafond du regard, avant de porter son regard quelque part dans la pièce, mais pas sur le changeur. « Il me semble que je ne t’ai jamais dit que je venais d’une famille très catholique. J’allais à la messe autant qu’il était possible de le faire dans une semaine. Mes parents avaient une idée très précise de la façon dont ils voulaient éduquer leurs enfants et si on voulait en dévier, un bon coup de règle vous remettait toujours dans le droit chemin. A une époque je croyais que mon plus gros souci serait que Dieu et mes parents sachent que j’avais laissé Tommy Higgins me toucher les seins. » Elle eut un rire insouciant avant de poursuivre. « Et mes pouvoirs se sont manifestés. J’ai réussi à les cacher pendant un temps seulement. Mon plus grand frère m’a surprise un jour et il a tout cafté à mes parents. Dès lors j’ai cessé d’être leur fille pour devenir la catin du diable. Ils ont compris pourquoi j’avais les cheveux roux, pourquoi je riais trop fort et j’étais toujours de connivence avec les garçons. Quand ils ont compris qu’ils ne pourraient pas chasser le démon de mon corps. Ils m’ont mise à la porte. » Elle ne dit pas qu’ils ne s’étaient pas contentés de lui coller une valise entre les mains mais qu’il l’avait traînée dehors après lui avoir coupé les cheveux. Frappée et humiliée. « J’avais quoi… 17 ans ? Mais j’avais la chance d’être jolie alors quelques semaines après je suis tombée sur mon mari. Il avait un faible pour les jeunes femmes mais il les aimait dociles. Il avait ce besoin perpétuel de me rappeler qu’il était l’homme de la maison en me cognant. C’est quand on est arrivés en France que tout a commencé à être beaucoup plus drôle. Je n’avais personne vers qui me tourner et lui me trouvait de moins en moins plaisante. Plus du tout lorsque je suis tombée enceinte. J’étais sa petite fille souillée. Il a frappé tellement fort que j’ai perdu le bébé. J’ai fait ce que j’ai pu jusqu’à atterrir dans la ruelle où tu m’as trouvée. La suite tu la connais si mal… »

Elle ferma les yeux. Cette fois elle prit une gorgée d’alcool, faisant claquer sa langue contre son palais alors que le liquide lui enflammait le palais. Une petite larme de courage pour la pousser à continuer. « Il y a cette boule qui a grandi en moi ensuite, de la haine et chaque fois elle prenait un peu plus de place. J’ai su que Mark était reparti aux Etats-Unis et je n’arrivais pas à accepter qu’il soit sorti de ma vie comme ça. Ca devenait une obsession. Et toi tu étais… L’homme parfait pour obtenir ce dont j’avais besoin. Tous ces documents que tu as ramenés… Bastien… au début je voulais seulement me venger de ce qu’on m’avait fait à moi parce que j’étais différente. Mais si tu savais seulement une partie de ce que j’ai découvert dans ces dossiers… Des choses horribles. J’ai retrouvé la trace des miens. Sans surprise ils n’étaient pas innocents dans tout ça. J’ai voulu les confronter un soir, leur faire entendre raison mais je suis repartie avec plus de haine encore en moi. Je ne sais pas… J’ai… C’est toi qui en a payé les frais. Je te sentais doucement t’éloigner et me regarder différemment. Ce n’était qu’une question de temps je suppose avant que tu ne me regardes avec leurs yeux… J’ai autant essayé de t’attacher à moi que de te repousser. » Elle n’arrivait pas à expliquer la détresse et la peur viscérale qui s’était doucement emparée d’elle, ni ce que tant de sentiments confus avait fini par provoquer. Elle perdait pied, et il n’était plus là. Plus comme avant. Alors elle avait frappé avant d’être de nouveau victime. « C’était dans ton regard… Ta façon de me prendre dans tes bras… Malgré tous mes efforts tu commençais à m’échapper. Je ne pouvais pas laisser quelqu’un d’autre me faire encore du mal tu comprends ? »

Elle le regarda enfin et lui jeta un regard suppliant, mais elle se reprit bien vite. Les doigts fébriles, elle posa le mégot de cigarette qui s’était consumé seul pendant qu’elle parlait. Elle avala d’une traite le reste du contenu de son verre. « Mais ce n’est pas tout… » Un temps infini alors que quelques secondes à peine passèrent. Elle enfouit au fond d’elle ce qu’elle avait ressenti lorsque la vie du voleur ne tenait plus qu’à un fil par sa faute pour ne laisser s’exposer qu’une vérité brute et sale. Elle ne voulait pas lui laisser le temps de s'apitoyer sur son sort. Tout ce qui devrait normalement lui rester en tête, c'était qu'elle avait risqué sa vie. « Ce n’était pas un accident qui t’a presque coûté la vie. C’était moi. Te changer c’était ce que j’avais trouvé de mieux pour te garder… obéissant. »

Encore ce sourire qui n’en était pas un. « Dis-moi Bastien, quel genre d’être humain risque la vie d’un autre pour son seul bénéfice ? » Elle retint son souffle. Elle comptait, jusqu'à l'instant où il cesserait de l'aimer.

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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Lun 7 Juil - 23:09

Cette table basse donnait une mesure symbolique à cette scène. Comme une limite à ne franchir qu’avec justesse et prudence. Il n’avait pas hésité un seul instant à se pencher pour saisir sa main mais au moins, l’objet seul avait suffi à lui rappeler sa position et la sienne. Rive droite, rive gauche. Un fleuve les séparait et il doutait que ça ne date de sa fuite. Elle ne lui offrit pas son paquet, elle le jeta en pâture aux flots les divisant. Scission nette qu’elle sembla creuser davantage en réajustant sa posture sur le canapé. Bastien respecta son besoin de distance, le comprenant même peut-être et s’enfonça dans son siège après lui avoir dérobé une cigarette. Ses doigts fouillèrent l’espace entre le coussin et la structure du fauteuil pour y trouver un des nombreux briquets qui s’égaraient un peu partout chez lui. La première bouffée de nicotine le fit fermer les yeux de contentement. Il glissa machinalement une main dans ses cheveux en l’observant attentivement, les paupières à demi-fermées. Son regard redessina sa mâchoire une centaine de fois sans jamais se lasser des allers et venues. Il ne savait pas quoi dire parce qu’il ne savait plus quoi faire. Lui dire de partir ? L’inciter à rester ? Et pourquoi ? Ses dents jouèrent à quelques reprises avec sa lèvre inférieure tandis qu’il écartait le filtre à intervalles quasi réguliers de sa bouche. Il espérait qu’elle chiffonne elle-même leur espace auditif et son souhait sembla s’exaucer dans la minute qui suivit. Il laissa ses coudes retomber sur ses genoux et se pencha tandis qu’elle articulait un discours pour le moins vexant. Avait-il aimé une image ? Avait-il été à ce point ridicule avec elle ? Ses doigts cherchèrent ses propres traits comme pour comprendre ce qu’elle tentait de lui amener mais il se heurta simplement à sa cicatrice et à une plus grande incompréhension de ce qu’ils avaient pu être, devenir.

La fumée voleta de l’un à l’autre. Le tabac possédait cette fragrance rassurante. Elle recouvrait celle d’Abigaëlle et la complétait à la fois. C’était un peu comme rentrer à la maison après une longue errance si un tel lieu pouvait encore exister. Il en doutait. Pourtant ce Monde fait de noirceur, parsemée de halos et alimenté par ces odeurs particulières, c’était le leur. La familiarité contractait douceur et douleur. Toujours à une lettre de différence, toujours à un seul pli de la perfection, à un seul accroc de l’harmonie. Un seul ? Vraiment ? Mais là n’était pas le propos de toute façon. Où était-il alors ? Il l’ignorait. Il ne parvenait même plus à trouver la moindre parole pour intervenir. Devait-il la rassurer ? Alors qu’elle l’avait blessé ? Devait-il la blâmer ? Alors qu’il n’éprouvait au fond, aucune rancune. Juste de l’appréhension et un tas de remords inexplicables. Stupide volatile. Elle vola à nouveau l’absence de sonorité et il comprit très rapidement qu’elle ouvrait une porte jusque-là scellée. Il n’osa pas remuer, laissant même le bout de sa cigarette se consumer entre ses doigts. C’était à peine s’il se risquait à respirer. Tout au plus, grappillait-il quelques petites inspirations. Il grignotait l’air, refusant de calmer trop fort sa vie alors qu’elle exposait enfin la sienne. Il se tût donc et laissait les images qu’elle lui traçait de sa voix, se composer dans son esprit. Il fût difficile de ne pas au moins relever la nuque, forcer ses yeux jusqu’aux siens pour manifester le moindre soutien, le moindre signe de compassion. Mais il tint bon et se contenta de fixer le plancher sans jamais le voir pourtant. Il était ailleurs, perdu dans ce récit qui mettait un sens sur les fissures que son sourire ne parvenait jamais à masquer. Virer de chez elle pour ce qu’elle était. Il ne parvenait pas à imaginer l’impact que ça avait pu avoir sur elle.

Et puis, elle lui parla de cet homme. Le voleur contracta ses poings malgré lui, une rage sans nom qui ne lui ressemblait pas, lui nouait les muscles et l’animal grondait dans ses entrailles. Cet instinct primitif de détruire un tel personnage donnait une énergie impensable à la créature qui logeait dans son crâne. Il n’en revenait pas de n’avoir jamais rien su mais il comprenait à présent, pourquoi elle ne lui avait jamais parlé de ça, de lui. Cela devait lui en coûter de mettre en forme une telle horreur. Sans s’en rendre compte, il avait rentré sa tête entre ses épaules et dissimuler son regard de ses paupières. Il ne sortit de sa carapace que lorsqu’elle fit claquer sa langue et releva les yeux à ses dépens pour contempler le reste de sa déchéance lyrique. Utilisé, oui. Il le savait et il n’avait jamais deviné ce plan. Donc, c’était lui qui la hantait. Lui, cette barrière infranchissable. Jaloux d’un monstre ? Un peu. Parce qu’il avait eu plus d’importance à ses yeux que leur relation. Il dissimula ce sentiment derrière sa tristesse sincère alors qu’elle était en train de conclure sur les raisons de sa folie. Comme il fût difficile pour lui de ne pas renverser cette maudite table pour l’avoir contre lui. Crétin d’oiseau qui ne comprenait rien. Elle s’assura qu’il l’entende, elle le connaissait pour comprendre qu’il n’avait pas pris ces révélations comme une invitation à la haine. Elle défit toutes les attaches en quelques syllabes.

Ce n’était pas un accident qui t’a presque coûté la vie. C’était moi. Te changer c’était ce que j’avais trouvé de mieux pour te garder… obéissant.

Le choc anesthésia son corps, il lâcha le filtre. Le mégot s’effondra au sol encore tiède. Il resta de longues secondes dans la même position, les prunelles incrustées dans les siennes dans l’attente d’un déni, d’une confirmation, de quelque chose qui lui permettrait d’endurer ça. Elle lui offrit sur un plateau d’argent. Elle ne se défendait pas. Elle sonnait le glas de tout ce qu’ils avaient été. C’était une rupture, une vraie. Ne l’avait-il pas souhaité ? S’il l’avait désiré, il ne se serait pas enfui comme un lâche. Il était incapable d’être mis devant ce fait. Entre se séparer d’elle et apprendre que toute leur relation n’avait été qu’un sublime mensonge, une duperie géante pour satisfaire une vengeance, il y avait un Univers. Elle l’avait presque tué pour ça. Elle avait pris ce risque, elle était prête à le sacrifier pour faire sombrer cet homme. Il se releva brusquement, tremblant d’effroi puis s’éloigna alors, ne supportant plus cette vision. Une main tirait sa poitrine toujours plus bas, à croire qu’on cherchait à délocaliser cet organe futile palpitant avec acharnement. Il fit le tour de la chambre en respirant bruyamment. Sa crise de panique lui fit faire des appels d’air dérangeant qui se calmèrent et refirent surface quand il retrouva aussitôt le salon et son bourreau. Pas de colère. Pas de rancœur. Un chagrin qui n’avait ni nom, ni fond. Il marcha de long en large sans un mot luttant pour aspirer l’oxygène. Les idées venaient, partaient, un brouillon de cohérence et un océan de non-sens. Les souvenirs se mélangeaient, les jours s’étendaient, les nuits aussi. Il exista dans plusieurs vies parallèles et s’effondra dans le seul présent à sa portée, près du canapé, à ses pieds. Ses genoux rencontrèrent le sol alors que ses mains agrippèrent les épaules de la sorcière en un geste désespéré. Pathétique pantin que son marionnettiste reniait, prêt à le jeter au feu pour si peu... Marée de mots se brisant contre chaque ponctuation, sa voix dépassa ses pensées de très loin. « Je refuse… Je refuse de croire que tu ne m’as pas aimé. Qu’il n’y a pas eu un seul instant de vérité. Que tu as pu… Que tu as pu… » Non. Elle n’avait pas pu faire ça. Ses mains remontèrent sur ses joues alors qu’il se redressait un peu. « Abigaëlle… Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Qu’est-ce que j’ai fait pour te faire croire que tu devais en arriver là ? » Un sourire dément, tordu déchira son expression tandis qu’il reprenait de la hauteur. « Je suppose que ça n’a plus d’importance. » Ses pouces roulèrent sur les pommettes de la rouquine. Son timbre se fit soudainement sévère quand il articula ultimement. « Pourquoi es-tu venue ? »

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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Sam 12 Juil - 23:46





C’était douloureux, voir doucement les mots se frayer un chemin jusqu’à Bastien. Noter le tressaillement de ses prunelles et la brusque tension dans ses muscles, et cette apathie qui s’éternisait après le choc et lui aurait donné cent fois l’occasion de dire à l’oiseau combien elle regrettait et combien elle pouvait être folle de lui. Non elle devait simplement le regarder s’effondrer en silence, puis recoller les morceaux plus tard loin de son influence empoisonnée. C’était nécessaire, et la formule prit bientôt des allures de mantra alors qu’elle ne cessait de se la répéter. Il se releva d’un geste brusque et elle se tapit au fond du canapé, ne parvenant pas réellement à cacher la peur instinctive que lui procurait un homme en colère. Elle le vit quitter la pièce en trombe, s’attendit à des bris d’objets et des cris mais la colère et la douleur de Bastien restait silencieuse, pudique et déchirante. Ca rendait le cordon plus difficile à rompre, plus douloureux également. Il revint et il avait l’air d’un fantôme, pâle copie de l’homme qu’il était parfois et qu’il s’obstinait à ne pas voir. Son agitation trahissait la confusion de ses pensées, mais jamais la sorcière ne se serait attendue à ce qu’il tombe à genoux devant elle et lui fasse une demande à laquelle elle ne pouvait simplement pas accéder. Pour son seul bien. Cependant si elle ne pouvait le rassurer, elle ne se sentait pas capable de mentir encore. Pas sur ça. Jamais il ne lui avait posé la question si directement et elle avait su éluder ce genre de conversations avec art. Bastien était une âme généreuse, il se contentait de ce qu’elle voulait bien offrir.

Il n’y avait rien eu de plus vrai, que l’énergie qu’elle avait mise à sauver sa vie, réalisant à la seconde où elle était allée trop loin qu’elle pouvait seulement palier aux dégâts et ne pas faillir cette fois-là. Rien de plus vrai que lorsqu’elle se lovait dans sa chaleur et qu’elle voyait disparaître ses cauchemars. Rien de plus vrai que lorsqu’il se fondait en elle et qu’elle voulait souder sa peau à la sienne et n’être plus que souffle. Le sien. Elle avait voulu disparaître en lui, croire avec lui à cet avenir qu’il leur dessinait. Et puis il y avait les démons, les cauchemars, ces visions atroces qui emplissaient son esprit. Qu’elle voyait alors qu’elle arpentait les rues, même sa main fermement accrochée à la sienne. Créatures de terreurs qui se tapissaient dans les ombres, qu’elle voyait se pendre aux lampadaires et osciller dans la brise. Ils avaient toujours les yeux fixés sur elle, et criaient des horreurs qu’elle ne voulait plus entendre. Ils étaient là sans cesse et sans le métamorphe ils étaient près de l’avaler. Mauvais timing pensa-t-elle, quand il demanda ce qu’il avait fait de mal. Bastien et elle ne s’étaient pas rencontrés au bon moment, même si elle n’en croyait que la moitié. Elle faiblissait chaque fois qu’il était question d’imaginer sa vie après sa vengeance. Après. L’idée avait aussi peu de sens et de consistance que de la cendre sur sa langue. Mais le goût amer de l’incertitude lui était bien là. Avant, cela lui semblait encore plus puéril. Elle avait la sensation que c’était ce qui l’avait façonnée, ces vexations. Un outil voilà ce qu’elle était.

Entre ses doigts elle se sentait perdue. Mais sous le reflet de sa colère elle fit face à des démons bien plus anciens que ses fautes. Sa nuque se raidit sous la pression du regard du jeune français. Le mot petit n’aurait pas voulu franchir la barrière de ses pensées. Il était devenu écrasant, implacable et elle dû se forcer pour se convaincre que ce n’était qu’un tour de son esprit et qu’il ne lui voulait aucun mal. Ses doigts remontèrent le long de l’avant-bras de Bastien, pianotant sur sa peau alors qu’elle remontait jusqu’à son poignet pour  continuer jusqu’à ses doigts et les écarter de son visage. Elle vit que sa main tremblait et elle affirma sa prise sur la sienne et déglutit avec difficultés. Ne pas montrer de faiblesse, c’était ce qu’elle avait appris quand la colère de son compagnon se lisait comme une carte sur son corps. Nuances affadies de bleu et de pourpre auréolées de jaune. C’est Bastien… Se répétait-elle et cela devenait sa nouvelle prière. Il ne te veut pas de mal.

« Pour ouvrir la cage. » Souffla-t-elle. Abigaëlle était toujours saisie de tremblements et une peur irraisonnée l’étranglait mais elle se pencha et porta les doigts de l’oiseau à sa joue pour chasser les stigmates de l’effroi. Ses lèvres effleurèrent ses phalanges et elle les embrassa avec tendresse, presque pieusement. « Je te devais au moins la vérité. » Ses lèvres se tordirent en une grimace et elle inspira une goulée d’air, qui charriant l’odeur du français lui donna plus de résistance et elle parvint à se mettre debout. « Tu y as laissé suffisamment de plumes. » Elle n’osa pas effleurer la marque sur sa joue une nouvelle fois, elle en sentait toujours la brûlure au bout des doigts. Soutenir son regard, y voir son empreinte et ce qu’elle avait causé la bouleversa. En substance, on ne s’était pas trompé sur ce qu’elle était. Un mal à étouffer.

« Adieu bel étranger. » (en français)


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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Dim 13 Juil - 21:41

Italique = français

Lentement, très lentement, presque trop méthodiquement, ses doigts vinrent arguer leurs positions contre sa peau. Alors qu’il n’avait pas hésité à renouer le moindre contact, elle s’évertua à briser la moindre attache. Sa façon de chercher ses mains pour les ôter tout en se les appropriant pourtant à mi-chemin, fut d’une violente douceur.  Bastien ne la lâcha pas une seule seconde du regard, réconciliant trop facilement sa déception avec les traits de la sorcière. Toujours aussi obéissant, toujours aussi convaincu qu’elle allait défaire ses paroles et réparer l’énorme cavité qu’elle venait de creuser dans sa poitrine, certain qu’elle pouvait le sauver. Tant de travaux dans sa cage thoracique pour aucune extraction. Elle s’était contentée de la perforer sans déloger cet organe futile, sans chercher à achever le travail. A demi-sanguinolent, il devait donc subir cette agonie. Il ne pouvait pas arrêter souffrir autant qu’il ne pouvait pas étouffer ses sentiments. Cet aveu de presque homicide aurait dû lui retirer cette atroce émotion qui l’étranglait à chaque frémissement que le corps de son invitée ne parvenait à contenir. Soumis ? S’il n’y avait que ça. L’oiseau préférait employer le terme complexe. L’histoire d’Abigaëlle expliquait son comportement irrationnel. Il ne le justifiait peut-être pas mais au moins, pouvait-il faire un pas vers la compréhension. Allait-il donc se laisser piétiner sous prétexte qu’il la comprenait ? A croire qu’il n’attendait toujours que ça, tendre la joue pour qu’elle y appose une nouvelle marque. Tous ces abus, valaient-ils la peine ? Ne devait-il pas se poser les bonnes questions plutôt que de s’accrocher à ses souvenirs ? La peur de l’inconnu, jouait-elle le moindre rôle dans cette tragédie ?  Était-ce parce qu’il était rassurant de rester aux côtés de la rouquine ? Il s’offusquerait qu’on lui suggère. Cette fierté déplacée qui décidemment, n’intervenait jamais pour les bonnes causes. L’autodestruction, voilà ce qu’il prêchait en se buttant à revenir sur ses pas.

Crime, punition, tant de concepts qui s’appliquait à ces deux êtres mais jamais, ils n’effleuraient l’esprit brouillé du métamorphe. Trop occupé à retenir sa respiration quand les lèvres de son ancienne maîtresse trouvèrent son épiderme. Il suffisait d’un frôlement pour oublier. L’amnésie facile. Elle avait voulu sa mort. Elle l’avait presque tué. Réveille-toi Shepard, nom d’un chien. Il ne cherchait même pas à croire ce qu’elle lui avait dit sur l’accident. Une partie l’avait pourtant entendue, enregistrée et en subissait les ravages. Mais l’autre, cette part de lui aux convictions si ancrées, refusait de s’écrouler à cette information. Le déni à moitié prononcé et le chagrin de l’autre, un mélange qui ne se dilue pas bien. Instable, donc. Ne venait-il pas d’entendre ce qu’elle était venue lui annoncer ? Pourquoi s’être donné autant de mal pour lui « offrir » cette liberté qu’il s’était déjà octroyé ? Et pourquoi ne le réalisait-il même pas ? Venir ici pour lui déclamer des mots aussi impertinents ne faisait que raviver tout ce qu’il avait tu pour réussir à la distancer. Ne cherchait-elle pas au fond à n’avoir que le dernier mot ? N’était-ce pas par orgueil ? Comment pouvait-il lui accorder le bénéfice du doute et retenir de ses dernières paroles que cet adieu déchirant qu’il ne désirait déjà plus ? Désespérant ? Incroyablement dominé par ce qu’il ressentait, ce miasme de tourment et d’affection. Et la déception alors ? Celle de la savoir prête à le sacrifier pour ses projets ? Ne venait-elle pas se repentir au fond ? Trop facile. Il le savait que c’était trop facile. Mais ce qui était difficile, c’était de la laisser filer après tout ça. Il n’était toujours pas prêt à accepter la révélation. Toujours pas prêt à reconnaître que l’année écoulée lui avait mis du plomb dans la cervelle.

Le volatile avait l’habitude de combattre les vents contraires, il était familiarisé avec la chute libre. Peut-être était-ce pour cette raison qu’il n’eut pas la moindre pensée pour sa propre survie. A peine eut-elle conclu dans la langue maternelle du français qu’il releva déjà les mains vers elle pour attraper sa nuque, pouces sur sa mâchoire. Sursaut d’angoisse qui se manifesta davantage dans ses intonations, empressées, saccadées, affolées. « Non… Non… Tu ne peux pas partir comme ça… Pas maintenant… Pas après tout ça… Je ne veux pas… Cette histoire avait du sens… Je ne peux pas… Je ne peux pas continuer en croyant que… » Qu’elle lui avait menti et l’avait fait passer pour le dernier des idiots ? Mais quand allait-il enfin s’en rendre compte ? C’en devenait lassant de le voir se battre contre une évidence. Ses traits se crispèrent quand il glissa prudemment ses doigts dans les cheveux de la jeune femme. Etranger… L’était-il réellement désormais pour elle ? « Il n’y a plus de cage Abi… Je suis parti. Il n’y a plus de cage. » Oh, il se berçait de douces illusions en plus. De mieux en mieux… « Tu auras beau refermer la porte derrière toi, je n’oublierai rien, toi non plus. » Ses paumes dégringolèrent sur ses épaules alors que ses yeux revendiquaient les siens avec toujours plus de férocité. Sa voix devint un murmure quand il articula « C’est pour ça que tu es là ce soir… » Sa main gauche remonta doucement la gorge de son interlocutrice jusqu’à sa joue. « Pour ça aussi que je ne t’ai pas mise à la porte... » Son pouce glissa lentement sur sa pommette. Ce contact l’apaisa étrangement. Son rythme cardiaque déjà démonté, ne cherchait plus à retrouver sa logique. Il avait abandonné. Lâche. « J’ai essayé de tout mettre derrière moi et pourtant, je t’attendais… J’attendais que tu me retrouves… Tu ne comprends pas… C’est trop tard. C’est trop tard pour me dire adieu. Abi… » Il avança alors jusqu’à ce que le bout de ses orteils effleure les siens. « Si tu voulais qu’on en reste là… Il ne fallait pas revenir. Je… » Ses paupières voilèrent  sa vue une poignée de secondes. Contradiction, hésitation et surtout confusion. Cette proximité effaçait peu à peu ses raisonnements déjà mis à mal par toute cette conversation. Tendresse exacerbée dans le bleu de ses yeux, c’en était devenu grotesque. « … Je ne peux pas te regarder partir malgré ... » Malgré le fait qu’elle lui ait causé cet accident ? Ne faisait-il pas assez de cauchemars à ce propos ? « Je ne sais plus ce que je dois faire. Je ne sais plus ce que je veux. Mais je ne peux pas te regarder partir. » Une répétition et un abolissement de tout bon sens dans les règles de l’art. Ses paumes revinrent se poster autour de son visage avant qu’il ne se penche subitement pour réclamer sa bouche. On pouvait l’applaudir. Il avait tenu quoi ? Une demi-heure sans se jeter dans ses bras ? C’était un exploit finalement. Bravo. Il embrassait sa meurtrière sans le moindre scrupule en plus. Ce geste ridicule le rendait plus vivant néanmoins et guérissait à lui seul, la nouvelle plaie qu’elle lui avait occasionné. Pourquoi offrir à celle qui le torturait autant de moyen pour le soigner ? Parce qu’il possédait cette foi inébranlable en l’humanité, aux personnes qu’il appréciait et respectait. Parce qu’il croyait qu’en redonnant une chance aux gens, ils pouvaient s’améliorer. Naïf. Idéaliste. Abruti de voleur.

_________________

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MessageSujet: Re: You will shelter me my love... And I will shelter you. [Bastou]   Lun 14 Juil - 12:29





Bastien la surprenait perpétuellement, par son attachement et cette matière noble dont il était fait, par l’homme qu’il était demeuré à son contact et par une myriade d’infimes choses qui chaque jour avaient rendues son attachement pour le français plus brûlant, presque intoxicant et indispensable à sa survie. Trop souvent elle avait constaté les éclats dont sa vie était constituée, le vide qui naviguait en elle. Comme une coquille de noix ayant perdu sa substance et qui se gorgeait tel un vampire de la présence du jeune homme. Elle n’avait rien, ni but ni vie si ce n’est ce qu’elle s’était fabriqué et qui ne tenait qu’à la fragilité de sa psyché. Sous les fissures de son masque, filtrait la folie et sa balance n’était maintenue que par l’homme qui se tenait devant elle et qu’elle venait de ravager. Triste ironie. Constatant la brûlure de son amour pour le français, elle s’apprêtait néanmoins à le rayer à jamais de sa vie pour le préserver, marquant avec avidité ses expressions dans son souvenir pour s’y accrocher lorsque la déraison viendrait frapper à sa porte. Avec patience, de la même façon que l’on déguste un bon vin, elle promenait ses prunelles sur ses traits qu’une année avait rendus plus indispensable que le souffle dans ses poumons. Il n’était pas seulement beau, il était tout ce qu’elle chérissait. Maudit petit français.

Il l’agrippa et la surprise l’empêcha de se soustraire à sa prise en même temps que le contact de ses doigts annihilait toute volonté de fuite. Sa prise sur elle était désespérée, il tremblait et Abigaëlle était désemparée par ce tumulte qu’elle avait provoqué. Mais pas autant sûrement que par les mots qui franchirent les lèvres de Bastien et qui n’avaient pas de sens dans ce contexte. Il aurait dû lui cracher sa haine au visage, après avoir vu ce qui pourrissait en elle. Personne n’avait jamais regardé dans le fond de son âme sans s’être sentit sali ensuite. Elle avait envie de lui hurler au visage, de briser à jamais le reflet d’elle dans lequel il se complaisait. Elle chutait déjà, et elle l’entraînerait avec elle. Mais ses doigts annihilaient toute volonté de fuite. Elle sentait chaque cellule de son corps hurler de ce manque de lui dont elle avait souffert ces derniers temps. Elle était prête à regarder ses démons dans les yeux, à se laisser aller à leur prise et leur appétit de destruction. Elle ne savait pourquoi c’était la peine qu’elle cachait qui nourrissait le feu en elle. Ou le français caressant de Bastien ?

Elle se trouva happé par son regard, et elle ne ressentait plus que cela, la pesanteur de ses prunelles sur elle, quand la sensation de son propre corps disparaissait. De ses envies et de ses résistances également. Elle secoua la tête, autant que les mains de Bastien le lui permettaient. Elle refusait de lui donner raison sur l’instant, et de croire qu’elle ne pourrait jamais se défaire du fantôme de sa présence. Elle voulait se persuader qu’un jour il ne serait qu’un souvenir, et que s’y plonger ne lui ferait pas mal. Que ce fameux lien, qui s’était réveillé sous sa côte, serait si fin qu’il se romprait de lui-même, sans douleur et sans peine. « Bastien… » Une prière, une supplique qui franchit à peine la barrière de ses lèvres et qu’elle eut elle-même du mal à croire présente. Il la tenait, dans ses bras et également par les mots qu’il lâchait. Sans réfléchir c’était évident. Il n’avait aucune conscience du destin qu’il pourrait se nouer ainsi. Stupide volatile.

Sa prise soudainement lui donna une raison supplémentaire de lutter et le mouvement initial de ses poings rassemblés avec fureur pour le repousser échoua sur le torse du français sans froisser le moindre air. Ses mains remontèrent à ses épaules, sa nuque, ses ongles s’incrustant dans le derme de Bastien alors qu’elle s’accrochait à lui avec fièvre, passion, et un tel désespoir qu’elle sentit ses jambes se dérober sous elle. C’était la chair qui était faible, essayait-elle de se convaincre, car sans ce baiser elle serait déjà dehors. Mais elle essayait de se berner autant que Bastien. Lorsqu’il embrassait ses lèvres bordées de questions, c’était ses peurs et son esprit tourmenté qu’il apaisait. Mais c’était des symptômes de la folie. Elle ne pouvait pas laisser ses yeux refuser de voir, ses oreilles refuser d’entendre.

Elle le repoussa, avec la même énergie qu’elle avait mise à s’accrocher à lui et lui rendre avec passion ce baiser. Elle avait les lèvres rouges sous la violence du geste. « Pourquoi est-ce que tu ne veux pas comprendre ? » Elle fut surprise par la véhémence et la colère qui surgissait d’elle. Mais elle rendait le tremblement de ses membres plus adéquat que les sentiments qui la ravageait, pensait-elle. Après tout ça, elle avait toujours du mal à savoir ce qu’était l’amour. « Je détruirais tout ce que tu es. Je ne sais pas faire autrement. Jusqu’au point où tu ne te reconnaîtras pas dans le miroir et que tu en viendras à te détester autant que tu me détesteras. Et je ne veux pas être responsable de ça… Je ne peux plus… » Elle avait crié les derniers mots avec une telle rage qu’elle en eut le souffle coupé. Un voisin de Bastien du trouver que ça allait trop loin aussi car il tambourina contre le mur et lança des insultes, agissant comme une douche froide sur la sorcière, lui faisant réaliser qu’une fois encore elle perdait pied.

« Laisse-moi partir. L’accident… la cicatrice ça ne te suffit pas ? Il sera trop tard pour t’enfuir quand tu seras mort Bastien. »



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