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  You still owe me a reason [PV Abi]

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MessageSujet: You still owe me a reason [PV Abi]   Mer 23 Juil - 0:58

Faire des choix, un concept qui déclenchait généralement des crises de panique chez l’oiseau. Incapable d’affirmer sa position à cause d’un manque évident d’assurance. Mais pas que. Il y avait une forme d’arrogance dans le fait de ne pas opter pour l’un ou l’autre camp. Quel puissant sentiment que celui d’avoir devant soi tous les champs des possibles. Ne pas s’arrêter sur une option, les conserver toutes. Et c’était bien ce qu’il lui plaisait, lâche comme il était… Pourtant dans ce cas précis, décider de la suite ne fût pas tellement ardu. Comme une évidence, il s’était mise à sa recherche. En se réveillant ce matin-là, la main chancelant sur les côtés pour la trouver manquante, les draps encore tièdes et déjà bientôt froids. Il avait cru avoir rêvé la nuit entière et ça n’aurait pas été la première fois que la sorcière se serait invitée dans ses songes. Il s’était alors relevé goûtant encore à son odeur éparpillé sur les couvertures. Hallucination olfactive ? Il l’avait presque pensé avant de sortir de cette chambre pour trouver les autres pièces tout aussi désespérément vides. Sa somnolence et ses doutes s’affaissèrent d’une seule onde quand son regard franchit ses réalités alternatives pour dénicher le paquet encore allongé sur la table basse. Il n’achetait jamais cette marque mais elle, elle par contre….Cette seule vision avait renversé sur sa cage thoracique un flot d’émotions plus terrifiantes les unes que les autres. Il avait dû s’asseoir et réapprendre à respirer avant de pouvoir réfléchir aux événements et à la discussion bien que sa première préoccupation fût de savoir où elle avait filé et surtout pourquoi ? Préférant donc repousser à plus tard les constats de la veille entre aveux et accablement, le français avait erré dans son modeste logis en quête d’un indice et soyons honnête, ce qu’il voulait obtenir réellement de cette petite fouille méthodique, c’était un mot. Pas d’excuse, juste un peu de son écriture pour justifier le retrait, juste un peu de considération. Mais il n’en trouva aucune. Pourquoi continuait-il à s’attacher à ce genre d’espoir alors qu’elle les avait broyé un à un au cours de ces dernières années ? Optimiste ? Naïf.

Le métamorphe s’était alors résigné à cette douleur suscitée par son départ précipité. Elle aurait dû le réveiller. Il aurait dû la sentir s’éloigner. Ne faisait-il pas que la perdre de façon continue ? La jeune femme ressemblait à un cours d’eau, un fleuve en perpétuel agitation filant entre les doigts du voleur sans arrêt. Dès qu’il croyait réussir à l’arrêter, il se noyait dans les flots. Les gens avaient une drôle de façon de dire adieu et le bruit assourdissant de son absence le fracassait bien plus qu’une envolée de mots bien placée parce qu’il ne pouvait pas répliquer, il ne pouvait rien faire si ce n’est contempler le gâchis en subissant les retombées acides des révélations antérieures. La rouquine était revenue pour mieux s’en aller. Sa cruauté aurait dû lui sauter en plein visage mais il n’en était rien. Il s’en voulait de ne rien avoir perçu. Il trouvait dans ce silence une multitude de raisons de fuir pour mieux la rattraper. Il s’était penché, avait attrapé les clopes oubliées – seul témoin palpable de son passage et les avait conservé précieusement sans jamais y toucher. Il avait pris la journée pour se poser, reclus dans cet endroit qui avait eu l’opportunité de l’abriter au moins une fois. Son arôme trainait encore par-ci, par-là et il ne voulait pas en gaspiller la moindre nuance en sortant pour distancer la somme de succubes qui lui laminait l’aorte. Face à la vérité qu’il remua dans tous les sens, il ne parvenait à se positionner. Elle avait mis son existence en jeu pour le soumettre, elle avait fait de lui sa chose jusqu’à s’octroyer le droit de vie ou de mort sur lui. Bien entendu, l’oiseau ne parvenait à l’excuser pour ce fait et sa tristesse n’eut de limites que celle de votre imagination durant ces vingt-quatre heures. Au bout d’une éternité à tourner en rond en étreignant ses démons jusqu’à en avoir physiquement mal, il avait sorti sa bouteille, cueillit un verre et engloutit assez d’alcool pour finir par se mettre à parler tout seul aux murs.

Pathétique spectacle qu’il s’offrait. Il s’était moqué de ce qu’il était devenu, de sa situation et de ses illusions à l’égard de celle qu’il continuait d’aimer malgré tout.  Ricanant finalement face au miroir de sa salle de bain, embrassant des yeux cette cicatrice qui signifiait tout et sûrement rien, il avait fini par s’effondrer dans son lit le soir venu, laissant ses doigts courir sur le textile qui avait enrobé Abigaëlle la nuit d’avant. Il le porta à sa bouche, le plaça sous son nez pour le humer jusqu’à trouver un début de sommeil mais au bout d’une heure, un cauchemar l’extirpa de toute quiétude relative. C’était ce qui revenait le plus souvent. Les phares qui l’aveuglent, le crissement des pneus et la conviction de cette mort certaine. Il se rappelait de sa dernière pensée réellement humaine et elle lui avait été dédié, à elle. Son dernier regret, son dernier souci, la savoir seule. Quelle ironie maintenant qu’il connaissant la cause de ce malheur. Il balaya la sueur d’un revers de main croyant presque encore effleurer son hémoglobine tandis qu’il se redressait. Il ignorait alors combien le combat contre Morphée allait s’avérer excessivement périlleux pour les nuits à venir. Il ne parvenait plus à fermer l’œil et dès qu’il cessait de s’agiter, ses angoisses le prenaient à la gorge et lui ôtaient toute capacité respiratoire. Il paniquait et la fatigue qu’il accumulait ne résolvait rien. Dès le deuxième jour après son passage, il avait cherché sa trace. Ses journées n’étaient consacrées qu’à ça et ses nuits, il les subissait allongé dans l’obscurité entre ses doutes et sa peine grandissante - à croire que les heures rendaient toute cette réalité plus affreuse encore. Mauvaise compagnie qu’il voulut semer le plus rapidement possible. Mais échappe-t-on réellement à ce que l’on porte en soi ? Voilà sur quoi il aurait dû s’attarder plutôt que de courir après une histoire insensée.

Au bout du dixième jour, il obtenu une adresse et en fin d’après-midi, il se trouvait déjà en haut de son immeuble, collant sa paume à la porte. Sauf qu’elle n’était pas là ou qu’elle ne voulait pas répondre. Une serrure ne l’aurait jamais arrêté et il lui avait fallu une seule minute pour se jouer de celle-là afin d’entrer chez elle sans y être invité. Son état d’épuisement perturbait le bon fonctionnement de ses méninges et cassait cette pudeur qui le caractérisait. Il avait besoin de la voir et cela en devenait une obsession. Aseptisé, cet endroit ne ressemblait à personne et surtout pas à la femme qu’il avait connu. Ce côté chirurgical dans l’esthétique du lieu ne s’arrêtait pas à cette façon quasi maniaque avec laquelle tout semblait avoir été rangé, classé et ordonné. Les portraits qu’il croisait sur les murs n’étaient liés à aucun souvenir connu. On aurait dit la couverture d’un magazine, un showroom peut-être pour présenter du mobilier ou vendre les mérites de la bâtisse. Une belle image factice dans laquelle on se sent forcément en décalage. Bastien n’appartenait pas à ce Monde-là, il cadrait mal avec cette perfection suffocante dans son blouson un peu élimé et avec ses cernes qui incrustaient sa peau si profondément qu’on aurait pu le penser malade. Oh il l’était et de la pire maladie qu’il soit. Voir l’intérieur de cet appartement n’avait fait qu’amplifier son sentiment de mal être accru et il avait manqué de tourner les talons mais il était resté parce que même si le décor lui donnait la nausée, la fragrance familière l’invitait à s’installer. Il n’avait touché rien, il n’avait fait que les quelques pas séparant l’entrée du salon et s’était assis poliment sur le divan. Ses doigts avaient accueilli cigarette et briquet. A la troisième, ses yeux se mirent à jouer avec sa patience. Comme si il suffisait d’être entouré par ce parfum pour qu’il lui soit possible de retrouver le sommeil, sa tête rencontra d’elle-même le dossier du canapé tandis que ses cendres se dispersaient déjà à terre. Il s’assoupit pour mieux l’appeler dans ses rêves, encore et encore. Qu’était-il venu trouver au fond ici ? Des réponses ? L’Avenir, le passé et surtout le présent. Rien que ça? A croire qu’elle était la solution à tout. Heureux les simples d’esprit…

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MessageSujet: Re: You still owe me a reason [PV Abi]   Jeu 24 Juil - 13:32



Le miroir se riait d’elle. Chaque matin, Abigaëlle mettait du temps à se composer. Des boucles travaillées avec soin, un maquillage impeccable, léger sur les yeux avec une bouche framboise. Des vêtements d’un ton variable entre le crème et le gris et une fragrance qui ne marquait pas l’espace après son passage. Son armure et son déguisement alors qu’elle aurait aimé embrasser des couleurs vives quitte à ce qu’elles jurent avec sa tignasse flamboyante. En une année elle se rendait compte combien elle avait réussi à se gommer, ses envies, sa personnalité, pour le bien d’une mission qui lui échappait de plus en plus. Elle avait cru taire à jamais les battements de son cœur, ténor silencieux sous sa poitrine et répondant seulement à sa fonction vitale. Mais il avait suffi d’un regard de Lui pour que le sol se dérobe sous ses pieds. Agrippant soudain le bord du lavabo, la sorcière mordit dans la pulpe de sa lèvre avec force, freinant l’élan qui la pousserait à le retrouver et se dépouiller de sa coquille terne. Cela faisait maintenant quelques jours qu’elle était apparue telle une tornade dans sa vie pour le bousculer et disparaître et elle commençait à se consoler de ne pas entendre le bruit de ses pas à sa suite. Se consoler vraiment ? Elle adressa une grimace amère à la femme qui l’observait dans le miroir. Le vide qui l’englobait était plus présent que jamais et cette douleur… Elle dépassait de loin ce qu’elle avait toujours connu. Sa résolution tenait à la libéré qu’elle lui offrait enfin, la certitude dont elle s’était persuadée qu’il serait bien mieux sans elle. Cherchant de l’air, elle émergea sur sa terrasse, les cheveux chahutés par la brise matinale. Il ne faisait pas froid ici et pourtant elle ne parvenait pas à stopper ses tremblements. Elle fit quelques pas et sa main caressa la balustrade du balcon. Elle avait choisi un appartement sur les hauteurs avec une grande terrasse car cela lui permettait de profiter d’un peu d’air et qu’elle pouvait observer jusqu’à plus soif le ballet des oiseaux dans le ciel. Elle leva le bras, sentant la résistance du vent contre sa peau, sa paume. Elle se questionnait souvent sur l’effet produit par la capacité de voler. Bastien revenait souvent grisé de ses escapades malgré la douleur de la transformation et elle regrettait de ne pouvoir partager cela avec lui. Dans cet instant, jamais le vide ne l’avait autant appelée que là, et elle recula avant de rentrer à l’intérieur.

Elle décida qu’il était préférable d’éviter de s’attarder sur les miroirs et la terrasse les jours suivants. La machine huilée de sa routine reprit presque sans heurts, mais elle savait qu’elle avait perdu quelque chose d’essentiel et qu’elle ne devenait plus qu’un instrument. Avec Bastien elle était devenue enfin femme. C’était un sentiment ineffable de se sentir aimée, mais comme souvent, elle ne contrôlait pas les émotions qu’elle projetait et elle aurait préféré pour le bien du petit français qu’il ne se donne pas ainsi à elle. Elle se fustigeait immédiatement après avoir tenté de repousser la faute sur lui. Le fait qu’il se soit ainsi donné à elle ne lui avait jamais octroyé le droit d’abuser de lui et de sa confiance. Si faute il y avait, elle était sienne. Elle ne cessait de se le répéter, minute après minute. Elle était devenue le bourreau qu’elle détestait tant et contre lequel elle voulait se battre. Et la voix qui grondait à l’intérieur d’elle ne cessait de lui souffler que c’était alors justice, qu’elle se perde définitivement. Est-ce qu’elle dormait ? Pas plus qu’elle ne mangeait à sa faim. Elle multipliait les heures de travail pour ne pas avoir à rentrer dans un endroit qu’elle avait choisi mais où elle semblait ne pas avoir sa place. Quelque chose qu’elle ne semblait jamais avoir possédé, une place. Un endroit où être. Elle hocha la tête pour remercier le portier qui lui ouvrait la porte sans piper un mot. Elle avait décliné sa démarche de camaraderie une fois, et il se contentait maintenant de la servir en silence. Chaque fois, alors qu’elle traversait le hall, elle sentait peser son regard sur ses épaules, comme s’il cherchait à la percer. Mais elle était toujours lisse et inatteignable, ne renvoyant en miroir que de l’indifférence. Ce jour-là elle tenta de lui adresser un sourire mais il parut interloqué par sa démarche. Et le démon gronda, pourquoi s’entêter ?

C’est las qu’elle se dépouilla de ses chaussures et son sac, passant une main dans sa nuque alors que sa légère blouse de coton lui collait à la peau comme ses boucles qui avaient souffert de l’humidité. Son premier instinct était de se servir un verre, et elle fit le chemin jusqu’au salon avant de se figer sur le seuil. Elle n’aurait pas dû être surprise de le trouver là, à la façon dont il s’était accroché à elle et l’avait gardée dans son giron tout la nuit. Mais Bastien… Elle passa une main sur son front, fébrile, ne sachant que faire. Fuir ? Il avait la capacité de la retrouver et la volonté d’atteindre tous les buts qu’il se fixait. Noyant un soupir, elle se rapprocha de lui et prit la cigarette qui avait fini de se consumer entre ses doigts. Il avait l’air éreinté et toujours aussi vulnérable. Presque un enfant, constata-t-elle, sachant qu’elle avait concouru à le maintenir sous la férule de la naïveté. En elle, elle sentait piétiner sa passion pour lui. Elle se pencha au-dessus de lui, une main appliquée sur son genou alors qu’elle le bousculait doucement. Elle n’avait pas honte du brasier qui s’allumait en elle alors qu’elle le voyait reprendre conscience mais elle le condamnait. Elle l’avait juré sur la marque qu’il portait, plus jamais elle ne devait lui faire le moindre mal.

« Bastien…» Ses sourcils se froncèrent, pour lui donner l’air réprobateur qui convenait et elle se redressa pour faire un pas loin de lui. Froissant son poing pour éteindre la chaleur naissante au creux de sa paume. « Qu’est-ce que tu fais là ? »
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MessageSujet: Re: You still owe me a reason [PV Abi]   Jeu 24 Juil - 21:28

L’Abigaëlle qui le dévisageait dans cet énième rêve, lui souriait toujours avant de disparaître, elle semblait s’amuser aux dépends du métamorphe. Inlassablement, elle s’enfuyait et il la pourchassait sans jamais se fatiguer. Cette course poursuite fût tellement prenante que la légère pression sur son genou le fit sursauter d’une façon disproportionnée. Il manqua même de se relever brutalement mais fût assez fatigué pour ne faire que se plaquer un peu plus contre le dossier du canapé. Les sens en éveil, l’œil hagard mais déjà en train de traquer l’environnement proche, il se sentait automatiquement menacé. Où était-il ? Dans l’antre du loup, ne pouvait-il donc apercevoir les dents de ce dernier ? Son rythme cardiaque déjà bien chamboulé par une montée d’adrénaline affolante, fût d’autant plus bousculé quand ses yeux se posèrent sur le tracé de la silhouette voisine. Comme toujours, il peinait à retrouver son souffle, déjà captif de cette vision, déjà condamné à admirer chaque  mouvement qu’elle allait exécuter pour s'en émerveiller. Les jours, les mois et même les années les avaient séparés mais dès l’instant où son regard la trouvait, il était perdu comme autrefois. Tout était intact jusqu'à la plus petite émotion. A chaque fois, il réalisait à quel point la beauté de ses souvenirs ne l’idéalisait jamais assez. Son ténor encore grignoté par le sommeil, se roula dans le silence avec soulagement. « Abi… Tu es rentrée. » Parce qu’il fallait qu’il souligne l’évidence, bien sûr. Mettons cette phrase inutile sur le compte de sa somnolence et de sa désorientation. Ses prunelles s’alignèrent sur ses traits déjà tendus par la désapprobation et transformèrent sa propre surprise en tristesse. Ce n’était pas tout à fait ce genre d’expression qu’il aurait voulu présumer mais il s’y était attendu. Malgré tout, son rejet fût tellement évident quand elle recula que son palpitant se tordit sur lui-même. Pendant un instant, il crut qu’il s’était tût pour de bon, cherchant à mourir plutôt que d'avoir à subir ça mais il repartit néanmoins à l’inspiration suivante. Simulacre de suicide aortique à nouveau quand en plus de l’attitude, la propriétaire des lieux lui offrit une interrogation tellement rhétorique qu’il s’inquiéta de sa propre réponse.

Alors Shepard, pourquoi es-tu là ? Bastien se mordit la lèvre inférieure et canalisa sa nervosité en plusieurs goulées d’air. Il se passa rapidement une paume sur le visage pour le défroisser un peu mais ça aussi, c’était une cause perdue. Comme pour désamorcer la tension entre eux, il enfonça à la suite ses deux mains dans les poches de son blouson pour en sortir deux paquets de cigarettes et un briquet qu’il plaça sur la table basse, devant lui. Avec un peu d’ironie mais aussi de douceur cependant, il lui expliqua « C’est ton tour, cette fois-ci… Tu es partie sans me dire au revoir. » Son léger et triste rictus se fissura sur sa bouche tandis qu’il reprenait déjà l’une des petites boîtes rectangulaires pour lui tendre prudemment. « Et tu avais oublié ça chez moi. » Comme si ce motif était réellement recevable. Il finit par se pencher à nouveau pour prendre une de ses clopes à lui mais avant de l’allumer, il fit rouler le filtre entre ses doigts. Innocemment, il demanda à son hôte « Je peux… ? » Après tout, peut-être qu’au milieu de ce décor surfait, elle préférait qu’on ne salisse pas l’ambiance olfactive avec ce tabac bon marché. Trop de considérations, toujours trop d’attention pour elle. Quand allait-il enfin arrêter ? Le voleur se releva péniblement, harassé par ses nuits blanches successives mais également par le combat qu’il allait devoir mener là, maintenant.

Il se mit à marcher dans la pièce sans dire un mot, cherchant très certainement à rassembler ses idées qui s’emboîtaient un peu trop facilement avec ses désirs sans chercher à comprendre cette réalité. Et c’était de cela qu’il s’agissait pourtant. Si son trouble l’avait accablé durant dix jours, se tenir dans cette pièce vide de toute âme, l’alimentait d’autant plus. Elle avait besoin de son aide. Elle était en train de s’égarer, d’oublier qui elle était. Mais comment pouvait-il clamer le savoir lui ? Alors qu’il avait toujours ignoré son passé ? Qu’il n’avait même pas su la cause de son foutu accident ? Ce fou croyait sincèrement que c’était ça le masque. Les abus, les mensonges, ce n’était pas elle. Elle était comme ça pour se protéger, elle n’avait eu que ça pour arriver à supporter son existence. Ça n’excusait rien cependant - et heureusement d’ailleurs, il ne manquerait plus que ça. Il pensait qu’il avait connu la vraie Abigaëlle entre deux crises. Il aurait donné n’importe quoi pour l’entendre rire à nouveau, il aurait tout essayé pour ne fusse que la voir réellement sourire. Mais il sentait aussi que cette mission était sûrement hors de sa portée tant qu’elle ne l’acceptait pas. Tant qu’elle ne voulait pas être sauvée. Elle avait déjà fait un pas dans cette direction en lui avouant le pire, n’est-ce pas ? Il pouvait s’accrocher à n’importe quelle branche, aucune ne semblait encore assez solide pour qu’il puisse atteindre son objectif de façon saine et sécurisée. Pourtant, il était prêt à courir le risque. Du moins, c’était ce qu’il semblait parce que tout ce qui mijotait dans son crâne était excessivement chaotique et incohérent.

Pour être honnête, s’il était venu ici, c’était pour réorganiser son bordel mental mais il n'osa clairement l'exprimer. Ses doigts effleurèrent un cadre au hasard alors qu’il lui tournait le dos. « Je ne voulais pas … t’importuner en venant ici. J’ai compris que tu ne comptais plus me revoir quand tu es partie ce matin-là. » Légère instabilité sur la fin de sa phrase qui tranchait nettement avec cette fausse nonchalance qu’il tentait de mobiliser afin de contrôler l’oppression de ses émotions. Il courba la nuque avant de lentement venir lui faire face depuis son pan de la pièce. Les mots chuchotés parvinrent tout de même à supporter la distance pour arriver aux oreilles de la sorcière. « Je suis désolé mais je n’y arrive pas, Abi. » Son regard remonta lentement de son coude aux émeraudes qui lui tenaient lieu de regard. Le plus beau butin qu’il n’ait jamais récolté, ces deux pierres qui bien que froides actuellement, brillaient pourtant d’un éclat intarissable dans ses yeux à lui. « Je n’arrive pas à passer au-dessus de tout ce que tu m’as dit, ni de ce qu’il se passe ou s’est passé entre nous. Tu as débarqué comme une tornade et tu es repartie aussitôt… Je ne sais pas si tu pensais que ça serait simple pour moi de tout abandonner comme ça mais… »  Il fit quelques pas vers elle et s’arrêta à mi-chemin en réalisant qu’elle ne voulait pas qu’il soit proche. Le français n’avait jamais été quelqu’un de très tactile mais avec elle, c’était différent. Il avait besoin de se rassurer et la toucher restait le meilleur moyen d’y parvenir. Mais n’allait-elle pas seulement le repousser à nouveau ? Cette seule idée lui broyait la poitrine et l'empêchait de pousser le vice jusque-là. « Je ne te demande rien. Et si tu ne veux vraiment plus de moi… » Ses intonations se cassèrent en bout de phrase mais il réussit à reprendre sa ligne mélodique avec un peu plus d’assurance. « Je partirai selon tes souhaits. Mais avant ça, j’aimerais au moins qu’on reparle de ce qu’il s’est passé…  » Ses sourcils s’arquèrent pour marquer autant sa confusion que sa crainte tandis qu’il reprit son petit tour dans le salon. Stressé comme il l’était naturellement, il pouvait rarement rester en place. Dans les situations vraiment angoissantes, cela donnait ce genre de déplacement tout à fait excessif.  Un animal en cage, voilà de quoi il avait l’air.

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MessageSujet: Re: You still owe me a reason [PV Abi]   Ven 25 Juil - 15:00




Tendresse. Avec son air endormi, Bastien réveillait chez Abigaëlle une foule d’émotions dont elle se croyait normalement maîtresse. Se tenir aux environs du petit français c’était comme se trouver être un navire sans cesse chahuté par ses vagues. Les protestations de la petite coque de noix sous l’assaut de l’océan, faisaient écho aux battements de son cœur. Le visage de la sorcière resta impassible, parce qu’elle y développait toute sa volonté, mais un sourire aurait pu éclore sur ses lèvres et elle aurait pu cueillir la joue du jeune homme avec sa paume et le câliner jusqu’à ce qu’il soit tout à fait réveillé et qu’elle sente ses mains se balader sur son corps. Mais elle avait si bien apprit à museler ses émotions et les taire, que pas une lumière ne filtra dans ses prunelles. Poupée grotesque. Bastien en revanche était comme un livre ouvert. Sur ses traits se bousculaient peine et égarement et la vision d’autant d’émotions bouleversa Abigaëlle. Elle s’en voulait de le faire souffrir à nouveau et elle aurait voulu lui appliquer une peine minime, comme lorsqu’on arrache un pansement et que le geste n’offre qu’une brûlure de quelques secondes à peine. Mais c’était comme s’il retenait sa main, se complaisant dans l’instant ou tout du moins voulant y demeurer.

Ses doigts délicats cachèrent sa vision quand il fouilla dans ses poches pour en extirper le paquet de cigarettes et arguant qu’elle avait manqué de lui dire au revoir. Seulement il ne l’aurait jamais laissée partir si elle l’avait réveillé. Et elle avait eu peur qu’il ne la rattrape si elle perdait une seconde à écrire sur un papier. Sans compter qu’elle aurait été incapable de coucher son ressenti en quelques lignes. Elle était même incapable de le formuler maintenant. Jamais elle n’avait été ballotée ainsi par tant d’émotions contradictoires. Jamais son cerveau ne s’était autant opposé à chaque fibre de son être. Elle hocha la tête, faisant un vague mouvement de la main pour lui permettre de fumer. Elle alla même cueillir un petit cendrier en fonte, dans le fond duquel était embossée une petite tour Eiffel. Elle ne répondit pas à ses faux prétextes, ils savaient tous deux qu’ils n’étaient que simagrées. Au lieu de cela elle le regardait se relever, soudain immense dans la pièce bien que les épaules voûtées sous un poids invisible. L’endroit ne l’avait jamais attendu, et sa présence dans ce salon perturbait l’ordre clinique qu’elle s’obstinait à y maintenir mais plutôt qu’une gêne, elle avait l’impression que certains verrous sautaient. Fermant le poing et laissant ses ongles s’incruster dans sa paume, elle essaya de se concentrer sur cette douleur plutôt que sur le reste.

Elle avait l’impression de la découvrir, cette fragilité à fleur de peau, alors que sa voix se cassait sur les mots. Souvent désemparé face à ses crises, il avait néanmoins tenu le cap, et quand la brume de la folie se dissipait, il avait toujours été là. Elle fut heureuse qu’il ne la regarde pas à cet instant, car son masque perdit de sa rigidité alors qu’il tirait ses propres conclusions. S’il ne s’était s’agit que d’elle, elle serait restée. Et les choses auraient finies par être pire que ce qu’elles étaient maintenant. Elle était sa perte, elle en était convaincue. Elle aurait voulu lui ôter cette idée de la tête et lui faire comprendre combien elle l’aimait mais il s’accrochait déjà trop. Et il le confirma lorsqu’il avoua ne pas arriver à tirer un trait sur eux. « Je veux bien répondre à tes questions. » Inutile d’essayer de prétendre qu’elle voulait le voir partir pour l’instant, elle n’en avait pas la force et il finirait par voir le mensonge. Poussant un soupir alors qu’elle sentait tous ses muscles se tendre d’appréhension, elle se dirigea vers une petite commode et leur servit un verre de vin rouge à tous les deux. Elle ne tendit pas le sien directement à Bastien, mais le posa sur la table basse et avala une gorgée du sien comme si l’alcool lui était nécessaire pour respirer.

« Mais je tiens à te rappeler que tu as déjà tout abandonné Bastien. Tu es parti il y a maintenant un an. Et je suis désolée si j’ai remué pas mal de choses en venant mais j’ai réellement pensé que je te devais la vérité après toutes ces années. Je n’aurais pas dû mentir pour commencer. Alors je répare les erreurs que je peux… » Elle haussa les épaules maladroitement, esquissant un sourire qui trembla sous les émotions qui affleuraient. Entre désirs et devoirs la lutte était compliquée. « Tu refuses de laisser aller, ça n’a rien à voir avec tes capacités. Tu as en toi de quoi être un homme fantastique. Tu t’accroches à quelque chose de fictif. Je ne suis qu’un miroir, je renvois ce que tu veux bien voir. Ca n’a rien à voir avec toi. J’ai cessé d’être bien avant toi. Et si tu es honnête avec toi-même, même en fouillant, tu ne trouveras rien qui vaille la peine de se battre. Tu refuses même de le dire… » Elle eut un sourire qui cachait une émotion inconnue.

« Pourtant c’est la réalité Bastien. Tu dois le dire… Tu as essayé de me tuer. Dis-le… »

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MessageSujet: Re: You still owe me a reason [PV Abi]   Ven 25 Juil - 18:47

C’était bien connu. Si les événements pouvaient pousser un homme à l’agonie, les détails quant à eux pouvaient aisément l’assassiner car trop précis, trop sournois. Ce cendrier prônait son innocence sur cette surface plane mais il était déjà condamné sur la rétine du voleur. La tour Eiffel qui se dessinait en son centre le rendait coupable d’un des pires crimes pourtant non punissables. Celui du souvenir. N’y avait-il rien de pire que les réminiscences du bonheur en des temps aussi troublés pour les deux amants ? L’oiseau était bien sentimental mais ne soulignons pas les évidences. Bastien n’avait jamais appris à gérer les émotions fortes de toute manière. D’ordinaire, il se repliait pour éviter les conflits parce qu’il les avait en horreur. Son empathie faisait qu’il portait en lui les sentiments de son opposant et cette contradiction entre ses deux ressentis doublait aisément la charge émotionnelle à subir. Il ne maîtrisait dès lors plus rien du tout. Quand il croyait encore qu’Abigaëlle l’aimait, il fût naturel qu’il ressente cette euphorie pour deux également. Double joie, double peine, c’était fatiguant d’être lui au fond. Il ne savait vivre les choses qu’à 200 à l’heure. Il aurait dû pouvoir réussir à se protéger d’un tel phénomène mais cela faisait partie de sa nature depuis qu’il était enfant. Il ne cherchait même pas à compenser cette faille. Tellement passif quand il s’agissait d’arranger ses défauts. Pourtant, cela aurait pu les aider s’il s’était montré un peu plus insensible ou du moins, s’il avait trouvé la force de contrôler ce qu’il ressentait. Mais nous n’en étions plus là désormais. Quand il fixa le vestige du passé, il réalisa qu’il courrait sûrement après des illusions aujourd’hui.  Cette image plaisante de leur existence en France resterait une belle représentation que le temps avait jaunie, détériorée. Elle ne lui reviendrait sûrement plus jamais. Cette évidence le secoua plus qu’il ne voulut se l’avouer. Alors il alluma sa cigarette et la savoura entre ses allers et venues dans la pièce. Il avait du mal de revenir  vers le récipient pour y déposer ses cendres. C’était comme  revenir au pied des ruines alors qu’il arguait la reconstruction. Cela crevassait à intervalles réguliers, ses convictions.

La sorcière n’avait pas émis le moindre son durant sa tirade. Quand sa bouche remua enfin, il en resta extatique durant une ou deux secondes. Ce n’était pas tout à fait négatif, elle ne l’obligeait pas à sortir. Facilement satisfait. Le français écrasa son mégot sur le dessin maudit en songeant qu’il tirait sûrement un trait sur ce pan de vie à jamais envolé mais si cela était aussi simple, les psys n’auraient plus de patients.  Son hôte en avait profité pour s’éloigner. Il voulut l’aider à transporter verres et bouteille mais ne s’autorisa pas le moindre mouvement dans sa direction. Elle ne lui appartenait plus et elle lui faisait comprendre dans toute sa gestuelle. Elle était autre, elle s’était tellement donné tellement de peine pour faire passer ce message qu’il aurait presque fini par réellement le penser. Tout cet appartement le lui criait autant qu’il exprimait son contraire. N’était-ce pas qu’une façade au fond ? Le métamorphe ne réussit à dissiper un peu de sa nervosité et un second filtre trouva la commissure de ses lèvres pour répondre à ce constat. La jeune femme versait du vin durant ce laps de temps et dans ses mouvements quotidiens, banals, elle tissait entre eux une panoplie de similitudes avec leur passé. Elle lui offrit le breuvage d’une façon indirect, marquant toujours plus les Océans qu’elle avait placé entre eux. Le « Merci. » du cambrioleur fût un peu happé par son malaise. Il se pencha pour le récupérer et alterna une bouffée de nicotine avec une gorgée d’alcool avant qu’elle ne reprenne.

Première phrase, premier reproche qui fût néanmoins légitime. Elle ne s’arrêta pas là d’ailleurs. Les mots qu’elle brodait avec détermination, formaient une immense tapisserie teintée de noir et de rouge, sans nuances. Elle oubliait tous les tons pastel en passant par les bleus profonds aux jaunes vifs. A moins qu’elle n’ait donc été que daltonienne durant tant d’années ?  Elle ne pouvait pas résumer tout à ça. Son compliment au milieu de la décadence de termes signa un énième arrêt cardiaque pour le changeur. Il serra la mâchoire et détourna à nouveau son attention pour ne pas devoir lui infliger le triste spectacle de son visage en décomposition. Encore l’épargner ? Ou pour préserver ce qu’il lui a déjà montré de toute façon à savoir sa faiblesse évidente ? Cet homme sombrait dans son incohérence. Si les lambeaux de sa rationalité se juxtaposaient à son optimisme éventré, elle acheva le peu de substance qui lui restait encore pour se tenir là, debout avec sa dernière remarque.

D’un seul mouvement, il  lui fit à nouveau face, les traits durcis par la douleur qu’elle provoquait encore et encore à laquelle il allait finir par succomber. Comment pouvait-elle le forcer à refaire face à ça ? Comment pouvait-elle dépersonnaliser ça d’une seule question ?  Son timbre devint anormalement dur quand il reprit « Je n’ai pas besoin de le dire pour en prendre la mesure... Je ne l’ai pas effacé…. » Si il ne parlait pas d’une voix grave, il ne parviendrait même pas à émettre le moindre son. La douceur revint néanmoins jaser très rapidement avec son ténor, la sévérité n’ayant jamais fait partie de son vocabulaire de toute manière – un tort parfois. «  J’essaie de comprendre Abi... Ce que je n’ai pas vu, ce que je n’ai pas pu comprendre et ce qui t’as poussé à cette extrémité. Et je ne sais pas ce qui fait le plus mal entre le fait que tu banalises presque tout ça ou cette façon que tu as de dénigrer tout ce qu’on a vécu. » La tristesse contaminait toujours plus son regard tandis qu’il lui devenait physiquement impossible de rester à l’écart. De façon instinctive, il s’était déjà un peu rapproché d’elle. « Je ne veux pas te croire. Je ne te crois pas quand tu me dis qu’avant, il n’y avait déjà rien en toi. J’ai vécu avec toi, j’ai partagé tes douleurs et  tes joies. Je ne pense que tout a été un absurde mensonge. C’est toi qui te persuade du contraire. Je ne sais pas ce que tu cherches à protéger mais… J’aurais aimé que tu me fasses confiance…  Que tu sois assez… Que tu crois assez en moi pour ne pas… » Parce que lui avait confiance en ses propres capacités? Il commençait de plus en plus à croire que c'était lui le problème. Il déglutit difficilement et déposa finalement son verre sur la surface la plus proche avant d’oser braver sa résolution en venant se planter devant elle. « Oui, je suis parti. Je t’ai abandonnée, oui, physiquement parce que je ne savais plus quoi faire d’autre mais je n’ai rien oublié, je n’ai pas avancé depuis et ça, tu le sais. C’est pour ça que tu te donnes autant de mal à me faire comprendre que je dois partir. » Il hésita alors, la main déjà relevée pourtant. « Je ne suis pas venu ici pour te faire souffrir davantage. » Ses doigts frôlèrent finalement sa joue délicatement.  « La façon dont tu me regardes… Et cet appartement…  Comment on en est arrivés là, Abi ? Explique-moi. » L’absence de son engloutit les dernières notes. Ils étaient réellement seuls face à la détresse, à ces démons avides qui franchissaient leurs prunelles pour se faufiler dans les fêlures de l’autre.

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MessageSujet: Re: You still owe me a reason [PV Abi]   Lun 11 Aoû - 12:40




Pousser Bastien à la haine n’était pas une chose aisée. Il avait l’âme trop timorée pour faire face à d’aussi violents sentiments. Quand il se laissait trop facilement gagné par l’amour, il négligeait sa voisine avec tant d’ostentation que les mots finiraient par manquer à Abigaëlle. Et la force également. Car c’était une déchirure pour elle que d’avoir à accomplir cette tâche-là, rogner elle-même le lien qui les unissait pour le faire céder. Pourtant, et c’était le récif auquel elle se raccrochait dans la tempête, elle devait le faire pour le bien de son petit français, s’il ne savait pas lui, se préserver. Quitte à souffrir elle aussi de la réminiscence du plus noir moment de son existence. Malgré tous les écueils qu’elle avait pu traverser, la sorcière voyait le basculement de Bastien vers la mort comme l’un des pires qu’elle avait eu à souffrir. Elle était restée accrochée aux battements de son cœur, satisfaite seulement quand le percutement était redevenu régulier sous sa paume. Maintenant qu’elle s’obligeait elle aussi à y prêter attention, elle se disait qu’il était impossible de pardonner une telle faute. Et autant en avait-elle cruellement conscience, autant elle redoutait l’oubli et la nouvelle faute. Bastien ne pouvait continuer à être un instrument, et à ses côtés c’était ce qu’il risquait. Peut-être pas aujourd’hui, ni demain. Mais un jour les démons viendraient frapper à sa porte et ils voudraient leur dose de sang.

Le volte-face du métamorphe la figea, et elle sentit ses muscles se tendre en réponse mais elle s’obligea au calme. Comme un courant électrique, ses pouvoirs courraient sous sa peau, prêts à surgir au moindre soupçon de menace détecté. Elle ne laissait plus une chance à ses ennemis de lui faire du mal. Mais Bastien n’en était pas un. Et après ce brusque éclat de colère, elle le vit se dégonfler comme un poisson clown ayant vu la menace s’éloigner. Toujours est-il qu’il refusa de répéter les mots, et le connaissant elle savait qu’il n’avait toujours pas complétement digéré l’information. Il fuyait toujours les combats. Il était excellent voleur, mais pas bandit. Il ne pouvait pas l’être. Il était toujours empli de la candeur et l’innocence d’un enfant. Elle l’aimait pour ça, pour le sentiment qu’elle avait en se lovant dans ses bras en sachant qu’elle ne risquait rien. Mais c’était également son plus grand ennemi à l’instant. Il refusait de voir qu’elle était létale pour lui. Il résistait à ses explications et elle se sentait bientôt à court de mots et de force. Le rejeter lui demandait bien trop d’énergie pour qu’elle tienne encore longtemps. Elle devait mettre un terme à tout ça, rapidement. Néanmoins accablée par la dimension que cela donnait à ses sentiments et à leur histoire, elle ferma les yeux. Elle ne pouvait plus voir l’expression défaite de Bastien. Des deux, il était celui qui avait le moins foi en lui, car elle savait qu’il avait le potentiel de tout être. Les seules brides qui le maintenaient, il se les imposait seul. Elle avait plus confiance en lui, qu’en elle-même. Mais elle ne pouvait pas le lui dire, car il se mettrait à espérer pour deux. Il n’y avait pas de chagrin d’amour qui ne guérissait pas.

Il se trouvait juste devant elle et elle refusait toujours de le regarder, fixant avec obstination le bout de ses pieds. Il la touchait et elle avait la sensation qu’elle pourrait volait elle aussi. Elle avait envie de prendre appui contre lui, et ne jamais se défaire de la pression de ses doigts sur sa peau. « ARRETE ! » Elle rua soudain comme un cheval, s’écartant de lui parce qu’elle ne pouvait pas réfléchir correctement lorsqu’il se trouvait aussi près. Elle lui tourna le dos, portant sa main à sa joue pour en chasser le fantôme de ses caresses. Elle se rendit compte que sa main tremblait. Pour une fois son corps la trahissait plus aisément que son esprit.

« Pourquoi est-ce que tu refuses de voir que c’est ce que nous avons toujours été ? J’ai toujours été un poison et toi… tu es trop naïf. » Elle eut un rire amer, se passant la main sur le visage pour rassembler ce qui lui restait de volonté. Il grignotait sa résistance, petit à petit, avec ses airs tendres et sa main tendue. Mais elle ne pouvait pas se reposer sur lui encore une fois. « Si je t’arrachais les plumes unes à unes tu trouverais encore le moyen de me pardonner. Tu veux savoir comment on en est arrivés là ? Tu ne m’es plus d’aucune utilité. Et je ne peux rien y faire si c’est une vérité qui ne te plaît pas. Tout n’est que mensonges, toujours. Il n’y a rien à sauver, puisqu’il n’y a jamais rien eu. Tu te perdras à vouloir faire confiance aux autres d’avantage qu’à toi. Et maintenant… » Elle chargea vers lui comme une furie, le frappa au torse pour le faire reculer vers la porte, à plusieurs reprises. « Dehors ! DEHORS ! » Le dernier cri la coupa de ses forces et la laissa hagarde un temps. Mais elle ouvrit la porte et le poussa dans le couloir, soutenue par une force surnaturelle. Elle claqua la porte avant de lui donner le temps de réagir. Elle se laissa glisser le long du battant, jusqu’au sol, mais eut la sensation que la descente était bien plus infernale. Elle savait que les larmes suivraient, mais pour l’instant elle devait faire face au poids qui lui oppressait la poitrine et l’empêchait de respirer. Elle eut la sensation de deux mains se posant sur ses épaules, comme pour la faire tomber plus bas.


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MessageSujet: Re: You still owe me a reason [PV Abi]   Mar 12 Aoû - 21:24

A croire qu’il ne pouvait vivre que dans ses yeux. Quand son regard se désaxait, il se mettait à mourir lentement. Qu’avait-il de plus tragique que de s’effondrer sans témoins ? Pour quelqu’un d’aussi pudique que Bastien,  la réponse prenait une dimension disproportionnée. L’agonie silencieuse ne l’avait jamais terrorisé. Mais l’existence sans elle restait une épreuve qu’il ne pourrait jamais mesurer dans son entièreté car elle dépassait l’entendement. Cette année écoulée sans la moindre trace, lui avait tacitement enseigné qu’on pouvait très bien aligner les jours sans jamais les vivre pourtant. Des mois gâchés à tournoyer dans une routine insipide afin de créer des cercles, d’assembler un carrousel sans chevaux. Se reconstruire demandait une énergie qu’il ne possédait pas. Il puisait sa force de ses passions et si sa cause lui permettait de sortir de son lit tous les matins, elle n’avait jamais suffi à l’animer comme le faisait implicitement les doigts, le sourire et la prestance de son ancienne amante. Le français était convaincu que des milliards de personne avaient couru pour obtenir ce qu’ils avaient trouvé ce soir-là, au coin de cette rue sordide. Certains auraient payé des sommes folles, auraient vendu père et mère pour dénicher un centième de ce qu’ils avaient vécu. N’idéalisait-il pas encore la situation ? Oubliait-il une nouvelle fois tout ce que cette exaltation lui avait couté ? Sa fantasque relation ne se drapait pas autrement qu’avec des lambeaux. Il se croyait quoi exactement ? Prince d’un conte ? Chevalier d’une grande histoire ? Ne pouvait-il voir que si couronne et lauriers il y avait, ils avaient été dérobé à sa mauvaise foi et son incapacité à reconnaître l’échec - pire même la trahison ? Et pourtant, pourtant, il aimait cette tiare ébréchée, il aimait ses craquelures, ce bronze abîmé le temps, suintant de larmes et de sang. La lourdeur du métal, il la supportait pourvu qu’elle n’ait pas à la porter en retour. Mais pourquoi aurait-elle dû en subir le poids ? Il avait tout tenté pour que leur aventure soit aisée, que les chemins soient lisses afin que Ses chevilles ne souffrent pas mais en croyant lui éviter les embûches, il n’avait sûrement fait que creuser leur tombe, courbant docilement l’échine à chaque virage. Jusqu’à le rater finalement.

Ses doigts avaient à nouveau tenté de reprendre la route mais pour un accidenté, le traumatisme lui barrerait toujours le chemin. Il ignorait encore à quel point ce choc trouvait échos dans la poitrine voisine. Peut-être avait-il cru que son discours la ferait tanguer ? Peut-être avait-il cherché à réveiller son Abigaëlle ? Sans réaliser que cette dernière n’avait sûrement été qu’un gigantesque rêve qu’elle avait invoqué en le plongeant dans un coma idyllique. Ses yeux auraient aimé revendiquer les siens mais sa tête ne voulait plus se butter qu’au plancher. A croire qu’elle le pensait en altitude, à des lieux de là alors qu’il était bien là, à la bousculer pour la retrouver. Il allait pousser le vice, il allait enfreindre toutes les règles pour relever son menton mais Sa voix referma chaque porte enfoncée. Il se vit reculer pour mieux étreindre sa férocité. Elle les anéantissait. Il donnait un sens, elle lui ôtait. Elle lui arrachait tout des mains, de A à Z, elle ne lui épargnait rien. Elle déchirait chaque preuve, elle réduisait ses sentiments à des hallucinations étudiées. Sa douleur prit toutes les formes qu’elle put pour ne pas le faire tomber à même le sol, elle devint son oxygène et son sang. Il avait mal à chaque membre, souffrait de chaque cicatrice. Ses organes voulaient se saboter en chœur, un bel exemple de solidarité qui s’épuisait à commettre un suicide collectif. Il ne savait plus quelle partie de son être était dispensé de cette torture. Pas l’esprit, pas le corps alors quoi ? L’animal peut-être ? Celui-là se voyait congédier par sa maîtresse. Il était surement le premier à hurler dans son crâne. Mais la sorcière ne chercha pas à l’entendre. Ses intonations volèrent encore et encore en éclats, se fichèrent dans les artères du changeur et lui coupèrent la trachée. Vague destructrice, elle le repoussa jusqu’au seuil en prenant soin de le détruire avec ses termes, avec ses réalités afin qu’il ne veuille même plus lutter. Et cela fonctionna. Il se laissa entrainer par la marée, coula sans mal entre ses gestes et ses mots. Encore survivant de la catastrophe qui ne se sentait pas miraculé pour autant alors qu’il avalait encore l’eau salée à grandes gorgées. Il voulait en finir. Abandonner. Décéder.

Et la porte claqua aussi soudainement dans ce feu follet amer et ravageur. Le silence ensuite. Ses doigts tremblants remontèrent lentement sa nuque en quête d’un battement qu’il ne trouvait même pas. Sa compréhension ne voulait pas l’amener à la conclusion tandis qu’il fixait droit devant lui, la paroi qui le séparait de la rouquine. Face à cette surface en bois, la vérité se présenta sans vêtements. Elle était tellement bruyante, cette chienne de justesse, dans ce couloir trop grand pour contenir aussi peu d’âme. C’était donc ça ? Condamné à survivre dans des espaces qui ne pouvaient être comblé par elle ? Le métamorphe produit un son étrange qu’il eut lui-même du mal à supporter, un gargouillement étranglé qui ne pouvait même pas endurer son propre poids. Et si c’était vrai ? Et si elle ne l’avait jamais aimé ? Sa paume gauche coulissa avec frémissement sur les nervures de la fortification qu’elle avait érigé entre eux. Son front se perdit lui aussi contre cette surface, comme si il voulait apprendre à aimer ses remparts. Il ferma les paupières et compta ses chances de parvenir à partir comme elle l’exigeait. Il analysa froidement les probabilités, celles qui les éloignaient et celles qui les rapprochaient pourtant. Il n’arrivait pas à respirer dans une dimension où elle lui avait menti  sur toute la ligne. C’était sûrement pour ça qu’il ne parvenait pas à la croire. Sûrement par simple instinct de survie qu’il refusait de la penser insensible. On ne pouvait pas feindre à ce point ses émotions. Tout ça n’avait pas à être un beau désastre. Il tremblait encore quand ses intonations délabrées remontèrent avec cette acidité. « Alors pourquoi ? » La démence rendit hommage à son regard éteint pour le faire luire d’une façon inquiétante. Sa main se crispa contre la porte tandis qu’il reprit avec plus de force « Pourquoi est-ce que tu t’es donné tant de mal à me retrouver ? » Sa mâchoire se crispa tandis qu’il chassait ce néant dérangeant  tournoyant toujours plus dans ses entrailles. « Pourquoi est-ce que tu as autant mal pour me repousser ? » Elle n’avait même pas cherché à feindre l’indifférence, il l’avait senti, il l’avait contemplé. Cette observation se mua en conviction avec toute la force que le désespoir lui octroyait. « Je suis déjà perdu de toute façon. Et tu le sais. Je ne partirai pas d’ici. Abi, je refuse d’adhérer à ton discours. Tu m’entends, JE REFUSE ! » Toute sa détermination se démantela aussi vivement et il se retourna pour mieux glisser à son tour le long de la paroi. Ses mains cueillirent son front alors qu’il se repassait en boucle la texture de sa voix et la contenance létale de ses propos. Son ténor brisé brima l’atmosphère une dernière fois. « Tout ça ne change rien. Rien au fait que moi… Moi, je ne t’ai jamais menti…  Jamais. » Et puis, il se tu. Meurtri, recroquevillé sur ce carrelage froid et impersonnel, à supplier son bourreau de le reprendre et de continuer à abuser de lui comme elle le faisait si bien. Tout ça parce qu’il ne voulait pas affronter sa douleur. Tout ça parce qu’il était trop peureux pour se rendre à l’évidence. Il avait été dupé depuis peut-être le début.  

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MessageSujet: Re: You still owe me a reason [PV Abi]   Mar 12 Aoû - 23:57




Un cri muet s’extirpa de ses lèvres, déformant son visage avec tant de férocité que ses traits auraient fait trembler les plus courageux des hommes. La créature qui se tenait devant elle l’agrippa par la mâchoire, ses ongles noirs et crasseux s’incrustant dans sa peau, et il aspira le peu qu’il restait d’elle pour ne laisser qu’un vide incommensurable en elle. Elle sentit le contact de ses lèvres, froides et gercées, bien après que l’illusion l’ait relâchée. Car ce n’était au fond que le reflet de la douleur qu’elle ressentait, matérialisée par la folie qui affleurait son être, comme un démon qui venait frapper à la porte chaque nuit, et qui voyait doucement la résistance de sa victime s’amenuiser. Elle tomba au sol, sa joue contre le bois chaud et poli du parquet de prix, si parfaitement travaillé que le bois semblait encore pulser de vie. Avidement, des liens se nouèrent à chacune de ses articulations. Liens auxquels s’ajoutèrent des poids qui la clouèrent sur place. C’était l’effet provoqué par l’absence de Bastien. Chaque fois elle avait dû lutter contre ce qui pesait sur ses épaules pour se lever et faire ce qu’elle voulait s’obliger. C’était si harassant, que parfois la créature venait la soutenir et elle se laissait porter comme si elle n’était plus rien qu’un pantin désarticulé, tenu par des fils de marionnette.

Le silence aurait dû s’étirer, et l’envelopper entièrement, mais la voix de Bastien résonna derrière le panneau de bois et elle se sentit tirée vers le sol avec plus de force encore, comme si on cherchait à l’écrasait. Ses ongles s’enfonçant dans le bois tendre, sa bouche prenant le goût de sang, elle hocha la tête faiblement alors que la créature la défiait du regard d’ouvrir seulement les lèvres. Pourquoi le retrouver ? Parce que sa douleur était au moins aussi égale à la sienne sans sa présence, voilà pourquoi elle l’avait cherché. Avant de se détruire à petits feux, elle avait eu besoin de constater de ses propres yeux qu’il continuait d’exister. Il avait fallu qu’elle se rassure en sentant la chaleur de sa peau sur ses doigts, qu’elle entende le courant de sa respiration. Un geste égoïste mais elle se niait ses véritables besoins depuis trop longtemps. Pourquoi le repousser ? Parce que les mots tissaient un dessin immonde de ce qu’elle avait été pour lui. Parce que sa cicatrice l’accusait mieux que n’importe quel procès. Il ne pouvait pas exister autour d’elle sans qu’elle l’empoissonne. Et elle aurait voulu qu’il le comprenne, qu’il arrête de lutter et de les faire souffrir tous les deux. La vérité devait être un baume suffisant, car c’était tout ce qu’elle avait à offrir aujourd’hui. La main, macabre bout de chair froide, glissa dans ses boucles fauves, puis serra le poids au point que son cuir chevelu lui faisait mal et de sa voix désincarnée, elle lui souffla, bien sûr, tu es à moi maintenant. Si elle avait perdu de la force au moment où Bastien avait crié depuis son côté de porte, elle était maintenant plus forte que jamais, s’infiltrant partout, dans chaque fibre de son être. Elle devenait la chose.

« A l’instant… » Répondit-elle, mais elle ne savait même pas si sa voix avait la force de parvenir à l’oiseau. Peut-être devait-elle faire confiance à son instinct animal, ou ce lien d’acier qui existait entre eux. « Tu as mentit à l’instant. Tu as dit que tu partirais sans discuter. Et c’est un mensonge. Pourquoi est-ce que tu dois faire ça ? … » Une larme roula sur sa joue, noire, laissant une traînée grise sur son derme ivoire. Sur le bois elle s’étendit, devenant toujours plus grosse, et doucement Abigaëlle eut l’impression que le sol était en train de l’avaler, comme si elle s’enfonçait dans un sable mouvant, noir et épais. Et elle ne pouvait pas bouger, elle ressentait toujours la morsure des liens qui soutenaient les poids et la main de la chose pressée contre ses reins qui la maintenant en place.

« Si tu pouvais seulement voir avec mes yeux, Mon chéri. Il ne reste rien que du vide, et une telle obscurité… » Elle trembla, se rappelant la sensation de frayeur extrême qui l’étreignait chaque fois qu’elle regardait au fond de ses yeux. « … Comme un brouillard… si épais qu’il tombe sur ma peau comme de la pluie. Il n’y a pas un son qui filtre. Pas même les battements de mon cœur. Rien que ces ténèbres. Et avant que je puisse faire le moindre mouvement, je me rends compte que ça vient de moi. Et je ne peux pas l’empêcher. Je ne sais pas comment on fait. » Souffla-t-elle, alors que le démon la toisait, puis esquissait un sourire, ses prunelles comme de l’encre. Elle s’enfonçait toujours plus dans le marasme abyssal. « Je suis devenue aveugle à la lumière. Plus rien n’a de goût. Je ne sens même pas le soleil sur ma peau. Et tu ne mérites pas ça. Ni de m’entendre parler aux murs, ni d’avoir les ailes coupées. J’ai peur Bastien. J’ai peur de ne pas arriver à m’empêcher de te faire du mal. Encore et encore et encore… Tu crois qu’il y a une limite dans la haine qu’on peut ressentir pour soi ? Moi je n’en vois plus la frontière… Comme… Comme… s-… » Elle se noyait. La main de la chose se referma sur sa gorge, lui coupant la respiration.


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MessageSujet: Re: You still owe me a reason [PV Abi]   Mer 13 Aoû - 22:09

Entre ses paumes, sa tête se décomposait mais ce phénomène semblait tristement dérisoire quand on le comparait à ce qui se passait à l’intérieur de sa cage thoracique. Tout son être était aspiré par ce qui rugissait de l’autre côté de la porte, extraction malvenue qui le privait de toute substance. Captif de son propre corps, torturé par sa mémoire, il ne savait plus qui d’eux deux le faisait le plus souffrir au fond. Peut-être n’étaient-ils qu’une seule entité de toute façon ? Et une fois encore, il  ingérait la douleur  pour deux. Quadruple peine si on comptait les ravages derrière la paroi. Habitués aux mélodrames ? Oh on aurait pu le croire mais Bastien ne s’y faisait pas, lui. Même lorsqu’elle l'avait condamné à devenir cette chose pathétique destinée à assouvir ses projets, il ne s’était pas senti aussi minable. Perdre sa seule conviction encore intacte le déchirait littéralement. Depuis tout ce temps, il avait accepté les ratures, les injustices parce que tous ces manquements restaient terriblement protégé par cette immense  certitude, cette aile repliée sur les derniers pans de chair non martelée par les épreuves. Celle d’être au moins un peu aimé par elle. Si elle lui reprenait ça, que restait-il ? Juste les ecchymoses et son millier de cris dans le crâne. L’oiseau voulut se redresser, annihiler cette chute pour faire front mais ses doigts tremblants heurtèrent le bois quand Ses intonations se juxtaposèrent à sa respiration bruyante. Il ne remua plus, il se laissa mourir en silence. Avait-il donc menti en lui promettant de s’écarter ? Oui et non. Si elle n’avait pas mis autant d’énergie à le chasser, sans doute aurait-il respecté sa volonté. Mais comment la quitter en sachant qu’elle n’est pas en paix avec cette décision. Pensait-il donc à elle à nouveau ?  Qu’il se regarde dans ce carrelage luisant, qu’il admire l’œuvre de celle qui ose l’accuser d’un Mal secondaire.

Trop soucieux de la dévastation voisine, il ne prit pas la peine de se pencher pour réaliser sa propre perte. Il ne savait s’occuper que de la tragédie d’autrui de toute manière. La sienne, il l’écrivait en niant ardemment tenir la plume. Renverser l’encre fût une option mais définitivement pas une solution. Pourquoi faisait-il ça en effet. Abigaëlle avait posé une question pertinente mais la réponse resta calée au fond de son larynx. Comment étaler ses sentiments à quelqu’un qui lui recrachait les siens de façon éhontée? Ses paupières s’amusèrent à chasser son décor, pour se convaincre tout aussi sûrement de n’être qu’en plein cauchemar avec tous les monstres qu’il comportait. La tirade de la sorcière se trouva être la pire créature qu’il croisait au détour de ce mauvais rêve. Sa détresse lui cloua les bras ) la surface qui les séparait encore. Crucifié à même sa porte et pourtant, ce n’était pas lui le martyr à cet instant. Son affliction, Son vide l’emporta et il força ses jambes à le soutenir. Il ne pouvait pas rester là à l’écouter s’effondrer. Elle s’enlisait dans des marécages trop épais et si il ne faisait rien, elle risquait d’y laisser sa vie. Cette évidence s’imposa. La dernière phrase de son interlocutrice resta en suspens, hachée par un hoquet étrange. Les mains du voleur étaient déjà sur la poignée quand une masse difforme et sombre accula ses semelles. Dès lors il ne s’agissait plus d’eux mais d’elle. D’elle qui perdait le contrôle. Son désarroi devint panique. Ses doigts crochetèrent très maladroitement la porte et plus l’hallucination se compactait à ses chevilles, plus il tremblait. A bout de force et de nerf, il ficha deux grands coups dans la parcelle de bois et réussit à entrer.

La rouquine était juste là, derrière. Le spectacle qu’elle lui infligea, le fit tomber à genoux aussi sèchement. La symbolique devint un poids sur lui et il tourbillonna longuement entre des lames aiguisées, prêtes à dévorer sa carcasse.  Il ne savait pas comment chasser un mirage mais son instinct fit le reste du chemin quand sa réflexion succomba définitivement à cette vision.  Ses mains encadrèrent la carrure échouée de la jeune femme, outrepassant l’illusion et la remontèrent prudemment pour la sortir des eaux troubles. Ses bras l’entourèrent aussi vite, d’un mouvement machinal alors qu’il calait contre lui avec le plus grand soin, la protégeant des démons qu’elle s’inventait. Il ne cessait de se mordre la lèvre pour canaliser cet affolement forçant des convulsions sur ses membres. Elle avait besoin d’aide. Elle en avait toujours eu besoin. Comment avait-il pu l’abandonner ? Lui aussi avait besoin qu’on le soigne mais il ne le réalisait même pas. Mémoire de moineau. Ses doigts circulèrent dans Sa chevelure flamboyante alors qu’il cherchait son souffle. Quand son ténor perça le drame ambiant, il fût excessivement rude. « Ca suffit. Ca suffit maintenant. Tu vas me laisser t’aider. » Il raffermit sa position en faisant basculer le visage de sa créatrice pour obliger ses yeux à saisir les siens. « Laisse-moi être ton rempart. Laisse-moi être ton filet. Arrête. Arrête de mentir. » Ses pouces roulèrent sur ses pommettes avec douceur. « Abigaëlle… Tu n’es pas seule. Tu ne l’as jamais été. Je suis là.» Sa bouche cueillit lentement la sienne et se retira assez vite. « J’ai toujours été là. » Sa main s’empara de la sienne. « Je ne te laisserai pas sombrer. » Une belle promesse qu’il scella en l’étreignant avec plus de hargne encore. Pour qui se prenait-il ? Sauver sa vie ? Alors qu’il ne parvenait pas à gérer la sienne ? Il tirait une force inouïe de leur mal être ce soir. Et plus jamais, il ne pouvait détourner ses yeux maintenant qu’il l’avait vu retourner ses pouvoirs contre elle. Il ne savait pas encore comment il allait s’y prendre en toute honnêteté mais il s’en fichait. S’il lui arrivait quoique ce soit, il ne pourrait pas se le pardonner. Parce que son existence était reliée à la sienne. Depuis l’accident ? Depuis toujours. Pour quelqu’un qui ne cessait de jurer par l’éphémère, c’était plutôt ironique. Mais Abigaëlle l’avait transformé bien plus qu’elle ne pouvait l’imaginer et pas seulement que par sa nature ou son attitude. Elle lui avait donné une raison d’exister. Et ces choses-là étaient bien plus fortes et constantes que toutes les peines qu’elle lui infligerait.

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MessageSujet: Re: You still owe me a reason [PV Abi]   Dim 7 Sep - 18:18





Le liquide épais et sombre engluait sa trachée et le goût de la tourbe et ferreux de la terre envahit son palais, lui laissant penser que la terre nourricière qui l’avait fait naître cherchait à l’avaler de nouveau pour lui nier son existence. Elle ne voyait rien, dans les yeux de la créature, qu’un abysse terrifiant parce qu’il était le reflet de ce qu’elle nourrissait en elle. Dans la panique, la douleur, elle oubliait les choses dont elle était capable, elle en oubliait Bastien et cet amour fou qu’elle lui portait et qui aurait dû étinceler en elle. Elle savait que c’était parce qu’elle l’avait trahi, bafoué, vendu à des tourments étrangers. Elle avait emprunté un mauvais chemin et elle était maintenant tellement perdue qu’elle ne savait plus faire demi-tour, ni lire les pancartes rencontrées. Si elle s’y acharnait, les inscriptions devenaient illisibles, gravées en des caractères qu’elle ne comprenait pas. Il n’y avait qu’une issue, et elle se la refusait pour Son bien. Ce n’était pas un signe de l’amélioration de son état, mais de la perte d’un combat mené de longue haleine. Et la créature, elle, ne cessait de lui chanter sa joie à l’oreille.

Il y eut un moment où elle sentit qu’elle devenait plus faible et qu’elle perdait de son emprise et le visage de Bastien se dessinait à nouveau dans son champ de vision. Elle craignit qu’il ne soit qu’une illusion lui aussi jusqu’à ce qu’elle sente ses paumes l’agripper et la sortir du marasme dans lequel elle se piégeait. Sitôt qu’il avait franchi la barrière opposée par la bête, elle s’était dissoute en un rien alors qu’elle avait senti la force de sa poigne sur sa gorge comme si elle eut été possédée par la force de dix hommes. Elle se retrouva sauve, dans les bras du métamorphe, tâtant de la paume le sol redevenu chaud et tangible. Elle reprenait son souffle à grande goulées paniquées pour ne plus sentir sur sa langue que le goût de ses larmes. D’une main tremblante, elle essuya l’humidité sur ses joues, et n’y trouva plus une trace de la glue noire dans laquelle elle s’était enfoncée. Doucement, il n’y avait plus que les répercussions du palpitant de Bastien à son oreille, et le parfum subtil de cigarette, de cuir et de quelque chose d’indéfinissable qu’il charriait toujours avec lui. Elle se fit petite, sous le tonnerre assourdissant de sa voix, saisie par la force qu’il dégageait en cet instant, et soumise à elle. Elle pressa ses lèvres blêmes l’une contre l’autre en une moue contrite, et abaissa les paupières comme pour abdiquer face à lui. Ses doigts s’agrippèrent à sa veste, froissant le tissu avec une force dont elle ne se croyait plus capable l’instant d’auparavant. Il la bascula pour qu’elle croise son regard et pour la première fois depuis des années elle ne chercha plus à lutter. Elle y plongea même avec un certain soulagement, se laissant submergée parce qu’elle pouvait y lire mais qu’elle ne voulait déchiffrer pour le moment. Elle accueillit son baiser comme un second souffle, voulant se convaincre cette fois que ce qu’il disait était vrai, qu’il serait là pour elle et qu’il réussirait à tenir loin les démons qui rongeaient sa conscience. Elle enlaça ses doigts aux siens, tandis qu’elle posait son autre main contre la sienne et la ramenait contre son cœur, l’étreignant avec force. Elle n’avait besoin que de cela pour l’instant, sentir son cœur battre contre sa paume.

« Après tout ce que j’ai fait, je ne devrais pas attendre ça de toi. » Elle pressa ses lèvres contre les doigts joints. Elle n’avait aucune assurance que cette part sombre d’elle n’ait pas pris entièrement le pas sur sa personne. Elle avait cessé à vrai dire de se voir comme un être humain au cours des derniers mois. Elle n’était plus qu’une série de gestes, un but à atteindre puisqu’elle avait perdu toute attache. Et voilà qu’il se rappelait à sa mémoire, et qu’elle sentait de nouveau sous ses côtes la tirailler, ce lien qui les reliait. Maintenant elle se sentait douleur et effroi, et elle se consolait en se disant que c’était un pas fait vers sa conscience. « Comment est-ce que tu peux encore me regarder comme ça ? Tu sais que de nous deux c’est toi le plus fort ? J’ai tout fait pour que tu courbes l’échine et c’est encore toi qui me sauve. » Elle esquissa un sourire, presque lumineux, qui disparut aussitôt. Libérant sa main, elle se hissa pour entourer son cou de ses bras et le presser contre elle, cherchant à se fondre en lui. Ses doigts flirtèrent à la naissance de ses cheveux alors qu’elle déposait une myriade de baisers dans le creux de sa nuque, calmant peu à peu les tremblements qui agitaient son corps. « Promets-moi qu’il ne reviendra pas… » Souffla-t-elle alors qu’elle s’accrochait soudain à ses épaules avec plus de force. « Ii-il… Je me fais peur… »
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MessageSujet: Re: You still owe me a reason [PV Abi]   Lun 15 Sep - 22:10

Il avait beau déployer une force terrifiante ce soir, son anxiété ne se trouvait pas très loin derrière la détermination. Et si le mirage reprenait ? Et si elle était définitivement piégée dans son propre esprit ? Bastien l’envisagea sérieusement durant les quelques secondes qui séparèrent sa ligne mélodique de la sienne. Et durant ce laps de temps, il eut l’occasion de se décomposer. Cette expectative le rendit partiellement fou. Il se mit à douter. De lui, d’eux, d’elle. Après tout, ce qu’il avait cru, ses belles convictions entraînées par et enchaînées à une idylle invraisemblable, tout ça ne valait plus rien parce qu’elle avait repoussé les limites. Elle avait attenté à son existence. Cette évidence s’insinua au pire moment. Quand il devait y croire pour deux. Bastien resserra sa prise sur elle avec l’horrible impression que la pression supplémentaire lui permettait de s’échapper un peu plus. Le premier mouvement qu’elle exécuta, lui contracta l’aorte. Il s’attendait au rejet encore une fois. L’oiseau se mit à reprendre son souffle quand elle noua leurs doigts. Le lien impalpable prit cette dimension croisée, concrète. Une entité. Le français cueillit sa phrase en plein vol et la salua d’un léger sourire un peu tordu, un peu triste. Ne pouvait-il apprécier ce semblant de lucidité ? Ne pouvait-il donc pas enfin réaliser les vérités qu’elle déclamait ? Toujours aussi perdu dans son regard, ça ne lui vint même pas à l’esprit de s’y pencher. Au fond, il restait en parfaite connaissance de cause. C’était un abruti consentant. Il devait vraiment aimer souffrir à ce stade. Il avait si peu d’estime pour ce qu’il était, qu’il comptait la relever ce soir et tous les soirs qui suivraient au détriment de sa propre santé mentale. Oh il vous répondrait sûrement que cette dernière dépendait du sort de sa sorcière. Le plus triste, c’est que ce fait s’avérait exact.

Ses lèvres rejoignirent leurs mains et arrachèrent un autre battement anarchique au métamorphe. Chaque contact tissait un peu plus de vie dans sa carcasse et il se rappelait de ça. De cette sensation particulière, de cette tendresse qui le réanimait d’un trop long coma existentiel. Avide, il poussa le vice à remonter une main sur sa nuque pour mieux jouer avec ses mèches flamboyantes à la suite. Ses mots ne trouvèrent aucun sens dans l’esprit du volatile. Le plus fort ? Il était le plus faible. Avoir fui et être revenu. N’était-ce pas un manque évident de volonté ? De bravoure ? S’il avait pu combattre dignement les tempêtes quelques années plus tôt, au lieu de courber l’échine, peut-être aurait-il pu la sortir de ses enfers. Peut-être qu’ils n’en seraient pas là, la joue fracturée et ses démons sur leurs bras. De bien des façons, il arrivait encore à se penser coupable. A croire qu’il ne savait faire que ça. Il avait l’habitude que tout déraille autour lui et il avait toujours cru en sa propre impuissance, à sa propre incapacité et donc par extension, à sa culpabilité évidente. De toute manière, il ne faisait pas de doute qu’ils étaient deux dans cette relation. Abigaëlle ne pouvait être la seule responsable. Cet homme était dénué à ce point de rancune  que lorsque sa créatrice le supplia, il baissa la tête pour rafler ses prunelles avec calme. Il n’aimait pas promettre. Promettre revenait trop souvent à mentir et il se refusait à cette exercice. Son existence n’avait été qu’une succession de couvertures multiples et de fuite. Il détestait ironiquement le mensonge parce que toute sa vie n'était déjà qu'une vraie farce. Il ne se l’infligeait qu’en cas extrême et jamais avec les personnes jugées importantes. Inutile de préciser que la rouquine en faisait tristement partie.

Alors qu’il tentait de mettre un nom, un concept, un personnage sur ce Il menaçant, il abandonna ces charges, ce mystère de plus, pour se focaliser sur sa dernière remarque. Ses mains toujours perchées dans sa chevelure retombèrent sur son dos et il resserra sa prise sur elle tendrement. « Je vais t’aider. » C’était bien là le seul serment qu’il pouvait tenir. « Je vais tout faire pour que ça ne se reproduise pas. » Les hallucinations. « Et je ne suis pas fort, Abi. Si je l’avais été, je n’aurais pas laissé la situation dégénérée. J’aurais compris que tu souffrais. J’aurais réagi plus vite… Je n’aurais pas dû… » Partir ? Mais combien de fois comptait-il revenir en arrière pour bafouer les semblants de fondation qu’il avait érigé cette année ? Il valait mieux ne pas connaître la réponse. Sa bouche revint effleurer la sienne comme pour marquer à nouveau l’entièreté de sa démence. Le voleur souligna la mâchoire de son ancienne amante de ses pouces et articula d’une voix à demi-mâchée par l’émotion. « Dis-moi… Dis-moi ce que je peux faire. Dis-moi ce que tu veux. » Finalement, il semblait plus largué qu’il ne le laissait croire. Elle se faisait peur. Que pouvait-il faire à ça ? Lui faire aimer ce qu'elle était ? Réussir à ce que la femme qui a abusé de lui, qui l'a défiguré et même presque tué, se réconcilie avec son reflet ? Mais ne réfléchissait-il pas ? N’agissait-il que sous chaque impulsion aortique ? Il fallait croire qu’il s’était bien perdu cet oiseau dans un ciel bien trop grand, englouti par une horde de nuages. Trop haut, trop loin pour discerner les ravages sur Terre. Mais l’atterrissage finirait par lui briser les ailes. En attendant, il décida que le plancher les avait assez accueillis pour la nuit. Il se redressa et emporta dans le mouvement sa comparse en la tenant par la taille. Une fois sur leurs jambes, il l’étreignit avec plus de conviction encore. « On trouvera des solutions. » Adorable ? Ecœurant et stupide. Aveugle et même suicidaire.  

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MessageSujet: Re: You still owe me a reason [PV Abi]   Sam 18 Oct - 17:06




Ce n’était pas cette brusque manifestation qui effrayait la rouquine. Non le mal était enraciné plus profondément en elle et ce qui lui faisait peur c’était la véritable nature de son âme.  Est-ce qu’elle s’en inquiétait seulement aujourd’hui ? Non elle avait simplement muré ses angoisses et ses interrogations pour qu’elles ne la freinent pas dans la mission qu’elle s’était octroyée. Mais ce n’était pas parce qu’on essayait de couvrir les dégâts qu’ils ne refaisaient pas surface à un moment donné. A force de frapper à la vitre de sa conscience, les démons avaient fracturé le verre et maintenant ils s’insinuaient dans chacune de ses pensées. Les retrouvailles avec Bastien avaient amplifiées le phénomène parce qu’elles avaient mis la sorcière face à la part d’elle qui la dégoûtait le plus et qui était capable de le blesser. Elle avait eu besoin de crever son absence, puis de se heurter au manque et enfin à son contact pour que tout cela lui éclate en plein visage. Elle avait peur de cette puissance, de ce pouvoir qu’il la laissait avoir sur lui. Et non, elle ne croyait tout de même pas à sa faiblesse supposée, parce qu’il fallait un courage exceptionnel pour arriver à pardonner comme il le faisait. Le souffle haché par l’émotion, par le calme qui l’enveloppait peu à peu, Abigaëlle se laissait porter par la lueur qui brillait dans le regard du métamorphe. Elle se donnait à lui complétement, lovée dans la chaleur de ses bras, elle exposait ses blessures et ses fêlures les plus intimes. Et, elle n’avait plus osé y croire, mais il lui renvoyait cet amour, cette passion. Il en faisait quelque chose de beau en lui extirpant ses épines, la rendant moins destructrice.

« Bastien… » Souffla-t-elle, fermant les yeux un instant alors que les confessions du français la mettait en souffrance. Il ne pouvait pas continuer à se blâmer ainsi. « On ne peut pas aider quelqu’un qui n’en a pas envie… » Elle ne lui avait pas laissé prendre cette place, elle avait étouffé dans l’œuf toutes ses tentatives de rébellion et elle l’avait maintenu dans l’illusion. Elle ne lui avait laissé aucune prise évidente à laquelle il puisse se raccrocher alors comment pouvait-il s’en donner la faute. C’était le fruit de son âme trop généreuse, trop humble et la sorcière n’était pas certaine d’être à l’origine de ses doutes en revanche. Des deux, il n’était pas celui qui avait eu de la chance dans cette rencontre. Il oubliait qu’il avait pris sous son aile une complète inconnue, qu’il l’avait soignée et aimée quand le reste du monde fermait les yeux sur son existence. N’en avait-il pas déjà fait assez ?

Elle laissa ses lèvres cueillir un autre baiser, le laissant doucement prendre à nouveau possession d’elle. Elle aimait cette façon qu’il avait de se l’approprier, de la toucher et d’un simple geste la faire se sentir bien. Ses prunelles vacillèrent sous l’hésitation alors qu’il l’interrogeait sur ce qu’elle voulait. Le mot était sur le bout de sa langue mais elle se serait trouvée mesquine et égoïste à le clamer à voix haute. Toi. Elle libéra quelque peu la main du français, la pulpe de ses doigts retraçant les lignes à l’intérieur de sa paume avec douceur, tendresse, renouant avec des gestes oubliés, des intentions niées. Un aveu muet. Mais est-ce qu’il y prêtait seulement attention ? Lui toujours prompt à lui balancer la tumulte de ses sentiments au visage, mais obstinément aveugle aux siens.

Elle suivit son mouvement vers le ciel, son corps prenant appui contre le sien alors qu’elle appréhendait encore que le sol puisse l’engloutir. Abigaëlle, doucement, s’appropria la forme de ses épaules, le jeu de muscle de ses bras alors que ses lèvres s’attardaient sur le dessin de sa mâchoire. Elle inspirait doucement son odeur, engloutie par le bien-être qu’il lui procurait. Quelques secondes auparavant, tout juste, elle était aux portes de la mort et maintenant… « Je sais que tu trouveras. » Elle ne se faisait pas confiance sur ce point-là et elle s’en remettait entièrement à lui, larguant une fois de plus un poids immense sur ses épaules. Elle suivit le tracé des veines sur son bras droit, ses ongles traçant sur sa peau des courbes invisibles jusqu’à son poignet. Ses doigts se mêlant aux siens, elle lui fit ouvrir le bras, comme une aile qui se déployait. « J’aimerais savoir voler comme toi. Tourner le dos à tout ça. » Tout laisser derrière elle en priant pour que ça ne la rattrape pas, encore… Puis elle se lova dans l’espace ainsi créé et de nouveau s’enveloppa de sa présence. Il lui semblait impossible de quitter ses bras à nouveau sans perdre l’équilibre. « Reste. » Le pria-t-elle, bien que ça semblait inutile. Même à terre elle luttait contre un semblant de contrôle, contre l’illusion de savoir ce qu’elle faisait.

« Tu te trompes quand tu dis que je ne crois pas en toi… » Elle osa, effleurer la cicatrice sur sa joue. « Tu te trompes… »

End.



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