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 « Vivre ensemble, c'est se meurtrir l'un l'autre. » [pv Azzura]

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« Le prodige et le monstre ont les mêmes racines. »

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↳ Citation : C'est de cela dont j'ai vraiment peur. D'être véritablement un monstre. Je n'ai pas envie d'être un tueur, mais je ne peux pas m'en empêcher.
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MessageSujet: « Vivre ensemble, c'est se meurtrir l'un l'autre. » [pv Azzura]   Jeu 24 Juil - 22:28




Mon regard se perd sur la steppe aride qui s’étend devant moi. La chaleur accablante n’aide en rien à rendre l’atmosphère moins étouffante et malgré les ventilateurs qui s’activent toute la journée je transpire allégrement dans cette veste de costume noire, et la chemise blanche qui la complète immanquablement. Mes habits ne varient guère en termes de couleur et de forme, je ne suis pas du genre loufoque, préférant de loin la sobriété luxueuse à l’excentricité indigente. Je ne supporte pas, de toute manière, l’exubérance sans goût. Les couleurs, les images véhiculées par quelques touches précisément placées, les textures mêmes, je les harmonise sur mes toiles avec la rigueur militaire de mon enfance, et les envies, les lubies, de l’artiste. Un désordre ordonné, un chaos agencé avec une logique palpable, le loup m’offre ce qui est si difficile à appréhender pour les êtres humains : l’infinie beauté de l’indescriptible. C’est plus une affaire de sentiments voire simplement de sens, que de compréhension. Et cette steppe aride ponctuée d’immeubles, de routes, de trafic et de vie, que je contemple sans émotions depuis près de deux heures du haut de mon bureau récemment malmené, n’est rien de plus qu’un désert peuplé. Des briques, des blocs métalliques, quelques kilomètres cubes d’asphalte patiné et un peu de verdure. Du mouvement sans souffle, de l’agitation sans but. Du vide. Cette steppe que ceux de cette époque appelle ville est vide de cette âme que confère l’artiste à toutes ses créations, de cette âme à laquelle je suis sensible malgré moi. Et après, on s’étonne que je me complaise dans la peinture et que je sois à ce point perfectionniste. L’absence de beauté voire simplement de naturel dans le paysage qui s’offre tous les jours à moi blesse mon âme d’artiste, et sans me mettre en colère – ce qui est assez étrange vu mon caractère – cela me rend juste nostalgique de mon époque, si archaïque. Je soupire.

Un toussotement discret dans mon dos me fait froncer les sourcils et m’arrache à la large vitre du bureau. Lentement, je me retourne pour considérer l’importun. Sa carrure, sa tenue, le badge qu’il arbore à la poitrine, cela me suffit pour savoir à qui j’ai affaire. Un ShadowHunter déguisé en garde du corps, voilà qui est risible. Nonchalant, je m’adosse à la baie vitrée, bras croisé sur la poitrine et sourcil arqué dans une courbe interrogatrice. Que veut-il ? Je ne compte pas le lui demander à voix haute, s’il est bien dressé il comprendra ma question dans ma posture patiente et narquoise. Les secondes s’égrènent et rapidement le voilà qui me tend une enveloppe. « Monsieur, on me fait vous parvenir ceci. » Mon sourire fond en une moue intriguée, et j’attrape l’enveloppe, l’auscultant du regard à la recherche d’un indice. Le temps que je m’approche du bureau pour prendre mon coupe papier, l’homme n’a pas repris ses explications et mon « Et ? » agacé résonne dans la pièce avant de s’éteindre brutalement lorsque mes yeux parcourent l’autorisation. L’autorisation. Enfin. Je ne suis pas dupe : ce n’est rien de plus qu’un susucre que l’on donne à un chien qui a bien fait son travail, mais il serait stupide de ma part que de ne pas en profiter. Malgré toutes les protestations de mon orgueil, je m’étonne de voir que je n’hésite pas une seule seconde. « Nous y allons tout de suite. Appelez mon chauffeur, vos larbins, vous serez en bas et prêts à partir dans dix minutes. » Ce n’est même pas un ordre, et encore moins une question. C’est un fait, et il serait de bon ton pour cet ahuri qui écarquille les yeux qu’il s’en rend rapidement compte. Je sais que je ne paye pas de mine, à première vue. Je n’ai jamais été particulièrement enveloppé, ma silhouette malingre sur laquelle flottent des habits pourtant cousus sur mesure semble facile à briser comme un fétu de paille dans les couvercles de poubelle qui constituent ses mains, mais je me sais tout à fait apte à le mettre à terre en quelques secondes si jamais il devient dérangeant. Un coup à la carotide avec la rapidité et la précision du loup, et il ne se relève pas. Un sourire amusé né à mes lèvres à cette pensée, et je sens presque comme une pointe de regret lorsqu’il s’exécute. Visiblement, en plus d’être bâti comme une armoire à glace, cet imbécile a même quelques neurones qui fonctionnent. Une recrue de choix pour Ezio, ricane le loup ; un crétin de plus murmure l’homme. Un coup de fil à ma secrétaire, et deux de mes hommes m’attendent en bas. De toute évidence, mon cher ami à la tête de l’Etat accepte de me laisser récupérer Azzura 48 petites heures, mais ne va pas jusqu’à me faire confiance en m’imposant une demi douzaine de militaires comme escorte. Je ne suis pas dupe sur ce point là non plus, mais comme un peu plutôt, il me faut bien faire avec et je ne m’attarde pas plus longtemps sur ce point. Il veut qu’une escorte m’accompagne ? Et bien soit. J’y mêle certains de mes hommes qui, eux, ont l’avantage de ne pas trop réfléchir à ce que mes ordres ont pour conséquence en y obéissant immédiatement. J’ignore un peu comment j’ai leur respect, mais je l’ai et c’est le principal.

Les deux gorilles qui m’attendent en bas du Government Building mettent encore plus en lumière la finesse de ma silhouette et je lève les yeux au ciel à cette pensée. Si je doute de pouvoir les mettre à terre, eux, je n’en reste pas moins leur Officier supérieur. D’un regard, nous nous mettons en route vers le parking où m’attend mon chauffeur, remplacé pour l’occasion par le cerbère précédemment rencontré, que je toise d’un sourire narquois. « Ca ira, j’ai déjà mon escorte et ce n’est pas moi que vous devez surveiller. Dégagez… » Sans un regard supplémentaire – qu’ils m’obéissent n’est toujours pas une option – je me glisse dans la voiture pendant qu’un de mes hommes montent à l’avant pour jouer au conducteur. En quelques minutes, la voiture démarre et s’insère avec douceur dans le trafic routier. Et je m’envole dans mes pensées, vers le papier qui me brûle dans ma poche malgré le tissu qui l’isole. Je vais la voir. La voir. Quelques fractions de secondes, quelques fragments d’éternité semblent me séparer d’elle. Toutes mes tentatives pour passer outre l’interdiction formelle de mes supérieurs se sont révélées des échecs. Passer mes nerfs sur Ezio dans l’espoir d’en apprendre un peu plus, futile. Même si ça a fait un bien fou au loup en colère et à l’homme paniqué sur le moment. Même si c’est peut être l’élément déclencheur de cette autorisation. Même si… Je ferme les yeux, m’appuyant contre la fenêtre.

Je n’angoisse pas, non. Je suis bien au dessus de ça. Je ne suis pas nerveux. Non plus. Pour quelle raison le serais-je ? Je n’ai pas à craindre qu’elle me repousse, qu’elle me rejette, non ? Qu’il est charmant, ce pays du déni dans lequel je m’enfonce… Autorisation de sortie donc. Deux jours. Surveillés. Lieu clôt. Ma résidence, de toute évidence, et je fronce les sourcils dans mes pensés, à l’idée de sa réaction plausible lorsqu’elle verra ma villa. Sûrement de l’exaspération. Du sarcasme. Je le saurai bien assez tôt puisque déjà la voiture ralentit. Une boule se forme dans ma gorge lorsque je sors du véhicule. Comme précisé sur le papier que l’on m’a remis, elle est déjà là. A quelques pas de moi. Dans ce véhicule d’un blanc sale, bariolé de sigles psychiatriques. Mes cerbères sont déjà à l’entrée de ma propriété, à ouvrir les portes, pendant qu’un de mes deux hommes se renseigne auprès du personnel soignant. Moi, je n’ai d’yeux que pour elle. Elle. Machinalement, mes doigts se glissent dans mes cheveux noirs pour les remettre en place, et réajustent dans un même mouvement ma cravate et les manches de mes chemise et costume. D’une voix sèche, ajustée d’un mouvement vif et explicite de la main, je congédie le personnel soignant, ignore les hommes du Gouvernement, ordonne d’un regard à mes deux subordonnés de faire en sorte que nous ne soyons pas dérangés et… ignore quoi lui dire. Je reste une seconde face à elle, la gorge sèche. Les mots me fuient, je lui tends seulement une main, en ayant que très peu conscience de voir mes ordres être exécutés comme il se doit. Finalement, je lui offre un petit sourire amusé, laissant paraître bien plus que je ne le souhaite de ce soulagement qui m’habite à ne serait-ce que la voir.

« Princesse, si vous voulez bien me suivre… » Je lui tends une main ouverte, saisis la sienne sans attendre et l’amène à l’intérieur de ma propriété alors que d’un geste autoritaire de ma part, on en ferme le portail pour nous isoler. Un peu. Les jardiniers et femmes de ménage s’activent encore pour garder propre la trop grande surface habitable que les architectes m’ont offert en voyant la fortune que j’avais à dépenser. Je l’ausculte du regard, cherchant avec une inquiétude que je cherche à camoufler des traces de blessures.



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MessageSujet: Re: « Vivre ensemble, c'est se meurtrir l'un l'autre. » [pv Azzura]   Jeu 31 Juil - 20:28

L’expression de dégout transparaissait toujours sur son visage, alors que l’odeur de sueur et des fluides corporels s’infiltrait dans ses narines. Les malades étaient tous agglutinés au fond du salon. Le son de la télévision suffisait à peine à masquer leurs gloussements. Les fictions diffusées n’éveillaient pas son intérêt. Les personnages principaux, dénués de saveur, pleurnichaient pour un rien. Pendant que des cadavres mutilés jonchaient le sol, ils mettaient leur histoire d’amour au premier plan. Ces images dégoulinantes de niaiserie agressaient ses rétines. Elle réagissait au quart de tour, face à ces tentatives de manipulation. Les membres du gouvernement plongeaient les citoyens dans une douce somnolence, les balles tirées déchirant les cuisses d’une pluralité de victimes dans l’indifférence générale. Installés confortablement dans leur canapé, ils ne se pressaient pas pour aller sur le terrain. Pas plus que les gardiens  qui couraient dans la nature et riaient à gorges déployées, en se moquant ouvertement des patients qui avaient toujours vécu dans la misère ; ou des détenus condamnés à être pendus. Une absence totale d’empathie qui ne lui était pas étrangère. Les yeux emplis de fureur, elle préméditait chacune de Ses réactions. S’il avait franchi le seuil de l’hôpital, il se serait immobilisé, face au spectacle de désastre qui se serait joué devant ses yeux. Avant d’esquisser un léger sourire amusé. Des suppositions douloureuses qui la faisaient grogner de rage et qui lui donnaient envie d’arracher Son épiderme. Prise d’une folie subite, elle donna un coup de pied dans les débris de la première chaise qui croisa son chemin. Un gardien ronchon sortit une paire de menottes de sa poche et la retourna sur le ventre sans ménagement. « Tu as gagné. Salle d’isolement ». Elle poussa un juron à voix haute, entre deux soupirs de douleur et de frustration. Rancunier, il la frappa d’un puissant coup d’épaule dans l’estomac. « Hé, doucement ! Nous avons reçu une autorisation de sortie. Ils la veulent saine et sauve ». Elle essaya vainement de dégager ses bras, avant de lever les yeux vers son sauveur. Matthew O’Connor. Le seul médecin qui lui lançait des regards empreints de sagesse et de compassion. Il la considérait comme un être humain à part entière. Lorsqu’il l’examinait, ses questions ne restaient jamais sans réponse. Il écoutait ses plaintes avec intérêt. Lorsque le manque lui déchirait les entrailles, il avait toujours le mot pour rire. A certains moments, il lui permettait d’oublier à quel point Son absence la dévastait. Habituellement, les sujets de conversation ne manquaient pas. Paralysée par la peur suite à l’altercation, elle ne décrocha pas un mot. Egalement secouée par l’annonce, les yeux arrondis de surprise.

« Ils vont venir me chercher… ». La lueur qui soulage et qui réconforte après plusieurs mois d’agonie. Une perle d’eau salée dégoulina le long de sa joue. Le moment tant attendu était enfin arrivé. Rafaele ou Cora allaient offrir à son corps l’oxygène dont il avait besoin pour continuer sa route. Le vent de la liberté soufflerait lorsqu’elle arpenterait les rues de la Nouvelle Orléans. En tant que sorcière aigrie, elle enfilerait sa chemise de nuit blanchâtre, trouée à plusieurs endroits, et déverserait son flot d’amertume et de colère. Les critiques fuseraient, lorsqu’elle découvrirait ce nouveau monde. Des grattes ciel à perte de vue. Un bitume déjà noirci. Une tour de verre en construction. Elle prit place sur la banquette arrière de la voiture, les bips sonores lui vrillant les tympans. Finalement, elle prêta peu attention à l’environnement extérieur, les paupières fermées pour filtrer une partie des informations sensorielles qui s’immisçaient dans son système nerveux. Un sifflement la sortit de sa léthargie. Arrivée à destination, elle examina la bâtisse en grinçant des dents. Elle marmonna des injures à l’égard du propriétaire. Elle rencontra alors deux yeux clairs. La mâchoire crispée et le cœur lourd, elle saisit Sa main pour ne pas perdre l’équilibre. Son rire moqueur traversa la rue. « Si j’appartiens à la catégorie sociale la plus élevée, tu as l’allure d’un domestique. Je prendrai un seul sucre dans mon café ». Elle avait honte, pourtant. L’odeur de crasse incrustée empoisonnait probablement Ses poumons. La mine plus impassible que jamais, elle inspecta chaque recoin. Manquant de trébucher sur la femme de ménage qui lessivait le sol. Elle souffla d’exaspération. Il avait pour habitude de réduire les personnes au rang de simple objet. Susanna et elle y comprit. Sa mort pouvant assouvir sa soif de vengeance, peu importe les conséquences. « Au fait. Je ne suis pas un sac de marchandises qu’on achemine chez l’acheteur. Tu tentes certainement d’échapper à ton train-train quotidien, monotone et routinier. Je préfère avoir les bras couverts de bleus à cause des piqures, que de séjourner chez un peintre de pacotille qui projette d’éliminer ma propre sœur ». Elle se heurta bien volontiers à son coup d’œil désobligeant.

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MessageSujet: Re: « Vivre ensemble, c'est se meurtrir l'un l'autre. » [pv Azzura]   Dim 3 Aoû - 1:16




Cela fait des semaines que j’attends ce moment. Depuis que je l’ai vue partir sous mes yeux, suivre Ezio, depuis notre dernière conversation – et dispute puisque les deux sont visiblement vouées à être liées. Depuis que je dors que mal, aussi. Depuis des semaines. Et elle est là, bien tangible, devant moi. J’ai l’impression que ma voix est étouffée dans du coton lorsque je fais le ménage autour de nous à coups d’injonctions qui ne laissent aucune place à l’interprétation ou l’improvisation. Qu’ils obéissent, un point, c’est tout, je leur épargne la peine de réfléchir. Moi, je tends une main à Azzura en espérant qu’elle ne la rejettera pas. Ses injures, je n’en ai que faire : je ne les entends pas. Mais un rejet physique… j’ignore si je pourrais le supporter. Pour tout toucher, nous n’avons rien eu de plus jusque là que quelques gifles et un baiser volé. Rien d’autre. Lorsque sa main se crispe dans la mien, je ne retiens pas un soupir de soulagement, et je la soutiens avec toute la douceur que je peux rassembler, compensant ma nervosité dans une phrase qui ne va pas manquer de la faire bondir. Peut être est-ce mon intention, peut être est ce simplement de ma part une façon de vérifier qu’elle est toujours celle que j’ai connue. Celle que j’aime. Qu’elle n’a pas changé pendant ces semaines loin de moi. Je ne suis pas objectif, sa seule présence m’enivre et me fait vivre, mais ce n’est pas grave. Je crois. « Si j’appartiens à la catégorie sociale la plus élevée, tu as l’allure d’un domestique. Je prendrai un seul sucre dans mon café ». Je secoue la tête, rassuré. « Le sucre fait grossir, tu en auras deux. Et dans un royaume d’aveugles, tu serais habillée comme une reine. » rétorqué-je. En quelques pas, nous avons traversé l’allée qui mène à ma demeure et passé le pas de la porte. Je guette sa réaction. C’est la première fois qu’elle vient ici, et aussi étonnant que cela puisse paraître son avis m’intéresse. Cette villa, c’est mon refuge. Mon domaine. Ma création. Je ne suis certes pas architecte, mais j’ai dessiné une partie des plans. Imposé les vastes baies vitrées. Demandé, cette mezzanine circulaire qui surplombe une partie du salon, à la balustrade de laquelle je peux m’appuyer le matin, dès mon réveil, pour poser mes yeux sur les quelques toiles qui parsèment les murs immaculés. Sans un regard pour la femme de ménage, je n’y fais plus attention depuis longtemps, tant que le fruit de son travail est visible au maniaque que je suis, je nous guide vers le salon. Elle est bien silencieuse, je fronce les sourcils, m’humecte les lèvres, préfère attendre avec patience en me servant un verre d’alcool ambré. Mon personnel de maison me connait bien à présent, un plateau est posé discrètement sur un meuble, et rapidement je tiens dans mes mains un verre glacé par quelques glaçons. « Au fait. Je ne suis pas un sac de marchandises qu’on achemine chez l’acheteur. Tu tentes certainement d’échapper à ton train-train quotidien, monotone et routinier. Je préfère avoir les bras couverts de bleus à cause des piqures, que de séjourner chez un peintre de pacotille qui projette d’éliminer ma propre sœur ». Je lui lance un regard noir. C’est ainsi qu’elle me remercie ? Je pose mon verre avec une brutalité qui ne m’appartient pas totalement, et quelques giclures d’alcool se posent sur mon poignet. « Je ne te retiens pas, si tu veux t’en aller. » C’est un mensonge, bien évidemment. Le loup est satisfait de voir sa femelle en sécurité sur son territoire. Il ne compte pas laisser filer cette situation entre ses pattes canines, et l’homme non plus. Tant que je l’ai sous mes yeux, elle est en sécurité. Tant qu’elle reste sur mon domaine, elle est en sécurité. Ezio ne peut pas nous atteindre, ici. Le Gouvernement même aurait un peu de mal à franchir mes remparts, surtout maintenant, alors que j’ai demandé à mes hommes de faire en sorte que nous soyons tranquilles. Un instant, mes songes glissent vers l’intrusion inopinée de la Daybreaker. Ne pas y penser, pas maintenant. Il faut que je me convainque que nous ne risquons rien, ici. Si je n’y parviens pas… et bien je trouverai un autre endroit. Délaissant le verre à peine entamé, je me rapproche d’Azzura. Le poing serré, je me retiens d’hausser la voix lorsque je crache entre mes dents. « Cela fait des semaines que je me démène. Pour te retrouver. Pour te faire sortir. Pour te voir. C’est ainsi que tu récompenses ces semaines d’effort ? Et bien si tel est ton souhait, crève. Retourne crever dans ton asile. Retourne voir tes petits copains. » A quoi m’attendais-je, après tout. A ce qu’elle me prenne dans ses bras, qu’elle me remercie, qu’elle me murmure qu’elle m’aimait encore ? Je suis désabusé. En me volant ma mort, le sorcier qui m’a transformé m’a aussi volé bien d’autres choses. Dont Azzura. Si j’avais été loup, à cet instant, je sais pertinemment quelle aurait été mon attitude. Oreilles aplaties, queue baisse, tête basse. Désabusé, c’est le terme. On pourrait lui accoler pathétique que ça ne changerait rien. Je tourne le dos à Azzura, pour contourner le canapé, la table basse, et me rapprocher des baies vitrées, ouvertes, orientées vers le jardin. Je soupire. Laisse glisse ma veste vers un porte manteau. Remonte les manches de ma chemise. « Parfois, j’ai l’impression de m’acharner pour rien. » Je refuse de la regarder. Je repense à ma discussion avec Li Mei, celle qui s’est achevée par sa chute dans les escaliers. Ses mots refusent de se fondre dans la masse des souvenirs confus du loup, malgré tous mes efforts. Les mots résonnent, comme s’ils venaient d’être prononcés. Ma question, si naïve que je m’étranglerai si je n’étais pas aussi orgueilleux, arrive toujours la première. « Serais-tu capable d’aimer un meurtrier ? ». Puis après un temps de silence, s’éleva la voix toujours plus rieuse, toujours plus moqueuse et narquois, de la jeune femme. « Je serais capable d'aimer n'importe qui, tant qu'il ne s'agit pas de toi, loup. ». Je frissonne à chaque fois que j’entends ses mots. tant qu’il ne s’agit pas de toi, loup. Voilà qui est bien résumé. Je suis devenu l’un des monstres que j’ai passé ma première vie à vouloir pourchasser et réduire à néant. Et selon tout vraisemblance, j’étais déjà un monstre avant de devenir un loup. Dans une moue songeuse, je me retourne pour m’adosser à l’un des montants qui soutient les vitres. « Il faut que tu m’expliques. Etais-je déjà pour toi un monstre, avant, où est-ce simplement Darkness Fall qui t’a ouvert les yeux ? » Je croise les bras sur ma poitrine. Mes yeux clairs se fixent dans les siens, cherchant à rompre la distance que j’ai établie entre nous deux et que je ne demande qu’à annihiler. « A moins que ce ne soit encore plus récent. » Mon ton devient de plus en plus accusateur. « Je n’ai pourtant pas l’impression d’avoir tant changé. Qu’est ce qui cloche, Azzura ? »


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