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 Witch Burner

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MessageSujet: Witch Burner   Lun 18 Aoû - 0:29


Rage et Furie bouillonnaient dans le moteur rugissant d'un deux roues, quatre cylindres, six cents trente-six centimètres cube de fureur prisonnière de sa carapace d'acier uniformément noir. Bécane d'obsidienne étiquetée « super-sportive », une Kawasaki Ninja XR-6R pour les connaisseurs, aussi volée qu'elle dérobaient les routes défilant sous ses pneus, roulant sans plaque, les rares lueurs des éclairages routiers glissant à vive allure sur les reflets de la visière fumée de sa conductrice. A peine avait elle pénétré l'enceinte des quartiers insalubres, qu'elle fit trembler les murs de son long rugissement caractéristique, poussant sa bestiale monture au summum de sa puissance, traduisant de la voix sépulcrale de ses pots d’échappement l'état d'esprit dans lequel se trouvait sa pilote. Ghost Rider, Anonyme ; se faisant fit de la sécurité routière, levant un majeur solennel adressé aux fonctionnaires de police qui, sous la chorale de leur gyrophares rouge et bleu dérapaient derrière elle au croisement d'un carrefour. Crissements de pneus assourdissant, carambolages, et les forces de l'Ordre valdinguaient au Chaos, s'encastrant dans les décors délabrés de la Nouvelle Cité de Dité.

Qui suis-je ?

Quelques minutes plus tard, ralentissant enfin, la moto vrombit après avoir quitté les grands axes, éclipsant ses phares, bifurquant au centre de rues plus étroites des quartiers de Storyville. Peuplée de dingues, de paumés, et s'il lui fallait une allégorie plus imagée pour l'illustrer, alors celle qui se voulait Anonyme parlerait de loups frileux au bras d'une autre mort, piétinant dans la boue les dernières fleurs du mal. Ils croyaient s'enivrer des Chants de Maldoror, et s'écroulaient maintenant dans leur ombre animale... A son regard électrique, ce quartier n'était rien de plus qu'une fosse septique où s'y entassaient d’opulents étrons s'écrasant inlassablement les uns sur les autres. Déjections de Sainte Humanité. Si stérile, elle ne pouvait enfanter ici que ce qu'il y avait de pire, de cette fange suintant du moindre de ses pores, et dont ses habitants - où s'y mêlaient coupables et victimes - s'en barbouillaient le corps, humant ses effluves méphitiques à s'en combler les narines, s'en empiffrant avec gourmandise, puis finir par s'y vautrer comme des lombrics se tortilleraient dans la bouse.

Si elle avait une bouche pour l'exprimer, c'était tout aussi bien ce qu'aurait pu en dire cette Ruelle dans laquelle s'était engagée la cavalière des temps Modernes. En résonance avec cette image répugnante, sans avoir peur qu'on la vulgarité de certains mots, elle parlerait elle aussi de foutre, de pisse et de merde ; parce que c'était là tout ce qu'il y avait à montrer. Elle parlerait de ses façades, de ses murs et parois encrassées, rongés par les assauts conjoints des intempéries, de l'Homme et du temps. De ces pourritures accumulées par l'humidité des averses concluant ces jours de canicules. De ces métaux rubigineux enracinées sur chaque jointures et encadrements que formaient portes et fenêtres. De ces ombres de crasse qui pourtant se découpaient sans mal à travers l'obscurité d'une nuit à peine éclairée du pâle éclat d'un croissant de lune. Ou de ces quelques éclairages défectueux d'où clignotaient, au loin et fébrilement, les néons équivoques du Little Darlings. Tout, absolument tout était à ses yeux de givre comme l'une de ces taches noires d'encre issues d'un test de Rorschach ; elle n'y voyait qu'un monde d'affliction, tordu et dément comme les branches d'un saule pleurant sa mort, le tronc rongé par les vers.

Non, je ne suis pas la vie gâchée de Jack.
Qui suis-je ?


Ce n'était encore qu'un bourdonnement lointain, une musique rythmée, étouffée par les murs de l'établissement quand d'un mouvement du pieds elle déplia la béquille de sa moto, stationnant son deux roues parmi l'amas de véhicules alignés comme l'étaient les mornes tombes d'un cimetière. Déjà les ondes musicales au tempo transcendantal lui susurraient ; « Entre, entre. Laisse-toi porter. » Et comme y répondant du tac au tac, la jeune femme tourna sa clé de contact pour en couper enfin son moteur, puis débarrassa lentement son visage de son casque, sa longue chevelure noire se déversant sur le sombre cuir de son blouson renforcé. Elle leva une jambe avec souplesse pour se détacher de sa confortable selle, et souffla légèrement sur l'une de ses mèches rebelles venue obstruer son regard. L'Anonyme se mettait alors en marche d'un pas sûr en direction de la boîte de strip-tease, casque empoigné d'une ferme poigne froissant ses mitaines de cuir, et caressé par le tranchant de ses ongles soigneusement manucurés.

Et puis soudain, poussant les portes du Little Darlings d'une main légère ; Ambiance lascive. Lumières tamisées. Elle se mêla au cœur même des basses dans un déhanché implacable, mais calme, féline tout en descendant les premières marches de la grande salle. Un regard à droite ; il s'attardait sur la fraicheur d'une chair à peine voilée par un bikini. Un regard à gauche ; il s'arrêtait sur une bouche gercée soufflant un soupir salace aux exhalaisons de bière. Elle se frayait discrètement un chemin parmi la foule en transe, ses yeux clairs et grands ouverts observant ce petit monde, loin de chercher à l'influencer d'une quelconque manière que ce soit. Pourtant, elle aurait tant à en dire ; quoique, après tout, elle aussi faisait partie de ce monde, et ne faisait pas exception. A force de regarder dans l'abîme, on finissait tôt ou tard par y être absorbé. C'est un fait.

Elle rimait avec Radicale et Extrême, comme la Vérité. Et lorsque sa fine silhouette profanait le domaine de Mister Sudworth - et s'ils n'étaient pas déjà tous envoutés tant par l'alcool que les contorsions envoutantes des créatures dénudées ondulant sur la scène, alcôves et tables - ils, ces dépravés de Storyville, remarqueraient alors que nageait parmi eux l'Enfer, le Ciel, et Ivy.

Qui suis-je ?

Comme sortie d'une trop longue apnée, elle posa enfin le pied sur les marches qui la conduisaient à l'étage, tournant sans gène la poignée d'une porte frappée de mots trop sérieux : « Authorised Staff Only. » Leur signification n'effleura pas même son esprit ; ici il n'y avait plus d'entrave, plus de barrières, plus de règles, ni de respect, pas même de limites si ce n'étaient celles qui frôlaient de trop prêt l'inconscience.

Libre et Indomptable ; Je suis l'Adversaire.

Une odeur fétide lui titillait les narines ; vielles cendres de tabac, auréoles de sueur et testostérone. En effet, un Videur se tenait à l'embouchure opposée du couloir d'où elle émergeait ; il se retournait, déjà prêt à l'intercepter, où à l'encorner comme un buffle tant il semblait se vouter sous le poids de ses propres trapèzes ; un mastodonte, grand d'au moins trois têtes de plus qu'elle, le visage grimaçant d'une expression patibulaire tandis qu'il la pointait de son index. Si imposant qu'à mesure qu'il approchait le regard d'Ivy ne faisait que se lever progressivement, sa fine silhouette rapidement submergée par l'ombre croissante du colosse de muscles engraissés.

« Hé toi ! T'as rien à foutre là ! Ou tu sors ou j'te sors, mais 'va vite falloir prendre une décision ! » hurlait l'homme, bien qu'aux tympans d'Ivy il respirait comme un porc essoufflé, palpant de ses fines oreilles ce souffle sifflant sur la muqueuse de son larynx. Tabagisme intempestif, gros fumeur ; il empestait autant qu'un cendrier, à dire vrai sa seule présence était pour elle nocive, irritante, abjecte. Mais il ne s'arrêtait pas. Elle non plus. « Ne te dérange pas, je cherchais le bureau de C... » répondit calmement Ivy, impassible avant d'être interrompue ; « QUOI !? » reprit le Videur au sang décidément bouillant. « Calme-toi... Tu vas te faire mal... » rétorqua-t-elle, un sourcil levé.

« Ok ! Tu dégage ! » beuglait-il à nouveau. Un défis de taille pour Ivy qui, pourtant, n'était venue chercher ici qu'un vent de fraicheur... Mais comment l'esquiver ? Sans prévenir, ou sans même avoir armés ses bras, comme pour ces gifles imparables faisant le secret de ces femmes que les maris rendaient soudain cornues, ou vis et versa : la paume de sa main libre percuta violemment le plexus solaire de l'homme lorsqu'elle le jugea suffisamment proche. Le coupant net dans son élan, étouffé, les poumons engoudronnés, tétanisés, comme s'il avait été foudroyé, avant qu'il ne s’effondre à genoux devant elle.

Aussitôt fait, s'en suivit ce qui devait indubitablement suivre : Ivy brandissait sa main armée de son casque, puis l'écrasa plein centre sur la tempe de l'homme d'une puissante allonge du bras ! Vautré, sonné, ce n'était plus qu'une épave servile rampant lamentablement à ses pieds. Mais pas encore écarté, et ça, Ça, devoir s'y reprendre à deux fois, c'était vraiment... fatiguant. Ainsi Ivy le fit rouler sur le dos en le repoussant de sa semelle, l'écrasant à son tour de son ombre. Puis emboita doucement la plante de son pied entre sa gorge et son menton, pressant doucement au niveau de sa jugulaire, coupant l'arrivée d'oxygène vers son cerveau, asphyxié alors qu'il se débattait sans force, l'esprit assaisonnés d'étoiles ; « Shhht, doucement... Là... Voilà... C'est fini... » lui murmurait-elle comme une mère rassurerait son enfant.

Imprévisible ; Je suis l'Adversaire qui ne joue qu'avec des dés pipés.

Satisfaite de son œuvre, elle enjamba le corps de cet inconnu qui gisait à présent inerte à même le sol, sage comme une image, ronflant comme un ours qui dort. Quelques secondes plus tard elle se trouvait enfin devant le bureau tant convoité, en ressortant la clef de sa poche pour l'imbriquer dans la serrure. Un passe partout du Little que Cora lui avait laissé... Oh, ou à moins qu'elle ne lui ait chapardé par inadvertance ? Si c'était le cas ; Oups, il semblerait qu'elle n'ait jamais songé à le lui rendre... Dans tous les cas, Ivy aimait le son que faisait le tintement de ses clefs, plus qu'un dispositif, elles étaient des souvenirs, sentimentaux ou pas, qui lui donnaient le pouvoir d'ouvrir ces portes qui pour d'autres seraient restés closes. Soit, sa main pivota, et la porte s'ouvrit pour mieux se refermer derrière elle ; laissant le Videur esseulé à baver sur le sol sans guère se soucier de qui le remarquerait.

Il était passé 21h de quelques minutes, et Cora n'était toujours pas là. Alors, pour passer le temps, Ivy fit comme d'habitude ; comme chez elle. Vautrée confortablement dans le fauteuil, les jambes croisées sur un bureau où elle s'était amusée à fabriquer une tour avec une boîte de crayons tenant fébrilement en équilibre, ou avait crayonné des lunettes et des moustaches sur une photo de Stain et Cora qui trainait là, puis, comme en ce moment, à feuilleter un magasine féminin tout ce qu'il avait, à son goût, de plus abrutissant. Un stylo dans une main, à cocher ces cases vides d'intérêt, passant le test ultime et si crucial pour se faire une opinion, qui en définitive ne serait pas la sienne, mais celle de la chroniqueuse, et de savoir enfin, et de façon imparable lisait-elle, si « L'homme qui l'aimait - mais qui en fait n'existait pas - l'aimait vraiment ! ». Pour sûr, à en juger par l'expression dubitative d'Ivy, l'auteur de cette rubrique spéciale Sexologie savait de quoi elle parlait. C'était une spécialiste après tout.

Qui je suis ?
Je suis dépitée...


Certes, elle avait ces moments d'égarement aussi. Pas forcément au moment où on s'y attendrait le plus ceci dit, car le vigile gisait encore et toujours en position fœtale, assommé dans le couloir du premier étage...
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