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 Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley

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MessageSujet: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Sam 13 Sep - 17:45

Les balcons fleuris et la brique rouge sont de mises, dans le vieux carré français. C’est quelque chose qu’on ne retrouve nulle part ailleurs dans La Nouvelle-Orléans. Sous le regard circonspect des gratte-ciel mitoyens, il continue sa course hors du temps. Même les Portes n’ont pas réussi à lui voler son âme et le gouvernement, pourtant fossoyeur carnassier des joies d’un peuple qu’il opprime plutôt que de protéger, y trouve ses plus vaillants soutiens. Ce doit être le dernier quartier de la ville où les gens rient encore. Wesley ayant choisi son appartement pour pouvoir y voir sa fille grandir, pas étonnant qu’il ait jeté son dévolu ici.


Le soleil est à son zénith et il fait chaud. L’air est lourd, presque irrespirable, mais la pierre vibre de brouhaha bienheureux. Les terrasses des bars sont combles, les tables croulent sous les consommations. Deux saxophones se disputent les vivats des badauds, enchaînant les morceaux mythiques qui, de tout temps, ont bercé les lieux. Cent mètres plus loin, la misère s’étale dans les rues, le sang tapisse les murs et la peur étreint les cœurs. Ils ne connaissent pas tout ça, dans le vieux carré. Ils ne craignent pas les objectifs scrutateurs des caméras. Ils ne redoutent pas les horreurs dont sont capables les sorciers. Ils n’ont jamais été confrontés à la mort qui marche. Cependant, ils ne sont pas à l’abri ; le monstre ne montre pas toujours son visage et il y en a un qui déambule parmi eux, désormais. Deux, quand Jade me rejoindra.


« Besoin d’aide ? Tu arrêtes pas de tourner en rond depuis tout à l’heure. » La peau aussi noire que son costume et son chapeau sont blancs, l’homme semble tout droit sorti d’un film. Il me dépasse d’une bonne tête et sa mâchoire carrée et ses larges épaules lui donnent une silhouette imposante. Le tout est adouci par un sourire charmeur, des yeux rieurs et un accent jovial. « Si tu me disais où tu allais, je connais le carré comme ma poche.


Ça va aller. Je me promène, histoire de connaître un peu mieux le quartier. J’emménage chez… un ami et je n’étais jamais venue ici avant.


Oh ! Tu verras, tu vas t’y plaire. Y a toujours quelque chose à faire. » Il marque une pause. « C’est beaucoup moins galère ici qu’ailleurs. »


Alors, ils ont conscience de leur chance ? C’est déjà ça. Ils vivent dans une cage dorée dont ils gardent précieusement la clef ; les barreaux ne les enferment pas, ils les protègent d’un monde dont ils ne veulent pas entendre parler. La nuit, les soldats patrouillent, déboutent ceux qui font tache sur le pavé. La conversation s’arrête là, on échange un signe de la main et il disparaît dans les embruns de la foule.


L’immeuble de Wesley n’attire pas forcément l’œil, mais il est dans une rue beaucoup plus calme. L’intérieur est calfeutré, intimiste et silencieux. Le bois de l’escalier est lustré. Une moquette bordeaux recouvre le centre des marches. Il habite au second étage ; c’est malin, il ne risque pas grand-chose en cas d’inondation. Personne n’y pense, mais Katrina ne remonte pas à si loin. Un jour ou l’autre, la nature se rappellera à notre bon souvenir ; que ferons-nous, à ce moment-là ? Il est déjà miraculeux qu’après deux cataclysmes une fraction de la population soit encore capable de s’envoyer des messages depuis des téléphones dont on ne sait même pas d’où ils sont assemblés. Alors que nous n’avons plus aucun contact avec l’Europe ou l’Asie, le gouvernement a développé des trésors d’ingéniosités pour qu’au moins une partie d’entre nous continuent à vivre une vie « normale ». C’est la seule raison qui explique pourquoi les résistants demeurent si peu nombreux. Personne ne veut savoir quelles sont les petites mains qui ont travaillé sur le nouveau smartphone dont tout le monde parle, tant qu’il fonctionne.


La porte s’ouvre et mon demi-frère apparaît. Il a les yeux d’Aleksandra et il me regarde de la même façon qu’elle, avant de s’intéresser à mon sac à dos. Je n’avais pas grand-chose à emporter.


« Désolée. Je suis un peu en avance. »

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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Sam 13 Sep - 19:02



Perché sur son balcon, une cigarette négligemment pendue à ses lèvres, Wesley baissait les yeux sur les passants arpentant les rues de ce quartier bourgeois. Ici, les vivats de la foule et la musique n'étaient plus qu'un vague et inintelligible murmure. Accoutumé aux gueules patibulaires et hargneuses qu'il croisait dans la fange qu'était Storyville, les minois distingués et beaux des gens cossus du French Quarter étaient un changement sidérant. La disparité qui existait entre ces deux environnements était stupéfiante et troublante ; les rues infâmes de Storyville étaient peuplées d'animaux, de meurtriers, de prostituées et autres représentants de la lie de la société, tandis que celles du French Quarter étaient foulées par des gens courtois et bienveillants. Ses affables voisins lui avaient même offert une bouteille de champagne pour lui souhaiter la bienvenue dans l'immeuble, amabilité qui l'avait grandement désarçonné. Néanmoins, en son for intérieur, le Hunter préférait le cadre délétère et dangereux de son ancien terrain de jeu au climat insouciant et suintant le conformisme de cette agglomération. Il semblait si invraisemblable qu'un tel Jardin d’Éden soit préservé alors qu'à quelques centaines de mètres à peine, les trottoirs soient peints du sang d'innocents et que tant d'indicibles horreurs se tramaient dans les ombres. Et c'était précisément ce qui manquait à Wesley ; l'odeur du sang, cette sempiternelle appréhension en déambulant dans les chemins de traverse une fois la nuit tombée, s'immerger dans le stupre et la violence jusqu'à être l'ivresse et la perte de conscience de soi. Cet appétit inassouvissable pour le danger et le vice, ce désir brûlant de vivre son existence sur le fil, au bord du gouffre, flirtant avec le vide, tout ça faisait partie inhérente de son essence. Toutefois, plus forte encore que l'appel de ses démons était son envie d'octroyer à sa fille la chance de mener une vie saine et normale. Voici donc pourquoi il avait sacrifié une partie importante de ses avoirs et avait emménagé dans ce havre de paix idyllique et anachronique. Bien que l'achat de cet appartement fut douloureusement onéreux, il pouvait se le permettre ; en effet, vendre son âme au diable rapporte bien. Les accotés aussi.

Aussi louables que furent ses desseins, la providence ne jugea pas bon de les récompenser : Blake se murait dans son mutisme, évitant tout contact avec Wesley, ne lui permettant donc pas de rencontrer celle qu'il considérait d'ores et déjà comme le soleil de sa vie. Ô que cela fut une déception cuisante ! Néanmoins, le milicien, opiniâtre, continuait de nourrir l'espoir que sa vipère d'ex change son fusil d'épaule et ouvre la porte au dialogue. Néanmoins, tout cela ne s'avéra pas entièrement vain ; la deuxième chambre serait incessamment sous peu occupée par nulle autre que sa demi-sœur. Jetant son mégot dans le vide et exhalant un long soupir, il rentra et lança un regard circulaire au living sobrement – euphémisme quand tu nous tiens ! - meublé. Il éprouvait une certaine ambivalence à l'égard d'Ava ; toute attachante et charmante qu'elle semblait être, il n'arrivait guère à écraser une jalousie et une amertume somme toute non-fondées. L'infant n'était nullement responsable des incartades et choix de la mère mais elle n'en demeurait pas moins le fruit de la discorde, la raison pour laquelle sa mère avait abandonné Wesley à un père pleutre et un oncle truand, tant elle ne voulait pas que son précieux nouveau joyau soit exposé aux même influences néfastes que son fils aîné. Certes, Aleksandra avait tenté vaille que vaille de conserver le contact, de faire une place à son héritier légitime dans la nouvelle maisonnée mais il s'y était toujours senti étranger, et à quinze ans avait définitivement élu son oncle comme seule figure d'autorité.

Le tintement de la sonnette extirpa Wesley de ses songes. Avec une nervosité inopinée, il se leva, empoigna la clinche d'une main moite et ouvrit la porte. La gamine qu'elle fut naguère s'était métamorphosée en femme et il ne put s'empêcher de remarquer à quel point ils étaient différents. « Bonjour Ava. » croassa-t-il. « Tu es seule ? » demanda-t-il en l'invitant à entrer, fermant ensuite la porte derrière elle. « Bienvenue chez toi. » fit-il doucement. Il était surréaliste de la voir se tenir là, au milieu de l'appartement, et de se dire que cette sœur qu'il connaissait à peine allait désormais vivre ici. « Ce n'est pas très chaleureux mais c'est un toit au dessus de ta tête. » ajouta-t-il misérablement. « Le quartier te plaît ? » questionna-t-il avec un sourire qui ne versait pas jusque dans ses yeux azurés.
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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Sam 13 Sep - 22:54

Wesley paraît presque à l’étroit, dans l’encadrement de sa porte. Sa musculature est impressionnante : sa chemise menace de se déchirer dès qu’il contracte les biceps. C’est troublant et un peu effrayant, même si sa gaucherie atténue fortement l’aura de danger qu’il dégage. Sa diction trahit son désarroi. Il cherche ses mots, bégaie ses phrases et fuit les réponses que je pourrais lui donner ; le contraste est saisissant. « Le carré est très… » Pause polie. Wesley est mal à l’aise, il n’a certainement pas envie de dissertés sur les inégalités qui sévissent à La Nouvelle-Orléans. « … différent de l’endroit où je vivais avant. C’est plus propre. »


L’appartement est spartiate. Mon frère ne s’est pas encore approprié son chez lui et ne semble pas pressé de le faire. La seule fantaisie qu’il s’est permise est une télévision, posée à même le sol du salon. Elle est éteinte et, à voir la poussière qui s’est accumulée sur l’écran, elle ne doit pas servir souvent. Il doit sûrement avoir des journées bien occupées ; ces murs ne sont là que pour dormir, rien de plus. Il n’a pas l’air d’être le genre d’homme à cuisiner non plus, le réfrigérateur doit donc être vide et ses poubelles pleines d’emballages de plats à faire livrer. Trois haltères traînent dans un coin de l’entrée, mais ça n’a rien de surprenant. On ne développe pas un corps comme le sien sans s'y consacrer un minimum.


« C’est très gentil de nous accueillir, moi et mon amie. » Jade détonera, quand elle arrivera. Elle va ramener ses babioles, ses freluches et ses bijoux. Si Wesley espère qu’il parviendra à la contenir dans notre future chambre, il risque de rapidement déchanter. « Tu n’as pas à t’inquiéter : dès qu’on le pourra, on emménagera ailleurs. C’est devenu compliqué, ces derniers temps. Avec… » Accuser le gouvernement ne manquerait pas de légitimité, mais la lèse-majesté est redevenue une condamnation en vogue. Je ne sais rien des allégeances de mon frère et prudence est mère de sûreté. « Avec la mort qui marche, les gens ont peur. »


Le silence devient très vite pesant. Wesley ne sait pas comment réagir et son malaise est désarçonnant. Jade trouvera comment l’apprivoiser, elle a un don naturel pour ça ; moi, je dois d’abord digérer la distance qu’il met entre nous.


« Ça me fait plaisir, tu sais ? » Il ne comprend pas tout de suite. « Je n’ai pas oublié que tu venais toujours pour les vacances scolaires, avant. J’attendais toujours ça avec impatience. Du coup, je suis heureuse qu’on ait une chance de… » Silence. Son attitude n’aide pas, il est si tendu qu’un mot de travers risque juste de le crisper encore davantage. « De se retrouver, quoi. » Il est la seule famille qu’il me reste. Aleksandra est morte et gît quelque part entre New York et ici. Je n’aurai jamais l’occasion de lui pardonner, elle ne pourra jamais m’accepter.

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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Dim 14 Sep - 0:34



« Ouais, je vois ce que tu veux dire, j'ai habité Storyville tout un temps. Le contraste est assez brutal. » fit-il, le sourire figé ornant toujours ses lèvres. Cela ne lui ressemblait vraiment pas d'être à ce point guindé, il était d'accoutumée beaucoup plus assuré et vif. Il ne s'agissait là que de sa petite sœur, alors pourquoi diable était-il si gauche et ampoulé ? En observant l’œillade émeraude d'Ava arpenter nonchalamment le living-room, Wesley remarqua que la jeune femme n'avait point hérité des yeux de leur mère, ce qui le déçut quelque peu. Il aurait été beaucoup plus aisé de s'acclimater à elle s'ils avaient partagé une quelconque similarité physique. Le Hunter passa une main dans sa chevelure flavescente, si différente de celle ébène de sa cadette, exaspéré par sa nervosité. Un peu de naturel, que diable ! « Ah, pas la peine de me remercier, il n'y a aucun souci. Vous pouvez rester autant qu'il le faudra, la deuxième chambre ne me sert à rien en ce moment. » répondit-il, la voix enlacée d'amertume - maudite soit Blake -. À dire vrai, Wesley s'était lui-même étonné en proposant à cette presque étrangère ainsi qu'à son amie de venir installer dans cet appartement. Certes, le milicien avait toujours été quelqu'un d'assez primesautier mais la spontanéité avec laquelle il avait formulé ses vœux l'avait surpris lui-même et avant même qu'il aie réalisé l'ampleur de ses propos, la proposition avait d'ores et déjà échappé ses lippes, alors que les sentiments qu'il éprouvait à l'encontre de la demoiselle étaient toujours on ne peut plus mitigés. Il ne releva pas l'allusion faite aux morts-vivants bien que cela l'intrigua grandement. Quel avait été son parcours ? Avait-elle été confrontée à ces créatures impies ? Une kyrielle de questions lui brûla les lèvres mais il jugula sa curiosité et ravala ces interrogations dérangeantes ; il était tôt, bien trop tôt, pour tenter de glaner de telles informations.

Les dires d'Ava achevèrent de le déconcerter. Était-elle sincère ou lançait-elle de cela par souci de bienséance ? Il l'ignorait mais pour une obscure et saugrenue raison, il désirait la croire. La vision d'Ava était sans nul doute biaisée par des réminiscences lointaines, lorsque ses yeux d'enfant pétillaient en apercevant la représentation d'un frère porté au pinacle qui ne correspondait nullement à la réalité. Elle était innocente et ingénue à l'époque, aveugle, incapable d'appréhender le mal qui habitait déjà son aîné. Jamais ne pourrait-elle mettre en adéquation cette conception factice qu'elle avait de lui et l'homme véritable. « Ça me fait plaisir à moi aussi. » mentit-il aisément, soucieux de ne pas faire voler en éclats l'élucubration infantile si tôt. « Tu peux foutre une babiole ici et là pour égayer les lieux, si le cœur t'en dit. Tu veux boire quelque chose ? » dit-il, se saisissant d'une bouteille de bière entamée qui traînait sur la table basse, en but une goulée, accueillant avec délectation la fraîcheur du breuvage et sa saveur amère. Wesley avait nettement plus de découvrir sa sœur que de la retrouver, comme elle venait de le dire. Lui-même adolescent alors qu'elle n'était qu'une jeune enfant, le Hunter n'était en mesure que de se remémorer une gamine agaçante, bien trop enjouée à son goût et qui lui avait de surcroît dérober Aleksandra.

D'un geste, il lui intima de la suivre, la menant à sa chambre. Les murs étaient teintés de rose, une demi-douzaine de peluches duveteuses et niaises ornaient la commode et un double-lit, acheté expressément, trônait au centre de la pièce. « Euhm, si la couleur ne te convient pas, tu peux repeindre, ça m'est égal. Pareil pour les peluches, si tu veux les balancer, je les stockerais ailleurs. Il y a deux jeux de clés sur l'oreiller. » fit-il d'un ton hésitant. « À propos, tu as un job ? Si tu veux, j'ai des relations dans tout un tas de milieux, je peux t'introduire. »
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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Dim 14 Sep - 2:00

La porte s'ouvre sur le royaume rose d'une armée de peluches. La soldatesque du bonheur se presse sur un lit. La vision est saisissante, tant elle est inattendue. Les légions duveteuses tendent leurs bras raccourcis dans notre direction. Il s’agit clairement d’une chambre de petite fille et Wesley m’apparaît sous un jour différent. Cette pièce est pleine de secrets et jette le trouble sur la vie de mon nouveau colocataire. La curiosité est souvent condamnable, mais Wesley ne peut pas s’être imaginé s’en sortir sans une question. La surprenante décoration des lieux n’est pas un hasard. Elle est une tentative maladroite d’offrir à une enfant le cocon dont elle est censée rêver. C’est en tout cas plus probable qu’une appétence prononcée pour le rose bonbon et les licornes. Plus probable et surtout moins dérangeant.


C’est la chambre de sa fille. Ma nièce.


L’idée — l’évidence ? — fait rapidement son chemin. Elle chasse mes autres préoccupations. Je n’ai jamais souffert de vivre seule avec Aleksandra, ni même de n’avoir aucun contact avec le reste de sa famille. À l’époque, le monde était néanmoins différent et lorsque l’on est privée de la plupart de ses repères, les liens du sang peuvent servir d’ancre dans la tempête. La petite princesse mérite mieux, cependant, qu’une tante moribonde à la hanche bariolée d’une vilaine morsure.


La diligence avec laquelle il me propose de repeindre les murs n’augure rien de bon, par contre. Cela évoque une perte, une douleur. L’amertume de ses premières paroles, passée inaperçue sur le moment, sous-entend elle aussi un dénouement malheureux. Il y a tellement d’hypothèses possibles qu’il ne sert à rien d’extrapoler. L’absence est leur dénominateur commun : si cette pièce — la seule aménagée — trahit ses espoirs, la sobriété du reste de l’appartement magnifie ses déceptions. Je prie juste pour que la petite soit en bonne santé.


Mon sac rejoint les cohortes adorables, le verre d’eau qu’il m’a offert la table de chevet. L’une des clefs, elle, disparaît dans ma poche. « Pas de souci de ce côté là. Je travaille pour… » Moment de flottement. Mes employeurs ne sont pas une très grande source de fierté. « J’écris des articles, pour le journal officiel. » La propagande ne manque pas d'agressivité et toute plume est bonne à prendre. La mienne avait été jugée satisfaisante. Le gouvernement bat le froid et le chaud depuis plusieurs mois déjà, vantant sa lutte contre les « terroristes », stigmatisant ses opposants et les minorités silencieuses. À la fin de la journée, pourtant, il nous lèse tous, sans distinction.


« Ce n’est pas une chambre d’amis, à la base, n’est-ce pas ? »


La question arrive à brûle-pourpoint et viole plusieurs règles de bienséance. Elle n’aide pas non plus Wesley à se détendre. Sa réaction est facile à imaginer, je le vois déjà se renfermer.  L’interrogation apparaît néanmoins nécessaire ; Jade et moi avons tout intérêt à chercher activement une solution de remplacement si notre nouvel antre ne nous est pas destiné in fine.

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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Dim 14 Sep - 14:26




Il avait su qu'en ouvrant les portes de ce royaume où régnaient l'ingénuité et la niaiserie, il s'exposait à des interrogations pénibles et en effet, la curiosité d'Ava avait été ferrée par le spectacle qui s'offrait à elle. La question tomba tel un couperet, inéluctable. « Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » lança-t-il, avec son sempiternel humour caustique. Lorsque le sujet de sa fille était abordé, Wesley faisait toujours montre d'une extrême pudeur, d'une grande cautèle, renâclant à répondre aux questions qu'on lui lançait. Au vu des oiseaux de malheur avec qui le Hunter frayait, la méfiance était justifiée et judicieuse – Dieu seul savait de quelle damnée façon ces scélérats utiliseraient pareil savoir - mais Ava était différente, elle était sa sœur, son sang, n'était-il pas ? S'il ne s'ouvrait pas à elle, diable, à qui le pourrait-il ? Il ferma ses paupières un fugace instant, inhala profondément, jeta sa circonspection au feu et plongea dans cet océan de ténèbres. « Tu as raison, il s'agit de la chambre de ma fille. C'est une longue histoire et elle n'est pas franchement joyeuse. En bref, j'ai été mis à l'ombre pendant six ans – ça me fait penser qu'il faudra que je te parle de ton oncle – et mon ex, enceinte à l'époque, a jugé bon de se tirer. Depuis ma sortie, elle me fait miroiter une garde partagée, uniquement pour s'évanouir dans la nature lorsque je m'approche du but. » déblatéra-t-il, emprunt d'une volubilité qui lui était si inaccoutumée. Wesley s'étonna de la facilité avec laquelle il avait été capable de dévoiler ce cuisant fardeau. Fallait-il y voir les prémisses d'une complicité balbutiante ou un simple besoin d'épancher ses émois ? Force était de reconnaître que la solitude le rongeait de plus en plus ; avec Aurora incarcérée, son cercle social étant assez restreint, le Hunter n'avait pas grand monde vers qui se tourner pour partager ses tourments, les truands et autres brutes en tous genres n'étant guère réceptifs aux affres de cet acabit. Sans doute était-ce cette même solitude qui avait instigué Wesley à proposer avec tant d'empressement une cohabitation. Néanmoins, jusqu'à ce point du moins, il n'avait pas encore dû regretter ce choix, hormis le sursaut de curiosité mal placée d'Ava. Il espérait du moins qu'il s'agissait là d'un phénomène anecdotique et non récurrent ; ses autres secrets étant grandement plus incriminant, il n'était pas particulièrement enclin à les partager à l'heure actuelle. « Comme je l'ai mentionné, Blake fait la sourde oreille à mes demandes, la chambre devrait rester disponible pendant un bon bout de temps. » précisa-t-il, ses lèvres se tordant en un rictus mauvais. « Sinon, tu as des hobbies ? Que fais-tu de ton temps libre ? » fit-il, gommant son expression hargneuse pour la substituer par un masque placide. Il lui brûlait de rediriger la conversation vers des sujets moins houleux. Ça n'avait duré qu'une fraction de secondes, mais cette brève invasion de son jardin secret, cette privauté, avaient suffi à le remuer. Certes, c'était un point névralgique mais Wesley se trouvait bien trop sentimental à son goût, il lui était vital de se cuirasser plus que cela. « On pourrait aller à la salle de sports ensemble ou quelque chose du genre. Ça fait du bien au corps et à l'esprit. »

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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Dim 14 Sep - 15:54

La confession est honnête, la douleur palpable. Le regret, lui, est immédiat. De son regard agacé à son rictus guindé, tout chez lui témoigne de son malaise. Maudit-il ma question ou sa réponse ? Ce n’est pas claire. C’est un homme pris à défaut, qui s’est révélé plus qu’il ne l’aurait voulu. Il tient à sa vie privée, il dissimule ses secrets. Dans cette construction branlante qu’est son existence, sa fille est un trésor qu’il entend protéger. J’opine simplement du chef, sans me départir de mon silence. Le message est bien passé, la demande muette comprise. Il change de sujet et je ne fais pas mine de protester. Il n’y a rien à ajouter, de toute façon, c’est son épreuve, son combat, sa repentance. Parce qu’il a déconné, déraillé, payé. L’histoire de notre oncle attendra.


« Le boulot me prend pas mal de temps. » Ce n’est pas un mensonge, juste une demi-vérité. Les piges s’enchaînent, les journées sont longues, mais les nuits courtes, alors je ne manque pas de temps. Ma réponse ne le satisfait pas, il fronce des sourcils, croise les bras. Les murs roses autour de nous sont oppressants, ils sont le rappel muet de son aveu précipité. Sur le lit, le spectre invisible d’un enfant absent joue sagement avec les peluches inertes. Ça n’est pas facile pour lui, ça se comprend.


Il parle sport, m’invite à en faire avec lui. C’est une manière pour lui de revenir en terrain connu. Nul doute qu’il est un habitué. « Pourquoi pas, oui. » Il ne sait pas, pour mes jambes. Le diagnostic n’était pas tombé du temps où il venait à Sacramento et je n’ai jamais été très expansive à ce sujet, par la suite. C’est une chance, car grâce à ça, il peut me voir déambuler dans son appartement sans rien suspecter. « Je cours souvent. Ça me… détend. » Doux euphémisme. Plus qu’un simple hobby, c’est devenu une véritable nécessité. Ça participe à mon équilibre, précaire malgré tout. Lorsque la colère et la violence m’attrapent la gorge et menacent de me submerger, c’est l’un des rares recours qu’il me reste. « Je ne suis pas certaine de pouvoir suivre ton rythme, après. »


Mon sourire est un peu timide, mais ne manque pas de sincérité.


Tant que nous resterons ici, nous ne réussirons pas à nous détendre. Je me glisse entre lui et l’encadrement de la porte pour sortir, fais quelques pas dans la salle de vie. L’air est tout de suite plus respirable. Wesley ferme derrière moi. Cela clôt définitivement le sujet, c’est mieux comme ça. Je ne sais rien de lui, il ignore tout de moi. Il faudra nous apprivoiser, avant d’espérer pouvoir un jour parler de nos déboires.


« S’il y a quoique ce soit que je puisse faire pour aider… » Un peu de ménage chassera la poussière, quelques courses diversifieront les repas. Pour la décoration, Jade s'en occupera sans que personne ait à le lui demander. « On te versera un loyer, d’ailleurs. Ça me paraît normal… »

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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Dim 14 Sep - 21:28




La sueur emperlait son front plissé et creusé de stries, sa cage thoracique se soulevait et s'affaissait au rythme de sa respiration profonde. D'un revers de la main, il s'épongea le faciès, se demandant distraitement si la soudaine transpiration était le fait de la température caniculaire et étouffante ou bien celui de la récente conversation. C'était indubitable, évoquer sa progéniture l'avait ému, avait fait émerger l'amertume et les désillusions des méandres de son être. Il n'avait même pas un nom, un visage auquel se raccrocher et cette réalisation douloureuse le fit grincer des dents ; quel père abjecte il faisait. Un jour, Blake subirait ses ires, son courroux vengeur, il en fit pour l'énième fois le serment in petto. Wesley avait la désagréable sensation que psalmodier ces vœux vindicatifs devenait une habitude chez lui. Se morigénant intérieurement, le Hunter focalisa à nouveau son absolue attention sur sa sœur, empêchant son traître esprit de s'aventurer en de sombres recoins et bondit sur l'occasion de changer de sujet que lui offrait Ava. « Je comprends. Tu bosses pour le journal officiel, c'est ça que tu as dit ? » Tant absorbé il fut par les divagations de ses pensées que la rétention des informations que lui avait fourni la demoiselle flirtait avec le néant. « Tant qu'on parle boulot, je suis parfois appelé à toutes heures du jour et de la nuit dans le cadre du mien. J'essayerai de rentrer doucement mais bon, la discrétion n'est pas une de mes qualités prédominantes. » dit-il avec un demi-sourire qui était emprunt de plus d'authenticité que le précédent. Il écouta sa sœur digresser sur le sport ; ainsi, elle était une adepte de la course à pied. À dire vrai, lui-même n'était pas réellement un fervent partisan de cette pratique ; ce que Wesley cultivait, lui, c'était la masse corporelle, s'astreignant à d'éreintants entraînements afin de sculpter un corps colossal, noueux, imposant. N'y voyez pas là un désir de jouer au bellâtre torse nu sur une plage de sable fin ; le but auquel il tendait était d'acquérir une charpente suffisamment développée que pour asseoir un certain respect au premier coup d’œil, intimider le parti adverse. C'était l'un des préceptes que son séjour en pénitencier lui avait inculqué ; plus la physionomie d'un individu était titanesque et similaire à celle d'une bête sauvage, moins les résidents de cette charmante bâtisse étaient prompts à l'importuner. Dès lors, Wesley ne pratiquait pas avec assiduité tout ce qui se rapportait à la cardio, activité plus bénéfique à la perte de masse qu'à la prise. « Oh, je n'en serais pas si sûr si j'étais toi, la course à pied n'est pas réellement mon activité physique favorite. »

Faisant preuve de tact, Ava mena son aîné hors de la pièce, en territoire moins contesté, où il pourrait recouvrir pleinement sa sérénité. Ils gravitèrent ensemble jusqu'à la cuisine, dont la décoration, de la même veine que le reste de l'appartement, était d'une fadeur et platitude navrantes. « Franchement, si une de vous deux pouvait s'occuper de la cuisine, ce serait impecc. Si c'est moi qui m'y colle, vous risquez l'intoxication alimentaire. » fit-il d'une voix légère, étant même secoué d'un rire discret. « Pas besoin de loyer, le Gouvernement paye grassement. Je préfère que vous fassiez quelques économies, par les temps qui courent, c'est loin d'être un luxe. » L'on sonna à la porte. Wesley allongea de longues et aériennes foulées, contrastant singulièrement avec sa carrure, vers celle-ci et l'ouvrit à la volée ; en découvrant la personne juchée sur le pas de la porte, le sourire agréable du milicien se durcit ostensiblement et il parvint de justesse à étouffer un chapelet de jurons.

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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Dim 14 Sep - 22:06

Le quartier allait lui plaire, c'était indéniable. Tous les deux ou trois mètres, un air de musique retentissait comme pour créer une nouvelle ambiance ; il y avait tellement de fleurs sur tous les rebords possibles qu'on s'attendait presque à voir des pâquerettes au sol, et surtout, il n'y avait strictement rien qui lui aurait donné envie de revenir en arrière. Ce qui fascinait Jade et son esprit observateur, qui tout en marchant ne cessait de dévorer de ses grands yeux sombres le moindre détail enfonçant encore plus le clou du contraste entre leur ancien logement et celui qui les attendait.

Ava avait dit qu'elle devait les rejoindre et lui avait envoyé l'adresse. Pas si mauvaise que ça en orientation, la rouquine avait malgré tout demandé son chemin à une vieille dame qui l'avait aidée et tout en jonglant avec la pile de cartons qui commençait à faire sentir son poids sur ses avant-bras, Jade poussa un soupir de soulagement en voyant le nom de la rue correspondre. Avant de grimacer en montant les marches du perron et de pousser comme elle pouvait la porte d'entrée. « Merde ce que c'est lourd … » geignit-elle. Heureusement que le fameux demi-frère habitait au deuxième étage. Pour autant sa petite amie lui avait répété plusieurs fois qu'il n'était pas nécessaire de s'encombrer à ce point : mais Jade avait insisté en faisant remarquer qu'elles vivraient avec un individu du sexe opposé, ce qui impliquait forcément un manque évident de décoration, de style et d'objets nécessaires à la vie de toute femme dans ce monde.

La cage d'escalier de l'immeuble était aussi propre que lumineuse et lorsque Jade arriva à la bonne porte, elle sonna sans aucune hésitation, parfaitement mise en confiance par l'environnement. Des pas au loin se dirigeaient vers elle. Enjouée, sa mine éclatante offrit un sourire large et chaleureux à l'ouverture de la porte et à plein poumons Jade entama un salut tout en bonne humeur. « Bon... » Une bonne humeur qui coupa court et un sourire qui s'évanouit presque radicalement en reconnaissant le visage masculin qui venait d'ouvrir la porte. Elle faillit en lâcher tout son paquetage. « ...jour ? » Si son visage pouvait être une phrase, il aurait été résumé par un Non mais c'est quoi cette blague ?! halluciné. Car il devait nécessairement s'agir d'un canular télévisé ou d'une très très très mauvaise blague de la part du hasard – ou du destin, appelez-ça comme vous voulez – à son encontre. Son enthousiasme avait fondu comme neige au soleil et la rouquine était tellement prise de court qu'elle laissa le silence leur tomber dessus.

La connexion, bien que difficile à admettre et à digérer, s'était néanmoins très rapidement faite entre le blondinet musclé qui se tenait à la porte de son appartement et le prétendu membre de la famille de son amie qui devait les héberger. Ce n'était tout bonnement pas possible, tu vas te réveiller Jade, t'es simplement dans un mauvais rêve. Tout en tentant un peu naïvement de se convaincre du surréalisme de la scène, la rouquine sentit qu'il fallait qu'elle dise quelque chose. N'importe quoi pourvu qu'il ne se mette pas à lâcher la boulette du siècle. « Tu, enfin vous – vous devez être le demi-frère d'Ava … Jade, la petite amie d'Ava, enchantée ! » Innocemment ou non, la rousse avait précisé son statut pour dissiper tout « malaise ». Et la jeune étudiante de lui tendre une main maladroite et brusque. Quoiqu'avec ses cartons sous le bras, ce n'était pas forcément une très bonne idée : preuve en fut le déséquilibre soudain des boîtes empilées, que Jade finit par reprendre à deux bras. « J'ai déjà ramené deux trois petites bricoles, j'espère que ça ne dérange pas ! » justifia la jeune femme avec un aplomb d'autant plus déconcertant qu'elle était en train de faire semblant de ne pas du tout connaître cet homme.

Alors que sa mémoire, elle, lui hurlait en son for intérieur depuis une bonne poignée de minutes la vérite : elle avait couché avec le demi-frère d'Ava. Et ils allaient cohabiter pour le plus grand bonheur de tous pendant une durée indéterminée avec ce non-dit magistral. C'était à se demander comme elle faisait pour savoir quoi faire au bon moment. En entrant dans l'appartement, les premières craintes de l'étudiante qui lui avaient donné envie de faire demi-tour et de ne pas aller se fourrer dans un pétrin pareil s'évaporèrent : leur nouveau chez-elles, bien que non-définitif, valait bien qu'elle joue la comédie quelques temps avec Wesley. « C'est vraiment super joli. » commenta Jade naturellement, avant de déposer les cartons par terre et de s'avancer vers Ava, un sourire fleurissant de nouveau sur ses lèvres avant qu'elle ne dépose un chaste baiser sur la commissure de ses lèvres. « Hey. T'as vu, j'ai pris que les trucs vitaux, comme tu l'avais demandé. »
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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Lun 15 Sep - 1:08

Ses paroles mettent quelques secondes à faire sens ; quand finalement, la connexion s’établit, mon cœur manque un battement. Il travaille pour le Gouvernement. Cette nouvelle est terrible, car elle est lourde de conséquences. L’oligarchie impitoyable qui dirige nos vies aura désormais son œil posé sur nous en permanence, jusque dans notre appartement. La délation est un art de vivre, pour ses suppôts. Elle est la clef pour toutes les portes, la solution pour tous les problèmes. La peur revient, mais elle n’arrive pas seule. Une colère sourde frappe ma conscience. Je reconnais le danger, il se tient en face de moi. Il est imposant, menaçant et létal. Je dois le tuer, ici et maintenant ; l’autre alternative est d’attendre une mort certaine. Il a beau être mon frère, partager mon sang et m’accueillir chez lui, lorsqu’il comprendra, il n’hésitera pas. Je ne dois pas hésiter non plus. Mes yeux scrutent l’appartement à toute vitesse, à la recherche d’une arme. Les haltères seraient idéaux, mais je doute de pouvoir seulement les soulever. Même chose pour la télévision. Je dois gagner du temps, attendre le bon moment. Mes mains se réfugient derrière mon dos et mes ongles griffent mes poignets.


Le son strident de la sonnette rompt les digues d'un temps paresseux et la réalité s'impose à nouveau. La chute est vertigineuse, le choc douloureux. L’horreur de mes sombres desseins me coupe le souffle. J’ai voulu tuer Wesley. La vision de son corps brisé est difficilement soutenable, pourtant elle n’en finira pas de me hanter. Je suis seule, vulnérable et dangereuse.


La voix de Jade dissipe mes angoisses ; je papillonne, complètement perdue. J’inspire brutalement, en quête d’oxygène. Le sol tangue, les murs vacillent, mais le temps continue sa course. Une crinière flamboyante danse devant mes yeux. Jade est enjouée, un sourire barre son visage. Il semble un peu forcé, mais reste magnifique. Ses paroles se noient dans ma détresse, jusqu’à ce que je sente ses lèvres sur les miennes. Le baiser est chaste, mais salvateur. Il dissipe les ténèbres et installe sa lumière. « Je… » Qu’a-t-elle dit ? « Excuse-moi, j’ai eu un moment d’absence. » Mon sourire tremble et mes mains serrent les siennes. Les remords ne sont pas loin. En quelques secondes, j’ai failli tout gâcher. « Jade, je te présente Wesley. Wesley, voici Jade. » Est-ce qu’ils ont déjà échangé les civilités ? Il faut que j’arrête de parler. Si ça continue…


Wesley nous observe, choqué. Est-ce qu’il a remarqué mon étrange comportement ? Son regard est rivé sur nos doigts enlacés. Ça n’a aucun sens, pourquoi est-ce qu’il… Mon sang se glace. Est-ce qu’il sait ? lui ai-je dit ? Jade avait été mentionné à plusieurs reprises, mais sans jamais entrer dans les détails de notre relation. Le spectre d’Aleksandra planait non loin chaque fois que l’occasion s’était présentée. « Ah, oui… » Mon visage se décompose. « J’ai peut-être oublié de… enfin, ce n’est pas très grave. » Cette discussion est pitoyable et Jade ne doit plus savoir quoi penser de ma piètre performance.

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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Mar 16 Sep - 17:46




Spectre tout droit sorti de cette nuit ardente, Jade se dressait là, au devant de lui, une expression stupéfaite peinturlurée sur son beau minois. Il ne pouvait s'agir que d'elle ; ces grands yeux ambrés, ce faciès joliment ciselé constellé de points de rousseur, cette carnation de lait ; nul doute possible, incontestable évidence : il s'agissait bien là de la jeune femme vénuste qui avait partagé sa couche quelques temps plus tôt. Wesley déglutit avec difficulté ; quelles étaient les probabilités qu'une telle situation cocasse se produise ? Le milicien maudit une fois encore son appétence pour les plaisirs charnels.
Il fut tellement abasourdi par cette apparition soudaine qu'il lui fallut quelques secondes pour que les dires de la demoiselle s'imprime en sa conscience. « Petite amie ? » répéta-t-il, confus. Avec une impossible lenteur, le Hunter pivota sur ses talons, se tournant vers les deux faces, ses yeux emplis d'épouvante ? « Vous êtes .. en couple ? » demanda-t-il, pantois. Ava était .. lesbienne ?! Wesley prit une profonde inspiration, digérant cette réalisation déroutante, pondérant ce nouveau fait, faisant rouler ces quelques mots sur la pointe de sa langue, s'apprêtant à sentir la fureur éclore en son sein. Le temps sembla se dilater, les secondes s'égrenèrent lentement et après quelques instants ; rien. Pas de soudaine explosion, pas de révulsion, uniquement le néant. Wesley réalisa que les préférences sexuelles d'Ava lui importaient peu, voire pas du tout ; à qui elle ouvrait ses draps relevait de ses jugements, de ses choix et il n'avait aucune autorité ni droit à faire valoir sur ce fait. Sans doute même était-ce pour le mieux ; le chien du gouvernement connaissait parfaitement le cœur des hommes, instable, aux pulsions incoercibles. Et puis, comment en vouloir à Ava ; c'était tellement beau, une femme. Wesley rompit le silence : « Je tombe quelque peu des nues mais bon, je devrais savoir m'y faire. Enchanté, Jade. Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ? » demanda-t-il innocemment, tout en foudroyant Jade d'un regard meurtrier. Il suspectait fortement la rousse d'avoir commis un acte d'adultère en couchant avec sa propre personne. Contrairement aux préférences sexuelles de sa sœur, il ne considérait pas cela comme un péché véniel. À croire que toutes les rousses étaient d'infâmes succubes. Il avait beau eu l'avoir regardé naguère avec des yeux suintants de concupiscence, elle ne lui inspirait désormais plus que le dégoût. L'observer jouer à l'innocente aux côtés d'une Ava extatique alors qu'elle aurait dû ployer sous le fardeau de ses remords suscitait chez Wesley une colère noire. Il la guigna d'une œillade féroce lorsque la traîtresse apposa délicatement ses lèvres empoisonnées sur celles insouciantes d'Ava, qui quant à elle exsudait le bonheur, son allégresse étant presque palpable dans l'air lourd de tensions. « Je te remercie, c'est très aimable de ta part. » répliqua-t-il au compliment de Jade d'une voix doucereuse. S'empêcher de jeter les yeux au ciel lui avait demandé un effort dantesque ; '' joli '' n'était guère un qualificatif qui correspondait à l'appartement. La flagornerie n'expierait en rien ses immondes péchés. Néanmoins, le Hunter décida qu'il était pour l'instant plus sage de prendre part à cette mascarade et de ne rien laisser transparaître. Au moment venu, Jade payerait la rétribution de ses fautes. « Laisse-moi te débarrasser de tes affaires, ça a l'air lourd. Comme je l'ai dit à Ava, tu peux décorer l'appartement comme bon te semble. Je n'ai aucun problème à partager. » fit-il, l'ombre d'un sourire planant sur ses lèvres. Oh, comme il allait aimer la torturer !

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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Mer 17 Sep - 19:08

Ava était lunaire, Wesley profondément choqué. Et un peu remonté. Jade n'avait rien vu venir et n'avait donc en conséquence rien pour apaiser la rancœur naissante du beau blond. Pour couronner le tout, il découvrait les orientations sexuelles véritables de sa demi-soeur, ce qui signifiait qu'il y avait encore un bon chemin à parcourir avant que ces deux-là ne se connaissent vraiment comme deux membres de la même famille. La pensée arracha un sourire étrange et bref à Jade ; on ne choisissait donc décidément pas ses origines.

La rousse rattrapa habilement les explications un brin confuses de sa comparse. Quoique habilement n'était pas le terme exact – brut aurait plutôt mieux convenu étant donné les révélations qu'allaient faire Jade sur la vaste mascarade qui concernait nos trois protagonistes -. « Oui, on est ensemble. Ca fait quatre ans. » La nouvelle allait être rude à encaisser pour lui, c'était certain. Jade ne pouvait pas vraiment faire preuve de compassion et de repentir envers lui ; ce n'était pas forcément l'envie qui manquait – elle se sentait toujours aussi terriblement coupable de ses actes – mais Ava n'avait pas besoin d'endurer une humiliation pareille. Il fallait la préserver, sauver leur couple, et cela passait par ce mensonge d'omission qui ne plairait guère à Wesley, mais Jade ne lui demandait pas son avis. La rouquine avait vécu, seule, la période des regrets et de la distance d'Ava avec bien des difficultés. Elle avait eu l'impression d'être devenue une sorte de moins-que-rien, une petite chose qui pleurnichait et qui implorait le pardon pour ne pas être abandonnée. Entièrement soumise au bon vouloir de son amante, Jade ne s'était jamais vue aussi faible. Et pourtant elle savait que c'était le prix à payer quand on rompait la confiance de quelqu'un ; quelque part une faille s'ouvrait et ne se refermait jamais totalement. Jade voulait croire à ce renouveau, à ce départ. Elle tenait bien trop à sa petite amie pour le laisser tout foutre en l'air.

Ce fut Wes qui chassa sans le savoir ses sombres pensées, en voulant la débarrasser de son fardeau. Par politesse et par réflexe, Jade refusa. « Non non ça va c'est pas lourd du tout. » Des propos logiques de la part d'une jeune fille qui avait du sang de Daybreaker dans les veines. De la part d'une petite rousse pas bien épaisse, les termes semblaient bien moins couler de source. Aussi l'étudiante poursuivit avec une légère grimace. « Enfin je dis ça peut-être parce que je sens plus mes mains et mes bras … Haha. » Bien que la blague escomptait faire retomber l'atmosphère à la fois pesante et tendue qui avait partiellement pris place, Jade pressentit avec justesse qu'elle était infiniment loin de toucher au but. Le demi-frère d'Ava avait la dent dure, pour ne pas dire acérée. Et il avait apparemment décidé que les sous-entendus troublants seraient de mise – sans doute trouvait-il drôle de la voir marcher sur des œufs … -.

Elle posa les cartons à terre dans un coin, cachant du mieux qu'elle pouvait sa gêne quant aux aptitudes à « partager » de Wesley. Et répondit du tac-au-tac, d'un ton spontané. « Hum. Eh bien c'est chouette, mais tu sais je crois qu'on ne va pas s'attarder trop ici. On ne va pas abuser. Le but c'est surtout qu'on trouve un nouveau logement et qu'on ait de quoi le financer pour de bon. » Et surtout qu'elles filent au plus vite de ce bourbier !

La rouquine, pour s'occuper les mains et parce qu'elle ne supportait pas vraiment l'immobilisme de la situation, retourna vers ses cartons et en sortit de là ce qui ressemblait à des babioles typiquement féminines – un attrape-rêves, une grande trousse de toilettes à fleurs et un petit vase – avant d'observer sa petite amie. « Je vais essayer d'aller déposer des CV ce soir dans les bars, peut-être que ça pourrait aider, il y en a plein ici, t'as vu ? » Jade passait déjà à autre chose. C'était sa nature, celle qu'Ava connaissait, et Wesley beaucoup moins. Elle se tourna d'ailleurs vers lui, son regard se confrontant au sien sans être totalement assuré pour autant. « Vous aviez peut-être prévu un truc … entre demi-frère et demi-soeur ? »
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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Mer 17 Sep - 20:18

Quelque chose cloche. La petite musique de la discussion trahit la duperie des locuteurs. Wesley, derrière son masque jovial, ne parvient pas à dissimuler un changement. Il est trop tôt pour le comprendre, mais il intervient au plus mauvais moment : son discours conciliant en devient plus difficile à croire. Sa tolérance apparaît comme un mensonge poli. Jade, elle, étale sa bonne humeur avec une énergie troublante. Elle a toujours été comme ça et pourtant, cette fois, il manque quelque chose. Un soupçon de naturel. Quant à moi, la peur et la culpabilité me rendent muette et me relèguent au rang de simple spectatrice. J’assiste, silencieuse, à leur échange.


« Nous… » Ma gorge enrouée ne laisse échapper qu’un sifflement étouffé. « Nous n’avons encore rien prévu, non. Et tu as raison : ils doivent toujours chercher de nouveaux serveurs. » Il est aisé d’imaginer Jade évoluer en pareil environnement ; elle est née pour ça. Ses sourires font la joie de ses clients, leurs pourboires son bonheur. C’est un échange équilibré et l’ambiance festive qui se dégage du vieux carré est parfaite pour le favoriser. « Mais tu n’es pas obligée, tu sais. Tu as tes cours et… » Mon frère nous observe et nos regards se croisent. « On en discutait et Wesley est d’accord pour nous accueillir gratuitement. » Elle a raison : nous devons partir. Mais ses soupçons naîtront de notre urgence ; autant la dissimuler.


L’air commence à manquer, dans le salon qui n’a jamais été prévu pour trois. La violence de ma dernière pulsion n’a pas fini de refluer. Elle lèche encore mes tympans, qui tambourinent contre ma conscience. J’ai besoin d’une grande goulée d’oxygène, loin de ces mensonges qui dansent autour de nous. Courir avait toujours été un Graal hors de portée, il s’est mué en exutoire et son appel se fait pressant. Le pavé sous les semelles, la sueur qui colle aux vêtements, la fatigue qui pousse dans un état second sont des barrages puissants — et jamais mis en échec — contre ce que nous sommes devenus.


Il faut d’abord gagner du temps, trouver une sortie honorable et s’y glisser dès que l’occasion se présentera. C’est peut-être Wesley qui me la fournira. « Tu as de quoi faire à manger ce soir ? » La réponse ne fait guère de doutes. « Je vais aller faire quelques courses, je crois. Tu as envie de quelque chose en particulier ? On te doit bien ça. »


Le quartier n’est qu’un labyrinthe, à mes yeux, mais aucune chance qu’il n’ait pas son lot de supérettes. Mes doigts serrent ceux de Jade et mon regard implore son aide. J’ai besoin d’elle, de ses paroles rassurantes et de ses conseils salvateurs. Elle comprendra, elle l’a toujours fait. Elle l’a vécu avant moi, le vit encore. Il faut qu’elle sache, aussi, qu’il est impossible de faire confiance à Wesley. Son œil est une fente béante par laquelle le Gouvernement nous observe.

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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Mer 17 Sep - 21:37



La rebuffade de Jade était tout à fait prévisible, bien que son mensonge quelque peu maladroit ; Wesley ne s'en offusqua guère. Aussi ne prit-il la peine de ne serait-ce qu'esquisser un sourire en réponse à la plaisanterie vaine de la jeune demoiselle, il n'avait que faire de lui paraître affable. « À ta guise. Votre chambre est au fond du couloir, au cas où tu voudrais te débarrasser. » fit-il d'une voix morne, l'observant flanquer ses effets dans un recoin de la pièce. Le Hunter ne savait guère sur quel pied danser, tout déchiré qu'il était entre son désir de tourmenter la traîtresse et celui de ménager sa jeune sœur ; si ses brandons étaient trop patents, Ava risquerait de flairer les remugles de la discorde. Aussi surprenant que cela puisse paraître, Wesley avait cet étrange besoin de couver la bâtarde de sa mère, nonobstant la rancœur qu'il couvait à son égard. Il était aussi vrai que le milicien avait une certaine propension à voler au secours de demoiselles aux abois dès que l'occasion se présentait. « À peine arrivée que tu parles déjà de partir. Dois-je y voir une envie de me fuir ? » dit-il avec un demi-rire. Il poussait le vice sans doute un peu trop loin, ses piques n'étant qu'à moitié voilées mais malheureusement, la modération n'avait jamais été son fort. Lâchant finalement sa proie des yeux, Wesley porta son regard sur sa sœur, qui pour de nébuleuses raisons semblait quelque peu guindée, mal à l'aise. Se pourrait-il qu'elle soupçonne d'ores et déjà la querelle muette ? Cela semblait quelque peu prématuré mais il était aussi vrai que la portée de la perspicacité d'Ava demeurait totalement inconnue au Hunter ; sans doute serait-il sage de juguler quelque peu sa soif de rétorsion. « Yep, je ne demande aucun loyer. Toutefois, si tu veux faire un peu d'argent, j'ai eu une connaissance au Masquerade, je pourrais lui demander te recommander au gérant. » dit-il d'une voix posée, soulignant ses palabres d'un sourire doucereux. Il était certain que Isis lui accorderait cette faveur : après tout, Wesley avait bel et bien sauvé l'auguste postérieur de l'ingénue lors des rocambolesques événements qui avaient pris place à la fabrique de jouets. En cas de refus, il pourrait toujours importuner ses accointances travaillant au Little Darlings, même s'il doutait que ce genre de besogne plaise à la rouquine.
Oh comme il espérait que Jade accepte son offre ! Ça écorcherait très certainement son orgueil que de s'abaisser à accepter l'aide que lui proposait très gracieusement Windsor. Plus sa belle-soeur serait accaparée par son emploi du temps, mois le Hunter serait en contact avec cette gourgandine et cela le réjouissait grandement. « Grillé, le frigo est en effet vide. Hé bien, je suis d'humeur à manger du chinois ce soir ! » fit-il, dardant son regard sur sa sœur qui semblait toujours quelque peu hagarde. Il priait la providence afin que Ava décide d'effectuer cette petite excursion seule, ce qui lui permettrait d'avoir un petit tête-à-tête avec Jade qui ne manquerait assurément pas d'être follement excitant.
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MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Jeu 18 Sep - 19:34

« - Et j'ai bien assez de temps pour travailler à côté. » interrompait déjà Jade avec une petite moue rassurante à l'adresse d'Ava, qui s'insurgeait de la voir multiplier les heures. La californienne avait l'habitude de voir sa petite amie tenter de mettre un frein à sa volonté d'acier de tout faire au mieux. Les études, le travail, les tâches ménagères, tout ça était autant de prétextes à Jade pour en réalité faire en sorte que leur avenir soit meilleur. Jusqu'ici il ne l'avait jamais été et la rouquine escomptait secrètement qu'un beau matin, elles aussi auraient leur havre de paix loin de tous ces tourments.

Lorsqu'Ava lui annonça que la générosité de son demi-frère poussait jusqu'à ne leur exiger aucune rétribution financière, Jade haussa clairement les sourcils et lâcha un petit « Oh. » qui voulait tout dire. Elle n'était pas d'une nature méfiante mais une chose était sûre ; avec la découverte de l'identité partielle de ses nouvelles colocataires, Wesley allait vite changer d'avis sur ces histoires de loyer gratuit. Ou alors il se jouerait d'elle autrement, comme lorsqu'il le faisait actuellement dans la conversation en la noyant sous les remarques à double-sens – le genre de piques qui avaient le don de la faire s'emballer bien vite quand Ava n'était pas dans les parages -.

Peut-être Wes avait-il vu juste dans son intention de ne pas s'éterniser. Il n'était pas sot : il était le propriétaire des lieux, ce qui faisait automatiquement de lui le dominant, le maître des lieux. Elle ? Elle incarnait certainement le rôle de la bleusaille lâchée en terrain inconnue, sans armes pour se défendre.  « C'est juste que je n'aimerais pas gêner. Tu dois avoir une vie, après tout. » Si Jade n'était jamais singulièrement méchante en public, il pouvait lui arriver ce genre de petits épisodes où l'illusion d'une ironie pointait son nez. Bien sûr, quiconque aurait vu le minois de l'étudiante aurait bien eu du mal à croire que celle-ci pouvait aboyer et mordre, mais il ne fallait pas trop tirer sur la corde pour autant : on ne se méfiait jamais assez de l'eau qui dormait.

Devant la proposition inattendue de Wesley, la rousse mit un léger temps à réagir, mais ne chercha pas à masquer son étonnement devant tant d'aide désintéressée.  « Ah bon ? » Ca la tuait d'avance de le dire, mais elle n'était absolument pas en capacité de refuser une aubaine pareille. L'époque où la jeune fille pensait que l'on pouvait se satisfaire d'amour et d'eau fraîche était bel et bien révolue. Bizarrement, Jade avait du mal à comprendre – sans doute par ignorance à ce sujet – comment Wesley pouvait avoir des possibilités professionnelles intéressantes à leur offrir. Et surtout à elle en particulier. Néanmoins incapable de voir le mauvais coup venir, et surtout parce qu'elle et Ava avaient fondamentalement besoin d'argent, la rouquine finit par concéder avec une certaine résistance due à sa fierté trop prononcée.  « Eh bien oui, pourquoi pas. C'est quel genre de job ? » demanda t-elle, l'air de rien, faussement intéressée. Elle n'allait pas non plus sauter de joie et accepter d'office, hé.

La plus jeune du trio suggéra finalement que le mieux à faire était de songer au repas du soir – en l'occurrence, exotique. Avec un sourire qui signifiait son approbation, la rouquine jeta un coup d'oeil à Ava, dont elle sentait les doigts délicats s'être timidement resserrés sur sa main. Elle lui accorda une de ses moues les plus adorables possibles – Jade avait toujours une petite mimique en réserve pour apaiser les anxiétés de sa cadette – et lui demanda avec une douceur bienvenue.  « Tu veux que je t'accompagne pour les courses ? » Elle pensait à elle avant tout : si Ava souhaitait prendre un peu de recul et rester seule un moment, nul doute que Jade se plierait à sa volonté. Et surtout, elle ne pouvait pas éternellement esquiver leur hôte : il faudrait bien l'affronter à un moment ou à un autre.
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