AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Ven 19 Sep - 1:33

Je suis seule, errant dans les rues sombres de La Nouvelle-Orléans. Les regards que me lancent les badauds me font froid dans le dos ; j’ai l’impression qu’ils n’ont qu’à jeter un œil dans ma direction pour tout savoir de mon angoisse. Jade n’est pas venue, elle est restée à l’appartement et j'affronte mes remords sans elle. Avec le goût métallique du sang sur le bout de mes lèvres. J’ai envie de vomir, rien qu’à l’idée de ce qui aurait pu se passer sans la sonnette salvatrice. La cuisine était pleine de couteaux, il ne m’aurait pas fallu beaucoup de temps pour en planter un dans le dos vulnérable de mon frère.


Cette vision de moi-même, trébuchante dans une ruelle sombre du Carré, me tord les boyaux. Elle ne doit pas se réaliser. Jade est la seule qui puisse me comprendre et me libérer de mon fardeau. J’ai besoin d’elle, de sa présence. Alors je la supplie, à ma façon.


« J’apprécierais un peu d’aide. » Je lance un regard en direction de Wesley. « Quelque chose me dit qu’il va falloir être généreuses avec notre hôte. Tu manges pour trois, hein ? »


Quelques minutes plus tard, l’air moite de l’extérieur nous saute à la gorge ; c’est comme un baquet d’eau glacée jeté à mon visage. Mes doigts serrent la main de Jade si fort qu’elle finit par protester, peut-être un peu inquiétée. Je fuis son regard. « Il travaille pour le Gouvernement. » Le dire ravive la colère. Elle ressuscite l’envie de tuer. « Je ne sais pas où ni pour qui exactement, mais… J’ai peur, Jade. Je ne veux pas rentrer le soir et avoir l’impression qu’ils m’observent encore. Ça me rend malade rien que d’y penser.» Travailler pour des tyrans n’a jamais été une vocation, plus une nécessitée. Se placer dans l’œil du cyclone revenait à écarter de potentiels soupçons. C’était un moyen d’apparaître respectable ; c’est surtout une corvée. Jade n’en a aucune idée, je ne lui en ai jamais parlé.


Comme prévu, les supérettes ne manquent pas ; nous en choisissons une au hasard. La ventilation tourne à plein régime, son ronronnement domine les rayons silencieux. La lumière tremblantes des néons donne aux rares clients présents un teint blafard presque inquiétant. Ils déambulent, leurs courses sous le bras, le visage vide. Ils ont tous des secrets. Certains sont légers comme une plume, d’autres sont plus lourds à porter. Le mien n’en finit pas de me peser sur le cœur. « Jade. » J’attrape sa manche. Serre son poignet. « J’ai eu envie de… L’espace d’une seconde, j’étais prête à… J’ai cherché comment le tuer. » Le mot a roulé sur ma langue. Il était brûlant et mes yeux se mouillent de larme. « Ce n’est pas la première fois. Parfois, j’ai ces espèces de pulsions. »


Je tremble, mais ce n’est pas à cause du courant d’air froid propulsé par les palmes en rotation.


Le reste de notre excursion se fond dans un flou complet. Je me laisse guidée, encore sous le choc de mon propre aveu. C’était quelque chose de le ressasser, c’en est une autre de le libérer. Pendant un an, j’ai tenu ce serpent dans les ténèbres. À la lumière du jour, il apparaît d’abord plus grand, plus fort, plus menaçant ; il se ratatine pourtant bien vite et, alors que nous poussons la porte de Wesley — notre porte, désormais —, je suis redevenue moi-même. Il en aura fallu, du temps.


« Ce soir, c’est moi qui cuisine. » Je veux que mon aplomb retrouvé rassure mon interlocutrice. « Pourquoi ne commencerais-tu pas à nous installer, pendant ce temps ? Tu mérites un peu de repos. »

Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Dim 21 Sep - 21:40

La minute d'avant, elles baignaient dans un mélange tiède de malaises et d'hésitations. Celle d'après, le simple fait d'être expulsées au dehors sous le soleil caniculaire de la ville soulagea presque instantanément les anxiétés de la rouquine. Presque, car si le temps était radieux, il n'avait pas le pouvoir de bouleverser la nouvelle problématique qui se posait dans la vie de Jade. Cependant la jeune femme n'eut pas le temps de se mettre à tergiverser bien longtemps sur la conduite à adopter, et ce qu'il fallait dire ou pas à sa chère et tendre. En effet, la main de cette dernière serrait si fortement la sienne que ce fut la douleur sourde qui engourdissait ses phalanges qui la fit réagir. « Ava, doucement ... » lui dit-elle en agitant les doigts pour retrouver un peu de liberté. Prête à lui demander l'origine de l'angoisse qui la poussait à se comporter ainsi – car Jade la connaissait bien assez pour reconnaître là les symptômes de la peur -, la brune la doubla et la bombe qu'elle lui lança au visage manqua de faire déchanter l'étudiante pour la deuxième fois de la journée. « Attends, quoi ?! » Une langue de glace venait de s'enrouler vicieusement autour de ses poumons. L'instant suivant, elle glapit, un demi-ton en dessous, toujours aussi incrédule. « Tu plaisantes ? Tu es en train de me dire qu'on va vivre avec l'ennemi ? » Il n'en fallait pas plus pour constater que la cerise sur le gâteau venait d'être apportée.

Non contente d'avoir couché par le passé avec un homme du Gouvernement, c'était dans l'appartement de celui-là même qu'elles devraient vivre leurs prochains jours. Et elles n'avaient pas réellement de date libératrice mettant fin à leur tourmente, car tant qu'elles ne disposaient pas de suffisamment d'argent pour pouvoir retrouver leur indépendance, Ava et Jade étaient coincées comme des rats. Tout en marchant, la californienne prit le temps de sous-peser ses mots et de guetter qu'elles n'étaient pas écoutées avant de soupirer profondément. « J'en reviens pas. » Evidemment, les craintes de sa cadette tombaient sous le sens. Combien de temps avant qu'il ne comprenne ? Combien de temps avant qu'il ne les dénonce ou pire, ne décide de les tuer dans leur sommeil ? « Je sais. Il faut qu'on trouve une solution. Le problème ... » La rouquine hésita avant d'aller plus loin, marqua une pause. Elle ne voulait pas enfoncer le clou dans l'esprit fragilisé de son amie. « Le problème c'est qu'on peut pas déjà se barrer. Ce serait trop suspect. Et puis surtout, il sait qu'on a nulle part où aller. » Elle avait voulu le dire de la manière la plus froide possible, comme si elle regardait tout ça de l'extérieur, pour mieux analyser, mieux trouver la faille qui leur permettrait de ne pas y passer trop vite. En vain. « Il va falloir qu'on fasse très attention, d'accord ? C'est provisoire. Dès qu'on amasse assez d'argent, je te promets qu'il n'y aura plus que nous deux. » finit par conclure la jeune fille, un regard rassurant à l'adresse d'Ava tandis qu'elle passa une main réconfortante dans sa chevelure et reprit la route, entraînant la pigiste à sa suite en la tenant d'une main plus ferme, plus forte.

Comme elle put, Jade tenta de distraire sa petite amie tout le long du chemin. Les discussions futiles, les plaisanteries légères et la détente de l'atmosphère avaient toujours été son domaine, mais même dans la supérette, Ava avait du mal à se décoincer. Elle semblait bloquée dans une sorte de transe paralytique où le moindre mouvement, le moindre bruit aurait pu l'éveiller en sauvage effarouchée. « Mmmmh-mmmh … Oui ? » Tout en fredonnant et jetant ça et là les denrées dans le chariot qu'elle poussait, Jade s'était mise à fredonner un air, mais la brune l'interrompit, ayant encore des choses à lui avouer. En l'écoutant, silencieuse, ses yeux se froncèrent puis s'écarquillèrent et finalement Jade poussa sa comparse dans le premier rayon venu, faisant mine de chercher une boîte de conserve tout en lui intimant d'un coup d'oeil avisé de ne pas parler trop fort. Alors qu'un ou deux badauds non loin d'elles finirent de quitter la zone où elles se trouvaient, la rousse parla enfin. « C'est normal. » La sensation lui était connue pour ne pas dire familière, mais il s'agissait là des inconvénients de leur nouvelle nature. Il leur fallait apprivoiser ces aléas imprévisibles et si Jade s'en sortait relativement correctement, elle n'avait pas encore vraiment trouvé une technique imparable et précise. « Tu as su te retenir, non ? C'est le principal. Il faut que tu apprennes à canaliser ça. Désolée de te mettre la pression comme ça, mais pour le moment on a pas le choix. » poursuivit Jade en jetant la boîte de conserve dans le caddie. Tout le long de sa tirade, elle avait cherché à conserver son sang-froid. Elle attira néanmoins brièvement Ava à elle, comme pour une simple étreinte amoureuse, mais chuchota à son oreille un « Ca ira. » qu'elle voulut le plus convaincant possible. Impossible de fléchir quand l'autre le faisait déjà.

Le retour à l'appartement fut plus rapide qu'elle ne l'aurait voulu, et déjà le chemin dans le quartier jusqu'à leur nouveau logement s'imprégnait dans sa mémoire. Maintenant qu'elle avait toutes les cartes en main, Jade prenait conscience du danger de leur situation. Rien ne devait être laissé au hasard, chose qui n'était pas dans son caractère. Laissant Ava à son occupation de ranger les courses et de se mettre à la cuisine, elle approuva sa dernière idée avec un sourire – factice mais habile – et avisa ce qu'elle n'avait pas encore pu sortir des cartons. « Ouais, bonne idée ! Je vais aller ranger tout ça dans la chambre. » Et la jeune femme d'embarquer les cartons et d'aller vers le couloir. Elle finit par adresser – enfin – un court regard de courtoisie à Wesley, même si ses iris obscures étaient loin de dégager une chaleur empathique quelconque. Hors de question qu'elle lui adresse la parole pour papoter maintenant qu'elle savait.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Mar 23 Sep - 20:53




Sitôt qu'il entendit la porte claquer, Wesley sortit d'un geste machinal sa flasque de rhum d'un pan de sa veste et la porta d'une main fébrile à sa bouche, savourant le goût brut de la liqueur, sentant la chaleur du liquide dévaler le long de son œsophage. Il regrettait que la rouquine aie accompagné sa sœur, ce qui était prévisible. Il restait néanmoins sur sa faim, ne pouvant attendre de la coincer entre quatre yeux.
Il laissa son regard courir dans la pièce, et fut intrigué par les effets de Jade ; devrait-il y jeter un coup d’œil, afin de satisfaire sa curiosité, de voir si les paquets ne contenaient rien d'incriminant ? Opération périlleuse, il risquait de semer le désordre parmi les affaires et pouvait tout à fait se faire prendre la main dans le sec. Le claquement de la porte l'extirpa de ses songes : « Yo ! J'ai attendu que les donzelles se tirent pour rentrer. » lança une voix tonitruante que le Hunter ne connaissait que trop bien. Tyler, l'un de ses clients les plus réguliers, venait de faire son entrée. « Je t'ai déjà dit que tu ne pouvais pas te pointer comme une fleur ici. » gronda Wesley, décochant à la montagne un regard mauvais. « Les filles vont rentrer d'une minute à l'autre, faut que tu t'tires en vitesse. » « Pas avant que j'aie fait le plein de munitions. Le lot habituel. » rétorqua Tyler d'une voix chantante, son faciès d'ébène se fendant d'un sourire carnassier. Il était dos au mur : tout noueux et entraîné que Wesley était, le sorteur afro-américain ne ferait qu'une bouchée de lui. Le milicien laissa échapper un soupir las et se dirigea vers le canapé, souleva l'un des coussins et ouvrit la fermeture éclair. Il y plongea une main et en ressortit bientôt un sachet contenant de la poudre et deux flacons remplis d'un liquide douteux ; le susnommé lot habituel : cocaïne et hormones stéroïdes. « Prix habituel. » grogna le blond. L'achat de l'appartement l'avait délesté d'une partie conséquente de ses avoirs ; ainsi donc, Wesley, désireux de maintenir un train de vie confortable, avait cédé à la tentation et renoué avec ses vieux démons, ainsi qu'avec ses vieilles accointances. Ce n'était guère prudent, au vu des vagues qu'il avait faites récemment et c'était précisément ce qui rendait cette petite entreprise si séduisante. Toutefois, il ne reproduirait pas les mêmes erreurs que dans le passé ; il garderait ce petit commerce modeste et éviterait autant que faire se peut d'attirer l'attention.
Tyler jeta une liasse sur la table en verre et tendit une main gargantuesque à son revendeur, que celui-ci s'empressa de serrer courtoisement. « Toujours un plaisir de traiter avec toi, Windsor. » L'intéressé s'apprêtait à répondre un mensonge flatteur lorsque la porte d'entrée claqua. « Oh. » lâcha-t-il éloquemment, figé sur place. « Vous êtes déjà rentrées ? » demanda-t-il d'une voix légère, ses yeux glissant vers la liasse qui trônait toujours sur la table. Impossible que les demoiselles ne l'aperçoivent pas. « Vous avez trouvé mon bonheur ? Tyler ici présent m'a rendu une petite visite. Malheureusement, il ne sera pas en mesure de partager notre repas. » dit-il, gratifiant ses colocataires d'un sourire éclatant, guidant le colosse d'une main ferme vers la sortie. Sitôt celui-ci sorti de l'appartement, Wesley claqua sèchement la porte, faisant face aux arrivantes, un sourire hésitant flottant sur ses lèvres.

Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Mer 24 Sep - 0:10


Wesley est comme l’enfant pris en faute : ses lèvres trahissent sa surprise, ses joues rosées sa honte, ses yeux son désir de passer inaperçu. Malheureusement pour lui, l’argent qui dort paisiblement sur sa table est un témoin à charge trop convaincant. Quant à Tyler, ce n’est pas la culpabilité qui l’étouffe : ses zygomatiques crient son amusement. Malgré ça, il fait son possible pour demeurer solidaire. Il garde sa main fourrée dans sa poche et dissimule l’objet de leur méfait commun. Il fait de son mieux pour réprimer son hilarité. Il va jusqu’à esquisser, en dernier recours, une figure penaude de circonstance. C’est cette ultime grimace, à mi-chemin entre la provocation gratuite et la sincère tentative, qui m’arrache un fou rire. J’essaie de m’arrêter, mais rien n’y fait ; Wesley raccompagne son compagnon sous le déluge de mes éclats. Je fais de mon mieux pour me calmer, en vain. Un coup d’œil en direction de la liasse relance la machine et le visage hésitant de mon frère lorsqu’il revient vers nous finit de rompre les digues.


Qu’est-ce que c’est bon, de rire ! Tous mes muscles sont secoués de frissons incontrôlables et mon échine tremble sous les assauts d’un abdomen mis à rude épreuve. C’en est presque douloureux, mais c’est le moyen qu’a choisi mon corps pour exsuder la tension qui m’étouffait jusque-là. Cette scène — Wesley et Tyler, deux colosses craignant nos questions alors même qu'ils peuvent nous écraser sans le faire exprès —, pourtant tout sauf anodine, n’en demeurait pas moins ridicule et il me faut plusieurs longues secondes pour me calmer.


« Pardon, je… » J’arrive à peine à respirer. « Oh, mon dieu, je… » Je croise le regard de Jade et je craque une seconde fois.


C’est gênant. Mon rire est de plus en plus nerveux, il trahit sans vergogne le stress qui m’étranglait. En même temps, je n’ai pas envie que ça s’arrête. J’ai mal, mais c’est une douleur que j’accueillerai les yeux fermés. Je pleure, mais c’est des larmes que je ne retiendrai jamais.


Peut-être bien que je suis devenue folle.


« Ah… » Mes joues sont en feu. Je suis en sueur. « Je sais pas… pourquoi maintenant… » Je sais exactement pourquoi : parce que mon frère n’est pas que l’employé du Gouvernement. Il est un homme qui a ses secrets. Tyler n’est pas un ami qu’il aurait voulu me présenter. Ça ouvre des perspectives intéressantes. « Voilà, je crois que… » Je lutte contre une nouvelle bouffée hilarante. « C’est bon, je crois que c’est passé. »


Ça l’est. Déjà, mon ventre se tord à nouveau, mais plus pour les mêmes raisons. Ce n’est plus la peur qui lentement m’étouffe, mais l’horreur de comprendre que je me réjouis de trouver de potentiels moyens de pression sur Wesley. Le monde a changé, mais moins que moi. Tant pis, tant mieux, l’avenir me le dira. En attendant, cette petite crise m’aura tout de même retiré un poids des épaules. Je me sens plus légère.


« Je vais aller me rafraîchir le visage, je crois… » Je pose les sacs de course sur le plan de travail de la cuisine et m’éclipse. Sans un regard. Sans un mot de plus.

Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Mer 1 Oct - 20:31

Alors que l'étudiante avait rejoint la chambre, ses pensées firent elle le chemin inverse, notant avec un curieux décalage la présence de cet inconnu au rictus aussi intrigant que sa présence dans l'appartement de Wesley. Si elle n'avait adressé ni mot ni attention à l'étranger et avait presque ignoré sans y prendre gare son intervention pour le moins intéressante, le fou rire nerveux qui avait secoué Ava lui avait fait inconsciemment plaisir et l'avait sorti de sa léthargie. Sa curiosité se réveillait enfin pour l'assaillir de questions au sujet du blondinet – blondinet qu'elle devait pourtant se forcer à chasser de sa tête pour ne pas paniquer -.

Une fois réfugiée dans la chambre qui ne manquait pas d'être rose à souhait, Jade poussa un profond soupir. Ce n'était pas gagné. Pas du tout, même. Ava devait elle aussi faire le point de son côté, planquée dans la salle de bains, cherchant sûrement un remède dans l'eau fraîche quin aspergeait son visage. Wesley, lui, avait sans doute fort à faire – quels tourments pourrait-il exécuter sur elle, la pêcheresse ignoble qui jouait avec sa demi-soeur ? -. Et elle, dans tout ça ? Elle préférait ne pas y penser. Oublié Tyler et cette drôle de somme d'argent qui avait apparu en même temps que lui, oubliés les douloureux souvenirs de la honte et de la culpabilité : il y avait besoin que cette pièce devienne sienne, même pour un temps court.

Elle vida un par un les trois cartons sur le grand lit, leur contenu se déversant dans une pluie désordonnée; et mue par un esprit de méthode, commença à placer naturellement lampes, bibelots rassurants et objets personnels qui auraient le mérite de rendre l'endroit plus à leur goût. Les étagères vides et les murs nus s'habillaient au fur et à mesure d'un apparat de plus en plus familier. Difficile cependant de donner un aspect réconfortant et protecteur à la gueule du loup, mais on faisait avec ce qu'on avait sous la main et Jade n'abandonnerait pas l'idée constante de s'approprier ces quelques mètres carrés. Un bouquet de fleurs fraîches aurait été sans doute idéal sur la commode, mais Jade se contenta pour le moment de ces quelques aménagements et repoussa les cartons vides dans un coin de la pièce avant de contempler une dernière fois le résultat, satisfaite.

Lorsqu'elle revint dans le salon, il n'y avait toujours pas de traces d'Ava, seulement Wesley et cette liasse malvenue qui ne traînerait pas bien longtemps sous leur nez, à n'en pas douter. Si la rouquine n'avait absolument pas envie d'entamer l'ombre d'une discussion avec leur hôte – l'idée se renforçant après avoir découvert de quel côté il se situait -, Jade ne pouvait néanmoins pas se comporter éternellement de manière aussi suspecte. Il allait falloir jongler avec des boules pour le moins enflammées. L'image du fameux Tyler lui revint fugacement en tête, et la jeune femme se dirigea vers la cuisine. « C'était ton petit ami, tout à l'heure ? » demanda t-elle le plus anodinement du monde, pourtant incapable de réprimer l'étrange et discret sourire goguenard qui fleurissait sur ses lèvres. Là encore, pour ne pas céder à la nervosité ambiante, Jade décida de s'occuper du sort des sacs de course et sortit pêle-mêle leurs articles. Elle savait qu'elle n'aurait pas du attiser pareilles braises : elle était la fautive et lui possédait en main toutes les clés pour la ruiner. Oui, mais ça n'empêchait pas pour autant la fougue de Jade de s'exprimer …

Au fond, elle aurait pourtant souhaité qu'Ava revienne au plus vite. Sa présence aurait pu rappeler que face à l'ennemi, elles étaient deux et qu'elles n'étaient pas si inoffensives que ce que l'apparence le laissait croire. La crainte supplémentaire et primordiale que Wesley puisse déjà imploser ou commettre une erreur verbale monumentale la rongeait comme un acide. Elle pouvait jouer les filles sereines et irréprochables, elle savait bien qu'elle ne l'était pas : Jade souhaitait en réalité naïvement que l'on puisse effacer son ardoise une bonne fois pour toutes.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Dim 2 Nov - 19:53




Frappé d'une profonde stupéfaction, Wesley demeura coi face à l'hilarité de sa sœur. De toutes les réactions qu'il avait envisagées, ce rire frénétique n'en faisait définitivement pas partie. Pourquoi diable Ava riait-elle de la sorte ? Certes, la situation était quelque peu singulière, cocasse même sous un certain jour, mais était-ce suffisant pour faire éclore une telle hilarité ? Windsor, perplexe et éberlué, attendit patiemment que cette effusion de gaieté s'évanouisse avant de reprendre la parole. « Il n'y a pas de mal, ça fait du bien parfois. » dit-il, marquant une courte pause. « Désolé de cette visite impromptue, Tyler a souvent tendance à se pointer quand ça lui chante. Je ferai en sorte que ça n'arrive plus. » fit-il, toujours le même sourire hésitant accroché aux lèvres. Désireux de clore cet événement scabreux, le milicien laissa bien vite retomber le silence et ne retint pas Ava lorsque celle-ci s'excusa pour aller se rafraîchir.

Désormais seul, le Hunter eut enfin quelques instants afin de rassembler ses esprits et de faire le point sur la situation. Qu'allaient faire Jade et Ava de ce nouveau savoir fraîchement acquis ? Allaient-elles se montrer méfiantes, allaient-elles le faire chanter ? C'était fort peu probable de la part d'Ava ; après tout, elle partageait son sang et était redevable de sa générosité. Jade, quant à elle, était une autre pair de manches. Apprendre que Wesley trempait dans des affaires potentiellement délictueuses était une aubaine pour elle, cela lui permettait de rééquilibrer le rapport de force qui se jouait entre elle et lui. Si le chien du gouvernement la turlupinait avec cette nuit fatidique, la roussette libidineuse répliquerait avec cette épée de Damoclès, à n'en pas douter. L'ex-truand passa une main lasse sur son visage ; pourquoi diable avait-il fallu qu'il ouvre la porte à l'autre vaurien ? Il aurait dû décliner le deal, ce qui lui aurait permis en définitive de garder l'avantage sur Jade. Sa cupidité s'était encore une nouvelle fois jouée de lui.

La rouquine le rejoignit bien vite et tous deux se dirigèrent vers la cuisine. Wesley opta pour la nonchalance, gravitant silencieusement autour de la tentatrice. Son plan initial avait été de confronter directement la pécheresse mais le revirement de situation avait quelque peu calmé sa soif de rétribution. Désormais, il marchait sur des œufs et se montrer ouvertement hostile envers elle pourrait sérieusement le compromettre.
Toujours aussi désinvolte, le Hunter ouvrit la porte du frigo et se saisit d'une bière, qu'il décapsula à l'aide de son briquet. Alors que Jade sortait les emplettes des sachets, Wesley s'affaira à dresser la table, toujours muré dans son mutisme, sirotant de temps à autre une gorgée de bière rafraîchissante. Toutefois, il manqua de lâcher cette dernière lorsque les paroles de la rouquine lui parvinrent aux oreilles et il pivota sur ses talons, faisant face à l'effrontée, la foudroyant d'un regard courroucé. Reste calme chantait-il in petto, tel un mantra. « Pourquoi demandes-tu ça ? » questionna-t-il d'une voix doucereuse. « Tu cherches à élargir tes horizons ? Un blanc-bec n'est pas un extra suffisamment exotique pour toi ? » fit-il, vrillant son regard dans le sien. Elle le répugnait autant qu'il l'avait désirée. Il ne pouvait faire montre de nonchalance en sa compagnie, tout en elle le hérissait ; sa crinière auburn, ses taches de son, son insolence. « Mais pour répondre à ta question : non, ce n'est pas mon petit ami. Que veux-tu, le commun des mortels ne change pas aussi vite de bord que toi. » conclut-il d'une voix dangereusement calme, un sourire sirupeux ornant ses lippes. Wesley entendait toujours l'eau de la salle de bain couler, ce qui lui assurait que cette joute verbale pourrait durer quelques instants encore. Il était temps de cracher son feu.


Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Mar 25 Nov - 20:47

Jade aurait pu palper son énervement du bout des doigts si elle l'avait voulu. Visiblement Wesley ne goûtait ni la plaisanterie, ni n'avait envie de passer à autre chose. Il avait les nerfs, et ça pouvait se comprendre, mais la rouquine n'était pas ici dans le but malsain de le narguer. Elle ne prenait aucun malijn plaisir à se retrouver coincée dans la demeure d'un Hunter, Hunter avec lequel elle avait couché et qui était lié par le sang à sa petite amie. Un trio d'informations dangereuses et déconcertantes avec lequel elle devait composer et qui ne l'enchantait pas plus que Wes. Pour autant, elle savait se tenir – et ne donnait pas l'impression d'être à deux doigts d'exploser comme son interlocuteur -.

Le bruit de la douche qui s'enclenche se fit entendre au loin, signe qu'Ava en avait pour un petit temps. Parfait, c'était donc le moment le plus adéquat pour mettre les points sur les i. Entendant d'une oreille peu susceptible sa remarque, la jeune étudiante leva les yeux au ciel et soupira devant le manque évident de subtilité du blond. Un Monsieur Muscles comme lui avait la répartie simple, efficace et surtout frontale. « Très drôle, très fin. » fit-elle remarquer d'une voix égale alors qu'elle froissait le dernier sac de papier kraft vidé de son contenu. « T'avais l'air drôlement mal à l'aise en tout cas. » Et ça, il ne pouvait pas le nier. Jade l'avait vu, et comme il s'en était déjà douté, elle gardait cette précieuse information sous le coude dans le cas précis où la suite ne se passerait pas exactement comme prévu.

Car pour elle, les choses n'avaient pas d'autre choix que de bien se dérouler. Elles vivaient sous le même toit que l'ennemi, mais n'étaient pas encore connues comme telles. Et plus important encore, Ava avait besoin de tisser un lien avec son demi-frère. Il restait sa famille, et même si à ce sujet, les deux jeunes filles n'avaient pas vraiment reçu de soutien de la part de ces dernières, peut-être Wesley serait-il différent. Un espoir subsistait et Jade ne pouvait pas se permettre de le ruiner pour son bien-être personnel. Pire encore, elle n'avait absolument pas envie de vivre chaque jour avec l'impression qu'une épée de Damoclès la guettait constamment.

Lorsque le Shadow Hunter fit remarquer qu'il n'était pas du même acabit qu'elle relationnellement parlant, les mains de la rouquine frémirent et elle claqua un peu trop fort le bocal de sauce sur le comptoir. Ses yeux se fichèrent dans ceux du blond et elle ouvrit la bouche, son sang échaudé par la provocation la faisant parler plus vite qu'elle n'aurait du et oubliant de réfléchir. « J'étais déjà ... » Silence, la jeune fille s'était interrompue. Elle balaya la phrase avortée d'un nouveau soupir agacé, contourna le meuble de cuisine et s'avança jusqu'à Wesley, bras croisés. Une détermination nouvelle semblait se lire dans le tréfonds de ses iris noisette. « Ecoute. J'ai commis une erreur, et Ava m'a pardonnée. C'est tout ce qui compte. Je n'ai pas envie que les choses dégénèrent, si j'avais su qui tu étais, on ne serait jamais venues. Je reste pour elle, pour lui faire plaisir, et parce qu'on a pas d'autre solution. Et pour que vous ayiez une chance de vous retrouver. Ca vaut le coup de tout foutre en l'air pour une question d'ego ? » Elle avait parlé à voix suffisamment égale et mesurée pour ne pas se trahir, pour ne pas laisser percevoir à son interlocuteur qu'au fond, elle n'était pas aussi maîtresse d'elle-même qu'elle l'aurait voulu et qu'elle aurait cent fois plus aimé faire ravaler ses mauvaises paroles. Qu'il y croie ou pas, son discours avait même une part de sincérité plus importante qu'il ne le soupçonnait. Pour autant Jade ne se laisserait pas berner : s'il n'acceptait pas une trêve quelconque, elle ne lui donnerait aucune occasion de gâcher son couple et sa vie.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley   Mar 2 Déc - 17:50




Fulminant toujours intérieurement, Wesley continuait d'arpenter la cuisine, saisissant ça et là assiettes et couverts qu'il jeta hasardeusement sur la table. Il préféra boire une nouvelle goulée de bière plutôt que de répondre à Jade – des éclats de voix pourraient alerter Ava -. Il n'arrivait pas à croire que la jeune femme lui reproche un manque de subtilité quand elle-même avait fait une tentative d'esprit aussi triviale. À dire vrai, il n'arrivait pas à croire que la rouquine soit suffisamment effrontée que pour lui faire un quelconque reproche vu la nature de la situation. « Tyler est un homme dangereux, je n'aime pas le savoir dans mon appartement, c'est tout. » Cela pouvait ressembler à un mensonge éhonté mais ça ne l'était qu'à moitié ; l'homme à la peau d'ébène, sous ses airs joviaux, était redoutable. D'ailleurs, le nombre de drôles d'oiseaux ayant transité par son nouveau logis commençait à croître de manière inquiétante, peut-être était-il temps de réguler tout ce trafic importun de manière plus stricte.

Un sourire arrogant se dessina sur les lèvres du Hunter au vu de la réaction de la roussette ; enfin une réaction, son impassibilité commençait à céder, son esprit à s'échauffer. Durant un court instant, Wesley crut que l'amie de sa sœur allait le cueillir d'une gifle magistrale mais n'en fit rien. Toutefois, il demeura coi face à la révélation de Jade, son rictus goguenard sitôt évaporé. Ava lui avait pardonné ? « Attends, tu veux dire que tu lui as avoué ? » Et qu'elle est restée malgré tout ? ajouta-t-il in petto. Windsor n'avait pas envisagé que Jade ait pu faire preuve d'honnêteté envers sa sœur pour la bonne et simple raison qu'elles étaient toujours ensemble. Selon sa vision des choses, il était inconcevable de pardonner ce genre d'incartade, la trahison était un péché irrémissible à ses yeux. Il passa une main lasse sur son visage rugueux et laissa échapper un profond soupir. « Honnêtement, t'aurais pu commencer par ce morceau-là. » bougonna-t-il. Voilà qui changeait drastiquement la donne ; cette révélation était à la fois une bonne et mauvaise nouvelle : la foucade de Jade avait été portée à la connaissance d'Ava et elle avait pu faire un choix en son âme et conscience. Le point négatif était que Wesley perdait là son seul moyen de pression sur la demoiselle à la crinière de feu. « J'ignore comment Ava a pu te pardonner un truc pareil mais c'est vous que ça regarde. Si tu me dis que tu as joué franc jeu avec elle, ça me va. » Sa main étant désormais obsolète, il lui fallait rebattre les cartes et jouer la nouvelle différemment. Jade l'ignorait peut-être à l'heure actuelle mais c'était elle, désormais, qui avait l'ascendant sur lui. Le temps des piques cinglantes et à demi-violées était révolu, il fallait maintenant qu'il s'amende de ses propres fautes. « Écoute, j'ai bien conscience qu'on ne s'appréciera probablement jamais. Ce que tu peux penser de moi m'importe peu, voire pas du tout. Néanmoins, étant donné qu'on va vivre sous le même toit, je vais tâcher de me comporter mieux envers toi, pour rendre les choses plus faciles, et pour Ava. » La résipiscence ne venait guère aisément à Wesley Windsor, chaque syllabe qu'il formulait lui écorchait profondément la gueule ; il espérait que Jade n'en perdait pas une miette car c'était un phénomène anecdotique. Il soutint très calmement le regard courroucé de la jouvencelle et avec un détachement suprême conclut son homélie par : « Toutefois, si j'apprends que tu m'as menti ou que tu as réitéré ce genre de saloperie, j'aurai ta peau. »


Revenir en haut Aller en bas
 

Désormais, un monstre marche parmi eux | Wesley

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2

 Sujets similaires

-
» faux crakeur de session msn qui marche pas ^^
» Comment marche Antivir ?
» Exporter l'anim flash marche plus :( [ Réglé ]
» Empêcher un train de partir en marche arrière
» media player ne marche plus

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
CONSIGN TO OBLIVION .} :: The Fifth Chapter :: Memories-