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 Collaborer est un crime ; se venger un moyen comme un autre de châtier | Jonas

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MessageSujet: Collaborer est un crime ; se venger un moyen comme un autre de châtier | Jonas   Jeu 18 Sep - 12:21

Le coup de feu claque avec force. Son souffle invisible balaie le courage de ceux qu’il frappe. Sa détonation menaçante paralyse la foule abasourdie ; un temps au moins, puis c’est le chaos. Les brebis terrorisées se dispersent, la musique dissonante de leur peur couvre les échos de l’arme coupable. Une seconde semonce précipite le bétail sur ses genoux. Leurs cervelles surchauffées leur hurlent de courir, mais leurs corps résistent, trop certains que le mouvement de trop sera le dernier. Alors ils rampent, en lutte contre ces impérieux contraires. Nombreux sont ceux qui ne pensent qu’à vivre. Ils rejettent la main tendue de la faucheuse, refusent aux balles le droit de les tuer. L’adrénaline fouette leurs muscles. D’autres s’inquiètent du sort des leurs. Leurs regards balaient l’incongru spectacle de ces hommes recroquevillés, leurs ventres se nouent et ils supplient non pour leur survivance, mais bien celle d’autrui. Au fond, qu’importent les états d’âme ? Tous partagent la même impuissance.


C’est une attaque contre le système, une mise à mort de la paix impitoyable du Gouvernement. La guerre est déclarée, le champ de bataille choisi : il s’agit de cette petite boutique de prêts à porter. L’alarme stridente du centre commercial répond à l’agression, elle confirme le début des hostilités. Les rideaux de fer tombent. Ils confinent le mal, l’empêchent de se répandre. Aux yeux des victimes, néanmoins, il est un gong macabre qui rappelle une époque sombre et révolue. Ils ont toujours la tête sur leurs épaules, mais le fil de la lame a déjà tracé son sanglant sillon.


« In God We Trust! » Dans sa bouche, la devise des États-Unis ressemble à une profession de foi. Il est le dernier Homme à se tenir debout. Le bras levé, l’arme au ciel, il contemple ce troupeau égaré que le destin a jeté dans son piège. « Réjouis-toi, peuple de la Glorieuse Amérique, car ce soir je serai mort et tu auras retrouvé ton foyer ! »


L’annonce prend son audience à contrepied. Incrédule, elle rejette cette promesse sirupeuse : il est celui qui tient l’arme. Il est celui qui pose son doigt sur la détente. Il est celui qui possède le vrai pouvoir, celui qu’on arrache aux autres par la force. Les plus perspicaces comprennent vite, pourtant, tout le poids de sa vérité. L’homme n’ignore rien de ce qu’il est en train de faire, pas plus qu’il ne fuit les conséquences. Les sirènes jouent son requiem. Quoiqu’il arrive, il affronte seul, prisonnier déjà, les puissances qu’il défie. Elles s’organisent pour lui infliger son châtiment.


« Cette femme ! » Il pointe son arme sur sa victime, son bras passé autour de sa gorge. « Cette femme ne mérite pas votre pitié. Cette femme est déclarée coupable d’incitation à la haine, de crime contre la liberté, de diffamation odieuse à l’encontre des vrais héros de notre temps. Cette femme mérite un juste châtiment, car sous son visage lisse et innocent se cache le monstre de la paresse, la duplicité de la lâcheté, la culpabilité de ceux qui collaborent docilement. »


Mes jambes sont flageolantes, mes yeux écarquillés. Le cercle froid du canon gèle ma conscience. Cette condamnation, c’est la mienne. Je commence à avoir du mal à respirer ; s’agit-il des prémices de ma sentence ?

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MessageSujet: Re: Collaborer est un crime ; se venger un moyen comme un autre de châtier | Jonas   Jeu 18 Sep - 19:01

De manière sensée, porté par son expérience chaotique dans le domaine social, Jonas s'était souvent demandé si les capacités au-dessus de la normale dont il était pourvu, à l'instar de bon nombre d'autres individus, n'était pas une forme de piège à idiots machiavélique ayant pour but de pousser les personnes de son acabit à se retrouver régulièrement et très aisément dans des situations qui pouvaient paraître rocambolesques dans certains cas. C'était là une question qui se posa une nouvelle fois dans l'esprit du mage lorsque les coups de feu, cris et pétarades se mirent à résonner dans tous les sens. Peut-être n'était-ce dû qu'au hasard, ou encore que cela coïncidait avec sa nomination dans le Gouvernement, il l'ignorait, et à en croire sa nonchalance devant cette nouvelle situation, cela ne semblait guère l'émouvoir. Quelle malchance toutefois de trouver un endroit où se restaurer en toute tranquilité et d'entendre ce genre de capharnaüm auditif retentir si près de lui.

Pourtant, malgré cela, le Mage ne broncha pas et poursuivi la dégustation du café encore chaud que venait de lui servir le tenancier du pub. Assis derrière le comptoir, juste au bout de celui-ci, Jonas resta quasiment immobile, ne bougeant que son bras pour faire monter la tasse à ses lèvres pour engloutir des gorgées saccadées du chaud nectar. Dans la salle très peu fréquentée, les rares personnes qui s'affairaient ou discutaient chacun dans leur coin maintenaient vers lui des regards discrets, sans doute intrigués par sa tenue peu conventionnelle, notamment à cause de son chapeau à larges bords qui se trouvait à portée de main, posé sur la plaque de laiton du comptoir. Il était difficile de savoir ce que pouvait penser ses observateurs, mais il était aisé, en revanche, d'imaginer qu'il fut au coeur des messes basses, certains sans doute devaient se demander pourquoi cet homme ne se levait pas pour voir ce qui pouvait se passer, dans l'hypothèse ou son appartenance au Gouvernement leur était connue, d'autres devaient se questionner sur les raisons qui le poussaient à se trouver ici ou bien celles qui l'autorisaient à se vêtir de la sorte. Un homme de taille conséquente bardé de noir de la tête au pied ne semblait pas être le genre d'individus qu'ils fréquentaient au quotidien.
Devait-il s'en offusquer de quelques manières que ce soit? En aucune façon, à aucun moment même il ne vint à remarquer qu'il était observé sous tous les angles, il ne prêta pas la moindre attention aux quelques conversations qu'il pouvait entendre depuis sa chaise. Ce que les autres pensaient, il n'en avait que faire, car si les hommes parlaient beaucoup, peu d'entre eux agissaient réellement, et encore moins mettaient en acte ce dont ils avaient parlé. Cependant, au-dehors, les pétarades continuaient de plus belles, assez longues et puissantes pour le sortir de sa réflexion, aidé par le barman qui se positionna devant lui avec un regard inquisiteur

-Ne devriez-vous pas voir ce qu'il se passe, Monsieur Crane? demanda-t-il en secouant la tête pour désigner la porte du pub
-Et pourquoi diable devrais-je le faire?
-Eh bien vous êtes...enfin vous voyez quoi...

Jonas leva la tête et observa l'homme avec le sourcil froncé, se demandant ce qu'entendait le gras personnage par "vous voyez quoi". Avant même qu'une quelconque répartie puisse s'échapper de ses lèvres et même se former dans sa gorge, une sonnerie stridente retentit derrière le comptoir et le tenancier se déporta pour décrocher le combiné du téléphone grossier qui se trouvait coincé entre le percolateur et un petit frigidaire à liqueurs. En une poignée de seconde, son regard changea, révélant la surprise dans l'écarquillement de ses orbites et la gêne dans sa gestuelle. Il se rapprocha de nouveau du comptoir et tendit le combiné à son client qui le regardait, impassible, avant de s'emparer du morceau de plastique et le coller à son tour sur ses oreilles

-Patron? demanda une voix à l'autre bout de la ligne, une voix que Jonas reconnut sans peine
-Je vous écoute, se contenta de répondre le représentant gouvernemental
-J'ai entendu dire à la radio qu'il y'avait du grabuge par là où vous vous trouvez
-Et?
-Bien, que dois-je faire Monsieur?
-Rien. Je vous contacterai plus tard.

Jonas rendit le combiné au tenancier puis se redressa aussitôt, attrapant son chapeau et sa canne et se dirigea vers la sortie du pub en lâchant quelques piécettes sur le zinc pour payer sa note. Au dehors, la situation n'était pas aussi calme que dans le bar. L'hystérie avait gagné les riverains et ces derniers couraient en tous sens pour échapper à la proximité du centre commercial, ce dernier se dressant à tout juste cinquante mètres de là où se trouvait le sorcier. Il hésita quelques secondes, se demandant s'il devait retourner à ses affaires plus loin, ou bien se rendre dans le centre afin de savoir ce qui pouvait bien se tramer dans la galerie de commerces. Il décida finalement de s'y rendre, d'un pas léger, frappant le sol avec sa canne pour rythmer son pas et ajustant son chapeau pour se protéger du soleil.

Entrer dans un centre commercial pour Jonas était loin d'être une habitude, et pouvait présenter une forme humoristique qui n'avait rien de flatteur pour lui. Manque de chance pour lui que de se retrouver face à la seule porte de la facade qui nécessitait l'effort d'une poussée de la main pour être ouverte, lui qui attendait qu'elle le fasse elle-même, à l'instar des autres entrées disponibles à proximité. Il se tint là, tel un idiot béat devant une banalité avant de comprendre que cette porte ne se déciderait pas à le laisser passer. Il tenta alors une seconde porte coulissante qui par miracle s'ouvrit avant même qu'il ne se poste devant le capteur, lui libérant enfin l'accès aux intérieurs où un vacarme assourdissant résonnait, mêlant cris d'épouvantes par dizaines ainsi qu'une voix puissante qui surpassait de loin le reste du brouhaha. C'était tout proche, cela se passait en contrebas, au sein d'une sorte de forum, un grand espace dessiné entre les escalators qui séparaient deux niveaux. Plusieurs dizaines de personnes en vie, couchées ou assises, des corps ensanglantés tombés sous l'impact de balles et puis le centre de cet hideux spectacle avec cet homme, debout, arme en main, hurlant de tous ses poumons tout en maintenant contre lui une femme. Autour d'eux, des étals de vêtements étaient renversés, baignant dans le sang, recouvrant parfois des corps jeunes et inertes.
"Tout ça pour ça..." Jonas tourna les talons et se dirigea vers l'entrée, tranquillement, sans même se préoccuper davantage de se qui pouvait se passer derrière son dos. "C'est le devoir des PeaceKeepers mon ami, ne t'en mêle pas, ce n'est là qu'une ridicule perte de temps"

-...Cette femme ne mérite pas votre pitié. Cette femme est déclarée coupable d'incitation à la haine, de crimes contre la liberté, de diffamation odieuse à l'encontre des vrais héros de notre temps. Cette femme mérite un juste châtiment, car sous son visage lisse et innocent se cache le monstre de la paresse, la duplicité de la lâcheté, la culpabilité de ceux qui collaborent docilement"

Ces mots résonnèrent dans le centre commercial comme le sermon d'un prêtre dans la nef d'une cathédrale... Sauf que Jonas ignorait tout de cette métaphore et pour lui, le sermon résonnait étrangement comme le genre d'inepties qu'il avait déjà entendu, loin dans ses souvenirs, au sein d'une certaine cité. Il se remémorait les paroles véhémentes dont se servaient les prêtres de Baal pour haranguer la foule avant de lancer le corps des nouveaux nés dans la gueule de la statue transformée en four crématoire des plus ignobles. Des similitudes entre les deux situations, elles n'étaient pas nombreuses, pourtant son esprit s'était arrêté là, incapable de raisonner autrement qu'en levant des souvenirs cruels et inhumains.
"Innocent...maudit cafard!" Jonas fit une nouvelle fois demi-tour et se rapprocha de la balustrade qui surplombait l'improbable scène. Rien n'avait bougé, si ce n'est le crieur armé, car il s'était déporter pour se préparer à tirer dans le crâne de sa proie, devant l'assistance qui n'avait rien d'une foule passionnée. Les yeux de Jonas n'étaient pas rivés sur l'homme ou sur la femme, il se promenait sur les différents cadavres qui jonchaient le sol un peu partout,  certains d'entre eux étaient entassés en bas de l'escalator comme si l'escalier mécanique avait servit d'élévateur pour mouvoir des carcasses de bétail dans un abattoir. Il y'avait parmi eux des femmes, des hommes, même des enfants, des gens d'âges divers, d'ethnies multiples, comme si le tireur s'était simplement amusé à ouvrir le feu sans même se préoccuper de la destination des balles et des dégâts qu'elles provoquaient.

"De quoi parle cet idiot-là..." Il n'en savait rien, il venait d'arriver et n'avait entendu et compris qu'une seule phrase. Elle évoquait la culpabilité, la lâcheté, le châtiment, la collaboration, tout un ensemble de mot qui résonnaient à peine dans l'esprit de Jonas, trop accaparé par le nombre de morts que le sol supportait encore et dont le sang s'étalait lentement. Attendre les PeaceKeepers, c'était le choix judicieux qu'il pouvait faire, ces hommes et femmes avaient sans nul doute l'habitude de ce genre de choses, mais Jonas pouvait-il laisser les choses aller librement avant leur arrivée. Pouvait-il être possible qu'une fois la femme abattue, le fou qui braillait se serait contenté de partir, sans autre forme de procès? Le tenancier l'avait dit, en étant membre du Gouvernement, quelque fut son poste, sa fonction, n'avait-il pas autorité pour intervenir? Les questions ne manquaient pas, mais elles ne trouvèrent aucune réponse, car Jonas avait déjà trouvé sa parade. L'envie du prédateur avait supplanté la raison, le sang appelait le sang, et le chasseur avait trouvé une proie pour s'exercer. Un homme qui se trouvait en sentiment de puissance, juste par la grâce de l'arme qu'il tenait en main, s'en étant servi juste pour le plaisir, pour amusement, et peu importe les raisons, cet homme à lui seul représentait une chose que Jonas détestait, quelque chose qui sans doute lui rappelait ce qu'il fut un temps, une image qu'il chassait avec peine de ses souvenirs.

Il se déplaça, toujours lentement, assénant sur le sol des coups de cannes plus puissants afin qu'ils soient parfaitement audibles pour le malandrin, disparaissant des abords de la balustrade avant de poser le pied sur les marches mobiles de l'escalator. La machine le transporta et le fit descendre en douceur jusqu'au niveau inférieur, et d'un geste de la canne, il poussa les membres des cadavres qui lui bloquaient le passage au bas de l'escalier mécanique. Lorsqu'il retrouva un sol stable, sa canne reprit sa frappe rythmée et ne l'arrêta que lorsque sa proie entra dans son champ de vision, l'arme toujours braquée sur la tempe de la femme totalement inconnue et que Jonas ne regardait point.

-T'es tu demandé si la vie de cette femme valait réellement le prix que tous ceux que tu as tué ont payé, l'Ami?

L'homme l'observa en silence, se demandant sans doute à qui il avait à faire, à moins qu'il en avait déjà connaissance. Jonas ne pouvait être sûr de rien, après tout, il avait déjà eu à affronter des gens qui le connaissaient alors que lui-même ne les voyait que pour la première fois.

-N'est-ce pas fascinant de voir à quel point il est aisé de prendre des vies comme cela, juste avec un doigt...Et tu as savouré cette sensation, je le vois sur ton visage. Ainsi toi qui hurle ta répugnance de la lâcheté, cela semble être ton arme favorite, tout comme elle est ma proie de prédilection...

La main du Mage s'était refermée sur la crosse de son arme, la tira de son holster et leva le canon avant de déclencher la détente. L'explosion fracassante vrilla les tympans et le projectile libéré déchira l'air puis les chairs, brisant l'os comme la brindille de paille. La rotule du crieur n'offrit aucune résistance à la puissance de la balle et la rotule éclata comme une pomme mûre, déséquilibrant l'individu qui s'étala sur le sol en beuglant, un cri inhumain qui n'avait rien de comparable à celui des pauvres hères qui l'entouraient. Pour Jonas, jouer avec le pistolet était facile, trop pour le garder en main et poursuivre le jeu. L'arme regagna le holster et le mage se rapprocha de l'individu qui hurlait encore, incapable de poursuivre ses desseins, un bon point pour le Commissaire de la Sûreté. Ce dernier était là, debout devant sa victime, la pointe de la canne posée au sol à quelques centimètres du visage de l'individu.

-Maintenant que j'ai toute ton attention, peut-être pourras-tu m'éclairer sur les raisons de tout ceci, car je crains d'être arrivé trop tard pour le comprendre par moi-même

Le mage jeta un bref regard vers celle que l'homme avait tenu en joue jusque-là, cherchant sur elle un indice quelconque qui aurait offert un début de réponse, mais hormis le jeune âge de la personne et la peur apparente qui se lisait sur son visage, rien ne permettait d'aider Jonas. Elle avait un regard vitreux, comme si elle était sur le point de défaillir, un regard que Jonas avait vu trop souvent, la plupart du temps auprès de certaines de ses propres victimes. Il la jaugea mais en vain, et revint sur sa proie, se déléctant du spectacle ridicule qu'elle offrait à se tortiller au sol pour tenter maladroitement de se subsituer à l'horrible douleur.

Quelque soit l'amusement qu'il pourrait tirer de cela, il ne devait pas oublier que cela engendrerait tôt ou tard des questions dans les instances, interrogations qu'il devrait dissiper à l'aide de rapport qu'il lui faudrait rédiger, une tâche qu'il n'appréciait aucunement.
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MessageSujet: Re: Collaborer est un crime ; se venger un moyen comme un autre de châtier | Jonas   Lun 22 Sep - 1:23


Le coup de feu est différent. Sa musique ne ressemble en rien à celle des précédents. Ses notes sont plus calmes, plus impitoyables aussi. Elles font frémir jusqu’aux murs, car elles sont porteuses d’un pouvoir autrement plus terrible. Il n’a pas hésité : l’idée de manquer sa cible et blesser la mauvaise personne ne lui a pas traversé l’esprit. Le temps s’arrête, le monde retient son souffle tandis qu’il assiste à la chute du bourreau déchu. Son sang rejoint celui de ses victimes, ses hurlements leurs gémissements.


Tac. Tac. Tac.


Sa canne frappe le sol avec la régularité d’un mécanisme d’horloge. Le claquement sec de sa pointe sur le carrelage est le battement de métronome qui maintient la cohésion de cette pièce folle. Chacun de ses pas est un moyen de marteler son indifférence. Il avance, le cœur léger. Pourquoi le terroriste ne lui a-t-il pas tiré dessus le premier, quand il en a eu l’occasion ? À la place, il se tord de douleur, ses yeux menaçent de jaillir hors de leurs orbites. Sous le choc, il a été jusqu’à lâcher son arme. Ce triste spectacle dénonce toute la cruelle ironie de la mascarade. Le tableau qu’il dessine avec son sang versé est sans appel : il n’est pas un tueur. C’est le désespoir qui l’a poussé à sortir le pistolet de son fourreau. Son destin, il l’avait prévu dès le début.


« Tu ne pourrais pas comprendre. » Moi, je comprends. La lutte est devenue trop dure. Le Gouvernement lui a porté un coup de trop et il a abandonné l’idée de le voir chuter. Il voulait donner à sa fin un sens, il cherchait à transcender sa mort. Partir en martyre. Envoyer un ultime message contre ceux qui rampent et servent l'Hydre oligarchique. « Tu ne pourras… pas les sauver tous. Tu ne pourras… même pas te sauver toi-même. »


L’avertissement glisse sur son destinataire sans vraiment l’atteindre. Quelle terrible vision, que celle de ce chasseur dominant sa proie ! Elle n’avait aucune chance, son sort était scellé dès le départ. Il jette son ombre devant lui. Elle recouvre sa victime, comme un linceul trop sombre. À genoux, je le regarde et j’ai peur. Je sais que d’un geste, il peut m’écraser. Du sang coule lentement sur ma joue. Je le sens rouler sur ma peau, dévaler la courbe de ma mâchoire pour finalement suspendre sa course sur mon menton tremblant. Il n’est pas à moi, car je suis sortie indemne de cette épreuve. Il doit être à celui qui a voulu me tuer. J’ai envie de vomir, tellement cette idée m’horrifie.


Un éclat lumineux tombe sur mes yeux et m’éblouit.


Je ne réfléchis pas.


J’agis.


Devant moi, l’arme du supplicié git.


Mon doigt se loge sur sa gâchette.


J’appuie.


Cette balle-là chante ma confusion. Un râle grotesque s’échappe des lèvres distendues de l’homme. Ses phallanges gourdes lâchent le petit pistolet qu’il avait essayé de tirer de son imper, en toute discrétion. Il jette un regard dans ma direction, ses iris se recouvrent d’un voile épais. Il ne lui reste plus longtemps à vivre.


J’appuie une seconde fois.


Ce n’est pas l’agent du Gouvernement que je viens de sauver. Tout le monde le croira, mais ils se tromperont. Le résistant n’avait aucune chance. Il allait souffrir, encore et encore, jusqu’à ce que son bourreau ait réussi à lui arracher ses secrets. Le bain de sang n’aurait plus eu de fin, ensuite. La piste aurait été remontée, inlassablement, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de gorge à trancher.

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MessageSujet: Re: Collaborer est un crime ; se venger un moyen comme un autre de châtier | Jonas   Lun 22 Sep - 17:58

Il n'avait pas tort sur le fond, Jonas ne comprenais pas grand chose aux paroles de l'idiot qui se tortillait à ses pieds, mais la vérité était que Jonas s'en moquait comme de sa première chevauchée, qu'importait les raisons de cet homme, tirer dans une foule suffisait amplement au Mage pour agir et neutraliser l'individu. Un peu plus pour le plaisir que par sens de la justice ou autre chose de moralement valable, il ne l'aurait certainement pas nié. Après tout, sa fonction lui donnait un certain droit de tuer comme bon lui semblait, même si derrière, certains membres des instances supérieures de son employeur exigeaient des explications.

Alors qu'il observait sa victime, il ne se préoccupa pas de la femme que l'homme tenait en joue jusqu'à son intervention, il ne la voyait même pas alors qu'elle se tenait debout à moins de deux mètres de lui, et ne s'était même pas assuré de son état, savoir si elle allait bien, si elle était en vie, comme tout officier des forces de l'ordre aurait fait dans une situation analogue. Jonas n'était pas PeaceKeeper, et dans son infortune, il venait déjà d'empiéter sur leur territoire, il ne risquait pas de continuer à marcher sur leurs plate-bandes. Il ignorait tout du nom de celui sur lequel il avait tiré, il ne connaissait pas le moindre brin de son histoire, de son vécu, il avait ouvert le feu, tout simplement, réagissant à un instinct personnel bien particulier. Il pouvait encore dégainer son arme de nouveau et loger une balle dans le crâne du malandrin, mais en tant que membre de la Sûreté Gouvernementale, il se devait de questionner l'homme sur ses motivations, et éventuellement savoir si son acte était personnel ou bien commandité, le Gouvernement voudrait sans nul doute cela.
Malheureusement, quelqu'un en avait décidé autrement. Du coin de l'oeil il la vit bouger, se baisser et agripper le pistolet, la main tremblante. Lorsqu'il la regarda enfin, il vit dans le regard de la femme autrefois victime la lueur de la colère entrelacée par une peur tenace. C'était palpable, même sa magie n'aurait pas été utile pour le ressentir. Quoi de plus normal, après tout ne venait-elle pas de vivre un calvaire en voyant sa vie défiler devant ses yeux et sentir son corps se dérober à l'approche imminente de la Mort. Jonas la connaissait très bien cette sensation, elle avait régit l'ensemble de son enfance, et la peur, lorsque les nerfs se décontractaient soudainement, se mouvait parfois en une colère aveugle. A cet instant, lorsque la main frêle de la jeune femme se referma sur la crosse du Glock, il savait ce qui allait se passer. Il pouvait l'en empêcher, mais il n'en fit rien, pour lui elle avait mérité son droit de vengeance, elle avait le droit de se faire justice elle-même. Il savait aussi que les lois en vigueur ne permettaient pas nécessairement ce genre de choses, du moins officiellement, mais il ne les connaissait pas encore toutes. Ce qu'il ne put prévoir, ce fut la vitesse à laquelle l'ancienne victime se transforma en bourreau. Il s'attendait à ce que cela prenne du temps, sa main tremblante même l'aurait fait douté, voir même manquer le premier tir. Assez de temps pour la raisonner s'il daignait l'empêcher d'agir.

Elle tira et la seule balle qui fusa depuis le canon du pistolet fila droit dans le lobe frontal, perforant la boite cranienne juste au dessus du sourcil gauche de l'homme qui se tut aussitôt. La surprise de Jonas n'était pas feinte à cet instant, mais il ne broncha pas et reprit le contrôle de ses émotions. Tant pis pour l'interrogatoire, c'était désormais trop tard. Il n'aurait qu'à précisé que la jeune femme avait agit si rapidement qu'il ne l'avait pas vu venir, un mensonge certes, mais la tueuse pourrait dormir sur ses deux oreilles plus tard, une fois qu'elle se serait remise de son acte. "Me voilà bien maintenant avec un cadavre sur les bras, pas l'ombre d'une réponse et ce n'est même pas de mon fait"
Il la regarda une nouvelle fois, avec insistance, attendant qu'elle le regarde à son tour, mais elle semblait figée sur sa victime. Il était évident qu'elle n'était pas une tueuse entrainée malgré la perfection du tir et surtout de sa visée, et Jonas se laissa penser qu'il s'agissait là d'un cas de chance comme cela arrivait parfois. Du moins c'est ce qu'il était logique de penser jusqu'à ce qu'une seconde détonation secoue le Glock et le bras de la jeune femme. Elle tira une seconde fois, et loga la balle à quelques millimètres de la précédente. A cet instant, le doute s'installa dans l'esprit du sorcier, et presque incrédule, il leva encore une fois le regard vers elle. Son instinct lui disait de s'écarter, de se mettre à portée pour saisir son arme et la mettre en joue, mais elle avait gardé sa posture, l'arme toujours pointé sur la tête de sa victime que le premier coup avait déjà achevé."Même toi tu n'aurais pas réussi ce coup-là, elle cache son jeu..." Il resta à sa position, sans bouger, et se contenta de tendre la main vers elle, non pas pour la toucher ou la rassurer, mais pour l'inviter à se débarrasser de ce dangereux outil qu'elle tenait fermement

-Inutile de gâcher les balles ma chère, il est déjà mort. Donnez-moi cette arme avant que les PeaceKeepers n'investissent ce bâtiment et vous abattent sans sommation par sécurité.

Il tendait le bras, attendant qu'elle se décide à le regarder, se préparant à figer son visage dans une émotion positive, ce qui dans sa situation pouvait fort s'avérer délicat et la faire fuir dans le meilleur cas, au pire risquait-il sa vie si elle venait à paniquer davantage en voyant le genre de rictus qu'il pouvait faire en essayant d'être souriant."Non, ne fais pas ca, elle pourrait fort bien t'en loger une au même endroit, juste par terreur

-Nous n'aurons qu'à dire que c'est moi qui l'ait tué, ainsi vous n'aurez rien à craindre. Lâchez cette arme et je m'arrangerais pour que les Keepers ne vous ennuient pas davantage...

De la générosité? Non pas vraiment, en aucun cas même. Jonas n'était pas idiot. Si cela venait à se savoir qu'elle était la tireuse, la quantité de paperasse qu'il l'attendrait dans son bureau serait autrement plus importante que s'il déclarait l'avoir tué, et remplir des papiers, Jonas détestait ca à un point tel qu'il ne manquait pas de s'y soustraire autant qu'il le pouvait, ce qui en vérité ne se résumait qu'à quelques heures, ses supérieurs n'hésitant jamais à lui rappeler qu'il devait fournir des rapports de toutes situations à laquelle il était confronté. Maintenant, pour que cela fonctionne, il fallait que la femme se sépare de son jouet, qu'elle maintienne une version similaire, et que les autres gens présents, se relevant tout doucement en ayant pris conscience de l'évolution apaisante de leur condition, se taisent sur la vérité.

Des "si", il n'en manquait pas , assez pour construire un pont qui aurait relié cette ville à son village d'antan s'il savait ou il se trouvait. La seule chose dont il était sûr, c'est que quoi qu'il arrive, lui n'aurait rien à craindre des autorités.
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MessageSujet: Re: Collaborer est un crime ; se venger un moyen comme un autre de châtier | Jonas   Lun 24 Nov - 23:49

Sous mes doigts, l’arme est froide. À mes pieds, le sang est chaud. Il est mort. Sa peine ne peut plus le torturer, sa main ne tremble plus et ses yeux fous regardent là où il est le seul à pouvoir voir. De bourreau, il est devenu condamné. De victime, je suis devenue meurtrière. Son cœur est figé, le mien s’emballe. Nous sommes aux diapasons de nos destins et tandis qu’il s’enfonce dans des ténèbres que je connais trop bien, je m’élève vers des cieux que je n’étais pas supposée contempler. Sous mes yeux hébétés, le monde tient dans la paume de ma main. La vie qui y grouille se repend en gémissement impuissant et j’ai l’impression qu’il me suffirait de le vouloir pour la réduire au silence. Du bout du doigt.


Quelque part au loin, quelqu’un parle. Ma gorge se noue d’excitation et je cherche l’imprudent du regard, prêt à déchaîner mon nouveau pouvoir. Celui de tuer sans sourciller, sans hésiter, sans regretter. Mes bras refusent de lever le canon, cependant ; quand je croise ses iris sombres, la réalité s’impose à nouveau. Avec elle, c’est un profond sentiment de malaise qui m’agrippe et m’étouffe.


« … m’ennuient ? » Il me faut une seconde pour comprendre, une autre pour digérer. Hagarde, je baisse la tête et contemple, comme si je le voyais pour la première fois, le corps du résistant. La bouffée de satisfaction qui m’envahit encore manque me faire vaciller et mes doigts libèrent la crosse infâme. Tout est simple. Limpide. Terrible. Je suis devenue le monstre que j’étais destinée à incarner.


Je commence à regarder autour de moi, mais mes espoirs fous sont à la hauteur de ma déconvenue. Non, Jade n’est pas là. Elle est restée à l’appartement, dans notre chambre rose ; sans doute se dispute-t-elle une nouvelle fois avec Wesley.


Pourquoi ? Qu’est-ce qui m’a poussée à replier l’index ? J’ai besoin de m’en souvenir, de me prouver que l’acte n'était pas que le fruit d’un caprice. « Mais je viens de vous sauver la vie ! » C’est ça. J’ai tiré pour qu’il ne puisse pas le faire en premier. Je l’ai achevé afin qu’il ne puisse pas parler. « Il allait… Regardez sa main ! »


De fait, la dextre de ma victime le condamne : perdue dans la poche intérieure de son manteau, elle dévoile tout juste le métal brillant d’une autre arme de mort, plus petite que celle qui a mis fin à sa vie.


Son regard trahit son scepticisme. Il ne me croit pas. Cette pensée frappe ma conscience avec une force de titan et je perds le fil. Je dois me sauver. Je suis morte une fois déjà, je refuse de vivre à nouveau cette épreuve. Alors je fais ce qu’il me dit, sans réfléchir, sans rechigner. Et, dès que je peux, je lui fausse compagnie et m’enfonce dans les ruelles tortueuses de La Nouvelle-Orléans.



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