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 « Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère » [pv Orfeo]

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« Le prodige et le monstre ont les mêmes racines. »

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↳ Citation : C'est de cela dont j'ai vraiment peur. D'être véritablement un monstre. Je n'ai pas envie d'être un tueur, mais je ne peux pas m'en empêcher.
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MessageSujet: « Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère » [pv Orfeo]   Mar 14 Oct - 22:57


« Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère »

(pv) Orfeo Renzacci


~


La douleur. Ecrasante. Etouffante. Elle me prend à la gorge, m’immobilise, me fait suffoquer, et je tombe à genoux. La douleur. Cela fait des siècles que je ne l’ai pas connue aussi intense, aussi saisissante. Chaque respiration joue avec mes poumons, les brûle et les réduit à néant. Chaque respiration me rappelle qu’une nouvelle fois je dois faire face à son absence définitive et que plus rien ne peut m’octroyer un salut que j’ignorais chercher. La douleur. Elle est omniprésente. Elle s’infiltre dans mes veines, tétanise mes muscles, inhibe mes pensées et embrume mes sens plus sûrement que le sommeil qui, lui, glisse entre mes doigts. La douleur. Elle n’a rien de physique, rien de physiologique. Presque rien de psychologique non plus. J’ai seulement l’impression que des doigts se resserrent autour de la gorge, pour que j’agonise sans mourir. J’ai seulement l’impression que je n’ai plus rien à faire ici, sans connaissance, sans relation, sans d’autre but que de retrouver un passé perdu, un pouvoir envolé, sans d’autre choix que de me regarder tous les jours dans la glace en me demandant ce que je fais là, en me demandant comme j’arrive à cohabiter avec le monstre que l’on m’a forcé à devenir. La douleur. Cela fait une semaine que je me réveille avec elle, que je travaille avec elle, que j’essaye de l’ignorer sans qu’aucun succès n’accepte de venir couronner mes efforts. Si je vais m’y habituer ? J’en doute. Une petite semaine, et je me demande déjà si je ne vais pas devenir fou. La dernière fois, seules une poignée d’heures ont suffi pour que je fasse glisser mon épée au travers de mes bras, pour que je transforme mes veines bleutées en un flot andrinople. Mais même cette solution là m’est désormais inaccessible puisqu’à la moindre coupure, je vois l’hémorragie se résorber au même rythme que la plaie, qui disparaît comme si on ne voulait pas que ma souffrance soit à la vue de tous. Assis à mon bureau, je me prends la tête entre les mains, laissant mes doigts glisser dans mes cheveux, s’y perdre, tandis que mes paupières me plongent dans une obscurité que j’aimerai anesthésiante. Mais qui ne l’est pas, à mon grand désarroi. Je suis incapable de me concentrer, ni sur les rapports que je reçois, ni sur ma respiration erratique. Mes doigts deviennent agressifs, s’enroulent autour de mèches brunes pour les tirer brièvement alors que ma lèvre mordue se fendille et qu’une goutte métallique réveille mes papilles. Je me laisse glisser sur mon fauteuil, les doigts s’extirpant de ma nuque pour venir pianoter sur le bureau, tandis que mon regard glisse sur le reste du bureau remis à neuf depuis ma discussion avec Stain. Quand a-t-elle eu lieu, déjà ? Je ne m’en souviens plus. Tout est trop flou dans mes mémoires, les événements se succédant dans une chronologie chaotique, ordonnés selon leur importance pour le loup et non selon leur temporalité. Et dans ce mélange obscur de souvenirs, seule une chose me paraît importante. Seule une chose reste lisible, seule une phrase mérite de se mettre en avant. Et mes poings se serrent à nouveau alors que je me redresse, reculant brutalement mon fauteuil. Je ne peux rester ainsi… à ne savoir comment faire pour que cette douleur cesse. Plus de sept siècles en étant si sournoisement relié à elle que je la savais vivante. Mes doigts dessinaient son visage avant même que je la rencontre pour la première fois, mes songes suivaient ses courbes lorsqu’elle n’était qu’une connaissance. Même le loup avait conservé son visage dans sa mémoire, la plaçant aux côtés de Zaïra, la sachant en vie, quelque part, dans un endroit inaccessible, mais en vie. Et maintenant…

Je fais le tour de mon bureau, m’arrêtant devant la baie vitrée qui expose à mes pieds une ville dont je suis le maître par procuration. Je n’ai aucun pouvoir autre que celui d’avoir bien joué mes cartes. Je n’ai aucun pouvoir, cette puce dans mon avant-bras me le prouve à chaque instant, mais je suis l’une des plus grands fortunes de cette ville, j’ai à mes ordres une vingtaine d’ordre et je peux voir mes souhaits réalisés sitôt formulés après d’un Président qui m’écoute et accueille avec attention les moindres de mes conseils. J’ai été élevé pour diriger des pécores et le bas peuple ; la civilisation n’a en rien évolué, je reste le maître lorsqu’il s’agit de gérer les foules. A distance. Je n’ai aucun pouvoir, mais je suis dans les hauts étages du Governement Building. Je n’ai aucun pouvoir, mais je peux faire arrêter quiconque parmi les civils outrepasserait ses droits. Je n’ai aucun pouvoir et je n’ai rien pu faire pour sauver la seule qui comptait vraiment. Je n’ai aucun pouvoir et mon poing se fracasse contre le double-vitrage, le fendillant seulement alors que le choc se répercute le long de mon bras dans une douleur si intense qu’elle étouffe pendant un instant celle qui m’obsède depuis une semaine. Mes phalanges bleuissent, chairs écorchées, traînée de sang sur la vitre, et retourne à l’attaque. Où je suis, personne ne peut me voir. Où je suis, personne ne peut entendre le gémissement qui s’échappe de mes lèvres tandis que la fêlure s’agrandit, tandis que mon poing malmené percute à nouveau la vitre. Saigne un peu plus. Un choc de plus, une toile de fissures se répand sur la hauteur de la vitre, une araignée sanguine en son cœur. Et moi qui recule, qui ôte les fragments égarés dans ma peau, récupère ma veste et sors de mon bureau, l’esprit tourné vers un seul objectif à défaut d’être clair. Je lance à la première personne que je croise qu’il faut remplacer une vitre dans mon bureau, sonne mon chauffeur pour qu’il m’attende en bas de l’immeuble, et dégringole d’un pas rapide les étages.

Une heure a passé, selon ma montre. Le fracas des chutes d’eau tente sans succès de surpasser la douleur, je les contemple en me demandant si je vais avoir le cran d’essayer. Une nouvelle fois. Décision brutale, décision inattendue, décision prévisible. Je n’ai guère changé, après tout. Je suis toujours aussi faible, toujours aussi lâche. Je me pensais courageux, je suis incapable de respirer, incapable de continuer à me battre. Et pourtant quelque chose me retient. Ma main à présent réparée glisse vers ma veste, y cherche mon téléphone, compose sans y penser un numéro pourtant préenregistré, s’interrompt à quelques millimètres du bouton appeler. La dernière fois que je l’ai cherché, notre discussion s’est mal terminée. Très mal. La dernière fois que j’ai eu besoin de lui, il m’a fait clairement comprendre que je ne méritais aucun secours. Et pourtant il est le seul à pouvoir m’aider. Les yeux fermés, perdus dans les fracas des cataractes, je tiens le portable dans le creux de ma paumé ensanglantée, comme s’il allait de lui-même me souffler d’appeler. Mes doigts tremblent lorsque je compose à nouveau le numéro, à quelques mètres des chutes d’eau qui m’hypnotisent. Une sonnerie. Deux. Le bruit est couvert par l’eau qui dégringole, qui m’attire comme un aimant. Une sonnerie, encore, puis une voix. Et la mienne. « Aide moi. S’il te plait. » Ma voix faiblit, engloutie dans les tonnes d’eau qui se déversent à côté de moi alors que je ferme le téléphone, interrompant la conversation avant de pouvoir à nouveau entendre la voix de mon petit frère. Il ne viendra pas, je l’ai su au moment où il a décroché. Ma solitude, je pensais qu’elle m’était naturelle. La solitude, je ne pensais pas en souffrir autant. Pas maintenant. Pas deux ans et demi après mon réveil. Et pourtant… je m’assoie sur l’un des rochers qui surplombent la cataracte la plus proche, laissant mes jambes pendre dans le vide, à quelques mètres de la sortie d’eau. Le bruit est assourdissant, je n’entends plus rien. Et je me fais la remarque qu’Orfeo n’a guère du entendre plus. Raison de plus pour qu’il ne vienne pas, j’imagine. Mes doigts extirpent de ma veste quatre feuilles blanches pliées en quatre et un crayon, et me voilà assis en tailleur en train de faire éclore dans un nuage gris les traits de Zaïra, mes bras qui la serrent contre mon torse, l’ombre d’Azzura flottant derrière nous. Le bruit m’empêche de réfléchir, le dessin m’évite de penser, les secondes, les minutes, les heures peut être se dilapident sous mes traits et mes esquisses. Et lorsqu’un loup, une ombre, Zaïra, Azzura, ma silhouette et celles de mon petit frère s’entremêlent sur toutes les feuilles et s’échouent dans mon dos, je me relève dans un soupir, mon équilibre seul m’évitant une chute dans les gouffres d’eau aussi claire que mes yeux azurés. Et à nouveau la question naît dans mon esprit, celle là même qui m’a retenu un peu plus tôt. La chute suffira-t-elle à me tuer ? L’échec me terrifie.

Un pas me porte vers l'avant. Puis deux. Je suis en équilibre, bras ouverts, une faible brise enveloppant mes bras, se lovant dans mes paumes, s'échappant entre mes doigts. Mes bras reviennent contre ma poitrine, mon regard dérive vers le bas. Je n'arrive pas à choisir. Je suis un lâche. Ou alors n'est-ce qu'un soupçon de courage qui me retient de fuir cette douleur qui refuse de disparaître.



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MessageSujet: Re: « Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère » [pv Orfeo]   Jeu 16 Oct - 0:24

Le temps fuit. Le temps presse. Il n’a plus le temps. Il a l’impression qu’il l’a fui depuis des siècles. Il a l’impression qu’il s’en va au loin sans l’attendre, indomptable et irrattrapable. Le tictac de l’horloge l’énerve. Il n’a rien à faire et pourtant, le temps ne veut pas s’arrêter, lui laisser ce répit de se vider l’esprit. Il ne peut rien y faire, ne peut même pas lancer un sort pour stopper le temps et le redémarrer à sa guise. Il n’a pas d’autre choix que de le suivre et de temps de rattraper chaque seconde perdue, chaque minute inutilement utilisée. Que faire à cela ? Attendre que… ? Rien ne vendrait s’il ne forçait pas le destin, rien ne se présenterait. Tout ce qu’il l’attendait, c’était l’ennui, mortel. Sa vie, maintenant, il ne pouvait la laisser sur un fil de rasoir et attendre que ça se passe. Plus personne n’allait s’occuper de lui maintenant, plus personne n’allait y faire quelque chose. Il ne savait pas s’occuper de lui du coup. Parfois il se demandait comment faire, comment agir, n’ayant fait toute sa vie que suivre les gens et suivre leur modèle. De modèle, plus rien. D’idéal également. Ce n’était certainement pas en la personne de Rafael qu’Orfeo trouverait un appui pour l’aider dans cette nouvelle vie après Darkness Falls. Ni plus ni moins, son reflet lui montrait la personne qu’il était, celle dont il ne parvenait pas encore à se faire à l’idée. Au fond qui avait-il choisi d’être ? Le gentil Orfeo, encore tout innocent du monde qui l’entoure, ou celui qui voulait se venger de la cupidité des hommes ? Tout dépendait du moment, de l’instant. Au fin fond de lui, il était un peu des deux, ces deux esprits se tiraillant l’un comme l’autre, jouant inlassablement à la loi du plus fort pour dominer l’autre. Souvent, le méchant l’emportait facilement sur le gentil, bien que ce dernier possède une alliée de taille, ramenant sans cesse le plus puissant à sa place. Culpabilité, telle était son nom. Véritable vipère,  lançant sa morale à tout bout de champ, stoppant net la colère et le froid intérieur. Le faisant hésiter. Orfeo n’avait nul besoin de réflexion pour décider, pour agir ; que sa conscience le laisse tranquille ! Toute sa vie, il n’avait été que le pantin des autres, les écoutant comme s’ils avaient tous raisons et lui tort, exauçant leur moindre désir car lui-même n’avait pas sa propre volonté. Tout cela pour quoi ? Pour au final n’être qu’une poupée entre les mains des plus grands, des plus cupides, des plus méchants. Son frère en qui il aurait tout donné, n’était le pire parmi tous, celui qui n’aurait pas de rédemption, jamais.

Il traçait sa route. Seul, sans l’aide de quiconque. Au fond, c’était plus simple qu’il ait agi ainsi. Ses choix, personne ne les dictait maintenant. Il avait décidé tout seul, détenait sa propre personnalité, son propre caractère, ses propres goûts. Des concepts bien nouveaux, qu’il tentait d’appliquer quotidiennement sans chercher à culpabiliser d’avoir fait ou non un mauvais choix. Des choix propres à sa personnalité, qu’il apprenait à assumer, à en être fier. Rien n’était des plus simples, mais il s’y faisait, comme un enfant en qui les parents donnent progressivement des responsabilités pour l’aider à grandir jusqu’à le laisser prendre son envol, petit oisillon devenu grand. De parents, aucun à l’horizon. Orfeo prenait son envol seul, s’écorchant parfois les ailes, se les brûlant même, retombant lourdement sur le sol. L’apprentissage ne pouvait être des plus simples, surtout seul et sans ressources. Intelligent, il apprenait vite pourtant. Et ne compterait sur personne, pas même son frère.
Le téléphone retentit. En parlant du loup, devinez qui appelait ? Le visage d’Orfeo se ferma soudainement, à la vue de l’émetteur. « Ne pas répondre » était inscrit sur le portable. Jusqu’à nouvel ordre, Rafael aurait cette mention d’inscrite, leurs rapports houleux ne motivant pas à la conversation. Au moins, il écoutait ce que son téléphone lui disait.  Il fallait avoir confiance en ces nouvelles technologies pleine de sagesse et de bons conseils. Il ne répondit pas. Du moins, au premier appel, un deuxième ne manqua pas de suivre.

Orfeo finit par répondre, une voix d’outre-tombe en émergeant, neutre, indifférente et glaciale. Un simple « Allo » pour indiquer sa présence de l’autre côté de l’appareil. Le bruit assourdissant ne manqua pas de le faire enrager. Etait-ce donc une blague ? Prêt à raccrocher, et oublier ce misérable avorton, Orfeo entendit pourtant une voix de l’autre côté, lui demandant de l’aider. Son frère visiblement, le faisait rêver. Qui aurait cru que le grand Renzacci allait avoir suffisamment d’humilité pour appeler l’avorton de service pour l’aider ? Une blague, une funeste comédie de la part de son aîné qui n’en finissait plus de jouer avec lui pour son bon plaisir. L’intonation, tout sa voix semble prouver qu’il n’est pas en si mauvais point que cela. Il bluffe, ment, comme toujours, attend d’être désespéré pour l’appeler et ensuite se servir de lui comme d’un jouet qui lui rendra le sourire. Il raccroche, la conversation se termine. Son idiot d’ainé n’a même pas eu la clairvoyance de lui dire où il se trouvait. Orfeo, lui, sait. Le bruit très distinctif de la cascade, de cette trombe puissante d’eau tombante contre les pierres, créant cet écho. Seulement, le danger étant des plus proches, le petit frère va patienter qu’il engouffre le grand avant de se rendre sur le lieu-dit pour le sauver. Enfin, c’est un bien grand mot. Récupérer les restes, serait plus réaliste. Plus simple, plus rapide, avantage d’être silencieux, le panier de produits frais du marchand en quelque sorte.

Un demi-tour d’horloge plus tard, Orfeo arriva à la cascade. Y trouva son frère, encore bien vivant. Trop tôt. Il savait qu’il aurait dû attendre et passer voir un film au cinéma avant de venir. Ton sarcastique, d’humeur des plus sarcastiques, le petit frère ne se présente pas à son frère pour plaisanter. La culpabilité l’a finalement sortie de sa tanière, mais ça, Rafael ne saura pas combien elle peut être présente en Orfeo. Taire son ressenti, taire ce que l’on est vraiment aux tréfonds de son âme pour se protéger de la menace. Sarcasme dans sa voix, il n’y a pas une lueur de gentillesse dans ses propos. Rafael ne mérite pas une phrase au son agréable, il ne mérite même pas un regard inquiet. De l’indifférence, c’est bien là ce qu’il mérite pour ce soir. Du mépris et de la rancœur, s’il se sent l’envie de l’insulter. Des moqueries, aussi. Ton méprisant et insupportable.
Salut grand frère, tu voulais me voir ? Me voilà.

« Je suis arrivé trop tôt. Tu mets ton temps à mourir, pour un mec en danger. »
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MessageSujet: Re: « Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère » [pv Orfeo]   Sam 18 Oct - 17:43


« Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère »

(pv) Orfeo Renzacci


~


Chaque goutte d’eau qui s’écrase dans la gorge n’est rien de moins que l’écho de mes pensées tourmentées. Et chaque seconde passée au bord de ce gouffre me prouve à quel point mon indécision est le reflet de ma lâcheté. Je me suis toujours pensé courageux, noble, supérieur et incroyablement parfait dans ce que l’on attendait de moi. Et même si seul mon courage est actuellement mis en cause, c’est une pierre d’angle de mon être qui devient instable, qui s’érode, qui faillit à sa tâche comme je faillis à ma vie. Je suis pathétique à être ainsi en équilibre sur un rebord qui menace de disparaître sans prévenir. Je suis pathétique à me tenir ainsi sur le fil du rasoir qui sépare lucidité de folie, mort et vie, lâcheté et courage. En fait, j’ignore même lequel des deux choix qui s’offrent à moi me prouverait que je ne suis pas aussi que ce dont j’ai l’impression. Sauter, tomber, trébucher, m’oublier dans ce gouffre qui, je l’espère, broiera mes os en infimes fragments que même mes dons et ma nature ne pourront reconstituer ou faire volte face et surpasser cette douleur qui me contraint à simplement survivre depuis que je l’ai appris. Ce doit être pour cette raison que j’ai appelé mon frère sans réellement le vouloir, ou du moins sans vouloir admettre que j’aie pu le vouloir. Orfeo serait-il donc le seul à pouvoir faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre ? Oui. Oui. Contrairement à ce qu’il peut penser, c’est mon frère et je l’aime. Je l’aime comme il est, je l’aimais comme il était, je voyais en lui un hybride entre un frère et un neveu, entre un fils et frère, entre tout ce qu’il pouvait être. Je voulais le protéger, avant. De lui, de notre grand-père, de la vérité et de la réalité. Je voulais le protéger de moi, je voulais me protéger de lui. Je voulais tant de choses qu’au final je me suis perdu. Dans tous les cas, il me déteste à présent. Il ne voit en moi que ce que je suis désormais, il ne voit en moi que ce mon grand père et le sang Renzacci ont fait de moi. Il ne voit en moi que celui que je suis et j’ignore si je suis blessé de le voir aussi lucide ou si j’en suis heureux. J’ai compris, maintenant, que même si je n’étais qu’un être humain, un homme normal, un idéaliste dans un sens, j’étais déjà au fond de moi le prédateur qu’a révélé la sorcellerie qui m’a volé ma mort. Un bien sombre constat, une bien sombre vérité, une lucidité que j’aurai voulue ne pas regarder en face. Soit. J’étais déjà un loup, donc. Cela excuse t il mon obéissance à l’autorité de mon aïeul, cela justifie-t-il les atrocités que j’ai commises, celles que je commets encore, celles dont je me suis repu et donc je me repais ? Assurément non, m’aurait craché Azzura, assurément oui me chuchote le loup qui n’aime pas lorsque je me plonge aussi profondément dans cette culpabilité qui guette en moi la moindre faiblesse pour m’envahir et tout détruire de moi.

Le temps semble infini au-dessus de ces chutes d’eau. L’œil était dans la tombe et regardait Caïn, la cataracte m’observe, juge mon âme de cette rétine fixe et hypnotisante. Une brise me caresse le visage, enveloppe mes mains, se love dans mes paumes, me retenant, d’une légère pression, de faire encore un pas en avant. Cet équilibre qui oscille m’apaise étrangement, j’éprouve une fascination presque malsaine à me savoir ainsi sur le rebord, fascination qui tente d’estomper la douleur sans succès pour le moment. Les minutes s’égrènent encore, les feuilles couvertes de marbrures de carbone se débattent pour échapper à la pierre qui les cloue au sol. Une inspiration. Une deuxième. Je m’écoute respirer, je prête attention à cet air qui se faufile dans mes poumons, se love dans mon diaphragme, s’échappe entre mes lèvres dans un souffle discret mais néanmoins présent. J’ai presque l’impression que d’ici plusieurs minutes, je serai en paix, à quelques centimètres d’une chute potentiellement fatale, à quelques centimètres d’une survie qui le sera très certainement. Un craquement. Toute ma sérénité s’envole. Une respiration. Je ferme les yeux pour me concentrer sur mon ouïe et mon odorat, même si la brise à contre-sens neutralise ce dernier. Je ne compte pas me retourner, pas pour ça et certainement pas pour lui. Car j’espère de tout mon cœur que l’arrivant est celui que je choyais, celui auquel je faisais dessiner des lettres maladroites, celui auquel j’avais appris une vingtaine de fois les règles des échecs et auquel je les réapprenais avec toute ma patience. La voix qui ne tarde pas à s’élever me tire un sourire triste. Je ne me suis pas trompé, mais je m’aperçois que malgré tout mon espoir, je regrette de le savoir présent. Suis-je voué à avoir des pensées contradictoires de la sorte ? « Je suis arrivé trop tôt. Tu mets ton temps à mourir, pour un mec en danger. » Un frisson, je lève les yeux au ciel et rouvre mes paupières. Je prends instantanément conscience d’une chose. Orfeo est là. Il a entendu mon appel à l’aide, réfléchi sur ma localisation, abandonné ce qu’il faisait pour venir. Voilà qui représente bien plus que ce à quoi je m’attendais. Et tout à ma réflexion, laissant le silence s’étirer entre nous, je comprends un peu de ce que je ressens. « Tu es venu. »

Il n’était pas supposé venir. Je ne me suis pas préparé à le voir réellement. Cet appel à l’aide, ce n’était rien de moins qu’un instant d’égarement, que je regrette. Que vais-je pouvoir dire à Orfeo, à présent ? La vérité ? Pourquoi pas. Si je sais mentir autant que respirer, l’un me semble moins indispensable que l’autre, je vous laisse deviner lequel. Le meilleur menteur est celui qui dit le plus souvent la vérité, il est saisissant de voir à quel point cette phrase est vraie… mais ne m’aide en rien. Je ne suis pas prêt à me confronter une nouvelle fois à cet Orfeo qui se transforme de plus en plus en notre Grand Père, qui me ressemble de plus en plus, qui perd de plus en plus, aussi, de sa candeur que je chérissais tant. Ce n’est pas qu’il n’est plus mon frère, c’est qu’il le devient bien trop à mes yeux. Ma douceur et mon innocence m’ont été prises avant que je fête mes sept ans, j’espérais ne jamais les voir quitter ses yeux aussi bleus que les miens. Amère déception que voilà. Lentement, je me tourne pour lui faire face. Tu dois continuer à le protéger, Rafaele me chuchotent mes souvenirs. Lorsque nos yeux se rencontrent et qu’un soupir m’échappe, c’est le loup qui prend les devants. Attaque, ne le laisse pas te blesser. Défends toi. Génial. Il n’y a pas de bonnes options, il n’y en a que des mauvaises et même si je suis doué pour tenter la moins pire de ces mauvaises solutions, je n’aime pas jouer à ce genre de jeu. La chaleur du bûcher de mon frère, qui s’illumine autour de lui dans un retour mnémonique brutal et inattendue, me rappelle à quel point je déteste ce jeu, même. Mais puisque je suis moi, puisque je ne veux pas fuir, puisque je ne peux pas le laisser avoir cet ascendant sur moi et puisque je suis incapable de faire ce pas en arrière qui me simplifiera la vie, je commence à articuler. Posément. Froidement. Sans qu’aucune émotion n’ait le droit de perturber ma prosodie glacée, sans qu’aucun sentiment ne vienne percer les mots qui m’écorchent la gorge. « Azzura est morte. » Elle était comme une mère pour lui et je veux qu’il souffre comme moi je souffre. Egoïste ? Et bien oui, mais je m’assume comme tel. « Pour de bon cette fois. Il me semble. » Mon regard ne faiblit pas, ma voix non plus. Indifférent, voilà l’air que je me suis composé, contrastant avec les dessins échoués au sol, le gouffre dans mon dos, le désespoir qui s’échappait de moi plusieurs minutes plus tôt et cette main couverte de sang séché et craquelé. Mon sang. S’il pouvait me la ramener, je le sais, je me trancherai les veines sans la moindre hésitation. Si égorger mon frère pouvait me la ramener, je ferai glisser sur son coup une lame brillante en lui murmurant des excuses sincères. Si pratiquer le plus sombre des sortilèges les plus sombres, si vendre définitivement mon âme à un sorcier pouvait me la ramener, je n’hésiterai pas l’ombre d’un soupir. Ou pas s’amuse le loup qui sait à quel point je suis déchiré entre mon intégrité et ma volonté. Mon regard, donc, n’a pas faibli. Ma respiration, si. Un écart dans ce rythme régulier, un décalage dans ce métronome. Un manque souffle dans ma dernière phrase. « Vous étiez proches, avant. Je me suis dis que tu voudrais le savoir de ma bouche. »



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MessageSujet: Re: « Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère » [pv Orfeo]   Dim 19 Oct - 23:46

Malgré tout, il est venu. Envers et contre toutes les attentes possibles et imaginables, Orfeo a accepté de faire acte de présence à celui qui ne le mérite pas du tout. Son grand frère n’a probablement même pas conscience de l’honneur qu’il lui fait. Il ne veut tout simplement pas le voir, pas même lui parler ou avoir le moindre contact avec lui. Si le gentil Orfeo en lui ne lui suppliait pas de se battre pour sa famille, probablement aurait- il déjà coupé les ponts et ce, depuis bien longtemps. Pour cette humanité dont il avait pu faire preuve par le passé, le sorcier était prêt à accorder encore une chance à son frère. La dernière, comme à chaque fois qu’il le revoyait. Il se disait sans cesse « c’est la dernière fois », et recommençait à se soucier de lui, à lui accorder de l’importance dans sa vie, à lui laisser un peu de place. En échange que récoltait-il ? Les insultes, le sarcasme et la souffrance. Et revenait toujours à lui comme dans un cercle vicieux. Parce que c’était son frère, parce qu’il était sa famille. Et que ce dernier se donnait les droits de lui faire du mal le plus possible, juste pour lui rendre la pareille et n’attendre qu’une seule chose : qu’il en souffre davantage, même plus, comme pour se rassurer lui-même, comme pour transmettre ce mal-être à travers Orfeo. Si je souffre, il doit souffrir. Le petit frère n’agissait pas en enfant de cœur pour sa défense, bien au contraire. Amour vache, haine douce, c’est ainsi qu’ils pouvaient résumer leur fraternité. L’un ne pardonnait pas, l’autre avait trop de fierté pour chercher un quelconque pardon.
Azzura. Ainsi, c’était donc le sujet de sa présence ici, à la cascade. Pas suicidaire pour un clou, le grand frère annonçait comme de manière solennelle la mort de la personne qui s’était certainement le plus occupée d’Orfeo durant toute sa vie. Sa voix lui parut aussi monotone, il aurait dit « J’ai pris cinq kilos à cause du Nutella », le résultat aurait été le même. Ton indifférent, neutre. Aussi monotone, Orfeo lui répondit également.

« Mes condoléances »

Rien de plus à annoncer. Orfeo se montrait tout aussi froid et indifférent que son frère l’était. Lui montrer ce qu’il ressentait vraiment à cet instant précis ? Autant capituler et se mettre à ses pieds. Le brouillard d’émotions le submergea, mais il le chassa instantanément. Plus tard. Ce ne serait pas pour tout de suite. Les larmes, le deuil, toutes ces choses qui vous prennent, ce serait pour après. La tâche n’en fut pas des plus difficiles : Azzura ne faisait plus autant parti de son quotidien depuis deux ans, ce qui ne l’affecterait pas instantanément. En attendant, il cherchait à déceler sur le visage de son frère une réaction. Déception, qu’il lirait face à l’indifférence d’Orfeo. Allait-il un jour comprendre que son emprise sur lui n’était plus celle d’antan ? Que cette époque semblait pour de révolue et qu’il pouvait toujours se fourrer le doigt dans l’œil pour que son petit frère ne lui montre sa faiblesse ?

« Un texto aurait suffi, tu sais. De ta bouche ou d’une autre, ce n’est qu’une information comme d’autres. J’apprécie le geste. »

Hypocrite. Il ne termina pas sa phrase. Quel hypocrite. Au contraire, il enfonça le couteau dans la plaie, lui montrant son détachement face à la nouvelle. Il ne ressentait rien du tout. Les personnes de son passé ne le touchaient plus d’une manière comme d’une autre, il travaillait là-dessus. Ses sentiments, son ressenti, sa tristesse, sa souffrance… il ne souhaitait plus rien exprimer aux yeux de tous. Le gentil Orfeo aurait pleuré dans les bras de son grand frère, aurait montré son bouleversement. Mais ce soir, pour son propre bien, ce n’était pas le naïf petit frère qui faisait face à Rafael, mais celui qui calculait, dissimulait, mentait. Comme lui d’ailleurs. Dans cette guerre psychologique, c’était le jeu du premier qui craquerait, qui flancherait, qui montrerait une parcelle d’émotions. Qui serait faible face à l’autre. Une autre interrogation vint à l’esprit d’Orfeo, une dont la réponse l’intéressait fortement même.

« Depuis combien de temps est-elle morte ? »

Il supposait un bon moment. Rafael ne divulguait des informations que lorsqu’il y voyait un quelconque intérêt, sinon, il se taisait. Orfeo sentait la réponse à quelques semaines, voire quelques mois. Quelques jours ? Non, certainement pas. Il avait attendu, le moment, le lieu. Si le petit frère avait décidé de ne pas se présenter après l’appel à l’aide, Rafael aurait patienté un autre moment opportun pour l’annoncer. Parce qu’il était ainsi, le serait toujours. Orfeo aurait certainement agi à l’identique avec lui, mais ça, il n’allait pas le lui dire.

Il se tenait là, face à son frère dont il se demandait s’il allait sauter ou non. S’était dangereusement rapproché de lui, posant une main soi-disant réconfortante sur son épaule en guise de compréhension. Cependant, Orfeo ne se déplaçait pas pour rien. Il avait besoin d’aide non ? Même pas ? Eh bien, il allait finalement en avoir besoin après tout. La main se dégagea de l’épaule et se plaqua sur le torse de son frère dont il coupa net la respiration en frappant fortement contre la poitrine. Puis, sans attendre, il le poussa avec violence dans le vide de la cascade, à la renverse. Le regardant pendant une petite seconde, il retira ensuite sa veste et sauta à la suite de son frère, certain que Rafael ne savait pas nager. Allons donc, où aurait-il appris ?
Tout ça pour quoi ? Pour voir, pour tester. Orfeo se demandait toujours si Rafael avait un tant soit peu encore besoin de lui, ou si, bien au contraire, le fils d’aristocrate était tellement bon, intelligent et merveilleux que même son petit frère ne lui était plus d’aucune utilité que de servir de jouet. Son jouet. Cette ère était terminée, épuisée dorénavant. A travers cette petite virée sous l’eau, il cherchait à voir cette faiblesse que Rafael dissimulait avec soin pour ne pas montrer cette couche de vulnérabilité. Sous ce flux d’émotions insurmontable, Orfeo voulait, pour une fois, avoir l’avantage sur celui qui l’avait eu durant tout le temps où il l’avait côtoyé. Comment le fils adoré et chéri allait-il supporté ce petit plongeon dans l’eau glacé ?
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MessageSujet: Re: « Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère » [pv Orfeo]   Sam 25 Oct - 0:06


« Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère »

(pv) Orfeo Renzacci


~


Trois mots. Trois petits mots. Bien plus porteurs de sens que toutes les phrases longues et alambiquées que j’aurai pu tenter de former. Trois petits mots, trois chutes d’eau qui broient la plus parfaite de mes indifférences avec la minutie du bourreau que j’étais. Trois petits mots, que je complète d’une phrase, que j’agrémente d’un ton atone, que je saupoudre d’indifférence fissurée et d’un regard qui refuse de faillir. Azzura est morte. J’ai eu le temps de m’y faire. Une semaine s’est écoulée. J’ai eu le temps de comprendre, j’ai eu le temps d’admettre, j’ai eu le temps de rejetter en bloc cette affirmation, de la mettre à l’épreuve, de la vérifier, de la disséquer, de la dépecer pour mieux comprendre à quel point elle ne pouvait être démentie. Azzura est morte. Un soupir s’échappe de mes lèvres, ma respiration menace de s’étioler pour ne devenir qu’un simple filet étranglé. Ils étaient proches, avant. Comme souvent depuis mon réveil, les souvenirs se fracassent à la réalité, plus durement que ces mètres cubes d’eau qui claquent à mes oreilles et les abrutissent de tonnerre. Un regard, un sourire, deux adolescents qui prennent soin d’un enfant. Le temps d’un soupir, je nous revois, Azzura et moi, enseigner l’écriture à ce petit frère maladroit et débile, nous embrasser au détour d’une teinture et faire signe à ce même petit frère de se taire, de ne rien dire, de garder pour nous cet instant éternel dans lequel nous le convions. Le temps d’un soupir, je retrouve la complicité qui me reliait jadis à ce petit frère chéri, ses sourires enfantins et naïfs qui évoquaient en moi ceux que j’avais perdus et qui les réveillaient parfois. Le temps d’un soupir, ces souvenirs s’évaporent pour ne laisser place qu’à l’indifférence d’Orfeo. Cette fois, ce n’est plus lui et ses sourires qui trouvent leurs pâles reflets en moi, c’est mon indifférence et ma froideur que je contemple sur son visage. « Mes condoléances » Je suis blessé, même si je le cache. J’encaisse le coup, mal. Très mal. Ce petit frère est tout ce qu’il me reste à présent, et il ne daigne même pas ressentir ce que je m’interdis d’admettre. Ne peut il pas être triste pour deux ? Ne peut il pas pleurer pour deux ? Ne peut il pas jouer à être vivant, trop vivant, pour nous deux ? Je suis blessé, parce qu’il ne répond pas à mes désirs et me trahit comme je trahis Azzura en vivant aussi mal sa disparition. Gemma serait peut être encore en vie. La voix de Cora me hante, comme le murmure tentateur des sirènes. Mes condoléances. Glacial. L’écho de mon comportement, la résonnance psychique de notre Grand Père. Je peine à respirer, toute ma concentration va dans le maintien de mon apparence et de ma tranquillité factice. Que suis-je en train de faire, que suis-je en train de chercher ? Suis-je aussi faible, aussi misérable que je ne peux que me réfugier derrière une armure de glace sans même pouvoir continuer à jouer, à imiter, à paraphraser un comportement à mon image ? J’ai envie de fermer les yeux, de pincer les lèvres, de m’effondrer, de réagir d’une quelque façon que ce soit, mais je ne peux que continuer à le fixer avec cette indifférence qui est mienne. Seule ma respiration irrégulière échappe à mon contrôle et trahit plus que tout le reste la tempête qui fait rage dans mes pensées, cet orage qui ne trouble pas l’océan calme et étale de mon regard.

« Un texto aurait suffi, tu sais. De ta bouche ou d’une autre, ce n’est qu’une information comme d’autres. J’apprécie le geste. » Un tremblement me parcourt, mon regard échappe cette fois à mon contrôle, ma bouche se tord dans un « Pardon ? » claquant que j’aurai préféré garder pour moi. Pardon ? ce n’est qu’une information comme tant d’autres. Je m’effondre. Mentalement. Je sens ma détresse s’emparer de mon attitude, la briser, la réduire en morceaux pour mieux s’exprimer. Pardon ? Ne comprend-il pas qu’avec Azzura, il perd tout espoir de me conserver… humain. L’ai-je à ce point perdu qu’il dédaigne même celle qui avait veillé sur lui toute son enfance, celle qui était la mère de sa nièce, l’amante de son frère, celle pour laquelle je l’avais sacrifié. Mes poings se serrent, ma mâchoire se bloque, crispée. Ainsi, il a reporté sur elle cette haine qu’il aurait du me destiner ? Cette colère palpable qui nous sépare, ce pardon qu’il me refuse, qu’il nous refuse ? Conscient du vide derrière moi, de cette faille sur laquelle je suis et cette indécision qui me noie toujours, je reste immobile, me contraignant à rester sur ce Pardon cinglant que je lui ai concédé. « Depuis combien de temps est-elle morte ? » Une nouvelle question, une nouvelle phrase, et une nouvelle réaction. Comment Orfeo, comment mon petit frère, peut il être aussi détaché ? J’ai de plus en plus l’impression de contempler mon reflet, de voir l’adolescent que j’étais, dans ce corps d’adulte. Et j’ai de plus en plus l’impression que je joue désormais le rôle qu’a joué mon grand père, notre grand père, il y a plusieurs siècles de cela. Sommes-nous voués à tomber dans ce cycle de noirceur et de folie qui caractérise les mâles de notre famille ? « Une semaine. » lâché-je, aussi détaché qu’Orfeo, aussi détaché que depuis le début de cette conversation. C’est à celui qui craquera le premier, j’imagine. Je refuse de perdre. Je ne perdrai pas devant mon frère, je ne perdrai pas devant Orfeo, je ne perdrai pas devant le fantôme de notre aïeul qui s’amuse à me murmurer à l’oreille qu’il l’avait prédit, que cette catin ne pouvait que me briser et me réduire à néant, qu’elle avait gâché ma noblesse et mon avenir. Un soupçon, quelques pensées, je m’aperçois qu’Orfeo s’est rapproché de moi. Tend une main vers mon épaule. Nous sommes de la même taille, ou peu s’en faut, désormais. Mon regard se perd dans mon frère, mes lèvres commencent à articuler un maladroit « Elle est mo… » qui se perd dans ma gorge lorsqu’il plaque sa main sur mon torse et choisit pour moi l’option qu’il me restait à prendre. Je perds l’équilibre, laissant l’affolement percer mon regard, ma main se tendre pour chercher à se raccrocher quelque part.

Et seulement je prends conscience que, ça y est, je chute.

Dans un tourbillon d’eau qui me happe, ma main, mes bras, mes poignets cherchent à trouver prises et repères. Deux doigts se perdent sur un rocher, mon bras hurle sous la traction de l’eau qui me noie et m’écrase, le craquement explose de douleur et je reprends ma chute, ralentie par des rochers, ralentie par le loup qui cherche à s’emparer de moi pour mieux me secourir. L’instinct de survie, à n’en pas douter. Lorsque je percute l’eau, il ne reste que des lambeaux de ma chemise, et sous l’eau qui me broie et m’étouffe, j’hurle de panique en cherchant la surface. L’eau. Pure. Cristalline, comme les yeux. Elle m’entoure, elle m’oppresse, elle s’infiltre dans mes narines et dans ma gorge, me noie et m’asphyxie, j’inspire un peu d’air, replonge emporté par le courant dans des mouvements désordonnés. Le loup est trop effrayé par l’eau pour accepter de modeler mon corps, le manque d’oxygène, cette eau avalée, la panique m’empêchant de forcer cette transformation qui, je ne le sais que trop bien, pourrait me sauver la vie. Mais ai-je envie de survivre ? Il n’y a plus ni haut, ni bas, il n’y a que des tourbillons et cette panique qui me tétanise, cette douleur bien physique qui jaillit de mes muscles, de mes poumons, de ce sang qui se diffuse dans cette eau transparent, de ces roches coupantes me malmènent. Enfin, je ne sais combien de temps se sont écoulés, les rapides se calment, je retrouve la surface, les oreilles bourdonnantes, le souffle coupé, crache un « Orfeo… pourquoi… » que même mes sens affinés ne parviennent à saisir avant de m’enfoncer davantage dans l’eau trouble, incapable de me maintenir à la surface. J’essaye encore d’agiter les bras, mon bras valide du moins, sans aucune force. Je ne sais pas nager. Pourquoi ou plutôt quand aurais-je pu apprendre ? Je l’ai brûlé, il m’a noyé. Mes yeux brûlés par l’eau refuse de rester ouverts. Un craquement, familier. Un museau. Quelques poils. L’instinct du loup couplé à ce relâchement devant l’évidence même – je vais mourir noyé – aident la transformation et bien vite, ce n’est qu’un loup qui agite faiblement les pattes, qui s’agrippe à la berge, se maintient hors de l’eau sans parvenir à bouger davantage. Malgré mes capacités régénératrices, malgré ma nature, le sang coule de mes plaies et de ma patte ouverte sans discontinuer, se mêlant à l’eau rougie. Ma patte glisse, un geignement s’échappe de ma gueule, mes yeux clairs cherchant de l’aide. Je ne veux pas mourir. Le loup refuse de mourir de cette manière. Dans un duel, oui. La gorge ouverte, oui. Mais mouillé, comme un chien trempé ? Non. A nouveau, la douleur se diffuse dans mes membres, amorçant une transformation inverse, se glissant dans ces vestiges d’habits maintenus sur le loup, cheveux trempés glissants devant mes yeux, mes doigts se faufilant dans des brins d’herbe qui refusent de les maintenir. Je suis plus fort que ce que tu crois, petit frère. Presque plus fort. Je peine à reste conscient, glissant sans cesse dans cette eau que j’ai à plusieurs reprises avalée sans pouvoir la recracher. « Orfeo, fratellino » Petit frère. Je n’ignore pas qu’il ne doit pas savoir nager. Pourquoi le saurait-il ? Il est comme moi, je lui ai tout appris. Et il est encore là haut, tout là haut, à chercher, à n’en pas douter, mon cadavre, un sourire aux lèvres. N’était-ce pas le cas de mon Grand Père ces jours où il m’a forcé à regarder et à me brûler les rétines sur les brasiers qui m’ont pris mon frère et ma femme ? Ce sourire de vainqueur qui me faisait le respecter, l’admirer et le haïr ?



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MessageSujet: Re: « Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère » [pv Orfeo]   Lun 27 Oct - 14:24

Il est froid. Comme lui.
Il fait mine de ne rien ressentir. Comme lui.
Il fait semblant. Comme lui.

Finalement, deux frères que tout opposent, réunis par un même caractère, un même sang. Frères se haïssant l’un comme l’autre, comme ils pourraient s’adorer. Après tout, la haine n’était pas bien loin de l’amour. Ou peut-être que l’un engloutissait l’autre ? En tout cas, il y régnait entre eux cette guerre psychologique incessante. Celui qui aurait le plus mal, celui qui en souffrirait le plus.
Celui que la culpabilité emporterait.
Orfeo jouait le jeu, prêt à tout pour le faire souffrir comme lui pouvait souffrir. Lui rendre la pareille, se venger de ce grand frère ingrat à qui il voulait faire payer pour ces actes. Qu’il voit ce que cela faisait d’être trahi par son propre sang. Qu’il regrette. Qu’il paye. Orfeo ne pouvait s’empêcher de se montrer détestable, en étant cette personne froide que son frère avait voulue. Que son frère avait créée. Le naïf Orfeo le serait resté si la dureté du monde ne l’avait pas rattrapée. Ne l’avait contrainte à se plier, se mettre à genoux, lui qui n’avait rien demandé. Lui qui n’aspirait qu’à un bonheur simple. Amère, il ne parvenait pas à l’accepter.
La réaction de son frère manqua de le faire sourire. Il avait bien entendu, la mort d’Azzura n’était qu’une simple… information. Ni plus, ni moins. Attendait-il des larmes, attendait-il un effondrement de sa personne ? Certainement. Un plaisir auquel il ne pourrait goûter. Les larmes, Orfeo se les interdisait. La tristesse serait remplacée par la colère éprouvée envers son frère, exutoire pour épancher ces nerfs. Il y aurait toujours une bonne raison pour détester Rafael, le cas échéant, il ferait en sorte d’en trouver une. Toujours. Pour lui, il prendrait ce temps. Pour lui, il ferait tout, y compris le haïr de toute son âme. Pour lui, il serait impitoyable… jusqu’à trouver la paix intérieure et passer à autre chose. Ce jour-là, le flot d’indifférence aurait englouti les dernières miettes de son frère. Rafael ne serait, à ses yeux, plus rien qu’un banal humain sans importance.
Une semaine. Rien que cela ? Il pensait des semaines, il pensait des mois. Orfeo avait coupé les ponts, avec beaucoup d’entre eux. N’avait pas souhaité les revoir, choisissant de vivre sa vie. La sienne, celle qu’il se dicterait, celle qui n’avait d’autre impact que ses propres décisions, ses choix, ses actes. Celle qu’il maîtrisait, celle qu’il modelait à sa manière, façonnant le portrait de l’homme qu’il voulait être. Pas celui que les autres avaient décidé qu’ils seraient. Cette ère, désormais révolue, marquait le début de sa propre conscience. Ce « Moi je » qu’il découvrait jour après jour. Et il adorait cela.

Le vide. Le grand saut. Orfeo voulait tester les limites de sa conscience, voir de quoi il pouvait être capable si on lui laissait son frère à proximité d’un lieu dangereux. Le vide, grand, large, effrayant. La chute, vertigineuse, sans fin. Jusqu’au fond du gouffre d’où l’eau les accueillerait. Froide et glaciale en ce mois d’octobre. Le petit frère se doutait que de l’ignorance du grand en eaux profondes. Nager n’avait jamais fait partie des capacités de la famille. En le poussant, violemment, pris d’une impulsion, Orfeo connaissait les risques. Orfeo savait également ce qu’il lui en coûterait s’il ne maîtrisait pas la situation. Si lui ne subirait pas de grand dommage, son frère au contraire, risquait d’y laisser la peau.
S’en souciait-il ? Il ne savait pas.
Y avait-il de l’importance là-dedans ? Il ne savait pas.
Regretterait-il cet acte ? Il ne savait pas.
Alors il testait.

Retirant sa veste, il s’élança à la suite de son frère, après avoir attendu quelques petites secondes pour voir sa chute. Le regarda comme quand il l’avait vu brûler. Cette fois, à la meilleure place, aux premières loges, spectateur responsable de la catastrophe. Une vieille rancune de quelques sept siècles qu’il remettait au goût du jour. Chacun son tour. Il en fut déçu pourtant, s’attendant vraiment à quelque chose d’exceptionnel, quelque chose dont il se souviendrait. Il ne ressentait rien que du dégoût. Comment Raf avait-il pu accepter de le brûler ? Ses justifications ne suffiraient pas à le convaincre, quoi qu’il en réponde pour la centième, la millième fois. Las de ce spectacle auquel il ne pouvait s’amuser, il s’élança à la suite, pour pêcher son brochet de frère.

La peur de l’eau lui donna le réflexe de se transformer. Intéressant. Comme quoi, il y avait chez Rafael un instinct de survie profondément ancré en lui. Orfeo l’avait sous-estimé, sous-estimé ses capacités. Comme quoi, se retrouver face à une situation hors de son contrôle pouvait donner des résultats étonnants. Il ne voulait pas mourir maintenant. Si seulement on lui avait également laissé le choix, si seulement on lui avait demandé s’il désirait vivre ou non. On avait choisi pour lui, comme toujours. Et ces forces qui avaient tant décidé à sa place allaient voir ce que cela faisait. Désormais dans l’eau, le parfait nageur qu’il était devenu s’élança vers le noyé pour le repêcher. Il n’aurait même pas les premiers soins, juste le droit de sortir de cette eau et de retrouver le plancher des vaches. Rien d’autre. Orfeo cherchait toujours, toisant ce grand frère pour qui il ne cessait de se demander s’il valait le coup ou non. Y gagnait-il au fond, quelque chose ?
Non, lui disait sa conscience, non hormis une plus profonde haine, une plus profonde rancœur.
Non lui disaient les faits, les actes, et tout ce que Rafael avait fait.
Non, lui disait le passé, non.
Le sortant de l’eau, Orfeo le hissa vers le bord et le laissa, allongé, reprendre ses esprits, reprendre son souffle. Il semblait encore respirer, alors, il attendrait que quelque chose se passe. Sa seule parole, sa seule pensée, il ne se gêna pas pour la lui dire. Pour lui faire encore du mal, pour devenir comme lui, reflet de ce qu’il avait été et était.

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MessageSujet: Re: « Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère » [pv Orfeo]   Jeu 30 Oct - 18:27


« Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère »

(pv) Orfeo Renzacci


~


Jusque là, je n’avais jamais expérimenté la noyade. Je m’étais brûlé les rétines sur les flammes des bûchers que j’avais moi-même allumé, je m’étais esquinté les doigts sur des lames affutées pour en vérifier le tranchant, j’avais vu le sang couler de gorges, de plaies, de membres brisés par mes soins pour leur faire cracher des secrets et des dents, mais je n’avais jamais expérimenté la noyade, autant en tant que bourreau qu’en tant que victime. Et cette eau, pure, claire, qui brûle ma trachée, je m’en serais bien passé. Je me noie. Vraiment. Chaque tentative pour me débattre m’enfonce davantage dans les courants, chaque seconde passée à tenter de garder la tête hors de l’eau n’est qu’une gorgée de plus avalée, des centilitres de plus dans les poumons, de l’oxygène en moins et de la douleur en plus. Je pensais être habitué à souffrir, chaque transformation n’ayant rien à envier à la précédente, je pensais être devenu insensible ou presque à tout type de douleur, j’étouffe et je panique. L’eau remplit peu à peu ma gorge, mes poumons, aveugle mes sens et c’est lorsque je prends conscience que je vais mourir et que je ne le veux pas que je laisse, enfin, le loup pleinement l’emporter dans ce duel qui sapait mes forces aussi sûrement que le courant.

Une patte. Une fracture. Un museau. Les réflexes canins prennent le dessus et me hissent à la surface, me hissent sur la berge, tremblent de cette eau glacée qui a transpercé mon pelage pour geler mes entrailles. Je pensais être habitué à la douleur : l’asphyxie m’a surpris. Je pensais être habitué au froid polaire : me voilà tétanisé sur la rive, à sentir mes pattes et mes coussinets déraper sur cette terre meuble et trempée, ses brins d’herbe qui refusent de s’emmêler entre mes pattes pour les retenir. Ma concentration s’affaiblit, je ferme les yeux pour forcer une nouvelle transformation bien trop proche de la précédente pour que je ne laisse pas passer un nouveau gémissement de douleur, canin, humain, pathétique. Sous forme humaine, avec ces loques qui me faisaient office d’habits qui s’accrochent avec peine à mes épaules, plaquées sur mes muscles, déchirées selon les lignes du loup, le froid me saisit un peu plus, s’infiltre dans les veines comme cette eau présente dans mes poumons qui me noie encore bien que je sois sorti du courant. Je crache, peine à rester conscient, alors que la situation me heurte de son ridicule. J’ai survécu à la chute – comme je le suspectais plusieurs minutes plus tôt – et voilà que je vais mourir de cette eau que j’ai avalée, de ce froid qui engourdit mes membres, de cette eau qui m’empêche de me traîner dans l’herbe, de cette fracture qui ne mettra, pourtant, que quelques heures à se réparer. Je ferme les yeux, crachant un peu plus d’eau mêlée de bile, cherchant à concentrer mes forces pour tenter à nouveau de me hisser un peu plus haut, un peu plus loin. Un contact sur mes épaules, sous mes aisselles, qui me tire et qui me traîne me faire sursauter, ouvrir les yeux, paniquer et me débattre avant que mon bras cassé et ces plaies qui tardent à se refermer ne se rappellent à mon bon souvenir et qu’Orfeo ne me lâche. Orfeo ? « Orf… » Une toux interrompt mon interrogation, je me retrouve à quatre pattes à vomir totalement, enfin, cette eau qui m’empêchait de vivre et qui poursuivait avec patience l’œuvre mortifère de la cascade. « Tu m’as brûlé par le feu, je t’ai noyé par l’eau. Nous sommes quittes » Mes oreilles bourdonnent, ne comprennent pas les mots mais j’en saisis le sens. Je l’ai brûlé, il m’a noyé, et tous deux sommes passés proches, très proches, trop proches du trépas définitif. C’est sa gangrène qui l’a sauvé, c’est ma nature qui m’a raccroché à la vie, comblant les lacunes de l’homme pour se débattre dans l’eau. Mon frère est fou.

Je vomis encore, je suffoque, je survis comme j’en ai tant l’habitude. Mon frère a voulu me tuer. Et pour quoi ? Une simple vengeance, une simple rancune, un simple revers de bâton. Quelque part, cela me donne presque l’impression qu’il est pire que moi, qu’il est à l’image de son père. Les secondes s’égrènent comme ces grains de sable qui brûlent ma trachée. Tremblant de froid, gêné par ces cheveux trempés plaqués dans ma nuque, je me recroqueville sans concéder une once d’attention au filet carmin qui se faufile dans l’herbe des différentes coupures que j’ai récoltées et qui disparaissent à leur rythme. Mes yeux clairs se volatilisent sous mes paupières, reviennent, cherchent leurs frères sur le visage de mon petit frère. Malgré la panique encore bien présente et la colère du loup et du Seigneur qui n’ont pas apprécié se trouver à ce point malmené par l’un de leurs sujets, ma patience reste maître et je prends le temps de choisir les mots qui répondront à sa provocation. « Bravo ! » j’articule posément. « Félicitation. J’admire. » Ma voix se teinte un peu plus à chaque syllabe d’un sarcasme que je ne retiens pas. « N’eut été ce bras cassé, je serais en train d’applaudir ta performance, crois moi. » Mon regard se durcit. Comme mon ton. Ma voix a beau être rauque et chaque mot embraser ma gorge, je m’obstine à poursuivre, avec cette volonté qui m’a tirée du cours d’eau. « Parce que c’est ce que tu attends, j’imagine. Moi qui m’incline devant le Grand Orfeo. Le Grand Frère, mis à terre par le petit frère. Rafaele, humilié, Ta revanche, ta vengeance, ma défaite. » Une quinte de toux m’interrompt mais ne parvient pas à me déstabiliser. Je ne suis plus à ça près, de toute manière. « Tu es pitoyable. » Je crache ce dernier mot comme j’ai craché ces glaires et cette bile un peu plus tôt. Acide, cynique. Pas un seul instant mes yeux ne se détachent des siens. « C’est vraiment brillant d’être parvenu à me pousser ainsi. Un acte de grande noblesse à n’en pas douter. D’un grand courage. Grand Père serait si fier de toi, j’en ai les larmes aux yeux. » La chaleur de la Nouvelle Orléans commence déjà à faire son office, et j’enlève définitivement les restes de ma chemise et de mon costume qui ne sont plus d’aucune utilité pour les appliquer sur la plaie de ma cuisse. « J’ose à peine imaginer le dilemme auquel tu as du faire face. Ce si cruel dilemme. Te repaître de ta vengeance ou aider ton frère qui te demande de l’aide pour la première fois : le choix n’a pas du être facile. Comparé à une telle alternative, devoir choisir entre la vie de son frère et celle de sa femme, ce n’est rien, strictement rien. Oui, vraiment, Orfeo, je suis impressionné par ta force morale, ton courage... »

Une quinte de toux intervient à nouveau. Dans un sens, Orfeo a eu un effet positif sur moi. J’en oublie presque la douleur de la mort d’Azzura. J’en oublie presque que j’aurai pu mourir et la rejoindre, mais que je me suis aperçu au dernier moment que je ne pouvais pas me laisser mourir ainsi. A croire que mes veines tranchées par la douleur ne sont au final qu’une illusion vieille de sept siècles. Mes pupilles se séparent d’Orfeo tandis qu’un  frisson me rappelle la situation précaire dans laquelle je me trouve. Téléphone, papier, tout est à présent hors d’usage bien plus loin en aval. Non. Pas les papiers. Pas les dessins. Mon regard se lève vers le sommet de la chute d’eau, s’égare, se plisse pour dégringoler les rochers et chercher un chemin. Péniblement, je tente de me lever, titube, me raccroche à un arbuste dont l’écorce abime mes mains. Et la douleur revient, me cueillant au creux des reines, me faisant hoqueter. Cette larme, qui se perde dans ma barbe naissante, je refuse de la reconnaître comme la mienne. Pas devant Orfeo. Pas devant lui. Pas devant cette copie de notre Grand Père. Pas devant mon Petit Frère. J’ai ma fierté, mon orgueil. Il m’a confié, au cours d’une discussion qu’il nous semble avoir eue il y a une éternité, m’avoir pris pour modèle dans ses plus jeunes années. Je ne veux pas qu’il me voie pleurer, ce serait la mise à mort de ce héros. Ce serait plutôt la mise à mort de ton ego, Rafaele. Oui, peut être. Sûrement. Je fais disparaître la perle salée en dégageant mes yeux de mes cheveux trempés, avant de replonger mon regard dans celui de mon frère. Je suis encore trop faible pour envisager d’aller chercher mes esquisses, me voilà donc condamné à supporter sa présence pour au moins une vingtaine de minutes encore. « Et maintenant, que comptes-tu faire ? Ôte au moins ta chemise, tu vas attraper froid à la garder ainsi sur le dos… »



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MessageSujet: Re: « Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère » [pv Orfeo]   Ven 31 Oct - 12:12

Pas l'ombre d'un remords, ou d'un regret. Pas même la moindre désolation, il ne ressentait même pas le besoin de s'excuser. Etait-il devenu si hermétique, si froid ? Ainsi, c'était cela avoir le pouvoir absolu sur les autres ? Leur faire croire que leur influence n'avait aucun impact ? Leur montrer que n'importe laquelle de leurs actions n'en changera pas le cours de l'existence ? Orfeo ressentait quelque chose pourtant, un sentiment qu'il n'avait pas l'habitude de rencontrer, qu'il n'imaginait même pas un jour pouvoir goûter. Lorsque le corps de son frère avait sombré en eaux profondes, lorsqu'il avait observé de sa butte le pouvoir ère perde le contrôle, cette satisfaction intérieure l'envahit. Noyer son frère avait bien plus de signification qu'une simple vengeance. Cette dernière n'était qu'une excuse, en fin de compte, masquant les réelles motivations. Plus encore que de tester le besoin d'avoir son frère dans sa vie. La famille avait toujours eu une certaine importance pour lui, chose qu'il refusait d'avouer, se trouvant toujours une raison autre pour justifier intérieurement de ses actes.
Libre. Il se sentit libre, dégagé de toute emprise. Indépendant, son propre arbitre. Ses actes, ses décisions. Le moi se libérait de son surmoi. Définitivement. Rafael n'aurait plus jamais la moindre influence sur lui. C'était terminé ce temps, cette époque étaient révolus. Pour toujours. Cette délivrance l'apaisa.
Son propre arbitre. Il ne dépendait plus de quiconque pour décider. Il se sentit bien. Pas au point d'en perdre la tête et d'en oublier son frère qui ne savait pas nager. Noyer Rafael pour se prouver son indépendance, il y avait d'autres solutions. Soit. Orfeo voyait également de quoi il était capable. Le détruire. Le mettre dans une situation qui le nuirait. Et surtout, surtout ne pas culpabiliser devant son acte. Se faire force et se dire que ce n'était pas la fin du monde. Son grand frère avait fait pire, sans jamais recevoir la monnaie de sa pièce, sans jamais souffrir des conséquences. Avait-il demandé pareille existence ? Son handicap avait été une partie de lui, le reflet à l'époque de son âme. Il ne savait pas mentir, ne pouvait dissimuler les apparences. Maintenant, il pouvait. Tout devenait possible. Le mensonge, la franchise, la tromperie, l'honnêteté, la naïveté, la manipulation. Il pouvait jouer sur tous les terrains, jouer un jeu qui n'était pas le sien, dissimuler ses réelles intentions, être maître de lui-même.
Indépendant. Libre. Émancipé.

Plongeant dans cette eau, il se remémora ses premières tasses, ses premiers pas. Infernal. Le mot était associé aux leçons pénibles d'apprentissage, indispensable pourtant s'il souhaitait devenir pompier. Combattant, chaque chute l’avait fait se relever, toujours plus fort, toujours plus haut. Il n’avait pas abandonné, jamais. Jusqu’à savoir, jusqu’à prouver qu’il en avait la capacité, comme les autres, qu’au fond, le niais du passé ne dictait pas la conduite de l’homme d’aujourd’hui. Se prouver quelque chose, il ressentait ce besoin constant de se prouver quelque chose à lui-même. Comme si résidait encore cette culpabilité intérieure, n’en finissant guère de le ronger, de lui gratter le peu d’estime qu’il conservait en lui. Quelqu’un, il était quelqu’un, et c’est sans cesse qu’il cherchait à s’en convaincre lui-même. L’avis des autres importait également mais c’était le sien qui, moteur, lui donnait la force d’avancer, d’évoluer, de prendre son chemin en main. Revers de médaille, son frère avait besoin de lui. Orfeo était le seul garant de sa protection, de son sauvetage en eaux troubles. Il ne pourrait se sauver lui-même, ne pourrait prétendre s’en sortir sans aide. Pour la première fois, l’avantage, l’emprise sur son frère livré à lui-même. Encore une sensation nouvelle, différente. Le hissant par les bras, il nagea pour deux, le menant vers la rive, l’aidant à se sortir de là.
Lui rendant sa vie en mains propres.

Ces mots, emplis d’une vengeance sans non, n’avaient point eu besoin de préparation. Venue d’elle-même. A vrai dire, il n’avait pas pensé que la situation dégénérerait ainsi, n’avait même pas eu à l’idée de mettre Rafael en danger. Une impulsion. Comme ça. Où il avait réalisé certaines choses que son frère, ne pourrait comprendre. Non pas qu’il était idiot, mais ignare. Sa fierté souillée, son orgueil détruit, la colère se lisait sur son visage. Une rage sans nom, une haine méprisante et viscérale, qui poussa Orfeo à culpabiliser, regretter.
Non, pas de regrets. Il ne devait même pas y penser.
Tel un acteur de théâtre, le voici qui partit dans un discours digne des plus grands politiciens. Une tirade magistrale, signe de son énervement –il y avait de quoi-. Tel un aristocrate en quête de ses heures de gloire perdues, Orfeo reconnut bien son frère, dans ses propos. Il ne changerait décidément jamais. Le petit Prince chéri ne saurait capituler, jamais, plutôt en mourir. Sarcastique, moqueuse, cynique. Sa voix montrait toute sa rage et son dégout. Sa fierté en avait souffert, son ego également, son contrôle et son autorité aussi. Les rôles s’étaient inversés, l’espace d’un moment qui lui avait échappé. Il ne le supportait pas. Orfeo, lui s’en moquait. A cet instant, il se battait pour éviter de ressentir quelque chose autre que l’indifférence.
Pour son frère, pour la situation. Pour tout.

Il écoutait, d’une oreille inattentive qui se moquait bien de ses propos. Il avait gagné, et le savait. Satisfaction personnelle se heurtait à un frère en colère, le voir dans cet état ne pourrait que lui faire le plus grand bien. La mort d’Azzura l’avait fait souffrir, il devait lâcher du lest. Chaque mot était pesé, et prononcé, alors même que sa gorge le lançait. Que de courage pour faire la leçon à son petit frère. Il se grillerait bien une cigarette pour tuer le temps. Dommage que sa veste se trouve tout en haut de la cascade. Motivation comme une autre pour y remonter, après tout.

« C’est bon, t’as fini ? »

Il s’en foutait. Complètement. Ses mots ne l’atteignaient, ses propos n’avaient aucune importance. Rafael n’avait plus aucun pouvoir, plus aucune emprise. Orfeo, lui, n’avait même plus d’estime pour lui. Plus rien qui n’en vaille le coup. Il n’avait même pas fini, à croire que pour retenir son attention, il fallait agir ainsi. Inconsciemment et dicté par la folie.

« C’est plutôt Grand-Père qui t’aurait filé une correction pour ne pas avoir su me gérer. »

Cynique, Orfeo savait très bien que leur aïeul ne lui avait jamais accordé la moindre importance, se fichant bien de lui, tant qu’il ne faisait pas de bruit et n’existait pas. Comment expliquer qu’il ait terminé sur le bûcher sinon ? Les propos de Rafael lui donnaient envie de rire. Avait-il vraiment conscience de ce qu’il disait, ou récitait-il son texte par cœur pour se donner un genre ? Quel pompeux.

« Pauvre grand frère. Ça n’a pas dû être facile de choisir entre sa fiancée et son frère. Et maintenant qu’elle a crevé, tu viens chercher les restes… ne me parle de morale, quand toi-même tu n’en as pas une »

C’était lui, les restes. Les morceaux que l’on filait au chien quand personne n’avait désiré les manger. Orfeo ne remercierait pas sa famille d’être en vie, jamais. Face aux reproches, il ne pouvait rester là sans rien dire. Son frère n’irait pas l’insulter en mentionnant la noblesse de cœur de leur famille, qu’elle n’avait pas et n’aurait jamais. S’il pouvait lui faire du mal, encore, il n’hésiterait pas. Pour ce soir, cela lui semblait une leçon amplement suffisante. Il pourrait reprendre le cours de son existence en rayant son frère pour les prochaines semaines à venir. Bien conscient qu’il le reverrait, Orfeo préférait se détacher émotionnellement de lui. Ce serait plus prudent.
Il semblait souffrir de sa noyade, rare était ce moment où il voyait Rafael dans un acte de faiblesse, cherchant sans relâche à remonter la pente, garder la tête haute. Amusant et drôle à la fois. Il lui sembla même qu’une larme coula le long de ses joues, le petit frère n’en fut pas certain mais crut l’apercevoir. S’il voulait jouer au jeu de l’indifférence, il perdrait, pour sûr. Au premier qui craquerait… ce ne serait pas Orfeo.

« C’est pour de l’aide que tu as appelé ? Tu l’as reçue, donc je vais rentrer. A moins que tu aies besoin d’autre chose ? Profite de ma générosité, elle a une date de péremption. »

Ton plat, désintéressé. Il se souvenait de son appel à l’aide, avait fait en sorte que Rafael ait besoin de lui, et maintenant sa tâche accomplie… plus rien ne le retenait. En vie, campés sur deux pieds, en état de marcher seul… Il serait certainement un grand garçon et s’en sortirait d’une main de maître. Son boulot s’arrêtait là.
Il s’en foutait, en apparence du moins. Pour le reste, ses sentiments lui appartenaient… il préférait mourir que de se trahir devant lui.

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MessageSujet: Re: « Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère » [pv Orfeo]   Lun 10 Nov - 11:05


« Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère »

(pv) Orfeo Renzacci


~


Je suis étrangement calme. Ou du moins, je conserve mon calme en apparence. La colère est bien trop grandir pour que je puisse l’exprimer simplement par des cris et des hurlements, ce qui n’a jamais été dans mes habitudes de toute manière. L’humiliation conjointe du loup et de l’homme se transforme en glace, ma colère en sarcasme, ma rage en maîtrise parfaite de mon ton et de mes mouvements. Bravo m’entends-je l’applaudir. Félicitation grincent mes dents, avec cette colère suintante qui transperce mes mots, les putréfiant au plus profond de leur sens pour leur retirer toute beauté et gentillesse et ne laisser qu’une carcasse vide. Mes yeux clairs ne s’échappent pas, restent fixés sur mon petit frère. Si je le déteste ? Non. Je suis juste déçu. Fatigué. Ereinté. Déçu. Vraiment. J’espérais beaucoup de mon petit frère, je ne vois qu’une pâle imitation, une grossière caricature de ce qu’était le Seigneur Renzacci qui nous a élevés et de ce que je suis devenu. C’est un gamin qui se prend pour un adulte, un enfant vexé, boudeur, immature. Je n’arrive pas à le voir autrement, alors qu’il semble fier de m’avoir mis à terre, alors qu’il se complait dans une vengeance qui n’a pas lieu d’être, dans un ressentiment qui va le ronger, le tuer, le corrompre et le transformer en un être dont on ne pourra plus rien tiré. Et le pire, c’est que je ne vois pas encore comment lui éviter ce futur. Il semble si arrogant, si pressé de l’embrasser qu’une part de moi me supplie de le laisser partir et de le laisser se détruire, sans y prêter attention. J’ai cessé d’être responsable de lui le jour où mon Grand Père m’a offert le choix entre Azzura et Orfeo, je ne devrais pas avoir encore ce besoin de le protéger autant de lui-même que du monde extérieur et pourtant… pourtant… Ma voix claque une dernière fois, acide, conclut ma tirade en reprenant ce sarcasme qui l’avait initié. Oui, Orfeo, oui, vraiment. Je suis impressionné, je ne te pensais pas capable d’atteindre aussi vite ce niveau de pourriture. Tu empestes, mon frère. Tu empestes cette lâcheté, cette putréfaction. Tu me dégoûtes, petit frère, plus que tu ne peux l’imaginer. Et même si cela semble t’importer bien peu, tu m’écœures. Ton assurance, factice, ta moquerie, ton désintérêt, tes désillusions… tu m’écœures de me ressembler autant, d’avoir perdu aussi facilement ton innocence et cette part de pureté que je m’obstinais à vouloir préserver.

Une quinte de toux m’interrompt, je crache un peu plus de bile, manque de me plier en deux de douleur face à ma gorge enflammée, titube, me rattrape à un arbuste alors que mon regard se perd sur le haut de la cascade. Même ainsi, j’ai conscience de valoir mieux que mon frère. Je veux en avoir conscience, je l’espère, je me fais des illusions : peu importe le moyen, je chasse loin de moi mes démons pour me concentrer sur l’instant présent et ces tremblements sporadiques qui animent mes muscles et « C’est bon, t’as fini ? » . Mon regard clair s’obscurcit lorsqu’il retombe sur mon frère. D’où lui vient cette insolence ? De cette société de dépravés qui nous entoure ? Voilà qui est fort probable. Et qui ajoute une déception supplémentaire à la liste déjà bien longue que constituent les moindres actions et paroles de mon petit frère. Je retiens de justesse une remarque sur son langage et son insolence, aidé très certainement par cette toux qui n’en finit pas et enflamme mes poumons. Et mon absence de réaction laisse le champ libre à Orfeo pour s’enfoncer dans la bêtise et l’inconscience. « C’est plutôt Grand-Père qui t’aurait filé une correction pour ne pas avoir su me gérer. » Cette fois, c’est un rire qui tente de franchir mes lèvres, animé par deux raisons bien distinctes. Grand Père. Je sais qu’Orfeo ne suspecte rien de sa véritable ascendance, des véritables circonstances de sa venue au monde. Je sais que je conserve une arme pour le détruire, pour saper les fondements même de ses convictions, quant bien même sa fidélité aux Renzacci semble avoir été éventrée avec minutie. Grand Père donc. Tout un ensemble de mensonges et de vérités dans ce simple mot, comme si mon aïeul avait encore ce pouvoir de nous terrifier tous deux bien des siècles après sa disparition. C’est le cas, Rafaele. Le ton accusateur d’Azzura perce mes tympans, transperce mes défenses, se fiche dans mon aveuglement volontaire pour le faire voler en éclats. Entre mes dents, je suis contraint de lui concéder la vérité. « En effet, ce n’est pas toi qui prenais les coups, c’était moi. Ta bêtise, tes respirations, je les ai payés quand tu te contentais de geindre dès que je te laissais aux soins des nourrices quelques heures. » Mes yeux sont à l’image de mes traits : impassiblement crispés. Je ne veux lui rien lui offrir de plus que cette concession, que ces quelques mots chargés d’une émotion que j’aurai aimé sentir bien plus neutre mais qui vibre imperceptiblement de nostalgie. J’ai beau être rancunier, j’assume mes actes la plupart du temps, même s’il faut pour cela que je me justifie et me donne des raisons plus ou moins douteuses. Oui, je t’ai tué, petit frère. Oui, tu m’en veux. Mais oui, je continuerai à te regarder droit dans les yeux en y voyant ce brasier qui a mis fin à ta si pathétique existence. Et oui, s’il le faut, je te tuerai à nouveau. Sois soulagé, Orfeo, sois soulagé de savoir qu’Azzura est morte. C’était la seule à passer avant le sang, c’était la seule à passer avant toi, et malgré ta haine et ta rancune, je sais que tu es désormais le seul pour qui je sacrifierai ce que j’ai de plus cher.

A nouveau, mes muscles menacent de me lâcher. Je me mords la lèvre jusqu’au sang. Azzura. Sa perte me heurte une nouvelle fois, comme pour bien me faire comprendre que je ne peux pas lui échapper. Comme pour me faire comprendre que mon frère a échoué, qu’il faut que je trouve une solution pour tenir la douleur éloignée de ma raison, que je trouve un autre moyen de survivre puisque j’y suis contraint. Une larme s’échappe, dégringole ma joue mêlée à l’humidité glacée de ma peau. Je la fais disparaître en masquant mon geste dans mes cheveux, de peur qu’Orfeo l’aperçoive. M’a-t-il déjà vu pleurer ? Oui, bien sûr que oui. De frustration, de dépit, de colère. C’était il y a une éternité, mais il m’a déjà vu pleurer. En quoi est-ce différent maintenant ? Nous avons grandi. Je ne suis plus le grand frère qui se cachait de ses responsabilités en venant apprendre quelques caractères à son petit frère, il n’est plus ce débile qui m’aimait malgré tout, aveugle à cette noirceur qui s’emparait de moi, qui me faisait goûter au sang et à la souffrance, aux exécutions et au pouvoir. Nous avons changé et il n’est pas question qu’il me voie pleurer, cette évidence me frappe de plein fouet. « Pauvre grand frère. Ça n’a pas dû être facile de choisir entre sa fiancée et son frère. Et maintenant qu’elle a crevé, tu viens chercher les restes… ne me parle de morale, quand toi-même tu n’en as pas une » Mes yeux se plissent, je serre les dents. Morale. Crois moi, Orfeo, j’en ai bien plus que tu ne le crois. Que tu ne l’imagines. Que tu ne l’espères. Le courage, c’est de faire le bon choix lorsqu’il y en a aucun. La morale, c’est de continuer à avancer et à croire en ses convictions. Ce en quoi je crois ? En la prédominance de l’humanité. Et les soricers, les daybreakers, les skinchangers, ce ne sont que des abominations qu’il faut éradiquer. Aucune morale ? Mon poing se resserre sur l’écorce de l’arbuste, mes muscles se contractent et je me redresse. Si je me sais incapable pour l’heure de remonter la pente, littéralement, figurativement, je reste Rafael, je reste un homme qui ne supporte pas de perdre et de ployer devant des subalternes et des sujets. Et quoi qu’il en dise, quoi qu’il en pense, même s’il se borne à l’ignorer, Orfeo est et restera sous l’autorité du chef de famille, sous mon autorité. Et son insolence n’a pas lieu d’être. Mon éducation me le clame, la voix de notre Grand Père me le rappelle : je suis trop éreinté pour repousser mes démons et cette part de moi qui prône la supériorité de notre famille. Alors maintenant, que compte-t-il faire ? Ma question résonne à mes oreilles, comme si Orfeo n’en était pas le seul destinataire. « C’est pour de l’aide que tu as appelé ? Tu l’as reçue, donc je vais rentrer. A moins que tu aies besoin d’autre chose ? Profite de ma générosité, elle a une date de péremption. » Je le toise, méprisant. C’est la seule émotion que je parviens à véhiculer qui ne soit ni de la déception ni de la colère. Le mépris. Et il est grandissant. Une poignée de secondes, j’agite lentement la tête de dénégation. « Va te faire foutre, Orfeo. » La vulgarité ne m’est pas habituelle. Elle m’écorche, elle me ronge, elle prend une consistance dans ces f que je souffle sur un rythme posé. J’articule lentement. Je prend le temps de détacher mes syllabes, de les laisser s’emplir de mépris, s’emplir de détachement, se teinter de ce gouffre qui nous sépare en apparence. « Va te faire foutre, puisque de toute évidence, tu es tombé si bas que seul ce langage de charretier à un sens à tes oreilles. » Un pas, je me détache de l’arbuste. Ce n’est le moment ni de flancher, ni de ployer, Rafael. Tu ne dois pas perdre, pas reculer, tu dois fixer ton frère, tu dois le sonder, le disséquer du regard, tu dois épouser à la perfection l’attitude, le ton, la voix du Seigneur Renzacci qui t’effraye tant. Parce que si ça se trouve, c’est la seule solution pour toucher ton frère. Un deuxième pas, plus assuré. Un troisième, et je fais disparaître la distance qui nous sépare. Est-ce la raison, la colère ou l’instinct du loup qui se meut dans mes muscles et dans mes traits crispés ? Les trois se mêlent et se mélangent. « Je n’avais pas besoin d’aide, Fratellino, juste besoin de soutien. Mais de toute évidence, je me suis leurré. Tu n’es pas le meilleur des Renzacci comme je le pensais, tu n’es que le plus pourri. » Un pas en arrière, un pas tremblant, je me concentre sur cette douleur qui manipule mes os, mes muscles, ma chair et ma fourrure, je tombe à quatre pattes et bien vite c’est un loup qui se tient devant mon petit frère. Je prends conscience qu’en dehors de ma rapide apparition canine dans le cours d’eau, c’est la première fois qu’il me voit pleinement loup, pleinement monstre, et j’ouvre la gueule pour lui montrer mes crocs, avant de m’enfuir dans les fourrés les plus proches comme le brouillard gris que ma part animale sait devenir d’instinct. La plaie de ma cuisse tressaille, comme revigorée par ce changement d’apparence qui a un don certain pour me guérir. Ma patte cassée rend ma démarche claudicante, brise mon port altier et mes oreilles agitées par les bruits qui me parviennent. L’odeur de mon frère me frappe de plein fouet lorsque mes pattes cherchent un endroit où passer dans les rochers de manière à ménager le plus ma fracture. Son odeur, si proche de la mienne que c’en est déroutant. Son odeur, que je ne suis pas capable de sentir pleinement lorsque je suis humain. Son odeur, qui me fait chanceler, trébucher, dégringoler le sentier. Je ne veux plus le voir. Mais il est de ma meute. Je ne veux plus compter sur lui, je ne veux plus qu’il compte pour moi. Mais il est de notre meute. Je ne veux pas connaître la douleur de le perdre lui aussi. Mais il a notre odeur. Mes yeux que je conserve bleu ciel sous ma forme lupine se tournent vers Orfeo. Le loup est aussi perplexe que moi. Cette odeur, cette empreinte olfactive qu’est la sienne, me marque plus que la conscience d’être son frère. J’ai brutalement envie de me retransformer, de le supplier de me pardonner, d’implorer sa clémence, de le ramener vers cette innocence qu’il n’aurait jamais du perdre. La conscience du loup me retient. L’alpha ne s’incline pas devant le louveteau. Il le mord, il le punit, il le blesse pour le ramener dans le droit chemin et dans les principes de la meute, mais il ne s’incline pas.

Spoiler:
 



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MessageSujet: Re: « Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère » [pv Orfeo]   Mar 11 Nov - 23:12

Son frère. Liés par le sang. Pour toujours. Quoi qu’il arrive, quoi que le destin fasse pour qu’ils se haïssent ou s’aiment. Ils étaient liés par les mêmes parents, ou du moins la même mère, bien qu’Orfeo ne connaisse pas l’horrible vérité. Les liens de sang, bien plus fort que n’importe quelle émotion. L’amour n’est en soi qu’une chose éphémère. La famille, elle, vous lie à vie à ces personnes dont vous n’avez pas eu d’autres choix que les accepter dans le cercle. C’est au nom de cette même famille que vous venez en aide en chacun de ses membres, que vous soyez dupé, trompé, trahi, blessé, aimé. Dans le fond, lorsqu’il ne reste plus rien que des débris, des lambeaux et que tout est perdu, il ne reste qu’elle, au fond. La famille. On peut l’aimer, la détester, mais, dans le fond, on a besoin d’elle pour savoir qui l’on est.
Orfeo se rapprochait de ses racines pour éviter de partir à la dérive, comme si les ailes de liberté commençaient à lui peser et que le plancher des vaches le rappelait à l’autre. L’oiseau en cage a toujours du mal à être totalement indépendant, même si ce fut son choix le plus cher depuis longtemps. Pourtant, il revenait vers Rafael. Pourtant, il lui faisait payer en le permettant de rester en vie. En lui montrant qu’il valait bien mieux que lui. Qu’il vaudrait bien mieux que lui. S’il ne le voyait pas, il s’en fichait. La parole d’un frère n’avait pas de valeur à ses yeux, aucunement. Ce qu’il disait, ce qu’il pensait. Ce qu’il croyait.
Alors que tout ceci n’était qu’un leurre pour se donner bonne conscience. Se détacher. S’éloigner alors qu’il ne pensait qu’à revenir à chaque fois. Les liens du sang ne changeraient rien. Et pourtant Rafael les avait ignoré, les avait détruit.
Il ne comprenait toujours pas. Ne comprendrait certainement jamais d’ailleurs. De toute façon, le voulait-il, le cherchait-il ? Certainement pas. Comme d’habitude, le grand frère se fichait de tout, s’emmurant dans cette facette de glace. Qu’à cela ne tienne, il s’en contenterait. Le petit frère n’attendait plus rien de lui de toute évidence. Et n’apprécia d’ailleurs pas ces mots le visant.

« C’est donc cela même que tu me reproches ? De n’avoir été qu’un poids toute ma vie, de n’avoir été qu’une lourde tâche ? Je comprends mieux tes motivations, quel soulagement. »

Inlassablement, il poursuivait là ses moqueries, ne cesserait donc jamais. Dans les gênes Renzacci, de toute évidence, y régnait un certain sarcasme et une certaine fierté dont tous les membres semblaient avoir hérité. Voilà qu’il se transformait en tant que tel, un vrai Seigneur sans terres. Et pourtant, son langage fourchait, s’adaptant bien plus facilement à la langue actuelle que le pompant parler de son frère. Vivre avec son temps, c’était au fond, ce qu’Orfeo tentait de faire. Rafael lui semblait coincé à une époque fort lointaine dont il ne parvenait pas à se détacher facilement. La gloire de la famille semblait aujourd’hui terminée, ternie par l’oubli de leur puissance d’une époque. D’ailleurs, avec ses propos aussi repoussants que taris d’une méchanceté sans nom, il en oubliait qu’il n’y avait entre eux qu’un traitre : lui. Il ne reniait pas son nom, lui.

« De toute façon, il n’en reste plus qu’un de Renzacci, aussi pourri soit-il. Toi, tu renies tes origines au point de changer de nom. As-tu donc si honte de ta famille, de ton héritage ? Je dois t’être répugnant. »

Ce devait être ça, ainsi que toute la famille. Pourquoi parler d’ailleurs, la conversation était tarie d’avance. Tout ce qu’il ne resterait, au final, ne mériterait même pas d’être gravé au fond de sa mémoire. Autant oublier cette entrevue, et toutes les autres. Hormis des propos acerbes et blessants, rien ne se construisait entre eux. Etait-ce d’ailleurs arrivé qu’ils fassent quelque chose ensemble ? Certainement, par le passé, époque dorénavant trop lointaine pour que leur mémoire le leur rappelle et les fasse revenir à la raison. Trop de choses s’était profilé entre, trop de dégout, de haine, de méfaits avaient entravé leur pure fraternité. Une ère dorénavant terminée, sans retour possible. Pour le meilleur et pour le pire.
Rafael voulut le fuir, comme toujours. Orfeo n’avait nullement l’envie de partir, serait rester encore quelques temps à l’insulter, si nécessaire. Comme un sport dont un entrainement régulier permettait de garder la forme. A sa grande surprise, il se retrouva face à un loup peu amical. Il est vrai que son frère était devenu un toutou sauvage, ce qui lui avait permis de vivre à travers les siècles tandis que lui avait connu Darkness Falls. Deux chemins différents qui s’étaient croisés pour les réunir. Ou pour mieux les séparer. Face à la bête, il ne silla pas, n’en ayant pas peur le moins du monde. Même s’il se trouvait face à une bête, l’âme de son frère s’y reflétait, d’une certaine manière. Si cette apparence lui permettait de l’affronter plus facilement, libre à lui. Il ne le craignait pas le moins du monde.
Son frère, son sang.

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« Nul ami tel qu’un frère, nul ennemi tel qu’un frère » [pv Orfeo]

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