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 Family is only what’s matter [Kenneth]

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MessageSujet: Family is only what’s matter [Kenneth]    Sam 18 Oct - 15:39

Aeryn raccrocha puis finalisa la commande de l’intéressé. La première édition de la Traversée des Apparences de Virginia Woolf, en voilà un client qui avait du goût ! Les livres se vendaient plutôt bien dans sa boutique, bon nombre de ses clients en achetaient facilement un pour orner leurs collections. La dernière fois, c’était un relieur qui avait lui avait même proposé un partenariat pour remettre d’aplomb certains livres, moyennant publicité ! Pareille aubaine ne se refusait pas, bien au contraire. La première édition du livre de son client, restauré par un relieur utilisant les mêmes techniques d’époque, c’est son client qui allait être satisfait ! Se digérant vers la partie librairie de sa boutique d’où s’amoncelaient des centaines d’ouvrages différents, la métamorphe ne tarda pas à trouver l’ouvrage, se rappelant la journée prise à tout ranger par ordre alphabétique, chose qu’elle ne regrettait absolument pas pour le gain de temps que cette classification lui apportait dorénavant. Dans l’arrière-boutique trônaient également des milliers de livres que la boutique ne pouvait contenir tant ils étaient nombreux. Aeryn collectionnait énormément de babioles dans ce magasin qui accueillait l’art sous toutes ses époques, en tous cas d’aussi loin qu’elle pouvait remonter ; certains de ces clients principaux restaient les conservateurs de musées que les objets d’époque attiraient pour leurs expositions. Récemment, la grecque avait appris que le Louvre contenait des milliers d’œuvres d’art dans ses sous-sols et que le public ignorait complètement. Le passé n’en finirait pas de se manifester d’une manière comme d’une autre pour restaurer sa gloire d’antan et permettre à des générations de visiteurs de s’en émerveiller.

Remplissant le formulaire de réservation sur son ordinateur, Aeryn tiqua sur le nom de son client. Kenneth Zaran… Kenneth Zaran. Sa mémoire cherchait la provenance de ce nom aux consonances familières. Deux personnes ne pouvaient avoir ce même nom, ce n’était pas non plus un Eastwood ou un Lawrence. Peu commun, et pourtant tellement familier dans sa mémoire. Complètant les derniers détails de son formulaire, elle classa le dossier puis l’imprima, le rangeant dans un dossier en attendant que son client vienne retirer sa commande. En règle générale, c’était le formulaire en ligne qui était rempli, le téléphone n’étant plus aussi demandé qu’avant. Emballant proprement l’ouvrage pour ne pas l’abimer, l’esprit cherchait dans les abysses de sa mémoire ce nom. Mais rien, rien qui ne puisse la mettre sur la piste, rien qui ne puisse lui rappeler où elle l’avait entendu. Vaquant à nouveau à ses affaires, elle ne prêta plus attention au nom et passa à autre chose. Si souvenir il y avait, la mémoire finirait par lui revenir rapidement.

~~~


Son grand-père !  Mais oui, Kenneth Zaran, c’était lui. Définitivement même, pas de doute possible.  Le souvenir revint instantanément, sans crier gare, en plein milieu de ses pensées, s’immisçant en elle, remontant doucement à la surface comme libéré d’une porte fermée.
Où elle se rappela alors que petite fille que son père recherchait ses origines. Première image, le sourire d’un père heureux. Ce nom lui rappela ça, une des rares fois où monsieur Elyatis ne se montrait pas sombre, indifférent et toujours aussi sérieux. Fils adopté par la famille Elyatis, il avait passé des années à la recherche de l’identité de ses parents pour au final trouver de fausses pistes à longueur de temps. Prêt à abandonner et laisser tomber, une idée le motiva pour une dernière tentative. Ce fut la bonne. Le fils adopté fut ce jour-là fou de joie de connaître ses origines, son patrimoine, son identité. Ce fut l’aboutissement d’années de recherches, d’attente. Agée de six ans, Aeryn se souvint de ce jour où son père avait passé la soirée à sautiller autour de sa femme et ses filles, répétant le nom de son père et sa mère… le répétant tellement qu’Aeryn s’était dit qu’elle ne l’oublierait jamais. Kenneth Zaran était le nom de son grand-père, elle en mettrait sa main à couper.
Que savait ce dernier au juste ? Le père d’Aeryn n’avait jamais réussi à le rencontrer, pas une seule fois. Pas même sa mère biologique, on les déclara tous deux décédés. La coïncidence était trop grande, mais Aeryn ne passerait pas à côté de l’occasion pour poser la question à l’intéressé. L’idée de se retrouver devant son potentiel grand-père lui procura une sensation étrange, elle qui s’était faite à l’idée de ne plus avoir de famille dorénavant. Quel âge devait-il avoir, 80, 90 ans ? Tout dépendait de l’âge à laquelle il avait eu son père, il pouvait être même plus jeune. Sous le mystère de ce nom, l’antiquaire sembla de plus en plus intriguée, se posant mille et une questions, puis se fit force pour empêcher son esprit de s’emballer de trop. Rien ne prouvait que ses hypothèses se révélaient justes, ce n’était qu’un nom après tout…
Un client pénétra dans la boutique. Se présentant au comptoir, Aeryn fit son plus joli sourire pour accueillir le visiteur et répondre éventuellement aux diverses questions qu’il aurait à lui poser. Le mystère du nom se résoudrait plus tard… à moins qu’il ne se pose, là, maintenant, sous ses yeux.
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MessageSujet: Re: Family is only what’s matter [Kenneth]    Mar 21 Oct - 21:26

Mes sourcils se fronçaient, critiques, devant les titres des tranches que j'avais sous les yeux. Anglais, français, quelques rares titres en italien, un dictionnaire de latin. Toutes les œuvres m'étaient familières, lues ou relues plusieurs fois, mais jamais abîmées, jamais écornées. Certaines étaient des livres de poche, glanés dans les gares ou les petites boutiques. D'autres étaient des éditions rares, acquises chez des antiquaires, des particuliers. C'étaient évidemment ces recueils-là qui avaient ma préférence et auxquels j'attachais la plus grande importance. Je prends un soin excessif de mes livres, paraîtrait-il.

Pourtant, la vue de ma bibliothèque me désolait. Pas qu'elle soit mal rangée ou poussiéreuse, non, c'était probablement l'endroit le mieux entretenu de mon appartement à vrai dire mais je me retrouvais face à un dilemme de taille.

Je n'avais plus rien à lire.

Ça pouvait paraître paradoxal pour un Shadowhunter, un soldat impitoyable à la solde du gouvernement, véritable machine à tuer sur commande, de posséder autant de livres mais je m'en fichais bien. Que les autres me prennent pour un abruti enthousiaste de la gâchette si ça leur faisait plaisir. Être sous-estimé était souvent plus pratique. Ça créait une mauvaise surprise pour l'autre et représentait un avantage certain pour moi.

Mes doigts couraient sur les tranches de papier, de carton, de cuir. Lu, lu, relu. J'aurais besoin de remédier à ce problème assez rapidement à moins de vouloir mourir d'ennui dans mes heures de temps libre. Le niveau intellectuel des émissions télévisées était d'un niveau affligeant ces temps-ci. Et elles ne me rappelaient que trop qu'à une époque, moi aussi j'avais servi de divertissement à une population imbécile et bêlante. J'aurais bien aimé les voir survivre aux jeux, juste pour voir leurs visages trop gras, trop marqués par les excès en tous genres se tordre d'horreur et d'effroi en réalisant que s'ils tenaient un tant soit peu à leur peau, il leur faudrait éventrer l'ennemi face à eux et salir leurs jolis ongles manucurés. Une bonne et juste leçon.

Lâchant enfin des yeux ma bibliothèque, je soupirais, dépité, avant de me diriger vers la cuisine me préparer un café corsé pour la journée qui m'attendait. Ironiquement, malgré les années passées loin de la France et loin d'une peau (et de goûts) humaine, je ne pouvais m'empêcher de penser que, vraiment, ces "boulangeries" américaines n'y connaissaient rien en matière de pain ou de viennoiseries.

Alors que je descendais les escaliers de mon immeuble, mon regard s'arrêta l'espace de quelques secondes sur la "librairie" qui se trouvait à quelques pas de chez moi. Je fixais la devanture, cherchant des yeux un titre familier, avant de m'en détourner promptement. Je n'avais nulle envie de lire le dernier best-seller insipide (vraiment, cette histoire de vampires végétariens et scintillants était pire que ridicule) pondu par quelque trentenaire en panne d'inspiration et au talent médiocre. Ce siècle n'offrait que peu de perles littéraires, à mon grand désespoir, me forçant à me tourner vers les classiques dont la liste était, heureusement, quasiment intarissable. De plus, je détestais cette nouvelle mode au tout transportable, tout connecté, tout tablette. J'étais profondément allergique aux romans électroniques. Comment pouvait-on préférer la lumière artificielle d'un écran au toucher et à l'odeur des pages, à la sensation du papier sous les doigts ? Peut-être étais-je vieux-jeu. Ou peut-être étais-je plutôt allergique à l'électronique en général. L'ère de l'informatique débutait tout juste quand j'avais été maudit et trente ans loin de toute civilisation humaine laissaient des traces, après tout.

Une légère brise soufflait sur la ville, faisant circuler l'air chaud de cet été éternel entre les rues à l'architecture typiquement coloniale. Le ciel était de ce mauve rosé qui annonçait le lever de soleil imminent, strié ci et là par quelques nuages gris perle. À cette heure matinale, les rues de La Nouvelle-Orléans étaient peuplées de lèves-tôt se rendant à l'église ou achetant leur petit-déjeuner en catastrophe et de jeunes sortant juste de soirée davantage que de la populace normale. De ce fait, je ne m'attardais que peu sur ce qui m'entourait ou même sur les boutiques que je croisais. Ce n'était pas comme si j'allais tomber sur le Graal d'un coup ou que j'allais commencer à chasser du Daybreaker dès le petit matin.

Pourtant, presque malgré moi, une devanture particulière attira soudain mon attention. Ce n'était pas la première fois que je passais devant, même si c'était sur un chemin que je fréquentais moins, mais jamais auparavant mon regard s'était arrêté dessus. C'était une boutique d'antiquaire, ce qui, normalement, n'aurait pas dû réellement me parler. Seulement voilà, on y vendait également des livres, des anciennes éditions. Un léger sourire étira mes lèvres au petit écriteau. Peut-être avais-je trouvé la perle rare après tout. Mais je me rendis bien vite compte que, dû à l'heure matinale, évidemment, la boutique n'ouvrirait que plusieurs heures plus tard et fermait à une heure à laquelle je doutais être de retour. Malgré tout, je retins le numéro, m'engageant à appeler pour leur demander ce qu'ils avaient en rayon.

La chance me souriait peut-être enfin, finalement.


***


Ce fut quelques jours plus tard que je me rendis dans cette petite boutique, quand mon emploi du temps me le permit enfin. J'avais fini, en désespoir de cause, par me remettre à la lecture d'Ulysse, de James Joyce. C'était une version papier médiocre, n'ayant voulu, à l'époque, que me mettre quelque chose sous la dent et ayant trouvé cette version sur un marché aux puces. Mais cet emballage convenait à l'histoire et je ne m'en formalisais guère. Étrangement, j'avais toujours apprécié faire le parallèle entre mots et couverture. Pour un roman qui suivait simplement les pas de deux hommes en plein Dublin, l'habillage du roman me semblait convenir. Mais pour le roman que j'avais commandé par téléphone, j'avais été plus exigeant, demandant une première édition. Le prix demandé était raisonnable et tant qu'à débourser de l'argent pour un roman, autant en acheter un beau.

Une petite clochette tinta quand je poussais la porte de la boutique. J'observais avec curiosité d'abord les articles proposés – il y avait là quelques objets qui auraient fait de jolies décorations – avant de me diriger vers le comptoir où une jeune femme souriante m'accueillit. Poli, je lui retournais le sourire et allais annoncer le but de ma visite quand l'odeur particulière d'une autre métamorphe me parvint aux narines. Je fronçais légèrement les sourcils devant la réalisation avant de rejeter l'idée plus loin. Il n'y avait pas d'autre client ou d'autre membre du personnel à ma connaissance, du moins, pas que je pouvais percevoir. Et puis, que pouvait m'importer si la tenancière de la boutique était une "congénère" ? Ce n'était pas comme si elle était dangereuse. Je repris, le sourire de circonstance à nouveau en place :

« Bonjour madame, j'ai commandé un livre chez vous il y a quelques jours, au nom de Kenneth Zaran. Première édition de La Traversée des Apparences, de Virginia Woolf ? »
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MessageSujet: Re: Family is only what’s matter [Kenneth]    Mer 22 Oct - 1:25

Sa boutique. Sa fierté. Son bien le plus précieux. Ne s’attachant en vérité qu’à peu de choses, Aeryn tenait énormément à tous ces vieux bibelots que beaucoup regardaient avec peu d’intérêt la plupart du temps. Tant mieux si personne ne convoitait le magasin, son contenu s’en serait que davantage protégé. Cette passion pour l’art, pour les vieilleries en tous genres, animait la jeune femme d’un sourire à chaque découverte, chaque trouvaille. Il ne s’agissait pas de ce vulgaire plastique chinois destiné à mal vieillir avec le temps et finir dans une poubelle moins de deux ans après son achat, bien au contraire : chaque objet de sa boutique possédait une histoire. Une âme. A travers les âges et le temps, ils trônaient encore, imperturbables, et prêt à tenir pour les décennies à venir. Plus particulière le bois et le verre : Aeryn appréciait tout particulièrement ces matières, donnant aux objets un caractère unique chaque quart de siècle passé. Ils progressaient avec leur temps, gardant pourtant leur beauté d’antan si on leur prodiguait un soin particulier. Aeryn chouchoutait chaque pièce comme un trophée pour la valeur que chacun avait. Elle attendait également de ses clients qu’ils apportent également un soin particulier à leurs acquisitions. Gagner sa vie n’était que la deuxième facette de son boulot, la passion primait d’abord. La grecque ne se serait pas rangée dans un travail qui ne lui plaisait pas, alors qu’elle pouvait gagner sa vie en dépouillant ceux qu’elle attirait à elle. Une vie de criminelle ne la gênait nullement et ses affaires s’en étaient retrouvées moins fréquentes depuis que sa boutique lui prenait davantage de temps. En cas de fin de mois difficile, la demoiselle savait toujours quoi faire. Récemment, ses petites affaires s’éloignaient de la Nouvelle Orléans, changeant de périmètre pour disparaître plus facilement, au plus loin de son domicile pour effacer ses traces de son mieux. Comme si elle n’avait jamais été là.

Papa lui avait bien appris. Papa lui manquait parfois énormément. Quoi qu’il ait fait durant sa vie, que ses actes aient été des plus odieux au point qu’il finisse par baigner dans son propre sang, Aeryn avait toujours aimé son père malgré sa froideur, imposant le respect. Au fond d’elle, l’ainée Elyatis savait qu’il avait agi dans l’intérêt de sa famille, ce qu’il avait toujours fait. Jamais elle ne lui en voudrait d’avoir voulu prendre soin de sa petite famille, et le comprenait. Rachel ne lui avait pourtant pas pardonné, n’acceptant pas que son égoïsme ait causé la perte de maman, la perte de la famille. Aeryn comprenait sa sœur, mais tant de hargne pour cela, pourquoi ? Son père ne voulait que les protéger… l’aînée se désolait de ne pas avoir réussi à convaincre sa cadette du contraire avant la fin. Un regret de plus parmi tous ceux qu’elle avait déjà, à peine à 26 ans.
La sonnette tinta dans sa boutique et un homme, aux environs de la quarantaine y entra. Prête à répondre à la moindre de ses requêtes, le client étant roi, Aeryn se tenait derrière le comptoir à attendre une réaction à son encontre pour se focaliser sur lui. Ce dernier ne tarda pas à se présenter. La voix lui parut familière pour l’avoir entendue au téléphone, lorsque que la réservation pour La Traversée des Apparences avait été effectuée. Aeryn ne put s’empêcher de montrer son étonnement, ne s’ayant certainement pas attendu à ce que Kenneth Zaran soit aussi jeune à vrai dire. Ce nom, si peu courant était donc porté par deux personnes radicalement différentes. Gardant son sourire imperturbable de vendeuse, l’antiquaire expliqua la raison de son étonnement soudain au client. La curiosité la poussait également à savoir, comprendre, peut-être était un petit frère méconnu à son père, nommé d’après son propre père, qui sait ? Tenter, plutôt que de garder le silence d’une vérité à jamais tue.

« Oh, c’est donc vous ? Je m’attendais à voir quelqu’un de plus âgé. Votre livre vous attend. »

Se retirant dans l’arrière-boutique, elle trouva directement le livre, ainsi que l’emballage prévu à cet effet. Evidemment, pour lui montrer l’ouvrage, elle n’avait encore rien empaqueter, pour savoir si cet homme serait satisfait ou non de la marchandise. A première vue, son aspect soigné montrait qu’il prendrait grand soin de ce livre. Au téléphone d’ailleurs, il n’avait pas omis de mentionner qu’il désirait une première édition, preuve qu’il savait bien ce qu’il voulait. L’on disait toujours de regarder les chaussures d’un homme pour savoir s’il était soigné ou non. S’il cirait ses souliers, alors il ne négligerait les affaires de valeur. Aeryn avait vu celle de son client et en avait été satisfaite. De retour dans la boutique, elle tendit le livre à son client, puis poursuivit, toujours sur cette histoire de nom qui la perturbait encore.

« Vous avez exactement le même nom et prénom que mon grand-père, je pensais avoir affaire à lui, et puis c’est sur vous que je suis tombée. J’espère que l’ouvrage vous satisfait, il a été restauré avec les méthodes d’antan par un relieur du coin. »

Une réaction, un mot, quelque chose. Pour savoir, comprendre, et voir la satisfaction ou non de son client. Ses premières réactions ne la tromperaient, Aeryn savait parfaitement lire à travers les personnes comme dans un livre ouvert. Ce que l’on ne pouvait pas vraiment dire d’elle.
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MessageSujet: Re: Family is only what’s matter [Kenneth]    Dim 2 Nov - 23:25

L'étonnement. C'est ça que je pouvais lire sur les traits de la jeune femme, à l'entente de mon nom. Il ne me fallait quand même pas sortir une carte d'identité pour acheter un bouquin, tout de même ? S'attendait-elle à quelqu'un d'autre ? Ou l'avais-je peut-être déjà rencontrée ? Je détaillais rapidement son visage, cherchant dans ma mémoire si je l'avais peut-être déjà vue ou croisée. Mais non, rien ne me disait réellement quelque chose. Peut-être un vague sentiment de familiarité, quelque chose dans ses traits qui me rappelait obscurément quelqu'un mais j'avais rencontré tant de gens au cours de ma vie que me remémorer une personne en particulier s'avérait fastidieux. Il était entièrement possible qu'elle me rappelle simplement la caissière de la veille au supermarché.

Et puis, elle n'avait paru surprise qu'en apprenant mon identité. Je ne pensais pas mon nom forcément très connu mais j'avais participé – bien malgré moi – à ces maudits jeux, après tout. Il était entièrement possible qu'elle ait vu mon visage et m'ait reconnu en entendant mon patronyme. Dieu savait que ces saloperies avaient été diffusés sur toutes les chaînes possibles et inimaginables.

Toutefois, la jeune femme retrouva vite sa contenance et m'offrit le sourire typique des vendeurs. Tout à son honneur.

Je n'eus guère à attendre longtemps pour recevoir l'explication de son air étonné.

« Oh, c’est donc vous ? Je m’attendais à voir quelqu’un de plus âgé. Votre livre vous attend. »

Je ne pus de me tendre légèrement à ces mots. C'était...une drôle de remarque. Et manquant cruellement de tact, par la même occasion.

Oh, elle n'avait pas tort, bien sûr, j'étais plus âgé que je ne le paraissais mais je n'allais pas le révéler à voix haute. Cette femme était peut-être elle aussi une métamorphe mais ça ne voulait pas dire pour autant que je lui faisais confiance – loin de moi l'idée d'une "entraide entre congénères" ; les humains s'entre-tuaient déjà très bien entre eux et démontraient parfaitement qu'un tel sentiment de solidarité entre créatures était encore moins faisable. Je n'avais pas besoin d'un rat qui allait courir directement chez son maître à mon sujet – qu'importait bien qui était ce maître.

J'avais les sorciers en horreur.

Malgré tout, j'affichais un sourire poli, signe que je n'avais pas mal pris la remarque. Après tout, comparé à des sorciers ou métamorphes centenaires voire millénaires, je faisais figure de jeunot.

J'attendis patiemment son retour de l'arrière-boutique, me demandant si je n'aurais pas dû commander plusieurs bouquins. Vu le malheureux état de ma bibliothèque et mon propre rythme de lecture, La Traversée des Apparences ne ferait pas long feu. Si le service fourni s'avérait satisfaisant, je pourrais songer à acheter d'autres œuvres ici. Tant que je ne me ruinais pas pour l'amour des romans. Je laissais mon regard promener sur les rayons, observer les articles proposés – de beaux meubles et décorations mais je ne voyais pas de livres de prime abord. Peut-être étaient-ils exposés plus loin.

Quand la jeune femme revint et me tendit le livre commandé, je la remerciais avant d'inspecter l'ouvrage. Mon regard nota avec appréciation le parfait état de conservation ; tournant le livre entre mes mains, je pouvais relever un travail de restauration admirable. Par pure habitude, je feuilletais le volume avec soin, tâchant de ne pas l'abîmer, et vérifiais l'authenticité de l'édition.

« Tout me semble en ordre, merci. » fis-je, un peu distraitement, ayant du mal à me détacher totalement du trésor que je tenais entre mes mains.

La voix de la jeune femme me tira cependant de mes réflexions, assez brutalement à vrai dire. C'était à mon tour d'être surpris. Avant que la méfiance ne se niche directement dans mon cœur.

Exactement le même nom et prénom que son grand-père ? C'était plus qu'étrange, pour ne pas dire douteux. Mon nom de famille provenait de lointaines origines dont même mon père avait été incertain et mon prénom dénotait des racines écossaises de ma mère. Mes oncles étaient morts avant ma naissance – les ravages de la guerre – et je n'avais pas eu de cousins. Les chances qu'un autre Kenneth Zaran d'à peu près mon âge puisse exister étaient très faibles. S'agissait-il d'une mauvaise blague ou de quelque chose de moins innocent ?

Je reposais délicatement l'ouvrage sur le comptoir. Observais plus attentivement la jeune femme, espérant peut-être raviver un souvenir récalcitrant. Mais non, elle ne me disait rien. Non, elle ne me disait rien. Mon sourire, cette fois, était plus froid. Je n'aimais pas cette histoire.

« Ah ? C'est une drôle de coïncidence. Je pensais que mon nom était assez rare, surtout par ici. » Penchant légèrement la tête sur le côté, l'air songeur, je fis remarquer une faille dans sa logique : « Ne devriez-vous pas reconnaître votre grand-père, pourtant ? C'est bien vous que j'ai eu au téléphone, n'est-ce pas ? Je ne pense pas avoir la voix d'un quadragénaire. »



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MessageSujet: Re: Family is only what’s matter [Kenneth]    Mar 4 Nov - 17:29


Les coïncidences sont parfois étranges. Et pourtant, elles sont plus fréquentes que ce que l’on veut bien croire. Qu’il ait le même nom que son grand-père l’intrigua, mais après tout, tout pouvait être possible, un sosie de sa propre personne devait bien se trouver dans ce monde également, pourquoi pas après tout ? La jeune femme n’imaginait donc pas tomber sur un homme d’une quarantaine d’années, mais sur une personne plus âgée, n’imaginant même pas qu’il exista des métamorphes ayant plus d’une centaine d’années. Les frontières du surnaturel demeuraient encore pour la jeune femme, inconnues, et, encore ignorantes de pas mal de choses, ne concevaient même pas que son aïeul ait l’air plus jeune physiquement que son âge réel ne le lui permettait ! Cette hypothèse n’avait pas lieu d’être dans son esprit, refusant de s’y glisser car considérée pour elle comme impossible. Il ne pouvait y avoir des centenaires encore en vie, Darkness Falls, ce genre d’informations n’avait même pas glissé jusqu’à ses oreilles. Elle se savait juste pris au piège par sa sorcière qui ne devait mourir au risque qu’elle en meure également. Suffisamment à accepter et digérer, à son goût. Moins elle en saurait, mieux elle se porterait. Se trouver au centre des intrigues, ou ce genre de choses ne l’intéressait nullement. Qu’on la laisse vivre sa vie de son côté et tout irait bien dans le meilleur des mondes. Liberté et indépendance.

Aeryn observait son client avec intérêt. De la curiosité se lut sur son visage, sans pour autant détecter la moindre note d’évidence sur ses traits. Il pouvait aussi bien être le fils de ce Kenneth, nommé comme son père, chose plutôt courante aux Etats- Unis. Son grand-père avait-il au moins appris l’existence d’un autre fils dans sa vie ? Rien n’était moins sûr, une femme savait dissimuler les pires secrets possibles et imaginables à son compagnon. La jeune grecque en connaissait un rayon sur le sujet d’ailleurs. Tromper, mentir pour sauver les apparences et parfois, sa propre vie, nul doute que certaines familles regorgeaient de secrets qu’il était préférable de ne jamais ressortir aux yeux de tous. Rien, pourtant. La piste se refroidit aussi rapidement qu’elle reprit de la vivacité. De l’histoire ancienne maintenant. Une coïncidence, un hasard, comme toutes ces choses qui traversent la vie, passent et repartent. L’article sembla lui convenir, enchantant l’antiquaire. Client satisfait équivalait à client fidèle, qui reviendrait certainement par sa boutique en cas de recherche similaire. Aeryn n’hésita pas donc pas à lui apporter de plus amples informations, si les livres l’intéressaient, sa petite collection pourrait grandement lui plaire également. Sait-on jamais. Il fallait bien vivre. Pour sa passion, la jeune femme serait prête à tout.

« Parfait dans ce cas. Si d’autres ouvrages vous intéressent, il y a la petite bibliothèque dans le coin et j’ai toute une collection dans l’arrière-boutique. »

Son nom n’était pas si rare que cela, elle aussi avait eu l’ombre d’un doute, et il semblait que deux personnes bien différentes se nommaient Kenneth Zaran. L’autre était certainement mort et vivait en Europe, ce serait tout de même gros de le retrouver aux Etats-Unis ! Elle avait rêvé, l’espace d’un instant, pendant à son enfance et toutes ces petites choses l’ayant bercée. Une période d’insouciance bien lointaine maintenant. La dure réalité la frappait dorénavant, sans pour autant la détruire. Aeryn ne le laissait pas écraser par le poids de la dureté du monde, jamais. Ou plutôt, faisait comme si elle n’en était jamais affecté, alors que… c’était évidemment loin d’être le cas.

« Je le pensais aussi, jusqu’à vous rencontrer »

Ce serait mentir que de dire qu’elle n’était pas un peu déçue de ne pas être tombée sur son grand-père. Juste par curiosité de voir à quoi il ressemblait, elle aurait aimé le voir et lui parler. Aller jusqu’à créer des liens familiaux n’était pas ce qu’elle voulait, mais au moins par mémoire pour son père, avoir la chance de pouvoir parler à sa famille. En connaître davantage sur ses origines, son passé, l’aiderait davantage à se forger une certaine identité, à comprendre d’où elle venait, d’une certaine manière, comme tous ces objets dans la boutique. Après tout, cela pouvait expliquer cette passion peu commune pour les antiquités : leur histoire demeurait le plus riche des cadeaux. En soit, l’objet n’avait pas de grande importance, hormis une valeur sentimentale pour son propriétaire, mais sa provenance, son origine, son acheminement jusqu’ici, c’était selon Aeryn la plus belle des richesses. Un sourire s’esquissa sur ses traits. Tout aurait été plus simple si elle avait vu son grand-père de chair et d’os, or, il n’en était rien. Pas même une photo, rien.

« Je ne l’ai jamais rencontré. Mon père a passé la majorité de sa vie à rechercher ses origines, et quand il trouva, plus moyen de contacter qui que ce soit. Il a pensé que ses parents étaient morts, et est passé à autre chose. Votre nom m’a intriguée et m’a remémoré quelques souvenirs, cette histoire est définitivement enterrée j’imagine. Je ne vais pas vous retenir plus longtemps, vous devez avoir autre chose à faire qu’écouter des histoires de famille. »
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MessageSujet: Re: Family is only what’s matter [Kenneth]    Ven 12 Déc - 22:16

« Parfait dans ce cas. Si d’autres ouvrages vous intéressent, il y a la petite bibliothèque dans le coin et j’ai toute une collection dans l’arrière-boutique. »

J'acquiesçais légèrement en entendant que d'autres ouvrages étaient présentés ailleurs dans le commerce et dans l'arrière-boutique. Je remballais soigneusement le livre acheté, prenant soin de n'écorner aucune page ; avec le temps humide de La Nouvelle-Orléans, mieux valait prendre ses précautions. Je tenais à garder cette première édition en parfait état le plus longtemps possible.

« Merci, c'est gentil. Je ne manquerais pas d'y jeter un coup d'oeil. »

Qui savait, peut-être pourrais-je repartir avec davantage d'ouvrages. Si tous les livres conservés étaient de la même qualité que celui-ci, cette boutique ne tarderait pas à être ma référence pour les ouvrages anciens.

Me retrouver ici, entouré de vieux objets qui auraient tout à fait eu leur place dans le salon familial – mes parents avaient toujours eu un goût pour les oeuvres d'art, les pièces uniques – je me sentais vaguement...nostalgique. L'odeur n'était pas la même et l'agencement, certainement pas non plus, mais de menus détails me rappelaient mon enfance, me rappelaient la maison où j'avais grandi. Cette grande bâtisse en bord de forêt, quelque peu isolée, comme protégée par les arbres qui l'entouraient.

Enfant, j'avais facilement pu me perdre entre les bois, les champs, les salons et les couloirs oubliés. Mais surtout, j'avais pu me perdre entre les rayons de la bibliothèque familiale, y passer des heures sans m'en rendre compte. Notre bibliothèque n'avait sérieusement rien eu à envier à celle de la grande ville la plus proche – ma famille avait été riche, cultivée et s'était assurée de nous transmettre le goût des connaissances à ma sœur et moi – et de toute ma vie, je n'aurais peut-être jamais pu terminer toutes les œuvres qui reposaient là, bien que j'en avais vaillamment tenté l'effort. Et si j'avais porté davantage d'intérêt aux romans et biographies qu'aux ouvrages de science et traités de philosophie, plus arides, ce n'était, ma foi, pas une grande tare.

Tout à mes souvenirs, je fus brutalement ramené à la réalité en me rappelant que j'avais presque oublié un détail crucial, si ce n'était terriblement matériel :

« Combien vous dois-je, encore, s'il vous plaît ? »

Je sortais mon portefeuille quand une phrase pour le moins...étrange retint mon attention.

« Je le pensais aussi, jusqu’à vous rencontrer »

La suite des mots de la jeune femme ne fit qu'entretenir ma suspicion. Il ne me semblait percevoir aucune malice émanant d'elle et la rencontre s'était faite, après tout, totalement par hasard.
Le doute s'empara de moi, malgré tout. Il n'y avait presque aucune chance que je sois lié de près ou de loin à cette jeune femme, raisonnais-je. Je n'avais jamais été un coureur de jupons et si je ne m'étais jamais interdit une relation, j'avais toujours été honnête ; rester sur place et fonder une famille ne faisait pas partie de mes projets, la sécurité de ma soeur passait avant tout. Pourtant, les années passant, l'âge adulte venant, fuir ne semblait plus si horriblement nécessaire. La peur qui nous avait poussé à courir les chemins ne nous tenaillait plus le ventre. Nous étions loin, plus personne n'aurait pu nous rattraper, n'est-ce pas ? Notre famille avait dû abandonner les recherches, nous pensant morts. C'était douloureux, mais préférable. Le risque de voir ma jumelle mariée de force à ce monstre à visage d'homme m'avait poussé à m'éloigner, m'éloigner toujours de notre petite ville natale. Jusqu'à ce que je prenne goût à la liberté et ne veuille plus revenir autant par honte et colère que par envie de voir le monde davantage.

Cependant, je n'avais que rarement donné mon véritable nom, n'osant jamais révéler un détail qui pourrait nous trahir et mettre notre famille sur nos trousses. Les personnes à qui j'avais accordé suffisamment de confiance pour leur donner ma véritable identité, lors de ce voyage de vingt années, n'étaient guère nombreuses. Et, certainement, si d'aventure j'avais un enfant, j'en aurais été informé. Non ?

Mon esprit logique s'entêtait à disséquer cette histoire, protester que c'était presque impossible, que cette idée était ridicule. La coïncidence n'aurait-elle pas été trop grande, digne des pires romans bon marché et films à deux sous ? Malgré tout, une autre part de moi soulignait que mon nom était rare et que je n'étais jamais resté très longtemps en un seul lieu. Qu'une fouille plus attentive aurait pu avoir raison de mes excuses faciles. L'histoire de cette jeune femme...m'intriguait. Et me glaçait. Si la métamorphe avait effectivement l'âge qu'elle paraissait...il était entièrement possible...

Aurais-je pu avoir une famille sans jamais rien en savoir ?

« Non, non, vous ne me dérangez pas. Tout le monde a des histoires de famille compliquées après tout. » J'esquissais un vague sourire, me voulant rassurant. Comment pouvais-je démêler la vérité ? Je ne pouvais décemment pas lui demander des détails sur sa famille sans paraître suspect. « Je suis désolé pour votre père. J'espère sincèrement que vous trouverez vos origines un jour. » Je haussais les épaules et ajoutais, à moitié sérieux, à moitié sur le ton de la plaisanterie. « Peut-être y a-t-il un autre Kenneth Zaran dans ma famille sans que je le sache. Ça fait un moment que je n'ai pas mis les pieds en Europe. »
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MessageSujet: Re: Family is only what’s matter [Kenneth]    Jeu 18 Déc - 22:57

Parler généalogie lui fit presqu’omettre le paiement. L’honnêteté de son client lui plut : un qui venait de s’attirer ses faveurs et dont il pourrait voir l’esquisse de quelques sourires sincères sur ses traits à l’avenir, pour remplacer les habituels qu’elle faisait en tant que vendeuse. Si elle pouvait s’en passer, Aeryn ne sourirait, tout simplement parce qu’elle ne voyait pas l’intérêt de le faire. C’était dans son caractère, mais la sympathie devait se montrer spontanément sur ses traits pour la satisfaction du client. Jouant parfaitement le jeu, Aeryn faisait en sorte de faire revenir ses visiteurs par du moins son joli sourire qui allait de pair avec son physique avantageux. Les hommes ne juraient souvent que par cela, comme toujours. Enfin, pas tous, heureusement.
Son client l’intriguait, l’antiquaire ayant bien senti qu’elle n’avait pas affaire à un amateur. Il semblait s’y connaître davantage, qu’il en était même passionné. Cette minutie qu’il avait de protéger le livre comme une perle rare l’avait aiguillée sur cette opinion. Pour un simple inconnu, il laissait une multitude d’indices sur son identité. Le nom ne l’intéressait pas, mais ce qu’il était, qualités comme défauts. Et puis, ce visage lui semblait tout aussi intriguant qu’elle, en fin de compte. Certains éléments lui manquaient pour se faire à l’évidence et pourtant, Aeryn ne croyait certainement pas au hasard. Pour avoir ce même prénom et nom, aussi curieux soit-il, peut-être que le nom avait été transmis une génération après. Après tout, l’effet de mode semblait courant aux Etats-Unis, ce n’était guère la première fois que l’on nommait le fils d’après le père. A cela, elle ne voyait pas d’autres explications, le reste relevant du domaine surnaturel. Il y en avait pourtant de trop dans sa vie, une explication concrète et réaliste lui conviendrait parfaitement. Que les choses soient, pour une fois dans sa vie, normales, logiques et rationnelles.

Une vilaine intuition lui faisait cependant croire que ce ne serait pas le cas. A commencer par cet accent à peine perceptible démontrant bien qu’il n’y avait pas uniquement de sang américain dans les veines de son client, voire pas du tout. Et puis ce vague air qui lui rappelait son père. Commençat déjà à se faire des idées infondées, la jeune grecque se posait bien des questions autour de cet homme. Finalement, Aeryn laissa tomber l’idée fraîchement mise dans son esprit. Après tout, ce n’était pas possible, elle avait beau retourner le problème dans tous les sens, cela ne lui convenait pas du tout. Ce n’était définitivement pas logique.

Ce ne sont que des possibilités après tout. Rien de concret.  

Rien de concret, encore une fois. Rien qui n’avait pu expliquer que jamais son père n’avait retrouvé la moindre trace de sa famille. Pas de tombe, une piste évaporée, comme s’il n’avait jamais existé, comme s’il n’avait été vivant. Kenneth Zaran n’avait jamais été trouvé, tout comme la présumée compagne, grand-mère d’Aeryn. Rien pour expliquer, actes de naissance existants, mais c’était tout. Lieux de domicile, changement d’adresse, jamais la moindre piste pour retrouver les deux disparus. Etait-ce encore une histoire inventée de toute pièce, avec des personnages fictifs ? Finalement, Aeryn avait pu lire dans les yeux de son paternel qu’il laissait ses origines s’enfuir, partir, refermant la boîte à secrets, cessant de chercher vainement. Il ne trouverait jamais, c’était sa malédiction.

Les propos de Kenneth lui redonnèrent pourtant la puce à l’oreille. Europe… Et si ? Tout pouvait être possible non ? La minute précédente, Aeryn venait tout juste d’abandonner l’idée… pour ensuite la reprendre d’une main de maître, posant cartes sur table. Il n’y avait rien de concret, pas de preuves, aucune trace, simplement des suppositions. Juste s’appuyer sur quelques idées, sans plus. Pour la mémoire de son père, elle tenterait une dernière fois,  après tout le surnaturel et elle, cela faisait deux… C’était trop gros pour qu’elle pense à une simple coïncidence, et un hasard.

« Europe ? A tout hasard, et après je cesse de vous importuner avec mes histoires de généalogie, êtes-vous français ? Je veux bien croire en l’existence d’un second Kenneth Zaran, mais si vous avez les mêmes origines que mon grand-père, je vais avoir du mal à croire à la coïncidence, même si cela me parait complètement improbable à mes yeux. »

Que se passerait-il si son client lui répondait par l’affirmative ?  A vrai dire, elle n’en savait rien du tout… loin de là l’idée de sauter de joie à l’idée d’avoir un grand-père, la famille et elle, c’était une histoire bien… compliquée. Boîte de Pandore renfermant tous maux et malheurs, la jeune femme ne semblait pas prête à l’ouvrir et en sortir toutes les horreurs qui avaient formées son passé, loin de là.  
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MessageSujet: Re: Family is only what’s matter [Kenneth]    Jeu 25 Déc - 22:05

Cela faisait longtemps que je n'avais pas été aussi nerveux. Stressé par le boulot, bien sûr, énervé contre quelque chose qui ne tournait pas comme je le souhaitais, évidemment, mais aussi anxieux ? Je ne pouvais même pas me rappeler de la dernière fois que je m'étais senti ainsi. Les jeux avaient été horribles, avec leur cruauté, leur violence gratuite et l'incertitude de savoir si je serais encore en vie le lendemain, mais c'était un autre sentiment, une fièvre qui vous poussait à aller toujours plus loin, vous dépasser, vous adapter, pour pouvoir continuer de respirer, continuer de mettre un pied devant l'autre. C'était une conviction inébranlable, un mantra inattaquable : reste en vie un jour de plus et tu pourras peut-être t'en sortir. Reste en vie encore un jour de plus. C'était ne pas penser au lendemain et affronter chaque jour une nouvelle horreur, une nouvelle facette de moi que je n'aurais jamais voulu découvrir. Continuer d'avancer, avec cette peur contrôlée, ces sens en alerte. Être réduit à l'instinct le plus basique ; traquer ou être traqué, être chasseur ou victime. Si les jeux avaient détruit une part de moi, ils avaient également éveillé une conscience dont je n'aurais jamais voulu, avant ma métamorphose. La mort de ma soeur avait noirci mon âme, m'avait poussé à la folie et au meurtre et je n'avais jamais regretté ma décision de tuer la première meurtrière de ma jumelle. J'avais déjà changé, avant d'être enfermé dans la peau d'un animal, mais je ne l'avais réalisé réellement qu'une fois jeté dans cette arène, âme infortunée destinée à amuser des spectateurs insouciants et inconscients. Me transformant lentement en monstre pour ne pas finir en charpie, enfouissant mon humanité pour rester en vie. Mais même alors, il y avait toujours eu une certaine peur en moi, l'instinct purement animal qui pousse à rester en vie, en vie, en vie.

Pourtant, alors que je me tenais là, dans cette boutique déserte de clients à mon exception, face à une possibilité que je n'avais jamais envisagé, une idée que je n'avais jamais réellement considérée, j'étais presque davantage anxieux que lorsque je me luttais pour ma survie lors des jeux. Alors, cette peur me poussait en avant, me permettait de me dépasser, ne laissait plus aucun doute ou interrogation en moi. La frénésie avec laquelle mon esprit avait cherché excuses et explications s'était tue devant les nouvelles questions de la jeune femme, me laissant glacé, figé. Je ne pouvais pas réellement croire aux coïncidences ou protester contre la possibilité, pas quand tous les signes pointaient vers l'explication la plus logique et la plus terrifiante. Mon interlocutrice pouvait-elle deviner mon trouble ?

Je hochais la tête lentement, les muscles raides, à présent. Toute trace de chaleur semblait s'être évaporé de ma voix et je ne parvenais même plus à offrir un sourire poli à la jeune antiquaire. Mon ton était lent, précautionneux ; comme si prendre le temps pour prononcer les mots retarderait la révélation fatidique.

Je retombais dans mes travers, laissait l'impassibilité devenir mon masque, mon armure. Pour ne pas être déçu ? Pour ne pas avoir mal ? Je ne savais même pas ce que je pouvais bien attendre de cette jeune femme – ou plutôt, si, mais je craignais trop d'encore en souffrir.

Je m'étais résolu depuis tellement longtemps à ne plus avoir de famille.

« En effet, je suis français. Mais cela fait très longtemps que je n'ai pas mis les pieds en France. »

Trente ans depuis que j'y avais été, humain. Sûrement étais-je resté encore un moment dans mes terres natales sous ma forme animale avant de doucement migrer pour les États-Unis, où je m'étais retrouvé à l'ouverture des portes de Darkness Falls. Je ne m'en rappelais pas réellement. Les souvenirs que j'avais en tant que rapace étaient flous, fugaces, davantage parsemés de sensations (le vent chaud dans mes ailes, la force des bourrasques lors d'une tempête, l'odeur des pins sous la neige épaisse de décembre) que d'événements ou impressions glanées au fil du temps. J'avais pu traverser l'océan n'importe quand.

Je fixais cette jeune femme, essayais de trouver quelque chose qui puisse me rappeler un souvenir, quelqu'un, m'informer, confirmer mes soupçons. Mais je ne voyais rien.

Je pinçais mes lèvres, hésitais un instant avant de demander :

« Quand êtes-vous...non, quand votre père est-il né ? »

Peut-être considérerait-elle cela comme une invasion de sa vie privée. Mais cette réponse, si insignifiante d'apparence, pouvait avoir une réelle importance, valider ou annihiler cette croyance à laquelle je m'accrochais malgré moi. Si les dates concordaient...je pouvais bien me retrouver en face de ma petite-fille, sans le savoir.

Pouvais-je me risquer à dire la vérité ? Elle était métamorphe, elle aussi. Peut-être ses capacités n'étaient-elles pas assez développées pour me reconnaître comme faisant partie de la même "race" mais sûrement devait-elle comprendre qu'âge physique et âge réel ne coïncidaient pas toujours.

« J'ai en réalité soixante-dix ans. J'ai passé ces trente dernières années sous forme animale. Cela fait seulement deux ans que je suis à nouveau humain. »
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MessageSujet: Re: Family is only what’s matter [Kenneth]    Sam 27 Déc - 22:08

L’existence du surnaturel ne lui avait parue évidente que récemment. Pauvre petite humaine en cavale, en recherche d’un peu d’argent pour subsister à ses besoins, pillant, volant les riches pour pouvoir ses besoins et ceux de sa petite sœur, Aeryn avait passé son temps à fuir, courir et s’enfuir durant un temps qu’elle avait cessé de compter. Si aujourd’hui cette période lui semblait lointaine, elle l’avait récemment rattrapée avec la rapidité d’un guépard, lui faisant clairement comprendre que le passé ne s’éteignait pas ni ne se jetait dans une poubelle. Il revenait toujours, au grand galop. Il expliquait le présent, et construisait le futur. Jamais, il ne pouvait être tu, car il demeurait, pour toujours présent. Les éléments lui manquaient, la logique ne lui permettant pas d’expliquer pourquoi cet homme portait le nom d’un membre de sa famille. L’avait-il volé dans une banque de données pour usurper une identité ? C’est ce qu’elle avait fait pour adopter une identité plausible, piochant un prénom par-ci, un nom par-là. Construire du faux à partir du vrai, tout un talent pour un escroc en herbe. Quand la routine finissait par s’installer, Aeryn ne se posait même plus la question d’ailleurs. Mentir faisait partie d’elle, pourquoi pas partie de lui aussi ? Avant de l’accuser à tort d’une supposition sans fondements, la jeune femme tâcherait d’en savoir davantage, et de comprendre, ne comprenait pas de cette odeur humée depuis quelques temps par ses narines pourrait la mettre sur une piste évidente.

Français, tiens donc. Les évidences se croisaient, à moins qu’il n’ait répondu à sa question que dans le but de lui apporter une certaine satisfaction personnelle ? Les menteurs agissaient ainsi d’ailleurs. Il n’y avait pas que cela qui encourageait l’antiquaire à émettre des hypothèses toutes aussi infondées les unes que les autres ; la peur de la déception demeurait une grande motivation à ne pas croire sur paroles tous les propos. Plus les éléments s’empilaient et plus les questions affluaient. La jeune femme ne comprenait pas, malgré ses efforts pour donner du sens aux nouvelles réponses. Il était trop jeune comment cela pouvait-il être possible ? Son visage ne mentit d’ailleurs pas, marquant son étonnement et incompréhension sur ses traits.

« En 1960 »

Fils adoptif, abandonné par sa famille à la naissance, sans la moindre possibilité de les retrouver ni même de connaître ses origines, vivant dans l’angoisse de ne pas savoir qui il était depuis des années. Grandissant, la soif de connaître sa famille biologique s’était montrée d’autant plus pressante. Savoir, comprendre. Avoir en tête l’image d’un bébé numéroté donné à la première famille le voulant l’avait hanté toute sa vie. Et ce prénom qui le lui avait donné ? L’infirmière cherchant à rendre les prénoms des nouveau-nés originaux ? Sa mère, son père ? Il n’avait jamais su, Aeryn pouvait pourtant tiré un trait sur le père, certaine qu’il découvrait tout juste l’existence d’un enfant, si évidemment il s’avérait être un membre de sa famille.

La réalité la choqua d’ailleurs. Les propos lui firent l’effet d’un mur auquel elle se cogna fortement. Soixante-dix ans ? Sous forme animale ? Et pourquoi lui annonçait-il cela à elle ? L’avait-il démasquée sur sa nature ? Aeryn ignorait les informations qu’il pouvait avoir la concernant, n’étant qu’une antiquaire comme une autre. Métamorphe. Lui mentionner ce qu’il était n’avait rien anodin, à moins qu’il ne soit le genre d’hommes à l’annoncer à tous ceux qui l’écouteraient. Prudente, la jeune femme ne chercha pas davantage à se dévoiler, certainement pas le genre de femmes à chanter à tue-tête ce qu’elle était réellement. A mesure que les questions s’encombraient dans son crâne, elle décida de les sélectionner les unes après les autres, par ordre de priorité.

« Je vous prie de bien vouloir m’excuser pour la question gênante mais… comment est-ce possible ? »

Cette apparence animale pendant trente ans, ce visage n’ayant pas vieilli… comment ? Poursuivant, elle ajouta une information susceptible de l’intéresser. Difficile pourtant d’accepter que l’homme face à elle se trouvait être son grand-père, pour une multitude de raisons. A commencer à la logique, à continuer par cette peur irrationnelle que tous les membres de sa famille semblaient tous maudits, finissant généralement tués par balle.

« Soixante-dix ans, c’est l’âge que mon grand-père aurait cette année. »

Si elle voulait cesser cette conversation par peur de voir la vérité éclater, elle finissait toujours par se manifester, inévitablement...
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MessageSujet: Re: Family is only what’s matter [Kenneth]    Jeu 15 Jan - 22:51

« 1960 ? »

Je répétais la date, simple année, la voix blanche. En 1960, j'étais toujours en France. Je vivais toujours chez moi, tranquille, insouciant. La révélation qui accompagnait cette date fatidique me remplissait d'effroi. À seize ans, je n'avais connu qu'une seule femme ou une jeune fille, plutôt. Un amour adolescent, qui avait continué de me hanter pendant des années encore, jusqu'à mon retour en France. Non, je n'avais jamais oublié Athénaïs, mais si auparavant j'avais pu l'aimer, penser à elle aujourd'hui ne faisait qu'emplir mon coeur de rage, de haine et d'amertume. C'était elle qui avait fait de moi ce que j'étais aujourd'hui, elle qui m'avait fait commettre mon premier meurtre, elle qui m'avait volé mon humanité, détruit ma vie.

Et cette jeune femme devant moi sous-entendait qu'elle était...qu'elle était...non. Je ne pouvais même pas y penser. La possibilité était trop horrible, trop cruelle. Et pourtant, et pourtant...

« Pays de la Loire ? Saligny ? A...Athénaïs Chastain ? »

Les mots tombaient de ma bouche, sans ordre logique, sans formulation adéquate. Ma voix craqua sur le prénom, l'ayant maudit et m'étant efforcé à l'oublier depuis des années. J'étais trop perdu, trop déboussolé pour formuler des phrases correctes. J'espérais qu'elle comprendrait.

J'étais glacé.

La lueur de reconnaissance et de familiarité que je pouvais voir dans les yeux de la jeune femme suffit à me faire comprendre que oui, c'était bien ce que je croyais. Que, oui, le destin avait été assez cruel pour me faire cette blague au goût âcre. J'avais face à moi ma petite-fille, dont j'avais ignoré l'existence toute ma vie. Une famille, issue de celle que j'avais haï et tuée pour m'avoir arraché ma jumelle.

Mes doigts se refermèrent d'eux-mêmes sur le comptoir, phalanges recourbées, ongles tentant vainement de pénétrer le bois. Un pur réflexe hérité de ma forme animale. Mais je n'avais pas de serres sur lesquelles m'appuyer pour retrouver mon équilibre, pas d'ailes pour m'envoler loin de cette vérité horrifiante qui se dessinait devant mes yeux effarés. J'étais réduit à cette forme humaine, forcé à affronter un passé dont je ne voulais pas.

Simultanément, mon esprit semblait tourner à toute vitesse et être totalement paralysé. Incapable de surmonter le choc et songeant pourtant à toutes les implications, toutes les conséquences.

Était-ce réellement possible ? Avais-je commis cette erreur sans le vouloir ? Avais-je abandonné Athénaïs à un sort bien pire que ce que j'avais pensé de prime abord ? Une promesse d'adolescent qui ne valait rien pâlissait face à un enfant au père absent.

Qui était le monstre entre nous deux quand je l'avais laissée seule sans un mot alors que je lui avais promis de rester à ses côtés ? Qui était le monstre, quand je l'avais quittée sans réfléchir pour tirer ma soeur d'un mauvais pas, quand j'avais fui la France et mes responsabilités pendant près de vingt ans ?

Ses jeux et ses manipulations m'apparaissaient sous un nouveau jour, à présent. Une lumière d'autant plus crue et atroce que ce qui aurait dû être un événement réjouissant avait fini par nous pousser à nous haïr l'un l'autre. Avait-elle tué ma soeur, s'était-elle joué de moi, m'avait-elle maudit pour se venger ? Pour me rendre le mal que j'avais pu lui faire, bien malgré moi ?

« Je...je ne savais pas...elle ne m'a jamais rien dit. » murmurais-je, plus à moi-même qu'à la jeune antiquaire. (Et comment aurait-elle pu ? Tu as fui, trop tôt, tu es parti comme un lâche. Tu l'as laissée seule.) Une part de moi, faible, distante, songeait que j'aurais dû apprendre son nom, au moins pour pouvoir associer un nom à cette nouvelle vérité. Mais je n'étais pas capable de songer à cela pour l'instant.

Partagé entre la haine, l'incompréhension, le regret, la colère, je perdais pied.

Et cet enfant, ce fils...ignorait ses origines ? Pensait ses parents morts ? L'avait-elle donc abandonné, elle aussi ? L'avait-elle haï, parce qu'il était de moi ? Qu'avait-il pu penser, qu'était-il devenu, comment était-il...

J'étais malade.

Ce fut la voix de la jeune femme qui me sortit de ma torpeur.

« Je vous prie de bien vouloir m’excuser pour la question gênante mais… comment est-ce possible ? »

Je relevais la tête pour voir l'étonnement et l'incompréhension dans ses traits dans lesquels je ne me reconnaissais pas (pas encore). La méfiance, peut-être aussi. Me pensait-elle menteur, fabulateur ? Me pensait-elle capable de la tourmenter avec un passé secret dont j'ignorais tout avant d'entrer dans cette boutique ? Trop focalisé sur sa race, je n'avais pas songé qu'elle ne savait peut-être pas. Elle était jeune, avait réellement l'âge qu'elle paraissait. Elle ignorait probablement tout de Darkness Falls.

Lointainement, comme un vague écho, je sentis un élan de colère envers quiconque avait changé cette jeune femme en métamorphe. Devions-nous tous nous voir notre humanité dérobée ?

Pendant quelques secondes, j'essayais de formuler des mots, une explication qui pourrait l'aider, lui prouver que je n'étais pas un imposteur. Mais, l'esprit trop confus, trop désorienté, je ne parvenais pas à trouver les mots adéquats, ne parvenais pas à m'accrocher à la logique, à communiquer l'incroyable sottise qu'était devenue ma vie, à cause d'une sorcière. Je restais muet, impuissant, désemparé.

« Je...vous...Je suis désolé, je... » Je secouais la tête, la suppliais silencieusement du regard. (Essayez de comprendre, essayez.) « Je ne peux pas, pas pour l'instant. Je...c'est trop... » Je n'achevais pas ma phrase, passant une main nerveuse sur mon visage. J'espérais qu'elle comprendrait. Je ne voulais pas l'abandonner, pas la laisser là (pas comme Athénaïs, pas encore une fois), mais je n'étais pas capable de faire face à cet instant, pas capable de surmonter le choc. J'avais l'impression que mon monde venait de basculer.

C'est sur des jambes chancelantes que je me dirigeais vers la sortie, incapable pourtant de détacher mon regard de ce visage si peu familier (alors qu'il aurait dû l'être) et qui pourtant était aujourd'hui peut-être la seule famille qui me restait. Milles excuses fleurissaient sur mes lèvres et pourtant, les seuls mots qui m'échappèrent furent une promesse, faible, mais sincère.

« Je reviendrais. »

Sous ma peau, l'autour s'agitait, me pressait à sortir, m'enfuir, déployer mes ailes et m'envoler loin, loin des problèmes humains, loin d'un passé qui faisait mal.

Ce n'est qu'une fois dans la rue, entouré par le brouhaha et la chaleur moite de La Nouvelle-Orléans, que je me rendis compte que j'avais oublié le roman que j'étais venu chercher.
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MessageSujet: Re: Family is only what’s matter [Kenneth]    Mar 20 Jan - 17:32

Réaliser. C’est se prendre une claque, une forte frappe qui vous soulève et vous réveille. Aeryn le voyait, cet homme, inconnu dont elle avait cru voir son grand-père, elle le voyait à travers ses prunelles, se décomposer. Complètement. Plus les informations évoluaient, plus elles prenaient sens, et le puzzle se recoupait. Certaines pièces encore manquantes n’avaient pas d’utilité pour faire comprendre le sens général : son interlocuteur se découvrait une famille, chose qu’il n’aurait jamais réalisé de sa vie. Il semblait … perdu, imaginant ce qu’il n’aurait jamais cru possible dans sa vie. La solution si simple, donnait sens à beaucoup de non-dits, ce que son père aurait certainement cherché à savoir et comprendre. Son grand-père n’avait jamais su, vivant dans le déni, n’imaginant même pas cette possible descendance sous ses yeux.
A sa question, elle acquiesça lentement. Les noms n’avaient jamais pu s’effacer de sa mémoire. Son père en avait rêvé, espéré, imaginé et puis … rien. Le néant, trou béant d’une origine sans la moindre explication. Désillusion quand rien ne se présenta à lui, quand la piste s’effaça. Aeryn ne voulait rien dire, réalisant également, d’une certaine manière que ce trentenaire était son grand-père.

L’impossible ne semble réaliste qu’une fois le scénario sous les yeux. Il ne pouvait pas être aussi jeune après tout ce temps, ce n’était pas réaliste, cela n’avait rien de normal. Le surnaturel restait pourtant une idée, jaillissant de son esprit pour prendre le pas sur la réalité. Ce n’était pas un rêve, ou un songe, Aeryn était éveillée, faisant face à cet homme dont elle apprenait en même temps que lui, la vérité. Aussi cruelle soit-elle, elle ne pouvait se retenir de se dévoiler, progressivement, tâchant la toile d’illusion d’une douloureuse réalité.
Il ne savait pas. Les mots frappèrent, la vérité hissant son drapeau en signe de triomphe. Toutes ses années où il avait espéré rencontrer son père biologique, le maudissant parfois de ne l’avoir jamais cherché et sans comprendre pourquoi. La réponse était simple, le père d’Aeryn avait simplement manqué de temps pour l’apprendre. Il ne saurait jamais que son père ignorait simplement son existence, que jamais il n’avait su.

Il ne pouvait pas. Sous le point de l’annonce, ce fut presqu’un soulagement également pour Aeryn qu’il prenne congé et s’en aille. Face à la gêne, face aux mots qui ne sortaient pas, face à cette crainte de faire un pas… Aeryn ne savait pas sur quel pied danser. D’un hochement, elle acquiesça, le laissant partir, lui qui promettait de revenir. Une autre fois, peut-être, dans un autre endroit dans un autre temps. Muette quand la porte se ferma, elle remarqua rapidement l’oubli, sur le comptoir et courut à sa rencontre.

« Attendez ! »

Courant à sa suite, Aeryn le rattrapa bien rapidement.

« Vous avez oublié votre livre. »

Lui tendant le précieux manuscrit, l’antiquaire ne chercha pas à dire autre chose. Il n’était pas question d’engager de nouveau la conversation. Que dire, de toute manière ? Elle n’avait pas les mots, elle n’avait pas le courage. Il avalait la pilule, elle également. Un peu de temps pourrait les aider, et puis, le temps de quelques semaines n’était qu’une infime parcelle en comparaison avec le poids des années. Il ne semblait pas prêt à passer un pas de plus, tout comme elle avait davantage envie de fuir ce nouveau membre de sa famille plutôt que chercher à trop le connaître. La vie laissait des cicatrices indélébiles sur le corps, traces que même le temps ne pouvait effacer. C’était ainsi.

RP Terminé

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