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 «On est autant de personnes que l'on parle de langues» (Lawrence)

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MessageSujet: «On est autant de personnes que l'on parle de langues» (Lawrence)   Lun 27 Oct - 22:51


Le doigt effleurant une lèvre froncée en une moue interrogatrice. Voilà une image de Svenja que bien peu de ses fréquentations  - passées ou présentes - pouvaient se targuer d’avoir rencontré. Plus que le malaise propre à toute hésitation, un véritable mal-être s’emparait d’elle lorsqu’aucun choix ferme ne s’imposait. A chaque fois que l’hésitation se saisissait d’elle, une image – toujours la même s’imposait à son esprit. C’était une situation tirée d’un roman français dont le nom avait depuis longtemps été balayé de ses souvenirs malgré la persistance avec laquelle cette scène lui revenait. Il s’agissait d’un homme pris entre deux femmes, deux vies, et qui, dans le train le séparant de l’une pour rejoindre l’autre hésite en contemplant la rainure séparant le couloir du train de son wagon. Cette métaphore autour de la prise de décision et du doute avait toujours inspiré en elle une sorte de mépris redoublé de crainte. Quelque chose dans cette situation, ce moment de contemplation où, le pied sur une frontière quasi imperceptible, l’Homme se trouble lui déplaisait sincèrement.

Une multitude de circonstances l’avait engagée - parfois sans son accord - à vivre de manière excessive. Les années accompagnant sa naissance puis sa mort avaient tour à tour été laborieuses, tumultueuses, puis glorieuses ; à l’image même de la profession et du milieu dans lesquels son géniteur la prédestinait à évoluer. Son existence était et serait extrême. Ni son tempérament ni ses propres choix de vie ne reniaient cet état de fait. En vérité, depuis Darkness Falls l’idée même d’état intermédiaire la rendait nerveuse. Même le vertigineux néant réservé aux mortels lui paraissait infiniment plus séduisant que l’ambigüité de ce purgatoire sans fin Au-delà des traumatismes inhérents aux territoires inhospitaliers dans lesquels la magie noire l’avait entraînée, l’idée de se trouver entre deux mondes lui donnait la nausée. Les années de terreur et d’incertitude étaient maintenant révolues, la leçon n’avait servi qu’un temps et les mauvaises habitudes étaient revenues. Même la terreur que lui inspirait le seul souvenir de ses années de captivité au sein de ce monde hostile consacré aux mages noirs n’était pas parvenue à altérer sa passion dévorante pour les sciences occultes. L’incroyable empathie que lui inspirait la souffrance animale finissait inévitablement par excuser ses recours compulsifs à la nécromancie – mais en vérité, ses pêchés s’étendaient plus loin encore. Elle aimait beaucoup trop la magie pour s’en passer longtemps. Ses dons ne lui servaient pas seulement à améliorer son quotidien et faciliter certaines problématiques de travail, ils flattaient aussi et surtout son égo. Grace à eux, Svenja pouvait entretenir un semblant de lien avec le merveilleux et le spectaculaire. Sa profession lui fournissait une audience à éblouir, mais tout ne lui paraissait qu’artifices et tricheries. La magie représentait l’art véritable, Son dernier art. Ses dons limités  pour l’illusion relevaient finalement de la chance car, à l’image du brillant illusionniste qu’avait été son géniteur, l’excès de ses passions aurait fini par la rattraper.

Les aspects sédentaires de sa nouvelle vie excitaient souvent sa perplexité. L’idée de prendre un café dans le même commerce  chaque jour, par exemple, lui avait longtemps parut saugrenue. Pendant des années, la seule routine régnant sur son existence avait été celle propre à ses représentations avec tout ce qu’elle comporte de petits rituels idiots répétés encore et encore devant son miroir. A l’image de beaucoup d’artistes, Svenja attribuait ses échecs et ses réussites à un nombre assez incroyables de petites manies et superstitions. Mais elle c’était rapidement rendu compte que les « gens normaux », ceux composant son audience passée et présente avait –souvent sans le savoir, une attitude similaire. Aux yeux du reste du monde, tout comme les siens à présent, chaque journée était une représentation dont le déroulement dépendait de tout un tas de petits détails. Commencer sa journée avec le bon café en faisait partie. Par contre, le voir imprégner le tissu délicat de sa blouse avant même d’avoir pu en savourer la moindre goutte rentrait dans la catégorie “cette journée s’annonce comme un désastre” de la même façon que briser un miroir voulait dire “ tu vas te faire dévorer la cuisse par un félin de plusieurs tonnes”. La bonne nouvelle résidait aujourd’hui dans le fait qu’un coupable tout désigné lui tombait sous la main en même temps que le breuvage brûlant se déversait sur sa poitrine.

Les dégâts infligés à sa tenue comme à son humeur appelaient un constat approprié ; un florilège d’imprécations toutes plus imagées les unes que les autres s’échappa de ses lèvres.

« M*rde. Menya eto zaebalo » fusèrent en guise de conclusion à cette longue série d’élucubrations vulgaires aux origines tantôt slaves, tantôt germaniques voire françaises, comme si la langue de Shakespeare semblait insuffisante face au crime commis. Il n’y avait pas à dire, rien ne valait les langues du vieux continent pour exprimer sa rancœur. Non contente de noyer l’importun sous cette impressionnante énumération de vulgarité, Svenja le toisa avec toute l’exaspération dont elle était capable avant d’ajouter : « Vous ne pouvez pas faire attention ! »

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MessageSujet: Re: «On est autant de personnes que l'on parle de langues» (Lawrence)   Sam 1 Nov - 21:52

 



(paroles en italique: russe)

Cela faisait une semaine que Lawrence semblait tout à fait passionné par son travail, se rendant utile à tous les services, ne manquant presque plus aucun des rendez-vous, s’investissant corps et âme dans les réparations diverses tant à l’hôpital même, qu’au garage où il passait ses après midi. Et pourtant, ce n’était pas en raison d’un quelconque regain d’intérêt pour la mécanique, non. S’il aimait passer les journées les mains dans la graisse, divers écrous et plus encore d’outils, Lawrence continuait à ne pas s’y sentir dans son élément, comme si ce savoir faire n’était pas le sien, comme s’il n’arrivait pas à savoir d’où provenaient ses connaissances et son instinct, d’où sortaient, finalement, cet intérêt factice pour les réparations. Ce qui n’était pas faux. Un an et demi après, toujours aucun progrès. Presque aucun. Et on retombait, une fois encore, comme si tout ne conduisait qu’à cela, sur la raison qui le poussait ainsi à rester tard le soir ou tôt le matin à son travail, comme s’il avait peur de rentrer chez lui.

Cela faisait une semaine que Lawrence fuyait son appartement, mais cela en faisait le double qu’il n’y habitait plus seul, sans savoir exactement comme ça s’était fait. Au départ, elle n’était supposée rester qu’une nuit. Puis le lendemain, elle était restée, comme si c’était normal que cela se passe comme ça. Et la semaine s’était achevée, mettant le New-Yorkais de plus en plus mal à l’aise, sans qu’il ne parvienne à trouver les mots pour lui faire comprendre qu’elle ne pouvait pas rester davantage, chaque nuit passée dans le même appartement donnant l’impression à Lawrence de trahir une Kathleen qui ne voulait plus de lui, chaque journée passée au travail l’angoissant davantage à l’idée de rentrer chez lui et de céder face à la brune qui l’attendait inévitablement. Lorsque la deuxième semaine s’était étirée devant lui, Lawrence avait donc pris le parti de réduire au maximum le temps passé dans la même pièce que la brune à laquelle il était incapable de lui refuser quoique ce soit – après tout, tout cela n’était il pas de sa faute à lui et non à elle ? – pour prendre soin et de ses nerfs, et de ses remords. Il avait commencé par se présenter plus tôt au travail, prétextant des insomnies, puis avait grappillé des heures dans les soirées, se trouvant toujours des choses à faire, n’hésitant plus à faire la navette entre le garage et l’hôpital plusieurs fois par jour. Et cette nuit, il avait franchi un nouveau cap en se contraignant à la nuit blanche, s’immisçant dans les équipes de nuit comme s’il en faisait parti, se faufilant dans les couloirs de l’hôpital sans s’arrêter pour ignorer ses paupières lourdes et éviter d’avoir à rentrer. Ce que Cordy allait en dire ? Et bien il s’en fichait. Vraiment. Pour la première fois, son exaspération et sa fatigue le poussaient à aller au-delà de sa gentillesse épuisante et il se sentait capable de faire comprendre à la brune qu’elle n’était plus la bienvenue. Une autre raison, peut être, pour le pousser à ne pas la croiser dans les heures à venir, puisqu’il savait pertinemment combien épais seraient les remords s’il en venait à lui dire ses quatre vérités sans prendre le moindre gant.

Un soupir. Le New-Yorkais ôta ses gants, justement, pour se passer une main fatiguée sur le visage, détendre ses traits tirés, décrisper ses muscles et surtout faire une pause. Le soleil était levé depuis un bon moment maintenant et cela faisait plusieurs minutes qu’il songeait sérieusement à aller s’acheter un café dans le premier commerce venu dans l’espoir de tenir au moins jusqu’à la mi-journée. Sans quitter son bleu de travail, le mécanicien sortit de l’hôpital, saluant d’un geste de la main les infirmières à l’accueil, s’ébouriffant les cheveux par réflexe, plissant les yeux devant le soleil timide mais déjà trop brillant pour ses yeux fatigués, trébuchant dans la rue.

Aussitôt, puisqu’on était dans les réflexes, ses doigts glissèrent dans sa nuque et un rire nerveux grimpa à ses lèvres pour mourir presque aussitôt. Qu’il était stupide de fuir ainsi son propre appartement, une femme qu’il ne connaissait, finalement, que depuis peu de temps. Une femme qu’il craignait et désirait dans un même temps, une femme avec laquelle il ne parvenait pas exactement à savoir sur quel pied danser. D’autant plus qu’à ses souvenirs – bien maigres – il n’était qu’un piètre danseur, n’esquissant des petits pas que lorsqu’il se trouvait déséquilibré à quelques mètres de hauteur, chose qu’il n’avait d’ailleurs pas ré-expérimenté depuis la mort de Jack. Perdu dans ses pensées, ses doutes, une colère latente mêlée d’inévitables remords qui risquaient de l’étouffer s’il n’y prenait pas garde, perdu dans ses pensées donc, perdu dans une absence et un black out certain dont il n’avait même pas conscience, Lawrence entra dans Svenja en poussant un cri de surprise, brutalement rappelé à une réalité qu’il ne se rappelait pas avoir quittée.

« M*rde. Menya eto zaebalo. Vous ne pouvez pas faire attention ! » Les mots se heurtèrent sans aucun sens dans les oreilles du Mécanicien, avant de s’ordonner et se revêtir d’une signification qui le laissa perplexe. Ce n’était pas qu’il ne comprenait pas, bien au contraire. C’était juste que les mots avaient une sonorité étrange sans pour autant se départir d’un sens, comme si elle avait parlé dans une langue étrangère et comme si… Lawrence fronça les sourcils, considérant le chemisier trempé, sa fatigue, et cette avalanche de culpabilité qui ôta tout cela pour le laisser… Les yeux froncés, il regarda autour de lui. Il venait juste de sortir de l’hôpital, non ? Alors pourquoi se retrouvait il au milieu d’une rue, au… « Oh p#tain… » Cela faisait longtemps que ça ne lui était pas arrivé. Se détacher totalement du reste, se perdre sans même s’en rendre totalement compte, ne rien se souvenir des dernières… minutes lui confirma sa montre qui venaient de s’écouler. Ses yeux brun se reposèrent sur le chemisier trempé, sa main s’affola dans ses boucles brunes, et les mots s’entrechoquèrent sans sa bouche comme s’ils étaient si précipités qu’ils ne parvenaient pas à sortir l’un après l’autre mais uniquement tous en même temps. « Oh mon dieu… je suis confus, je ne sais vraiment pas ce que… je n’ai… je… » Sa respiration s’accéléra, sa main chercha un support où s’appuyer. « Je… où suis-je exactement, et vous… » Du russe. Voilà. Il venait de comprendre pourquoi ces mots lui semblaient si familiers et pourtant si dissonants. Du russe. Il parlait russe. Comme si c’était sa langue maternelle, comme s’il l’avait toujours parlé, comme si c’était… normal. Il lutta un instant pour revenir à l’anglais, sans avoir conscience que puisqu’elle avait parlé la même langue quelques instants plus tôt, elle ne pouvait que la comprendre. « Vous… vous allez bien ? Je peux faire quelques choses pour vous aider ? »

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MessageSujet: Re: «On est autant de personnes que l'on parle de langues» (Lawrence)   Jeu 20 Nov - 18:05


Un sentiment étrange l’avait saisie à la gorge ce matin. La tête reposant encore sur l’oreiller, les paupières hermétiquement closes, elle l’avait senti éclore dans son cerveau. Etait-ce lié à un rêve que son inconscient s’était chargé de chasser dès le réveil ? Ou bien était-ce une de ces brutales révélations qui vous prennent à la gorge lorsque la force du déni s’estompe sans crier gare ? Toujours est-il que cette impression, se tenait-là en arrière-plan de ses pensées tandis qu’elle s’activait. Une présence tout d’abord ténue, presque invisible, le temps qu’elle avale son petit-déjeuner dans le silence glacial de sa suite. Puis, comme ces animaux que l’on  gonfle d’hormone pour accélérer la croissance, cette pensée avait pris une importance démesurée, presque obscène durant son passage sous le pommeau de douche. Au point qu’enroulant large serviette estampillée RSH autour de sa poitrine, elle se surprit à scruter ses traits dans le reflet embué du miroir de salle de bain, à la recherche de la moindre ride, du moindre sillon pouvant témoigner du temps passé. Mais son visage possédait encore l’arrogante vitalité de la jeunesse. Sa peau diaphane resplendissait littéralement à la lueur artificielle des néons surplombant la glace. Et pourtant le reflet renvoyé aurait du être celui d’une vieille femme, en cet instant. Quel âge aurait-elle à l’instant si sa vie s’était poursuivie au-delà de sa trente-quatrième année ? Plusieurs années s’étaient écoulées depuis la fin de Darkness Falls et pas une seule fois cette question était venue bouleverser son quotidien. Techniquement elle était morte. Cette réalité-là ne s’était jamais refusée à son esprit. Avant  de tomber dans les limbes, avant l’interminable errance à laquelle sa pratique de la magie l’avait condamnée, son cœur avait cessé de battre. L’espace d’une infime seconde Claudia Silke Gärdener avait cessé d’exister. Et pour que sa présence ici garde un sens, cette mort était nécessaire. Claudia n’était plus. Plus tout à fait du moins. Ses souvenirs restaient intactes, son corps identique à celui abandonné une trentaine d’années plus tôt, mais Claudia avait laissé place à Svenja. Se questionner sur un présent qui n’avait pas lieu d’être n’avait aucun sens, mais ce matin une réalité simple s’élevait au-dessus du marasme circonstanciel qu’était son existence. Dans les faits, elle allait sur sa soixante-treizième année.

Le plus grand regret de son père s’était avéré un avantage. Le hasard avait voulu que les tournées de leur cirque les entraînent à l’ouest puis au sud de l’Europe. Les boucles s’étaient succédées, plus ou moins longues et fructueuses, jusqu’au jour où l’Est était devenu une entité étrangère et vaguement menaçante qui refusait leurs allées-venues continuelles. Berlin ressemblait soudainement au cœur d’Andreï, divisés en deux entre les appâts du libéralisme et l’amour de la mère-patrie déjà renié par le passé. Mais être à l’ouest signifiait garder cette liberté si chère aux forains et autres circassiens qui composaient leur entourage, leur famille. Les tournées s’étaient rallongées, les passages par l’Allemagne raccourcis mais un nouveau monde s’était ouvert à eux. Un monde où les cultures et les langues ne s’entrechoquaient pas comme deux blocs hostiles et incompatibles, mais où les différences et les similitudes s’accordaient en un patchwork fascinant faute d’être harmonieux. Parler russe entre eux avait été la seule règle que son père avait persisté à lui imposer. Le deuxième Reich lui avait volé son nom, son identité. L’après-guerre, le droit de se revendiquer comme un exilé. Et pourtant il persistait à s’accrocher à cette langue âpre, presque gutturale qui avait bercé sa propre enfance.

Grand bien lui en fasse, car l’anglais n’est pas une langue dans laquelle la colère sonne bien. Lorsqu’il s’agissait de jurer, de s’exclamer, l’univers entourant la langue de Shakespeare semblait tout à coup restreint, presque étriqué à Svenja. Bien que sa maîtrise de celle-ci se soit peaufinée au fil des années, une certaine frustration la saisissait encore lorsqu’il s’agissait d’énumérer des vulgarités. Et s’il avait bien deux constantes dans sa vie présente, c’était la colère, et la vulgarité qui finissait immanquablement par l’accompagner. En parlant de colère, l’air parfaitement ahuri de l’inconnu dans les minutes suivant la bousculade ne fit qu’accentuer la sienne. Certes, le fait d’hurler en plusieurs langues sur le pauvre homme immédiatement après l’impact n’était pas fait pour aider. Mais la compassion n’était pas exactement la qualité la plus évidente de l’irascible allemande, de toute façon. Outre le fait que se faire interpeller en russe par une inconnue dans la rue pouvait sembler relativement traumatisant, le type ne semblait pas particulièrement dans son assiette en y regardant de plus près. Toute son allure dégageait quelque chose de frénétique et déboussolé, comme s’il ignorait comment il s’était retrouvé dans cette situation. Non pas que Svenja soit une grande observatrice du genre humain. Loin de là. Mais il suffisait de voir les coups d’œil frénétiques qu’il lançait à sa montre et la façon dont sa peau se creusait sous ses yeux pour comprendre que quelque chose clochait. Les baragouinages précipités de l’homme l’interrompirent dans son inspection en lui provoquant un sursaut de surprise. Du russe. Certes, un peu hésitant comme si ses pensées s’entrechoquaient les unes après les autres sans que cela ne prenne de sens une fois exprimées à l’oral. Mais du véritable russe, vocabulaire précis, prononciation correcte. De tous les abrutis qui auraient pu choisir de la tamponner ce matin, elle était tombée sur le seul en mesure de rétorquer dans la langue dans laquelle elle s’apprêtait à l’insulter. Un « espèce de crétin »mourut sur ses lèvres en un bruit de gorge peu élégant mais tout de même parfaitement compréhensible. Certes il était perdu ET poli, mais elle était trempée tout de même. A vrai dire, le fait qu’il soit en mesure de répondre à ses invectives en slave l’aurait encouragée dans d’autres circonstances, mais son extrême politesse additionnée à une nervosité difficilement identifiable la déstabilisa. Elle le regarda s’empêtrer avec ses propres pensées dans un calme tout relatif, profitant de l’accalmie pour  sortir un mouchoir de son sac et tenter vainement de tapoter l’auréole brune s’étirant sur son chemisier avant qu’il ne brise de nouveau le silence. En anglais cette fois-ci. Le sourcil droit de Svenja jaillit en un arc de cercle saisissant l’espace de quelques secondes avant de reprendre une apparence normale.

« Non, ça ira. Je crois que vous en avez assez fait comme ça. » répondit-elle à son tour d’un ton cassant, les yeux toujours fixés sur la tenue comme si elle cherchait à évaluer les dégâts. D’un geste furieux, elle envoya valser le mouchoir imbibé de café ainsi que le gobelet vide dans une poubelle non loin avant de reposer un regard non moins furieux sur l’inconnu. Il était resté là, planté, les yeux dans le vague en agitant vainement une main nerveuse dans sa chevelure brune. Svenja lâcha un soupir avant de jeter un coup d’œil à sa montre. « Finalement, vous pouvez faire quelque chose pour moi. Vous allez me payer un nouveau café. De toute façon vous avez l’air d’en avoir besoin d’un aussi… » Comme il ne réagissait pas assez vite à son goût, elle claqua des doigts plusieurs fois avant de s’exclamer en russe cette fois. « On s’active, je n’ai pas toute la journée non plus ! » Puis sans attendre de réponse ni un regard en arrière elle tourna les talons et partit en direction de la devanture du premier établissement venu.
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MessageSujet: Re: «On est autant de personnes que l'on parle de langues» (Lawrence)   Mar 25 Nov - 23:53

 



(paroles en italique: russe)

Il détestait ça. Vraiment. Il détestait cette impression d’atterrir de nulle part, de s’être téléporté en laissant derrière lui tous ses souvenirs et ce qu’il était. Il détestait cette angoisse qui lui étreignait le cœur, les tripes, le cerveau, qui faisait de lui une simple boule de papier et la jetait dans la poubelle la plus proche sans le moindre regard. Pourtant, Lawrence aurait du y être habitué, depuis le temps. Les premiers mois, il avait juste eu l’impression de reperdre totalement la mémoire. Puis ça s’était espacé, il était sorti de l’hôpital, il avait recommencé à vivre et à se forger des souvenirs timides. Et deux mois après, Jack était mort. Et avec cette mort, il y avait eu le premier trou noir. Lawrence détestait ça. Parce qu’à chaque fois que ça lui arrivait, il se demandait si ça allait être définitif, qui il était, ce qu’il faisait là, ce qu’il avait peu faire, combien d’heures s’étaient écoulés depuis le dernier fait consigné dans sa mémoire, parce que la logique de sa vie explosaient en morceaux épars et qu’il n’avait, au final, qu’une seule envie : se recroqueviller dans un coin pour pleurer en attendant que son malaise passe.

Une respiration, un bégayement, des excuses confuses : ce fut tout ce qu’il fut capable d’offrir à la jeune femme qu’il venait de percuter violemment et au café dont la tâche marron grandissant sur le chemisier était la seule épitaphe. Du russe, pour mieux se perdre dans ses excuses, ses jurons, ses balbutiements. De l’anglais pour se raccrocher à ce qu’il pouvait décemment faire pour recueillir le pardon. Et ce ridicule constant qui le couvait du regard, qui l’enlaçait avec sympathie pour mieux l’étrangler dans son sadisme le plus courtois. En se mordillant la lèvre, en laissant ses doigts se perdre dans ses cheveux, s’emmêler dans ses mèches brunes, Lawrence se surprit à interroger le regard de son interlocutrice. Enervement, agacement, pitié, il s’attendait à toutes les émotions mais accusa tout de même difficilement le coup en y attrapant de la colère. Ce n’est pas de ta faute, elle n’avait qu’à regarder où elle allait. N’est ce pas Lawrence, c’est de sa faute à elle, pas la tienne. Dans l’affaire, c’est toi l’handicapé, tu n’as pas à t’excuser, tu n’as pas à Lawrence toussa pour faire taire cette voix sarcastique qui venait de s’élever en lui. Il ne savait pas ce qui était le plus dérangeant : qu’il ait été un instant d’accord avec cette voix ou qu’elle soit là, tout simplement. Etait-il fou ou juste trop fatigué pour rester sain d’esprit ? Et depuis quand, surtout, se perdait-il aussi facilement dans ses pensées, dans… « Non, ça ira. Je crois que vous en avez assez fait comme ça. » Le ton cassant de la russophone acheva de le faire sortir de ses pensées, et le regard reconnaissant qu’il lui offrit du la convaincre – si c’était encore nécessaire – qu’il était loin d’être futé. Une grimace fendit les lèvres du New-Yorkais, bloquant le chemin à des excuses qu’il aurait bien aimé marmonner, lorsqu’elle jeta un regard à sa chemise tâchée et un mouchoir devenu inutile dans la poubelle la plus proche. Il aurait bien aimé faire quelque chose, mais loin d’être magicien, il n’avait en tête que la possibilité d’ouvrir son portefeuille et d’offrir à la victime de sa stupidité un nouveau vêtement pour remplacer celui là. Et son portefeuille ne pouvait, en soi, se le permettre sans gémir de désarroi. Rentrant la tête dans les épaules, Lawrence se dandina un instant, en silence, sans savoir au final ce qu’il convenait de faire. Attendre ? S’excuser davantage ? Fuir ? Aucune des solutions ne semblaient convenables, et à chaque fois qu’elle posait à nouveau les yeux sur lui, il se sentait mourir un peu plus de honte et de remords. Pitoyable, depuis quand t’écrases-tu pour une simple histoire de café renversé ? Le mécanicien sursauta. Il ne pouvait tout de même pas avoir pensé ça, non ? Ce n’était pas… « Finalement, vous pouvez faire quelque chose pour moi. Vous allez me payer un nouveau café. De toute façon vous avez l’air d’en avoir besoin d’un aussi… » Ses yeux bruns glissèrent sur la femme sans trouver de piste pour comprendre exactement ce qu’elle était en train de dire. Faire quelque chose pour elle ? Oui, bien sûr, il ne pouvait en être autrement. Lui payer un café ? C’était plus raisonnable qu’une chemise hors de prix, et il avait prévu d’aller sans chercher un, comme elle l’avait, cela aussi, relevé très justement. Incapable de parler, Pitoyable…, Lawrence se contenta d’hocher la tête et de partir à la recherche d’un café à proximité, comme s’il en apparaissait sur demande pour les maladroits ridicules dont il faisait visiblement partie. Devant le manque de réactivité du brun, une nouvelle fois le russe s’éleva. « On s’active, je n’ai pas toute la journée non plus ! » avant de faire demi-tour, guidé par celle qui venait de le prononcer d’une voix plus qu’autoritaire. Non mais tu ne vas pas la suivre, quand même ! Tu as un orgueil, b#rdel !

Lawrence secoua la tête, et trottina sans y penser pour se remettre au niveau de la femme énergique. Trottiner… quelle déchéance… Sourcils froncés, il s’arrêta un instant, avant de reprendre à pas rapides pour ouvrir la bouche, la fermer, tenter trois fois de parler et enfin concéder dans un russe hésitant, non pas linguistiquement mais seulement humainement parlant: « Vous… vous allez où, au juste ? » Un toussotement, un raclement de gorge, il tenta de s’éclaircir la voix. « Enfin… on devrait peut être s’arrêter à ce… ce café ? » Déjà qu’il ignorait il était dans la ville, si on pouvait lui éviter de se perdre un peu plus en se déplaçant constamment, Lawrence en serait reconnaissant. Indiquant le premier café à passer sous ses yeux, il se risqua à toucher le coude de la femme pour l’orienter vers le commerce et laisser sa main se perdre une fois encore dans ses cheveux, habitués à être malmenés de la sorte. Sa respiration s’affola légèrement lorsque ses yeux glissèrent sur les choix et les prix, deux choses qui l’angoissaient en temps normal. Le choix, ça impliquait une décision et une réflexion, ce qu’il n’était actuellement pas capable d’offrir. Le prix, il n’évoquait rien d’autre pour lui que son revenu passable et surtout ses comptes dont il n’avait aucune idée de la santé. Un autre problème. Il laissa donc, en galant homme, parler la jeune femme avant de lâcher un « la même chose… » tout à fait convainquant et de se décaler sur le côté le temps que leurs commandes soient prêtes. A l’idée d’un silence pesant, Lawrence se sentit blêmir et obligé de dire quelque chose. Quelque chose de stupide, très certainement, mais quelque chose de sonore. « Et… donc… vous parlez russe ? » Tu es ridicule, bon sang ! Reprends toi, tu as été élevé mieux que ça, imbécile ! Lawrence se redressa sans y penser, rejetant les épaules en arrière, se tenant droit pour paraître plus assuré, efforts réduits à néant par sa voix désespérément perdue. « Enfin, c’est juste une question, hein, pas un interrogatoire ou… c’est pas commun de croiser quelqu’un qui parle russe, surtout dans ces circonstances et… enfin, je parle espagnol et français aussi… donc… » Donc quoi ? As-tu si peur du silence que tu te sentes obligé de le combler d’inepties geignardes ? Le mécanicien passa une main nerveuse sur son front pour en chasser une transpiration nerveuse. « Hum… désolé, c’est juste que… » Qu’elle devait très certainement n’en avoir rien à faire de lui. Et c’était normal. Logique. Attendu. Le temps de reprendre son calme, Lawrence ferma les yeux et s’évertua à respirer. « Hum… promis, dès que vous avez votre café je ne vous importune plus mais… vous savez dans quel quartier nous sommes ? Je… j’ignore comment je suis arrivé ici… et… » Sa voix tremblota. Et la petite voix intérieure en profita pour chantonner un misérable, pitoyable, ridicule qui accentua d’un cran encore le trouble du New-Yorkais. « Indiquez moi juste l’hôpital, l’Adventist Hospital, et je ne vous importune plus, promis. »


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MessageSujet: Re: «On est autant de personnes que l'on parle de langues» (Lawrence)   Sam 6 Déc - 0:36


L’inconnu transpirait la vulnérabilité. Tout, de son regard d’animal aux abois jusqu’à ses gestes frénétiques trahissait un profond mal-être sur lequel Svenja aurait bien été en peine de mettre un nom.  Quelque chose à mi-chemin entre l’épuisement et l’hébétement le plus total.  Il avait le regard humide et désespéré de ces chiens errants que l’on trouve à des kilomètres de leurs domiciles. A la différence de ces derniers, l’homme était cependant  bien loin d’exciter une quelconque compassion en elle. Ses airs alanguis constituaient au contraire une véritable incitation à la cruauté. S’il avait agit comme le mâle dominant lambda auquel son inconscient persistait à le confronter, hurlant des insanités un décibel plus haut que ses propres propos, le malheureux aurait gagné son respect faute d’obtenir d’elle l’esquisse d’un comportement rationnel. Même un mépris affiché aurait somme toute contenté l’âme belliqueuse de la sorcière. La façon dont il lui imposait sa propre incrédulité éveillait ainsi une frustration diffuse dont le contact humide et poisseux du vêtement sur sa poitrine n’était pas innocent.

Faute d’un patrimoine génétique parfaitement allemand, la sorcière était dépositaire d’un patrimoine d’un autre genre, hérité du pays et de l’époque qui l’avaient vu naître. Cet héritage là était à la source même d’une des plus grandes frustrations de son adolescence et de sa vie de femme adulte. Engloutie par l’oppressante culpabilité d’une nation toute entière, l’adolescente en elle s’était surprise à abhorrer la détresse humaine. Imposer sa vulnérabilité à son prochain représentait ainsi une forme d’indécence, d’incivilité même, de son point de vue. Il n’était pas question de nier ou de mépriser la peine de son prochain mais plutôt de s’en protéger. Des années plus tard, le souvenir des souffrances endurées par les siens devaient la hanter sous la forme de regards hagards et de sillons prématurés arborés par son père et tous les saltimbanques, romanichels et autres forains ayant arpenté les routes à leurs côtés. Parallèlement à celle-ci, Svenja avait finit par développer sa propre souffrance, celle de ceux que l’on écarte par des sous-entendus et des non-dits, ceux à qui l’on reproche inconsciemment de ne pas avoir vécu les mêmes heures d’angoisse et d’humiliations. Ceux dont la prétendue insouciance blesse et révolte.  Au final, aussi proches soient-ils, les nôtres deviennent toujours des inconnus face à ce genre de blessures. C’est pourquoi toute forme de détresse trop manifeste de la part d’un étranger finissait irrévocablement par la ramener une trentaine d’années en arrière, réveillant au passage cette colère irascible que seule l’impuissance d’une adolescente pouvait générer. Si le hasard de sa naissance lui avait épargné une grande partie de l’indicible horreur accompagnant les décennies précédentes, elle repoussait avec l’énergie de l’innocence le poids des péchés des aînés d’une nation qu’elle peinait à reconnaître comme sienne. Tout comme des années plus tard elle refuserait de porter le poids des souffrances accumulées par ses semblables sous prétexte qu’ils appartiennent tous à la même espèce. Ce sentiment d’injustice devait la suivre toute sa vie d’adulte, grondant au fond de sa poitrine à chaque fois qu’un badaud lui imposait sa peine, même de façon inconsciente. La meilleure façon de tarir le flux de souvenirs douloureux qui remontaient inexorablement à la surface à chaque fois consistait à repousser de toutes ses forces la peine d’autrui, de nier cette étrange solidarité qui pousse l’homme à éprouver puis tenter de diminuer la détresse de son semblable, aussi étranger qu’il lui soit. Cette attitude ridicule qu’elle avait finit par nommer en son fort intérieur la tyrannie de la pitié.

Malgré l’évidence de son désarroi, un zeste de dignité subsistait chez l’homme qui lui faisait face. Ce fut ce soupçon de dignité qui retint l’allemande de se saisir des épaules de l’homme pour le secouer face à la mollesse de ses réactions et la fureur exagérée qui l’agitait en retour. Svenja finit par se dire qu’il faisait partie de ces êtres qui puisent leur énergie dans l’adversité la plus extrême. La lenteur avec laquelle il s’évertuait à évoluer n’était pas tant un signal de détresse qu’une tentative désespérée de sortir la tête de l’eau. Ses mots et ses gestes étaient comme autant de mains et de pieds heurtant la surface de l’eau à la recherche d’une prise à laquelle se raccrocher, mais il n’exigeait pas d’elle une main tendue pour autant.  Sa course frénétique dans les rues de la Nouvelle-Orléans, l’inconnu sur ses talons lui offrait une excuse parfaite pour éviter de croiser son regard égaré et les vagues d’exaspérations qu’il soulevait en elle à chaque fois que leurs yeux se rencontraient par inadvertance. Elle aurait pu le planter là dans son désarroi et rentrer chez elle se changer, prendre un nouveau café et effacer cette mésaventure. Mais quelque chose de plus puissant que son indignation face à la passivité de l’inconnu la retenait encore. Une espèce de fraternité aussi fragile et inexplicable qui la poussait à le voir s’affermir plutôt qu’à fuir comme la peste les drames qu’il ne manquait pas d’attirer. C’était une chose infime, presque ridicule qui la retenait encore à ses côtés, lui insufflant même une certaine forme de culpabilité tandis qu’il calquait ses pas dans les siens. Au-delà de son exaspération, Svenja ne pouvait s’empêcher de ressentir un soupçon de sympathie pour l’inconnu à cause de la promptitude avec laquelle il lui répondait dans la langue de son paternel. Le russe. Elle s’attachait un boulet au pied sous prétexte que le boulet en question parlait russe. Finalement, il avait suffit de quelques phrases marmonnées en slaves pour faire fondre des années de rébellion contre la plus élémentaire des courtoisies. A cette pensée une nouvelle vague de frustration la traversa au moment même où sa supposée victime décidait de se rendre un minimum proactif en lui proposant de s’arrêter dans le café qu’ils venaient de dépasser. Son premier réflexe fut de se soustraire avec brusquerie du contact pourtant anodin de sa main sur son coude. Mais elle hocha la tête malgré tout en agrémentant son geste d’un « Da. Si vous voulez. » nettement moins arrogant que ses précédentes interventions.

L’atmosphère climatisée du café eut le mérite d’offrir une rupture de rythme salutaire face à la gêne que lui procurait la scène précédente. Comme si de rien n’était, elle prit la suite de l’inconnu dans la file d’attente puis annonça distraitement sa commande sans se soucier de l’homme. Tandis qu’ils attendaient leur breuvage, il se rappela à son bon souvenir dans une tentative un brin pathétique d’engager la conversation. Svenja le laissa patauger un instant dans ses propres phrases avec un sourire narquois avant de se prendre au jeu.

« - Enfin, c’est juste une question, hein, pas un interrogatoire ou… c’est pas commun de croiser quelqu’un qui parle russe, surtout dans ces circonstances et… enfin, je parle espagnol et français aussi… donc…
- Je parle russe, oui. J’ai pas mal voyagé dans mon enfance donc j’ai du absorber un certain nombre de langues au passage : l’italien, le français… et le russe. Et vous, quel est votre excuse ? Une nounou russe ? Un parent ? »

Elle avait posé la question principalement par courtoisie, dans l’espoir qu’un dialogue structuré l’empêcherait de se noyer de nouveau dans sa confusion. Mais une infime part d’elle ne pouvait s’empêcher de s’enquérir avec un peu plus de sincérité de sa réponse, se raccrochant une fois de plus à cet étrange lien qui l’attachait à lui sous la forme de cet idiome. Comme pour lui faire regretter ce regain de civilité, l’individu repartit immédiatement sur un registre plus pathétique dans sa seconde tirade.
«  Manifestement vous êtes perdu. Et je ne crois pas que ce soit seulement géographiquement parlant. » Bien que dénué de toute compassion, son ton était celui de l’humour. D’ailleurs, pour la première fois, l’esquisse d’un sourire sincère frémissait sur ses lèvres jusque-là serrées. « Un petit conseil, si vous cessiez de vous excuser toutes les cinq minutes, peut-être que les gens seraient plus disposés à vous aider. » Elle le laissa s’acquitter de l’addition tandis que ses paroles restaient en suspens, sa franchise fendant l’air quelques minutes supplémentaires avant d’être adoucie par d’autres propos tenus sur un ton encore moins informel que précédemment. «  Je propose qu’on boive notre café ici, histoire d’éviter de bousiller la journée de quelqu’un d’autre avec votre maladresse. » Son doigt se pointa sur une table non loin du comptoir, avant d’ajouter. « L’hôpital est à deux ou trois arrêts de bus d’ici. En vous regardant vous tortiller dans tous les sens depuis tout à l’heure on pourrait croire que vous vous en échappiez et non que vous cherchiez à le rejoindre… »
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MessageSujet: Re: «On est autant de personnes que l'on parle de langues» (Lawrence)   Sam 20 Déc - 13:53

 



(paroles en italique: russe)

Sans savoir ce qui était le mieux, Lawrence naviguait indifféremment entre l’anglais et le russe, se perdant aussi bien dans ses pensées que dans ses mots et les langues que son cerveau polyglotte avait refusé d’oublier. Egaré, c’était le terme qui pouvait le mieux le désigner et de toute évidence, le dire et le redire n’affaiblissait en rien cette déclaration. Prendre des initiatives, intervenir le premier, ne pas se justifier, s’imposer, être sûr de soi, tout cela lui paraissait inatteignable lorsqu’il se rendait compte de son mode de fonctionnement plus qu’infantile. Et une part de lui enrageait de le voir aussi malléable et naïf, une part de lui qui se réveillait devant la situation dans laquelle l’avait mis Cordelia, une situation de tension nerveuse et d’exaspération mentale qui venait à bout de sa bêtise artificielle créée par le coma. Incertain, donc, Lawrence bégaya. Soupira, murmura, se justifia dans un imbroglio d’excuses et de doutes qui semblèrent – à raison – amuser la russophone. En l’entendant réponse aux questions maladroites, Lawrence se demanda un bref instant ce qu’il lui avait pris de vouloir engager aussi inutilement une conversation dont ils ne voulaient, ni l’un ni l’autre, de toute évidence. Lui, ce qu’il attendait, c’était de se réfugier dans un coin où son amnésie et ses absences pourraient être mises de côté et où il pourrait se cacher de tout le reste. Ce qu’il voulait, c’était qu’on le laisse tranquille, qu’il soit ou ait un comportement plus que normal, qu’il puisse sans trop de difficulté se souvenir du repas de la veille et de l’âge de ses frères et sœurs qui, pour le moment, refusaient d’exister dans sa mémoire lacunaire. Lacunaire… encore fallait il pour cela qu’il lui en reste des bribes, des traces, des échos autre que ce vide et ce mur auxquels il se heurtait lorsqu’il faisait la bêtise de chercher. Un soupir, donc, pendant qu'elle répondait, avec une certaine patience, une certaine gentillesse, qu’il ne parvint qu’à relever. « Je parle russe, oui. J’ai pas mal voyagé dans mon enfance donc j’ai du absorber un certain nombre de langues au passage : l’italien, le français… et le russe. Et vous, quel est votre excuse ? Une nounou russe ? Un parent ? » La bouche sèche, Lawrence chancela et se trouva pris au dépourvu. Ou l’inverse. Quoiqu’il en soit, il étouffa à grand peine un regard affolé et une respiration brutalement accélérée. Ne réfléchis pas, imbécile ! Dis lui que tu es juste un génie et que ça t’amusait. Ou alors que c’est par curiosité. Ne mets pas trois plombes à répondre, pitié et surtout ne te justifie pas, tu vaux plus que ça… Attrapant une goulée d’air comme s’il en était un chasseur chevronné, il essaya de répondre le plus sûr de lui possible. « Je ne sais pas vraiment, on peut mettre ça sur le… » C’était bien parti. Bien tenté. Il n’avait pas bégayé pour les premiers mots, s’en serait même applaudi de fierté. Mais au moment de mentir, sa voix s’était immanquablement craquelée, piétinant sa satisfaction, le désespérant un peu plus de voir sa condition et son intellect s’améliorer dans les mois à venir. « … sur le compte de la… curiosité… j’imagine ? » Pitoyable… on a l’impression que tu cherches son assentiment, comme si elle pouvait te confirmer tes propos… Et c’était le cas. Lawrence ne savait plus où se mettre, transvasant son poids d’une jambe à l’autre dans un mouvement de balancier digne d’un enfant de huit ans avec une envie pressante. Mais comment peut on tomber aussi bas ? Il cessa immédiatement, à cette pensée, de se dandiner, préférant couper court à cet entretien involontaire pour retrouver son chemin et tenter d’enrailler cette chute ininterrompue vers le ridicule le plus cocasse. Sans succès. «  Manifestement vous êtes perdu. Et je ne crois pas que ce soit seulement géographiquement parlant. » Dans une grimace, Lawrence encaissa le coup qu’il jugea plus que mérité. Parce que c’était vrai, et tout son être était d’accord avec cette déclaration, même cette part sarcastique qui s’élevait contre ses mouvements et ses réactions dans une prétention qui ne lui ressemblait plus. Le sourire de la jeune femme trouva un reflet sur les lèvres du New Yorkais, qui ne put qu’acquiescer pour marquer son accord avec ses propos. Oui, il était perdu. Totalement. Que ce soit dans sa vie, dans l’espace, dans le temps. Il n’avait nul point de repère autre que deux femmes qui s’amusaient à l’embrouiller davantage encore. « Un petit conseil, si vous cessiez de vous excuser toutes les cinq minutes, peut-être que les gens seraient plus disposés à vous aider. » Trois femmes, en réalité. La russophone venait d’entrer dans ce cercle fermé. « Oh ? Oh… je suis désolé, je… » Ferme la. Lawrence se ramassa, rentrant la tête entre les épaules dans une volonté illusoire et infantile de disparaître. Cherchant une échappatoire où il pouvait, il entreprit de régler l’addition pour s’octroyer quelques secondes de répit. Cela fait, il se tourna prudemment – il ne devait pas oublier qu’il serait de très mauvais goût que, dans un trop plein d’enthousiasme, il renverse une nouvelle fois un café plus chaud encore que le précédent, sur la chemise encore humide de son premier forfait. «  Je propose qu’on boive notre café ici, histoire d’éviter de bousiller la journée de quelqu’un d’autre avec votre maladresse. » Un petit sourire d’excuse et un mouvement de tête qui lui épargna l’humiliation d’un nouveau bégaiement. « L’hôpital est à deux ou trois arrêts de bus d’ici. En vous regardant vous tortiller dans tous les sens depuis tout à l’heure on pourrait croire que vous vous en échappiez et non que vous cherchiez à le rejoindre… »

Certes. S’il échappait à l’hôpital ? Non. La seule qu’il fuyait logeait dans son appartement, le seul qu’il fuyait était le sommeil et le café qu’il tenait à présent entre ses doigts gourds faisait office de bouclier. S’installant en terrasse sur la première table de disponible, Lawrence se mordilla la lèvre à la recherche d’une réponse possible. Franche. Et si possible sans balbutiement. Un véritable challenge… Il prit son inspiration. Ne pas nécessairement se justifier, ne pas se perdre dans des détails inutiles, ne pas chercher à expliquer. Juste répondre. « On va dire que mon sens de l’orientation est déplorable, quel que soit le domaine. » commença t il, sans savoir s’il s’amusait de son pathétisme ou s’il était tout à fait sérieux en prononçant ces mots. Comment un homme pouvait il être à ce point une énigme à lui-même, en voilà une bonne question et Lawrence un cas d’expérimentation particulièrement pertinent. « Mais croyez moi, je travaille à l’hôpital, pas en médecin rassurez vous, et c’est pour ça que ça m’arrangerait de retrouver le… chemin. » Troublé par le ton de sa voix, Lawrence s’interrompit. Ce n’était pas lui qui parlait ainsi, vraiment pas. Ou alors il n’y était pas habitué. Dans tous les cas, c’était angoissant, et pour un homme aussi perturbé que le mécanicien, c’était presque plus que cela. Et associé au trou noir qu’il venait de subir, ça n’augurait rien de bon. Sa lèvre mordillée, ses doigts pianotèrent sur le café. Il n’aimait pas le silence mais ignorait quoi dire. Ses yeux glissèrent sur la jeune femme, se souvenant que trop bien – ironique pour un poisson rouge comme lui  - de sa précédente tentative pour engager la discussion. « Si… si on prend un café ensemble… j’imagine que… je peux… » Lamentable. Il aurait du s’en tenir au silence. « Je m’appelle Lawrence. » Dis plutôt qu’on t’appelle ainsi… parce que ton vrai nom, tu ne le retrouveras jamais. Un frisson parcourut le New Yorkais à cette pensée qui lui glaçait le sang à chaque fois qu’il s’hasardait sur ce terrain vague et mouvant. « Et vous, c’est… ? J’espère que votre chemise ne va rester tachée dans tous les cas. Je… » Il ? Tu quoi encore ? Il venait de justesse de se taire avant que d’énièmes excuses ne franchissent ses lèvres qui se mirent à saigner légèrement sous son mordillement. Il se jeta dans la première porte de sortie qui passa sous ses yeux. « Vous avez dit quel bus pour revenir à l'hôpital ? »

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: «On est autant de personnes que l'on parle de langues» (Lawrence)   Dim 4 Jan - 23:22


Rares étaient les occasions de revenir à la langue de son paternel. En Russie, la langue est à l’image du climat slave en ces mois d’hiver, âpre et froide, plus adaptée pour aboyer des ordres que chuchoter des tendresses. La violence avec laquelle les sonorités s’entrechoquaient pour former des mots intelligibles finissaient par influencer leur usage, la poussant à ne plus utiliser le dialecte cher à son cœur que pour apostropher sans attendre véritablement de réponse. Les inconnus n’étaient pas les seuls victimes de ses bouffées de nostalgie, il lui arrivait de pousser le vice jusqu’à provoquer ceux qu’elle savait à même de répondre. Mais ses provocations prenaient trop facilement sur Wesley, réduisant la conversation à un échange de noms d’oiseaux dans le slave le plus argotique dont ils étaient capables. La brièveté et le fiel régnant sur ces instants les rendaient insuffisants pour combler l’immense vide que les années ainsi que son anglais lacunaire avaient finis par creuser. Par un cruel paradoxe, l’hébétement total dans lequel surnageait l’inconnu offrait une opportunité que l’inconscient de Svenja n’avait jamais été à même de créer. Jusqu’ici les imprécations jetées n’avaient été que des coups d’épées dans l’eau car elles n’appelaient pas de réponse différente. Les mots balbutiés dans un russe hésitant par l’homme n’étaient guère plus élaborés, pourtant leur écho résonnait avec une force décuplé dans l’esprit de la sorcière. Elle en était venue à oublier que cette langue pouvait aussi servir à s’amender. Il y avait longtemps que les excuses n’appartenaient plus à son propre langage, d’ailleurs. Faute d’éveiller la moindre once de compassion en elle, la confusion de sa victime lui ouvrait les yeux sur ses propres inconsistances. Avant qu’il n’ouvre la bouche et ne se lance dans ses errances verbales, elle ignorait tout de la nostalgie qui baignait son âme. Plus que son évidente détresse, ce lien ténu avec le passé de Svenja suffisait à encourager une certaine bienveillance à son égard. Avec une logique propre à son esprit tortueux cette vague de sympathie se manifestait sous la forme de petites remarques narquoises parsemées ça et là au milieu d’une conversation qui tournait à l’absurde la moitié du temps. Ses propres incohérences se confondaient si bien dans les confusions de son interlocuteur qu’elle finissait par passer pour la plus sensée des deux. Tout n’était qu’apparence et faux semblants, son ton assuré et ses manières tyranniques suffisaient à maintenir l’illusion quant à son propre ancrage dans ce monde hostile, si différent de celui qui l’avait vu naître.

Chacune de ses tentatives de courtoisies lui donnait l’impression d’appuyer sur la tête du noyé plutôt que de lui offrir une main secourable. L’agacement avait maintenant cédé à l’espièglerie face à cette confusion dont l’homme ne parvenait définitivement pas à se dépêtrer, mais une espièglerie saine. Aussi brusques et narquoises qu’étaient les petites piques dont elle parsemait la conversation, Svenja ne prenait aucun plaisir particulier à brutaliser verbalement l’homme. La vulnérabilité n’appartenait ni à sa culture ni à son éducation. Ses saillies où pointaient ironie et autorité à parts égales jaillissaient comme autant de gestes de charité envers l’inconnu, faisant de son manque de tact une tentative de confronter l’inconnu à sa propre conception du monde. C’était en réalité une justification futile pour masquer les conséquences d’une éducation obsolète et viciée par les aléas de la vie itinérante. Le passé à l’avantage de se revêtir de ses plus beaux atours dans l’esprit corrompu de celui qui le regrette. A l’image de son défunt géniteur, sa conception du monde telle qu’il lui avait inculquée alors qu’ils essayaient de survivre dans un univers circassien agonisant restait figée sur son piédestal imaginaire. Avec une lâcheté presque égale à celle de son paternel, elle s’accrochait à des principes de vie déjà obsolète et paradoxaux dans l’Allemagne d’après-guerre qui l’avait vu grandir, avec l’espoir puéril de le garder un peu plus auprès d’elle. Incapable de trouver le bon équilibre entre son désir de préserver le souvenir d’un père qu’elle chérissait et de renier des valeurs et codes par trop paradoxaux et rigides…

Si l’insolence de Svenja ne connaissait pas de limite, bousculer l’homme ne l’amusait plus tellement. A vrai dire, en voyant le grand brun se dandiner d’un pied sur l’autre avec force de mimiques signifiant son émoi, elle finissait par associer son attitude à celle d’une brute asseyant son autorité sur le nabot de la cour de récréation. Face à la cour des miracles lui servant d’enfance, nombre de menteurs chevronnés avait croisé sa route et l’individu lui faisant face à l’instant ne pouvait pas se targuer d’en faire partie. Sa tentative chaotique d’esquiver une question clairement anodine ne fut pourtant pas relevée. Un vague « Je vois. » accueillit ses propos, accompagné d’une expression neutre, qui à défaut de feindre une crédulité polie lui signifiait que l’interrogatoire n’irait pas plus loin. Le mensonge constituait plus pour elle un mal nécessaire qu’un sport. Pousser le vice jusqu’à relever à quel point son interlocuteur échouait dans ce dernier ne lui procurerait aucun plaisir. La façon docile avec laquelle il accédait à son injonction de s’asseoir lui confirma l’impression d’être la seule adulte à table, mais elle se tint à son habituel sourire narquois plutôt que d’échapper une nouvelle saillie qui finirait de le déstabiliser.
« On va dire que mon sens de l’orientation est déplorable, quel que soit le domaine. » le sérieux avec lequel il répondait à sa simple boutade ouvrait le champ des possibilités quant à son interprétation. Décidant pour lui qu’il s’était suffisamment apitoyé sur son sort précédemment, elle prit le partie de l’accepter comme une tentative d’humour, feignant même un petit rire par excès de zèle. «Oui j’ai cru comprendre ça… » C’était plus fort qu’elle, revenir au russe était une douceur difficile à refuser à l’instant présent. « Mais croyez moi, je travaille à l’hôpital, pas en médecin rassurez vous, et c’est pour ça que ça m’arrangerait de retrouver le… chemin. » Définitivement derrière ses airs embarrassés et ses hésitations irritantes, l’homme avait un fort potentiel comique. La question était de savoir si être drôle relevait de sa volonté ou non. « Je n’étais pas inquiète jusqu’à maintenant, mais maintenant que vous le dîtes médecin ou non… J’espère que vous retrouvez le chemin du service où vous travaillez, quand même ? » Chassez les bonnes habitudes… Sa main droite s’empara du gobelet en carton encore brûlant pour le porter à ses lèvres. Deux bonnes goulées du liquide insipide vinrent s’écouler dans sa gorge avant qu’une petite grimace ne vienne parer son visage. Le breuvage retrouva la surface de la table en formica poisseuse du passage de ses précédents occupants avec la ferme intention de ne plus s’en décoller. La nouvelle tentative de contrer les balbutiements fut accueillie avec plus de patience par la sorcière cette fois-ci, et elle daigna même décliner son identité dans les formes. « Moi ? C’est Svenja. » Une fois de plus l’amusement la gagna face à la lutte intérieure à laquelle il se trouvait concernée. Elle prit le parti de se jouer un peu de lui un instant, ignorant sa dernière question. « C’était de la soie. Elle est irrécupérable, mais vous allez me la rembourser dans son intégralité. Bien entendu. » Laisser s’installer le silence et garder un visage hermétique était chose aisée en considérant l’état de confusion constant dans lequel ledit Lawrence vivait cet instant. Elle laissa son visage se déconfire lentement avant de prendre la peine de le rassurer. « Je plaisante. Je n’aimais même pas vraiment ce truc, de toute façon… » Voyant qu’il tardait à réagir, elle exhala un soupir avant de se tourner vers la fenêtre de l’établissement « Laissez tomber. Il faut tourner au coin de la rue et prendre la ligne 8 en direction de l’est, je suppose que l’arrêt se nomme ‘hopital’ j’espère que vous parviendrez à vous en rappeler… »
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MessageSujet: Re: «On est autant de personnes que l'on parle de langues» (Lawrence)   Jeu 22 Jan - 12:59

 



(paroles en italique: russe)

Imbécile… Ce n’était qu’un soupir, ce n’était qu’un sifflement, mais malgré tout la voix ne voulait se taire dans l’esprit de Lawrence qui ne parvenait pas tout à fait à savoir qui parlait à cet instant. Etait-ce lui-même qui se faisait une remarque ou une entité supérieure qui voulait se faire entendre d’un imbécile, justement, comme lui ? Idiot… tu crois vraiment à ce que tu penses ? Un soupir, Lawrence se reconcentra sur le dialogue de la Russophone devant lui. Crétin Je sais, eu envie d’articuler un Mécanicien au bord de la crise de nerfs. Déjà qu’elle le faisait culpabiliser, la jeune femme face à lui, mais s’il commençait à lui-même se descendre en flèche par des remarques spirituelles de ce genre, il ne donnait pas cher de sa santé mentale déjà bon marché. Un soupir, donc, encore, alors qu’il se prenait en plein visage les moqueries de sa plus récente victime. On pourrait croire que vous vous en échappez… Lui, s’enfuir de l’hôpital ? S’il y avait bien des choses qu’il fuyait, le bâtiment qui l’avait vu renaître n’en faisait pas partie. Ils s’installèrent en terrasse, Lawrence parvint à répondre à son interlocutrice. Oui, voilà, on pouvait parler d’un sens de l’orientation déplorable, il pouvait se contenter de la rassurer sur ses compétences en médecine qui n’étaient pas sollicités puisqu’elles étaient totalement nulles dans le sens le plus mathématique du terme. Et loin de le vexer, les remarques que ne craignait pas de lancer la femme le poussaient à se justifier encore et encore, à la rassurer, à chercher ses mots et à se perdre davantage encore dans ses explications et ses pensées. Loin de le vexer, de toute manière il fallait y aller fort pour blesser véritablement l’Amnésique qui, même s’il avait de plus un comportement étrangement instable, avait cet étrange réflexe de considérer la présomption d’innocence comme allant de soi en ce qui concernait les autres. Comme s’il ne pouvait qu’avoir tort. Comme s’il était toujours fautif. Comme si, les boutades, moqueries, remontrances étaient toujours mérités. Comme si, enfin, il était constamment le bourreau.

Chose qui se confirmait le plus souvent d’ailleurs, il suffisait de voir Cordelia. Et à cette simple pensée, un soupir d’angoisse s’échappa de Lawrence qui considéra, vu son état de fatigue, comme inévitable une soirée chez lui. « Je n’étais pas inquiète jusqu’à maintenant, mais maintenant que vous le dîtes médecin ou non… J’espère que vous retrouvez le chemin du service où vous travaillez, quand même ? » Hein ? Il était si perdu dans ses pensées que quelques secondes furent nécessaires pour comprendre ce que Svenja entendait par là. Quelques secondes dont il s’excusa bien vite d’un sourire penaud et d’un acquiescement avec la précipitation d’un enfant pris la main dans le sac ou plutôt la tête dans les nuages. Et histoire de ne pas s’attarder sur les lieux du crime – autrement dit dans d’autres pensées tout aussi prenantes – Lawrence se jeta sur la première idée qui lui vint et s’empêtra dans une phrase bien trop complexe pour lui, s’achevant sur un Je m’appelle Lawrence presque convaincu. « Moi ? C’est Svenja. » Un sourire répondit à Svenja. Tant qu’il ne l’oubliait pas, il pouvait mettre un nom sur son visage. Pendant une fraction de seconde, même, Lawrence envisagea d’extirper de ses poches son précieux carnet pour y noter l’identité de la russophone, mais se rendit compte in extremis que ça pouvait être mal pris. Plissant les yeux, comme si ça pouvait l’aider, il entreprit donc de graver le prénom et le visage de la blonde dans sa mémoire, angoissé à l’idée de perdre cette information dans les heures qui allaient suivre. Et conscient, une fois de plus, que son attitude et ses mimiques pouvaient laisser perplexe, il se jeta à nouveau sur la première sortie à laquelle il songea. Sortie, bus… les deux termes et sens allaient de paire à ses yeux perdus. Sortie, chemise, cause et conséquence… Il s’emmêlait les pinceaux appliqué comme il l’était à ne pas faire d’impair et se perdant, justement, dans des culs-de-sac et des initiatives qu’il transformait en désastres à chaque fois que son angoisse pointait le bout de son nez.

Ignorant sa deuxième question concernant une solution de fuite toute trouvée, Svenja préféra s’attarder sur le sujet de la soie, au grand déplaisir d’un Lawrence mal à l’aise. Comme toujours. Non mais regarde toi : on dirait que tu es prêt à aller en prison pour une chemise éclaboussait. N’as-tu donc aucune estime de toi ? Et voilà que sa voix intérieure se teintait du mépris de Cordelia, comme pour appuyer ses propos, comme pour mieux se faire entendre et surtout se faire comprendre. Aucune estime de soi ? C’était un peu violent comme constat, non ? Non ? Si peu… « C’était de la soie. Elle est irrécupérable, mais vous allez me la rembourser dans son intégralité. Bien entendu. » Euuuh… Comment te dire que non, je ne vais pas te la rembourser, ton torchon en soie ?! « Euh… Oui, bien sûr… Enfin… » Elle devait coûter une fortune. Le silence et le visage totalement neutre de Svenja eurent pour principal résultat la décomposition accélérée de Lawrence qui envisagea un instant de réaliser l’exploit d’une noyade dans une tasse de café. Les restes de mousse, passionnants, tourbillonnaient et lui renvoyaient immanquablement ses cheveux noirs, ses cernes marquées, sa lèvre mordillée et une moustache ajoutée au montage qu’il fit disparaitre d’un coup de cuillère. « Je plaisante. Je n’aimais même pas vraiment ce truc, de toute façon… » Pendant quelques respirations avortées et hoquetées, Lawrence chercha ou plutôt attendit un nouveau volteface. Et pendant ces quelques secondes qui le virent reprendre ses esprits et quelques couleurs, Svenja en profita pour poursuivre et lui donner une nouvelle porte de sortie, en quelque sorte. « Laissez tomber. Il faut tourner au coin de la rue et prendre la ligne 8 en direction de l’est, je suppose que l’arrêt se nomme ‘hôpital’ j’espère que vous parviendrez à vous en rappeler… » Le Mécanicien fronça les sourcils. Mais tu ne vois pas qu’elle joue avec toi ? Comme tout le monde ? Qu’elle se moque de toi, qu’elle profite, avec raison c’est certain, de ta crédulité déplorable ? « Pourquoi vous faites ça ? » Son froncement de sourcil s’accentua. Il ne se vexait pas facilement, mais par moment il commençait à en avoir assez d’être comme il l’était. Par moment, aussi, une exaspération dont il ignorait l’origine passait au-delà de sa culpabilité pour mieux l’agacer. « Ce n’est pas évident que je suis malade ? Pourquoi est ce que vous ne pouvez pas vous empêcher de j… de jouer avec moi ? A me faire peur, à… » Il s’interrompit, incertain de ce qu’il était en train de dire ou des raisons qui le poussaient à le faire. Ses doigts glissèrent, attrapèrent son carnet et son crayon, profitèrent de sa pause pour noter consciencieusement, en pattes de mouche s’approchant plus de vermicelles que de lettres correctement formées, le numéro du bus et l’arrêt. Parce que oui, il avait peur d’oublier ces détails que son intelligence atrophiée hésitait à lui fournir en temps normal.

« Je ne comprends pas. Vous ne pouvez pas juste… juste me laisser m’excuser, me rassurer, trouver un moyen pour me faire pardonner et m’indiquer le chemin ? C’est quoi cette volonté constante que des gens comme vous ont de mettre en avant que je suis… moi ? » Un mélange étrange. Voilà ce qu’étaient ses propos. Un mélange étrange entre la rage et l’orgueil démesuraient de celui qu’il était à la base et la gentillesse coupable de celui qui était devenu. Un mélange qui devenait risible, bien loin de la volonté initiale d’être mécontent. Mais peine perdue, Lawrence y croyait un peu quand même. Et il espérait que malgré ses mots plus que maladroits et ses remarques plus qu’infantiles, Svenja allait comprendre, un peu, la détresse qu’il y avait derrière. Etait-ce de sa faute s’il était amnésique ? Non. S’il était crédule ? Non plus. Naïf ? Encore moins. Fatigué… certes, là, il était un peu coupable. Mais ça ne suffisait pas pour qu’il soit la cible de moqueries. Non ?

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MessageSujet: Re: «On est autant de personnes que l'on parle de langues» (Lawrence)   Dim 15 Mar - 22:20


Svenja se complaisait dans l’effervescence. Se tenir là, suspendue aux lippes balbutiantes d’un étranger se rapprochait doucement d’une version édulcorée de son enfer personnel. A l’image de ces animaux foulant de leur démarche féline le sable de l’arène de son passé, son corps trahissait un désir soudain de se libérer d’une entrave. Elle se sentait prisonnière des silences et des errances de son interlocuteur. Ce n’était pas tant les réponses un brin creuses que la lenteur avec laquelle elles finissaient par heurter le silence qui provoquait son impatience. Ses jambes se croisaient et se décroisaient sous la table tandis que ses ongles parfaitement manucurées venaient marteler la surface en formica. Le bruit, le mouvement, la fièvre. Pour qu’elle se sente à sa place, l’univers devait pulser tout autour d’elle. Se fondre dans cette agitation perpétuelle ne suffisait pas pourtant, il fallait la créer. Un alliage compliqué entre curiosité malsaine et respect des conventions sociales la retenait ainsi, sevrée de son ivresse éternelle. Condamnée à regarder un inconnu se débattre avec ses absences et ses inconsistances dans une indifférence mesurée. A travers la brume diffuse de son égocentrisme exacerbé la détresse de Lawrence perçait à intervalles réguliers, échouant cependant à exciter sa compassion. Elle avait besoin d’un drame, d’un éclat pour ressentir autre chose qu’une vague irritation face à la fragilité manifeste de son interlocuteur.

Difficile d’ignorer le marasme de pensées confuses torturant l’esprit du passant malhabile. Chaque intervention semblait lui coûter. Toutes les répliques de son interlocutrices paraissaient littéralement tomber dans l’oreille d’un sourd. Un voile passait devant ses yeux, signalant l’absence passagère tandis que le pli barrant son front dénonçait la tempête en cours à l’intérieur de sa boîte crânienne. Pour un observateur extérieur, la plaisanterie de Svenja sur son statut de convalescent en fuite prenait tout son sens lorsque son regard se perdait ainsi dans le vide et que ses lèvres se crispaient dans un simulacre de réponse maladroite. L’homme lui apparaissait cependant dépourvu de cette aura dérangeante pour le commun des mortels dans laquelle se drape la folie. Au contraire, il se cachait derrière une naïveté quasi enfantine, se laissait passivement malmener avec une absence de résistance beaucoup moins choquante chez un adolescent timide qu’un mâle adulte avoisinant la trentaine. Et c’est là que résidait son crime et son péché, selon l’implacable beauté slave. Elle pouvait pardonner la maladie et la faiblesse, mais pas l’absence de combativité caractérisée.

Son châtiment ? Une forme de torture relativement sophistiquée. A la manière de ces félins dont elle ne semblait jamais vraiment se détacher, Svenja avait entrepris de jouer avec sa proie. En temps normal son badinage aurait été balayé par une indifférence caractérisée ou des répliques cinglantes. Tout sauf cet air affligé paralysant les traits de Lawrence au fur et à mesure que la plaisanterie prenait forme. Ses griffes acérées avaient beau être rétractées pour le jeu, l’homme se tortillait entre ses répliques comme si sa vie en dépendait. Etrangement, la crédulité de la victime rendait le jeu beaucoup moins savoureux qu’elle ne l’aurait cru, il lui retirait même jusqu’à l’envie de pousser la comédie plus loin. Si bien qu’elle finit par laisser sa tentative s’écraser du bout des lèvres face à ce mur de candeur décidément impossible à percer.

Pourtant la forteresse finissait par se craqueler, en témoignait la nouvelle réaction de son interlocuteur. Bouche bée Svenja assistait à ce sursaut d’orgueil avec une innocence surjouée, l’impertinente mimique étirant ses lèvres masquée derrière le gobelet en carton. La petite diatribe de Lawrence ménageait enfin son effet. Une vague de culpabilité déferla sur la sorcière tandis qu’il s’attachait à dénoncer toute l’insensibilité dont elle faisait preuve en le malmenant de la sorte. A la manière d’un enfant particulièrement sournois pris la main dans le sac, l’allemande se sentait pourtant dans l’incapacité de simuler la contrition que ce soit dans ses intentions comme ses actions. Feindre l’incrédulité plus longtemps alors même que la tirade de l’homme s’éternisait aurait été une insulte à son intelligence suffisamment mésestimée précédemment. Elle laissa nonchalamment le liquide chaud et insipide s’écouler dans sa gorge avant de faire claquer de nouveau le récipient sur la table. Ses bras s’écartèrent brièvement comme si les reproches adressés étaient les bienvenus, comme si son corps manifestait outre sa volonté cette joie sauvage à voir la confrontation enfin arriver. Mais le temps de la théâtralité était déjà passé. Les paroles de Lawrence s’éteignaient dans le brouhaha des conversations environnantes, appelant déjà une réponse. Certes, ce n’était pas exactement l’éclat tant attendu par Svenja. D’une certaine manière, il cherchait encore à éveiller sa compassion en se présentant en victime de ses moqueries.

« Mais parce que se moquer, c’est la seule chose décente à faire lorsqu’un homme adulte vous fait le coup du chiot perdu… Je ne sais pas de quel arc-en-ciel vous venez de vous faire parachuter mais pour obtenir quelque chose des gens, il vaut mieux exciter leur intérêt que leur pitié, surtout par les temps qui courent.» Sa voix s’adoucit légèrement tandis que ses propos soulevaient un peu plus l’indignation de son interlocuteur. «Regardez-vous, à deux doigts de faire une syncope juste pour une petite blague…» Ses doigts s’agitèrent dans l’air comme pour éteindre une nouvelle salve de protestations de l’autre côté de la table. «Je ne prétends pas que c’est moral de rire du malheur des autres. Mais un minimum d’amour propre ne ferait pas de mal de votre côté. Quel genre de maladie vous empêche d’en avoir ? » Elle se laissa un temps de réflexion avant de poursuivre « Ok, je suis injuste, je l’ai eu ma démonstration d’amour propre. Mais beaucoup trop tard ! » A retardement l’évocation d’une maladie fissura légèrement l’écran de son implacable arrogance. Son menton se perdit à désigner le cahier reposant toujours à portée de main de l’homme. « Vous avez eu le temps de noter ça correctement au moins ? » Pour masquer la gêne que lui inspirait ce brusque revirement, elle préleva de nouveau quelques gorgées de café. Histoire d’occuper ses mains, comme si Svenja ne savait pas quoi faire de cette nouvelle sollicitude.
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MessageSujet: Re: «On est autant de personnes que l'on parle de langues» (Lawrence)   Lun 23 Mar - 23:49

 



(paroles en italique: russe)

Il s’énervait. Il s’agaçait. Il fatiguait. Et par un principe ou sous une influence mystérieuse, cet énervement se transformait en colère, cet agacement en exaspération et cette fatigue en désespoir. Pourquoi est ce que les gens ne pouvaient pas s’empêcher de s’attaquer justement à ceux qui ne pouvaient pas se défendre efficacement ? Quelle satisfaction cette femme pouvait elle avoir à se moquer de lui de la sorte, sans qu’il n’ait la moindre chance de répondre ou de riposter ? C’était pathétique. C’était ridicule. C’était « C’est minable comme attitude. » Le mot, la phrase, lui échappa. Sans qu’il n’y prenne garde. Vraiment ? Lawrence soupira en fermant les yeux. Déjà qu’il ne comprenait pas des masses les autres, mais là il ne se comprenait plus non plus. Parce que depuis ton réveil, tu t’es déjà compris ? S’il n’avait pas été dans un lieu public, Lawrence se serait pris la tête entre les mains pour mieux hurler – ou marmonner au choix – des ta g#eules à n’en plus finir pour faire taire ces remarques qui suintaient dans son esprit comme une moisissure toujours plus envahissante qui refusait de partir malgré tous ses efforts. Mais la seule réaction visible fut sa main se serrant autour de la tasse de café sans aucune considération pour sa survie et les parois encore brûlantes. Il en avait assez. Assez de tout. De Svenja. De Cordelia. De Kathleen. De son amnésie. De sa fatigue. De ses doutes. De son incapacité à avoir un comportement cohérent. De ces réflexes qui jaillissaient sans prévenir. De cette voix dans sa tête qui loin d’être un signe de folie n’était que le reflet d’une attitude qu’il avait eue pendant plus de trente ans.

« Mais parce que se moquer, c’est la seule chose décente à faire lorsqu’un homme adulte vous fait le coup du chiot perdu… Je ne sais pas de quel arc-en-ciel vous venez de vous faire parachuter mais pour obtenir quelque chose des gens, il vaut mieux exciter leur intérêt que leur pitié, surtout par les temps qui courent.» Le coup du quoi ? Parce qu’elle aussi elle pensait que ce n’était qu’un jeu ? Etait-elle réellement persuadée qu’il ne faisait que simuler, qu’il se contentait d’improviser, d’imiter l’homme totalement égaré et paumé qui était sorti du coma sans le moindre souvenir ? Des larmes perlèrent aux coins de ses paupières sans que Lawrence ne parvienne à savoir si c’était de la colère qui en était la cause ou juste sa détresse. Qu’elle adoucisse sa voix ne changeait rien à ses mots et à leur portée. «Regardez-vous, à deux doigts de faire une syncope juste pour une petite blague…» Et bien oui, il se regardait. Tous les matins. En se demandant si c’était bien lui devant le miroir, qui se cachait derrière ses cheveux noirs, ces cicatrices, cette moue naïve et crédule, ce bracelet de tissu flottant autour de son poignet. Il secoua la tête, faisant voltiger au passage ses cheveux un peu longs. « et ça vous apporte quoi de me le rappeler ? » Sa voix ne fut qu’un filet d’air étouffé par l’étrange ballet des doigts de la russophone. «Je ne prétends pas que c’est moral de rire du malheur des autres. Mais un minimum d’amour propre ne ferait pas de mal de votre côté. Quel genre de maladie vous empêche d’en avoir ? Ok, je suis injuste, je l’ai eu ma démonstration d’amour propre. Mais beaucoup trop tard ! » Lawrence en avait assez. Vraiment. Elle s’acharnait, elle remuait le couteau dans la plaie béante, elle la saupoudrait de sel et de citron. S’il exagérait ? Certainement pas. Son menton eut beau désigner le précieux carnet du Mécanicien, il ne daigna même pas suivre le mouvement du regard, mâchoire crispée, lèvres pincées. « Vous avez eu le temps de noter ça correctement au moins ? » En quoi ça t’intéresse c#nnasse, tu manques d’inspiration pour ce que tu appelles humour ? Lawrence écarquilla les yeux à cette pensée fugace qui lui traversa l’esprit et le sidéra par sa vulgarité et son acidité. Un petit « Oui » fut autorisé à franchir ses lèvres, alors qu’il se demandait comment et surtout quand il allait enfin s’extraire de toute cette nasse dans laquelle il s’emmêlait chaque seconde un peu plus. Une respiration de flottement, Lawrence se sentit obligé d’ajouter un tardif « Merci quand même » plus que sincère et honnête : teinté de cette blessure que les moqueries lui avaient infligée. Lentement, il fit tourner le carnet entre ses doigts maladroits, avant de le ranger dans sa poche de peur de l’oublier sur la table – il en était parfaitement capable puisqu’il pensait d’expérience – et de heurter la tasse heureusement vide dans son mouvement. Ce fut le bruit de verre sur la table qui le força à sortir du silence, le faisant presque sursauter. Dans un mouvement brusque, trébucha sur sa chaise, heurtant la table, se prenant les pieds dans ses chaussures et oscillant dangereusement sur le bord du trottoir situé dans leur dos, Lawrence parvint à se rétablir de justesse et à être enfin debout.

Sa lèvre malmenée dans un instant d’incertitude, Lawrence se passa une main dans les cheveux, s’appuyant avec l’autre sur le dossier du siège. « Du coup… je ne vais peut être pas vous retenir plus longtemps… je… » Ses yeux voltigèrent de Svenja vers la table pour revenir sur la tâche de café. Sortant nerveusement, d’une main tremblante, son carnet il en arracha l’une des pages pour mieux noter le numéro qu’il s’efforça de lire sur son poignet. Pliant la page, il la tendit à la Russophone. « Ce… c’est mon numéro si… vous… Enfin, ne vous méprenez pas, hein, c’est que… » Il tenta de désigner la chemise de Svenja mais n’eut que l’impression de pointer sa poitrine ce qui, cumulé à son numéro si discrètement donné, lui donna l’impression d’insister sur un double sens plus qu’involontaire. « C’est juste que je tiens à vous rembourser, hein. » Ses mains s’agitèrent comme si leurs simples battements pouvaient lui permettre de tout effacer. Peine perdue. Il voulait disparaître. Et un pas en arrière lui permit d’exaucer ce dernier souhait vu qu’il buta sur le bord du trottoir et s’écroula sur le bitume. Minable. Oui.

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