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 The past is just a story we tell ourselves ✦ ft. Wesley

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MessageSujet: The past is just a story we tell ourselves ✦ ft. Wesley   Dim 9 Nov - 19:04

La petite pièce aux murs lambrissés baignait dans une atmosphère tendue. Les tas de documents administratifs posés en petits tas prêts à chanceler au moindre mouvement brusque étaient le reflet de l’état d’esprit dans lequel Eileen se trouvait en cet instant. Bon sang qu’elle détestait ces visites ! Elle aurait tout donné pour se trouver ailleurs en ce moment-même. Malheureusement, elle ne pouvait y échapper. C’était elle la directrice de l’orphelinat et il aurait paru suspect qu’elle ne soit pas là pour accueillir le défilé suivant l’homme important de la journée. Elle laissa un petit rire s’échapper de sa gorge, qui ne trouva aucun écho dans le silence qui régnait là, seulement pour quelques instants encore. L’Irlandaise aimait son bureau parce qu’il était à son image tout en conservant un peu de l’ancienne propriétaire de l’établissement. Comme une passation de pouvoir qui était toujours là, dans l’ameublement de la pièce. Elle devait néanmoins être un peu plus bordélique que son prédécesseur.


Eileen jeta un coup d’œil rapide à l’horloge trônant au-dessus d’une armoire de rangement. Il était temps d’y aller si elle ne voulait pas faire attendre son « invité », ce qui n’aurait pas été très poli. Mais surtout elle n’avait pas envie de se manger une remarque. Ça avait le cas une fois. Cinq minutes de retard à cause d’un des enfants, qui avait réclamé son attention. Elle s’était arrêtée pour l’écouter et avait eu la joie de se prendre une remarque cinglante d’un type qui pensait que la taille de son portefeuille lui permettait de ne mettre aucun tact dans ses propos. Foutus politiciens. Elle détestait avoir affaire à eux mais malheureusement, elle n’avait pas trop le choix. Ceux qu’elle exécrait étaient ceux qui faisaient vivre l’orphelinat. Sans eux, elle n’arriverait pas à faire vivre son établissement. Et il était hors de question qu’elle les laissa fermer l’orphelinat et mettre tous ses protégés dehors. Alors mordre sur sa chique était son quotidien. Et les faux sourires étaient tellement faciles à réaliser…


Ouvrant la porte de son bureau, elle traversa le couloir qui la mènerait à l’entrée de l’établissement. Quelques jeunes enfants jouaient dans une des salles jouxtant le secrétariat où sa collègue s’entretenait visiblement un couple voulant adopter. Elle ralentit sa marche pour jeter un œil discret vers les silhouettes qui se dessinaient dans l’entrebâillement de la porte. Sa collègue l’aperçut et lui fit un sourire rapide avant de se concentrer à nouveau sur eux. S’ils remplissaient tous les critères, alors elle serait amenée à les croiser dans la suite du processus d’adoption. C’était toujours excitant de rencontrer des futurs parents, même si c’était définitivement beaucoup trop rare. Surtout ces temps-ci. Le contexte dans lequel ils vivaient rendait les gens peu enclins à croire en l’avenir. Alors comment envisager adopter si on avait peur soi-même de ne pas savoir surmonter les difficultés de l’existence ? Comment s’occuper d’un autre être alors qu’on ne pouvait déjà pas prendre soin de soi correctement ? Le nouveau Gouvernement semblait avoir apaisé un peu le climat général, mais Eileen savait que derrière le calme se cachait toujours la tempête. Alors la prudence était toujours de mise.


Tournant le coin du couloir de l’entrée, elle constata que celui qu’elle attendait arrivait, guidé par quatre gardes du corps. Quelques secondes plus tard, il franchit les portes de l’orphelinat, alors qu’elle ne le quittait pas du regard. Son costume-cravate tiré à quatre épingles faisait de lui un intrus dans cette atmosphère particulière et enfantine. Derrière, dans les autres salles, Eileen savait qu’on préparait les enfants pour assister au speech que tiendrait l’homme politique dans peu de temps. Un discours qui prônerait le Gouvernement en place, et ferait de la résistance un ennemi à éliminer. C’était la contrepartie à l’argent qu’il donnait à l’établissement. Du donnant-donnant qui était loin de lui plaire mais, encore une fois, elle devait se taire. S’avançant vers lui, elle lui serra la main et entama les politesses de circonstances. Et alors qu’elle lui indiquait la direction à prendre pour effectuer l’habituel tour des lieux, son regard accrocha celui d’un des hommes qui l’accompagnait. Ils étaient tous pareils et elle n’avait pas l’habitude de s’intéresser à eux, qui n’étaient que l’ombre de celui pour qui ils travaillaient. Mais elle ne pouvait oublier cet homme-là. Elle le fixa sans oser formuler la moindre question, ses yeux trahissant sa surprise, mais aussi un certain effroi. Wesley Windsor. Que faisait-il là ?
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MessageSujet: Re: The past is just a story we tell ourselves ✦ ft. Wesley   Mar 11 Nov - 20:09




« Windsor ! » Pas de réponse. « Windsor ! » fit l'homme, secouant l'intéressé. Rien à y faire, la carcasse demeura inerte. Agacé, le quidam expédia un puissant coup de poing dans les côtes de l'ex-truand, ce qui eut pour effet d'enfin le tirer de son sommeil de plomb. « Uh ? » fit-il éloquemment, la douleur ne s'inscrivant guère dans son esprit embrumé. « Ils sont là. » grogna Roger. Le Hunter scruta les alentours d'un regard morne et repéra en effet la limousine luisante se garer le long de l'accotement. Il plaqua ses deux mains sur son faciès rugueux et le massa mollement, essayant vainement d'apaiser la colère de la migraine qui menaçait de lui fendre le crâne. Coulant un regard dans le rétroviseur, Wesley s'examina critiquement : ses yeux, hagards et injectés de sang, étaient soulignés de profondes cernes, son teint était cireux. « T'aurais dû me laisser crever où j'étais. » soupira le chien du gouvernement. « Frost aurait pas apprécié que son protégé lui fasse faux bond. » rétorqua Roger de sa voix grave. Aux aurores, Roger fut contraint d'aller repêcher son binôme au fin fond d'un bar sordide de Storyville, où celui-ci s'adonnait joyeusement à une session d'auto-destruction, afin d'honorer la quémande du Ministre : que Wesley Windsor fasse partie de son escorte. Ce dernier, qui préférait mille fois se noyer au fond d'une bouteille, se vautrer dans son spleen et maudire Aurora de s'être donnée la mort, ne put toutefois pas s'esquiver : il était délicat de refuser une faveur à l'homme qui lui avait permis de passer l'uniforme noir.

Vaille que vaille, Wesley s'extirpa de la voiture – le plus anodin des mouvements lui semblait être un effort insurmontable - se traîna jusqu'à l'auguste carrosse. L'alcool exerçait toujours ses vertus sur l'organisme de la brute ; une épaisse brume enveloppait son esprit et l'acuité de ses sens était émoussée. Néanmoins, il pouvait toujours ressentir cette lourdeur dans son cœur, ce vide, cette douleur qu'avait laissé l'italienne derrière lui, qu'aucun volume de liqueur ne pouvait ni combler ni lénifier. La nouvelle était tombée quelques jours auparavant et jamais n'aurait-il pu prévoir ce revirement de situation et l'impact que celui-ci aurait sur lui. Ce ne fut qu'une fois disparue que Wesley se rendit compte à quel point il s'était attachée à elle et à quel point ses démons avaient ravagé l'esprit fragilisé de la belle. Elle avait cédé, elle s'était rendue à ses tourments, elle l'avait abandonné.

Le Hunter ouvrit la portière de la limousine et Jefferson Frost en sortit, sourire suffisant aux lèvres, arborant un costume onéreux qui dénotait du faste dans lequel ce flagorneur vivait. Ce genre d'atours allait immanquablement détonner dans cet établissement aux revenus modestes. Quel manque de tact patent.
Le Ministre, ayant fait une donation substantielle à l'orphelinat, venait visiter le bâtiment ainsi que ses résidents et s'apprêtait à les haranguer avec un discours de propagande, dogmatique à souhait, portant au pinacle le vertueux gouvernement et diabolisant l'abjecte résistante. Manœuvre retorse digne du politicien émérite qu'il était ; l'on ne se hisse pas jusqu'aux plus hautes strates du pouvoir sans être un tant soit peu fourbe. Ainsi donc, quatre assassins et un terroriste en col blanc venaient saluer les gosses floués par la providence. Cette toile révoltante amena un rictus méprisant sur les lippes du spadassin.

Une fois arrivé aux portes, Wesley se figea, abasourdi, rattrapé par un vestige d'une autre vie ; devant lui se tenait Eileen Wilde, une ancienne employée de son oncle, qui l'avait jadis éconduit. Elle lui avait fait part de ses souhaits de travailler au service des orphelins, le Hunter ayant même tenté de profiter de l'aubaine afin de faire grossir les rangs du cartel. Cela n'avait pas traversé son esprit éperdu que c'était elle, désormais, qui tenait les rênes de l'établissement. Windsor demeura interdit tandis que Frost saluait la jeune femme avec profusion, faisant montre d'une courtoisie finement simulée.

La visite de la bâtisse se passa sans accroche, le Hunter ayant préféré garder un profil bas. Les infrastructures étaient somme toute humbles mais salubres. Tous les résidents étaient pour l'heure rassemblés dans le réfectoire, attendant que l'invité de marque daigne commencer son homélie biaisée. Certains jeunes contemplaient le politicien avec des yeux écarquillés, d'autres le lorgnaient avec des regards emplis d'une hostilité non-dissimulée. Soucieux de crever l’abcès et d'arrêter de repousser l'inévitable, Wesley avisa une porte au fond de la salle et s'engouffra dans les cuisines, suspectant que la directrice lui emboîterait le pas, ce qu'elle fit quelques instants plus tard. « Bonjour Eileen. » fit-il sobrement. « Je ne pensais pas te revoir. » Le temps avait été bon avec elle, les années n'avaient pas creusé son agréable visage, n'avaient pas fané sa beauté. « Félicitations pour ta promotion. » ajouta-t-il gauchement. Il espérait que la conversation resterait civile, il n'avait pas le cœur à se battre aujourd'hui.

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MessageSujet: Re: The past is just a story we tell ourselves ✦ ft. Wesley   Mer 12 Nov - 22:33

Son esprit n’était plus occupé que par la silhouette de cet homme sorti d’un autre temps. Il détonnait dans ces lieux, presque autant que celui qu’il accompagnait, mais d’une manière singulière. Ce souvenir d’une existence passée ressurgissait brutalement, sans prévenir, à la manière dont d’autres réminiscences éteintes réveillaient des douleurs dans son âme, autant que dans son corps, lorsque, la nuit, ils se transformaient en cauchemars dont elle ne sortait jamais réellement intacte. Son cœur avait pris l’habitude d’adapter ses battements à ces instants de tourment, pour se protéger comme il le pouvait. Chaque matin, elle avait le sentiment illusoire d’être capable de vivre la journée qui se présentait à elle comme si de rien n’était. Puis venait la nuit suivante. Et alors, tout recommençait. Cette chaîne sans fin, aux rotors bien huilés, rythmait sa vie alors qu’elle aurait voulu s’en défaire. Il devait être possible de gripper le mécanisme, non ? Il lui suffisait d’un petit élément, une poussière dans l’univers… juste pour donner un coup de pouce au destin. Mais peut-être qu’à force d’espérer, elle avait fini par repousser le positif de son existence. Pour ne laisser que le désespoir.

La visite de ce qu’elle appelait désormais son orphelinat n’aida pas à apaiser sa conscience torturée. Dès l’instant où ses prunelles avaient accroché les siennes, Eileen s’était interrogée sur sa présence en ces lieux. La dernière fois qu’elle l’y avait croisé, les circonstances avaient été loin d’être optimales. Sa mémoire fit surgir des images de leur première rencontre, dans le bar de l’oncle de ce dernier. Puis d’autres, certaines floues, mais quelques-unes encore très vivantes. La colère qui l’avait envahie ce jour-là, il y a plusieurs années de cela, semblait encore demeurer en elle. Comment avait-il pu vouloir enrôler des jeunes orphelins dans l’organisation de sa famille ? Pour l’Irlandaise, cela avait marqué la fin de la relation plus ou moins affable qu’ils entretenaient. Elle avait eu l’impression de défendre son territoire. C’était peut-être bien ce qu’elle avait fait. Allait-elle devoir réitérer son geste aujourd’hui ? Cela l’angoissait. Ne pas connaître les desseins d’autrui restait après tout une de ses plus grandes peurs, même si elle avait bien conscience de ne pas toujours pouvoir tout contrôler. Le sol s’érodait constamment sous ses pieds, sans qu’elle ne puisse trouver une base solide pour son futur.

Elle avait dû faire semblant devant celui qui était son invité. Le terme lui déplaisait mais c’était néanmoins ce qu’il était en cet instant. Camouflant la grimace qui lui venait naturellement à devoir converser avec un tel individu, sa visite s’était faite rapide et efficace. Il était inutile de s’étaler sur le sujet. Le seul intérêt de cet énergumène résidait dans le profit. Gain de temps. Gain d’argent. Et son monde serait parfait. Elle exécrait cette engeance qui était à l’opposition de ses convictions, de son travail et de tout ce qu’on lui avait inculqué étant enfant. Souvent, l’idée qu’elle trahissait qui elle était effleurait son esprit. Elle haïssait ces jours-là aussi. Puis, le sourire d’un des enfants sous sa garde lui rappelait pourquoi elle luttait. Pourquoi elle était en vie.

Lorsque le discours de l’intrus débuta, dans le silence presque parfait du réfectoire, elle laissa son regard dériver vers Wesley. Il était toujours là, non loin d’elle. En se déplaçant de quelques pas, elle aurait pu se trouver à ses côtés. C’était perturbant. Elle n’aimait pas que le passé se rappelle à elle sans l’avoir sollicité. Elle prit le temps d’analyser son visage. Ses traits paraissaient tirés et il n’avait pas l’air d’être d’humeur joyeuse. Les années avaient marqué sa physionomie, accentuant le côté charismatique qu’elle lui avait toujours trouvé. Eileen lui avait constamment envié cette force qui transparaissait de son être. C’était certainement pour cette raison qu’elle s’était intéressée à lui. Du moins au début. Avant de rejeter les valeurs qui étaient les siennes, et celles de sa famille. Et de changer d’emploi à la même occasion. Sans avoir le temps d’approfondir ses pensées à son propos, il se détacha du petit groupe, et prit la porte de la cuisine. Clairement, il l’invitait à le suivre. Emboîtant le pas dans cette même direction, Eileen délaissa l’auditoire en face d’elle et s’esquiva de façon discrète.

Sa voix plana quelques instants dans la quiétude de la cuisine abandonnée momentanément. Cette voix qu’elle n’aurait jamais pensé entendre à nouveau. « Wesley. » Elle laissa un demi-sourire flotter sur ses lèvres. « Tu n’es pas le seul. » Comme c’était curieux. La dernière fois qu’ils avaient parlé, elle avait expulsé hors d’elle toute la colère qu’elle ressentait contre lui. Et là, rien. Comme s’il n’était pas un ennemi. Avait-elle rêvé cette animosité qu’elle éprouvait à son égard ? Tout cela avait pourtant bien été réel. Elle se força à prendre un visage neutre. « Que fais-tu ici ? Avec lui ? » Esquissant un geste vers celui qui se trouvait derrière la porte, ses yeux restèrent fixés sur Wesley. Aucune trace d’énervement dans son ton. Simplement de la curiosité. Et de la méfiance. « Je ne t’aurais pas cru un adepte du nouveau gouvernement. » Ce n’était pas une question, ni réellement une affirmation. Elle avait sorti cela sans attendre de réponse. Avec un peu plus de dureté dans sa voix, elle demanda : «  Dois-je m’inquiéter de te voir ici ? »
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MessageSujet: Re: The past is just a story we tell ourselves ✦ ft. Wesley   Ven 14 Nov - 22:21




Wesley pendit une cigarette à la commissure de ses lèvres, patientant, décomptant les secondes qui s'égrenaient, se préparant face à la mercuriale qu'il allait subir d'un moment à l'autre. Toutefois, il n'en fut rien ; pas de cris, pas d'invectives juste un salut dépourvu de froidure, d'animosité. Le Hunter était sidéré, si bien que durant un fugace instant, la surprise s'inscrivit clairement sur son visage au teint cendreux. La disparité entre leur dernière conversation et celle-ci était stupéfiante : naguère, Eileen avait expectoré toute sa haine, son mépris, épanché son fiel, jeté au faciès du milicien une kyrielle d'injures. À présent, l'on pourrait presque la qualifier d'amène, quoiqu'un peu méfiante, semblant lui octroyer le bénéfice du doute. Une deuxième chance que ne méritait certainement pas Wesley mais dont il allait tout de même profiter éhontément. « C'est une longue histoire. » fit-il évasivement. « Disons simplement qu'il m'a à la bonne depuis que j'ai sauvé son gosse. » fit-il, avec sa jactance légendaire, ne pouvant résister à la tentation de se vanter, cette sempiternelle outrecuidance, dont il n'arrivait pas à faire fi, alors qu'il essayait de se repentir aux yeux de la directrice. « Je ne suis qu'un de leurs chiens, j'aboie quand on me dit d'aboyer, je mords quand on me dit de mordre. Ça ne veut pas dire que je cautionne toutes leurs actions et idées mais je suis contraint d'y obéir. » À vrai dire, les méfaits et roublardises du gouvernement lui importaient peu et les horreurs que la brute avait commises en son nom ne le privaient pas de sommeil une fois la nuit tombée. Les animaux de son acabit ne s'encombraient pas de conscience, de morale et autres foutaises de ce type. Il pouvait tuer, brutaliser et mentir sans sourciller, il était ainsi fait. « Je n'aime pas ça mais je dois pourvoir aux besoins de ma fille et les gens enclins à embaucher un repris de justice ne courent pas les rues. » fit-il, évoquant June, espérant de la sorte tirer sur la corde sensible de la jeune femme, afin de battre en brèche l'image peu rutilante qu'elle pouvait avoir de lui. C'était là sans nul doute la seule once de vérité dans ses palabres : il désirait le meilleur pour son enfant, rien n'était trop beau pour la chair de sa chair. Il aspirait à lui bâtir un univers sain, quiet, autant éloigné de la violence que faire se peut. Et si ce jardin d’éden devait être érigé sur des monceaux de cadavres, ainsi soit-il.

D'un bond, Wesley se percha sur un plan de travail, faisant tomber ses cendres dans l'évier d'une pichenette, laissant son regard vagabonder aux quatre coins de la pièce. Tout était immaculé, étincelant. « Non. » lâcha-t-il uniment. La prison m'a changé. voulut-il ajouter. Je suis pire qu'avant. « Je suis du bon côté de la loi désormais. » Il se massa les tempes, toujours accablé par cette migraine qui lui vrillait le crâne. Le Hunter avait beau être un représentant de l'ordre, il n'en était toujours pas moins une bête ivre de pouvoir et dont la soif ne cessait de s'accroître.
Il reporta son œillade sur Eileen ; était-elle prête à croire les mensonges que le milicien débitait ? Était-elle crédule à ce point ? Peut-être était-ce le cas, peut-être pourrait-il jouer le feu à sa faveur et faire un retour lumineux dans les bonnes grâces de la belle. Il tira distraitement sur sa clope, songeur, contemplant les volutes de fumée s'étirer paresseusement dans l'air. L'orphelinat ne revêtait aucune espèce d'importance à ses yeux, il ne pouvait en tirer profit. Néanmoins, ce pourrait piquer l'intérêt de Kyran ; des jeunes désœuvrés et impressionnables étaient des proies aisées et faisaient des sbires zélés. Toutefois, pour mener à bien ses desseins fort peu louables, le chien du gouvernement devrait faire preuve de finesse et patience. « Tu n'as pas l'air de porter le Gouvernement dans ton cœur. » fit-il nonchalamment, tentant ainsi de déterminer quelles étaient réellement les vues de la jeune femme sur le pouvoir en place. « Honnêtement, Frost est inoffensif comparé aux autres. Pas un saint, certes mais il n'est rien par rapport à certaines raclures que j'ai eu le plaisir de rencontrer. Un remerciement dans la presse t'assurera des donations supplémentaires dans le futur. » fit-il, plantant son regard opalin dans celui de l'Irlandaise, se rappelant pourquoi il avait tant cherché à séduire la captivante demoiselle. Naguère, ses fourberies avaient été motivées par son désir de vengeance ; aujourd'hui, il n'était plus mû que par l'appât du gain.

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MessageSujet: Re: The past is just a story we tell ourselves ✦ ft. Wesley   Lun 24 Nov - 19:04

Il se montra plus loquace qu’elle ne l’aurait pensé de prime abord. Semblant également tirer un trait sur ces années passées, faisant comme s’ils s’étaient quittés la veille. Eileen avait perçu la surprise sur son visage lorsqu’elle n’avait pas haussé le ton à son égard. Que pensait-il ? Cette dispute lui restait en mémoire, mais, depuis, l’eau avait coulé sous les ponts. Il n’était pas bon de rester bloqué sur le passé, et l’Irlandaise le savait mieux que personne. Cependant, le pardon n’était pas toujours au bout du chemin. Le temps passe, mais n’efface pas le négatif. Et son calme pouvait rapidement se transformer s’il la mettait mal à l’aise ou si elle se sentait menacée.

« Tu as fait ça ? Dans un autre temps, il me semble que tu corrompais les enfants, plutôt que de les sauver. Il s’est passé quoi pour que tu en arrives là ? » L’ironie était clairement présente dans ses propos. Et son ton était en accord parfait avec ceux-ci. Mais derrière l’ironie, on pouvait déceler les traces d’une histoire qu’elle n’avait jamais réellement digérée. On ne s’en prenait pas à ses protégés, qu’on s’appelle Wesley Windsor ou pas. Si un jour elle lui avait porté une quelconque estime, c’était avant d’apprendre à le connaître, et de découvrir ce qui se cachait réellement derrière ce visage et cette personnalité hors du commun. Un temps, il l’avait intriguée. Puis, elle avait quitté son job dans le bar de son oncle – avec des raisons très motivées – et ils ne s’étaient revus que pour ternir à nouveau la relation qu’ils entretenaient. Et tout cela était de sa faute à lui. Uniquement. « Il y a plusieurs trous à combler dans ton histoire, depuis que nous nous sommes quittés. Enfant et prison ? Je ne sais quelle histoire te demander en premier. » Visiblement, son âme avait choisi les mots à sa place. Si son cœur ne savait quoi penser de la présence de Wesley en ces lieux, et hésitait encore entre la politesse et la rudesse, son esprit, lui, savait très bien ce qu’il fallait lui dire. L’oubli ne pouvait être toléré. Les actes trahissent qui nous sommes en réalité. Et Wesley était bien trop opposé aux valeurs que défendait Eileen que pour accepter d’être désinvolte avec lui. Ce n’était pas un vieil ami qu’on recroisait après des années de séparation. Ils n’avaient jamais été amis, ou proches d’une quelconque manière. Pour être honnête avec elle-même, Eileen songea qu’il ressemblait plus à un ennemi qu’autre chose. Et vu la compagnie qui était la sienne en ce moment, elle n’était pas sûre qu’elle soit plus agréable que celle de cette époque révolue.

Les mots de l’Américain ne la rassurèrent pas spécialement. « Le bon côté ? » Elle esquissa une moue, qui quitta rapidement ses traits. Elle-même n’était pas sûre de savoir s’il existait un bon côté en ces temps troublés. L’ancien gouvernement avait bien prouvé qu’avoir le pouvoir peut faire tourner les têtes et amener une tyrannie. Le nouveau était-il si différent ? Un sourire, un geste rassurant de la part des dirigeants pouvaient-ils effacer les souffrances endurées par le peuple de La Nouvelle Orléans ? En quoi le chemin tracé aujourd’hui par les puissants était-il différent de celui qu’on suivait depuis que le monde avait sombré dans un chaos mondial ? Le chemin n’avait pas bifurqué. On avait simplement placé un voile devant les yeux de ceux qui avançaient dessus, pour faire croire à une réalité différente, pleine de couleurs et de joie. Mais derrière ce bout de tissu fragile, rien n’était fondamentalement différent. Et bientôt, la brise viendrait.

Un sourire vint flotter sur ses lèvres quelques secondes. Cette question était logique, mais la réponse n’était pas aussi facile. Ses convictions étaient claires, mais elle n’avait pas suffisamment confiance en l’homme devant elle pour balancer ses idées. Ce ne serait pas prudent. Et prudence est mère de sureté. Les mots de son père glissaient sur sa mémoire, effleurant d’autres souvenirs. « Il serait mal avisé de dire cela, alors que l’homme que tu défends nous a gentiment fait un chèque qui payera largement les frais des mois à venir. Mais je pense que tu me connais un peu, tu dois te douter de mon avis, sans que j’ai à dire quoi que ce soit. » Il n’était pas stupide. Elle savait qu’il connaissait quelque peu sa manière de voir les choses, libre à lui donc de déduire ce qu’il voudrait. Et puis son passé à lui était loin également du gouvernement et de ce genre de vie. Elle ne comprenait pas ce qu’il cherchait en bossant pour un puissant comme Frost. « Heureusement qu’ils ne sont pas tous à mettre dans le même panier, ou je perdrais définitivement foi en l’Homme. » Est-ce que ce n’était pas déjà fait ? Parfois, elle doutait de tout. Remettre en question sa propre existence ne l’aidait pas à avancer, mais certains soirs, la solitude pesait sur ses épaules de façon singulière, et alors, il était tellement facile de partir à la dérive… « Des remerciements. Oui, bien sûr, de toute façon ce n’est pas comme si je pouvais décemment faire autrement. » Un soupir évocateur s’échappa de sa bouche. « Tout cela me semble tellement hypocrite. » Elle secoua la tête de gauche à droite deux fois, baissant le regard, plongée dans ses pensées.

Relevant la tête, ses yeux parcoururent la silhouette de Wesley, perché sur le plan de travail, à côté de l’évier. Elle croisa les bras en s’appuyant contre le mur érigé derrière elle. « Tu sais que c’est un orphelinat ici ? Fumer est interdit. »
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MessageSujet: Re: The past is just a story we tell ourselves ✦ ft. Wesley   Sam 29 Nov - 12:21




Une grimace fugace vint tordre le visage de Wesley aux suites de la pique cinglante que venait de lui jeter la jeune femme. Sous ses airs placides, elle semblait toujours nourrir une certaine rancune à l'encontre du Hunter, ce qui était naturel ; Wesley aurait été sot d'espérer que les choses se passent si aisément. S'il désirait jouer le feu à sa faveur, son plaidoyer allait devoir être substantiellement plus convaincant. Il haussa les épaules, ne sachant guère comment retourner la vapeur : « Ça s'est passé peu après ma sortie de prison. Crois-le ou non, quand on a goûté à l'univers carcéral, on fait tout pour ne pas réitérer l'expérience. » Techniquement parlant, il ne s'agissait pas là d'un nouveau mensonge : le bagne avait été un putain de trou infernal, une jungle inhumaine, où toutes les bêtes odieuses aspiraient à festoyer sur sa carcasse. Y retourner était au dessus de ses forces. Toutefois, l'irrésistible appel de ses vices s'érigeait en primat, gommait ses instincts de survie. D'ailleurs, la curiosité d'Eileen semblait été avoir été piquée par les précédentes révélations du milicien, elle brûlait d'en savoir davantage. Peut-être était-ce là l'occasion rêvée pour Wesley de rétablir son aplomb, de recouvrer un peu de contrôle sur la situation qui semblait de plus en plus lui glisser entre les doigts. « Ces deux histoires sont liées, à vrai dire. Ma copine de l'époque est tombée enceinte. Nous étions tous les deux jeunes, trop sans doute, on ne roulait pas sur l'or mais on voulait que le bébé ne manque de rien. » fit-il, haussant derechef une épaule. « J'ai fait ce que je croyais avoir à faire pour atteindre ce but. Jusqu'à ce que le deal de trop arrive. » dit-il, demeurant vague. Il s'était toujours cru au dessus des lois, invincible et son outrecuidance avait eu raison de lui. Aveuglé par l'arrogance, il n'avait pas senti l'étau se refermer sur lui. Jamais il ne pourrait se pardonner d'avoir failli de la sorte, d'être tombé si aisément. Tout ce qu'il avait réussi à accomplir, ce fut de priver June de son père pendant six longues années. Tant leur avait été dérobé par cette incarcération, par cette idiotie : la naissance de son enfant, ses premiers mots, ses premiers pas. Tant d'instants uniques qui ne reviendraient jamais, par sa faute. Oh, peut-être aurait-il pu, à force d'innombrables exercices mentaux, se persuader que le blâme incombait aux scélérats qui l'avaient vendu aux autorités, ou encore à la cruelle providence, mais tout cela n'aurait été que poudre aux yeux ; c'était sa cupidité qui l'avait envoyé spiraler hors de contrôle, il avait été le propre artisan de sa déchéance. C'était là la vérité sans fard, se voiler la face aurait été futile, dangereux même.
Wesley commençait à dériver vers des eaux troubles, à s'engager sur une pente glissante ; ressasser ces événements n'était jamais bénéfique pour lui, leur simple évocation étant suffisante pour faire sourdre le dégoût qu'il s'inspirait.
« Tu veux voir une photo ? » demanda-t-il à brûle-pourpoint, tentant vaille que vaille de s'arracher à ses contemplations nébuleuses. Sans attendre la réponse de la jeune femme, le Hunter extirpa son porte-feuille de la poche arrière de son jean et en sortit une photo, prise il n'y a guère longtemps. Sur l'image, l'on pouvait une June rayonnante, sa chevelure auburn ramenée en une longue queue, ses yeux bleus de faïence, hérités de son père, où l'innocence était encore clairement visible et un sourire si similaire à celui de Blake. « Elle s'appelle June, elle aura bientôt sept ans. » fit-il, ses lèvres étirées en un sourire vrai.
Le milicien éluda la question d'Eileen ; disserter sur l'éthique, le bien-fondé des lois ne l'intéressait absolument pas, il ne s'encombrait pas du sens moral, d'une quelconque forme de conscience, les hommes de son acabit ne pouvaient se permettre ce luxe superflu. Il avait une vision beaucoup plus pragmatique des choses : être du '' bon '' côté de la loi signifiait pour lui l'user à dessein, afin de s'arroger des privilèges et de contourner la case prison.

La directrice de l'orphelinat continuait de se montrer quelque peu farouche, cauteleuse face à Wesley – ce qui était en soi probablement fort avisé – mais cela ne convenait guère au concerné. La loyauté que le Hunter vouait au Gouvernement n'était qu'une façade factice, il s'était affublé du Noir uniquement pour servir ses propres buts, il n'avait foi qu'en lui-même. Toutefois, il serait assez délicat d'annoncer cela à la dame. « Ça l'est sans doute mais nécessité fait loi. » se borna-t-il à dire. Windsor subodorait qu'Eileen était suffisamment lucide que pour voir les vraies couleurs du Gouvernement, percer à jour tous les artifices, voir à travers les œillères que le pouvoir en place s'évertuait à placer sur tout un chacun. Wesley n'était pas aussi optimiste qu'elle quant aux membres du Gouvernement, les besognes qu'il devait effectuer lui laissaient le loisir de deviner quel genre d'hommes ils étaient en vérité ; des terroristes en col blanc, tous. « En effet. Je pense honnêtement que mon bonhomme est mois véreux que le reste. » se contenta-t-il de dire.
Il se laissa glisser de son perchoir, soutenant le regard de la demoiselle, tenté quelques instants de lui tenir tête. Néanmoins, après avoir inspiré une longue et ultime bouffée de nicotine, il envoya son mégot dans l'évier d'une pichenette. « Désolé m'dame. » fit-il d'une voix joueuse. Il était temps d'accélérer les choses, de se racheter aux yeux d'Eileen. « Tu sais, avant tout ça, je faisais pas mal de boxe. J'étais pas mauvais et ça a beaucoup aidé mon impulsivité. Contrairement à ce qu'on entend souvent, ça permet de canaliser la violence plutôt que de l'exacerber. J'me disais que si jamais t'avais deux trois gamins un peu paumés ou turbulents, je pourrais peut-être les entraîner un peu, histoire qu'ils se défoulent et s'occupent. Ce serait la moindre des choses, après tout ce que j'ai fait … »

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MessageSujet: Re: The past is just a story we tell ourselves ✦ ft. Wesley   Jeu 4 Déc - 17:59

L’Irlandaise n’ajouta rien lorsqu’il évoqua son séjour en prison. Elle n’avait pas la nécessité d’en savoir plus, et la curiosité de savoir de quoi il retournait ne la titillait pas. Depuis qu’elle avait appris à le connaître, elle avait conscience que moins elle en saurait sur les agissements de Wesley Windsor, mieux elle se porterait. Tant que cela ne concernait pas l’orphelinat, elle ne voyait aucune raison de l’interroger davantage. D’autant que s’il avait envie d’en parler, il le ferait de lui-même. Cela ne manqua pas. Quelques instants plus tard, il fit prendre connaissance à Eileen de la raison pour laquelle il s’était retrouvé derrière les barreaux. Tout cela était louable, certes. Mais le Shadowhunter n’avait jamais su s’arrêter à temps. C’était comme s’il ne pouvait s’empêcher de faire le pas de trop, celui qui l’amènerait sans hésiter vers les limbes de l’enfer. Et elle était sûre qu’il savait tout ça. Ce qu’elle ne parvenait pas à saisir était les raisons qui le poussaient à continuer son petit jeu morbide. Jouer avec les autorités n’était jamais bon. Et au jeu du chat et de la souris, si cette dernière pouvait parfois déjouer les ruses du plus fort, en définitive, c’était elle qui finissait morte entre les pattes du prédateur. Eileen n’était pas certaine que Wesley se rende compte qu’il pouvait quelques fois tomber sur plus fort que lui. Et plus dangereux. Elle pour qui la prudence était toujours de mise, ce caractère emporté et tête brûlée lui paraissait ridicule et inquiétant. Elle mettait une distance avisée entre elles et ce genre de personnes. Et cela lui réussissait plutôt bien.

Son interlocuteur parut perdu dans ses pensées un bref instant, juste le temps de se ressaisir et il sortit une image de son portefeuille. Se penchant vers la photographie qu’il lui tendait, elle ne put s’empêcher de sourire à la vue de la petite fille qui en faisait de même sur le papier. Wesley avait une fille. C’était à la fois surprenant et inattendu. Mais le temps avait filé, irrémédiablement, et ce qui était jamais plus ne serait. Elle oubliait parfois que tout ne restait pas figé, que les choses évoluaient, suivaient leur cours, même si elle paraissait ne pas avancer au même rythme que le reste du monde. Se détournant de ses pensées négatives, elle fit un commentaire sur celle qu’elle voyait pour la première fois. Il ne fut nullement ironique. « Elle est très mignonne. Et c’est un beau prénom. » Son affection pour les enfants avait le pouvoir d’apaiser ses traits et de calmer son âme. Certains prenaient de la drogue pour se sentir mieux, certains allaient faire une heure de footing, elle, elle avait ses protégés. Et rien au monde ne pouvait la rendre plus heureuse. « J’ai cru comprendre que sa mère et toi n’êtes plus ensemble… ? La petite le vit comment ? » Dirigeant un orphelinat, Eileen ne savait que trop bien ce que pouvait engendrer la perte de repères familiaux stables. Et avoir une famille unie en faisait partie. Certes, tous les enfants ne réagissaient pas de la même façon face au divorce, ou à la perte d’un parent. Mais, de manière générale, cela altérait soit leur caractère, soit leur personnalité, et les changeait à jamais. C’était donc tout naturellement qu’elle avait voulu savoir ce que June avait en face d’elle et ce qu’elle affrontait au quotidien. Et puis, se disait-elle au fond d’elle-même, imaginer Wesley en père de famille semblait tellement irréaliste, qu’elle ne parvenait pas à créer dans son esprit l’image appropriée. Quel père était-il ?

« Nécessité fait loi. Oui, c’est vraiment ça. » En cet instant, rien ne semblait plus réaliste que cette phrase. Mais seriner à son cerveau cette idée ne l’empêchait pas d’exécrer servir ces donateurs qui se croyaient au-dessus de tout. Son regard soutint le sien lorsqu’il inspira une dernière fois l’air nauséeux de sa cigarette, avant de s’en séparer, descendant par la même occasion du plan de travail où il s’était perché. Si elle ne s’était pas attendue à sa visite, surtout sous cette forme, la suite de leur conversation l’étonna encore plus. Elle fronça les sourcils une seconde, et croisa les bras devant elle, signe – elle le savait – de sa gêne liée à ce manque de contrôle sur ce qui se passait à présent. Il voulait l’aider ? Au nom de quoi ? Elle n’aimait pas ça, et n’allait certainement pas mâcher ses mots. « Tu sais quoi ? Tu as presque réussi à m’attendrir, avec ta fille et ton nouveau toi. Mais je ne me rappelle que trop bien comment tu étais auparavant. Qu’espères-tu en me proposant cela ? Tu sais que je ne vais pas accepter sans opposer de résistance. Justement à cause de tout ce que tu as fait. » Oh ça non elle n’allait pas lui dire « amen » sans demander de quoi il retournait. Que croyait-il ? Qu’il pouvait se pointer comme une fleur après toutes ces années, et effacer son ardoise ? L’incompréhension se mélangeait à nouveau à une certaine appréhension négative. « Tu ne fais rien sans arrière-pensées. M’aider t’apporterait quoi ? » Jetant un coup d’œil derrière la porte pour voir où en était Frost, elle constata qu’il parlait toujours d’un ton très décidé. Il devrait en avoir encore pour quelques minutes, cela lui laissait le temps de tirer cette affaire au clair. La directrice reporta son attention à l’intrus qui encombrait la cuisine de son établissement. Elle aurait dû le foutre dehors dès le début.
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MessageSujet: Re: The past is just a story we tell ourselves ✦ ft. Wesley   Mar 9 Déc - 18:44




Avec une délicatesse presque pieuse, Wesley replaça la photographie dans son étui, un large sourire aux lèvres . Eileen avait raison ; elle était réellement mignonne. Certes, le Hunter manquait probablement d'objectivité sur ce sujet mais ses convictions n'en étaient pas moins authentiques.
Toutefois, le masque placide flottant sur le faciès du milicien vola bien vite en éclats aux suites de la question de la jeune femme, la température ambiante semblant chuter de quelques degrés. « En effet, elle m'a quitté lorsque le jugement est tombé. » Avait-elle flairé dans les paroles de l'ancien truand les effluves du mensonge ? Impossible, elle n'avait aucun moyen de subodorer les bassesses qu'il avait commises afin d'arracher June aux griffes de sa mère. « C'est difficile pour elle d'être ballottée d'un endroit à l'autre, de comprendre pourquoi ses parents ne sont plus ensemble. » fit-il, retrouvant bien vite son aplomb et ébauchant un fin sourire. « Sa mère et moi faisons le maximum pour diminuer l'impact que ça aura sur elle. » C'était aux antipodes de la vérité, bien entendu mais il aurait été difficile de révéler à la femme, qui était si dévouée à sa cause et à la protection des enfants, que Wesley, excédé par le manque de collaboration de son ex, avait été une nouvelle fois victime de son tempérament sanguin et kidnappé la petite. Petite qui, de surcroît, avait été grièvement blessée lors d'une échauffourée entre la résistance et les forces armées du gouvernement.

Il se mit à arpenter la pièce, coulant de longues foulées, décrivant de larges cercles autour d'Eileen. Sa proposition flottait dans l'air, entre eux, et la tension semblait presque palpable. Il s'attendait à un retour de flammes, à des paroles qui le vitrioleraient. Et somme toute, il ne fut pas déçu. Wesley arrêta sa progression et écarta les mains. « Okay, je vais t'épargner le couplet sur la façon dont la prison a fait de moi un homme nouveau parce que très honnêtement, ce sont des conneries. La prison ne fait pas changer les gens, elle te fout juste la peur aux tripes et te passe à tout jamais l'envie d'y retourner. » Cette honnêteté brutale n'était peut-être pas l'option la plus judicieuse mais le Hunter avait tout de même opté pour elle. « Deuxièmement, t'as l'air de croire que j'allais corrompre les jeunes parce que j'aimais ça. Je me serais volontiers passé de cette besogne. » Il s'agissait là aussi de la vérité ; Windsor avait beau être un homme abject, il avait toujours autant que faire se peut tenter de préserver les enfants et adolescents. C'était l'une des rares limites qu'il s'astreignait. « Il arrivait que mon oncle exige de moi certaines choses. Tu l'as déjà rencontré. Il n'est pas le genre d'homme auquel on peut dire non, tu le sais. » Wesley était un individu téméraire, d'aucuns le qualifieraient même d'impavide mais ce n'était pas tout à fait juste : il n'avait jamais été suffisamment intrépide que pour braver le courroux de son oncle. Voyez s'y là l'acte d'un couard, voyez s'-y la manifestation d'un instinct de survie ancré dans son cerveau reptilien, cela lui était égal. « Alors oui, je t'ai menti et j'ai utilisé ton orphelinat à mauvais escient. Je craignais plus l'ire de mon oncle que la tienne. » Il était devenu artisan de la destruction en se lovant dans la paume d'un prêtre de l'affliction ; serait-il devenu tisseur de lumière en se lovant dans celle d'un pape ? Probablement que non. Blâmer Balachev Ignatev pour ses déboires était aisé mais réducteur. L'essence de Wesley était originellement noire, ternie par la brutalité et la démence, une tache atavique qu'il partageait avec bon nombre des membres de son clan. L'environnement dans lequel il avait évolué et l'influence de son oncle avaient indubitablement servi de catalyseur mais le chemin du Hunter avait été appelé à se perdre dans les ténèbres depuis les prémices de son existence. Il s'agissait là de la main du destin, une force irrésistible, tenter de s'y opposer aurait été futile. « Je ne suis plus dépendant de personne à présent. Je n'ai rien à gagner. » reprit-il. « Honnêtement, que veux-tu que je fasse de trois gamins perdus qui ne connaissent pas les rouages de la rue ? » demanda-t-il, marquant une courte pause. « J'ai proposé ça parce que j'avais le sentiment que je le devais. Peut-être que ça me ferait du bien de faire une bonne action, pour changer. Je comprends ta réticence, je comprends ta méfiance. Si tu refuses, on en restera là, je retournerai à mon poste et tu n'entendras plus jamais parler de moi, sans rancune de ma part. » finit-il, concluant enfin son laïus. Il ne pouvait guère se remémorer la dernière fois qu'il s'était montré si loquace.


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The past is just a story we tell ourselves ✦ ft. Wesley

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