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 Great expectations || Aeryn

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MessageSujet: Great expectations || Aeryn   Mer 12 Nov - 15:03

Le ciel est dégagé, le fond de l'air un peu frais contre ses flans et quelque part, des grenouilles sont en train de faire un concert à quatre voix. Les odeurs humaines et les autres, celles qui le dérangent se mélangent dans l'obscurité, trop éloignées pour être considérées comme des menaces mais pas assez pour lui faire baisser sa garde et oublier le danger. Mais pour le moment, le renard est assez en retrait pour vagabonder dans les épais fourrés de la périphérie de la ville en toute tranquillité. Il sait au fond de lui que ce n'est pas pour longtemps et qu'aux premiers rayons du soleil, il ne sera plus lui et à cette pensée des plus étranges pour sa conscience, il accélère, pattes pliées pour mieux se fondre dans l'étendue d'herbes jaunies. Silencieux comme une ombre, il trace lentement les odeurs de viande, s'écartant toujours plus de la ville jusqu'à remonter à la colline sombre que forme une petite maison dans le noir.

Il repère un poulailler sur le côté de la masure et malgré la nuit bien avancée, des piaillements s'élèvent encore de la petite cabane de bois. Le renard s'avance à pattes de velours, ne laissant transparaître que les bruit infime des herbes sèches craquant sous ses pas, bruit trop infime pour être décelé par l'oreille d'un de ces bipèdes braillard. Alors qu'il longe le fond bardé de grillage du poulailler et passe près de la partie en bois, une odeur effacée parvient à son museau. La créature tourne la tête vivement pour découvrir une silhouette ressemblant franchement à celle d'un bipède posté là sur un banc. Il recule aussitôt pour se mettre hors de portée de vue mais quelque chose le retient.

S'il avait été n'importe quel autre renard, il aurait peut-être filé sans demander son reste, redoutant l'humain faisant barrage à son repas sauf qu'il n'était pas qu'un renard. La conscience intelligente sommeillant en arrière-plan sous son crâne remarque ce qu'un simple renard n'aurait pas pu remarquer. Et ce que cette conscience remarque, c'est que la silhouette assise là est étrangement raide et immobile et qu'elle sent légèrement le foin, sans parler du fait qu'elle est prostrée là dans l'obscurité et que c'est sûrement le plus étrange pour un bipède. Le renard prend donc son courage à deux pattes et s'élance comme une flèche pour passer devant la forme. Il s'arrête devant elle, bien en évidence, lorsqu'il se rend compte qu'elle n'a pas bougé d'un poil. Il mort son mollet et en retire une poignée de foin qu'il recrache aussitôt pour se diriger vers le poteau de bois retenant le grillage branlant. C'est bien fermé, à sa grande déception mais il reste un petit espace entre le sol et le grillage, potentiellement exploitable. Il commence à creuser et parvient à se ménager assez de place pour se faufiler à l'intérieur de l'enclos.

Le ventre plein et du sang sur le museau, il a du mal à ressortir par là où il venu mais finit par s'extraire de là et repart vers les herbes folles qui sont assez haute pour le camoufler. Il gagne en trottinant les racines d'un vieil arbre du bayou et s'y glisse pour digérer tranquillement. Mais alors qu'il commence à sommeiller, un bruit dans l'obscurité le fait sursauter et une odeur sombre, âpre lui parvient, faisant gonfler son pelage et remonter ses babines sur ses crocs. C'est le genre d'odeur qu'il n'aime pas. Celle des créatures du bayou, celles qui se cachent dans les étendues d'eau, dans les marais. Il se redresse, prêt a partir dans l'autre direction quand il entend un jappement. Un cri de l'un des siens. Alors il s'extrait des racines engluées de l'arbre et va à l'encontre de son instinct, persuadé d'avoir reconnu le bruit. Puis, arrivé dans une plaine, l'odeur âpre derrière lui, il la voit. Elle. La femelle qu'il a déjà vu, qu'il a déjà essayé de pister. La conscience au fond de sa tête semble s'animer à cette constatation. Il ne l'a pas revu depuis plusieurs lunes et il a encore des images confuses d'un rejet. Il ne sait s'il doit aller la voir ou la suivre pour trouver son repaire. Le renard décide alors de la suivre et d'aviser plus tard. C'est un plan comme un autre pour aviser le danger en avant.
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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Jeu 13 Nov - 16:22

Ronde et lumineuse, la lune se dessinait dans le ciel d’automne dégagé. Ses éclats d’argent sur reflétaient sur le bayou sauvage, rendant cette obscurité moins hostile, terre d’accueil pour les métamorphes dont la transformation serait inévitable. Combien étaient-ils, combien seulement foulaient cette Terre sous cette apparence animale une fois la nuit tombée ? Elle savait qu’elle n’était pas la seule, que d’autres ici et là se trouvaient dans les parages, dissimulés, cachés, apeurés. Craignant de se faire considérer par les autres comme des monstres, faisant alors tout pour passer en toute discrétion et ne pas se trahir. Un rien pouvait tout faire basculer : l’illusion était mieux lorsque l’on ne soulevait pas le rideau dissimulant la supercherie, et la réalité. Bercer de ce doux rêve, la vie pouvait ainsi poursuivre son cours sans que les monstres ne soient persécutés, ou traqués. Ils ne vivaient que sous les lits ceux-là, non ? Autant les laisser tranquilles et rien n’arriverait. Autant la laisser tranquille et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Sa nature lui avait causé défaut. Fuir d’un hôpital alors qu’elle était blessée, devoir mentir et tricher pour ne pas leur faire comprendre la supercherie, éviter son amant pour éviter de compliquer davantage les choses, tout cela en raison d’une nature qu’elle souhaitait à tout prix cacher aux yeux des autres, par peur.
Elle s’était dit qu’elle ne serait pas comme eux, que la peur ne la paralyserait pas, qu’elle l’affronterait sans se poser la moindre question. C’était tout l’opposé qu’elle jouait, la laissait parfois la submerger, l’empêchant d’en sortir gagnante, l’empêchant de la laisser en paix. Refermant son rideau de fer, se mouvant dans cette douce illusion que tous voyait, sans comprendre, croyant la connaitre et savoir qui elle était. Elle-même n’avait pas la réponse, agissant à l’inverse de sa volonté propre.

La renarde avait pris le contrôle des deux êtres. Aeryn la ressentait, comme toujours, laissant ce côté animal la submerger pour sombrer dans l’oubli des interrogations humains. Il y avait dans ce côté animal comme un apaisement la submergeant, comme si elle avait cette possibilité de profiter de quelques instants de répit. Ne pas pouvoir contrôler le moment où l’animal prendrait l’avantage lui posait pourtant quelques soucis, donc elle n’avait encore trouvé de solutions. L’animal ignora pourtant tout de la conscience humaine, partant gambader à travers le bayou, retrouvant sa liberté, celle qu’on lui enlevait le reste du temps. Il se sentit vivant, pris d’une soudaine pulsion à faire ce que son propre chef lui demanderait. Pas celui des autres, pas celui d’un animal en cage. Le froid engourdit ses membres, rappelant à la renarde de ne pas attendre, immobile et rester dynamique. L’hiver approchait, l’été avait depuis un moment laissé place à un automne teintant de couleurs chaudes les feuilles des arbres. Cette mélancolie symbolique de cette saison, rendait à la renarde cette joie sans bornes de pouvoir poser ses pattes bientôt sur une neige brillante. A travers la forêt, la renarde retrouvait par cette possibilité à se défouler, cette sérénité de n’être au fond pas le monstre que les humains pourraient voir en elle. Si seulement ils savaient.

Sa présence ne fut pas tout de suite sentie. Sa discrétion était telle que la jeune renarde ne fit guère attention à la présence d’autres espèces dans le coin. Pas l’ombre d’un bruit suspect, pas même un craquement de brindille, signal d’une présence dans les parages. La renarde ne se montra pas des plus méfiantes, ses sens aiguisés moins en alerte que d’habitude. Vigilance mise de côté, elle ne se sentit pas observée. Pourtant, elle finit par sentir que quelqu’un se trouvait dans les parages, s’arrêtant un instant, reconnaissant l’odeur. Il était là. Et la renarde voulut immédiatement aller à sa rencontre, pour le voir. Après tout, ils étaient pareils, tous les deux. L’intelligence du mâle se reflétait à travers son regard. Métamorphe, comme elle. Il ne la traiterait jamais comme un monstre, ne la jugerait certainement pas. Comme lui, soumise à une sorcière, transformée à son insu. Incapables de résister à la pleine lune, revêtant leur pelage ambré une fois celle-ci levée. Allait-elle le suivre ou non ? Regardant dans sa direction, l’observant au loin, calmement, sans mot dire. Avec cette fascination habituelle. Un moment qu’ils ne s’étaient croisés et pourtant, la renarde n’en avait pas peur. Son humaine ne le ressentait pas de cette façon. Si seulement elle pouvait se souvenir et croire que c’était vrai… mais la peur la contraignait à ne croire que ce qu’elle voulait bien croire.
Elle s’élança dans une direction, l’invitant à le joindre. Il pouvait la suivre, pour l’instant. Là n’était pas l’heure des séparations. La renarde l’autorisait à partager un moment en compagnie, à gambader dans ce bayou sauvage, terre plutôt méconnue qu’elle ne demandait qu’à explorer avec son compagnon de la soirée.

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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Ven 14 Nov - 23:14

La renarde l’a remarqué, il le sait. Ou plutôt, il le sent. Elle s'est raidie pour humer l'air autour d'elle avant de se retourner vers lui sans bruit, ses yeux allant à la rencontre des siens. Il pétille dans ces prunelles-là une intelligence qui n'a rien d'animale, qui trahit sa nature profonde cachée sous ce pelage. Il sait que ces instants de liberté sont les seuls dont les individus comme eux peuvent profiter car lorsque la lune se couche et qu'ils changent, ce n'est plus de poils ou de plumes pour d'autres qu'ils se parent mais de mensonges pour se protéger des autres. Il sait qu'à la lumière du jour, les individus comme eux sont considérés comme des monstres même s'ils ne sont pas responsables de leur état et qu'ils le doivent à une personne tierce qui, elle, s'en sort comme une fleur. Il sait aussi que la conscience au fond de sa tête n'a besoin de personne pour se considérer comme un monstre en temps normal ; qu'il est secrètement content de pouvoir faire une pause de temps en temps, d'abandonner ses pensées viciées pour une heure, un jour ou même une semaine avant de se retrouver extirpé malgré lui de son enveloppe rousse pour retrouver le monde normal. Peut-être que cette femelle est comme lui, qu'elle profite de la pleine lune comme d'une pause. D'ailleurs, elle l'invite même à la suivre, détournant le museau vers une autre direction, repartant d'un petit pas léger.

Pourtant, alors qu'il va pour s'élancer avec joie à sa suite, l'étincelle d'intelligence dans sa tête semble émettre de la retenue. Une vague de sentiments qui lui sont inconnus monte en lui, le prenant à la gorge, le faisant hésiter un instant. Pourquoi se sent-il si étrange vis-à-vis de cette renarde ? Pourquoi ressent-il le besoin de la suivre et de la protéger comme si elle était de sa famille, comme si elle était sous sa responsabilité ? Comme s'il se sentait obligé envers elle ? Il a bien des images en tête, des sons singuliers que seuls les humains produisent et qu'il ne comprend pas mais ne parvient pas un interpréter ce qu'il voit, comprenant juste que ça a un rapport avec la renarde en face de lui. Il décide de chasser l'avis de l'étincelle en secouant la tête jusqu'à ce qu'elle soit retournée dans le fond de son crâne puis s'élance derrière la renarde, dépliant ses longues pattes sur la terre douce du bayou. Ce soir, le temps est à la réjouissance, au partage être même s'il a encore l'estomac bien plein du repas qu'il a fait un peu plus tôt dans la soirée, sa course n'en est pas ralentie.

L'odeur âpre qu'il a reniflé tout à l'heure est balayée par une brise, comme si son ou sa propriétaire s'éloignait d'eux et ça, c'est vraiment une bonne chose, ça signifie  qu'il peut partir l'esprit tranquille sans avoir à effacer leur trace pour éviter d'avoir cette créature de l'ombre sur le dos. Le renard n'est pas naïf au point de croire qu'ils sont tranquilles pour la soirée car il sait que le bayou abrite autant de créatures effrayées que de créatures effrayantes. Un détail qu'il ne doit surtout pas oublier, surtout que la femelle semble particulièrement téméraire. La preuve, c'est qu'il a pu la retrouver très facilement ! Il l'avait déjà vu mieux brouiller ses pistes pour qu'il ne la suive pas lorsque la lune entamait sa courbe pour se coucher. Le renard la dépasse donc, la truffe alerte, cherchant des traces qui trahiraient une présence menaçante, inspirant et filtrant toutes les odeurs portées par le vent.

Une petite pleine noyée par les herbes jaunies et les feuilles dorées tombées des arbres s’étend devant eux, prête à être foulée, explorée, ressentie et il est tout disposé à répondre à cet appel alléchant. Il renifle une dernière fois l’air, suspicieux avant de s’élancer à vive allure pour sauter dans les fourrés, invitant la renarde à le suivre d’un jappement amusé.
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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Dim 16 Nov - 13:12

Le bayou, cette terre regorgeant d’individus, de bêtes toutes aussi dangereuses les unes que les autres. S’y aventurer, c’est prendre un risque jusque-là inimaginable, interdit. Les humains ne s’amuseraient pas à s’y promener une fois la nuit tombée. L’avantage sous ce pelage animal, c’était qu’en plus de cette inattendue liberté à laquelle la renarde n’en perdait pas une miette, il y avait ces infinies possibilités de lieux inattendus, d’endroits improbables, dont la renarde se délectait. Pour une fois, elle espérait que la mémoire ne lui jouerait pas des tours, comme elle en jouait régulièrement. L’animal s’amusait trop pour que ces moments croqués à pleines canines ne soient enfouis sous un océan de brouillard épais. Que le souvenir se disparaisse sans plus jamais refaire surface. Ce n’était pas la première fois, cela lui arriverait encore, le temps pour elle d’apprendre, de comprendre. La renarde se sentait parfois mise à l’écart, refoulée par cette humaine qui ne voulait pas, ne souhaitait pas ce souvenir. Peut-être était-ce fin de compte la véritable raison de ses amnésies : ne pas vouloir en faire partie, ne pas vouloir accepter l’animal, inconsciemment le repousser, se convaincre qu’elle était humaine et le serait toujours. Dans le fond, accepter une nouvelle nature n’avait rien d’évident : sans la moindre preuve qu’elle était ou non la seule, Aeryn n’aurait jamais osé en faire la moindre mention, comme un lourd secret à cacher, camoufler. Un secret dont elle avait honte.

Il est là et elle ne sait comment réagir. Il est comme elle, elle le sent. Ses sens affutés trahissent le possible danger environnant. Le bayou n’a rien de calme et de sécurisant. Il reflète de potentiels agresseurs tout aussi menaçants les uns que les autres. Tant qu’ils ne se sentent pas provoqués, tout ira pour le mieux ; l’essentiel, c’est de ne pas leur chercher misère. Ces terres, la renarde ne les connait pas, curiosité oblige, l’attirant vers ce lieu. Cette étendue d’eau était jadis un ancien bras de ce cher Mississippi, qui désormais passe par d’autres chemins pour se jeter dans le Golfe du Mexique. Pour ce bayou-là, le bras semblait mort, et les alligators en avaient profité pour venir peupler les marais. S’y abreuver, c’était prendre le risque de finir en pâté pour sac à main vivant. Un renard était plus malin que cela, capable de se sortir de toutes les situations avec intelligence. Capable de dissimuler ses traces si nécessaires.
Elle le vit, ne bougea pas, ne fuit pas. L’encouragea même à venir, à l’accompagner. Ce regard curieux, un brin provocateur et futé. Il répondit à l’appel, venant à sa rencontre. Elle en fut heureuse, accélérant le mouvement. Le grand astre d’argent les regardait, responsable de leur rencontre soudaine. Sans elle, l’humaine ne l’aurait jamais laissé approcher. L’animal l’appréciait, se moquait même du reste. Deux personnalités pour une seule personne, se recoupant, parfois… la renarde coupait plus facilement les barrières mentales, faisait lâcher prise et contrôle des émotions. Pas de masque à adopter, pas d’entourloupes, la liberté la plus totale, et pas uniquement cette possibilité de faire n’importe quoi. Cette possibilité inimaginable de se sentir libre de ses tourments, de ses démons. Et c’est ce qu’elle recherchait, qu’il recherchait certainement lui aussi. S’élançant, ils coururent côte à côte, sans se soucier du temps passant, de l’heure, du lieu. Juste de l’instant.

Etait-ce une erreur de ne pas chercher à se cacher ? De se dire que c’était le temps de faire ce qu’elle voulait, ce qu’elle désirait, et pas uniquement ce que la vigilance supposait ? Le renard l’avait retrouvé, certainement parce qu’elle avait décidé de le laisser le retrouver. Le temps de cet incident avait passé, la méfiance s’était évaporée… et cette sensation agréable revint au galop. Elle n’était pas toute seule. Il y avait quelqu’un pour la comprendre, pour vivre la même chose qu’elle. En tête, elle file tout droit dans la plaine, fonçant comme une enfant. Et puis s’arrête, le regarde avec amusement, se rapproche de lui à vive allure. Se jette sur lui comme, le bousculant, tout simplement pour mettre une parcelle de fun dans sa vie. Pour panser ses blessures de jappements amusés, pour que cette nuit marque comme une réconciliation. Comme un pardon, un mauvais épisode à effacer et on recommence. L’amusement fit perdre à la renarde la notion de la vigilance, et elle ne fit pas attention au serpent qui se glissait vers eux… lentement, mais sûrement.
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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Dim 23 Nov - 11:34

Il n'est plus tout seul pour arpenter ces terres humides et cette pensée le réjouit. Son cœur est plus léger et lui donne envie de japper, de sauter, de courir contre le vent, le museau en l'air. La renarde accepte qu'il l'accompagne et cela suffit amplement pour le rendre heureux. Au final, sa nature de renard le rattrape peut-être, le poussant à aller chercher dans sa communauté, à aller chercher une meute pour se sentir bien. Des créatures intelligentes comme lui, pas de simples renards coincés dans leur pure innocence sauvage et il ne pensait pas retrouver quelqu'un d'autre comme lui après elle. C'est sûrement pour ça qu'il avait si mal vécu son rejet. Mais ce soir, leurs pattes ne faisant que frôler la terre meuble et douce, déplaçant à peine les brins secs et cassants de l'herbe, il sent bien que l'épisode est derrière eux et que seul l'instant présent compte désormais. Il y a dans le vent comme un vieil air de jazz qui pulse du néant, demandant de répandre sur ces paysages mystiques les notes chaudes et mielleuses d'un saxophone.

Quand elle ralentit pour le laisser passer en tête, le renard s'étonne et commence aussi à s'arrêter avant de comprendre, lorsqu'une boule de fourrure le percute de plein fouet, pourquoi elle l'a laissé la dépasser. Il titube avant de retrouver son équilibre et de la regarder japper d'amusement. Un spectateur extérieur aurait presque pu deviner ce qui ressemblait à un sourire humain sur les babines de l'animal. C'est là les mêmes bêtises qu'aurait commis une jeune renarde un peu fofolle, ce qu'elle est au final, si on y regarde bien. Elle est bien plus jeune que lui et lui l'observe avec la patience qu'on attend d'un aîné. Il fait claquer ses mâchoires puis pousse son épaule du bout du museau avant de se mettre hors de portée pour toutes représailles avec un demi-aboiement joyeux.

Tout content qu'il est d'avoir trouvé une camarade de jeu, il est loin d'imaginer le danger, qui fait pourtant partie intégrante de ce domaine, serpente dans l'herbe en se dirigeant droit sur eux. Non, tout ce qu'il entend, ce sont les jappements heureux de la jeune renarde et le vent qui créé sa propre sérénade en secouant doucement les feuilles des arbres. Quand il repère enfin la perturbation dans la mer d'un vert rendu sombre par l'obscurité mais dont chaque brin scintille sous la pâleur de la lune, le renard sait qu'il est déjà trop tard. Ça ne l'arrête pourtant pas. Il a à peine le temps de produire un semblant de cri qui s'étouffe dans sa gorge faute de pouvoir être formé correctement pour l'enjoindre à faire attention qu'il s'élance sur le reptile. Ses dents se referment sur la chair froide et écailleuse au même moment où ses crochets s'enfoncent dans les muscles tendus et chauds d'un des renards. Il arrache le serpent des bras de la terre qui sont, pour lui, sûrement chaleureux et rassurant pour le secouer comme un jouet abandonné jusqu'à le déchirer en deux et seulement là, il desserre sa prise. Ses deux yeux sombres se retournent vers la renarde et descendent sur sa patte que le serpent a mordu. C’est de sa faute, il le sait. Il a relâché son attention trop longtemps et à cause de lui, la renarde a été blessée. Le renard sait que le venin peut être mortel dans un si petit gabarit et que même s’il n’agit pas immédiatement, il le fera à un moment donné.

Renards, ils sont certains de ne pas s’en sortir mais la conscience au fond de son esprit s’agite. Elle sait qu’il y a un remède, une solution, mais qu’elle se trouve loin, très loin de la nature sauvage du bayou. Le mieux, c’est de s’y mettre maintenant et de revenir le plus vite possible au monde des humains. Alors le renard pousse la femelle du museau, l’exhortant à aller vers le nord, dans la direction que pointe l’étoile dans le ciel et il compte bien la pousser, quitte à la porter s’il le faut. Le renard la veille ainsi sur tout le chemin du retour, la poussant à travers les branches et les racines, surveillant du coin de l’œil les créatures de l’obscurité pour ne pas risquer de tomber sur l’une d’entre elles sans faire attention. Il ne veut pas non plus tomber sur la créature dont il a sentit l’odeur nauséabonde plus tôt dans la soirée. Dans le ciel, pendant tout le chemin, la lune continue sa course, éclairant leur chemin de ses rayons pâles. Avancer, encore, encore un peu…

Il la pousse encore un peu jusqu’à voir un petit tas informe qui n’avait pas d’odeur et il sait qu’il était arrivé. Le plus dur reste encore à faire : abandonner son enveloppe animale pour retrouver le corps lisse et fragile de la conscience au fond de son crâne. C’est sûrement le plus dur dans tout ça mais il sait que la renarde est en grand danger. Il ferme les yeux et se concentre.


Ethan rouvrit les yeux en tremblant. Il mit un moment avant de retrouver son souffle et ses repères puis ses yeux tombèrent sur l’animal à côté de lui. Il savait de qui il s’agissait, il ne pensait juste pas la retrouver, encore moins maintenant. Du tas de vêtements qu’il avait laissé, il tira son t-shirt et attrapa la renarde par le collet, essayant de ne pas lui faire mal et l’enroula dans son haut pour éviter qu’elle le blesse pendant qu’il la transportait puis enfila maladroitement son pantalon d’une main. Maintenant, il n’avait plus qu’à retourner dans le centre de la ville et se procurer de l’antipoison. Au petit matin, avec un renard et torse nu… facile!
[HJ : si quelque chose te gêne, dis moi et je modifierai :)]
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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Dim 23 Nov - 22:16

Sa vigilance s’était estompée, laissant place à des jappements amusés. La renarde avançait dans le bayou sauvage, sans être sur ses gardes, fait rare qui pourtant allait lui être fatal si elle ne faisait pas attention. Ils étaient deux, que pouvait-il leur arriver ? Ce n’était pas comme s’ils craignaient des représailles, comme un humain allait les chasser. Il n’y avait que des animaux comme eux dans cet endroit, territoire sauvage dont la nature avait tous les droits. Renards et serpents n’avaient jamais fait bon ménage : prédateurs l’un comme l’autre, la morsure de l’un pouvait être fatale à l’autre, qui des deux l’emporterait ? Le plus vigilant, le plus malin. Deux grands ennemis se détestant, et pourtant évitant de se chercher des problèmes. Joli serpent en attente d’un bon repas, allait se délecter de ces deux renards dont l’insouciance serait leur perte. Attendant le moment propice, il s’élança, gueule ouverte. Se retournant par réflexe, l’animal manqua sa première cible, plantant ses crocs dans les bras de son pire ennemi. Il n’en fallut pas davantage pour faire réagir le mâle qui réduit le serpent en compote, le broyant avec hargne et colère. Sans même bouger sa patte, la renarde sentit le venin se répandre lentement le long de son corps. Elle était cuite, c’en était fini.

Si sa condition de métamorphe pourrait ralentir le processus, elle ne cicatriserait pas d’une morsure avant d’avoir  extrait entièrement le poison de son corps. Suivant le mâle avec difficulté, elle n’eut pas d’autre choix que de se plier à sa condition si elle voulait s’en sortir et survivre. Pour ce dernier cas, elle n’en était même pas sûre en fin de compte. Elle le suivit pourtant, marchant sur trois pattes maintenant que l’une d’entre elles se retrouverait paralysée par le venin. A la vitesse d’une tortue, elle tenta de ne pas le perdre et d’avancer au plus vite, sentant qu’il avait une idée en tête, une solution. Il la poussait à avancer, elle grogna en guise de mécontentement, plusieurs fois. C’est qu’elle pouvait avoir sale caractère parfois, ne manqua pas de le lui montrer. A mesure qu’elle avançait sa démarche se faisait de plus en plus difficile et lente. Epuisée, elle s’arrêta quand il cessa de la pousser, ses membres tremblants, le venin poursuivant sa propagation dans son sang. Incapable de redevenir humaine, elle s’effondra dans l’herbe.

L’esprit encore embrumé, la jeune femme ouvrit les yeux. Le temps pour ses sens de retrouver leurs repères, elle ne sut dire où elle se trouvait. La journée semblait bien avancée, à en juger par la lueur à la fenêtre, presque sur le point de se coucher même. Faisant rapidement l’état des lieux, elle ne chercha pas à comprendre les raisons de son arrivée ici, mais plutôt, comprendre ce nouvel environnement. Elle faisait en sorte de ne pas paraître effrayée, chose plutôt difficile à digérer quand même. Bon. Elle se trouvait dans un lit, OK. Mais encore, dans des vêtements ne lui appartenaient pas bien trop grands pour elle, de ceux que porterait un homme. Comme d’habitude, une amnésie relativement sympathique, quoique maintenant il lui arrivait d’avoir quelques parcelles de souvenirs, flashs parfois incompréhensibles ressemblant à un rêve désarticulé. Un léger picotement la fit regarder son bras, y découvrant une récente cicatrice de deux trous dans sa peau. OK … Pour cette partie, il lui faudrait quelques explications. Du reste, elle tentait douloureusement d’émerger, se demandant si c’était plus bon signe ou pas. Se retrouver dans cette situation ne lui disait rien qui vaille. Sortant de la pièce, portant un haut la recouvrant quasi jusqu’au genou, elle se mit en quête d’un indice, parcourant l’endroit dans lequel elle se trouvait un peu au hasard.

Tomba sur lui. Tout mais pas lui. Ce devait être un cauchemar, ça n’était pas possible, elle ne pouvait pas tomber sur lui. Se retrouver chez LUI ? Elle aurait préféré crever que vivre un truc pareil ! Entre incompréhension et incrédulité, elle eut peur. Il l’avait déjà frappée par le passé, qu’est-ce qu’il l’empêchait de recommencer ? la colère, sombre et froide lui monta au nez comme la moutarde de Dijon. Cette situation n’avait rien de normal et il y avait une chose qu’Aeryn ne supportait pas : qu’on la mette devant le fait accompli, la contraignant à une situation qu’elle n’avait pas demandé. Si c’était pour lui le seul moyen qu’il avait trouvé pour s’excuser, alors il avait tout faux depuis le début. Que chacun reste dans son coin serait plus simple, que gagnait-il à la connaître de toute manière ? Aeryn ne souhaitait pas perdre son temps avec les menteurs et les violents, qu’il la laisse tranquille.

Sans même attendre un mot de sa part, sans même tenter de comprendre, sans même le laisser se défendre, elle se rua sur lui. Le gifla de toutes ses forces, refusant de laisser la peur pour cet homme l’envahir. Elle lui rendait la monnaie de sa pièce, sans une once de plaisir. C’était tout ce qu’il méritait. Une baffe.  

« C’est pour la dernière fois. » puis enchaîna directement sur la suite, en colère. « Qu’est-ce que tu m’as fait ? J’ai dit que je ne voulais pas te voir ! Il y a quoi que tu ne piges pas ?  »
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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Lun 24 Nov - 20:19

L’horloge indiquait presque sept heures moins vingt. Ce qui voulait dire qu’il était debout depuis plus de vingt-quatre heures et ce n’était certainement pas le petit somme qu’il avait piqué autour de trois heures qui allait suffire à Ethan qui était encore bien fatigué de sa transformation. Seulement tant qu’Elle était encore là, il ne pouvait pas se le permettre. L’homme s’avança jusqu’au lavabo de sa petite salle de bain et l’humidifia, l’essor air juste ce qu’il fallait pour qu’il soit frais sans dégoûter d’eau de partout. Au moins, il était sûr qu’elle était hors de danger, ce n’était pas ça qui l’inquiétait mais plutôt sa réaction lorsqu’elle se réveillerait. Il avait encore les images de leur dernière rencontre en tête et cherchait déjà quoi dire lorsqu’elle se réveillerait. Il ne voulait pas lui faire peur mais il savait déjà qu’elle ne sauterait pas de joie à l’idée de le voir, c’était donc un vrai problème. Ethan essora une dernière fois le gant et retourna vers la chambre. Il tomba sur Elle avant d’y arriver. Et elle gifla. Ou comment dire bonjour quand on est aimable.

Ethan porta une main à sa joue encore brûlante, outragé et abasourdi, la bouche entrouverte pour pester en silence. Pourquoi est-ce que cette cinglée l’avait frappé ? Bordel de merde, il lui avait sauvé la vie quand même ! Le brun jeta violemment par terre le gant humide qu’il lui ramenait pour la fusiller du regard avant d’ironiser avec une voix mielleuse et excédée :

_ Oh merci Ethan de m’avoir aidé, ce n’est rien de moins la vie que je te dois. Mais de rien, c’était un vrai plaisir. C’est vrai que j’aurais pu te laisser crever mais j’aime tellement aider les cinglées qui vont me remercier en me giflant.

Quel con il pouvait être quand même ! Oh c’était « pardon » qu’elle voulait entendre ? Elle voulait qu’il s’excuse pour ce qu’il lui avait fait la dernière fois ? Qu’il lui dise qu’il méritait amplement cette claque et qu’il allait s’aplatir, ventre à terre, devant elle pour tout faire pour se racheter ? Et bien s’il avait eu l’intention de tout faire pour s’excuser et lui prouver qu’il voulait se racheter, maintenant ce n’était plus le cas. L’anglais s’écarta vite d’elle pour ne pas commettre la même erreur que la dernière fois en lui rendant, par exemple, sa gifle, les poings serrés conte son front en tâchant de se contenir. Il respira doucement jusqu’à être sûr d’être redevenu maître de lui-même.

_ Déjà, je ne t’ai rien fait ! Ensuite, un peu de reconnaissance ne te ferait pas de mal, tu sais ? Je ne pense pas que tu aies passé la nuit si je ne m’étais pas occupé de toi aujourd’hui.

Du menton, il désigna les deux entailles encore bien dessinées sur sa peau blanche. Parce que oui, ça ne s’était pas soigné tout seul par simple intervention du Saint-Esprit. Heureusement pour lui, la renarde s’était évanouie dans ses bras bien avant qu’il n’ait atteint la ville, ce qui lui avait permis de rester discret. Dès qu’il avait atteint la Nouvelle-Orléans, il s’était précipité dans le cabinet vétérinaire à deux pâtés de maison de chez lui dont il connaissait le gérant. Bon, il n’avait pas trop apprécié être réveillé une heure plus tôt que ce qu’il avait prévu mais c’était contenté de râler un peu avant de l’écouter. Ethan avait du lui servir une histoire à dormir debout comme quoi il était tombé sur la renarde par le plus grand hasard et qu’il l’avait vue se faire mordre, décidant, parce qu’il avait le cœur tendre, de l’aider. À son avis, il n’avait pas du tout crut son histoire de lui se baladant dans le bayou au beau milieu de la nuit pour lutter contre ses insomnies mais il avait été assez aimable pour ne faire aucun commentaire.

Seulement, il avait refusé de s’occuper d’elle tant qu’il ne l’aurait pas sédaté, prétextant qu’il ne voulait pas prendre le risque de se retrouver face à un renard blessé et donc potentiellement dangereux. Ce qui pouvait se comprendre. Ethan avait accepté et le vétérinaire s’en était occupé tandis qu’il attendait à côté, espérant qu’elle garde sa forme animale assez longtemps pour ne pas trahir sa nature. Il savait qu’il n’aurait jamais aimé que quelqu’un apprenne ce qu’il était sans qu’il l’ait choisit et partait du principe que c’était la même chose pour elle. Une fois le vétérinaire remercié et payé, le brun l’avait reprise dans ses bras pour la ramener chez lui où il savait qu’elle serait en sécurité. Elle avait reprit sa forme humaine aux premières lumières du jour, lorsque les rayons d’un orange sanguin avaient glissé par dessus la skyline des bâtiments de la ville. Alors il s’était retrouvé face à une jeune femme étendue un peu comme une princesse tirée des contes de fées qu’on lui racontait quand il était petit, il y a très longtemps de cela. Et même s’il en avait vu d’autre, Ethan n’avait pas pu la laisser en tenue d’Ève, il s’était senti mal à l’aise, comme s’il n’avait pas une inconnue devant lui mais plutôt une cousine ou une sœur. Du coup, il l’avait habillée avec un des t-shirts et l’avait laissée dormir tout le temps dont elle avait besoin. Et voilà comment elle le remerciait ?! Avec un soupir énervé, il finit par ramasser le gant humide et fit volte-face, contrarié, pour le jeter dans le lavabo.

_ Daignerais-tu venir dans le salon, que je puisse t’expliquer ce qui c’est passé devant une tasse de thé ?

Avec une vague courbette gâchée par un rictus ironique et sombre, il l’invita à continuer sur sa lancée pour rejoindre le salon.
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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Mar 25 Nov - 20:35

La panique. S’il y avait une chose qu’Aeryn détestait par-dessus tout, c’était se réveiller en terrain inconnu sans la moindre idée d’où elle se trouvait, ni de comment elle avait atterri là. Pire encore, sa tenue au réveil avait de quoi la faire bondir n’importe qui sur place. Que lui avait-on ? Que s’était-il passé ? Sa dernière nuit de pleine lune avait été des plus folkloriques, épisode d’une fuite d’hôpital alors qu’elle se trouvait encore en soins intensifs. Que se passait-il encore cette fois-ci ? Sa condition de métamorphe commençait sérieusement à lui chauffer le matricule. Et le voir, lui, surtout lui, eut le don de la mettre dans une telle colère que le coup était parti.
Se savoir en terrain hostile, dans le dernier endroit où elle aurait voulu se trouver la faisait réagir à l’extrême. Bien évidemment qu’elle le craignait, dissimulant cette peur vivace en se défendant, par une gifle bien placée. Il la prenait pour une folle, une délurée qui ne cherchait pas à comprendre. Aucun souvenir des dernières vingt-quatre heures, elle ne chercha pas plus loin à comprendre, le voyant toujours comme cette menace. A sa merci. Si son bras trembla légèrement après la gifle, elle se hâta de se le dissimuler pour qu’il ne devine pas qu’au fond, sa réaction d’hystérique cachait cette anxiété de se trouver ici, avec lui, sans grande échappatoire. Il ne comprenait pas combien cette situation pouvait la faire paniquer. Amnésique et se trouvant face à un homme qu’elle considérait comme dangereux… il y avait de quoi avoir des réactions de cinglée n’est-ce pas ? Envers et contre tout, Aeryn devait pourtant faire preuve de calme, veillant à ne pas perdre son sang-froid. Ou elle était complètement foutue, pour de bon. Mauvaise et sèche, ses propos ne furent pas des plus aimables, vu le ton adopté. Il se foutait d’elle, l’antiquaire ne cherchant qu’à s’enfuir.

« La cinglée elle se réveille dans ton lit alors qu’elle t’avait fait remarquer de ne plus l’approcher ! Alors la cinglée elle te gifle ouais. »

Qu’est-ce qu’il ne pigeait pas dans l’histoire ? En toute logique, elle ne pouvait se jeter dans ses bras avec reconnaissance éternelle pour la nuit précédente, tout simplement parce qu’elle ne s’en rappelait pas, n’ayant aucune idée de ce qui avait bien pu se passer. Il aurait dû s’attendre à ce que leurs retrouvailles soient houleuses, croyait-il vraiment qu’elle se jetterait sur lui pour un câlin ? Complètement déphasée, elle était perdue. Il ne lui avait rien fait ben voyons ! Et elle croyait au père noël ! Qu’est-ce qu’il racontait, voulait-il en plus se donner bonne conscience ? Qu’il arrête avec ces histoires, elle n’en croyait pas un mot ! Toujours aussi énervée et en colère, elle ne lâchait pas l’affaire, complètement dépassée par les évènements. Incapable de se calmer l’espace d’une minute pour comprendre, ayant trop peur que baisser sa garde ne courre à sa perte.

« Tu ne m’as rien fait ? Tu veux que je te rafraichisse la mémoire ? De la reconnaissance hein pour quoi, tu peux me le dire ? »

Des reproches, des jugements. Sans comprendre. Au fond, elle ne pouvait se l’empêcher, lui ne méritait même pas qu’on lui parle sur un ton normal, juste qu’on l’insulte. Il frappait les femmes, elle ne l’avait pas oublié. Il ne méritait pas même son respect, pas même qu’il lui parle. Et ça, il n’accepterait jamais de le comprendre. Qu’il ne se demande pas ensuite pourquoi il se faisait gifler sans raison. Pas de souvenirs, rien du tout. Et cette proposition qu’il lui explique dans le salon autour… d’une tasse de thé ? Il n’aurait pas quelque chose de plus costaud après vingt-quatre heures de jeûne ? Plutôt crever que de le lui demander, Aeryn ne souhaitait pas lui être redevable de quoi que ce soit, hors de question même. Cependant, sa méfiance n’en était que décuplée. Ce gars-là n’avait pas intérêt à l’approcher de trop près ou elle ne manquerait pas de le mordre pour lui faire regretter de son acte. Il l’avait traitée de menteuse, il n’avait pas voulu croire son amnésie. Très bien, qu’il n’y croit pas mais ne s’étonne d’en prendre plein la tronche sans comprendre qu’il lui avait.

« Pourquoi cette soudaine amabilité ? Je n’ai aucune confiance en toi. Un seul geste déplacé et tu sauras vraiment ce qu’est une cinglée. »

D’un regard suspicieux, elle accepta alors de le suivre. Après lui, évidemment, pour garder un œil. Cela lui permettrait de se rassurer un tant soit peu. Même si elle ne l’était pas du tout. Prenant place sur un des fauteuils, elle resta là, posément, attendant qu’il lui raconte ce qu’il avait à lui dire. Et que ce soit utile, elle n’avait pas de temps à perdre à écouter des propos inutiles. Hormis ce léger tremblement encore perceptible sur ses mains, Aeryn s’étonnait de faire preuve d’autant de sang-froid devant cet homme. Avait-elle vraiment le choix ?

« Je t’écoute. »
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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Jeu 27 Nov - 19:49

Sa joue lui faisait encore mal mais ça n'était pas tant le geste physique qui l'avait blessé que le rejet qu'il reflétait. Il n'avait pas eut le temps de dire quoi que ce soit qu'elle avait agit, sans hésiter, sans même y réfléchir à deux fois. Comme un réflexe. Était-il vraiment si repoussant ? Si monstrueux ? Et qu'elle genre de femme pouvait-elle pour se jouer de lui d'une façon aussi cruelle ? Un jour ils étaient les meilleurs amis du monde, ravis de voir qu'ils s'étaient trouvés, qu'ils étaient semblables et le jour d'après elle jouait les intouchables qui ne le reconnaissait pas. Aujourd'hui n'avait pas échappé à cette demi-règle qui semblait aller de pair avec cette fille, il s'était produit la même chose : elle avait eu l'air contente de le voir, l'avait même invitée à la rejoindre et voilà que, de nouveau, elle lui jetait tout son mépris au visage. En plus de la beigne qu'elle lui avait collée. Il y avait de quoi mettre en colère n'importe qui ! Côtoyer cette fille revenait à marcher en permanence sur des charbons ardents, même quelqu'un de moins impulsif que lui aurait craqué.

Alors oui, il avait fait une connerie la dernière fois qu'il l'avait vue mais depuis, il s'était flagellé mentalement, il lui avait sauvé la vie et s'était occupé d'elle, ça rattrapait un peu. Et puis, elle n'était pas non plus toute blanche dans l'histoire ! Comme si ça ne suffisait pas, elle l'accusait en plus d'on-ne-sait-trop-quoi sous prétexte qu'elle s'était réveillée dans son lit. Oui et bien s'il fallait vraiment en parler, il lui aurait bien fait remarquer qu'à cause d'elle, il n'avait pas pu dormir - se contentant de s'assoupir une pauvre demi-heure sur un fauteuil, la nuque cassée. Ethan ne pût s'empêcher de ricaner à sa remarque.

_ Oh oui, il est clair que je suis le seul responsable si tu t'es retrouvée dans mon lit, tu ne te serais jamais laissée faire, évidemment...

Rétorqua t-il, n'appréciant pas tellement le sous-entendu de la renarde qui semblait croire qu'il l'avait embarquée pour faire des choses plus qu'inappropriées. D'abord, Ethan avait beau avoir un caractère plus qu'explosif, il avait été bien élevé et ce n'était pas dans ses habitudes de lever des filles suffisamment saoules pour être dociles et se laisser faire. Non seulement il préférait sortir avec des filles de caractère qui étaient un peu plus actives que des légumes atrophiés mais en plus, il se débrouillait suffisamment bien pour ne pas avoir à faire boire ses conquêtes. Ensuite, étant donné sa réaction de la dernière fois, il voyait mal comment il aurait pu la ramener chez lui, la déshabille et la mettre dans son lit dans son aide. Mais visiblement, ça, ça ne lui était même pas passé par l'esprit. Il fut encore plus énervé de la voir continuer sur la lancée de pauvre petite fille attaquée par le vilain monsieur.

_ Ah ça, c'est un peu fort de café !

Il allait de surprises en surprises mais elles étaient loin d'être bonnes ! Déjà, il ne s'attendait pas à ce qu'elle le gifle au saut du lit pour lui hurler dessus et l'accuser d'agression, mais il s'attendait encore moins à ce qu'elle lui faire le même coup que la dernière fois. Alors, oui, techniquement parlant il lui avait déjà fait quelque chose mais s'il avait voulu attenter à ses jours, rien que ces six dernières heures il aurait largement pu le faire et elle n'aurait rien pu faire. Ne serait-ce que parce qu'il n'avait rien fait, ça méritait déjà de la reconnaissance. Il continua sur le même ton énervé

_ Une fois, je veux bien mais deux fois ! Tu ne t'es pas évanouie avant de te faire mordre que je sache... Dans le genre girouette, t'en tiens quand même une couche !

Il n'allait pas dire que ça n'avait semblé lui déplaire qu'il l'aide parce que vu les grognements qu'elle lui avait balancé tandis qu'ils remontaient la piste jusqu'à ses vêtements, ce n'était pas tout à fait la vérité mais en tout cas, ça ne l'avait pas dérangée de jouer avec lui. Sentant qu'il s'énervait de nouveau, Ethan souffla un grand coup et lui proposa d'aller dans le salon pour une tasse de thé qui les calmerait tous les deux et surtout pour démêler cette affaire. Peut-être qu'il se rajouterait un petit remontant dans son thé parce qu'il en aurait sûrement besoin pour supporter cette à claque. Hey ! Ça expliquait des tas de choses !

_ Nooooon... Parce que c'est qu'un échauffement là ?

Simple moquerie mais elle le méritait. D'autant qu'elle n'avait pas besoin de lui préciser qu'elle n'avait pas confiance en lui, il était assez malin pour s'en rendre compte tout seul vu ce qui venait de se passer. Il ouvrit la route jusque dans le salon tout petit qui était attelé à une kitchenette. Il allait prendre ce qu'il avait de plus corsé comme thé ! Et tandis qu'elle s'installait, l'anglais alla remplir la bouilloire d'eau en essayant d'avoir l'air le plus décontracté possible, se demandant si ça valait la peine de continuer à faire des efforts pour être aimable avec elle. Quelques minutes plus tard, elle avait entamé son chant et Ethan prépara deux tasses de thé noir, coinça un bouteille de rhum intacte sous son bras et posa le tout sur la table basse. Il eut à peine le temps de s'installer sur le canapé en face qu'elle le harcelait déjà.

_ Deux secondes ? S'il te plait ?

Non mais sérieusement ? Il ouvrit la bouteille et versa un nuage dans son thé avant de la reposer à côté de lui et non pas sur la table basse, lui refusant ce plaisir qui ne lui aurait pas non plus fait du bien étant donné que contrairement à lui, elle venait tout juste de se lever. Il prit une longue gorgée avant de soupirer de plaisir.

_ Bon. Après que tu aies été mordue, je t’ai amené chez le véto. Il a t’as donné un tranquillement, mais ça j’ai pas pu l’en empêcher retiré le venin et puis je t’ai ramené ici. Et vu que tu t’es retransformée et que je ne suis pas un salaud fini, je t’ai enfilé un de mes t-shirts. C’est tout. Au passage, tu me dois la vie. De rien.

Conclut-il avec un haussement d'épaules.
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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Ven 28 Nov - 16:06

Se retrouver face à lui la mettait dans un état à lui faire frôler l’hystérie. Tant parce qu’elle le craignait que parce qu’elle ne voulait pas non plus que cette rencontre se passe comme la précédente. Alors oui elle réagissait comme une folle dingue hystérique et il n’avait pas l’air de comprendre les raisons d’un tel comportement. Sérieusement, il délirait là non ? C’est dans ce quiproquo que se poursuivait leur houleuse discussion qui n’allait probablement pas tarder à se terminer en bain de sang. Aeryn n’avait même pas retenu les causes de leur précédente dispute : il affirmait des faits faux, la jeune femme n’ayant pas le moindre souvenir que cela se soit un jour passé. Ses traits se fermaient à mesure qu’il lui répondait mal et qu’il lui semblait voir encore sous cette couche de muscles une certaine propension à la violence. Il était capable de la frapper et pourtant, Aeryn n’était pas décidée à le laisser s’en sortir ainsi, ni à se plier de la sorte. La frêle et pleurnicharde femme qui ne voulait pas qu’on l’approche, apeurée par un grand méchant loup, tellement pas son genre… bien au contraire. Les situations extrêmes et dangereuses, elle connaissait, s’en était parfois brûlé les doigts, et pourtant se retrouvait encore en vie, sur ses deux pieds. Rachel veillait sur elle, c’est ce qu’elle se disait parfois, avant d’envoyer balader ces rêves d’enfants.

Il vociférait des propos incompréhensibles. Quoi, elle s’était fait mordre ? Comment aurait-il pu le savoir, comment aurait-il pu faire quelque chose ? Tout cela n’avait pas de sens, elle se souvenait avoir opté pour une promenade au bayou, de ce qu’elle se souvenait, et pour la suite, n’en avait pas la moindre idée en fait. Au comble de l’énervement et de l’incompréhension, elle se demandait ce que venait faire son évanouissement dans l’histoire.

« Mais qu’est-ce que tu racontes ? »

Qu’il soit plus clair, qu’il s’explique, qu’il arrête de balancer des sous-entendus sans en venir aux faits concrets. Pas étonnant qu’il soit aussi insupportable ! A s’adresser à elle de la sorte, à lui fanfaronner qu’elle lui devait tout, qu’il lui avait sauvé la vie… depuis quand était-il un sauveteur d’abord ? Il n’y avait de souvenir d’avoir eu un jour à l’appeler à l’aide. Et il n’allait pas lui faire qu’en pleine nuit, l’envie lui était venue de faire un tour au bayou et de tomber sur elle ! Très drôle tiens quand on connaissait le niveau de dangerosité pour les humains…
Leur première rencontre ne lui venait même plus en tête. Il avait certainement dit qu’il était métamorphe comme elle, renard également… mais de cela, n’en restait rien dans la mémoire féminine, rien que le souvenir cuisante d’un monstrueux coup dans la mâchoire. Tout le reste avait perdu toute signification. Le mec était fou, voilà tout ce qu’avait imprimé Aeryn.

« Si tu continues, oui »

Hors de question de le laisser s’en sortir impunément. Griffes aiguisées, elle saurait frapper pour sa propre défense. Et s’enfuir, par la même occasion, même si elle accepta docilement de l’écouter. Parfois, il était possible de l’apprivoiser, parfois seulement, quand les circonstances le permettaient. Pour Ethan, cela risquait d’être plus compliqué. S’exaspérant l’un comme l’autre, il y avait pourtant ce petit quelque chose qui, inconsciemment les faisait rester tous deux dans la même pièce. Mine de rien, leurs renards s’appréciaient, jouant également sur la personnalité des humains pour les faire rester dans la même pièce.
Deux secondes. Non, pas deux secondes. Tout de suite. Aeryn n’avait aucune patience à attendre qu’il en ait terminé ni même celle de le supporter en fin de compte. Et pourtant, elle s’y pliait, un tout petit peu. Si, juré ! Il lui manquait des informations, dont lui seul semblait connaitre. Pour comprendre ce qu’il venait de se passer cette nuit, et même après. Ces deux trous sur le bras, quoi qu’elle en pense, ils étaient présents, existants, ne sortait nullement de l’imagination de l’homme. La moindre des choses serait donc de l’écouter non ?

« Reprends à la partie où j’ai été mordue. C’est arrivé quand, où, comment ? Et qu’est-ce que tu foutais là toi ? Ne me dis pas que tu es sorti pour une petite balade nocturne dans le bayou… C’est bien là que tu m’as trouvée non ? »

Prenant sa tasse entre les mains, elle était perplexe. Comme lors de leur première rencontre, interloquée par ses propos. Mais là, davantage encore. Il manquait une partie de l’histoire, celle qui précédait, celle dont il pensait qu’elle se souvenait, mais dont en réalité ne sévissait que quelques flashs incompréhensibles. S’il ne s’énervait pas, peut-être pourrait-il lui donner quelques informations sur le sujet ?
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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Ven 5 Déc - 23:44

Une immense lassitude envahit soudain Ethan. C'était peut-être juste la fatigue qui se faisait enfin ressentir maintenant qu'il n'avait plus besoin d'être parfaitement alerte pour veiller sur la renarde mais il ressentait une irrépressible envie de s'affaler dans son lit, face contre l'oreille pour dormir au moins une semaine. Le pire, c'est qu'il en venait presque à vouloir la voir partir pour pouvoir tomber comme une grosse masse informe sur son matelas, ou son canapé d'ailleurs, toute surface plane ferait parfaitement l'affaire vu l'état dans lequel il se trouvait. L'anglais n'avait pas prévu qu'elle soit aussi vindicative et agressive quand elle se réveillerait, sinon il se serait sans doute accordé une plus grande pause pour faire la sieste, histoire de ne pas être sur les nerfs lorsqu'il aurait à l'affronter. Maintenant, il avait l'impression d'être en plein interrogatoire, comme si, cette nuit, il avait fait quelque chose de mal et cette impression lui laissait un mauvais goût dans la bouche. Il essayait d'aider, de faire les choses bien et voilà ce qu'il récoltait pour sa peine : la sensation d'être une pauvre côté de bœuf cuisinée aux petits oignons. Pour un peu, il aurait presque eu envie de ne plus desserrer les lèvres jusqu'à ce qu'elle se décide à être un peu plus aimable avec lui et savourer pendant ce temps-là son thé noir boosté au rhum dans un silence religieux destiné à lui rendre hommage. Si elle ne voulait pas de ses explications, il pouvait toujours les garder pour lui et puis basta !

En plus, et il venait juste de s'en rendre compte, s'il lui disait tout ce qu'elle voulait savoir, certes elle s'en irait et il pourrait enfin aller se coucher mais surtout, elle ne reviendrait certainement jamais le revoir et les chances de retomber sur elle, en tant qu'humains ou en tant que renarde, étaient sûrement infimes. Raison de plus pour ne rien lui dire. Bien sur, il ne pouvait pas la retenir ici conte son gré ou l'enfermer avec lui, non seulement parce ce serait criminel mais en plus parce que si c'était pour la supporter en pleine crise d'hystérie et se prendre claques sur claques jusqu'à ce qu'il consente enfin à se résigner et la laisser partir, le jeu n'en valait pas la chandelle.

Autant dire que lorsqu'elle lui demanda de reprendre son récit à partir du moment où elle avait été mordue, l'ensevelissant par la même sous une avalanche de nouvelles questions, Ethan prit le temps de boire une longue gorgée de thé en faisant volontairement durer le plaisir pour le faire patienter. Oui, il aurait pu s'énerver et l'envoyer bouler comme une quille en poussant un coup de gueule mais à quoi bon ? Derrière ce visage angélique fermé à double tour et aussi engageant qu'une porte de prison, il savait que les questions se bousculaient et que ça devait déjà être une torture en soi-même. La faire patienter était sans doute la pire chose qu'il puisse lui faire pour le moment parce que même si elle devait savoir pertinemment ce qui s'était passé cette nuit - et non elle ne l'aurait pas avec son air confus - elle ne devait, en revanche, pas se souvenir grand chose de ce qui était arrivé pendant la journée.

_ Oh mais non, Cendrillon ! Tu es apparue dans un nuage de fumée...

Fit-il en passant la pointe de sa langue sur ses lèvres. Le métamorphe ramena une jambe sous lui dans l'espoir vain d'être installé un peu plus confortablement et réfléchit en soufflant doucement sur son thé. Il allait devoir trouver le moyen de répondre à ses questions le plus honnêtement possible - parce que ce n'était pas parce qu'elle n'était pas du matin et qu'elle se montrait désagréable au possible qu'il allait faire une croix sur la seule personne comme lui qu'il ait rencontré sous ses deux formes jusqu'ici - et le tout en gardant suffisamment de choses dans l'ombre pour qu'elle pas s'enfuir une fois ses informations en poche comme... Et bien comme Cendrillon et son soulier. Un exercice d'équilibriste qui s'annonçait très, très compliqué.

_ Tu as été mordue par un serpent. Je ne peux pas te dire lequel, je n'en ai pas la moindre idée parce que j'y connais rien aux serpents. Comme je ne pouvais pas faire grand chose pour toi en l'état actuel, je t'ai poussée jusqu'à la route pendant que tu tenais encore un peu sur tes pattes puis je t'ai portée pour t'amener chez un de mes amis vétérinaire qui était en train d'ouvrir. Il devait être quatre ou cinq heures du matin je crois. À vue de nez...

Oui, ça devait être ça, à peu près. Il avait marché pendant une bonne demi heure avec la renarde dans les bras jusqu'à enfin regagner les lumières de la Nouvelle-Orléans où il avait pu se frayer un chemin en restant inaperçu. Si ça avait été à n'importe quelle autre heure de la journée, il n'aurait pas pu être aussi discret. Quant à ce qu’il faisait là-bas, même si c’était sûrement pour la maison raison que pour elle, mais en attendant, ça ne regardait que lui.
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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Lun 8 Déc - 14:32

Aeryn, se montrer aimable avec lui ? C’était une affaire encore difficile à accepter. Tout ce qu’elle voyait sur le visage impassible de cet homme, n’était autre que le souvenir d’une gifle bien placée qu’elle n’avait tout bonnement pas appréciée. Comment faire preuve d’amabilité et de politesse avec un gars dont elle avait vraiment du mal à cerner les objectifs ? Avec Nathan, leur première rencontre avait également mal débutée, mais jamais on ne l’avait frappée de la sorte, hormis lorsqu’elle avait des emmerdes jusqu’au cou. Maintenant face à lui, dans le salon de son appartement, vêtue de ses vêtements, Aeryn ne se sentait pas rassurée de se trouver ici. N’en tiendrait qu’à elle, qu’elle aurait pris la poudre d’escampette sans demander son reste, fuyant, encore et toujours. Face à lui, elle l’affrontait. La distance étant suffisamment grande entre eux, il ne poserait pas la main sur elle une fois encore, tant qu’il restait installé là où il se trouvait. De la méfiance, mais également de la crainte. Pourquoi, pourquoi s’acharnait-il ? Le message lui avait paru pourtant clair et limpide.
D’après ses explications, il l’avait sauvée.

Les quelques secondes qu’il mit à lui répondre la rendirent songeuse. Elle aurait pu s’énerver qu’il prenne son temps à lui apporter des réponses, et pourtant, au lieu de cela, chercha à faire le vide, à se calmer un peu. Un peu de sang-froid ne lui ferait pas de mal ou elle allait tourner à l’hystérie, si ce n’était pas déjà fait. Penser à autre chose, tenter de se souvenir un peu de cette nuit dont elle ne conservait que des flashs. Il y avait eu un autre renard, en tout cas sa mémoire lui montrait un renard. Ce n’était certainement pas elle si elle voyait avec ses yeux. Serait-ce dont possible que ce soit quelqu’un d’autre, comme elle ? Son regard dévia sur lui, et elle ne put s’empêcher de le dévisager. Se pourrait-il que … ? Pourvu que non, en fin de compte, parce qu’il lui faisait quelque peu… peur. Pourquoi aurait-elle passé du temps avec celui dont elle ne souhaitait pas voir ? Allons, sa renarde faisait preuve de bien plus d’intelligence que cela…

Elles tardèrent mais vinrent. Enfin. Les explications tant attendues que la jeune femme trouva trop vagues encore une fois. Il omettait des précisions, détails dont lui seul en connaissait le contenu. Frustration de la renarde qui voulut en savoir davantage. Trop de questions se bousculaient dans son esprit et elle devait faire la part des choses pour les sélectionner. Qu’est-ce qu’il pouvait l’énerver ! Elle eut envie d’hurler, et de faire une remarque provocante à son insu. Lui ne s’en gênait pas pour sa part, pourquoi pas elle alors ? Chaque chose en ce temps, et pourtant, l’impatience et la précipitation se firent sentir. Oubliant sa boisson, elle avait soif de réponses, davantage que le liquide encore chaud dans la tasse.

« OK. Mais pourquoi étais-tu là ? Pourquoi me sauverais-tu la vie ? Ce n’est pas logique… »

Ça ne l’était pas. Un coup il la frappait et une autre fois il la sauve ? Etait-il devenu fou, malade peut-être ?  Des éléments manquants lui permettraient d’apporter du sens dans toute cette histoire. Aeryn comprit rapidement qu’il lui cachait certaines choses. Que pouvait-elle dire, elle qui agissait exactement à l’identique ? Les questions au contraire ne se firent pas attendre et elle tenta de retrouver les propos de leur première rencontre. Il lui avait dit qu’ils étaient pareils si elle se souvenait bien, tous deux renards, non ? Sa mémoire n’avait pas voulu se souvenir, après le coup porté. D’une voix hésitante et incroyablement calme, elle préféra demander à l’intéressé ce qu’il en pensait. L’amnésique devait faire des concessions et faire le bilan de cette nuit et de l’autre d’il y a quelques mois. Cette situation ne pouvait se poursuivre inlassablement de cette manière. Pourquoi se souvenait-il et pas elle, d’abord ?

« Est-ce que… ça n’aurait pas un rapport avec ce que tu m’as dit la dernière fois ? »

Une tentative, pour voir. Aeryn avait mis de côté ses peurs et sa colère pour se concentrer sur les évènements de la nuit dernière. Ethan détenait les réponses, alors peut-être que si elle se montrait moins agressive, sa langue se délierait un peu… Le fixant avec intensité, sans aucune gêne de le dévisager, elle attendait et ne quitterait pas le fauteuil tant que ses explications ne la satisferaient pas.
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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Jeu 11 Déc - 20:39

L'impatience se lisait sur le visage de la renarde, la réflexion aussi. Ethan se renfrogna presque aussitôt en se demandant quels mensonges elle pouvait bien être en train d'inventer pour réfuter ses dires et tenter une nouvelle fois de s'en sortir et de le repousser en lui disant toi simplement qu'elle ne le connaissait pas et qu'elle ne voyait absolument pas de quoi il parlait. À cette pensée, sa colère remonta d'un cran. Il ne l'avait quand même pas forcée à accepter sa compagnie cette nuit, c'était elle qui avait décidé de l'inviter à profiter de la nuit avec elle. Si elle avait été fondamentalement contre, elle aurait tout aussi bien pu s'enfuir dans le bayou pour jouir de la nuit toute seule. Peut-être que le renard aurait tenté de la suivre, sûrement même, mais jusqu'ici, elle avait toujours réussi à lui faucher compagnie quand elle n'avait pas envie qu'il la suive. Cette nuit n'aurait sans doute pas fait exception.

La seule chose qui le tracassait dans son début de défense contre tout ce qu’elle pourrait avoir le malheur de dire pour le repousser était la certitude que si elle n’avait pas croisé sa route ce soir, alors elle ne se serait sans doute pas fait mordre parce qu’elle aurait été sans arrêt sur ses gardes au lieu de sautiller naïvement dans le bayou comme un jeune cabri heureux de vivre. D'un côté, il l'avait sauvée tout autant qu'il l'avait condamnée à être mordue parce qu'elle était en sa compagnie. L'avantage était que sa prétendue amnésie l'empêchait de pouvoir l'accuser sur ce point, cependant son conscience, elle, s'en chargeait pour elle.

Quand la renarde lui demanda pourquoi il était là quand elle s'était fait mordre et pourquoi il l'avait sauvée, il manqua de lever les yeux au ciel, encore une fois. Pourquoi est-ce qu'elle avait refusé de le reconnaître la dernière fois ? Pourquoi est-ce qu'elle le lui refusait encore maintenant ? Avec ses mots, la jeune femme réussissait à le faire se sentir comme un moins que rien, comme quelqu'un qui n'avait même pas le droit à la considération. Son venin immatériel valait bien celui du serpent qui l'avait mordue cette nuit.

_ À ton avis ? Pourquoi ?

Les mots, secs, crachés, lui échappèrent et il s'empressa de fusiller la surface ambrée de son thé en sentant la colère fuser en lui comme un brasier en veille. Le brun s'enfonça dans un silence rageur, préférant ne rien dire pendant quelques instants plutôt que de se laisser aller à des mots et des invectives qu'il en viendrait forcément à regretter. Jusqu'ici, toutes ses rencontres avec elle finissaient par le décevoir, que c'était parce qu'elle s'enfuyait avant qu'ils aient pu échanger quelques mots ou par ce qu'elle le repoussait. Leur discussion n'était pas encore terminée qu'il sentait déjà qu'il passerait toute sa soirée et une bonne partie de la semaine à venir à se fustiger pour ce qu'il avait dit et fait.

Pourtant, la voix de la brune s'éleva bientôt dans l'espace vide entre eux. Hésitante, curieuse, elle ne portait l'aversion qu'il avait prit l'habitude de lire entre ses tonalités. L'espace de quelques instants, l'espoir l'envahit, l'espoir qu'elle avait décidé de jeter son armure de non-sens aux ordures pour reconnaître l'évidence mais un seul regard à la demoiselle le souffla aussi vite. Son regard était inquisiteur, intrusif. Tout ce qu'elle voulait, c'était ses réponses et quoi qu'il dirait, le résultat serait le même. La renarde partirait, disparaîtrait de nouveau dans la ville, faisant comme si de rien n'était, niant la connexion qu'ils avaient pour continuer à le fuir comme la peste. Cette constatation pragmatique ne lui remonta pas le moral, étrangement. Il la dévisagea avec la même intensité qu'elle et lâcha, d'un ton grave :

_ Ça a tout avoir.

Et là, comme par magie, toute sa mémoire lui revenait. Pile au moment où il commençait à montrer que lui aussi pouvait être insupportable si l'idée lui venait.

_ Je ne me ballade pas dans le bayou en pleine nuit par plaisir. Pas avec tout ce qui traîne là-bas. Pas sous cette forme du moins.

Ajouta t-il en prenant des pincettes. Après ce qui s'était passé la dernière fois, Ethan préférait y aller en douceur.

_ Tu es la seule autre cré... tu es la seule que je connaisse.

Son regard plongea droit vers le bas pour scruter le fond de sa tasse tandis que sa voix se faisait plus bourrue. Il aurait préféré ne pas avoir à le dire mais il ne voyait pas trop comment faire autrement pour qu'elle comprenne enfin pourquoi il ne pouvait pas la laisser partir.
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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Ven 12 Déc - 14:45

Pourquoi. Si elle le savait, elle ne perdrait pas son temps à lui poser cette question idiote. Si elle avait ne serait-ce qu’une simple idée, Aeryn ferait avancer le débat plutôt que de perdre son temps en questions idiotes. Qu’est-ce que les hommes pouvaient être bourrus parfois ! Et idiots, et énervants, particulièrement lui en fait. Pour diverses raisons. Et en plus de cela, il mettait le doute dans son esprit, la faisant hésiter, la faisant se poser toutes sortes de question sur leur précédente rencontre, remettant en cause les faits et les raisons derrière. Difficile de comprendre et d’accepter, alors qu’il ne semblait pas si mauvais que cela, au fond. Alors pourquoi avait-elle réagi de cette manière pouvait-elle s’était-elle emportée ? Peut-être y avait-il eu un malentendu. Pourquoi en serait-il venu à la frapper alors ? Ce détail obscur n’avait de cesse d’hanter son esprit. Il manquait une certaine logique à ses propos, ce qui allait certainement les plonger de nouveau dans un quiproquo incompréhensible. Qu’est-ce qu’il avait le don de l’énerver avec ses questions sans réponse ! A quoi jouait-il à quoi cela rimait-il ? Ces deux marques dans le bras lui semblait de plus en plus obscures à mesure que la conversation avançait, à mesure que celle-ci prenait de l’ampleur. Les parties manquantes de son esprit semblaient évidemment les plus importantes. Pourquoi ne l’expliquait-il pas tout simplement ? Cela ne prendrait pas beaucoup de temps, juste une pincée de courage. Exaspérée, elle ne manqua pas de commencer à nouveau à s’emporter, avant de faire retomber l’impulsivité la phrase d’après. Si elle voulait des réponses avant qu’ils ne s’entretuent, autant garder son calme.

« Je n’en sais rien ! Tes devinettes m’énervent. »

Question subsidiaire, celle du souvenir, et pendant qu’elle dardait ses prunelles dans siennes pour lui faire comprendre qu’elle ne lâcherait pas l’affaire sans réponse, il lui sembla également que sa mémoire travaillait activement pour retrouver des parcelles perdues, lambeaux détruits par son inconscience. Pourquoi avait-elle oublié, pourquoi ne pouvait-elle pas simplement se souvenir ? Et lui jouait encore aux devinettes, qu’il était énervant ! Sans comprendre pourquoi il agissait ainsi, Aeryn ne pouvait s’empêcher de s’exaspérer.
Et puis elle eut la confirmation que sa condition de métamorphe était comme celle d’Ethan. Enfin, de ce qu’il lui avoua, elle comprit tout de suite qu’elle se trouvait face à une personne comme lui. Aeryn savait qu’elle était loin d’être la seule dans cette condition pour l’avoir récemment compris, mais n’avait jamais encore rencontré une personne dans la même condition qu’elle, jamais encore en face à face. L’étonnement se lut dans son visage, complètement abasourdie par cet aveu. Voilà qui compliquait les choses, un poil plus que d’habitude. Aeryn n’avait comment dire, pas envie de parler de sa condition, et le sujet venait d’être sorti, ironiquement à sa demande.

« Tu … Quoi ? »

Elle avait bien entendu, ce qui n’arrangeait pas les choses pour autant. Aeryn et la vérité, comment dire… ce n’était pas qu’elle se voilait la face, mais presque. Car elle ne s’acceptait pas pour ce qu’elle était, et qu’elle refusait même qu’on lui rappelle sa nature. Brusquement, elle ne voulut pas en savoir davantage. Elle voulut fuir, encore une fois. Partir et s’enfuir, sans demander son reste. Parce que c’était plus simple à accepter. Parce que c’était plus facile, et qu’il n’y avait rien à perdre, plutôt que de rester et affronter, en prenant le risque que rien ne se passe comme prévu. S’ils étaient pareils, alors il devait comprendre la douleur présente et latente qu’elle avait dans l’esprit. Elle était un monstre, ne s’acceptait pas pour ce qu’elle était.

« Ok… Merci alors »

Elle le remerciait pour ce qu’il avait fait. Ce fut un bref remerciement, mais néanmoins sincère, annonciateur d’une fin de conversation. L’annonce lui avait fait l’effet d’une énorme douche froide. L’hystérique avait complètement disparu, regrettant même d’avoir cherché à savoir. Désormais, elle ne voulait même plus en connaître davantage, se maudissant déjà des faits de la nuit passée. Il aurait été plus simple qu’il la découvre métamorphe sans en être un. C’était comme voir son propre reflet, elle acceptait sa punition sans pour autant accepter que d’autres la subissent. Maintenant, elle ne savait plus quoi dire, alors se perdit dans ses pensées. La scène ne lui semblait même pas réelle, et elle voulut fuir, et partir, comme la première fois. Cette conversation sur leur nature, il viendrait forcément, et elle ne souhaitait même pas en parler, ni même la mentionner. Jusque-là, elle avait enduré tous les propos sans rien dire, mais maintenant tout ce qu’elle voulait, c’était fermé la conversation. Terminant sa tasse d’une traite, elle se sentit vraiment trop gênée de rester ici, voulut partir. Tel un électron libre, elle se leva.

« Je… je ne vais pas tarder »

Elle ne parvenait même plus à articuler deux mots, ne cessant de penser qu’il était comme elle, métamorphe. Et ça l’effrayait énormément, prise au dépourvue d’une nature qu’elle devait accepter alors qu’elle l’avait toujours voilée, d’une certaine manière. Voilà que lui savait… il lui semblait que son secret se craquelait à vitesse éclair ces derniers temps, et qu’elle ne parvenait tout simplement pas à le supporter.
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MessageSujet: Re: Great expectations || Aeryn   Mar 16 Déc - 14:33

Haha, victoire ! Ethan avait réussi à m’exaspérer. Et bien comme ça, ils étaient deux. Le brun baissa la tête pour masquer son rictus amusé et je le releva que lorsqu’il fut sûr de l’avoir fait disparaître. Il était bon à ce jeu mais il finirait par le payer quand elle finirait par en avoir assez et qu’elle partirait sans demander son reste. À ce moment-là, il pourrait toujours se moquer de lui-même puisqu’il n’aurait plus personne d’autre sur qui se reporter et qu’il n’aurait plus que sa propre bêtise avec qui s’amuser.

Bizarrement, ce fut quand le métamorphe consentit à laisser échapper une véritable information "importante" qu’elle perdit tout de sa superbe et que son véritable visage, et non ce masque de fureur, se dessina sur ses traits l’ombre d’un instant. Au fond de lui, il savait aussi que cette hésitation marquait très certainement la fin de leur discussion. Parce que maintenant qu’elle savait ce qu’elle voulait savoir, la renarde n’avait plus la moindre raison pour supporter sa vision qui lui semblait si repoussante. Ethan se renfrogna et se laissa glisser dans son fauteuil avec l’impression de porter le poids du monde. Son "merci" qui devait tout de la politesse sonnait comme un "au revoir". Il ne pouvait pas la regarder finir son thé avec la vitesse de quelqu’un pressé d’en finir rapidement, tout comme il ne pouvait pas supporter l’étrange sensation dans son ventre qui l’enjoignait à dire quelque chose pour essayer de faire durer la conversation et la retenir encore un peu. Il savait qu’il aurait du faire quelque chose, que c’était peut-être la dernière chance qu’il avait de plaider sa cause auprès d’elle mais à quoi bon ? De toute manière, elle ne l’écouterait pas. Pourtant...

_ Oui… je suppose que je le mérite. Tu vois, quand je suis tombé sur toi je pensais que ce serait finit. Que je ne serais plus seul maintenant que j’avais trouvé quelqu’un comme moi, qui avait le même problème et qui comprendrait ce que c’est. J’ai cru que…

Pas la peine de se mentir, il avait cru avoir trouvé quelqu’un avec qui parler de ce que ça faisait de se transformer comme ça, de devoir cacher sa nature aux autres comme une honte, comme une affection honteuse. Mais leur première rencontre avait soufflé tous ses espoirs. Au fond, il ne savait pas pourquoi il avait pensé que la ramener ici et s’occuper d’elle changerait quoi que ce soit à ses yeux. Tout ce que les yeux de la jeune femme reflétaient n’était que le monstre qu’il voyait déjà en lui.

_ … c’était stupide de croire que tu pourrais…

Il baissa les yeux sur ses doigts qui étaient devenus calleux à force de travailler, si différents de celles qu’il avait avant, avant qu’il ne soit plus qu’une simple personne, normale en tout point et les considéra un instant contre la porcelaine blanche de sa soucoupe. Peut-être que c’était vrai, qu’il ne méritait pas de la connaître, qu’il n’avait aucun droit d’espérer sa considération et encore moins son amitié. Peut-être qu’il n’était plus que le monstre qu’on l’avait fait devenir et qu’il avait accepté d’être par défaut. Elle l’était tout autant, sur ce principe de base mais vu son rejet, vu son mépris et sa colère, Ethan devait être dans une catégorie supérieure à la sienne. Le brun acquiesça avant de baisser la tête et marmonner :

_ Bon... je vais te donner un pantalon, comme ça tu pourras partir.

Il reposa sa tasse sur la table basse et se releva péniblement. C’était sans doute la fatigue mais il avait l’impression que tous ses membres étaient lourds et engourdis, qu’il marchait à travers une atmosphère non plus faite d’air mais de ouate épaisse. Il retourna dans sa chambre, s’attardant un instant sur les draps en désordre qu’elle avait laissé avant de se reprendre en secouant la tête, comme si ça pouvait chasser l’abattement qui lui tombait soudain sur les épaules et lui permettre de penser à autre chose. Ce ne fut pas une réussite. Il ouvrit donc le placard sans même trouver la force de fusiller le bois du regard et y chercha un vieux pantalon dont il pouvait aisément se passer sans avoir à le regretter car, il fallait se rendre à l’évidence, elle n’allait certainement pas s’amuser à revenir ensuite pour lui rapporter son bien. Il la reverrait sûrement sous la forme de renarde mais elle, la fille dont il ignorait le nom d’ailleurs, ça, non, il ne la reverrait pas. Ethan referma l’armoire avec un plus de sécheresse et retourna dans la pièce à vivre avant de tendre le bout de tissu à la jeune femme et ramasser sa tasse vide pour l’emmener à la cuisine et surtout lui laisser suffisamment d’espace. Il n’était pas certains de pouvoir supporter la vision de son visage tant la déception le rongeait.

L’eau dans le lavabo commença à couler et il préféra se concentrer sur sa vaisselle plutôt que de retourner dans le salon et devoir la voir partir.
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Great expectations || Aeryn

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