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 Bloodlines [Raf]

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MessageSujet: Bloodlines [Raf]    Dim 16 Nov - 21:11

Il était loin, le temps de l’insouciance. Trop loin. La naïveté, l’innocence de l’âme, l’ignorance de la cupidité de l’homme. Ce temps où Orfeo ne se posait pas la moindre question, jamais. Ce temps où, il ne cherchait pas à se remettre en question, où spontanément, il agissait franchement, sans comprendre. Il était lui, qu’on l’accepte, ou qu’on le rejette, il fonctionnait ainsi. Les faux-semblants, les mensonges, jamais il n’en avait eu la moindre conscience. Pas une fois ne lui était venu à l’idée de tromper son entourage. Si chétif, si attachant. Si naïf.
Ces moments d’émerveillements où chaque jour semblait le plus beau du monde. Ces instants où chaque parcelle de nature l’émerveillait, chaque oiseau chantant au soleil levant, chaque fleur dont la rosée faisait perler ses gouttes sur leurs pétales. L’herbe verte des champs, la forêt assombrie par les hauts conifères, le clapotis de la rivière. De ces souvenirs, pour la plupart intacts, n’en ressortait qu’une vague d’émotions intenses et apaisantes : à y repenser, ces jeunes années avec sa famille avaient été des plus heureuses pour lui. Ignorant tout de la méchanceté des hommes, de la dureté du monde, ou du moins n’ayant pas conscience de ces notions. Comment pouvait-on ne pas vouloir respirer un havre de paix tranquillement ? Orfeo n’avait jamais compris durant toute cette période où il avait vécu en harmonie avec lui-même, inconscient d’être ce poids pour la famille, inconscient de tout... il aurait dû en être ainsi pour encore un long moment. Pour toujours. Les choses auraient pu rester intactes si le traitre n’avait pas décidé de le condamner, ignorant jusqu’alors les représailles qui en découleraient.

Le souvenir avait traversé l’esprit d’Orfeo. Imprévisible, inattendu, s’était présenté sans prévenir, impassible. La seule vision de cette feuille morte tombant de l’arbre avait suffi à ranimer des flashs du passé qu’il n’aurait jamais aspiré retrouver un jour. De l’étonnement mais également autre chose. De la joie, du calme dans l’océan de tempête permanent. Une plénitude retrouvée, de la nostalgie. Cette époque était terminée, plus jamais il n’en serait autrement. Entre Rafael et lui s’était brisé bien trop pour qu’il pardonne facilement. Recoller les morceaux ne serait jamais satisfaisant, faire comme si de rien n’était également. Ignorer et repousser son frère ne lui convenaient pas, c’est pourquoi il se retrouvait sur le chemin de son logement pour une petite visite improvisée. Un dimanche après-midi, il y avait une forte probabilité de l’y trouver chez lui. Qu’avait-il d’autre à faire, maintenant qu’Azzura était décédée ? Une autre femme ne la remplacerait pas de sitôt. Ils étaient éperdument seuls, séparés l’un comme l’autre par un immense fossé de mésentente. Pardonner serait toujours aussi difficile, Orfeo pouvait pourtant la capacité de passer outre l’espace d’un moment tous les reproches. Si lui également le pouvait… après la cascade, le rejet était amplement possible. Le méritait-il ? Certainement, mais, à y regarder de plus près, se jetant la faute l’un sur l’autre ne ferait nullement progresser le débat. En avait-il déjà un ? Stérile et inutile, la conversation de réconciliation entre eux ne progressait pas d’un pouce, la liste s’allongeant aussi bien pour l’un comme pour l’autre. Combien pouvaient se targuer d’avoir encore des membres de leur famille en vie après des siècles ? Et ils détruisaient ça comme des enfants, vivant à l’écart loin de l’autre alors que seulement quelques kilomètres les séparaient. Enfermés dans leur mutisme et leurs reproches, ils refusaient de passer à autre chose, se nourrissant l’un comme l’autre du passé, se lançant constamment la balle, jouant à celui qui en souffrirait le plus, celui qui en aurait le plus mal. Cette douleur, la seule chose de vivante dans leur relation. Des rires, des souvenirs heureux, il n’en avait pas. Ils s’aimaient dans la haine.

Jonglant à travers les feuilles mortes, il songeait, repensant à de bons souvenirs qu’il avait. Lointains, mais brûlant d’un feu ardent pas encore éteint. Il voulait se souvenir de ce Rafael-là, le retrouver. Il voulait essayer de revivre ces instants dans le présent maintenant. Serait-ce encore possible ? Tout ne dépendait pas que de lui. Et si… il voulait tenter. Que cela passe ou casse, au moins avait-il le mérite de se poser la question et se lancer dans une sorte de réconciliation. Rafael en valait le coup. Encore faudrait-il qu’il accepte, qu’il le veuille bien. Rien n’était moins sûr. Sur le bitume du trottoir, il les voyait, ces jolies couleurs, tirant du jaune au marron en passant par un rouge vif. Une promesse, voilà ce que c’était. Les arbres se faisaient la promesse de survivre à cet hiver rigoureux, préparant leurs armes, acceptant de laisser mourir leurs feuilles pour leur survie. Il y en aurait d’autres, comme chaque année, elles repousseraient. Son frère serait toujours de son sang, quoi qu’il arrive. Une promesse. Ils étaient liés pour l’éternité. Pouvaient-ils rendre leur agonie moins douloureuse ?

Sur le perron, il s’arrêta. Devait-il vraiment le faire, sonner, attendre et puis… voir ce qu’il se passerait par la suite ? Directement venue le tirailler, elle ne se rata pas. L’hésitation. Encore une fois présente au moment où il n’avait nul besoin d’elle pour la supporter davantage. Pouvait-il au moins la laisser tranquille ? Enervé, il ne voulait pas stopper, s’arrêter en si bon chemin. Sa réaction, les traits de visage, il se les était imaginés cent fois dans sa tête. Aucune ne concordait, toutes l’effrayait. Il n’allait pas apprécier sa visite à l’improviste, prévisible. Autant affronter les premiers instants. Autant essayer, autant se lancer et voir ensuite… ce qui allait suivre. Il sonna.

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MessageSujet: Re: Bloodlines [Raf]    Jeu 20 Nov - 15:52


Bloodlines.

(pv) Orfeo Renzacci


~


Mes doigts pianotent sur le rebord de la table, hésitants et songeurs. Les voilà qui glissent vers les différents papiers éparpillés sur mon bureau, d’une photo à un acte de décès, d’analyses à un trombinoscope, d’un prénom à un numéro de téléphone. Ca va faire un mois qu’Azzura est morte, j’ai l’impression que c’est hier que Cora m’a charcuté les jambes et le cœur, que c’est il y a une éternité qu’Azzura est morte comme une loque, comme une droguée, dans un endroit sordide sans que je ne le sache. J’avais toujours pensé que ce qui nous reliait tous les deux était de l’ordre du surnaturel. Que quelque soit l’époque, quel que soit le lieu, nous étions connectés plus fortement que tout ce que les autres pouvaient suspecter. Et je n’ai même pas été capable de sentir qu’elle mourrait. Je nous pensais spéciaux, et ce doit être l’une des choses qui me blesse le plus : ma prise de conscience qu’en fait, nous n’étions rien d’autre que des êtres humains normaux, incapables de savoir l’état dans lequel est l’autre, incapable de sauver l’autre, incapable de se sauver, tout court. Ma main se crispe sur l’acte de décès, se retenant in extremis de le froisser ou de le déchirer. C’est l’une des seules choses tangibles qui me fait comprendre tous les matins que je ne rêve pas, que je ne l’oublie pas, que je suis incapable d’aller vraiment de l’avant sans pour autant pouvoir m’enfermer dans une illusion. Je nage entre deux eaux, dans l’incompréhension de l’absence d’Azzura et l’acceptation de cette réalité. Un soupir, un bruit à ma droite me fait relever la tête et lâcher l’acte de décès qui glisse jusqu’au reste de la pile. Ma femme de ménage, connaissant mes tics et mon côté maniaque, hésite à s’imposer dans la vaste pièce qu’est mon bureau. Je lui fais signe d’entrer en faisant disparaître les documents sensibles – autant pour le Gouvernement que pour moi – dans un tiroir qu’elle a interdiction d’ouvrir. D’un regard – je ne suis pas homme à parler pour faire du bruit – et d’un mouvement de main, je lui laisse le champ libre et sors de la pièce pour me réfugier dans le salon où une toile encore vierge trône sur le chevalet que je dédaigne.

Depuis quelques jours, j’ai peur de peindre, j’ai peur de baisser ma garde et de découvrir qu’un nouveau visage apparait sur la toile, naît de ces traits fins que je trace sans même y songer, de voir des boucles blondes éclore à la place de mèches brunes, des yeux clairs se superposaient à ceux plus orageux de l’Italienne… Depuis quelques jours, je me découvre craintif, perdu, déstabilisé, égaré, sans trouver de chemin sur lequel m’engager, sans trouver ce que je vais faire, maintenant de ma vie et de ma solitude. Parce que oui, c’est un constat : je me sens désespérément seul depuis la disparition de la seule qui importait et la désastreuse confrontation avec mon frère. Mes poings se crispent à cette pensée, je me laisse tomber avec légèreté dans mon canapé pour me prendre la tête entre les mains. Mon petit frère. Une déception, un remord, une culpabilité constante qui enfle et s’intensifie à chaque fois que je m’hasarde à penser à lui. Je me suis renseigné, depuis la dernière fois. Capitaine des pompiers, il a fait du bûcher auquel je l’ai livré une force à laquelle je ne m’attendais pas. Et pourtant, ma déception n’en est que plus grande. Et chaque nuit qui me réveille en sursaut, de l’eau dans la gorge, dans les poumons, dans une suffocation saisissante et illusoire, cette déception ne fait que grandir. Mon frère a voulu me tuer, et pour seule raison à cet acte ce besoin de vengeance que je comprends sans accepter. Il n’est pas tel que je le voyais, tel que je me l’imaginais, lorsque je me perdais à envisager ce que serait sa vie une fois devenu adulte. Un nouveau soupir, et je finis par attraper le carnet à dessin posé sur la table basse pour m’asseoir en tailleur et me concentrer sur la silhouette de ma fille que je ne me lasse pas de représenter. Les souvenirs, loin de s’estomper, sont toujours aussi nets, teintés même de son rire et de ses premiers mots hésitants. Mes doigts tâtonnent à droite chercher un crayon rose pour donner un peu de vie à l’esquisse et éveiller ses joues et ses lèvres lorsqu’un grésillement m’interrompt et me signale une personne à la porte de ma villa. Je fronce aussitôt les sourcils, entends les pas précipités de mon personnel qui s’approche de la porte, jette un regard aux caméras de surveillance qui longent la propriété depuis la venue inopinée de Li Mei, et délègue l’un de mes hommes qui arrive rapidement dans mon salon. « Monsieur, c’est Orfeo Renzacci, le capitaine des pompiers. » Je me lève lentement.

Orfeo ? « Vous êtes sûr ? » La question n’attend pas de réponse, la reconnaissance faciale installée ne se trompe que très rarement à ce que j’ai compris. Additionnée aux caméras, elle est supposée augmenter la sécurité de ma demeure mais comme toujours lorsque le Gouvernement s’implique pour me protéger, je me demande qui il surveille très exactement. Un claquement de langue, je considère ma tenue décontractée convenant à une journée de repos. Pas de costume, pas de cravate, une simple chemise blanche accompagne un pantalon anthracite. Se méprenant vraisemblablement sur mon silence, mon majordome ne peut s’empêche de proposer : « Devons nous demander à la sécurité de le reconduire à l’entrée de Garden District ? », ce que j’affirme d’un mouvement de tête. Mon frère a beau être mon frère, il n’en reste pas moins qu’il m’a déçu, blessé, vexé et que j’ai choisi de ne plus considérer comme envisageable une possible complicité entre nous deux. Mais en suivant les mouvements des lèvres du majordome, parlant dans une oreillette, qui exécute mes ordres, je me surprends à l’interrompre. « Attendez ! » Mes doigts dégringolent vers l’un des buffets de l’entrée pour saisir mes lunettes de soleil. « Laissez, finalement, je vais m’en occuper. Faites moi juste préparer une collation. » Une poignée de minutes se sont écoulées lorsque je sens les graviers immaculés crisser sous mes semelles et que je remonte lentement l’allée jusqu’au portail. D’un geste de main, j’en ordonne l’ouverture, me contraignant à une nonchalance factice lorsque mes yeux clairs et angoissés – masqués par les verres teintés – se posent sur Orfeo. « Orfeo… je dois avouer que je ne m’attendais pas à te voir un jour sonner à mon humble demeure… » Humble. La villa qui siège derrière moi n’a rien à envier à notre précédente habitation, lorsque nous étions parmi les maîtres de Rome. « Que veux-tu ? Je suis désolé, il n’y a ni précipice, ni lave en fusion pour innover dans les mises à mort. Et si tu viens vendre des calendriers, je m’excuse, je n’ai plus de monnaie. »



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MessageSujet: Re: Bloodlines [Raf]    Dim 23 Nov - 13:49

Il fallait certainement être fou pour se présenter devant l’imposante villa de son frère après ce qu’il avait fait. Orfeo ne se sentait nullement gêné d’agir de la sorte. Après tout, les liens du sang les liaient l’un à l’autre, malgré eux. Si Rafael avait comme il se disait si bien protégé son frère pour qu’il reste en vie, alors il n’en voudrait pas ce dernier de se présenter à l’improviste n’est-ce pas ? Orfeo se souciait, un peu. Un tout petit peu, une infime parcelle de son âme avait de l’estime pour son frère, qu’il dissimulait derrière son sarcasme habituel. Les embrassades entre membres d’une même famille n’avaient pas lieu d’être chez les Renzacci. L’amour fraternel se reflétait froidement à travers une distance relative. Dévoiler ses sentiments ne représentait qu’une faiblesse qui, mise en avant, montrait tout simplement la perte dans les tréfonds d’une âme morcelée. Sa fierté était trop forte pour qu’il ne lui dise qu’il se souciait de lui. Ce qu’il récolterait d’un aveu ne serait qu’une réplique cinglante, moquerie de son frère qui aurait gagné l’avantage. L’amour n’avait pas sa place dans la famille, on ne le montrait. Tout n’était que devoir et responsabilités.
Son frère acceptait de le laisser entrer. Qui plus est, il se présentait personnellement. Impressionnant, le Seigneur se présentait humblement à la porte pour accueillir Orfeo. Comité d’accueil personnel. Que lui arrivait-il ? Humble, comme ce mot sonnait doux à leurs oreilles. Le chef des pompiers retint un rire quand son frère lui présenta sa demeure en employant ce terme.

« Humble. On peut dire ça. »

A peine vingt fois plus grande que son appartement mais à part ça oui c’est une humble demeure. Orfeo s’était promis d’être abordable, il se ferait donc force pour éviter les remarques pleines de sarcasme à son intention. Il connaissait les règles de civilité, ne les employaient tout simplement pas avec son frère. Aujourd’hui, il lui faisait une fleur, se montrerait particulièrement poli et courtois. Que Rafael en profite, Noël arrivait avec un peu d’avance cette année ! Pour montrer son amour envers son grand frère, il faisait office de bonne éducation, ne se moquant même pas de lui ! Etrangement, il allait se montrer quelque peu respectueux. Même ses répliques reçurent un accueil favorable et poli. Une petite boutade sympathique, sans plus. Contrastant avec leur dernière rencontre, mais pas pour autant hypocrite. Il avait à se faire pardonner, mais pas en s’excusant du passé. Orfeo voyait d’un œil visionnaire, le passé se réparait dans le présent et le futur à venir. Le passé n’était qu’une excuse pour haïr, en fin de compte, que l’un comme l’autre ils usaient à bon escient quand ils en voyaient une certaine utilité.

« Toujours le mot pour rire hein ? Je viens en simple visite de courtoisie. Après tout tu es mon frère. Et puis, je n’ai jamais encore eu l’occasion de fouler le sol de ton humble demeure. »

Pas même une remarque désobligeante sur ses propos. Il venait en « ami », en toute sympathie et sans la moindre entourloupe. Il ne fit pas un commentaire sur la remarque du calendrier des pompiers, qu’au passage il ne vendait plus, désormais capitaine. Il détestait ça et ne forçait pas non plus ses hommes à le faire s’ils n’en avaient pas envie. Un peu d’un autre temps maintenant ; qui achetait des calendriers à accrocher au mur de nos jours ? Il suffisait d’allumer son téléphone pour en avoir un tout frais, sans avoir à abattre le moindre arbre.
Il regarda son frère. Comme toujours, il ne pouvait s’empêcher de se la jouer cool à n’importe quel jour de l’année. Il devait probablement porter ses lunettes de soleil dès le réveil, pour dissimuler les cernes et montrer toujours autant de classe à n’importe quel moment de la journée. Ce serait un affront de dire au Prince des lieux qu’il semble fatigué ou a mauvaise mine. Allons donc, inimaginable pour un homme aussi narcissique que lui. S’il le pouvait il se serait déjà marié avec lui-même. Trois fois au moins.

« Tu sais, on est en novembre… les lunettes de soleil ne sont plus vraiment appropriées… »

Il se montra courtois en lui faisant cette remarque. Le reste de sa tenue n’avait rien d’étonnant, chaque pièce coûtait certainement au moins trois chiffres au compteur. Il amassait de l’argent pour au final le dépenser en artifices pour sa propre personne. Comment pouvait-on être aussi dépensier ? Orfeo ne comprenait pas sa politique de vie. Encore un trait de caractère qui les différenciait complétement. Le caractère pouvait être d’une certaine manière similaire, les habitudes de vie, elles n’avaient rien de commun. Orfeo considérait son frère comme un parfait glandeur qui croulait sous l’or. En même temps, il lui semblait qu’il se la coulait avec toute cette armée de sous-fifres à son service. M’enfin, se permettre une remarque sur le sujet n’était pas au rendez-vous, il avait promis de se montrer sage et abordable, autant que cela continue dans cette voie…

« Vais-je avoir le droit de faire le tour du propriétaire ? »


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MessageSujet: Re: Bloodlines [Raf]    Mer 26 Nov - 21:24


Bloodlines.

(pv) Orfeo Renzacci


~


Une fraction de seconde. C’est ce qu’il me suffit pour regretter ma décision prise, il faut le reconnaître, sur un coup de tête. Si ma démarche ne laisse plus rien paraître, j’ai encore des séquelles de ma chute. Physiques, psychologiques. Elles forment un tout et se densifient brutalement devant mon petit frère. Une respiration, mes yeux angoissés réfugiés derrière des verres teintés surveillent les mouvements de l’autre Renzacci, le loup ne pouvait s’empêcher d’être méfiant, apeuré, sur la défensive, sans que rien ne paraissent dans mon attitude honteusement nonchalante. Une fraction de seconde, donc. C’est ce qu’il me suffit pour regretter mon impulsivité, c’est ce qu’il me suffit, aussi, pour chasser se regret et m’adapter à la situation, accueillant Orfeo, ricanant d’ironie et de sarcasme, tempérant ma colère et contrôlant ma respiration. Un pas en arrière, je lui laisse le champ libre pour pénétrer dans ma propriété, laissant couler son « Humble. On peut dire ça. » qui fait écho à mon – si on peut ainsi le nommer – humour particulier, et entre directement dans le vif du sujet : que fait-il ici. Après, c’est cela qui m’intrigue, c’est cela qui m’a poussé à venir le voir, à ne pas laisser la sécurité, discrète, le repousser manu militari c’est cela qui m’a incité à le faire entrer dans mon jardin secret. Mes yeux ne le quittent pas un seul instant, je m’entends m’hasarder à nouveau sur le chemin de l’humour, comme si je voulais proposer à mon frère d’enterrer une hache que je visualise actuellement en travers de sa nuque. Un silence, je me concentre d’autant plus pour garder les épaules décrispées et une respiration tranquille. La faible brise qui vient me cueillir et se perdre dans mon cou et ma chemise légèrement ouverte, et je me sens apte à l’écouter lorsqu’il réagit à mes propos. « Toujours le mot pour rire hein ? Je viens en simple visite de courtoisie. Après tout tu es mon frère. Et puis, je n’ai jamais encore eu l’occasion de fouler le sol de ton humble demeure. » Mes yeux le toisent, le jaugent, mes lèvres se ferment et ne parviennent pas à s’arrondir en sourire. Que cherche-t-il, au juste ? Souhaite-t-il lui aussi mettre de côté l’animosité bien présente entre nous, ce qu’il m’a fait il y a un mois, ce que je lui ai fait il y a plus de sept siècles ? Je n’y crois pas, pas une seconde.

Mais il me plait de jouer le jeu. Mon visage, impassible, s’ouvre lentement, répondant à son regard. Attendant qu’il me tende à nouveau la main. Je suis son frère, peut être, il n’empêche que je reste le plus responsable de nous deux, que je reste le plus adulte, que je reste le Seigneur et lui le laquais. Et s’il l’a oublié, cette distinction est tant ancrée dans ma façon de penser que je ne conçois pas les choses autrement que réparties dans une hiérarchie aux murs si solides que rien pas même le temps ne saurait fissurer. Un silence, donc, j’exécute quelques pas souples vers ma villa, remontant le chemin de graviers ratissés tous les jours par mes jardiniers que je ne voie plus tant ils font partie du décor, mes yeux glissant sur les arbustes taillés, la pelouse égalisée, les murs qui se dressent bien vite face à nous et cette porte ouverte sur du parquet. Je ralentis le pas. « Tu sais, on est en novembre… les lunettes de soleil ne sont plus vraiment appropriées… » Un sourcil arqué, je m’arrête totalement, quelques pas avant le perron. J’enlève mes lunettes de soleil, en mordille une des branches, avant de fixer mes yeux clairs dans leurs jumeaux. « Novembre, août, les saisons n’existent plus Orfeo, je pensais que même toi tu l’aurais remarqués. Et les yeux clairs sont sensibles, tu devrais le savoir. » Un sourire, je laisse glisser la moquerie comme si elle n’avait pas pour but d’être incisive. Comme s’il serait ridicule de sa part de mal la prendre. Comme si, finalement, je me contentais d’être son grand frère et le taquinais innocemment. Une respiration. Encore. Je laisse Orfeo réfléchir, prenant mon temps pour m’inquiéter involontairement de sa santé et de son allure, observant d’un regard critique ses habitudes vestimentaires presqu’à l’opposée des miennes. Je ne supporterais pas, à sa place, de me vêtir d’habits du commun, irritant pour la peau, peu seyant, loin de ces costumes sur mesure que mon tailleur me confectionne, loin de que peut exiger mon, notre, sang, au final.

« Vais-je avoir le droit de faire le tour du propriétaire ? » J’arque à nouveau un sourcil, encore une fois surpris par la tournure de la conversation qui ne fait que commencer. Faire le tour du propriétaire, voilà qui ne m’intéresse que peu. Les jardins qui entourent ma villa sont certes bien tenus, je ne m’y promène que peu, préférant de loin les forêts et la neige de New York pour mes sorties lupines. Les jardins, donc, n’ont que peu d’intérêt. L’intérieur de la demeure, en revanche, a été dessiné par mes soins. Les murs immaculés sont ponctués de tableaux, majoritairement mes œuvres, de portes absentes, de couloirs larges et d’un silence reposant. Des baies vitrées ouvrent toutes les pièces vers l’extérieur. La mezzanine s’arrondit autour de mon salon, une balustrade courant sur sa longueur, une balustrade que j’associe maintenant à la main de Lili posée dans mon dos comme pour me rappeler que je pouvais moi aussi en tomber et me blesser. Et ce même souvenir me ramène à la cascade, ce même souvenir s’abat sur moi, m’étouffe, me noie, le temps d’une respiration, le temps que je secoue la tête. « Entrons. Il n’y a rien qui vaille la peine d’être vu de l’extérieur et nous pourrons nous asseoir. » Je m’étonne d’être aussi cordial, et malgré tout ce que je peux penser de lui, je me surprends à remercier mon aïeul de m’avoir si bien formé aux méandres politiques de notre temps que l’on retrouve à cette époque que je méprise. Sans attendre de réaction de la part de mon frère, j’entre finalement dans la villa, en maître des lieux, fais signe à mon majordome et lui indique d’une voix égale que s’il faut apporter à boire et à grignoter, il nous trouvera dans le salon. Quelques pas supplémentaires, nous entrons dans la pièce qui est ma préférée. Mon regard accroche un instant mes dessins éparpillés sur la table basse, le chevalet et la toile vierge qu’il porte dans un angle, à l’ombre sous la mezzanine, avant de se reporter sur Orfeo. « Et bien… voilà la pièce à vivre. Le salon, en somme. » d’un geste de la main, je désigne le couloir que nous venons de quitter et qui s’enfonce à l’Est. « Cuisines, lieu d’aisance, buanderie,… ce que fréquente le personnel. » Sans varier un instant le ton, j’enchaîne, pressé, d’une certaine façon, d’en finir. D’un mouvement de menton, c’est au tour de l’Ouest d’être désigné. « Mon bureau. »J’en profite pour faire silence, rejoignant le centre du salon. Mes yeux glissent sur la mezzanine. Il devinera tout seul que ma chambre siège là haut, au côté d’un deuxième bureau et d’une chambre d’amis. Un bruit de pas derrière nous, on dépose sur la table basse un plateau où siège une bouteille, deux verres, quelques glaçons de circonstance et des olives. J’achève le tour du propriétaire en désignant le tout. « Sers toi. Voilà, tu as un bref aperçu de ma villa. Et donc, nous pouvons reprendre notre conversation : que fais tu ici. Je n’avais pas l’impression que me voir était dans tes priorités… la dernière fois. » Je me concentre un peu plus pour ravaler ma colère et ma vexation. « J’imagine que tu vas bien. A sauver la veuve et l’orphelin, et même les chiens mouillés. Ca doit te donner l’impression de racheter les vices des Renzacci. » Les miens aussi. La provocation dans un gant de velours, les moqueries enrobées dans du sucre, mes lunettes glissent sur un meuble, mes doigts ramassent mes esquisses, les caressent, songeurs, avant de les entasser en un tas uniforme sur la table basse et d’en tendre une à mon frère. Une petite fille aux yeux bleu clair rit aux éclats dans les bras d’un barbu. Mon crayon ne s’est pas attardé sur mon visage, préférant creuse les fossettes de la gamine, s’appliquant sur les ombres de ses cheveux, sur l’expression de son visage. « Zaïra, ta nièce. » Ma main me trahit dans un tremblement et je lui abandonne la feuille pour ne pas rendre plus visible encore le deuil que je n’ai pas fait, même sept cent cinquante deux ans après. « Tu lui as offert quatre ans. » me retrouve-je à murmurer, avant de papillonner des yeux et de remplir un verre d’un liquide ambré et d’en boire une gorgée.



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MessageSujet: Re: Bloodlines [Raf]    Jeu 27 Nov - 1:32

Orfeo venait en ami, s’il était possible de le dire ainsi. En frère. En paix. Sa venue n’avait rien d’hostile ou de machiavélique, pas question cette fois de le mettre dans la boue, de le noyer ou de tenter de le tuer. Allons donc, pour cette fois, il enterrait la hache de guerre et acceptait pour cette fois de se permettre civilisé et de bien se comporter. Il n’apportait aucune haine ou rancœur, simplement lui, vêtu piètrement mais suffisamment correctement pour se présenter. A le placer à côté de son frère, il avait l’air d’être une tache de gras sur son magnifique chemisier : qu’à cela ne tienne pas, rien ne pouvait être parfait, pas même Rafael. Ce dernier tentant simplement de dissimuler ses petits défauts sous une magnificence à en faire vomir son petit déjeuner de bon matin. Cette villa, ce logement, c’était de trop. Comme il avait envie de lui faire certaines remarques cinglantes et maladivement piquantes, cependant se retint de tout sarcasme. Du moins pour le moment, faisant bonne figure, se permettant certaines remarques sans pour autant se moquer de trop. Tentant de le comprendre et de pénétrer son monde, Orfeo faisait l’effort colossal de comprendre son frère, tâche qui n’était pour ainsi dire, pas gagnée. Autant leurs caractères pouvaient montrer multiples ressemblances, autant leurs goûts et aspirations n’avaient absolument rien en commun. Et pourtant, le vilain canard faisait l’effort de connaître un monde qui ne lui ressemblait plus, qui le mettait maintenant mal à l’aise : le luxe, la surconsommation, les futilités pour donner sens à sa vie… le m’as-tu vu horripilant, il le fuyait à vitesse de l’éclair.

Hochant brièvement la tête, il fit mine d’accepter les propos de son frère. Si cela pouvait faire plaisir à son narcissisme, qu’il ne se prive pas ! Les yeux bleus de son frère allaient se retrouver meurtris par un pauvre petit rayon de soleil ! Il ne l’avait pas connu aussi douillet au XIIIème siècle. Qu’il était bête ! Les lunettes de soleil n’existaient pas à cette époque, Rafael ne pensait même pas à faire des caprices avec ses yeux ! Les rayons le touchant restaient les mêmes qu’à l’époque où il avait vécu, mais cela, il ne le comprendrait plus. Le siècle lui allait à ravir, berceau d’illusions et d’artefacts en tous genres, un terrain de jeu rêvé pour le métamorphe qui ne s’en privait au passage pas. Alors il le suivit, toujours aussi calme, sans l’ombre d’une remarque –pour l’instant du moins. Ne croyez pas qu’Orfeo reste silencieux trop longtemps sans piper mot. C’est mal le connaître, et les deux frères savaient aussi bien l’un comme l’autre mettre le feu aux poudres à partir d’une simple étincelle. Un rien suffisait à déclencher un cataclysme ambulant, n’en déplaisent à certains. Dans le fond, c’était certainement ce que le frère ainé. Mieux valait un frère que le sarcasme n’assommait qu’une tombe indifférente.

« Tu dois te sentir bien seul »

Ce fut la seule phrase qu’il prononça après avoir contemplé les quelques splendides pièces de la villa Morienval. Trop grand, trop d’espace, trop… trop. L’endroit lui semblait si immense pour un seul homme qu’Orfeo le trouva incroyablement vide. Des domestiques pour lui tenir compagnie dans cette splendide demeure, et puis rien d’autre. Seul. Isolé avec son égo surdimensionné et son narcissisme. Et pour toujours isolé des autres. Avaient-ils des amis, des personnes pour lui rendre visite dans cette immense bâtisse. Le luxe des canapés en cuir, la cuisine ultra équipée ou même encore son bureau luxurieux, tout cela ne fit que pâlir Orfeo. Une pensée le traversa, note à lui-même de ne jamais ô grand jamais avoir cette folie d’un jour vivre dans une villa. Seul. Il eut pitié pour son frère sur le coup, eut un élan de compassion pour ce grand frère que la solitude avait envahie progressivement. Pourtant, il lui semblait se porter comme un charme. Tout le monde portait avec un masque, il ne doutait pas de la vivacité de Rafael. Que cela soit vrai ou non, il mesurait la phrase qu’il lui avait dite. Il devait se sentir bien seul ici. Avait certainement l’impression que l’argent et le bonheur allaient de paires, certainement, ce qui était complètement faux, évidemment.

La vitesse terminée, Orfeo découvrit non pas avec étonnement, -enfin si, quand même, que d’attention !- que son frère a préparé une collation à son attention. Une première, cette date a été ornée d’une astérique « jour où mon frère m’a porté une collation et fait visiter sa villa » Leur dernière rencontre n’aurait jamais préparé ce genre d’attention. La tournure de la conversation reprit celle adoptée en premier lieu, ce à quoi il répondit d’une once d’indifférence dans la voix.

« Tu ne cesseras donc pas de me la poser cette question ? Pourquoi te faut-il une raison claire et nette ? Je pourrais te balancer la première excuse, celle que tu voudrais bien entendre pour te contenter. Un mensonge te satisferait les oreilles, sauf que la vérité, la voilà : je suis ici parce que tu es mon frère. »

Point barre. Il n’y avait rien d’autre à ajouter. Et si par malheur, il lui reposait une fois de plus cette question, il dégageait. Pas d’efforts supplémentaires, plus rien pour un frère qui n’en valait pas la peine. Orfeo détestait se faire pousser à bout de la sorte, Rafael devait le savoir, et le cas échéant, l’apprendrait à ses dépens. Il était temps pour lui de se mettre dans la tête que tout ne pouvait fonctionner comme il l’entendait, tout ne pouvait marcher comme il le pensait. Un long chemin lui serait encore nécessaire pour le comprendre, ce qui finirait un jour ou l’autre par venir. C’est beau de rêver. La remarque sur son boulot lui fit esquisser un sourire. La veuve et l’orphelin, non mais quelle blague. Orfeo n’avait rien d’un héros, ne sauvait que pour éviter à d’autres un supplice sans précédent. Brûler par le feu n’avait rien d’attirant. Devait-il le remercier pour l’avoir si gentiment mis sur le bûcher ? Encore ce sujet qui revenait incessamment, s’était décidé pourtant à ne pas le mentionner au risque de se montrer désagréable. Il fallait croire que Rafael adorait titiller les meilleurs sujets.

« J’ai trouvé ma voie professionnelle grâce à toi mon frère. Et je ne te remercierais jamais assez pour cela »

Une note de sarcasme résonna. Bien évidemment. Que croyait-il, que tout passerait comme une lettre à la poste ? Allons donc. Il se trompait lourdement. Le sujet se poursuivit immanquablement quand Orfeo eut la chance de voir un dessin, celui d’après son frère d’une nièce qu’il n’avait jamais eu l’honneur de connaître. Qui avait vécue grâce à lui. Et ce dessin devrait faire monter une belle vague de sentiments certainement ? Avant même de devenir pompier, il avait sauvé la veuve et l’orphelin, était-ce dont là le message véhiculé ? Respirant profondément pour éviter une réflexion acide, il se servit également un verre avant de répondre ironiquement :

« J’ai droit à une médaille pour lui avoir offert tout ce temps ? »

Sa voix resta pourtant neutre et plate. Cynisme et ironie vont souvent ensemble n’est-ce pas ? Orfeo ne savait pas se montrer triste pour cette nièce qu’il n’avait jamais vue, mais dont il apprenait l’existence sur une feuille de papier dessinée. Rien n’indiquait que Rafael lui dise la vérité, n’est pas…

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MessageSujet: Re: Bloodlines [Raf]    Mer 10 Déc - 22:59


Bloodlines.

(pv) Orfeo Renzacci


~


Je suis précis, méticuleux, organisé, succin, lorsque je lui offre un tour rapide du propriétaire. Je suis nerveux, aussi, c’est une certitude, malgré ma nonchalance offerte. J’ignore finalement si j’ai hâte de le voir disparaître ou si je suis simplement tendu à l’idée d’exécuter un inadéquat voire désastreux faux pas. Et l’attitude de mon petit frère devant ma présentation des choses, présentation teintée de cette assurance et de ce léger accent arrogant qui me caractérise sans être voulu, ne fait que confirmer mes soupçons : nous marchons sur un fil fragile que le moindre vent peut fait osciller, le moindre choc, briser. Nous sommes des équilibristes qui s’amusons à déstabiliser l’autre en se retenant de l’entraîner totalement dans le vide. Nous sommes des acrobates à des dizaines de mètres d’altitude, perchés sur nos positions, assurés par nos faux semblants, heurtés par un zéphire assassin et glacé. Ce doit être la première fois depuis nos retrouvailles que nous exécutons aussi parfaitement l’illusion d’une paix, entre nous. Elle n’est ni convaincante, ni ridicule, pourtant. Il joue le jeu, je me plais à m’y contraindre et à m’en libérer par sous-entendus. Et cette illusion, fragile, risque de partir en éclat lorsque la corde d’équilibriste sur laquelle nous exécutons notre ballet aérien ne supportera plus le poids des non-dits et de la rancœur. Ce que lui me reproche ? J’ai eu l’occasion de comprendre que sa mort n’est pas si vieux souvenir pour lui. Ce que moi, je lui reproche ? L’eau noie encore mes poumons, son incompréhension aveugle me brûle les rétines et plante en mon sein une perle de rancœur. Il ne veut pas comprendre que je l’ai sauvé, que j’ai du mener ma barque entre Charybde et Scylla ? Et bien soit. Moi, je sais que le choix que j’ai pu faire des années plutôt, je le referai encore et encore si la situation se présentait à nouveau devant nous. Mon poing se serre, je désigne mon bureau à l’Ouest de la villa. M’interromps. Attends une réaction, quelle qu’elle soit. « Tu dois te sentir bien seul » Mon regard s’arque dans un sourcil interrogateur, étonné d’une telle… compréhension, suspicieux quant à ses origines. Un haussement d’épaule répond à cette phrase qui n’appelle d’autre au final, avant de désigner la collation préparée à ma demande, et de me servir un verre en reprenant la conversation là où nous l’avions délaissée un peu plus tôt. Que fais-tu ici ? Cette question est centrale. Je ne parviens pas à saisir ses objectifs en venant me voir. Que vient-il chercher, quel est donc son but ? Un peu plus m’humilier en me rappelant la cascade ? S’immiscer dans mon domaine pour mieux me faire chuter une nouvelle fois ? Réellement enterrer cette hache qu’il semble pourtant désirer en travers de ma nuque ? Rien ne me paraît adéquat. Le verre ambré teinte dans ma main tandis que je le pose sur un meuble en périphérie du salon. « Tu ne cesseras donc pas de me la poser cette question ? Pourquoi te faut-il une raison claire et nette ? Je pourrais te balancer la première excuse, celle que tu voudrais bien entendre pour te contenter. Un mensonge te satisferait les oreilles, sauf que la vérité, la voilà : je suis ici parce que tu es mon frère. » Aussitôt, je secoue la tête de dénégation. Il est ici parce que je suis son frère ? Ca ne me convainc pas. Ca ne suffit pas. Et pourtant… mes yeux clairs tombent dans les siens pour les ausculter, se dispersent sur son visage à la recherche d’un tic trahissant un mensonge ou un non-dit. « Peut être est-ce la vérité… » lui concède-je, lorsque mon regard se perd sur un nuage d’esquisses perdues. Je quitte la périphérie, rallie la table basse et rassemble les marbrures carbonées dans un mélange de sarcasmes et de concession sur son nouveau – premier ? – travail. Pompier. Sauveteur. Parviendra-t-il à être le premier Renzacci à sauver plutôt que tuer ? C’est un compliment caché que je viens de lui offrir, finalement. Un compliment qui doit m’avoir pris autant au dépourvu que lui, si tant est qu’il l’ait perçu. « J’ai trouvé ma voie professionnelle grâce à toi mon frère. Et je ne te remercierais jamais assez pour cela » Et de toute évidence, ce n’est pas le cas. Dommage pour lui, moi, peu m’en chaut. Sa réponse, teintée de ce même sarcasme qui ne me quitte pas, m’arrache un sourire songeur tandis que mes doigts se perdent dans les dessins et en sélectionnent un inachevé. Je le tends à mon frère, dans de courts mots explicatifs. Des faits, un murmure, un tremblement qui se propage le long de la feuille pour se perdre dans le verre qu’Orfeo se sert au lieu de se saisir de cette esquisse. Avant qu’elle ne s’échoue, mes réflexes s’en emparent et je la pose aux côtés de la bouteille, mâchoire crispée de colère. « J’ai droit à une médaille pour lui avoir offert tout ce temps ? » Cette fois, de toute évidence, le temps de la diplomatie semble avoir égrené ses derniers grains dans le large sablier. D’un mouvement sec, Orfeo vient de le retourner. Et d’ouvrir les vannes pour une certaine franchise.

« Qu’est ce que tu veux m’entendre dire, Orfeo ? Ta vérité c’était que tu venais me voir parce que je suis ton frère ? La mienne, c’était que je viens de te remercier. » Ma voix échappe à mon contrôle, s’acidifie. Je suis vexé. Plus encore : blessé. « Mais renferme toi dans ton rôle d’éternelle victime si tu t’y complais. Zaïra savait qu’elle avait perdu un oncle très courageux, il me semblait juste que son oncle connaisse au moins le visage de la plus innocente des Renzacci. » J’attaque, comme toujours lorsqu’il est question de ma fille. Protecteur jusqu’au bout des ongles, c’est certainement cette part de loup que j’apprécie le plus chez moi. Protecteur, agressif dès que l’on parle d’effleurer les cheveux d’une enfant qui n’a eu le temps que de sourire et de rire. En quelques pas, je rejoins mon verre délaissé, cherche à me calmer. J’ai le plaisir de ne pas entendre ma voix trembler, de l’entendre exempt de geignements même, lorsque je reprends : « Si tu viens en frère, accepte au moins de voir en moi plus que l’assassin : tu as visiblement tendance à oublier que veuf et père sont aussi des qualificatifs qui me siéent à merveille. » S’il te plaît, ne dis rien. « Mais soit, que veux tu que nous fassions, puisqu’il faut que je cesse de te demander ce que tu veux ? » Mes lèvres se tendent d’un sourire lorsque mon regard effleure un jeu d’échecs, l’un des rares de notre époque à avoir persisté jusqu’à ce jour. « Quoique…» Je prends mon verre, glisse sur le canapé, me saisis du jeu en bois et fais glisser le coffret sur la table en verre. « Dois-je une fois de plus te réexpliquer les règles, petit frère ? » Mon sourire se veut sincère, ma question, sans animosité. « Oui puis-je enfin affirmé t’avoir appris quelque chose de durable ? »



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MessageSujet: Re: Bloodlines [Raf]    Ven 12 Déc - 16:36

Il était son frère. Il l’aimait à l’en haïr, il le haïssait à l’en aimer. Sept siècles plus tard, ils en étaient à là, à cette situation, du « je t’aime, moi non plus ». Et cela ne cessait pas entre eux, cette querelle. Cependant, ils reviendraient inlassablement l’un vers l’autre. Famille, la seule qui restait, pour l’un comme pour l’autre. On ne peut finalement y échapper complètement, pas vrai ? Parce qu’on en a besoin, parce qu’irrésistiblement réside cette soif de se rapprocher immanquablement de cette innocence, cette magie de l’enfance. Ils se connaissaient par cœur, pas dans leurs réactions, mais leur essence. Au fond, Orfeo connaissait Rafael, et l’inverse était de mise. Pour toujours, quoi qu’il arrive, envers et contre tout. Le temps pouvait les éloigner, ils finiraient toujours par se revoir. En attendant, régnait cette compétition entre eux, que chacun jouait à la perfection. Qui était le plus fort, qui allait flancher le premier face à l’autre. Ce jeu n’en finissait pas et n’en finirait pas même : vouloir l’arrêter c’était battre en retraite. Orfeo ne le ferait jamais, comme Rafael d’ailleurs. Aucun des deux ne souhaitant montrer les faiblesses, il n’y aurait pas de fin, jamais. Le jeu serait toujours présent, relancé par l’un ou l’autre ou s’essoufflerait un jour, si jamais il y avait une trêve. Si jamais.
Il n’y en aurait pas.
Orfeo ne pouvait s’empêcher de parler franchement avec lui, ses paroles n’étant jamais modérées. Rafael n’avait pas besoin de propos enrobés dans du sucre, jamais même. Autant lui dire les mots crus, sans une touche de gentillesse pour rendre la chute brutale. Pas de tapis sur le sol pour amortir le plongeon, rien : Rafael n’en avait nullement besoin. L’un comme l’autre savait que les épreuves de la vie ne leur avaient pas fait le moindre cadeau et qu’elles n’en feraient pas davantage. Autant cesser de se voiler la face une bonne fois pour toute : le temps répare les blessures, certes mais n’empêche pas d’autres d’arriver et de rouvrir les anciennes, les mutilant, les détruisant.

Il ne mentait pas cette fois-ci, se fichait bien ce que Rafael en pensait. Après tout, mentir ou non n’avait pas d’impact avec lui, il ne croyait que ce qu’il voulait bien croire, ce qui n’était pas bien nouveau. Sa solitude l’emmurait dans la suspicion et la paranoïa, qu’il ouvre les yeux et le voit ! Ce dont il avait besoin ? D’un bol d’air frais, autre que celui nauséabond du boulot ou renfermée de sa maison. Il avait besoin d’un ami, d’une personne pour compter sur lui, de quelqu’un qui pourrait prendre soin de lui. Cette personne manquait à son frère, car Orfeo ne remplirait pas ce rôle, hors de question. La mort d’Azzura avait laissé des marques profondes et indélébiles, le capitaine craignait même qu’elles ne grossissent à vue d’œil sans jamais cicatriser. Alors il était venu également parce qu’il s’inquiétait pour son frère –note qu’il n’avait eu l’air inquiet lorsqu’il l’avait noyé dans la cascade- . Et puis la solitude n’apportait jamais rien de bon qu’un repliement sur soi. Il n’avait certes pas fait l’ombre d’un commentaire, cependant Orfeo savait que cela lui faisait du mal, pas besoin d’un sixième sens pour le remarquer. Une villa telle que la sienne avait besoin d’être habitée par d’autres, pas uniquement d’un célibataire dont le nombre de domestiques dépassait le nombre d’hôtes de maison.

« C’est toi qui me prend pour une victime. Cela fait bien longtemps que je ne me considère plus ainsi »

Ses remarques le faisaient montrer sur de grands chevaux. Il s’emportait plutôt facilement, comme toujours. Le narcissisme était bel et bien présent, bel et bien vivant et jouait un rôle bien fort sur son frère qu’il n’aurait cru le penser. Cela devait certainement ternir à son image d’homme juste qu’Orfeo passe pour une « victime ». Il ne pouvait tout simplement pas assumer les conséquences de ses actes, n’y arriverait certainement jamais. Un simple « pardon » suffirait, même le plus petit, seulement en aurait-il jamais la force ? Non, certainement pas, il ne faisait même pas partie du vocabulaire de Rafael, comment l’entendre prononcer un mot pareil ? Ce serait enterrer le seigneur dans sa tombe, pour toujours.

« Père et veuf… oui oui. Difficile à déchiffrer sur ton visage cependant »

Voix neutre. Sans l’ombre d’un commentaire. Où se trouvait-elle cette tristesse, cette amertume, ce chagrin ? Il ne les avait jamais montrés, et Orfeo se demandait parfois s’il avait ressenti quoi que ce soit pour sa famille, un beau jour. En tout cas il avait ressenti davantage que pour son frère, inutile de revenir là-dessus. Seulement, avait-il simplement aimé ? Connaissait-il au moins ce mot ou son cœur était tellement tari qu’il en avait oublié l’essence même de cette émotion, la modifiant à sa guise parce que cela l’arrangeait bien mieux ? Orfeo avait parfois du mal à croire que son frère puisse maintenant éprouver quoi que ce soit, car il ne montrait rien de plus qu’un iceberg gelé. Il savait pourtant ressentir, il l’avait vu, à la cascade. Jouait-il ou non, le faisait-il exprès ? Le petit frère ne savait pas déceler le vrai du faux avec lui, jamais. Toute parole, de sa part était remise en doute, sans arrêt.

« Sors-le donc ce jeu d’échecs si tu tiens tant à une partie »

Voilà un moment qu’ils n’avaient joué, cela remontait à cette période lointaine d’insouciance désormais révolue. Qu’étaient-ils devenus depuis le temps ? Ceux-là mêmes qui se haïssaient tout en s’aimant, ceux-là même prêts à se faire du mal pour montrer leur amour fraternel l’un envers l’autre. S’emparant des noirs, Orfeo jouerait prit la couleur la moins noble, celle du renégat, celui que l’on mettait à l’écart… après tout c’était encore et toujours cette impression qui subsistait, sans arrêt. N’est-ce pas grand frère ?

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MessageSujet: Re: Bloodlines [Raf]    Dim 28 Déc - 23:39


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(pv) Orfeo Renzacci


~


La situation est étrange. Un semblant de paix, un semblant de complicité… je n’arrive pas à oublier que tout cela ne risque pas de durer et pourtant une part de moi veut ardemment y croire. Fou. Oui, je suis fou si je me laisse ainsi leurrer par des faux-semblants d’un frère qui partage plus encore que moi le sang de notre Grand Père. Fou. Je suis fou si je me laisse prendre à son jeu d’illusion et me perds dans ces simagrées que nous nous imposons dans l’espoir de retrouver ce qui nous liaient lorsque sa stupidité n’avait d’égale qu’en mon intelligence. Fou. Je suis fou d’abaisser ainsi mes murailles, de sortir de mes remparts, d’ouvrir les portes du palais de glace dans lequel j’ai l’habitude de me réfugier. Il attaque, je me défends dans une franchise que je n’aurais su prévoir. Eternelle victime. Est-ce de la jalousie qui suinte de mes mots ? Non, clairement non. Juste du mépris que je masque. Il se plaint, met en avant sa réussite, agite devant mes yeux son immolation que j’ai présidée. Il m’écœure, alors que je peine à voir plus loin que mon propre intérêt et celui de ma fille. Il m’écœure, je me complais dans mon égocentrisme que je n’ai même plus conscience de nourrir par ma constante arrogance. Comment pourrais-je, puisque par les soins de mon Grand Père cette arrogance est devenue une part de ma personnalité au même titre que ces yeux pâles qui caressent du regard des esquisses ou ce loup que j’héberge très certainement pour l’éternité qu’il me reste à vivre. Eternelle victime, enfant geignard, telle est mon accusation. « C’est toi qui me prends pour une victime. Cela fait bien longtemps que je ne me considère plus ainsi » Je fronce les sourcils, serre les dents, me force à décrisper la mâchoire. Qui donc de nous deux a jugé pertinent, dernièrement, d’attenter à la vie de son frère ? Je me contiens, ravale mon sarcasme et interrogation, embraye sur un autre sujet sans plus tarder pour lui présenter les choses sous un autre angle : le mien. Je suis un meurtrier, je ne peux que l’assumer. Le sang qui macule mes mains et mes crocs est si loin infiltré dans ma chair et ma pigmentation que je ne peux le nier. Mais je refuse d’être réduit à ce seul adjectif et je refuse, aussi, qu’il oublie que j’ai perdu la vie par quatre fois : les deux morts d’Azzura, la sienne et le dernier souffle de Zaïra. « Père et veuf… oui oui. Difficile à déchiffrer sur ton visage cependant » Nul ne peut nier, à ces mots, les liens du sang et de l’esprit qui nous relient à la longue lignée des Seigneurs Renzacci. Surtout pas moi. Il manie les mots comme des glaives qui s’enfoncent dans le défaut de mon armure déjà exposé. Je déglutis, tenant ma position en le fixant droit dans les yeux. « Certes. » je me contente de lui concéder. Je n’ai rien à ajouter de plus qu’il ne sache déjà. Pleurnicher, me répandre en larmes et sanglots, ce n’est guère dans mes habitudes et plus encore que mon éducation, mon ego et ma raison me l’interdisent fermement. Je ne suis pas de ceux qui imposent aux autres leurs émotions, voilà tout. Mais bien stupide serait celui qui affirmerait que je n’en souffre pas moi. Sans m’attarder davantage, mes doigts glissent sur le plateau de bois et les pièces qu’il renferme. Echecs. L’un des rares jeux de notre enfance à avoir perduré jusqu’à ce temps. Un jeu intemporel, dont je me souviens avoir expliqué les règles des dizaines de fois à un petit frère qui préférait mâchouiller les cavaliers plutôt que de les utiliser pour gagner en une demi-douzaine de coups.

« Sors-le donc ce jeu d’échecs si tu tiens tant à une partie » Mes yeux s’en vont contempler le plafond de ma demeure avant de revenir sur Orfeo, tandis que le jeu se pose sans délicatesse, dans un claquement sonore amplifié par le verre de la table basse. « Arrête tout de suite, Feo. Je croyais que tu venais en frère, tu ne mets que de la mauvaise volonté dans tes mots et tes propos. Si les échecs ne t’intéressent pas, dis moi ce que tu attends mais départis toi de cette insolence et de ce ton geignard. T’entends-tu donc parler ? C’est ridicule ! » Ma voix vibre de cette impatience qui caractérise davantage l’ombre de notre grand père que ma patience habituelle. Il m’exaspère. Vraiment. Je le foudroie encore du regard qu’il se saisit des pièces noires, comme pour appuyer davantage encore sa misère. Il ne m’inspire que du mépris par son attitude, du mépris né d’une déception plus grande encore. « Je te laisse le plaisir de commencer. » Sans rajouter quoique ce soit, je me fais glisser sur le canapé face à lui, verre rempli entre les doigts sans y toucher pour autant. Un soupir. « Soit. » Que dire de plus ? Rien. Il m’agace, il m’énerve. Je n’ai qu’une envie : qu’il parte ou qu’il cesse de jouer avec ma patience. Qu’il cesse de ne pas savoir si quel pied danser et choisisse définitivement une position. Les pièces s’installent sans y penser sur le plateau, j’avance un pion selon l’habitude d’un maître en la matière. Orfeo sait tout comme moi qu’il n’a aucune chance de gagner. Strictement aucune. Il n’a pas été élevé comme un Seigneur, je suis celui qui lui a tout appris… Mais le but, ici, n’est ni de gagner ni de perdre. Mon but, devant ce plateau aux pièces finement ciselées, est de parler. Et dans ce but, je prends le temps de faire tourner la pièce entre mes doigts avant de la poser, pour bien choisir mes mots. « Comment vas-tu, Orfeo ? Vraiment ? » Ma voix se teinte d’une inquiétude sincère. Discrète, certes, mais bien présente et je sais – ou plutôt j’espère – qu’il la perçoit aussi bien que moi. Comment vas-tu petit frère ? Je ne parle pas de santé physique, qu’il ne se leurre pas et ne tente même pas de jouer avec ça. C’est une vraie question, sincère, et je suis même surpris de m’intéresser véritablement à sa réponse comme si je commençais à changer. Peu de personnes le comprennent, mais je tiens réellement à lui. Et je reste capable de le sacrifier sans hésitation si cela sert mon intérêt. « Tes sept cent cinquante ans… comment se sont-ils… » Je cherche mes mots, hésite, achève. « déroulés ? » J’ignore presque tout de ce qu’il a, ce qu’ils ont, vécu à Darkness Falls pendant des siècles. Lui, et Azzura.



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MessageSujet: Re: Bloodlines [Raf]    Dim 4 Jan - 17:12

Frères. Le même sang coulant dans nos veines.
Frères. Fort différents au premier abord, et pourtant, dès que les murailles sont franchies, dès que le masque de chacun d’entre eux tombe, les similitudes se font bien plus nombreuses.
Frères. A travers les yeux de chacun, il a l’impression de voir son propre reflet, celui qu’il pourrait avoir, celui qu’il ne veut pas être… alors il s’enfonce peu à peu dans cette lutte acharnée pour ne pas lui ressembler, ne pas être comme lui.
Jamais.
Le sarcasme, la provocation, sur leurs lèvres, cela ne semblait qu’un jeu. Au jeu du chat et de la souris, le félin demeure le rôle le plus avantageux, au premier regard. A moins bien sûr que la souris ne fasse danser le premier, le narguant et le moquant. Difficile également de se comprendre quand le refus de l’écoute de l’autre restait évident. Il l’aime tout en le haïssant. Deux opposés, dont pourtant la frontière est si mince, si fine, à peine perceptible. Basculer de l’un à l’autre est si simple au demeurant, si… évidente. Lorsqu’il serait lassé, il passerait à autre chose, recoudrait les morceaux, pour se montrer plus abordable, moins hargneux, moins haineux. Ou poursuivrait. Dans quelques objectifs, quels buts ? Il n’y en avait pas, pourquoi devrait-il en avoir ? Une fois atteints, il n’y avait plus de raison de poursuivre. La finalité n’avait pas d’intérêt pour lui, ce qui compte, c’était son cheminement.

Du vent. Des futilités qui ne l’atteignaient même pas. Des mots, pour parler, pour faire mal. N’étaient douloureux que ceux qui vous atteignaient personnellement. La connaissance de l’autre demeurait essentielle pour les manier avec soin, pour les aiguiser avec patience juste avant de les lancer en direction de la cible voulue. Viser en plein cœur, dans le tréfonds de son âme. Le toucher pour l’avoir à sa merci, pour lui faire mal. Au fin fond de son inconscience, c’était ce qu’il désirait, c’était… son meilleur souhait. Le plus beau, mais le plus noir. Quelle moralité avait-il pour penser ainsi, et vouloir se comporter de la sorte ? Se trouver des excuses marquerait combien il se voilait la face, combien il fermait les yeux pour ne pas assumer.
Venir en frère. C’était certainement là, l’explication. Venir en frère, agir en frère, détruire en frère. Aimer en frère.

« Je veux jouer. »

Les échecs, un jeu qui les ressemblait tellement. Le chevalier blanc masquant sa noirceur en bagnant au pays des illusions, et le chevalier noir assumant la noirceur de son âme. Son comportement prouvait le contraire, celle d’un homme cédant à son frère pour son bon plaisir. Les occasions pour l’énerver ne manquaient pas, la tâche en devenait presque banale quand il s’agissait de Rafael. Un mot déplacé et le sire de Morienval sortait de ses gonds. Pitoyable nom qu’il s’était donné, au passage.

« T’ai-je déjà dit que je préférais Renzacci à Morienval ? »

Sans la moindre pitié, il le mettait face aux faits, à face à son déni de faire encore partie de leur famille. L’un comme l’autre n’avait pas choisi leur famille, leur sang, si même le fait d’être frères. Pourquoi ne pas changer ce nom, sonnant si sombre et si froid à leurs yeux pour le remodeler à leur façon ? Et pourquoi pas ?
Un sourcil se haussa à la question de son frère. Depuis quand éprouvait-il autant d’intérêt pour ce petit frère si longtemps mis de côté ? La possibilité d’un début de démence lui traversa l’esprit, le jeune Renzacci se retint pourtant tout rictus ; la blague ne serait certainement pas du goût de Rafael, il risquerait même de s’en brûler les doigts. La réponse attendue ne serait certainement pas à la hauteur de ses attentes : Orfeo n’avait pas l’art de la bonne franchise, et certainement pas pour son frère. La première pièce placée, le jeu pouvait commencer. Comment allait-il ? Il n’avait pas de bonne réponse à lui donner, il savait déjà qu’il n’en serait pas satisfait à l’avance. Lui donner ce qu’il voulait ne l’intéressait pas ; le laisser sur sa faim semblait tellement tentant… il n’attendit pas longtemps pour céder à cette envie.

« On ne peut mieux, maintenant que j’ai l’honneur de te défier pour la première fois aux échecs. »

Son premier pion fut joué, lui aussi. Sarcasme quand tu nous tiens. Le cocktail insupportable quand celui-ci croisait le chemin de la flatterie. Une moquerie, même si au fond, Orfeo était bien content de pouvoir jouer en sa compagnie. Gagner serait un plus, mais au moins, cette partie montrait tout simplement qu’il était lui-même, maintenant. Plus besoin de se dissimuler, plus besoin de mentir ou faire semblant. Le simplet n’était plus et ne reviendrait plus. N’en resterait qu’un morceau de son âme qui lui rappellerait qu’un jour, il l’avait été. Et puis un jour, il oublierait même comment c’était, d’être simplet. La manière de penser, d’agir, de raisonner. Il finirait par noyer cette connaissance ; elle ne lui était d’aucune utilité maintenant.
Sept cent ans. Le chiffre sonna creux. Il ne se sentait vivre que depuis deux ans, depuis qu’il avait cessé d’être simplet. Une renaissance, une nouvelle vie s’offrait à lui. Pour la première fois, il la tenait entre ses doigts, possédait la liberté de faire ce qu’il avait. Libre-arbitre, le mot prenait tout son sens, d’une importance qui l’étonna ; il n’aurait pensé qu’une simple idée, qu’une pensée comme celle-ci puisse avoir autant d’impact dans sa vie. Et pourtant, il n’avait pas de réponse à lui apporter. Ou plutôt ne souhaitait nullement lui en donner. Qu’il crève de faim, qu’il en meure d’envie, de savoir. Les morceaux viendraient, bout par bout, petit à petit. Du reste, ce ne serait pas pour maintenant, pas pour tout de suite. Une pièce supplémentaire fut sortie, un cavalier pour cette fois. Toujours prévoir les défenses pour protéger son roi. Allait-il roquer ou non ? Il ne savait pas encore, bien que les meilleurs joueurs prévoient leurs coups bien trop à l’avance pour qu’un simple débutant ne le voie. Anticiper, la clé du mat.

« Difficiles et douloureux, d’une certaine manière. Néanmoins, j’ai survécu »

La conversation n’avait jamais été son point fort, parler du passé ne ressemblait pour lui qu’à une goutte d’eau dans un océan, autrement dit : de peu d’intérêt. Le passé créait le présent, et c’était bien de ce dernier dont il voulait parler. Pas de ce qu’il s’était passé. Azzura était morte et il était temps de tourner la page. A quoi se retourner le poignard dans la plaie à vouloir en apprendre davantage ?

« Et toi, ces années ? Arrives-tu à dompter cet animal qui vit en toi ? »
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MessageSujet: Re: Bloodlines [Raf]    Lun 19 Jan - 18:17


Bloodlines.

(pv) Orfeo Renzacci


~


Des pions. Un plateau. Un damier sombre et clair, comme l’alternance entre ce qu’il y a de bon et de mauvais en notre nom. Des pions, sur un champ de bataille. Nous les envoyons à la mort pour faire chuter une couronne. Tuer pour atteindre son but, ignorer quelques pertes pour mieux saisirent les opportunités. Sacrifier un pion pour sauver une reine. Concéder un pas en arrière pour mieux le mettre en échec ; reculer pour mieux frapper d’un revers de l’épée et trancher des artères. Inlassablement, mes yeux parcourent le plateau de jeu, concentrés sur cette matérialisation de notre vie et se rendre ainsi sourds et aveugles au reste de la provocation. Tout dans l’attitude d’Orfeo résonne comme une invitation à la guerre ouverte, absolument tout. Un frisson, le « Je veux jouer. » de mon petit frère se teinte de sarcasme. Je veux… tu as beau avoir été hors de notre monde pendant plus vingt ans, tu as baigné dans cet univers de pouvoir et de souhait quoique tu en dises. Je veux… Tu exiges ? Tu réclames ? Que veux-tu Petit Frère, que veux tu d’autre que jouer avec moi et me voir respirer posément au moindre de tes mots, me contraignant au calme dans un condensé de contrôle et de patience ? Allons-y donc… Mon murmure à peine soufflé se matérialise par ce pion que j’avance. Un silence palpable s’abat sur nous deux et je sens aussitôt mes sens lupins s’exacerber pour remplir ce vide insoutenable. Un battement de cœur résonne à mes oreilles. Une faible brise s’agite sur mes avant-bras. Une âcre odeur de méfiance joue avec mes papilles. Et mes pupilles balancent entre le plateau et la main de mon frère, la main de mon frère et son menton, son menton et la commissure de ses lèvres. Son regard. Réfléchi. « T’ai-je déjà dit que je préférais Renzacci à Morienval ?  » J’arque un sourcil, plus étonné par la faiblesse de la provocation que par son contenu même.

Morienval, nom inventé qui me permettait de m’éloigner de l’influence de notre Grand Père, de m’abstraire de ce passé dans lequel je m’enfonce chaque jour un peu plus. Un échec, à n’en pas douter, mais un échec que j’affectionne. Qu’il est pitoyable de ma part de sentir sur mes épaules le poids des Renzacci, je le sais. Qu’il est inutile et inefficace de tourner le dos à mon nom pour me camoufler derrière un patronyme artificiel, je le sais aussi. Mais que ce serait une défaite de plus de revenir sur cette décision : voilà qui est indubitable. « Tu ne me l’as jamais dis. C’est bien dommage, il va te falloir t’y habituer… » Ne comprends-tu pas Orfeo que, même malgré leurs échecs, cette tentative d’émancipation est une preuve de ma volonté de changer ? Je ne suis pas un monstre pour être un monstre. Je suis un monstre parce que je n’en ai pas eu le choix, parce que j’ai du prendre des décisions difficiles, parce que j’ai du choisir entre Charybde et Scylla, parce que quoi qu’on puisse en dire, quoi qu’on puisse en penser, quoi qu’on puisse médire sur moi, j’ai toujours fait ce qui me semblait le plus juste et non le plus simple. Un soupir, mon doigt tourne autour de la tour, l’amenant au point de rupture sans daigner la faire chuter. « C’est un changement minime, mais je préfère un nom vierge de tuerie à celui portant trop de souvenirs. » Mes yeux bleus caressent un court instant les siens, reviennent sur le plateau où j’attends son mouvement. Un nouveau soupir, plus une respiration approfondie d’ailleurs, et une question franchie mes lèvres sans s’y attarder de peur que je la retienne. Comment vas-tu, Orfeo ? Question simple, que je pose à de nombreuses personnes en ce moment. Inquiétude, curiosité, doute et peu, si peu, de fraternité la teintent chacun son tour. Sept cent cinquante ans. Environ. Le nombre, vertigineux, prend une autre dimension lorsque je considère péniblement qu’il correspond à pas moins de trente générations. Plus ou moins vingt cinq fois mon âge à ma mort. Sept cent cinquante ans. Le temps qu’un monde disparaisse, qu’un autre apparaisse et que trop de civilisations, d’us, de coutumes, de maisons, de noblesses, de cultures s’éteignent sans laisser de traces. Un frisson. Je ne me sens pas vieux, je me sens juste déphasé. Ces années, je ne les ai pas vécues, je les ai survolées. Et j’ignore s’il en est de même pour ce petit frère devenu brutalement adulte dans les flammes d’un enfer dont je suis à l’origine. Comment vas-tu, Orfeo ? Quelques mots, ce sont des pions qui exposent mon roi, rendant visible et vulnérable le défaut de ma cuirasse. J’ignore s’il a compris que le loup matérialisait mon sens, aigu, du devoir et de la meute. J’ignore s’il perçoit clairement qu’en frappant ici, il peut me détruire comme notre Grand Père lorsqu’il m’a demandé de faire un choix me tuant dans les deux cas. Seule la présence de Zaïra grandissant dans le sein d’Azzura a réussi à faire pencher la balance. Si elle n’avait pas été là, j’ignore qu’elle ait été ma décision finale. Je ne sais, donc, si Orfeo a conscience de tout cela. Il ne m’a pas élevé, il ne m’a pas manipulé comme l’a pu faire notre aïeul. Mais il est mon frère, et ce simple fait lui offre naturellement une arme contre laquelle je ne peux faire grand-chose.

Sa réponse tarde, le loup m’investit pour maintenir mon calme quand ma patience innée manque de défaillir. « On ne peut mieux, maintenant que j’ai l’honneur de te défier pour la première fois aux échecs.  » Je ferme un instant les yeux, retenant cette envie grandissante de le mâter, de l’étrangler, de l’asphyxier pour qu’il cesse de jouer avec moi. Céder, ce serait entrer dans son jeu. Le ton du loup est péremptoire : j’attends. Un raclement, un pion s’expose, s’avance, se positionne devant le mien. J’arque un sourcil, la configuration du jeu s’inscrivant dans ma mémoire pour modifier les six, sept coups que je prévois déjà. Sans réfléchir davantage, mes doigts se saisissent d’une pièce, la font frôler le plateau pour l’arrêter dans un petit claquement. « Difficiles et douloureux, d’une certaine manière. Néanmoins, j’ai survécu » Loup, mes oreilles se seraient brutalement orientées en direction de mon petit frère pour mieux capter ses paroles et lui montrer toute mon attention. Homme, je me contente de relever la tête, sans précipitation. « Et toi, ces années ? Arrives-tu à dompter cet animal qui vit en toi ? » Mes lèvres s’entrouvrent, se referment, je me redresse pour m’adosser au dossier du canapé, m’éloignant ainsi d’un plateau de jeu dont la configuration est inscrite au fer rouge dans ma mémoire. « Loup. » Un mot pour commencer. Un mot me suffirait. Je pressens cependant qu’il ne porte guère de sens pour le sorcier qui est devant moi et qui a erré tant de siècles dans un univers de feu et de désolation. « Le loup les a vécues, pas moi. Pas complètement moi. J’imagine que ce n’ait guère facile à appréhender pour qui n’en fait pas l’expérience, tout comme je ne peux que tenter de m’imaginer ce que représente Darkness Falls pour un faible d’esprit comme tu l’étais, mais… » Je m’humecte les lèvres. « J’étais un loup, pleinement. Avec son instinct de tueur, avec son esprit de meute, avec sa solitude et son éternelle nature de chasseur. Aucun animal n’habite en moi… l’abomination, c’est que cet animal, c’est moi. Totalement. Ce que je dompte, ce que je contrôle, ce sont ni plus ni moins que les instincts bestiaux de mon caractère qu’une malédiction a renforcés. » Je ravale un peu de cette colère qui menaçait de s’enfuir. Cette colère amère, ce dégoût écœurant de ce que je suis devenu par la force des choses sans jamais avoir demandé à le devenir. Je me tais, le temps de reprendre un contrôle total de mes émotions. Et de renvoyer la balle dans son camp. « Quand as-tu… cessé d’être un imbécile, Orfeo ? » M’a-t-il offert des yeux plein de haine et de compréhension lorsqu’il a brûlé et a cessé de respirer, asphyxié par la chaleur du brasier, où n’a-t-il ouvert pour la première fois son esprit qu’en posant les pieds sur la terre brûlante de Darkness Falls ? A-t-il compris que son frère l’avait assassiné lorsqu’il est revenu à la vie où a-t-il ressassé sa vengeance pendant sept longs siècles enfermé dans un univers de désolation ? Je me surprends à m’angoisser légèrement face à la réponse qu’il pourra m’offrir.



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MessageSujet: Re: Bloodlines [Raf]    Mar 27 Jan - 17:35

Il se fichait éperdument de son nom. Cela aurait pu être n’importe quoi, ce n’était qu’une remarque de mauvais goût et il l’assumait pleinement. En pleine réflexion devant le jeu, il prenait le temps de déplacer les pièces, anticipant les coups bien trop en avance. Là était la clé : savoir ce que son adversaire était susceptible de jouer en avance, se projeter pour trouver ses failles et ses faiblesses, et le mater avant même que ce dernier ne s’en rende compte. Ce n’était, au fond, pas une tâche bien compliquée, il suffisait simplement de faire preuve de patience, tout en s’attendant à toute éventualité. Protéger son roi, organiser les défenses de toutes les pièces pour qu’aucune ne soit mise face à l’ennemi sans renfort pour contrecarrer ses coups. Une vraie tuerie de cause à effet qui ne se terminait que par celui qui aurait l’avantage. Pièce maîtresse, la dame, bien convoitée pour gagner la partie bien aisément. Sous-estimer les autres pièces n’étaient pas non plus une bonne idée, comme sous-estimer son frère dans sa répartie.

« Ce n’est pas moi qui le subit tous les jours »

Ce n’est pas moi. Donc je ne me sentais pas concerné. Et pourtant, je la faisais, cette remarque. Faire semblant, allier le mensonge et la vérité dans un jeu de chassé-croisé pour contrecarrer l’adversaire et se moquer de lui. Le mettre dans le doute, se montrer imperceptible ; n’être au fond qu’une simple énigme. Orfeo jouait avec lui, sur tous les paliers, sur tous les fronts ; cherchant à mener la danse, poursuivant avec amusement jusqu’à forcer les nerfs ; au premier des deux dont le sang-froid se perdra. La curiosité le poussait à poursuivre : s’il avait envie de continuer sur ce front, qui des deux l’emporterait ? S’il voulait évidemment avoir l’avantage, il pouvait aussi bien sous-estimé les capacités de son grand frère.

« Et dans ton égoïsme grandissant, tu n’as même pas différencié bon et mauvais souvenir… »

Le masque se craquelait. Ce changement de nom montrait bien davantage, au contraire. Il fuyait ses origines, fuyait son passé, fuyait son frère. Un bon moyen pour que personne ne le retrouve, changer son nom, le tour était joué. Après l’avoir mis le bûcher, Rafael le fuyait maintenant. Quel grand comique ! Cela n’avait même pas un arrière-goût de finesse ou d’amusement. Amer. C’était amer, et pas vraiment bon. Comme un poison que l’on serait contraint d’avaler.
Il parlait, fièrement, pendant que se déroulait la partie d’échecs. L’animal avait un nom, une caractéristique, le cafard lui aurait pourtant sied à merveille. Pas sûr que la plaisanterie lui ait plu, le sourire d’Orfeo s’évanouit et il évita de remuer les lèvres pour lâcher la petite remarque qui lui traversa l’esprit. Un loup, dont la fierté grandissant se faisait sentir. Un carnassier, fier, noble, pas un sale clébard. Libre et sauvage. Qui avait le goût de la liberté comme son frère longtemps enchainé aux griffes du patriarche. Ce qu’il ne comprenait pas vraiment, ce qui au fond, lui faisait réaliser le mode de fonctionnement de son frère.

« Impressionnant. »

Il n’avait rien d’autre à dire, même s’il se sentait presque capable de pousser la provocation à un certain souvenir dans une cascade, d’où le loup, l’animal, machine à tuer, avait tout simplement manqué la noyade. Du côté impressionnant de la chose, Orfeo n’avait eu guère l’occasion de voir quoi que ce soit au final… C’était lui qui le disait, aussi. Le grand Rafael serait prêt à tout pour que personne ne se moque de lui ou ne le dénigre ouvertement… jusqu’à accentuer les faits pour gagner en grandeur et admiration. Du regard d’un frère, il n’avait rien de bien impressionnant finalement… l’admiration suscitée par le simple Orfeo n’existait plus que dans un lointain souvenir teinté d’incompréhension. Pourquoi l’avait-il au fond un jour admiré, pourquoi ? Les réponses s’étaient perdues, sa manière de penser aussi. C’était comme se réincarner dans le même corps, souvenirs d’une ancienne vie trop lointaine pour pouvoir la coller à quelque chose dans l’actuel.


« Je ne crois pas que cela ait cessé … n’est ce que je suis à tes yeux ? Un piètre imbécile sans cervelle, qui n’a jamais cessé d’être un idiot. »

Il n’avait pas le cœur, pas même les mots ou l’envie de se montrer plus abordable envers lui. Non, il ne pouvait tout simplement pas se montrer plus agréable, et moins cynique. Il ne cherchait pas à plaire à son frère, ou même lui montrer une preuve d’amour fraternel. Avec lui, il serait toujours aussi franc, brisant les règles de bienséance, cassant la routine, ne disant que ce qui lui passait par l’esprit. Il n’était plus question de faux semblants et de mensonges, avec lui. Juste d’honnêteté, aussi douloureuse soit-elle.

« Echec »
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MessageSujet: Re: Bloodlines [Raf]    Sam 14 Fév - 11:44


Bloodlines.

(pv) Orfeo Renzacci


~


Le plateau de jeu a quelque chose d’apaisant. D’hypnotisant, aussi, indubitablement. Noir, blanc, les cases sont si distinctes que malgré leur abondance, on serait bien en peine d’y chercher du gris. Mes yeux clairs refusent de se détacher du plateau pour le moment. Je m’y concentre, non pas pour gagner la partie dont je vois le dénouement en quelques coups à peine, mais pour éviter une perte de sang froid que je risquerais de regretter. Chacune des interventions de mon frère réveille un peu plus une colère et un agacement que je contiens dans mes respirations profondes et régulières. « Ce n’est pas moi qui le subis tous les jours » Mes yeux bleus soupirent en se posant sur leurs jumeaux. Où veut-il en venir ? Se complait-il dans ce négatif, dans ces remarques stériles qui n’appellent qu’une réaction de ma part, dans ces remarques inutiles que je ne comprends que comme la provocation infantile d’un enfant qui cherche le regard de son modèle. Je me leurre, très certainement, mais je ne me peux m’empêcher de chercher une logique, une explication au comportement de ce frère insoluble. Il est une énigme, une énigme rongée par une amertume, un écœurement, un dégoût que je perçois sans l’accepter. Ne voit-il donc pas à quel point il est ridicule ? A quel point il n’arrivera à rien s’il poursuit sur cette voie de mauvaise foi et d’illusions sur… « Et dans ton égoïsme grandissant, tu n’as même pas différencié bon et mauvais souvenir… » Mes pensées s’interrompent brutalement. Mes yeux s’écarquillent légèrement. Inconsciemment, j’en déduis des conclusions qui m’effrayent et me ravissent dans un même temps. Est-ce une accusation, une vexation que je perçois dessous ce reproche ? J’efface le sourire qui menace de percer sur mes lèvres, je me retiens de rétorquer quelques mots qui ne pourraient qu’envenimer la situation et repose mon regard sur le plateau de jeu. Du bout des doigts, les pièces virevoltent les unes après les autres, mon esprit se détache de leur survie pour articuler quelques mots, quelques fiertés, quelques descriptions du loup que j’héberge et que personne, et surtout pas Orfeo, ne peut comprendre. « Impressionnant. » En voilà une preuve supplémentaire. L’abomination, c’est que l’animal, c’est moi. Mes mots laissent sur ma langue un goût amer, un dégoût qui ne peut partir, quoique je fasse. Impressionnant ? Est-il impressionnant de savoir que son frère se hait, qu’il ne survit que parce qu’un animal le lui permet, qu’il erre sur cette Terre en tirant partie d’une malédiction qu’il avait toujours rejetée et haï et que cette haine avait poussé à commettre des meurtres et à avoir sur les mains le sang de sa famille ? Est-ce impressionnant, Orfeo ? Tu es aveugle, buté, perdu dans ta rancœur et tu n’iras nulle part si tu ne veux pas aller au-delà de cette barrière que tu t’imposes. Tu es stupide, Orfeo, tu es stupide et tu l’es bien plus qu’auparavant. Cette amertume que je ressens, tu la ressens aussi mais pire encore, tu la nies. Et c’est ce qui fait la différence entre toi et moi, petit frère, j’en suis persuadé. Je n’ai peut être pas que des qualités, mais admets que moi, j’assume pleinement mes choix et que j’ai toujours une raison de les faire et une justification à donner.

« Je ne crois pas que cela ait cessé … n’est ce que je suis à tes yeux ? Un piètre imbécile sans cervelle, qui n’a jamais cessé d’être un idiot. » Je secoue la tête, tant ses paroles sont vides et… légèrement l’écho de mes pensées. Il se trompe mais il a raison : sa bêtise est toujours présente, elle a simplement changé de forme. Et je dois avouer que je préférais l’innocent Orfeo à cette boule de colère qui ne sait que provoquer et se limiter à un seul raisonnement : haïr son frère. « Echec » Je ferme les yeux à ce simple mot. Garde ton calme, Rafael. Oui, Grand Père. Garder son calme, ce que vous n’avez jamais su faire mais que vous m’avez enseigné. Je vis dans un passé sans pouvoir m’en extraire, comment puis-je reprocher à mon petit frère de faire de même ? Parce que tu es ainsi, Rafael. Prompt à faire des erreurs et à les pointer chez les autres. Très certainement. Je ferme les yeux, donc, lui concédant une seconde de victoire. Avant de faire bouger mon cavalier, d’écarter son pion, de me lever dans un « Echec et mat, Orfeo. » nonchalant. Mes doigts glissent cueillir mon verre pour mieux le remplir et me diriger vers la baie vitrée. « Tu es comme notre Grand Père : agressif. » Je lui tourne le dos, mais je ne peux que garder une conscience aigue de sa localisation. « Prompt à te sur-estimer, à te croire maître de ta vie, à ne pas comprendre que les autres peuvent t’ignorer voire tenter de te protéger dans des mensonges et des meurtres qui te sont inexplicables. » Je soupire, presque théâtral. Une gorgée d’alcool se fraye un chemin dans mon œsophage. « Tu te trompes : à mes yeux tu n’es pas un imbécile. Tu es stupide, certes, mais pas de la manière que tu entends. » Je me retourne enfin pour ne pas le quitter des yeux. « Débarrasse toi un instant de ton arrogance, Orfeo ! Regarde toi, regarde ce que tu es, ce que tu fais. Tu viens chez moi en paix, tu ne cesses de me provoquer comme un roquet essaierait d’attirer l’attention de son maître en lui mordillant les chevilles. Tu es pitoyable parce que tu ne vis pas. Tu te contentes d’haïr, d’attaquer, de foncer en te croyant le plus malin parce que tu essayes de prévoir un, deux, trois de mes coups en avance en ignorant ce qui t’entoure. » Je secoue la tête, mes mèches brunes s’égarant un instant loin de leur place pour glisser. « Tu es perdu et tu crois qu’en m’agressant constamment, tu trouveras un chemin. Ce n’est pas un reproche, Orfeo, c’est juste un constat. Bien triste. Tu n’as pas de vie. Même moi, sur le bord de cette falaise, même moi dans cette eau glacée qui était en train de mourir, j’ai plus de vie que toi. Tu es stupide, parce que tu reproduis le même schéma en te pensant original. Vise quelque chose, trouve toi un but autre que celui de me faire payer ta mort, parce que tout ce que tu arrives à faire actuellement et de me prouver à quel point tu gâches ta seconde chance et que tu aurais dû rester sur ce bûcher qui t’a permis d’être bien plus noble, involontairement certes, que ne le seront jamais notre Grand Père et moi. Tu gâches tout. » La déception se fraye un chemin dans ma voix, sans que je ne puisse l’en empêcher. Et bien soit. Je termine mon verre en quelques gorgées, le fait tourner entre mes doigts. M’adosse à la baie vitrée. « Tu es en échec, Orfeo. Et si tu viens ici chercher le mat, tu risques de le trouver. Et tu risques aussi de t’apercevoir que tu ne l’apprécieras pas. Cessons ce petit jeu, et ouvre les yeux : je n’en ai rien à faire que tu m’en veuilles ou que tu me détestes, Orfeo. Je suis égoïste, je le sais, mais ça me permet d’ignorer ce qu’on pense de moi. Oui, j’ai ordonné que l’on allume ce bûcher. Oui, j’ai obéi à notre Grand Père qui n’a rien éprouvé à ce moment là d’autre que la satisfaction de voir disparaître sa plus grande honte. Oui, je t’ai vendu pour sauver une sorcière, pour sauver un enfant à naître. Et oui, je le referais si c’était à refaire. Mais ça ne veut pas dire que ça ne me rendrait pas triste, que je ne m’écœurerai pas davantage. Tu peux me reprocher ce que tu veux, mais je suis honnête avec moi-même. Je fais les choix qui s’imposent, pas ceux que je désire, et te tuer en faisait partie. Oui, je me suis suicidé. Oui, un sorcier m’a maudit pour me refuser cette mort que je suis allé chercher. Mais que puis-je y changer ? Rien. Je suis trop lâche pour attenter une nouvelle fois à ma vie, tu en as été le témoin. Tu as été tué par ton frère, tu es revenu à la vie. Ce que tu peux changer à cela ? Vivre ta vie, me renier, me haïr. Mais tu ne peux pas effacer ce que je t’ai fait alors cesse de faire comme si taper du pied et te rouler par terre pourrait y changer quoique ce soit. Grandi, bon sang. » Je me tais enfin. Grandi Orfeo. S’il te plait. Ecarte toi de ce chemin qui te mène à notre Grand Père sinon je me verrai contraint de te dire la vérité sur le sang qui coule dans tes veines. Tu n’es pas mon frère, tu es un inceste. Et si tu ne grandis pas, je te détruirai pour que tu sois forcé de le faire.



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MessageSujet: Re: Bloodlines [Raf]    Lun 23 Fév - 18:42

Sa méthode à proprement parler, celle qu’il employait avec son frère, à savoir jouer sur tous les plateaux. Dissimuler ses pensées, le tromper, pour mieux le duper et l’empêcher d’approcher. Qu’il jette la première pierre s’il semblait paranoïaque : c’était bien préférable à la mort. De son frère, il ne cherchait pas à en savoir davantage, n’attendant pas de sa part qu’il s’explique également, ou parle de trop. La confiance ne se mesurait nullement aux liens de sang, mais aux actes, aux paroles, à la sincérité et l’honnêteté. Rafael ne semblait certainement le genre de personne à jouer sur ce terrain-là, c’est davantage l’opinion qu’Orfeo en avait, en tous cas. Son propre frère ne pouvait prétendre à une confiance mutuelle. Une ardoise à effacer, il suffisait simplement d’oublier… seulement il ne pouvait pas, cette mémoire manquante n’existait nullement, Rafael payerait encore longtemps les conséquences du passé, inconsciemment ou non.

Mat. S’il avait vu le coup venir ? Certainement trop tard pour revenir en arrière et espérant que son frère ne verrait rien. Espérer, un piètre mot porté à sa bouche sans le moindre sens, sans la moindre portée. S’il y avait un maigre espoir pour les réunir à nouveau. Leurs chemins bien trop différents, bien trop éloignés, les séparaient pour toujours, un fossé entre les deux empêchant leur réunification. Un mur se dressait devant eux, mur d’idéaux, mur de leurs caractères opposés, mur de leur compréhension mutuelle. Aussi grand soit-il, aucun des deux ne souhaitait commencer son ascension, pour rejoindre le monde de l’autre, le comprendre et peut-être l’accepter. Des concessions, aucun des deux n’en ferait, car aucun d’eux ne semblait prêt à franchir, préférant son propre terrain balisé qu’un désert immense et perdu, dans l’inconnu. Suffisamment fier et orgueilleux pour refuser la confiance de l’autre. Il n’avait pas accepté la défaite, ni accepté d’avoir à nouveau perdu face à son frère. En cherchant à lui montrer quelque chose, il repartirait bafoué, presque humilié. D’un revers, il avait fait tomber son roi, marquant la chute, la fin de ce petit royaume de quelques pièces sur un plateau de jeu. Et maintenant, il allait écouter le grand discours de son frère, seule chose dont il était capable, le seigneur et maître de ses terres devant évidemment appuyer les grands mots pompeux pour appuyer sa magnificence de son règne. Des mots, des phrases, des termes qu’il n’approuvait pas, qu’il ne comprenait pas. En quoi ressemblait-il à leur grand-père, s’était-il vu, lui adoptant sa vie luxuriante, ses tics et ses manies, sans oublier le côté aristocrate qui ne l’avait jamais quitté. Les siècles ne semblaient pas être passés pour le grand seigneur de ces contrées se croyant encore 700 ans plus tôt dans leur palais d’argent.

« Je suis maître de ma vie. Chose que malheureusement tu n’as jamais compris. »

Il ne voulait plus se battre, la communication ne fonctionnait nullement entre eux, elle ne fonctionnerait jamais. Pourquoi était-il venu dans l’espoir d’une paix promise ? Il n’y en aurait, car son cœur restait sec quand il était question de son frère. Plus la moindre fraternité, plus la moindre envie de le connaître ou même de le comprendre… Orfeo réalisait, par sa venue, qu’il ne servait à rien de sauver ce qui avait pourri. La fleur fanée ne pouvait plus s’épanouir davantage même si on lui mettait des gorgées d’eau supplémentaires. Une larme de plus sur des joues taries par le temps. Orfeo le laissait à ses palabres, seul. Puisqu’il ne souhaitait que cela depuis le début, depuis tout ce temps. Unecritique, un commentaire sur les paroles si profondes auxquelles il n’avait pas porté attention, se moquant d’elles, les niant, et bouchant les oreilles pour ne pas les entendre.

« Discours dont la matière laisse encore à désirer. Tu crois me connaître, tu ne me connais nullement. Tu crois toujours tout savoir sur tout, et ce sera ta perte. Car la seule personne que je hais et que je provoque, c’est toi, simplement toi. »

Tu ne me connais pas, et je ne souhaite pas te connaître. Chapitre clos. Chacun vivrait sa vie de son côté, chacun s’ignorant, chacun faisant semblant de ne pas connaître l’autre. Si simple, si facile. Pourquoi compliquer tout le reste, pourquoi chercher davantage ? Se relevant, Orfeo prit congé, prêt à partir, prêt à s’en aller et quitter cet endroit inconfortable à ses yeux. Las de se battre, las de chercher à s’entendre avec lui. Dans ce cas, autant ne plus se voir ou même se parler.

« En tous cas, tu ressembles de plus en plus à grand-père. Allez, au plaisir. »
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MessageSujet: Re: Bloodlines [Raf]    Dim 1 Mar - 18:41


Bloodlines.

(pv) Orfeo Renzacci


~


Echec et mat. Je ne sais pas ce qui est le plus porteur de sens dans cette phrase : les mots pris séparément ou l’expression en elle-même. Dans tous les cas, elle reflète bien selon moi la situation dans laquelle a fini par s’acculer mon petit frère. Echec. C’est tout à fait clair à mes yeux que quoiqu’il dise, quoiqu’il fasse, il est allé trop loin dans son ressentiment pour que je ne puisse plus que concevoir une certaine fatigue exaspérée en réponse à ses propos, sans plus aucune trace de colère. On peut peut-être en m’en tenir rigueur, mais ce n’est pas que je ne regrette rien dans sa mise à mort, je ne suis pas un monstre à ce point, c’est que j’ai vécu avec le poids de sa mort sur les épaules pendant tellement d’années que je n’arrive plus à m’en vouloir au point de lui demander pardon. Déjà à l’époque, mes motivations étaient suffisamment claires dans mon esprit pour que je me tienne loin d’une folie offerte par ce fratricide commis volontairement. Et mat. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il n’a plus la moindre emprise sur ma culpabilité, mais ce roi déchu matérialise un certain revirement de situation. Passée, la surprise de sa résurrection inattendue. Passée, la souffrance du rejet de ce petit frère transformé par la haine et ses ressemblances toujours plus grandissantes avec la famille Renzacci et la graine de violence que nous possédons tous. Acceptée, la douleur de la perte définitivement d’Azzura, de la disparition de tous les repères qui pouvaient me rattacher à un passé qui me manque et que je contemple avec une certaine nostalgie. On peut me reprocher bien des choses, mais je ne veux pas que l’on me traite de lâche ou de fuyard. Si j’ai une façon étrange d’assumer mes torts, je continue dans tous les cas à y faire face. Et même si je justifie toujours mes actions avec plus ou moins de mauvaise foi, je ne les ai jamais niées et toujours regardées droit dans les yeux avec l’assurance de celui qui ne reculera en aucun cas.

Assurance. C’est bien un terme qui correspond à mon attitude. Les vannes sont ouvertes, je le regarde, je me lève, je me déplace pour lui tourner le dos, sans m’interrompre autrement que pour reprendre ma respiration. Au moins a-t-il l’obligeance de me laisser poursuivre sans intervenir alors que je veux le confronter à ce que je considère être la réalité. Il faut être lucide, Orfeo, ce n’est pas en t’obstinant à me provoquer, à chercher chez moi une quelconque trace de rédemption ou de culpabilité mal placée, que tu vas évoluer. Grandi, petit frère ou je vais te forcer à le faire, d’une manière que tu n’apprécieras pas, je peux te l’assurer. Mes yeux bleus reviennent sur lui lorsque je termine, prêt à le détruire s’il se perd à nouveau. « Je suis maître de ma vie. Chose que malheureusement tu n’as jamais compris. » J’arque un sourcil. Est-ce donc la seule chose qu’il a à me répondre. Qu’il est le maître de sa vie ? Un léger ricanement flotte au coin de mes lèvres. « Tu surévalues les jours qui te séparent de ta sortie de Darkness Falls. Les années s’écoulent mais le jamais est un peu surestimé tu ne penses pas ? Tu n’es maître de ta vie que depuis ta mort. Avant tu n’étais rien d’autre qu’un pantin. » Mes lèvres persiflent. Se taisent. Qui n’a rien compris Orfeo ? Ne t’empresse pas de me pointer du doigt, prends donc le temps de réfléchir quelques minutes. « Discours dont la matière laisse encore à désirer. Tu crois me connaître, tu ne me connais nullement. Tu crois toujours tout savoir sur tout, et ce sera ta perte. Car la seule personne que je hais et que je provoque, c’est toi, simplement toi. » Des mots, des phrases, sans aucun intérêt autre que me prouver ce que je comprends petit à petit : il n’y a de fraternel entre nous qu’une relation unilatérale allant de moi, à lui. Et c’est tout. Pourtant j’aurai aimé qu’il comprenne que je ne suis pas et que je n’ai jamais été son ennemi. S’il n’était qu’un pantin à l’époque, malmené entre mes désirs de lui offrir la vie que j’aurai aimé avoir et le mépris mêlé d’écœurement de mon grand père, il était le petit frère dont j’ai pris soin, dont Azzura a pris soin, que nous avons protégé malgré tout. On oublie vite des années de paix pour se concentrer sur une misérable heure de souffrance. Voilà ce que je constate. Voilà ce que je provoque. Voilà ce qu’il admet lorsqu’il articule posément qu’il me hait. Moi. Simplement moi. Et ça fait mal. Plus que je ne pouvais le croire quelques secondes plus tôt. Si j’encaisse sans sourciller, lui offrant simplement une moue qui ne signifie rien de plus qu’une écoute attentive et désintéressée, il n’en reste pas moins que ça fait mal. Il se lève, je le toise du regard sans rompre la distance. « Soit, si c’est cela la vérité… Je vais donc t’épargner tout le protocole de société visant à nous dire de prendre soin de nous jusqu’à notre prochaine rencontre et je te propose de sortir immédiatement de ma propriété. Mes gens vont te montrer le chemin. » En un mot comme en dix : dégage. J’ai juste la délicatesse de le tourner de manière un peu moins direct que l’aurait voulu la colère qui m’habite. D’un geste de la main je lui indique l’entrée avant de me désintéresser de sa silhouette et de reporter mon regard sur la large baie vitrée pour mieux lui tourner le dos.

Il se déplace, je reste de marbre et surtout immobile, comme un Seigneur qui ne verrait pas l’intérêt de se déranger pour un subalterne insolent. Ce que je suis. Ce qu’il est. « En tous cas, tu ressembles de plus en plus à grand-père. Allez, au plaisir. » Au plaisir ? « Au moins, moi je ne le nie pas, Orfeo Renzacci. Et je doute que l’on conçoive encore du plaisir à se croiser donc adieu. » Une inspiration, je pose le verre qui m’occupe les mains et attend de le voir franchir le porche, l’allée, le portail pour me passer une main dans les cheveux et me glisser jusqu’à une toile vierge que les couleurs et la colère me supplient de remplir. Le noir, voilà ce que j’applique en premier avec des traits décidés sur toute la surface de la toile. Le noir, brillant, qui esquisse les courbes et les traits du visage d’Azzura avant que mon poing ne percute le chevalet pour mieux briser les fils et le maille, entraînant un amas de tissus, de peintures, de bois cassé et de larmes vers le sol, alors que je contemple mes phalanges maculées de peinture et que je décrispe mes muscles tétanisés.

RP TERMINE


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Bloodlines [Raf]

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