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 In time, we are in the masquerade of heroes [Livio]

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MessageSujet: In time, we are in the masquerade of heroes [Livio]   Lun 8 Déc - 16:25

Enfin ! Nikolaas soupira lorsqu'il vit enfin le soleil disparaître derrière les collines. Dans la rue, les premiers lampadaires commencèrent à s'allumer, éclairant les rues obscures d'une tremblotante lueur orangée. Les rues se vidèrent ; ou plutôt, la population qui les fréquentait se transforma. Nikolaas ouvrit la fenêtre et décrocha les volets miteux de sa planque du moment pour laisser entrer la fraîcheur nocturne dans l'unique pièce dans laquelle il vivait actuellement. Une brise vint secouer les rideaux déchirés. Nikolaas se pencha par la fenêtre pour regarder l'heure, au loin, sur le cadran de l'horloge de l'église. Parfait, il était l'heure d'aller se préparer.

Il se glissa comme une ombre jusqu'à un vieux miroir dont les lézardes tissaient une toile d’araignée macabre, brisant son reflet. Nikolaas se pencha et brancha un long fil. Aussitôt, une guirlande lumineuse de Noël illumina de rouge et de verre le miroir ovale autour duquel elle avait été enroulée, éclairant son reflet d'une lueur presque irréelle.
Oh oui, ce soir, il serait magicien.

Tendant la main vers son visage, il arracha la fausse moustache fournie qui s'y trouvait et qu'il avait ajoutée la veille à son costume de médecin, pour s'occuper de sa réelle moustache qu'il redessina tout en finesse. Plongeant la main dans son grand sac, il en sortit un immense trench-coat de velours qu'il déposa sur le rebord d'une chaise à l'équilibre précaire. Il ajusta son gilet sans manches et déboutonna les premiers boutons de sa chemise pour paraître moins stricte. Alors, il glissa autour de son cou un foulard bleu étoilé d'or.
Un chapeau vint compléter l'ensemble. Enfin Nikolaas se fondit dans son manteau qu'il boutonna jusqu'en haut et s'admira sous tous les angles.

Il descendit dans la rue et se rendit dans un bar quelconque, pas très fréquenté encore. Commandant un coktail dont il avait oublié le nom une fois assis à table. Il en profita pour sortir son jeu de cartes préféré. Le bar ne tarda pas à se remplir et un client totalement inconnu s'installa près de Nick, admirant sa réussite. Nick se tourna vers lui et ils échangèrent quelques banalités.

« Tenez mettez-vous en face de moi, je vais vous montrer un tour de magie. »

Il fit jouer les cartes entre ses doigts et lui demanda d'en choisir une.

« Mettez-la dans votre poche gauche. Bien, maintenant, choisissez-en une autre. Remettez-la dans le paquet et mélangez-le. »

Le client s'exécuta et Nick le reprit, avant de retirer la dernière carte du paquet pour la montrer à son client.

« Cette carte était la carte dans votre poche. »

Devant les yeux du client ébahi, Nick se pencha par dessus la table pour saisir la carte dans la poche de l'homme en même temps que son portefeuille qu'il fit glisser dans sa manche par un habile mouvement du poignet. Il montra la seconde carte au client.

« Et cette carte était la suivante ! »

Le client l'applaudit puis s'excusa, devant partir. Il se releva pour aller payer. Durant ce temps, Nikolaas en profita pour extirper les quelques billets du portefeuille avant de jeter ce dernier à terre. Le client, arrivé au bar, fouilla ses poches et son regard se posa sur le sol pour retrouver son portefeuille qu'il avait du laisser tomber sur le sol. Il s'en saisit, chercha ses billets, et ne les trouvant pas, explora son compartiment à pièces sans se poser de questions ; il en déposa quelques unes sur le zinc avant de s'en aller. Nikolaas rangea son pactol et joua nonchalamment avec ses cartes.
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MessageSujet: Re: In time, we are in the masquerade of heroes [Livio]   Ven 12 Déc - 22:42


ACTE I
"No digo lo que digo,
hago lo que no hago,
al revés, al revés, porque
ser valiente no es sólo cuestión de suerte."




Le jour lentement déclinait, se coulant doucement dans les courbes des collines, leur prodiguant de ses derniers rayons de chaudes caresses en leur flanc.
Adossé à la fenêtre, Livio observait les volutes de fumée blanche de sa cigarette s’envoler en de savantes arabesques, mystifiant un instant ce spectacle en lumière et encre de chine.
La journée avait été longue, peu fructueuse pour lui. Il l’avait passé à errer comme une âme en peine dans les rues de New-orleans réduit à quelques larcin peu valorisant, Il avait été pickpocket, bas et vil, ne pouvant se targuer que de son adresse et de sa bonne bouille pour se sortir des mauvais pas.
Aujourd’hui il n’avait pas été artiste, et il en était plus que frustré.
Se perdant un instant dans la fumée, dans les souvenirs il se rappela non sans une pointe de tristesse de la grande époque. De cette époque rêvé ou le soir il était un magicien, un grand medium émerveillant les foules. Il pouvait sentir encore cette sensation grisante que d’être couvert par le regard des autres, être enveloppé dans l’admiration prenant naissance dans leurs yeux. Il se souvenait avec délice des costumes et des bougies, de ces scènes improvisées, de tous ces vieux décors qui jadis avaient appartenus a des forains de tous horizons.
Mais tout comme la fumée s’efface, éphémère, les souvenirs sont brumeux et impalpables. Approchant sa main de la brume, comme pour peut-être replonger dans cette époque perdue, il eut un pincement au cœur quand, naturellement, la fumée s’effaça, dansant entre ses doigts pour mourir dans les derniers rayons du jours.
La nuit était là.

A contre cœur le brun délaissa son perchoir, se trainant un instant comme une âme en peine dans sa chambre de pension. Marchant sans but dans les quelques mètres carrés,  redécouvrant comme à chaque fois ce vieux parquet gondolé, ces murs décrépis colorés par les taches d’humidité et de moisissure. Aussi insalubre qu’était cette pièce, elle lui convenait, il l’avait aménagé quelques peu de ses dernières affaires : des étoffés colorées -certaines à moitiés brulée-, des affiches de spectacles –brulées elles aussi-… Tout avait un gout de brulé dans le passé de Livio.
La solitude le pesant, il s’habilla : la nuit venait de tomber il était temps de sortir. Pourquoi ne pas aller dans un bar. Se saouler jusqu’à l’ivresse ? rencontrer quelqu’un ? Rester seul ? Tant de possibilité, tant de choses qui pouvaient le sortir de la mélancolie dans laquelle il menaçait , ce soir, de tomber.
Il se regarda dans la glace fissurées près de son armoire : Un jeune homme maigrichon, dont le visage et les yeux bleus malicieux rappelaient ceux d’un petit animal, ses traits semblaient être un mélanges d’origines diverses sans qu’on ne puisse lui en attribuer une, il portait une chemise blanche, ouverte, négligemment rentrée dans son pantalon noir, à son cou pendait un collier aux nombreux grigris, des talismans plus magiques les uns que les autres.
Son observation faite, il s’autorisa un sourire : il était prêt à sortir.

 Dans la nuit fraichement tombée, les lampadaires grésillant étiraient l’ombre du jeune homme sur les murs. Celle-ci léchait, se coulait discrètement sur les murs de pierre, surplombait Livio de leur écrasante noirceur.

Il entra dans un bar, le premier qu’il vit, attiré par le bruit de la foule, de la musique, par cette envoutante ambiance de nuit. Et il ne fut pas déçu : à peine entré il était déjà emporté par les fumées de cigarettes, les conversations et l’odeur de l’alcool.
Commandant un verre de Rhum au bar, il alla s’assoir à une table légèrement éloignée du reste des gens, alors que le bar commençait à peine à se remplir.
Il savourait son rhum, aimant le gout des épices et des arômes de cette boisson, quand son regard s’accrocha a quelque chose de bien particulier. Ou plutôt à quelqu’un.
L’homme assis à une table non loin de la sienne pouvait sembler étrangement vêtu, comme sortant d’un autre âge, d’une autre dimension. Comme sortant des souvenirs de Livio. Cet homme ressemblait à un illusionniste, un magicien.
Le regard de Livio se fit de plus en plus passionné au fur et à mesure de son observation. L’homme avait commencé par manipuler des cartes avec une dextérité fascinante, qui pouvait presque rivaliser avec la sienne. Il l’observait, le découpant du regard alors qu’il semblait sur le point de jouer aux cartes avec un inconnu. Oh, un tour de passepasse.
Les yeux du gitan ne ratèrent pas une miette de l’échange. Le pigeon s’était fait avoir en beauté tant l’arnaqueur était bon. Un artiste. Un véritable artiste. Livio était suspendu à ses doigt, aux mouvements de ses mains exécutés de façon experte. Le portefeuille lui avait glissé entre les doigts presque aussi fluide que s’il avait été de l’eau. Quand le fieffé filou s’appropria le butin et effaça toutes traces de son méfait, il ne put s’empêcher de sourire. C’était un bon. Mais pas assez pour lui cacher ses trucs.
Le jeune homme se leva, attrapa son verre aux trois-quarts vides et traversa le bar d’une démarche chaloupée.
Sans rien demander, il alla s’assoir en face du « magicien », faisant tourner son verre entre ses doigts. Il fixait intensément l’homme en face de lui avec dans les yeux un mélange d’admiration et d’émerveillement. Mais pas pour ce que l’autre aurait pu croire oh non. Pas parce qu’il était fasciné par ses tours de passe-passe. Mais parce qu’il se trouvait face à un artiste de l’arnaque, un vrai, ses gènes de gipsy le lui hurlaient.

« Vous êtes magicien ? C’était incroyable ce tour… vous m’en feriez un ?» commença-t-il. Il avait envie de se faire passer pour un pigeon, pour voir comment l’autre, l’adversaire aller essayer de l’avoir. Il attrapa les cartes et fit semblant de les mélanger maladroitement, comme si jamais de sa vie il n’avait tenu de paquet de carte entre les mains. Lui aussi était bon acteur.
« ah ! je ne suis pas très doué, ahah. Tenez. » lui dit-il en lui tendant les cartes «  allez-y, émerveillez moi… »

Il lâcha sa dernière phrase dans un sourire, fixant l’homme droit dans les yeux.

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MessageSujet: Re: In time, we are in the masquerade of heroes [Livio]   Sam 13 Déc - 22:22

Nikolaas mélangeait ses cartes sans vraiment les voir et sa vue se brouilla dans un ballet de couleurs rouges et noires. Ses doigts glissaient entre les petits morceaux de carton comme si ces derniers eussent été des ailes qui ne demandaient plus qu'à battre pour l'emmener avec lui. Ses gestes d'abord tranquilles et calculés se firent bientôt plus rapides et il n'entendit plus que le claquement des cartes les unes contre les autres, tantôt un pique, tantôt une dame, tantôt un joker qui apparaissait comme un esprit frappeur pour lui rappeler sa condition. Il recompta mentalement les billets qui reposaient précieusement dans sa poche profonde et se réjouit de pouvoir se rendre au marché le lendemain pour payer quelques provisions qu'il n'aurait pas pu subtiliser.

Tout à coup, quelqu'un s'assit de nouveau devant lui, faisant voler les cartes de ses mains. Le jeu des ailes de carton se brisa violemment et les plumes rouges et noires s'étalèrent sur le plateau de bois comme la robe d'un oiseau grotesque et tâché de sang. Nikolaas leva les yeux, interrompant sa rêverie. Non, ce n'était pas son pigeon qui revenait, c'en était un autre. Quelqu'un de beaucoup plus intriguant dont l'accoutrement se détachait de celui des autres clients par son goût et son agencement d'un autre temps. Nikolaas le devina tout droit sorti d'un conte de fées, enchanteur aux multiples talismans aussi brillants qu'ils étaient dépourvus de pouvoirs magiques. Un véritable magicien venait-il lui taper sur les doigts pour son jeu déplorable ?
Visiblement non. L'homme rassembla ses cartes avant d'essayer de les battre avec une feinte maladresse rapidement visible pour un acteur de longue date.

« Mais bien entendu mon cher. » répondit-il mystérieusement avec un sourire compatissant.

Il reprit les cartes une par une avant de former un paquet résolument propre qu'il se mit à battre de nouveau avec la rapidité d'un battement d'ailes effréné.

« Choisissez une carte. » lui demanda-t-il en lui tendant le paquet en éventail. « Mémorisez-la bien. « 

Saisissant la carte, il la cacha dans son paquet avant de claquer dans ses doigts, et de retourner la première carte du paquet.

« Ah, ce n'est pas celle-ci. »

Il claqua de nouveau des doigts avant d'en retourner une seconde. Sans succès. Nikolaas releva les yeux en direction de son interlocuteur avant d'aplatir son jeu en éventail devant eux.

« Et là vous vous dites que je suis complètement nul. Mais si vous regardez bien ce jeu, vous remarquerez que toutes les cartes sont retournées, sauf... »

Il saisit la fameuse carte avant de la retourner.

« La vôtre. »

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MessageSujet: Re: In time, we are in the masquerade of heroes [Livio]   Dim 14 Déc - 15:20


ACTE II
"No digo lo que digo,
hago lo que no hago,
al revés, al revés, porque
ser valiente no es sólo cuestión de suerte."






Cet homme l’observait, attentivement. De la même manière qu’il l’avait fait quelques instant plutôt. Il vit ses yeux s’arrêter sur ses grisgris. Il ne sortait jamais sans, par peur du mauvais œil et des malédictions. Le gitan le fixa dans les yeux : avait-il comprit ?

« Mais bien entendu mon cher. »

Le ton compatissant ne lui avait pas échappé et il avait vu la lueur de mystère dans les yeux de son vis-à-vis, s’était-il fait repéré ? Si en tant que Magicien de génie, il avait repéré les trucs de cet homme… Il fallait qu’il fusse aussi un sacrement bon acteur pour le percer a jour.
Livio l’aimait de plus en plus.

Tchac. Tchac. Tchac.
Rapide claquement. Giflant l’air promptement.
Rouge. Noir. Sang. Nuit.
Reine. Roi. Amants maudits.
Un instant. Juste un et il s’autorisa à fermer les yeux pour mieux savourer ce son. Depuis combien de temps ne l’avait-il pas entendu autre part qu’entre ses propres mains ?
Ce son de cartes battues l’avait tant de fois bercé et accompagné dans le sommeil lorsqu’il était plus jeune. La rapidité et la dextérité de l’homme qui lui faisait face pouvait s’apprécier ne serait-ce qu’en écoutant ses mains manier les cartes.
Oh oui. Un artiste, cet homme savait les faire danser.
Livio se sentit étrange. Un sentiment jusque-là refoulé s’empara de lui alors qu’il avait toujours les yeux fermés. Il refoula tout tremblement et l’étrange boule qu’il avait dans la gorge, tandis que ses doigts se crispaient autour de son verre. Il refrénait un long frisson lui remontant l’échine et pouvait sentir les poils de ses bras se dresser, sa peau frémir.
Qu’était-ce donc ? Un début de jouissance simplement provoqué par la beauté d’un geste ? Ou alors le revirement d’une satané mélancolie. A l’acmé de son malaise il failli attraper ses mains et lui dire d’arrêter. Tout de suite. D’arrêter de battre ainsi ses souvenirs.
Mais quoi qu’il fasse, il n’aurait jamais pu arrêter ce si beau geste.

Il rouvrit les yeux et les planta dans ceux de son interlocuteur alors que celui-ci lui demandait de choisir une carte. Il fit courir un instant ses doigts fins sur l’éventail, et choisi une carte négligemment dans le milieu Comme un bon Pigeon.

« Mémorisez-la bien. »

L’as de cœur ? Ne t’en fais pas mon mignon, de toute façon tu la retrouvera cette carte non ? Alors qu’il cachait la carte dans son paquet Livio continuait de le fixer, avec toujours ce sourire espiègle et cette expression égale sur le visage, des lors que l’autre avait le malheur de poser les yeux sur lui, il soutenait son regard, le transperçait avec ses yeux bleu, s’appliquant à ne rien laisser transparaitre, excepté ce flegme énigmatique.
Il connaissait ce tour. Il était peut être déçu par la simplicité de tour qui ne rate quasiment jamais. Mais d’un autre coté il reconnaissait que la prudence était le fort de tout bon arnaqueur.
Claquement de doigt. trois de trèfle. Raté, oooh… tient donc, comme c’était surprenant.

« Ah, ce n'est pas celle-ci. »

Toujours garder le même sourire égal, ne pas rire, ne rien laisser transparaitre. La petite mise en scène faisait partie du tour, c’est pour cela que bon magicien rimait souvent avec bon acteur.
Il recommença son petit tour, et fit semblant de se tromper encore une fois. Lorsqu’il releva les yeux vers lui, Livio mit un point d’honneur à soutenir son regard sans rien y changer.

« Et là vous vous dites que je suis complètement nul. » Mais non, c’est justement là que ça devient intéressant.  L’homme se mit à éventer son paquet devant eux.«  Mais si vous regardez bien ce jeu, vous remarquerez que toutes les cartes sont retournées, sauf... »

Il se saisit de la carte retournée et la dévoila. « La vôtre. » As de cœur.

Comme par hasard. Bien sûr le Gitan ne s’attendait pas à ce que le tour rate, il aurait été trop déçu. Il se contenta de lâcher un petit rire, poussant même le vice à l’applaudir légèrement. Puis le rire s’arrêta, aussi vite qu’il était venu. Il planta son regard bleu, dans celui plus sombre de son vis-à-vis, l’obligeant ainsi à le fixer. Règle numéro un : garder le contact visuel, toujours.

«  Monsieur. Je me sens fort déçu, vous m’avez honteusement trompé. » La reproche était cinglante, mal venue dans la bouche de Livio. Dans celle d’un autre elle aurait pu sembler accusative, délatrice, mais pas dans la sienne. Non sa voix était trop douce, elle résonnait en des accents étranges et indéfinissable : slaves, français, hispaniques ? impossible de définir sa provenance, comme il était impossible de définir celle de Livio.

«  Il était bien beau, votre tour de carte. Faites-vous aussi dans la tricherie ? » les accusations étaient mystérieuse, c’était à ce demander ou le gitan voulait en venir.

Au fur et à mesure qu’il parlait il s’était penché au-dessus de la table, qui au final n’était pas si grande, permettant facilement le contact. Toujours avec le même sourire indéfinissable, gardant ses yeux plantés dans ceux de son adversaire, les empêchant de fuir, il parlait.

«  Un bon magicien, s’il veut tromper… »

Alors que son visage était beaucoup plus proche de celui de l’homme en face de lui, il rompit le contact visuel. Il laissa ses yeux glisser sur le côté invitant l’autre à suivre son regard : Une de ses main s’était faufilée discrètement dans la poche intérieure du manteau élimé du magicien. S’assurant qu’il le regardait bien faire, il sortit lentement la main de sa poche, tenant entre les doigts les deux joker son jeu.

«… doit s’assurer d’avoir le bon nombre de cartes. »

Retrouvant lentement sa place, il se cala contre le dossier de sa chaise faisant tourner les deux cartes entre ses doigts. Oh bien sûr il ne les sortait pas de là par magie, c’eut été trop simple. Non, il avait bien fait attention à les subtiliser lorsqu’il avait eu le paquet en main la première fois, faisant semblant de mal les mélanger.
Un sourire fin vint étirer ces lèvres, alors qu’il buvait une autre gorgée de son verre. Un peu plus loin dans la salle, il héla un serveur.

« Plus sérieusement. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu des mains aussi agiles… » Il faisait référence aussi bien à son agilité pour le vol que pour les cartes « Permettez que je vous offre un verre, pour m’excuser de mon tour… Monsieur ? »

Livio connaissait ce genre de personne, ces artistes, puisqu’il était né parmi eux. Si l’autre hésitait a lui donner sa véritable identité il comprendrait, ce métier exigeait parfois que l’on abandonne tout pour être un autre, que l’on change de visage et de nom, que l’on mente. Il le regarda dans les yeux. Mais quoi qu’il fasse, quoiqu’il dise, s’il mentait : Il le saurait, et le lui faisait bien comprendre.





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MessageSujet: Re: In time, we are in the masquerade of heroes [Livio]   Ven 2 Jan - 22:15

Son pigeon parti dans un éclat de rire forcé qui prouva sa fausseté dans la vitesse à laquelle il s'arrêta. Leurs regards se croisèrent, intenses et connaisseurs, et ils comprirent tous deux. Nikolaas s'apprêtait à se laisser aller contre le dossier de sa chaise lorsque l'autre se pencha vers lui, semblant vouloir le protéger d'une chute, pour lui offrir la sienne. Les deux jokers manquants jaillirent des doigts de l'inconnu comme ces deux fantômes qui se foutaient muettement de sa gueule lorsqu'il avait mélangé ses cartes.
Lorsqu'il évoqua la tricherie, ce fut au tour de Nick d'éclater de rire.

« Mon cher, c'est l'histoire de ma vie. »

Les deux cartes retombèrent sur le bois vieux de la petite table, devenues soudain sans importance et parfaitement inoffensives. Les entrailles de Nick se contractèrent brièvement sous la déception avant de se relâcher presque aussitôt pour passer à autre chose.

« Heureusement que je ne croise pas des gens aussi avisés que vous tous les jours, je serais ruiné et je n'aurai plus qu'à me reconvertir. »

L'expression cachait une plaisanterie d'une ironie subtile puisqu'il pratiquait la reconversion très souvent, en fonction de ses humeurs. Il s'agissait de modifier un accessoire, de recycler ses costumes parfois juste en les retournant...changer de peau comme un caméléon. Mais aussi changer d'habitudes, de manies, d'accent...

« Uhm ce sera Hélias pour ce soir. »

Et même de nom. Le serveur s'approcha d'eux pour prendre leur commande et Nick commanda quelque chose d'un peu plus fort pour fêter cette rencontre haute en couleurs qui l'avait déjà bien requinqué.

« Vous permettez qu'on se tutoie, entre collègues ? Alors, depuis combien de temps exercez-vous ce talent ? »


Des nombreux charlatans qu'il avait pu remarquer et croiser dans sa vie, rares étaient ceux qui pouvaient se vanter d'avoir attiré son attention. Aujourd'hui même, s'il se concentrait, Nick ne pouvait nommer que Chayton avec certitude, et son incroyable talent de la dissimulation. Le magicien du jour entreprit de rassembler ses cartes en un petit tas désordonné avant de les rapprocher peu à peu les unes des autres jusqu'à former un petit tas bien net et égal qu'il posa entre eux deux, comme s'il venait soudainement, au regard des derniers événements, de considérer ce parfait inconnu comme son égal.
C'était un bien grand mot ; il était stupide de choisir ses connaissances quand on ne pouvait même pas s'élever au rang de ceux qui avaient l'argent nécessaire pour se nourrir régulièrement. Il ne lui faisait pas confiance non plus. Il ne faisait confiance à personne depuis la mort de sa sœur ; seul Chayton avait le droit à ce semblant de reconnaissance.

Quelques minutes plus tard, le serveur déambulait entre les tables qui commençaient à se remplir en cette heure de l'apéritif, un plateau posé au bout de ses doigts portant les verres dansant de ses clients. Il gagna non sans difficulté la table occupée par Livio et Nick – pardon, Hélias – pour déposer leurs commandes dans un claquement bourru qui fit gicler quelques gouttes alcoolisées sur le bois pourri.
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MessageSujet: Re: In time, we are in the masquerade of heroes [Livio]   Dim 4 Jan - 13:55


ACTE III
"No digo lo que digo,
hago lo que no hago,
al revés, al revés, porque
ser valiente no es sólo cuestión de suerte."





Un collègue donc ?
Un sourire félin vint étirer ses lèvres fines. Bien sûr que c’était un collègue. Plus que ça même : un égal. La beauté de la chose le faisait sourire en effet, il n’était que trop rare de rencontrer des artistes qui vous égalaient. Non pas que Livio soit un grand narcissique ( certes, il était légèrement egocentrique, mais le rapport n’est pas là ) mais l’art de la tricherie, du vol et du mensonge, l’art d’arnaquer en émerveillant se perdait à ce jour.
L’autre se targua de quelques boutades, d’un compliment avisé qui fit grand plaisir à Livio et qu’il aurait aisément pu lui retourner.

« Je devrai bien dire la même chose. Rare sont ceux qui me percent à jour. Du moins je suis flatté de ne pas avoir été pris pour un vulgaire pigeon »

Effectivement l’un comme l’autre ils arrivaient à voir clair dans leur jeu. Il avait l’impression assez étrange de se tenir face à une sorte de reflet de lui-même dont il connaissait les manigances puisqu’il se connaissait lui-même. Et la réciproque était surement exacte pour celui qui lui faisait face.
Lorsqu’il se présenta, Livio n’eut plus aucun doute sur lui.
Certes il lui donna un faux nom mais cela confirma ce que le gitan pensait à son égard : il était un artiste caméléon.

« Helias ?...Je m’en contenterai alors, pour l’instant. » lâcha-t-il dans un petit rire « Mais puisqu’il n’y a qu’entre arnaqueurs que l’on est à même de jouer franc jeu, je ne vois pas l’intérêt de te mentir… Moi c’est Livio. »

Helias. Helias. Heli… as. As de cœur. De Trèfle. De pique ou de carreau ?
Ce nom le faisait rire, et il le trouvait diablement bien adapté à la situation. Ou plutôt à leurs tours de cartes
Le serveur s’approcha d’eux, interrompant leur discussion pour prendre leur commande. Faisant la moue, le brun recommanda un rhum et rendit le verre vide avec lequel il s’amusait au serveur qui s’éloigna d’un bon pas, slalomant entre les tables.
Puis vint la question. La question qui peut être leur brulait les lèvres à tous deux mais qui fut énoncée en premier lieu par Helias. Si Livio répondit affirmativement et rapidement à la première partie qui concernait le tutoiement il mit plus de temps pour répondre à la seconde partie. Il se recula sur sa chaise et croisa les bras.

« Oh l’ami. Je veux bien parler de moi, mais je serai plus enclin à le faire si celui en face de me mentait pas comme à un vulgaire pigeon. » il se rapprocha de la table et y croisa ses mains « je loue ton instinct de préservation, mais réfléchis bien, je ne suis pas un ennemi »

Bien sûr, Livio comprenait que l’homme soit méfiant. La trahison et la peur était souvent marquée sur le visage des hommes, de même que sur le visage du gitan. C’était la marque de ceux qui ont perdu ce à quoi ils tiennent, que de tenter de garder ce qu’ils ont vainement acquis par la suite. Se protéger. C’était normal. C’était humain. D’autant plus que pour les gens de l’acabit d’Helias, une identité floue était le sésame pour la liberté. Aussi se dévoiler totalement à un inconnu sous-prétexte qu’il avait déjoué son tour de carte pouvait sembler bien inconvenant. Et cela Livio le comprenait parfaitement.
Aussi. Décidant pour une fois de se mouiller un peu, de faire preuve d’imprudence, il se délecta de dire la vérité. Mains dévoilées : pas de mauvais tours. Simplement la vérité comme un gage de confiance. Et il se doutait que l’autre comprendrait. Ils étaient du même bois après tout.

« Disons… Que chez ceux qu’on appelle les Gipsys, ça fait partie de l’éducation. » confia-t-il dans un sourire « alors… Autant dire que je suis dans le métier depuis 29 ans ahah… Et toi alors ? Helias …» Il s’amusa à faire rouler le nom sur sa langue, en détachant chaque syllabes. L’ironie était non feinte, il sa demandait s’il allait lui répondre ou tenter un autre mensonge.

Il y avait une chose étrange cependant chez Livio, peut être une chose qui n’aurait pas échappé a Helias s’il avait déjà eu affaire à des Gitans. Ils n’étaient jamais seuls normalement, les romanichels se déplacent souvent en groupes, en familles. Certes le brun savait que sa condition de gitan sans-famille faisait de lui une certaine anomalie.
Le serveur revint, les interrompant une nouvelle fois déposant sans délicatesse leurs consommations sur le bois sombre de la table. Les doigts de Livio s’amusèrent une nouvelle fois à faire le tour du verre avant de le porter à sa bouche pour en boire une gorgé. Reposant lentement son verre, il se lécha les lèvres y goutant une autre fois le gout du rhum.
S’accoudant la table il laissa son regard courir sur l’assemblé, sur la valse des serveurs entre les tables, et sur les différentes personnes de l’assistance. Puis son regard bleu clair se raccrocha à celui d’Helias.

« Tu veux que j’te raconte un truc ? Quand j’étais petit y’avait un vieux qui voyageait avec nous. Comme toi avant de nous rejoindre il avait été artiste Caméléon, un grand artiste. Je l’aimais bien, il nous racontait des histoire sur sa vie. C’était drôle parce que chaque jour il était quelqu’un d’autre, une des vies qu’il s’était inventé. Puis il est mort, le temps a passé, j’ai grandi. Et puis j’ai compris. J’ai compris qu’en fait ce n’était pas des histoires qu’il nous racontait en se mettant dans la peau de ses personnages. J’ai compris qu’il avait fini par se perdre. Il s’était perdu dans tous ses changements d’identités, ayant passé sa vie à être des autres qui n’étaient pas lui. Lui n’était plus que Un parmi d’autre, impossible de savoir qui il avait été… »

Il raconta sa petite histoire d’une voix calme, fixant toujours son vis-à-vis avec un regard brulant qui contrastait avec ses yeux limpides. Lentement il croisa ses mains sur la table et lui murmura :

« Fais attention à ne pas te perdre Helias… A moins que tu ne sois déjà perdu ? Il y a des choses plus précieuses encore que les larcins les plus réussis. »

Il s’observaient mutuellement. Ne lâchant pas leurs regards. Comme si l’un chez l’autre ils avaient compris ce besoin du regard, ce besoin de se sentir admirés et observés. Autant dire que pour Livio cette rencontre était inespérée, mais qu’elle avait réussi à le griser pour toute la soirée. Non, il sentait que cette rencontre ne serait pas à prendre à la légère. Une très bonne rencontre.


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MessageSujet: Re: In time, we are in the masquerade of heroes [Livio]   Lun 16 Fév - 19:42

Le mensonge était devenu un réflexe pur et simple qui s'était immiscé dans tous les pores de sa peau, dans toutes les veines de son corps et dans toutes les décisions de sa vie. Sa propre existence se profilait à l'horizon en un mirage ; Nick empestait l'illusion à des mètres à la ronde. Il mentait en permanence de tout son cœur de sorte que parfois son esprit ne faisait pas tellement la différence entre la réalité et la fiction. Depuis la mort de sa sœur, la seule personne à laquelle il ne mentait pas faisait chemin avec lui depuis très longtemps – il s'agissait de Chayton. Hors de question qu'il accorde sa confiance aveugle à un homme à peine rencontré, dusse-t-il mettre ses mains dans la même pâte crade des mensonges.
Nikolaas entendit résonner contre les parois de son crâne les syllabes chantantes du prénom que son homologue avait bien voulu lui servir. Il avait le goût de ces alcools aphrodisiaques que l'on sert dans les maisons closes : subtile, mystérieux, d'une douce amertume. Il avait les sonorités d'opérettes des temps d'une Europe lointaine. Les deux syllabes suggéraient déjà un passé ; était-ce son nom réel ou son nom de scène ?

« On ne peut plus jouer ? Susurra Nick avec un sourire en portant à ses lèvres la boisson récemment apportée. Crois-tu réellement que je vais dévoiler mon identité véritable dans un bar dont certainement la moitié de la clientèle me recherche ? »

Il lui adressa un clin d’œil. Par sa simple condition, cet homme lui inspirait bien entendu confiance, ou du moins sympathie. Mais la paranoïa faisait partie du jeu : il n'était pas un ennemi, de base. Mais qu'est-ce qui ne lui disait pas qu'il avait été dépêché par l'un de ces ennemis ? Quoi de plus simple de l'attendrir par ces contes oubliés comme l'un de ceux que Livio était en train de lui narrer ? Nick laissa les accents des phrases banales tracer leur décor dans son imagination. Ainsi donc, il s'imprégnait jusque dans son éducation – c'est quoi, ça se mange ? - d'une culture du voyage. Aussitôt, il gagna plusieurs points d'intérêt supplémentaires auprès de Nick ; désormais le voyage prenait une toute autre consonance. Ce pouvait être le voyage des belles cartes postales plastifiées, comme celui des bas fonds, jusqu'à l'abstraction colorée des drogues synthétiques.

« Comme quoi ? » demanda-t-il lorsqu'il évoqua finalement les choses précieuses.

Nikolaas imagina la vie que Livio traînait derrière lui. S'agissait-il d'une ombre malsaine qui le hantait, aussi lourde qu'un sac à dos chargé de pierres ? S'agissait-il de souvenirs bienheureux ? Avait-il encore un père, une mère, un frère ou une sœur ? Avait-il des attaches ? Quittait-il lui aussi son costume le soir pour se sentir nu et flasque, d'une banalité affligeante ? Il ne semblait pas vouloir le dire tant que son interlocuteur lui-même ne lâchait pas lui-même quelque chose de son passé comme on avance une pièce sur un plateau d'échecs.

« Quand on se retourne et qu'on regarde ma vie, on comprend que je n'ai jamais eu d'identité stable car dès le plus jeune âge, les repères de mon éducation, comme tu dis, se sont écroulés. Les principaux traits de mon caractère se sont envolés au fur et à mesure que ceux que j'ai aimé m'ont quitté. Alors...est-ce que je suis perdu... ? »


Haussant les épaules, il leva les yeux au ciel en avalant une gorgée de son alcool comme du carburant pour faire re-démarrer la machine de ses pensées.

« Peut-être bien. Tout ce que je sais, c'est que quand je quitte mes costumes et mes accessoires, je me sens transparent, sans consistance. La lumière dans le regard des autres s'éteint, car je deviens banal, je me fonds dans le décor. Et je m'ennuiiiiie. »

Il écarta les bras autour de son corps et frappa sa poitrine du plat de ses mains dures.

« Alors qu'en temps que caméléon, je m'amuse ! Chaque jour est nouveau. On ne sait pas de quoi demain sera fait. C'est ainsi depuis presque vingt ans. A jouer ainsi tous les jours, prétendre que je n'ai pas changé et que je ne me suis pas imprégné des multiples facettes que j'ai incarnées...ça, ouais, ce serait un mensonge. »
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MessageSujet: Re: In time, we are in the masquerade of heroes [Livio]   Jeu 19 Fév - 14:22


ACTE IV
"No digo lo que digo,
hago lo que no hago,
al revés, al revés, porque
ser valiente no es sólo cuestión de suerte."





Un être opalescent, factice.
Un supercherie montée de toutes pièces. Un farce vivante qu’on lui servait. Voilà ce que se targuait d’être Helias. Il avait encore du mal à accepter ce prénom qui n’était surement pas le sien, mais qu’importe, s’il voulait qu’on le nomme ainsi, il trouvait le nom assez charmant pour un homme charmant.
Il lui avait servit sa petite histoire, son histoire vraie. Une histoire de vie comme tant d’autre qu’il gardait dans ses poches. Un passé étrange de vadrouille qu’il trainait toujours derrière lui,  le sentant parfois comme le bagage confortable de ce qu’il était ou bien le boulet qui le coulait au fond de l’eau. Un sorte d’épée de Damoclès perchée au-dessus de sa tête. Son passé, c’était son secret, il acceptait parfois, rarement, de se dévoiler, mais gardait les détails pour lui. Garder ce que l’on est au fond de soi pour mieux être quelqu’un d’autre. Ne jamais oublier le premier masque, celui en dessous de tous. Le faire tomber pouvait s’avérer fatal, entrainant tous les autres comme des dominos, ou bien libérateur si on prenait garde à ne pas faire trembler les autres. Et en l’écoutant parler il avait définitivement compris que bien évidement, helias était perdu. C’était la marque bien sûr de ceux qui ont assez souffert de leur identité pour vouloir en changer. En changer. En changer. Toujours et encore plus pour ne plus être un être abhorré. Un être primaire : Soi.
Ça lui attira un instant un sourire triste, un peu désabusé, qui ne pointa pas longtemps le bout de son nez, ne voulant être vu. Il fut vite balayé par le clin d’œil du plus âgé.

« Le jeu ne s’arrête jamais voyons. C’est ce qui en fait la beauté. Comme l’horreur. » Il secoua sa tête en faisant tourner son verre entre ses doigts, observant les reflets du liquide à la lumière des lampes. «  Ce n’est pas grave. Plus je te regarde, plus j’ai l’impression de te connaitre sans que tu ne me parle. » Lâcha-t-il dans un petit rire.


Il comprenait néanmoins la prudence de son ainé. Dans ces temps qui étaient les leurs mieux valait parfaire sa couverture, se montrer prudent outre-mesure pour éviter de finir mort dans une ruelle. Le jeune regarda autour de lui, scrutant la salle des yeux. Alors était-ce là son terrain de chasse habituel ? Il n’était pas entré un grand nombre de fois dans ce bar, mais il est vrai qu’il y avait quelques fois «  trouvé » des très jolis bijoux, et autre précieux trésors.
Lorsque l’autre lui demanda ce que pouvait bien être ces choses précieuses qu’il avait mentionné, il secoua la tête en souriant «  ça mon ami, c’est à toi de le découvrir. » Il faisait des mystères Livio, souvent pour se donner plus d’emphase, mais ce n’était pas le but de celui-là.

C’est quand il entendit son vis-à-vis parler qu’il se retourna vers, lui. La tête légèrement penchée il suivait tous ses mouvements, le flot de ses paroles avec le soin d’un prêtre écoutant une confession. Il avait vu juste alors, et ce personnage singulier dont il venait de faire la semi-connaissance lui était de plus en plus sympathique. Il était attendri un peu peut être, par ce sentiment qu’il partageait bien souvent, celui de la non consistance qui venait parfois lui rompre l’esprit.  Rentrer le soir, harassé de sa journée. Harassé des mensonges à ne plus savoir quoi penser, si ce que l’on a dit était la vérité ou pas. Harassé peut être aussi par la solitude que l’on pouvait parfois ressentir. La solitude qui était aussi la meilleur arme dans ce pauvre métier.
Un mot l’avait touché d’une certaine manière. Une petite phrase qui semblait définir Helias, mais s’appliquer tout aussi bien à lui. Le regard de l’autre leur donnait leur matière, ce n’est que par là qu’ils se sentaient exister. Ils étaient prisonniers du regard de ceux qui leurs faisaient face.
Entre ses phrases pendant qu’il buvait, il lâcha un petit «  je comprends. » plus pour lui que pour son acolyte du soir.
S’amuser. Oui, s’amuser, voilà bien une chose qui donnait son envie de vivre à Livio. Le monde était froid, cruel, dur pour ceux qui n’avaient pas la force de s’y faire une place. Mais les gens comme Helias et lui, ces gens que l’on qualifiait volontiers de raclures, de profiteurs, d’arnaqueurs quand eux préféraient le terme d’artiste. Eux, étaient les seuls à savoir s’amuser.
Il ne répondit pas tout de suite aux palabres de l’autre, il se contenta de sourire, en faisant courir ses doigts sur la table. Toujours dans un étrange mutisme, il détourna la tête pour se reconcentrer sur la salle. Ses yeux bleus glace s’en allait d’une personne à l’autre, l’observer de haut en bas, l’analysant sans vergogne.
«  Les gens…. Les gens sont amusant n’est-ce pas ? Idiot, oh ça oui. Mais qui voudrait d’un pigeon intelligent ? Du moins assez intelligent pour voir les supercheries ? » Sa voix trainait un peu, chantante, tandis que son regard se glissait avec plus d’insistance sur  les bijoux aux mains et aux cous des femmes. «  mais qu’est-ce qu’on serait sans eux hein ? des pantins. On prend vie quand ils nous regardent, quand ils nous admirent, quand leurs yeux se remplissent de béatitude face à nos tours… et là… » Continua-t-il d’une voix plus fiévreuse. Livio n’avait jamais pu résister aux objets brillant, a tout ce qui avait un caractère précieux. Déjà il fixait tous ces objets avec tant d’envie que ses pupilles s’étaient complètement dilatées, ne laissant du bleu de ses yeux qu’une petite couronne bleutée autour d’un noir profond qui pourtant brillait. Qui pulsait du désir du vol. « et là il n’y a plus qu’à tendre une main pour les voler, les tromper et obtenir ce- » Il s’arrêta au milieu de sa phrase, ses doigts avaient suivi ses paroles et venait de se refermer sur le vide devant lui. Et sa main tremblait, oh oui, elle tremblait d’envie.
Il secoua la tête et passa sa main sous la table, posée sur ses genoux où elle aurait le loisir de se calmer. De l’autre il attrapa son verre auquel il n’avait pas encore trop touché et bu quelques gorgée d’alcool lui brulant délicieusement la gorge.
Il était légèrement fébrile, peut être à cause de la scène, à cause de l’alcool, ou tout simplement parce qu’il essayait de calmer ses mains qui le démangeaient.

«  Des voleurs. Des arnaqueur. C’est comme ça qu’on nous nomme. Moi j’appelle ça des artistes. »

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MessageSujet: Re: In time, we are in the masquerade of heroes [Livio]   Jeu 19 Fév - 21:05

Un subtile frisson de malaise parcourut l'échine de Nikolaas : était-il si facile à cerner malgré toutes les personnalités qui traversaient le reflet céruléen de ses iris ? La décennie d'expérience qui les séparait rendait logiquement Livio supérieur et sa modestie face à cette caractéristique dont il semblait avoir pleinement conscience lui faisait gravir les échelons de l'estime de Nick à une vitesse encore jamais égalée – à part peut-être par Maarten, hors compétition depuis qu'il avait buté sa sœur. La chaleur gagna rapidement la voix autrefois presque hautaine de son égal et Nikolaas l'observa avec une fascination non dissimulée sombrer dans la fièvre de la démence. Ses épaules s'agitèrent sous l'excitation, ses mains se mirent à trembler visiblement sous l'afflux de sang qui faisait battre son cœur et Nick crut même voir ses veines saillir furtivement sur ses tempes. Il esquissa un mouvement tandis que Livio tendait la main pour appuyer ses paroles gorgées d'un désir presque sexuel qui se refermèrent sur le vide, à l'instar de ses doigts de pantin au fil soudainement coupé par les lames de la réalité.

« Dis-moi l'ami, lequel de nous deux est le plus perdu ? »

Il haussa un sourcil comme un point d'interrogation visuel avant de reprendre une gorgée de sa bière pour mieux digérer les paroles théâtrales de l'homme qui lui faisait face quand il voulait bien tenir en place. Quel âge avait-il ? Guère moins que lui et pourtant, toutes ces années d'expérience...Le cerveau de Nikolaas se connecta soudain à la réalité et fit le lien avec l'histoire – il ne saurait jamais si elle était fictive ou réelle – racontée par Livio. Tout laissait penser que s'il avait davantage d'expérience que lui, c'était parce qu'il y avait été éduqué à l'art du mensonge à la naissance. Oui, car il s'agissait d'un art, et là dessus, ils semblaient être d'accord. Nikolaas esquissa un sourire sincère.

« Je suis heureux de te l'entendre dire. » confirma-t-il lorsque le mot avec un grand A fut enfin prononcé, roulant sur les lèvres de l'artiste avec la mélodie chantante de l'habitude.

A partir de cet instant, Livio confirma ses paroles précédentes : il ne semblait pas être un ennemi. Ca, en tout cas, c'était la politique de Nikolaas qui considérait tous ses collègues indirects comme de potentiels associés. La réalité se présentait surtout comme une faune monstrueuse où seuls les plus forts s'en sortaient – le survivant des Hunter Seasons qu'il incarnait en savait quelque chose.
Levant les yeux, il constata que les paroles de Livio n'étaient pas tombées dans les oreilles de sourds. Paranoïaque ou simplement lucide, Nikolaas soupçonna plusieurs paires d'yeux tournées un peu trop intensément vers eux pour être innocentes. Il fronça les sourcils et avala ma dernière gorgée contenue dans son verre. Sa vue se brouilla légèrement sous l'ingurgitation brutale de l'alcool et il se pencha en direction de Livio.

« Dis-moi, qu'as-tu l'habitude de faire après tes quelques verres ? Quelque chose me dit que nous ne devrions pas rester ici plus longtemps. »
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MessageSujet: Re: In time, we are in the masquerade of heroes [Livio]   Sam 14 Mar - 19:25


ACTE IV
"No digo lo que digo,
hago lo que no hago,
al revés, al revés, porque
ser valiente no es sólo cuestión de suerte."





Il était fébrile,  soumis à ce désir aussi soudain que puissant. Il ne pouvait refréner ces langoureux frissons qui lui mordaient le bas du dos et lui remontaient le long de l’échine, comme un liquide étrange et brulant qui finissait par venir de se déverser dans son cerveau en ébullition. Jamais il n’avait su résister à ce désir primaire, ce pécher capital, ce vice constituant tout son être : l’envie.
Elle faisait se cambrer ses mains, anéantissant son bon sens ne laissant qu’une place pour le désir viscérale de voler. Il savait se contrôler par habitude, mais la candeur du sentiment pourtant vénal qu’il ressentait à chaque fois que venait briller au coin de son œil les dorures et les pierres arrivait parfois à avoir raison de son calme.
Léchant sur ses lèvres les restes d’alcools qui jadis avaient remplis son verre, il essaya de se concentrer sur cette sensation nouvelle offerte à ses papilles tandis que sur ses genoux sa main tentatrice essayait presque en vain de calmer les tremblement qui l’assaillaient. Ayant un instant oublié de respirer, il fit passer l’air lourd du bars entre ses dents, frissonnant, s’emplissant des effluves humaines l’entourant.
Ah, s’en était presque maladif. Presque ? Oh, que le terme est doux pour une si profonde démence. Et ce moment où Livio avait complétement perdu pied n’avait pas échappé au caméléon lui faisant face, non, il s’était contenté de dévorer le spectacle. C’est le son de sa voix, raisonnant aux oreilles de Livio comme un appel sorti d’un songe, qui firent se retourner vers lui les iris jadis bleuté. La pupille gorgée de cette folie qui commençait à redescendre était semblable à un trou sans fond au milieu de deux iris bleuet, aspirant à eux toutes formes de lumières ; aspirant les regards parfois aussi, lorsqu’ils se mettaient fixer ceux de ses compères.

« Je suis loin d’être moins perdu que toi. Peut-être même n’ai-je jamais eu de quoi de me retrouver. »

Il se mit à rire, doucement, calmant peu à peu sa fièvre, sans que pourtant l’envie ne quitte son ventre. C’est cet Helias qui l’exaltait ainsi, il le comprenait maintenant. Il se mit à rire d’autant plus, un rire presque nerveux mais heureux quelque part. Il lui semblait inespéré de retrouver en cet inconnu qui lui était plus proche que tout, une entente, un reflet de lui-même, s’assurant ainsi qu’il n’était pas condamné à une certaine solitude, à être le seul à même de comprendre la beauté de leur profession, de leur folie commune. Helias comprenait lui.
Peut-être celui-ci avait-il fini de le considérer comme un ennemi, alors que tous les deux s’échangeaient un regard lourd de sens. Un instant puis, il sentit dans son dos les couteaux ardents des regards accusateurs, tournés vers eux. Peut-être n’était-ce là qu’une chimère de son esprit, embué par l’alcool et la récente fièvre, mais au fil du temps, il avait appris à se fier à ce genres de sentiment : quand on voulait survivre, mieux valait-il être prudent. Et pour lui la paranoïa n’était qu’une forme plus poussée de la prudence.
Ses peurs d’ailleurs ne trouvèrent qu’un reflet semblable et confortant dans les paroles de son vis-à-vis.

« Dis-moi, qu'as-tu l'habitude de faire après tes quelques verres ? Quelque chose me dit que nous ne devrions pas rester ici plus longtemps. »

Dans un sourire tinté de lubricité, Livio se poussa de sa chaise avec ses jambes.

« Ma foi quand je suis en bonne compagnie… » Il se leva lentement, et fit quelques pas jusqu’à Elias, lui posant une main sur l’épaule «  Mais je doute que cela ne t’intéresse. » lâcha-t-il la mine faussement déçue.
Doucement il se pencha contre son dos pour lui murmurer quelque chose à l’oreille, ses yeux bleus translucides fixant les gens devant eux «  Je n’aime pas trop la façon dont ils nous regardent… J’n’ai même pas envie de payer mon verre.»
La main du gitan se mit à courir sur le bras du plus vieux pour l’attraper par la poignet, l’entrainant a sa suite au milieux de la foule du bar qui au fur et à mesure de leur conversation s’était faite plus dense, épaisse comme une mélasse humaine.
Alors qu’il se dirigeait entre les gens, il sentait la chaleur de sa main enfiévrée se rependre sur le poignet d’helias, s’assurant ainsi qu’il le suivait bien. Leur sortie au dehors fut un véritable choc thermique, si bien que Livio se mit à trembler dans l’air froid de la nuit qui lui striait la peau. Il lâcha le poignet de l’homme à ses côtés laissant sa main retomber contre son flanc et soupira d’aise fermant ses yeux un instant.
Le silence s’installa un instant avant que le brun ne se mette à jeter en l’air un objet, le rattrapant, le relançant dans sa main, le faisant tinter de bruits métalliques. Un portefeuille. Subtilisé au sein de la foule, dans leur passage et ma foi bien remplis. Il rouvrit des yeux pleins de malice qu’il posa sur celui qu’il considérait déjà comme un acolyte.

«  J’ai comme l’impression que la soirée ne fait que commencer… »

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