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 Se moquer du monde est tout l'art d'en jouir ? || Samaël

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MessageSujet: Se moquer du monde est tout l'art d'en jouir ? || Samaël   Dim 21 Déc - 15:31


ACTE I
" There was a boy
A very strange enchanted boy
They say he wandered very far
Very far, over land and sea."









H-? Avant le lever de rideau.

C’était dans ce qui se voulait une loge, un endroit exigu et insalubre, décoré de bric et de brocs, dans un état de dérangement continu ; amoncellement de trésors entre lesquels passait souvent des petits courant d’air, s’infiltrant par les fenêtres mal isolées, les brèches dans le toit ou même le vieux parquet gondolé. Chaque mouvement, aspiration de vent, petits tourbillons espiègles venu du dehors faisaient se mouvoir les divers gris-gris et babioles pendues çà et là, les faisant tinter lentement, tandis que se gonflaient les vieilles étoffes colorées comme se gonflaient des voiles.
Le seul bruit troublant l’atmosphère outre le souffle du vent dans la pièce, était le lent et rébarbatif passage de la lame de barbier sur une peau.
A la faible lumière, blafarde et grésillante d’une ampoule déjà bien vieille, devant une glace ébréchée au-dessus d’un lavabo qui l’était tout autant, un jeune homme dont la stature n’avait rien d’imposante se rasait. Imperturbable, il faisait passer sur ses joues un peu creuses la longue langue d’argent tranchant n’ayant surement nulle peur de se couper dans cet exercice délicat : sa main peut être étant experte en la matière, comme si ce geste et cette application n’était que le reliquat d’un entrainement et d’un certain art en la matière.
Dans ses mains, l’homme recueilli l’eau un peu trouble du lavabo et se la passa sur le visage. Tandis que les gouttes léchaient et emportaient dans leur chute les restes de mousse des joues de l’individu, celui-ci observa avec application son facies de ses yeux bleus affutés, traquant la moindre faute dans son rasage.

L’heure encore passait lentement, le jour déclinant de plus en plus, assombrissant le ciel ainsi que la pièce, la plongeant un peu plus dans le noir malgré les tentatives des lampes pour garder un semblant de lumière.
Livio encore était affairé à peindre. Que peignait-il ? Un jeune femme, une belle jeune femme. Il se la peignait sur le visage. Au fur et à mesure qu’il apportait touches par touche de la couleur à son minois, il la voyait apparaitre, tangible et si vivante, celle qui au fond n’était qu’un autre lui. Il la voyait prendre pied alors qu’il enserrait ses yeux d’un peu de khôl , redessinait légèrement ses lèvres fines, et agrandissait ses cils déjà trop long pour un homme avec un peu de noir. Il avait à ses côté une perruque de cheveux tout aussi bruns que les siens. Elle était de bonne facture et semblait si réelle, c’était presque comme si l’on s’attendait à voir se mouvoir ces boucles brunes presque indomptables, comme si au moment où on en approchait les doigts on pouvait voir ses mèches s’échapper au loin dans un rire moqueur.

Un fois son maquillage terminé, Livio se leva en silence. Son visage était vide. Totalement vide, comme celui ,inerte, d’une poupée de porcelaine. Exit l’éclat de malice au fond des yeux et l’air espiègle, ce sourire tantôt charmeur tantôt vexé. Il n’était plus que face vierge, un automate esseulé, qui dans une étrange transformation qui lui échappait même parfois s’apprêtait à se replonger dans des réminiscences du passé pour se transformer en un autre. En une autre.
Comme à chaque fois qu’il devenait elle, dans un processus dont lui-même ne saisissait pas bien le sens, il perdait toute substance pour devenir un être -Un être en voilà un bien grand mot- un archétype, une base sur laquelle elle pouvait apparaitre.

Il était agenouillé près d’une grande armoire, devant un carton. Soulevant toujours de ces gestes automatiques le couvercle de cette boite, il ne put s’empêcher de fermer les yeux. Il laissa couler ses mains à l’intérieure pour en sortir la douce étoffe qui lui coulait entre les doigts : une robe aux couleurs chatoyantes, et aux motifs étranges, vieille traditions orientales, indescriptible provenance. Une robe qui aurait sied comme un gant à Esméralda ou à n’importe qu’elle Gitane. Toujours les paupières clauses il enfouit son visage dans le tissus. Encore. Encore la même odeur. Ces robes malgré leurs apparentes traces de brulé n’avaient rien perdu de leur odeur : mélange d’épices, de voyage, de tabac et de sable chaud, elle portaient encore le parfum de leurs anciennes propriétaires. Un sanglot lui agita les épaule tant la violence du souvenir encore si tangible lui contractait le ventre. Mais ce fut un sanglots bref, comme un spasme, et rien d’autre.

Clac, clac, clac, clac.
Une démarche chaloupée, un son bref et vif de talon sur le sol. Livio faisait des allers-retours dans la pièces, yeux fermé. A chaque pas, il entrait un peu plus dans le personnage se faisant plus féminin, plus à l’aise. Oubliant toute l’indélicatesse qui faisait la démarche des hommes. Il ne s’arrêta que lorsqu’il sentit que son autre lui avait totalement disparu.
Il s’observa dans la glace. C’était une jeune femme qui se tenait devant lui, elle avait des cheveux bruns fous qui lui tombaient parfois devant le visage, elle avait un air espiègle et de la malice dans ses yeux bleus. Elle était plutôt jolie et avait l’air tout à fait normale. Aucun n’aurait pu soupçonner qu’au fond de cette jeune femme, dans cette robe colorée qui s’arrêtait un peu avant son genoux, dans ce sourire rosé, ou même ces chaussures à talons un peu usées, se cachaient en réalité un homme.
Devant lui, elle souriait. Elle se souriait, puisqu’il était elle.
Et ils étaient prêt à sortir.

Il poussa les portes du bar et aussitôt la musique, la chaleur et la foule lui sauta au visage. Il ne put s’empêcher de sourire devant cette agitation qu’il recherchait tant. D’une démarche féline il traversa la foule, son sourire s’agrandissant alors qu’il voyait certains regard se poser sur lui. Des regards envieux, jaloux peut être ? désireux ? ou tout simplement heureux de croiser son visage ? La sensation du regard il l’avait toujours aimé, toujours recherché dans une obsession qu’il ne comprenait pas.
Secouant un peu ses boucles brunes, il ne fit guerre attention à certains sifflement et continua son chemin, sachant précisément où aller, jusqu’au bar. Il monta sur un tabouret, croisant les jambes et fit pianoter ses doigts contre le comptoir, chaque secousses faisant tinter les bracelets d’argents et autres étranges dorures à ses poignets.
Le barman et patron des lieux, un grand homme à la peau sombre et tannée et à l’air rieur s’approcha de lui.

«  Bonsoir Mademoiselle qu’est ce qu-- … eh, Livio ? »
«  shhht, Imbécile ! tu veux me faire repérer ou quoi ? »

Le sus-dit imbécile se gratta la nuque, il était vêtu d’une chemise à fleurs largement ouverte et à son coup pendait un médaillon d’or.

« Ecoute petit, tu pourrais prévenir... Tu sais que c’est flippant ? on dirait une donzelle à s’y m’éprendre… Et pas laide qui plus est. »
« Merci, mais refrène donc un peu tes reflexes de vieux dragueur d’accord ? Et Charles, évite de m’appeler par mon vrai prénom … éviter de foutre mon déguisement en l’air c’est trop demandé ? »

La fin de sa phrase se fit plus douce, il ne pouvait pas en vouloir à son ami. Charles était le patron de ce petit club de Jazz assez cosy, Livio y avait ses entrées et un crédits à vie depuis qu’il lui avait rendus certains services, resté un secrets entre eux deux. Charles était un loubard, un vieux dragueur invétéré et bon vivant, mais avant tout un grand amateur de musique et enfant de la nouvelle Orleans. Oh c’était aussi un personnage, grand vantard Charles Fitzgerald se targuait d’avoir de la parenté avec la chanteuse. On avait bien évidement le droit d’en douter, mais ça faisait partie de son charme. Livio tourna sur sa chaise et observa la salle, la foule était assez dense, mais le club restait petit. Dans un coin, un groupe reprenait des standards de la musique Jazz pour le bonheur du patron et des clients. Il soupira et se retourna alors que le Barman lui servait un verre de Rhum.

«  Tiens donc beauté, la nuit va être longue. »

Observant le liquide ambré, alcool épicé qu’il appréciait tant, dans le verre qu’il tenait entre ses doigts fins, il soupira et offrit un sourire à son ami alors que celui-ci s’éloignait pour voir d’autre clients. Il ne savait pas encore ce qu’il cherchait ce soir, ce qu’il gagnerait ou perdrait, mais il verrait bien. L’imprévu était une partie de sa vie. Avalant une gorgée, la laissant couler dans sa gorge il lâcha quelques mots, en guise de réponse, plus a lui-même qu’a une personne bien définie.

« Comme toutes les autres. »

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MessageSujet: Re: Se moquer du monde est tout l'art d'en jouir ? || Samaël   Dim 28 Déc - 18:22

« Au pays des travestis, les rois sont reines  » - Philippe Geluck.



Le regard levé vers le frontispice de l'église, Samaël les mains dans les poches était contemplatif. Il était aussi vieux que l'édifice qui lui faisait face et peut-être même aussi lugubre. Malgré qu'il portait une rancœur considérable à l'encontre de ces lieux de cultes et de tout ce qui s'y rapportait, il ne pouvait s'empêcher de les approcher. Il y entrait même quelquefois.... Non sans y laisser sa trace. Ici, son larcin avait déjà été commis et il attendait les conséquences de son geste malintentionné. A l'intérieur du lieu de culte, une messe était donné. Celle-ci était censée prendre fin dans quelques minutes, à moins qu'un « accident » ne la fasse avorter...  Et il su qu'il avait réussi lorsque les sirènes des secours se firent entendre au loin. Un véhicule s’arrêta à quelques mètres de lui, des secouristes en sortirent et se précipitèrent à l'intérieur du bâtiment. Un sourire carnassier étira les lèvres de Wildshire lorsque sur un brancard, il vit apparaître le prêtre les yeux révulsés, bavant comme un chien en train de trépasser, empoisonné. Empoisonné.... Décidément, il se surprendrait toujours autant.

Bien avant que la célébration ne commence, Samaël s'était introduit dans l'office et avait subtilement glissé dans le vin de messe, une préparation à base de digitaline - poison extrait d'une plante commune. S'il pratiquait beaucoup moins depuis qu'il était revenu de Darkness Fall, il lui arrivait encore d’expérimenter les connaissances qu'il avait acquises. Et il éprouvait toujours une certaine satisfaction lorsque les résultats s'avéraient positifs. Lorsque les fidèles commencèrent à sortir du monument, le mage s'éclipsa.



*****



Bourbon Street était l'une des villes les plus animés de la Nouvelle-Orléans. Les bars se succédaient, arborant tous un style très différent. Tantôt une devanture moderne, tantôt une enseigne vieillotte stylisée années 50 ou encore un bar à streap tease. Il y en avait pour tous les goûts et la concurrence était démentielle. Samaël sélectionna cette fois-ci un bar à l'ambiance Jazzy, pour poursuivre positivement sa soirée. L'atmosphère qui y régnait était plutôt agréable et la caste qui s'y trouvait était particulièrement variée. En somme, il y avait tout ce qu'il fallait pour passer un bon moment. Tout ou presque... A son entrée, il se fit dévisager par quelques occupants du lieu. Il se fraya un passage jusqu'au bar ; De là, il aurait un meilleur angle de vue sur son environnement. Lorsqu'il parvînt au comptoir, un barman vînt à lui ;
« Vous désirez Monsieur ? » «  Un scotch. » Tout en consommant sa boisson, il lança des coups d’œils inquisiteurs autour de lui. A l'image d'un prédateur, il cherchait. Non pas une « proie » mais une éventuelle compagnie momentanée, ou encore, une conquête éphémère.

Alors il la vit, esseulée installée au bar tout comme lui. Oh, pendant un instant il la lorgna à distance et leurs regards se croisèrent de manière aléatoire. Après quelques minutes d'échanges visuels, il héla le garçon et le pria de faire parvenir un cocktail à la femme qu'il lui indiqua d'un hochement de tête. Un « Perfect Lady ». Le nom de la boisson était déjà à lui seul assez explicite. Lorsque l'inconnue reçue son verre et tourna son regard vers lui – Suite à l'indication du serveur – Samaël effectua un geste semblable à quelqu'un portant un toast, avant de porter le verre à ses lèvres, sans la quitter des yeux.

Et lorsqu'il termina sa consommation il la rejoignit. Sans attendre il prit la parole, s'adressant à celle qui attirait son attention depuis plusieurs minutes ;


« Bonsoir.» Maintenant qu'il était tout prêt, il la détailla. Elle était particulièrement plaisante ; Sa chevelure brune encadrait son visage délicat et à travers la robe qu'elle portait, il devinait des lignes adorables. « Je peux me joindre à vous ? » Il posa cette question plus pour la forme, car il s'installa sur le tabouret annexe sans attendre sa réponse. Il poursuivit ; « Samaël. J'ai vraiment envie de faire votre connaissance. J'espère que vous n'y voyez aucun inconvénient... ?» Il sourit, avec ce genre de sourire charmeur, désarmant, qui ne pouvait pousser qu'à la capitulation. Son regard soutenait celui de celle qui lui faisait face et à sa manière de la regarder, elle aurait pu penser qu'il tentait de la mettre à nu. C'était peut-être même là son objectif, mais il était assez complexe de percevoir dans les yeux du sorcier l'ombre de la lubricité lorsqu'elle s'y pointait. Il avait de tout temps, toujours su cacher son jeu.
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MessageSujet: Re: Se moquer du monde est tout l'art d'en jouir ? || Samaël   Mer 31 Déc - 12:01


ACTE I
" There was a boy
A very strange enchanted boy
They say he wandered very far
Very far, over land and sea."





C’était à se demander parfois si ce jeu n’était pas malsain.
Si l’homme n’avait pas une grosse carence affective pour vouloir se rendre désirable à tous prix et aux yeux de tous. S’il n’était pas drogué par cette ivresse que lui provoquait la caresse du regard d’autrui, comme si l’eut été plus important que son propre regard sur sa personne. Et toujours plus avide, toujours.
C’était à se demander si ce dédoublement de personnalité n’allait pas plus loin que les simples joies du changement de sexe. C’était à se demander s’il n’y avait pas une part compulsive ou obsessionnelle, une part de pathologie.
Ou ce n’était rien de cela. Juste une sorte de frustration qui avait toujours existé chez lui, sans trop savoir qui il préférait être, sans se contenter de ce que la nature pouvait lui donner, pouvoir devenir un être hybride et polyvalent, admiré, désiré, regardé. Surtout regardé.
Ses doigts jouaient sur le bar, glissant sur les reflets que produisait son verre vide. Se passant discrètement la langue sur les lèvres, il y gouta une dernière fois aux embruns épicés du rhum. Il minauda un instant, croisant les jambes : alors quoi ? la soirée allait-elle se passer sans que quelque chose n’attire son attention ? Ou qu’il n’attire l’attention de personne ? Pour peu ça le vexerait.

C’est à ce moment-là que Charles le sortit de ses réflexions, déposant devant-lui un cocktail.  Un Perfect Lady , tient donc.

« fiouh » siffla le poivrot « c’est assez direct comme approche ça »
« Il est comment ? »  Murmura Livio dans un sourire des plus amusés. Il appréciait la délicatesse du présent, et le trouvait fort ingénieux, direct tout en étant amusant. Un certain flegme, une certaine classe. Une certaine … maturité qui n’est pas son pain habituel. Oh non, il avait dû en repousser des rustres.

«  Tout à fait ton genre, juste au bout du comptoir à droite »

Suivant les indications de son ami il tourna la tête pour capter le regard de l’homme dont il avait reçu la si charmante attention. Il était assez éloigné de lui, mais pas assez pour qu’il ne notice pas son élégance, point qu’il apprécia grandement. Provocant un contact visuel l’homme leva son verre comme pour porter un toast, signifiant une bonne fois pour toute qu’il était l’auteur de ce cadeau. Livio détourna la tête, tandis que l’autre ne le quitta pas du regard. Il se concentra sur son verre et en bu quelques gorgées. Il fallait attendre maintenant que le prédateur s’approche de sa proie. Ce qui a n’en point douter n’aller pas tarder. Oh, il était bien rare l’altruisme, le cadeau totalement désintéressé. Si il y avait bien quelque chose que Livio avait appris dans sa petite existence, c’est qu’aucun présent, aucun acte n’était désintéressé. Triste psychologie du monde des hommes. Réaliste qui plus est.
Du mouvement à ses côtés lui signifia qu’il avait vu juste, il ferma les yeux ses doigts jouant sur les contours du verre. Froissement de tissus. Nouvelle odeur.  Quelqu’un venait de s’assoir à côté de lui.
Il commença par des politesses. Un bonsoir prononcé d’une voix suave. Puis une question qui n’en était pas une, c’est ainsi que cet homme, cet étranger s’en joint à lui. Il sentait couler sur lui son regard, inspecter chaque centimètre carré de sa personne. Ah comme l’homme pouvait parfois se leurrer, comme il était aisé de tromper son monde. Alors quoi ? Il lui plaisait ?
Il est vrai qu’il n’aurait jamais dit non à cette sensation grisante, le gitan aimait être regardé.
Livio releva la tête vers l’étranger qui par sa présentation le fut un peu moins.

« Samaël. J'ai vraiment envie de faire votre connaissance. J'espère que vous n'y voyez aucun inconvénient... ?»

Il s’accouda sur le bar, posant son visage au creux de sa main, et observa l’homme qui lui faisait face. Charles avait vu juste.
Livio n’était pas très regardant, sachant trouver une certaine beauté chez tout le monde ( c’était peut être l’une de ses seules qualités, ou un autre défaut que d’être un amoureux perpétuel de tout et de toutes choses ). Mais il fallait avouer que celui qui se tenait à ses côtés avait un certain charme.
Comme il avait deviné, il avait un certain maintient, une certaine classe qui dénotait parmi la basse foule, mais ce qu’il préférait par-dessus tout étaient la finesse de ses trait presque coupant, comme ciselés au couteaux à bois. Et puis un sourire. Ah ce sourire. Désarmant, charmeur. Expert. Oh oui il semblait fait avec application, la maitrise de celui qui sait se servir de ses atouts.
Finissant son inspection rapide, il regarda ce Samaël donc, droit dans les yeux, tandis qu’il soutenait son regard.
On le lui avait toujours apprit : regarder dans les yeux pour mieux jauger son adversaire.
Oh, Livio savait lire dans beaucoup de choses : Dans les livres, dans les étoiles, dans les lignes de la main, dans le marc de café, dans les cartes. Et si on se plaisait à rabâcher que les yeux étaient le miroir de l’âme, les gitans n’auraient pas dit le contraire. Il fallait aussi savoir lire dans les yeux.
Si les yeux de Livio étaient deux orbes claires et transparentes dans lesquelles pétillait sans faiblir la malice propre aux être trompeurs, Les yeux de son vis-à-vis étaient toute une autre histoire.
Ils avaient ses accents de ces petits lac que l’on trouve au creux des foret, à l’abri des rayons du soleil. Ils sont clair sur les rebord et vous jurent monts et merveilles tandis que limpide il vous invitent à plonger en leur sein. Mais c’est en se rapprochant de leur cœur qu’ils deviennent inquiétants, transformant le doux turquoise en un vert émeraude, opaque comme la nuit. Ainsi il vous est impossible d’en déterminer la profondeur qui pourrait être dérisoire comme infini, et vous attire d’autant plus elle semble cacher du regard des hommes les plus beaux trésors… Comme les pires monstres.
C’était un jeu dangereux auquel jouait le travesti, avec cet homme dont les yeux étaient illisibles, essayer de savoir ce qu’il cachait était comme essayer de scruter le fond de ces lacs étranges. Et pourtant, idiot qu’il était, il avait envie de jouer.

«  Giàn. » Se présenta-t-il. Lorsqu’il était femme, il utilisait son second prénom beaucoup plus androgyne, et qui puisqu’il était tout de même son prénom, sonnait naturel dans sa bouche. Il fallait savoir ses prénoms pour ne pas mélanger ses identités. «  Voyons, comment pourrais-je vous éconduire après une si gentille attention ? »

Certes, il était dur de transformer sa voix, mais si la voix de Livio n’était pas excessivement grave, elle avait une certaine douceur qui aurait pu la faire passer pour celle d’un homme, comme celle d’une femme. On pouvait même s’amuser des accents étranges qu’elle prenait, un accent indéfinissable mélange de beaucoup d’autre langue.

« Mon cher… Je suis encline à faire votre connaissance, mais sachez que je ne me met à nu que si l’on m’accompagne. » Lâcha-il dans un petit rire avant de boire une autre gorgé de cocktail. Si ce charmant Samaël voulait en savoir plus sur Lui/Elle, il devait en contrepartie se découvrir un peu. Il n’était pas né de la dernière pluie et connaissait le cœur des hommes. Et, un sens, un sentiment au fond de lui, lui disait de se méfier tout de même avec cet homme, de ne pas jouer les naïfs.

«  Alors Samaël, quel joli prénom... » Il s’amusa à détacher lentement chaque syllabes de son prénom, à les faire roules sur sa langue et entre ses lèvres. «  Vous accostez souvent des femmes seules le soir dans les bars ? »

Un petite pointe de provocation malicieuse, cachée dans un sourire. Oh oui, Livio souriait tout le temps. Il avait ce sourire lisse et doux sur lequel il était aisé de lire ce qu’on voulait entendre. Il était peut être grimé en femme, mais il n’était pas pour autant une fille facile, oh non.


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MessageSujet: Re: Se moquer du monde est tout l'art d'en jouir ? || Samaël   Dim 25 Jan - 21:22

Giàn. Ainsi se nommait celle sur laquelle il avait décidé de jeter son dévolu ce soir. Il retînt un rictus lugubre lorsqu'elle lui précisa qu'elle trouvait son prénom plaisant. Si elle savait... Qu'il portait le nom d'un millier de démons, que l'étymologie de ce dernier signifiait « le venin de Dieu ». C'était alors peut-être agréable à l'ouïe, certes, mais aussi porteur d'obscurité. Si elle poursuivit le dialogue s'ouvrant ainsi aux prémices d'un échange, il la sentait méfiante, sur ses réserves. Comme si elle percevait la sombreur de l'âme de son interlocuteur.. Il répondit à sa question. « Non je vous rassure je ne suis pas de ce genre, qui aborde systématiquement. Vous... Ce n'est pas pareil. Vous m'avez comment dire... Taper dans l'oeil ? »  Menteur, vil menteur. Combien de fois avait-il suivit cet éternel jeu de drague ? Oh bien sûr, il y avait plusieurs variantes, mais l'objectif final restait toujours le même. Charmer l'esprit pour mieux pouvoir s'accaparer le corps.

Parfois, Samaël arrivait à tomber sur des femmes qui avaient la tchatche volubile. La confession était à sens unique, il n'avait pas besoin de parler de lui, d'entrer dans les détails. Elles parlaient pour deux, narrant leurs vies limpides à qui voulait les entendre. Là, c'était une autre paire de manche. Elle était loin d'être incrédule. Et elle souhaitait qu'il lui parle de lui. Qu'il se dévoile. Soit. Que ne fallait-il pas faire pour arriver à ses fins...
« Et lorsque je ne suis pas dans les bars, je m'occupe de ma galerie d'art. J'organise des expositions diverses, des ventes privées et publiques, je découvre de nouveaux talents. Le b.a-bas d'un galeriste en somme. Je pourrais même vous faire visiter mes locaux à l'occasion, s'il s'avère que l'art vous intéresse d'une quelque façon que ce soit. Et vous... Giàn ? Giàn... C'est de quelle origine ? » Il plissa les yeux, comme réfléchissant, puis reprit sans lui laisser le temps de répondre. « J'ai pu dénoter dans votre voix des accents d'ailleurs. Mais je n'arrive pas à définir leur provenance.»

Ils étaient tous des rescapés d'ici et là, tous des immigrés. La Nouvelle Orléans n'était plus constituée que de rescapés aux origines diverses. Et même dans les élocutions du mage, l'on pouvait distinguer des consonances proches de la langue germanique. « J'adore les langues étrangères... Une langue différente est une vision de la vie différente.* Mais assez, maintenant parlez moi de vous.» Il se redressa sur son tabouret, son regard clair animé soudain d'une certaine curiosité. « Comment occupez vous vos jours ? Qu'est ce qui vous passionne ? A votre tour de lever un peu ce voile mystérieux qui vous entoure.»

Il espérait sincèrement qu'elle se dévoile à lui, plus que lui ne l'avait fait. Il s'était présenté, en effet, mais sans entrer dans les détails. De son statut de sorcier, de son âge insensé, de ses mœurs différents et de ses crimes commis, il ne pipa mot. Évidemment. Une telle révélation aurait eu pour effet de faire fuir illico presto la belle qui se tenait devant lui. Ce n'était pas là son objectif. Troquer son caractère énigmatique et habituel pour paraître plus charmant aux yeux d'une femme, se révélait être un jeu appréciable.. Encore plus lorsque celui-ci lui permettait d'obtenir ce qu'il désirait.



*Citation de Federico Fellini.
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MessageSujet: Re: Se moquer du monde est tout l'art d'en jouir ? || Samaël   Jeu 19 Fév - 11:56


ACTE III
" There was a boy
A very strange enchanted boy
They say he wandered very far
Very far, over land and sea."






Un jeu de masque. Une mascarade.
Voilà comment s’annonçait la soirée. Mais une dangereuse mascarade, car dans le cas de Livio, faire tomber le masque pouvait s’avérer fatal. Non, il n’était vraiment pas décidé sa se laisser percer à jour ce soir. Il n’était plus Livio  d’ailleurs, non pour Samaël il était Gian. Livio lui se cantonnait à un coin reculé de sa tête où il avait le loisir d’observer la scène avec ses yeux bleus.
Son vis-à-vis au yeux vert ,lui, semblait pourtant bien s’amuser. De quoi ? bonne question. De lui ? De la situation ?
Il avait voulu le coincer faisant miroiter l’idée de ces hommes qui flânent dans les bars à la recherche de proies. Il avait réussi à esquiver cette question d’une jolie pirouette. Ah, « Vous... Ce n'est pas pareil. Vous m'avez comment dire... Taper dans l'œil ? » Bien sûr, bien sûr. Livio le connaissait ce coup-là. Il ne lui en tenait pas rigueur, il l’avait bien des fois resservit à bien des demoiselles, et il est vrai que si la phrase pouvait sonner usée par les nombre d’homme l’ayant utilisée, elle avait encore des beaux jours devant elle. Ça eu au moins le mérite de le faire sourire, alors c’est sur ce terrain-là qu’ils jouaient ? Livio était donc la proie de ce prédateur pour ce soir. Et cela l’amusait.

Enfin le prédateur avait consentit à se dévoiler. Livio ne pensait pas qu’il allait se confier si facilement, il avait donc vraiment envie de charmer Giàn… Le gitan croisa un peu mieux les jambes et tira sur un pan de sa robe en l’écoutant. «  Vous avez un drôle de métier, marchand et montreur de beauté. Ah, ça, il y en a de plus laids, de métiers.... C’est une charmante proposition que vous me faite, suis-je en ce point exceptionnelle ? Ou voulez-vous m’enfermer avec vos tableaux ? » rit il en agitant ses boucles brunes. Ça l’amusait ce jeu, en effet la soirée s’annonçait des plus plaisantes. Restait à voir comment elle allait finir, et il y a certaines extrémités qu’il ne fallait pas atteindre en tant que travestit. Ça risquait de décevoir une partie et d’attirer du tort à l’autre.
Il l’avait remarqué, son accent. En effet la nouvelle Orléans n’était qu’un grand pot-pourri d’origines diverses, de gens venus se terrer dans ses bas-fond, fuyant le reste du monde et sa terreur. Il avait compris à son accent qu’il venait du nord. Il aurait parié nord de l’Europe mais n’osait pas s’aventurer sur ce terrain. Il ne fallait pas trop le presser. Il se dévoilait lentement mais Livio pensait bien qu’il prenait garde à ne pas trop en dire. Il ne lui en tenait pas rigueur, ici tout le monde avait ses secrets, ses sales petits secrets. Et c’était mieux comme ça.
Il pencha la tête un instant «  ah, vous m’avez percé à jour, cet accent me porte préjudice » C’est vrai qu’il l’exagérait a peine, roulant doucement les « r » chuintant délicatement les « s » il décortiquait la langue d’une façon nouvelle, une façon qui la faisait paraitre singulière dans sa bouche. « J’aime à dire que je suis… Européenne. C’est ce qui est le plus vrai. » Et ce n’était pas un mensonge. Livio lui-même aimait à se définir par ce terme, ne sachant pas sa propre provenance. Ça avait de ce fait l’avantage d’être assez large.
Le brun avait senti sur lui le regard curieux de Samaël. Ah, il avait réussi par ses mystères à attirer de l’intérêt pour sa personne. A son tour donc de se dévoiler ?
L’avantage de ne pas avoir d’identité fixe c’était de pouvoir l’adapter aux besoins et aux envies. Qu’allait-il être ce soir ? Qui voulait-il être ?
Il ne pouvait vraiment pas parler de son véritable métier, mais devait rester proche de la vérité, pour parfaire son déguisement. «  Figurez-vous que je suis actrice. Je ne suis pas des plus savantes en peinture, mais en  ce qui concerne les arts littéraires… » Il recoiffa une mèche brune et la plaça dans un geste souple derrière son oreille. «  On ne dirait pas, mais quand je deviens lady Macbeth je peux être effrayante. Parfois même, croyez moi ou pas, je joue des hommes. » Il s’en allait d’un rire franc et mystérieux, il s’amusait de cette petite confidence qui passerai inaperçue. A croire que ça l’amusait de jouer avec le feu.
Il fit un geste à Charles, le patron du bar pour leur recommander un verre, sur son compte bien évidement, se targuant que c’était pour le remercier de cette charmante attention un peu plus tôt.
Il lâcha un petit soupire et fronça le bout du nez. « Ah, vous savez je m’ennuie bien souvent. Heureusement que des hommes comme vous sont là pour faire la conversation. Il est agréable d’avoir à ses côté un peu d’esprit. Cela change des rustres habituels. »

Le complimenter indirectement, lui montrer qu’il était seul, unique, qu’il était grand, qu’il était beau. Voilà comment charmer les hommes. Au fond ils étaient tous les mêmes. Et ça Livio le savait bien.
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Se moquer du monde est tout l'art d'en jouir ? || Samaël

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