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 La facilité de parler vient de l’impuissance de se taire || Morgan

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MessageSujet: La facilité de parler vient de l’impuissance de se taire || Morgan   Dim 28 Déc - 19:09


ACTE I

" Oh, coming out of the woodwork
Chest bursts like John Hurt
Coming out of the woods"







« Tu sais que je pourrai te tuer pour ça, cabrón …. Je pourrai t’éclater ta jolie petite gueule. »

« arh.. O-on peut ….a-arranger. Joder… Lâche moi »

L’hidalgo de mauvais poil lâcha le voleur qu’il tenait fermement par le col, écrasé  contre un mur. Celui-ci glissa misérablement contre ledit mur, tentant de reprendre son souffle.

« aah… aah…ah… »

Il releva la tête, son regard scrutant la pièce dans laquelle il était. Un endroit minable et insalubre qui avait dû être une cave du temps où ces murs abritaient encore la vie. Ils n’étaient plus que ruine à présent, comme tout le quartier du Northem Orlean. Des ruines infestées par les pires vermines et gangrenées par le vice. Mais c’était ainsi et pour Livio c’était un des meilleurs endroits pour trouver de quoi faire. Mais aussi un endroit où il évitait de trop trainer à causes des nombreuses bandes avec lesquelles il avait… Quelques différents dirions-nous. S’il est vrai qu’il était admirablement bon dans l’art de l’arnaque, il lui arrivait parfois de se faire prendre, et certains chefs n’appréciaient pas du tout de se faire rouler par un petit Gitan, un magouilleur de bas étages.
Comme cette bande en question, des descendants d’immigrés hispano qui géraient un petit trafic de marijuana. Du menu fortin si on comparait à d’autres Barons de la drogue qui sévissaient dans les parages. Mais quand on était seul et qu’on avait les capacités physiques d’un spaghetti trop cuit même le « menu fortin » pouvait s’avérer être un prédateur mortel.

« Ecoute chulo, t’avais un mois pour me rendre cet argent. Le mois est passé et je n’ai pas vu l’ombre d’un billet. Qu’est-ce que tu veux que je fasse… Il faut bien que je sois remboursé, si je peux pas avoir de billet vert, je repeindrai le sol en rouge… entiendes ? Je te donne encore deux semaines cabrón, allez, ve te

Livio hocha vigoureusement la tête. Qu’est-ce qu’il pouvait faire d’autre à part repousser fatalement le moment où il risquait de se faire sévèrement maraver. Il ne demanda pas son reste et fila hors de la cave, sous le regard mauvais des sous-fifres. Il courut dans les rues, passant au-dessus de murs et divers grillages, il s’éloigna assez pour ne pas être à la portée de ces enfoirés si jamais ils décidaient de changer d’avis et de le passer à tabac tout de suite. Ce qui était fort probable. Une seconde fois il se laissa choir contre un mur, se prenant la tête entre les mains, se laissant aller à un moment d’horrible désespoir : deux semaines… qu’allait-il pouvoir faire en deux semaines ?




Livio se tenait près de la route, distraitement appuyé contre un lampadaire. D’aucun aurait seulement vu un type en train de fumer tranquillement, mais il aurait été bien loin de la vérité. Inébranlable, les pensées de l’homme ne se focalisaient que sur une chose : compter.

45…44…43…42…

Il avait gaspillé plus d’une semaine à préparer son coup, le mettant au point méticuleusement, vérifiant et revérifiant ses sources pour s’assurer de leur véracité. Et il venait seulement de se rendre pleinement compte qu’il jouait le tout pour le tout. Que si sa magouille échouait, eh bien il faudrait qu’il trouve le moyen de disparaitre, ou de se faire oublier pendant un certain temps.

33..32…31…30

Un coursier. On lui avait parlé d’un coursier qui devait livrer clandestinement une certaine somme d’argent. Personne n’était au courant de ça, peut-être même le coursier n’était-il pas au courant de ce qu’il transportait. Comment il avait réussi à avoir cette information relevait presque de l’impossible, et pourtant usant de divers contacts et faisant jouer les divers services qu’on lui devait, il l’avait obtenu.

20…19..18..17

Il avait passé ses soirées à apprendre les divers chemins qui quadrillaient cette zone, par où le coursier était susceptible de passer, envisageant toutes les possibilités. Il y a peine quelques minutes, il l’avait repéré passant dans quelques rues adjacente, et à n’en point douter, il passerait dans cette rue-ci avec son vélo. Tout ce que Livio avait à faire, c’était attendre et compter.

10…9…8…

Bien que son esprit fusse accaparé par son compte à rebours, il ne pouvait s’empêcher de se sentir oppressé par la fatalité qui se rapprochait à grands pas. Anticiper la douleur n’était peut-être pas une bonne idée, ou plutôt y songer ne faisait que la rendre plus réelle. Ou plus proche. Elle se rapprochait d’ailleurs. Il soupira : au diable ses sensations, il avait besoin de cet argent. Ce n’était qu’un mauvais moment à passer.

5…6..7…4..

Il soupira et écrasa sa cigarette, relâchant les dernières volutes de fumée qu’il avait dans les poumons. Il sera les dents. Un mauvais moment à passer

3…2…1..

Aussi sec il fit un pas en avant sur la chaussé, geste totalement délibéré qui aurait pu surprendre tous les êtres aux alentours. Mais il n’y avait personne dans cette rue. Tant mieux, c’était le mieux pour ce qu’il avait à faire. Voilà à quoi il en était réduit, dans un geste de pur désespoir, se jeter sous les roues d’un vélo
Le choc ne se fit pas attendre. Plus puissant qu’escompté , peut être à cause de l’inclinaison de la rue qui conférait plus de vitesse au vélo du coursier, peut-être aussi parce que la carrure de Livio n’était pas à même de se prendre de plein fouet un vélo. Il eut l’impression que le guidon qui lui rentrait dans le dos pulvérisait sa colonne vertébrale, mais il exagérait surement. Il secoua la tête. C’était comme si ce qui avait précédé le choc s’était comme effacé dans la mémoire du gitan. Quelques secondes d’inconscience. Il y avait eu le choc. Rien. Et puis le vélo étalé dans un coin, le coursier par terre, lui aussi par terre.
Il secoua la tête une nouvelle fois, se remettant sur ses pieds. Certes sa vue tremblait encore un peu suite à la collision, mais il fallait profiter de l’étourdissement général pour mettre à bien son plan.  Il s’approcha du vélo, fouilla un instant et repéra une enveloppe blanche, légèrement plus petite qu’une feuille de papier. Le destinataire lui indiqua que c’était bien celle qu’il cherchait. Il jeta un regard par-dessus son épaule, l’autre semblait encore un peu dans le gaz, et en profita donc pour glisser l’enveloppe sous sa chemise. Il redressa le vélo et posa contre la chaussée avant d’aider l’autre à se relever, essayant de lui montrer le moins possible son visage.

«  Pardon.. Je ne vous avais pas vu venir. Rien de cassé ? »

Les paroles étaient plates, vides. C’était simplement pour qu’on ne se doute de rien. Il aurait semblé étrange  qu’il se mette à fuir une fois l’incident passé. Non, ce serait faire tomber son plan à l’eau.
Il regarda sa montre d’un air distrait.

« Oh mince, je suis sacrement en retard. Désolé du dérangement heureusement personne n’a rien et votre vélo non plus. »

C’était faire son lapin blanc que de prétexter un retard, pourtant c’est ce qu’il fit, abandonnant son Alice sur la chaussé. Il s’éloigna lentement, tourna au coin de la rue et lorsqu’il  se sentit enfin hors de portée il se mit à courir, essayant de s’éloigner d’ici le plus possible poussé par une bouffé d’adrénaline qu’il s’était efforcé de contenir jusqu’alors.
Il tourna dans des angles, des ruelles, des venelles mal famées, sachant pertinemment par où il devait passer. Il arriva dans un cul de sac, dont le bout était bouché par un petit mur : c’était le dernier endroit à passer pour être enfin « sauf ».
Il n’arrêta pas sa course et sauta sur le mur sur lequel il prit appuis. Il allait s’apprêter à sauter quand sa cheville décida qu’il était temps pour elle de faire la grève. Livio glissa le long du mur assez misérablement ( décidément, les murs ne l’aimaient pas en ce moment. ) la mine complètement déconfite.
Le mur était certes un peu haut, mais en temps normal il n’aurait eu absolument aucun problèmes à passer au-dessus. A ce moment-là, toute l’adrénaline qui lui avait conféré la force de fuir se replier stratégiquement avait disparu avec cette petite chute. Et c’est à ce moment-là qu’il réalisa qu’il avait peut-être foiré quelque part dans son plan. Non, il n’avait pas prévu de se faire autant mal. Sa cheville ne lui répondait plus très bien, elle avait dû se fouler dans la chute, mais il ne le remarquait que maintenant. En soit ce n’était pas grave, mais sur le moment assez handicapant. Le pire étant peut être cette douleur qu’il avait dans le flanc gauche. Il déglutit et remonta sa chemise faisant tomber son larcin. Un énorme bleu violacé commençait à s’étendre sur toute la longueur de son côté, vestige de la collision avec ce guidon, il priait pour que ses côtes soient intactes. Il ne manquait plus que ça, se blesser bêtement. Ça voulait dire des jours de convalescence obligatoire, et donc pas de travail, et donc pas de rentrées d’argent. Et le moment de payer de loyer approchait à grand pas.
Le gitan rentra sa chemise dans son pantalon et y glissa à nouveau l’enveloppe qui contenait son sésame pour la liberté. Il sentait le papier alourdi par les billet coller contre sa peau, se réchauffer la matière inerte par la chaleur de son corps. Il fit trois pas le long du mur, grognant à cause de son boitement. Qu’allait-il faire main-
Un bruit se fit entendre à l’autre bout de la rue.
Merde.
Il avait un instant oublié sa condition de fugitif.



Dernière édition par Livio G. Laécino le Ven 2 Jan - 16:13, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: La facilité de parler vient de l’impuissance de se taire || Morgan   Mar 30 Déc - 16:10

Depuis quelques temps, les extras se faisaient plus nombreux. Morgan devait ruser pour les inclure dans son parcours tout en ne perdant pas de temps mais, ça ne suffisait pas toujours. Il lui arrivait de devoir faire des heures supplémentaires. Si ça ne le gênait pas, ça avait quelques désavantages. Il s’exposait plus, pas réellement beaucoup mais, ça pouvait suffire à compliquer la situation. Il fallait ajouter à cela que ces courses bonus étaient toutes sans garantie en raison de leur caractère probablement illégal. Si le client ne recevait pas sa livraison à cause des forces de l’ordre, il était convenu que ça n’était pas son problème, tout comme il était convenu qu’il ne jouerait jamais les héros pour récupérer un colis volé si la manœuvre était dangereuse.
Fort heureusement, jusqu’à présent, il n’avait eu à souffrir d’aucun vol, aucune perte, pas même le plus petit ennui. C’était assez étrange quand on connaissait la nature humaine. Statistiquement - si on aimait ce genre de prises de tête -, il aurait déjà dû avoir un souci de ce genre, que ce soit dans la branche légale ou illégale de son travail. Son patron avait déjà signalé qu’il était le seul coursier à qui on n’avait pas encore tenté de dérober un courrier, un paquet ou quoi que ce soit. Si ça n’était pas encore arrivé, la raison en était très simple, Morgan ne prenait que rarement les chemins considérés comme étant les plus rapides. Après une bonne analyse de leur fréquentation, on pouvait facilement se rendre compte qu’il y avait une perte de temps massive à éviter les badauds et autres obstacles. S’il avait le choix, il ne prenait jamais ces chemins et préférait rallonger sa course si cela lui permettait d’arriver plus vite à destination. Un paradoxe que ses collègues ne semblaient pas avoir enregistré. Grand bien lui fasse à lui et son business... s’ils ne réfléchissaient pas, il se ferait plus d’argent en un laps de temps plus court que prévu.

Aujourd’hui, c’était un extra comme il en avait beaucoup, pas d’infos, juste la livraison. Il savait où, il savait quand et c’était bien suffisant. Moins on en sait, mieux on se porte. Les ignorants sont bénis et dans ce genre de boulots, il n’y avait pas maxime plus exacte. Le travail était simple, pas de complication. En théorie. Morgan n’avait jamais vraiment eu pour habitude de se reposer sur ses lauriers mais, il fallait tout de même avouer qu’il s’était un peu trop laissé aller côté confiance en lui. C’est pourquoi, lorsqu’il déboula dans la ruelle qu’il avait prévue de prendre et qu’un type entra dans son champ de vision, bien trop tard pour qu’il ne l’évite, il fut plus que pris au dépourvu.
Il avait eu le temps de réfléchir quelques secondes mais, pas plus. Ainsi, il percuta le piéton de plein fouet. Son guidon lui échappa des mains, touchant la personne qui avait surgit à la jonction des vertèbres dorsales et lombaires. Quant à lui, sans passer par-dessus le guidon, il chuta tout de même de vélo avec force, glissant sur un bon mètre. Douloureux, c’était le moins que l’on puisse dire.

La première pensée cohérente qu’il lui vint fut celle qu’il avait toujours - fort heureusement - la brillante idée de rouler avec des vêtements couvrants. Quand on lui demandait pourquoi, il répondait que les chutes faisaient moins de dégâts et que l’eau ne coûtait pas plus cher s’il avait transpiré dans des vêtements plus légers. Il se félicita mentalement, on ne verrait pas la couleur de son sang. La seconde pensée fut pour son portable mais, il était bien protégé et il le sentait toujours dans sa poche avant. Il avait atterri sur le côté, il avait eu de la chance. Vint ensuite son inquiétude pour son outil de travail. Il jeta un regard en direction de son vélo et malgré ses yeux légèrement embués, il vit l’inconnu juste à côté. Il fronça les sourcils, maudissant la légère douleur qu’il ressentait à la tête et qui l’obligea à fermer les yeux un instant. Quelques secondes à peine et l’homme étaient à côté de lui.

- « Non. Ça va. » Plus brusque qu’il ne l’aurait voulu, il enchaîna. « Et vous ? »

Mais, au lieu d’une réponse à sa question, il eut droit à une déclaration sur un retard. Une fois de plus, il fronça les sourcils, scrutant le visage de l’inconnu : Les traits tirés, mal à l’aise. Il se redressa tant bien que mal alors que le type s’éloignait déjà. La pleine lune n’était pourtant pas proche. Il grogna, marmonna, avant de vérifier et son téléphone et son vélo. Il s’assura que l’on ne pouvait voir aucune de ses égratignures et fit ce que tout bon coursier aurait fait... jeter un œil à sa marchandise. Aidé de sa mémoire, il comprit rapidement qu’il manquait quelque chose mais, il lui fallut quelques secondes de plus pour se rendre compte qu’il s’agissait de l’une de ses livraisons illégales. Cette fois, il pesta carrément. Il alluma une cigarette qu’il cala entre ses lèvres, enfourcha son vélo et partit à vive allure, suivant la direction que l’homme avait prise dans un premier temps. Jamais aucun vol ? Voilà qui n’était plus tout à fait exact.
Pourtant plus rapide sur son deux roues, il ne retrouva pas immédiatement son voleur. Il prit d’abord les ruelles adjacentes, resserrant au fur et à mesure jusqu’à l’apercevoir - par chance - se vautrer en bas d’un mur dans une allée ridiculement petit et surtout déserte. Encore de la chance. Morgan ne fut pas surpris de souhaiter avec hargne que cet imbécile se soit fait mal, réellement très mal.

Il descendit de son vélo et s’avança vers le misérable trublion qui avait osé le voler. Il avait de nombreuses idées sur ce qu’il pouvait en faire mais, aucune n’était bonne ou sécuritaire. Discuter d’abord, aviser ensuite. Il lui fallait réfléchir avant d’agir.

- « Qui vois-je affalé au sol ? Ne serait-ce pas mon petit lapin blanc ? Va-t-il me rendre ce qui m’appartient ou va-t-il vouloir teinter le blanc de rouge ? »

Peut-être allait-il trop loin, peut-être pas. Tout ça ne manquait pas d’ironie. Son fuyard, taillé d’un bois tout juste bon à faire des cure-dents, le rendait d’humeur littéraire.
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MessageSujet: Re: La facilité de parler vient de l’impuissance de se taire || Morgan   Ven 2 Jan - 17:45


ACTE II

" Oh, coming out of the woodwork
Chest bursts like John Hurt
Coming out of the woods"






Il n’avait jamais été quelqu’un de potentiellement chanceux. Tout ce qu’il avait dans sa petite vie, il le devait à son sens de la débrouille, à ses arnaques  et peut être ,certes, à une bonne étoile aussi utile qu’un néon en panne.
Ou alors c’est qu’on avait décidé de s’acharner sur lui aujourd’hui. Comme si la situation dans laquelle il était n’était pas déjà assez urgente.
Lorsqu’il entendit du bruit à l’entrée de la ruelle dans laquelle il s’était fourré, il se retourna vivement. Un centième de seconde, une pensée traversa son esprit : avec un peu de chance ce n’était qu’un chat dans une poubelle.
Avec un peu de chance il se maudit d’avoir pensé ça.
Mais il fut encore plus surpris de voir qui l’attendait au bout de la rue rectiligne : Le coursier.
Il déglutit. Non, il ne s’attendait pas à ce qu’il le retrouve, du moins pas si vite, il avait fait en sorte de prendre les chemins les plus détournés, ayant calculé dans sa tête un axe de fuite des plus aléatoires. Il connaissait chaque ruelles du coin sur le bout des doigts.
Eclair de génie :  L’autre devait très bien les connaitre aussi. C’était son boulot après tout.
Et puis il avait un vélo. Ça c’était de la triche. Il n’avait pas de vélo lui. Et une cheville en moins qui plus est. Enfin, c’était ainsi et la vie était loin d’être juste.

Qu’allait-il faire maintenant qu’il était piégé comme un rat ? Livio n’arrivait pas à réfléchir correctement tant la douleur qu’il ressentait commençait à être insoutenable.
Il avait l’impression que l’épicentre de cette torture prenait naissance dans son flanc et son dos, puis se diffusait, rayonnait comme un petit soleil dans tout son corps , paralysant ses muscles, et faisant trembler ses membres.
Sur le coup, il n’avait rien sentit. C’était maintenant qu’il était à l’arrêt qui sentait les effets de ce choc qui avait été loin d’être anecdotique.

Se redressant, il releva la tête, essayant de montrer le moins possible à quel point il avait mal. Le coursier s’avançait vers lui tranquillement, cigarette à la bouche. Il était beaucoup plus massif que lui qui plus est. Si jamais il se rendait compte que le gitan n’était pas en état de faire autre chose que de s’écrouler par terre en gémissant comme une larve, il serait vraiment mal, car cela ne ferait qu’assoir sa supériorité  immédiate.  Et c’était mauvais, oh très mauvais pour lui.

« Qui vois-je affalé au sol ? Ne serait-ce pas mon petit lapin blanc ? Va-t-il me rendre ce qui m’appartient ou va-t-il vouloir teinter le blanc de rouge ? »

Il eut envie de pleurer là tout de suite. Pourquoi ? Pourquoi fallait-il donc que le monde s’acharne sur lui. Lui doux comme un agneau. Vertueux. Honnête voleur qu’il était ?
Après reconsidération de ses arguments, il comprit pourquoi le monde s’acharnait sur lui.
Mais d’un autre côté il était la deuxième personne qui lui promettait de repeindre les mur en rouge d’une façon qu’il n’imaginait pas très agréable, il fallait que les brutes l’intimidants se renouvellent un peu, pour peu il aurait voulu se moquer de lui. Mais il se ravisa bien vite, n’étant pas en position de le faire. Pas du tout.
Dans sa petite tête, les rouages s’agitèrent bien vite, pesant le pour et le contre. S’il rendait cet argent immédiatement, il échapperait à une séance de boxe où il serait un punchingball de choix. Mais d’un autre côté ça voulait dire qu’il n’aurait pas l’argent pour rembourser La bande d’hispano. Et que dans son état il risquait très facilement de se faire chopper. Et là, ce n’est pas un passage à tabac auquel il aurait droit non…
Il déglutit à cette pensée. Dans le cas suivant, mieux valait tenter le tout pour le tout ici. Jouer la carte de l’ignorance, nier en bloc le temps de trouver une solution. Un moyen de fuir. Il détestait la sensation qu’il éprouvait à cet instant, celle d’être une souris coincée en face d’un gros chat.
Faisant un pas, les mains levée devant lui en signe de paix ( et aussi signe qu’il n’avait rien sur lui )  il s’apprêta à répondre quelque chose, mais les mots moururent avant d’avoir pu naitre, dans un marmonnement de douleur. Il n’aurait pas dû bouger. Légèrement plié en avant et la mâchoire serrée, il fit de son mieux pour rendre cela le moins visible possible.
Reprenant une grande inspiration.

« emh. Excusez, mais vous devez vous tromper de personne. Je n’ai rien sur moi. » il fit mine de réfléchir un instant  «  aah, mais je vous reconnais, vous êtes le type de tout à l’heure, vous m’en voulez encore pour la collision ? hum… Ou alors vous avez perdu quelque chose à ce moment-là ? Vous m’en voyez désolé… »

Il affichait son sourire. Un sourire dont il avait le secret, qu’il avait appris à perfectionner depuis l’enfance, passant de longues heures devant sa glace.
Un sourire lisse. Totalement lisse et vide, sur lequel son vis-à-vis était aisément capable d’y voir ce qu’il voulait. Mais la douleur qui lui tiraillait le flanc lui montait à la tête, la faisant pulser comme une bouilloire sur le feu. Il n’arrivait pas à savoir s’il ne souriait pas bizarrement, si son visage n’essayait pas de le trahir, ou si ses propos étaient cohérent, ayant plutôt l’impression d’être dans une autre dimension, complètement perdu.
Sa vue se brouillant de temps à autre, il avait du mal à cerner l’homme en face de lui. Grand. Brun. Visage marqué et ciselée tout en angles.  Justement le genre de type que Livio aimait bien, mais il doutait fortement de son pouvoir de séduction dans l’immédiat. Et il doutait encore plus fortement de l’efficacité de la technique de la jeune fille prise de malaise ( même si il avait vraiment envie de tomber dans les pommes là tout de suite, jamais de la vie il n’aurait cru penser ça un jour ). De plus, lorsqu’il n’était pas travesti, ce stratagème marchait beaucoup moins bien, à son grand malheur.
Réfléchir, il fallait réfléchir. Et l’enveloppe qui frottait contre son ventre à chaque mouvement, bien qu’elle fusse invisible au dehors ne faisait qu’aggraver l’urgence de la situation…
Il recula d’un pas et son dos rencontra douloureusement le mur. Douloureusement parce qu’il avait mal, mais aussi parce qu’il lui rappelait qu’il était piégé.
Comme un petit lapin blanc ( qui ne l’était pas tant que ça )  face à un renard.
Comme Alice face à la reine de cœur.
Comme une souris face à un chat.
Et d’aucun sait que ces trois-là  sont des êtres sadique.




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MessageSujet: Re: La facilité de parler vient de l’impuissance de se taire || Morgan   Sam 3 Jan - 13:05

Si avoir été victime d’un vol contrariait Morgan ? Certainement. Il y avait l’orgueil et l’ego mais, il y avait autre chose, une chose qu’il préférait choisir d’ignorer. Le passé. Il avait volé et pas qu’à des gens qui avaient les moyens. Survivre avait été sa priorité et c’était toujours le cas. Le problème, c’est que s’il avait volé, il n’avait jamais été volé. Voilà ce qui l’agaçait autant. Il donnait rarement sans prendre en retour.
À ses yeux, c’était donc réellement une question d’orgueil et aussi de réputation dans le métier. Dans le cas contraire, il n’aurait pas cherché à rattraper son voleur. Rien n’était garanti dans ce genre de contrats donc, il serait quand même payé. Malheureusement pour le petit malin qui avait causé sa chute, il avait retrouvé sa piste assez rapidement. Pas de quoi le dissuader de le poursuivre malgré toute l’inutilité de l’entreprise. Le hasard y était grandement pour quelque chose et s’il avait cru en une puissance quelconque, il l’aurait remerciée. Hors, Morgan ne croyait plus en personne ni en rien depuis bien longtemps déjà. Il savait des choses... ce qui était totalement différent. La foi, à proprement parler, il ne l’avait pas.

D’un pas tranquille, il s’avança dans l’allée, scrutant d’un œil attentif le petit escroc qui lui avait fait les poches - au sens figuré. Les quelques mots qu’il avait prononcés pouvaient être pris pour un manque flagrant de respect, une mauvaise blague, voire un mépris total. En toute honnêteté, il ne s’en préoccupait pas vraiment. Là, tout ce qu’il cherchait à faire, c’était de donner dans l’intimidation et en général, il s’en sortait mieux que bien à ce petit jeu.
Patient, il attendit. Il avait tout son temps pour ce genre de choses. Qu’importe la somme de travail à accomplir et le temps que ça lui prendrait. C’était ici qu’il voulait être et maintenant. Il déplorait pourtant le temps de réaction de son vis-à-vis. Certes, il s’était relevé mais, ça n’était pas suffisant à ses yeux. Cela dit, l’un dans l’autre, ça avait été utile. À la position que celui-ci prenait, il y avait certainement dû y avoir du dégât lors de leur petit accident.

Fut un temps, Morgan se serait probablement emporté et aurait agi sans réfléchir mais,... cette excuse ! Par tous les dieux, ça l’amusait. C’était d’autant plus drôle de le voir ainsi jouer la carte du stoïcisme. Il devait admettre une chose, cet homme-là ne manquait pas de culot. Il se laissa d’ailleurs aller à rire quand la suite du mensonge lui fut servi. Un tel jeu d’acteur aurait sans doute pu passer avec n’importe quel imbécile naïf ou avec des scrupules et une conscience. Pas avec lui. Non, vraiment, il devait reconnaître qu’il avait de la ressource.

- « Désolé ? Tss, tss, tss... Il ne faut pas utiliser de tels mots lorsque l’on ne les pense qu’à peine. À la limite, on demande des excuses pour que ça fasse plus vrai. On s’offusque, on s’indigne. Mais, la carte de l’innocence alors qu’on a une enveloppe planquée sous une chemise à peine assez lâche pour en dissimuler les coins... Non, vraiment, ça n’est pas une bonne idée. Je dois au moins reconnaître que tu ne manques pas de culot. »

Il aurait pu s’y laisser prendre s’il n’était pas qui il était, vraiment. Cet animal-là avait un bon jeu et un instinct de conservation, c’était évident. Il se rapprocha faisant ainsi reculer son gibier contre le mur. Pauvre bête piégée par son propre choix de parcours. Mais, il n’allait pas s’en émouvoir un seul instant, il avait tout autre chose en tête. Il parcourut la distance qui les séparait pour passer une main autour des épaules de son petit aigrefin, s’appuyant juste assez sur lui pour vérifier sa théorie sur des douleurs éventuelles. Il posa ensuite son autre main sur l’endroit où il avait deviné l’enveloppe.

- « Je te donne un point pour l’effort au sourire et un autre pour la conviction. Je suis bon prince tu vois ? On dirait que tu t’es causé du tort en interrompant ma course. Sais-tu qu’il n’est pas prudent de se mettre sur la route d’un coursier ? Nous ne sommes pas prudents et nous avons tendance à encaisser les chocs plutôt bien. Mais dis-moi, pourquoi veux-tu ceci ? » Il tapota légèrement l’enveloppe sur laquelle il avait toujours la main à travers la chemise. « Qu’est-ce que cela renferme pour que tu causes un accident et te blesse ? Si tu me donnes une réponse valable, il se pourrait que je te la laisse en échange d’un service... »

Il était clair qu’il se devait de tirer profit d’un tel événement. De toute évidence, cet homme avait trouvé un moyen de connaître son trajet et il devait savoir comment. Il ne pouvait pas risquer ce genre de problèmes une fois encore et surtout, il n’avait aucune envie qu’on bénéficie de son travail.
De plus, sa proie du jour semblait dégourdie et débrouillarde, quelques atouts qui pourraient lui être grandement utiles s’il parvenait à en tirer parti comme il se devait. Et, pour ne rien gâcher, il n’était pas désagréable à regarder. S’il devait en arriver à mettre sa menace à exécution, il serait fortement ennuyé. Il avait toujours détesté gâcher du potentiel et surtout les jolies choses. Le minois de celui-ci avait quelque chose d’attirant. Ce monde manquait cruellement d’esthétisme, autant en garder les quelques traces en l’état, si c’était possible. Non, vraiment, il n’avait pas envie d’en arriver là. Fort heureusement, ils avaient de nombreuses cartes à jouer bien avant ça et pour rappeler qui avait la main, il s’appuya un peu plus. Juste au cas où.

- « Je suis tout ouïe. Tu verras que je suis capable d’écouter de façon remarquable. Ce n’est que l’un de mes talents parmi tant d’autres. Certains pourraient te plaire, d’autres pas. Profites-en. »

Légèrement vantard ? En effet, mais, ça n’était pas non plus une habitude. Parfois, la politesse, les bonnes manières et le ton approprié pouvaient effrayer bien plus que tout le reste. Il en savait quelque chose.
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MessageSujet: Re: La facilité de parler vient de l’impuissance de se taire || Morgan   Sam 17 Jan - 19:19

 
ACTE III

" Oh, coming out of the woodwork
Chest bursts like John Hurt
Coming out of the woods"





Livio ne s’était jamais considéré comme une bonne âme. Il était plutôt l’archétype de la brebis égarée pour les prêcheur de divine paroles. De la Brebis sacrément perdue plutôt. Voir irrécupérable tant il était porté sur le vice. Si les pêchés de l’envergure du meurtre ne l’attiraient pas plus que ça, il se savait versé dans l’envie, la luxure. Il était un personnage si désireux d’être vu et admiré que les raisons étaient bien dérisoires, il n’avait jamais su se restreindre ou s’empêcher de prendre.
Voleur, menteur, lâche, manipulateur, orgueilleux … une longue liste de défaut qui le pourrissaient de l’intérieur et qui pourtant faisaient de lui la personne qu’il était.
Certes, un bien noir portrait qu’on pouvait dresser de lui en somme. Mais tout n’étais pas à jeter chez lui. S’il était une créature passablement insupportable il lui arrivait bien souvent d’avoir bon fond.
C’est ce qui importe le fond. Même si ce fond était savamment caché, emmitouflé dans des torchons sales gonflé de défauts, dans une carapace d’orgueil calqué sur une corps pas très résistant.
Et ça aussi c’est un problème : pas très résistant. C’était même une excuse.

Il connaissait ses torts et ses travers, mais n’acceptait pas qu’on puisse les lui remontrer, le monde était cruel, pourrit, corrompu jusqu’à la moelle, les lois de la nature ayant peu à peu repris le dessus, seuls les plus forts avaient lieu de s’en sortir.
Alors quand on avait les aptitudes en combat d’un canard sous morphine, il fallait se montrer plus malin que les plus forts, usant de coups-bas pour survivre, et s’amuser un peu dans le même temps. C’était l’un des crédos de Livio.

Mais là, toutes ces belles paroles sur la survie et l’intelligence lui paraissaient bien dérisoire. Dans le moment il semblait bien être coincé avec un fort, doté d’un semblant de jugeote.
Il le suivit des yeux, essayant de ne pas bouger, de ne pas trembler tandis que le chat se mouvait dans la rue, avec un amusement non feint sur le visage. Il s’approcha de lui, lentement, l’inspectant du regard comme un gros félin l’aurait devant sa proie. Evidemment, tout le monde sait que les chats aiment à jouer avec leur nourriture.
Livio avait du mal à le cerner. En temps normal cela ne lui aurait pas posé trop de problèmes de jauger son prédateur potentiel, mais les circonstances faisaient qu’il n’arrivait pas très bien à aligner deux idées à la suite. Il y avait déjà le stress de s’être fait prendre, mauvaise adrénaline. La rage de savoir qu’il allait avoir des difficulté à payer sa dette chez les hispano’. Et surtout, surtout, cette ecchymose grandissante qui lui vrillait la tête, pulsant comme un autre cœur dans maintenant plus de la moitié de son être.
Livio se savait bon acteur, mais peut être l’addition de ces facteurs avait ils mis à mal son jeu ? C’est ce qu’il crut comprendre dans le rire que l’autre lui servit. Se fichait il de lui ? Avait-il tout deviné ? Peut-être l’enveloppe était-elle mal cachée, quand il avait remis sa chemise ? Aucun moyen de savoir car baisser la tête vers son ventre aurait été signe de sa défaite, laissant surement le temps à l’autre de comprendre. A moins que ce ne soit déjà le cas ?
Lorsqu’il éleva la voix les doutes de Livio s’éclaircirent. Alors comme ça il n’était pas tombé dans le panneau, un sourire mauvais vint étirer ses lèvres fines tandis qu’il faisait son possible pour ne pas desserrer la mâchoire.  Il se maudit pendant un instant d’être à peine assez épais pour cacher une maudite enveloppe.
Il ne savait pas si l’autre jouait la carte de l’intimidation ou s’il avait vraiment l’aptitude à mettre a bien ces menaces, mais la seule chose qui rassurait le gitan, c’est que pour l’instant il faisait de l’esprit quand un autre l’aurait déjà maravé allègrement. Une possibilité de dialogue lui sauverai la vie.

Mouvement. Il s’approchait de lui. Dans un réflexe, Livio fit un pas en arrière, se cognant une nouvelle fois dans ce maudit mur qui lui rappelait qu’il était piègé. L’autre s’enquit de passer son bras autour de ses épaules, alors comme cela il se délectait de sa domination ?  l’amusement était-il a son acmé ?
Livio n’aimait pas vraiment la tournure que prenaient les événement. Oh non, pas du tout, car avec la proximité il avait tout le loisir de voir qu’il lui était supérieur, plus grand que lui ,et aussi plus massif, il suffisait de sentir sa poigne pour bien comprendre qu’en plus de l’intimidation il avait des arguments de persuasion bien réels. Il eut du mal à cacher sa douleur, accroissant la tension dans sa mâchoire et pliant les genoux tandis que l’autre qui avait dû comprendre son malaise s’en donnait à cœur joie pour appuyer là où ça faisait mal, c’était le cas de le dire. Il déglutit et tenta de cacher un sursaut en sentant la main du coursier se poser sur son ventre où l’objet de leur discorde était caché. Il y avait-il un moyen d’être plus vulnérable ?
L’autre continuait de monologuer. Alors comme ça il lui proposait un arrangement, en échange d’une réponse valable ?
Que faire ? Mentir ? Il avait l’habitude de mentir, de débiter des scenarios déjà tout fait, se mettant dans la peau d’autres personnages. Il y avait celui du garçon de pauvre famille qui devait payer l’opération de sa sœur, ou celui qui doit payer les dealers de son frère, celui qui doit sortir son père de prison était pas mal non plus. Le mieux était d’adapter le scenario à la personne, en fonction de ses faiblesses. Si l’autre avait un membre de sa famille dans le besoin, s’il avait eu le même genre de problèmes. Il fallait se faire le psychanalyste de son prédateur si on voulait s’en sortir. C’était des chose que Livio arrivait parfois à déduire, ayant l’habitude de se faire observateur.
L’autre attendait une réponse, lui tapotant le ventre où se trouvait l’enveloppe. Il desserra les dents, très lentement et marmonna, essayant de ne pas faire transparaitre la douleur dans sa voix :

« Transporte la marchandise et ne pose pas de questions, ce n’est pas votre leitmotiv à vous les coursiers ? »

Cela suffirait pour l’instant. Il prit une inspiration et se mit à réfléchir. Ses yeux bleus se firent perçant et calculateur, sa pupille se dilatant dans l’obscurité de la rue, et il passa de longs instant son vis-à-vis au peigne fin, essayant d’oublier le vantard ( car c’était bien ce qu’il faisait ) qui s’appuyait allègrement contre lui ayant très bien compris qu’il s’était fait mal dans la chute. Il était plus vieux que lui, en âge d’avoir des enfants surement. En âge d’être marié aussi, malheureusement l’autre portait des gants et il était impossible de discerner la forme d’une alliance sur ses doigts. De plus il exerçait un métier à risque. Certes le métier de coursier payait bien, du moins  assez pour entretenir des enfants. Le problème étant ses extras et livraisons illégales, pourquoi rajouter du danger à un métier qui l’était déjà assez ? En plus de cela, il l’avait poursuivi sans se soucier d’un danger quelconque alors qu’il aurait très bien pu laisser tomber et être payé tout de même. S’il avait eu une famille il aurait été plus prudent que ça. Cette hypothèse tombait à l’eau. Impossible de savoir dans l’immédiat et dans le silence s’il était veuf ou bien marié, s’il avait des enfants ou s’il était impuissant, s’il avait de la famille ou bien était orphelin.  Quelques cicatrices pouvaient se voir sur son visage marqué, il n’en était surement pas à son coup d’essai. Peut-être était-ce un de ces types seul et sans attaches, à son image, qui n’avait pas vraiment de considérations pour les autre et qui de ce fait étaient plus dur à cerner.
Ne tenant pas vraiment la douleur qui ne faisait qu’augmenter à grand pas sur l’échelle des sensations abominables, sa vue commença à se brouiller, cernant les ombres et parsèment sa vue de flash. Ses jambes pendant un instant ne le portèrent plus et il se retrouva à tomber contre son vis-à-vis qui ne dû même par sourciller face au poids plume s’écrasant contre lui.
Fébrile il essaya de reprendre contenance, malgré sa mauvaise condition. De toutes les hypothèses qu’il avait faites, aucune ne pouvait lui permettre de se sauver. Un détail soudain attira son attention. Il n’avait pas fait attention la première fois, idiot qu’il était, mais la veste du coursier présentait de belles traces et écorchures au niveau des bras. Il n’avait pas dû se faire mal autant que le gitan qui commençait tout juste à apprécier les effets secondaires de son câlin à un vélo lancé à pleine vitesse, mais il y avait tout de même de la matière.
Quelque chose s’éclaira dans sa tête. Non, il ne voulait pas seulement récupérer l’argent, à l’image de sa veste maintenant bien rappée, souvenirs d’une glissade sur le bitume, son orgueil avait dû être entaché par la mascarade de Livio. Ce n’était pas seulement sa course qu’il venait récupérer en chahutant le voleur, mais sa superbe de coursier qui ne devait pas avoir l’habitude de se faire voler.
Un sourire, pas le plat et lisse sourire de tout à l’heure, mais un sourire intéressé et charmeur vint naitre sur son visage, tandis qu’il profita de sa demi-chute pour se coller un peu plus à lui.

« Voyons…. De toute façon pourquoi mes motivations t’intéresseraient, hm ? » sa voix se fit beaucoup plus douce et enjôleuse abandonnant courbettes et vouvoiement pour un « tu » plus direct, plus sensuel , il savait pertinemment qu’il n’obtiendrait rien par la force, et compris, aux vues du regard que l’autre avait coulé sur sa personne, que son minois pouvait faire office d’argument.
Il leva la main et la passa doucement sur le bras du coursier, prenant une fausse moue désolée et apitoyée.

« oh… Pauvre, quelle vilaine écorchure sur une si jolie veste, enfin, il eut été dommage que tu t’abime voyons. Très malin contre les chutes, d’autre coursiers sont beaucoup plus idiots que toi, même si ce n’est pas dans leurs habitudes de venir courser les voleurs, c’est imprudent tu sais ? Dans ces quartiers tu aurais pu tomber sur beaucoup plus mal que moi. Tu fais dans le métier depuis longtemps ? »

Il fit semblant de s’intéresser, de détourner le sujet principal de ses motivations, une tentative pour mieux cerner son adversaire et lui servir par la suite ce qu’il valait mieux qu’il entende. Tandis qu’il parlait, il passait ses doigts doucement les râpures de la veste.

«  Ecoute. J’ai une proposition a te faire. » Il arrêta sa main. « Il y a de l’argent dans cette enveloppe. Un joli paquet même. On peut aisément partager, ça te ferai un extra en plus et tu n’auras qu’a réclamer ton dû auprès de ton employeur pour être payé de cette course qui n’a pas aboutie, c’est comme ça que ça marche non ? Le plus dur dans l’entreprise sera d’inventer un joli petit mensonge et d’avoir l’air convaincant, mais ça ne risque pas de te poser problème, n’est-ce pas ? »

Il repris son jeu avec sa main sur le bras vêtu d’effilochures, fixant les yeux sombres de ses yeux dont le bleu semblait transparent et brillant. «  Dis-toi que ça te fera des étrennes, et de quoi t’acheter une nouvelle veste en pensant en moi ahah… J’adore les blousons noirs, ça fait Badboy.» lâcha-t-il dans un petit rire.

Il essayait de garder au possible le contact visuel avec le coursier, restant stoïque, du moins pour cacher que sous son poids et la douleur grandissante, le bas de son corps ainsi que ses mains étaient agitées de tremblement archaïques.
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MessageSujet: Re: La facilité de parler vient de l’impuissance de se taire || Morgan   Mar 20 Jan - 16:03

Ce qui était en train de se passer était très loin d’ennuyer Morgan. Que du contraire. Cela faisait un moment qu’il n’avait pas pris autant de plaisir à ce qu’il faisait et, pour cause... Il jouait au chat et à la souris, pouvait être lui-même, rien qu’un peu, dans une certaine mesure et la chose était plaisante, voire salutaire. Nul ne pouvait continuellement prétendre être quelqu’un d’autre, pas indéfiniment en tout cas. Il fallait pouvoir être soi-même de temps en temps sous peine de disjoncter et ça lui arrivait déjà assez souvent. Cet échange, ce petit jeu, lui faisait le plus grand bien. C’était une bouffée d’air agréable à prendre.
Sa proie, bien que faiblarde physiquement selon toute vraisemblance avait ce quelque chose d’amusant chez les escrocs. Il tentait de s’en sortir, à tout prix, tous les prétextes étaient bons, les mensonges aussi. Il aimait ça, voir comment l’autre tentait de s’en sortir. Un observateur tel que lui retirait une joie malsaine à dépister les failles. Il aurait pu convaincre quelqu’un d’autre que lui avec ses histoires, c’était certain. Mais, lui... c’était une autre paire de manche. Sa conscience, pour ainsi dire inexistante, n’avait que faire de ce qu’il pouvait bien lui raconter. Vrai ou pas d’ailleurs. Le problème restait entier.

Oh, il l’appréciait celui-là. Il essayait, mal à ses yeux, mais, il essayait tout de même. Il n’avait pas hésité à se blesser même ça n’avait sans doute pas fait partie de son plan. Une des raisons qui l’amenait à s’amuser de la situation malgré la blessure faite à son ego. La situation en elle-même avait de quoi le divertir. Il prenait un plaisir malsain à effrayer ce pauvre bougre et n’en éprouvait pas le moindre remords. D’ailleurs, il ne tentait même pas de cacher son amusement, pas plus que sa prédation.
Jouer ainsi, un bras autour de ses épaules, son poids reposant légèrement sur le dos de ce joli minois bourré de ressources... ça avait quelque chose de salvateur. Un écho du passé, agréable comme un bon whisky. S’il se lassait, il n’hésiterait pas à se défouler mais, il se limiterait. Encore une fois, son but n’était pas de gâcher quelque chose de beau. Ce monde était triste à mourir, pas la peine de lui enlever ses rares succès.

Gardant la main posée sur l’enveloppe tout en maintenant une pression suffisante pour ne pas laisser à son petit voleur le loisir d’oublier la menace, Morgan attendait. Et il rit... Il rit de l’entendre remettre en cause sa façon de procéder.

- « C’est effectivement le cas. En théorie. Certains y dérogent, d’autres non, comme moi. Cependant... Tu m’as volé mon cher et la chance ayant été avec moi, j’entends bien avoir une bonne raison d’oublier cette enveloppe. Une très bonne raison. Je l’attends toujours. Ne change pas de sujet veux-tu ? »

Le silence revint, prenant de l’ampleur alors que l’autre semblait réfléchir. Peut-être tentait-il de trouver une faille, peut-être le jugeait-il... Mais, quelle importance ? N’ayant que faire de ce genre d’attentions, il patienta. Il était bon quand il s’agissait de laisser mariner son monde. Il n’y a pas plus agaçant que de voir quelqu’un rester de marbre quand on s’énerve ou s’impatiente. La beauté d’avoir passé du temps hors du monde, dans un enfer incomparable à toutes choses existantes sur Terre.
Il laissa tomber la cigarette qu’il avait coincée au coin de ses lèvres pour en allumer une nouvelle, à l’aide de la main qui était auparavant posée sur l’enveloppe. Il l’y remit bien évidemment juste après, l’en retirant pour faire choir les cendres au sol. Enfin, sa proie céda, se laissant aller malencontreusement contre lui. La patience, arme merveilleuse. Gentiment, il le retint. Le doute, arme tout aussi formidable, pouvait faire perdre pied à n’importe qui s’il était bien utilisé.
Lorsque son escroc abîmé se laissa aller un peu plus, un peu trop pour que la démarche soit involontaire, Morgan sourit. Un de ces sourires en coin qui ne laisse rien présager de bon. Allons bon, voilà qu’il tentait une autre approche. Pire encore, il rit quand il laissa promener sa main sur son bras. Celui-là ne manquait vraiment pas de culot. Vraiment pas. Dire que d’autres auraient couru... Fort heureusement, il était loin de penser avec autre chose que sa tête.

- « Vois-tu mon ami, il y a des choses en ce monde qu’il vaut mieux comprendre. Dans ces choses, il y a celles qui peuvent te porter préjudices. » Dans un premier temps, il n’alla pas plus loin sur ce sujet, mais embraya sur celui que venait de lui être offert sur un plateau. « Quant à la dangerosité d’une situation... huuum, si tu savais. » Entrant dans son propre jeu, il approcha son visage. Ce jeu-là pouvait devenir dangereux.

Il écouta les arguments et s’en amusa. L’argent était certes une motivation suffisante mais, pas assez pour le moment. Il pouvait effectivement la jouer comme ça et il avait, depuis le début de cette histoire, songé à ne pas récupérer cette enveloppe si les raisons étaient suffisantes. Non pas qu’il en avait réellement quelque chose à faire. N’importe quelle raison était valable tant qu’il y avait de la conviction. La force intérieure d’un individu... voilà ce qu’il aimait voir. Pour celui-ci, il n’était pas encore certains, aussi, il voulait pousser plus loin. Bien plus loin.

- « Penses-tu que je risquerai de t’offrir un moyen de pression ultérieur sur moi ? Tu me déçois. Tu sembles être intelligent pourtant. Je te l’ai dit, convaincs-moi. Prouve-moi que tu mérites cette cartouche à mon égard. Quand ce sera fait, je te poserai une question et on pourra discuter sérieusement. » Un léger silence. « En attendant... » Il resserra sa prise. « Essaie de rester debout sur tes jambes, tu faiblis mon cher. » Cette pression était évidemment destinée à faire une seule chose, renforcer le malaise dû à la chute. Lui, n’allait certainement pas se plaindre de tenir un homme dans ses bras. Il ne serait plus lui-même dans le cas contraire.

Quand la vie vous fait une surprise, autant joindre l’utile à l’agréable tout en restant prudent. Non ?
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MessageSujet: Re: La facilité de parler vient de l’impuissance de se taire || Morgan   Dim 15 Fév - 15:12

 
ACTE IV

" Oh, coming out of the woodwork
Chest bursts like John Hurt
Coming out of the woods"




Drôle de petit jeu n’est-ce pas ?
Un jeu dangereux auquel jouait Livio, un de ces jeux où il savait pertinemment sa vie en danger, mais qu’il s’amusait pourtant toujours à jouer, malgré les hurlements de son instinct de conservation.
Livio avait toujours eu ce côté masochiste, il avait du mal à s’en cacher, mais la tournure que prenant les évènements était trop forte en douleur pour pouvoir le combler. Il connaissait son corps et savait très bien qu’il ne tiendrait pas longtemps.
Mais les jeux se partagent et se jouent à plusieurs, et il était certain que la partie adverse, constituée du coursier, prenait un malin plaisir à cet échange proie/prédateur. Il n’avait pas besoin de faire appel à ses facultés d’observation, il lui suffisait de regarder ce sourire qui étirait les trait marqués de son facies, sourire dont il pouvait observer tous les tics et toutes les nuances tant ils étaient proches, trop proches. Il avait voulu jouer à ça, c’est lui qui avait lancé ce petit jeu de séduction faisant miroiter ses atouts. Non, Livio ne savait pas jouer des muscles, mais il avait biens d’autre qualifications, les plus basses, les plus veules, les plus dégradantes diront certain. Mais depuis bien longtemps le gitan avait perdu son éthique, il n’y avait qu’une règle qu’il se donnait  pour sa survie : tout était permis. Tous les mensonges,  tous les coups, tous les compromis, tous ce qui pouvait bien le sauver.
Vivre était dur, il n’avait que faire des remontrances de certains.
Toujours réfléchissant à grande vitesse pour savoir comment s’en sortir, il continuait d’observer ce visage qui s’était rapproché de lui. Il n’avait pas été décontenancé par cette initiative, vaguement surpris. Cela indiquait au brun que sur ce point au moins il avait vu juste. Pourtant le sourire en coin qu’il affichait ne lui disait rien de bon, quelque chose en lui, lui disait que s’aventurer sur cette pente, même si elle avait eu le bénéfice d’intéresser son prédateur, n’allait pas lui attirer que des bonnes choses.
Et puis,  ces quelques mots mystérieux à propos de la dangerosité d’une situation avait fini par l’enfermer dans son malaise, ou du moins à faire poindre le doute en toute sa personne, même s’il n’en laissait rien voir. Etait-il en plus mauvaise posture que ce qu’il avait pensé jusqu’alors ?

Il n’y songea encore plus que quand l’autre redoubla son emprise sur lui. Il avait déjà du mal à tenir sur ses jambes, le corps agité de quelques spasmes et tremblement, mais sous le coup inattendu de la douleur il ne put s’empêcher de lâcher un gémissement.  Il avait l’impression d’avoir le cœur au bord des lèvres, les jambes d’une matière friable qui ne tarderait pas à lâcher, et il sentait pulser le sang dans ses tempes et derrière ses yeux.

Comment pouvait-il espérer réfléchir dans de telles conditions ? Il ne se sentait pas capable d’aligner deux mots. Il commença simplement par respirer, il pouvait encore cacher son malaise, mais combien de temps ?
Lentement, il approcha un peu plus sa tête de celle de son vis-à-vis, mais la détourna au dernier moment pour l’en éloigner. Il fallait jouer le jeu, dévoiler ses atouts, faire envie et puis tout reprendre aussi sec, créer un vide, une faim, une frustration. Livio se mit à regarder devant lui, fixement un sourire indescriptible sur les lèvres, un sourire qui se voulait amusé mais qui ne pouvait s’empêcher d’être un peu crispé à cause de la douleur qu’il ressentait dans tout son flanc et qui lui vrillait la tête.
Il avait du mal à comprendre les motivations de celui qui était à sa droite. Il aurait aisément pu récupérer l’argent depuis tout à l’heure, ce n’était pas comme si Livio était en mesure de lui opposer une grande résistance. Mais au lieu de ça, il discutait tranquillement, essayait même de comprendre ses motivations ou du moins essayant de lui faire cracher une excuse valable. Il n’avait aucune échappatoires et se contentait de fixer le fond de la ruelle.
Il commençait à comprendre la profondeur du jeu. Toute son incidence. Alors c’était ça ? La vie de cet homme était-elle ennuyeuse à ce point pour qu’il s’amuse du premier voleur venu. Quoique tout bien réfléchi et en toute modestie, Livio n’était pas le premier voleur venu, non mais.
Ce que l’autre voulait, c’était de l’amusement, du divertissement. Il voulait de Livio obtenir une sorte de parade à l’ennui… non ? Il l’avait tout à fait percé à jour cet homme avec ses yeux presque gris, il savait de quel bois le petit voleur était fait. Cela lui arracha un rire désabusé.

«  Pourquoi tu t’obstine hein ? Tu as très bien compris… » Il tremblait de plus en plus tandis que sur sa tempe gauche coulait une goutte de sueur. Parler était difficile, mais il fallait qu’il se maîtrise pour éviter de tout faire foirer.   « Tu as bien compris que je pouvais être n’importe quoi, que mes motivations s’adaptent en fonction de l’autre. Je pourrais aisément te dire que c’est pour m’acheter de la drogue ou soigner ma grand-mère, tu ne saurais pas si je dis vrai. En plus tu t’en fiche du motif non ? tu veux que ce soit beau, qu’ça ait d’la gueule non ? »
Il se mit à rire encore un peu, un rire assez nerveux qui sous le coup de la douleur se transforma en misérable quinte de toux. Il jouait le tout pour le tout .
«  Tu veux savoir ? J’ai besoin de cet argent pour effacer des dettes, si j’les payes pas je pense que même toi t’auras l’air d’un enfant de cœur face à mes créanciers. Voilà ma raison. Est-elle vraie ? Est-ce que je te ment ? Personne sauf moi ne le sait. »

Ah il voulait s’amuser. Livio allait s’en occuper, divertir n’était-ce pas là un de choses que sa vie de forain lui avait enseigné ?
Néanmoins, malgré son petit côté maso et la dangerosité de la situation, il ne perdait rien de son instincts de survie. Au contraire il ne s’en trouvait que plus sollicité, plus affuté.
Sa respiration se faisait de plus en plus forte. Ses yeux clairs fixaient toujours quelques chose droit devant lui, évitant avec soin de le regard du prédateur, mais il commençait à voir des taches noires apparaitre au centre de sa vision tandis que les couleurs s’exacerbaient.
Il voulait le pousser à bout n’est-ce pas ? Aussi bien mentalement que physiquement. Il voulait le voir souffrir et le voir se démener pour s’en sortir.
Bien sûr que Livio allait lui faire ce plaisir. Il voulait s’en sortir.

«  Ecoute. » Sa voix se fit mielleuse encore une fois «  T’as bien vu que j’étais doué dans ce que je fais. T’aimerais bien savoir comme j’ai réussi à te piquer cet argent ? C’est mon boulot. Mais j’ai aussi pleins d’autres talents… On peut surement s’arranger, cet argent …» Il fit une pause « Je peux toujours le gagner, non ? »

Même si sa voix paraissait calme, il commençait à paniquer un peu. Ses poings étaient serrés, les jointures de ses doigts complétement blanches. Il fallait qu’il tienne, encore un tout petit peu, peut-être le coursier allait-il décider de le laisser respirer un peu ? L’air lui manquait actuellement. Cela s’empira lorsque sa vision devint complètement noire. Si son mental n’avait pas encore flanché son corps ne répondait plus, ses jambes peinant à le porter se dérobèrent sous lui le laissant choir comme une poupée de chiffon.
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MessageSujet: Re: La facilité de parler vient de l’impuissance de se taire || Morgan   Mer 25 Fév - 21:28

Morgan aurait pu trouver un millier de raisons pour ne pas jouer au chat et à la souris avec ce gars-là. Malheureusement, il était également capable d’en trouver autant pour le faire quand même. Ce qui se passait commençait à réellement l’amuser et c’était en ça que résidait le danger. À y prendre plaisir, il risquait de retomber dans de vieux travers qu’il ne valait mieux pas voir ressurgir. Il ne connaissait pas plus le taux de résistance de sa souris que sa propre résistance en matière de jeu depuis son retour parmi les vivants. Narguer ainsi sa proie avait certes un côté profondément jouissif mais, ça pouvait clairement devenir un problème.
L’ennui, si c’en était vraiment un, c’était que son jouet semblait plutôt bien s’accommoder des règles. La situation n’en était que plus périlleuse. Les challenges étaient fatalement toujours plus intéressants quand le niveau en était relevé et c’était le cas. Tous les facteurs étaient réunis pour faire de ce vol presque réussi, quelque chose de fascinant. La vie ne lui ayant donné que peu de distractions dernièrement, Morgan s’engouffrait dans cette petite brèche qui s’ouvrait dans son quotidien. Bref, il commençait lentement mais, sûrement, à retrouver son vieux penchant sadique et ça n’avait rien d’une bonne nouvelle. Il avait tout intérêt à se contrôler et rester maître de lui-même. Après tout, il n’avait aucune envie de se dévoiler de manière aussi stupide.

Morgan attendait des réponses et il comptait les avoir. Il était pourtant bien conscient qu’elles ne risquaient pas de venir facilement s’il continuait à torturer de la sorte son voleur d’enveloppe. Avec sa tendance à appuyer là où c’était douloureux, il savait très bien qu’il risquait de ne pas avoir ce qu’il voulait. Ce qu’il voulait vraiment : tromper l’ennui. Que l’homme lui montre sa véritable force de caractère n’était en soit qu’un semi-but même si c’était intéressant. Après tout, il pouvait aussi voir comment avait évolué le monde de cette manière.
Bien souvent, les gens méprisaient ceux qui tentaient de sauver leur peau contre compensation. Quelles que soient la nature de ces compensations, il n’était pas rare de voir ces gens survivre. Encore fallait-il que la menace à laquelle ils faisaient face puisse être corruptible ou encore magnanime. La conscience et la morale n’étaient que des excuses. Des excuses encombrantes qui plus est. Personne ne menaçait quelqu’un et ne le laissait filer contre compensation en invoquant la morale ou la conscience. La pire des raisons étant peut-être la pitié. Un moyen comme un autre de rabaisser un être au rang de sous-merde qu’on ne se donnait même pas la peine d’éliminer soi-même. Fort heureusement, de pitié - tout comme de conscience ou de morale - Morgan en était dépourvu.

- « Le comprendre et l’entendre sont deux choses différentes petit caméléon. »

La capacité d’adaptation de celui-là lui plaisait beaucoup. Si ce qu’il disait était vrai - et il n’avait que peu de raisons d’en douter avec ce qu’il avait vu -, celui-là vivrait longtemps en se montrant plus prudent. Il se moquait de savoir s’il allait effectivement survivre ou non, seul la distraction l’intéressait maintenant qu’il avait une réponse qui sonnait juste à ses oreilles.

- « Cette raison ou une autre m’importe peu mais, elle me va. Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on dit mais, la façon dont on le dit ou on le fait. J’aime les bonnes histoires, vraies ou fausses, c’est un tout autre problème. »

Morgan n’avait cure de la vérité ou du mensonge sauf lorsqu’il s’agissait de chantage et ici, il n’avait aucune utilité de la vérité. Les tenants et aboutissants de l’histoire lui importait peu tant que c’en était une bonne et bien racontée. Si ça avait été trop long, le problème aurait été différent. Les histoires les plus courtes étaient les meilleurs, c’était pourtant bien connu. De plus, ses motivations changeaient au fil de la conversation... S’il avait voulu savoir comment il avait réussi son coup, ça n’était plus le cas. Les autres déclinaisons d’une interrogation ne l’intéressaient d’ailleurs pas plus. En réalité, il changeait les règles au fur et à mesure et il était curieux de voir combien de temps ça pouvait durer.
Mais, s’il y avait une chose à laquelle il ne s’était pas attendue, c’était que la souris - ou son lapin blanc - se mette soudainement à clairement lui faire comprendre qu’il y avait toujours moyen de négocier. Cette fois, c’était certain, celui-là pouvait s’adapter à tout et n’importe quoi. Dommage qu’il n’use pas mieux que ça de son talent. Que ce soit la beauté ou le talent, le gâchis était vraiment dommage. D’autant plus quand ils étaient regroupés dans une seule et même personne. Morgan fit la seule chose qui lui vint naturellement, il rit. Son rire déstabilisa peut-être son chapardeur, car ce dernier se vautra lamentablement au sol. Ou peut-être était-ce tout simplement la limite de son corps déjà meurtri. Il ne pouvait pas le savoir.
Calant sa cigarette au coin de ses lèvres, il le releva non sans une certaine pointe de douceur. Il n’était pas attendri mais, il avait obligé le charmant brun à repousser ses limites. S’il voulait encore s’en amuser, il lui fallait garder son jouet entier.

- « Tu peux, en effet. Mais, qui te dit que je puisse m’en satisfaire ? Tu sembles bien sûr de tes atouts... Et dans cet état, permets-moi de douter de ton efficacité. »

Toujours plus loin, toujours plus dur. Morgan retrouvait bel et bien ses penchants sadiques au fil de cette petite entrevue. Le décor d’une ruelle sordide aidant, il allait vraiment devoir prendre garde à ses propres agissements
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MessageSujet: Re: La facilité de parler vient de l’impuissance de se taire || Morgan   Dim 29 Mar - 14:47


ACTE V

" Oh, coming out of the woodwork
Chest bursts like John Hurt
Coming out of the woods"




Corps et esprit.
Deux entités diamétralement opposées, en symbiose parfaite dans un parfaite dans un corps.
Voilà comment il était aisé de définir l’humain.
Mais il arrivait parfois que ces deux chose se brouillent, s’opposent, voire se déchirent. Les désirs de votre esprit dépassent les capacités de votre corps, votre Corps se soumet au naturel de sa condition tandis que votre esprit ,lui, aspire à des choses plus vastes.
C’est ce qui arrivait à Livio, Son esprit était toujours animé de cette fièvre impulsive et froide qu’était celle du désir de survivre, mais son corps  était faible : marqué comme il l’était par la fatalité de ce coup mal calculé, il ne pouvait que se plier à ses propres caprices et succomber à la douleur. Comme il était naturel de le faire pour l’humain.
Il sentait un étau se refermer sur sa tête tandis qu’un gong résonnait dans les tréfonds de son crâne. Il lui avait semblé faire un petit tour dans les limbes de l’inconscience, il lui avait semblé être partit quelques instant – peu à peu sa vision revenait et se débarrassait des volutes noires et aveuglantes- mais pourtant il n’était pas tombé.
Bien sûr qu’il avait senti ses jambes se dérober sous lui, et connaissant mère gravité, la chute lui avait semblé découler du fatum.
Il rouvrit les yeux. Ah non. En fait il était bien étalé sur les pavés. Ce qui le surpris en revanche,  c’est de se sentir redresser avec une certaine attention.
Sa tête roula sur le côté, incapable encore de se tenir droite par elle-même, lui rappelant à ce moment que tous ses muscles semblaient être fait de gomme. Il reprenait sa respiration avec difficulté, souffle erratique grondant, s’expulsant de ses poumons, chaque respiration lui semblait difficile, car elle étirait la partie de son anatomie maintenant meurtrie par une contusion sombre, et lui donnant une nausée horrible à chaque aspiration.
Son flanc se rappela à lui  d’un pic de panique, mais au lieu de chercher a protéger son corps, sa main vint directement se poser sur son ventre, là où il pouvait encore sentir l’enveloppe dont le papier collait à sa peau brulante, rendue humide par la fine pellicule de transpiration. Pour l’instant c’était le plus important, ça restait le plus important, l’argent. Sans argent, pas de salut. Ou du moins un salut avec difficulté.
Il voyait bien sa main agitée de tremblements, elle était presque aussi pâle que sa chemise. Rejetant sa tête en arrière, il l’appuya contre le mur pour l’empêcher de rouler et pour pouvoir la maintenir.
Il remonta son regard vitreux le long du bras qui le tenait, et re-rencontra le visage du coursier.

L’homme qui lui faisait face n’avait pas vraiment tort.  Dans cet état il semblait un peu dérisoire de vanter ses qualités, surtout qu’il semblait s’être fait attraper d’un façon déconcertante.
Ah, évidement, s’il n’était pas si fragile, cela ferait longtemps qu’il serait loin, butin en poche et coursier déjà bien oublié. Cette réflexion le fit enrager intérieurement, il sera avec force le tissus de sa chemise.
Son regard voilé rencontra celui plus sombre du coursier. Un regard dur, intransigeant. Un regard inquiétant de par le peu de lisibilité dans les iris, et de par tout ce qu’ils pouvaient cacher. Une cruauté ? Une folie furieuse ? Il y avait quelque chose de malsain dans cette absence de signes. Il y avait quelques chose d’inquiétant dans cet amusement sans borne qu’il y voyait inscrit. Quelques chose qui le fit frissonner.
Puis, chose étrange et incongrue dans une telle situation, il se mit à rire.
Pas un rire réellement amusé, mais un rire dément et fiévreux qui n’était peut-être que le témoin de sa détresse actuelle ?
Voilà, c’était un rire nerveux qui le faisait se tordre à chaque contraction.

« A-ahah ah. Certes, une partie de mon p-plan a peut-être plus mal tourné q-que prévu, n’est-ce pas drôle ? Cocasse dirai-je ? Un impromptu évènement venu perturber mes plans ahahah-arh… »

Un quinte de toux vint le stopper dans son rire. Il était étrange de le voir ainsi, on aurait su dire s’il était misérable ou bien complètement fou. Il lui semblait bien clair en cet instant que l’objet qui reposait contre son ventre, cet argent, n’était devenu d’un prétexte. Un prétexte pour ce jeu dont il était la proie. Un jeu dangereux où il lui devenait de plus en plus dur de rivaliser face à cet adversaire.
Il tenta de se redresser puis agrippa le bras de l’homme qui le tenait encore. Enfonçant légèrement ses doigts dans sa veste, il rapprocha son visage du sien pour mieux le regarder dans les yeux, au plus profond des yeux.

«  Si je te semble bien présomptueux, bien sûr de mes atouts, c’est parce que c’est eux qui me permettent de survire ici… » Il passa sa langue sur ses lèvres ; elles étaient gercées et avaient un gout amer, pourtant ses yeux ne quittaient pas ceux du coursier comme si le bleu transparent qui les composaient avaient voulu s’immiscer dans les iris de son chasseur. «  Qu’est-ce que t’en dis ? Je peux être utile… Je peux être …Distrayant. » Il insista bien sur ce dernier mot, ayant bien remarqué l’ardeur avec laquelle le brun c’était prêté à ce jeu, comme s’il l’avait sauvé d’un certain ennuis. Du pain et des jeux Voilà ce qu’il fallait pour contenter les bêtes.


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MessageSujet: Re: La facilité de parler vient de l’impuissance de se taire || Morgan   Lun 30 Mar - 20:19

Ce petit interlude dans son travail le réjouissait pleinement. Il n’avait pas souffert énormément dans la chute et il s’offrait une distraction des plus intéressantes au passage. Que demander de plus ? Cet homme-là semblait réellement prêt à tout pour empocher son argent et il le montrait plutôt bien. Dommage qu’il soit aussi fragile, Morgan aurait bien joué un peu avec lui pour passer le temps un peu plus longtemps. Il devait bien lui reconnaître ça, celui-là ne reculait devant rien et ce malgré une faiblesse avérée. De sa faiblesse, il jouait avec savoir mais, sur le fil du rasoir. Par tous les dieux, qu’il aurait aimé s’amuser un peu plus avec lui.
Malheureusement, jouer avec un jouet déjà cassé n’était pas aussi palpitant qu’il le désirait. Ses jambes ne le portaient plus. Il n’allait pas le laisser disparaître bien entendu mais de ça, son petit voleur n’avait pas besoin de le savoir. En toute franchise, il avait déjà pris sa décision quant à la suite des événements. L’enveloppe, il allait la lui laisser. Ça n’était pas par bonté d’âme, il était étranger à cet état. Non, il avait juste décidé qu’il s’était suffisamment amusé avec lui et qu’il se foutait pas mal de ne pas récupérer l’argent qu’il devait livrer. Il s’en arrangerait. Après tout, l’endroit où il aurait dû faire sa livraison n’était pas réputé pour être calme et sécurisé.

Retenant son accidenté avant la chute fatidique, il attendit que celui-ci réagisse. Les yeux à moitié fermé et le corps totalement relâché, le coursier était convaincu qu’il n’avait pas du tout raté sa cible, bien malgré lui. C’était fou, ce que pouvait causer un vélo tout de même ? Avec un nouvel intérêt somme toute malsain pour ce nouveau fait, il se dit que c’était peut-être bien un filon à exploiter. Comment, il n’en savait encore rien mais, il trouverait bien. Tout était bon pour être utilisé aux yeux de Morgan. Les gens, les biens, les circonstances, tout.

Toujours est-il que, dans l’état où il était, il n’avait pas vraiment grand-chose à offrir. S’il n’avait pas été dans un état aussi pathétique, il n’aurait peut-être pas dit non mais là, c’était bien trop facile. Peut-être bien que son trublion comprit enfin où il avait mis les pieds lorsqu’il ne sentit tressaillir. Bien, ils avançaient enfin. Pourtant, il fut surpris par le rire net et tranché qui s’échappa des lèvres de son semi-prisonnier. Levant les yeux au ciel, il se dit que sa proie avait disjoncté. L’esprit humain pouvait être si fragile parfois, c’était dommage. Mais, une fois de plus, la surprise le gagna quand il s’approcha et s’accrocha à son bras au point qu’il en sente la poigne. Finalement, ce gars-là avait un peu de force bien caché quelque part.

Observant son manège avec un amusement malsain, il suivit le parcours de sa langue sur ses lèvres. La sexualité, quel jeu merveilleux...

- « Et si nous profitions de tes atouts une autre fois mon cher lapin blanc ? Tu n’es pas en forme, il serait dommage de te briser. Tu en conviendras je suppose. Je suis persuadé que tu peux être tout à fait distrayant et je compte bien le constater par moi-même lors de notre prochaine rencontre. »

Avec un sourire séducteur et pourtant carnassier, laissant ainsi planer une promesse dérangeante de sincérité où se cachait des sous-entendus à peine voilà, il prit possession de ses lèvres avec force et violence avant de les relâcher. Le sourire qu’il continua d’afficher promettait d’autres rencontres, peut-être encore moins sympathiques que celle-ci. Remontant sur son vélo après l’avoir lâché sans s’assurer qu’il puisse tenir debout, il l’observa.

- « Profite-bien de cet argent petit lapin, il est à toi, tu l’as gagné mais n’oublie pas ce que tu me dois. Je compte bien en profiter la prochaine fois. »

Sans aucune honte ni un seul regard en arrière, il reprit la route comme si tout ce qui venait d’arriver n’avait jamais eu lieu. Déconcertant de décontraction, son sourire en coin devint plus malsain que jamais. Il avait un nouveau jouet, une nouvelle proie toute indiquée...

-Rp terminé-
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La facilité de parler vient de l’impuissance de se taire || Morgan

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