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 Nessun Dorma (Wes)

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MessageSujet: Nessun Dorma (Wes)   Dim 4 Jan - 23:43


L’histoire est un éternel recommencement. Régimes autoritaires, peuples opprimés, conflits armés, tout avait une saveur de déjà vu. Nés au milieu de l’angoisse et la tourmente comme si ces deux sentiments s’étaient combinés pour donner le jour à une génération, sa génération. Une armée de jeunes gens avec la terreur dans le sang. L’esprit marqué au fer rouge par une mémoire collective omniprésente. L’odeur nauséabonde de la guerre et son lot de misère et de honte devaient les suivre jusqu’à la tombe. Le devoir de mémoire. En vérité, plus qu’un devoir c’était devenu une malédiction. La peur ne pouvait pas faire son travail insidieux sur Svenja, la peur l’avait enfantée. Elle la recouvrait comme une seconde peau frissonnante dès que l’horizon s’assombrissait.
Ce matin la peur était même venue s’inviter jusque dans sa couche, se coulant entre ses draps pour mieux la prendre dans ses bras et la réveiller de sa caresse, comme le ferait un amant trop longtemps éloigné.  Même l’insupportable tiédeur régnant sous ses cieux ne parvenait pas à effacer les frissons parcourant son échine à intervalles réguliers depuis la veille. La tension palpable régnant sur les rues de la Nouvelle-Orléans finissait par lui coller à la peau à son tour. L’intime conviction que l’histoire s’apprêtait à se répéter entachait ses journées. Cette dernière s’accompagnait d’une autre idée, plus sombre et inquiétante encore. Svenja n’était soudainement plus certaine de se trouver aux côtés de ceux qui triompheraient.

Costume Sombre avait fait son apparition dans son champ de vision dès l’instant où la porte de sa suite se refermait en un chuintement précipité. Ses chaussures soigneusement cirées étaient ensuite venues calquer leurs pas sur ses enjambées précipitées sans lui faire la courtoisie de présentations préliminaires. Ses nerfs à fleur de peau ne supportèrent pas l’arrêt brutal qu’elle lui avait pourtant imposé en face de la porte de l’ascenseur. Tandis que sa silhouette massive s’invitait à sa suite dans l’habitacle, elle choisit de l’apostropher avec un manque de tact usuel chez la blonde sorcière, surtout de si bon matin.
« - Ouais… grommela t’elle en le détaillant des pieds à la tête. Alors, j’ai déjà une armoire à glace dans votre genre à me trimballer quotidiennement. J’ai déjà eu du mal à me faire à sa présence TRES discrète, donc si vous pouviez gentiment dire à votre patron qu’un deuxième dans votre genre, c’est hors de question, ce serait parfait !
-L’agent Windsor ne pourra pas assurer votre protection ce matin, Madame. On m’a demandé  de le remplacer jusqu’à nouvel ordre. » Les portes de l’ascenseur se refermèrent avec un tintement sonore sur cette réponse cryptique. L’espace d’un instant, elle crut flairer la patte de Wayne dans ce retournement de situation.

« - Jusqu’à nouvel ordre ? Jusque-là je n’ai pas eu à me plaindre de lui… Cette litote faillit lui arracher un sourire. Pourquoi ce changement ?
- Il est simplement en convalescence, Madame. Si je peux me permettre…» L’homme exprima sa réserve par une brève hésitation avant de poursuivre « …je pense que ce remplacement vous contrarierait moins si vous saviez à qui vous avez à faire.
- Pardon ?
-Je suppose que vous n’avez jamais entendu parlé d’une certaine vidéo ? »

Svenja le toisa avec plus d’attention encore. Pour la seconde fois, les portes de l’ascenseur se refermèrent avec un tintement sonore, mais aucun de ses occupants ne manifesta le désir de monter ou descendre de la cage métallique.

Tel un missile à tête chercheuse, elle dévalait les couloirs de l’hôpital à toute allure, Costume Sombre toujours sur ses talons. Sa rage lui faisait office de conscience et de cerveau. Deux brefs coups de fils du garde du corps avaient suffit pour obtenir le nom de l’établissement où son collègue se trouvait. Le convaincre avait été une autre affaire. Il s’était finalement exécuté non sans grincer au passage que la raison même de cette hospitalisation devait sans aucun doute possible être imputable aux activités observées dans la vidéo gracieusement dévoilée par ses soins. La conviction que ces paroles contenaient certainement une bonne part de vérité n’adoucissait pas son courroux. Loin de là. A vrai dire, cette opinion insidieusement énoncée à voix haute avait fini de consumer le peu de contenance qui lui restait. La colère la guidait au travers du dédale architectural et administratif mieux qu’aucun laissé-passé. Aucune infirmière n’osait mettre en doute ses droits de visite lorsqu’elle les apostrophait au détour d’un escalier pour demander son chemin.

La sinueuse entrée de sa silhouette dans la chambre pour s’approcher du lit contrastait avec la cavalcade des instants précédents. La façon dont ses mouvements souples et légers lui permirent de se hisser sur la couche sans troubler la respiration profonde et régulière du convalescent rappelait celle d’un félin. La découverte de l’étendue des dégâts se fit avec une gravité sans pareille. Ses yeux suivirent le tracé violacé marbrant le visage et le corps familier en un regard dépourvu du moindre battement de cil. A l’intérieur, chaque bleu faisait un ravage sans précédent, soulevant un peu plus son estomac malgré  la gravité discutable de certains d’entre eux. Le masque finit pourtant par se fendiller sur un rictus. Cette parodie de repos du guerrier lui évoquait quelque chose d’outrageusement grotesque. Son index vint se poser délicatement sur le flanc de son amant, y décrivant un arc de cercle d’une tendresse infinie à travers la fine blouse de coton la séparant de sa peau. La caresse se mua bientôt en une pression subite sur son épiderme. La fureur mobilisait tous ses traits tandis que son doigt s’enfonçait d’un demi-centimètre dans les côtes de Wesley. Le geste cessa au premier râle de douleur, creusant ses joues en une mimique qui contrefaisait superbement la satisfaction. Ses lèvres dont l’ourlet autrefois d’une couleur rose pâle avait encore blanchi s’entrouvrirent à peine. « Oh, je t’ai fait mal, peut-être ? Je suis désolée, est-ce que je peux te proposer un peu de poudre pour faire passer ça ? » les mots heurtaient le silence en sursauts rauques presque déformés par un accent germanique palpable. Ses propos se ponctuèrent d’une pantomime explicite et du petit reniflement caractéristique, tout deux parfaites répliques de la performance audiovisuelle du premier concerné. « Ceci dit, j’ai cru comprendre que te faire cogner dessus était ton truc. Alors, tu prends ton pied là, Windsor ? »
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MessageSujet: Re: Nessun Dorma (Wes)   Sam 10 Jan - 20:43




Rien. Il n'y avait rien. Un océan d'encre surplombé d'une nuit sans étoiles. Il flottait languissamment dans ce néant absolu, ne voyant rien, n'entendant rien mais se sentant curieusement serein. Était-il mort ? Il ne s'en rappelait pas. Était-il condamné à errer pour toujours et à jamais dans ces limbes étranges ? Ces interrogations n'éveillèrent nulle peur en lui. Il n'y avait rien. Et puis soudain, un éclair, fulgurant et aveuglant, qui zébra la voûte fuligineuse, et il ressentit une vague douleur, lointaine, lui traverser le flanc. Cette fente coruscante, qui béait dans les cieux, l'aspira, le happa. Les ténèbres le régurgitaient, la lumière l'appelait.

Ses paupières papillonnèrent, ses yeux s'ouvrirent sur une chambre sobre, impersonnelle, baignée dans la lumière criarde et agressive de néons, tandis que l'odeur âcre et intrusive d'antiseptique lui faisait plisser le nez. Un hôpital conclut-il. Il tâcha de s'expliquer sa présence en ces lieux et échoua lamentablement dans un premier temps. Les événements récents semblaient comme encerclés d'une brume dense et infranchissable, ses souvenirs évanescents l'éludaient. Quelques réminiscences décousues ça et là, des flashs vivides, des îlots de remembrances. La migraine qui s'accrochait vicieusement derrière ses globes oculaires et qui lui martelait les tempes n'arrangeait guère les choses. Le Hunter se souvenait de s'être rendu dans les bas fonds de la ville afin de livrer un combat illégal et d'avoir été approché par de sinistres individus qui l'avaient instigué à se coucher lors du quatrième round – les bakchichs étaient courants dans ces milieux malfamés -, chose qu'il avait acceptée. Néanmoins, lors de l'affrontement, Wesley avait été si dépité par les piètres aptitudes de son antagoniste qu'il lui avait fait mordre la poussière, brisant ainsi l'accord passé. Après ça, plus rien, un voile opaque. Il tenta de bouger quelque peu et l'entièreté de son corps rompu le fit souffrir. Tabassé conclut-il cette fois.

Une voix troua le brouillard nébuleux de son esprit et le soudard prit soudain conscience de la présence à ses côtés. Svenja. Faciès sculpté dans le marbre et la glace, un port altier, une crinière vaporeuse. Un soleil d'hiver : splendide mais dont les rayons ne conféraient aucun réconfort. Elle jetait au vent des paroles sibyllines, dont Wesley ne comprenait pas le sens. Toujours hébété, les sens émoussés par le traumas et les médications, ses sourcils se froncèrent, creusant un sillon sur son front. « Huh ? » fit-il éloquemment. Nonobstant l'incompréhension, le soudard saisissait la signification du sourire dénué de chaleur qui ornait les lèvres délicates de son amante : il était prélude d'un nouveau déchirement, de heurts. Il l'avait vu mille fois, ce présage de mauvais augure. Néanmoins, cette fois, Windsor avait fourbi ses armes ; elles étaient acérées et fiévreuses à l'idée de boire le sang.
Soudain, les dires de Svenja s'imbriquèrent et il comprit : l'on avait dévoilé à la belle les conditions dans lesquelles il avait été retrouvé. Jusqu'à présent, il avait réussi à cacher son penchant prononcé pour la violence et substances illicites. Il y avait fort à parier que cette découverte importune n'avait guère enchanté la dame, si attachée qu'elle était à sa réputation. Oui, il était grisé par la rixe ; que croyait-elle ? Il fallait aimer le goût du sang afin de s'affubler de l'uniforme noir. « Mes activités nocturnes ne regardent que moi. » croassa-t-il. Sa gorge était si rêche. Il se redressa vaille que vaille, plaçant un oreiller entre son dos et le mur, tentant par la même d'installer de la distance entre elle et lui. Ce simple mouvement lui avait demandé un terrible effort, la douleur lui incendiait le buste, si bien qu'il dut serrer les mâchoires afin d'étouffer un grognement plaintif. Un film de sueur faisait luire sa peau, son souffle était sibilant. Ses muscles ankylosés et meurtris protestèrent encore une fois lorsqu'il se saisit d'un verre trônant sur sa table de chevet, qu'il porta à ses lèvres d'une main presque tremblante. Il s'évertuait à dissimuler tout signe de cette faiblesse accablante, ne voulant pas avoir l'air vulnérable devant elle, plus encore au vu de l'orage qui s'esquissait. « Je vais bien, inutile de t'inquiéter. » ironisa-t-il. Il passa délicatement une main sur son visage ravagé. Son teint d'albâtre était moucheté de contusions et d'entailles en tout genres. Un lourd soupir s'échappa de sa bouche. Elle n'était pas venue par sollicitude, elle était venue dans l'unique but d'en découdre. Et Wesley, dans son infinie bonté, allait exaucer ce vœu. Il avait fébrilement attendu cette inéluctable querelle, l'occasion de débonder son ire et sa frustration, de mettre un terme à l'hypocrisie, d'exposer ses mensonges. L'heure était venue. « J'ai bien peur de te décevoir une nouvelle fois, Svenja : les secrets de polichinelle ne se monnaient pas très bien, d'après ce que j'ai entendu. » fit-il, de la glace dans la voix, son regard pâle et froid rivé sur elle.


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MessageSujet: Re: Nessun Dorma (Wes)   Mer 25 Fév - 0:50



L’odeur légèrement âcre des détergents lui faisait plisser le nez, accentuant encore le masque de mépris  qui avait pris possession de ses traits. Une vague senteur citronnée surnageait en arrière-plan de son univers olfactif, comme une maigre tentative de masquer la quantité d’agents chimiques mobilisés pour annihiler toutes les souillures quotidiennement amoncelées. Svenja ignorait que ces émanations-là, au même registre que le parfum d’agrumes caractéristique, hantaient les réminiscences de ses semblables. Fouler les couloirs immaculés de ce genre d’établissement ne remuait aucune blessure présente ou passée. Parmi l’amas de souvenirs dont sa mémoire était dépositaire, aucun traumatisme que cette simple odeur pouvait déterrer. Naissances, maladies, accidents, décès… Chacun des événements d’une vie humaine  devait se dérouler sur place, figé dans l’espace-temps dans lequel il s’était amorcé. Les parias dans son genre préféraient remettre leur destin entre les mains de la Fortune et du talent des leurs plutôt qu’entre celles d’une société qui ne les reconnaissait pas. Ses narines frémissaient au contact de cet univers aseptisé, ses paupières papillonnaient sous la lumière crue des néons. Même son ouïe abhorrait ce silence antinaturel que le tintement métallique d’un lit ou d’un chariot venait périodiquement habiter, le temps qu’une infirmière traverse  le couloir de son pas pressé. Cette agression continuelle de ses sens venait jeter de l’huile sur le feu de l’irrépressible transport qui l’agitait.

La colère était le fil rouge même de leur semblant de relation. Aucun incident, aucun désaccord ne pouvait survenir sans qu’ils ne finissent par élever la voix. Malgré cette rage contenue qu’elle soupçonnait de pulser dans chaque fibre du corps étendu face à elle, Svenja se savait à l’origine de chacun de leurs coups d’éclats. Peu importe l’émotion étreignant son estomac, il suffisait d’atteindre un certain degré d’intensité pour que  la fureur finisse par l’emporter. Et il ne faisait que réagir encore plus violemment à chacune de ses sollicitations à l’image d’un élément chimique excessivement instable. Même l’esprit embrumé par les drogues et autres calmants, même ivre des coups qu’elle le suspectait d’avoir volontairement encaissé, il lui suffisait d’un seul coup d’œil hagard pour anticiper la tempête à venir. Sa propre transparence aurait finit d’offusquer la sorcière s’il ne s’était pas repris à temps pour lui donner l’occasion de s’étrangler davantage sur une de ces fameuses répliques où il entrait dans la longue lignée des stéréotypes machistes tout droit sorti de la culture populaire américaine.

« Ne joue pas au p*tain de Clint Eastwood. Pas dans cette jolie petite robe et le décolleté qui va avec. » L’idée pourtant un brin burlesque de ce vêtement qu’elle désignait du doigt s’arrêtant à mi-chemin des cuisses musculeuses de son amant et dévoilant au passage la totalité de son dos massif ne parvint pas à la dérider une seule seconde. La teneur de ses propos n’apportait aucune nouveauté à la sempiternelle rengaine qu’il lui opposait usuellement, contrairement au mouvement de recul qui les accompagnait. Ce simple geste, certes obtenu au prix de douloureux efforts pour son corps endolori, parvint miraculeusement à cristalliser sa colère l’espace d’un instant. L’amertume se glissa le long de sa gorge pour venir lui chatouiller le palais tandis qu’une à une, les micro-expressions de son visage blafard le trahissait. Par réflexe, son bras accompagna celui de Wesley dans son mouvement fébrile approchant le verre de sa main tendue. La détermination avec laquelle il se saisit de l’objet et le ton narquois avec lequel il déguisait son reproche, sonnèrent la fin de l’accalmie. Le bras de la sorcière retomba mollement le long de son corps.

Une exclamation dédaigneusement lui échappa. « A quoi est ce que tu t’attendais au juste, que je vienne pleurer à ton chevet ? »  Svenja connaissait sa réponse avant même que ses lèvres blanchies par la tourmente ne se desserrent de nouveau. Elle n’était pas cette femme-là. La froideur et l’indifférence slave dans toute sa splendeur. Et pourtant, son profil altier se détachait dans l’univers outrancièrement neutre de sa chambre, faisant pleuvoir les reproches plutôt que les pleurs sur ses épaules meurtries. Comme pour le défier de prétendre ne déceler aucun feu sous la glace. Elle se sentait prise au piège de son propre paradoxe. Trop bouffie d’orgueil pour reconnaître d’elle-même ce désarroi lui dévorant les entrailles lorsque ses yeux se risquaient à évaluer les nombreuses contusions et traumas, mais trop mordue pour ne pas s’offusquer qu’il ne réalise pas.
 
Ses mots lui firent l’effet d’un courant d’air glacé dans l’atmosphère électrique de la chambre. Maintenant parfaitement lucide, il entrait dans son jeu, lui rappelant au passage qu’elle n’était pas la seule à aimer en découdre. Plus que sa propre déclaration de guerre et la pluie de sarcasmes et dont elle l’arrosait copieusement, ses paroles s’apparentaient à une menace à peine voilée.
 
Frisson réprimé d’un haussement d’épaules faussement désinvolte, tandis que l’arc parfait de son sourcil blond s’arrondissait lentement en une pantomime de surprise. Il l’avait trop prise de court pour lui offrir une meilleure prestation. Consciente qu’il égrenait avec un plaisir évident la moindre seconde de silence qu’elle laissait couler, sa réponse prit la forme d’un murmure rauque, laconique.

« De quoi est-ce que tu parles, Wesley ? »
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MessageSujet: Re: Nessun Dorma (Wes)   Ven 27 Fév - 5:05





I will tell you my sins so you can sharpen your knife


Adossé au mur, le souffle râpeux, Wesley redécouvrait son corps. Son regard vitreux, désabusé étudiait sa main, qu'il serrait en un poing pour ensuite la décontracter. Il savait que quelque part sur sa droite, Svenja était là, lui projetant sans aucun doute l'une ou l'autre pique acérée dont elle avait le secret. À celles-ci, le Hunter leur opposait un silence complet. Dans ce corps colossal, façonné par des entraînements pratiqués dans la plus grande rigueur et dans le plus grand zèle, tout cela dans le cadre d'une discipline spartiate, ne coulait aucune puissance. Une carcasse noueuse et futile. Et c'était sans parler du marasme spirituel, son acuité intellectuelle lui semblait émoussée, sa vivacité d'esprit embourbée dans ces brumes opaques qui cerclaient son encéphale. Windsor se sentait encore plus pitoyable et diminué que lors d'une gueule de bois carabinée Des songes saugrenus, surgissant du néant, se greffaient à d'autres et très vite, le ressac de ses pensées lui paraissait totalement sibyllin. Il haïssait ces barbituriques dont on l'empâtait, il se sentait si groggy, si faible, si hagard. Il voulait retourner chez lui, panser ses plaies dans l'intimité de son appartement pour les jours à venir et, surtout, retrouver sa fille. Il prit une nouvelle lampée d'eau, comme si ce liquide cristallin allait d'une manière ou d'une autre lénifier ses maux.

Se grattant nonchalamment sa barbe désormais mal taillée, Wesley consentit enfin à glisser une nouvelle œillade du côté de son amante. « De toi ? Je ne m'attendais à rien. Rien aurait été mieux que ça. » fit-il. Chaque syllabe qu'il donnait au vent étaient lacées de poison. Svenja, dans son infinie outrecuidance, avait allongé ses foulées jusqu'à cette prison blanche dans la seule vue d'agonir le briscard de reproches. Elle le traitait avec tant de morgue, baissant ses yeux rogues sur lui et sa position avec dédain. Dans l'âtre de ses entrailles, le brasier avait pris férocement, des flammes vigoureuses grondaient. Il pouvait sentir la fureur poindre. L'ignition coruscante n'était plus qu'une question de minutes. Il avait beau être éreinté et las, il trouverait aisément la pugnacité nécessaire à la combustion. Le moment était venu pour Svenja de se rappeler quel genre d'homme était réellement Wesley.

Au prix d'un effort surhumain, devant par la même étouffer un grognement, le soudard se redressa et se pencha vers la blonde, leurs deux visages à quelques centimètres l'un de l'autre, si bien qu'elle devait sentir le souffle chaud et rauque de la bête sur son épiderme albescent. Il planta son regard opalin dans le sien, captura l'encolure grêle de l'Allemande avec sa pogne et, à voix basse, susurra : « C'est ça Svenja, continue à me prendre pour un con. Vois ce qui arrive. »  Sur ce, il jeta ses jambes de l'autre côté du lit et se leva, vaille que vaille. L’entièreté de son corps protestait face à cette maltraitance et toutes ses meurtrissures l'élancèrent vivement, si bien qu'il lâcha un chapelet de jurons. D'un pas chancelant, il se traîna jusqu'à la fenêtre. Ses jambes étaient flageolantes, son souffle court et son front emperlé de sueur. Derechef, il se maudit d'offrir spectacle si pitoyable à la sorcière. « Ta présence ici indique que tu as appris pour mes combats illégaux. Tu as bien fait tes devoirs. As-tu poussé l'inspection plus en profondeur ? Es-tu au courant pour la cocaïne que je revends ? La prison ? Les meurtres ? Mon premier fut à seize ans. Ça me rendrait presque nostalgique, putain. » Il apposa son front sur la vitre fraîche. Il était si fatigué, désorienté. Les mots s'envolaient de lui avant même qu'il ait conscience de les former. « J'ai fait mes devoirs aussi, Svenja. Mais bon, ne brûlons pas les étapes. » Si fatigué. Au dehors, l'astre solaire était au zénith, accablant les hêtres qui se pressaient de se rendre à leur travail de ses implacables rayons. Tous ces ploucs, dans leur vie monotone et insipide, avaient au moins la chance salutaire de ne pas être plongé dans le même dilemme qui tourmentait Wesley. À cet instant précis, il envierait presque ces plébéiens et leurs existences fadasses. « Premièrement, un Shadow Hunter qui fait office de garde du corps, ça ne t'a pas mis la puce à l'oreille ? Ou bien ton égo a-t-il jugé que ta sécurité valait bien que l'on dépêche un putain de Hunter ? » Si las. Au dehors, deux hommes s'empoignaient, car l'un avait commis l'affront irréparable d'avoir renversé son café sur le blouson d'un deuxième larron. « Quoiqu'il en soit, mon job, c'est de casser du mage noir, pas de jouer au baby-sitter pour blondasse cossue. Tu serais donc en droit de te demander pourquoi diable m'a-t-on flanqué cette brute ? La raison est toute simple : ton grand amour nourrissait quelques doutes quant à ta loyauté. Sur ce coup-là, on peut pas lui en vouloir. » Il soupira. Les deux hommes étaient en train de se rouler l'un sur l'autre, tentant tant bien que mal d'asséner un coup à l'autre. Une rixe risible, qui se déroulait dans l'indifférence totale des autres piétons. « Je me suis dit que si je jouais bien mon coup, j'pourrais au moins faire chanter un des deux partis, tu vois ? Rien de bien méchant, juste de quoi arrondir mes fins de mois quoi. Ma pute de mère disait toujours '' pas de fumée sans feu ''.  Et moi, en tant que bon fils de pute, j'ai retroussé mes manches et j'ai plongé mes petites mains dans la merde. Et dans le sang. T'as pas idées des trucs que j'ai dégotés ! » Il avait produit ce laïus d'une voix monocorde, détachée. D'accoutumée un homme de peu de mots, Wesley se montrait souvent volubile lorsque soumis à un certain stress. Dans ces moments, il avait la singulière impression d'être loin, absent, comme si la situation ne l'atteignait pas et récitait ses palabres de façon machinale, comme si un autre homme les auraient eus souffler à sa place.
Faisant finalement face à la beauté qui partageait ses nuits, il tendit les bras, comme pour soupeser. « Vois-tu Svenja, j'ai dans une main cette ébauche de nous et dans l'autre, l'arme qui te détruira. Je ne parviens pas à trouver l'équilibre. » Si las, si fatigué.
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MessageSujet: Re: Nessun Dorma (Wes)   Lun 23 Mar - 0:23


« Anything you will say can and will be held against you»



Wesley Windsor & Svenja Gärdener
featuring

Il y avait quelque chose d’absolument grotesque dans ce soudain besoin d’accourir au chevet d’un Wesley convalescent. Comme si cela ne lui ressemblait pas, ne leur ressemblait pas. Grotesque aussi les muscles saillants derrière le coton froissé des draps auxquels une multitude de lavages donnait un aspect grêlé. Une brusque envie de rire la saisit face au  visage défait de son amant, aux gestes mal-assurés qu’effectuaient ses membres puissants. Mais d’un rire jaune, aussi acide que les propos qu’ils se tenaient dans cette joute orale à peine amorcée. Trop habituée à osciller entre désir et exaspération  à son égard, il fallait que sa vulnérabilité l’éclabousse de son évidence pour qu’elle découvre la palette d’émotions à sa disposition lorsqu’il s’agissait de lui.

« De toi ? Je ne m'attendais à rien. Rien aurait été mieux que ça. » Cela aurait pu être l’estocade finale, mais ce n’était qu’un avant-goût. Cruelles prémices de reproches plus virulentes encore. Aucun moyen de se débattre et lutter contre  l’amertume assumée de ses mots, trop de vérité se cachait derrière cette réplique cinglante. Une  vérité toute relative, comme emprisonnée dans cette langue dont elle maîtrisait l’usage sans jamais en capturer l’essence. Mais une vérité quand même. Quelle sorte de personne s’insurge contre l’ambigüité des mots au chevet d’un malade ? Le genre de femmes dont l’on n’attend rien.  Celles dont on redoute l’arrivée, sans doute synonyme de trop d’éclats et de drames. Se taire revenait à lui offrir le même acquiescement tacite que protester. Autant pour le libre arbitre donc, et quitte à lui donner raison autant le faire à grand renfort de sarcasmes. Cela n’avait rien d’un rôle de composition pour Svenja. Pourtant, elle s’y accrochait comme à une bouée de sauvetage face aux vagues de détresse que chaque stigmate alimentait et qui venaient s’écraser avec fracas sur les rives de son ire.

Son sang n’était plus le seul à battre ses veines au rythme de sa fureur. Au fond des orbites creusées par la fatigue et la souffrance, une lueur mauvaise vacillait doucement. Plus  encore que le poids de son poing lui courbant l’échine dans un simulacre de soumission instantanément abhorré, c’était l’étau glacial de ses prunelles qui l’inquiétait. Prisonnière de sa poigne comme de sa colère, la sorcière découvrit l’espace d’un instant une variante de purgatoire jusque là inconnue. Ses traits se laissèrent marteler par la vapeur brulante de son haleine sans laisser transparaître l’alarme qu’elle instillait en elle. A peine quelques battements de cils vinrent la trahir et ponctuer cette démonstration de force face à laquelle elle opposait son refus de se débattre. Soutenant l’œillade furieuse, elle se contenta de le presser d’un sifflant : « Arrête les menaces et viens-en au fait Windsor. » Sa voix s’éteignit sur les dernières syllabes lorsqu’il desserra l’étreinte pour mieux s’éloigner. La désinvolture de son manège face à la gravité apparente de ses blessures la fit grincer des dents. Une nouvelle fois Wesley dévoilait l’étendue de son arrogance face à sa propre condition et à travers celle-ci écartait avec ostentation et dédain toute tentative de sollicitude de sa part. Elle l’observa s’arque-bouter et traîner son corps rétif jusqu’à la fenêtre en silence, reléguée au rang d’importune spectatrice du haut de ses gradins de fortune. Ses aveux cinglaient l’air aseptisé de la chambre d’hôpital, donnant pour la première fois l’impression à Svenja d’être au cœur de la tempête sans en être à l’origine. De son inconfortable position, le contraste entre la crudité quasi-adolescente des termes empruntés et la gravité des faits en devenait presque douloureux. Ses lèvres s’entrouvrirent ostensiblement tandis que ses longs doigts fins se perdaient dans les draps sur lesquels ses mains reposaient, s’accrochant à l’étoffe comme pour ne pas se laisser emporter par leur folie. Ses prunelles agrandies fixaient invariablement les épaules massives de son amant faute de pouvoir sonder les siennes à la recherche d’un quelconque sentiment. Pour la première fois de sa vie, les mots lui manquaient. Cocaïne, meurtre, prison. Ceux de Wesley venaient s’entrechoquer dans son esprit dans un amas confus lui donnant le vertige. Sa voix vint au renfort de ses pensées sous la forme lointaine d’une vague constatation. « Je ne sais foutrement rien de toi. Je ne sais pas qui tu es. » Si faible que son écho finit par se perdre au milieu de l’agressive énumération entreprise par la vaste silhouette érigée en sentinelle face à la fenêtre. Sûrement lassé par la tournure introspective prise par son monologue. Il avait entrepris de revenir sur un terrain sur lequel Svenja savait se battre. L’ironie dont il l’abreuvait pleuvait pourtant sur une ombre plus silencieuse que jamais, déstabilisée, incertaine, presque vacillante. Des accords rauques franchirent enfin le seuil de ses lèvres pour répliquer avec une fébrilité nouvelle « Comme si ce n’était pas crédible qu’un type aussi tordu et que Wayne me balance un gorille dans ton genre pour… » mais de nouveau sa voix s’éteignit sous une nouvelle déflagration de révélations. Plutôt que de se laisser ensevelir  une nouvelle fois, elle laissa cours à l’indignation que soulevaient ses propos. Ses jambes se détendirent d’elles-mêmes, la supportant malgré leur consistance vaguement cotonneuse tandis qu’elles marchaient dans les traces de Wesley et s’immobilisaient à quelques enjambées des siennes.  
« Enfoiré. » Le russe s’était substitué à l’anglais dans son esprit comme dans sa bouche pour mieux appuyer le brutal sursaut de son orgueil bafouillé. « P*tain d’enfoiré. »  Le sang battait à ses tempes à une telle vitesse que des taches obscures venaient altérer sa vision. « Ais au moins la décence de te retourner si tu tiens à me déballer tes petites découvertes sordides. » La faire chanter. L’estomac de Svenja se soulevait face à l’impudente naïveté avec laquelle elle s’était laissé prendre au jeu.  Elle savait pourtant que la comédie de la brute épaisse ne faisait pas pour autant de lui un imbécile. Il était donc temps de faire tomber les masques et de dévoiler son jeu. Contrairement à Wesley, la beauté slave n’avait plus de cartes à abattre. Eblouie par le déconcertant envoûtement dégagé par leurs étreintes et leurs batailles jusqu’à se laisser piéger dans le fil de ses mensonges et ses omissions. Une véritable nausée étreignait son sein tandis que Wesley déconstruisait méthodiquement les rares acquis de leur dangereuse liaison.

« Bravo, tu m’as démasquée. Je ne vaux pas mieux que toi. Je triche, je mens, je vole pour parvenir à mes fins. » Un rire inopiné vint la couper dans son élan tandis que la véracité de ses propres aveux la frappait de plein fouet. « En fait, je suis une putain de fraude, quand on y réfléchis bien. Je veux dire… je n’appartiens pas à leur foutu monde, je leur donne juste l’illusion d’être comme eux. Et ça marche. Mais tu te contrefous de savoir comment une petite bohémienne dans mon genre peut justifier ses actions tant qu’elles te profitent. N’est ce pas ?» Son regard se perdit en  direction de la porte condamnant la chambre, réalisant soudainement que l’ombre du gouvernement hantait les couloirs de l’établissement. Ce qu’elle perdit en sonorité, elle le gagna cependant en amertume. « Un équilibre ? Mais quel équilibre ? » Svenja écarta les mains en signe d’impuissance. « Qu’est ce qui t’attaches à moi si ce n’est ton foutu appât du gain ? »
Son regard s’attarda sur le pli résolu de la bouche de son amant puis la lassitude la gagna soudainement, sa main vint s’enfoncer dans la masse de sa chevelure blonde tandis qu’elle le contemplait en silence. Puis ses pieds effectuèrent deux pas sur le côté, lui ménageant un passage vers la voie que lui indiquait son pouce dressé au dessus de son épaule en direction de l’unique porte de la pièce.

« Au bout du couloir, m’attends un de tes petits copains en costume sombre. Il suffirait de pas grand-chose pour le convaincre de te faire taire pour de bon. Mais j’en suis incapable. Voilà la valeur que j’accorde à notre ‘ébauche’. Ne prends pas ça pour une marque de faiblesse ou de vertu, je suis tout bonnement incapable de te nuire. Tu vois ta victoire est presque complète mais tu ne me feras pas plier les genoux, Wesley. Je ne vais pas te supplier de m’épargner. Tu veux me détruire ? Alors fais-le correctement, sois précis, prends un papier et un crayon je vais te donner des dates et des noms. Avec un peu de chance, tu pourras aller récupérer ta récompense directement auprès du grand chef sans avoir à faire le sale boulot. »


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MessageSujet: Re: Nessun Dorma (Wes)   Ven 27 Mar - 12:34


« If I told you what I was, would you turn your back on me ? And if I seem dangerous, would you be scared ? »



Svenja C. Gärdener & Wesley Windsor
featuring

La colère était une maîtresse subjuguante et destructrice. Une marionnettiste, qui le faisait danser comme un sinistre arlequin. Une chienne indocile qui le faisait systématiquement céder à ses soupirs délicats. Alors, assujetti par cet appel obsédant, il ployait sous ce joug délétère, enivré, aveuglé par cette union ignée. C'était cyclique, immuable. Un pattern qui se répétait sans fin. Et une fois les desseins de cette catin capricieuse assouvis, il demeurait seul à contempler les ravages causés par cette liaison pernicieuse. Exactement comme à cet instant précis. Wesley pouvait entendre les syllabes âpres et froides de sa langue maternelle résonner dans l'air, ce qui était immanquablement de mauvais augure. Entre eux, l'utilisation de ce dialecte était prémisses d'une escalade la violence, d'un envenimement de la situation. Il ferma les paupières, front toujours posé contre la fenêtre, et exhala un soupir expirant. Le Hunter, s'étant abandonné à l'étreinte de son ire, avait une nouvelle fois fait preuve d'une véhémence maladroite, s'était montré comminatoire à outrance. Et maintenant, il lui allait falloir encaisser les diatribes virulentes de Svenja, rétribution de cet emportement. « Tu n'étais qu'une inconnue à mes yeux à l'époque. » se justifia-t-il posément, comme si cette ligne rachetait son comportement. « On se mérite, j'imagine. » fit-il avec un léger sourire, lui faisant toujours dos. « Tu as partiellement raison. Je me contrefous de la manière dont tu justifies tes actes, c'est vrai. Je veux dire, qui suis-je pour te jeter la pierre ? Je me suis abaissé aux pires atrocités pour arriver à mes fins. Si la seule possibilité que tu avais de gravir les échelons était d'empiler les cadavres pour t'en faire des escaliers, ça m'est égal. Mais ça ne sert pas mes intérêts. Tant que le mal que tu crées autour de toi ne m'affecte pas, peu m'importe. » Sa pétulance l'avait encore grandement desservi ; dans sa fougue, dans sa hâte de placer Svenja dos au mur, il s'était fourvoyé, il avait fait croître le brasier de la discorde et là n'était point son but, loin s'en faut. « Au bout du compte, qu'est-ce qui t'attaches à moi si ce n'est ton foutu appât du gain ? » À son corps défendant, Wesley frémit lorsqu'il entendit ces paroles qui le vitriolèrent. Ils déraillaient, ils faisaient fausse route. Tout fruste qu'était le Hunter, tout cruel qu'était son manque d'empathie et de discernement, ce fut avec une certaine prescience luisant dans ses pupilles de glace qu'il se rendit compte avec acuité d'à quel point ce moment était crucial. Ils étaient indéniablement à un tournant important et s'il ne parvenait pas à rectifier la course effrénée de leur relation, il avait bien peur que la déchéance leur soit irréversible.  Finalement, il consentit à faire volte-face et, lentement, afin de ne pas accabler ses tissus meurtris, il pivota sur ses talons, toujours engoncé dans cet accoutrement ridicule. Windsor coula un regard en direction de cette femme façonnée par une divinité bienveillante qu'il avait désiré haïr et haïssait désirer. « Tu te méprends sur mes intentions, Svenja. Si je te jette la pierre et que je te menace, c'est parce que j'ai peur. » Sa langue darda au dehors, humecta ses lèvres rendues sèches par cette douloureuse confession. Avouer cette pitoyable faiblesse lui tordait les entrailles, lui écorchait la gueule et se montrer aussi vulnérable lui était presque inconcevable. La dernière personne à qui il avait accordé sa confiance l'avait brisé jusqu'aux tréfonds de son être, l'avait laissé seul et ravagé, ivre de douleur. Être contraint de se mettre à nu de la sorte l'ulcérait, mais s'il désirait sauver son couple, l'heure n'était point aux pudibonderies. Wesley vrilla son regard d'azur dans celui de son amante, sondant les profondeurs de son âme, recherchant frénétiquement des traces de mépris ou de pitié. Lorsqu'il crut n'en déceler aucune, il continua : « Tu n'as pas hésité à vendre Sudworth. Mes secrets seront moins lucratifs mais si un jour tu décides de les éventer par vengeance, le Gouvernement fera en sorte qu'il m'arrive un fâcheux accident. » Avec stupéfaction, le Hunter remarqua que l'amplitude de sa respiration s'était agrandie, que son cœur martelait sa cage thoracique et que son front était emperlé de sueur. Au fil de leurs oaristys, elle aurait inéluctablement flairé l'odeur fétide des cadavres et de l'argent sale ; des miasmes qui, peu importe la profondeur à laquelle on les enterrait, finissaient toujours par exsuder au grand jour. La brute n'aurait pu dissimuler son insanité bien longtemps. « Je ne manquerai probablement à personne mais j'ai envie de voir ma fille grandir. Qui menacera ses petits copains de leur péter les genoux si je ne suis plus là, hein ? » fit-il avec l'ombre d'un sourire en coin, piètre tentative d'alléger la tension qui alourdissait l'atmosphère. « Mes menaces étaient uniquement dissuasives. Nous avons tous deux le moyen d'anéantir l'autre et nous devons apprendre à nous faire confiance malgré ça. Tout du moins, si on veut avancer. Et c'est ce que je veux. » Il était désireux de faire un pas vers elle, de jeter un peu de lumière sur l'ombre de ses secrets, de cesser d'incarner un personnage qu'il n'était pas. Toutefois, il ne pouvait procéder à la chose sans garantie, sans savoir si elle-même n' allait pas chercher à le détruire ; alors, Wesley avait dégainé son arme et l'avait placé sous la gorge grêle de la nymphe, sans intention d'ouvrir les chemins du sang, sans intention de faire perler le liquide purpurin, uniquement afin de se préserver. Une guerre froide, deux nations fortes de l'arme nucléaire, qui se toisaient avec défiance, qui hésitaient à prendre la main et provoquer l'annihilation du parti adverse afin de se sauvegarder, tout en étant effrayées du retour de flamme potentiel.

Depuis qu'il avait fait cette découverte, l'affection que le soudard vouait à la vénusté avait été gangrenée par les mensonges, nécrosée par la méfiance. Wesley avait vécu dans l'appréhension que s'il venait à baisser sa garde, Svenja pourrait s'avérer suffisamment retorse que pour le vendre lui aussi. Las d'être taraudé par de tels tourments, avec son impétuosité coutumière, le milicien avait fait le saut de l'ange, se jetant tête baissée dans les abysses, espérant que les liens qui l'unissaient à elle retiendraient sa chute, privilégiant comme toujours l'attaque frontale. Et il semblait que cette stratégie intrépide s'avérait fructueuse, au vu des dires de la beauté slave. « Je ne veux pas te faire chanter, je ne veux pas te vendre. Si tel avait été le cas, tu ne te tiendrais pas devant moi à cette heure. Contrairement à ce que tu crois, j'attache plus d'importance à notre couple qu'à une liasse de billets, si généreuse soit-elle. Je n'ai jamais eu l'intention d'utiliser cette arme en premier, je voulais simplement jauger ta réaction, voir si je pouvais te faire confiance. J'ai ma réponse. Et tu auras les tiennes, si tu le désires et si tu poses les bonnes questions. » Couple, un mot qui roula sur sa langue d'une façon singulière, qui lui laissa un goût intriguant dans la gueule, qui en définitive lui semblait légitime. Si tant était que la sorcière lui pardonne pareille machination.


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MessageSujet: Re: Nessun Dorma (Wes)   Jeu 30 Avr - 13:45


« Teach me how to hold you in my arms,without squeezing too damn tight and causing harm.»



Wesley Windsor & Svenja Gärdener
featuring

Personne n’est à l’abri des grands clichés propres à l’humanité. Pas même Claudia Silke « Svenja » Gärdener. Tandis que son amant décortiquait avec une précision chirurgicale la mécanique viciée de leur relation, cette certitude l’enveloppait de sa présence douce-amère. Finalement, pour elle aussi les hôpitaux avaient fini par devenir des lieux d’incertitudes et d’angoisse. A l’image d’une mère ou d’une épouse inquiète, elle attendait le diagnostic final de Wesley. Qu’il porte le coup de grâce à sa carrière, sa vie peut être, et avec elles la multitude d’illusions dont elle avait fini par se laisser bercer au creux de ses bras ; ou qu’il lui annonce, magnanime, un salut possible pour elle, pour eux.
 
Ses paroles semblaient si froides et impersonnelles prononcées d’une voix égale, sans un regard, sans une expression pour appuyer ou nier la brutalité de leur signification. L’indifférence avec lequel son dos exposait un par un ses griefs avait naturellement soulevé une nouvelle fois son indignation. La poussant à aboyer des injures dans cette langue qu’ils n’empruntaient que pour mieux se détester l’un l’autre. Routine si rodée, qu’elle ne parvenait même plus à l’émouvoir. Ses épaules frémirent à peine à ses vociférations dans un mélange plus colloquial que confus de slave et d’anglais, indice d’un énième soupir de lassitude. Froide et impersonnelle, encore, sa tentative d’apaiser le feu couvant derrière ses protestations. Privée de l’étau des prunelles du Shadowhunter, Svenja ne pouvait accepter ses mots. Ils glissaient sur sa silhouette gracile et se perdait dans le silence glacial dans lequel ses cris s’étaient lentement éteints. A peine un mince frémissement secoua les lèvres closes de la sorcière à l’évocation de piles de cadavres et d’autres torts supposément attribués à son ambition démesurée. Il se trompait. La violence et la mort régnaient en maîtresse sur sa vie à lui. Leur ombre putride s’attachait à chacun de ses pas sans qu’il ne le soupçonne, allant jusqu’à hanter les recoins de sa chambre d’hôpital. Certes, l’univers de Svenja comportait son lot d’artifices, de mensonges voire d’infamie. Mais ses mains restaient blanches, le sang d’aucune victime ne venait entacher son ascension. Du moins, aucune de son fait.

Aussi inéluctable que soit la volte-face de Wesley, elle resta un moment sonnée par l’aveu l’accompagnant. Son aveuglement ne s’étendait pas jusqu’à imaginer le compagnon de ses nuits imperméable à la peur. Les coutures de son costume lui semblaient simplement trop rigides pour se livrer à ce genre d’exercice. « Peur de quoi ? De moi ? » Sa voix se brisa légèrement sur cette dernière interrogation en lisant une confirmation dans les iris de son amant. Ses prunelles légèrement agrandie par la stupeur se dardèrent sur les siennes, comme pour en prélever une vérité qui peinait à s’affirmer. Plus de mépris ni de fureur pour figer les traits de la sculpturale allemande, l’hébétude avait fini de les chasser tandis qu’il s’efforçait  expliciter les raisons de ses craintes.

La faiblesse de ses arguments ne lui échappait pas. Jurer de ne pas lui nuire ne servait à rien puisque ses promesses n’avaient aucune valeur à ses yeux. Il ne lui restait donc plus qu’à faire l’étalage de sa propre vulnérabilité, déposer les armes au creux de ces mains aux paumes quelques instants plus tôt tournées vers le ciel.  La reddition était totale. Non seulement elle lui assurait son inoffensivité mais poussait le vice jusqu’à lui fournir les instruments de sa propre perte. Outre l’angoisse lancinante étreignant son cœur à l’instant où elle énonçait sa capitulation, un étrange apaisement finissait de se répandre lentement dans son âme. Dans cette confrontation réciproque où les deux amants avaient finit par faire plier le genou à l’adversaire, plus de place pour la dissimulation et le calcul. Les derniers non-dits tombaient à un à un, mettant à nu leurs intentions comme jamais elles ne l’avaient été.

« Notre couple ». De nouveau ses pas la portèrent à se rapprocher de lui, de cette aura de puissance amplement émoussée par la fébrilité et les drogues, comme couvant sous la cendre dans l’attente d’une nouvelle étincelle. D’un mouvement nerveux, ses doigts vinrent se poser sur son torse froissant au passage le tissu de la blouse d’hôpital tandis que les mots donnaient corps à cette doucereuse frustration dans laquelle il la plongeait. Sa voix restait pourtant égale, presque caressante.
« C’est la méthode du bâton et de la carotte… » tenta t’elle dans une traduction anglophone hasardeuse de cette expression empruntée à son enfance. « Tu promets de me battre à mon propre jeu puis tu me fais miroiter des choses que je n’aurais jamais osé formuler en entrant dans cette pièce.  Mais cela ne peux pas prendre. Pas après ce petit jeu cruel. Tu me mets au pied du mur en faisant pleuvoir les menaces et les reproches pour évaluer ma loyauté et tu me proposes quoi en échange ? En lot de consolation ? Le droit de te poser des questions ! » Un rire sonnant plus faux que fou franchit le seuil de ses lippes tantôt légèrement tremblantes. Une nouvelle grimace chargée d’amertume figea ses traits tandis que sa main remontait le long du torse de son amant pour se saisir de sa joue râpeuse avec une douceur démentant ses propos. « Explique-moi Wesley, quel genre de questions peuvent m’assurer ta bonne foi après la démonstration de la facilité avec laquelle tu dissimules et manipules ? »

Cette nouvelle proximité trahit rapidement le corps du garde du corps. Un voile d’inquiétude se déposa sur les prunelles de Svenja, lorsqu’elle sentit le léger tressautement agitant ses genoux. Bien que consciente du risque d’écorcher au passage l’orgueil machiste de Wesley, la sorcière ne put s’empêcher de signaler cette faiblesse détectée. « Tu devrais t’asseoir. Tu n’es pas en état d’arpenter la pièce.» Bien que d’une sollicitude nouvelle par rapport à son comportement précédent, son ton s’avérait suffisamment ferme pour laisser entendre qu’il ne laissait pas de place à la discussion. Avec résignation, Svenja se préparait au nouvel orage que sa remarque ne manquerait pas de soulever si l’opiniâtre individu lui faisant face persistait à prendre ombrage de chacune de ses interventions.



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MessageSujet: Re: Nessun Dorma (Wes)   Lun 4 Mai - 21:08


« Quel étrange chemin il m'a fallu prendre pour arriver jusqu'à toi. »



Svenja C. Gärdener & Wesley Windsor
featuring

Les imprécations roulées dans la langue maternelle du Hunter moururent peu à peu, s'étiolèrent pour laisser place à un silence sépulcral. Il tourna vers la sorcière un visage grave, l'appréhension obombrait ses prunelles opalines, creusait de profonds sillons sur son front. Tandis que les secondes s'égrenaient, il attendait avec fièvre de savoir si son intervention tortueuse allait s'avérer salvatrice, bénéfique pour leur union valétudinaire. À la question formulée par la grâce, Wesley se borna à élever une épaule nonchalante, ne pouvant guère mettre de mots précis sur les démons qui le bourrelaient. Nonobstant ses extérieurs impavides, le dogue ne l'était pourtant pas. Même le plus sanguinaire des monstres connaissait l'âcre goût de la peur. Tout homme avait une hantise ; le temps qui s'écoule immuablement, la mort, la déchéance. Et ceux qui se targuaient d'en être exempt n'étaient ni plus ni moins que des menteurs. Ce qui emplissait le rustaud d'effroi, c'était la prison, c'était d'être loin de sa fille. Or, forte des secrets du truand, la belle n'aurait qu'à fermer le poing pour le broyer, pour le renvoyer définitivement au bagne. Un châtiment plus cuisant que le trépas, aux yeux de Windsor.

Elle coula vers lui des foulées feutrées, se saisit de l'étoffe du ridicule accoutrement, parla d'une lippe veloutée et le milicien se demanda si cette sérénité doucereuse ne couvait pas un nouveau cataclysme. De sa dextre aux phalanges crevées, il saisit celle frêle de Svenja, la capturant dans l'étau de ses doigts calleux, à l'écorce épaisse et rugueuse. Avec une délicatesse que l'on ne lui soupçonnait pas, le soudard effleura de son pouce le dos de la main diaphane de la sylphide. Un toucher que l'on devinait plus que sentait. Il s'étonna de la douceur et de la finesse du derme.  Puis, à brûle-pourpoint, une nouvelle invective, un faciès tordu par le fiel, un rire tonitruant, dément. Il pouvait comprendre sa frustration. Si les places avaient été inversées, il aurait hurlé jusqu'à s'en déchirer les tympans, aurait saccagé la pièce. La stratégie qu'il avait manégée fut insidieuse, retorse, il s'était joué d'elle. « C'est tout ce que j'ai à t'offrir. Je comprends ta colère mais je ne m'excuserai pas d'avoir agi de la sorte. » fit-il, impénitent. Dans son milieu d'activité, accorder sa confiance sans prévoir un retour de flamme létal en cas de félonie était inconcevable. Aussi, les vicissitudes de sa vie sentimentale lui avait appris que n'importe quelle passion pouvait être soufflée, étouffée en une nuit, que n'importe quelle femme pouvait lui planter une lame entre les omoplates. Alors, depuis lors, la défiance était un breuvage qu'il buvait jusqu'à la lie.
Malgré les lacérations, malgré les trahisons, le Hunter avait pourtant désiré faire éclore la confiance, tordre le cou au cancer qu'étaient les non-dits et les noirs secrets. Il avait certes était maladroit lors de la réalisation de son vœu, trop rustre même, mais s'il ne parvenait pas à lui faire entendre sa sincérité, peut-être Wesley pourrait-il la lui faire goûter. Alors, il plongea sur ces chairs délicates et vermeilles, les conquit de ses lippes avides et rêches. Il enfouit sa pogne brisée dans le crin de miel et d'or de la belle, ses ongles raclant le cuir chevelu. Ses lèvres sur les siennes étaient rudes et dures, inflexibles, avaient pour dessein d'y graver à jamais leur empreinte, de tracer une marque indélébile. Une valse labiale, ignée, presque féroce, qui faisait couler du feu liquide dans chacune des fibres de son corps, qui faisait battre les chemins du sang de ses tempes tels des tambours, une rythmique enivrante qui lui faisait tourner la tête.
Une jonction fugace entre ces deux univers si disparates, où leurs essences se mêlaient pour être, le temps d'un frémissement, consubstantielles. Durant un instant béni, la gangrène des mensonges, le poison aigre des doutes, disparurent et il n'y eut plus qu'elle et lui, suspendus hors du temps, lévitant plus haut que le commun des hères. Les âmes se frôlaient. Un contact simultanément lénifiant et grisant, un étourdissement délicieux, une transe fébrile. Bien trop vite, il mit une halte à cet engourdissement, resurgissant dans ce monde terne et éteint. L'ode se tut. Lentement, ses paupières s'ouvrirent, levant le voile sur deux éclats de glace sale, grignotée par des pupilles fuligineuses et vastes, emplies de l'intensité de la concupiscence. « Je pourrais palabrer jusque demain mais les mots sont du vent. Je préfère les actes. Regarde les faits : tu te tiens devant moi libre, tes manigances couvertes par mes soins. » fit-il d'une voix épaissie par ses instincts en émoi, l'écho de l'ardeur du baiser bien présent dans ses inflexions basses. « J'ai menti, je t'ai testé, j'ai fait ce que j'ai jugé nécessaire. Avec ma gaucherie et fourberie habituelles, je te l'accorde. » Deux funambules qui évoluaient sur la même corde, les vacillations de l'un qui entraîneraient inéluctablement la chute fatale de l'autre. « La liste de mes défauts est longue comme mon bras et je ne pourrai pas les gommer mais ma seule intention est de nous faire avancer. Rends-toi compte de ça. » Si elle lui laissait l'once d'une chance, il lui prouverait. Mais il ne mendierait pas.

Son équilibre se fit chancelant, toute cette effervescence, la turbulence de leurs heurts, l'avaient éreintés et les signes de la recrudescence de cette affligeante faiblesse devenaient patents, ce qui n'échappa pas à Svenja. Son ton était péremptoire, affublé néanmoins d'une certaine sollicitude. « Ça va. » siffla-t-il entre ses dents serrées, étouffant à nouveau le grondement de la douleur qui lui labourait le flanc. Il tituba jusqu'à la chaise, s'accrochant au dossier, ne s'y asseyant pourtant pas. « Je me reposerai chez moi. Tu sais où sont mes fringues ? »


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MessageSujet: Re: Nessun Dorma (Wes)   Ven 8 Mai - 18:27



 Falling slowly
«And games that never amount to more than they're meant will play themselves out»



Wesley Windsor & Svenja Gärdener
featuring

Dépossédée de son élan de tendresse, sa main frémit au contact du pouce et de son frôlement sinueux sur son épiderme hérissé. De la pulpe du doigt, il effaçait toute la violence et la folie de leur altercation en un mouvement circulaire si léger que les iris sondant l’obscurité glaciaire des siens se prirent à douter de la réalité de cette caresse. La dernière salve s’était échappée d’elle dans un soubresaut d’acrimonie, mais les ombres de son ire tiraient déjà leur révérence, libérant son timbre de leur accent rude. Ne restait plus que l’acidité propre aux roués qui se savent perdants avant même la fin de la partie. Et ce rire. Hystérique. Témoin de la longue agonie subie par sa volonté d’en découdre. « C'est tout ce que j'ai à t'offrir. Je comprends ta colère mais je ne m'excuserai pas d'avoir agi de la sorte » Toujours abandonnée à sa poigne, ses phalanges se rétractèrent sur elle-même, formant un poing. Son refus de s’amender n’avait rien d’une surprise et pourtant l’égo de la sorcière persistait à espérer le plus infime signe de capitulation de sa part. Poussée par la démente espérance que cela atténue la brûlure infligée par sa propre désertion.

Puis ses lèvres se retrouvèrent emprisonnées, comme s’il venait capturer à la source la moindre de ses protestations. Oubliée la tendresse des instants précédents. Sans aucune complaisance, il s’appropriait ce qu’il savait déjà sien. Marquait du fer rouge de ses baisers les lippes brûlantes de la slave. Ne subsistait que cette vague irrésistible déferlant sur sa frêle silhouette sous la forme d’un enchevêtrement labial. La caresse de son souffle venait définitivement étouffer les dernières mesquineries, chassait les restes d’amertume venant paralyser sa mâchoire. Ses épaules encore raidies par la surprise se détendirent lorsque ses doigts fermes se perdirent dans la masse ondulante de sa chevelure. Ses propres paumes cherchèrent le contact de son dos musculeux tandis que ses lippes se pressaient avidement aux siennes. Cette reddition-là lui était beaucoup moins douloureuse. La proximité de sa peau effaçait les outrages mieux que n’importe quelle excuse. L’étreinte presque brutale de sa bouche sur la sienne s’apparentait à un pacte les unissant dans la soudaine violence de leur passion au-delà des menaces et des mensonges. Oublieuse des instants précédents, l’âme de Svenja s’abîmait dans l’étourdissante griserie baignant son être. Plus de vainqueur ni de vaincu. Simplement l’intense satisfaction que lui procurait la fatale et délicieuse résultante de cette attraction qui lui rongeait l’estomac même au cœur de la plus orageuse de ses colères. Privées de leurs jumelles, ses lèvres frémirent encore quelques secondes au rythme de la fièvre qu’il avait allumé. Presque à regret, ses bras minces le libérèrent de leur étau.

Sa voix aux accents presque rauques, brisa le silence chargé de convoitise qui avait pris possession de la chambre. Après les actes, il revenait aux paroles. Tentait dans un ultime effort de la convaincre de sa bonne foi. Mais une fois de plus le choix de ses arguments heurtait son égo. « Si tu veux obtenir mon pardon Wesley, commence par cesser de me rappeler que je te dois ma liberté. » Aucune trace d’animosité dans sa voix. Simplement l’esquisse d’un sourire ironique creusant sa joue d’albâtre. « J'ai menti, je t'ai testé, j'ai fait ce que j'ai jugé nécessaire. Avec ma gaucherie et fourberie habituelles, je te l'accorde. » Seul signe de son acquiescement, son sourire s’étira davantage tandis qu’elle lui laissait paresseusement le monopole de la conversation. « La liste de mes défauts est longue comme mon bras et je ne pourrai pas les gommer mais ma seule intention est de nous faire avancer. Rends-toi compte de ça. »  Sa dernière exhortation eut le mérite de lui faire redresser la tête. Elle s’imaginait qu’il s’agissait là de sa dernière tentative. Jamais il ne la supplierait de le croire. Elle touchait du doigt l’exacte limite que l’égo de Wesley refuserait de franchir. Ses pâles pupilles se firent inquisitrices, cherchèrent à sonder l’âme de son amant pour évaluer sa sincérité. Une fois l’inspection finie sa voix s’éleva dans un murmure voilé par l’engagement qu’il contenait. « Je te crois, Wesley. »  Cette déclaration se scella par un nouveau baiser. Fugace. Déposé sur les lèvres encore scellées du shadowhunter, avec une telle promptitude et un tel aplomb qu’il pouvait presque se qualifier de volé. « Mais ne testes plus jamais ma loyauté de cette façon. » D’un mouvement du bras, elle engloba sa silhouette vacillante. «  Pas si tu tiens vraiment à cette carcasse ambulante qui te sert de corps. » La tentative d’humour n’en était pas totalement une. Bien que sa capacité de nuisance soit nettement amoindrie lorsqu’il s’agissait de lui. Une nouvelle trahison couterait certainement plus que sa confiance de son amante à l’insolent mortel.

Sa vague bravade lui tira un haussement de sourcil exaspéré. Ses tentatives pour masquer les affres de souffrance transperçant ses membres s’écrasaient face à l’angle inquiétant que prenait sa colonne vertébrale dans son pénible cheminement jusqu’à la chaise. Ses pas s’emboitèrent aux siens. De nouveau, sa main s’aventura au contact de sa peau avec la légèreté d’une plume, effleurant ses épaules et son torse dans un but tout autre qu’une autre caresse. Tandis qu’elle se prenait à examiner les contusions parsemant son blême épiderme un nouveau soupçon d’effroi la saisit. « Ce n’est pas de repos dont tu as besoin. C’est d’un médecin. » L’inspection terminée, ses bras se croisèrent résolument dans une tentative par trop ambitieuse de repousser l’outrageux mensonge qu’il n’hésiterait pas à lui opposer pour camoufler sa déficience actuelle.

 

 
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MessageSujet: Re: Nessun Dorma (Wes)   Mer 15 Juil - 4:20



Say my name and his in the same breath, I dare you to say they taste the same



Wesley Windsor & Svenja Gärdener
featuring

Ses lentes foulées se firent trébuchantes, alourdies par cette écrasante fatigue, comme si ce baiser ardent avait drainé ses ultimes puissances – ce qui, en y regardant bien, était probablement le cas. Si solide soit sa charpente, exceptionnelle son endurance, Wesley commençait à effleurer ses limites physiques. Lui, le belluaire et la bête de somme à la fois, rompu et accablé par la sauvagerie d'une poignée de quidams et du délicieux venin qu'était Svenja. Il lui décocha une œillade, à cette succube, à cette nitide splendeur, à cette suave malédiction. Non, il ne pouvait pas s'abandonner à l'étreinte de Morphée juste tout de suite, il devait ouïr les mots. Ces mots qui scelleraient leur idylle délétère, ces mots qui insuffleraient un nouveau souffle à cette union ou qui y sèmeraient la désolation. Nonobstant le voile de plomb de ses paupières qui s'obstinait à tenter de choir, il demeura alerte, à travers cette ouate soporifique, il demeura droit, digne, fier dans l'adversité, même si son port n'avait pas le caractère altier de Svenja. Ses lèvres étaient toujours gravées par elle, bénies par les rémanents de la caresse de leurs jumelles, si bien qu'un paresseux sourire se tissa sur ce faciès patibulaire. Néanmoins, point de songes peccamineux ne venaient corrompre le flux de ses pensées ; tous ses songes étaient orientées vers elles, limpides comme la glace dont elle était façonnée. Cette frasque, impudente, avait-elle été efficiente ? Avait-elle outré, désarçonné ? Ou bien, avait-elle créé une fenêtre, fugace, sur laquelle Svenja aurait laissé ses iris opalescents ennuyés déambuler, et aurait-elle pu, l'espèce d'une frêle seconde, sonder l'authenticité du feu-follet timide, brûlant, et maladroit du soudard, qui le mortifiait tant, sur lequel il peinait tant à apposer des mots justes et éclairés, sur ce qui, à ses yeux, n'était que faiblesse, un cataclysme qui ne demandait qu'à saccager sa vie ? Oui, depuis toujours, il excellait dans l'expression de pulsions sinistres ; son faciès beau facilement contorsionné par une rage féroce, ses poings mortifères plus éloquents qu'un laïus de politicien chevronné. Cependant, dans le domaine noble et raffiné des sensations supérieures, il était aveugle, brûlé par l'éclat sain et pur. Jamais de sa vie il n'avait pu concrétiser en mots, en actes, en attentions, les rares élans d'affection qu'il avait pu secrètement nourrir. Non, en retraçant le fil de sa damnée existence, l'on pouvait aisément se rendre compte que les communications étaient couchées avec brusquerie et une sécheresse tout à fait déconcertante. Peut-être, peut-être que si la providence l'avait nanti d'une empathielus aiguisée, d'une âme plus douce, aurait-il pu se bâtir un monde plus favorable, peut-être n'aurait-il pas harassé Blake jusqu'à la pousser à la félonie. Mais il ne voulait plus de Blake. Il voulait Svenja, cet enchevêtrement inextricable d'épines, de glace et d'ambroisie. Elle, seulement elle, au diable les spectres d’antan, les vestiges d'un passé révolu.

C'était ainsi qu'un spadassin inflexible et implacable attendait, avec fébrilité, avec docilité, la buvait du regard, suspendu à ses lèvres, jusqu'à ce qu'elle éparpille dans l'air saturé de l'hôpital les augustes et précieuses syllabes. Je te crois. Wesley s'emplit les poumons d'un air nouveau et béni, se laissa conquérir par l'exhaustion et chancela jusqu'au lit, dont il agrippa les draps rêches et raides. Dans l'éther, la saveur cuivrée de l'accalmie, de timorés rayons de soleil transperçant la voûte furieuse et noir. Cette trêve était presque illusion, évanescente, tous deux le savaient, l'orage avait été conjuré et non pas occis, leurs frictions feraient bourgeonner bien assez tôt un vorace brasier mais ces quelques temps, ils les useront avec candeur.« Va pour le médecin. » souffla-t-il d'une voix éteinte, d'ores et déjà à moitié dans le royaume onirique. Toutefois, les merveilles qu'il pouvait y deviner étaient cachées par la silhouette d'un oiseau noir, au croassement railleur, dont le galbe obombrait le jardin d'Éden promis. Oui pensa Wesley dans une demie transe. Il faudra que j'abatte ce piaf de malheur.
 

 
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Nessun Dorma (Wes)

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