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 Délicieuse maladresse. [pv]

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MessageSujet: Délicieuse maladresse. [pv]   Dim 4 Jan - 23:58



Délicieuse maladresse.

(pv) Ema Brand


~

Les odeurs emplissent lentement tes narines, réchauffant ton cœur saoul. Oui, tu es déjà saoule, ou peu s'en faut. Les mauvaises mères boivent jusqu'à ne plus voir, tu sais ? Et tu mourras, Mère, tu mourras de cet alcool qui circule dans ton sang. Le veux-tu ? Veux-tu quitter cette terre en si piteux état ? Veux-tu souffrir aussi longtemps que tu le pourras ? Ce n'est pourtant pas quelque chose pour toi.
Les odeurs donc, se mêlent les unes aux autres dans le tumulte de la soirée, s'entrechoquant dans l'humidité et la chaleur. Tu as choisi cet endroit pour ses nombreux concerts, sa grande popularité et la souplesse de son barman. Non pas qu'il sache faire le grand écart – aucun intérêt – mais il s'agit là d'un homme qui te ressert volontiers jusqu'à plus soif. Tant que tu es en état de payer, bien entendu.

Ce soir, tandis que la nuit est tombée depuis peu, tu as déjà fini plusieurs verres, n'hésitant pas à remuer ton short sous le rythme de la musique, entraînant ta partenaire dans ces danses abstraites du nouveau siècle. Aurais-tu seulement invité une femme à danser, de ton temps ? Non, les hommes invitent les dames et certainement pas les putains. Ou peut-être aurais-tu pu le faire avant de devoir enfiler tes grandes robes décolletées et arranger tes cheveux roux, juste pour rire. Tu n'aurais jamais imaginé, en tout cas, pouvoir bouger – il s'agit plus de ça que de danse – avec un si court short accroché à tes hanches et un simple débardeur blanc pendu à tes épaules, tes cheveux libres ondulant sur ton dos. Si peu d'élégance.

Revenons à ta partenaire, Mère, toi qui ne t'entoures toujours que d'hommes. Où es-tu allée chercher une créature assez sotte ou désespérée pour te suivre dans tes folles aventures ? Pas bien loin en vérité. Il t'a suffi de quelques paroles en trop dans les vestiaire du Old Absinthe House pour accrocher ton bras à celui d'Ema et l'entraîner à ta suite sur Bourbon Street.
Ainsi vous voilà toutes les deux dans ce bar, à profiter du concert aux sonorités rock tout en vidant les verres les uns après les autres. Et ne t'inquiète surtout pas, maman, tu gagnes cette compétition avec beaucoup d'avance. Beaucoup trop, d'ailleurs.

Ema, donc, jeune brune qui a eu le malheur d'accepter un travail dans le même établissement que le tien. Non pas que ce soit un mauvais endroit en soit, c'est juste qu'il lui fait maintenant supporter ta voix à longueur de journée. Oui, Mère, tu ne fais que ça, parler, parler et parler encore. De quoi peux-tu bien discuter alors que ce monde-ci t'est presque hostile tant il t'est inconnu ? De tout et surtout de rien, puisque tu ne comprends rien.
Cette pauvre Ema, déjà malmenée par le destin qui croise vos chemins, s'est laissée mener par ton expertise effrayante en matière d'alcool et d'amusement. Pourquoi ? Parce qu'elle en a besoin tout autant que toi, et si elle ne descend pas les verres comme tu le fais, elle bouge son corps bien plus que toi. Tu veux l'alcool, elle veut l'amusement. Vous étiez faites pour vous entendre.

Seulement, en cet instant précis, épuisée par la concentration dont tu dois faire preuve pour danser, boire et ne pas renverser une seule goutte, tu as presque intelligemment décidé de poser ton short – et accessoirement ce qu'il contient – sur une petite banquette préalablement mise à disposition des clients.
Comme toujours, tu as parfaitement choisi ta place, ni trop loin du bar pour te réapprovisionner, ni trop près du concert pour pouvoir embêter Ema avec tes nombreuses questions, ton manque de gêne, ta maladresse, ta naïveté et ton idiotie profonde. Ce n'est pas moi qui le dis, Mère, c'est lui.

Revenant justement du comptoir en faux-bois où l'alcool est patiemment stocké, tu reprends place à côté de la brune, un soupir chargé d'alcool échappant à tes lèvres alors que tu te laisses tomber sur le coussin. On aurait pu attendre de toi que le verre soit déjà à moitié vide avant que tu ne t'asseyes, mais il repose étonnamment plein, froid entre tes deux mains, tandis que tes yeux se perdent dans les balancements étranges des deux glaçons.
Tu es en train de penser, Mère, et il ne faut pas. Tu fais toujours le mal en pensant après avoir bu, comprends-le. Rien de bien ne sortira de ce que tu es en train de penser, rien de bien.  Non, ne pense pas à moi. Arrête-toi ici, lève les yeux sur Ema et dis quelque chose de stupide, comme toujours.

C'est une fille ? Ta fille ? Ta copine ? Les femmes de ce siècle s'aiment entre elles, c'est trop étrange. Qu'y a-t-il de bon à aimer une femme ? Sans homme, il n'y a pas d'enfant, pas de descendance, pas d'héritage, pas de cadeaux. Pas d'argent pour vivre car, avouons-le, le travail des femmes est loin du travail des hommes. Non, vraiment, les femmes devraient aller avec les hommes. Bon, je ne dis pas qu'elles ne peuvent pas se retrouver à deux dans un lit à se regarder dans le blanc des yeux, les femmes ont parfois des envies étranges. Mais passer sa vie avec une femme alors qu'il y a tant d'hommes qui attendent qu'on leur ouvre nos bras pour prendre soin de nous ? Non, c'est trop étrange, c'est pas logique. Je préfère mourir plutôt que de le quitter pour une femme... et je crois qu'il le sait.



Dernière édition par Calypso de Rosenbourg le Dim 26 Avr - 18:06, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Délicieuse maladresse. [pv]   Jeu 8 Jan - 4:00


Bouge, bouge, encore et toujours.
Danse, danse, épuise-toi.
Essouffle ton cœur, encore et toujours.
Peut-être mourras-tu cette fois.

Les cheveux de Calypso voletaient devant ses yeux. Mi-clos, perdus dans leur transe enfiévrée, ils ne s'ouvraient que pour s'accrocher à la jeune femme. Au milieu de cette foule inconnue, ils en avaient besoin, de cette vision, de ce point d'ancrage certain. Pour être sûr que cette réalité n'était pas qu'une simple illusion, que son enfer était derrière elle. Elle n'entendait qu'à peine la musique, percevant plus le son de son cœur battant à ses oreilles, et lui faisant tourner la tête. Elle chuchota à l'oreille de Calypso, plus s'éloigna, se dirigeant vers le bar. Se recoiffant machinalement, elle commanda un verre.

Puis elle eut son premier vertige. Éphémère, sa vue ne se troubla qu'une fraction de seconde à peine. Le liquide de son verre lui renvoya un visage qui n'était pas le sien, avant de disparaître dans le trou béant qui se trouvait là où aurait dû se trouver son cœur. Elle en absorba le contenu en une fois, fermant les yeux, alors que l'alcool descendait dans sa gorge, comme un acide brûlant d'un désert de cendres. Elle reposa son verre sur le comptoir, puis se jeta de nouveau dans la mêlée.

Ema n'était pas du genre à se faire remarquer. Ses tenues n'étaient jamais affriolantes, à l'image de celle qu'elle portait ce soir, un débardeur aux rayures noires et grises, et un jean bleu nuit. Elle avait laissé ses cheveux en liberté, une longue chevelure brune, peut-être la seule chose dont elle prenait réellement soin chez elle. Elle détestait les laisser attacher durant ses heures de service au Old Absinthe House, aussi se rattrapait-elle dès qu'elle le pouvait.

Et ce soir-là, elle n'eut pas à attendre longtemps qu'une telle occasion se présente. Sa collante comparse de travail et de soirée, au milieu de ses longues et interminables tirades, avait fini par s'accrocher à elle et par l’entraîner à sa suite. Ema n'avait pas eu la force de résister, Calypso pouvant se montrer, volontairement ou pas, admirablement persuasive. A son arrivée au House, elle avait eu du mal avec la demoiselle, qui n'avait de cesse de la bombarder de questions, jouant par la même avec les limites tenues de sa patience et de sa colère. Puis, peu à peu, elle avait fini par commencer à s'y attacher. Calypso, sans qu'elle ne sache réellement comment ni pourquoi, semblait lire en elle bien plus facilement que les autres.

Solitaire et renfermée, l'Anglaise n'hésitait généralement pas plus d'une seconde avant d'envoyer sur les roses un indésirable, et ses standards en la matière étaient dangereusement peu élevés, mais la Française n'avait de cesse de revenir à la charge. Sa désarmante innocence avait fini par avoir eu raison des lambeaux de flegme britannique qu'il lui restait. Mais Ema se serait menti à elle-même de dire qu'elle le regrettait. Elle ne s'était pas laissée aller à la faiblesse de la voir comme une seconde Amélia, et Calypso semblait tout faire, à défaut de la lui faire oublier, pour apaiser sa peine.

Même si n'était jamais qu'éphémère...

Un second vertige l'oblige à se prendre la tête entre les mains. La chaleur de l'alcool dans ses veines et le volume du son à ses oreilles finissent par lui tourner la tête. Jouant des coudes, elle finit par retrouver la table où elles s'étaient installées, et se laisse tomber sur un coussin. Son souffle était haletant, alors qu'elle peinait à chasser sa sensation de tournis. Elle remarqua alors que Calypso n'était pas là. Elle essaya de la retrouver du regard dans la foule compacte, avant qu'une chevelure rousse ne vienne s'asseoir à ses côtés. Elle lui adressa un petit sourire légèrement enfiévré. Elle voulut s'excuser de l'avoir abandonné ainsi, mais...

Ses yeux s'ouvrirent brusquement. Le monde sembla doucement s'arrêter puis s'éteindre autour d'elles, alors que son esprit cherchait désespérément à trouver un autre sens aux paroles de Calypso. Doucement, Ema tourna son regard vers elle, toute trace de malaise ayant disparu de ses traits. Ses mains se mirent à trembler, alors qu'une rage glaciale envahissait ses veines, et brûlait son cœur. Elle aurait voulu lui dire de se taire, trouver les mots pour lui faire changer de sujet. Mais une volonté impérieuse la poussait à écouter jusqu'au bout, à entendre chacun des mots, bloquant ses propres paroles dans sa gorge. Comme-ci un millier de poignards transperçaient son corps. Comme-ci Amélia mourrait pour la seconde fois.

La ferme ! Elle retrouva brusquement l'usage de sa voix, et se leva, la haine envahissant son sang et ses pupilles comme un poison. Tais-toi ! Qu'est-ce que tu connais de moi pour dire cela ? Des regards interrogatifs et gênés fusaient vers elles. Sale...


Elle s'aperçut alors que son bras était levé, et que dans sa main gauche, elle tenait le verre qu'elle avait laissé plus tôt sur la table. Calypso semblait ne pas comprendre. Après tout, peut-être n'avait-elle jamais rien compris. Personne ne comprenait. Elle était seule, désespérément seule. Des larmes silencieuse coulèrent le long de ses joues alors qu'elle réalisait l'horreur de son geste. Elle jeta son verre au sol, et tourna les talons, laissant seule la jeune femme à son ignorance.

Elle quitta le bar, fit quelques pas, puis s'effondra contre un mur.

Puis, de rage et de désespoir, elle hurla.
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MessageSujet: Re: Délicieuse maladresse. [pv]   Ven 16 Jan - 0:58



Délicieuse maladresse.

(pv) Ema Brand


~

As-tu toujours été aussi idiote, Mère ? Ne crois pas que je me range du côté de Père, que je vais m'amuser à t'insulter à longueur de journée. Non, je ne suis pas là pour ça. Mais regarde-toi, comprends-tu qu'il ne faut pas dire ce que tu as dit ? Connais-tu la retenue, le tact, l'intelligence et la perspicacité ? Non, et ce n'est même pas sûr que tu saches de quoi il s'agit. Tu devrais peut-être demander à ton sorcier qu'il t'explique car c'est trop tard pour ce soir.

Le coup aurait pu t'atteindre à la tempe, briser le verre contre ta peau et te pousser dans l'inconscience, peut-être même dans la mort. As-tu conscience de ça, comprends-tu l'ampleur de son geste ? Pas le moins du monde. Tu gardes les yeux parfaitement plissés, les mains pressées contre ton verre, une incompréhension totale dans le regard. Pourquoi s'énerver, pourquoi vouloir t'insulter ? Ca ne te choque pas outre mesure, tu as l'habitude. En vérité, il te suffit toujours d'une parole pour que Père s'énerve, une deuxième amène les insultes et la troisième les coups. Ca fait maintenant partie de ta routine, de ton quotidien. Prends un coup, chérie, tu le mérites. Des insultes ? Et alors, tu ne les comprends même pas. Es-tu le M de SM ? Ah, je ne devrais peut-être pas dire ça de ma mère, hein ? Excuse-moi.

Tout ceci pour dire que tu ne comprends pas le verre levé au dessus de ta tête, ni même le cri, la haine, l'insulte qui se bloque au fond de sa gorge. Non pas que ça te gêne en soit, elle peut bien t'insulter de ce qu'elle veut, elle ne fera jamais dans l'originalité : il a déjà dit tout ce qui pouvait être dit. Seulement, il y a là une réaction peu attendue, étrange même, de la part de ta partenaire. Tes mots étaient-ils si terribles pour qu'elle se mette en tel état ? Tu ne le penses pas en tout cas et là est le problème : tu ne comprends pas le mal que tu fais.

Son verre explose au sol et la brune te tourne le dos, fuyant ta présence gênante et ta grande gueule. Toujours enfoncée au fond de la banquette confortable, tu décides finalement qu'il est peut-être temps pour toi de mettre les voiles. Un élan d'intelligence, de sobriété offert par l'adrénaline ? Une logique tout autre, en réalité, car s'il y a bien une chose que tu sais après avoir fréquenté tant de bars, c'est qu'ils n'aiment guère que l'on brise leurs affaires, aussi te faut-il fuir avant de devoir payer, n'est-ce pas ?
Seulement voilà, à peine arrives-tu à fuir la table – sans oublier de vider ton verre si plein – que le barman t'interpelle de sa voix grave. Les mots ne tardent pas à s'échapper de sa bouche tandis que tu le fixes de tes yeux clairs. Payer pour la casse... tu n'en as vraiment pas l'envie. Repoussant d'un doigt une mèche rousse coincée en travers de ton visage, tu offres alors un sourire malicieux au pauvre homme puis, sans crier gare, tu lui lances le verre vide dans les mains et fuis à toute vitesse son établissement.

Quel malheur... tu ne pourras plus remettre les pieds ici.

Déboulant en trombe dans la rue, tu peines à freiner ton allure accélérée par les quelques marches devant la porte et t'étales donc contre le mur d'en face, sans oublier de verser une partie de ton estomac sur le coin de la maison. Ah... Mère, la honte, la gêne, l'embarras sont bien loin de ton petit corps, même dans ce genre de situation. Est-ce un bien ou un mal ? Il serait difficile d'en décider, en réalité.
Reprenant ton équilibre, tu essuies ta bouche d'un coup de main et descends la rue de quelques pas avant de repérer ton amie assise dans un coin. Tu pensais qu'elle était déjà retournée chez elle, loin de toi et de tes manies étranges. La voilà pourtant pitoyablement recroquevillée sur elle-même, te semblant soudain malheureuse. Tu l'as vue pleurer, en même temps.
Vérifiant d'un coup d’œil circulaire, qui te fait chanceler un instant, que personne ne t'a suivie dehors, tu t'approches finalement d'Ema – sans te douter un instant que le barman te connaît trop pour avoir besoin de te pourchasser, non, l'heure n'est pas à l'inquiétude, hein... Et tu ne t'imagines pas un seul instant que la brune ne veut pas te voir à son côté. Tu sais, Mère, j'aimerais vraiment croire que ce n'est pas de l'idiotie ou que tu joues un rôle, que tu caches une intelligence suprême. Mais nous connaissons toute deux l'incroyable vérité.

Dans ton innocence infinie, donc, sans jamais vouloir le mal que tu sèmes, donc, tu t'approches de la belle qui a laissé couler ses pleurs, de ce pas silencieux que tu connais si peu, ce pas de chat qui ne veut habituellement pas de toi. Tu t'agenouilles ensuite devant elle, dans un silence que l'on ne te connaît pas et, sans un mot, dans une grande douceur, tu laisses tes mains se poser sur son visage et tes pouces caresser ses joues. Ce geste, ce sourire chaleureux et presque triste sur tes lèvres, Mère tu n'a jamais cessé de l'être, en fait.

Tu sais... c'est normal de pleurer pour ceux qu'on aime. Pleurer c'est survivre, Ema, et c'est tout ce qu'ils nous souhaitent.

Souriant à pleine dent l'espace d'un instant, tu soupires ensuite, tapotes les genoux de la belle et te redresses de toute ta hauteur pour étirer ton corps saoul. As-tu toujours cru que c'est que je souhaitais que tu pleures et vives en me laissant seule avec la mort ? Pas un seul instant. Tu n'as même jamais pensé que j'ai pu préférer te voir sur Terre qu'à mes côtés. Tout enfant a besoin des bras de sa mère, de ses caresses et de ses punitions, de sa voix douce et autoritaire. J'étais une enfant, comment aurais-je pu ne pas avoir besoin de toi ? Tu as toujours imaginé le néant profond et mes pleurs dans l'obscurité, jusqu'à en rêver, jusqu'à te réveiller en hurlant la nuit, jusqu'à angoisser de tes cauchemars le jour. Les morts n'aiment pas les vivants, ils les regrettent. Sinon pourquoi reviendraient-ils les hanter ?

Je connais de toi la tristesse de tes sourires, Ema. Ils ne me trompent pas et n'y arriveront jamais. Il y a des choses qui n'échappent pas aux idiots, des choses qui devraient pourtant être cachées. Mais si les idiots n'étaient pas là pour voir, alors le monde serait profondément seul et c'est la pire des tortures... enfin je crois ! 

Un sourire idiot, une pointe de tristesse et une innocence feinte, pour le coup. Tu connais les ravages de la solitude, tu en gardes le goût amer au fond de la gorge. Il n'y a rien de pire que d'être seul, et tu le sais plus que tu ne voudrais le faire croire.

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MessageSujet: Re: Délicieuse maladresse. [pv]   Lun 26 Jan - 23:30


Hurle, rage, et cri.
Frappe, cogne, et détruit.
Cette misérable vie que tu avais cru tienne.
Que ton passé a empli de haine.


Pauvre erre en peine, encore une fois, elle s'était laissée gagner par sa colère. De simples paroles, alcoolisées, insouciantes, avaient suffi à fendiller le mur derrière lequel elle avait enfui son passé, et sa rage l'avait une nouvelle fois brisé, laissant sa bile et son ichor noyaient et rougirent ses sens et son esprit, l'envahirent de tout ce noir qu'elle fuyait, de toute cette douleur dont elle ne s'était que trop nourrit. Appuyée contre la pierre froide du mur, elle tenait son visage entre ses mains, ses lèvres tremblantes, oscillantes entre pleurs et cris. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine, martelant ses côtes avec force, rendant sa respiration difficile. Elle ferma les yeux, tentant de se calmer. Mais tout cela était inutile. Il lui fallait un catalyseur, un exutoire, quelque chose sur qui décharger sa haine.

De douces paroles mielleuses et enivrantes, auxquelles elle aurait pu se raccrocher pour pardonner et oublier, ne firent qu'accentuer sa colère. Elle se mordit la joue avec force, entaillant sa chair, goûtant à son propre sang, dans une tentative vaine d'empêcher ce qu'elle désirait si ardemment faire. Détruite ce visage en face du sien, faire autant de mal qu'on lui avait fait. Mais les lambeaux défaillants de son esprit étaient incapables de commander un tel acte, et sa volonté seule ne suffirait pas. Plus tard, elle se maudirait d'avoir agi ainsi, d'avoir à ce point meurtri la seule personne qui s'était tournée vers elle sans arrière pensée.

Elle attendit, patiemment, usant les limites de sa patience à petit feu. Elle gardait la tête baissée, ses yeux fixant les abîmes de ses pupilles closes. Elle l'écoutait, ne perdant rien de ses paroles, chacune d'entre elles la transperçant comme la plus acérée des lames. Puis le silence finit par revenir, simple accalmie avant la tempête.

Idiote...Un simple murmure inaudible. Idiote...Cette fois, elle parla à haute voix. Oui, t'es qu'une idiote !


D'un bond, elle se leva, fixant de toute sa rage les pupilles de Calypso. Ses traits n'étaient pas déformés par la rage, mais ils étaient froids comme de la glace. Il n'y avait que de la haine, une haine injuste et injustifiée, qu'elle déversait sur la jeune femme plutôt que sur elle-même.

Ferme-là Calypso ! Je ne voulais pas survivre ! Pas toute seule ! Pas sans elle ! Ema perdait peu à peu ce masque qu'elle avait eu tant de mal à créer. La vindicte de ses paroles s'étiolait, et ses lèvres tremblaient à nouveau, des sanglots silencieux coulant le long de ses joues. Tu n'étais pas là-bas, tu ne sais pas ce que c'était !


Elle aurait voulu la frapper, la cogner de toutes ses forces, rougir ses poings de son sang, détruire quelque chose de beau, pour la rendre aussi laide qu'elle, aussi que ce qu'elle était devenue, et que ce qu'elle finissait toujours par redevenir. Mais une nouvelle fois, elle n'y arriva pas. Quelque chose, aussi infime soit-il, l'empêchait de passer à l'acte. Les images fugaces de tout ce que Calypso avait fait pour elle. Alors, de dépit, elle abattit son poing contre le mur, une première fois, puis une deuxième, et une troisième fois. Ses phalanges se teintèrent de rouges, alors qu'elle se laissait glisser une nouvelle fois au sol, la douleur physique s'ajoutant à celle qui torturait son cœur.

Elle est morte dans mes bras, sans que je ne puisse rien y faire. Les larmes rendaient chaque parole plus difficile que la précédente, mais elle n'arrivait pas à les arrêter. Pourquoi avoir tous ces pouvoirs s'ils ne nous servent à rien ?


Finalement, peut-être était-elle plus idiote encore. Elle ne comprenait rien, et n'avait jamais rien compris. Sa vie n'était qu'une suite de choses illogiques et étranges, et elle avait longtemps pensé, et aujourd'hui encore, qu'elle n'avait été et ne serait toujours qu'une marionnette dont les fils n'avaient de cesse de se mêler aux autres sans jamais les rejoindre. Elle errait toujours à côté, tentant désespérément de se trouver une place dans un monde que son engeance avait détruit de ses propres mains. Elle récoltait de la plus cruelle des façons le vent que d'autres avaient aveuglement semé, dans le sillage de leur folie.

Sa colère avait fini par se calmer, s'écoulant hors de son corps par les plaies qu'elle avait infligées à sa chair, comme si elle aspirait de ses veines un poison amer. Elle se vidait de ses quelques forces, ses épaules s'affaissèrent alors que le regret l'envahissait, plus terriblement et douloureusement encore. Mais orgueilleuse même dans ses instants de faiblesse, elle ne demanderait pas pardon. Elle se refusait toute forme, aussi basique soit-elle, de rédemption, et laissait parler sa maladresse et son âme en peine pour recoller ce qui pouvait l'être, pour reconstruire ce qu'elle avait voulu mettre tant d'acharnement à détruire.

Elle tourna lentement sa tête vers Calypso, les yeux rougis, son masque de haine définitivement détruit.

Pourquoi j'ai si mal encore ? Repentante, elle ne l'avouerait jamais. Mais de sa voix éteinte et tremblotante, elle suppliait. Elle la suppliait de l'aider. Elle n'a été qu'une ombre dans le noir pendant tout ce temps, alors pourquoi ?


Sa tête s'affaissa à nouveau, son corps tremblant sous le froid de la ruelle. Elle n'osait plus la regarder en face, elle n'en avait plus le droit.
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MessageSujet: Re: Délicieuse maladresse. [pv]   Jeu 5 Fév - 0:17



Délicieuse maladresse.

(pv) Ema Brand


~

Aah... oui, idiote. Combien de fois te l'a-t-on dit déjà ? Tu ne saurais compter, les uns et les autres se pressent à ton côté pour t'insulter de tous les noms et frapper là où ça fait mal : le cœur et le visage. Ont-ils pensé à tout le mal que ça pourrait te faire ? Non. Pourquoi ? Parce que ça ne t'atteint pas. Du moins le crois-tu tout autant qu'eux.
Si tes yeux ne suivent d'abord pas son mouvement, ses paroles finissent de les décider et ils se lèvent alors vers elle avec haine et un mépris profond que je ne te connaissais pas. Dans l'instant, tu as envie de lui serrer le cou jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'elle s'accroche à la vie tout autant que les morts auraient voulu le faire. Si elle n'a pas voulu survivre, alors pourquoi n'a-t-elle pas laissé sa place à ceux qui l'ont voulu ? A cette personne chère à son cœur ? C'est idiot et parfaitement égoïste.
Tu ne dis rien pourtant, et tes pupilles se désintéressent même de son visage pour se poser sur le mur froid en face de toi. Et tu lèves finalement les yeux au ciel, marmonnant dans ta barbe ce que tu penses de ses mots si peu originaux. L'on ne peut comprendre une peine tant que l'on ne l'a pas connue au même instant, au même endroit et dans les mêmes conditions, n'est-ce pas ? Ce n'est plus de l'égoïsme, là, ça frôle l'égocentrisme.
Tu laisses une nouvelle fois passer, plaquant tes mains sur tes oreilles pour atténuer le bruit de son poing frappant le mur. Tu connais ce genre d'excès de colère et tu devines qu'il n'arrive que parce qu'elle n'a pas voulu remplacer la pierre par ton visage. Bien bonne idée que voilà. Ses doigts sur ta joue et tu ne réponds plus de rien. D'ailleurs, tu ne serais pas la seule à répondre à sa violence par la violence, n'est-ce pas ?

Le mur accueille ton dos et t'arrache un soupir, les bras croisés sur le ventre. A quoi bon avoir des pouvoirs si l'on ne s'en sert pas, c'est là une bonne question. Pourquoi n'a-t-elle pas cherché à la transformer en Skinchanger ? La peur de la mort motive habituellement les sorciers. Père a fait de toi sa créature pour s'assurer que tu ne le quitteras jamais, non ? Peut-être pas pour cette raison, mais les détails importent peu. Le fait est là : les sorciers usent de leur pouvoir quand la situation est critique. Alors pourquoi ne l'a-t-elle pas fait ?
Aurais-tu aimé avoir ses pouvoirs quand je suis morte dans tes bras ? Aurais-tu aimé pouvoir faire de moi ton animal de compagnie ? Peut-être que tu l'aurais fait, dans l'urgence, dans le désespoir. Puis tu aurais regretté ton geste, en presque bonne mère que tu étais. Et qu'aurais-tu fait de ces pouvoirs ? Comment aurais-tu survis sans régénération, sans que tes sens soient aussi monstrueux que maintenant ? Et tu n'aurais jamais pu le suivre au fil des siècles, dans sa lente rédemption.

Tes lèvres se pincent et ton cœur se tord au fond de ton corps. Mère, tu es incompréhensible. A peine deux secondes auparavant, tu minais la femme fâchée, la mauvaise mère qui punit tout acte ou toute parole, qui ne voit que les erreurs de son enfant. Et maintenant, tu joues les femmes blessée par la tristesse, la bonne mère touchée par les pleurs de son sang qui se laisse aller à des élans de sympathie, qui prend dans ses bras les malheureux. Tu essaies de croire que tu es ces deux mères en une seule, faussement mauvaise, adorablement bonne.
Mais tu n'as jamais été qu'une idiote, incapable de comprendre. Tu croyais qu'il me fallait Père pour survivre, que je ne pourrais jamais faire face au bordel avec tes seuls bras pour me consoler. As-tu eu ton père à tes côtés, ta mère ? Si le premier te rendait visite dans ta chambre, la deuxième n'a jamais daigné se montrer. Tu as grandi seule et tu as brûlé cette prison. Tu ne voulais pas que je fasse pareil mais tu as agis inconsciemment. Ce n'est pas moi que l'absence de Père a tué. C'est toi. Tu étais comme un cul de bouteille vide. Inutile et transparente. Et si tu me couvrais d'amour, il y avait en toi une froideur que je connaissais pas à l'époque, une froideur que je n'ai compris qu'à ma mort. La solitude est le pire de tous les maux.

Arrêtant tes pas à côté de la brune, tu tends les mains jusqu'à ses poignets et te fais force pour la remettre sur pieds. Et alors, sans demander quelconque autorisation, dans ton infinie débilité, tes doigts agrippent ses épaules et l'attirent à toi pour serrer son corps tout contre le tien. Je ne sais pas où tu as cru qu'une étreinte était la solution à tous les maux. Peut-être que le manque de contact pendant tout une moitié de ta vie a bouleversé les choses en toi, et maintenant tu ne recherches que ça.
Tes doigts se glissent dans ses cheveux, tapotant son crâne comme le ferait un adulte à un enfant. Le prendra-t-elle bien ou te fera-t-elle finalement du mal ? Bonne question.

Tu auras toujours mal, Ema. Il n'y a aucun remède contre ça. Accepte la mort et la peine sera moins grande. Tu finiras par t'en remettre et vivre pour elle tout autant que pour toi. Un soupire t'échappe, inoffensif. Parce qu'il n'y a pas d'ombre dans le noir, que la lumière.

C'est idiot, Mère. Idiot et bizarre et insensé et incompréhensible et franchement... ça ne veut rien dire. Expliquons-nous ce que seul ton cerveau étrange peut expliquer car tu avances là pour nous un véritable mystère. Et pourtant, tu restes sur cette fin, tu gardes la belle dans tes bras et tu souris dans l'obscurité, presque fière de toi. Faut-il être idiot pour comprendre ?

Si la mort est venue dans tes bras, alors tu dois les ouvrir à la vie. Elle ne voudrait pas de toi que tu fasses semblant d'être heureuse, que tu te morfondes en secret. Elle est dans ton cœur, Ema, à l'écoute de chaque battement, alors il faut que tu vives pour elle, pour la joie que tu pourras lui donner, pour la chaleur au fond de ta poitrine. Ne la laisse pas s'engourdir dans l'alcool et se refroidir dans la solitude. Surtout pas.

Ces paroles, ne peux-tu les prendre pour toi ? Tu souris constamment en journée et te voilà qui tombes saoule chaque nuit. Est-ce la vie que tu lui conseilles ? Non. Et pourtant, rien ne changera. Rien ne pourra jamais changer. Tu ne peux que lui conseiller ce que jamais tu ne feras. Vivre et non survivre.

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MessageSujet: Re: Délicieuse maladresse. [pv]   Lun 16 Fév - 0:35

Toi qui croit que la Terre est ronde
Tu ne croies pas une seconde
Que ta vie ait une chance de changer


La tête baissée, le dos courbé, Ema attendait. Elle était allée trop loin, elle avait été injuste, cruelle, mauvaise. Colérique, elle s'était laissée emporter par toutes ses choses qu'elle n'avait de cesse de refouler. Comme un poison, elles la gangrenaient, la rongeaient peu à peu. Et quand la souffrance était trop forte, elle craquait. Et le monde entier devenait plus détestable, plus haïssable. A l'image de ce qu'elle était. Une blessure qu'elle s’entêtait à garder ouverte, et qu'elle infectait sans cesse.

Alors, elle attendait. Elle attendait l'ire de celle qu'elle avait insultée, rabaissée. Celle qui avait été là pour elle depuis sa sortie des Enfers. La seule amie qu'elle avait en cette Terre. Peut-être avait-elle eu peur de se lier à nouveau à quelqu'un, peur de la perdre comme elle avait perdu Amélia. Alors elle s'était jetait sur elle, et sur des mots que l'alcool avait facilités, que l'alcool avait rendu plus méprisable encore, saisissant cette chance, dans son égoïsme, de blesser les autres pour se protéger elle-même.

Ema se haïssait. Mais elle vivait avec.

Et, dans l'obscurité de ses yeux clos, elle sentit que Calypso lui agrippait les poignets, la forçant à se relever. Ses mains glissèrent jusqu'à ses épaules, puis la française la tira vers elle. Et de surprise, ses yeux s'ouvrirent. Plutôt que sa colère vengeresse, elle ne trouva que l'étreinte chaleureuse et réconfortante de la jeune femme. Tétanisée par une réaction qu'elle n'avait pas anticipée, l'anglaise restait figée, ne sachant que faire, comment réagir, quoi dire. Caly glissa une main dans ses cheveux, comme une mère le ferait avec son enfant.

Les paroles qu'elle prononça, si simples, si douces soient-elles, étaient tout ce qu'elle avait besoin d'entendre. Elle n'y répondit pas, acquiesçant en silence devant une vérité si évidente. Elle finit par lui rendre son étreinte, l'entourant de ses bras à son tour, de ses mêmes mains dont elle avait voulu se servir contre elle. Sa gorge restait nouée par les remords et les regrets. Mais il en avait toujours été ainsi avec elle. Elle agissait, et se questionnait après. Elle n'assumait jamais ses erreurs, que trop orgueilleuse pour cela, mais se paraît du masque vertueux du repentant quand il le fallait. Mais ce soir, tout comme elle, son masque s'était brisée.

Je suis désolée, tellement désolée...Elle la serra une dernière fois contre elle, se nourrissant de sa chaleur, avant de s'en détacher. Elle passa une main sur ses yeux embrumés, fuyant le regard de Calypso. Je...Je n'aurai pas dû m'énerver comme cela.


Elle lui tourna le dos, prenant sa tête entre ses mains, avant de s'appuyer contre le mur. Un silence étrange s'installa entre elles, Ema cherchant désespérément un moyen de se racheter auprès d'elle. Son esprit était encore tourmenté, aussi bien par les bribes persistantes de sa colère, que par les mots et les actes de Calypso. Puis une idée lui vint, si simple, si évidente, qu'elle se surprenait à l'avoir eu. Toujours sans la regarder, elle se dirigea à nouveau vers le bar.

Attends-moi, je reviens...


Elle s'engouffra dans la ruelle, bousculant légèrement quelques passants n'ayant anticipés la soudaine course de la jeune femme. Elle se glissa dans le bar, récupérant sa veste et celle de Caly, avant de s'emparer d'une bouteille de Whisky nouvellement commandée traînant sur une table. Sans s'arrêter, elle ressortie, avant que son enfantin larcin ne soit remarqué. Elle rejoignit la française, les joues rougies, serrant contre elle son butin. Elle osa enfin la regarder, un sourire légèrement gêné sur les lèvres. Elle n'eut pas le temps de prononcer le moindre mot qu'un cri retenti derrière elle, et que les anciens propriétaires de la dite bouteille surgissaient derrière elles.

Ah...Elle jeta sa veste à Caly, avant de lui prendre la main. Prête pour une petite course ?


Sans attendre de réponse, elle entraîna la demoiselle à sa suite, la prenant par la main. Les étoiles furent les seuls témoins de l'homérique poursuite qui s'ensuivit. Ema ne sut pas combien de temps elles coururent ainsi, seule la voix et le rire cristallin de Caly parvenait jusqu'à elle. Et ce son la réconforta un peu plus encore. Elles finirent par s'engouffra dans une petite ruelle, leurs poursuivants n'étant plus que de simples ombres dans la pénombre. Elles arrivèrent sur une petite place, où quelques restaurants encore ouverts jetaient une lumière diffuse et chaleureuse sur le lieu. Ema finit par lui lâcher la main, et s'allongea sur le rebord d'une fontaine, le souffle haletant.

Sa course effrénée avait tué les reliquats de sa colère. Elle ferma les yeux, et retrouva une certaine sérénité. Tout lui semblait si loin maintenant. Elle cherchait déjà à oublier, à oublier sa faiblesse et sa rage emplie de tristesse. La compassion de Calypso restait ancrée dans son esprit, marquée au fer rouge, comme un avertissement des dégâts que son égoïsme avait une nouvelle fois failli causer. Elle se releva, reprenant la main de Caly et la fit s’asseoir à ses côtés. Puis elle posa la bouteille de Whisky sur ses genoux, et la déboucha.

Tu es ma seule amie, Caly, et je ne sais pas si je mérite que tu sois aussi gentille avec moi. Elle baissa la tête, cachant son visage de ses cheveux bruns. Je ne suis qu'une imbécile égocentrique, et je t'ai blessée. Pardonne-moi. Elle laissa le silence une nouvelle fois s'installait. Une légère brise soufflait, la faisant frissonner. Elle serra le poing. Allez, sauvons ce qu'il nous reste de soirée ! Se redressant, elle tendit la bouteille à Caly, souriante, non sans en avoir humé le parfum auparavant. A toi l'honneur !


Souris. Lève la tête.
Et porte ton fardeau.
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MessageSujet: Re: Délicieuse maladresse. [pv]   Jeu 26 Fév - 23:29



Délicieuse maladresse.

(pv) Ema Brand


~

Attendre, oui, tu sais le faire. Attendre que le temps passe, que le monde s'effondre et que les ombres te reviennent. Attendre ce qui n'existe plus, ce qui n'a jamais existé et ce qui n'existera pas. Attendre que l'on daigne te désigner, te parler, te toucher. Attendre que la mort vienne puisque la mort, toujours, arrive. Attendre que des yeux se ferment, que d'autres s'ouvrent. Attendre avant de pouvoir vivre.
Deux cents ans que tu as attendu, errant par-ci par-là sans savoir quoi faire, sans te souvenir de ton véritable nom, allant de surnom en surnom, de maison en maison, de pays en pays, jusqu'à même changer de continent. Tu ne savais faire que ça, attendre et attendre. Et tu as tellement attendu que tu ne sais plus, incapable de rester sur place quand on te le demande. Pourquoi ? Parce que tu as peur de l'abandon.
Pourtant, pour cette fois-ci, peut-être parce que l'alcool transporte ton sang plus que ton sang ne transporte l'alcool, tu ne bouges pas, tu restes immobile, les yeux dans le vague. Tu penses à la chaleur de cette étreinte pour ne pas succomber à la fraîcheur de la nuit, mais aussi à un tas d'autres choses qui t'amènent finalement à ne penser à rien, perdue dans un trop plein de pensées.

Mais déjà tu n'as plus besoin de penser, mère, tandis que la brune te rejoint, les joues rouges et l'odeur de l'alcool bien au chaud dans ses bras. L'eau à la bouche et le regard pétillant à l'idée de boire un peu, tu en oublies presque que tu n'es pas seule dans la rue, à contempler ce que tes yeux de chat te donnent le droit de voir. Ainsi, dans ta grande idiotie, tu prends tout juste le temps de comprendre le cri lorsque ta propre veste s'écrase sur ton visage, enveloppant ta tête et cachant le monde à ton regard.
Te voilà donc à suivre la serveuse sur quelques mètres sans rien y voir, prête à tomber à la moindre embûche. Bien que, avouons-le, même en y voyant clair, tu n'évites pas les obstacles sur ta route et tu t'étales, bien souvent, de tout ton long devant qui veut voir la bête en action. Oui, mère, j'ose le dire, tu devrais te faire payer ton idiotie, au moins servirait-elle enfin à quelque chose.

Sans avoir oublié de tirer la veste de ton visage pour mieux y voir, te voilà partie d'un grand rire tandis que la brune te traîne à sa suite dans les rues du quartier. Qu'y a-t-il de drôle ? Est-ce le bruit de ton petit cerveau tapant contre les parois de ton crâne qui t'amuse ? Certainement pas, et je ne me permets de mauvais mots que parce que je sais sur quoi ton nez se concentre même pendant ta course. Tu sens l'alcool qui remue, pris au piège par le verre, appelant ta bouche à le libérer de sa prison pour qu'il puisse nager avec tes globules rouges. On peut bien te dire qu'il ne faut pas boire jusqu'à ne plus savoir marcher, qui pourra, de toute façon, t'en empêcher ?

Pourquoi continuer de courir quand tu sais que les poursuivants ont depuis longtemps abandonné leur chasse ? Tes oreilles ne sont que trop aiguisées pour que tu ne sois pas au courant, mère. Pourtant, tu l'as laissée faire, tu l'as laissée t'emmener on ne sait où, courant à en perdre haleine tandis que tu continues de rire comme si rien n'avait d'importance, comme un enfant qui jouerait au chat et à la souris à ce point du jeu où l'un court avec l'autre et non plus derrière l'autre.
La brise nocturne vient se lover dans tes narines, amenant avec elle les agréables odeurs de nourriture et autre boisson qui ont su cheminer, toute la soirée, entre les tables et les cuisines des restaurants. Mais l'heure n'est plus au repas et rares sont les passants près de la fontaine. Vous êtes seules et saoules, en compagnie d'un alcool qui ne cesse de répandre son parfum jusqu'à ton cœur. Tu es bien trop mal, mère, pour être récupérable.

Tu te laisses traîner jusqu'à la fontaine où tu t'assois sans vraiment faire attention, les yeux rivés sur l'ambre du liquide posé sur ses genoux. Qu'elle ouvre vite ou tu finiras par la pousser dans ce qui reste d'eau poisseuse afin de garder l'alcool pour toi et de fuir avec ton nouveau bébé dans les bras. Mais déjà le parfum vient titiller tes narines avec force, le bouchon s'écartant du verre en grinçant. Peu importe ce qu'elle peut bien trouver à dire au lieu de boire, tu n'écoutes que d'une oreille distraite, acquiesçant sans comprendre le moindre mot. Ce n'est pourtant pas le moment pour dire oui, mère.
Enfin ! Le whisky de tes ancêtres, lentement placé au creux de tes mains, dansant de joie à l'idée de couler dans ta gorge. N'est-ce pas merveilleux ? Non, ça ne l'est pas. N'y a-t-il personne pour t'enfermer jusqu'à ce que tu n'es plus envie d'alcool ? N'y a-t-il pas moyen de te gaver jusqu'à ce que tu sois écœurée ? L'alcool te tuera... et certainement lui avec toi.

Dis, petite, tu t'allonges sur le rebord, sans même avoir bu, la mort viendra-t-elle bientôt ? Ton père était le plus vieil homme que tu aies connu, et il avait quarante-cinq ans. Ah, peu importe. Cesse ton français, mère, et espérons qu'elle ne comprenne pas. Buvons ! La première gorgée te laisse perplexe, pleine de tristesse. Comme toujours, avoir envie de pleurer et, pourtant, ne jamais cesser de rire. Blessée ? Non ! Rien ne blesse Calypso, nymphe de la mer, n'est-ce pas ? Même mon bel Ulysse ne saurait me faire de mal. Tu ris. Seule. Bois !



Dernière édition par Calypso de Rosenbourg le Mer 15 Avr - 23:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Délicieuse maladresse. [pv]   Dim 12 Avr - 12:56

Tournent les aiguilles
Passent les heures
Tourne encore et encore
Passe toujours et toujours


Des paroles inaudibles, intangibles, teintées d'alcool. Ema les oublie aussitôt, enfiévrée par ce liquide brûlant qui coule et se répand dans ses veines, déchire ses entrailles, et consume définitivement sa colère. Elle se laisse porter, porter par la délicieuse maladresse de son amie, par les errements, les égarements de sa vie passée, la passivité et la détresse de sa vie présente, le flou dramatique de sa vie future. Elle ne sait plus alors, si sa voix est la sienne, où de celle qui s'éveille quand brûle le sang dans ses veines. Ses paroles à son tour ne sont que borborygmes, nuancées d'un sourire, d'un geste, d'un clin d'oeil furtif. Elle se laisse aller, elle oublie. Pour une fois, elle en est heureuse. De se délivrer pour quelques heures à peine de son fardeau volontaire, de son chemin pavé de ronces et de lamentations.

Elle s'allonge à son tour, scrutant le ciel sans réellement le voir. Elle s'imagine vivant sa propre Odyssée, parcourant les étoiles, Amélia dans son sillage. Elle serait alors sa Pénélope, son Eurydice, le fruit de ses pensées, son calice sacré. Elle n'aurait de cesse de se retourner, croiser son regard, entendre le son de sa voix. Mais même dans ses pensées, dans l'entrelac de sa mémoire, de ses souvenirs, qu'ils soient réels ou fictifs, Amélia ne la suivrait pas. Comme un coup de poignard, son coeur s'arrêta de battre alors qu'elle revenait à sa réalité. Le froid de la pierre griffait sa peau, engourdissait ses membres. Elle se releva, s'éloignant de quelques pas.

De nouveau, ses yeux se tournent vers le ciel, vers cet océan d'étoiles qu'elle étudiait, qu'elle observait, avant qu'un infime grain de sel grippe le rouage de la vie qu'elle s'était construite. Elle avait tant voulu la revoir, Dame Séléné, brillante dans sa toile d'ébène, écho de Méliès, héritage de Jules Verne. Et sous les nuages carmins du Septième Enfer, plongée dans les Ténèbres, elle avait trouvé sa galaxie, celle autour de laquelle elle gravitait sans cesse, se raccrochant à l'éclat de sa voix, à la force de ses paroles...

Elle secoua la tête. Elle recommençait, encore et toujours. Elle ne pouvait, non, ne voulait que penser à elle. Mais elle ne pouvait plus continuer ainsi. Aussi douloureuses qu'étaient ses paroles, elle en accepta l'intolérable cruauté, l'incontestable vérité. Si elle voulait survivre, elle devait le faire pour elle, et ne plus vivre seulement pour un souvenir. Mais comme un fumeur invétéré cherchant à sauvegarder le temps qu'il lui restait, elle savait qu'elle finirait par rechuter. Triste constat de ses propres faiblesses. Aussi, lui fallait-elle un gardien de sa nouvelle résolution, quelqu'un qui graverait à jamais son serment de l'instant.

Ema se retourna, et revint auprès de Calypso. Elle s'agenouilla à côté d'elle, détachant de ses mains le cadavre vide de ce qui fut jadis une bouteille de Whisky. Elle ne savait pas si la jeune femme l’entendrait, ni même ne la comprendrait, mais Caly avait ce talent inné, ce savoir caché de ressentir ce que jamais elle ne percevrait, de lire en elle comme dans un livre ouvert. Elle lui prit alors la main, et posa la première pierre d'un nouvel édifice, les premières notes de sa nouvelle symphonie, une énième parabole à son égoïsme.

Caly...Je veux que tu me promettes de veiller sur moi comme tu l'as fait ce soir. Elle prit une grande inspiration, tressaillant à la simple idée de prononcer les mots qu'elle s’apprêtait à prononcer. Je ne veux plus vivre seulement pour le souvenir d'Amélia.


Elle lâcha la main la demoiselle, et s'assit à même le sol, s'adossant contre la pierre. Elle tremblait de tous ses membres, une peur panique que ses souvenirs disparaissent, qu'elle oublie son visage. Mais elle finit par se calmer, se raccrochant à sa nouvelle résolution, et pour la première fois, elle sourit aux bribes éparses de son esprit. Ses pensées, marquées, saccadées, semblables au noir et blanc des films d'antan, défilent devant ses yeux. Elle voila ses iris, rassurée de voir, de comprendre qu'Amélia était toujours là, et qu'elle le serait à tout jamais.

Passent les heures, tourne encore et encore. Elles restent là toutes les deux, dérivant, suivant le fil de l'alcool dans leur sang. Elle se sentait bien.

Puis Ema se tourne à nouveau vers elle, capte ses pupilles enfiévrées. Elle savait quel effet particulier avait l'alcool sur la jeune femme, qu'elle s’enivrait pour des raisons qu'elle ne pouvait qu'appréhender. Elle ne la connaissait pas autant qu'elle ne le voudrait. Son petit monde ne tournait qu'autour d'elle, ne laissant que peu de place pour une quelconque et prosaïque intrusion de la vie d'un autre. Mais Caly ne méritait pas de subir toute la rage protectrice de son égoïsme, pas avec tout ce qu'elle avait fait pour elle.

Elle la protégerait elle aussi, tout comme elle s'était jurée de protéger Amélia. Elle lui faisait une place dans son monde.

Elle avait froid désormais. La nuit suivait son cours, solitaire et monotone. Elles étaient seules sur la place, la lumière de lampadaires pour seul phare dans les Ténèbres. Elle se releva et étira ses membres endormis. Puis elle se pencha sur Caly, et l'aida à se relever à son tour. Puis elle lui tendit la main, souriante.

On rentre ? Un clin d'oeil furtif, un léger sourire. Ou tu as encore soif ? Même si je doute que quelque chose soit encore ouvert à cette heure.


Aux environs déserts, s'offrait une multitude de possibilité. Elle n'était plus seule désormais.
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MessageSujet: Re: Délicieuse maladresse. [pv]   Ven 17 Avr - 14:21



Délicieuse maladresse.

(pv) Ema Brand


~

Le froid mord la peau, dit-on, mais l'on parle si peu des morsures de l'alcool sur l'estomac et de la mort sur le cœur. Tu péris pourtant plus de celles-ci que de la première, qui passe sur ton corps comme ru dans son cours d'eau, y laissant si peu de traces.
Tu es là, assise sur le bord d'une fontaine quelconque, au milieu d'une place quelconque, à une heure avancée de la nuit, le regard fixé sur l'ambre calme. Tu vois dans ses reflets une pâle ressemblance avec la femme que tu as été : une chevelure rousse, un visage blanc. Et tu remarques les rides à la surface, les tremblements qui agitent le liquide éthylique.
Dans tes égarements les plus lointains, tu as toujours cette phase, cette étape immuable, ce moment de la journée où tes épaules s'affaissent et où tu n'as qu'une envie : pleurer. Tu restes alors, les bras mous, le regard vaguement posé sur la bouteille, et tu laisses tes pensées vagabonder bien trop près de la réalité.
Voir ces plis au fond de la bouteille, ces vagues miniatures qui se heurtent aux parois silencieusement, te plonge dans une mélancolie profonde. Tu comprends, tu prends conscience de ta condition, de ton avenir foulé au pied, perdu à jamais. Tu vois ce que tu as été et ce que tu es devenue. Toi, la grande prostituée, la rouge de feu et de passion, la préférée. Si jeune et si belle, souriante et accueillante, le geste précis et la parole juste. Et, maintenant, quoi ? Tu es laide, les cheveux tombant, le rouge moins vif, les larmes aux bords des yeux. Tu tombes, tu butes sur les mots, tu te trompes de langue, tu mélanges les phrases... et tu trembles, pitoyablement, tu trembles de ces mains qui ont tant fait, tant subi. Tu trembles comme si la vieillesse emportait ton grand corps, comme si la peur n'échappait jamais à ton cœur. Tu trembles comme l'alcoolique que tu es, et tu voudrais pleurer sans jamais y arriver.

Tes doigts échappent à la bouteille et tu sens la panique au fond de ta poitrine, les battements plus rapides et nombreux. Tu as cru perdre la raison, perdre le contrôle de ton esprit, de ton corps par extension. Tu as cru le verre glisser de ta peau sans pouvoir ordonner à tes mains de se refermer. Tu as cru que tu étais perdue, que la folie était arrivée, qu'elle ne serait jamais soignée et que tu mourrais aussi vite que tu as vécu.
Mais tes yeux croisent les siens, ta respiration se stoppe sur la beauté d'un regard qui n'est pas le tien, d'une main qui attrape la tienne, l'enlace et la serre. Devant cette amitié, cette confiance, devant cette lueur au fond de son œil, tu aurais pu te mettre à pleurer, comme l'enfant que tu as été. Mère aussi tu as été, et c'est elle qui prend le pas sur ta lâcheté, qui ordonne à tes doigts de répondre aux siens, d'écouter ses paroles. C'est que tu as été plus longtemps Mère que « maman » et tu t'y crois encore, même sans enfant.
Un sourire sincère, une main qui effleure des cheveux bruns, une joue. Tu ne réponds que de ça, de ces gestes tendres que tu m'offrais autrefois. Tu aimerais l'aider, vraiment, mais il n'est de promesse que tu saurais dire sans être persuadée de la tenir. Et tu ne peux pas le lui assurer. Tu es trop perdue toi-même pour être à la hauteur des autres, capable de les aider, soutenir, de les protéger. Tu voudrais, pourtant, veiller sur elle comme sur un enfant, la guider dans son avenir sans Amélia. Mais tu ne le peux pas, pas alors que l'alcool coule dans tes veines plus encore que ton sang, pas alors que tu ne saurais faire un pas sans chanceler. Tu es une vulgaire prostituée, une mère ratée, une alcoolique éhontée, une femme trompée – du moins le crois-tu. Tu ne peux pas la protéger, quand bien même tu penses être mère de l'humanité, tu mourras bien avant d'avoir pu l'aider.

Ses doigts glissent des tiens et tu soupires doucement dans l'obscurité, laissant ton regard dériver de l'eau croupie de la fontaine au ciel nocturne, jusqu'à ce que tes yeux rencontrent la lune et s'y accrochent. Les nuits sont plus paisibles quand elle ne se montre pas, et tu frémis déjà à la pensée de la prochaine blanche qui écartera l'ombre de la nuit et la femme du chat. Encore un soir où tu courras les rues, où tu laisseras quiconque te toucher, caresser ton beau pelage, où tu miauleras à la mort et où tu grifferas le sorcier tant aimé. Ce qui ne fait pas une grande différence avec tes nuits humaines, en réalité. Pauvre dépravée.

L'heure tourne bruyamment à ton oreille. Tic, tac. Et déjà tu regrettes le verre froid qu'elle a retiré de tes mains. La présence d'une bouée de secours, plus que l'alcool lui-même, un raccord avec la réalité qui te brise le corps pour t'avertir que ce n'est pas encore la mort. Quelle idée saugrenue, sortie d'un esprit embrumé, embué, perdu dans sa propre vérité. Tu mourras aussi seule que tu es née, Mère, car jamais personne ne t'a aimée.
Tu vois les beaux cheveux qui tombent devant tes yeux, leur noirceur facilement décryptée par ta félinité, mais tu distingues avec peine les traits du visage, la couleur des iris, la courbe des lèvres. Tu te fatigues de cet effort de volonté, de cette concentration dans un simple geste, alors tu continues de contempler les reflets dorés des lampadaires dans la cascade parfumée de sa chevelure.

Qui ne voudrait pas protéger cette petite beauté pas encore tachée par la vieillesse, hein ? Tu te le demandes. Tu pourrais passer des heures, en réalité, à contempler ne serait-ce qu'un cheveu autre que les tiens, à détailler les couleurs qui se mêlent aux yeux des autres et à redessiner mentalement les lignes parfaites sur les visages. Tu serais prête à mourir pour qu'une autre personne continue de vivre. C'est là ta plus grande idiotie, Mère, de croire que n'importe quel criminel mérite plus que toi et qu'il te faudra sacrifier ta vie dans le pardon de leurs crimes. Ils ne te connaissent pas et ne le souhaitent pas, pourtant, pas plus qu'ils ne souhaitent être pardonnés. Regarde la vérité en face, Mère, même dans la mort tu ne serviras à rien.

Un frissonnement te ramène à la réalité brusquement, et tu glisses ton regard jusqu'au visage d'Ema à tes côtés. Le sol s'offre à tes pieds avec hésitation, chancelant un instant, le monde roulant sous tes yeux alcoolisés. Tu discernes mieux le nez et le menton de la jeune femme mais le reste semble si flou si lointain. Les maisons ont-elles toujours été si penchées ?
Sa voix dépose les mots au creux de ton oreille et tu reprends pied dans ce monde. Rentrer, oui, il est l'heure, l'heure d'affronter la colère, l'heure de laisser l'alcool dicter amour et haine. Tu secoues la tête de droite à gauche, la douleur pulsant à l'intérieur de ton crâne comme un pic-vert picore un arbre pour s'y nourrir. Tu sens que rien n'est à sa place ni dans le monde ni dans ton esprit, mais tu sais, tu connais, tu fais face une nuit de plus.
Et déjà l'odeur de ton sorcier vient titiller ton nez.

Il vient. Ta voix s'épuise dans son français et retombe lourdement au sol. Tu reprends alors l'anglais d'un son plus assuré. Je dois rentrer. Je travaille demain. Non ? J'ai sûrement des choses à faire. Tu attrapes sa main pour mieux la lâcher, glissant tes bras dans son dos et l'enlaçant de toute ton amitié. Prends soin de toi, Ema. Tu te détaches, plisses le regard pour sonder l'obscurité. Je dois me dépêcher.

Tu files à vitesse modérée qui te semble pourtant si rapide, butant contre des obstacles invisibles et rattrapant ton grand corps contre les murs froids de la rue. Tu te laisses guider par le parfum de celui qui te cherche, de celui qui t'ouvrira ses bras pour mieux mépriser ton état pitoyable d'alcoolique idiote. Et tu l'aimeras, oui, car tu ne sais faire que ça.

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