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  Clean up the dead you leave behind [PV Isaac]

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↳ Opinion Politique : Sans opinion, elle s'en fiche
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↳ Citation : " In order to rise from its own ashes, a Phoenix first must burn. "
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MessageSujet: Clean up the dead you leave behind [PV Isaac]   Jeu 8 Jan - 21:59

La guerre, pourtant, elle la connaît. A cinq ans, quand les cauchemars l'écrouent dans des souvenirs erratiques, quand elle lutte corps et âme contre sa panique dès que Morphée l'enveloppe. Des bras venus l'étouffer. Les insomnies, le premier champ de bataille. Vingt après, quand Isaac appose davantage ses phalanges sur sa peau que ses lèvres. Quand il faut fuir mais qu'elle l'aime et souffre dans sa démence. Quelques années après, quand Jill lui a été arraché, quand il a fallu courir pour sa vie. Quand elle l'a défiguré, quand elle l'a quitté et quand elle a voulu s'offrir en pâture à ces êtres décharnés. Et puis, quand seule la reconstruction semble juste. Tellement de combats pour aucune gloire. Le concept même se fane sur sa bouche alors que les instructions tombent cet après-midi là. Non, il n'y a aucun éclat dans cette noirceur perpétuelle. Tout juste des sons qui s'amassent dans son crâne dès qu'elle gagne la rue. Les cris sont oppressants, la terreur bouscule les foules. Elle brandit son uniforme assez vite quand elle atteint les vestiaires. Le briefing habituel est raccourci en quelques phrases haineuses d'un supérieur largement dépassé. Burton l'attend, l'arme au poing près d'une unité composée alors de dix hommes et femmes. Dans ses yeux d'ordinaire agacés, elle y lit une crainte particulière qu'elle ne peut que respecter pour une fois. Va-t-il rentrer chez lui ce soir ? Père de famille, mari préoccupé, cet homme a tout à perdre. Joan soupèse sa propre chance et songe ironiquement à ce qu'elle n'aurait pas à laisser derrière elle. Aucun héritage, aucun héritier, des pièces vides de sens, plusieurs paires de chaussures, de vieux mots froissés et quelques bouteilles de vin dans le placard. Son existence semble simple mais sa valeur réside ailleurs que dans le corps des autres, ailleurs que dans des esprits qui ne lui appartiennent pas, bien loin des objets dont elle dispose. Tout ce qu'elle a, c'est ce qu'elle est. Dés lors, n'a-t-elle pas tout à perdre finalement ? La brune ne pense pas à sa valeur quand elle enfile son casque. Pas question de finir en martyr. Pas question de devenir statistique d'un conflit barbare. Aujourd'hui, encore, elle devra survivre.

La lumière inonde le peloton dès qu'il s'éclipse des bâtiments officiels. Très vite, les immeubles deviennent démarcations d'une arène où la rage et le sang règnent en Roi. La terre tremble , plusieurs explosions accueillent les renforts. Quelques ordres sont beuglés, quelques regards s'accrochent, il faut oublier son humanité. Ou bien en faire son moteur. Traquer ou être traqués. Les terroristes pullulent dans les allées, arrachent des civils à des foyers mutilés par la frayeur. Ce n'est pas une Vendetta à proprement parlé. C'est une inquisition. C'est une croisade qui a pour but d'éradiquer la confusion, de rallier des indécis à une cause déjà perdue. Marche ou crève. La trentenaire s'est toujours tenue bien éloignée de la politique. Par dépit, par fainéantise et désintéressement marqué. Seule sa rédemption compte, le reste n'est que décor auquel elle se doit de s'adapter. Ces actes ne la heurtent qu'une fois projetée sur le terrain, quand des femmes sont traînées par les cheveux, figure éraflée sur l'asphalte parce qu'elles ont un lien proche ou lointain avec ceux qu'ils abjurent. Les premiers rebelles à tomber sont pris en embuscade. L'américaine en abat deux de sang froid, sans la moindre hésitation. Leurs patrons ne veulent laisser aucune place au hasard. Ce n'est pas difficile d'obéir quand autour d'eux, le chaos scelle des vies innocentes. Les civils sont laissés à l'abandon la plupart du temps, livrés à eux-même pour la suite. On leur prie de rentrer chez eux et de se barricader avec tout ce qu'ils ont à leur portée. C'est la seule justice dont il est question. Pas la meilleure, pas la plus belle mais celle qui est nécessaire.

Ils avancent, sécurisent chaque carré de bitume en ignorant parfois la vraie nature de l'ennemi. Des bavures, il y en a par dizaine. L'adrénaline entraîne l'impulsivité, l'action avant la réflexion. Le regret ne s'empare d'aucune carcasse. Répressifs avant d'être humanistes. L'efficacité avant l'héroïsme. Dans ce quartier, des fondations se sont écroulées, des flammes lèchent des briques et l'impact de bombe déforme les pavés. Des grenades sont propulsées vers les forces de l'ordre, elles embrassent le ciel avant de retomber. Un appel au divin qui meurt sans autre réponse que la chair broyée. La fumée des incendies alterne la visibilité, s’additionne aux nouvelles détonations. En quelques secondes, la peacekeeper se retrouve isolée de ses coéquipiers. Un des opposants se terre dans les bancs de vapeur pour attraper sa proie. Les effluves toxiques enclenchent instantanément la toux de l'asthmatique. La sorcière chasse les larmes, ventile ses appréhensions de crise quand il jaillit soudainement et lui porte un coup à la tête. Rapidement, la crosse de la magicienne se fiche dans la trachée de l'individu. Elle a juste le temps de lui coller un coup stratégique à la nuque avant qu'il ne retente une autre attaque. A l'aveugle dans la brume opaque, elle gagne le coin d'un bâtiment, à couvert et ôte son casque amoché au point de provoquer une douleur crânienne. Le renflement au niveau de son front se présente sans équivoque quand elle parvient à l'extirper de son visage. Un grognement et elle arrache son écouteur du cadavre métallique, délaissant sa protection cassée derrière elle. Elle fixe l'émetteur à son bras quand on l'interpelle. L'incendie proche a grignoté l'enseigne contre laquelle elle a trouvé appui. Des gens gisent à l'intérieur. Pas son problème. « Je ne suis pas pompier, abruti » Grogne-t-elle même à l'encontre du bougre qui la force pourtant à s'orienter à l'intérieur, invoquant la présence insolite d'enfant. Point faible, elle prend la peine de pénétrer dans l'endroit, le bras replié sur la bouche. Elle dénombre deux morts pour cause d'effondrement à l'entrée mais déniche une troisième silhouette néanmoins plus loin. Un bar. Des gosses là-dedans ? Se sentant dupée, sa rage grimpe, avilissant ses prunelles d'une lueur hystérique alors qu'elle contourne les débris pour atteindre la victime.

Le saoulard semble à peine conscient quand ses paumes le tirent de son siège, vers l'arrière. Elle accuse le dos de l'étranger difficilement et finit par le traîner au sol pour le faire réagir. En voulant lui attraper le col pour le secouer, la vision fantomatique lui arrache un hoquet. Ses cheveux bruns ondulent autour de ses tempes, sa peau décharnée, son oeil hagard, cette barbe qui façonne sa mâchoire aux angles dures, sévères, qui entourent ses lèvres dessinées quasiment à la craie, qui l'ont autrefois aimée. Pour la première fois, elle se sent minuscule face aux ravages. Pour la première fois depuis une éternité, elle n'est plus personne. Redevenue spectre parmi les spectres. Les douleurs sont multiples, elles fusent dans chaque membre qui la compose. Elles défient les résolutions, les changements, le présent, surtout l'avenir. Les cicatrices à peine suturées succombent aux traumatismes et abolissent la gravité. Elle recule, trébuche, s'écroule. Non. Pas à terre. Pas pour lui. Pas ça. Alors elle se redresse, retient son estomac prêt à inverser haut et bas, retient ce regard qui veut le retrouver pour se convaincre de ce qui ne peut être. Le choc l’épingle au parquet pourtant, au milieu d'un cauchemar difforme. Elle se contente d'abord d'être. Simplement d'être près de ce monstre, près de cette enflure, de ce démon, près d'un amant, près d'un ancien mari. Près du père de sa fille. Près de sa folie. Si près qu'elle peut la sentir vibrer.  Oui, la guerre, pourtant, elle la connaît. Surtout celle-là. Comment a-t-elle pu croire qu'elle avait déjà été remportée ?

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MessageSujet: Re: Clean up the dead you leave behind [PV Isaac]   Lun 12 Jan - 0:01

Il avait mal au crâne.
Ses paupières s’entrouvrirent un court instant, avant de venir se rabattre sur son regard, imbibé d'un jaune pisse.
Maudite lumière.  

Dans un grognement caverneux, Isaac se retourna.
Il ne voulait pas se lever. Le monde entier le révulsait. Aujourd’hui encore, il allait rester dans son lit, jusqu’à ce que le ciel devienne aussi noir que le fond de ses pensées. Alors, et alors seulement, il se lèverait.
De toute façon, la nuit lui allait bien mieux au teint.

La nuit, c’était le royaume de ses semblables. Des rebuts de la société, incapables ou peu désireux de s’adapter. Des parias, pourchassés pour ce qu’ils étaient ou avaient fait. Rien qu’un immonde ramassis de ratés. Isaac les méprisait, comme il se méprisait.
Soir après soir, il se faisait témoin de leur déchéance. Ces pauvres idiots avaient volontairement troqué l’éclat du soleil contre la lueur blafarde des réverbères. Ils avaient oublié le goût des plaisirs simples, pour mieux se perdre dans des paradis artificiels. Ces êtres, pitoyables, n’étaient plus que le vague reflet de ce qu’ils avaient un jour été.

Un souffle chaud effleura soudainement le bout de son nez. Cette fois-ci, Isaac ouvrit grands les yeux. Face à lui, une adolescente dormait à poings fermés. Son cœur manqua un battement, faisant monter le sang jusqu’à l’éponge qui lui servait de cerveau.
Isaac examina péniblement la pièce dans laquelle il se situait, puis se repencha sur les traits de la jeune fille. « Merde. » Finit-il par lâcher, en guise de conclusion.
Là, il avait déconné sévère.

Elle était serveuse dans un petit café restaurant, qui bordait l’avenue principale de Storyville.
Isaac venait souvent y terminer ses nuits d’errance, lorsque plus aucun bar ne voulait bien l'accepter.
L’endroit était miteux, voire même dégueu, mais ouvert 24h/24 et à un prix plus qu’abordable. Pour peu qu’on ne craigne pas la bouffe avariée.
Isaac se revoyait y entrer d’un pas mal assuré, se vautrant sur la première banquette qu'il rencontrait avec la grâce du soulard.    
« Qu’est-c’que j’peux avoir ? » Avait-il demandé, sans même prendre la peine de lire la carte qu’on lui tendait.  
« Vous pouvez avoir absolument tout ce que vous voulez, monsieur… » Le sous-entendu scabreux fit naître un sourire salace sur son visage.
Il tourna lentement sa tête vers la serveuse.
Elle avait les jambes fines et l’arrière des genoux parsemé de multiples traces de piqûres. Une accro à l’héroïne, à n’en point douter. Isaac renifla bruyamment. Ca puait le cas désespéré. Qu’importe, ce n’était pas ce genre de détails qui allait l’arrêter.
Il remonta son regard lubrique jusqu’à ses frêles hanches, puis sur ses petits seins, que le temps n’avait pas encore commencé à tirer vers le bas. Elle avait les franges décolorées. Ses paupières et ses lèvres peinturlurées de noir.  
Pauvre fille. Quelle âge pouvait-elle avoir ? Dix-huit ? Peut-être vingt ans ?
Armée d’un sourire provocateur, la petite effrontée semblait désireuse de se faire dévorer.
Ca tombait bien, Isaac avait une faim de loup.      

Il tenta de sa lever discrètement. La tête lui tournait et l’envie de dégobiller se faisait dangereusement ressentir.
« Tu t’en vas ?
- Oui. » Répondit-il sans ménagement.
« Tu veux prendre mon numéro ?
- Non.  
- Tant mieux ! » Rétorqua-t-elle, les joues en feu. « Parce que t’étais vraiment trop nul au pieu ! Casses-toi de chez moi ! »

Blasé, Isaac continuait de sonder le plancher.
« T’as pas entendu ce que je viens de te dire, ducon ? Tires-toi d’ici !
- Je cherche ma chaussure. Hey ! Nan mais t’es complètement folle ou quoi ?!»
Une tasse venait de lui frôler le visage, avant de venir éclater en mille morceaux contre le mur d’en face.
«  Tires-toi sale tocard ! Sinon j’appelle les flics et je porte plainte pour viol !
- J’vais te… » Le poing serré d’Isaac se leva, prêt à frapper.
« Ouais vas-y, c’est ça ! Fais-le enfoiré ! Comme ça je pourrai rajouter coups et blessures à ma déclaration ! »

La colère.
Elle gangrenait son cœur, assombrissait ses pensées. Tel un poison qui se serait insidieusement distillé dans ses veines, la colère avait pris possession de son corps.  

Puis, vint la peur.
La peur de se voir menacer une pauvre gamine. De faire souffrir une nouvelle innocente, comme il l’avait fait souffrir. Elle.

Isaac écarquilla les yeux. L’adolescente aux cheveux décolorés avait brusquement disparu.
Là, recroquevillée au milieu d’un lit froid, elle blottissait ses longues jambes contre sa poitrine tremblotante, en proie à une violente crise de sanglots.  

Joan.

Deux syllabes, deux cicatrices.
Il voudrait courir à sa rencontre. La prendre dans ses bras, lui dire combien il était désolé. Mais il ne pouvait pas. Il ne parvenait pas à bouger.
Lorsque finalement, il retrouva sa mobilité, Joan avait déjà disparu.

Isaac secoua la tête, tentant de recouvrer ses esprits. Ce qu’il vit alors eut le mérite de lui arracher un sourire.
La petite serveuse, complètement nue, brandissait une batte de Baseball avec hargne. Si seulement tous ses agresseurs avaient pu être aussi attrayants...
Isaac desserra le poing, puis leva les mains en signe d’abandon.
« C’est bon, j’me tire. Tu peux garder ma chaussure. Cadeau.
- Ouais c’est ça ! Dégage !
- Bonne journée.
- P’tite bite !»
La porte se referma dans un claquement sec.

***

Une plante de pied aussi écorchée que son optimisme, Isaac claudiquait tel un estropié de guerre.

La journée venait à peine de débuter, et tout le faisait déjà chier.

« Oh merde, Isaac. Qu’est-ce que tu viens encore foutre ici ?! » Furent les premiers mots qui parvinrent à ses oreilles, tandis qu’il franchissait les portes du « Voodoo Doll».
La tenancière, une femme dans les quarante années, nettoyait une chope d’un geste machinal. Elle avait la peau un peu trop fripée pour son âge. Son regard céruléen surplombé d’un fard bon marché et souligné par des cernes prononcés.
Elle disait que c’était parce qu’elle avait croqué la vie à pleine dents. Qu’elle avait trop bu, trop fumé, trop baisé. Et que si tout était à recommencer, elle n’aurait absolument rien changé.
D’une certaine manière, elle restait attirante. Elle possédait ce charme, naturel et sauvage.    
« Allons Magda, ce n’est pas une manière d’accueillir un client.
- Mais tu n’es pas un client, McGrath. » L’homme qui surgit de derrière le comptoir avait des allures d’ours mal léché, ses joues rongées par une grosse barbe sombre.
«Tu es un putain d’emmerdeur avec une ardoise longue comme mon bras ! » Gronda le géant. « Maggie ne te doit plus rien, et moi non plus d’ailleurs. Alors dégage le plancher ! »    
Isaac afficha un sourire carnassier.
« Mais c’est qu’il mordrait le vilain toutou ! Dis-moi, Rhéon, où était passée ta superbe le jour où je vous ai sauvé la peau, à Maggie et à toi ? »
L’orgueil du colosse accusa le coup dans un foncement de sourcil.  
«  Combien de temps comptes-tu encore nous rabâcher cette vieille histoire ? Tout ça, c’est du passé. »
L’œil d’Isaac se fit mauvais et son ton plus dur.
« Le passé ne devrait jamais être oublié.  
- Non, mais dans ton cas il t’empêche d’avancer. »
Un long moment, ils restèrent ainsi. Immobiles. Les muscles bandés. Se jaugeant tels deux chiens de faïence.
Finalement, Isaac baissa les yeux et tourna les talons. « Fais chier. » Lâcha-t-il dans un souffle. Il n’avait pas envie de se battre. Il n’en n’avait plus la force.
« Attends.  
- Maggi, qu’est-ce que…
- Laisse Rhéon. Mets ça sur mon compte, ok ? »
Le barman émit un grognement désapprobateur, menaçant une dernière fois Isaac du regard, puis s’en retourna à ses préoccupations.
« Merci. » Murmura-t-il en s'asseyant.
Magda fit volteface, visiblement agacée.
« Tais-toi. Je n’en n’ai rien à foutre de tes remerciements. Regarde dans quel état pitoyable tu es. Tu te laisses mourir à petit feu, trop lâche pour oser en finir. Tu me dégoûtes.» Isaac ne répondit pas. Peut-être parce que ses remontrances glissaient sur lui comme l’eau sur la roche. Ou peut-être parce qu’il n’y avait tout simplement rien à dire.  
« Rheon a raison, tu sais. Tu es resté coincé dans un passé révolu. Elle est partie, Isaac. Et rien ne pourra la ramener. Tu n’es pas le seul à qui les Jours Sombres aient arraché une personne chère. Tu dois avancer. Tu n’as pas le choix. »
Isaac grogna, peu enclin par l’idée.
« J’ai essayé de t’aider. Bon sang, j’ai vraiment essayé. Mais c’est fini, j’abandonne. J’en ai assez. » Elle posa une bouteille de Brandi sur le comptoir.
« Alors vas-y. Bois. Si c’est tout ce à quoi tu aspires, bois. Bois jusqu’à ne plus te rappeler de ton propre nom.  Et puis, lorsque ce sera fait, je veux que tu partes. Et que tu ne reviennes pas. » Un temps, comme pour lui permettre d’assimiler chacun de ces mots.  « Je ne veux plus jamais te revoir, Isaac. » Puis elle tourna les talons et disparu dans une arrière salle.

***

On le secoua. « Hmmmm… » Il entendit une bouteille vide rouler sur le zinc, puis éclater à ses pieds. On le secoua plus fort. Isaac sentit le vide l’aspirer. Trop tard. Son dos et l’arrière de son crâne percutèrent lourdement la terre ferme, la violence de la chute lui arrachant une grimace douloureuse.
Il balbutia des jurons incompréhensibles, jetant des regards affolés dans tous les sens. Où était-il ? Que se passait-il ?
Des gravats semblaient tomber du ciel. Sa gorge l’irritait, son nez le démangeait, et ses yeux pleuraient sans qu’il ne puisse l’empêcher.
Noyé dans un nuage de poussière, Isaac n’arrivait plus à respirer. Rapidement, il sentit la panique le gagner.

C’est à cet instant qu’il la vit.
Fantôme de son passé. Regret d’une vie.

Ses cheveux, son nez, son menton, ses lèvres. Elle était exactement comme dans ses souvenirs. Pourtant, Isaac ne la reconnaissait pas.
Son regard.
Son regard avait changé. Une lueur. Éteinte. Celle de la naïveté. De l’innocence.
Ses deux billes aussi sombres que l’ébène le fixaient désormais avec froideur. A croire que plus aucun sentiment n’animait son corps.
Ca ne pouvait pas être vrai. Ce n’était pas elle.
« Jo… Joan… » Osait-il à peine prononcer.
« Joan, c’est toi ?
- Le feu est en train de vous encercler ! » Hurla une voix au-dehors. « Sortez ! Sortez vite ! »

Non sans difficulté, Isaac parvint à se relever. Ici et là, des corps inertes gisaient. Certains d’entre eux devaient sans doute encore respirer. Pas le temps de faire dans la charité. Il se rachèterait pour ses fautes un autre jour.    
Se retournant, il vit Joan se diriger à tout hâte vers la sortie et lui emboîta le pas.

Dehors, c’était le chaos. Le monde s’entre-déchirait. Ceux qui avaient engendré la haine, subissaient aujourd’hui son courroux. Les larmes se consumaient dans le sang et les flammes.

Mais Isaac ne semblait pas vraiment s'en formaliser, indifférent aux actes barbares qui se jouaient sous ses yeux.
Tapotant sur les guenilles qui lui servaient de vêtement, dans le vain espoir de les rendre plus convenables, il se tourna vers Joan.
« Et bin dis-donc… » D'une main nerveuse, Isaac tenta de redonner forme à sa chevelure grasse et indisciplinée. « Ca faisait un bail. »


Dernière édition par Isaac McGrath le Dim 18 Jan - 22:55, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Clean up the dead you leave behind [PV Isaac]   Dim 18 Jan - 14:04

Ses yeux se posent sur elle, traînent assez longtemps sur sa peau pour assécher sa bouche. Une fraction de seconde suffit pour la prise d’otage, ces choses-là réclament si peu de temps. Son regard captif du sien, son souffle aspirant à rejoindre le sien, dévalant déjà les mètres que sa stupeur a engendré. Un vieux mécanisme que l’animosité n’enraye pas immédiatement. Ses lèvres tremblent, les frémissements atteignent chaque muscle, chaque molécule qui la composent alors. Un séisme qui semble pouvoir briser chacun de ses os, un par un avec une maladresse certaine et une précision pourtant vorace. L’hiver est éternel quand enfin, elle parvient à s’arracher au spectre du passé. Ses ongles entaillent la chair de ses paumes par-dessus ses gants, geste du présent pour l’extirper à l’imparfait. Sans le textile, elle saignerait à nouveau pour un homme qui ne le mérite pas. Saigner jusqu’à l’évanouissement et à la disparition. Elle comprime ses hémorragies internes, congédie son pouls et inhale l’air vicié en de longues et profondes inspirations. Sa cage thoracique douloureuse accuse le retour de son démon personnel dans cette entrée d’oxygène atrophiée par des toxines. L’asthmatique tient la distance grâce à une détermination forgée dans la souffrance. En se tenant debout, au milieu de la pluie, elle ne peut pas se noyer. Pourtant, il faut bouger, partir, s’éloigner. Le danger est ailleurs. Mais fuir devant lui n’est pas une option suffisante. Elle peut le laisser là, pourrir en enfer dans cet incendie. Mais ça non plus, ça ne semble pas satisfaisant. Il dérange les craquements, il décale les résolutions de sa voix rocailleuse. Son ténor l’écorche dès qu’il grimpe et l’éventre complètement quand il butte. De quel droit s’approprie-t-il l’environnement sonore et le chaos ? Comment peut-il douter de son identité ? Comment ose-t-il lui adresser le moindre mot ? Dégoutée, la sorcière tourne la nuque en sens inverse. Les cendres amenées par le vent lui brûlent la rétine, contaminent ses poumons fragiles, la toux débute. Elle la masque, une main devant ses quenottes. Elle ne va pas mourir ici parce qu’elle ne peut se décider. Il tient sur ses jambes. Il peut sortir.

Elle n’a pas entendu les hurlements de l’extérieur. A l’intérieur, il y a trop de cris à contenir et ils sont trop assourdissants pour que le reste l’atteigne. L’organisme grignoté par les effluves, elle fonce vers la sortie sans se retourner vers son ex-mari. Dehors, elle prie pour que la brise calme les signes de sa crise et pour qu’Il s’éloigne. Qu’il se réfugie dans d’autres cauchemars que les siens. Elle l’espère en se recroquevillant à moitié sur elle-même quand elle éjecte encore des particules nuisibles de son corps. Il approche pourtant. Ombre mouvante qui l’engloutit avec aisance. Ses intonations reviennent comme la marée, la submerger. La banalité de ses paroles heurte la sensibilité exacerbée de la peacekeeper. Après avoir retrouvé un semblant de souffle, elle se redresse, arborant cette fierté dont elle a été amputée durant tant d’années à ses côtés. Y a t-il un rituel pour des retrouvailles impromptues entre divorcés ? Y a-t-il un code à respecter entre une ancienne femme battue et son bourreau ? Si une telle chose existe, elle doute vouloir le respecter. Elle crie plus qu’elle n’articule, les restants de sa quinte la force à expulser les syllabes à une vitesse hallucinante « Tu te fous de ma gueule ? » La grossièreté est venue avec le nouvel avènement. Avant, elle pensait que les mots ressemblaient à des armes et que les manier avec peu de soin reviendrait à abattre les autres ou soi-même. Désormais, elle a compris que les silences sont bien plus mortels et que la vulgarité appuie la véracité de son existence.

La brune hisse péniblement ses prunelles jusqu’à ses heures sombres dont le témoin muet s’affiche sur le faciès voisin avec peu de pudeur. Moins importante que ce qu’elle aurait pu penser, la cicatrice souligne ses traits dérangés par de nouveaux succubes qu’elle n’a jamais croisés avant aujourd’hui. Les vestiges de sa beauté somnolent derrière son teint grisâtre, quelques derniers éclats s’attardent au milieu des ravages, sublimés curieusement par la décadence. Devant ce visage familier dans son étrangeté, sa rancune tenace longe un chagrin qu’elle ne se permet pourtant pas. Il a changé mais il est toujours le même. Il a enfilé le masque juste, celui d’un être déchu et corrompu par une assemblée d’incubes. Elle a laissé sa trace elle aussi comme il lui a laissé des marques désormais invisibles. Elle souffre de chaque plaie et finit par serrer les dents pour ne pas lui cracher aussi simplement dessus afin de gommer les réminiscences de cette nuit où elle est morte pour ressusciter. Elle n’a pas le loisir de le malmener d’une façon ou d’une autre pour extirper les sensations contradictoires de sa poitrine. Le bâtiment s’effondre peu à peu alors que quelque part une bombonne de gaz explose, les ramenant à l’essentiel. La survie. Mais elle a toujours été au cœur du débat pour celle qui oscille sur sa ligne temporelle. La façade se désagrège brutalement et s’écroule sur leur position. D’un geste irréfléchi et purement instinctif, elle attrape Isaac par le bras et le propulse au sol à plusieurs mètres de l’impact. Les briques pleuvent sur la parcelle qu’ils occupaient précédemment. Elle tombe avec lui, leurs crânes entrent en collision avec le bitume d’un même mouvement violent.

Obscurité. Non, cécité.

Les sons sont dissolus, la poussière fait légion. Les doigts encore crispés sur sa proie, les pensées en friche, sonnée, elle redresse son buste, la bouche vers le ciel alors que son asthme l’oblige aussi sec à se courber vers l’avant. Elle tousse, cherche l’air avec de plus en plus d’ardeur. Ses mains fouillent ses poches, à la recherche de son inhalateur. Mais déjà un autre débris se décroche et la force à rouler sur elle-même brusquement. Sa dyspnée s’accentue, elle oublie son ancien époux, elle distance le choc et la surprise. Elle efface jusqu’à sa présence. La trentenaire porte son micro à ses lèvres et entre deux appels d’air, elle cherche à contacter son coéquipier perdu dans les rues de la Nouvelle-Orléans mais des grésillements lui répondent. Matériel défectueux. Désemparée, elle veut rugir mais dans la fumée présente, elle ne discerne même plus l’horizon, pas même ses propres appels d’air. Elle va crever par asphyxie encore une fois. L’ironie balaie la terreur. Si elle pouvait, elle en rirait. La malédiction reprend dès qu’elle le croise. C’est un oiseau de mauvais augure, un rapace venu lui déchiqueter la peau. C’est son châtiment et son crime. Le juge et l’accusé. Un procès qui sème des cadavres. Jill habite son crâne, elle se fait un nid douillet en attendant que sa mère la rejoigne là où elle est. Dans cette entre monde, à l’orée de l’inconscience, elle aimerait réclamer juste un peu plus de temps. Juste assez pour achever son œuvre. Enterrer ses morts pour de bon. Lui, elle et surtout, eux.

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MessageSujet: Re: Clean up the dead you leave behind [PV Isaac]   Ven 23 Jan - 12:05

Son regard dégoulinait d’aversion. Les lèvres closes et l’injure silencieuse, elle tentait de contenir sa colère. Son corps tout entier semblait en proie à une violente crise d’urticaire, dont Isaac se savait être l’origine. Elle le détestait. A en crever. A le crever. Même un aveugle aurait pu le remarquer.

Les bras ballants, Isaac affichait un sourire attristé, incapable de savoir sur quel pied danser. Sa répartie avait disparu depuis belle lurette, dissoute par l’alcool et toute la poudre qu’il s’était collé dans le nez.
Alors il se contentait de l’observer, comme on observait une vieille photographie. Son image lui évoquant une époque aux allures de songe onirique, édulcorée par l’ivresse d’un amour qu’il avait cru éternel.  

Qu’en restait-il aujourd’hui ?
Rien. Absolument rien, sinon un arrière-goût âpre de cendre dans la bouche.

Ce n’était pas Joan. Ce n’était pas la femme qu’il avait épousé au fond de cette petite église qui bordait la 124ème Henry St Brooklyn. Cette femme-là avait disparu, emportée dans un caniveau de New-York souillé par le sang. Le sang de leur enfant.

Jill.

Isaac se frotta les yeux.  
Une panique générale avait envahi la vieille ville. Tel un virus qui se propagerait par le vent, la panique s’infiltrait à travers les portes enfoncées et les fenêtres brisées des bâtiments, contaminant ses résidents, névrosant leur lucidité.
Tout ce vacarme, ces cris, ces détonations. Isaac pouvait sentir une nouvelle migraine naître en fond de sa caboche, l’exaspération s’ajoutant à sa morosité retrouvée.
Au même moment, Joan brailla quelque chose.  
« Quoi ?! »  Trop tard.
Une explosion déchira l’atmosphère, soufflant le verre, le métal et la roche dans un grondement semblable à un coup de tonnerre. La température grimpa brusquement dans son dos, tandis que la Peecekeaper l’attrapait par la manche et le propulsait loin des chutes de débris.

Isaac tituba un instant, à la recherche de son équilibre, en vain. Il finit par chuter lourdement, ses réflexes amoindris par tout le brandi qu’épongeait son foi. Sa pommette percuta le bitume, sa lèvre inférieure se déchira contre ses dents et son épaule se démit sous son poids. « AAAAARGH PUT… » Il ne put terminer son juron, coupé par une méchante quinte de toux. La façade du « Vodoo Doll » s’était écroulée dans un nuage de poussière, asphyxiant tous ceux qui avaient eu le malheur de se trouver à proximité.    


La jambe flageolante, Isaac se redressa, son œil hagard circulant d’un bout à l’autre de la rue. Ses oreilles, croutées de sang, vibraient encore sous l’écho de la récente explosion.
Il les regardait courir dans tous les sens, se bousculer et se marcher dessus. On aurait dit une fourmilière frappée par la semelle d’une botte géante. L’on abandonnait son honneur, sa famille et ses amis dans le vain espoir de survivre. L’on piétinait par peur de finir piétiner. L’on commettait l’inconcevable pour empêcher l’impensable d’arriver.
Des pleutres. Tous de misérables pleutres. Où était la différence avec ceux qu’ils osaient caractériser de plaie pour leur si belle et respectable société ? Au final, pas un de ses juges ne valait mieux que lui.

Cette pensée le fit ricaner.

Isaac sortit une cigarette défigurée de son paquet tout rabougri, puis la nicha dans son bec. D’une poigne ferme, il saisit alors un pauvre badaud qui tentait d’échapper aux rebelles.
« T’as pas du feu ? »
Le pauvre hère avait le regard noyé de larmes.
« Alors quoi, t’as perdu ta langue ? Je t’ai demandé si t’avais du feu.
- Par pitié, ne me faîtes pas de mal. Je… J’ai deux enfants et…
- C’est formidable, l’ami, formidable. Sinon, pour ce feu ?
- Non… Non je suis désolé Monsieur je n’en ai pas.
- Merde. » Sa main se desserra et l’inconnu prit ses jambes à son cou.

Isaac avait déjà tourné les talons lorsqu’une pensée le stoppa. Il l’avait presque oubliée, avec tout ce merdier.      
« Joan ?! »  Il se mit à sonder les environs, une ride du lion tracée au milieu du front. « Joan ?! » Ou avait-elle bien pu passer ? Elle ne pouvait pas l’avoir abandonnée. Pas comme ça. Il refusait d’y croire. Finalement, une forme sombre se détacha des volutes de fumée noire, relâchées par des carcasses de voitures carbonisées. Elle était immobile, recroquevillée au sol, le visage déformé par la douleur.

Son cœur. Isaac le sentit se serrer. Pourquoi ? Pourquoi diable ne parvenait-il pas à le contrôler ? Il aurait souhaité pouvoir l’éteindre, d’une simple pression sur un bouton. Cet organe était un véritable boulet, inutile, gênant et lourd à porter.

Dans un froncement de sourcil, Isaac s’agenouilla auprès de celle qui fut un jour sa femme.

« Hey… Tu m’entends ? Qu’est-ce qui se passe ? T’es blessée ? »  Il palpa le gilet tactique de la Peecekeaper, mais ne trouva aucun impact ou éventrement. Son regard remonta jusqu’ au sien. Elle avait le teint plus livide qu’un linge.
Isaac frissonna. Son cerveau se mit brusquement à bouillonner, en proie à l’angoisse.
« Bordel mais réponds !!T’as un putain de chat fourré dans la gorge ou qu… » Isaac écarquilla les yeux. « Tu ne parviens plus à respirer, c’est ça ? C’est ça ! Ok ! Ok… Pas de panique, on… Je… Je vais détacher ton... Ta...» Il désigna la combinaison de Joan.

Puis, rapprochant son visage, il crut bon d’ajouter : « T’inquiète pas, ça va aller, je suis là… » Ne se rendant compte de l’impertinence de ses paroles qu’une fois celles-ci prononcées.  

« Peecekeaper ! Plus un geste ! »

Isaac se figea.

« Reculez immédiatement. Je ne le répèterai pas. »

Levant les mains en signe de paix, Isaac s’exécuta.

« Ecoutez, elle est en train de s’étouffer. Je veux juste… »

BANG.

Une douleur, fulgurante, terrible. Isaac baissa ses deux billes noires en direction de sa poitrine. Du sang souillait son tee-shirt. Ses yeux se tournèrent vers Joan, agonisante à ses pieds.
Il aurait voulu lui parler, dire quelque chose, n’importe quoi. Mais il n’y parvint pas. Il avait mal. Tellement mal.

BANG. BANG.    

Cette fois, il ne ressentit rien. Ou presque. Son corps se contenta simplement de s’écrouler au sol. Puis les ténèbres l’engloutirent.
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MessageSujet: Re: Clean up the dead you leave behind [PV Isaac]   Dim 25 Jan - 13:07

Les tambours raisonnent, la guerre ne s’arrête pas pour assister à sa chute. La suie encrasse sa rétine, enraille la rythmique de sa respiration. Elle coule dans une marée noire, appelant des spectres qui ne viendront pas la chercher. Ses mains râpent l’asphalte, elle cherche la sortie vainement d’un bassin fictif. Se noyer de l’intérieur, cet handicap du présent qu’elle pense appartenir au passé. Sa tête roule, ses doigts s’agrippent compulsivement sur le poitrail qui lui encombre le buste. Elle se tord les phalanges en essayant de descendre le col qui remonte sur sa gorge. Les cris des autres étouffent sa propre production de son  mais immergée dans son océan, elle ne perçoit que sa respiration ou ce qu’il en reste du moins. Les sirènes l’interpellent depuis les abysses, elle peut lâcher prise si elle veut. Elle peut fermer les paupières, se laisser aller, sombrer. Ses bras soutiennent péniblement ses côtes. La solitude s’accroche à sa carcasse fébrile. Elle aurait voulu crever de façon plus spectaculaire que ça avec un  autre but que celui de tirer son démon d’une antre enflammée. Joan rampe à moitié pour échapper aux effluves toxiques qui gagnent encore sa parcelle de bitume mais le rivage est inatteignable. Naufragée, elle s’écroule, crache ce que ses poumons parviennent à rejeter. Elle flotte entre le sol et l’absence. C’est son ténor qui la plaque davantage au parquet, qui lui bousille le crâne, le cœur. Isaac. Il est proche, assez proche pour que son corps décide de se tourner vers lui dans un ultime effort, comme si elle devait encore graviter naturellement autour de lui. Décrochée de cette galaxie pourtant, elle s’est métamorphosée de satellite en étoile. Si ils entrent en collision maintenant, tout va exploser. Le sait-il seulement ? Elle le déteste, lui et ses esquisses d’idylle infectées, lui et son souffre dans la voix.  Elle suffoque, empoisonnée par un autre mal. Comme si un seul ne suffisait pas.

Il parle comme on pleure, sans arrêter le flot de paroles, sans apposer le moindre filtre sur les émotions. Cet homme est en retard de plusieurs décennies. L’envie la dévore, de lui briser la nuque, de lui arracher chaque organe, de l’entendre hurler avec la même vivacité qu’elle en est morte de le côtoyer. Quand il franchit la dernière limite et la touche, elle veut reculer. Elle se replie pitoyablement mais ne parvient à l’éloigner. « Ne … me … Ne … me …. Co… Sal… » User de ses cordes vocales la fait pratiquement vomir, la sueur s’amasse sur ses pommettes, sous ses yeux les bordant de perles. Elle tourne quasiment de l’œil tandis qu’il la fait embrasser un peu plus son aversion. Il ne se souvient même pas de ses crises. C’est un inconnu. Il lui est devenu tellement étranger qu’il n’identifie plus ses maux et encore moins ses remèdes. Les larmes grimpent dans ses prunelles quand elle veut réagir et ne parvient à produire qu’un balbutiement essoufflé « Mon… Ma … Méd… Po…»  Elle ne veut pas de son aide. Mais elle ne veut pas mourir ici avec lui à proximité. Il se rapproche, il se fait presque intime. La hargne et l’obstination mêlent ses pleurs silencieux à sa transpiration.  « No… N… »  Elle ne peut plus parler. Et il décide tout seul pour deux. Son cauchemar accentue les tremblements et sa perte d’oxygène. Elle relève le bras pour se protéger instinctivement quand il s’avance un peu plus et comble le restant de distance avec une phrase répugnante et incorrecte.

Tout perd sa substance abruptement, elle s’évanouit et revient à elle aussi vite quand une dénotation perce sa torpeur. Un hoquet remue sa cage thoracique. Le second coup de feu semble lui trouer la poitrine mais elle n’en est pas la victime. Elle ne discerne rien en dehors de la douleur qui irradie de ses poumons jusqu’à l’ensemble de son être. Des mains portent sa nuque subitement, une s’échappe de son cou pour toucher les compartiments de sa combinaison. Quelqu’un place l’inhalateur entre ses lèvres et le déclenche prudemment, elle s’y accroche telle une droguée à sa dose d’héroïne. L'antidote apaise les déchirements internes et la ramène dans sa réalité. L’environnement sonore reprend ses nuances et ses droits sur sa personne. Les combats font toujours légion et lui rappellent l'essentiel. Ses doigts fébriles s’occupent d’achever sa propre réanimation, effleurant au passage ceux de son sauveur. Elle cligne des yeux à plusieurs reprises en l’identifiant. Étrangement soulagée, son merci reste pourtant calé dans sa gorge. A la place, elle murmure avec l’élan de sa reconnaissance « Tu m’as entendue. » Burton marmonne dans sa barbe. Peut-être l’insulte-t-il mais ça n’a pas d’importance. Il reste à côté d’elle, le temps qu’elle retrouve totalement son souffle. La sorcière se redresse finalement en effaçant hargneusement les empreintes de son malaise sur son visage d’un revers de main.

Ses prunelles tombent sur la silhouette allongée juste à côté. C’est lui, la victime. C’est lui, la cible. C’est lui qui agonise maintenant. Elle voudrait ricaner mais à la place, elle pousse un cri d’effroi qui tord ses propres entrailles et les traits tirés de son partenaire. Spontané, tiré de son larynx pas par choix mais par contrainte à l'imparfait. Elle se jette sur le blessé et appuie ses paumes sur les hémorragies qu’elle constate. La fumée alterne encore sa vision. En s’adressant à son coéquipier, elle note son propre désespoir « Qu’est-ce que tu as fait ? »  Elle devrait se réjouir, un monstre de moins sur cette planète. N’a-t-elle pas souhaité sa mort un milliard de fois ? Ne l’a-t-elle presque pas tué ce soir-là ? Pourquoi retenir la vie qui s’échappe enfin à cette enveloppe maudite ? Peut-être qu’il semble démuni, peut-être qu’il a l’air affreusement malade et vulnérable avec sa nouvelle dégaine. Peut-être qu'elle a oublié qui elle est ? Peut-être qu’elle n’a pas eu le cerveau assez irrigué durant de longues minutes. Ses paumes continuent à presser les plaies quand elle demande au second peacekeeper « Appelle des secours, merde ! C’est un civil ! »  Ses intonations filent dans les aiguës, elle ne se reconnait pas, ni par la forme, ni par le contenu. Ou plutôt si, elle s’entend, elle s’écoute redevenir dépendante d’une chimérique rythmique cardiaque. Non, non, non. Elle veut le relâcher, annuler tout, partir. Mais la peur lui érafle le ventre. « Pardon ? Ce mec t’attaquait, t’as perdu la tête ? » Il est en colère. Il a toutes les raisons du Monde de l’être. « Non… Il voulait… Je crois qu’il voulait… »  Elle baisse le regard comme pris en faute, en pleine récidive. « Tu le connais ? » Cette déduction la gifle. Peut-être qu’il la connait mieux que ce qu’elle pense. A moins qu’elle soit complètement transparente. Sa réponse se fait attendre tandis que l’hémoglobine la tâche. Elle ne peut en apprécier la teinte à cause du brouillard que les explosions ont engendré. Si elle l'avait vu, peut-être n’aurait-elle pas répondu avec confusion « Je ne sais plus. »  Burton la dévisage, il ne comprend pas. Personne ne peut comprendre. Ils sont fous et l’aliénation les sépare du commun des mortels. Elle n’aime pas s’associer à lui d’une quelconque façon mais elle doit le reconnaître. Elle a goûté à sa folie et en a ingurgité une dose conséquente à son tour, après tout ce temps, toutes ces luttes, toutes ces chutes. Son comparse cède, elle perçoit ses intonations basses ordonner une intervention. Mais dans le chaos, l'ambulance ne les atteindra sans doute jamais.

La brune se penche prudemment sur son ancien époux, s’arrête avant de toucher sa peau. La menace voile l’anxiété. Tout n’est peut-être pas perdu finalement, elle ne doit pas recommencer à zéro. Heureusement. « Si tu crèves entre mes mains, j’irai cracher sur ta tombe McGrath. Et si tu survis, je t’achèverai peut-être moi-même. »  Elle ravale sa haine aussi violemment et la peine s’échappe de ses lèvres. « Tu peux pas me faire revivre ça, sale égoïste, abruti. Tu le mérites vraiment mais moi, pas. »  Devra-t-elle le brûler lui aussi ? Jill à New York, Isaac à la Nouvelle-Orléans ? Et elle alors ? Où aura-t-elle sa place ? Où placera-t-elle sa tombe ? La trentenaire serre la mâchoire et compte machinalement jusqu’à cent. Après, elle devra sans doute se poster face à la vérité. Il est sûrement condamné. Il est sûrement déjà mort. Et pas seulement que maintenant, pas seulement que d'un niveau organique. L'homme qu'elle a aimé n'est plus.

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MessageSujet: Re: Clean up the dead you leave behind [PV Isaac]   Jeu 29 Jan - 17:54

Son visage n’était qu’un amas de rides sillonnées par la souffrance et la peur. Dire qu’il croyait s’en être débarrassé...

La peur, ce sentiment pathétique, auquel les cloportes aimaient se raccrocher lorsque le contrôle des événements leur échappait. Cette toxine, tout juste bonne à vous enfumer l’esprit, à vous faire croire que l’espoir était encore permis. Mensonge.
L’espoir n’était qu’une salope. Ses promesses d’avenir meilleur avaient le goût amer de vulgaires paroles en l’air. Accueillez-la les bras ouverts, et vous finirez par découvrir qu’elle a sucé tous les voisins du quartier lorsque vous aviez le dos tourné.
   
La peur. L’espoir. Des conneries qui démontraient une furieuse envie de vivre. Isaac avait fini par les jeter sur le chemin de sa décadence. Du moins, l’avait-il pensé. Mais il s’était trompé.

Il n’était qu’une grande gueule. Un gangster en carton.
Isaac avait peur. Son regard l’aurait sûrement trahi, s’il n’avait pas été brouillé par les larmes.
Ce dernier glapit lorsqu’une pression s’exerça contre son abdomen, perforé par une des trois balles qu’il avait reçu.
Une voix s’éveilla aux abords de son phonème. Les paroles formulées résonnèrent avec la clarté d’un écho lointain. La douleur l’écorchait à vif, détraquant ses fonctions neuronales.
Le sang dégueulait au travers de sa gorge, jaillissant d’entre les commissures de ses lèvres. Dans une râle de suffocation, Isaac pria pour que tout s’arrête, allant jusqu’à implorer un Dieu en lequel il n’avait jamais cru. Il était fatigué. Si fatigué. 

Soudain, il la sentit. Née des profondeurs de ses entrailles, une faim gloutonne, insatiable.
Isaac laissa s’échapper un borborygme inquiétant, tandis que le blanc de ses yeux se nappait d’un noir obsidienne.
Une force nouvelle animait son cœur et ses muscles. Comme si un second souffle de vie venait de lui être insufflé. La douleur, la peine, tout avait disparu au profit de la faim. Elle occupait la moindre de ses pensées, résumait ses désirs et ses souhaits.

Isaac tourna brusquement la tête en direction de la Peacekeeper.
Qui était-elle ? Son visage lui disait vaguement quelque chose. Il la connaissait, il aurait pu le jurer. Qu’importe, il avait faim. Tellement faim.
D’un geste sec, il agrippa le poignet de la jeune femme.  
L’énergie qui afflua au travers de son corps lui fit alors l’effet d’un électrochoc. La sensation était aussi indescriptible qu’irrésistible. Encore, il en voulait encore. Son autre main s’empara de la gorge de Joan.
Il ne parvenait pas à se contrôler, ses gestes lui échappaient. Il avait faim. L’énergie continuait de quitter le corps de sa victime pour venir nourrir le sien.
Les lumières s’éclaircirent, au point de finir par l’aveugler. La blancheur s’habilla de couleurs ternes, grésillantes, comme tirées d’une autre époque.

Isaac ouvrit grand les yeux.  

Une enfant lui souriait. Elle avait les boucles brunes, la peau pâle et les lèvres rouge carmin. Une beauté en devenir, dont l’innocence de son jeune âge laissait Isaac sans voix.  
Derrière elle, un homme, l’œil sévère et les traits taillés au couteau, affichait une moue ennuyée. Il avait la gueule du connard type, pensa Isaac. Celui à qui tout réussi, et pourtant n’en n’a jamais assez.
« Tu sais que je déteste les photos. » Un rire, semblant venir de derrière lui, se fit entendre. Isaac aurait voulu se retourner, mais une force immatérielle l’en empêchait.
« Dans dix ans tu me remercieras de les avoir prises.
- Tu es consciente de me sortir tout le temps le même argument ?
- S’il te plait chéri, rien qu’une.
- Oui papa, rien qu’une. »
Isaac afficha un sourire amusé, à l’instar de l’homme qui posait un regard attendri sur sa fille.

Le temps se figea. Le rideau venait subitement de tomber. Il ne comprenait que maintenant. Au même moment, son cœur sembla exploser.

Cet homme, c’était lui.
   
« D’accord, mais c’est vraiment pour faire plaisir aux deux plus belles femmes du monde. » La gamine ne put retenir un gloussement, sous les baisers voraces de son père. Ce dernier tourna finalement le regard en direction d’Isaac. « Viens bébé, mets-toi avec nous.
- Non, je veux qu’elle soit bien cadrée.
- Si tu veux vraiment que j’apprécie cette photo, dans dix ans ou aujourd’hui, il faut que tu sois dessus. » L’homme afficha son plus beau sourire et l’image se brouilla, tandis qu’un bruit de talons s’éveillait.  

Les lumières l’éblouirent à nouveau.

Il était de retour dans la rue, sa main serrée autour de la gorge de son ex-femme. Cette dernière avait la peau translucide et si fine, qu’on parvenait à distinguer la moindre de ses veines bleutées. La respiration sifflante, elle l’observait, une lueur de dégoût mêlée à de l’incompréhension éclairant ses pupilles.        

Horrifié par son geste, Isaac beugla. Qu'avait-il fait ? Il ne voulait pas. Mais il avait faim. Tellement faim. D'un geste trop vif pour être humain, il relâcha son emprise et propulsa Joan au loin. Il fallait qu'elle fuie, qu'elle court, qu'il ne la voit plus. Il avait faim. Tellement faim.  

« Nom de Dieu ! Qu’est-ce que… » Le juron, murmuré par le second Peacekeeper, parvint jusqu‘à ses oreilles.  
« N’approche pas sale monstre ! » D’un geste automatique le soldat dégaina, ne prenant pas même le temps de viser avant d’ouvrir le feu. Trop lent. Isaac avait dévoré la distance qui les séparait en un éclair.
D’un unique coup de poing, il brisa les cottes de son opposant, lui faisant fléchir genou au sol. Isaac bondit, envoyant ses phalanges fracasser le casque de protection du milicien.
Ce dernier s’effondra au sol dans un bruit sourd. Le dos courbé, le souffle court, Isaac se pencha sur sa dépouille inconsciente, apposant une main fébrile sur son visage. Il avait faim. Tellement faim.
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MessageSujet: Re: Clean up the dead you leave behind [PV Isaac]   Sam 7 Fév - 10:41

Très tôt, on lui a appris que la vie était injuste. Elle a d’abord glané l’information dans la bouche des grands, trouvant cette petite phrase sur mesure bien pratique pour justifier l’inopiné, la douleur et l’amertume. Bien vite, elle s’est aperçue qu’on condamnait volontiers l’existence à défaut de trouver une logique dans des événements tragiques ou déroutants. Il faut trouver un coupable et il semble tout désigné. Mais n’était-ce pas hypocrite de pointer du doigt la vie quand on l’avait soi-même conçue ? Pourquoi engendrer d’autres êtres quand on est convaincu de cette fatalité ?  Joan a dénoncé longtemps cet égoïsme et a craché ouvertement sur cette plaidoirie bon marché qui ne résout absolument rien. Simple de le constater, simple à prononcer. Et alors ? Qu’est-ce que ça change ? Quand Isaac a levé la main sur elle, elle n’est pas revenue sur cette opinion. Jill est venue au Monde  et elle a refusé plus viscéralement encore à cette prédestination au cauchemar. Puis, il a eu officiellement lieu. Juste sous ses yeux, à quelques pas d’elle. La vie est injuste, oui. Elle a alors compris et l’expérience lui apprend toujours plus à déguster cette vérité. L’impuissance, c’est ça le vrai nom de l'ennemi. C’est un concept contre lequel on ne peut jamais totalement lutter. Quand le sadisme repousse toutes les limites de la physique, quand l’horreur grimpe sans qu’elle ne puisse avoir une quelconque influence sur son cours, elle repense toujours à ces mots et à leur non-sens pourtant dans une situation périlleuse. Le retrouver dans ces circonstances semble suffisamment pénible. Le revoir tout court l’est. Là où sa propre attitude la déconcerte, elle se reconnaît et s’oublie. Les mêmes fourmillements dans la poitrine, les mêmes aiguilles plantées dans l’aorte. Mais encore la rage pourtant, toujours, titubant contre sa chair, rasant les parois de sa cage thoracique de l’intérieur.

La torture est multiple quand l’hémoglobine électrise son propre épiderme. Elle a mal aux endroits où il est touché. Son corps a oublié qu’ils ne sont plus et n’ont peut-être même jamais été, une seule et même entité. Les séquelles de leur vie commune la retrouvent aux endroits les plus inattendus. La colère pourrait prendre le dessus si seulement elle en avait l’occasion. A croire que ses pensées ont trouvé leur chemin jusqu’au blessé. Ses yeux lui reviennent, elle détourne les siens machinalement et redresse aussi vite la nuque pourtant. Déjà, ses doigts sont sur son poignet. Brutal. Aussi sèchement, elle se sent envahie par une sensation déplaisante. Un intrus sensoriel qui bouscule son rythme cardiaque sans qu’elle n’en comprenne d’abord la raison. Son regard d’aliéné tord ses viscères, cette expression maladive qu’il traînait déjà avant une nouvelle vague de violence. La trentenaire cherche à se libérer de cette emprise. Ses prunelles tombent alors sur le liquide qui court de ses paumes jusqu'au coude. L’ébène remonte la bile dans son œsophage et elle comprend ce qu’il lui fait subir. Ses hurlements se noient quand les doigts de son ancien amant lui agrippent la gorge.  Sous sa main valide, elle peut presque le sentir se remplir. Elle s’écroule à moitié sur lui, asphyxiée pour la seconde fois. Ses épaules veulent le brusquer, son front tente de percuter le sien mais la force déserte chaque muscle qui la compose. Sa conscience file à nouveau. Avec la cécité grandissante, elle se surprend à rêver aux traits d’Isaac à leurs débuts. C’est avec ce visage qu’elle se laisse glisser dans l’inconscience. Dans un soupir, elle se sent abandonner définitivement. Elle n’arrive même pas à avoir peur. La quiétude l’éventre et la seconde suivante, elle est partie.  

Son corps s’écarte de sa position ensuite, elle flotte. Son dos rencontre une paroi, la douleur se propage dans tout son organisme, décharges instantanées. Réveil brutal. Ses gémissements l’étranglent. Son cou. Ses doigts remontent frénétiquement sur sa nuque. Ce geste l’épuise. Elle est éreintée. L’américaine se recroqueville sur elle-même et s’offre en pâture à la voix qui raisonne encore dans son crâne. Si lointaine qu’elle doit provenir d’une autre époque. Susanna l’appelle encore. Les échos la préservent de la démence alors qu’elle émerge davantage.  La voix de son coéquipier achève sa reconstruction mentale. Burton. La peacekepeer cherche à se redresser mais ses jambes sont paralysées par la peur et l'absence d'énergie. Elle rampe alors péniblement vers la scène. La poussière et la terre tapissent son uniforme, son visage. Elle crache à plusieurs reprises pour libérer sa bouche de ces émanations encombrantes. Elle assiste au retournement de situation. Elle peut voir mieux que jamais la laideur de cet homme. La haine revient, plus vive encore. Elle la submerge et dans un effort surhumain, elle se relève. De tout son poids, elle se jette sur le démon et le fait basculer sur le côté, le plus loin possible de son collègue. A califourchon sur sa proie, elle resserre les jambes autour de lui pour le bloquer sous elle tandis que ses paumes attrapent les menottes qui pendent encore à sa ceinture. Elle se penche et attache ses mains rapidement. Le souffle coupé par la vitesse d’exécution, elle ne s’octroie aucune pause quand elle tâtonne nerveusement le sol pour attraper le flingue délaissé par son allié. Elle plante alors le canon sur la tempe de l’abomination et va jusqu’à le redresser en attrapant le col de sa chemise. Lui exploser la cervelle, elle en rêve mais…

Mais les souvenirs affluent et compressent sa rétine jusqu’à déranger sa vue. Elle se souvient de la robe blanche et des fleurs perchées dans ses boucles. Elle se rappelle de la mélodie quand elle a remonté l’allée pour gagner l’autel, du sourire radieux de son promis et de sa bouche quand ils ont scellé leur union.  « Regarde, regarde comme Jill est jolie. Elle te ressemble, Isaac. » Ce tout petit bébé dans ses bras et ses grandes mains qui l’entourent comme s'il pourrait la protéger du monde extérieur. Comme s'il allait être un père exemplaire. L’arme tremble entre ses doigts repliés. A cran et à la limite du point de rupture, elle arrive à expulser des mots. « Donne-moi une seule bonne raison, Isaac de ne pas presser la détente. Nomme-moi une seule raison. » Ses intonations sont éraflées par l’étranglement,  l’hémoglobine traîne encore dans sa bouche, renvoie son haleine métallique à son opposant. « T’aurais dû te suicider si c’était pour que je finisse quand même le boulot. Lâche. » L’hésitation et la douleur jalonnent encore l’envolée sonore sifflée pourtant avec dégoût. L’instabilité remue  plusieurs fois son index sur la gâchette sans que la pression ne se fasse pour autant. Un instant en suspens, un moment à bascule. Il ne mérite plus de seconde chance. Tout ce qui le maintient encore en vie, c'est un poison. C'est un cadavre ivre. Mais un trépassé qui ressemble tout de même à son ex-mari et pire encore, au père de sa fille.

_________________
You won't see me fall apart
I know that I can survive. I'll walk through fire to save my life. And I want it, I want my life so bad. I'm doing everything I can. Then another one bites the dust. I'm still fighting for peace. I've got thick skin and an elastic heart but your blade, it might be too sharp. I'm like a rubber band until you pull too hard. I may snap and I move fast.
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MessageSujet: Re: Clean up the dead you leave behind [PV Isaac]   Mer 11 Fév - 17:05

La main fermement plaquée contre le visage du Peacekeeper, Isaac se laissait bercer par les effluves d’une drogue qu’il n’avait jusqu’alors jamais côtoyée. Il pouvait la sentir, fuyant le corps de sa victime, électrisant le bout de ses doigts pour finalement venir se distiller dans ses veines. Le plaisir que cette sensation procurait était sans pareil. Qu’on le pardonne. Isaac n’osait imaginer jusqu’où il aurait été capable d’aller rien que pour humer, une nouvelle fois, l’hypnotique fragrance de ce bonheur délétère.

Ses pupilles d’encre se plantèrent dans un ciel qu’il regardait sans voir. Toutes ses pensées, toutes ses fonctions cérébrales, étaient focalisées sur l’énergie qu’il continuait de drainer.

Sa chaire ouverte se mit à gesticuler, comme si des fils invisibles y étaient accrochés. Isaac grogna. Une balle jaillit alors du trou creusé dans son abdomen, avant de rebondir contre le macadam de la rue. Autour de la plaie, le tissu s’entrelaça, mettant fin à son hémorragie. Bientôt, sa blessure prit des teintes de cicatrice atténuée. Partagé entre l’émerveillement et l’horreur, Isaac ne put empêcher sa mâchoire de se décrocher. C’était impossible. C’était tout bonnement impossible. Sorcellerie ! Songea-t-il. Aucun être humain n’était capable de cicatriser aussi vite.

Un nouveau flash l’éblouit brusquement, et des souvenirs inconnus se mirent à glisser le long de sa rétine.

***

Une voix s’éleva, tandis qu’il refermait violement son casier.
« C’est toi Burton ? »
- Qui le demande ? » Répondit ce dernier, d’une voix peu aimable.
Face à lui, se tenait une femme, la crinière sombre et le teint pâle. Son regard  coula sur les hanches de son vis-à-vis, sans gêne ni honte.  
« Hey, c’est plus haut que ça s’passe. » Sa vue se redressa paresseusement, observant un long moment la main tendue dans sa direction avant de daigner s’en emparer.
« Valentine. » Reprit celle-ci. « Je suis ton nouveau coéquipier. » Elle raffermit sa poigne. « Et que les choses soient bien claires, je ne compte pas être la pute du service. » Le ton était ferme, ne souffrant d’aucun tremblement, son visage aussi implacable qu’un masque de fer. « C’était la première et dernière fois que tu m’envisageais de la sorte. Capiche ? »
Il émit un ricanement satisfait, puis l’invita d’un bref signe de la tête à s’emparer du casier qui se trouvait à côté.
« Bienvenue chez les Peacekeeper… Valentine. »

***

Il observait les immeubles recouverts d’une épaisse couche de givre. Les fenêtres brisées donnaient vue sur des intérieurs dévastés. Sa tête pivota d’un bout à l’autre de la rue, dénigrant les carcasses de voitures abandonnées qui gisaient tout autour de lui. Au loin, les bêlements de rôdeurs fendaient le silence oppressant qui régnait sur la ville.  

Dans une aspiration, le bout de sa cigarette s’embrasa.

Soudain, des bruits de pas s’élevèrent dans son dos. Instinctivement, la paume de sa main vint frôler la crosse de l’arme cinglée à sa cuisse.
Ses muscles se détendirent lorsqu’il croisa le regard de sa partenaire, Valentine. Cette dernière avait la gueule des mauvais jours.
« J’ai loupé quelque chose ? » Osa-t-il lui lancer.
En quelques enjambées, elle se retrouva à ses côtés et le gratifia d’une puissante taloche sur le sommet du crâne.
« C’est ta vie que tu as loupé, abruti ! »
Les injures continuèrent à fuser, tandis qu’ils s’installaient dans le véhicule.
« J’aurais plus de chances de m’en sortir avec un Daybreaker comme coéquipier plutôt qu’avec un trouduc dans ton genre !
- C’est toi qui manque de professionnalisme ! Si tu te laisses distraire par la moindre mouche qui pète, on ne peut pas s’en sortir ! »
Le moteur ronflait un peu plus fort, tandis que New-York s’effaçait peu à peu derrière eux.
Il jeta un bref coup d’œil en direction de Joan. Cette dernière avait le front collé contre la vitre, le regard se confondant avec l’horizon. Un début de sourire se dessinait sur ses lèvres.

Ils s’en étaient sortis, une fois de plus. Ensembles, et en vie.  
       
 
***

Soudain, un poids lourd le percuta de plein fouet, l’arrachant à ces souvenirs volés.
Sa tête frotta méchamment l’asphalte, puis il sentit le contact du métal froid encercler ses poignets et ses bras se faire bloquer par les genoux de son tortionnaire. L’esprit égaré entre le passé et le présent, Isaac ne put retenir le beuglement bestial qui racla sa trachée.

Joan l’empoigna brusquement pas le col, apposant le canon de son revolver sur sa tempe.

Il pouvait entendre les tiraillements dans sa voix avec une infinie précision, capter les relents souffreteux de son haleine empoisonnée par la poussière et la fumée. Il parvenait même à distinguer un surplus anormal de liquide lacrymal aux abords de ses yeux. Pourquoi ne s’en rendait-il compte que maintenant ? Avait-il été aveuglé au point de ne pas percevoir son désarroi ? Ou bien avait-elle finalement décidé de faire tomber les masques ?  
Isaac n’aurait su le dire. Mais en cet instant, il lisait l’éreintement sur le visage de son ex-femme avec une aisance déconcertante.
Sans savoir pourquoi ni comment, la faim qui le tenaillait jusqu’alors se fit moins pressante, au point de finir par totalement disparaître. Le noir de ses pupilles se résorba et sa force le quitta.

Les bras ballants, il se contentait de l’écouter déverser sa bile, l’air désabusé, le cœur et les lèvres pincées. Sa détresse était flagrante. Mais il était trop tard. Beaucoup trop tard.

« Que veux-tu entendre comme réponse ? Quels mots pourraient alléger ta peine ? » Son regard s’ombragea. «  Tu n’as pas changé. Même vêtue de cet accoutrement ridicule, tu restes la même petite gamine pourrie gâtée. » Sa langue claqua contre son palais tel un fouet. « Que dois-je encore dire pour te faire plaisir ? Toi qui es la seule sur Terre à souffrir... »
Il se rappelait d’elle, blottie contre son torse, son souffle endormi lui rasant les joues. « Toi que je me suis toujours efforcé de combler. » Il se remémorait leurs promesses à moitié murmurées et leurs dos en sueur, glissant contre le sable d’une plage abandonnée. «Toi à qui j’ai tout donné. »              

Il se revoyait, un soir de pleine lune, les mains en sang et le miroir brisé. Son corps tout entier trembla, victime d’une douleur fantôme.  
Ses sourcils se froncèrent et ses traits se déformèrent sous le joug de la colère.
« J’ai été maudit ! Tu entends ?! MAUDIT ! Condamné à partager mon corps avec Elle. » C’était fini. Tout était fini. Il n’y avait plus rien à cacher, et tant de choses à cracher au visage de cette femme, envers qui il tenait une rancœur infernale.
«Chaque jour, je devais subir son courroux, et chaque nuit elle s’appropriait mon corps. MON PROPRE CORPS ! Sais-tu ce que ça fait, Joan, que de se faire voler son corps par un monstre qui te dégoûte; qui t’effraie au point d’en perdre le sommeil ? » La question n’attendait pas vraiment de réponse, et Isaac tourna la tête. « Non, bien sûr que non. »

Le silence flotta entre leurs deux esprits échauffés. Le canon de l’arme frottait toujours contre sa peau. Replongeant son regard dans celui de son ex-femme, Isaac s’impatienta.

« Alors vas-y. Tire, Peacekeeper. Tire, que je puisse rejoindre la petite fille dont on m’a injustement privé. »      
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Clean up the dead you leave behind [PV Isaac]

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