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 Got away from me before anybody has to bleed [PV Abigaëlle]

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MessageSujet: Got away from me before anybody has to bleed [PV Abigaëlle]   Mer 4 Fév - 22:49

La fumée grimpait, indifférente, fugace et élégante. Les arabesques dansaient au-dessus de son crâne, comme un millier de pensées enchevêtrées qui parviendraient encore à dénicher l’issue depuis son cuir chevelu. Parfois, il aimerait que ça soit le cas. Si nous étions même honnêtes, on pourrait parler de souhait éternel et constant. L’excédent de songe l’amenait régulièrement  sur des voies sans issues et il se cognait volontiers le menton contre les murs qu’il bâtissait pourtant lui-même. A force d’anxiété, le changeur avait réussi à métamorphoser son esprit en vrai labyrinthe. Propriétaire de ce capharnaüm, il aurait dû être en possession de la direction vers l’absolution. Pourtant, les haies ne cessaient d’apparaître à chaque angle atteint. Le dédale mental qu’il avait entretenu sans mal depuis au moins une belle décennie, atteignait son apogée depuis le retour fracassant de sa sorcière. Pris au piège, fatalement interné dans ses propres besoins et envies. Ses mouvements n’observaient que les courbes caractéristiques, le même cycle l’écrouait dans une dynamique qu’il exécrait. N’avait-il pas déjà passé chaque stade du deuil ? Le déni, le marchandage, la colère, la tristesse et enfin l’acception. A croire qu’il avait régressé jusqu’à revenir au point zéro. Au commencement. Quand il pensait à elle, la douleur émergeait toujours quelque part entre ses côtes pour lui laminer le peu d’énergie qu’il parvenait à mobiliser alors que l’insomnie se répétait nuit après nuit. L’accident revenait comme un ressac incessant. Les phares buttant contre les obstacles, les sons distendus, le goût métallique qui remonte sa gorge pour atteindre sa bouche. La mort dans son plus simple appareil, la perspective de la perte définitive, l’humanité déjà résignée à l’opacité et au néant. Il se réveillait alors tétanisé et la cherchait à nouveau. Sa main semait alors le désordre en partant à la conquête des draps adjacents, inévitablement froids. La place qu’elle occupait autrefois à ses côtés demeurait lisse, glaciale, imperturbable. Son fantôme habitait toujours la pièce, spectre invisible fait de givre, de souvenirs mais surtout d’absence.

C’était lui qui avait pris cette décision. Il devait s’en rappeler. C’était elle qui avait provoqué l’accident. Ça aussi, il aurait dû s’en souvenir.  Cette survie possédait un arrière-goût amer d’inachevé qui colle au palais jusqu’à la nausée. Ce soir-là, sa vague détermination se craquela sans grand mal. Le goudron roula dans ses poumons encore quelques fois avant qu’il ne s’autorise les sentiers mémoriels interdits, s’attardant sur ce qu’il avait pu arracher au désespoir de sa belle américaine. Quelques rires occasionnels mais bien plus de sourire heureusement. Il tenta de nommer une seule et unique chose qui ne lui manquait absolument pas chez elle. A cette heure tardive, plongé dans un silence quasiment religieux, il ne trouva aucune réponse adéquate à cette énigme. Il se redressa brusquement pour écraser son mégot dans le cendrier posé à ses pieds. Ses mains vinrent cueillir son visage furtivement alors qu’il prétendait aux ombres, se défaire aussi simplement de ses pensées pour sa belle magicienne. Mais que fallait-il faire désormais ? Attendre que Morphée l’engloutisse dans un second cauchemar ? Ses doigts jouèrent nerveusement avec son paquet de cigarettes alors que ses yeux accrochaient les parois délimitant la pièce. Captif au dehors et au-dedans. L’air manquait déjà. La carence se fit plus sournoise et plus précise. Peut-être que…

Son blouson trouva sa place contre ses épaules, ses chaussures couvrirent aussi vite ses pieds. En quelques enjambées, sa carcasse évoluait déjà dans les rues désertes de la Nouvelle-Orléans. Braver le couvre-feu ne le dérangeait pas le moins du Monde bien entendu. L’espace nocturne abritait la plupart de ses errances et pour cause, un voleur se devait d’user des atouts que la nature lui fournissait sans rétribution. La nuit, sa meilleure partenaire de crime, la plus exquise confidente qui se prêtait cette fois-ci au jeu du chat et de la souris. Mais depuis quand le rongeur se sentait assez suicidaire pour entrer lui-même dans la gueule du félin ? Question purement rhétorique.  Il n’avait pas besoin de dénombrer ses années de vie commune avec la trentenaire. Avant de pénétrer dans l’immeuble, il se surprit à relever le nez pour admirer le ciel. Aucune étoile. Présage ? Il n’était pas superstitieux malheureusement. Ce seul fait ne suffit pas pour qu’il veuille tourner les talons. La première serrure ne lui résista nullement et il pénétra dans les entrailles de la bâtisse avec une certaine satisfaction accrochée au visage. Son orgueil fût une seconde fois enhardi quand il s’attaqua à la porte de son ancienne amante. Avec une délicatesse acquise par l’expérience, il s’engouffra chez elle sans un bruit et referma aussi discrètement derrière lui. Prendre la peine de frapper avant d’entrer ? Minuit avait déjà sonné depuis un bon moment maintenant et Cendrillon avait regagné ses appartements. Il n’était pas venu pour la confronter à vrai dire. Juste pour s’octroyer le seul plaisir d’une contemplation secrète et prohibée pour le voyeur incongru qu’il était. La honte aurait pu lui râper les joues si l’envie ne s’était faite si violente. L’arôme idyllique embaumait l’air, surpassant les relents de nicotine qui l’accompagnait inexorablement. Bientôt, il n’aurait plus d’odeur, il se fonderait au paysage olfactif et perdrait alors son identité sensorielle. Cette considération ne l’émut guère car déjà, il s’avançait vers la chambre sans aucune pudeur, ni même hésitation.

La dernière fois que le français s’était tenu ici, il lui avait fait la promesse de lui revenir et de la soutenir contre vents et marées. Le lendemain pourtant, il ne l’avait pas revue. Les jours suivants non plus. Le temps perdait de sa substance sans elle et le constater n’avait pas aidé à sa soudaine prise de résolution. Réfléchir. Oui, il s’était juré de ne pas s’offrir en pâture à ses quenottes acérées au premier signe de faiblesse. Mais il était là finalement. Sans excuse, sans motif, sans rien d’autre qu’une solitude qui lui broyait le thorax et achevait son œuvre en le privant même de sommeil. Egoïsme marqué et sottise apparente. L’embrasure de la porte abrita sa carrure le temps de l’observation. Distance raisonnable jugea-t-il entre sa position et le lit de la rousse. Du bout des cils, il effleura la silhouette glissée sous les couvertures et se contenta longuement de cette seule vision. L’animal ronronnait quelque part dans ses entrailles, comblé d’assister ainsi au repos de sa maîtresse. Les bras croisés contre son torse, il s’accola au mur pour apprécier les mouvements respiratoires de sa belle au bois dormant. La déranger serait une mauvaise idée. Il n’avait toujours pas fait le tri et ne savait encore quoi penser de ces retrouvailles insolites. Et pourtant, si proche et si vulnérable, elle n’avait jamais semblé si accessible. L’oiseau pouvait déjà s’y voir, assis sur ce matelas, penché, goûtant ses lèvres, dévalant sa chevelure, sa nuque... Il sursauta en réalisant son avancée involontaire et recula trop soudainement. Sa maladresse opéra alors, il bouscula un meuble et envoya un objet au sol. Tétanisé, il envisagea le repli mais décidemment incontrôlable semblait-il, il s’entendit plutôt murmurer un « Pardon. » Qui n’avait guère sa place ici. Oh, il aurait pu en rire si la peur ne lui tordait pas l’œsophage. Après tout, il venait de briser à peu près les seules règles qu’il avait pu s’imposer. Le regrettait-il seulement ? Il préférait ignorer la réponse.

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MessageSujet: Re: Got away from me before anybody has to bleed [PV Abigaëlle]   Ven 13 Fév - 1:08

Les nuits se font de plus en plus longues et ce n'est pas qu'à cause de cette chaleur presque insupportable. Non... Il y a autre chose. Quelque chose de plus profond qu'elle ne peut pas reprocher à la nature. L'agitée se tourne dans son lit, se retourne encore avant de s'allonger sur le dos pour fixer le plafond qu'elle distingue à peine dans l'obscurité. Abigaëlle trouve difficilement le sommeil. Elle ne peut pas s'empêcher de repenser à leur histoire, à toutes les épreuves plus ou moins compliquées qu'ils auront du traverser, surtout aux événements les plus malheureux. Depuis toujours, son esprit ne cesse de bloquer sur des échecs au point qu'ils en deviennent rapidement des obsessions. C'est insupportable de toujours se rappeler des mauvais souvenirs pour les mettre l'un à la suite de l'autre et s'imaginer ce qu'il en aurait été si elle n'avait pas agi de telle ou telle manière. Elle se hait souvent. Le reste du temps, elle haït son histoire. Ses dons, même. Si ses parents ne l'avaient pas rejeté à cause de ses différences, elle n'aurait jamais rencontré cet homme haineux, elle n'aurait pas connu la rue et sa violence, sa route n'aurait jamais croisé celle de ce satané Bastien.

Bastien ; ou la preuve qu'il existe encore des hommes bons sur cette Terre, des hommes bien intentionnés. Peut-être trop. Abigaëlle s'en veut de l'aimer aussi fort, de vouloir le garder, le piéger, l'étouffer dans ses bras. Elle le veut pour elle, lui et ses merveilleuses qualités d'humain, d'homme, d'amant et de voleur. Sa présence lui manque. Sa voix, son accent français, ses sourires, ses regards, sa chaleur de l'autre côté du lit, les cendriers qu'il s'amuse à remplir, aussi. Et la balafre sur son beau visage. Bastien lui a tout donné et Abigaëlle en a abusé. Peut-être qu'il aurait dû se montrer un peu plus virulent. Peut-être que c'est l'unique manière de lui faire comprendre, peut-être que c'est la seule place qu'elle mérite : celle de femme faible sans ambition, sans parole. C'est là qu'elle ne blessait pas, c'est peut-être comme ça qu'elle aurait pu le rendre un peu plus heureux. Son esprit est confus. Tous les détails de sa vie se mélangent. Elle s'accuse, elle accuse tous les autres, elle accuse ses pouvoirs et le Pouvoir. La sorcière passe son temps à ça, à s'en vouloir et à en vouloir au monde entier et ce, jusqu'au bout de la nuit, jusqu'à que Morphée lui ouvre les bras pour la bercer. Il n'est jamais pressé, ce Morphée, et les rêves qu'il lui glisse dans la tête ne sont jamais très reposants. Abigaëlle lui en veut aussi, à cette divinité païenne, à cette expression stupide.

Pourtant, endormie, la magicienne semble si tranquille. Le visage à moitié enfoncé dans son oreiller, la poitrine se soulève lentement, elle tire un peu plus sur ses draps pour les remonter jusqu'au menton. Le sommeil est assez profond pour être reposant, mais pas assez pour que son esprit s'égare dans un monde angoissant et encore moins pour faire abstraction des bruits qui entourent son enveloppe corporel. C'est inattendu, un meuble qui s'écrase contre le sol en pleine nuit. C'est inquiétant, surtout. Ses paupières se décollent presque instantanément. La femme se redresse un peu pour jeter un coup d’œil autour d'elle et au départ, elle ne remarque pas la silhouette. Ses pupilles ne sont pas encore habituées à l'obscurité et il faut avouer qu'il a toujours eu un certain talent pour se fondre au monde des ombres, ce voleur. Mais les vibrations de sa voix viennent buter contre son être. Ça la fait frissonner, mais pas de peur. « Bastien ?! » Le ton n'est pas accusateur, mais on reconnaît aisément la surprise. Abigaëlle se redresse encore, bloque sa couverture sous ses bras. Il lui faut encore un peu de temps pour émerger et un peu plus pour réaliser la situation, s'assurer que ce n'est pas un rêve. « Pourquoi est-ce que tu es là ? » Elle aurait pu paniquer ou s'en prendre à lui pour avoir brisé son intimité. Mais cette intimité, Abigaëlle et Bastien l'ont déjà partagé et puis, elle n'a pas à craindre un homme qu'elle connaît et qu'elle a, en partie, (re)créé.

Quand l'esprit désir s'approcher pour caresser l'ombre du bout des doigts et mieux distinguer la brillance de son regard, le corps reste mou, englué dans la chaleur du lit. Cela devient frustrant. Viens par ici, Bastien, viens t'asseoir. C'est là qu'est ta place, pas ailleurs. Et ces suppliques, Abigaëlle se les garde. « Tu es venu récupérer quelque chose qui t'appartenait ? » Ose-t-elle. Mais la rousse sait bien qu'il ne se permettrait pas de la voler, pas elle, pas maintenant. Rien de matériel, du moins. « On ne rentre pas chez les gens, comme ça, pour aller dans leur chambre et ... » Elle hésite un moment avant de continuer. « Tu faisais quoi, Bastien ? Tu faisais quoi dans ma chambre ? » Elle est la matrone qui surprend l'enfant la main dans le sac et l'oblige à admettre les erreurs qu'il vient de commettre. Elle humilie. Elle pointe du doigt ces désirs restés sans noms. Tu es revenu, finalement.

Malgré qu'il ait demandé pardon, c'est presque naturellement qu'elle reprend sa place de femme autoritaire. Tout est justifié, dira-t-elle pour sa défense, c'est de sa faute ! Uniquement de la sienne. Et c'est exactement le cas. Abigaëlle jette un coup d’œil à la montre abandonnée sur sa table basse ; il est décidément trop tard pour affronter et supporter ce genre de situation. Mais Bastien et sa maladresse en auront décidé autrement. Une maladresse qu'elle ne supposait même pas, d'ailleurs. Tous les deux savent que ces actes ont des significations, même s'ils ne le réalisent pas totalement ou qu'ils refusent de le faire. « Tu pensais repartir comme tu es venu ? » Demande-t-elle, pour lui reprocher plutôt que pour assouvir sa curiosité. En même temps, elle tâtonne du bout des doigts pour retrouver le linge abandonné. Une fois retrouvée, elle enfile sa robe de chambre par dessus sa tenue beaucoup plus légère pour supporter la chaleur des nuits neo-orléanaises. « C'est la première fois que tu t'amuses à faire ça ? » Abigaëlle pousse le bouchon encore plus loin en l'obligeant à une totale sincérité. Avec elle, Bastien n'a plus vraiment droit d'avoir ses propres secrets, sa propre intimité. Dans cette situation, il a bafoué la sienne, il lui doit des comptes. Pourtant, la magicienne ne se sent pas outragée. Elle avance vers lui, se permet de poser sa main sur   son blouson. La tape se veut amicale. Affectueuse même, tant la main s'attarde sur l'épaule. « Tu vas bien ? » Toi aussi tu me manques, Bastien.
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MessageSujet: Re: Got away from me before anybody has to bleed [PV Abigaëlle]   Sam 21 Fév - 23:18

La bêtise se régale de son expression désorientée, elle jubile contre les os qui composent alors ses pommettes, extase coloré qui s’applique à peindre de nuances opalines sa chair meurtrie par la surprise et dérangée par une unique cicatrice. Cette dernière ne peut être la coupable, ni même le berceau de cette douleur immuable qui n’a de cesse de se propager et ça, sans grande difficulté, dans ses artères. Son sang devient serpent aux crocs avisés circulant librement dans ses vaisseaux pour raviver toutes les plaies qu’il peut noter. Les boucles flamboyantes ondulent sur l’oreiller. Depuis quand réveiller la princesse procure-t-il cette sensation contraire ? Pourquoi a t-il davantage l’impression d’assister à la résurrection du dragon ? La Belle et la Bête enchevêtré en une seule et même entité. Mais n’est-il pas le métamorphe et elle, la sorcière ? Cette tragédie n’a son pareil. Des maux, des animaux et des cendres plein la pièce. Ses yeux l’effleurent très lentement, prudent jusqu’à l’abus même pour l’observer, de peur sans doute, d’appuyer visuellement les mauvais détails, les mauvais endroits. Ceux qui le feront rester. Le changeur hésite alors qu’elle se redresse péniblement. La porte. Le couloir. Prétexter le rêve quand elle reviendrait totalement à elle. Inventer la démence, inviter le doute. Pourquoi a t-il parlé ? Noyé dans le silence macabre qui le succède, il se laisse volontiers emporté vers le fond des abysses. Convaincu d’être ombre parmi les silhouettes à peine esquissées, il croit pouvoir se replier avant qu’elle ne déploie ses filets. Mais ses intonations défilent déjà, langoureuse mélopée d’une sirène nichée sur son récif appelant brièvement un marin en déroute. Comme des bras qui s’élancent et le capturent d’une étreinte, sa voix le tire en arrière, toujours plus loin, toujours plus bas. Encore maintenant, il surprend la chaleur au milieu de l’hiver, il perçoit les sons manquants, les interprète et les moissonne. Ainsi, son prénom ne raisonne qu’une seule fois. Une fois de plus, une fois de trop, une fois encore pour s’arrêter et une fois encore pour admirer son incapacité à l’absoudre de son existence une bonne fois pour toute.

Morphée soupire quelque part, ailleurs alors qu’il la relâche péniblement. Elle semble passer d’un amant à un autre sans réelle transition. Perdue, autant que lui, elle délie la première interrogation, la plus légitime et sans doute la moins aisée. Le français absorbe difficilement l’oxygène qui s’offre à lui. Tout le ramène à elle et se dissocier de sa maîtresse lui semble insurmontable, ici plus que jamais. « Je… » Les excuses se fracassent, les mensonges s’entortillent et à la fin, seule la vérité comprime ses cordes vocales. « Je ne sais pas. » Faiblesse étalée sans supercherie. Honnête par défaut. Il recule et avance d’un pas. Ses jambes ne savent déjà plus à quel rythme se ranger. Courir vers la sortie, se jeter dans ses bras. Cet entre-deux est inconvenant, il se sent égaré dans l’infini qui s’étale juste sous ses semelles. Le vertige le surprend presque alors qu’il domine encore toutes ces alternatives qui le narguent alors de toute part. D’habitude, cette liberté et ce champ des possibles le galvanise et réconforte étrangement les angoisses de l’indécis. Mais avec la rouquine, les nuances s’agglutinent aux recoins de la feuille pour ne former que deux masses distinctes. Le noir et le blanc. Le oui ou le non. L’adieu ou le pardon. Il tangue, engourdi par sa confusion et l’écho de ses désirs qui ne cessent d’étourdir sa conscience balbutiante. Elle se réapproprie la quiétude. Chaque mot est un coup contre sa tempe, contre sa poitrine. Les démarcations se confondent. Elle, là-bas, lui, ici. Intoxiqué, il peut presque souffrir d’hallucinations. Les syllabes ne lui font pas le plaisir de s’extraire à son néant crânien. Qu’est-il venu chercher à part son idylle fragmentée ?

Début de la morale, continuité du procès. L’assemblée que représente le mobilier, l’avise longuement. Le jury n’a pas besoin d’énoncer son verdict. Il connait sa sentence, il la déguste à chaque seconde écoulée. « Je sais… Pardon. Je n’aurais pas dû venir comme ça… Je ne faisais… Je ne voulais pas… Je… » Paupières qui se ferment, main qui se perd sur son front. Crispé dans son non-sens. A la prochaine envolée interrogative, celle qui lui demande d’avouer sa lâcheté, il s’écoute répondre d’une voix blanche « Oui. »  Et paniqué ajouter aussi précipitamment en retrouvant son horizon « Non. Non. » Il inspire, expire, tousse. Il voudrait juste se taire et succomber pour de bon à la honte qui grimpe à chaque question qu’elle projette. « Oui… Oui… Bien sûr que je n’ai jamais avant… Je ne sais pas ce qu’il m’est passé par la tête… » Ses dents se calent sur sa langue jusqu’à la blessure quand il prend conscience qu’elle est déjà si proche. Sa main le contacte, appel de détresse en pleine mer. Il manque de glisser la sienne sur sa nuque, par réflexe, par habitude. Par envie, aussi. « Non… Enfin si, enfin… » Réfléchir alors que sa proximité entretient l’ambiguïté de ses songes semble désormais au-dessus de ses moyens. « Je ne voulais pas te réveiller. Je… J’avais juste… » Et ces phrases incomplètes entretiennent son propre agacement. Combien de fois devra-t-il étaler sa soumission sous les yeux avides du prédateur ? « Je n’arrivais pas à dormir. »  Il courbe l'échine, sa tête s’avance afin que ses prunelles atteignent la hauteur de siennes. « Je ne voulais pas te déranger… Alors je me suis dit… Je voulais juste voir si… Enfin si… Toi… Tu allais … Bien. » L’aveu lui en coûte. Il ravale le peu de fierté dont il dispose d’ordinaire pour relever doucement ses doigts vers une mèche de ses cheveux roux et la replace calmement derrière son oreille. Déjà captif de ses instincts primaires. Offrande qui se livre au receveur sans le moindre doute.

L’oiseau fasciné piaille là-haut dans son crâne. L’humain ne parvient plus à penser par-dessus les jacassements du volatile. Il recule seulement quand il réalise l’enivrement, l’ivresse qui lui coupe la pudeur dont il se revête d’ordinaire. Sa seule présence le rend sourd aux expériences passées, aveugle aux résolutions prises et muet face aux conséquences actuelles. « C’était une mauvaise idée et c’était déplacé. Je veux dire ce que je… et… Que je sois venu comme ça, à cette heure, sans te demander au préalable si… Je ne sais pas ce qu’il m’a pris. Je ferais mieux de partir. » Mais il reste planté là. Soldat s’abandonnant aux ordres implicites de son supérieur. Ou exilé attendant encore, toujours de pouvoir retrouver son refuge. Incroyable égaré qui s’adonne à son plus beau désastre. Celui de la contempler et d’oublier ses propres chaînes. Celui d’être et d’appartenir. Celui de vouloir et de pouvoir. Celui qui lui dédie les chutes à venir.

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