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 Vapeurs de Spleen || Calypso

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MessageSujet: Vapeurs de Spleen || Calypso   Mer 25 Fév - 13:58





All full of alcohol,
Vapours of ethanole



La nuit a cette vertu de vous envelopper tout entier. Elle se fond si bien sur vous et vous habille comme d’une seconde cape vespérale. Elle masque de par sa noirceur votre être tout entier, vous permettant sous ce rideau comme au théâtre, de paraitre autre que vous n’êtes. La nuit n’est qu’illusion, elle est l’alliée des artistes de la tromperie, elle dissimule en son sein toute l’horreur du monde avec une douceur presque maternelle, au contraire du soleil inquisiteur qui brûle de par ses rayons tous les mystères qui vous enchantes.
La nuit, nous sommes tous les mêmes.

La lune, seul point de lumière trônait ,comme tous les soirs, en haut de sa tour d’obsidienne. Séléné observait de son grand œil unique la misère du monde. Elle-même n’était qu’une illusion, un double jeu, une tromperie : impossible de savoir si elle était l’alliée de la nuit ou bien l’espion du soleil.
Mais pour certaines créatures, la nuit ne faisait pas office de masque pour devenir un autre pantin, non, la nuit révélait leur vrai nature, exposait aux yeux du monde, caché dans le noir cette chose étrange qu’ils terraient au fond d’eux. C’est la nuit que les monstres reprennent leur vrai forme, de peur peut être d’effrayer le monde par leur laideur ?

Ce sont bien ces noires pensées qui tournaient dans la tête d’un hibou aux airs tristes, perché sur le bord d’un banc. Ses yeux noirs, comme deux trous grossièrement taillés dans son crane semblaient ouvrir une fenêtre sur son âme qui elle-même devait avoir cette bien sombre couleur. Deux rotation de tête à l’entente d’un bruit dans les buissons suffirent à le tirer de ses réflexions métaphysiques, dépliant des ailes de plumes tachetés étrangement abimée il s’envola de son perchoir.
Chaque battement était douloureux, réminiscences de ses ailes souvent brisées dont la douleur était devenu le pain quotidien, à chaque transformations. Aubin ne s’était pas habitué à la douleur, elle ne s’estompait pas au fil du temps, non. Il fallait apprendre à faire avec, on ne peut jamais oublier la douleur, mais on peut apprendre à ne pas la montrer. S’il n’avait pas eu un bec, il aurait bien serré les dents.

Sa condition de metamorphe ne lui était pas acceptable, même après toutes ces années passé sous cette forme. Il reniait complètement cette nature intérieure qui était malencontreusement devenue la sienne, ou parfois se laissait submerger par celle-ci, abandonnant toute résistance qu’il savait vaine pour éviter de souffrir plus que de raison. Du moins si elle rendait son existence semblable a un enfer continu, elle lui offrait parfois un certain réconfort dans ces moments appartenant à lui seul ou il pouvait voler à son grès au-dessus de la ville, se retrouvant dans un espace entre ciel et terre comme dans un cocon confortable, loin de la violence du monde, dans un calme absolu.
Il s’amusait à observer les gens, à observer les lumières qui de la haut semblaient prendre une toute autre envergure. Il était aisé de distinguer les lumières chatoyantes et pimpantes des quartiers les plus riches, tandis que remontant vers le nord, elle semblaient se tarir, se faire plus petite, plus discrète dans les quartiers plus modestes. Se cachant que quelques chose, ou dissimulant quelque chose, qui sait ?
Mais il savait pertinemment que ,malgré l’enchantement enfantin qu’il ressentait lorsqu’il volait et qui le soulageait quelques instant du poids de son existence, il ne devait pas jouer les Icare. Non, la nuit il ne risquait pas de se bruler les ailes aux lueurs opalescentes de l’astre lunaire, mais la fin d’une transformation en plein vol était bien sûr synonyme d’une irrémédiable chute. Mère gravité ne fait pas d’exception.
Sentant un picotement dans son être, il délaissa les joies et les euphories célestes pour descendre lentement retrouver les pesanteurs des devoirs terriens. L’important surtout était de retrouver ses habits, n’ayant pas vraiment envie de se retrouver nu comme au premier jour au beau milieu d’une rue en pleine nuit. Mais l’angoisse serait un peu son cœur, il essayait déjà de se préparer à la douloureuse retransformation, n’étant pas sûr d’avoir la force de rentrer chez lui.



Un cri. Un gémissements de douleur. Des os qui craquent.
Puis un silence, un froissement d’étoffes, une respiration erratique, difficile. Les mains tremblantes et la vision floue, Aubin essaya tant bien que mal de se rhabiller. Il avait abandonné l’idée de remettre ses chaussures et ses chaussettes, ses mains refusant de coopérer, sa chemise elle aussi était boutonnée de manière archaïque. Une douleur vrillait tous les membres de son corps, additionnée à la fraicheur de la nuit, clopinant et tremblant il essaya de faire quelques pas hors de la ruelle ou il s’était terré. Il lui était pour l’instant impossible de se souvenir d’où il était, ni même de savoir quoi faire, devant encaisser le contrecoup de ses transformation en Hibou. Ne pouvant tenir, il s’adossa contre le mur, ses jambes tremblaient, menaçant de le lâcher, au rythme de sa respiration qui n’arrivait pas à retrouver un rythme stable. L’air semblait remonter de ses poumons en lui brulant la trachée comme le pire des acides.
Son regard fut attiré par une flaque d’eau sale ou se reflétait sa personne, lui arrachant un rire nerveux. Il ressemblait à un vrai clochard, ou à un fou avec sa barbe, sa maigreur cadavérique et sa tenue des plus négligée. Les transformations le mettaient toujours dans un sale état, mais il ne pouvait pas s’effondrer un pleine rue pour récupérer.
Se tenant au mur il se remit à marcher, à pas lents, ses pieds étaient nu et se coupaient un peu sur le sol jonché de verre pilé ou autres saletés communes aux fonds de ruelle, mais il ne les sentait déjà plus à cause de la fraicheur de la nuit. C’est au bout de la rue qu’il aperçut un peu de lumière, s’il arrivait dans une rue plus animée ou dans une grande artère, il se rappellerai surement où est-ce qu’il était. Mais arrivé au bout de la rue, il finit par sentir un poids écraser ses épaules, les douleurs fantômes qui parfois venaient le tourmenter commencèrent à charcuter ses bras, ses jambes qu’il aurait aisément pu comparer à n’importe qu’elle matière friable le lâchèrent lamentablement. Dans un dernier mouvement, il se laissa choir de tout son poids contre le mur. Ça allait passer. Ça devrait passer. Il avait mis sa veste autour de ses épaules, ne pouvant s’habiller mieux que ça, il fouilla frénétiquement dans les poches, en fit tomber des stylos, son carnet de notes, pour trouver ce qu’il cherchait : une boite d’antidouleurs. Dans la panique et son état, ses mains ne répondaient plus, devenant presque amorphes, les doits ripaient sur le carton, la boite tomba à côté de lui et il se trouva dans l’incapacité de la ramasser. Il rejeta sa tête en arrière, serrant les poing et les dents. Tant pis, il allait devoir attendre que ça passe, s’il ne tournait pas de l’œil avant.







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MessageSujet: Re: Vapeurs de Spleen || Calypso   Dim 1 Mar - 17:46



Vapeurs de Spleen.

(pv) Aubin Malaussène


~

Parfois les nuages
Viennent reposer ceux qui
Contemplent la lune.

Matsuo Bashô.

Un soupir. Souffle las du cœur, qui échappe à tes lèvres et se mêle à l'air jusqu'à s'y confondre. Les nuits se succèdent et la lune, toujours, semble plus proche, à exercer sur ton corps son contrôle glacé. Là, bientôt, elle sera pleine, resplendissante, observant le monde de son aura lilial, caressant les maudits de ses doigts infinis.
Aah... bientôt, bientôt tu devras te laisser emporter, te laisser transformer. Tu devras passer la nuit à ramper aux pieds de ton sorcier, à miauler comme une damnée, à réclamer l'attention qui t'est due, à griffer le visage que tu ne pourras pas gifler. Tu fais bien là le plus idiot des chats, et c'est peu de le dire. N'es-tu pas d'accord avec moi, Mère ?

« Boum » assourdissant accompagné d'un faible gémissement, presque semblable aux pleurs d'un petit enfant, ou à une dépression lente et meurtrière. Mais ce n'est qu'un son faible qui sort de ta bouche tandis que tu t'allonges au sol après ta chute, laissant tes yeux redécouvrir le ciel nocturne et la Mère d'en haut qui surveille ses enfants silencieusement.
Tu pourrais te perdre dans la contemplation de ses cratères, t'oublier dans l'admiration de sa lumière spectrale. En réalité, tu pourrais passer des heures à regarder fondre des glaçons dans un verre de whisky, sans plus bouger ni parler, sans même dormir ni boire, toi qui pourtant ne jure que par l'alcool. Tu regardes simplement, sans plus aucune pensée, concentrée sur ce qui ne nécessite aucune concentration, laissant ainsi le temps couler autour de toi et ta mort s'approcher à grands pas.
Et tu trembles dans la nuit, non de la fraîcheur du soir mais de la fin de ta vie. La sens-tu arriver ? Non. Tu la redoutes pourtant et tu sais qu'elle viendra, tôt ou tard, t'arracher aux bras d'un père que je n'ai pas pu aimer. Tu as peur de ces années qui coulent entre tes doigts, de ta naissance qui se fait plus lointaine à chaque fois. Tu te trouveras bien idiote, Mère, quand on t'expliquera que les vieux de ce monde ne meurent plus à quarante ans.

Un tremblement dans le sol, sous tes mains, un bruit sourd qui résonne à l'intérieur de ton crâne et ferme tes yeux à la douceur de la lune. Même à cette heure de la nuit, enfermée dans l'obscurité d'un bar que tu aurais dû quitter depuis longtemps, tu sais que des ombres passent dans le quartier, guettant d'un œil, tantôt inquiet tantôt dégoûté, ton corps allongé et immobile près de la fenêtre, baigné dans les rayons lunaires. Pourtant, tu te laisses déranger dans ta tranquillité, tu cherches à comprendre qui est ici, presque à ta porte, qui s'est laissé tomber, ramenant à ton esprit embrumé ta propre chute là où personne d'autre ne serait tombé.
Une odeur vient alors, caressant tes narines jusqu'à s'insinuer dans ton cerveau et y trouver sa place. Tu as cette monstrueuse faculté, Mère, de savoir poser sur chacun une senteur précise et de, toujours, pouvoir associer tel parfum dans la rue à telle personne. Les inconnus diraient que c'est une bénédiction, ceux qui en font les frais aimeraient savoir te fuir sans que tu ne puisses les retrouver.
Cet homme qui gît-là dans la rue est un client de ce bar que tu squattes en pleine nuit. Tu as déjà su déceler chez lui une odeur particulière, sans pourtant jamais lui avoir dit. En réalité, il est peut-être l'une des seules personnes passant la porte du Old Absinthe House à qui tu n'as pas encore parlé. Toi, la grande bavarde, l'idiote qui trouve toujours de quoi discuter, la sans-gêne qui s'assoit aux tables et dérange son monde. Oui, Mère, tu es ainsi et les gens ne sont que trop bons pour oser t'avouer que tu n'as pas ta place à côté d'eux.
Pour celui-ci, en revanche, tu as été plus intelligente que jamais, tu as compris qu'il ne fallait pas, qu'il n'était pas encore temps de lui parler. Tu as su voir en lui qu'il ne le supporterait pas et tu as compris aussi qu'un jour viendrait où tu pourras lui adresser la parole sans qu'il ne fuit. Et, ce soir, dans la précipitation de son corps, tu entends qu'il ne pourra pas courir, c'est le bon moment.

Relevant ton immense carcasse du sol, tu ouvres la porte et jettes un coup d’œil circulaire à l'extérieur, laissant tes yeux maudits faire tout le travail pour toi. Laisse-moi te le dire, Mère, tu es plus suspecte que lui, un peu plus loin dans la rue, à regarder que personne ne passe par là au mauvais moment. Bien qu'avec toi, tout acte est étrange, alors un de plus ou un de moins, qu'est-ce que ça change ?
Tu trottines donc jusqu'à la silhouette contre le mur, ramassant au passage stylos, carnet, et médicaments que tu fourres alors dans tes poches. Non pas que tu veuilles lui voler ce qui te sera inutile, seulement, tu as besoin de tes deux mains pour t'occuper de l'oiseau mal en point. Un homme, oui, quelle idée de vouloir le porter...
Sans crier gare, tu glisses ton bras sous ses aisselles et forces sur tes jambes pour relever le malade et l'emporter, sans lui demander son avis, jusqu'au bar dont la porte est toujours ouverte. Refermant derrière toi du pied, tu allonges Aubin sur le sol, posant sa tête sur ta veste en laine pliée. Toujours sans un mot, ni même un regard, tu déposes près de lui son carnet de notes et ses stylos, avant d'aller chercher un verre d'eau que tu places à côté des médicaments.
Je te connais rarement autant d'attention pour quiconque n'étant ni Père ni moi. Mais ce voile dans ton esprit pue l'alcool qui brûle tes veines, et tu as toujours su prendre soin de tes clients, morts de deux siècles, avec beaucoup de précaution, n'est-ce pas ?
Ainsi, tu en viens à t'agenouiller à son côté, une main délicatement posée sur son épaule, l'autre caressant son front comme celle d'une mère pour son enfant, tandis que tu fredonnes une berceuse tout doucement pour calmer la panique de son corps. Cette même berceuse que tu me chantais autrefois pour m'endormir, et que tu entrecoupes un instant d'un faible murmure français.

Respire, mon petit, respire.



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MessageSujet: Re: Vapeurs de Spleen || Calypso   Ven 13 Mar - 20:24




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Il se sentait pareil à une poupée de chiffon, affalé dans ce coin de rue ; comme vide de toute essence. Il était de ces êtres opalescents qui se troublent et se ploient en une facilité déconcertante. Tenant tant bien que mal ses paupières ouverte, ses yeux roulèrent en liberté, sans nulle retenue dans ses orbites, se posant par défaut sur l’hétéroclite tas d’affaires à ses côtés. Les pages ouvertes de son carnets tremblaient presque autant que lui sous la coupe de ce frais Zéphyr. Son corps l’avait-il totalement abandonné ? Ne voulant plus ne serait-ce que répondre à ses appels à l’aide désespérés ? Immobile, stoïque, presque sans vie, ou d’une vie presque éteinte comme le feu d’une chandelle sous un souffle malin, Aubin gisait sur le sol ; on l’eut aisément pris pour un tas d’immondices dans son inertie pour involontaire.
Il se battait contre tout, contre lui : serrant de toutes ses forces ses poings, ses bras ne lui laissant pas une minute de repos. Puis, dans une libération inespérée, il eut l’impression de tomber à l’intérieur de lui-même s’offrant à la contemplation du noir opaque constituant son être, cette chose abhorrée qui faisait se tenir d’effrois ses yeux bien dans leurs orbites.
Le silence. Le noir. Seulement entrecoupé dans un moment fortuit d’éveil par la vision fugace d’une rousseur chimérique, par la chaleur d’une indescriptible sensation, par la caresse d’une étoffe sur sa peaux par endroits découverte, d’un tissu qui se froisse lentement à ses oreilles, contre le sien qui se froisse aussi. Il bouge, mais pourtant ne sent pas ses muscles ou sa volonté le faire se mouvoir. Qu’est-ce ?
Le silence encore. Une fois de plus. Pour de bon la fièvre emporte sa conscience et ses muscles réagissent, par des réflexes dénués de sens dans une action extérieure qui le soulève.

La suite reste floue pour le hibou. Dans une brume étrange il s’entoure de sensations inconnues. Elles se mélange se brouillent, l’embrouillent.
La froideur de la pierre verticale de ce mur qui naguère lui servait d’ilot de sauvetage s’était retrouvée remplacée sous son dos par le chaos inégal d’un sol. Ou était-il ? Sa tête tournante tremblante, à cheval entre le monde des hommes et celui de l’inconscience semblait reposer sur quelque chose d’a son sens plus agréable.
Chaque sens s’éveillait peu à peu, tout comme la panique qui le fit remuer dans un étrange spasme ; l’inquiétude, la surprise ou le réveil peut être ?
Une de ses mains reposant sur son ventre se crispe à la chemise débraillé qu’il porte. Douleur. Transcendante. Il n’est qu’un être de paille, de poussière, maigre comme un clou, si bien qu’il a toujours l’air de ne pas assez emplir ses vêtements, et cet accoutrement qui est le sien, simple et sans saveur remis dans l’urgence et la panique lui donne un air d’épouvantail. Alliez y ses cheveux bataille et sa barbe folle et le voilà un hibou prêt à faire fuir les corneilles.
La brume l’obsède, il veut en sortir. Il sent sur lui une présence, une présence qu’il n’avait jusqu’alors pas sentit, son corps retrouvant progressivement cette sensibilité exacerbé qui est la sienne. Qui ? Il sent maintenant distinctement la caresse sur sa peau, sur son front brulant. Elle l’arrête, dans tous ses mouvements, dans toutes ses douleurs. Dans sa respiration même. Il se laisse imprégner par cette émotion qu’elle lui procure sans plus chercher à en connaitre la source ; la personne qui lui prodigue. Seule une interrogation muette lui vient à l’esprit, une rhétorique qui le laisse pantois : Depuis combien de temps ?
Depuis combien de temps ne l’avait-on pas touché ? Touché dans son sens le plus pur et ingénus. Toucher de manière amicale, sincère. Plus, de cette façon maternelle, cette façon mystique qui n’appartient qu’aux mère de faire s’arrêter le monde sous leurs doigts.
Il en aurait presque oublié de respirer si ce murmure n’était advenu, si cette berceuse lente, cette plainte chantée n’était pas venu outre passer la barrière de ses oreilles.

Respire, mon petit, respire.

Elle était jusque-là un bruit étrange, l’accompagnant dans sa transe, mais au fur et à mesure qu’il s’y offrait, le sens se dévoilait. C’est le français tout d’abord qui l’émut, avant toute chose. Retrouver cette langue, ces accents anciens et brut prononcés avec toute la beauté d’une bouche féminine : délicate, charnue, les femmes, les filles, les mère savaient faire rouler sur leurs lèvre les syllabe, détacher chaque mots dans leur bouche semblant les projeter au plus profond de leur sens.
Ouvres les yeux Aubin. Ouvres les ! Se répétait-il.
La douleur qui lui traversait les bras ne lui semblait plus que dérisoire, il voulait maintenant comprendre, savoir, découvrir cette présence maternelle.
Il voulait de ses yeux voir s’agiter les lèvres qui prononçaient ces mots. Ces mots d’une douceur étrange, une douceur perdue qui ne lui était peut-être pas tant adressée, avaient cette dureté qu’ils étaient enveloppé de l’odeur forte et tranchante de l’alcool.
Ses yeux bougeaient, yeux d’une couleur indescriptible oscillant entre des couleurs sombres. Ils étaient tout le temps d’une humeur égale comme leur propriétaire, chargé d’une mélancolie qui se fondait dans son être. Ils étaient la endormi, encore brumeux.
Il se mirent à papillonner, un instant il remua un peu la tête, ses bras. Dans un réflexe qu’il ne se connaissait pas, une spontanéité qu’il mettait dans son un état normal un point d’honneur à brider, il leva la main et la posa sur celle, féminine qui était posée sur son épaule.
Il déplia chacun de ses longs doigts maigres, çà et là tachés d’encre et glacés pour les poser sur la peau plus tiède. Qu’espérait-il par ce contact ? Chasser un mirage ? Ou s’assurer de la véracité de cette présence qui dans un moment de détresse comme le sien lui semblait un encrage ?
Ses globes oculaires avaient du mal à tenir en éveil, il regardait désespérément en dessus de lui ce qu’il n’arrivait pas à voir : Une silhouette fine penchée au-dessus de lui, des mèches rousses tombant de ce visage, cet archétype maternel, mythique et doux.
Le visage d’abord floue lui sembla angélique, découpée dans les lumières de la lune et le brouillard de son esprit. Etait-il mort ?
Mais la douleur qui vrillait encore son être fit se crisper ses doigts sur ceux de cet ange potentiel.
Non, la douleur n’était qu’un rappel de sa condition de mortel. Il était en vie.

Mais il se réveillait, il avait caressé un espoir d’une délivrance mortuaire ? Il se condamnait lui-même a vivre, ne sachant trop pourquoi, voulant peut être expier des fautes dont il n’avait pas idée ? dont il n’avait pas le souvenir ?
Il se réveillait, et le visage se faisait plus net, les contours de cet endroit lui semblaient plus nets. Une bouche figée dans une triste et un sourire incertain se dessina, comme le contour de ses yeux clairs, il eut loisir enfin à trouver des noms, à trouver un visage connus sur lequel il se surpris à visualiser celui de feu sa dulcinée, l’admirant de sa hauteur, dans ce doux sourire.

« Calypso… »

C’était peut être les premiers mots qu’il adressait à la serveuse de sa voix véritable : celle qui était emprunte d’une douceur étrange qui n’appartenait qu’à lui seul. Ce nom avait roulé sur sa langue comme une évidence, comme un soulagement peut être ?
Sa vision s’était remise en place, mais son corps demeurait toujours inerte. Du moins, il avait gardé ce contact avec la main de la jeune femme. Ses yeux bougeaient eux, scrutaient de leur place en contre-bas le visage a dessus d’eux : Ils courraient sur les cils bordant ces yeux empreint de douceur et voilés par le poison de l’alcool ,se pendait et glissaient aux roux de ses cheveux, il dévalaient les courbes de ce visages, en exploraient chaque reliefs, chaque détails de chaire, escaladaient doucement cette bouche pour ce laisser tomber dans le creux des fossettes, encore, inlassablement.

Aubin se sentait dans un état étrange, d’une extrême fatigue. Sa timidité naturelle était encore endormie. De même qu’il n’avait plus la force de créer autour de lui sa barrière de froideur, de rechausser son masque du Mr. Malaussene abject et hautin.
Essayant lentement de se redresser sur ses coudes, mais retombant aussitôt, il ferma un instant les yeux, rejetant sa tête en arrière et dégageant les cheveux de son visage.
Les yeux fermés, il murmura, s’amusant, se délectant de ce français qui lui manquait tant, de ce français qu’il aimait parler, qu’il se déclamait à lui seul pour ne jamais en perdre les nuances, de sa petite voix, non pas une voix d’homme. Un voix étrangement douce, chevrotant hésitante toujours comme troublé par la même présence de l’air.

« Vous êtes belle Calypso… »

La phrase tomba ainsi du sourire pâle qui se dessinait sur ses lèvres. Elle tombait dans toute sa sincérité, dans tous ce qu’il n’était pas capable de dire pour l’instant, et ce que pourtant il osait dire. La phrase tombait en réponse à cette image d’une beauté étrange que lui seul arrivait à comprendre, cette image de madone d’éthanol que la jeune femme offrait à ses yeux.
Doucement, il mouvait son corps.
Doucement il reprit sa tentative de se mettre en position assise.








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MessageSujet: Re: Vapeurs de Spleen || Calypso   Lun 30 Mar - 0:11



Vapeurs de Spleen.

(pv) Aubin Malaussène


~

Quand on est devenu vieux
Il est une séparation
Inévitable, dit-on.
Oh ! mon fils chéri
Je désire de plus en plus te voir.

Itoko.

Allez savoir ce que voient les yeux qui brillent, alcooliques, tandis que les doigts maladroits caressent le front du malheureux d'un geste expert. Il y a des gestes, des paroles, de ces choses que même l'alcool ne peut retirer à ton grand corps. Tu aimerais te croire mère dans l'âme mais tu n'es, en réalité, qu'une mère qui n'a pas su l'être à temps et tu as vu ton monde s'effondrer avant de comprendre que tu devais le diriger. Tu as laissé passer ta chance d'être quelqu'un de bien pour mieux t'enfoncer dans le vice.
Tu m'as aimée, oui, mais pour quelle fin ? Tu n'as pas su t'accrocher au présent et marcher vers l'avenir, tu es restée coincée dans le passé, refusant de croire qu'il avait pu t'abandonner. C'est pourtant ce qu'il a fait et, au lieu de prier pour qu'il revienne, tu aurais dû t'inquiéter que je ne t'abandonne pas à mon tour. Aah... quelle triste mère que voici, si seule et alcoolisée que le monde d'aujourd'hui lui refuserait le moindre enfant.

Peut-être est-ce pour cette raison que tu rejettes si facilement ton amour maternel sur les autres. Te prends-tu pour la mama de l'univers ? Pas à ce point, mais il y a une chose que tu as bien comprise en reprenant ce corps humain qui est le tien : la majorité de la population t'est plus jeune de deux siècles environ. Comment résister, alors, à la tentation de croire qu'ils pourraient tous être de ton sang, qu'ils ont chacun encore tant de choses à découvrir – toi-même, tu n'as pourtant rien connu de la vie. Tu aimerais les guider, devenir la sage ancêtre qui garde un œil protecteur sur les descendants pourtant, regardons les faits comme ils sont, tu es incapable de t'occuper de ta propre personne.
Et, pourtant, tu sais si bien t'occuper des autres que l'on donnerait presque droit à Père de te frapper. Pourquoi ? Parce que tu passes ton temps à aimer le monde avec naïveté, distribuant câlins et caresses maternelles sans t'inquiéter des conséquences. Non pas qu'il trouve que tu ne t'occupes pas assez de lui, il est simplement de ces hommes prêts à tuer par jalousie, te préférant morte mais à lui, plutôt que vivante se jetant dans les bras d'un autre. C'est comme une provocation, un défi que tu lui lances en pleine face. Cesse donc de t'inquiéter des autres, fais enfin ce qu'il te dit, et peut-être que vous cesserez enfin de vous déchirer.

Ton prénom se glisse à ton oreille, réveillant tes pensées endormies par l'alcool et ta main qui, inconsciemment, serre la sienne dans une vaine tentative de la réchauffer. Vois-tu en ce grand gaillard, si faible brindille fauchée par la nuit, un fils que tu n'as jamais eu ou un client que tu n'as plus ? Tu serais bien étonnée d'apprendre que la première n'est pas tout à fait vraie tandis que la seconde l'est bien trop.
Voici-là le secret de ta solitude, Mère. Sans client, sans homme pour caresser tes cheveux roux, tu n'as plus personne pour te dire que tu es belle, que tu mérites un gentilhomme, que tu rayonnes de bonheur et que tu n'as jamais été plus complète qu'avec ton adorable bambin dans les bras. Plus un mot doux pour ta personne, plus d'admirateurs, de bienfaiteurs, plus un seul pour te faire croire que tu es exceptionnelle, que tu en vaux la peine et que la mort elle-même se refusera à toi. Tu n'as plus tout ça depuis longtemps, ne te reste que les coups, les insultes, les humiliations et la jalousie. Oh oui, tu l'aimes, mais il est plus homme à rappeler ta laideur qu'à un jour oser passer l'anneau à ton doigt.
Et certainement que tu n'accepterais pas.

Toutes les mères sont belles tant qu'un enfant les regarde... Ose poser tes beaux yeux sur une autre, mon petit, et tu comprendras...

Comprendre que mère et belle tu n'es plus ? Comprendre que rien ne t'a plus déchirée que ma mort et qu'elle t'emportera dans la tombe ? Auras-tu seulement une tombe, Mère ? Heureusement que le français est là pour éblouir ton idiotie et envahir de sa majesté. Tu aimes tant parler comme avant, laisser les mots couler sur ta langue, ne plus avoir besoin de réfléchir à ce que tu essaies de dire. Ton anglais est loin d'être parfait, et ne le sera sans doute jamais, avec ton horrible accent.
Tu le vois qui tentes de se relever pour la deuxième et tu restes un instant perplexe. Tu aimerais l'aider tout autant que tu souhaites le forcer à se recoucher, presque sûre que rien n'est mieux pour lui pour l'instant. Tu es pourtant certaine qu'il n'est jamais bon de contrarier les autres. Ou quelque chose comme ça.

Doucement... Là, appuie-toi sur moi.

Et tu te rapproches de lui, soutenant son dos d'une main, inconsciente, sans gêne et persuadée qu'un certain sorcier saura te le faire payer. Mais il n'est pas ici en cet instant, et tu ne souhaites que le bien d'un client – de la toi serveuse, soyons clairs – aussi continues-tu de l'aider à s'asseoir puisqu'il semble le vouloir.
En vérité, tu ne sais pas quoi faire, comment le faire. Si tu as eu des transformations difficiles, tu n'as jamais été aidée, et tu ne te souviens guère ce que tu aurais aimé que l'on t'aide à faire. C'est que, la plupart du temps, ton esprit est si embué d'alcool qu'il ne comprend pas ce qu'il se passe et oublie une grande majorité de ses nuits.

J'ai posé ici tes médicaments, est-ce qu'ils peuvent t'aider ? Tu passes rapidement une main sur son front pour en écarter les cheveux. Il est difficile de redevenir soi, n'est-ce pas ?



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MessageSujet: Re: Vapeurs de Spleen || Calypso   Ven 17 Avr - 22:28




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Il est des choses étranges. La douceur fait parties de ces choses.
La douceur d’une mère n’est au final que la plus étrange, ésotérique et primaire des alchimies.
Aubin, un instant se posa une question toute simple mais qui retourna son cœur et son esprit. A quoi ressemblait sa mère ?
Voilà bien des temps, des lustres, un siècle tout du moins qu’il n’y avait point songé. Et le simple constat qui lui venait en tête, cette simple idée qu’il ne se souvenait plus du visage de celle qui avait autrefois eu ces gestes tendres envers lui le laissa dans l’émois. Pouvait-il alors savoir si elle avait été belle ? Si enfant il l’avait trouvé belle ?
Alors il était possible d’oublier le visage d’une mère ? Il était possible d’oublier la source même de la douceur ? A moins que sa mère n’est pas été douce ? … Il ne souvenait de rien, le temps avait altéré sa mémoire, l’érodant, la pliant la changeant. Il avait effacé les gens, ses origines. Il ne lui avait laissé que la peine et les remords.
Le temps était une marée, qui s’échouant sur la grève de son être remportait dans son remous les perles ne laissant sur la plage que les ordures et le bois flotté.
Ses muscles ne lui répondaient pas encore, aussi fut il soulager de sentir dans son dos la poussé d’une mains fine et chaude qui irradiait par-delà la barrière fine de se vêtements.
Enfin en position assise, ou du moins quelque chose qui y ressemblait vaguement, agité par les tremblement de son corps malade et famélique, il tanguait légèrement.
Les lignes devenaient courbes devant ses yeux, les objets proches s’éloignaient tandis que ceux plus lointains semblaient lui foncer dessus, accompagné de taches noires qui çà et là venaient gêner sa vision.

Le hibou passa sa langue sur ses lèvres, elles étaient gercée et avaient un gout de fer. Portant sa main maigre a celle-ci il y vit une trace rouge. Elles étaient tant abimées que l’effort de prononcer quelques pales palabres avaient finis de les déchirer par endroits, les teintant de ce si étrange et commun à tous les hommes, liquide carmin. C’était drôle peut être de voir que cette mélasse rubis venait rehausser son teint pâle. Ou au contraire on pouvait apprécier pleinement à quel point la peau d’Aubin était diaphane, lui le rat de bibliothèque qui ne sortait que peu, la nuit ou par temps de pluie seulement.

Aubin, un peu honteux baissa la tête et s’essuya la bouche du dos de la main, colorant celle-ci d’un peu de sang. Encore une fois devant calypso, il avait l’air d’un enfant peu fier d’une bêtise. Repris ou grondé par une autorité supérieure, maternelle.
Il sentait le poids de ses siècles te du temps qui souvent s’abattait sur ses épaules s’amoindrir peu à peu, pour être remplacé par le fardeau d’une innocence enfantine peut être. Mais la tête du brougre était encore un brouillard épais ou venaient se mélanger réflexion et souvenirs, s’articulant dans des rouages abscons. Aussi, perdu qu’il était, lorsque Calypso lui toucha le front se recula-t-il vivement, comme si la mains pourtant douce et tiède l’eut brulé de ce simple contact doux, relançant les cheveux sur son front.
Le geste maternel c’était mué en autre chose.
La respiration du hibou s’était bloquée, ses yeux écarquillé perdu dans ce qui semblait lui être un souvenir désagréable.
Jusqu’alors il disait ne plus ce souvenir d’a quand remontait la dernière fois qu’on avait eu envers lui des gestes tendres, mais si, si il se souvenait. Sa sorcière était cette femme qui lui prodiguait jadis ces caresse. Qui après avoir brisé son corps s’autorisait milles douceurs.
La douceur était un mensonge. La douceur était traitresse. Elle ne faisait que miroiter un espoir pour le détruire aussitôt. Aubin ayant été abîmé jusqu’à l’âme, tiraillé toujours entre cette douceur et la cruauté de son aimée avait fini par associer cette première a une douleur à venir. Et il en avait peur. Une peur primaire qui au fil du temps avait fini par s’inscrire en lui. Peur de cette cruauté sans borne dont les femmes peuvent parfois faire preuve.

Il s’était, dans le mouvement, reculé de façon brutale ramenant ses genoux contre lui et crispant ses faméliques phalanges dans le vie parquet boisé. Il ferma les yeux avec force et expira lentement, laissant échapper par ses lèvres fines et abimée, encore décorées de ce gracieux carmin un « Désolé… » presque murmuré de sa petite voix.

Il se rapprocha lentement, et attrapa la boite de médicament d’une main tremblante. Ces mains tremblaient encore tant et si bien qu’il n’arrivait pas à sortir les pilules de leur opercule d’aluminium. Il avala sa salive et repris avec plus d’application son ouvrage, essayant de contrôler ses phalanges ripant sur plastique qui crissait entre ses mains.
Baissant les épaules l’air visiblement résolu, il poussa d’une main timide la boite vers Calypso.

« Pouvez-vous m’aider… s’il vous plait … ? » lâcha-t-il d’une voix visiblement très mal à l’aise, s’obstinant à garder son regard rivé sur le sol.
Il croisa ses bras, les ramenant contre son corps maigre et laissa le silence faire son œuvre. Pendant quelques instant il ne parla pas. Il songeait, le regard évitant toujours pudiquement la serveuse. Il l’imaginait le regarder, il imaginait ses yeux voilés par le masque de soie de l’alcool. Il imaginait à la perfection le visage d’une mère plus que celui d’une serveuse. Il imaginait une changeuse, comme lui. Etrangement, il n’aurait su dire si cela découlait d’un certain instinct animal, il avait l’impression de comprendre un détresse similaire a la sienne chez la belle rousse. Même si elles prenaient chacune une efficience différente. L’alcool n’était pas qu’un plaisir. Ou du moins il ne l’était pas chez Calypso. Non il n’en sentait que les trop bien les effluves émaner de son corps, de son souffle. Il voyais l’éthanol courir dans son sang à cette heure avancée de la nuit, comme un poison perfide.
Mais il ne disait rien. Il ne jugeait pas. Il comprenait en silence, c’est tout. Il comprenait que l’on appose ses vertus a ce liquide démoniaque. Après tout il entendait que l’on veuille endormir ses sens et les douleurs, du corps comme de l’esprit. Que l’on veuille se plonger dans l’oubli comme dans le fond d’une bouteille.

Ainsi, alors qu’il songeait enfermé dans son mutisme, il laissa son regard dériver vers la fenêtre, puis sur la salle. La lumière de la lune, reine d’opale au dehors, filtrait par l’ouverture, dispersant les ombres autour d’eux. Malgré cette présence lunaire, l’intérieur de la salle restait sombre. Pourtant Aubin dont les yeux gris semblaient à cette heure brillant, n’avaient besoin d’aucuns renforts pour discerner avec exactitude ce qu’il y avait dans la salle. Etait-ce là la dot de celui qui était habité par un hibou, un animal de la nuit ?
Timidement, il lança quelques œillades a Calypso hésitant a capter son regard ou bien à le soutenir.

« En effet… Il n’est pas aisé de redevenir… Humain. Vous aussi alors ? » Il posait la question mais avait compris le sous-entendu fait plus tôt et, s’il se concentrait pouvait sentir cette présence qui habitait calypso comme celle qui habitait la sienne. Il se tordait les mains dans tous les sens, nerveux. « Pensez-vous qu’alors, nous soyons toujours humain ? Ou perdu entre deux…choses. » Il porta une main a sa bouche et se mit à mordiller le bout de son pouce. Humain ou Animal ? C’était après ses transformations que cette interrogation venait le tirailler. A ce moment charnière ou il se retrouvait perdu entre l’homme et le hibou. Ce moment où il ne pouvait plus se discerner et où il sentait ses frontières intérieures devenir floues.
Et dans ces moment-là, bien souvent il n’avait que peu conscience de s’il pensait son parlé, ou parlait sa pensé.





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MessageSujet: Re: Vapeurs de Spleen || Calypso   Lun 27 Avr - 12:03



Vapeurs de Spleen.

(pv) Aubin Malaussène


~

De façon générale,
Nous ne la louerons pas, la lune ;
Quand les lunes
S'accumulent les hommes
Deviennent vieux

L'alcool tue toute trace d'intelligence, aussi infime soit-elle, et ce jusqu'aux recoins les plus sombres et abandonnés de ton misérable cerveau. Je ne devrais pas parler ainsi, certes, mais les faits parlent d'eux-mêmes, Mère, je ne fais que dire haut ce qu'ils murmurent tout bas. Tu es une idiote, une catin perdue dans le temps, une mère déchirée par la mort, une femme écrasée par le meurtre. Tu es si paumée, si détruite que tu t'enfonces dans l'alcool, dans les souvenirs, dans les rêves éveillés. Car c'est cela qui te donne l'envie d'agir ainsi, ces petits songes qui te font croire que tu dois soutenir le dos, caresser le front, serrer les mains, qui bouffent ta naïveté pour mieux te faire gober que tu es une bonne mère, avec de bons gestes et de bons mots. Mais, dis-moi, as-tu été ainsi avec moi ? Ta propre génitrice a-t-elle eu ne serait-ce qu'un seul geste tendre à ton égard ?
La vérité t'assaille et te coince dans le néant, perdant ton regard dans le vide, dans ces formes floues qui remuent étrangement. Ta mère... as-tu jamais su son nom ? Un jour, oui, puis tu as oublié, comme tant d'autres choses. Te souviens-tu de son visage, de la couleur de ses yeux, de la longueur de ses cheveux ? Vaguement car il reste en toi quelques traces de son portrait accroché dans le bureau de ton père. Une vulgaire croûte, brûlée avec le reste de la résidence, représentant ce que tu n'as jamais vu de tes yeux, ce que tu n'as jamais touché de tes doigts de bébé. Ta mère n'a pas été avec toi, pas une seule fois, alors comment peux-tu savoir ce que c'est d'agir en tant que femme accomplie ? Vraiment... il n'y a que de l'idiotie en toi.

Tes sourcils se soulèvent sur l'incompréhension, ramenant ton esprit à terre dans un sursaut de ton grand corps. Tu vois tes doigts qui tremblent un instant et tes lèvres se pincent, réprimant la fuite, la lâcheté, la tristesse qui s'emparent de ton cœur troué. Il a reculé. Si simplement, si brusquement, si... naturellement. Il a évité tes doigts malsains, tes caresses empoisonnées. Il est parti loin de ton haleine alcoolisée, de tes yeux embrumés.
Il t'a fuie, Mère, il a eu peur de toi et de ta folie, de ton idiotie. Il t'a vue comme tu es, un corps décharné, une âme déchirée, un cœur oublié, un tout irrécupérable qu'il faut jeter, abandonner. Tu as passé la limite, le point de non-retour, et tu tombes lentement dans la mort, la dépravation. Ta chair pourrira avant même que tu n'aies rendu ton dernier souffle. Ce sont les faits et la dure réalité de ta misérable survie et ta profonde culpabilité.

L'excuse atteint tes oreilles et effleure ton cerveau sans parvenir à le réveiller de sa somnolence éthylique. Les mots sont faibles pour guérir ce genre de blessure. T'es-tu jamais excusée d'avoir tué ? Au fond, tu n'as jamais regretté que son absence à tes côtés plus que le geste mais, si tu l'avais fait, si tu avais prononcé ces petits mots déjà faits. Qu'est-ce que ça aurait changé ? Rien, absolument rien.
Et, plus idiotement encore, tu as peur de ce mot que l'on n'a jamais prononcé à ton oreille. Jamais personne ne s'est excusé de fuir ton contact, car jamais personne n'a refusé ta peau blanche, tes doigts fins. Bien avant que tu sois mère, bien avant que tu sois félin. Personne ne t'a dit non, ne me touche pas putain, et ne m'approche plus. Même ton sorcier n'aurait jamais osé.
L'abandon est le pire mal au monde et il te perd dans ce vide étrange qui prend parfois possession de ton corps. Le regard quelque part, l'esprit encore plus loin, tu restes immobile, seule dans ta détresse, un trou béant au milieu de la poitrine, l'air ne passant que faiblement jusqu'à tes poumons. Tu pourrais pleurer, oui, tu pourrais. Si tu n'avais pas été si vide.

Tu déglutis péniblement, ramenant tes yeux sur Aubin sans le voir. L'aider ? Oui, comment pourrais-tu refuser ? Alors tu souris faiblement à un homme qui ne te regarde plus et tu attrapes les médicaments, cherchant d'abord à tâtons la boîte sur le sol, pour finalement la serrer si fort dans ta main que le plastique s'enfonce douloureusement dans ta paume. C'est donc presque par automatisme que tu enfonces un ongle dans l'opercule et en fais sauter le fin voile pour dévoiler le médicament caché dessous. Tu es idiote, oui, mais pas encore totalement folle, aussi laisses-tu glisser le tout sur le sol afin qu'il se serve de lui-même. Si tu n'as pas compris pourquoi, au moins as-tu compris qu'il ne voulait plus de toi et de ton contact.

Tes yeux glissent de nouveau sur Aubin, devinant vaguement les cheveux et la barbe encadrant le visage masculin. Humain ? Animal ? Qu'importe ? L'homme n'est-il pas un animal au même titre qu'un autre ? En vérité, tu n'y as jamais pensé. L'idiotie a ses avantages méconnus et méprisés.
Sans plus aucun sourire sur tes lèvres fatiguées, tu te laisses tomber en arrière, tes cheveux s'étalant autour de ton crâne endolori et endormi. Tu discernes la lueur blanchâtre de la lune, de la Mère d'en haut qui aime à caresser ton corps et à jouer de sa malédiction.

Ai-je un jour été humaine ? Les lanternes rouges ne sont guère quartier d'humaines, Aubin. Nous sommes maudits. Nous sommes ce que nous étions avant de l'être. Tu étais homme alors tu es maintenant homme maudit. Homme et bête. L'un comme l'autre des animaux. A toi de trouver ton chemin, gamin.



Dernière édition par Calypso de Rosenbourg le Jeu 9 Juil - 10:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Vapeurs de Spleen || Calypso   Ven 26 Juin - 11:34




All full of alcohol,
Vapours of ethanole



L’avait-il blessé ? Qu’avait-il fait bon dieu ?
Dans son reflexe, son recul, il avait pu voir la main pâle et douce tressaillir, les lèvres se pincer. Et il se mortifiait maintenant de cette brusquerie. Ce n’était pas contre elle qu’il avait reculé, pas contre ses caresses, mais contre l’image qu’elle lui renvoyait. Un image beaucoup trop douloureuse pour son cœur fatiguée, pour sa mémoire trouée.
Il voudrait se rapprocher, lui dire qu’il est désolé encore. Mais les mots sont dérisoire car il le sait : le mal est déjà fait. Non, il n’a pas envie de plonger une fois de plus cette pauvre âme dans sa déchéance. Il n’a pas envie de la conforter dans sa détresse alcoolisée.
Et pourtant dans son geste c’est bien ce qu’il venait de faire.
Aubin mordit plus violement dans son pouce à ce constat.  Il n’avait aucune conscience, ou seulement une très faible, des us et des coutumes des contacts humains. Il les redoutait, en avait peur. Mais au fond ce n’est pas de Calypso qu’il a peur, ce n’est pas d’elle et de ses blanches mains qu’il se recule, mais des souvenirs et de ses hantises.
Mais il ne veut pas être la cause de ses tourments.

Il sursaute en entendant le bruit de l’opercule qui saute, de l’aluminium qui se plie. Il connait ce son, l’a entendu tant de fois. Dans la façon qu’il résonne à ses oreille il peut presque déjà entendre une certaine délivrance, une cessation de la peine. Si Calypso noie sa peine sous l’éthanol, pour la rendre plus supportable lui use de ce qu’il peut trouver pour s’en distraire, pour s’en détourner, amenuiser la peine qu’elle lui cause.
Petites pilules vous chutez sur le vieux parquet, entre eux a une distance respectable. Et Aubin s’en empare, balbutiant un remerciement confondu dans son trouble.
Entre ses mains le verre tremble, secoué de cahots inégaux, tant et si bien que quelques gouttes s’arrachent à leurs pairs pour venir secouer sur le sol, glisser sur le parquet vernis. Et dans sa paume aux doigts fins et effilés, le cachet semble énorme, étrange mais il ne s’attarde pas là-dessus. Il l’avale sans plus de cérémonie tandis que l’eau glisse de sa gorge, fraiche, douce.
Il repousse le verre en toussant, puis reporte son regard gris sur le corps menue de calypso, étendu avec nonchalance sur cette scène qui est celle de leur petit drame.
Il regarde ses cheveux roux étalés sans manières, dans un joyeux désordre. Ses yeux gris glissent sur la peau pâle. Calypso est devant lui, dans toute l’inconscience, la simplicité et la tristesse qui la caractérise, pourtant il n’arrive pas à la voir. Non ce qui voit est tout autre.
« Qui ? » serait l’expression plus exacte. Car dans les traits de la douce serveuse il revoit la femme qu’il a tant aimé, peut-être même la seul qu’il n’ait jamais aimé. Voilà ce que la jeune française lui rappelle encore et toujours. Et voilà inconsciemment pourquoi ses cheveux roux, son office lui brisent encore et toujours le cœur. Voilà pourquoi parfois, quand l’alcool lui monte légèrement à la tête et qu’il la voit de dos, s’affairer au comptoir il a l’impression de la voir à nouveau, vivante, devant lui. Et vient ensuite la désillusion sans nom, l’innommable douleur quand la réalité lui crache a la figure cette invariable vérité : Ce n’est pas elle.
Il souffre, encore et toujours de venir ici. Et c’est peut-être pour cela qu’il y revient.
La vision de calypso lui fait mal comme elle le rassure. Elle lui perce le cœur, mais sait-elle à quel point par sa simple présence elle le fait souffrir ? Et il est loin de l’en blâmer au contraire. Ce n’est après tout pas sa faute. C’est de sa faute à lui. La faute de son esprit malade et de ses illusions.

« Pourquoi… » Murmure-t-il dans un souffle à peine audible « Pourquoi faut-il que cela fasse si mal, que vous lui ressembliez tant.. »

Il secoue la tête et déglutis, soudain happé par les paroles de Calypso. A l’évocation des lanternes rouges, il penche la tête. Il comprend le double sens de ses mots. Il comprend alors. Calypso se pare dans sa froideur soudaine d’une certaine grandeur, mais d’une vieillesse, une vieillesse supérieure à la sienne. Le gamin résonne à ses oreilles comme une vérité cinglante, il se sent petit, tout petit. Oui en vérité il se sent comme un gamin et elle a bien raison. Mais croit-elle l’effrayer, le dégoutter en lui montrant son passé de fille de joie ?
Loin de là. Aubin connait les vices, les affres des bordels parisiens puisqu’il a toujours vécu dans ces quartiers minables. Et dans sa gentillesse, il jouait parfois les bon samaritain en aidant ces pauvres filles comme il le pouvait, de temps autre quand l’une d’elle s’échouait dans la rue. Aubin était un être doux, même ( voir plus ) avec ces femmes qui vendaient leur corps. Aubin n’aimait pas les corps, il aimait les âmes.
Ce constat éveilla chez lui une pointe de tendresse envers calypso, et ses mains de se serrer dans sa chemise.
Il traina son corps a côté de Calypso et, plus lentement se coucha a ses côté, essayant de voir peut être ce que la démone regardait par de là le voile de ses yeux brouillés. Il resta ici, un moment sans rien dire, puis du bout de sa main, de la pulpe de ses doigts d’homme pourtant si fin il effleura la peau de mains de calypso à ses côtés. Une caresse éphémère, douce et timide. Mais un effort considérable de sa part. Peut-être ,se disait-il, que si ses mots ne pouvaient se confondre en excuses, peut être que ce simple geste ferait comprendre à la belle rousse qu’il était désolé.
Il relève la tête et son regard gris se perd dans la contemplation de la lune.

« Un chemin ? La vie serait plus simple si elle était fendue de chemin n’est-ce pas ? » Lance-t-il, plongé dans une réflexion que Calypso lui a offerte « Nous avons tous deux assez d’expérience pour savoir qu’elle n’est pas une agréable route pavées… » Ses lèvres s’étirent d’un fin sourire, amusé amèrement par ses propres mots.




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MessageSujet: Re: Vapeurs de Spleen || Calypso   Jeu 9 Juil - 10:53



Vapeurs de Spleen.

(pv) Aubin Malaussène


~

Qu'à la fin
Il y eût un chemin qu'il faut suivre,
Je l'avais déjà entendu dire,
Mais je ne pensais pas
Que ce serait aujourd'hui ou demain.

Si l'alcool pourrit les cœurs, il renforce le tien dans sa laideur, gonflant ta poitrine de mauvaises pensées, de choses que tu aurais mieux fait d'oublier. Ton chemin s'est arrêté, tombé en cendres entre tes doigts meurtriers, dissous par tes larmes coupables. Tu ne t'es pas perdue, tu t'es stoppée, tu as détruit la suite d'un coup de main, d'une colère que tu n'as pas su contrôler. Le monde s'est brisé sous tes ongles et tu as simplement regardé. La terre s'est ouverte sur ta voie et tu as eu envie de sauter sans l'oser. Tu es restée immobile, les bras ballants, l'esprit loin de toute chose, laissant ton corps dériver jusqu'à l'excès. Pendant plus de trois ans.

Qu'étais-tu, avant ? Avant que la vie se brise entre tes mains, avant que la mort ne m'emporte. Qui étais-tu ? Dans ton innocence feinte, tu dévoiles au hibou la dépravation de ton corps, les nombreux hommes qui l'ont touché. Tu avoues avoir vendu ta peau blanche et le feu de tes cheveux. Et qu'est-ce que ça change pour lui, Mère ? Veux-tu te faire passer pour une victime ? Pour la misérable putain qui traîne ses pieds nus dans la boue et accepte le moindre fou faisant glisser l'argent entre tes doigts. Tu es détestable. Tu me débectes. Veux-tu te faire plaindre ? La pauvre idiote qui a été enrôlée de force et qui a subi son travail sans pouvoir s'en échapper.

Tu ne trompes personne, Calypso.

Un battement de cœur trop fort déchire ta poitrine et tord tes lèvres en une vilaine grimace. Joue-t-il avec toi autant que tu joues avec le monde ? Je me le demande. Peut-être a-t-il vu la vérité derrière les mensonges du mort. Ou peut-être a-t-il simplement compris que tu as besoin d'aide, que la vie t'échappe, que ta réalité s'efface et se teinte de fausseté.
Mais ce contact te fait souffrir, réduit ton cœur en poussière et te laisse plus inutile que jamais, le souffle difficile et le regard ailleurs. Est-ce qu'un geste peut racheter le mal qui a été fait ? Est-ce qu'une caresse permet d'oublier les blessures passées ? Tu sais, pourtant, tu le sens, que ce simple mouvement lui a coûté plus que tu ne pourrais comprendre, que de ta détresse tu l'as poussé à le faire, à surpasser son mal pour apaiser le tien. Tu le sais mais tu ne peux t'empêcher de critiquer, de souffrir de sa proximité. Tu jalouses, en vérité, la facilité avec laquelle il apaise les maux et se sacrifie pour ton idiotie.

Les mots, parfois, sont plus durs à digérer qu'ils ne paraissent, se teintant d'innocence avant d'ébranler le corps de celui qui les reçoit. Les lèvres pincées, tu te tournes alors sur le côté, loin de sa main qui touche la tienne. Tu as envie de… rire. Le plus amèrement possible. Mais les sons s'étouffent au fond de ta gorge et te laissent déglutir péniblement.
Une agréable route pavée ? Ta vie a-t-elle été si difficile à supporter, Mère ? L'ironie te donne envie de vomir, de crier au monde qu'il te laisse tranquille, qu'il cesse d'enfoncer son pieu dans ta culpabilité. Ne sont-ce pas tes propres mots qui l'induisent en erreur, qui poussent Aubin à croire qu'il faut te plaindre ?
Tu lui as dit, oui, que tu étais une prostituée, que tu as gagné ta vie de ton corps. Pourtant, ce n'est pas là toute la vérité, n'est-ce pas ? Tu sais dans quel état étaient certaines autres, comment elles finissaient leur misérable vie. Tu sais que le monde sait et tu le laisses imaginer que c'est ainsi que tu as été. Mais non, Mère, ce n'est pas ce qui est arrivé, ce n'est pas ce qui doit être avoué. Tu n'es pas revenue sur Terre pour que l'on plaigne ton sort de mère meurtrière, de catin abandonnée. Ton châtiment, ma jolie, c'est la haine, le mépris, ces choses que tu ne supportes pas, ces regards qui te font fuir, pleurer, crier. Alors avoue-le, dis-lui, entame ton long chemin jusqu'aux enfers.

Un rire froid t'échappe, tombant lourdement sur le sol que vous occupez de vos grands corps. Tu as tracé ton propre chemin vers la simplicité, jusqu'à ce qu'il se brise sous tes pieds, sous le poids de tes mensonges, de ta culpabilité.

Une vie simple ? De l'expérience ? Mon chemin n'a été fait que de ça, Aubin. Tu t'assois sur le sol, repoussant tes cheveux roux pour mieux voir l'homme derrière le hibou. Oui, je suis une catin. Ma vie doit-elle être un désastre pour autant ? Tu glisses ton corps jusqu'au sien, surplombant alors son visage du tien, tes cheveux tombant dans les siens tandis que tes doigts effleurent sa joue de l'arcade jusqu'au coin de ses lèvres. J'étais la meilleure, Aubin.

L'aveu murmuré te ramène à ta misérable vie et tu te mets debout pour t'approcher du bar. Quel jeu joues-tu ? Je ne comprends rien à tes intentions, au message que tu veux lui adresser. Penses-tu qu'il va fuir l'idiote qui appréciait sa vie d'avant, qui avait plus d'argent qu'aucune autre et qui aurait pu épouser n'importe quel riche de son monde ? Tu pues le mensonge. Personne n'a voulu de toi, de tes doigts pour y glisser un anneau. Une bonne amante, certainement. Mais une bien médiocre femme et une mère détestable.

Te glissant derrière le bar, tu feintes de chercher une nouvelle bouteille à vider tandis que tu te laisses tomber à genou sur le sol, les jambes soudain trop fragiles pour te porter. Tu as voulu mentir, faire semblant de ne pas avoir écouté, de ne pas avoir entendu la détresse derrière les mots. Tu connais pourtant ce sentiment, cette douleur qui serre le cœur quand il t'a abandonnée, quand il n'a plus voulu te trouver. L'abandon et la solitude, voilà ce qui t'a brisée, ce qui va te tuer.
Et tu connais cette autre douleur, cette souffrance que tu lui infliges quand il te voit, l'inutilité de ta gentillesse quand il en cherche une autre. Dois-tu le laisser se faire du mal en trouvant une autre personne dans tes traits ? Quoi qu'il arrive, il t'abandonnera, parce que tu n'es pas elle, parce que tu ne lui sers à rien. Alors ne vaut-il pas mieux le chasser, le pousser à l'extérieur pour qu'il se mette à sa recherche, qu'il trouve celle qu'il doit trouver ? Tu ne peux pas le laisser faire les mêmes erreurs que toi, le laisser attendre que le temps passe et l'amour revienne. Il ne doit pas se détruire autant que tu t'es détruite.

Je ne suis pas elle, Aubin. Je ne suis rien. Le murmure est presque imperceptible entre tes lèvres, tandis que les premières larmes roulent sur tes joues devant la réalité : tu n'es rien, ni pour lui ni pour personne d'autre. Ne viens plus pour elle, cesse de te faire mal, s'il te plaît.

Finalement, tu n'as pas à jalouser cet homme qui se sacrifie pour apaiser ta peine. Tu es très forte à ce jeu-là, toi aussi.

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Vapeurs de Spleen || Calypso

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