AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Do you ever think of me in the quiet, in the crowd?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

Invité
Invité






MessageSujet: Do you ever think of me in the quiet, in the crowd?   Dim 15 Mar - 22:23



« Do you ever think of me in the quiet, in the crowd? »

Wilma A. Schweiger & Helena Jaëger
featuring

Elle reste devant l'imposante porte noire, la main sur la poignée. Elle hésite. Elle envisage de tourner les talons et s'en aller. Ça ne lui ressemble pas, ces tergiversations incessantes. Ce tourbillon, ce magma de sensations en elle non plus. Helena ne peut se rappeler de la dernière fois où elle a été à ce point bourrelée de doutes ; cela doit probablement remonter à une autre vie. D'accoutumée, elle est intrépide, impétueuse, indifférente à l'opinion d'autrui. Elle se moque éperdument de tout ce que ces quidams peuvent bien penser d'elle. Certes, elle se gausse de l'individu lambda, mais pas d'Elle, même aujourd'hui, même après toutes ces années. Helena a beau s'être perdue dans une nuit sans fin, être assujettie par sa haine des autres, elle n'a jamais pu, même durant les heures les plus atroces, renié ce qu'il y avait eu entre elles, cette liaison réprouvée par la société, à l'amour brut et indomptable.
Elle expire profondément, pousse la porte et fait le saut de l'ange. Elle vient juste par curiosité, se dit-elle. Juste pour l'apercevoir et constater l'emprise que Wilma a encore sur elle. Cette vision allait-elle être un baume lénifiant pour son âme brisée ou bien une nouvelle torture ? Elle l'ignore et ne n'est pas entièrement sûre qu'elle désire avoir réponse à cette question.

Sitôt l'entrée passée, elle est accueillie par les notes suaves d'une douce mélodie mais cela ne l'émeut aucunement, la musique ne la fait pas vibrer. L'art est désormais une chose frivole à ses yeux, la neurasthénie la gangrène de trop que pour attacher de l'intérêt à ce sujet si futile. Le bruit sourd de ses lourdes bottines sur le plancher capte l'attention de l'assistance et son style extravagant accroche les regards, où se mêlent dédain et mépris. La mohawk et l'ensemble de cuir, ainsi que les tatouages et piercings passent rarement inaperçus et suscitent toujours des réactions diverses et variées. La polonaise, quant à elle, ne leur accorde même pas une œillade. Elle ne porte aucun égard à ces gens cossus, étriqués d'esprit, bien comme il faut, se complaisant dans leur médiocrité. Ils la rendent malade. Elle navigue languissamment entre les tables et s'installe dans le fond, aux antipodes de la scène, dans un coin obscur. Une serveuse, un sourire incertain plaqué sur les lèvres, l'aborde et demande si elle désire passer commande. « Une bière. » aboie-t-elle abruptement. Tandis que la musique s'estompe et que les lumières se tamisent, la demoiselle timorée lui apporte son breuvage. Le spectacle commence, Wilma fait son entrée et procède à sa routine, sans se douter que sa créatrice la guette. Pour cette dernière, le temps se suspend, se fige, se dilate et elle est transportée septante ans auparavant, à une époque où tout était encore beau, où les jours avaient la saveur de l'ambroisie. Helena, envoûtée par ce spectre du passé, la boit du regard et sent son cœur se serrer. Elle aurait voulu que l'expérience la laisse de marbre, que cette simple vision n'exhume pas de vieux démons, que leur idylle ne soit qu'un vestige, une réminiscence agréable. Ce n'est pas le cas. Évidemment que ce n'est pas le cas. Ses mâchoires se serrent et sa main se crispe sur sa bouteille. Elle est une idiote. Pourquoi diable a-t-il fallu qu'elle vienne se perdre dans ce foutu cabaret ? Elle n'est pas à sa place ici. Elle n'est à sa place nulle part. Elle était à sa place aux côtés de Wilma, jadis. Elle écume de rage, sa propre faiblesse la répugne et elle maudit son cœur traître de battre encore. Soudainement, la juive brûle de savoir si leur lien est toujours actif ou si celui-ci l'a suivi dans son trépas. Ses paupières se closent, un soupir tremblant s'échappe de ses lèvres et elle tente de faire le vide en elle, d'ignorer le flot tumultueux de sensations qui vient de resurgir des abysses, et envoie une décharge mentale à Wilma. La sorcière ouvre les yeux et ne manque pas d'apercevoir l'éclair de douleur qui crispe les traits raffinés de  la métamorphe. Elle est rassérénée ; si les choses tournent mal, elle pourrait toujours instiguer sa création à prendre ses distances.

Le spectacle prend fin, l'assistance se lève, l'illusionniste s'en retourne en coulisses et Helena demeure là, pantoise, hagarde. Puis, lentement, elle se lève à son tour, et mue par une volonté qui n'est pas la sienne, se dirige vers les coulisses. Elle devrait partir, elle le sait pertinemment mais l'appel est bien trop fort, est irrésistible. Elle veut voir la surprise peinte sur ce faciès, voir l'effarement dans ses yeux lorsqu'Elle mesurera les ravages que les vicissitudes de la vie ont eu sur Helena. Celle-ci se glisse dans la pièce, Wilma lui fait dos. Elle prend un moment pour la contempler encore, cette frêle silhouette, cette crinière sombre. Il n'y aura plus de retour en arrière possible. « Tu n'as pas changé. » fait-elle d'une voix bien trop ténue, bien trop douce à son goût. Pourquoi leur inflige-t-elle cela ?
   
 

 


Dernière édition par Helena Jaëger le Sam 21 Mar - 15:45, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Do you ever think of me in the quiet, in the crowd?   Lun 16 Mar - 20:53



« I often think of you in the quiet, in the crowd. »

Helena Jaëger & Wilma A. Schweiger
featuring

Les mêmes gestes, encore et encore. Mes mains s'emparent de mes cheveux pour les tresser. Le far à joues vient s'étaler sur ma peau pour me donner meilleure mine car je sais combien je peux avoir l'air d'un cadavre ambulant au quotidien et sur scène, je ne peux pas avoir l'air d'un cadavre. Sur scène, je dois être féminine, jolie, je dois attirer l’œil et être agréable à regarder. C'est pour cela également que j'entoure mes yeux de crayon noir et que je peins mes cils avec un peu de mascara. Puis, la touche finale est une pointe de rouge sur mes lèvres : juste une pointe car d'une, je n'aime pas ça, et de deux, je suis une magicienne, pas une strip-teaseuse. Belle, intrigante et élégante, voilà ce que je dois être, certainement pas vulgaire. J'enfile ma tenue de scène et, en m'observant dans le miroir de ma loge, je laisse échapper un soupir : cette robe est splendide, je ne peux le nier mais j'ai tellement du mal à la supporter sur moi tant cela ne me ressemble pas... Trois coups à ma porte, il est temps d'y aller. J'enfile mes escarpins et sort de la loge, puis c'est en silence que je me dirige sur scène. Le rideau est tiré et j'entends les voix s'élever de derrière cette barrière qui pour l'instant me cache du public. Comme j'effectue les mêmes geste pour me préparer, c'est avec encore une fois des gestes maintes fois répétés que je viens placer tous mes accessoires sur scène. Mes doigts effleurent chaque objet avec révérence car ce que je fais, je le respecte : Karl m'a appris ce respect et je me dois de le préserver, de l'appliquer. Un petit bruit sur ma droite, je tourne le visage et le régisseur me fait signe que ça va bientôt être à moi. Lui va se placer à son poste : son et lumière, c'est là son travail. Il m'accompagne depuis un moment maintenant, il connaît mes numéros par cœur et j'ai confiance en lui. Je sais que, dans l'ombre, il me soutient, et cela me donne de la force.

Et de la force, j'en ai véritablement besoin.

Je vais me placer en coulisses et, lorsque le rideau se lève, je pénètre sur scène en saluant le public. Et voilà que mon visage s'illumine d'un sourire qui, je le sais, doit paraître sincère à toute l'assemblée. Pourtant, il ne l'est pas. Mon visage sourit mais mon cœur lui, ne sourit pas. C'est bien rare que mon cœur parvienne à sourire. Cependant, je me dois de donner le change : je suis payée pour ça, pour faire illusion et l'illusion est là, tant sur mon visage, que dans n'importe lequel de mes gestes. Comme à l'accoutumée, je commence par des tours assez faciles et qui peuvent sembler trop léger pour un spectacle mais s'il est une chose que j'ai appris et dont j'ai parfaitement conscience, c'est qu'il est important de laisser monter l'envie et la curiosité du public pour leur offrir à la fin un tour qui va les figer sur leur siège. Alors, les pièces, les foulards, ce ne sont jamais que de petits objets qui disparaissent mais pourtant, les applaudissement sont là, à chaque fois. C'est divertissant et c'est cela dont les gens qui viennent ici ont besoin : du divertissement. Les choses deviennent plus sérieuses lorsque je manipule les flammes : avec ma peur du feu, c'est toujours un moment délicat mais je ne peux pas y échapper. Cela fait partie du spectacle que mon frère m'a appris et il est hors de question que je retire le moindre de ses numéros : ce spectacle, c'est son spectacle. Je salue le public quand les applaudissement fusent après que les flammes aient laissé la place à une colombe que mon assistante vient finalement récupérer, quoiqu'assistante soit un bien grand mot. Elle travaille au Masquerade en tant que serveuse mais, après l'avoir observée, je lui ai demandé si elle voulait bien travailler avec moi et elle a accepté. Elle, elle connaît tous les secrets de ce spectacle mais elle s'est laissée prendre au jeu et je lui fais confiance. Et puis, elle ne crache pas sur l'argent supplémentaire que cela lui fait gagner. Elle me rejoint à nouveau sur scène quand il est temps de présenter les deux derniers numéros, ceux que le public préfère en général. Les gestes sont précis, connus d'elle comme de moi et lorsqu'elle prend enfin place dans l'immense boîte, j'entreprends de refermer les cadenas.

C'est là que ça me prend, que ça me fige sur place tant la douleur est violente et lancinante. Ma main se crispe sur le cadenas que j'étais en train de fermer et me voilà incapable de bouger tant j'ai mal. Le régisseur perçoit mon trouble puisque je sens les lumières sur scène se tamiser légèrement et je ferme les yeux. Je sais. J'ai compris. Je ne peux cependant pas me laisser aller, pas maintenant, pas ici. Alors, je prends une profonde inspiration, je rouvre les yeux et me redresse. Je fais alors un effort monstrueux pour oublier la douleur qui vient de me traverser mais surtout pour oublier la tristesse qui l'accompagne. Le sourire réapparaît sur mes lèvres tandis que les lumières redeviennent plus vives. Je prononce le boniment du numéro tout en transperçant la boîte avec une quinzaine d'épées et lorsque les épées sont retirées, que les cadenas sont défaits et que la boîte est ouverte, les applaudissements fusent et explosent de la part du public quand il découvre l'assistante intacte à l'intérieur de la boîte. Mon sourire plus faux que mes numéros est toujours accroché à mes lèvres. J'ai mal au cœur, mal à la tête, je veux arrêter mais je ne peux pas. Il reste la lévitation et c'est le clou du spectacle car là, les gens peuvent voir de leurs propres yeux. C'est ce qu'ils préfèrent. Encore une fois, je suis précise mais je dois puiser dans mes forces pour tenir le coup. Elle lévite, les gens applaudissent, elle quitte la scène, et je les salue d'une façon plus brève que d'habitude. Je veux quitter cette scène. Je veux aller m'enfermer dans ma loge. Je ne veux plus voir personne. C'est sans compter sur le régisseur qui m'arrête dans les coulisses. J'ai du mal à tout cacher, et lui m'empêche de passer.

« Est-ce que ça va ? J'ai cru que tu allais t'évanouir. »
« Ce n'est rien, j'ai juste... » Vite, un mensonge. « J'ai eu un vertige, je n'ai pas mangé aujourd'hui. »

C'est faux. On ne peut pas dire que je mange beaucoup mais je mange. Non, cette douleur que j'ai ressentie n'a rien à voir avec un vertige : j'aurais préféré.

« Faut pas faire ça, faut prendre soin de toi. »
« Oui, je le ferai. Merci. »

Je ne peux pas rester une minute de plus là, je veux être seule alors, je le contourne et je fonce jusqu'à ma loge. Trop pressée d'y être, je me contente de pousser la porte sans la fermer. Je plaque alors ma main contre ma bouche pour étouffer les sanglots qui viennent de s'emparer de moi. Helena... C'est elle qui m'a fait ça. C'est elle mais pourquoi ?... Pourquoi m'a-t-elle fait du mal ? Elle ne l'a jamais fait. Jamais. Alors pourquoi aujourd'hui a-t-elle décidé de me faire subir ça ? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter qu'elle m'inflige une punition ? Oui, pour moi c'est une punition et cela me fait mal qu'elle ait osé me faire ça. Cela me fait terriblement mal. « Tu n'as pas changé. » La voix vient de derrière et elle me glace le sang, me fige sur place comme la douleur m'a figée sur place quand j'étais sur scène. Mes yeux sont écarquillés, ma main toujours plaquée contre ma bouche et les larmes redoublent d'intensité. Elle est là ?... Non, c'est sans doute dans ma tête : elle m'a envoyée une décharge mentale de je ne sais où et cela me fait tellement mal que j'imagine qu'elle est là. Ceci dit, dans le doute, je me retourne et lorsque je me retrouve face à la femme qui se tient debout à l'entrée de ma loge, ma main retombe mollement le long de mon corps tandis que ma bouche s'entrouvre sous le choc. Je la distingue bien, malgré mes larmes. Je la distingue même très bien et cette femme c'est Helena mais ce n'est pas elle. Je ne pourrais pas l'imaginer de cette façon car je ne l'ai pas connue de cette façon. C'est sa voix, c'est son visage, ce sont ses yeux mais...

« Toi par contre, tu as beaucoup changé... » je dis dans un souffle, la voix tremblante.

Ma lèvre inférieure tremble sous l'émotion, non, sous les émotions. J'ai eu mal, elle m'a fait mal et elle est là, juste devant moi. Elle était là... Je le réalise.

« Tu étais dans le public... » je murmure en fronçant les sourcils. « Pourquoi m'as-tu fait ça ? »

La question sort toute seule, sans que je ne puisse l'en empêcher. Oui, pourquoi ? En fait, si elle ne m'avait pas fait de mal, je serais probablement juste tombée dans ses bras mais elle m'a fait mal... Elle l'a fait et je veux savoir pourquoi.

 

 
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Do you ever think of me in the quiet, in the crowd?   Sam 21 Mar - 14:17



« Do you ever think of me in the quiet, in the crowd? »

Wilma A. Schweiger & Helena Jaëger
featuring

Elle s'est donnée du mal pour retrouver sa trace.
Ça a été éreintant, difficile et de longue haleine. Une chasse à l'aveuglette, sans piste tangible et Helena a longtemps tâtonné dans l'obscurité la plus absolue, cherchant frénétiquement un indice, une corde à suivre qui la mènerait jusqu'à elle. Chacune des ses accointances a été méthodiquement interrogée, parfois même avec brusquerie et véhémence. Certains bras ont été tordus, certains visages fustigés. Au début, ce n'est qu'une chimère que la polonais pourchasse, une façon de donner à sa vie un sens et lorsque Wilma n'est encore qu'un horizon lointain, incertain, nul doute n'empoisonne Helena. Au fur et à mesure que ses desseins se concrétisent, au fur et à mesure qu'elle amasse des informations, cependant, les hésitations s'installent en elle. Est-ce bien raisonnable s'est-elle répétée, tel un mantra. Toutefois, dans un sursaut de volonté, elle saute le pas et se rend au masquerade.
Elle s'est donnée du mal pour retrouver sa trace.
Elle s'est donnée du mal pour retrouver sa trace et maintenant que son regard est rivé sur son amour passé, elle se demande ce qu'elle fout là.

« Oh oui, tu n'as pas idée. » répond-elle dans un murmure. Son interlocutrice a tout à fait raison ; son visage, bien que gâché par les piercings, est le même, ainsi que sa dénomination, mais son essence, elle, est fuligineuse, galvaudée par la folie des hommes. Wilma prendra-t-elle peur lorsqu'elle découvrira l'étendue des ravages ? « J'en déduis que tu n'es pas fan de mon nouveau style. » lance-t-elle sarcastiquement, tirant sur son t-shirt Iron Maiden trop large pour sa fine silhouette. Helena observe les sillons que creusent les larmes de l'illusionniste sur son maquillage trop prononcé et se renfrogne. « Sèche tes larmes. » Ça claque dans l'air comme un coup de fouet et l'on perçoit aisément le venin dans sa voix. Elle n'a pas pu exprimer sa peine, dans les enfers qu'elle a traversés, car les sanglots et gémissements sont signe de faiblesse. Les autres s'en repaissent, de cette dégoûtante faiblesse, festoient dessus, profitent de ce manque de résilience et détruisent le pleutre. Chausser un masque impassible est nécessaire à la survie dans ces contrées, épancher sa mélancolie un luxe que l'on ne peut se permettre. C'est presque pour son bien qu'elle se montre aussi sévère envers elle ; dans l'ombre, les projets despotiques du gouvernement fomentent, le conflit ne tarderait pas à éclater de nouveau et il faudrait à Wilma se montrer autrement plus imperméable. « Tu parles de ça ? » demande-t-elle doucereusement en lui envoyant une nouvelle décharge. Un sourire mauvais plane sur ses lèvres. « Je voulais savoir si notre lien était toujours actif. » Elle marque une pause. « Honnêtement, je croyais que ce n'était pas le cas. » Elle vrille son regard dans le sien. « Tu m'as forcément sentie à un moment ou l'autre. Je n'avais pas envie de croire que tu me savais revenue et que tu ne faisais rien pour me retrouver. » Fugacement, le marbre de son faciès se fissure et laisse apercevoir la douleur crue au dessous. « Alors, à moi de te demander : pourquoi as-tu fait ça ? » demande-t-elle en haussant le ton, son interrogation désespérée résonnant dans la pièce à la luminosité ouatée. « J'en vaux pas la peine, c'est ça ? Juste une autre juive canée dans les camps ? Putain, je te croyais différente. Si les rôles avait été inversés, j'aurais aussitôt remué ciel et terre pour te retrouver. » Elle se ressaisit, fixe à nouveau une expression revêche sur sa face ravagée. « Trop occupée à parader sur scène avec tes illusions à la con, hein ? » fait-elle cruellement. Helena sait que ce spectacle doit lui tenir à cœur, elle qui a toujours brûlé d'une telle passion pour la magie et la prestidigitation. La juive se rappelle encore clairement l'éclat dans le regard de Wilma lorsqu'elle lui a confié son lourd secret. Cette prestation doit probablement lui permettre de se sentir plus proche de l'objet de sa fascination et c'est exactement pour ça que Helena frappe sur ce point névralgique. La sombre femme désire que son ancienne amante réalise à quel point son désintérêt lancine les débris de son âme, qu'elle subisse ne serait-ce qu'une infime partie de ces tourments qui la font souffrir. « Peut-être ne suis-je pas la seule à avoir changé, tout compte fait. » Elle s'est donnée du mal pour retrouver sa trace et elle sait maintenant pour quoi elle est là.
   
 

 
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Do you ever think of me in the quiet, in the crowd?   Lun 30 Mar - 19:03



« I often think of you in the quiet, in the crowd. »

Helena Jaëger & Wilma A. Schweiger
featuring

Comment pourrais-je ne me poser absolument aucune question ? Elle m'a fait mal, de façon délibérée alors je veux savoir pourquoi, je veux savoir ce que j'ai bien pu faire pour mériter une telle chose de sa part. D'ailleurs, s'il n'y avait eu que la décharge mentale mais ses mots sont tout aussi brutaux et douloureux. La façon dont elle m'a dit de sécher mes larmes... Je ne peux que me plier ou en tout cas essayer de me plier à son ordre. D'un geste vif et rapide, j'essuie donc mes joues avant de croiser les bras. La pièce n'est pas très grande, nous sommes proches mais pourtant tellement éloignées et cela aussi me fait également terriblement mal. Quand les choses sont-elles devenues ainsi ? Il y a longtemps sans doute mais je ne le savais tout simplement pas. Tout comme je ne savais pas que Helena était capable d'autant de cruauté et je l'apprends en recevant une nouvelle décharge mentale. Je me crispe et ferme les yeux un instant avant de les rouvrir pour les poser sur une Helena qui affiche un sourire mauvais, un sourire que je n'avais jamais vu sur son visage : qui est-elle ? Au-delà du changement physique qui certes m'a interpellée mais ne me dérange car à mon sens elle reste merveilleusement belle, qu'a-t-elle fait de l'ancienne Helena qui n'aurait pas supporté qu'on me fasse du mal et qui ne m'en aurait jamais fait ? Qu'a-t-elle fait de l'ancienne Helena qui ne se serait pas satisfaite de voir quelqu'un qu'elle aimait souffrir ? Mais peut-être qu'elle ne m'aime plus, tout simplement. Peut-être que je ne suis plus rien qu'un vieux souvenir pour elle mais dans ce cas, pourquoi être venue jusqu'ici ? Que me veut-elle ? La réponse ne tarde pas à arriver et plus les mots s'échappent de la bouche de Helena et plus je sens mon sang se glacer dans mes veines : notre lien, elle voulait vérifier qu'il existe toujours. Elle vrille son regard dans le mien et je prends sur moi pour ne pas ciller car ce qu'elle dégage me pétrifie sur place. Jamais elle ne m'a regardée ainsi, jamais, et j'aurais préféré que cela n'arrive pas.

Elle m'en veut. Beaucoup. Terriblement.

Ma bouche s'entrouvre puis se referme tandis qu'elle m'explique plus avant qu'elle n'avait pas envie de croire que je l'avais sentie mais que je n'avais rien fait pour la trouver. C'est vrai, je l'ai sentie et c'est vrai, je n'ai rien fait pour la trouver. C'est mon cœur qui se brise finalement lorsque j'aperçois la douleur se peindre sur le traits de Helena avant qu'elle ne me demande pourquoi moi j'ai fait ça, pourquoi moi je ne l'ai pas cherchée ? Elle hausse le ton et les larmes me remontent aux yeux bien malgré moi quand elle me jette à la figure toutes ces horreurs la concernant, des horreurs qu'elle veut m'octroyer, qu'elle s'imagine que je pense alors qu'il n'en est rien. J'aimerais me révolter contre ce qu'elle dit, j'aimerais trouver les mots mais sur le moment rien ne me vient tant je suis choquée qu'elle puisse penser tout ceci. Ne sait-elle pas à quel point je l'ai aimée ? Bon sang, à quel point je l'aime toujours ? Non, elle ne sait pas. Et parce qu'elle ne sait pas elle attaque. Parce qu'elle a mal elle m'attaque, moi, avant d'attaquer mon frère en parlant des mes « illusions à la con » et il m'est vraiment difficile de ravaler mes larmes en l'entendant me dire ça. Je termine par détourner le regard, profondément blessée avant que Helena ne me dise qu'elle n'est peut-être pas la seule à avoir changé. Il plane un petit silence entre nous.

« Tu as raison. » je dis dans un souffle, retrouvant finalement l'usage de la parole. Je relève mon regard pour oser venir le plonger dans le sien. Elle m'apparaît trouble à cause des larmes qui me voilent la vue mais je ne cille pas : je ne cille plus. « J'ai changé oui mais ce que tu représentes pour moi, ça, ça n'a pas changé. »

Il faut qu'elle sache, il faut qu'elle comprenne. Peut-être que cela ne changera rien, peut-être me détestera-t-elle toujours mais au moins, elle saura.

« Quand j'ai repris conscience, en tant qu'humaine je veux dire, il ne m'a fallu que quelques instants pour comprendre ce qui m'était arrivé. Pour comprendre que tu étais morte... » je dis, ma voix se brisant sur les derniers mots car repenser à ce moment m'est douloureux et le sera toujours. « Tu étais morte. C'était terminé. J'ai cru en mourir de chagrin. Puis, j'ai fini par me calmer, j'ai rencontré quelqu'un qui m'a aidée et j'ai pu m'en sortir. Cela m'a pris du temps mais j'ai réussi et si j'ai réussi, c'est parce que si au départ je n'ai pas compris comment j'avais pu revenir, après j'ai compris. J'ai su que tu étais vivante oui... Et ça m'a rendue tellement heureuse Helena... » j'ajoute en esquissant l'ombre d'un sourire triste qui s'évapore bien rapidement. Je laisse échapper un soupir. « Je ne pensais pas te revoir un jour, voilà pourquoi je ne t'ai pas cherchée. Je voulais réussir à vivre mais je ne pouvais pas courir après un espoir vain alors, j'ai accepté. J'ai mis très longtemps mais j'ai fini par me faire à l'idée que nous ne nous reverrions plus jamais. Te savoir vivante même si c'était loin de moi me suffisait... » Je termine par hausser les épaules quelque peu dépitée. « Je n'ai pas d'autre explication à te donner. Te savoir en vie me suffisait et je ne voulais pas espérer pour mieux avoir mal ensuite... C'est tout. » Je marque un silence, j'hésite. « Mais tu m'as manquée, si tu savais combien... » j'ajoute tout bas dans un murmure, presque honteuse parce que j'ai l'impression de ne plus avoir le droit de lui dire ce genre de choses. Pourtant c'est la vérité.

Elle m'a manquée.


 

 
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Do you ever think of me in the quiet, in the crowd?   Sam 4 Avr - 17:37



« Do you ever think of me in the quiet, in the crowd? »

Wilma A. Schweiger & Helena Jaëger
featuring



Elle obtempère, écrase ses larmes sur sa joue au maquillage sillonné mais ses paupières continuent à déborder et son regard échoue aux pieds de la juive. Quant à cette dernière, elle ne cille pas. Ses yeux sont secs, tout comme son cœur. Elle croise les bras sur sa poitrine, toujours emplie d'exaspération mais elle sent aussi sa résignation commencer à être grignotée par la compassion. Naguère, chaque larme de Wilma, de surcroît provoquée sa malveillance, aurait été un coup de poignard dans l'abdomen. Aujourd'hui, ce n'est plus la même chose mais cela lui cause tout de même une douleur sourde, lointaine. Helena inspire profondément, tentant vaille que vaille de briser dans l’œuf cette commisération naissante ; ce n'est simplement plus elle. Son âme a été éclaboussée par le mal qui habitait les hommes, son humanité émoussée par les torrents de souffrance qui se sont abattus sur elle. Toutefois, les vagues de détresse qui émanent de Wilma s'écrasent avec violence sur les remparts de sa résolution, l'érodent peu à peu. « Ce que je représentais pour toi, plutôt. Celle que tu as connue a crevé la gueule ouverte dans les camps. La nouvelle version ne va pas te plaire, crois-moi. » Elle ne se départ pas de sa causticité, ses propos sont emprunts d'une véracité brutale et cruelle. Néanmoins, elle a beau tenir ce discours, elle peut encore ouïr l'écho de l'ancienne Helena en elle, qui se réveille sporadiquement, par soubresaut. Elle ne se tiendrait pas en ces lieux si ce n'était pas le cas. Elle s'évertue pourtant à maintenir Wilma à distance, s'armant de sa virulence, afin de ne pas la laisser se frayer un nouveau chemin jusqu'à son cœur lacéré. Elle ne peut pas se le permettre. S'abandonner derechef à la trivialité des sentiments la rendrait vulnérable, faible, l'exposerait à de nouveaux supplices. Il est tellement plus facile de se fermer, d'être stoïque et imperméable. À son insu, Wilma lui donne la parfaite opportunité de consolider sa volonté. « Tu as rencontré quelqu'un. » Elle lui fait écho d'une voix blanche, le regard dans le vague. « Ceci explique cela. » lâche-t-elle avec des inflexions glaciales. Helena arpente la pièce exiguë, triturant avec nervosité l'anneau à la commissure de ses lèvres. Ce goût cuivré dans sa gueule, c'est la jalousie qui la foudroie, indéniablement. À cette distance, elle peut presque humer les effluves du parfum de Wilma ; c'en est intoxicant, ça lui fait tourner la tête, tout comme cet ouragan de sentiments divers en elle. Elle s'arrête, ronge ses ongles. « Donc tu me savais vivante et tu n'as rien fait ? » demande-t-elle, incrédule. « Ça te suffisait ? » Elle ne comprend pas cette divergence entre les dires et le comportement de son ancien amante. Elle dit tenir à elle, souffrir de son absence mais n'a mis aucun moyen en œuvre afin de retrouver sa trace, de renouer le contact. « T'es pas sérieuse. » rage-t-elle. Elle est sotte d'être venue, la seule chose que cette entreprise a réussi à faire jusqu'à présent, c'est raviver d'anciennes blessures. Des plaies désormais béantes et sanguinolentes. « Si tu veux mon avis, tu étais juste trop occupée à te faire sauter pour t'en donner la peine. » crache-t-elle, du venin dans la voix. Une nouvelle déception, un nouveau pieu dans son cœur écorché. C'est parfait, cette souffrance va lui permettre d'achever sa conscience agonisante, elle pourra traverser sa misérable existence sans qu'aucun ressenti ne vienne l'effleurer. Toutefois, une grimace lui tord les traits, et même si ses orbes sont toujours démunies de larmes, l'incompréhension est évidente sur son visage. « J'imagine que c'est injuste de ma part de te tenir rigueur d'avoir continué sans moi. » concède-telle pourtant. « J'espérais juste que tu ne l'avais pas fait. Parce que tu m'as réellement manqué, à moi. » ajoute-t-elle dans un souffle. Elle plante une nouvelles fois son regard dans celui de Wilma, jaugeant l'effet que ses ultimes mots ont sur elle. Au moins, elle a désormais les réponses qu'elle a si longtemps cherché. L'espoir était une chose vaine, une chimère qu'elle a aveuglément poursuivie. Le retour à la réalité est difficile.  
   
 

 
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Do you ever think of me in the quiet, in the crowd?   Lun 13 Avr - 20:37



« I often think of you in the quiet, in the crowd. »

Helena Jaëger & Wilma A. Schweiger
featuring

Je ne peux qu’espérer, rien de plus. Espérer qu’elle va comprendre. Espérer qu’elle va cesser de me regarder avant tant de colère. Espérer que cette tension qui est presque palpable diminue ne serait-ce qu’un peu. J’espère oui. J’espère en vain malheureusement. Mon cœur se serre et mes entrailles se tordent lorsqu’elle parle des camps, car, ayant réussi à y échapper, je ne peux qu’imaginer ce qu’elle a traversé et non pas le comprendre car on ne peut le comprendre tant qu’on ne l’a pas vécu. Quant au fait que je risque de ne pas aimer cette « nouvelle version » d’elle… J’aimerais pouvoir lui affirmer avec vigueur qu’elle se trompe mais elle est changée, brisée, je le vois, je le sens, je le sais, et bien sûr que non ça ne me plait pas. J’aurais tant préféré qu’elle soit épargnée seulement voilà, elle n’a pas été épargnée, je n’ai pas pu la sauver, je n’ai rien pu faire. J’ai été impuissante et cette culpabilité me collera toujours à la peau, comme la culpabilité d’avoir laissé quelqu’un d’autre qu’elle me toucher et je finis par détourner le regard, honteuse, quand les mots claquent une nouvelle fois, quand la froideur transparaît dans chaque syllabe. J’ai mal qu’elle me juge ainsi, mal qu’elle voie en moi une… Quoi ? Une traînée ? Oui, c’est presque ça vu la façon dont elle s’adresse à moi, vu les mots qu’elle emploie, des mots qui dans sa bouche me donnent la nausée. Je serre la mâchoire, mes doigts se crispent et se tordent nerveusement parce qu’elle a tort mais je ne sais pas comment lui dire. J’ai peur d’encore me tromper, j’ai peur d’employer les mauvais mots qui la feraient se fourvoyer davantage encore. Je ne veux pas faire plus de dégâts même si le mal est déjà fait et pas qu’un peu.

Je relève cependant doucement le visage et le regard vers elle quand elle termine par dire qu’elle est injuste avec moi de me tenir rigueur d’avoir continué sans elle. Au-delà de la colère qu’elle ressent, je perçois la douleur sur ses traits et dans ses prunelles et les derniers mots qu’elle lâche dans un souffle font remonter les larmes au coin de mes yeux. Je me mords la lèvre inférieure pour essayer de contrôler mes larmes car je ne tiens pas à ce que Helena s’en reprenne à moi à cause de ça. Mon cœur bat plus vite à chaque seconde. J’ouvre la bouche mais la referme. Puis, finalement, je me décide à parler parce qu’il faut bien que je le fasse, il faut bien que j’essaye de m’expliquer au risque de faire empirer la situation car de toutes les façons, laisser les choses en l’état n’est pas la meilleure chose à faire. Il est des choses qu’elle a besoin de comprendre car je refuse qu’elle reste sur cette impression. Je refuse qu’elle pense toutes ces mauvaises choses, je refuse qu’elle reste persuadée qu’elle ne compte pas pour moi.

« Tu m’as vraiment manquée toi aussi. » je termine par lui dire tout bas, en insistant cependant sur le « vraiment » parce que c’est la vérité, tout simplement, et que je veux qu’elle le sache. « C’est juste que… » Je me tais, réfléchis : c’est juste que quoi ? Qu’est-ce que c’était ? De l’amour ? Non. J’ai fini par le lui dire, que je l’aimais, quand il a été appelé pour les jeux mais même lui a su voir que c’était un mensonge. J’avais beaucoup de tendresse pour lui et je me sentais mieux dans ses bras car moins seule mais ce n’est pas allé au-delà, jamais. « J’ai cherché et trouvé du réconfort là où j’ai pu, c’est tout. » j’avoue tout bas, pas particulièrement fière de moi que ce soit vis-à-vis d’elle ou de lui. « Même si j’étais forte, tout ça c’était trop… Seule, je n’aurais pas tenu le coup, j’aurais abandonné mais je ne pouvais pas abandonner. Je n’avais pas le droit… Pas après toi. Pas après mon frère. Alors j’ai fait comme j’ai pu, même si ce n’est pas une excuse. » Je m’en rends réellement compte en prononçant les mots : je n’ai aucune excuse en fait. J’ai fait ce que j’ai fait pour tenir le coup, certes, mais cela ne reste pas moins condamnable. Un sourire triste vient étirer mes lèvres. « Et c’est pour ça que je me suis battue pour accepter le vide laissé par ton absence… Pour tenir. M’accrocher à un espoir pour qu’il me soit arraché ensuite m’aurait achevée. J’ai essayé d’avancer juste pour garder la tête hors de l’eau mais… » Et là, mes entrailles se nouent tandis que je secoue doucement la tête. « Je ne m’attends pas à ce que tu me pardonnes. Je ne me pardonne pas moi-même alors… » Un soupir. « Je suis vraiment désolée Helena… »

Fatigue soudaine et aveuglante. J’ai un vertige. Je fais un pas en arrière pour venir m’appuyer contre le meuble derrière moi. Je m’y accroche avec force : si je ne m’accroche pas je vais tomber.


 

 
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Do you ever think of me in the quiet, in the crowd?   Sam 25 Avr - 17:51





C'était ce qu'elle avait désiré. Là-bas, à Varsovie, il y a une éternité de cela, dans les plus noirs moments, quand l'être humain usait de toute son ignominie, elle avait jeté aux cieux impassibles mille et une suppliques. Faites que Wilma aille bien. Là-bas, à Treblinka, il y a une éternité de cela, quand le zircon corrompait l'éther et lui lacérait les voix respiratoires, lorsqu'elle foulait du pied des monceaux de cadavres terrassés par ces miasmes mortifères, lorsque la fauche la prit par la main et qu'elle expira son ultime râle d'agonie, l'image de cette jeune incrustée sur sa rétine qui perdait sa lumière, c'était ce qu'elle avait désiré. Faites que Wilma soit saine et sauve, loin de toute cette folie inhumaine. Comme Helena pouvait le constater, sa moitié perdue allait douloureusement bien. Ses prières désespérées avaient été exaucées.
Alors pourquoi diable écumait-elle donc de rage ? Pourquoi ne pouvait-elle pas s'en réjouir ? Wilma avait été épargnée par la démence de ces animaux, n'avait pas connu les mêmes affres, cela n'aurait-il pas dû emplir la varsovienne d'allégresse ? Une partie odieuse d'elle avait espéré découvrir une Wilma hagarde, désemparée, incapable de continuer seule. Et puis, surtout, c'était la jalouse qui l'aveuglait de rouge, ce terrible sentiment qui grouillait sous son derme, faisait éclore des étendues rubescentes sur celui-ci, rongeait sa clairvoyance, faisait d'elle un pantin esclave de cette possessivité.Wilma était son premier amour, sa première création. Elle était sienne. La simple pensée d'un homme touchant la belle de ses paluches grossières lui donnait des envies de meurtre. Une pléthore d'images interdites envahirent son esprit, décupla son ire. « L'as-tu aimé ? » La question déborda de ses lèvres sans qu'elle s'en aperçoive, sans qu'elle puisse l'arrêter. Le spectre de la jalousie parlait à travers elle. L'interrogation plana paresseusement dans la pièce. Cela ne la regardait aucunement, bien entendu. Cela ne la regardait aucunement mais elle exigeait tout de même de savoir.

Helena put percevoir la sincérité qui exsudait des dires de la métamorphe et cela lui fit du bien, une embrocation sur les cloques causées par la jalousie. La savoir dans les bras d'un autre était toujours douloureux, fort évidemment, mais que Wilma se soit languie d'elle tout ce temps, cela adoucit quelque peu la fureur de la juive. Aussi, en l'entendant, fût-elle saisie par un étrange sentiment de fierté ; la Wilma qu'elle avait connu naguère était une battante, pugnace, obstinée et savoir qu'elle n'avait pas baissé les bras était bon. Ses lèvres se gondolèrent en une ébauche de sourire, qui fana fort vite. « J'aurais préféré que ça n'arrive pas mais je peux vaguement comprendre. » concéda-t-elle de mauvaise grâce. L'écho de cet homme continuerait cependant à faire grincer les dents la femme férale. Aussi, elle ne pardonnait pas le manque d'efforts de Wilma, élément qu'elle ne pouvait toujours pas appréhender, cette absence patente d'intérêt lui tordait le cœur .

Son regard courroucé quitta Wilma et arpenta la minuscule pièce, baignée dans une lumière tamisée, observant avec un léger intérêt les ustensiles disséminés sur le bureau de bois verni, tous ces éléments qui faisaient désormais partie de l'univers de son ancien amante. L'espace d'un instant, elle se demande si elle, pourrait faire partie inhérente de cet dit univers mais chassa bien vite cette pensée venimeuse.
Dans sa vision périphérique, elle capta une légère vacillation dans la posture de Wilma ; son faciès était voilée par la sueur, son regard hagard, elle semblait prise d'un vertige, appuyée contre le mur. Était-ce là la manifestation de ce que lui faisait endurer la varsovienne ? D'instinct, Helena réagit, fit un pas vers elle, passa son bras dans son dos afin de soutenir son poids et la fit promptement s'asseoir. La sorcière écarta d'un doigt délicat un rideau de cheveux du visage de la métamorphe, ignorant tant bien que mal le fourmillement sous sa peau, sonda son regard, pleine de sollicitude, un sillon creusé par ses sourcils froncés. « Tout va bien ? »


Revenir en haut Aller en bas
 

Do you ever think of me in the quiet, in the crowd?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» FS- 2* Fans Noctua NF-P12 Ultra Quiet ( Très propres)
» FS- 2*Noctua NF-R8 80MM Ultra Quiet PWM
» Comment monter son ventirad be quiet pure rock

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
CONSIGN TO OBLIVION .} :: The Fifth Chapter :: Memories-