AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Le crépuscule du soir (Aubin)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

Féminin
↳ Nombre de messages : 2541
↳ Points : 122
↳ Date d'inscription : 25/01/2015
↳ Age : 26
↳ Avatar : Eddie Redmayne
↳ Age du Personnage : 33 ans (254 ans)
↳ Métier : Ancien journaliste ; Prostitué
↳ Opinion Politique : Anarchiste anti-Gouvernement
↳ Playlist : Les anarchitectures – Autour de mois les fous - Les Infidèles - Que tout est noir, Saez ϟ Trouble, Halsey ϟ Mr . Brightside, The Killers ϟ One Last Song, Demon Hunter ϟ Ghostcity, Thomas Azier ϟ Shine, Years & Years ϟ Bad Blood, Bastille ϟ Children Of The Revolution, T. Rex ϟ Territorial Pissings, Nirvana

↳ Citation : « People should not be afraid of their governments. Governments should be afraid of their people »
↳ Multicomptes : Stain E. Greyjoy & Aleksi S. Lenaïk
↳ Couleur RP : #f34c4c



Feuille de perso
↳ Copyright: Cryingshame
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Le crépuscule du soir (Aubin)   Lun 16 Mar - 20:01


Aubin Malaussène & Calyxte Breckenridge
C'est le soir qui soulage. Les esprits que dévore une douleur sauvage, Le savant obstiné dont le front s'alourdit, Et l'ouvrier courbé qui regagne son lit. Cependant des démons malsains dans l'atmosphère S'éveillent lourdement, comme des gens d'affaire, Et cognent en volant les volets et l'auvent

Ses rétines s’abiment dans la contemplation de la porte. A tel point que sa cornée en devient sèche et douloureuse lorsqu’il cille enfin. La visite impromptue de Marie s’est achevée il y a des heures déjà, mais dans l’air plane encore les notes capiteuses de son parfum. Et contre sa peau, les élans de la frustration n’ont de cesse de venir s’y écraser. Dans un infime raclement de gorge, Calyxte déporte son regard et s’absorbe à présent dans la contemplation morne de son bureau. Son territoire. Le royaume de l’ancien soldat. Ses phalanges viennent frôler sa joue droite, dessinent avec une certaine fébrilité les contours de la cicatrice qui lui barre la pommette. Une crispation vient déranger le calme de ses traits et les phalanges quittent la peau abîmée avec brusquerie. Le sorcier se redresse, enlève ses pieds du bureau et s’y installe comme le devrait le faire un homme de son rang. Ses pupilles glacées se tournent en direction de la fenêtre et lui font réaliser que le soleil s’est couché. Et que la nuit est à présent bien avancée. Il ne compte plus les heures supplémentaires depuis longtemps. A vrai dire, il préfère la solitude de ce lieu à celle qui règne dans son appartement. L’homme fort qui se cache derrière des tonnes de faux-semblants a pourtant peur d’être seul. Totalement seul. La solitude est sa pire ennemi. Elle le fait frissonner, l’angoisse et le pousse à sentir son cœur se serrer dès qu’il prend conscience de l’absence d’être vivant à ses côtés. Il abhorre pourtant ses semblables. Mais c’est un reste, engendré par l’agression dont il a été victime. Il était seul ce soir-là. Loin des autres, isolé, perdu dans ses pensées. Il était seul et n’a pas vu arriver le danger. Comme un parfait débutant. La crispation se change en un intense froncement de sourcils. Le coin de ses lèvres s’affaisse en une profonde expression de mécontentement. Cette plongée dans les abymes de sa mémoire aggrave la mélancolie dont il est soudain victime. Calyxte serre les dents comme pour effacer dans la contraction douloureuse de sa mâchoire la souffrance provoquée par ses souvenirs. Il ferme alors les paupières, glisse ses doigts dans le nœud de sa cravate et la défait avec la dextérité d’un automate. Le morceau de tissu achève sa maigre existence sur le bureau dans un geste rageur, il ouvre les premiers boutons de sa chemise avant de se lever.

Le besoin d’air était devenu étouffant. Et pourtant il se surprend à hésiter devant la porte. La main suspendue au-dessus de la poignée. De son autre main, il vient masser sa poitrine. Douloureuse. Rester inactif l’amollit c’est un fait. Et une activité trop intense pourrait le tuer. Le paradoxe de toute une vie lui fait esquisser un sourire amer, qui le décide à ouvrir la porte. A une heure aussi tardive, les bureaux sont déserts. Et le silence qui règne dans ces lieux d’ordinaire bruyants a quelque chose d’irréel. Posté devant la porte de son domaine, Calyxte scrute le décor dépeuplé. Quelques lumières sont restés allumées de ci de là, évitant à l’endroit de se retrouver plongé dans les ténèbres. Et ce simple fait parvient à dissiper l’angoisse sourde qui commençait à se frayer un chemin jusqu’à son cœur. La peur du noir. C’est un comble pour un être comme lui et pourtant. Elle aussi, elle camoufle des démons qu’il préférerait ne jamais avoir rencontré. La nuit l’indispose. L’absence de couleur, cette lenteur morne qui s’affaisse sur le toit de la ville lui donne la sensation que tout est en train de mourir. Pour un être ayant été un adepte à outrance de la nécromancie, une telle pensée est une aberration. Il en a parfaitement conscience. Mais l’époque est révolue, abandonnée dans les sillages d’une existence qu’il tente d’oublier en prenant les traits d’un être insensible et aussi glacial que le climat régnant dans l’ancienne Capitale. L’homme finit par errer au milieu du néant, avant de voir son attention attirée par un coin particulier de l’endroit. Un imperceptible haussement de sourcil appose sur ses traits l’ombre de la curiosité. S’obligeant à se montrer aussi silencieux qu’un souffle, Calyxte s’approche. Et à côté de la machine à café, sur le sofa faisant office de confort dans cette salle de repos qui n’en a que le nom, se trouve l’écrivain du Gouvernement. Visiblement perdu dans les bras de Morphée. L’ancien soldat le toise, longuement. Il redresse les épaules et sa stature se fige dans un étau de glace. Les pupilles bleutées analysent la scène, décortiquent les éléments qui se pressent devant elles pour finalement buter sur la tasse abandonnée sur le sol. Calyxte se baisse, se saisit de l’objet et se replonge dans son immobilité. L’odeur du café froid le pousse à plisser le nez tant elle le dérange. Privé de cette substance, considérée comme un excitant pour son cœur, le mage a appris à détester la caféine. La contemplation du liquide noirâtre semble soudain éclairer le visage de Calyxte. Son regard passe de la tasse à Aubin et l’ombre d’un demi-sourire s’appose sur ses lèvres fines.

Avec toute la théâtralité d’un acteur Shakespearien, l’homme tend le bras devant lui et fait lentement pivoter sa main. Jusqu’à ce que la tasse déverse tout son contenu sur le visage du poète endormi. « - Ceci est un bureau Monsieur Malaussène. Et en aucun cas une garderie. » Sa voix est incisive, aussi glaciale que ce qu’il peut renvoyer. Mais au milieu de la glace qui se cristallise dans ses prunelles, vient vaciller la flamme d’un amusement certain. Il replie alors son bras, la tasse fermement maintenue entre ses doigts fins. « - Si les heures supplémentaires sont si soporifiques, il serait plus judicieux de quitter les lieux à des heures respectables. » Il s’éloigne de sa victime, essuyant avec un certain dédain le bout de sa chaussure sur lequel sont venues perler quelques gouttes de café. Tout en posant l’objet de son méfait sur l’une des tables disposées de ci de là.

_________________
❝ Naufragé dans la nuit

On s'achète on se vend. Au vent des hémisphères. On se jette, on se prend contre un peu d’éphémère. Sur l'étoile d'argent, le cerveau, la chair. Faudra choisir un camp. L'obscur ou la lumière.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://consign-to-oblivion.forumactif.com/t3400-les-anarchitectu

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Le crépuscule du soir (Aubin)   Sam 21 Mar - 20:26




H E A L A H D A N C I N G


C’était à cette heure-ci qu’il aimait ce bâtiment.
A ces heures innommables ou même les aiguillent fatiguent, ces heures avancées de la nuit où dans une caresse vespérales vous aviez le loisir de vous abandonner à ses bons soins.
Dans le couloir seul le bruit ses pas résonnait, lent et rébarbatifs. La semelle de ses chaussures venait embrasser le sol avec une douceur étrange, mais qui pourtant produisait ce bruit net et singulier qui s’envolant dans l’air semblait se répercuter sur les murs, s’enfuir, bondissant en écho dans les veines de la bâtisse.
Certains avaient peur de la solitude. D’autre s’y complaisaient.
Aubin lui la voyait comme cette personne étrange qui est toujours là. Dont parfois vous appréciez la compagnie. Et parfois non.Et qui souvent, malheureusement, vous agresse de toute sa violence.
Et ce soir, il appréciait sa compagnie dans sa lente errance au milieu des couloirs.

C’était dans ces heures là qu’il lui était le plus aisé de sortir de son bureau. Ah, comme il aurait aimé pouvoir s’y enfermer, se cacher aux yeux du monde et ne plus le voir. Comme il aurait aimé ne pas être obligé de paraitre devant ces gens dont la seule présence le faisait se sentir mal. Pourquoi fallait-il que son seul rempart soit cette froideur, cet horrible personnage dont il s’était forgé le masque pour s’y dissimuler ?
Cela faisait bien longtemps qu’il ne savait plus comment agir avec les autres.
L’autre le terrifiait.

Il y avait à cet étage une petit alcôve, une sorte de petite pièce annexe ou se trouvaient un canapé et une table sur laquelle trônait fièrement tasses et machines à café. En journée cet endroit était toujours animé de monde, de discussions, de vie.
Ici, à cette heure, la vie semblait avoir déserté les murs, ne laissant nulles traces des voix et des éclats de rires ou des accès de colère. Impossible de le savoir, à moins de l’avoir vu.

La machine dans le silence semblait gronder comme un volcan, elle faisait bouillir le liquide sombre et opaque contenue dans sa panse, alors que déjà les effluves amères de caféine venaient essayer de combler le silence, le vide de la pièce.
Aubin était appuyé contre la table et observait ses mains. Elle étaient maigres et fines, presque cassante, tachées en tous points d’encre cause de ses batailles avec le papier et rêches à quelques endroit, tordues à cause d’avoir plus souvent tenue un crayon qu’autre chose.
Et ses même mains, ces mains frêles aux doigts effilés ne pouvaient s’empêcher d’être agitée de tremblement archaïques et incontrôlables. Etait-ce là les effets mélangés de sa prise de médicament dont lui-même ne connaissait pas vraiment la provenance, d’une nutrition basé sur les cigarette et la caféine et du manque flagrant de sommeil qui se coulait en forme sombre de cernes sous ses yeux gris.
Depuis combien de temps n’avait-il pas dormit plus de deux heure ? Trois jours ? plus ?
Il se voilait la face, pensant peut être naïvement ou à défaut qu’il pouvait surpasser les besoins de son corps. Après tout il n’était que le plus mortel des mortels, et s’il l’omettait parfois dans sa façon de vivre ce n’était pas par l’orgueil de celui qui se prend pour un dieu, mais plutôt par la peur de celui qui ne veut pas voir.

Le liquide sombre semblait le regarder d’un air étrange du fond de sa tasse de porcelaine bon marché, il en fumait même, brulant, lui recrachant au visage des volutes chaudes et autres arabesques de fumée corsée.
Aubin, assis sur le canapé, posa la tasse à ses pieds, le café encore trop chaud pour être bu le narguerai de là.
Le hibou, dans des gestes lents qui toujours le caractérisaient sorti de sa poche un ouvrage abîmé, corné en tous points. Sur la couverture tannée par les ans et les lectures, usée les par les yeux d’un lecteur aguerri on avait du mal à déchiffrer les lettre, mais un observateur aurait pu aisément déceler le nom de Zola sur la couverture. Quand Aubin n’écrivait pas, il lisait, il dévorait avidement, comme dans une boulimie névrotiques des kilomètre de papier, se délectant de ces mots qu’il n’avait lui-même pas pu écrire.
Il n’était pas très original de lire l’Assommoir de Zola, mais il accrochait une tendresse toute particulière à ce livre sans vraiment trop le comprendre. Il l’avait lu, lu et relu tant de fois, les pages étaient remplies d’annotation. Quand parfois le Français lui manquait, il faisait partie de ses livres de survie, en en relisant une page il se sentait délesté d’un poids.
Mais plus que tout, il associait ce livre, comme bien d’autre a une déchirante peine, à un relent poussiéreux de souvenir. Sans qu’il ne sache pourquoi les Livres de Zola, lui rappelait son père, Le bonheur des dames, sa mère.
Il n’avait plus en tête qu’un souvenir flou de ces deux être, due à toutes ces années passées sous sa forme animale. Les bribes de sa vie, ses souvenirs s’effilochaient, se désagrégeaient fragiles comme de la craie. Aussi, lire, lui permettait de se souvenir. Il réapprenait sa vie, il revoyait en tête ces flash venus d’outretombe, parfois douloureusement.
Il associait ce livre a son père, aux ivrognes de la goutte d’or ou il avait résidé, aux travailleurs, aux ouvriers et aux mineurs. Il ne se souvenait plus et cela le peinait.
Ses yeux se posaient sur les phrases familières d’un français connu, mais ils semblaient de plus en plus lourds. Amantes séparées, déchirées, ses paupières semblaient vouloir s’embrasser pour laisser tomber un noir devant ses yeux.
Depuis combien de temps n’avait-il pas dormi ?

Un griffure glacée vint lui mordre le visage, d’un violence telle qu’instantanément il sortit de sommeil. Il était encore à moitié dans le cauchemar, dans l’horreur. Sans rien remarquer autour de lui, il passa ses mains sur son visage, et ne vit sur ses mains qu’un liquide sombre qui dans la pénombre pouvait être noir… Comme il pouvait être pourpre.
Toujours, il avait toujours du sang sur les mains. Ces mêmes mains frêles et tachées d’encre, étaient des mains de meurtrier. Du tueur de sa dulcinée.
Et il avait eu beau les laver, les laver, les laver jusqu’à ce que son propre sang même ne vienne recouvrir ses phalanges, il sentait toujours le liquide poisseux lui couler entre les doigts.
Et il revoyait ce moment en flash, autour de lui, il fixait ses mains avec horreur. Et elle tremblaient, comme elles tremblaient bien, mieux qu’une feuille sur la cime d’un arbre.
Nerveux, paniqué au plus haut point, sans faire la différence entre le réel et son fantasme, il se mit à frotter énergiquement ses mains sur son pantalon, dans un geste désespéré pour se défaire de l’hémoglobine cauchemardée. Faisant dans la violence de l’action tomber son livre ouvert à terre.

C’est la froideur d’une voix, comme une claque glacial qui sembla le tirer une fois pour toute de sa rêverie. Il releva la tête, et rencontra le regard froid de celui qui venait de causer son trouble, Calyxte.
Les yeux d’Aubin étaient fuyant, nerveux, tout son corps tremblait sans qu’il ne puisse le contrôler, il avait abandonné tout le calme qui le précédait habituellement, toute cette retenue et cette froideur qui faisait sa réputation, il semblait sur le coup fébrile.
Mais la voix du vis-à-vis, dans sa froideur, sa moquerie, son agression sale et gratuite reconstruisait peu à peu ce masque sur son visage, peu à peu il redevint maitre de lui, ses yeux effrayés retrouvant l’humeur égale et mélancolique qu’ils arboraient toujours. Il ravalait sa peur, elle avait un gout amère, et la cachait au fond de lui.
Il détourna le regard de son interlocuteur, et attrapa une serviette pour s’essuyer le visage, dans des gestes lents et las.

«  Bonsoir à vous aussi… Breckenridge »

Il se rassit dans une position convenable, croisant nonchalamment ses jambes maigres, relevant son regard vide vers l’homme qui lui faisait face, il le voyait s’essuyer les chaussures avec dédains, le toiser de sa hauteur. Il n’était pas sûr de vouloir croiser le fer ce soir, dans une de leurs joutes verbales, le hibou qui était en lui avait seulement envie de se rouler en boules dans ses plumes au fond d’un trou d’arbre.
Mais il n’allait pas lui laisser le plaisir de lui montrer qu’il était épuisé. Jamais. Il avait déjà montré trop de faiblesse en se laissant prendre au dépourvu, et cette attaque torve avait fini de le fermer comme une huitre.

« Qu’il y a-t-il ? Vous vous ennuyez peut être quand vos petits soldats de plombs ne sont pas là ? Avide de faire régner l’ordre au milieu des meubles vides… » Son ton glacial aurait fait passer le pôle nord pour une bouilloire, il rivalisait avec celui de Calyxte, s’aiguisant l’un contre l’autre. Sauf qu’au contraire des basses ronronnantes de son supérieur, la voix d’Aubin semblait tremblante, vibrant de ce mépris feint qu’il savait parfaitement manier.

Tout en parlant, il avait fait glisser sa main dans la poche de sa veste, celle-ci avait rencontré un objet froid, d’aluminium crissant sous ses doigts. Boite, Pilules, Délivrance, Furent les trois mots qui flashèrent dans son esprit. Il ferma les yeux, et rejeta sa tête en arrière en soupirant, l’appuyant contre le mur. Il ne pouvait pas les prendre, pas maintenant, et surtout pas devant lui. A contre cœur, il délaissa l’objet autour duquel ses doigts s’étaient accrochés  pour aller à la rencontre  d’un autre objet. Il sorti de sa poche une cigarette, ce long cylindre de nicotine, ce petit cancer de poche. Elle était un peu abîmée et avait dû tomber de son paquet.
Lentement, avec cette douceur et cette délicatesse qui le caractérisaient, il se mit à la lisser entre ces doits fins, essayant avec tendresse de lui rendre une apparence viable.
Tandis qu’il s’acharnait à son petit manège, il n’accordait pas un regard à celui qui lui faisait face. C’était plus simple pour lui d’éviter le regard des autres.
« Une garderie vous dites ? Pourquoi pas… Un chenil peut être, une ménagerie où on s’acharne à dompter les fauves. Qu’êtes-vous Breckenridge ? Un fauve ou un caniche ? »

Parles et laisse-moi.
Insulte moi et va t’en.
Sois vexé et pars.
Laisse-moi.
Voilà ce que disaient les phrases d’Aubin, lorsqu’on savait le lire entre les lignes.









Dernière édition par Aubin Malaussène le Mer 29 Avr - 22:06, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas

Féminin
↳ Nombre de messages : 2541
↳ Points : 122
↳ Date d'inscription : 25/01/2015
↳ Age : 26
↳ Avatar : Eddie Redmayne
↳ Age du Personnage : 33 ans (254 ans)
↳ Métier : Ancien journaliste ; Prostitué
↳ Opinion Politique : Anarchiste anti-Gouvernement
↳ Playlist : Les anarchitectures – Autour de mois les fous - Les Infidèles - Que tout est noir, Saez ϟ Trouble, Halsey ϟ Mr . Brightside, The Killers ϟ One Last Song, Demon Hunter ϟ Ghostcity, Thomas Azier ϟ Shine, Years & Years ϟ Bad Blood, Bastille ϟ Children Of The Revolution, T. Rex ϟ Territorial Pissings, Nirvana

↳ Citation : « People should not be afraid of their governments. Governments should be afraid of their people »
↳ Multicomptes : Stain E. Greyjoy & Aleksi S. Lenaïk
↳ Couleur RP : #f34c4c



Feuille de perso
↳ Copyright: Cryingshame
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Le crépuscule du soir (Aubin)   Dim 22 Mar - 14:08


Il sent. La crainte de sa proie, engendrée par ce réveil des plus brutaux. Il perçoit sur ce visage émacié tous les tressauts de l’inconfort. Et Calyxte n’en esquisse alors un sourire que plus ravit. Fier de son entrée en scène. Ravi d’avoir su extirper l’endormi de sa douce retraite pour le plonger dans un nouvel enfer. Il le fuit, se réfugie derrière les tremblements qui agitent son pauvre corps. Et le regard du sorcier n’en devient que plus perçant. Le retour de politesse fait tressaillir le sourire du soldat. Un infime changement qui pousse sa physionomie à se montrer plus avenante le temps d’un battement de cils avant que l’homme ne retrouve toute cette froideur qui le compose. S'en défaire ne serait-ce que pour quelques heures, il en est aujourd’hui incapable. C’est un comble, un horrible constat qui fait vaciller l’organe faible dans sa poitrine. Il n’a pas toujours été ainsi. La chaleur de ses éclats de rires et de ses mots s’est envolée en même temps que sa vie. Glissant dans une mare de sang en même temps que sa conscience. Il a assisté à la mort de ce caractère ouvert et chaleureux sans sourciller. A lui-même entraîné sa chute lorsqu’il est revenu d’entre les morts. Si sa tante venait à le revoir aujourd’hui, elle ne reconnaîtrait pas le fils qu’elle a élevé. C’est une certitude et cela le blesse plus qu’il ne veut le croire. Calyxte s’est coupé du monde. A mis un terme à tout ce qui pouvait le raccrocher à l’homme qu’il a été avant que tout ne bascule. Et dans cet éloignement, la première personne qu’il a rayé de sa vie, c’est bien celle qu’il considère comme sa mère. La cruelle décision l’a tué plus que n’importe qu’elle autre. Et il a beau se dire qu’il a fait cela dans l’unique but de l’épargner Elle, une part de lui s’insurge encore devant un tel choix. Il ignore si elle est en vie. Si elle a succombé devant la tyrannie de l’ordre qu’il protège à présent. Et au fond, l’ancien soldat préfère ne pas savoir. Car la réponse l’effraie. Tout simplement. Calyxte se perd dans ses propres divagations, se laisse ensevelir sous un flot d’émotions contraires qui le coupent du monde pendant un instant.

La présence d’Aubin lui était devenue auxiliaire, et elle se rappelle enfin à lui quand la voix de l’écrivain vient briser le silence dans lequel il s’était enfermé. Un infime sursaut agite la longue silhouette de l’ancien Major. Il se reprend dans un raclement de gorge, appose ses coudes sur la table haute. Le regard s’était posé sur la machine à café, et y serait resté si un mot n’était pas venu piquer son intérêt. L’homme tourne alors lentement la tête et repose toute son implacable attention sur la pauvre créature qui semble avoir retrouvé un semblant de contenance. Un seul mot et c’est un sourcil qui se lève, plein de perplexité. Ses petits soldats de plomb. L’attaque le vise, directement. Mais il ne sait quoi répondre. Calyxte a fait le vide, s’est inventé un passé qui varie inlassablement au fil des questions que les étrangers peuvent lui poser. Un schéma différent pour chaque personne. Pour ses employeurs il n’est rien de plus qu’un ancien commercial au discours charmant. Un homme avide de pouvoir qui comblera à merveille leurs sombres desseins. Il n’y a pas d’armée, de soldats et encore moins de Major dans ce qu’il a raconté pour obtenir sa place. Il n’y a pas non plus d’amant. Cet homme qui a partagé sa vie pendant deux ans n’existe plus. Il n’y a pas d’hôpital, de coma et d’opération. Les cicatrices qu’il a sur le visage, pour ceux qui ont pu poser leur regard dessus, elles sont dues à tant de choses. Il tisse des mensonges comme une araignée tisse sa toile. S’y perd et s’y complait, car il se sent protégé de cette manière. En taisant ce qu’il est vraiment, en offrant à la curiosité déplacée de ses congénères des réponses qu’il créer de toutes pièces, Calyxte se met à l’abri.

« - C’est un fait. Et je constate qu’il y en a bien besoin. Vu l’état de cet endroit. » Il agite les doigts, désigne l’endroit avant de reposer sa main contre la table. Il se penche légèrement en avant, réfléchit un instant. Il pèse ses mots, se demande si la situation nécessite un nouveau mensonge. « - La solitude m’ennuie, et comme tu es la seule créature intéressante présente en ces lieux… » C’est alors la vérité qui sort de sa bouche fielleuse. Mais il n’avouera pas que la présence de cet homme lui est agréable. Même s’il s’échine à faire de sa pauvre vie un enfer dans il en est le diable. L’apathie et le calme d’Aubin, déchirent ses nerfs. Son manque de réaction et ce besoin viscéral de se tenir éloigner des autres, fait renaître l’ancien Major. Il voit tant de choses dans l’attitude d’Aubin. Et au milieu de toute cela, il se voit, lui. Le gamin perdu, jeté au milieu des fauves alors qu’il n’était pas encore sortit de l’adolescence. Calyxte se redresse à nouveau, suit les gestes d’Aubin avec l’insistance d’un fauve guettant sa proie. Sa mâchoire se contracte malgré lui à la vue de la cigarette. Invention grossière d’être en manque de moyens pour se détruire de l’intérieur. Il comprend ce besoin latent qui s’éveille chez certain. Comprend qu’il est vital pour l’être humain de trouver des solutions pour se tuer plus rapidement. Il le comprend, mais ne parvient pas à trouver cela logique. Lui qui lutte depuis sa naissance pour voir une journée supplémentaire s’apposer sur le calendrier de son existence.

« - Je doute que ceci te sera d’un grand secours. Vu l’état de tes mains, il serait judicieux de t’en passer. Les mélanges n’ont jamais rendus service à personne. » Il se montre cynique mais les notes qui s’apposent sur sa voix se montrent glaciales et emplies de mépris. Il scrute alors à nouveau son interlocuteur. Appose ses prunelles claires sur le moindre tressaillement. La moindre crispation qui vient se poser sur ce visage fatigué. Et Calyxte se demande ce qui peut bien le pousser à s’enliser dans un tel mode de vie. Il ne faut pas être stupide pour voir que la créature préfère l’abri de son bureau à celui d’un quelconque chez soi. Que ses poses déjeuner se résume à pas grand-chose. Voire rien. Il ne faut pas être stupide, mais il faut prendre le temps de le faire. Et dans cette jungle qui est la leur, Calyxte doit bien être le seul à perdre son temps à s’abandonner dans la contemplation des faits et gestes du petit écrivain que personne ne regarde.

« - Je ne suis ni l’un ni l’autre. Le dompteur peut être, bien qu’un pauvre dompteur ne soit pas suffisant pour remettre de l’ordre dans cette belle ménagerie. » Il se place au-dessus des autres. C’est une habitude à présent. Et lorsqu’il abandonne son appui de fortune, le sorcier se pare à nouveau de tout ce qu’il possède d’accablant, d’intimidant. Il se rapproche alors lentement de l’homme et sa cigarette. Ploie le genou pour ramasser le livre venu se heurter contre le sol devant la brusquerie du réveil de son propriétaire. Il contemple un long moment les lettres apposées sur la couverture. L’auteur ne lui est pas inconnu et il en hausse d’ailleurs les sourcils, posant un regard soudainement intrigué sur Aubin. Sans lâcher l’ouvrage, Calyxte vient à s’assoir à l’autre bout du pauvre canapé, croisant ses longues jambes avec lenteur. Il parcourt les feuilles, laisse ses prunelles s’échouer sur les mots dont le sens lui est encore familier. Cette compréhension le surprend, lui qui n’a plus renoué avec ce langage depuis des années. La langue de Molière, il l’a apprise seul. Débutant son apprentissage en lisant tous les modes d’emploi qui pouvaient tomber sous ses doigts avides. Sans rien y comprendre au début, son obstination a fini par le pousser à développer un intérêt certain pour les vieux textes et les vers de poètes disparus. Tellement plus ardu que le russe, dont les rouages ressemblaient affreusement à sa langue maternelle. « - L’Assommoir ? J’ignorais que la littérature française était si peu passionnante. » Il se moque c’est une évidence, mais lorsqu’il repose le livre entre eux, à quelques infimes centimètres à peine de la jambe d’Aubin. Son geste lui ne traduit aucune moquerie. Seulement un profond intérêt, suscité par un simple assemblage de feuilles. Et l’envie de pousser l’homme dans ses retranchements, comme à chaque fois qu’il croise sa route.

« - Pourquoi t’obliger à rester ici à une heure si tardive ? » Il pose la question mais la réponse est évidente. La seule personne qui force l’écrivain à rester aussi tard en ces lieux, c’est lui. Et lui seul.

_________________
❝ Naufragé dans la nuit

On s'achète on se vend. Au vent des hémisphères. On se jette, on se prend contre un peu d’éphémère. Sur l'étoile d'argent, le cerveau, la chair. Faudra choisir un camp. L'obscur ou la lumière.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://consign-to-oblivion.forumactif.com/t3400-les-anarchitectu

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Le crépuscule du soir (Aubin)   Lun 30 Mar - 16:26




H E A L A H D A N C I N G






Ô douce facilité avec laquelle Aubin parvenait à se leurrer.  Il était passé maître ; n’est-ce pas, dans l’art de se bercer d’illusions.
A quoi s’attendait-il bon dieu en délivrant ces quelques phrases acerbes ? Pensait-il qu’elles suffiraient à faire fuir celui qui lui faisait face ? Que nenni.
Elles étaient biens pâles et dérisoires, fragiles elle s’éclataient contre la carapace de Calyxte avec l’impuissance déconcertante d’une vaguelette s’échouant sur une grève. Elle était bien dure, elle, cette impérissable carapace de froideur, tant et si bien qu’il avait dû mettre de temps à la façonner, la polir. La parfaire.
Il fut néanmoins surpris de sentir tressaillir cette armure de glace au fil d’une de ses fabulations. Qu’avait il dit pour qu’un instant il sente vaciller cette tour imprenable ? Juste exprimé dans un haussement si significatif de sourcil ?

Aubin était bien placé pour savoir que les mots étaient une arme étrange. Un arme qui en ferait rire plus d’un, de par leur inoffensivité apparente. Mais une arme tout de même, qui tirait sa force de son omniscience.
Tout était reliquat de mots. Les actes, les décisions. On menace avant d’agir, on use de mots. On tenait les foules avec des mots mieux encore qu’avec des actes.  La démagogie comme la rhétorique étaient destructrices, puissantes.
Longtemps il s’était avéré que ceux qui détenaient les mots détenaient le pouvoir. N’est-ce pas clairs ?
Pourquoi alors avoir tenu si longtemps dans l’histoire les foules loin des classes ? Pourquoi avoir entretenu avec conscience un analphabétisme ? Pour la simple et bonne raisons que les mots font réfléchir. Les mots sont l'arme du tyran comme celle du révolutionnaire.
Et les mots parfois ont une incidence pernicieuse. Cette fausse innocence ou alors cette inconscience avec laquelle on les prononce. Aubin ne saurait dire ce qui dans sa phrase avais troublé le politique, mais il ne savait que trop bien qu’il avait pu d’un seul mot ouvrir une vanne de souvenir, faire douter, ployer son adversaire.
Mais ce qu’il savait d’autant plus et avec encore plus de ferveur c’est que celui qui était à ses côté savait manier ces armes au moins tout aussi bien que lui.

Pour ainsi dire il ne se démonta pas et rentra dans son jeu. Aubin tiqua et ricana à ce qu’il savait être la vérité. Mais qu’elle vérité ! S’attendait-il à ce que le hibou le loue pour sa franchise ? la seule créature intéressante
Aubin suivit du regard  cette main qui dans un geste théâtral découvrit le décor de leur farce.
«  Quel compliment Breckenridge. Jamais je n’ai été autant touché par ce que vous me trouviez plus d’estime qu’a quelques bureaux vides. » L’ironie était glaciale car il ne savait si cette sympathie franche et soudaine de la part de Calyxte, distillée dans son ton froid était bien véridique ou qu’un moyen plus détourné pour se moquer de lui. Il avait appris avec le temps que la sympathie était la chose la plus simple a feindre. Et a défaut de souffrir d’espoirs réduit en miette, il préférait s’astreindre à la solitude.
Pourtant, ne collait il pas totalement au décor ? Maigre, insipide et terne. Vide. Il semblait dons son apathie n’être qu’en somme un autre meuble vide au milieu de la pièce. Dans ce sombre qui les entouraient, cette absence de lumière vive qui rendait chaque objet inerte, il ne voyait qu’une seule chose dénoter, les yeux de Calyxte qui de leur bleu perçant, presque aussi glacial que ses mots ne pouvaient s’empêcher de scruter ceux qui leur faisaient face, les yeux d’Aubin, ayant plus la couleur sombre et grise de ces flaques dans lesquelles on marche.
Quand une attaque directe le pris de court. Il n’aimait pas que l’on note que ses mains tremblaient, il n’aimait pas que l’on remarque cette faiblesse significative de son corps. Il préférait qu’on lui mente, qu’on lui mente par omission en faisant semblant de ne pas voir. Mais plus que le mépris sans borne qui vient se choquer a ses oreilles, ce qu’il l’ébranla fut le mot mélange.
Savait-il ?
Le savait-il ? Ou parlait-il juste du mélange café et cigarette ?
Mais au fond.. Serait-ce possible qu’il sache pour les cachets ? Pour son dangereux marchandage avec Hogan le marchand de sable ?
Non c’etait impossible. Impossible.
Mais le doute était un poison violent qui plus facilement que toute autre chose vient s’immiscer dans le cœur des hommes.
D’un autre côté, il y avait une chose étrange. Une chose seul qui nourrissait sa curiosité a l’égard de Calyxte : L’intérêt qu’il lui portait.
Après tout, c’est vrai, il était invisible, s’appliquait à l’être. N’être qu’une ombre parmi les ombres voilà à quoi se résumait sa vie.  Pourtant lui le remarquait, pourtant lui le reprenait très ouvertement sur sa façon d’être, de vivre.
Il était de la race de ceux qui voulaient vivre, ceux qui se battaient pour vivre, Aubin lui était de ceux qui se laissaient tirer vers le bas dans une inertie qui avait tendance à énerver Calyxte.
Il était aisé de voir que la vie lui était un calvaire, pourtant trop lâche qu’il était jamais il n’aurait songé au suicide. Ou peut être d’une manière tout à fait différente, il était convaincu que c’eut été pour lui trop doux que de s’offrir une mort. Qu’il valait mieux vivre, se flageller en vivant, s’expiant de tels ou tels péchés. Mais continuer à se donner la mort, lentement, très lentement pour savourer le fait de souffrir.
Alors voilà à quoi il en était réduit, boire du café plutôt que se nourrir convenablement, fumer comme un pompier pour que ses poumons de ne devient plus que deux boules immondes de charbon.
Il faisait ce qu’il voulait après tout, personne ne le remarquait. Sauf … Sauf lui. Et ça l’énervait.Le destabilisait.
Il ne comprenait pas cet intérêt, ce besoin de faire de sa vie un enfer, de le pousser encore et toujours à une réaction. De venir le titiller même le soir. De venir combler son ennui auprès de lui.

Et ça recommençait, encore.
Il y avait toujours ce moment ou après une joute de mots. Une salve de froide, glaciales, piquante pour l’un et l’autre, puis il se décidait à commencer. C’est lui qui menait le jeu dans bon nombre des cas quand il décidait de se rapprocher de lui, de faire fi de cet espace imaginaire que l’Ecrivain s’était inventé.
Il suivit ses faits et gestes alors qu’il se penche pour ramasser son livre, tombé malencontreusement dans son réveil difficile.
Qu’avait-il ? Ce n’était qu’un livre après tout. Lorsque le regard bleu vint se poser sur lui, passant de la couverture du livre à son être, il détourna le regard, le plongeant de le vide a côté de lui, s’y sentant certainement plus à l’aise.
Il ne put alors que suivre les bruit, les mouvement à ses côtés pour comprendre ce qu’il fabriquait.
Il sentit le canapé remuer, se ployer. Il entendit distinctement le froissement significatif des pages et ferma un instant les yeux.  Il n’aimait pas ses manières, ni même le fait qu’il se soit rapproché de lui en s’asseyant, encore moins le fait qu’il feuillette ce vieux livre noirci par l’encre mais aussi par ses annotation.
Même s’il était tendu à l’extrême,  que ses doigts étaient crispés dans l’étoffe de l’accoudoir, la moquerie idiote sembla le détendre quelques peu. Il soupira, lâchant un ricanement amusé et coula son regard sur le livre qu’il vit poussé vers lui. Il  ne s’en saisit pas tout de suite, bien que ses mains l’en démangeaient, bien qu’il eut voulu récupérer son sésame pour les souvenirs. Mais celui-ci insinuait encore une maigre petite barrière physique entre eux. Alors que dans un sens, ce livre n’était peut-être qu’un pont entre deux amateurs de littérature.
Aubin s’interrogea, un instant. L’homme comprenait-il cet ouvrage ? Comprenait-il le français ? Il était assez intelligent pour. Assez borné.
Il avait plusieurs fois eu quelques intuition sur ça, par un simple fait. Un fait anodin qui pourtant prenait une dimension très grave pour Aubin.
Calyxte lui, savait prononcer son nom. Combien de fois, pourtant rare, n’avait-il pas été convoqué ou amené à parler avec un supérieur qui dans cet anglais qu’il abhorrait écorchait les accents de ses nom et prénom pour les transformer en anglicismes putrides. Malaussene bon Dieu Malaussene ! ce n’était pas si compliqué !
Il n’aimait pas vraiment l’anglais, il le parlait parfaitement bien, mais ne s’était jamais senti à l’aise dans la langue de Shakespeare. Si seulement il avait pu écrire ses discours en Français, ah. Il aurait aimé à faire danser la rhétorique, à enjoliver, métaphorer ces données brutes d’immondices qu’on lui servait chaque jours et qu’il devait enchanter par un coup de stylo pour les rendre plus agréables, plus pernicieuses aux oreilles des populations effrayées.
Mais c’était un fait, personne n’aurait su pour ses racines si ses patronyme ne le cataloguaient pas. Mais là encore fallait-il se souvenir de lui.
Il n’avait pas lâché sa cigarette qui tremblotait toujours dans ses mains faméliques. Il la fit rouler entre ses doigts puis la reposa dans le fond de sa poche se promettant de la fumer plus tard. Promesse qu’il oubliera très certainement de tenir, peut-être était-ce comme ça qu’il l’avait oublié la première fois. Aubin oubliait des choses, Aubin était distrait. était-ce là le poids d’un âge ou les souvenirs se mélangent ? Où tout se brouille si facilement.
Sa conscience, que dis-je sa mémoire n’était qu’un champs de bataille. Un no man’s land où il convenait d’oublier, de se perdre, d’errer parmi les débris d’une vie. Un endroit charnière ou il convenait de se perdre dans les cadavres comme de continuer à avancer, se décharnant dans la boue des souvenirs.
Voilà qu’il devenait sénile ? Le contraire l’aurait étonné.

La dernière phrase de Calyxte l’étonna.
Il se retourna lentement, et de ses yeux gris commença a observer le visage qui lui faisait face. Fin, coupé au couteau, il essayait de ne pas se déstabiliser à la lueur transcendante des iris bleutés.
Qu’avait-il cet homme ? Qu’avait il vécut pour développer pour la plume un intérêt sans fondement appartenant et malsain, une volonté inébranlable et étrange de vouloir le voir ployer sous ses assauts ?
S’amusait-il de ses manières, s’amusait-il de sa pudeur et de sa gêne, de ses tentatives furibonde de se défendre à l’aide de ses simples mots, qui dans sa bouche et de sa voix timide perdaient parfois leur efficience ?
Ou alors c’était tout autre. Une réminiscence du passé qui venait le hanter, un écho d’une personne autrefois connue ? De lui ?

Aubin n’était pas psychologue. Aubin n’avait qu’une douceur qu’il cachait au fond de lui et qu’il réservait aux âmes perdues en de rares occasion.
Aubin ne comprenait que mal l’âme humaine, il n’en voyait bien souvent que la surface, il ne savait pas toujours déceler, différencier ce que les gens demandaient et ce qu’ils voulaient. Ce qu’ils étaient. Ce qu’ils pensaient. L’âme le terrifiait.
Aussi éviter tout contacts avec eux s’avérait la meilleure défense à cette incompréhension qui le paralysait dans ses interaction sociales.

Il s’était perdu un instant dans ses réflexions, ses yeux étaient toujours fixés sur le visage de Calyxte, mais il ne le voyait plus vraiment, il était devenu une toile de fond. Il n’y avait que les iris bleu glace qui le rappelèrent à l’ordre.
Il lui avait posé une question et lui ne lui avait offert que le silence. Mais que répondre à ce qui pour lui semblait l’évidence même ?
« M’obliger ? Drôle d’idée. J’aime à penser que c’est le meilleur moment de la journée…. De la nuit… De la journée. » Il regarda autour de lui, lentement, attardant ses yeux sur chaque objets  du décor. Il n’avait pas de peine a en discerner les formes, et ses yeux brillaient dans la pénombre. Sont-ce là les avantages à avoir un hibou enfoui en soi ? «  Pensez-vous qu’il est si tard que cela ? » Calyxte le tutoyait. Lui gardait ce vouvoiement en toutes circonstances, évitant en cela toute proximité avec son interlocuteur, gardant une limite respectueuse, une distance salvatrice.  «  Il est pourtant très tôt. Juste… Une question de point de vue. »  Aubin était la nuit, il en était une créature de tout son être, après tout n’est-ce pas là la destinée des hiboux, étranges bêtes nocturnes aux yeux ébahis. D’ailleurs, jusqu’à son prénom même n’était-il pas lié à elle ? L’Aube, ce moment où la nuit se meurt. L’Aube, les derniers soupirs de mère nocturne.
Aubin rejeta sa tête en arrière, La posant contre le mur, les yeux clos.  Ses paupières étaient encore lourde, mais il n’avait plus sommeil. Comment dormir d’ailleurs avec un prédateur à vos côtés ?
Il soupira un instant. «  Le plaisir de la quiétude n’est que plus enviable au sommeil. Répugnant état n’est-ce pas ? Vous rapprochant plus de votre mort qu’autre chose. Vous plongeant à l’intérieur de vous-même… »

Il fit rouler sa tête sur le côté, rouvrant les yeux pour les plonger dans le vide à leur pieds, évitant encore savamment le regard de l’autre, de peur de ce qu’il pourrait y lire. «  N’est-ce pas là la plus grande peur de l’homme ? Être confronté à soi-même ? »

Aubin était bavard.
Enfin, tout était relatif. Disons qu’il l’était plus qu’habituellement dans ces moments de solitude, de confrontation avec Calyxte.
Puis, chose étrange, animé par un sentiment aussi impromptu que fugace, il redressa sa tête et regarda l’homme dans les yeux. Animé de cette douceur qui pourtant savamment caché faisait partie de son être il demanda de façon presque… Innocente.

« Qu’est-ce qui vous fait peur Calyxte ? Ce n’est pas pour moi que vous restez ici. De quoi  vous cachez vous ? »

Mais il retourna bien vite sa tête, de nouveau perdu dans une divagation intérieure. Comme si cet phrase étrange, prononcée de sa voix douce n’avait été que la mise en parole du fils de ses pensées, comme s’il n’avait été qu’un moment éphémère.
Aubin était un de ces êtres étranges, changeant qu’il était difficile à cerner de par leur nature craintive.
Il remonta ses bras maigres et tordu autour de lui, comme dans un réflexe pour se protéger de quelque chose. Il frissonna un instant et releva la tête, aux aguets.
Un souffle de vent se fit entendre dans les couloirs vide, comme une longue plainte qui fit s’agiter les quelques feuilles posées çà et là dans les bureau vides.
Aubin sursauta vivement quand un petit paquet de feuilles mal rangées glissa dans un froissement jusqu’au sol.
Il n’aimait pas le vent, il n’avait jamais aimé le vent. Les animaux n’aimaient pas le vent parce qu’il brouillait tous leurs repères.  Le Hibou caché en lui n’aimait pas ça, et c’est à ces heures avancées de la nuit que cette bestiole qui faisait partie de lui se réveillait et venait parfois prendre le pas sur son être. C’est dans ces moments qu’il ne se discernait plus vraiment.
Il passa ses mains dans le creux de ses bras meurtris et immondes qu’il s’évertuait à cacher aux yeux des autres, tandis qu’il avait imperceptiblement commencé à se balancer d’avant en arrière, même balancement d’un enfant autiste, ou plutôt une vaine tentative de se bercer, de se rassurer ?
Il se mordit la lèvre. Sa voix n’était qu’un murmure etouffé.
« Vous l’entendez ?... Je ne l’aime pas. C’est beaucoup trop grand ici quand c’est vide… trop…vide. »









Hors-jeu:
 
Revenir en haut Aller en bas

Féminin
↳ Nombre de messages : 2541
↳ Points : 122
↳ Date d'inscription : 25/01/2015
↳ Age : 26
↳ Avatar : Eddie Redmayne
↳ Age du Personnage : 33 ans (254 ans)
↳ Métier : Ancien journaliste ; Prostitué
↳ Opinion Politique : Anarchiste anti-Gouvernement
↳ Playlist : Les anarchitectures – Autour de mois les fous - Les Infidèles - Que tout est noir, Saez ϟ Trouble, Halsey ϟ Mr . Brightside, The Killers ϟ One Last Song, Demon Hunter ϟ Ghostcity, Thomas Azier ϟ Shine, Years & Years ϟ Bad Blood, Bastille ϟ Children Of The Revolution, T. Rex ϟ Territorial Pissings, Nirvana

↳ Citation : « People should not be afraid of their governments. Governments should be afraid of their people »
↳ Multicomptes : Stain E. Greyjoy & Aleksi S. Lenaïk
↳ Couleur RP : #f34c4c



Feuille de perso
↳ Copyright: Cryingshame
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Le crépuscule du soir (Aubin)   Lun 6 Avr - 20:03


Il ne fallait pas être bien attentif pour savoir que la seule présence de Calyxte dérange l’écrivain. Le vide entre eux est une échappatoire. Une protection que l’homme dresse entre lui et le reste du monde. Le mage fait de même. Use de la même défiance à l’égard de ses congénères pour éviter toute nouvelle chute. Il marche sur un fil, et s’efforce de ne faire aucun faux pas. Le moindre de ses gestes est un savant calcul. Exécuté au bon moment pour parfaire un plan, une ligne de conduite qu’il a déjà toute tracée dans les méandres de son esprit. Il calcule tout. Cherche la faille pour mieux s’y engouffrer. Et celle d’Aubin, il ne lui aura pas fallu longtemps pour la trouver. Les ressemblances qui les unissent, ont poussé l’ancien soldat à comprendre. A cerner cet homme singulier bien mieux que les autres. Il est aisé de mépriser le faible. De l’user quand on en a besoin pour mieux l’oublier ensuite. Effacer jusqu’à même son nom, pour avoir du mal à le prononcer la fois suivante. Il aurait pu en être de même pour lui. L’oublier, après leur première rencontre. L’altercation et le désaccord pour un pauvre texte. Pour un enchevêtrement de mots déjà présents dans les limbes de l’esprit de Calyxte. On oublie un nom, surtout lorsqu’il n’appartient pas à la langue qui est la nôtre. C’est là la beauté de l’homme américain dans son puritanisme le plus pur. Renier et ignorer ce qui lui est étranger. S’arrêter sur des apparences, un accent pour juger si l’autre appartient à sa tribu ou non. Et s’il digne d’intérêt ou non. Calyxte est un mélange. Sur sa langue courent les notes communes aux natifs de New York. S’ajoutent de temps à autre les déviances austères du langage rêche d’un cowboy texan. Le tout se laissant parfois submerger par le roulement typique des langues des pays de l’Est. Il est un mélange de tant de choses. Un assemblage de morceaux qu’il monte de ses propres mains pour se forger une identité nouvelle. Une vie qui n’est pas la sienne mais celle d’un autre qui existe dans son esprit. Il se détache de tout ce qu’il a été, quand les morceaux restent agrippés à son cœur. S’enfermer dans le mensonge, est une folie aisée à accomplir. Effacer la mémoire et les souvenirs par sa seule volonté, est un exercice bien plus ardu.

Il se rapproche, pousse le vice jusqu’à s’assoir à côté de son interlocuteur. Et il se nourrit de ce malaise qu’il sent courir sous cette peau diaphane. L’ébauche d’un sourire s’appose sur ses lippes. Se perd dans la dureté de ses traits qui se parent d’une infime touche de chaleur. L’éclat du masque qui se défait légèrement pour conférer à cet être froid une image différente de celle qu’il renvoie durant le jour. Nul être à impressionner. Nul être à dominer. Dans ce désert de bureau, il n’y a qu’eux. Lui et cet homme qui tremble dès que l’on empiète dans son espace personnel. Tactile, le mage l’a toujours été. C’est un besoin chez lui, de toucher l’autre. Un simple contact, tout comme un seul regard, est bien plus éloquent que la plus belles des litanies. C’est un besoin qui se retrouve détourné, vicié face à Aubin. L’ancien soldat s’oblige à conserver de la distance. Comme il le fait le reste du temps. Il s’oblige à rester hermétique, même si cela va à l’encontre de sa nature profonde. Et ce vouvoiement que l’écrivain utilise appose une nouvelle distance entre eux. C’est une normalité, une marque de respect pour renforcer l’écart qui les sépare. Il a beau se dire que cela est une nécessité, cette formalité révérencieuse le dérange. Calyxte contemple un instant le vide devant lui, son pied tapotant distraitement le sol au rythme d’une mélopée qu’il est le seul à entendre. Tard… Il ne pensait pas vraiment. Avait juste constaté que le soleil s’était couché sans prendre plus attention que cela à l’heure qu’il pouvait être. Maintenant que la chose s’accroche à ses pensées, l’homme jette un infime regard à sa montre. Il ne compte plus les heures. Se fiche de rester éveillé de l’aurore jusqu’à crépuscule. Même maintenant que sa vie se limite à une oisiveté démesurée, les réflexes du soldat perdurent. Et le manque de sommeil n’est qu’un aléa auquel il est aisé de remédier. « - C’est un point de vue effectivement. » Il le murmure sans se préoccuper d’Aubin. « - Que peu de gens semblent partager. La nuit chasse la motivation. » Un sourire sarcastique s’autorise à venir se poser sur ses lèvres. Et à cette marque d’amusement éphémère vient s’ajouter le frisson d’une crainte silencieuse. L’écrivain marque un point. Et cette évidence appose une ombre sur le visage du mage qui se redresse, le ver du malaise creusant sa route dans ses entrailles. Il ne répond pas, se contente de laisser ses creuser ce pli sur son front alors qu’un rictus de profond inconfort fige ses traits. Calyxte chasse la gêne dans un raclement de gorge. « - Tes lectures te rendent philosophe Aubin, et elles te font voir les choses d’une manière bien sombre. L’introspection ne fait pas que rapprocher de la mort. » Sa voix se teinte d’une légèreté factice. Il est certain sommeil qui vous oblige à frôler la faucheuse du bout des doigts. Il le sait, mieux que quiconque. Pour avoir dormi pendant six long mois. Enfermé dans sa propre chair sans être capable de la contrôler. Aubin a affreusement raison, et cette vérité fait partie des choses qui dérangent Calyxte. L’obligeant alors à affronter ses propres démons quand il préfère les ignorer et les garder prisonnier dans les cages de sa conscience. Il n’accordera aucun crédit à l’être assis à côté de lui. C’est un fait. Une obligation. Il ne lui dira pas combien il approuve ses dires. A quel point il sait. Et combien il approuve les paroles qui suivent.

« - L’homme a peur de tellement de choses. Je serais plus enclin à dire qu’il redoute de se faire dévorer par une de ces créatures qui errent autour de la ville. Plutôt que de se retrouver face à sa propre conscience. » L’absolution et la rédemption sont devenues dérisoires. Le monde se fout du pardon. Il n’y a que la survie qui compte. Se regarder le nombril a toujours été le propre de cet animal qui porte le nom d’homme. Pourquoi cela changerait-il aujourd’hui ? Pourquoi cela serait-il source d’inquiétude et de frayeur ? Le mage fronce légèrement les sourcils et la perplexité froisse un instant son bel aplomb. Dans sa poitrine, son pauvre cœur bute sur un battement. Oublie pendant une brève seconde comment il est supposé fonctionner. Avant de reprendre sa morne course. Une indicible élan de douleur fuse contre sa poitrine, crispe ses phalanges le temps d’une respiration. Le sorcier tourne alors la tête, et pose ses pupilles dans celles d’Aubin. Fuyantes, le contact est bien rapidement brisé pour replonger l’improbable duo dans cette distance qui le caractérise. L’innocence de la question fait courir un petit rire sur la langue du sorcier. Il s’échappe pour aussitôt venir se briser contre le silence régnant dans le bureau vide. « - Qui te dit que je ne reste pas pour profiter de ta compagnie ? L’absence de monde te change, Aubin, il n’y a qu’à ce moment-là que tu sembles être vivant. » Il repousse la question. Evite l’exercice d’un nouveau mensonge quand son esprit ne se sent pas de taille à diffamer. Trop de choses étreignent son cœur. Trop de choses parviennent encore à étendre leur emprise sur sa volonté. Et l’avouer serait reconnaitre une faiblesse qu’il abhorre. Et quelque part sous la crainte, l’audace dont vient de faire preuve l’homme assit à ses côtés, tiraille les nerfs de Calyxte. Il se retourne légèrement afin de faire face à Aubin, posant son bras contre le dossier du sofa. Il l’étend jusqu’à ce que ses phalanges viennent caresser le tissu proche de la nuque de l’écrivain. Et à nouveau, il écrase ces frêles épaules du poids glacé son regard.

Le sursaut ne lui échappe pas. Et la réplique qui l’accompagne plisse les lèvres du sorcier. Les pupilles bleutées se perdent alors sur l’immensité du décor. Parcourent le vide, embrasse l’encadrement de la porte de son bureau. Restée béante, elle distille une touche de lumière dans les ténèbres. Le sorcier préfère ce silence aux murmures qui accompagnent les présences fantomatiques. Il préfère le silence mais l’absence de vie le dérange. C’est un paradoxe comme tout ce qui touche cet homme de près ou de loin. Versatile, il est incapable de se décider sur ce qui peut être le mieux pour lui. Si la ligne de conduite qu’il poursuit aujourd’hui semble ne pas dévier, il n’est pas certain que cette droiture perdure. Emprunter des chemins escarpés. Se perdre sur des routes tortueuses, c’est un risque qu’il a choisi de prendre lorsqu’il a posé son pied sur cette marche instable qui l’a mené à occuper un siège au milieu des puissants. Il creuse sa propre tombe, il en a conscience. A œuvrer pour le mal comme il le fait. A vouloir le bousculer pour que les choses changement enfin. L’attente et la faiblesse ne sont pas faites pour lui. Et ce qu’il constate chaque jour, n’est qu’un assemblage de tout cela. La Résistance existe encore, c’est là la plus belle preuve de l’échec de ce Gouvernement fragile et faiblard.

« - Tu ne l’aimes pas mais tu t’obstines à t’y terrer une fois le monde partit. Etrange non ? » Calyxte hausse un sourcil, penche légèrement la tête sur le côté afin de capter le regard d’Aubin. Le vice est poussé jusqu’à un nouveau niveau lorsque le mage tend ses doigts, frôlant à peine la courbe de l’épaule du jeune homme. Recroquevillé sur lui-même comme il peut l’être, Aubin lui donne la même impression qu’une créature apeurée. Un animal craintif qui attend l’heure de sa mort sans oser bouger. Il hésite, puis ses phalanges se tendent à nouveau pour mieux s’éloigner de sa victime. Et c’est toute sa personne qui bouge. Il se replace correctement dans le sofa, défroisse le pli venu marquer sa chemise et s’abandonne dans la contemplation de ceux qui froissent son pantalon.

_________________
❝ Naufragé dans la nuit

On s'achète on se vend. Au vent des hémisphères. On se jette, on se prend contre un peu d’éphémère. Sur l'étoile d'argent, le cerveau, la chair. Faudra choisir un camp. L'obscur ou la lumière.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://consign-to-oblivion.forumactif.com/t3400-les-anarchitectu

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Le crépuscule du soir (Aubin)   Sam 18 Avr - 17:24




H E A L A H D A N C I N G



Drôle de duo que celui-ci. Drôlement assorti.
La froideur et la condescendance qui les unissaient le jour aurait facilement achevé de tromper leur monde, effaçant tous soupçons quant à leurs agissement nocturnes. Si en journée ils n’étaient d’apparence que deux inconnu l’un pour l’autre ( soyons clairs ,ce n’était qu’une façade pour un intérêt plus profond et dissimulé avec soin ), ils devenaient le soir deux… Deux… Deux ?
Aubin ne trouvait pas les mots pour qualifier ce qu’ils étaient ,pour définir leur petit jeu ( qui semblait n’être amusant que pour le politique). Et c’était chose rare, chose nouvelle et étrange pour Aubin que de ne pas trouver ses mots.
Collègue ? Trop générique, plat, évidant.
Ami ? Surement pas. Et, ce terme n’avait d’ailleurs aucune résonnance dans l’esprit d’Aubin.
Ennemi ? Après tout, ils semblaient jouer dans le même camp. Si Aubin en avait eu un, de camp. Et même au sein de ce qui semblait être le sien, il semblait en avoir déjà assez, des ennemis.
Supérieur ? Hiérarchiquement parlant oui. Mais Aubin n’avait cure de ces usages gardant toujours un respect et une politesse sans faille, qu’il s’adresse à un membre du gouvernement ou à une simple secrétaire.
De toute façon, il n’était pas certain d’avoir envie d’apposer des mots sur ça. Poser des mots sur des faits, des idées, des sens ne faisaient que les rendre plus réels, tangibles. Leur donnant une existence propre. Aubin était un accoucheur de sens faisant passer l’abstrait des concepts en une réalité oratoire.
Tout était trop compliqué, pas assez clair et Calyxte ne faisait qu’envenimer les choses envoyant des signaux contraires que le hibou avait grand peine à déchiffrer. Avait-il un jour su faire cela ? Savoir lire en autrui comme il lisait dans ses livres ?
Alors qu’il songeait à cela ses doigts faméliques et cassants caressaient distraitement la couverture du livre à ses côtés, dans un geste presque tendre.
Il s’écoutait, disserter, répondre aux interrogation de l’homme à ses côtés. La nuit, la solitude et son état encore mal réveillé, lui offraient une verve (la encore les adjectifs sont relatifs aux personnes auxquelles ils s’appliquent ) inconsciente qui le changeait de d’habitude.

« La Mort… Oui… » Répondit-il à moitié absent. « C’est après tout la seule finalité immuable de l’existence … Humaine. » Il buta sur le mot, imperceptiblement car sa voix était par habitude lente et douce, s’arrêtant entre les mots et les phrases pour les chercher, les choisir avec soin.
Humain. Cet adjectif sommes toutes comme les autres le troublait. Il se demandait parfois si humain il l’était encore, et ces interrogations parmi tant d’autre, cette métaphysique déprimante lui noircirait parfois l’esprit au point de ne plus discerner les limites de ses raisonnements.
Il gardait toujours entre eux cette distance. Elle était salvatrice après tout, car sa personne si insipide avait tendance à s’effacer sous le poids de celle des autres. Et Calyxte avait de la présence.
Il avait le charme et la beauté que ces hommes politiques se doivent d’avoir, et le hibou parlait en toute objectivité. Plus que cela il avait cette prestance à l’oral, une rhétorique et une éloquence qu’il ne pouvait qu’apprécier.
Il était une chose, qu’il n’avouerait a personne. Troublé après sa première rencontre avec l’homme aux yeux bleus, piqué au vif dans son amour des esprits, il l’avait écouté lors de l’énonciation du fruit de leur travail. Et la plume qu’il était, s’était trouvé flattée, enorgueillie pourquoi pas d’avoir eu une bouche si habile pour jeter ses mots si soignés dans le vaste monde.
Mais bien sûr, il n’en parlerait jamais. Et personne ne s’en doutait.
Personne ne s’en douterait par le simple fait que personne ne se rappelait de son existence. Personne n’osait même songer que les si beaux mots des politiques n’étaient pas les leurs et qu’il y avait la dessous une autre personne, un simple Hibou si facilement remplaçable terré au fond de son bureaux fumeux. Il ne se faisait aucunes illusions, aucunes. Il n’était qu’un pion de la plus basse espèce, une petit ressort fatigué qu’il était aisé de remplacer, le jour où il tomberait en panne.
Et personne, personne ne verrait de changement.
Il ne répondit d’ailleurs pas à sa seconde réflexion, c’est vrai que dans l’absence de monde il agissait différemment, ou du moins peut être s’autorisait-il plus à agir naturellement. Il n’avait plus trop besoin de se brider, de se cacher en permanence puisqu’il n’y avait plus d’yeux pour le voir. Sauf, sauf cette paire d’iris incisifs et glacés.

Alors qu’il était plongé dans son trouble silencieux. Se balançant légèrement, il n’eut plus vraiment conscience de ce qu’il disait, ce qu’il faisait de son corps. Ses paroles changeaient, se parlaient au fil de ses pensées brumeuses.
Il ne sembla se réveiller qu’en sentant du mouvement à ses côtés.
Dans un geste peut être anodin, mais qui pour lui était une attaque directe, Calyxte étendit son bras sur le dossier du sofa comme se moquant allègrement de sa maigre barrière livresque, envahissant a toute aise son espace personnel.
Il le savait, il savait pertinemment que le hibou ne supportait pas cette proximité dangereuse et s’amusait de son trouble.
Le corps d’Aubin se raidit d’un coup, oubliant de respirer normalement alors que ses mains se crispaient dans l’étoffe de ses vêtements. Il eut le malheurs de relever ses yeux gris et brillants, de les faire rencontrer leurs homologues bleutés qui dans leur froideur semblaient couper comme des scalpels prêt a disséquer sa personne, à voir à travers elle sans aucun remords pour trancher son être. Un regard Chirurgical
Aubin ne respirait plus déjà depuis quelques instant, tendu à l’extrême. S’il ne pouvait détacher son regard de celui de Calyxte qui semblait le tenir en place, presque empalé contre le mur, il pouvait néanmoins très facilement imaginer les phalanges fines se déplier. Il pouvait avec tout autant de facilité sentir la chaleur s’approchant de son corps froid même à travers le tissus de ses vêtements. Il sentait la présence beaucoup trop proche d’un corps étranger bruler sa peau diaphane qui avait trop longtemps fuit le soleil, sans même le toucher.
La tension était palpable, du moins pour Aubin qui sentait en lui monter cette bile au gout bien connu : la peur. Lorsqu’au dernier mouvement il s’attendit à ce que l’homme brise une bonne fois pour toute sa barrière, il trembla ( plus qu’il ne le faisait déjà habituellement ). Mais rien ne se fit et la main, suivit de tout le corps, se détourna de lui.
Le hibou soupira enfin, et c’est en faisant repasser l’air dans ses pauvres poumons abîmés qu’il se rendit compte à quel point celui-ci lui avait manqué. Et qu’il avait passé les dernières minutes dans l’apnée la plus totale. Et soupirant, il laissa l’air lui bruler la trachée.
Alors que l’homme à ses côtés se rasseyait, soudain visiblement intéressé par les plis sur son costume, la plume en profita pour se serrer plus encore contre le bords du sofa, creusant entre eux la distance. C’était tout ce qu’il lui restait car l’autre lui faisait bien comprendre qu’il avait sur lui un pouvoir contre lequel il ne pouvait rivaliser. Le pouvoir physique.

Aubin avait cette peur des contacts physiques. Il en avait peur par le fait simple que l’homme a peur de ce qui lui est inconnu, et le barbu n’avait pas eu le loisir de ré-expérimenter ceux-ci depuis bien longtemps. Il passait son temps à s’enterrer dans sa solitude, à se draper dans cette carapace abjecte si bien que d’aucun n’aurait pensé ne serait-ce qu’à lui serrer la main. Non, cela faisait bien trop longtemps qu’il avait oublié ce qu’étaient une caresse ou bien une tape amicale.
Et si par mégarde il essayait de se souvenir de ce qu’autrefois il avait pu ressentir, seule l’image de sa sorcière et la douleur dans ses bras ne lui revenaient à l’esprit. La belle lui ayant brisé aussi bien les os que l’âme n’avait pas aidé à ce que le hibou se sente à l’aise avec les contacts physiques. Depuis cette période de torture l’ayant conduit à la folie, pour lui la douceur entre deux peaux n’était qu’un mensonge. Les contacts physiques seulement annonciateurs de souffrance, toujours et encore plus grande.
Il craignait qu’à chaque fois qu’on le touche, il remette les pieds dans cet engrenage malsain sans jamais pouvoir en sortir. C’était une peur qui au fil du temps et des tortures avait fini par s’inscrire en lui comme un instinct primaire, un instinct de conservation animal.

Mais non. Non il devait se forcer à être homme, ne pas se laisser submerger par cette envie profonde qui le tiraillait de se draper dans ses plumes duveteuse, au fond d’un trou sombre et de ne plus bouger, jusqu’à ce que passe le jour et qu’à nouveau tombe la nuit . Et la nuit était son royaume.

Aubin jeta quelques œillades mauvaises au vent qui continuait de lécher le vide des couloir, de griffer les murs de ses doigts crochus. Il avait laissé le silence encore une fois s’installer entre eux, après tout il n’était pas le plus bavard des hommes, et c’était peu dire.

« En effet… L’absence de monde. Pas le vide. Je déteste cet endroit, pas vous ? Encore plus quand il est vide. C’est une foire, un cirque abandonné où les gladiateurs sont mort et les lions nourris. » Et c’était vrai. Aubin haïssait la grandeur de la bâtisse, il haïssait sa façade modernisée, riche et reluisante, ses bureaux aseptisés et uniformes, les vas et viens dans ses longs couloirs froids. Il abhorrait cette fourmilière grouillante, ces « collègues » condescendants, ces supérieurs dédaigneux qui n’accordaient un crédit qu’à ceux de leur condition, ces fous du pouvoir, ces malades de l’apparence. Le seul endroit où il se sentait bien, paradoxalement, était son bureau ; univers à part et hors du temps, hors du rythme et des considérations du building du gouvernement. Ce royaume exigu où il pouvait parfois atteindre une rassérénante sérénité. « Ma quête de solitude est un idéal inatteignable... Mais j’abhorre le vide, il me donne l’impression de résonner, d’être poreux et vide…fêlé. »
Aubin faisait une bien forte différence entre le vide et la solitude. La solitude, cette paix, cette absence au monde qu’il recherchait, il la trouvait quand il s’enfermait entre quatre murs, entouré d’une barrière de livres, totalement perdu dans son travail ou une lecture. Quand il marchait seul sous la pluie, sans autre but qu’une errance salvatrice. Quand il volait parfois, seul bonheur offert par sa fore de hibou.
Le vide lui, était cet instant où le vent courrait sans aucune barrières, ou il se trouvait la nuit parfois poursuivit par ses vieux démons. Et ce vent stoppé par nuls murs ou protections semblait traverser, s’infiltrer dans son être fêlé, ébréché comme une vieille porcelaine, pour siffler à l’intérieur de lui, se cacher de façon pernicieuse sous son crâne et chuchoter. Encore. Doucement. Murmurer vilement ces choses que nul ne veut entendre.
Un rire amère agita un instant ses épaules frêle tendit ses lèvres fines dans un pale sourire.

« Vous dîtes rester pour ma compagnie, mais écoutez-moi donc… Ne suis-je pas le moins sympathique des hommes ? »



Revenir en haut Aller en bas

Féminin
↳ Nombre de messages : 2541
↳ Points : 122
↳ Date d'inscription : 25/01/2015
↳ Age : 26
↳ Avatar : Eddie Redmayne
↳ Age du Personnage : 33 ans (254 ans)
↳ Métier : Ancien journaliste ; Prostitué
↳ Opinion Politique : Anarchiste anti-Gouvernement
↳ Playlist : Les anarchitectures – Autour de mois les fous - Les Infidèles - Que tout est noir, Saez ϟ Trouble, Halsey ϟ Mr . Brightside, The Killers ϟ One Last Song, Demon Hunter ϟ Ghostcity, Thomas Azier ϟ Shine, Years & Years ϟ Bad Blood, Bastille ϟ Children Of The Revolution, T. Rex ϟ Territorial Pissings, Nirvana

↳ Citation : « People should not be afraid of their governments. Governments should be afraid of their people »
↳ Multicomptes : Stain E. Greyjoy & Aleksi S. Lenaïk
↳ Couleur RP : #f34c4c



Feuille de perso
↳ Copyright: Cryingshame
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Le crépuscule du soir (Aubin)   Lun 20 Avr - 20:08


L’homme bute sur un simple mot et c’est toute la physionomie de Calyxte qui se change. Le corps se raidit, le sourcil se hausse dans une expression de profond intérêt et les pupilles se rétractent. L’analyse reprend, se fait plus pressante et voilà que son regard court contre la silhouette de l’homme assit à ses côtés. L’intérêt qu’il éprouve à l’égard de cet homme bien singulier s’en retrouve renforcé. Il n’a fait que buter sur un simple mot, mais dans le monde chaotique qui est le leur, ce pauvre petit mot prend une importance énorme. Humain. Ceux qui peuvent se targuer de l’être dans son entièreté la plus pure existent toujours. Ils survivent, perdurent au milieu de créatures chimériques. Ils subsistent mais le nombre est bien faible. Quand quelques années seulement, l’Homme était le maître du monde. Aubin bute sur un mot, et c’est toute la carcasse de Calyxte qui frissonne. Qui réagit à ce constat, hurle devant le trouble qui se dissipe sur les traits fatigués de l’autre homme. L’humanité est une belle façade derrière laquelle le politique s’enferme. Il endort à coups de belles paroles le feu qui le dévore. Ces dons qui courent dans ses veines depuis sa plus tendre enfance. Ce qui fut une drogue, sa plus belle fierté est aujourd’hui un de ses plus beaux secrets. Celui qu’il taie à la face du monde, qu’il s’efforce de faire perdurer même lorsqu’il se retrouve face à des êtres de son engeance. Et lorsqu’il n’a d’autre choix, il avoue, à mi-voix, comme s’il en avait peur. Il parle de sa nature au passé, l’enferme dans les souvenirs douloureux d’une existence qui n’est plus la sienne à présent. L’homme se perd dans le silence. Admire le fruit de son geste. Perfide, et calculateur, la mage pousse ses pions sur l’échiquier pour frapper là où ça fait mal. Il l’a immédiatement vu, ce besoin récurrent que possède l’écrivain d’apposer une distance entre lui et les autres. Les frissons qui rongent sa peau dès que cet espace vital est menacé. Et dans les affres de la colère qui fut sienne ce jour-là, Calyxte ne s’était pas fait prié pour briser la maigre distance. Pressant la plume de coopérer, ses phalanges malmenant l’épaule fragile pour contraindre son propriétaire de faire preuve de plus de rapidité, là où le ténor menaçant de sa voix avait lamentablement échoué.

L’attaque se solde par une réaction qui appose sur les traits impassibles une expression de profond dédain. Il déteste ces attitudes de profondes faiblesses. La peur et tout ce qu’elle engendre dans le cœur d’un être pour mieux le ronger. Il l’abhorre peut-être parce qu’elle fait partie de son quotidien. La peur est un élément qui compose le ciment de ce qu’il a bâti. C’est un constat bien détestable, mais derrière l’imposante présence et l’assurance qui se dégage de sa silhouette, il se cache les mêmes tourments que ceux qui dévorent le pauvre écrivain. Ils ont choisi chacun une manière de faire face à ce flot glacé qui rugit dans leur veine. L’un en se laissant dominer, l’autre en s’échinant à contrôler ce torrent nauséeux. Tout est question de contrôle. C’est une évidence. Un fait indéniable qui prend une toute autre dimension lorsque l’on erre dans un champ de ruines parsemées de créatures mortifères. Contrôler ou se faire contrôler. Vivre ou mourir, c’est là tout l’enjeu de cette partie à laquelle ils jouent, tous autant qu’ils sont. Le tissu s’affiche devant ses yeux, il en contemple les fibres, les plis et les variantes de couleurs sous cet éclairage criard. L’écrivain s’est éloigné, creusant un peu plus la distance entre eux. Apposant un vide à côté de Calyxte qui lui donne la sensation d’être assis à côté du néant. De côtoyer des étendues de glace semblables à celles qui règnent dans l’ancienne Capitale. L’homme est ramené à la raison par la voix de son acolyte. Elle flotte dans l’air, l’embaume de ces notes mesurées et ténues. C’est ce qu’il aime chez Aubin, ce calme. Cette voix tranquille qui glisse et trébuche comme le court d’un torrent aux premières lueurs de l’hiver. Si différente de sa propre voix. La façon de s’exprimer le fascine, jure avec ce ton qui est le sien. Les contraires se dessinent, s’accentuent dans leur façon d’être. Et là où les autres ne voient que du vide, qu’un être juste bon à tenir un pauvre stylo, lui s’oblige à voir plus loin. A contempler la créature d’un œil intrigué. La mâchoire se crispe, les dents se serrent si fortement qu’un creux se forment sous sa pommette. Les muscles se contractent et la réflexion s’appose sur son visage. Il ignore, s’il se doit de détester le lieu ou de l’apprécier. Il n’y a jamais pensé. Les deux vont de pair. L’ancien Major avait appris à aimer sa base et toux ceux qui la peuplait. Il avait appris à la détester pour toute la douleur qu’elle lui apportait jour après jour. Depuis sa plus tendre enfance, les lieux dans lesquels il s’est trouvé lui ont procurés ce genre de sentiment. Cet assemblage contradictoire qui fait toute la beauté d’un endroit. A nouveau les pupilles céruléennes parcourent l’étage désert. La comparaison le fait sourire, les frissons d’un rire silencieux caressent ses lèvres.

« - Un cirque, non. Une foire seulement. Et nous en sommes tous les animaux. Tous sans exception. » C’est un constat bien détestable il en a conscience, mais qui s’avère être une vérité depuis bien des siècles. Le propre de l’homme, dans toute sa splendeur. Du bout des doigts, le sorcier écrase un pli niché sur sa cuisse. Pour en faire naître un autre juste à côté. Il réitère l’exercice, s’absorbe dans son jeu ridicule tout en laissant couler sur ses épaules la voix d’Aubin. Il ne répond pas, ce contente de hocher la tête dans un mouvement qui se veut compréhensif. Il acquiesce et partage le ressentit. Mais dans ce geste ne se lit qu’une compassion factice. Rien qui ne laisserait apercevoir à l’autre homme qu’ils sont si affreusement semblables. Le sourire s’étire, et sur le visage s’appose l’ombre d’un amusement sincère. Etrange réaction d’un homme qui ne s’autorise plus ce genre de distraction. Etrange à quel point un sourire peut être si aisément balayé par le marbre dans lequel les traits se figent. Au fil des ans, il a abandonné derrière lui tout ce qui le caractérisait avant le drame. La sympathie est devenue une denrée rare. Une pépite poussiéreuse au fond de son cœur. Et voilà que le petit écrivain parvient à amadouer le monstre. Il s’en racle la gorge, indisposé par ce qui est en train de lui ruiner le cœur. Et dans un mouvement leste et soudain, Calyxte se lève. « - Deux nous Aubin, tu penses vraiment être le moins sympathique ? » La question roule sur les notes de son ténor. Il s’avance de quelques pas, les doigts courent contre le métal froid d’une table branlante, et il se penche pour jeter un coup d’œil sur le poste de travail le plus proche. Le désordre l’accable, plisse le coin de ses lèvres et l’homme se redresse tout en glissant les mains dans les poches de son pantalon. « - Je dirais que tu es le plus facile à oublier. Que tu te complais dans cette image d’artiste paumé qui s’éloigne des autres, et qui préfère voir de parfaits incompétents réduire en insultes les mots écrit pour eux. » Il tourne légèrement la tête en direction d’Aubin, et use de sa hauteur pour le toiser encore un peu plus. « - C’est affligeant. Un tel talent, gâché pour manque de confiance et de présence. » Il le désigne d’un geste évasif de la main. Comme ceux que l’on peut accorder à une chose si futile qu’elle ne vaut pas la même d’être correctement nommée ou désignée.

Oiseau de mauvais augure, le silence retombe entre eux. Laisse planer l’incertitude, et offre aux pupilles océanes tout le loisir de sonder celles de l’artiste maudit. L’éclair du vice vient incendier l’étendue de glace. L’océan s’embrase, et accompagne le geste. Le sorcier revient se poster près du sofa, se penche en avant. Une main reposant contre l’accoudoir qui n’a d’autre choix que de ployer sous le poids qu’il se retrouve à supporter. Et l’autre, posée à côté du livre salvateur. La sécurité vole en éclats, se fige entre eux dans un vide de quelque centimètre. Si proche que la posture en deviendrait indécente. « - Tu es vide parce que tu le choisis, Malaussène. Les mots protègent c’est un fait, mais jusqu’à quand le feront-ils ? La solitude est un luxe que personne ne peut se payer. Plus maintenant. » Le ton reste le même, conserve ce flegme assassin mais les pupilles détruisent. Elles cisaillent et accablent d’un poids nouveau. L’ancien soldat se nourrit du trouble qu’il provoque chez sa proie. Les phalanges se resserrent contre l’accoudoir à défaut de pouvoir se saisir de l’écrivain pour le malmener plus avant. Le remettre sur ses pieds et le contrôler comme une vulgaire poupée de chiffon, il pourrait le faire. Ce serait si facile. La carcasse frêle ne résisterait pas. Il le sait. Il le sent. « - Dis-moi, quelle satisfaction retires-tu de tout ceci ? » Aucune. Il est tout bonnement impossible de se sentir satisfait en agissant de la sorte. Pour lui en tout cas. Calyxte fusille, assassine du regard. Dévore les prunelles fuyantes avant de se relever avec cette prestance théâtrale qui le caractérise. Il reprend son rôle, dissipe l’orage d’une mouvement de la main visant à remettre de l’ordre dans ses cheveux.

_________________
❝ Naufragé dans la nuit

On s'achète on se vend. Au vent des hémisphères. On se jette, on se prend contre un peu d’éphémère. Sur l'étoile d'argent, le cerveau, la chair. Faudra choisir un camp. L'obscur ou la lumière.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://consign-to-oblivion.forumactif.com/t3400-les-anarchitectu

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Le crépuscule du soir (Aubin)   Mer 29 Avr - 15:04




H E A L A H D A N C I N G




Ainsi se passent les minutes, se trainant dans la ligne du temps. Une minute voyons, reste toujours un minute, que nous la trouvions lente ou courte. Une petite unité inventé par l’homme, une unité immuable qui fragmente ce long serpent pernicieux qui effraie tant l’homme de son omnipotence : le temps.
Aubin sentait, lui, le poids du temps, le poids du monde, le poids des années et des siècles qui venaient harasser ses pauvres épaules. Qui faisait s’appesantir les minutes, les faisant tomber comme de pierre sur sa constitution frêle, chaque minute lui rappelant qu’il était un anachronisme vivant.
Nous en sommes tous les animaux. Tous sans exception.

Cette phrase aurait pu arracher a Aubin un petit rire silencieux, un rire amère et désabusé. Mais il n’en fit rien. Il laissa courir ses doigts sur son col, dans une tentative de le remettre en place, tandis que le politique semblait occupé avec son pantalon.  Ah, ils avaient l’air malin dans leurs travaux de blanchisseurs.
Mais le doute, le questionnement s’insinua plus profondément dans l’écrivain : Savait-il ? Oui savait-il pour sa condition de changeur ? Le savait-il capable de troquer la peau contre les plumes ?
Il connaissait l’existence de plusieurs de ses semblables entre les murs de la bâtisse, disséminés, perdu, chassés dans la nouvelle Orléans. Il se demandait parfois, lui qui a trop ressentir les choses finissait par les confondre et les perdre, si ces gens, ces autres êtres qui partageaient cet espace où ils posaient les pieds étaient eux aussi des créatures. Des monstres à son image.
Leur monde était plein de monstres : de sorciers maudits, d’hybrides immondes. Mais les monstres qui arrivaient a le terrifier plus que de raisons, ces monstres qui chaque jours faisaient battre son sang dans ses tempes restaient les hommes dans leur essence la plus pure. Les hommes qu’ils soient humains ou sorciers. Les hommes par ce qui faisait l’être humain.

Il laissa parler l’homme au regard acéré, il laissa sa voix de ténor chaude et coupante s’abattre comme une hache, couper les mots les phrases. Il les décortiquait, les débarrassait de toutes fioritures pour n’en laisser que l’essence la plus primaire. Celle qui comme une flèche, atteint sa cible. Il n’avait pas besoin d’enjoliver, il n’a pas besoin de rechercher l’hypocrisie la plus pure pour ne pas froisser son interlocuteur. Non c’est pertinemment ce qu’il voulait. Il voulait toucher, piquer, brûler au vif. Il était désireux, avide, de créer une réaction, de créer un trouble, mais il se retenait. Oui il se retenait car il savait son jouet actuel fragile et son amusement ne valait pas de briser en milles éclat un être opalescent. Du moins pas tout de suite.
Il se laissa toiser, laissa couler les mots, laissa couler les reproches sur sa peau diaphane. Oui il aimait à se faire oublier, ou il aimait à marcher dans l’ombre, il aimait ce que l’on ne le remarque plus. Il était de ces être à la présence vacillante comme la flamme d’une pauvre chandelle, s’effaçant de vos mémoire, de votre conscience pour n’y laisser qu’un socle vide entouré d’un peu de poussière et cette sensation de quelque chose qui vous passe sous le nez.
Et si Calyxte l’avait remarqué ce jour-là, ce jour maudit où il avait dû lui servir sur commande ses mots chéris, c’était bien de sa faute. S’il avait à présent conscience de l’écrivain, si son existence c’était maintenant dévoilée a ses yeux sans qu’il puisse l’en exiler, c’était bien de sa faute. Aubin n’avait rien à lui offrir autre que ses discours, et ne comprenait pas que l’on puisse instant s’intéresser à sa carcasse vide de toute essence.
Ses mots le firent rire, doucement il laissa échapper ce son qui fit trembler ses épaules, ses poumons. Murmure, un souffle, un soupire qui se veut amusé, harassé, désabusé.

« C’est ainsi… Je ne suis pas un bureaucrate. » Non, cette qualification ne s’appliquait pas à cet être qui n’en faisait qu’à sa tête , qui semblait hors du temps, hors des faits : à côté de la plaque. Il fumait dans son bureau malgré les interdictions, n’arrivait et ne travaillait jamais à heures fixes, ne comptabilisait pas ses faramineuses heures supplémentaires, ne savait même pas combien il était payé et s’il l’était vraiment. Il voulait écrire, et il écrivait, c’est tout. «  Vous non plus d’ailleurs. » Martela-t-il, lançant cette injonction en le regardant dans les yeux, avant de le détourner vers autre chose dans ce décors qui s’offrait à son attention.
«  Du talent » Cracha-t-il comme si ce mot lui eut brulé la langue, comme s’il eut été dégoutant a prononcer. Il n’avait pas de talents, il n’avait qu’une amour profond et demesuré pour les mots, il n’était qu’une maniaque de la phrase, un despote de la figure de style. Aubin n’avait aucune confiance en lui. Quand bien même il aurait eu du talent, on ne lui demandait pas d’être talentueux, on lui demandait d’être efficace et de se faire oublier. On lui demandait de disparaitre derrière ses phrases, pour faire croire au politiques et aux portes paroles qu’ils aveint une intelligence propres. C’était faux, il parlait à leur place.   «  La talent, quelle chose étrange. Non il n’y a pas de place pour le talent ici… »

Il aurait pu, dans le silence,  entendre le bruit de ces pupilles qui soudainement se mirent à bruler les siennes. Il aurait pu entendre, oh bien des choses : le bruit des flammes, celui de cette vague, de cette déferlante qui sous la violence de son flot lui coupa le souffle.
La vague rompt les digues, brise les barrages, c’est une sauvage que l’on ne peut point arrêter. C’est  Calyxte qui s’abat sur lui, brisant sa  pâle barrière salvatrice. Il l’enferme dans un petit espace, dans l’indécence de sa proximité, qui lui coupe le souffle, le fait reculer dans un réflexe pour cogner son dos contre le dossier du sofa. Et ses yeux d’un bleu céruléen de le transpercer. De part en part. De transcender son être. De l’empaler sans concessions dans cet espace confiné. Comme on accroche d’une aiguille un papillon de nuit sur un tableau.
Et ses mots le heurtèrent, dans toute leur violence, dans toute leur essence car il sait leur accorder une importance, il ne peut passer à côté de leur sens. Ils frappent, là où ça fait mal. Ce sont des poings gantés de voix, des couteux impalpables qui touchent l’âme mieux que toutes armes blanches.
Et vide. Oui vide. Ce mot résonnait en lui, s’infiltrait par la porcelaine fêlée de sa peau, et venait cogner a l’intérieur, résonner dans un écho dément qui arrachait les parois de sa boite crânienne, s’y imprimant comme brulé au fer rouge.
Il tremblait, pauvre bougre, comme si cet écho le heurtant de l’intérieur avait créé un séisme dans sa frêle personne.
Et ses dents de se planter dans sa lèvre, avec la seule force qui lui restait, celle de la peur, de l’horreur, celle qui vous tétanise. Une peur primaire qui s’est mélangée à votre être pour ne plus jamais le quitter. Qu’il y avait-il de drôle à avoir peur de l’autre ? Pourquoi les autres ne pouvaient-ils pas comprendre ?
Et le sang de couler de lèvres, tintant la pâleur de la peau, la relevant de notes carmin, glissant en quelques gouttes sur ses lippes ternes. Il ne faisait pas attention, n’entendait pas la douleur physique tant celle de son âme, de son être était malmené par ces pupilles bleues qui lui faisaient face. Il ne faisait pas attention à la pression de ses dents sur ce morceau de chaire, ni au gout amer du fer dans sa bouche. Il ne respirait plus.
Calyxte était une vague, il était submergé.
Non Calyxte était une mer. Cruelle et sombre. Il s’amusait à prendre Aubin dans ses eaux troubles, un instant il faisait miroiter la promesse d’une berge proche, l’autre il le noyait sans vergognes, bloquant l’air et les mots au fond de la bouche, lui faisant vivre une déchirante apnée. Il avait du sel qui lui brulait la gorge, l’air aussi brûlait ses pauvres poumons quand parfois il l’autorisait à atteindre la surface, quand ses défenses étaient sur le point de rompre. Et c’est ,là dans l’accalmie qui ne durait jamais plus de quelques seconde qu’il s’amusait à le heurter de vagues, de plus en plus violent pour le faire couler à nouveau. Avait-il conscience qu’il finirait ainsi par le noyer vraiment ?
Pernicieuse était la torture qui vous blessait tout en ayant le plaisir de vous faire miroiter des espoirs de cessation. Avant de les détruire devant vos yeux, continuellement, sans cesses. Et Aubin connaissait bien ce traitement, oh oui. On lui avait prodigué pendant des années et il le hantait encore. Cette torture la plus horrible, la torture de l’âme. L’âme ne cicatrise jamais. Elle se pare d’eschares purulentes, d’hématomes, de griffures. C’est un vieux cabot qui geint, en fin de vie, qui attend son coup de carabine. L’âme vis avec ses plaies, et toujours elles restent béantes, infectée, pour se rappeler à votre conscience, pour toujours vous hanter. Les âme brisée ne se réparent pas, ou à défaut de vouloir essayer leurs éclats se planteraient dans vos doigts, vous dissuadant d’essayer. Seul les plus brave réparent les âmes. Ceux pour qui la douleurs des mains ensanglantées et dérisoires. Pour Aubin il était trop tard. Peut-être que pour Calyxte aussi.
Et son cœur, son pauvre cœur cents fois déchiré par les affres des hommes, n’en finissait pas de battre à la chamade. Tant et si bien qu’il le sentait s’empaler contre ses côtes pointues, contre les épines retroussée de sa pauvre carcasse morte.

Les prunelles finirent par le lâcher,  le laissant choir. Il eut l’impression de tomber, de tomber à l’intérieur de lui-même, peut-être de sombrer dans ses eaux. Il s’éloigne, la vague se retire de la grève, mais part en la griffant, la mordant, emportant avec elle ce sable si friable qui la constitue.
Il toussa, repris son air le pauvre noyé.
Il couvrit son pauvre visage émacié de ses faméliques mains, enfonçant ses doigts, ses ongles dans sa peau pâle, avec une violence qui habituellement n’était pas sienne, avant de se penché en avant, pris de soubresaut.
Il resta un instant dans cette position déplorable, ses frêles épaules tremblant de tout leur saoul, agité de ce que l’on pourrait croire comme des sanglots silencieux. Sa respiration erratique, coupé, entre coupé, relâchée, expirée, brulante se confondait dans le silence : Même dans ses peines Malaussene était un être silencieux. S’épancher en silence. Hurler sa douleur sans un mot, sans un bruit. Voilà un exercice dans lequel il était passé maître.
Et les sanglots sans paroles, sans sons continuaient d’agiter ses épaules. Jusqu’à ce qu’un bruit. Qu’un son vienne rompre le silence. C’était un rire froid, amer et cassant. C’est un rire qui agitait maintenant ses épaules frêles, non plus un sanglots. Un qui changeait, tranchait avec sa physionomie, sa façon d’être. Un rire qui n’avait rien à faire dans la bouche d’un être comme Aubin.

Lentement la plume se redressa, découvrant son visage de ses mains, il en passa une sur ses lèvres, colorant le bout de ses doigts de cette couleur rubis. Il observa le pigment contraster avec sa peau, cette mélasse rougeâtre qui semblait une couleur trop criarde pour la transparence d’un tel être, et se lécha la lèvre où déjà  la profonde entaille de ses dents avait disparue. Ainsi pour une fois pouvait il remercier la condition de changeur. Douloureuse condition car si elle refermait les plaies du corps, elle ne finissait pas de jeter du sel sur celles de l’âme.
Il releva ses yeux gris vers Calyxte, mais au fond d’eux quelque chose s’était cassé, s’était éteint. Il n’avait plus ce calme et cette douceur, cette mélancolie inscrite dans la nuance de ses iris. Il n’y avait plus rien, que du vide, de le reflet de Calyxte au fond de cette flaque.  «  Cela vous amuse ? Vous sentez vous mieux ? »
A trop pousser l’homme, à effrayer la bête celle-ci avait fui, s’était terrée dans un coin emmitouflé dans ses plumes. Aubin avait toujours su se cacher au fond de lui-même, s’éteindre pour éviter de souffrir.   « Satisfaction ? Aucune je n’en cherche pas… Mais je vois la vôtre Calyxte. » Sa voix était froide, amère. Et même son essence douce et lente, n’entachaient en rien le poison qui s’y distillait.  « C’est la satisfaction des piètres jouisseurs. Ceux qui aiment à se sentir grand face à ceux qui sont à genoux. Glorieux.. Très glorieux. »  
Il passa nonchalamment une main dans sa barbe tandis qu’un sourire mauvais vint déformer son visage, l’étirant dans des traits qui ne lui seyait guère.   «  Mais voyons, ce n’est au final que ce que nous faisons tous les jours, êtres pitoyables. Vous me blâmez Calyxte ? Mais vous ne valez pas mieux que moi. »

Aubin se tint au rebord du sofa et déplia son corps maigre comme une racine sortie de terre, trop cassant, trop frêle : non il ne faisait pas le poids contre Calyxte. Si celui-ci avait décidé de le battre, de le tuer, il n’aurait pas eu de grands effort à faire pour faire s’assoir sa supériorité. « Vous êtes comme tous ces… autres » Le mot porcs faillit outrepasser ses lèvres, mais Aubin savait contrôler ses mots, ses dires, même dans son état. « Vous vous construisez des masques mais n’aimez pas à ce qu’on vous les rappelle. » Aubin aussi, en portait des maques, celui de la froideur, celui de la fausse froideur. Mais il ne s’était jamais caché de cela, c’était l’image que les autres aimaient à greffer sur son visage. Il ne les en privait pas.
Il fit quelques pas, se rapprochant de la table où seyait toujours la machine à café, unique témoin de leur entrevue, et tourna le dos à Calyxte, accrochant ses mains contre le bord de la table.
Caché de la vue du politique, ses phalanges s’accrochèrent avec force et nervosité dans le bois de la table, faisant blanchir les jointure, saillir les articulation de ces mains artistes. Il soupira, lentement, tentant de se calmer à nouveau, de calmer les battements de ce vieux cœur qui n’avait pas encore fini d’être terrorisé, qui lui hurlait encore son horreur.  Aubin avait la tête qui tournait, et sentait dans ses bras remonter les douleurs fantômes qui encore et toujours venaient le hanter. Il pencha un peu en avant mais se rattrapa de justesse. Qu’était-ce ? La fatigue physique ? Psychologique ? Nerveuse ? tout cela mélangé ?
Il passa une de ses mains sur ses yeux, puis jetant un regard à la machine à café qui lui faisait de l’œil, il appuya sur le bouton marche, laissant son doux ronronnement emplir la pièce, ainsi que les arômes de caféine chaude. Il laissa un petit sourire pâle naitre sur son visage : peut-être que cette odeur inoffensive finirait par faire fuir Calyxte. Peut-être les quelques arômes d’une tasse finiraient-ils par réussir là où ses mots et sa verve avaient échoué ?
Une chose était certaine pour lui qui tenait actuellement si mal sur ses jambes, menaçant de tomber de fatigue à chaque instant, à chaque seconde qui s’échouait sur lui. S’il ne voulait pas s’étaler devant Calyxte, il allait avoir besoin d’un café. Un liquide sombre. Noir comme ses idées.




Revenir en haut Aller en bas

Féminin
↳ Nombre de messages : 2541
↳ Points : 122
↳ Date d'inscription : 25/01/2015
↳ Age : 26
↳ Avatar : Eddie Redmayne
↳ Age du Personnage : 33 ans (254 ans)
↳ Métier : Ancien journaliste ; Prostitué
↳ Opinion Politique : Anarchiste anti-Gouvernement
↳ Playlist : Les anarchitectures – Autour de mois les fous - Les Infidèles - Que tout est noir, Saez ϟ Trouble, Halsey ϟ Mr . Brightside, The Killers ϟ One Last Song, Demon Hunter ϟ Ghostcity, Thomas Azier ϟ Shine, Years & Years ϟ Bad Blood, Bastille ϟ Children Of The Revolution, T. Rex ϟ Territorial Pissings, Nirvana

↳ Citation : « People should not be afraid of their governments. Governments should be afraid of their people »
↳ Multicomptes : Stain E. Greyjoy & Aleksi S. Lenaïk
↳ Couleur RP : #f34c4c



Feuille de perso
↳ Copyright: Cryingshame
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: Le crépuscule du soir (Aubin)   Lun 4 Mai - 14:23


Lui non plus. Effectivement, il n’a rien d’un bureaucrate. Homme d’action, il est fait pour le terrain. Et aucunement pour l’oisiveté et le confort d’un bureau. Calyxte se borne à s’habituer à cette vie pourtant. Conscient des avantages et de tout ce qu’elle pourra lui apporter. Prêt aux sacrifices pour atteindre de plus hautes marches. Pour faire partie intégrante de ce pouvoir et ne plus être contraint de faire le pantin sur un misérable siège au milieu d’êtres aussi ridicules qu’inutiles. Il oscille lentement de la tête, ses traits se tirent et se figent dans une expression de profonde sévérité. Ce qu’il entend ne sonne pas comme il le voudrait dans son crâne. Il s’insurge devant si peu de motivation. L’écrivain a baissé les bras, et cette évidence lui déplait fortement. Calyxte a horreur de l’échec, des êtres qui se morfondent dans leur misère sans rien tenter pour s’en sortir. Les dents se serrent et la mâchoire se crispe dans un spasme assassin. « - C’est ce que tu te bornes à penser. Mais c’est cette optique ridicule qui est le nœud de tout le problème. Tu t’enlises dans cette médiocrité qui est en train de te rendre aussi insipide que tous les autres. » Les mots sortent, aussi froids et assassins que peuvent l’être ses pupilles lorsqu’elles se posent sur Aubin. Elles l’accablent de tout leur poids, pèsent sur ces frêles épaules pour mieux le détruire. Il le toise, admire l’étendue des dégâts qu’il vient de provoquer. Tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins. Quitte à détruire un être qui est terrorisé par les contacts physiques. Calyxte s’en contrefiche. Peu lui importe que la plume s’effondre en larmes à ses pieds, ou qu’il parte se réfugier dans son bureau. Ce qu’il cherche, c’est une réaction. Que la colère fuse sous cette peau diaphane et qu’il sorte enfin de cette détestable apathie qui est sienne. « - Amusé ? Oui. Me sentir mieux ? Non, certainement pas. » La voix se pare des éclats de la glace. Tranchante et glaciale. L’amusement est éphémère, il le sent déjà qui lui glisse entre les doigts. Il se complait à briser les autres c’est un fait. Mais cette activité ne le contente plus comme elle pouvait le faire il y a quelque année en arrière. Le tyran se fatigue de sa propre dictature. Le monstre a toujours besoin de sang et de frayeur c’est une évidence, mais il n’éprouve plus qu’un infime plaisir à les faire couleur hors des plaies qu’il inflige.

« - Accable-moi de tes reproches, ils ne font que m’effleurer. » Mensonge. Et il le sait. Ca le blesse, la carapace n’est pas encore assez imposante pour le protéger de toutes les attaques qui peuvent se heurter contre elle. « - Les masques sont fait pour protéger, et certainement pas pour être démantelés au moindre regard. » Il agite la main, nonchalamment en direction du poète. « - Il n’y a plus de gloire dans ce monde, seulement une piètre satisfaction d’avoir pu sauver les apparences une journée de plus. » Lâche-t-il dans un soupir sans accorder la moindre attention à son interlocuteur. Le monde tel qu’il est n’est qu’une mascarade. Un assemblage de faux-semblants que l’on démonte pour mieux remonter le lendemain. Un jeu perpétuel auquel il faut jouer pour ne pas sombrer. Debout, immobile au milieu du silence, Calyxte laisse s’étendre l’instant. Les pupilles incendiaires scrutent le dos qui s’offre à elle. Etudient les gestes qui font trembler la silhouette si fragile. Il a touché du bout des doigts, frôler le changement d’attitude chez l’écrivain. C’est ce que chercher l’ancien soldat. Le pousser dans ses limites, exacerbé ses colères pour le sortir de cette apathie ridicule. Le ronronnement de la machine et les nouveaux relents de caféine qui emplirent la pièce lui retournèrent le ventre. Il sentit des frissons de répulsions venir lui grignoter l’échine, caresser ses bras pour obliger ses phalanges à se replier sur elles-mêmes. Le Major qui perdure sous sa peau s’insurge devant le comportement de cette recrue ridicule. Si le lieu était autre, s’ils s’étaient croisés à la base, du temps où le sorcier était encore pourvu d’un semblant d’humanité, il aurait fait de son mieux pour endurcir le cœur de sa pauvre recrue. Quitte à se montrer intransigeant et tyrannique. Le décor n’a rien de militaire, mais c’est pourtant cette attitude qu’adopte Calyxte. Le coin de sa bouche se plisse, une expression de profond mécontentement venant se faufiler sur son visage. Et dans ses pupilles brûle l’éclat d’une détermination fauve. L’océan reste de glace, mais déjà de nouvelles vagues menacent de venir se heurter contre le pauvre écrivain. Le politique tend le bras. Par ce simple geste, tout son corps se propulse en avant. Les doigts agrippent l’épaule, la libèrent pour mieux s’enrouler autour de la gorge si fragile. Il a la sensation faussée qu’il pourrait la briser d’un mouvement trop brusque. Et pourtant il s’en fiche. C’est une brusquerie calculée qui s’insuffle dans ses gestes lorsque l’homme propulse l’artiste contre le mur. La table vacille et le café fraîchement préparé se répand par terre dans une explosion de céramique.

« - Et tu penses qu’une pauvre rencontre et quelques banalités échangées te sont suffisantes pour te forger une opinion ? C’est du vent que tu brasses avec tes belles paroles, Malaussène. » Lâche-t-il, aussi froid que le regard qu’il lui lance. Les phalanges jouent contre la gorge, tapotent contre la veine qu’il sent pulser sous la pulpe de ses doigts avant de resserrer la prise. Il se fout des distances de bienséance. Se fout de la peur qu’il peut lire dans le regard fatigué de son adversaire. Calyxte n’a jamais eu conscience de ces règles ridicules. Et il n’a aucunement l’intention de commencer aujourd’hui. « - Je suis peut être aussi pitoyable que toi, mais au moins je m’extirpe de la masse. Je ne les laisse pas me dévorer comme ils le font avec toi. » Les reproches pleuvent, sa voix se fait aussi incisive et tranchante que la plus affutée des lames. Il en joue, en use et en abuse, de la même manière avec laquelle il impose le silence dans les rangs de l’Assemblée.

« - Tu t’enlises dans une existence aussi misérable que celles des personnages de fiction qui peuplent les pages de ton bouquin. » Il désigne d’un geste de tête dédaigneux le livre abandonné sur le sofa. Un assemblage de vies misérables, perdues dans les entrailles d’un Paris éventré, pourri jusqu’au dernier pavé de ses rues sales. Il se souvient de l’impact que ces mots avaient eu sur lui la première fois qu’il les avait parcourus. Cette impression de sueur poisseuse qui lui avait collé à la peau pendant des jours. Il l’a détesté ce maudit livre, autant qu’il l’a adoré. Détestable paradoxe qui se reproduit exactement de la même manière avec Aubin. L’homme se rapproche, se nourrit des tremblements qu’il sent courir contre la carcasse de l’autre. C’est un plaisir cruel qu’il éprouve, il en a conscience. Mieux détruire pour mieux régner. « - Regarde-toi. Tu es même incapable de céder à cette colère qui te dévore. Il n’y a que la peur. » Le murmure effleure et caresse la peau du changeur. S’accompagne du souffle du sorcier qui vient voleter jusqu’aux oreilles de sa proie. L’adrénaline le surplombe et le possède. Dans sa poitrine pulse le sang et l’organe bat avec force. D’intenses battements qui le détruisent de l’intérieur. Sa jugulaire bat le rythme, envoie l’écarlate s’écraser contre son poignée et pousse les chiffres de sa montre à s’emballer. La mécanique s’affole et comme un avertissement, elle émet un infime bip. Le son strident enfle dans le silence qui règne dans le bureau. Il lui fait mal et lui annonce que la prudence se doit de devenir sa priorité. Une part de lui voudrait rester sourde à ces avertissements. L’autre morceau lui, se recroqueville déjà face à la menace. L’homme soupire et s’éloigne légèrement, à contre cœur. Sur ses traits s’appose alors l’ombre du doute. D’une crainte muette qui accompagne chaque manifestation douloureuse de son cœur en perdition. Il le déteste, ce maudit organe et les tourments qu’il lui procure. Il déteste plus encore sa mère biologique, la porte responsable pour cette horrible maladie qu’elle lui a léguée. Ses muscles se crispent, les phalanges griffent la peau avant de relâcher la gorge de l’écrivain. Il recule, d’un pas chancelant et se fait violence pour garder contenance. La tentative se brise dans un feulement de frustration et son poing vient frapper le vide. Le cœur battant, un nouveau bip le rappelle à l’ordre et le soldat se laisse lourdement tomber dans le sofa miteux. Sa main tremble légèrement et ses phalanges viennent alors masser ses tempes.

« - Ils vont te couper les ailes si tu les laisses faire trop longtemps. Ils ont déjà commencé à le faire. » Il le murmure sans même jeter un regard vers Aubin. L’aorte se distant et l’organe se jette contre ses lèvres. Calyxte ne sait pas combien il peut être proche de la vérité. Il sait que cet homme n’est pas humain. Il n’est pas un semblable non plus. Il ne peut pas être une de ces créatures voleuses de vie. Un unique choix s’offre alors à lui, mais l’espèce que l’homme abrite sous sa peau reste un véritable mystère. Des bruits de talons viennent briser le silence. L’ancien Major ne bouge pas, il se contente de lever un sourcil et de regarder entre ses doigts. Une silhouette féminine se dessine dans les ténèbres, s’approche de la porte de son bureau et passe la tête dans l’encadrement de la porte. « - Debbie. » Le ténor s’élève, claque dans le silence et fait sursauter l’interpellée. Elle se retourne d’un mouvement brusque et après avoir cherché l’origine de l’appel, elle s’approche de son supérieur. « - Monsieur, il y a changement de programme pour demain. Je vous apporte les papiers… » Impérieux, il tend la main en direction de la pochette qu’elle porte. La jeune femme pose un regard suspicieux en direction de l’écrivain et donne les documents à Calyxte. Ce dernier la congédie sur un simple remerciement, accompagné d’un hochement de tête et la secrétaire disparaît pour retourner chez elle. Le sorcier tend ses jambes, s’affaissent dans le canapé, une main contre son cœur, l’autre lui permettant de parcourir les feuilles du regard. Ces changements de programme l’indisposent, surtout quand ils surviennent aussi tard dans la journée. Aussi tôt dans la nuit… Peu importait au fond. Il se racle la gorge, ferme la pochette d’un geste sec et se redresse. « - Il semblerait que ta plume va être encore contrainte de se plier aux désirs d’un piètre jouisseur. » Le ton se pare d’un cynisme sans équivoque. La faiblesse s’envole dans un battement de cils et Calyxte reporte toute son attention sur la plume. Un rictus presque carnassier s’appose sur ses lèvres.

_________________
❝ Naufragé dans la nuit

On s'achète on se vend. Au vent des hémisphères. On se jette, on se prend contre un peu d’éphémère. Sur l'étoile d'argent, le cerveau, la chair. Faudra choisir un camp. L'obscur ou la lumière.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://consign-to-oblivion.forumactif.com/t3400-les-anarchitectu

Invité
Invité






MessageSujet: Re: Le crépuscule du soir (Aubin)   Dim 28 Juin - 13:47




H E A L A H D A N C I N G




Aubin écoute, sagement les reproche qu’on lui fait.
Oh, les reproches il les connait bien, n’est-il pas un être reprochable ? «  Tu devrais manger plus », « Tu devrais t’affirmer plus », «  tu devrais, tu devrais, tu devrais ». Mais qu’elles cessent ces reproches ! S’ils savaient les ignorant ce qui se passent dans sa tête,  s’ils savaient le noir, s’il connaissait le vide, s’ils pouvaient le palper du bout de leurs doigts. Mais bien sûr c’est impossible, personne n’est en matière de comprendre son petit manège, et surement pas Calyxte. Ça lui parait surement fou, idiot, contre nature, mais au final contre sa nature à lui. S’il juge les autre à sa mesure alors bien sûr que l’écrivain est pour lui un problème, une erreur qui gêne par sa simple présence.
S’enliser dans la médiocrité, oui c’est cela. «  Qui a dit que je voulais m’en sortir. » Murmure-t-il plus  a lui-même qu’a Calyxte. C’est le châtiment qu’il s’est choisi pour expier ses fautes ( si fautes il y a ), sa ligne de conduite, à laquelle il se tient. S’il n’a pu mourir, s’il n’a pu la rejoindre alors il se doit d’expier sa culpabilité en vivant comme un mort. C’est bien là la moindre des choses pour ce qu’il a fait.
Mais ça, rare sont ceux qui le comprenne. S’il y a quelque chose à y comprendre.
Il regarde le café couler dans le ventre de la bête qui ronronne, qui fait trembler la table, vibrer le silence. Ses doigts s’accrochent comme ils peuvent à la table, seul point d’ancrage qui sépare son corps d’une inexorable chute.
Les masques sont fait pour protéger. Oui Breckenridge, les vôtres semblent bien vous protéger, regardez comme ils vous siéent bien, comme ils épousent la forme de votre visage marmoréen, comme ils lui apposent cette froideur, cette condescendance qui est votre arme. A-t-il toujours été comme ça ce visage ? taillé dans la glace, aux yeux tranchants comme des scalpels.  Aubin en doute. Il n’est pas d’hommes qui naissent avec une telle froideur dans le regard. Mais il y en a tant qui l’acquièrent.
Lui-même est un bon exemple, même si cette froideur, il la feint, il la déguise et s’en sert pour se dissimuler. Pourtant, depuis toujours c’est un être de mélancolies.
Avec douceur mais des gestes tremblants, il arrache l’estomac de la bête qui a fini son travail, et verse doucement le liquide noir qui se coule dans la tasse. L’écrivain redonne son ventre a la bête, mais au moment où il approche ses doigts de sa tasse à nouveau remplie, une nouvelle vague s’abat sur lui, plus violente que toute les autres. Ne sait-il pas qu’il ne faut jamais tourner le dos à la mer ?

La main sur son épaule le brûle par la chaleur fauve, l’étreint avec dureté comme s’il avait pu briser d’un geste le tas de cendre qui constituait son être.
Il ne se forge pas d’opinion, il n’en n’a aucun. S’il brasse du vent, c’est pour mieux se rendre détestable, c’est pour mieux qu’on le fuit, c’est pour mieux qu’on le laisse.
Le bruit de la céramique qui se brise lui échappe, tout ce qu’il l’entoure lui échappe. La dernière sensation qu’il est en mesure de reconnaitre n’est que celle de son dos qui heurte le mur avec violence lui coupant la respiration, et les mains de Calyxte sur son cou, qui le brulent sans ménagement. Que veut-il ? Lui briser le cou après avoir une fois de plus brisé son âme ? Qu’y trouve t’il comme satisfaction, ou que cherche-t-il comme réaction ? Qu’Aubin s’énerve ? Sait-il que si cette humeur lui est déjà bien rare, son sang et trop pourri, trop empoisonnée par les psychotropes pour une réaction de ce genre.
Il laisse les reproches s’effondrer sur lui, il les laisse le transpercer, le saigner à vif, drainer toute son essence, après tout c’est peut-être ce à quoi il sert dans la vie, être objectisé au point qu’après la machine à écrire, il devient la chose sur laquelle déverser son venin.
Son regard se vide de toute essence et son corps n’a plus de vie que ce spasme nerveux qui l’agite. Le visage de Calyxte se rapproche tant du sien qu’il peu sentir son souffle brulant de reproche sur sa peau glacée.
A la mention des personnages de fiction, il ne peut réprimer un sanglot avorté. Sait-il à quel point il a raison ? Sait-il qu’il est plus proche de ces personnage de fiction que de lui en ce moment même. Même si Aubin fait souvent preuve de Bovarysme, il est indéniable que ceux qui peuplent ces livres sont ses pairs, et que parfois il songe, il aime à se dire qu’il voudrait retourner à cette époque.
La colère qui le dévore, elle n’est retournée que contre lui. Et c’est ainsi qu’il l’exprime. Mais toujours Calyxte pense les choses à sa mesure, les passes aux crible de son regard chirurgical. Pourtant sait-il à quel point il est aveugle ?
Un son strident traverse son esprit vide, et aussitôt que le colosse le lâche ses jambes se dérobent sous lui. Pauvre corps fatigué, vide, soumis aux lois de la gravités. Les griffures sur sa peau laissées par Calyxte bien vite se referment. Mais les cicatrices de l’esprit sont des eschares purulentes.
Il n’y plus rien autour de lui. Que le vide. Que le son strident dont il ne connait pas l’origine. Comme une poupée de chiffon il s’échoue contre le mur, vide tant son esprit n’est plus qu’une ligne incapable de penser.
Te couper les ailes Te couper les ailes. Il en aurait ri, peut-être, s’il en avait eu la force. Ses ailes on les lui avaient brisé maintes et maintes fois, et cela n’était pas une simple métaphore en témoignent les cicatrices qu’il dissimules sous ses manches. Objet brisé qui se traine dans les couloirs, il se contente de fixer le vide en face de lui, dans une expression éteinte.
Il n’y a rien, rien, plus rien. Il ,n’y a plus de bureaux, plus de femme qui vient apporter une pochette. Il n’y a plus de Calyxte, Plus de café qui goutte sur le sol. Plus de peine, plus de souffrance. Rien qu’une sensation de vide. Devant ses yeux danse le vide, une mélasse sombre qui le regarde d’un air furibond. Vide dans lequel il se jette volontiers lui qui n’a jamais eu peur des hauteurs. Qu’est-ce qu’une chute après tout ? Un dernier moment de vie qui te sépare du sol.
Il ne répond pas aux injonctions qui l’apostrophent, il ne répond pas aux sarcasmes.

Tu ne le vois plus Aubin n’est-ce pas ? tu ne l’entends plus, pas parce que tu ne le veux plus, mais parce que tu ne le peux plus. A trop tirer sur la corde celle-ci se brise. A trop te tenir la tête sous l’eau, la vague avait fini par noyer ton esprit.
Pitoyable petit être je m’approche de toi, je m’insinue par tous les pores de ta peau te donnant l’impression de tomber en toi-même, de ne plus respirer. Déjà tes gestes les plus simples ne sont plus que des automatismes. Je souffle comme un froid dans ta nuque, et glisse mes doigts dans tes yeux, pour les révulser, pour les clore, pour que tu tombes entre mes bras et que je t’y dévore.
Moi le noir dans ta tête.



Revenir en haut Aller en bas
 

Le crépuscule du soir (Aubin)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» mes respects du soir
» New-York pour nos 25 ans/départ jeudi soir/YES!!!
» B'soir
» "Ce soir je dors nue " - 100 moustiques aiment ça .
» Dégradation débit : 16 Mbits le matin et moins d'1 Mbits le soir.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
CONSIGN TO OBLIVION .} :: The Fifth Chapter :: Memories-