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 Ombre et poussière ; Wesley

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MessageSujet: Ombre et poussière ; Wesley   Mar 7 Avr - 6:21


OMBRE ET POUSSIÈRE.
Wesley & Viktor

***

Une escarre en plus pour tailler dans l’argile du cœur. Pour se greffer au lacis de balafres qui parchemine déjà sa chair et pourquoi pas, s’ajouter à son impressionnante collection de poings à la gueule dédicacés par la vie et ses charmants aléas. Cette blessure-là, elle est arrivée à fond de train en sens inverse sans qu’il ne subodore la collision. Trois jours depuis la mort impromptue de Yuri et encore, l’hémorragie est à son acmé ; chaque pore pleure de vermeille, cela même si la joue est desséchée du moindre sel. Entre les organes, c’est la mer rouge, de celle qui ravage tout. Elle délivre la douleur, mais décante aussi en ses abysses un fiel immensurable ; tel un monstre qui s’abreuve des plaies pour croitre en catimini, attendant le moment propice afin de surgir des eaux. De cette impérieuse ire, le Russe est convaincu de trouver baume à sa tristesse. Il refuse d’essuyer trivialement les dégâts d’un vulgaire silence. Pas cette fois. Pas quand ce trépas résulte du fait d’autrui et que le quidam musarde encore dans les rues, les paluches peintes de son crime. Il n’en sait peu, mais en sait tout de même. Assez, il le pense, pour retracer ce responsable, quitte à trancher pléthore de gorges avant d’occire sa vraie cible. Dans ses entrailles, l’élixir latent de la parfaite vengeance nourrit ses glaces. Rien ne suinte du visage, hormis une impassibilité traitre sous laquelle hurle son chagrin et ricane son fiel. L’amalgame est impatient ; il le sent se débattre, voulant hurler son existence aux portraits alentour, mais pas un son ne vient briser son silence. Tout se joue discrètement sur la scène de son imagination. Absolument rien ne laisse transparaitre ses affects. Et si cruelle est sa comédie qu’elle force les lippes à embrasser sur-le-champ une ridule quand, au loin, une silhouette se dessine.

Un mètre quatre-vingt de classe patibulaire, enracinée dans des pompes italiennes cirées avec soin et lovée d’un veston-cravate exhalant le pognon à plein nez ; c’est tout ceci réuni en la personne de Sergeï qui traverse le restaurant cinq étoiles d’un pas assuré. Deux jours qu’ils ne se sont vus et Viktor peut d’ores et déjà dénicher quarante-huit heures d’insomnie creusées sous les calots, en plus d’un dédain de rasoir pouvant être lu sur le carré de mâchoire hirsute. Le renard a déployé tous ses efforts pour jongler efficacement entre la tâche prescrite et son deuil, quitte à devoir négliger son crin cendré qu’il a grossièrement rapatrié en un nœud chétif derrière le crâne. Il pénètre silencieusement dans la section réservée en leur honneur et referme la cloison. Une fois le huis clos établi, Sergeï parle, de son accent trahissant leurs origines communes : « Patron. » Et le patron, de tirer sur sa cibiche calmement comme il désigne à son alter ego de prendre place à son flanc, quand, à son tour, son phonème gronde : « Dis-moi tout, tavarich*.Il a été dur à retrouver parmi tous les rats et les chiens qui rôdent dans les bas-quartiers, mais c’est fait. J’ai envoyé Tony et Dimitri le quêter en mon nom. Avec un peu de chance, il ne jappera pas et obéira. Le cas contraire, ils sont priés de le convaincre, qu’importe les moyens. » Le mafieux hoche la tête pour toute réponse. Après, c’est un silence élégiaque qui s’installe subito entre les deux loups malgré le charivari régnant dans chacun d’eux. Ils ne se sont jamais rien dit à sa mort. Qu’une poignée de menottes ensanglantées et une brève accolade pour compatir mutuellement lorsque le dernier souffle a voltigé au-dessus de la carcasse de leur vieil ami. Sinon rien de plus que des regards fuyants, des souvenances grises à foison et de ces silences. Les chagrins sont tus même si les cloques, elles, ne s’amenuisent pas pour autant. S’ils souffrent, alors qu’ils souffrent sans un mot. Dans un mutisme gorgé de non-dits où fermentent des pensées qui mourront sans n’avoir jamais pu prendre la parole. « Es-tu sûr de ce tu t’apprêtes à faire, mon frère ? » La prudence enrobe l’interrogation. Viktor n’est pas froissé par la question puisque lui-même ne peut être certain de cette initiative. Sa décision, si elle se concrétise, sera un tournant pour la Bratsva*, et il espère que l’intégration de ce nouvel acteur ne soit pas la torche les immolant. Il ne laisse filtrer aucun doute et répond, tranquille : « Tu as besoin d’un bras-droit pour t’afficher à la tête de notre groupuscule, et j’ai besoin d’un homme de confiance. C’est le mieux désigné, selon moi. » Sergeï opine du chef, peu convaincu par les quelques lignes, mais assez confiant en la clairvoyance du boss pour taire ses arguments.

Puis le silence qui revient au galop.
Et qui les écrase comme mille sabots sur leurs palpitants nécrosés.

Mais pas très longtemps. Des minutes et quelques poussières de seconde après, la cloison se meut et s’ébrèche derechef. Une silhouette pénètre, referme comme Tony a dû en faire instruction et dès les traits dévoilés, Viktor éclate d’une joie presque authentique : « Dabro pajalavatt*, Yakov ! » Le russe gondole sur le palais avec entrain et résonne dans la section close comme l’aigrefin détache séant du trône pour se diriger bras ouverts vers son neveu. « Tu n’as pas changé d’un iota. Il est bon de te revoir ! » Ses mains font brièvement étau à sa tête avant qu’un bras ne se noue à son cou pour une embrassade courte, mais sincère. Sergeï, quant à lui, lorgne les retrouvailles en silence non sans hocher légèrement du crin en guise de respectueuses salutations. « Viens. Viens à la table, Yakov. Nous avons tant de choses à se dire, et si peu de temps pour le faire. » Il ne laisse point de répit à son invité afin de lénifier la surprise puisque déjà, il le pousse gentiment vers la chaise tirée avant de reprendre place en face de lui. Le renard remplit les verres de vodka. « Tony et Dimitri n’ont pas été trop frustes avec toi, j’espère. » continue-t-il, toujours empreint d’une gaieté qui méduse un peu Sergëi, lui dont les chairs sont rongées par le même chancre. Le tandem brandit leur contenant en l’honneur de leur compagnon avant d’en lamper une bonne quantité. Viktor inspire à la suite son tabac, vissant ses billes azurées sur son vis-à-vis, le spectre de sa joie flottant toujours miraculeusement sur les lippes closes, tandis qu’en son encéphale, il y a un orchestre de hurlements, de grognements et d’aboiements planant au-dessus d’un océan d’écume. Et la parodie se poursuit sur une question toute simple : « Comment vas-tu ? »



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Dernière édition par Viktor Zakharov le Ven 24 Avr - 8:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ombre et poussière ; Wesley   Dim 19 Avr - 22:28



Il faisait paresseusement tournoyer le liquide ambré, mirant avec convoitise les larmes de l’élixir dévaler les parois sales du verre. Un sourire épais dansait sur ses lèvres, son regard de glace était voilé par l'ébriété. Il ne se sentait jamais aussi grand qu'au fond de l'abîme, jamais aussi clairvoyant que lorsque aveuglé par les brumes de l'alcool. L'étreinte chaude du whisky était son seul réconfort, ses démons et spectres ses seuls compagnons. Cela lui arracha un rire sombre. Lui-même n'aurait su dire quelles chimères il traquait là, quel sibyllin dessein l'instiguait de la sorte à éroder la vigueur de son corps vaillant en l'immergeant dans pareilles eaux troubles. Peut-être était-ce là une vague et inavouée quête d'auto-destruction. Toujours était-il que le dogue s'était accoutumé à cette présence néfaste dans ses veines, à cet enivrement délétère, à ce délectable engourdissement, à cette confusion sourde qui émoussait la lame que lui plantait dans le dos son esprit traître. Le soudard exhala un soupir expirant, lampa son verre et quitta son trône de fortune, avisant la sortie de la taverne mal famée.

La disparité entre le brouhaha infernal de l'établissement et le silence serein de la nuit fut un relief qu'il accueillit avec soulagement. Wesley renversa le chef et contempla la voûte céleste, qui s'était affublée d'une robe d'encre mouchetée de nitescences laiteuses. Havre de paix sitôt saccagé: « Yakov. » Une myriade de remembrances émergèrent des tréfonds de son encéphale suite à la seule évocation de cette dénomination. Aussi ne perdit-il point de temps en contemplations oiseuses, car deux hommes glabres aux faciès balafrés et sévères l'observaient de leurs orbes sombres où nageait une tranquillité assurée. Sa main, prompte, jaillit et se saisit de la crosse de son Colt ; les muscles roidis, aux aguets, il n'attendait qu'un zeste de prétexte pour dégainer son compagnon d'acier. « Sergeï te demande. » Son bras retomba mollement le long de son corps. Inutile de regimber, espérer échapper aux ramifications de la Bratsva était vain.

Flanqué de ses deux cerbères, il fut conduit dans un restaurant qui transsudait l'opulence, un faste similaire à l'établissement Svenja, qui laissa le rustaud perplexe. Il faisait tache, au beau milieu de cette marée cossue, avec ses frusques fleurant la clope froide et l'alcool, tout autant qu'il faisait tâche aux côtés de la nymphe. L'air embaumait d'effluves alléchantes et délicates mais la seule saveur qui inondait la gueule du dogue était celle coutumière de l'amertume. Ils traversèrent la salle qui bourdonnait du son des conversations et Wesley fut mené dans la pièce où se tenait le conciliabule. Il avait flairé l'odeur du véritable commanditaire de cette invitation mais il fut tout de même éberlué de voir se découper la silhouette de son oncle et celle de son arlequin. Il était tout à fait singulier d'entendre sa langue maternelle incarnée par pareille voix graveleuse, ce langage ayant été uniquement l'apanage des discordes ces temps derniers. « Mon oncle, je suis heureux de te revoir. » fit-il  avec sobriété, accueillant son mentor finaud dans ses bras noueux pour une brève accolade, adressant un signe du chef plein d'égards à Sergeï. Windsor prit docilement place à la table, notant que Yuri manquait à l'appel, sans pour autant vocaliser sa constatation. Jadis, le spadassin vouait à ces deux hommes patibulaires, à ses yeux auréolés d'un prestige incontestable, un respect et une admiration sans confins. Jadis, il n'était qu'un éphèbe aux mille et unes fredaines, en perpétuelle quête d'attention. Ce culte passé était véniel. Aujourd'hui, il était homme fait ; il devait certes faire montre de déférence mais sans être obséquieux ni verser dans la flagornerie. Son masque inébranlable était sec de toute émotion, mais sous les chairs ruisselait une circonspection mêlée de curiosité. « Ils ont été tout à fait charmants. » répondit-il uniment. Il engoula sans sourciller la vodka sitôt qu'elle fut servie, tout mithridatisé qu'il était contre le feu du breuvage. Le chasseur prit le temps de pondérer la question de son mentor, si prosaïque fût-elle. Comment dépeindre en quelques mots toutes les vicissitudes, toutes les tribulations qu'avait semé la providence sur son chemin ? « On fait aller. La routine est un poil fadasse. Et toi-même ? » Il guigna le leader officiel de la Bratsva puis riva son regard sur son parent, affublé d'une étoffe tissée d'ombres et de mensonges, qu'il jugeait un tant soit peu trop sémillant. Wesley brûlait de couper court à ces simagrées et de griffer la surface de cette invitation afin d'en débusquer les réels motifs. « Sauf ton respect, je ne crois pas que tu m'aies convié ici uniquement pour discutailler. Dois-je m'inquiéter du nouveau regain d'intérêt que me porte l'organisation ? Ou puis-je me montrer utile d'une quelconque manière ? »

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MessageSujet: Re: Ombre et poussière ; Wesley   Mar 28 Avr - 6:21


Un goût de néant dans la bouche. Des flots insipides empruntant le chemin de la trachée pour affecter les boyaux d’un rien de nostalgie. Les phalanges embrassent la rotondité du gobelet, le coude se lève, le liquide arpente la langue et s’aventure dans les layons de l’organisme ; le mouvement est cruel, mais l’est davantage ce violent message que transmet la fadeur de sa boisson en guise de rappel à sa nouvelle nature. Toutes saveurs se meurent aux bords des lippes pour ne laisser sur la langue qu’un liquide imperceptible que seule la mémoire parvient à grimer d’un zeste d’arômes illusoires. Pourtant, il se souvient très bien des feux de l’alcool allumés en sa gorge, de ses parfums acides capables de faire grigner le plus fidèle des ivrognes et de ses effets qu’on interprète trop souvent comme une panacée universelle aux maux ; remède délétère que tous les blessés de ce monde auront lampé ne serait-ce qu’une fois durant leur misère. Et tout ceci lui a été dérobé. Ne restent que les souvenirs de ce qui n’est dorénavant plus et de cette courbe que trace son bras pour mimer la normalité. Pour cette même raison, le Ruskov opine discrètement du chef lorsque Sergeï démontre un chouia d’hésitation en servant les entrées, ne sachant trop si sa malédiction devait être mussée au neveu. Un secret, oui. Un noir secret qu’il vaut mieux bouffer, qu’importe la mélancolie qui escorte les aliments jusque dans la panse. Le squelette se meut, les ustensiles trifouillent dans le plat, coincent un morceau, et cetera ; Viktor tente autant que faire se peut de ne plus se préoccuper de la ripaille qui nargue de ses relents sa charogne de damné, feignant une écoute attentive quand Wesley prend parole, lapidaire.

Il n’y a pas d’artifice dans sa répartie ; point d’émotions en trop pour ébranler sa placidité. Les mots sont nus de la moindre exclamation, ce qui ne les rend pas moins vrais pour autant. Au sourire artificiel que Viktor arbore, il n’y a que le mutisme des affects face à lui. Un visage marmoréen sous lequel trépassent toutes émotions avant qu’elles émergent à la surface. Curieusement, le prêtre est ravi de constater les premières formes de cette métamorphose. Ça le conforte dans ses choix, confirme que l’invitation n’est pas un suicide pour la Bratsva. Le neveu se veut concis dans les réponses que pour accélérer la discussion. L’impatience hâte les questions et les maux pressent les réponses. « Dois-je m'inquiéter du nouveau regain d'intérêt que me porte l'organisation ? Ou puis-je me montrer utile d'une quelconque manière ?Yuri est mort. » C’est tout. Les mots sont articulés avec la rudesse d’une guillotine sur la nuque d’un martyr. Sergeï lui-même ne peut s’empêcher de guigner non sans surprise son frère, dont les traits arborent toujours l’ombre d’un sempiternel sourire. Un sourire aussi faux qu’un mensonge, flottant à l’orée des lippes pour taire la cohorte d’émotions qui vibrent sous la chair. Pour couronner le tout, le boss reprend la fourchette en main, pique un bout de caviar et le transbahute jusqu’à la bouche avec l’indifférence d’un macchabée. Le silence charge derechef et il est si douloureux que le camarade russe le chasse d’un pitoyable raclement de gorge. Viktor prend la relève, le faciès empreint de glaces nouvelles qui annihilent la fausse joie sur ses lèvres. Il se farde d’austérité. « Mort suspecte. » Lui épargnant les détails futiles, le Russe s’attaque au cœur du sujet. « Je n’ai pas changé. J’évite les projecteurs et laisse l’organisation entre les mains de Sergeï. Mais avec l’ass… le regrettable trépas de notre frère, il a besoin de quelqu’un pour le seconder. Là est la raison de ta présence ici. » La cibiche se coince à nouveau entre les dents. Le poison s’immisce ; l’odeur d’une petite mort pour fleurir ses poumons pénètre la gorge en direction de sa cible. Cette saveur-là, elle ne meurt pas aux bords des lippes. « Tu connais mon petit secret depuis toujours. Et chose plus importante encore, tu sais le garder. J’ai toujours eu confiance en ta discrétion et je ne vois nul autre que toi à ce poste. » C’est un défilé d’arguments qu’il ne juge pas utile d’étayer très longtemps. « Je te montrerai ce qu’il faut savoir, Yakov. Tu ne tarderas pas à te sentir de nouveau comme chez toi. » incite Sergeï dans sa langue natale pendant que Viktor darde sur son neveu un regard inquisiteur pour y décrypter ses pensées. « Tu ne tournerais pas dos à la famille, non ? Pas une deuxième fois. » Viktor exige le silence d’une main levée pour éviter à Sergeï de glisser sur la déclivité des remontrances. Il n’est pas temps de reprocher les actes passés. « Allons, allons. Laissons au passé ce qui est du passé. Ce qu’il veut dire, c’est que tu nous manques, Yakov. Je serais vraiment heureux que tu dises oui. » Il tire sur la cigarette et une volute de fumée occulte la renaissance d’un sourire. Viktor se tait pour laisser à Wesley le temps nécessaire afin de cogiter. Il sait que l'offre, quoique alléchante, n'est pas mince affaire à considérer à la légère. Revenir poser les pattes au sein d'une organisation dont la réputation va crescendo comporte des risques, mais à cela le quinquagénaire y oppose les liasses d'argent qui découleront de ce choix et autres petits avantages de mêmes teintes. Qui plus est, sans le préciser pour le moment, Wesley a bien plus grande valeur que celui qu'il se voit octroyer par la confiance d'ores et déjà enracinée dans leur relation ; il sait des choses qui les mèneront certainement à une terrible vindicte au nom d'un membre de la famille tombé injustement sous la glèbe de ses défunts.

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MessageSujet: Re: Ombre et poussière ; Wesley   Lun 4 Mai - 20:53




Les verres étaient à peine délestés de leur liquide inébriant que l'on servit la pitance, entretenant par la même l'illusion de la formalité de ces retrouvailles forcées. Wesley, intempérant, y plongea avidement ses crocs. Une caresse pour le palet, un émerveillement des papilles. Une chère digne de rois. Peut-être l'étaient-ils, en un sens, régnant en primats sur le royaume des ombres. Goulûment, il continua à enfourner cette bénédiction dans sa gueule ravie, attendant docilement que son illustre oncle daigne éclairer sa lanterne ennuyée. Lorsque la sentence trancha l'air avec l'implacabilité d'une guillotine, il n'était pas prêt. Ça lui fit l'effet d'un horion dans le sternum, d'une gifle à travers le visage. Avec lenteur, le dogue reposa ses couverts, repoussa l'assiette recelant mille et une saveurs d'ambroisie . Il ne parvenait pas à réconcilier l'image floue de l'homme pugnace, taillé dans la glace et l'acier, avec celle d'un macchabée, drapé d'un suaire immaculée, le regard tout plein de vide, l'épiderme teint de la pâleur de la mort. Il avait respecté l'homme, peut-être même l'avait-il apprécié, la mémoire n'était pas limpide. Le Hunter se racla la gorge, ravala sa stupéfaction et finit par articuler un « Je suis désolé. » Un monument emblématique de sa jeunesse écroulé. Lorsque Viktor fit part de la nébulosité ouatant le trépas de l'éminent personnage, Windsor se contenta d'opiner du chef. En un sens, il était satisfait. La Faucheuse avait enfilé ses atours prestigieux lorsqu'elle était venue réclamer le moscovite et non pas des frusques prosaïques. Il avait connu une fin honorable, partant en s'adonnant au jeu qui l'enivrait. Toutefois, le milicien pressentait que le sang n'avait pas fini de couler.

La mélancolie qui lui piquait le cœur fut sitôt éclipsée lorsque le soudard apprit la véritable raison de cette invitation inopinée. La Bratsva lui tendait les bras. Cette chienne qu'il avait usé et autant qu'elle l'avait usé, qui lui avait donné le sein depuis sa plus tendre enfance, l'avait abreuvé de son lait vicié, lui avait pointé du doigt un chemin se perdant dans une sorgue d'une noirceur étouffante. Cette infâme catin qui lui promettait, d'une lippe aussi enjôleuse que celle d'une amante, une nouvelle couronne. Il inhiba de justesse le sourire de squale qui menaçait de déborder sur ses lippes. C'était … « Un honneur. » Son faciès était une gangue de glace sous laquelle hurlait l'exultation. Toutefois, lorsque Sergeï fit ondoyer sa langue vipérine, le déchu ne put garder son visage vierge de toute émotion. Il le foudroya d'une œillade pleine d'orage mais ne dit mot, conscient qu'une algarade le desservirait grandement. Cette famille, dont le pantin faisait mention, l'avait trahi, avait fait de sa vie un enfer, lui avait arraché tout ce qu'il avait de précieux. Il demeura coi mais se jura de, tôt ou tard, faire payer cette mercuriale effrontée. Il focalisa son entière attention sur son parent. Wesley allait devoir faire preuve de subtilité, de fortifier ses dires d'un savant mélange d'égards et d'inflexibilité. « Tu me demandes de quitter mon emploi et de rompre mes arrangements. Je suis tout à fait disposé à le faire. Tu as été un père pour moi lorsque mon géniteur n'a été qu'un étranger. Je suis toutefois contraint d'imposer une condition sine qua non. » Le chien du gouvernement s'humecta les babines, conscient de l'impudence dont il faisait montre à cet instant précis. Il consolida sa résolution et fit part de ses exigences : « Il me faut des yeux sur ma fille en permanence. » L'appel obsédant de l'illégalité lui était irrésistible, il lui tardait de s'immerger à nouveau dans cet océan de turpitude mais Wesley ne pourrait le faire sans savoir June placée sous l'égide tutélaire de la Bratsva. S'enrôler derechef dans les rangs de ce groupuscule était déjà une folie en soi, compromettait même la sécurité de son enfant. Il ne pourrait s'abandonner pleinement à ses vices sans savoir la prunelle de ses yeux cadenassée au cœur d'une tour d'ivoire. « Tu me tends la main et je te demande le bras. Je suis navré. Sa sécurité m'importe plus que tout, j'espère que tu comprends. »


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MessageSujet: Re: Ombre et poussière ; Wesley   Lun 11 Mai - 19:03


Désolé. C’est que le Wesley est tout simplement désolé.
Les syllabes virevoltent dans l’air pour l’alourdir de leur raillerie. Ils décantent sur les escarres du deuil le sel de la sympathie, de la compassion, d’une tristesse comprise et partagée que Viktor se refuse d’avouer. Si le renard assied à ses flancs ploie la nuque sous le faix d’une émotion ravivée, l’usurpateur, quant à lui, jugule la flotte d’une furtive grimace. Incapable d’abandonner la scène au chagrin, il préfère brûler de colère après la promesse d’une vindicte. Pourtant, ces trois petites notes, comme une rengaine qui se réitère depuis le trépas de Yuri, parviennent encore à pincer en lui la corde la plus sensible de son être, au point d’ébranler les fondations sur lesquelles ses glaces reposent. Alors le visage marmoréen fond, et avant qu’on ne dissimule les brèches par la distorsion rapide des traits, on pense deviner entre deux rides une goutte de douleur ; un zeste d’embrun sur ces landes arides ; une raie de lumière sous les nues de son ire. D’être désolé, c’est ce que le loup réserve au responsable du massacre. Il le veut rampant sous sa semelle, la Mort à son cul avec, pour seul secours, les remords et les regrets d’avoir amputé une famille d’un de ses membres les plus chéris. C’est ce à quoi ces trois syllabes serviront ; ce à quoi Viktor les destine.

Hormis la moue aussi discrète que les maux, il ne s’ébranle. Dans tous les cas, le sujet est aussi promptement balayé que la vie de Yuri au moment du décès. L’entretien se poursuit au cœur du huis clos et les trois protagonistes oublient le monde qui défile derrière les cloisons. Des gens observent avec curiosité la porte bien gardée de leur fort, haussent un sourcil ou des épaules face au mystère sans douter une seule seconde qu’en ces lieux, une menace prend de l’ampleur et distille au sein de leur sacro-sainte société le mal et ses chancres. Et quand ces quidams gorgés de banalité s’apprêtent à remettre truffe dans leurs affaires, certains à l’ouïe affinée sont persuadés entendre les lamentations d’une fragile vaisselle issues tout droit du nid de secrets qu’ils dévisagent depuis déjà trop longtemps. Quelques sursauts chez les voisins ; la curiosité enfle, mais l’intimité est immuable. Alors les clients, lentement, oublient l’existence du conciliabule et retournent aux banalités de leur vie d’honnêtes citoyens sans se soucier davantage de l’altercation.

Entre les quatre cloisons, Viktor vient tout juste d’abandonner bruyamment ses ustensiles pour frapper de sa paume la surface de la table. Le bref séisme ébranle toute la vaisselle qui tinte bruyamment et s’ensuit le silence pour couver l’amalgame de fiel et de déception responsable du hourvari. L’impassibilité se défragmente, le regard s’enflamme et non loin de la langue, les admonestations deviennent légion, prêtes à charger comme Galahad sur cette unique requête. La colère est à son acmé. L'aigrefin, néanmoins, est capable de maitrise sur ses émotions, ce pour quoi il glane des miettes de mutisme avant que n’expirent ses tout premiers mots : « Explique-moi… » Mots malheureusement exsangues d’impassibilité, se glissant sur le ton de l’énervement mal muselé hors de la mâchoire contractée. « …comment June s’est retrouvée sous ta garde. »

La question lui parait bête.
Bête comme la réponse.
Bête comme son neveu à l’instant où Viktor parvient à compléter seul le calcul sans qu’on ne pipe mot.

Le constat lui happe l’esprit. Les réminiscences de sa jeunesse abreuvent la déception que l’on sent couler contre le regard toujours vissé sur son vis-à-vis. En lui bout le poison de la culpabilité, celle l’imputant du malheureux sort de la gamine. Car il est en partie responsable de cette bêtise voulant condamner une petite aux bas-fonds dans lesquels ils rampent tous. La stupidité de Wesley peut bien être excusée par la paternité, Viktor éprouve grand mal à lui concéder raison quand, pour prendre part au théâtre de sa vie, il faille aspirer la petite dans un gouffre de dangerosités. Et plus que les risques qu’encourt une enfant dans un monde fragilisé par les aléas – que ce soit une balle perdue ou un enlèvement fortuit – d’endosser la responsabilité de June est synonyme, aussi, de se trimballer une faiblesse à deux guiboles sur ses talons. Sans entendre tous les sentiments afférents à l’affiliation, lui qui n’a aucune progéniture en laquelle porter son amour, il connait tous les rouages des quartiers malfamés, ce pour quoi il refuse catégoriquement d’y jouer la vie d’une enfant, comme la sienne et celle de sa sœur ont été jouées jadis. « Je refuse de prendre part à ta connerie. » laisse-t-il échapper malgré l’opposition grondant silencieusement en son for. « Tu es égoïste, Wesley, d’emporter avec toi ta seule fille dans un univers dont elle n’a guère la place. Et tu es stupide de me demander, à moi, de la protéger des dangers dans lesquels tu l’exposes toi-même. Elle est jeune ; elle ne doit pas encore comprendre parfaitement ce qui se trame, mais plus le temps avancera et plus tu fragiliseras ta propre sécurité, la sienne et celle de toute une famille. » Ce ne sont que des répétitions sur des répétitions. Quand bien même le neveu fait montre de prime abord d’imbécilité, le loup doute qu’il n’ait guère pensé aux répercussions de ses faits. Au fond, tout ce babillage ne l’atteint pas même une seconde, ou tout du moins il mime aussi bien l’indifférence qu’il fait preuve d’inintelligence. Viktor ne cherche pas à le secouer davantage et se contente d’un dernier commentaire acerbe qu’il module dans sa langue natale : « Une fois imprégné du cloaque et de ses engeances, on n’y en sort jamais réellement intact. »

Comme il palabre et sermonne, l’usurpateur sent peser sur lui les calots d’un Sergeï incertain du refus. Il n’ose intervenir dans la dispute familiale, mais parvient néanmoins à murmurer discrètement un : « Boss » pour enjoindre son camarade à la réflexion. Le simple mot, soufflé sur la tonalité d’une supplique, découvre toutes les conséquences qu’entraine le non catégorique du mafieux comme il suppose un enjeu beaucoup plus grand que la simple préservation d'une vie vierge de tous crimes. Les billes transbahutent du neveu au visage de son frère, lequel suppure toujours d’un chagrin autant que faire se peut garrotté par les dernières forces qu’il lui reste, et il sent l’existence sous la peau du même feu dont il brûle ; celui de la colère. Brasier carburé par le seul espoir de représailles. Vengeance à laquelle Wesley seul peut les y mener. Pour une des rares fois, Viktor se rétracte. La mâchoire se desserre sur ses derniers mots : « Convaincs-moi. ». Et la phrase sonne atrocement comme une erreur à l'aube d'une guerre qu'il souhaite plus que tout déclencher.
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