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 Tell me how to lie ϟ MORGAN

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MessageSujet: Tell me how to lie ϟ MORGAN   Mer 15 Avr - 22:36

Un abruti. Un abruti de première, voilà ce qu’il était ! A quoi bon payer des employés pour rédiger les discours s’il décidait de laisser libre court à son interprétation? Les mots ont une valeur, une portée, une force – une force qui devait être utilisée à bon escient. La révolte grondait parmi la population, plus encore depuis l’annonce de la réouverture des arènes et l’augmentation des contrôles. Si la sécurité des citoyens avait été évoquée pour la seconde, la première avait été accueillie par un feu d’artifice… explosif. Et la destruction d’une arène flambant neuve. La résistance ne leur avait laissé guère d’autre choix que d’attaquer en retour – qui ferait confiance à un gouvernement qui se laisse dépasser ? – mais l’image d’une classe dirigeante changeante et changée, de renouveau, loin des bains de sang et de la tyrannie passée, s’écorchait. Le gouvernement ne satisfaisait pas. Il avait fallu des semaines et des semaines de discours, de reprise de la communication pour redorer leur blason et reconquérir la confiance d’une partie de la population. Et une malencontreuse phrase dans un discours auquel personne n’aurait sinon porté attention mettait le service communication – et le service informatique dans un état d’alerte. Supprimer la vidéo. Limiter l’impact. Diminuer l’accès, la visibilité. Retirer des réseaux ce que les rebelles pourraient utiliser, mais préparer une réponse en avance parce que la fuite arriverait, à un moment ou un autre. Préparer de quoi distraire les foules : une autre annonce à faire, plus grande, plus importante, qui détournerait l’attention. Pouvoir répondre aux questions, aux accusations. Transformer les évènements. Modifier la vérité. « La vérité est une illusion et l'illusion est une vérité. », dit-on. La seule difficulté était pour le gouvernement, pour tout le service de communication, de convaincre les citoyens de leur vérité. Leur illusion.

Miranda porta une main à son visage : ses yeux brûlaient d’être restés trop longtemps fixés son écran allumé, à rédiger, visionner encore et encore la vidéo, à contacter des collaborateurs, et machinalement elle porta sa tasse de café à sa bouche. Froid. Fabuleux. Ses doigts se saisissent du téléphone du bureau, elle commence à pianoter sur les touches mais change d’avis d’un simple regard sur l’horloge. 4 :20. Elle avait à nouveau passé la nuit dans le bâtiment. Elle avait largement mérité une pause et un café brûlant.

Le bruit de ses talons sur le sol carrelé brise le silence religieux dans lequel est plongé l’édifice. L’éclat sonore provoqué en est troublant, tant il semble rompre la quiétude ambiante. La nuit et le jour sont deux périodes d’une différence inouïe : la journée, les aller et venues font foison, les discussions fussent, on se croise, se recroise, passe d’un bureau à l’autre, le téléphone sonne sans cesse ; la nuit, il n’en est rien. Le temps est semble-t-il suspendu, et s’il n’en était pas pour les quelques rondes de nuit (les résistants sont à l’affut, ils cherchent à attaquer et quelle meilleure cible que le cœur du gouvernement), Miranda pourrait presqu’y croire. Les bureaux sont vides – du moins, presque tous, la jeune femme aperçoit une faible lumière au bout du couloir : un autre insomniaque, semble-t-il. Ou un oubli. Certains quittaient leurs bureaux la lumière allumée et ne s’en souciaient pas.  Le vigile de nuit lui offre un hochement de tête, auquel elle répond de la même manière avant d’aboutir à la fin de son périple : la machine à café. La seule chose qui lui permet de tenir une journée, bien qu’elle puisse rentrer chez elle… et dormir ? L’idée provoque un long bâillement, ses paupières sont lourdes, et le liquide brûlant qui coule dans sa gorge quand elle porte sa tasse à ses lèvres est un divin plaisir. Elle peut encore tenir. En fait, elle pourrait même profiter de cet interlude calme, sans personne autour d’elle.

En profiter pour faire des recherches, lui souffle une voix.

Et, même si elle ne l’avouerait pas – même sous la torture, l’idée d’utiliser un ordinateur du service de sécurité pour un bénéfice strictement personnel, une simple satisfaction d’une curiosité mais elle connait le système de surveillance suffisamment pour ne pas s’y risquer. De son bureau, par contre… Personne ne la surprendrait, n’entrerait sans qu’elle s’y attende – personne ne fréquentait les bureaux à cette heure, elle disposait encore d’au moins deux bonnes heures avant que les lève-tôt retrouvent leur postes –  et si même quelqu’un venait à l’interroger sur ses faits et gestes, elle n’aurait car avouer la vérité. Elle pense que le coursier a quelque chose à se cacher, elle le suspecte d’être, ou plutôt de ne pas être ce qu’il dit être. Le retour vers son bureau fut plus rapide que l’aller.

***

C’est plusieurs coups frappés à la porte de son bureau qui la réveille. La tête sur le bureau, son dossier constitué sur Morgan ouvert et éparpillé sur le sol – elle a dû le faire tomber en s’endormant ?, l’ordinateur toujours allumé, elle parvient à marmonner ce qu’elle souhaiterait être un ferme : « Une minute ! » Et se satisfait que sa voix ne paraisse pas autant endormie qu’elle se sent. Les papiers sont rapidement ramassés, le dossier glissé sous une pile, elle n’a pas à rechercher le passé d’un autre employé, la recherche redirigée sur une autre page, un dossier qu’elle devait en effet traiter ce jour, et elle tente tant bien que mal de réajuster sa coiffure avec le reflet de son écran, bon dieu, pourquoi n’avait-elle pas de miroir ? Ses yeux sont rougis d’être restés à la lumière artificielle, cernés et Miranda maudit son visiteur – elle n’aura pas le temps de se remaquiller. Avec un peu de chance, ce n’est qu’un dossier, et elle pourra s’éclipser dans la salle de bain dans moins d’une minute.

Les coups reprennent, sa coiffure est décrétée cas perdu – elle doute que l’un de ses collègues se permettrait une remarque – et elle annonce à la personne derrière la porte qu’elle peut entrer.
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MessageSujet: Re: Tell me how to lie ϟ MORGAN   Ven 17 Avr - 21:42

Le silence, un calme olympien. Morgan, au plus profond de son sommeil ne percevait rien, n’entendait rien. Les bruits de fonds auxquels il était habitué - même en dormant - étaient réduits à néant. Cette absence de son avait quelque chose de dérangeant, d’irréel. Songeant qu’il ne pouvait que rêver, il tenta de dominer son esprit. Faute de pouvoir le domestiquer éveillé, peut-être cela serait-il plus concluant ainsi. Il était suffisamment rare qu’il se rende compte qu’il sommeillait encore que pour ne pas tenter l’expérience. Plongeant plus profondément, à la recherche de ce qui pouvait causer un tel calme, il ne trouva que le néant. Une étendue terreuse et rougeoyante balayée par un vent chaud et humide. Parvenant à avancer de moins en moins rapidement, il commençait à ressentir un poids, comme une force invisible qui l’empêchait de progresser et une autre qui pesait sur ses épaules. Et, plus il tentait d’avancer, plus il se sentait pesant, lent, engourdi. Ne pouvant plus avancer, étouffant presque, deux visages s’imposèrent à lui. Il se réveilla en sursaut, ne les ayant que trop bien reconnus. Se passant une main moite et blasée sur le visage, il grogna. Depuis quand le visage de ses enfants étaient-il devenus source de cauchemars ? C’était une première depuis qu’il arpentait de nouveau le sol des vivants.
Réveillé sans pour autant être parfaitement opérationnel, il tira sur les rideaux pour empêcher les premiers rayons du soleil de pénétrer chez lui. Dans une obscurité quasi-totale, il s’alluma une cigarette, observa la lueur incandescente n’éclairer que faiblement ses doigts. La seule chose en ce monde, avec l’énergie, la mort et le sexe qui valait encore la peine. À l’instar de tout ce qu’il pouvait goûter, les cancerettes avaient un goût de cendre mais, c’était légitime. Profitant jusqu’au bout de cette pénombre qu’il appréciait tant, il empêcha l’alarme de son réveil de se déclencher. Il était réveillé, nul besoin qu’une machine lui rappelle qu’il devrait bientôt sortir de chez lui et se mettre au travail.

S’il avait tiré une certaine fierté de son intégration dans ce tout nouveau monde, il avait réalisé qu’il n’y était pas encore totalement à l’aise. Morgan restait un homme de plaisir pervers mais, surtout, de jeux de pouvoir. De tout cela, il n’avait réussi à récupérer que quelques miettes. Il avait certes cumulés quelques informations gênantes, certaines même franchement compromettantes... Il avait même eu à faire disparaître la précieuse porte-parole du gouvernement. Et pourtant, son existence lui semblait fade. Il n’avait trouvé de plaisir qu’en la traque, la chasse et la mort. Si peu de morts... trop peu. Il craignait que ce manque ne lui fasse commettre des erreurs. Hors, il ne pouvait pas se le permettre.

Laissant enfin la lumière s’infiltrer chez lui et illuminer ses toiles morbides, il se leva, se dirigeant d’un pas tranquille sous la douche. Son portable sonna par deux fois durant ce laps de temps. La première fois, il ne l’entendit pas. La seconde, il choisit de ne pas répondre. Quand on le rappela, il décrocha, essuyant d’un air ennuyé la brimade de son patron. Mandaté par le gouvernement pour la journée... Diable que cela serait long.
Il revêtit une tenue confortable mais, légèrement moins sportive que d’habitude. Ses allées et venues se limiteraient aux bâtiments adjacents et aux bureaux. Pas de quoi lui faire traverser la ville, a priori. Il se dit qu’il valait mieux prévoir autre chose, en cas de besoin. Il suffisait d’une seule requête plus éloignée et il serait gêné par sa tenue au niveau de la rapidité d’action.
Songeant à ce qui avait été dit la veille, il estima qu’effectivement, la possibilité de devoir malgré tout faire de la distance n’était pas inexistante. Mais, au fond, tout ça ne le gênait pas. Non. Ce qui le gênait véritablement ? Les bureaux prioritaires. Le service communication. Le service où se trouvaient deux de ses obsessions, dont une dévorante et l’autre dangereuse. Raccrochant avant même d’entendre la fin de la conversation, il comprit que sa journée commencerait normalement. Courrier à délivrer. Destinataire ? Il ne l’aurait jamais appris par téléphone interposé.

Une fois sur le trajet, il fut tout aussi dangereux qu’à son habitude. Il parvint à forcer deux voitures à freiner, une autre à dévier de sa route, quelques rares piétons furent dans l’obligation de sauter de côté et les injures, forcément. Une journée comme une autre, une image à entretenir comme chaque jour qui passait. Arrivé à l’entrepôt qui tenait lieu de zone de rassemblement, il récupéra sa course officielle et les officieuses un peu plus loin sur un mur si tagué qu’il aurait été impossible à un œil non-averti de décrypter.
Ce n’est qu’en mettant la missive officielle dans sa sacoche qu’il aperçut le nom. La journée allait décidément commencer en force. De quoi le maintenir en alerte.

Au gouvernement, il cadenassa son vélo, ne s’attendant à ce que personne n’y jette un véritable coup d’œil. Quelques coups à la porte lui apprirent que la demoiselle était présente puisqu’une voix maîtrisée mais, néanmoins ensommeillée lui répondit. Qu’avaient donc toutes ces personnes à ainsi s’endormir à leur bureau ou y rester terrer des jours ? Ce travail était-il si gratifiant ? Même pour s’occuper, il ne travaillait pas autant.
Quand enfin, il put entrer, il se composa un visage approprié : avenant juste ce qu’il fallait mais, fermé. Ce jeu durait depuis assez longtemps pour qu’il s’en amuse et il avait décidé de lui rendre la tâche la plus difficile possible.

- « Bonjour, un pli pour vous. Et un ordre de mission. »

Le papier qu’il tendit en même temps que l’enveloppe lui faisait savoir - en substance - qu’il était en service commandé pour la journée, pour accélérer la transmission d’informations, au moins pour cette fois.


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MessageSujet: Re: Tell me how to lie ϟ MORGAN   Sam 25 Avr - 16:16

L’animal s’engageait sans peur dans l’obscurité : la nuit était son royaume, ses proies ne pouvaient lui échapper. Le félin se déplaçait avec la grâce innée de ces grands chats sauvages, frères prédateurs de votre siamois ou du chartreux qui miaule à la mort tous les soirs au dessous de votre fenêtre (les êtres humains ne sont pas les victimes uniques de cet… apocalypse. La Nouvelle-Orléans grouille de bêtes abandonnées qui ne savent où trouver refuge à l’intérieur et extérieur des portes).  Les arbres s’alignaient le  long de la bruyante avenue, grandes ombres tracées sur le sol à la lumière de la lune pleine, les bancs devenaient continuation du paysage, appui possible alors que le fossa formait son chemin dans le paysage urbain, le seul qu’il n’ait jamais connu. Les barres métalliques diffèrent des végétaux, plus glissantes, plus instables, plus froides sous les enjambées de l’animal : la ville semble vouloir rappeler qu’elle n’était l’habitat naturel que des hominidés bipèdes – mais même dans un monde sur mesure construit dans le fer et le feu, peu osaient s’aventurer dans les allées après le coucher du soleil. Les démons rodent dans les ténèbres, parait-il, même les voix éteintes de ses erreurs passées venaient hanter les esprits tranquilles à la chute de la lumière. Etait-ce le prix à payer pour survivre ?

Un coup. Les oreilles de la bête se redresse, son corps se fige, expectatif. Un coup. Comme frappé sur du bois – mais jamais un arbre touché par le vent ne ferait tel vacarme. La Terre avait habitué les âmes résistantes aux aléas naturels des dernières années : mais les bourrasques même les plus fortes n’ont pas de détermination franche. Quelqu’un est là, tout près. Quelqu’un frappe sur un morceau de bois, et l’idée même semblait saugrenue : est-ce une sorte d’appel ? Une intonation bruyante pour sonner le rassemblement ? Un coup. Le son provenait d’une source proche, extrêmement proche mais s’étouffait dans un étrange flou, comme s’il existait à l’extérieur ?

Les paupières de Miranda se soulevèrent progressivement, clignotant quelques instants.

La lumière pénétrait déjà dans le bureau quand elle reprit un contrôle complet de sa vision, la nuit bel et bien terminée. Combien de temps avait-elle sommeillé ? Le bureau. Son ordinateur. Ses dossiers. La porte. Des coups à la porte. Elle reconnut son environnement rapidement, Miranda passait un nombre d’heures bien suffisant dans la pièce pour en connaître les moindres recoins : « Une minute ! » réagit-elle d’une voix encore ensommeillée, malgré ses efforts pour la maitriser.

Les nuits au bureau n’était pas de faible occurrence, mais ne perturbaient pas le quotidien de la jeune femme outre mesure : elle n’avait personne qui l’attendait le soir, et le vide de son luxueux appartement valait le silence religieux des bureaux gouvernementaux à la nuit tombée. La présence d’un dossier à ses pieds lui permit une mise en action des plus rapides : personne n’avait à savoir – personne ne devait savoir – que la passion qui l’animait pour son travail se laissait entraîner vers d’autres occupations, des recherches impromptues. Elle ne pouvait pas ignorer que l’étonnement – et une sanction, il y aurait-il sanction ? – serait de mise si l’on venait à apprendre que le bourreau de travail s’accordait, au milieu de la rédaction d’un email à l’un des nègres du gouvernement, pendan la relecture d’un rapport, une traitre pensée divergente. La jeune femme n’irait pas jusqu’à avouer qu’elle se laissait distraire – ce n’était pas une distraction en soi – mais elle n’ignorait pas que sa productivité n’en était pas augmentée. Le travail était fait en temps en heure, avec une assiduité habituelle mais Miranda semblait assouvir un plaisir certain dans cette chasse à l’homme qu’elle menait en secret. Dans une société où l’information et la désinformation avait atteint des proportions extraordinaires, le secret était un luxe, la vérité une quête digne du Saint Graal. Et Miranda avait toujours eu un faible pour l’impossible. Elle en était la preuve absolue, elle, la gamine désabusée et abandonnée à qui on avait promis qu’elle finirait dans la rue, la même rue qu’elle hantait jour après jour alors qu’elle aurait dû se trouver en classe.

Cependant, les quelques informations glanées sur les dossiers contenus dans les ordinateurs – chaque employé du gouvernement, ou chaque personne qui se retrouvait à un moment ou à un autre à entrer dans le bâtiment ou en contact avec des représentations officielle avait un dossier à son nom – n’avait pas satisfait la curiosité de demoiselle. A croire que le gouvernement lui-même ignorait qui il employait. Ignorait qui ce Morgan était réellement - non pas que la jeune femme est l’arrogance de prétendre qu’elle le savait, grand dieu, non. Mais le dossier constitué était fin, trop fin, et l’absence d’éléments étranges – éléments qui auraient pu confirmer les suspicions de la jeune femme sur l’identité dudit coursier – ne faisait qu’épaissir le mystère. Il avait réussi à convaincre le gouvernement. Mais il y avait quelque chose avec lui, quelque chose de différent, de secret. Les feuillets glanés furent replacés dans le dossier, fermé, placé sur la pile. La jeune femme regagna son siège, redressa les épaules, l’ombre d’un sourire placé sur ses lèvres : « Entrez. »

Ce n’était pas, comme l’aurait attendu Miranda, l’un de ses collègues mécontent de l’augmentation de la charge de travail pour les jours prochains – à croire que c’était de sa faute à elle, pourquoi avait-elle à écouter les plaintes ? –, mais un coursier. LE coursier. La vie semblait avoir une ironie mordante mais jamais l’expression du visage de l’employée du gouvernement ne changea : « Bonjour, un pli pour vous. Et un ordre de mission. » Elle se saisit de l’enveloppe et eu un coup d’œil pour le papier l’accompagnant, qui annonçait la mission de Morgan pour la journée : service commandé pour la journée. Le service avait décidé de répondre à la nécessité de transmission rapide d’informations. : « Merci. » Elle hésita à le renvoyer directement : elle avait du travail, et elle doutait pouvoir le faire s’engager dans une conversation sur la pluie et le beau temps. L’expression arborée par le courtier était fermée, juste suffisamment avenante pour être professionnelle. N’appréciait-il pas les journées à courir entre les bureaux gouvernementaux ? A traverser les couloirs d’un bout à l’autre, monter et descendre les étages ? Le décor y était des plus sophistiqué pourtant, un vrai assemblage d’œuvre de maitres, ironisa-t-elle en silence : « Longue journée aujourd’hui, n’est-ce pas ? »

La politesse d’une conversation de circonstances, tandis qu’elle réceptionnait ce qui lui était adressé, signait un reçu, puis reportait son regard sur son ordinateur. Elle n’attendait pas de réponse.
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MessageSujet: Re: Tell me how to lie ϟ MORGAN   Dim 26 Avr - 19:48

Si au départ, il avait trouvé dans ce travail un semblant de quelque chose à faire, il n’y trouvait plus tout à fait son compte. Bien sûr, il recueillait toujours une foule d’informations intéressantes mais, c’était insuffisant. Morgan était un éternel insatisfait, un mécontent perpétuel qui en voulait toujours plus. Il jouait bien entendu toujours le jeu car, il avait besoin de ce personnage de coursier que personne ne remarque mais, malheureusement, ses vieux travers avaient la vie dure. Passer inaperçu devenait de plus en plus compliqué et difficile à vivre. Depuis quelques temps, il luttait contre lui-même, se rendant la tâche encore moins évidente et la vie un peu plus compliquée qu’elle ne l’était.

Crapahuter de long en large dans les couloirs de ces institutions gouvernementales ne le mettait pas en joie mais, cela lui était étrangement égal. Une forme de passivité qu’il ne se connaissait pas l’envahissait à la perspective de cette journée et ce malgré sa présence. Deux obsessions, un seul et même bâtiment et pourtant, il devait se tenir loin de la seconde tout en devant chercher à se rapprocher de la première. Dans les deux cas, il devait avancer son jeu progressivement.
Il ne releva ni la fatigue imprimée sur le visage de Miranda, ni les cernes qui soulignaient ses yeux. Parfaitement correct et professionnel, il tendit la missive et patienta, hochant la tête à sa remarque.

- « Effectivement, la journée sera longue aujourd’hui. La vôtre ne le sera que plus, si j’en juge par la pile de dossiers et par vos traits tirés par l’épuisement. »

Il n’avait évidemment pas pu s’en empêcher. C’était plus fort que lui, il était d’humeur à chercher la petite bête, à déclencher ce jeu qui durait depuis un certain temps. La journée serait effectivement longue et il n’avait aucune envie de la rendre plus longue encore en se terrant dans un mutisme qu’il appréciait pourtant tellement. Il préférait autant profiter de la perspective de jouer les messagers pour faire passer leur jeu à un tout nouveau stade, tester la demoiselle, voir jusqu’où il pouvait aller, jusqu’à quel point il pouvait pousser sa curiosité.
Morgan n’était pas dupe, il se doutait qu’elle cherchait à en apprendre plus, il le savait même. Ça n’était pas à un obsessionnel comme lui que l’on pouvait cacher ses propres obsessions. Il l’avait parfois repérée, tentant de le suivre. Il s’était même amusé à ses dépends à d’autres moments. Cette chasse-là était d’une autre nature que celle qu’il menait avec Aubin mais, elle en était tout autant jouissive.

- « Peut-être avez-vous quelques lettres en souffrance que je devrais porter en personne ? »

Et accessoirement agacer la personne les recevant puisqu’elle ne pourrait prétendre ne rien avoir reçu en temps et en heure. Au-delà de l’ennui, Morgan prenait parfois plaisir à voir les petites contrariétés des autres, à les exacerber... Il se plaisait à semer la discorde et la zizanie de par de simples gestes ou par quelques paroles sibyllines savamment distillées. Avec un peu de chance, il parviendrait même à faire éclater quelques dissensions dans les bureaux.
Cette perspective lui rendit soudainement cette journée plus agréable encore. Ajoutant au plaisir même d’épier la demoiselle, celui de semer la discorde. Décidément, les bonnes résolutions étaient loin, très loin à présent. Plus ou moins de nouveau ancré dans ce monde, peu de choses le retenaient réellement de retomber dans ses vieux travers à part lui-même. Quant à sa volonté de faire tomber les autres avec lui, elle ne décroissait pas. Elle s’aggravait, en vérité. Ce jeune homme qui ne l’était pas vraiment au parc, Seraphina, Aubin et maintenant elle. Si avec les deux premiers, il voulait juste semer le chaos, avec les deux autres, il voulait bâtir. Mais, comme toujours, les fondations étaient rongées, déjà corrodées par ce dont il était capable. Sa déchéance seule ne suffisait pas, il fallait qu’il en entraîne d’autre à sa suite. Il ne se sentait ni complet, ni entier. Il avait besoin d’un public, ou plutôt, de témoins. Être capable du pire n’était guère satisfaisant, si personne ne l’en savait capable.


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MessageSujet: Re: Tell me how to lie ϟ MORGAN   Ven 1 Mai - 7:36

Certains jours commencent par un bon augure : les rayons du soleil perlant par les rideaux, le chant des oiseaux : la journée débute et l’humeur ne peut être qu’agréable. L’idée même de se lever est désagréable, le lit est confortable et peu peuvent se soustraire indéfiniment à l’appel de l’extérieur. Au contraire, on entame d’autres jours le nez dans les documents administratifs – littéralement – les yeux cernés, abimés par le travail tardif sur un ordinateur (l’électronique est un cadeau du ciel : maintenant ce n’est plus les mains qui souffrent, seulement la vue, quel progrès !), réveillé en sursaut par des coups frappés sur la porte du bureau avec à peine quelques heures de repos. Ces matins n’inaugurent qu’une longue et difficile journée en perspective, une augmentation de la consommation de café et pour ceux qui aurait le malheur de contrarier plus encore le mal-luné, une remarque assénée sèchement. Il ne fallait pas se moquer du monde, tout de même ! Aujourd’hui convenait parfaitement à la deuxième catégorie : non seulement Miranda n’avait qu’à peine dormi, mais elle était restée toute la soirée et une partie de la nuit pour réparer une erreur d’un idiot, et voilà que dès le matin, elle manquait de se faire surprendre la tête dans des recherches illégales sur un autre employé. La journée s’annonçait particulièrement plaisante, il en était certain ! L’une de ses journées où l’on se dit que l’on resterait bien au lit – ou, dans le cas présent, que l’on n’y irait bien. Se couper du monde pour le pays des songes, fermer les yeux…

Mais l’habitude peut être comme une seconde nature, et les conversations de circonstances une coutume sociale à laquelle l’on ne pouvait que peu dérober sans paraître malvenu : « Longue journée aujourd’hui, n’est-ce pas ? »

Une phrase, un hochement de tête – ou même une absence de réaction – Miranda y comptait : « Effectivement, la journée sera longue aujourd’hui. »  Une phrase aujourd’hui, tiens. Toujours professionnel, correct. Distant. Neutre. Une attitude plutôt commune, celle qui est attendue, celle que l’on inculque salarié par salarié pour une atmosphère de travail efficace mais loin d’être amicale. Travailler ne signifiait pas devoir être plus que cordial, et se faire des amis était une option, certain, mais loin d’être valorisée dans le contrat de travail. Au gouvernement, plus encore, les ressources humaines recherchaient qui serait près à vendre père et mère et son collègue de bureau, venait-il d’avoir des contacts avec l’ennemi. Mais, même dans cette ambiance – si agréable – il restait cette coutume de l’attitude professionnelle.

L’habitude, encore et toujours cependant n’est pas une chose certaine et si la jeune femme aurait aimé pouvoir refermer la porte de son bureau et se lover dans ce fauteuil à peine confortable pour finir sa nuit ; Morgan semblait vouloir changer les règles : « La vôtre ne le sera que plus, si j’en juge par la pile de dossiers et par vos traits tirés par l’épuisement. »

Le goujat ! Miranda dût réprimer un sourire pour l’audace et le manque complet de respect des normes sociales : « Vous savez comment flatter une femme. » En avait-il une, de femme ? Etait-il de ceux qui comptent les heures pour retrouver « l’être aimé » ? Ou de ceux qui rentrent à la maison le soir et mettent au lit leur trois gamins avant de s’affaisser lourdement sur un sommier acheté en promotion à côté de quelqu’un que l’on devait – dans un passé plus ou moins proche – trouver attirant ? De ceux à se rendre à l’aire de jeux le dimanche et lire le journal alors qu’une dizaine de mètres plus loin le morveux que l’on accompagne se lance dans une ascension risquée du mont toboggan ?  Non, il n’en paraissait pas le type. A dire vrai, Miranda ne pouvait déterminer son type. Ou quoi que ce soit de concret. Mais l’image qui lui venait à l’esprit n’était pas celle du père de famille exemplaire ou de l’amant passionné. Une erreur de se laisser influencer par des suppositions, des a priori ? Peut-être. Les apparences sont parfois trompeuses. Mais elles sont aussi une indication, non pas de ce que la personne est – mais de ce qu’elle essaie de faire croire qu’elle est. Ce qui, en soit, est aussi une information à avoir.

Son fil de pensée est interrompu par une généreuse offre : « Peut-être avez-vous quelques lettres en souffrance que je devrais porter en personne ? » Oui, en effet, elle pourrait bien en avoir besoin. S’assurer que les courriers soient bien transmis et reçus. Après tout, combien de fois avait-elle entendu l’excuse du « je n’ai pas reçu ton courrier », « ah ? Tu m’avais envoyé un email ? L’ordinateur ne doit pas fonctionner ! ». L’ordinateur, bien sûr.

« Je ne voudrais pas vous retarder dans votre travail. » La politesse toujours. « Mais si vous avez l’opportunité de descendre au service de comptabilité… » Elle hésite, elle pourrait y aller elle-même, en profiter pour récupérer un café. « … vous pourriez transmettre ce courrier à l’une des secrétaires ? »
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