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 Libera Me [Eolia]

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MessageSujet: Libera Me [Eolia]   Sam 18 Avr - 12:02

C'en était trop pour Nikolaas. Il faisait vraiment trop chaud ici. Déjà qu'on cramait dehors décidément ici c'était un four. Soupirant, il tira sur son col comme si cela pouvait changer quelque chose avant d'avoir la lumineuse idée de tout simplement sortir fumer une cigarette. Se faufilant entre les corps, Nikolaas atteignit finalement la porte du bâtiment qu'il tira fortement vers lui avant de s'extirper de la carcasse du Little Darlings avec un soupir de soulagement. Il faisait une chaleur estivale dehors mais même si le vent était chaud, le courant d'air frappa sa poitrine, allant jusqu'à le faire brusquement frissonner. Nikolaas respira, les yeux fermés sous la douce caresse de l'oxygène. Il ne tarda pas à être bousculé par les différents clients qui pénétraient dans le lieu. Voyant l'attroupement de fumeurs pas réellement d'humeur à se faire taxer des clopes pour la possession desquelles il risquait sa vie chaque jour, Nikolaas contourna le bâtiment pour pénétrer dans une petite ruelle sombre, à l'abri du vent mais disposant tout de même un peu de fraîcheur.

Au dessus de sa tête, des dizaines de fils traversaient le couloir de fenêtres en fenêtres, sur lesquelles se suspendaient différents vêtements comme autant de petits rideaux. Une légère odeur de savon flottait dans l'air, amenée par le vent, avant d'être recouverte par la senteur infâme des poubelles donc les conteneur vomissant d'ordures se serraient au fond de l'impasse. Un lampadaire grésillait par intermittence, comme un petit insecte à l'agonie. A côté des poubelles, une porte creusée dans la brique permettait aux danseurs et serveurs de sortir fumer une cigarette peinards. Pour le moment, aucun dealeur, aucun camé ne traînait. Parfait.

S'appuyant contre le mur crasseux, Nikolaas plongea dans sa poche pour sortir son paquet de cigarettes dont il sortit un bâtonner de tabac qu'il s'empressa d'allumer. Il tira une bouffée salvatrice avant de la recracher au dessus de sa tête en un épais nuage presque opaque qui donnait l'impression que son âme sortait de son corps. Le nuage se tortilla au dessus de lui en une danse macabre avant de se désintégrer en volutes qui serpentèrent entre les cordes à linge pour se dissoudre dans la nuit. Nikolaas pencha la tête en arrière avant de s'appuyer davantage contre le mur, ses jambes se tendant afin de le soutenir de manière moins douloureuse. La sueur collait désagréablement son tee shirt sale à son corps luisant mais il n'en avait cure puisqu'il n'avait pas trop faim, qu'il faisait un peu frais et qu'il avait une cigarette dans le bec.

Tout à coup un léger choc retentit à son côté. Sans doute un employé du Little qui sortait prendre l'air et fumer sa cigarette. Peut-être quelqu'un qu'il connaissait. Nikolaas ouvrit les yeux et tourna la tête pour s'en assurer.
Il ne connaissait pas cette personne, mais ne put en détacher son regard. La stupéfaction prit place dans ses entrailles tandis qu'il se redressait. C'était une petite demoiselle qui ne devait pas avoir plus de vingt cinq ans. Des longs cheveux, un regard profond, et de mignonnes petites tâches de rousseur. Son cœur fit un bon spectaculaire dans sa poitrine.

Elle ressemblait comme deux gouttes d'eau à sa sœur jumelle.
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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Dim 26 Avr - 12:22

« Purée ! Regarde où tu mets les pieds ! »

Sa voix siffla dans la pièce, tandis que l’électricité se déchaina entre les deux serveurs. Leurs regards se toisant l’espace d’un instant, les yeux noisettes de la demoiselle n’avaient guère l’habitude de lancer des éclairs de colère. La rage de Zeus dans l’air, prête à déferler avec sauvagerie ses pensées assassines sur la tête de son collègue, seule la barrière linguistique lui fit face pour l’empêcher de s’énerver davantage. Incapable de trouver les injures adéquates pour rester quelque peu convenable et polies, elle se résigna par un simple soupir énervé. Pulsions agacées au compteur, les mots seraient plus lents que la pensée, et le résultat n’en serait que plus ridicule encore. Préférant se taire, lueur d’exaspération sur le visage, Eolia laissa le soin au maladroit de ramasser les morceaux casser de la sauce tomate répandue sur le sol, et dont les éclaboussures s’étaient répandues sur les vêtements clairs. Une bien belle galère pour retirer les taches, en remerciant cet idiot de sa maladresse. A moins qu’il ne l’ait simplement fait exprès pour se venger d’une manière comme d’une autre. Passant par le lavabo commun, le savon se répandit sur toutes les auréoles rouges pour que ses doigts frottent ensuite avec énergie les éclaboussures répandues sur du blanc. Aucun miroir pour lui assurer que les traces rouges sur ses joues avaient complètement disparues, une intelligence rare de n’avoir jamais pensé à en installer. Les traces ne s’effaçant pas complètement, elle grimaça. Splendide, les néons ultraviolets de ce soir achèveraient son ridicule, ce que son patron ne manquerait nullement de lui faire une fois de plus remarqué. L’apparence n’avait d’importance que pour ce monde d’illusions où elle semblait maintenant vivre. Cette habitude ne semblait nullement disparue à travers les siècles, les nobles reflétant également le meilleur d’eux-mêmes tout en dissimulant par derrière les crasses et meurtres en famille.

Maugréant dans sa barbe, râlant de cette journée insupportable et remerciant la climatisation intérieure d’éviter l’étouffement de la chaleur extérieur, la demoiselle quand elle rinça son haut, pensa qu’un tour dehors ne lui ferait certainement pas le moindre mal pour lâcher la tension électrique de la pièce. Si elle n’avait pourtant rien d’une personne colérique, il arrivait assez souvent que la mauvaise humeur prenne le dessus pour l’exaspérer davantage, l’énerver un tant soit peu de ce qui n’était pas digne d’une quelconque importance. Regard agacé, s’éloigner de ses collègues lui permettrait de se ressourcer quelque peu. Poussant la porte de secours avec force, l’air chaud s’engouffra à l’intérieur du bar tandis qu’elle refermait derrière elle la porte pour goûter au changement d’ambiance lui apportant un petit sourire entre les lèvres. Se croyant seule, et prête à se laisser quelque peu aller à une certaine liberté d’expression par des mimiques largement délivrées par un élan de spontanéité, le sérieux revint au galop lorsque la jeune femme se sentit observée par un étranger des lieux. Se retournant, elle marqua un temps d’arrêt, le dévisageant avec méfiance, tout en se demandant ce qui pouvait bien le mener à la regarder de la sorte. Cherchant rapidement ses mots, son accent trahissant ses racines italiennes, elle ne se gêna pas pour lui exprimer sa façon de penser d’un ton cassant, n’appréciant guère d’être observée ainsi. Toujours cette impression grandissante de n’être finalement qu’une étrangère parmi ceux dont le monde ne suscitait nulle interrogation pour y être né et y vivre au quotidien. A chaque regard étonné, ou étrange, suscitait chez elle une défense disproportionnée, Eolia se rappelait combien elle ne faisait simplement pas partie de cette époque, parmi ces gens et ces personnes. En apparence, une femme parmi d’autres, derrière une parfaite étrangère. Sa réaction ne fut pourtant pas en rapport avec les origines, simplement de la scène précédente.

« Quoi ? J’ai de la sauce tomate dans les cheveux ? »

Peut-être. Le bouton mal refermé sur le décolleté par contre, qui avait dû se défaire durant l’étape de disparition des taches… Enfin. Une stratégie comme une autre pour aguicher la clientèle ? Pas tellement son genre.
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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Dim 26 Avr - 17:36

« Non, vous êtes belle. »

Le chapardeur avait répondu du tac au tac, d'une voix blanche qui ne laissait pas de doute sur son manque d'envie de draguer les jeunes femmes. Ou les jeunes hommes. Nikolaas ne semblait pas posséder cet instinct. Sa volonté d'amour s'était envolée avec Doug. Avec Chris.
Cette femme ne pouvait pas être Chris, bien sûr que non. Chris était décédée. Nikolaas s'accrocha aux petits détails du physique de la demoiselle pour s'en assurer : ses cheveux ondulaient trop légèrement et semblaient trop clairs, ses tâches de rousseur ne s'étiraient pas assez sur le reste de son visage et ses lèvres n'étaient pas assez fines. Il était impossible que cette femme soit Chris.
Nick se raisonna violemment en tirant une longue taffe sur sa cigarette, fermant les yeux pour virer de ses pupilles le calque de sa sœur qui s'était superposé à la réalité en un mirage douloureux et pourtant si propre.

« Et vous me rappeliez quelqu'un, mais je me suis trompé. Désolé. »

Ses sens aiguisés d'imitateur ressentirent les légers tremblements de colère qui agitaient la jeune femme à ses côtés, indiquant qu'elle venait réellement prendre l'air. Nikolaas plongea sa main dans sa poche et en ressortit son paquet de cigarettes volé, qui n'en comptait plus qu'une ou deux. Il se fit violence tandis que sa raison lui rappelait à quel point obtenir ce genre de luxe était compliqué, mais sa générosité l'emporta et il tendit le paquet à l'inconnue dans l'éventualité où elle voudrait partager entièrement ce moment avec lui.

« On a l'impression que vous vous êtes battue. » remarqua-t-il tandis que ses yeux glissaient vers les tâches rouge orangées qui parsemaient son haut et que l'eau avait grossièrement étalé.

Les notes accentuées de sa voix se perdirent dans son crâne, détachant définitivement la jeune femme de celle à qui Nikolaas avait pu la relier. Cette demoiselle semblait avoir des origines Européennes, peut-être quelque chose comme l'Espagne ou l'Italie – il n'avait jamais visité ni l'un ni l'autre et les confondait tout le temps. Nikolaas s'empêcha de regarder la jeune femme avec autant d'insistance ; d'ordinaire il faisait preuve de la plus grande discrétion lorsqu'il s'agissait d'observer les spécimens humains pour pouvoir ensuite les imiter à la perfection. Se faire discret dans une toute petite rue où ils se tenaient côte à côte demeurait un défi qu'il n'arrivait pas à relever. Cette femme dégageait quelque chose qu'il ne parvenait pas à qualifier, et cela allait au delà du fait qu'il avait réussi à la confondre avec sa sœur jumelle. Nikolaas tira une ultime taffe de sa cigarette avant de frotter la racine du rouleau entre ses doigts de sorte que les miettes restantes s'écrasent sur le sol pavé tandis qu'il ne restait dans sa main que le filtre usagé qu'il remis dans sa poche. Les derniers volutes de fumé s'échappèrent du sol avant de se perdre dans les fibres de ses vêtements.
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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Dim 3 Mai - 15:56

Vous êtes belle. Une phrase qui créa davantage d’étonnement sur ses traits que la fierté d’avoir été complimentée sur son physique loin d’être ingrat. Ce n’était nullement la première fois que l’on se permettait de lui faire ce genre de remarques. Parfois, en pleine rue, à l’extérieur, des hommes l’abordaient sans la moindre gêne ou honte, cherchant derrière ces remarques une réponse à leur pulsion et leurs envies du moment. S’imaginant que la demoiselle serait de suite charmée et se jetterait dans les bras de l’homme d’un claquement de doigts. Le regardant avec toute cette candeur dans le visage, curieuse de connaître sa réaction, elle remarqua qu’il ne semblait pas comme les autres, un peu plus compréhensif peut-être ?

« Si je ne réponds pas à ce compliment, vous allez m’insulter ? » s’étonna t-elle à lui demander, d’une voix assez fluette teintée de curiosité.

Ce monde l’étonnait. Par la manière dont il fonctionnait, par la manière dont chacun se considérait l’un comme l’autre. Les conversations de ses collègues suscitaient chez elle davantage d’étonnement et d’indignation qu’elle ne l’aurait pensé. Elle ne se permettrait de parler ainsi, d’avoir des conversations aussi décomplexées, par ses sous-entendus tous aussi farfelus les uns que les autres. Ce monde était fou, ses habitants ne semblaient plus avoir aucun code d’honneur, de respect ou de tolérance envers certaines choses, trop libérés de toutes les conventions s’amoncelant autour d’eux. Qu’aucune règle de morale ne semblait dicter leur chemin de vie, que tout partait dans tous les sens. A la fois fascinée et inquiète, Eolia ne pouvait s’empêcher d’avoir peur de cette nouvelle vie et de son futur. Pourtant, cela ne l’empêchait nullement de se permettre des questions parfois indiscrètes pour comprendre comment il fonctionnait vraiment plutôt que de rester sur des images négatives laissant l’angoisse se glisser avec amusement pour ternir le tableau.

«Qui que ce soit, je ne pense pas être elle »

Ce visage, elle ne l’aurait nullement oublié s’ils s’étaient rencontrés. A la manière dont il semblait la dévisager et l’observer, Eolia laissait ses pupilles s’évader pour ne pas avoir à affronter son regard, visiblement gênée d’être le centre de l’attention. Préférant s’effacer. Il semblait tout remarquer, jusqu’à ses taches encore présentes, visiblement mal lavées, par le piètre savon pour les mains disponible. En même temps, sur du blanc n’importe quelle couleur laissait plus ou moins une petite trace. Lorgnant son haut pour les voir apparaître sous le soleil de plomb, l’obscurité des toilettes avait habilement dissimulé ce que la lumière du jour éclairait avec facilité.

« Oh ? Non, juste un maladroit qui a renversé de la sauce tomate sur mes vêtements. C’est génial, en plus d’être trempée, j’ai l’impression de porter une feuille de riz collante»

Où comme il lui donnait cette impression de ne plus sentir à sa place. Cette sensation d’être observée, une caméra dans son champ de vision, ses moindres faits et gestes enregistrés. Une des premières choses apprises à son arrivée. Les caméras, partout, la surveillance omniprésente, jusque sur son lieu de travail. D’ailleurs, à sa remarque, on n’avait cessé de lui dire « mais tu n’as rien à te reprocher, ça ne devrait pas te gêner. » Pourtant si, ça la gênait, à en être oppressant, écrasant, étouffant. Comme si sa liberté se retrouvait téléguider, sous le jugement interrogateur de l’observateur inconnu décidant si elle avait encore le droit de fouler le sol américain ou si au contraire elle devenait une menace. Peut-être l’avait-on déjà vue changer d’apparence, peut-être avait-elle été cataloguée, son identité enregistrée dans la catégorie des aberrations. Impossible pour elle de savoir, mais cet œil artificiel suivant le moindre de ses pas dans la rue savait, lui.
L’étranger lui rappelait cette surveillance constante, à cette manière qu’il avait de la regarder, allant jusqu’à scruter le moindre détail de son visage.

« Est-ce que vous pourriez cesser de me regarder comme vous le faites ? Je ne sais pas si c’est dans votre façon de faire, mais c’est vraiment gênant. »

Elle sentait ce regard peser sur elle, comme si elle redevenait une aberration. Comme si quelque chose clochait. De toute sa franchise, elle n’avait pas pu s’empêcher de le lui faire comprendre.
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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Lun 4 Mai - 10:56

« Vous venez d'y répondre, n'y pensons plus. » assura Nikolaas.

Il lui sembla que seuls les hommes prenaient en compte les compliments qu'on leur faisait afin d'enrichir leur ego. Les femmes se contentaient de le nier : « Mais non, je ne suis pas belle. », « Mais si, j'ai pris des kilos. » ou simplement d'insulter ceux qui avaient la gentillesse de dire quelque chose, même si c'était sincère, parce que tout de suite, les hommes passaient pour des dragueurs qui ne savaient pas s'y prendre. Nikolaas n'alla pas plus loin ; il n'aurait jamais pu avoir de telles pensées envers une inconnue, son cœur jouant apparemment de l'autre côté du trottoir. Il n'aurait pu s'empêcher d'éprouver une impression malsaine en sentant du désir poindre en lui pour une femme qui ressemblait autant à sa sœur jumelle.

« Bien sûr que vous ne l'êtes pas, cette personne est décédée. »

Voilà comment écarter le sujet bien comme il faut. Bien sûr que non, elle n'était pas Chris. Il l'aurait reconnue, il aurait ressenti ce lien viscéral qui les unissait jusqu'à ce que Maarten le coupe brutalement d'un coup de feu. Là, il ne ressentait rien, mis à part ce malaise étrange de déjà la connaître, malaise que la demoiselle approfondissait sans s'en rendre compte par sa négation perpétuelle. La communication ne semblait visiblement pas être son fort et elle lui causait comme s'il était venu la déranger lourdement alors qu'elle-même s'était pointée après lui.
Bien évidemment, elle n'apprécia pas sa remarque sur les tâches que comportaient ses vêtements ni la façon dont il faisait miroiter son reflet dans ses yeux sombres.

« Arrêtez de râler demoiselle, vous allez rider votre beau visage. »
finit-il par déclarer alors qu'elle lui faisait le reproche de la regarder avec insistance. « Permettez. »

Il décolla lourdement son corps du mur pour se rapprocher d'elle afin de la fixer en bonne et due forme plutôt que de la lorgner de côté. Retirant son gilet sans manches qu'il portait pour son personnage du jour, Nikolaas se permit de le faire passer sur les épaules de la demoiselle avant de soulever ses bras fins et de les faire passer dans les deux manches. Puis il referma le gilet avant d'en attacher les trois boutons, recouvrant ainsi subtilement les vilaines tâches qui semblaient tant incommoder la demoiselle.

« Mieux, n'est-ce pas ? En revanche, désolé, je ne peux rien pour les petites tâches qui se trouvent ici. » indiqua-t-il en posant furtivement son index sur le bout du nez de la demoiselle.

Pencha sa tête sur le côté, il recula avant de présenter l'ouverture du lieu qui se trouvait de l'autre côté du mur, au coin de l'impasse. Il y faisait beaucoup plus chaud mais l'ambiance y était certainement moins écrasante.

« Ceci dit peut-être puis-je y dessiner un sourire avec un petit verre que je vous offrirais ? »
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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Jeu 7 Mai - 20:14

Cette gêne se traduisait bien plus nettement par cette barrière de la langue qui parfois pesait à la jeune fille. De ce qu’elle avait cru comprendre, le latin était une langue morte, que plus personne ne se permettait de parler couramment. Deux mille ans plus tard, sa civilisation appréciée des historiens, placée dans une période nommée antiquité, figurait dans les musées, exposée dans les vitrines. Le reste, recouvert de sédiments ou de pierre, taisait encore de nombreux secrets. Si pour elle seulement quelques années semblaient s’être écoulées depuis l’éruption du Vésuve, des siècles d’existence humaine l’avait menée au XXIème siècle et toute cette jungle urbaine se dessinait sous ses yeux comme une dégénérescence de l’humanité. Où était passée cette vie simple et aisée qu’elle avait connue ? Tout semblait tellement bétonné que l’on pourrait croire la nature devenue une abomination, une horreur à répudier. S’il arrivait à la demoiselle de cueillir les grappes de raisin directement dans le champ quand l’envie lui prenait, le passage presque obligatoire par le supermarché pour en avoir lui semblait quelque peu idiot. C’était le nouveau monde, celui dans lequel elle vivait, et avait tant de mal à s’acclimater.
Si sa présence ne semblait pas déplaisante, Eolia constatait qu’il ne parvenait pourtant pas à détacher son regard d’elle, l’observant, la scrutant presque sans même se sentir gêné de l’importuner. Si bien que sous cette sensation d’être observée, la demoiselle répondit à sa légère provocation en cafouillant légèrement, preuve que son anglais demeurait loin d’être parfait.

« Je ne rôle, râle pas ! C’est toi, euh vous qui m’agacez. Aah ! »

Un Aah face à la difficulté de trouver les bons mots, d’aligner un vocabulaire correct et éviter les phrases sans verbe ou sujet. Un Aah parce qu’il l’intimidait quelque peu, plutôt, du genre tête brûlée. L’exercice était toujours plus compliqué lorsque d’autres facteurs rentraient en jeu. La langue visiblement pas dans la poche, elle resta muette, presque hébétée quand celui-ci lui mit son haut autour d’elle pour dissimuler les tâches de tomate. On pouvait dire qu’il n’avait pas la moindre gêne pour l’approcher et briser les distances de confort entre deux inconnus. En toute franchise, elle eut à répondre à cette brillante qu’il avait eue, la faisant presque rire de ce laissé-vivre à l’américaine. Toujours décontracté, à croire que rien ne semblait les bousculer tant que la sécurité prônait.

« Vous vous débarrassez de votre chandail à cause de la chaleur pour éviter de le porter ? »

Un vêtement bien trop grand d’ailleurs, lui descendant jusqu’aux genoux tant l’homme était immense à côté d’elle. Par réflexe, elle s’écarta lorsque le doigt de l’homme s’approcha d’elle et que d’un regard interrogateur elle scruta en fronçant les sourcils. L’index sur son nez, elle comprit rapidement la remarque, certaine qu’il l’avait remarqué depuis le départ, lui laissant le soin d’être encore plus gênée par cet oubli. Trop accaparée par son chemisier, elle n’avait même pas pensé à s’occuper de son visage. Un jour, elle espérait que des miroirs seraient installés, pour parer à cet oubli plutôt élémentaire !

« Vous auriez pu me le dire au lieu de vous moquer ! »

Il riait certainement bien sous cape, pendant qu’elle jouait les grimées bégayantes. Se sentant d’autre plus ridicule, elle fut presque prête à refuser l’invitation du verre, se demandant si ses intentions n’étaient pas mauvaises. Quelques minutes plus tôt, ils n’étaient qu’un inconnu et maintenant voilà qu’il se transformait en bien galant homme pour lui proposer de faire connaissance au comptoir. D’un sourire mi-amusé, mi-intrigué, Eolia l’observa d’un air suspicieux.

« Un verre ? Je suis encore en service actuellement, donc si ça vous tente pour ce soir, d’accord. »

D’accord, finalement, elle s’était laissée quelque peu tentée. Etait-ce davantage par naïveté ou gentillesse ou poussée par une certaine curiosité envers le bonhomme ? Elle ne saurait le dire, preuve étant qu’il y avait un petit quelque chose chez lui donnant envie de se brûler les doigts avec l’inconnu.
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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Ven 8 Mai - 9:27

La jeune femme cafouilla, pas gêne ou par difficulté, il ne le sut pas exactement : le fait est que son esprit assembla immédiatement les différents éléments qui constituaient sa personne – déformation professionnelle toussa – dans l'optique de les imiter et que la jeune femme ne lui sembla absolument pas américaine. Elle n'en avait ni le physique, ni les manières, ni l'accent. A se demander même, étant donné son regard presque sauvage, si elle n'avait pas vécu à l'écart de toute civilisation. En tout cas, civilisée ou pas, qu'est-ce qu'elle pouvait râler !

« Tiens, joli accent que voilà, vous n'êtes pas d'ici ? »

Ce n'était aucunement un reproche ou une moquerie, ni même du racisme : Nikolaas lui-même ne vivait sur le continent que depuis trois ans et son anglais bien que correct vacillait de temps à autre avant de retomber complètement dans ces racines qu'il assumait, mais qu'il éprouvait le plus grand mal à évoquer. Le chapardeur se demanda d'où venait la jeune femme. Si elle avait une famille. Des enfants, peut-être. Ou si comme lui, comme beaucoup d'habitants de la Nouvelle Orléans après l'ouverture des portes de Darkness Falls, elle n'avait plus rien d'autre que son sourire.
Contre toute attente – car Nikolaas savait très bien qu'il prenait des risques – elle ne réagit pas violemment quand il lui prêta son gilet sans manches. Peut-être parce qu'il avait été trop vite, la laissant sous le coup de la surprise, ou parce cela ne la dérangeait tout simplement pas. Ce qu'il avait fait était clairement déplacé en société : alors quand deux personnes non civilisées se rencontraient, elles semblaient civilisées l'une avec l'autre.

« Pouvez-vous croire une seconde que je peux aussi faire des choses désintéressées ? Remarquez que vous êtes d'humeur moins massacrante depuis que les tâches ont disparu sous le gilet, mademoiselle. Oh, et, au fait, on peut se tutoyer, je ne suis pas votre patron. »

Puisqu'après tout ils n'étaient pas entre personnes civilisées, autant ne pas faire de manière. Nikolaas la regarda se plaindre de nouveau tandis que le tissu tombait jusqu'à ses genoux, la tassant davantage tout en lui donnant le charme d'un petit lutin. Oui, pensa le chapardeur, cette jeune femme était définitivement en décalage avec le monde qui l'entourait. Il sourit lorsqu'il la vit s'adoucir jusqu'à accepter son invitation. Peut-être qu'elle se dériderait une fois qu'elle aurait pris quelques verres et qu'elle détendrait ses muscles le temps d'un sourire. Cela permettrait à Nikolaas d'en savoir un petit peu plus sur cette petite jeune femme mystérieuse. Le voleur inclina la tête pour signifier « marché conclu », avant de tourner les talons.

« Parfait, je reviens ce soir alors : à quelle heure finissez-vous. Au fait, moi c'est Niko, et vous ? »

Une formalité bien civilisée tout d'un coup, certes, mais qui permettrait certainement de la retrouver dans le bâtiment qui, ce soir, avait de fortes chances d'être bondé.
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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Lun 11 Mai - 21:42

D’un balayement à la surface, il comprit rapidement qu’elle ne semblait nullement ce qu’elle semblait être. Pas une petite native américaine gagnant sa vie à coups de lance-pierre pour faire face à ses besoins, ayant quitté l’école bien trop tôt par une crise d’adolescente farouche. Il ne pouvait imaginer combien ce genre de supposition pouvait être faussé. Pourtant, son cafouillage la trahit, tant et si bien qu’elle e trompa une fois de plus sur ses origines, prise au dépourvu d’avoir été démasquée, et que cette franchise caractérisant l’inconnu agaçait quelque peu. Il semblait ne jamais pouvoir arrêter de dire ce qui lui passait à l’esprit, incapable de faire abstraction d’un commentaire. Habituée aux conventions sociales dont ces professeurs lui a bourré le crâne afin de se comporter avec les civilités incombant, Eolia reconnaissait cet esprit inattendu chez elle, pour être aussi franche et terre à terre que lui. Pour avoir appris à calmer ses ardeurs verbales et éviter d’insulter la plupart des clients irrespectueux, la jeune femme sentait la moutarde lui monter au nez en la présence de Nikolaas.  A toujours vouloir le dernier mot, elle faisait de même, n’hésitant pas à le refouler quelque peu pour lui faire comprendre justement qu’elle pouvait aisément se mesurer à lui sans la moindre gêne.

« Je suis d’origine lat…, italienne. Et vous ?»

Difficile pour elle de se dire que le latin était une langue morte quand elle le parlait couramment. L’habitude finirait par avoir raison d’elle, d’ailleurs elle remarquait une légère amélioration dans son anglais pour percevoir les accents. Encore difficile de les relier entre eux, c’était pourtant un début non négligeable. D’ailleurs, il poursuivait ses remarques, et il était difficile pour Eolia d’analyser le ton emprunté et savoir s’il était question d’un reproche ou d’une simple constatation. S’il la trouvait irritable, il négligeait la situation entre eux. Ne le craignant pourtant pas, la rouquine demeurait d’une certaine manière sur ses gardes, ayant l’habitude des hommes des rues l’interpellant. Même s’il faisait preuve de davantage de civilités, il n’en demeurait pas moins que ses intentions semblaient surprenantes. A quelle titre l’invitait-il à boire un verre par exemple, pour la simple ressemblance avec ce proche ? Elle se permettait le doute sur la question et riposta avec énergie, montrant combien elle pouvait se défendre en cas de besoin.

« Je suis désolée mais je ne vous connais que depuis deux minutes, permettez-moi d’être méfiante envers les inconnus, même dotés des meilleures intentions ! Ce que vous pouvez râler vous aussi !  »

Parfaitement apte à se défendre, la répartie cinglante, Eolia savait se placer sur la défensive lorsqu’elle se sentait quelque peu agressée. Ce fut l’impression que l’inconnu lui donna l’espace d’un instant, sans pour autant revenir sur sa parole de boire un verre en sa compagnie. Pourquoi pa après tout, cela n’engageait à rien, et dans un lieu public, elle ne craignait pas grand-chose, surtout dans le propre bar où elle travaillait toute la semaine.
Sa voix s’adoucit quelque peu quand elle reprit le flot de la conversation pour l’arrangement de leur rendez-vous.

« 23h. Eolia. Je m’appelle Eolia. A ce soir alors.  »

Sans plus attendre, je suis rentrée par la sortie de secours dans le bar afin de reprendre mon service. Mettant un certain à m’habituer au changement de luminosité, je voyais à nouveau que je portais sur le gilet, le retirait pour le déposer dans les vestiaires afin de retrouver ma tenue de travail

~~~


De la fumée de cigarette s’éleva dans l’air, chatouillant les narines d’une rouquine grimaçante. L’odeur de tabac ne faisait nullement l’unanimité auprès de son odorat et elle ne supportait plus d’être embaumée chaque soir par ce halo de fumée environnant. Si l’heure indiqua la fin de service, elle ne remarqua pas la présence de l’homme et prit le temps de se changer et vêtir sa tenue que finalement elle ne portait que quelques heures par jour. Pour aller au travail et y revenir, triste vie de sa garde-robe, recouverte par les habits de travail.

Sortant du vestiaire, elle finit par l’apercevoir à proximité du comptoir.

« Je nous ai réservé une table au fond. Sauf si tu préfères que nous nous accoudions au bar. »

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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Jeu 14 Mai - 9:56

Il n'avait pas été difficile de remarquer qu'elle avait bafouillé sur ses origines, plus par mystère que par problème de langue. Nikolaas accueillit cette nouvelle énigme avec un nouveau sourire tandis qu'elle se plaignait elle-même, sur la défensive, pour mieux avouer que quelque part, il n'avait pas tout à fait tort. Sans doute se montrait-il un peu entreprenant pour elle ce qui expliquait sa méfiance. Qu'elle se rassure, le chapardeur ne nourrissait aucune idée saugrenue auprès d'elle, déjà parce que vu sa bouille, il lui attribuait au plus fort le lien d'une petite sœur, et surtout qu'il ne prendrait jamais le risque de sortir avec quelqu'un qui lui rappelait autant Chris. Ca risquerait de devenir un petit peu bizarre une fois au lit.

« Néerlandaise. »

Heureusement, il ne pourrait jamais confondre le prénom de la jeune femme avec celui de feu sa sœur jumelle. Eolia. Pas commun, comme patronyme. Il le mémorisa en même temps que l'heure à laquelle il reviendrait. D'un signe de tête, il lui fit comprendre qu'il avait bien entendu et qu'il serait là. Sans un regard en arrière, sans récupérer son gilet, il quitta l'allée sans issue tandis que la jeune femme retournait à ses affaires.

A 22h30, il quitta son appartement miteux du moment pour se rendre de nouveau au Little Darlings. Sans costume, sans personnage, ce soir là. Il termina sa cigarette dehors avant de se glisser entre les quatre murs du bâtiment surpeuplé. Encore une fois, il faisait beaucoup plus chaud à l'intérieur qu'à l'extérieur. Cette fois-ci, ayant prévu son coup, Nick encaissa le changement de température grâce au simple débardeur noir qu'il portait et qui, en des temps plus joyeux, auraient pu mettre en valeur d'éventuels muscles qui aujourd'hui constituaient ses seules réserves de nourriture. Ce soir, l'alcool serait le plus important. Ayant revendu un élément d'un butin récent, il put faire glisser quelques pièces sur le comptoir afin de commander une simple bière qu'il colla rapidement contre sa joue pour se rafraîchir. Quelques secondes plus tard l'alcool savoureux pétillait contre les parois de son œsophage.
Quelqu'un lui adressa la parole une demie heure plus tard. Il s'agissait d'Eolia qui avait quitté ses habits de travail pour venir le rejoindre. Le chapardeur fut agréablement surpris par le tutoiement qu'elle employa bien rapidement pour quelqu'un d'aussi méfiant, quelques heures plus tôt.

« Avec plaisir, je te suis. » répondit-il en entrant dans son jeu.

Il saisit sa bouteille pour l'amener avec lui et descendit de son haut tabouret. En improvisation, le mot proscrit était « Non. ». Il fallait toujours accepter la proposition de l'autre au théâtre, sous peine de fermer la conversation et de dissoudre l'embryon d'histoire qui aurait pu être créé autrement. Comme la vie s'apparentait au théâtre, Nicko y utilisait les mêmes règles.
Ils s'installèrent à une table beaucoup plus éloignée des autres. Nikolaas repoussa le petit carton plié en deux qui indiquait la réservation et prit place sur une chaise bien petite comparée au tabouret qui l'avait autrefois accueilli.

« La fin de ton service s'est-elle mieux passée ? Ca fait longtemps que tu travailles ici ? »

Comme à l'ordinaire, l'arnaqueur se mettait à l'aise, tâtait le terrain. Si elle ne causait pas, il fallait bien que quelqu'un le fasse. Et si son service l'avait fait autant soupirer que lorsqu'il l'avait rencontrée cet après-midi, elle aurait de quoi râler, pour son plus grand bonheur. Même si Nikolaas ne travaillait pas légalement, il pouvait trouver un nombre incroyable de conversations à lancer, parfois bien supérieur à ceux qui disaient avoir un emploi du temps de ministre, qui cachait en fait leur peur viscérale de l'ennui.
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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Mar 19 Mai - 11:34

Néerlandaise. Un instant, Eolia se demanda où pouvait se trouver la néerlandie en Europe. Elle chercherait dans une encyclopédie lorsqu’elle passerait à la bibliothèque. Pas demain la veille que son premier réflexe serait de consulter google maps sur un téléphone portable en pleine rue. Décidément, la technologie et elle ne feraient jamais bon ménage, et il n’était même pas question de le mentionner, tant la jeune femme ne parvenait pas à se faire à cet électronique la dépassant complètement. Les livres au moins demeuraient réel, à leur contact, elle se sentait rassurée de pouvoir tourner page après page et voir la connaissance glisser sous ses yeux. De jolies couleurs, du papier imprimé, un peu de relief, des explications bien écrites, il y avait une âme vivace lorsque les pages se tournaient pour raconter cette histoire. Même si parfois il n’y avait aucune narration, chaque livre avait quelque chose à dire et exprimer, ce qui ne se retrouvait pas sur leur plateforme imaginaire, dont Eolia peinait à trouver une explication autre qu’imaginaire. Une magie qui pourrait se perdre si l’électricité décidait de disparaître du jour au lendemain, sans pouvoir fonctionner davantage. Le livre, lui, serait toujours là, pourrait s’ouvrir, n’importe où, n’importe quand et dévoiler ses plus grands secrets pour le plus grand plaisir des curieux.

C’est dans la soirée, durant ces moments ennuyeux où elle laissait parfois son esprit vagabonder en versant machinalement les bières dans les choppes que la mémoire lui revint soudainement. La Hollande, mais oui ! La néerlandie n’existait pas, elle aussi se disait que c’était quelque peu étrange comme nom de pays. La langue et ses exceptions, toute une histoire. Rassurée de ne pas être qu’une inculte, Eolia patienta jusqu’à l’arrivée de ce curieux hollandais que l’excès de zèle ne semblait nullement arrêter.

« Tu es là depuis longtemps ?»

La bouteille ne lui avait nullement échappée et l’espace d’une seconde elle se demanda si elle ne l’avait pas attendre pour le coup. Encore quelque chose qui l’agaçait quelque peu dans ce monde, quand bien même elle trouvait quelques avantages néanmoins le temps, minuté, à la seconde près, régulait le quotidien des hommes. A son époque, tout restait à peu près approximatif, on ne se pressait nullement, on ne s’impatientait pas, on prenait les choses telles qu’elles arrivaient sans paniquer à la seconde où rien ne se produisait. Le temps, Eolia en avait pour vivre, prendre l’instant présent pour en profiter pleinement plutôt que de penser à ce qu’il se passerait par la suite. Seulement, la jeune femme avait appris à devenir aussi angoissée que tous les autres dès que l’aiguille dépassait l’heure indiquée, dès que personne ne se présentait au rendez-vous, dès qu’elle avait un soupçon de retard. Si elle pensait être ponctuelle, elle craignait avoir encore mal compris le temps de leur rencontre mutuelle.
Installée dans un coin à l’écart, la conversation reprit là où elle semblait d’être évanouie au matin. Ayant pris un verre de jus de fruits, elle répondit à sa première question, visiblement plus détendue que ce matin.

« C’était plus calme en effet. Un an dans deux semaines que je serai ici, je crois.»

Déjà tout ce temps de passé, trois ans au total que sa vie s’était retrouvée projetée dans ce monde urbain dont elle apprenait encore beaucoup. Même avec les jeunes de son âge, difficile de suivre la conversation, leur moyen d’expression ainsi que leurs références culturelles variées. De musique, d’art, de souvenirs d’enfances, la jeune romaine demeurait à des années lumières de leurs connaissances. Pour compenser cette perte, elle lisait des livres, écoutait la radio, passait parfois au cinéma, même si elle sélectionnait soigneusement ses films, grandement impressionnée par cet écran géant dont elle avait parfois la sensation que les personnages allaient sortir pour envahir la pièce.

« Quand je ne suis pas derrière le bar, il m’arrive de chanter au Masquerade avec un groupe d’amis. Et toi, que fais-tu comme travail ? »

Pour apprendre à communiquer, Eolia avait appris à lancer la question rhétorique à son interlocuteur pour que la conversation ne s’évanouisse pas sur un simple « d’accord » ponctuant la fin de l’échange. Des astuces que son professeur lui avait donné pour la mettre à l’aise avec cette langue qu’elle trouvait parfois si difficile à maîtriser, particulièrement lorsqu’elle ne se sentait pas à l’aise.
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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Sam 30 Mai - 16:00

« Non rassure-toi. J'avais fini ce que j'avais à faire alors je suis venu un peu plus tôt. »

Les paroles de la jeune femme se manifestaient de manière erratique si bien que chaque phrase constituait un événement. Nikolaas songea qu'elle économisait sa salive et que ses origines lui conféraient un sens de la convivialité bien différent du sien. Lui-même, peu bavard, s'appuyait sur les capacités loquaces de ses comparses lors d'une conversation : cette fois-ci, il semblait qu'il faille y mettre du sien. Curieusement, Eolia semblait éprouver les mêmes difficultés. Même si cela prédisait certainement une conversation plutôt calme, au rythme lent, c'était un premier point commun. Il se trouva particulièrement étonné de la précision avec laquelle elle répondit à sa question. Lui-même ne saurait jamais dire exactement quand il était arrivé à New York. L'année, peut-être, et encore. Le fait de ne pas gagner sa vie selon les rythmes bureaucrates rendait sa perception du temps complètement floue, voire erronée.

« Tu chantes ? S'étonna-t-il. Etonnant que je ne t'y ai pas vue...Enfin, disons que je passe plus de temps au Little Darlings qu'au Masquerade. »

Pourtant, le simple fait de connaître la patronne devrait davantage l'y pousser, mais la différence d'ambiance et la proximité, malheureusement, du Little' avec ses petites affaires de plus en plus sombres ne lui permettaient pas de se rendre au Masquerade aussi souvent que la beauté de la Reine Ruby lui donnait envie.

« Et qu'est-ce qui t'a poussé jusqu'à la Nouvelle Orléans ? » demanda-t-il en portant une nouvelle fois le goulot de la bouteille à ses lèvres.

Lorsque vint son tour de décliner son métier, Nikolaas n'hésita pas une seconde.

« Je suis un artiste ! » répondit l'arnaqueur avec un grand sourire.

Plus vague, tu meurs. Mais c'était ainsi qu'il se qualifiait, car au delà d'une définition plus élogieuse de ses coups pourtant immoraux, ce terme englobait toutes les pratiques auxquelles il s'adonnait afin de ne pas s'ennuyer mais surtout, de remplir son assiette. Il rendait souvent grâce à son estomac de lui permettre de sauter un repas afin d'aller prendre une bière comme celle qu'il savourait avec délice alors que la marque qui s'étalait en un macaron collé à la va-vite sur le corps de la bouteille était loin d'être un gage de qualité.
Ca réchauffait le cœur, ce qui n'était pas plus mal.

« Je suis un peu de tout, et un peu de rien. Je papillonne, je me transforme, et je disparais. J'imite, je fais des tours de magie, je rends des services, je joue et je peins, je suis une illusion dansante. Ce qui explique que je n'ai jamais que les horaires qui me conviennent. »

Il portait au poignet une montre qui ne marchait plus et qui, même si elle exécutait encore son office, ne lui servirait à rien. Nikolaas ne regardait jamais l'heure pour la simple et bonne raison qu'il ne respectait que les délais que son instinct lui imposait. Pas de rendez-vous, pas de limites de temps, juste ses propres envies et impositions. Nomade, sans famille, sans identité fixe, il allait et venait tel un papillon, libéré de toutes ses obligations, exceptés ses besoins primaires qui lui rappelaient de temps à autre son humanité faiblarde.
Parfois, il aurait aimé faire partie d'une race encore vivante dans l'imaginaire collectif, celle qui n'avait pas besoin de se nourrir, pas besoin de dormir. Il pourrait ainsi profiter des vingt-quatre pleines heures de chaque journée pour découvrir ce monde aux milles secrets lumineux du jour et aux mille mystères sordides de la nuit.

« Pas de famille, pas d'obligations, confirma-t-il à haute voix. Et toi, tu as de la famille ici ? »
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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Mer 17 Juin - 11:25

Ce n’était pas dans ses habitudes de prendre spontanément la parole face à des inconnus. D’un côté, pour son travail, elle lui arrivait d’hausser le ton la première, mais c’était davantage pour jouer son rôle, celui qu’on lui demandait de chorégraphier. Des pas fluides pour entamer une jolie danse en servant les clients assoiffés, des sourires communicatifs, parfois quelques mots échangés, d’une banalité affligeante. Simplement pour créer l’ambiance de l’établissement, le Little Darlings accueillant et prenant de sa clientèle. Eolia ne s’était jamais attardé sur les numéros tendus en toute discrétion par les clients à son adresse. Professionnelle, elle ne cherchait pas à s’étendre davantage, et puis pour une raison évidente la laissant de marbre, la demoiselle ne s’imaginait pas encore parler de ses origines à n’importe qui. S’engager dans une relation impliquait une confiance et une transparence à laquelle elle ne semblait pas prête à faire preuve. Pas encore.

« Les Mardi, Jeudi et Samedi si ça t’intéresse. »

Oui étonnant qu’elle chante. Et si sa prononciation anglaise demeurait parfois étrange et sonnait avec des accents du sud de l’Europe, Eolia maîtrisait une voix puissante et aigue, capable de faire face aux basses influentes dans les morceaux. Cette pratique lui donnait droit à une expressivité qu’elle ne se permettait habituellement pas. Au centre de la scène, les yeux rivés sur elle l’encourageaient à déployer toute sa force, toutes ses émotions sommeillant en elle pour les laissait créer cette symbiose d’un parfait équilibre musical. Parfois, elle racontait des histoires, la sienne dans une foule de sentiments contradictoires, repensant au passé si éloigné pour la pensée humaine, si présent en elle. Sa boisson dans les mains, elle jouait avec le verre, créant une mélodie en tapant ses ongles dessus, un joli rythme où sa créativité se perdait inconsciemment. Vint la question de son arrivée dans la ville, celle que finalement tout le monde lui posait. Pourquoi es-tu là ? Si elle savait…

« Je ne sais pas trop. L’envie d’évasion peut-être ? »

Comment lui dire qu’elle avait été retrouvée nue au milieu d’une route américaine dans un siècle complètement inconnu, dans un décor étranger où elle se demanda comment elle avait pour arriver ici. Traverser un continent sans le moindre souvenir, voilà sa condamnation. Si elle avait les moyens, elle pourrait peut-être vivre en Italie, qui sait ? Ses premières économies lui avaient offert le voyage là-bas sur la route de sa vie perdue. Tout plaquer pour envisager cette nouvelle vie ? Le problème demeurerait similaire, ne maîtrisant pas l’italien qu’elle devrait apprendre. Le latin était une langue morte, alors qu’elle-même le parlait couramment, traduisait toutes ses pensées dans ce même langage. L’humanité avait avancé, sans elle. Curieuse de sa réponse, elle plissa les yeux de malice, curieuse de savoir ce qu’il lui prévoyait d’autre.

« Un artiste ? »

Elle aurait davantage pensé à un prestidigitateur, par cette capacité qu’il avait de se mouvoir dans toutes les scènes où il s’affichait. Changer de tenue entre le début et la fin de la journée, même si la température pouvait en être la cause, marquait également un certain goût à la dissimulation parmi les foules. D’ailleurs, il en fit une description qui étira un sourire sur ses lèvres. Celui que l’on croyait connaitre mais qui ne se dévoilerait jamais. Celui qui ne se laissait jamais dévoiler, ni trop peu, ni pas assez, maîtrisant son image, son illusion. Un joueur se croyant sur une scène de théâtre dans la réalité, n’accordant nulle importance au monde extérieur.

« Ma famille n’est plus de ce monde. Et la tienne ? »

Depuis longtemps même. Eolia ne prenait plus le temps d’y penser au quotidien, se laissant transporter par chaque jour comme une nouvelle découverte. Sans contraintes, se découvrant une liberté de mouvement auxquels elle n’aurait jamais pensé, Eolia avait parfois du mal à prendre les avants pour profiter comme les jeunes de son âge. Cela finirait petit à petit par venir.
« Etes-vous illusionniste ? Un tour de passe-passe et vous apparaissez, disparaissez sans que personne n’ait conscience que vous étiez présents. Ce n’est pas ça, ce que vous êtes ? »

Ça l’amusait, la faisait sourire. L’intriguait tout comme l’impressionnait.


HJ : désolé pour le retard ><
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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Jeu 18 Juin - 10:06

Oui, cela l'étonnait qu'elle chante, car chanter c'était déverser ses tripes sur scène, devant parfois des dizaines de personne. C'était montrer la partie cristalline de son être et s'ouvrir aux autres pour leur offrir les profondeurs de son intimité. De ce qu'il la connaissait, Eolia n'avait pas l'air d'être quelqu'un de timide...mais plutôt une femme secrète. Une rose à épines, une eau qui dormait. Et cette aura de mélancolie mystérieuse lui conférait une poésie sereine qui donnait envie d'aller vers elle mais qui, une fois que vous vous trouviez devant elle, vous clouait sur place. Et vous aviez alors l'impression que vos mots ne vous appartenaient plus, et franchissaient le cap de l'idiotie suprême en même temps que la barrière de vos lèvres.
C'était ce que ressentait Nikolaas à cet instant.

Il ne mémorisa les horaires de chant que quelques secondes, les laissant ensuite divaguer dans son esprit avant de sortir par l'oreille opposée. Cela ne l'intéressait pas tant de savoir quand elle chantait, de savoir qu'elle chantait simplement. Il se surprit à imaginer la voix dont elle pouvait faire preuve. Curieusement, il ne lui attribua pas la voix gutturale du rock underground, le coffre ténébreux des opéras, ou encore les sillons criards des la variété. Il lui imaginait davantage ce chant d'une complexité puissante qui vous traversait de parts en parts sans que vous ne sachiez pourquoi, une sorte de douceur violente qui poussait les portes de l’irrationalité
L'évasion.

« Je connais ça, c'est aussi pour ça que je suis partie de chez ma famille. J'en ai vu du beau, monde, tu sais. J'ai sillonné l'Europe dans ses moindres recoins, pendant des années, avant de venir ici, il y a deux ans. Tu as visité beaucoup de pays, toi ? »

Nikolaas songea alors aux récits de voyages de son ami Livio, pour qui la famille contrairement à lui, demeurait quelque chose de sacré, sans qui on n'allait nulle part. Quand on voyageait, on perdait ses repères. Il lui avait semblé que Livion voyageait avec. Il lui suffisait de déplacer ses repères, cela lui permettait certainement de se sentir comme chez lui un peu partout dans le monde.
Ses yeux s'illuminèrent quand la jeune femme sembla soudain montrer de l'intérêt pour ce qu'il faisait dans la vie, avant de s'assombrir dans la banalité simple pour lui avouer que plus personne de son sang ne vivait aujourd'hui.

« Je ne sais pas. » avoua Nikolaas en toute sincérité. « Je suis parti sans elle. »

Il aurait voulu s'étendre sur le sujet pour donner davantage de rythme à cette conversation d'un calme étrange, mais ne s'en sentait pas la force. Chris était décédée de la main de Maarten quinze ans auparavant, et ce dernier travaillait quelque part dans cette ville. Il vivait dans une maison propre et classe dont il ignorait l'emplacement, avec une femme et une fille dont il ne connaissait pas l'existence jusqu'à leurs retrouvailles, quelques mois auparavant. Depuis qu'ils étaient tombés par hasard l'un sur l'autre, ils ne s'étaient plus revus, et n'en ressentaient certainement pas le besoin. Ses parents de sang et sa famille d'accueil ne l'avaient jamais cherché. Tant pis. Peut-être avaient-ils quitté ce monde, eux aussi.
Nikolaas étira un sourire sincère.

« Oui, c'est ça, c'est exactement ça ! Je suis presque aussi doué qu'un sorcier. Je fais des tours de cartes, mais sans magie. Et mon plus grand talent est de pouvoir me déguiser en n'importe qui, et d'imiter sa voix, ses faits et gestes. Tout cela dans la plus grande discrétion, afin d'arriver à mes fins. C'est comme ça que je gagne ma vie. Toi tu évolues sur la scène du Masquerade, moi, ma scène, c'est le monde. »

Il avala une gorgée rafraîchissante de son verre.

« Tu chantes depuis longtemps ? C'est quelque chose dont tu veux faire ton métier, plus tard ? »
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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Mer 1 Juil - 22:28

Dans les prunelles d’Eolia se retrouvaient ce que peut pouvaient se vanter d’avoir vécu : le temps passant. Comme immortelle, la chouette avait veillé sur les siens, traversant les siècles, parcourant les décennies, sans avoir de cesse de les protéger. Première présente sur les lieux qu’autrefois furent glorifiés par la civilisation romaine, l’animal n’a jamais défailli, piquant même à l’aide de son bec ceux qu’elle ne voyait pas sous un bon œil. Dorénavant, la chouette évoluait sous une autre forme, et pourtant elle n’a pas oublié sa fonction première : serveuse dans un bar, elle veillait à présent sur ces âmes déchues, errant en solitaire à la recherche de l’oubli au fond d’un verre. Inconsciemment, l’animal influait sur l’humaine à sa manière, marquant son passage à sa façon, protégeant les démunis face au temps passant. Ce soir pourtant, rendant son tablier, il semblait qu’il n’y aurait pas à s’occuper des autres ce soir. Comme éprise d’un instinct maternel, elle ne se posait pas de question, comme si toutes ces personnes-là représentaient ses enfants, et qu’il fallait en prendre soin. D’une certaine manière, l’on pourrait dire que c’était vrai. Mais personne ne pourrait se douter que cette demoiselle à l’apparence frêle et fragile soit plus âgée que quiconque dans la pièce. Qui pourtant avait atterri dans une jungle à l’apparence civilisée à laquelle elle ne semblait pourtant pas s’habituer avec le temps. Parfois encore, elle avait du mal à comprendre ce qu’ils disaient tous, avec leur langage et les allusions définissant leur passé commun, les musiques écoutées, l’enfance vécue… Eolia mentionnait donc son enfance de sorte que chacun se projette à son époque, plutôt que de laisser sous-entendre que son temps, sa civilisation, sa langue même morte marquait le passé lointain de la vie humaine. Tellement étrange.

« Je suis d’origine italienne. Mais je ne connais pas le reste de l’Europe, je n’ai jamais eu l’occasion de visiter. »

Un jour peut-être elle retournerait en Europe, peut-être même s’installerait en Italie. En attendant, elle y avait séjourné et conservait un souvenir plutôt agréable de son passage. Pourtant, elle avait davantage de marques ici que dans son pays natal ; le temps avait évaporé toutes les connexions auxquelles elle s’était liée durant sa vie. Il ne restait que de la poussière, des cendres éparpillées, de la lave recouvrant ceux qu’elle avait côtoyés. Malgré tout, elle ne se trouvait pas si triste d’avoir perdu sa famille, tant la situation lui semblait irréaliste par moment. Sans doute que le temps n’était pas anodin là-dedans : en pensant les plaies et les blessures, il aidait finalement à reconstruire les êtres petit à petit, leur donnant une autre vision de la vie, pour affronter chaque jour avec force les épreuves les attendant.

« C’est triste. J’espère qu’elle reviendra un jour vers toi. »

C’est en tout cas ce qu’elle pouvait espérer pour lui, surtout si elle vivait encore, quelque part sur cette Terre. La famille avait toujours constitué pour elle un vecteur important pour son propre épanouissement et maintenant, disons qu’elle devait trouver ses repères elle-même et que parfois ce n’est pas si simple qu’elle ne voudrait le penser. Après deux ans passés ici, elle pouvait montrer avec fierté qu’elle avait réussie, d’une certaine manière à surpasser ses démons et avancer. En se faisant confiance, et en se laissant aider, finalement elle ressemblait à toute américaine qui se respecte, excepté pour ce petit accent encore perceptible.

« Je m’en étais doutée. Le monde est ton espace de jeu. Quel personnage joues-tu ce soir ?»

L’illusioniste, un brin manipulateur et joueur. Celui qui d’un claquement de doigt changeait son monde, le peignait de mille couleurs, au gré de ses fantaisies. Pour changer de costume, l’un de jour, l’autre de nuit, jouant un personnage avec des traits de caractères parfois lui ressemblants parfois trop éloignés. Mais toujours, il jouait avec une certaine fantaisie, le but étant de s’amuser, bien évidemment.

« Métier ? Euh, je ne sais pas vraiment. J’aurais aimé faire de l’archéologie, mais l’université ne propose plus ce type de formation. »

A vrai dire, elle ne s’imaginait pas encore avoir une vocation ou quoi que ce soit à long terme. Pour l’instant, sa vie rythmait par des Carpe Diem journaliers.
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MessageSujet: Re: Libera Me [Eolia]   Sam 4 Juil - 9:42

« Vous devriez. »

L'Italie n'avait pas fait partie de l'itinéraire qui l'avait mené jusqu'à New York. Il avait traversé successivement l'Allemagne, la Belgique ainsi que la France avant d'embarquer clandestinement et d'arriver aux Etats-Unis complètement démuni. En effet, aux yeux de la loi, Nikolaas n'existait pas vraiment. Aux yeux du monde, il existait sous différentes identités. Personne, à part peut-être Chayton, son comparse de vol, ne pouvait aujourd'hui se vanter de l'avoir vu deux fois dans le même personnage, et surtout, de l'avoir vu à nu.
Malgré la tristesse exprimée en tant que mots dans la bouche d'Eolia, la jeune femme ne semblait pas en éprouver. Il devenait presque banal aujourd'hui de se séparer de sa famille pour faire sa vie, ou tout simplement parce que les éléments s'abattaient sur vous avec une telle force qu'ils vous la prenaient. Ayant été ballotté de familles en familles, avant de perdre ses ultimes repères en la présence de Maarten et Chris, sa sœur jumelle, Nikolaas en venait même à douter si la plus vieille famille dont il se souvenait demeurait réellement sa génitrice.

« Dans cette dimension physique, il y a peu de chances. La plupart de ceux qui la composaient ont du quitter ce monde depuis bien longtemps... »

Et prendre conscience qu'il le souhaitait quelque part au fond de lui le rendait d'autant plus amer.

« ...et le seul repère qui me reste a refait sa vie en arrivant aux Etats-Unis, il y a de cela des années. Je dois désormais construire mes propres appuis moi-même et ma condition veut qu'ils vacillent d'un jour à l'autre. »

Le chapardeur trouvait effectivement son équilibre dans le déséquilibre. Il avait été habitué à perdre continuellement ses marques, à commencer par la vie qu'il menait alors avec Maarten et Chris quand ils s'étaient échappés de leur famille d'accueil. Depuis ses quinze ans, Nikolaas ne s'était jamais sédentarisé, voyageant à travers le monde sans jamais savoir de quoi le lendemain serait fait. Son âme vagabondait d'un point à l'autre, arbitrairement, aléatoirement, sans que désormais cela ne lui procure la moindre gêne. La destruction continuelle de ses repères avait développé chez lui une peur de l'attache tant physique que sociale et il vivait dans la lucidité que tout était de passage dans sa vie et serait passible, un jour ou l'autre, d'exploser.

« Ce soir je suis le petit alcoolique insignifiant, faux dragueur et conteur mélancolique qui s'abreuve des bribes de vie d'une inconnue charmante. »

Il n'était jamais totalement quelqu'un, même lorsqu'il se retrouvait à nu. Il sortait de sa coquille comme un bout d'âme sans substance, un mélange de toutes les personnalités incarnées qui avaient taillé une facette sur son corps durant leur passage.

« Archéologie ? C'est aussi l'art de raconter des histoires et de raconter l'Histoire, dira-t-on. Et qu'est-ce qui vous plaît là dedans ? »

Sans y vivre Nikolaas savait que l'université Tulane, située dans le quartier Est de la Nouvelle Orléans, se vidait de jour en jour, dépérissait à l'image de ce monde vacillant.
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