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 Les oiseaux se cachent pour mourir. || Miranda.

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MessageSujet: Les oiseaux se cachent pour mourir. || Miranda.   Sam 18 Avr - 20:12




I woke up and he was screaming.
I'd left him dreaming.
I roll over and shake him tightly, and whisper
"If they want you, then they're gonna have to fight me,"



Le temps était orageux.
Le ciel était bas, noir et grondant, drapé frileusement dans l’opaque de ses nuages denses, se parant peut être de sa plus belle tenue pour un grand coup d’éclats, un grand coup d’éclair.
Un grand coup d’orage.
Aubin, sentait glisser le long de son dos quelques frissons électrique, témoin de cet air chargé, irrespirable, prêt à éclater. Son côté animal, petit hibou taciturne terré dans les tréfonds de son être s’agitait, se brouillait, comme tout animal qui sentait venir la présence de ce caprice céleste qu’est l’orage.
Mais lui, le petit écrivain, avait toujours aimé ces temps capricieux. Ces temps où arrivait la pluie qu’il affectionnait tout particulièrement. Elle était l’une des rares choses qui il faisait sortir la tête de ses livres et papiers, le laissant aller à sa contemplation, à l’écoute enchantée et enfantine de son bruit doux ( ou parfois plus violent, elle était femme de caractère ) sur les carreaux de son bureau. Et il la sentait parfois le gonfler d’une énergie étrange,  tant et si bien qu’il finissait par tout quitter sans un mot pour aller marcher sous les gouttes. Ça l’avait toujours aidé à réfléchir.

Arrêté dans un couloir vide, il regardait par la fenêtre avec dans les bras un épais tas de feuilles noircies de sa si particulière écriture qui faisait s’arracher les cheveux à toutes les secrétaires, surtout à Antonia qui elle devait retranscrire sa paperasse puisqu’il était bien incapable de se servir d’un ordinateur correctement.
Encre noire. Cursives appliqués et ésotériques. Petits airs d’enluminures et italiques complexes.

Plus Aubin songeait plus il se perdait dans une quelques réflexions, dans quelques souvenirs perdu, relent d’un passé qui parfois lui revenait en tête.

« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis… »


Il murmura de sa voix douce ces quelques vers, qui a la vision de ce temps lui revenaient à l’esprit.  Baudelaire et ses poèmes, voilà qui n’allait pas lui donner du baume au cœur dans le fond. Mais qu’elle forme bon dieu, quelle musique dans les mots.
Aubin admirait tant les mots. Tant et si bien qu’il ne vivait plus qu’avec ceux-ci.

Il soupira un instant, s’arrachant à la contemplation de cette vue qu’offrait la hauteur des étages de la bâtisse du gouvernement et se remit à marcher, ses pas résonant dans le couloir vide.
Il avait du travail, important travail. Comme toujours, il était prêt depuis bien longtemps puisqu’il passé ses nuits, ses journée, sa vie à gratter du papier enfermé dans son bureau.
Il était une machine à écrire. Mais ne poussait pas le vice a se qualifier de machine à écrire vivante, car vivant il ne savait plus vraiment s’il l’était entièrement depuis bien des années. Antiquité sur patte. Hibou aux oubliettes. Morceau de passé à présent jeté dans son futur.  
Mais l’on s’égare. On s’égare beaucoup avec Aubin. S’il ne parle pas beaucoup ses pensées en revanche filent rapidement, elles s’effritent et divaguent, digressent à leur bon vouloir.
Il fallait qu’il travaille avec Miranda. Et il n’en avait pas envie.
Pas qu’il n’aimât pas la jeune femme, loin de là. Mais sa verve et son perfectionnisme ( qu’il admirait puisqu’il l’était aussi ) lui faisait peur.
De même que la gente féminine avait un certain don pour le faire fuir depuis qu’il avait aimé une femme et que cela s’était tragiquement finis.
Il avait peur des femmes et de leur violence quand elles ont le cœur brisé. Mais il avait surtout peur d’avoir commis sur l’une d’elle cet acte irréparable, qui était son crime, son châtiment. Il avait toujours la hantise d’avoir tué sa sorcière et sentait comme toujours le poids, la poisse de son sang sur ses mains diaphanes.
Il se sentait coupable. Et les femme dès lors le terrifiaient. Et puis, Il était convaincu que si lui n’avait rien contre Miranda, celle-ci au contraire avait une dents contre lui et contre cette image qu’il passait son temps à se donner.
A moins que ce soit par ce qu’il s’évertuait a la fuir, comme actuellement ? Il avait prévu d’aller déposer son travail fait sur son bureau, et d’aller se terrer quelque part, sans la croiser.
Ce n’était pas contre elle. Mais moins il avait de contacts sociaux, mieux il se portait. Du moins il y croyait dur comme fer.
En revanche, il avait l’impression que l’attitude de la jeune femme avait un peu changé depuis l’épisode du placard. Lorsqu’il l’avait trouvé enfermé, paniquante et que le cœur serré il n’avait pas pu l’abandonner a une détresse qu’il connaissait bien : celle de la peur primaire et viscérale, rejeton des cicatrices du passé qui jamais ne cicatrisent.
Il se souvint bien avoir cette fois-là et uniquement cette fois, dévoilé un peu de ce qu’il était au fond de lui : un être d’une douceur étrange, retiré du monde.
Il s’était contenté de lui parler de sa voix calme et hésitante, de passer doucement sa main tremblante dans ses cheveux. Aubin avait ce don d’avoir une présence dont le calme permettait l’apaisement.
Mais depuis lors, il n’avait jamais reparlé de cet incident. Les gens n’aimaient pas que l’on expose leurs faiblesses, aussi respectait-il cela et n’avait rien changé à sa façon d’agir.

Alors qu’il se torturait l’esprit, et marchait les yeux dans le vague, il ne fit pas attention à l’embuche qu’on lui tendait : un idiot croche patte dans lequel il se prit les pieds.
Il tomba, malheureusement mère gravité ne faisait aucunes dérogations.
Il entendit des rires, des moqueries, qui l’attaquent de plein fouet. Alors Malaussène ? Tu perds de ta superbe ? Ramasse donc tes précieux papiers…

Le hibou avala sa salive et se redressa les mains tremblante, récupérant avec hâte se papiers jonchant le sol.
Partir. Vite. Partir et se terrer quelque part. Il gardait encore un petit peu de force. La force de la fuite.
Aubin se releva avec hâte, la tête baissée, ses feuillets dans les mains. Partir.
Sans un regard, le souffle court il tourna les talons, prêt à partir sans demander son reste. Trouver un coin ou se terrer pour se remettre de cette agression, peu violente en apparence, mais pour lui hautement déchirante.

Mais un type lui barra la route, il retourna. Un autre derrière.
Et ils riaient, riaient, parlaient, l’apostrophaient. Et Aubin lui paniquait. Leurs rires lui déchiraient la tête, lui faisaient tourner l’esprit. Il avait l’air d’une proie piégé entre trois loups.
L’un d’entre eux s’approcha, et Aubin recula vivement, se cognant avec force le dos contre le mur refaisant tomber ses précieux papiers autour de lui misérablement.
La plume paniquait de plus en plus. Il n’arrivait plus à aligner deux pensés correctes, et sa respiration était devenue erratique, lui brulant sans vergogne la trachée à chaque goulée.
Sous l’effet de son trouble ses jambes se dérobèrent sous lui, le laissant glisser contre le mur, achevant sa course sur le sol ramenant ses genoux contre lui.
Il replia sa tête contre ceux-ci, se recroquevillant sur lui-même, tremblant comme une feuille morte.
Il était mort de peur. De cette peur qui toujours l’animait mais que personne n’était en mesure de comprendre : La peur de l’autre.
Le Hibou au fond de lui, était terrorisé tout autant que l’homme.
Les hommes au-dessus de lui , la harcelant,  pesaient sur ses frêles épaules comme un couvercle.

Au dehors allait éclater l’orage.

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MessageSujet: Re: Les oiseaux se cachent pour mourir. || Miranda.   Mar 28 Avr - 21:45

‘RCM’ annonçait fièrement (le responsable du département avait-il peur qu’elle y manque, pour le griffonner en lettres si grandes ?) l’agenda dès lors qu’il fut ouvert à la date du jour. Personne ne prenait encore la peine de rédiger l’intitulé en entier, le service communication le connaissait, chaque mois, le jour des résultats : quel impact de la campagne en cours ? Les points positifs du mois ? Les couacs ? Sondages d’appréciation du gouvernement (et leur évolution), thèmes proposés à la réflexion pour le mois suivant, tracts anti-gouvernementaux récents emplissaient la salle d’un rauque brouhaha. L’administratif n’était pas la tasse de thé de Miranda : un reste de son enfance rebelle, où elle cherchait à faire envoler papiers, contrôles et cours au gré du vent, peut-être ? Cependant, la nécessité d’une certaine rigueur bureaucratie l’avait convaincue, et ses doigts glissaient sur les touches pour remplir rapports et compte-rendu demandés avec son perfectionnisme et sa volonté habituelle. Elle n’évitait jamais les réunions : les comportements, les langues se déliaient sous couvert de secret, et les apparitions des grands patrons dans les salles de conférence entrainait le retour d’une hypocrisie maline – peu étaient les employés qui ne rêvaient de gravir les échelons. Mais, malgré l’importance annoncée de cet entrevue (elles l’étaient toutes, personne ne cherchait à comprendre lesquelles privilégier), Miranda savait qu’elle passerait la majeure partie de la journée à déambuler dans les couloirs à la recherche de l’un des auteurs. La chasse à l’homme faisait presque partie de ses attributions, désormais.

Le travail avec les auteurs était une grande partie de l’activité du service de communications : chaque phrase, chaque tournure utilisée était lue, étudiée, retravaillée avant que le discours ne puisse être validé dans sa version finale, celle que l’homme politique n’aurait qu’à interpréter, trouver le bon ton, la bonne intonation – comme une pièce de théâtre, en soi. Le texte se devait d’être une base sans faille, les révolutionnaires pouvaient bien détruire murs et toits, l’histoire ne se faisait pas autant d’évènements que de leur présentation. Et ils ne possédaient pas l’ardeur et la capacité d’un service, d’une multitude d’individus, dédiés à établir une image, d’établir une vérité. Leur collaboration, qui aurait pu se dérouler sans faille, n’était cependant qu’une suite de manœuvres lentes, lassantes, d’une protestation continue entre les artistes (pouvait-on réellement considérer des discours politiques dignes de ce qualificatif ?) et les professionnels de la communication. L’un des auteurs en particulier, avait donné du fil à retordre à la jeune femme, toujours à l’éviter ; Miranda en était même venue à la conclusion qu’il refusait de travailler avec elle (la raison était plus floue – était-il un machiste de base ? Refusait-il de la voir parce qu’elle était une femme ?) et elle ne pouvait s’empêcher de s’agacer de devoir jouer au chat et à la souris avec un… un… crétin de première, qui s’amusait à lui faire perdre son temps. Ou du moins, elle le croyait. Jusqu’à cet épisode, l’épisode du placard.

Il y a peu de gens qui peuvent se targuer de connaître une faiblesse chez Miranda Seythale. Certain critiquent son caractère, certains l’attaquent sur son intransigeance et son perfectionnisme poussé à l’extrême, mais une faiblesse, une vrai faiblesse qui la forcerait sur ses genoux, une peur sans raison existe. La claustrophobie. Enfermée dans une pièce étroite, dans un ascendeur, un local à balais… un placard : elle panique. Son esprit est comme embuée, elle ne sait comment réagir, elle ne peut réagir. Les murs s’approchent d’elle, se resserrent, ils l’encerclent. Un étau de pierre, sans échappatoire. Et c’était dans cette situation qu’Aubin l’avait trouvée, loin de son assurance habituelle, animal terrifié terré à même le sol, les genoux encerclés par ses bras, tremblante. Le bon sens aurait voulu qu’elle se lève, ouvre la porte et sorte, se sorte de ce calvaire de souvenirs mêlés de peurs anciennes, qu’elle s’enfuie loin de cette nouvelle prison terrifiante… mais qu’est-ce que le bon sens, quand une peur viscérale vous saisit au ventre et vous plaque au sol d’une main de fer. Elle ne bougeait pas, elle ne voulait même pas bouger, bouger voulait dire se rapprocher du mur, de ce piège, bouger voulait dire s’enfermer. Elle était tétanisée. Et elle avait entendu une voix. Une présence dans cet étroit cagibi, un homme qui n’avait pas peur des murs, dont la logique n’était pas altérée, qui connaissait une sortie et avait guidé Miranda hors de ce moment de panique. A dire vrai, la jeune femme ne pourrait précisément évoquer les évènements, l’avait-elle remercié ? Menacé de détruire sa carrière et sa vie si jamais il se risquait à en parler à une âme ? Ou l’avait-elle ignoré dans cette peur phobique qui l’a saisit au ventre et s’était-elle enfuie sans demander son reste ? Quoi qu’il en soit, l’évènement n’avait jamais été évoqué à nouveau, et la jeune femme ne pouvait qu’en remercier sa bonne étoile… et Aubin. Dès lors, l’assistante en communication avait changé d’avis sur cet étrange personnage, et s’évertuait de s’armer de patience et de compréhension pour cette plume solitaire lorsque leurs chemins se croisaient.

Ne devrait-il pas être dans les bureaux actuellement, par ailleurs ? Miranda ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel. Que la chasse commence. Elle finirait bien par trouver CE couloir des bureaux gouvernementaux que les employés avaient – momentanément – délaissé et dans lequel l’auteur aurait trouvé refuge. Elle traversa les couloirs de l’aile de communication dans laquelle elle travaillait et fut attirée par des rires. Des rires ? De ces rires moqueurs dignes d’une cour de récréation. Qu’est-ce… ?

« Quelqu’un peut-il m’expliquer ce que cela signifie ? »
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MessageSujet: Re: Les oiseaux se cachent pour mourir. || Miranda.   Sam 9 Mai - 16:57




I woke up and he was screaming.
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Qu’il y avait-il de drôle pour que de tous temps, de tous âge l’homme retire une satisfaction a brimer les plus faible ? Aubin, maintes et maintes fois s’était posé la question, alors que sa place dans l’édifice despotique lui offrait une vue d’ensemble sur cet amour de faire régner la terreur, de briser les espoirs de pauvres gens. Il en avait tiré un simple conclusion qu’il appelait la satisfaction des piètres jouisseurs, ceux qui ne tiraient leur grandeur que de ceux qui étaient à genoux.
C’était là-dessus, pensa-t-il, que l’on bâtissait les empires, sur le dos des peuples, sur les ruines encore fumantes de leurs espoirs vains. L’homme alors, dans sa lutte du pouvoir ne pouvait se sentir vivant qu’en rabaissant son semblable. Qu’elle tristesse. Avec le temps passé sous sa forme animale la plume avait développé la caractéristique particulière de se sentir de plus en plus éloigné des hommes. C’est comme cela qu’il les appelait : « les hommes » Il apposait tout son dégout dans ce groupe nominal, son dédain dans l’élaboration de cet article. Et ce qui le déchirait était qu’il ne savait plus s’il avait sa place parmi eux.
Après tout oui, l’humain le terrifiait, la présence humaine lui glaçait le sang. Mais pourquoi donc ? Lui qui n’avait jamais trop aimé le monde, agoraphobe mesuré qu’il était, cents et par cents fois brisés par les affres des hommes. La sculpture fragile, opalescente de son être n’était plus qu’un misérable tas de verre pilé.

Il avait l’impression à cet instant que le ciel bas et lourd lui enserrait le cœur, menaçant l’organe déjà fragile de le détruire, le briser et le rompre en l’étouffant dans ses propres battements archaïque qui dans sa détresse folle manquaient de s’empaler contre les faméliques cotes de sa cage thoracique. Ses doigts dont les phalanges avaient blanchies s’étaient crispés dans l’étoffe de ses vêtements. Il était recroquevillé, proscrit son dos semblant vouloir se fondre dans le mur.
Pauvre petite bête apeurée, perdue, encerclée par les loups au milieux de ce ridicule amas de feuilles noircies par sa si fine écriture. Peut-être parlaient-il ? Mais leurs mots ne l’atteignaient guère. Non il avait l’impression que ses oreilles étaient soumise à un bourdonnement constant, à l’échos misérable de sa respiration archaïque qui dans chaque goulées douloureuses brulait sa trachée, déchirait ses poumons de fumeur. Une hyperventilation qui faisait passer rapidement l’air dans son corps poreux et lui tournait l’esprit.

Les loups se regardèrent, se concertèrent un instant, ne s’attendant surement pas à l’effet produit sur la plume qui commençait à se disloquer entre leurs doigts. Ils n’étaient que les déclencheurs idiots d’une détresse qu’ils ne pouvaient à présent plus contrôler, Il avaient ouvert la vanne et ils étaient maintenant submergés. Alors il se reculèrent instinctivement d’un pas face à cet être tremblant, comme secoué par un séisme intérieur.

« Quelqu’un peut-il m’expliquer ce que cela signifie ? »

La voix les fit sursauter et tous trois s’en retournèrent vers sa source. La contrition sur leur visage ne laissait nulle place au doute, ils avaient l’air d’enfants, de gamins surpris dans des chamailleries puériles. Et ils avait surtout l’air de faire face à cette femme. Belle Miranda, forte Miranda, Pauvre Miranda qui encore et toujours devait lui courir après dans les sinueux couloirs de la bâtisse. L’ingénue était bien connue du service pour être une forte tête et pour ne pas se laisser marcher sur les pieds, aussi était-il compréhensible que les trois fautifs ne craignent le sermons du siècle.

« On voulait simplement s’amuser » Tenta l’un deux, pointant Aubin du doigt « On pensait pas que.. voilà quoi.. »

Les mots étaient maladroits, fébriles. Ils rendaient bien le ridicule de cette scène. Le ridicule de la pulsion qui les avait poussé à violenter, même légèrement, l’être opalescent en face d’eux. Mais c’était ainsi, c’était beaucoup trop tentant que de vouloir faire réagir ce monsieur Malaussène, être froid et orgueilleux, despote du gouvernement qui jamais ne vous accordait un regard dans les couloirs, semblant fuir l’espèce humaine comme s’il avait peur d’attraper de l’urticaire à son contact. Car après tout, Malaussène était un homme détestable.
Oui pour une fois : qu’il se retrouve par terre ! Entouré de ses précieux feuillets, qu’il chute un peu de son piédestal. Car après tout, Malaussène était un homme détestable.
Que pour une fois une expression autre que ce néant abhorré vienne étirer le facies de ce clown blanc. Car après tout, Malaussène était un homme détestable.

Du moins, c’est ce que tout le monde pensait. C’est ce que l’attitude désespérée du hibou leur faisait croire. Repousser les gens ne le gênait pas, il s’en contentait et après tout, il gagnait en paix en les laissant lui cracher dessus à son passage. Il n’avait pas d’orgueil, n’avait plus d’honneur depuis déjà bien longtemps. Car après tout, Malaussène était-il un homme détestable ?

L’un d’entre eux, ne sachant que faire de ses bras ballants se baissa par la suite dans la tentative de ramasser quelques-unes des feuilles qui jonchaient le sol, le tapissant de leur petit manteau blanc. Il en regroupa quelques-unes, dans le mauvais ordre surement et les tendit à Aubin. Celui-ci n’eut comme reflexe que de se reculer plus encore, écrasant son dos contre le mur, crispant ses mains toujours plus fort à s’en faire éclater les veines, cachant sa tête entre ses bras et perdant le contrôle de ses poumons.
Ecartes-toi.
va-t’en.
Laissez-moi, par pitié laissez-moi.


Déconcerté par cette pauvre bête terrorisée, l’homme laissa retomber les feuilles a terre et se releva. Aubin entendit des murmures, des voix, mais sa panique ne lui permettait plus de distinguer les mots. étaient-ils partit ? étaient-ils restés ?
Ça avait l’air idiot comme ça, de paniquer pour si peu. Pour un croche pied, quelques secousses et brimades. Mais les gens ne comprenaient pas. Les gens ne voulaient pas comprendre les peurs d’Aubin. Il ne pouvaient pas concevoir qu’une être puisse être apeuré en ce point par ses semblables. Il ne pouvaient pas se dire qu’il y avait peut-être en dessous de ces paniques semblant idiotes un traumatisme plus ancré, plus horrible et jamais raconté.
Et c’était parce qu’il connaissait ses peurs, parce qu’elles le hantaient chaque jours qu’il trainait sa pauvre carcasse morte à la surface de cette terre, qu’ilil avait compris ce jour-là dans un placard, la détresse, la peur et la faiblesse de Miranda.
Son corps tremblait, sa vision était trouble, parsemée de taches noires toujours plus denses à chaque respiration erratique qui lui tournait un peu plus la tête. Oui, il était en pleine crise de panique.
Soudain. Un bruit sourd déchira un silence à peine installé.
Le Hibou sursauta.
L’orage venait d’éclater.
Et c’est après un effort surhumain, qu’il releva des yeux gris, rougit et pitoyable en direction de la brune. Un regard de bestiole traquée. Un regard désespéré. Triste.
Un regard d’Aubin.


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MessageSujet: Re: Les oiseaux se cachent pour mourir. || Miranda.   Mer 20 Mai - 14:38

Les couloirs des bureaux gouvernementaux sont lieux de multiples scènes – des crises de larmes, des colères sourdes, des explosions joyeuses – malgré les rumeurs, les annonces de propagande contre leur régime (Miranda se flattait de la comparaison avec des machines sans cœur – sans émotions réelles, certes mais avec une efficacité dépassent l’entement humain), il ne régnait dans les bureaux dirigeants une ambiance ni plus ni moins clémente que dans une autre entreprise. Les éclats de voix n’étaient pas chose rare, et, si les employés n’en venaient pas aux mains, peu de leurs supérieurs semblaient s’inquiéter de ces altercations plus ou moins bénigne.

Retrouver un homme recroquevillé sur le sol, contre le mur – il semblait essayer d’y disparaître – les doigts raidis sur ses propres vêtements, à la respiration anarchique… ça, c’était une vision inédite. Une image que jamais la brune n’aurait pu imaginer ou anticiper.

« Quelqu’un peut-il m’expliquer ce que cela signifie ? »

Autour de lui – Miranda le reconnut comme étant Aubin Malaussène, l’une des plumes du gouvernement – se tenaient trois hommes. Les visages étaient familiers – tels les milliers d’ombres qui traversaient couloirs et bâtiments chaque jour – mais elle n’arrivait à les nommer. Des employés de bas étage, probablement. Des gens sans importance. Leur position hiérarchique vis-à-vis de Miranda se confirma dans leur réaction : après le sursaut, la surprise de l’annonce, ils étaient hésitants fébriles, bredouillait. Le premier qui parvint à donner une explication complète – du moins, une phrase complète, l’explication n’étant que peu satisfaisante – fit regretter à Miranda d’avoir perdu le temps à poser la question.

« On voulait simplement s’amuser » S’amuser ? Qu’est-ce que… ? Etaient-ils suffisamment puérils pour s’amuser de papiers éparpillés sur le sol et d’un homme qui trébuche ? « On pensait pas que.. voilà quoi.. »

L’humiliation, la domination – la manipulation – vice de la nature humaine à vouloir contrôler un univers qui s’y refuse, et pousse l’humain à s’opposer à ses semblables pour une once de pouvoir. De puissance. Le terrain de jeu de Miranda. Elle ne possédait ni la force physique, ni une résistance supérieure (elle n’avouerait jamais cependant être atteinte, et ne comptait sur aucune aide pour se relever),  mais elle avait une connaissance des hommes. Elle aimait à chercher forces, faiblesses, envies, tentations en tout un chacun, et s’amusait à user d’alliance et de trahisons, à utiliser les mots, les émotions tels des armes de destruction. L’Homme est un être social.  Il ne veut, ne peut, vivre seul. Il cherche la compagnie, dans la vie ou dans la mort – par amour, ou par orgueil – personne ne se veut oublié juste après son dernier souffle. Et si l’union, non, ce n’était pas une réelle union… Plutôt une association. Oui. Si l’association d’être humains entre eux leur donnait une force plus importante, le jugement d’autrui, de cette société causait une lourdeur sur leurs épaules. La sociabilité était autant force qu’elle pouvait être faiblesse. Et c’était son terrain de jeu.

La tentation était grande, pour Miranda, de contrer ces imbéciles heureux qui voulaient jouer aux durs. Ils étaient comme des aînés qui roulent de coups leurs cadets qui ne sont en force de leur rendre la pareille, enfants fiers d’une supériorité limitée, eux si souvent rabroués par plus grands qu’eux. Ces idiots en bande, dont le nombre ne rend l’offense que plus risible, le risque inexistant, quel plaisir malsain de s’attaquer à plus faible que soi, sans même avoir à imaginer conséquences à ses actions. La tentation était grande, de les rabaisser à leur tour, de profiter de ce doute, de cette culpabilité et de leur malaise. L’orage en fond, n’aidait pas la pacification des pensées de la brune. Mais alors qu’elle ouvrait la bouche, ses yeux croisèrent ceux de l’écrivain. Rougis. Désespérés. Ses pensées s’envolèrent, ses lèvres hésitantes à présent, se figèrent en une ligne mince.

« Votre travail ne se fera pas seul, messieurs. » Le ton de sa voix fut sans appel, froid et teinté d’un certain agacement qu’elle ne parvint à dissimuler. Idiots. Les regards des 3 agresseurs se posèrent à nouveau sur elle. Celui d’entre eux qui avait tenté de ramasser les feuillets se relevait honteusement, essuyant la poussière invisible de son veston pour ne pas avoir à soutenir le regard de la jeune femme, alors que les deux autres semblaient avoir une fascination soudaine pour leurs chaussures. On aurait dit des enfants pris en faute, à attendre la punition d’un maître d’école sévère. L’image aurait pu faire sourire mais le regard misérable d’Aubin était ancré dans la mémoire de l’employée gouvernementale, et le sermon attendu ne dépassa pas ses lèvres. Non. Les obliger à rester pour subir une longue tirade ne servirait en rien. Il fallait les éloigner. Le plus rapidement possible. « La direction entendra parler de vos… » Une pause. Le sourire qui s’affiche sur ses lèvres ne se reflète pas dans son regard «… amusements. » Finit-elle, reprenant volontairement le terme utilisé en justification par l’un des fautifs. « Vous pouvez disposer. »

Personne ne demanda son reste et, avec des hochements de tête et un « bonne journée » bredouillé par l’un d’eux, ils se retirèrent. Miranda s’agenouilla alors et se saisit des papiers restés au sol : la chute les a mélangés déjà, aussi s’efforça-t-elle à conserver le maximum d’autre possible. En silence, sans un regard pour Aubin – elle connait trop bien ce moment de perte de contrôle – elle empile aussi bien que possible les feuillets éparpillés et les dépose à côté de l’auteur – avant de reculer, laissant plusieurs mètres entre elle et la plume avant de relever les yeux. Elle doutait qu’il désire le moindre contact. Toujours proche du sol, elle essaya de croiser le regard de l’homme – pour offrir une certaine réassurance ? Pour savoir si ça allait ? Elle ignorait s’il souhaiterait qu’elle s’éloignât encore, ou qu’elle ne restât, et indécise, elle recherchait un indice dans les yeux de l’autre. Tout va bien, aurait-elle voulu affirmer. Tout va bien. Mais ce n’était pas vrai. Elle connaissait la peur, la peur panique qui saisit au ventre et tétanise. Celle à laquelle l’on ne peut échapper. Rien ne va bien, et, malgré la raison, et la rationalisation – non, les murs ne se resserrent pas sur toi, Miranda !  C’est scientifiquement impossible que les murs ne se déplacent – rien ne peut palier à la terreur. Tout ne va pas bien. Elle se décide alors pour un honnête : « Ils sont partis. », murmuré. Information inutile, certes, mais seule réassurance sincère qu’elle pouvait offrir.

Elle ne savait combien de temps s’était écoulé quand elle se redressa, toujours en silence. Un regard sur le couloir. Vide. Bien. Personne ne viendrait surprendre la scène. Personne n’aimait se retrouver en position de faiblesse, moins encore en public. Elle tourna le dos à Aubin, voulant lui laisser le temps de se ressaisir, de retrouver sa contenance. Elle hésita à lui demander de passer par son bureau – puis changea d’avis. Non. Elle laisserait passer du temps et, s’il ne venait pas, elle le chercherait. Comme d’habitude. Oui, rien n’avait jamais changé.
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MessageSujet: Re: Les oiseaux se cachent pour mourir. || Miranda.   Sam 27 Juin - 16:36




I woke up and he was screaming.
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Il en été arrivé à ce point, misérable, ce point de non-retour entre les respirations erratiques où toute sa vision n’était plus qu’une gigantesque tache noire.
Avant que sa tête ne bourdonne trop, avant même que ses yeux ne se drapent de ce voile, il avait relevé la tête, il avait croisé le regard de Miranda. Elle l’avait regardé aussi, il n’aurait su dire comment, mais une chose était certaine il n’avait pas lu de pitié dans son regard.
Après cet effort il avait laissé sa tête retomber misérablement sur ses genoux, sans chercher à comprendre quoique ce soit, trop occupé dans la vieille tentative de gérer cette peur immonde qui le dévorait de l’intérieur.
Il n’avait pas vu avec quel présence et quel professionnalisme Miranda avait fait déguerpir cette bande d’idiot. Mais il l’imaginait bien. Il imaginait bien ô combien elle aurait pu les faire trembler, ce petit bout de femme de fort caractère, en d’autre circonstance il en aurait peut-être sourit ( après bien s’être caché bien loin d’elle ).
Mais en attendant il restait prostré dans cette position de soumission, le dos écrasé contre le mur. Dans l’incapacité de bouger tant que ces brutes seraient encore dans les parages. Voilà comment il s’était retrouvée, dans sa peur panique incapable de comprendre le déroulement de la situation, incapable de mesurer le temps qu’il passait ainsi.
Les minutes passent, le temps passe et autour d’eux il n’y a plus que le silence. Dans les oreilles d’Aubin plus que ce bourdonnement qui s’amenuise. Il relève la tête et croise le regard de Miranda, aussi tôt il baisse les yeux et repose sa tête sur ses genoux, les mains sur sa tête. Puis dans le silence se glisse le fin crissement reconnaissable du papier. Que fait-elle ? Les ramasse-t-elles ? Ses petites feuilles adorées, ses feuillets savamment écrit et pensés ? Mais lui ne bouge pas petite pierre inerte, il n’y a que sa respiration pour couper le silence.
« Ils sont partis. » Les mots tombes dans le silence. La voix de Miranda et douce, calme. Mesurée en tous point comme si elle avait voulu calmer un animal farouche. C’était le cas après tout.
Mais Aubin n’avait toujours pas bougé. Il avait besoin de se remettre seul. Il avait besoin… il avait besoin. Non il ne savait pas de quoi il avait besoin, et le temps qu’il sorte de ses propres interrogation silencieuse, Miranda était déjà partie.
Il n’y avait plus personne dans le couloirs, c’est alors qu’il s’autorisa un soupir, long, tremblant, accompagné de quelques sanglots. Ces mêmes qui étaient restés bloqués dans sa gorge pendant tout ce temps. Il se laissa aller contre le mur, rejetant sa tête en arrière, essayant de réguler sa respiration. Il n’y avait personne, plus personne dans ce couloir et il sentait lentement l’étau autour de ses organes se défaire.
Il passa ses mains sur ses yeux. Elles tremblaient, tremblaient tellement. De nervosité c’est certain, de fatigue ce n’était plus à prouver, mais.. Mais de rage aussi un peu, de colère contre lui et ses peurs déraisonnées. Ses peurs que personne ne pouvait comprendre.
L’orage gronda de plus belle, faisant trembler les murs.
Les yeux d’Aubin glissèrent sur le sol à ses côtés, il restait quelques papiers çà et là, mais une grande partie avaient étaient rassemblé par les soin de Miranda.
Que faire maintenant, que faire ? Songeait-il lui pauvre pantin, poupée de chiffon échouée contre ce mur qui semble seul le retenir d’une chute. Il se redresse, ses jambes ont arrêté de trembler, et prends dans ses bras avec douceur, comme un père avec ses enfants, les écrits qui jusqu’alors gisaient par terre.
De sa main libre il sort de sa poche sa paire de lunette, deux culs de bouteille aux branche épaisses, qu’il perche sur le bout de son nez. Puis il fait glisser ses doigts entre les pages, observe les feuilles. Il y en a tellement et se paquets entre ses doigts semble tellement épais. Il se maudit alors d’écrire en aussi grande quantité, comme une machine sans jamais s’arrêter. Enfin surtout de ne pas numéroter ses pages.
Et que fait-il alors le grands échalas ? Là tout seul au milieu du couloir, les feuilles entre les mains et les yeux encore humides.
Il fait deux pas. Recule. Tourne sur lui-même. Regarde à droite et à gauche. Ses lèvres tressautes de nervosité : il est perdu. Alors il décide de faire face, pour une fois Malaussène prend ton courage à deux mains.

Dans le silence des couloirs, ses pas claquent, résonnent. Bientôt il arrive devant une porte entrouverte sur laquelle s’inscrit sur une plaque un patronyme « Seythale Miranda ». Il avale sa salive et frappe doucement a la porte du bout de son poing. Il ne sait pas si la porte est restée entrouverte pour lui, mais préfère penser que c’est la peur des espaces clos de la jeune femme qui la motive a la laisser ainsi. Aussi lorsque que son corps fin passe l’entrebâillement de la porte, il prend bien garde à ne pas la refermer.
Et à l’entrée de la porte, il se rend compte qu’il ne sait pas quoi faire, rentrer et s’assoir ? Dire quelque chose ?
Alors il reste là, mal à l’aise. Il baisse la tête comme un gamin apeuré dans le bureau de la proviseure, et ses lunettes glissent sur le bout de son nez. Quel idiot bon dieu quel idiot songe-t-il en serrant contre lui en tremblant ses précieuses feuilles.



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Les oiseaux se cachent pour mourir. || Miranda.

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