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 Au Hasard Balthazar [Zibou]

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MessageSujet: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Lun 27 Avr - 21:44

« Tu ne casses rien ?
Tu n'es pas furieux ?
Bois, bois, demeuré.
Tu n'es qu'un minus.
Un parasite social. »

Au hasard Balthazar – Robert Bresson


« Zibou ? Ziiiibou ? »

Des têtes se retournent, te lâchent un regard étrange, comme si tu n'étais qu'un rêve, une hallucination, comme si tu n'existais pas. Pourtant rien n'existe davantage que toi, rayon de soleil, luciole aveuglante aux paroles insensées, demeurées. Tu te dandines dans le couloir comme si t'allais chez ta grand-mère le dimanche, baskets mal lacées, veste en cuir crissante usée et jean des beaux jours. Pourtant il pleut comme vache qui pisse dehors, comme en témoignent tes cheveux dégoulinants que tu plaques malgré tout sur l'arrière de ton crâne. Mais chaque jour où tu ne travailles pas est un beau jour. Et les beaux jours, on les passe avec ceux qu'on aime.
Quand on se rappelle où ils se trouvent.

Les noms se promènent sur les panneaux des portes, tous banaux, tous collant parfaitement à cette profession toute pourrie qu'est de lécher les bottes du gouvernement en place. Tes yeux suivent les inscriptions mille fois lues dans des plaques dorées qui semblent intactes de tous les regards qu'on a pu leur jeter, comme éternellement neuves, figées dans le temps et la propreté hypocrite de cette bande de queue d'pies.
En parlant d'oiseau, voilà la petite plaque du zibou qui se présente à tes yeux. Elle ressemble à toutes les autres, mais en différent. Peut-être que le nom sonne bizarrement, comme si son propriétaire n'avait strictement rien à fiche ici. Qu'il avait réellement quelque chose de Malsain. Malaussène. Malsain, oui, c'est vraiment ça. De toute façon tu n'as jamais vraiment aimé ce bouc émissaire professionnel de Pennac ; une vraie tête à claques. Mais tu l'aimes bien, au fond, ton zibou.

Tu entres sans frapper, avec la plus grande délicatesse du monde, comme à l'ordinaire. L'odeur de la cigarette, mélangée à l'encre, et peut-être quelques notes d'arabica aussi, te donne aussitôt sa claque monumentale véhiculée par le courant d'air infernal qui hurle à travers l'orifice de la fenêtre ouverte. Bien fait pour toi, goujat, semble crier le vent, t'avais qu'à pas rentrer comme ça.

« Zibou ! Clames-tu en guise de bonjour tout en refermant la porte derrière toi. Ca fait des luuustres que tu ne m'as pas envoyé de s'meus ! Je m'inquiète moi, tu sais ! Un jour, je vais finir par croire que t'as clapsé. D'ailleurs, je suis venu vérifier ! »

Evidemment que ton compagnon mélancolique ne t'envoie pas de sms, puisqu'il ne sait sans doute même pas de quoi il s'agit. Ce technophobe aurait de toute façon vite fait de faire cramer tous ses appareils quand on voit la facilité avec laquelle la pluie pénètre son bureau. On dirait qu'elle suinte sur les murs, qu'elle imprègne de son humidité glaciale chaque centimètre carré du papier peint, chaque fibre de papier, chaque pore de la peau du squelette vivant qui se tient devant toi. Faisant claquer la semelle trempée de tes baskets, tu sautilles jusqu'au bureau de ton ami avant de t'appuyer sur le meuble branlant dont les vibrations font siffler les feuilles comme des ailes de papier.

« Apparemment, tu n'as pas encore moisi. PARFAIT ! Allez, lève tes petites fesses, on sort aujourd'hui. Je sais que tu kiffes la pluie en plus. Viens, on va faire un tour !  Heureusement que je suis là, sinon tu te serais fossilisé, j'suis sûr. »

Tu lui offres ton plus beau sourire et inclines la tête sur le côté, l'air de dire à la fois « Alleeez steuplééé » et « Je te prends sur mes épaules comme un sac à patates si tu bouges pas. »
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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Mer 29 Avr - 22:19




I believe that you'll always be here
'Cos once you promised a life with no fear
Please don't break my ideals
And say whats fake was always real
I was the one, now I'm gone
Take me back again




Aubin se perdait, se déchirait.
Il sortait plus. Moins que d’habitude.
Il ne mangeait plus. Moins que d’habitude.
Il ne dormait plus. Moins que d’habitude, si cela est possible.

Le noir de la pièce l’entourait, seyait parfaitement à son humeur :  noire, trouble.  Dans son bureau exigu l’atmosphère y était si dense qu’elle y était irrespirable.
Il était troublé depuis cette visite de Morgan. Comme un morceau de son passé qu’on lui recrachait à la face et qui venait heurter sa frêle silhouette. Il avait l’impression que les démons endormit qu’il guettait toujours du coin de l’œil venaient de se réveiller, et qu’ils s’amusaient maintenant a le tourmenter.
Cette visite qui le hantait n’avait fait qu’ébranler les précaires repères qu’il s’était construit aux fils des ans. Morgan avait, tel une vague, une grande crue , de pluie diluviennes remué la fange et la vase, les choses tapies en lui. Il l’avait submergé, noyé. Lui tenant la tête enfoncé dans une baignoires il l’avait replongé de force dans ses souvenirs, dans cette époque révolue qui était la leur et qui lui rappelait un peu plus qu’il était bien vieux, qu’il n’était qu’une antiquité vivante, bonne à être empaillée ou reléguée dans un musée.
Mais le sorcier ne lui avait pas laissé que le trouble, non il l’avait laissé dans un état de doute, de honte, dans un état ma foi oh, bien douloureux. Bien pitoyable.
Il s’était abimé les yeux des heures, dans la contemplation de cette esquisse les représentant. Il l’avait posé devant lui, ne l’avait plus touché, mais avait continué de la fixer en espérant que son regard suffirait à la faire s’enflammer, a la percer d’un trou, a l’user a force de l’observer. Il se mortifiait car elle avait fini par imprimer ses rétines cette relique d’un présent aussi amer que le passé. Et si d’aventure il fermait les yeux, il pouvait sans aucunes gêne discerner le trait de l’esquisse, y redonner chacune des nuances, des ombres. Chaque griffure de la graffite sur le grain du papier.

Il était là, assis à son bureau, perdu dans son songe éveillé, dans le noir de cette pièce exigu. Il ne faisait rien, cela faisait deux jours qu’il n’avait pas écrit.
Et ça, ça ne lui été jamais arrivé. Bien sûr il ne pouvait pas laisser ses mains trembler librement, se perdre dans l’oisiveté. Non. Il passait ses journées à noircir ses feuilles de traits, de ratures sans queues ni tête. Les mots ne voulaient pas sortir ils s’étaient bloqués. Et ça le pourrissait, le gangrenait de l’intérieur comme une maladie pernicieuse. Il était penché sur son bureau, une main passé dans les cheveux contre laquelle il s’appuyait, sa tête lourde de spleen menaçant de s’écraser entre les feuilles. La fenêtre entrouverte dont le rideau était tiré n’en finissait pas de lui souffler dans le cou son air froid et humide, seule chose qui le tenait éveillé dans sa léthargie maladive.
Mais Aubin n’était pas de ces être capable de se sortir de ces cercles vicieux. Il se laissait emporter sans réagir, sans trouver la force ou l’envie de réagir. Il se tirait inexorablement vers une chute. Vers une fin.
Mais heureusement. Heureusement pour lui d’autre étaient là pour dissiper les nuages.
Zibou.
Cette injonction bien particulière, cette apostrophe qui est la sienne ne pouvait venir que d’une seule personne. De même que ce courant d’air tonitruant, qui le fit sursauter et apposer les mains en vitesses sur les nombreux feuillets qui l’entouraient, les empêchant de s’envoler.
Il releva la tête en vitesse, mais le regretta aussitôt, la lumière vive du dehors s’infiltrant dans son antre brula ses rétines qui s’étaient habituées à l’obscurité du bureau. A l’entente de la porte qui se referme, il relève ses yeux gris pour rencontrer la silhouette de celui qu’il a déjà reconnu.  Ah Loon, Il n’avait pas besoin de voir le bout de ses baskets qui prennent l’eau, d’entendre claquer les pans de son jean trouer ou même le crissement de sa veste en cuir. Il n’avait besoin que du son tonitruant et jovial de sa voix. Mais plus que tout de son aura. Or, dans la petitesse de la pièce ou s’était imprimé dans les murs la mélancolie, le mal être d’Aubin, même cette aura lumineuse avait du mal à s’exprimer pleinement.
Il regarde son ami, car oui, il était l’un des rares à pouvoir se targuer d’un tel qualificatif, s’approcher de lui et faire trembler les meubles, faire danser, voleter ses feuilles ou n’étaient inscrites que ces suites ésotériques de traits que des psychologues jouiraient a déchiffrer tant les névroses habitant le cadavre du hibou étaient profonde.
Il releva certes la tête mais pas les mots étranges que son amis employait. « Smeus » ? Diantre, qu’était-ce que cet abscons verbiage ?
Il entendit le mot, lui donna une orthographe emprise d’un barbarisme et le rangea dans sa tête, dans un coin spécial de sa tête, celui où il rangeait tous ces mots incompréhensibles qui étaient ceux de Loon.
« Faïssebouque » partageait son espace avec « Touiteure » tandis que « aïe-faune » se retrouvait rangé dans le même que « metaleux ». Que de mots laids dont il ne comprenait pas le sens, mais qu’il aurait eu plaisir à déchiffrer, à expérimenter avec un peu d’aide. Malgré sa timidité maladive, et son manque de réaction, Aubin était quelqu’un de curieux.

Il regarda son ami, de son visage plus fatigué et triste qu’a l’accoutumé. « E-… » Il toussa, se racla la gorge. En effet cela faisait quelques jours qu’il n’avait pas parlé ou vu une autre présence humaine. « Excuses-moi pour l’inquiétude que je te cause, Loon. Je… Je ne suis pas sûr de vouloir sortir j- » Les mots moururent dans sa bouche
Aubin fixa le sourire de son ami. Il le savait bien au fond qu’il ne lui laissa pas le choix. Que de toute évidence quand Loon s’etait mis quelque chose en tête, impossible de le faire sortir de cette caboche butée. Et son sourire sembla déteindre sur lui, puisqu’une grimace harassée qui se voulait un sourire vint naitre sur les lèvres d’Aubin.
«  Enfin, tu ne me laisse guère le choix j’imagine ? »

Aubin se leva, dépliant son corps famélique. S’il manqua de tomber ou de s’étourdir dans la manœuvre, à cause de son état et de son trop long temps passé ici, il réussit néanmoins à se mettre sur ses jambes.
Il passa derrière le sorcier et attrapa son long trench noir et l’enfila en faisant claquer ses pans dans l’air, l’invitant à sortir tandis qu’il fermait la porte de son bureau.

Ils sillonnaient dans les étages, dans les couloirs. Bien sûr, sur son chemin il les entendait les murmures et les rires, les piques, les moqueries qui lui étaient destinées. Il sentait sur sa peau diaphane l’affres des regards de ses collègues. De ses doigts fin et tremblant ,il tira sur la manche de Loon, secouant la tête l’air de dire. « Partons, laisse, ça n’en vaut pas la peine. »
Il franchir les portes du bâtiment, petit duo atypique que le leur.
L’air froid et humide du dehors vint heurter le visage du changeur, colorant légèrement ses joues et le bout de son nez.
De sa poche il sortit un paquet de cigarettes, et en alluma une.
Lentement il recracha cette douce fumée qui venait lui emplir les bronches, et la regarda se troubler à cause des gouttes qui passaient au travers de son manteau impalpable.
« Alors ? Ou allons-nous ? » S’enquit-il de sa voix douce et calme. Se retournant vers son antagoniste.



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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Mer 29 Avr - 22:58

Ton ami te connaît bien : preuve en est sa réaction avortée dans sa timidité. Il ne veut pas sortir, il ne supporte pas de se mélanger aux senteurs humaines, aux chaleurs corporelles. Il reste dans son froid infernal dont le vent glacial souffle inlassablement des litanies déchirantes qui t'évoquent les récits que l'on a pu te faire de Darkness Falls. Ce double patronyme qui te fait frissonner rien que d'y penser.
Alors tu arrêtes d'y penser.
Tout simplement.

Comme à chaque fois que tu te places en face de ton ami, tu sembles décalé par rapport à lui. D'âge, de style, de pensée. Des années lumières, des univers, des galaxies entières semblent vous séparer. Aubin s'en contente et préfère, même. Tu l'observes avec un sourire se reculer instinctivement devant l'ouragan de ta présence qui fait voleter ses feuilles d'un courant si chaleureux que la température de la pièce semble augmenter de plusieurs degrés. Ton cœur bat si fort. Tes yeux brillent de mille feux. Tu ne sembles pas réel.
Et lui non plus.

« Non, Zibou, tu n'as pas le choix ! » confirmes-tu d'une voix chantante que le froid arctique de cette pièce ne parvient pas à faire trembler.

Le temps se distend, soudain. Si tu sembles avoir doublé tes battements de cœur, Aubin donne l'impression d'une vieille bande VHS qu'on passe au ralenti pour la restaurer. A chaque mouvement, le hibou s'effrite, laissant derrière lui des plumes, des morceaux de lui-même, qui paraissent se perdre définitivement, quelque part dans le néant. Puzzle mobile, il vacille, son état d'âme balançant jusqu'au porte manteau pour saisir son plumage qu'il balance sur ses épaules comme une apparition qui se dissout dans le vent, mirage maléfique.
Un courant d'air plus violent que celui qui chahute la pièce stoïque traverse le chambranle de la porte : il s'agit de ton corps, dont la lumière illumine déjà le couloir. La porte se referme, la fenêtre, elle, reste ouverte. Il ne fera pas plus chaud à son retour.

Déambulant dans les couloirs en direction de la sortie, vous êtes le rouge et le noir, le yin et le yang, le jour et la nuit. Les moqueries fusent comme autant de flèches que ton aura chaleureuse renvoie d'un sourire étincelant de l'amour sincère que tu portes à ton compagnon. Ce dernier, comme il le fait si peu, te saisis soudain la manche. Le contact est fébrile, subliminal, mais tu sens à travers le cuir de ta veste perlée d'eau le souffle d'un fantôme. Tu lui adresses un sourire, pare-balle de bonheur contre ces quolibets futiles, avant de l'entraîner dehors où la pluie vous éjacule au visage son rideau grisâtre. Insensible, Aubin se cultive un cancer du poumon que tu lui choures comme un bâton de parole pour répondre à sa question.

« Au hasaaaard Balthazaaaar ! » clames-tu par dessus le hurlement du vent.

Tu inspires une longue bouffée de poison avant de redonner sa cigarette à Aubin et de galoper comme un enfant jusqu'au parking de building, laissant derrière-vous l'enfer gris des building gouvernementaux. Tes baskets de toile gorgées d'eau clapotent contre le pavé trempé. La chute est proche à chaque instant, et pourtant tu te redresses comme un funambule né, pour une seconde plus tard plonger de nouveau.
Cette course folle t'emmène jusqu'à la carcasse verdâtre de ta voiture sur la poignée de laquelle tu t'étires, ton corps penchant dangereusement dans le vide.

« Viens, je t'emmène faire un p'tit tour ! Je vais te montrer un p'tit truc que tu vas adorer ! »

Sautillant, tu perces le rideau de balles glacées de la pluie battante pour ouvrir la porte du conducteur. Celle du passager se déverrouille sans s'ouvrir. Tu la fais changer d'avis par un coup de basket bien placé. Non mais, pétasse. La porte s'ouvre comme une aile qui se déploie. Ton ami semble mettre un temps infini à venir se loger sous elle. Lorsque enfin la portière se rabat dans un claquement, tu fais rugir le moteur et engage votre fuite tandis que les premières notes d'une musique de ton adolescence s'échappent de l'auto-radio qui s'est vu enfoncer ton CD au fin fond de sa gorge étroite.

« And you're gonna feel my emotions coming, Because you are the world. »

La voiture fuse, au rythme de ta voix, de ton cœur. Autour de vous, le temps s'est arrêté, car c'est toi qui commande. Tu jettes un sourire comme un baiser à la joue de ton ami, tandis que la voiture fille, roues crissantes, essuies-glaces battant la mesure.
Au hasard, Balthazar.
Au fond de vous, vous savez que le hasard n'existe pas.
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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Jeu 30 Avr - 12:41




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Il laissa la pluie lui dégouliner au visage, mordre sa peau ; la porcelaine ébréchée de son être. Pour la rougir plus encore. Pour lui prouver que son corps pouvait encore ressentir et que derrière la pâleur cadavérique il y avait bien du sang qui roulait dans ses veines.
L’homme à ses côtés s’approcha de lui et s’empara de son cylindre de nicotine. Espiègle, sa main toucha la sienne. Contact qui crispa légèrement le hibou, mais pas trop non plus. S’il avait peur des contacts physiques, avec Loon il se forçait à relativiser.
Non.
Loon le forçait à relativiser ces petites choses contre lesquelles il ne pouvait rien.
Tandis que l’autre tirait sur sa clope, il regarda sa main. Se remémorant le contact de celle de Loon. Son ami avait les mains chaudes, solaires, à son image, elles étaient grandes et un peu abîmes, des mains d’homme.
Les siennes encore une fois étaient tout le contraire, famélique elles avaient l’apparence cassante des pattes d’une araignée et ne faisaient que confirmer la maigreur de leur propriété. Toujours glacée et couvertes de taches d’encre, il se faisait la réflexion, comparant avec les mains de Loon, qu’il avait des mains de femme. Surtout qu’en plus il avait gardé l’habitude de passer des bagues à ses doigts.
Il fit la moue et récupéra sa cigarette.
Regardant son ami sautiller comme un fou, courir comme un dératé, manquant de tomber a chaque pas.
Il ne peut s’empêcher de sourire face à cette attitude enfantine et profondément enjouée dont il ne peut être témoins qu’avec lui. Rare, très rares sont les personnes qui en sa présence font preuve d’une telle humeur. Il avait tendance à déprimer les gens rien qu’avec sa présence. Timothée peut être ? Et encore…
Il se mit à marcher à sa suite, ses chaussures claquant dans un son clair contre l’asphalte, se mêlant au bruit de la pluie. Il sillonna entrer les voitures, les grosses BM, leurs capots reluisant couverts de fines gouttelettes, qui glissaient toutes rondes sur leurs carrosseries polies pour s’écraser, pauvres filles, par terre dans la pluie.
Certaines transpiraient le luxe, l’opulence, ces monstres de fers rugissant. Aussi son sourire ne put que s’agrandir lorsqu’il vit la précieuse monture de son amis, petit âne de ferraille verdâtre mais volontaire qui faisait tache au milieu de cet amas de chevaux gris. Aubin s’approcha doucement du petit monstre de métal, en fit le tour et grimpa l’intérieur en silence. Il jeta sa carcasse friable au fond du siège passé, rabattant les pan de son long manteau dans un claquement vif, avant d’user de ses bras maigre pour refermer la porte dans un claquement.
Avant qu’il n’ait pu esquisser ce serait-ce que l’ombre d’un mouvement, le bolide parti déjà en trombe, le jetant contre la porte dans un virage négocié largement. Le hibou ébouriffé par un tel démarrage, doigts crispés dans la portière, lèvres pincées autour de sa cigarette se redressa un peu mieux dans le siège, étendant ses jambes devant lui. D’un geste las, il abaissa la fenêtre et y jeta se cigarette, la laissant s’éteindre et mourir dans une flaque d’eau de la chaussée, sans plus de cérémonie. Tant pis, il fumerait tranquillement plus tard.
Tranquillement ; cette notion lui arracha un demi-sourire tant elle ne s’appliquait pas à son compagnon. Il tourna d’ailleurs la tête vers lui, le regardant conduire frénétiquement, chantant à tue-tête la rengaine que crachait son autoradio.
Loon avait cette fraicheur mêlée du paradoxe de sa présence solaire. Une présence qui outrepassait sans problèmes les remparts friables qu’il s’était forgé, cette froideur qui n’était pas la sienne, il avait su l’affronter pour retrouver l’être mélancolique caché en dessous. C’était un étrange sentiment pour l’écrivain que de ne pas se sentir faux, de ne pas jouer une comédie salvatrice, de ne pas cacher sa nature.
Cela faisait maintenant quelques années que Loon s’était entiché de lui, et qu’il le lui rendait à sa manière. Pauvre petit bout de sorcier qui connaissait la mélancolie inhérente à son être, qui connaissait sa peur de l’autre et des contacts autant qu’il s’en fichait et gardait son attitude tactile, qui connaissait sa condition de changeur, qui le savait capable de troquer la peau contre les plumes et qui l’acceptait tel quel.
Zibou.
En effet ce surnom qui était le sien venait pas de nulle part, mais ils étaient les seuls en a connaitre l’origine, la signification profonde.
Mais au fond, Aubin restait un être secret, et même s’il avait légèrement conversé de son passé avec Loon, il n’était jamais entré dans les détails. Il était resté sur le fait qu’il était d’une autre époque, petit Parisien, étudiant bohème. Il avait passé sous silence sa sorcière, sa vie, sa transformation et les circonstances qui en découlaient. Il n’avait pas répondu aux questions sur ses bras mutilés ni même sur sa peur profonde des contacts physiques. Le Hibou restait un être pudique, peut être à force de choses parlerait-il ? De toute façon il avait tendance à oublier les choses. Sauf celles qui lui faisaient réellement mal.
C’était ainsi, le temps souffle sur les souvenir. Le bonheur passe, s’efface. Ne reste que les regrets. Et l’horreur qui s’inscrit a même la peau.

Il frissonna, pourquoi était-il pris de pensée si noires en si bonne compagnie ?
Ah bien oui, parce que son humeur était plus pitoyable qu’à l’accoutumée. Il se recroquevilla sur lui-même, enfonçant ses mains dans les poches de son manteau, et remontant ses genoux khâgneux il se tourna vers la fenêtre.
Il laissa ses yeux gris se perdre dans la contemplation du paysage, se laissant balloter comme un fétu de paille par les cahots de la route, les mouvements vif de la voiture. Hypnotisé qu’il était par le spectacle étrange de la pluie battant à la fenêtre couverte de buée, de la ville qui laissait sa place aux arbres, au lumières, aux gens, aux voitures, a la vie qui semblait s’accélérer et ne plus avoir cure de leur petit bulle.

That were built by other people
And it really shows
And you aren't even listening
Because you are just



Too old to feel an earthquake
Too cool to even care
But you aren't even listening
So why should I?


Crachait encore l’autoradio, tandis qu’un de ses pieds battais négligemment la mesure. Le hibou était perdu dans ses pensées, tout autour de lui n’était que flou. La musique, les images, la voix de Loon qui peut être chantait ou bien lui parlait faisait office de berceuse. Lui qui se sentait tellement vide laissait les sensation l’emplir, éviter que la noirceur de ses pensée ne vienne le pourrir de l’intérieur.
Il était fatigué après tout… Tellement fatigué qu’il pouvait peut être fermer les yeux ? Juste quelques instant ?
Et c’est ce qu’il fit. Roulé en boule contre la portière. Emmitouflé dans son manteau comme un oiseau dans son plumage.
Avait-il dormit ? Pour une fois sans cauchemars ? Il n’en avait aucunes idées. Combien de temps s’était écoulé depuis qu’il avait eu la bonne idée de fermer les yeux trente secondes ? Aucune idée.
Il fut sorti de sa léthargie par l’arrêt de la voiture, qui le fit sursauter. Il ouvrit les yeux, mais la clarté du jour gris et pluvieux, le grisâtre coruscant de ces nuages gorgée d’eau lui brula les rétines. Il porta ses mains à son visage émacié, pour l’en protéger.
Aubin entendit la porte du côté conducteur s’ouvrir, aussi après quelques instant se mit il à chercher à tâtons, les yeux fermés comment ouvrir sa porte. Il s’y prit maladroitement mais réussit à s’en extirper. Il s’accrocha à la porte pour éviter de tomber et laissa ses yeux gris essayer de s’habituer à la lumière.

« Ou sommes-nous ? » dit-il enfin, en découvrant le paysage.



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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Jeu 30 Avr - 19:58

Inutile de te demander si tu chantes bien ou mal : le zibou te le confirme en s'endormant, comme sous la puissance d'une berceuse. Il parle de toute façon si peu que endormi ou éveillé, il semble rêver en permanence. Sa voix se fait toujours lente et mesurée, comme s'il récitait une incantation. Il s'abîme dans le tissu crissant de ton trench trempé et tu ne l'entends plus pendant tout le trajet. Si au départ le chant du CD est perturbé par les klaxons sévères qui te reprochent ton allure démesurée, il finit par poursuivre seul, avant de se terminer. Et tu ne le remplaces pas, de peur de déranger ton ami. Dès lors, l'ambiance se constitue uniquement de la pluie frappant l'habitacle, des essuies glaces se battant dans un crissement humide, du moteur ronflant sur la chaussée glissante, et du grincement des roues faisant éclater des gerbes d'eau tout autour.
Bientôt, toute trace de civilisation s'amenuise. Tu laisses alors les dernières habitations disparaître à l'horizon pour plonger dans l'obscurité de la forêt.

La route se cabosse, ondule en un chemin imprécis, barré d'arbres tordus qui giflent la pauvre laguna à coups répétés, sans scrupules. Tu t'enfonces tel un char d'assaut dans les ténèbres toujours plus menaçantes, tandis le vent se jette contre les parois de la voiture en hurlant. Tout ce vacarme ne réveille pourtant pas Aubin. C'est seulement lorsque, au contraire, tu ralentis peu à peu pour te garer finalement en bordure de chemin que ton ami ouvre les yeux et secoue ses plumes. Tu coupes le contact avant de t'extirper de l'habitacle.
Tu piétines dans la boue qui pénètre dans les fibres de toile de tes baskets avec un sourire paradoxal. La pluie donne l'impression d'avoir faibli, à moitié interceptée par le toit crépitant des feuillages déployés et l'air plus frais, plus pur, circule dans tes poumons. Tu le savoures par grandes inspirations, n'ayant même pas le cœur à te griller une cigarette. Claquant la porte, Aubin interrompt ta communion avec la nature de son chant discret. Tu t'étires avant de lui répondre, ton éternel sourire gravé sur tes lèvres.

« Chez moi. »

Paume tournée vers le ciel, tu grattes l'air de l'index pour indiquer à Aubin de venir tout près de toi comme si tu allais lui confier un secret. Lorsqu'il se trouve assez proche, tout en étant à distance raisonnable pour que ta chaleur corporelle ne lui provoque pas une crise cardiaque, tu révèles les rouages de ton petit manège.

« Zibou je vais te montrer mon jardin secret – pas celui là ! Ajoutes-tu avant que ses yeux osent simplement se baisser à l'étage du dessous. C'est un grand honneur que je te fais là, car personne ne sait où il se trouve, c'est pourquoi on se gare pas juste à côté. Il est éloigné de tout, et on y entend très bien la pluie, ça devrait te plaire. Viens, suis moi. »

D'un clin d’œil malicieux, tu lui intimes de te faire confiance. Le sol mou émet des éructations dégoûtantes tandis que tes pieds s'y enfoncent. Tu sors du sentier pour dépasser ta voiture et te faufiler entre les branchages. T'assurant que ton ami te suit – vu sa maigreur, il ne devrait pas y avoir trop de problèmes – tu ondules encore un peu contre les troncs serrés comme des sardines, avant de t'en extirper, au bord de l'étouffement. Comme toujours, les branches rebelles te retiennent dans un câlin glacial en s'accrochant à tes vêtements et à tes cheveux. Tu t'en dégages d'un geste vif avant de fouler l'herbe verte de la clairière qui s'offre à vous. Attendant que Aubin parvienne à ta hauteur, tu désignes du menton votre destination atteinte.

Un immense et large chêne se dresse au centre de la clairière. Son tronc centenaire et cabossé supporte, à plus de dix mètres du sol une cabane de fortune faite de planches, de branchages et de morceaux de bâche. Son toit irrégulier se mouche dans les nuages et sa structure vacillante lui donne des allures Miyazakiennes de Château Ambulant. Le feuillage sifflant sous le vent pourrait même faire croire qu'un petit Totoro joueur d'ocarina s'y cache.
Tu t'approches du chêne avant de glisser ta main sur l'écorce pour débloquer quelque chose. Tes doigts s'entrelacent autour d'une corde usée à laquelle tu imprimes un violent mouvement. Dans un claquement de lattes de bois, l'échelle tournoie autour du tronc auquel elle était reliée pour finalement se stabiliser, presque droite, pendant dans le vide. Tu te diriges alors vers le hibou que tu sais incapable de voler et, sans plus attendre, le saisit par les genoux pour le faire basculer sur ton épaule.

« Je prends mes précautions, je ne voudrais pas te casser. »

Avec l'agilité nonchalante de l'habitude, tu poses un pied sur la première planche de l'échelle de corde avant de te hisser, sous la pluie torrentielle, jusqu'à la cabane, sans jamais faiblir ni regarder en bas. Arrivé sur le perron glissant, tu y déposes ton ami avant de déverrouiller le cadenas qui tient la porte fermée. Puis, tu y pénètres en sautillant tandis que tu retires tes chaussures pour les balancer quelque part dans le fond de la cabane.
Il y fait froid et sombre, car l'unique fenêtre est recouverte d'une bâche translucide en guise de vitre et que la seule source d'électricité est celle des dynamos. Une table et deux chaises se tiennent chaud à côté de la fenêtre, la table étant recouverte de feuilles et de câblages. Ta bonne vieille radio, son micro et son casque, y siègent, t'attendent dignement. Un amas de couvertures se trouve dans le coin opposé, t'accueillant durant les rares après-midis froids où tu fuis la civilisation. A côté, ton antenne est appuyée contre le mur vibrant sous le vent.

« Bienvenue dans mon studio ! C'est pas grand luxe, mais on y est tranquille. Ca te plaît ? »

Tu te hisses sur la pointe de tes chaussettes trempées pour atteindre la lampe accrochée au plafond. Tes doigts s'enroulent autour d'une manivelle que tu fais tourner à grande vitesse pendant une bonne dizaines de secondes. Puis, tu appuies sur l'interrupteur.
Et la lumière fut.
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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Jeu 14 Mai - 16:05




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Petite branloire tremblotant et fragile, qui dans sa détresse ne pouvait que s’appuyer contre le capot du petit diable de fer dont la couleur étrange s’accordait ironiquement avec le paysage.
Quelques effluves de cette odeur si particulière et qu’Aubin appréciait entre toutes : l’odeur du petrichor. Ce terme pourtant nouveau qui dans ses accents de grec ancien se renomme doucement comme Pierre et sang des dieux.
Si aubin dans sa jeunesse avait été passionné par ses cours de grecs, si l’exigence de ses classes lui avaient valu de devoir le parler tout comme le latin non pas à la manière d’une langue morte, mais d’une langue vivante, il restait néanmoins passionné par ces histoires d’hommes et de dieu qui se trompent, s’amusent, et se déchirent.
Le sang des dieux .Le sang des pierres. L’état brut originel avait donc une odeur qui mélangée a l’humus et aux feuilles mouillées s’harmonisait magnifiquement. Une odeur de foret mouillée tout simplement, qu’elle était l’intérêt de savoir apposer a cette senteur un nom si barbare ?
C’était bien l’une des choses qui faisaient que rare étaient ceux qui comprenaient Aubin et son amour des mots, son amour de la qualification la plus juste la plus précise. Sa tête était un dictionnaire.
Ses pâles iris grisés s’habitèrent peu à peu à cet ensoleillement grisâtre, filtré par les branche et les feuilles. Son regard un instant se perdis dans la contemplation de ces troncs les dominant de toute leur stature. Petits yeux, vous dérivez doucement sur Loon qui à ses côtés s’agitait. Suivant son signe de main, comme désireux d’attirer un animal craintif, les doigts du plus jeune dansent, filtrent l’air doucement. Et le hibou de s’approcher, pas trop tout de même près de ce corps si vivant. De quoi avait-il peur ? Que la vie qui s’échappait en gerbe de cet être survolté ne vienne s’infiltrer par les larges ébréchure de son être abimé ?
Avait-il peur alors qu’on le console, qu’on l’aide ou qu’on le soigne ? Paradoxe humain , paradoxe animal qu’était Aubin dont une part du corps et de l’âme ne désiraient que la paix tandis que l’autre s’efforçait à pousser dans des douleurs toujours plus abominables avec une ferveur fanatique pour s’expier de choses dont il n’avait pas vraiment conscience. De sa propre existence peut être ?
Quoi qu’il en soit, il regardait, observait, admirait cet être qui lui était si contraire, écoutait ses paroles et tentais de suivre les mouvements de ses mains.
Un honneur ? Un jardin secret ?
Le hibou pencha la tête un instant, ne sachant dire si l’étrange voile qu’il sentait se poser sur son âme n’était que le reliquat d’un sentiment qui se voulait timoré. Le hibou était touché, oui touché par ce que son ami lui offrait dans le but de le divertir, de changer son humeur pourtant toujours si mélancolique. Il lui offrait une vue sur un jardin secret, sur une âme et sur ce qu’il était. Il avait peur Aubin, oh, peur de bien des choses. Mais aussi idiot que cela puisse paraitre, il avait aussi confiance en Loon.
Il suivit ses pas alors dans cette mangrove étrange, tandis que leurs pieds aventureux s’enfonçaient dans l’humus et les feuilles humides. Les pieds de Loon s’y perdaient avec force, tant il était dans son sang de marquer le monde à son passage, il laissait des traces profondes et nettes, enjouée, tandis qu’Aubin lui, d’une carrure plus légère et d’un pas volatile s’enfonçait à peine, ne laissait dans la boue que des pas de fantôme.
Là où les larges épaules de Loon se devaient de ployer, les siennes se faufilaient à travers les branches, entre les rotondité imposantes des centenaires d’écorces.
Il lui arrivait parfois, qu’une main boisée et griffue s’accrochât à son visage, s’enfoncât dans sa peau pour y faire perler ce liquide carmin. Mais Le hibou n’en avait cure, car l’instant d’après les infimes entailles disparaissaient, d’un geste de la main sur sa peau diaphane.
Petits aventuriers dans ce monde de silence, il arrivèrent bientôt. Le barbu leva la tête face à l’imposant chêne, pour se retrouver aveuglé une nouvelle fois par les rayon filtrant par-delà les feuilles. Il porta sa main famélique a ses yeux, s’en servant pour contre les raies de lumières et observa avec difficulté la présence d’une Mazure si haut perchée.
On eut dit ces vieilles cabanes de chasseurs d’oiseaux et des simples amateurs d’ornithologie. Se fondant dans le décor malgré la présence d’une action de l’homme elles étaient des sanctuaires de solitude idéals pour ceux dont l’envie était à la paix, a l’observation.
Ou à la chasse. Cette pensé le fit frissonner, mais il n’eut pas le temps d’approfondir cette réflexion qui était sienne puisqu’il se senti brusquement soulevé de terre. Il regardait en l’air et l’instant d’après voilà qu’il avait la tête vers le sol. Ce contact brusque le figea et sa respiration s’accéléra, la bouche légèrement ouverte dans un rictus d’horreur silencieuse. Instantanément ses doigts se crispèrent dans le cuir sombre de la veste de celui qui le tenait.
Mais sa voix le rassura ou du moins tenta de le faire. Ne panique pas, ne panique pas, calme toi respire.
Le tremblement horrible qui l’avait atteint jusqu’alors s’amenuise tout comme ses phalanges relâchent la pression qu’elles exerçaient sur la veste en peau. Il ne devait pas peser bien lourd pour que l‘effronté s’amuse en jouant aux singes du haut de cette échelle branlante de cordages. Heureusement pour lui, si Aubin était terrifié par les contacts dont il n’avait plus qu’une mauvaise expérience, celui-ci n’avait pas peur du vide loin de là.
Après tout, ce n’était pas seulement la cause de son esprit dont les aspirations étaient métaphysiques, mais plutôt de sa part animale amoureuse des hauteurs et des perchoirs.
Sitôt que Loon se débattit avec la porte, il resta assis sur le perron, penché en avant, savourant le vide vertigineux qui s’offrait sous ses pieds, de la façon la plus suicidaire qui soit, tandis que le vent présent à ces hauteurs lui fouettait le visage, chargé de perle de pluie qui venaient l’entremêler dans sa barbe et ses cheveux.
Aubin perdit son regard dans l’abime de la contemplation du sol. Les hauteurs ne l’effrayaient guère de même que les chute.

Qu’était-ce qu’une chute sinon une délivrance ? Qu’était-ce qu’une chute sinon un dernier vol ?
Avant de venir embrasser le sol de tout son être, si fondre et y mourir, comme on y est né.

Il tendit avec désinvolture sa main au milieu du vide, observant le sol à travers l’écart de ses doigts tachés d’encre. Aubin était un être taciturne aussi sursaut-il en entendant une cohue dans l’étrange habitation. Il releva sa sinistre carcasse, se tenant peut être trop près de ce vide, sans espace, sans barrières pour le séparer d’une chute. Au moment où il trembla, semblant vouloir se jeter à corps perdu dans les bras fielleux du vide, il se détourna et obligea son être à passer la porte de la masure.
Le confort était spartiate. Spartiate oui c’était le mot, songea Aubin en posant son regard sur cet espace vide, décoré de chaises ,d’une table encombré, d’un lit en débarras, dont le vent qui s’infiltrait par tous les ports troué de cette baraque agitait leurs couvertures.
Et Loon d’allumer la lumière, projetant ainsi les lueurs de ses rayons, repoussant les ombres dans les coins, qu’elles se tapissent quelque part et qu’elles ne bougent plus les fourbes.
Le barbu fit quelques pas, tourna autour de lui-même, les pans de son manteau suivant ses déplacement avec un train de retard. Il faisait à peine craquer le parquet quand il se déplaçait, sa carcasse restait toujours un souffle fantomatique. Puis quand il eut finit de déambuler il pencha la tête et d’un regard innocent couva son ami de son regard gris.

« C’est bien triste comme endroit » . Il regardait Loon. Loon et sa joie de vivre, son effervescence. Oui l’endroit était triste, spartiate, froid. Mais c’est la présence de Loon qui suffisait à l’enchanter, a lui donner sa splendeur, son mystère inhérent du fait qu’on le penserait issu d’un roman d’aventure. Le propriétaire était le cœur, l’âme de cette bâtisse. Un cœur vaillant et aimant comme il était rare d’en voir.
Aubin rejeta sa tête en arrière en soupirant d’aise. « Mais… c’est calme, si calme. » L’homme aussi bien que le hibou en lui appréciaient ce perchoir, appréciaient le bruit de la pluie mourant sur les bâches, l’odeur de la foret et son silence, son calme. Son absence d’homme. Cette pluie, cette atmosphère soulageait quelques peu l’étau qui s’était forgé autour de ses organes, qui le prenait a la gorge et qui noircissait tant ses idées qu’elle lui ôtait toute envie de vivre. Du moins plus qu’à l’accoutumée.
Non, le hibou au fond de lui à cette heure de la journée et parce que son corps d’homme était harassé, avait envie de se rouler en boule drapé dans ses plumes caché dans le creux haut perché d’un gros arbre.

Il repris son observation des lieux en s’approchant de la table où trônaient divers embrouillaminis de câbles et de feuillets. Il n’avait aucune idée de l’utilité de chaque objets disposé sur la table, mais piqué d’une curiosité qui était bien sienne, comme un animal dans un environnement nouveau. Il prit le casque entre ses mains fines, le faisant tourner entre ses doigts pour avoir le loisir de l’observer sous toutes les coutures. Mais il ne s’attendait pas dans cette bulle d’insouciance à ce que la détresse de son corps ne se rappelle a lui. Un instant sa vue baissa et il ne sentit plus ses mains, abandonnée par leur force et nourries de froid elles lâchèrent le casque, avant que dans un réflexe maladroit il ne le rattrape. Il le reposa aussitôt, les mains tremblantes, mortifié l’idée de causer encore des dégâts. Mais la tête continua de lui tourner, il se mordit la lèvre et s’appuya contre la table attendant que son vertige passe, et espérant que Loon n’en avait rien remarqué. Il était actuellement dans un état déplorable, et ne voulait pas le voir. Il ne cherchait pas à l’inquiéter d’avantage, aussi changeât-il vite de sujet.
« Alors c’est d’ici mon ami que tu psalmodies tes écris sur les ondes ? » lâche-t-il en passant sa mains sur certaines feuilles noircies par l’écriture qu’il sait être celle de son ami. A cette vision il ne peut s’empêcher d’avoir sur son visage émacié et fatigué un sourire attendrit pour ce garçon, si jeune, plus jeune que lui. Attendrit par cette graphie qu’il connait, attendrit par leur intention. Un peu dégouté aussi oui, dégouté de lui. Loon écrit pour redonner le courage, lui écrit pour manipuler les foules et s’il se sait doué dans ce domaine, il lui coute parfois de n’être qu’une matière grise, un rouage dans une horlogerie complexe qu’il ne comprends pas.
Il se dégoute c’est bien vrai.



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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Ven 15 Mai - 18:35

S'il y a bien une chose que tu as attendu de ce petit être timoré, c'est bien la peur du vide. Pourtant, tandis que la porte s'ouvre, tu le découvres assis, plongé dans la contemplation du champ de gravité qui sépare la cabane du sol ondulant d'herbe verte. Tu le laisses, comme lassé de le brusquer alors qui ne s'en est pourtant pas formalisé, avant d'aller allumer la lumière à dynamo de la cabane. On n'a pas besoin de soleil pour s'éclairer quand on peut le faire soi-même. Retombant sur tes talons dans un craquement, tu remarques que l'oiseau détrempé s'est glissé dans l’exiguïté glaciale de la cabane. Te glissant derrière lui, tu refermes la porte que tu bloques à nouveau à l'aide de la chaîne, afin que le vent ne puisse réellement s'acharner que contre la vitre bâchée qui se secoue dans un froissement de papier gonflé.

Soudain, l'intérêt de ton ami semble s'éveiller alors qu'il tourne sur lui-même, telle une danseuse égarée, pour contempler dans un panoramique maladroit le lieu qui te sert de seconde maison. Les pans de son manteau claquent contre ses mollets – tu songes qu'il faudra lui proposer de l'enlever et tu retires ta propre veste que tu poses sur le dossier de la chaise pliante. Aubin après une constatation mélancolique, se glisse près de toi, contemple tes outils de travail, en prend même un entre ses doigts fins. De loin on aurait pu dire qu'il se servait de baguettes chinoises pour saisir ton casque de radio, qui semble énorme dans l'effleurement de la pulpe de sa peau. Tu contemples l'oiseau gris qui soudain, vacille.

« C'est calme quand je ne suis pas en train de gueuler dans mon micro. » assures-tu avec un rire. « Malheureusement il n'y aura pas d'émission aujourd'hui : pour émettre je me sers d'une antenne que je fixe sur le toit de la cabane, ce serait trop risqué de m'en servir avec ce temps. »

Le climat t'appuie dans le grondement d'un orage qui retentit au loin, roulant sur les nuages, avant de mourir à l'horizon. Les planches grincent de frustration et au dessus de vous, la lumière vacille. Tu lèves les yeux, méfiant, avant de tirer la chaise pliable sur le dossier de laquelle repose désormais ta veste pour t'y laisser tomber comme une masse.

« C'est ma seconde maison. Même si je n'y vais pas très souvent, c'est peut-être celle qui me représente le mieux. Disons que c'est ma petite partie rebelle ! »

Tu éclates de rire : c'est vrai que cette modeste cabane pourvue du minimum vital donne l'impression du refuge d'un adolescent qui a fugué de chez ses parents et qui y retournera quand internet lui manquera trop. Tu n'as pas fugué de chez tes parents : tu es parti en suivant logiquement les choses et tu retournes les voir de temps à autre, séparément, parce qu'elles se sont fichues sur la tronche quand le sujet de la politique a pris un peu trop d'ampleur.

« Tu le diras à personne hein ? Tu es le seul à savoir. » insistes-tu sans te départir de ton sourire.

Tu sais que tu n'as rien à craindre parce que tu connais le hibou. Parce que tu fais confiance. Et puis de toute façon, tu tends le bâton pour te faire battre et tu finiras bien par te faire prendre un jour par le Gouvernement. Il sera alors inutile de plaider non coupable alors qu'il est si facile de forcer la porte de la cabane pour y découvrir tout un équipement nécessaire à émettre sur les ondes et le script de chacune de tes émissions qui porte ton encre, ton écriture, ton ADN.
Mais pour l'instant, personne ne sait où tu es, alors autant en profiter pour t'amuser. Malgré votre proximité physique, ton ami et toi n'avez jamais été si éloignés : lui écrit pour le gouvernement, tu écris contre lui. Il est impossible d'écrire comme une machine, sans le moindre sentiment : aime-t-il ce qu'il écrit ? Pense-t-il ce qu'il écrit ? Inutile d'être télépathe pour se rendre compte que le hibou se plonge soudain dans une humeur aussi noire que ses vêtements.

« Je me suis dit que ça te ferait du bien de voir ce que c'est d'écrire et de déclamer des discours au calme. De voir le côté obscur de la force. »

Pris soudain d'un frisson, tu bascules en arrière sur la chaise dont le pied avant quitte momentanément le sol. Ta main plonge dans un carton pour en sortir une bouteille d'eau et un petit réchaud à gaz. Tu balaies d'un large geste du bras les différents éléments qui se trouvent sur ton bureau, les massant en une sorte de monstre de feuilles et de câbles dans le coin du mur. La surface désormais vide est alors occupée par le réchaud sur lequel tu poses une théière en fonte que tu remplis de l'eau de la bouteille.

« Du thé ? » proposes-tu le plus naturellement du monde.

Tu fais crépiter ton briquet devant la sortie du gaz qui s'enflamme soudainement. Les langues de feu enveloppent le cul de la théière dont elles lèchent les contours d'une aura bleuâtre.

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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Ven 26 Juin - 10:41




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Il regarde avec attention. Touche avec les yeux à défauts des mains. Non bien sûr qu’il ne veut pas causer de dégâts dans le matériel de son ami. Tout ça lui semble si compliqué, si lointain. Toute cette technologie l’émerveille comme elle l’apeure. Après tout il n’en a connu que les balbutiement : premières radios, daguerréotypes, cinématographe et j’en passe. Ce ne sont maintenant que des vieilleries pour ce monde moderne. Des objets datant de mathusalem et Aubin en fait partie.
Il soupire et frotte ses yeux d’une main fatiguée. C’est calme, tellement calme qu’il pourrait ( s’il ne savait pas ses vieilles terreurs collées à lui ) s’endormir sur place. C’est tellement diffèrent de Loon après tout, tout ce calme. On dirait un grand vide qu’on a pour une fois pas besoin de combler de grands éclats de voix. Un vide agréable, une grande bulle d’air.
L’orage gronde et il sursaute, appuyant les dires de Loon. Le temps gris et froid se couple à la moiteur, la chaleur de la nouvelle Orléans. Ainsi leur revenait le bruit de leurs ébats. Une union charnelle entre froid et chaud créait de l’électricité, des grondement, des soupirs : de l’orage. Mais si l’humain avait toujours apprécié ces grandiloquentes démonstrations naturelles, l’animal en lui y était plutôt réticent, préférant se cacher quelque part.
La lumière qui tremble, chuchote fait danser les ombres autour d’eux. Il n’avait pas remarqué à quel point la pièce était sombre tant son acolyte l’emplissait de sa lumière.
Il rit à sa remarque concernant son esprit rebelle. En effet Loon a toujours eu cette image de grand enfant, ou de petit adulte. Peut-être est-ce en partie pour cela qu’Aubin n’avait de cesse de s’attendrir et de lui pardonner tous ces écarts dont il pouvait faire preuve ? Comme une vieillerie cassé face à une jeunesse inconsciente ? Du moins, il lui présente sa garçonnière, comme dans un geste solennel de confiance tandis qu’il lui fait jurer de ne rien dire.
Loon n’a rien à craindre pour son secret, et il le sait. Avec Aubin les confidences sont bien gardées puisqu’il faut déjà des efforts faramineux pour ne lui arracher ne serait-ce qu’un mot. C’est un être secret par définition, la preuve étant qu’il n’a jamais mentis a Loon concernant sa vie ou sa transformation. Il n’a simplement jamais évoqué le sujet, il l’a toujours omis.
Il n’est pas bavard, mais hoche la tête tandis qu’un fin sourire vient fendre ses lèvres. C’est juré, il ne dira rien.

« Muet comme une tombe. » lâche-t-il dans un français silencieux. Murmuré.

Il regarde Loon s’affairer et sortir d’un carton un réchauds et une bouteilles. Cet endroits renferme-t-il encore d’autre objets magiques ? il y a-t-il des trésors cachés dans les coins poussiéreux, entre les bâches ? ça ne l’étonnerait qu’à moitié.
Quand Loon lui propose du thé, c’est là qu’il prend conscience des tremblements nerveux qui agitent ses mains, plus fort que d’habitude. Peut-être en propose-t-il par politesse. Ou peut-être semble-t-il croire qu’il est mort de froid. Toujours est-il qu’il ne refuse pas cette tasse.

Aubin, d’un geste lent, se débarrasse de son manteau trempé qui lui colle à la peau et goutte sur le sol pour le poser sur le dos d’une autre chaise pliante, près de la table. Par la même occasion il se débarrasse de sa veste qui est toute aussi trempée. Et le voilà en chemise, lui Aubin le pudique, le secret. Chemise même, dont les manches sont un peu remontée et exposent ses avant-bras et leurs cicatrices hideuses qui les barrent en tous sens, les souvenirs indélébiles de contusions, d’hématomes qu’il se traine depuis qu’elle les lui a faite, et qu’il trainera toute sa vie. Même pour un changeur, certaines blessures ne cicatrisent pas.
Lui, d’habitude s’évertue à cacher ces souvenirs qui le hante et marquent son corps. Mais là, il est avec Loon, et avec lui c’est différent : il n’a pas besoin de masque, pas besoin de s’effacer, de disparaitre. Alors il profite de cette accalmie que lui offre son ami.
Il manque de tomber quand il s’assoit sur la chaise, ses jambes sont comme du coton. Et pour empêcher sa tête de tomber de pencher vers l’avant, il la pose sur la table.
Son regard gris se perd dans la contemplation de ces petites flammes bleu qui lèchent le métal et ses narines s’emplissent du mélange de l’odeur du gaz, de l’odeur du thé, de l’odeur de la pluie, de la cabane, de Loon.
Il est un être morose, d’une humeur noire. Il est austère et déprimant et il le sait. Comme il aimerait pourvoir offrir à son ami autre chose que cette mélancolie sans borne qui se confond à son sang. Loon mérite mieux que ça, mieux que lui après tout. Il mérite des éclats de voix, de la joie, des démonstrations d’affection. Il mérite de la chaleur, des rires.
Tant de choses qu’Aubin est incapable de lui offrir. Et cela le peine terriblement.
Loon lui offre des confidences, des accalmies, des rayons de soleils dans sa vie morne et lui…. Lui que lui rend-il ?
Sa main droite se crispe sur son genou. Elle arrête de trembler tant les jointures blanchissent. Une question une seule lui brûle les lèvres.

« Je me demande… » Il lèche ses lèvres gercées, hésitant a continuer. Son regard est toujours happé par la contemplation du feu, et les flammes se reflètent dans ses orbes gris « Je me demande pourquoi tu fais tout ça pour moi Loon. »



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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Ven 26 Juin - 12:48

« T'as intérêt Monsieur Malaussène. » réponds-tu intelligiblement dans ton français étrangement cassant par rapport au doux ton de ta voix veloutée.

Tu te demandes toujours, toi, pourquoi Aubin ne te dénonce pas au gouvernement. Il connaît ta planque, ton adresse, ton physique. La seule chose qui lui échappe est ton véritable prénom, que jusqu'à aujourd'hui, seules quatre personnes connaissent : Alvin, Seraphina et tes deux mères. Ceux qui t'ont vu grandir, en fait. Ceux qui ne diront rien. Ceux qui t'aiment d'un amour qui ne s'explique plus. Même si tu apprécies énormément Aubin dont le calme apaise le feu perpétuel de tes entrailles embrasées, beaucoup de mystères réciproques planent encore entre vous, et c'est peut-être mieux ainsi. Les nombreuses cicatrices sur les avant bras d'Aubin le confirment ; tu ne t'attardes pas dessus. Tu ne veux pas savoir, ni même imaginer qui lui a fait ça, cela te ferait inévitablement évoquer cette peur panique du sang qui te rendrait incontrôlable. Tu parlerais à grand peine de cette chose si Aubin l'évoquait. Mais il ne le fera pas, tu le sais : ceux qui veulent parler de leurs blessures les cachent, ceux qui ne le veulent pas les montrent, car elles se suffisent à elles-mêmes.

Aubin dévoile physiquement ce qu'il te cachera mentalement à jamais alors tu ne t'étends pas, tu ne poses aucune question que tu ne sauras assumer, même si ton champ de responsabilités face aux situations dans lesquelles tu t'engages s'étend particulièrement loin ; c'est d'ailleurs pour cela que tu te projettes toujours plus profondément dans la provocation.
L'eau vient rapidement à la limite de l'ébullition, dans le calme régulier orchestré par le clapotis des gouttes de pluie sur la carcasse boisée de la cabane et le champ du vent qui se fracasse contre le bâche qui sert de vitre à ce bout de fenêtre. Le gaz ronfle, la lampe à dynamo grésille, mais c'est tout. C'est un calme froid, mais un calme serein et lumineux, de ceux dans les bras desquels on s'endort en oubliant la peine du monde.

« Je ne me suis jamais posé la question. »

Tu retires la théière du feu d'une main enveloppée dans un mouchoir et la pose sur le bureau. Tu ouvres une petite boîte en métal cachée derrière l'ordinateur et laisses jaillir les particules de poussière du bouquet séché qui y repose. Y retrouvant une petite boule tamisée de légers fils métalliques, tu ouvres cette dernière avant de la remplir entièrement, de la refermer, et de la laisser tomber dans le corps de la théière. Tu coinces la chaîne avec le couvercle, actionnes le chronomètre sur ton téléphone.
Aubin parle trop peu, mais quand c'est le cas, il se culpabilise pour des futilités. Quand il ne parle pas, c'est que tout va bien. S'il commence à causer, à faire des phrases attachées les unes aux autres et qui se suivent d'un peu trop près, il faut s'inquiéter. Aubin fait partie de ces courants d'eau qui dorment et qui s'énervent d'une façon glaciale, sans hausser la voix. De ceux qui pourraient vous tuer d'un seul regard et dont la puissance retenue hiberne tranquillement au creux de leurs entrailles ankylosées par le froid. De ceux qui peuvent être mignons tout en vous fixant d'une lueur inhumaine.

« Je pense qu'il n'y a pas de pourquoi quand il s'agit de ceux qu'on aime. »

De ceux pour qui, pourtant, on s'arracherait le cœur si leur vie en dépendait.
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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Sam 27 Juin - 12:05




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Il y avait une notion parmi tant d’autre, une notion qu’Aubin avait fortement oublié, ou du moins oublié qu’elle pouvait s’appliquer à lui.
La simple notion, le simple sentiment de compter pour quelqu’un.  Il avait fini par remplacer cela par de l’utilité. Oui voilà. Il n’était pas aimable, au gouvernement personne n’aimait l’être froid et médisant qu’avait fini par devenir Monsieur Malaussène., mais il était utile. Et il se surpris à se demander si sa vie n’avait pas été une longue suite d’exploitation : se résumer à être un moyen en vue d’une fin, objectisé a un tel point qu’on lui retirait toute humanité. Ne se qualifiait-il pas d’ailleurs de Machine à ecrire ?
Il aurait pu, s’il l’avait voulus, grimper dans les rangs de cette forteresse dorée, user de ses mots de sa rhétorique pour grimper les échelons du gouvernement ou le désamorcer peut être de l’intérieur ; à la façon d’un insecte qui cour dans son horlogerie bien rodée.
Il aurait pu s’en attirer les faveurs de la résistances en vendant les secrets, les annonces, les données qu’il était en matière d’avoir. Il aurait pu s’attirer les faveurs du gouvernement en dénonçant ce qu’il savait des agissement illégaux de Loon.
Mais il n’avait rien fait de tout cela. De même, une telle idée n’aurait jamais effleuré l’esprit fatigué du hibou. Dénoncer Loon ? Pour quel motif ? Apporter un peu d’espoir à ces populations qu’il participait à briser ? Mettre un peu de sa bonne humeur dans les oreilles des petites gens ?
Aubin n’avait pas de « camps » à proprement parler, loin des considérations manichéennes entre résistances et gouvernement, il se contentait de faire ce qu’il savait faire : écrire.
Mais dans les faits, il se sentait plus proche de Loon, plus proche de son travail que du gouvernement dans son entièreté. Loon avait une plume, certes différente de la sienne, mais plus fraiche, plus vivante, plus humaine.
L’eau gronde comme le tonnerre au loin. Soumise  à l’ébullition causée par les flammes elle fait trembler la table, menaçant de déborder jusqu’à ce que son ami la sorte du feu, précautionneusement protégé par un mouchoir. Et alors qu’il lance sans ménagement quelques herbes magiques dans son chaudron, il l’imagine comme un sorcier préparant une potion, dosant savamment les mélanges d’herbes sauvages et exotériques. Il se mord la lèvre un instant quand cet idée fait remonter un lui un souvenir. Il se souvient d’Apolline et de la façon qu’elle avait de faire des potions. Un façon beaucoup moins calme pour cette femme d’action.  Il se souvenait, quand il passait des heures à la regarder faire, de l’expression d’extrême concentration sur son visage, la langue presque tirée entre les dents comme une enfant s’appliquant à écrirai. Et il se souvenait aussi de ses grand éclats quand elle ratait quelque chose, comment elle médisait sur ses ingrédients, les personnifiant pour mieux les soumettre à son courroux. Et il se souvenait qu’a son bureau en train d’écrirai, quand il relevait la tête, cela l’amusait beaucoup.
Il senti son cœur se serrer et son estomac se soulever a une telle pensée tandis que ses dents s’enfoncèrent plus profondément dans ses lèvre, y faisant perler quelques gouttes de sang, avant que la blessure ne se referme bien vite. Il renifle, et passe ses doigts fins sur celles-ci avant d’y passer sa langue, il regarda un instant le carmin sur ses doigts puis l’effaça d’un geste du pousse.

« Je pense qu'il n'y a pas de pourquoi quand il s'agit de ceux qu'on aime. »

La phrase le cloua sur place et lui fit relever la tête, la décollant de la table ou elle était apposée. Sa respiration se bloqua dans sa gorge tandis que ses lèvres s’entrouvrirent en silence, se fermant, s’ouvrant, ne sachant que dire. Ces démonstrations d’affection n’était pas peu communes de la part de Loon, mais chaque fois dans leur innocence et leur sincérités, elles arrivaient a le toucher en plein milieux de son cœur brisé. Il serra ses genoux entre aux et baissa la tête, sachant pertinemment qu’il avait dû rougir comme un donzelle effarouchée sous le coup de la gentillesse. C’est qu’en ce moment il en avait besoin. Aubin était un timide, toujours, et ça Loon le savait bien, aussi il évita son regard, décidant de le concentrer sur la table, avant de devenir rouge pivoine.
Ses yeux gris, dans leur mélancolie mesurée se perdirent entre les papiers, et soudain son regard fut attiré par un bout de photographie qui émergeait de sous une monceau de papier. Approchant sa main et déployant ses longs doigts pales, il la tira du bout de sa pulpe, pour l’observer. Il sorti de sa poche ses lunettes, à cette heure de la journée et après avoir passé tant de temps à s’abimer les yeux dans l’ombre elles ne seraient pas un luxe. Et sans plus de cérémonie, il les chaussa sur son nez.
En la regardant, chose surprenante et rare, il ne put s’empêcher de rire. Loon n’avait pas du l’entendre rire souvent. Un rire calme, mesuré, presque silencieux, à l’image de sa voix même, presque un rire d’enfant, Aubin n’avait surement pas une voix d’homme.
La photographie, semblant avoir été bien trimballée, représentait Loon adolescent, et un ami jouant à un concert, l’un de la guitare, et lui d’une drôle de contrebasse plate. Mais ce n’est pas la photo en elle-même qui le fit rire mais plutôt la trogne d’un Loon adolescent et rebelle, le cheveux et le T-shirt gras sous les Spotlight.
Le Hibou passa sa main dans ses propres cheveux, dans une vaine tentative de les bloquer derrière son oreille.
« Jolie coupe de cheveux… Tu avais quel âge ? » rit-il doucement.
Sous cette photo il y en avait une deuxième, qu’il tira aussi. Aubin était piqué de curiosité et savait que Loon ne lui en tiendrait pas rigueur.
Celle-ci représentait toujours Loon jeune avec son incroyable capillarité qui le faisait tant rire, mais cette fois-ci il avait dans les bras deux femme plus vieilles que lui. Il en déduit qu’elles devaient être ses mères, Loon lui avait une fois dit qu’il avait été élevée par deux femmes.

«  Toi et tes mères ? Vous avez l’air heureux. » lacha-t-il alors que ses lèvres se fendaient d’un sourire.
Quelle drôle de famille qui pourtant semblait si attachante. Lui-même ne se souvenait que peu de ses propres parents, oh il n’avait pas eu l’impression d’avoir eu des problèmes avec eux, il aurait même dit qu’ils étaient des gens simples, pauvre mais aimant… D’après ses souvenirs… Il se souvenait mal. Il passa une main sur son visage.
«  Je crois… Je crois que ma mère était culottière et mon père ouvrier.. J-je… J’aurais aimé avoir des photographies aussi, c’est important de se souvenir. On oublie avec l’âge… » Dit-il rêveur alors que ses yeux se perdaient dans les détails de la photographie. Admirant les têtes heureuses. Il disait cela sans trop réfléchir, avec Loon il se confiait sans trop réfléchir, et diable ça faisait du bien.



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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Sam 27 Juin - 12:44

L'effet de tes paroles est visible et Aubin rougit instantanément parce que de toute évidence les sentiments sont une nourriture qu'il n'obtient que de toi et qu'il digère encore avec difficulté. De même que ton meilleur ami Alvin éprouve la plus grande difficulté du monde à se mettre à l'aise en parlant d'homosexualité, surtout quand elle le concerne, Aubin encaisse cette déclaration d'amour avec la délicatesse sensible de celui qui ne le connaît pas, qui le regarde gentiment passer mais qui ne sait réagir quand il lui arrive dessus. L'amour que tu portes au monde est l'une de tes armes les plus redoutables.
Tu jettes un œil au chronomètre afin de laisser infuser le mieux possible les feuilles de thé vert, les fleurs de jasmin, les fleurs de bleuet et les pétales de rose. Un thé de la confection de ta maman française qui n'a jamais su totalement arrêter son activité lorsqu'elle a déménagé à New York.

Tout d'un coup, Aubin farfouille dans les papiers et y trouve deux vieilles photos de toi à deux périodes différentes de ta vie. Deux périodes plus lumineuses et plus joyeuses que celles que tu traverses aujourd'hui. Il te demande des informations dessus tandis que tu retires les punaises qui recouvrent la fenêtre d'une bâche. Tout d'un coup, derrière toi, tu l'entends rire.
Tu te retournes brusquement, mu par un choc électrique. Aubin. L'être le plus sombre et le plus désespéré du monde, à la peau blêmie par le froid de la mort, aux veines bleues du sang de la mélancolie, aux yeux vides du néant des limbes. Rire. Les deux concepts ne sont pas compatibles et pourtant, même si son rire est discret, il s'avorte en un sourire serein. Tu baisses les yeux, étonné, pour le voir tenir dans les mains une photo de ton adolescence, te représentant en train de jouer de la musique avec ton meilleur ami.

« Oulà, je dois avoir...Fais voir ? Oui, quinze ans, pas plus. Je venais de rentrer au lycée, je jouais beaucoup de musique avec Alvin, celui qui est à côté, et on avait fini par rentrer dans un petit groupe. »

Au dehors, le vent s'est calmé. Il pleut des cordes. Un rideau gris s'est étendu sur le marais et se fracasse en gouttes rapprochées sur le sol comme s'il voulait s'y planter pour toujours. La fraîcheur gagne la cabane, mais vous restez au sec. Tu ressens alors cet incroyable sentiment de sécurité rassurant ; tu es à l'abri alors que dehors les éléments se déchaînent et un thé brûlant est en train d'infuser sur le bureau.
Sortant une cigarette, tu l'allumes et en tire une longue bouffée mentholée.

« Je prenais soin de mes cheveux comme une vraie gonzesse à l'époque. Je les lissais tous les matins, je les avais jusque làtu te retournes et pointes le milieu de ton dos quand je les ai coupés pour rentrer à l'université. »

Tu acquiesces lorsqu'il te montre la seconde photo qui te représente en compagnie de tes deux mères. C'est peut-être la dernière photo qu'il te reste de cette période où tout allait si bien, ou rien ne semblait pouvoir vous séparer. Tu te crispes légèrement, mais ne peux retenir un sourire quand tu croises celui de ton homologue plus jeune.
A ta stupéfaction, Aubin exécute une seconde réaction plus étonnante encore que la première : il se confie. Des bribes de son passé filtrent entre ses lèvres, sur sa mère, sur son père, gorgée d'une nostalgie inhérente à celle qui accompagne le manque de nos proches disparus.

« On n'oublie que ce dont on ne veut pas se souvenir. »

Et quand tes mères viendront à te quitter, tu ne les oublieras jamais.

« Ca existait la photo à ton époque ? »
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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Sam 27 Juin - 22:48




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Le papier glacé est doux sous ses doigts, les couleurs sont vives, tous ces petits pigments colorés se reflètent dans ses iris, forment les sourires, les ombres, les nuances dans les cheveux. Il songe un instant que la nostalgie que peut renfermer ces simples morceaux de papiers est incroyable.
La nostalgie, pas la mélancolie.
La nostalgie est une belle chose n’est-ce pas ? Ce n’est après tout que se rappeler de quelque chose qu’on a aimé, se rappeler du bonheur qu’il nous a créé.
Aubin lui avait le sentiment que son cœur n’était bon qu’a la mélancolie. Au regrets qui s’enfonçaient dans son être comme des pieux, le faisant saigner d’une mélasse noire.
Pourtant. Pourtant actuellement c’était peut-être de la nostalgie qu’il ressentait en repensant a cette époque de sa vie à laquelle il songeait rarement : l’enfance.
Il caressa le papier du bout des doigts, savourant sa caresse froide sous sa pulpe et tourna la tête cers la fenêtre souriant. La pluie au dehors battait les bâches sans ménagements, et toute la forêt semblait comme résonner de ce son délicat de pluie qui meurt sur le sol. Il frissonna en passant une mains distraite sur son bras abîmée. Aubin aimait la pluie mais sentait ses vieux os brisés et poreux le lancer dans l’atmosphère humide. Il soupira d’un rire plus amère que précédemment : ils faisait des vieux os. Surtout que ne pas trouver d’humidité en Louisiane était impossible, aussi avec les temps s’était-il habituée à la douleur continuelle. On n’oublie jamais sa présence, et jamais elle ne s’amenuise, mensonge serait de dire qu’elle devient supportable. Mais comme toute chose, ont fini par s’y faire, par accepter et penser à autre chose et ses petites froideurs, ces langues de givres qu’il sentait parfois dans ses os n’étaient que caresses et douceurs comparé à ses douleurs fantômes qui parfois le prenaient sans crier gare et le clouaient sur place, comme si une nouvelle fois on en venait à lui briser les bras.
Il soupire une nouvelle fois préférant se dire que s’il souffre, il peut au moins se targuer d’être encore assez vivant pour ressentir la douleur. Etrange façon de positiver qui était la sienne.
Il se retourne vers Loon qui affiche un air choqué qui le fait rire de plus belle. Alors ? C’est le voir de cette humeur qui le choque ainsi ? Mais Malaussène peut surprendre et il devrait être le premier à le savoir. Ou peut-être devrait-il savoir qu’il est l’un des rares si ce n’est le seul à le mettre dans un tel état. Ou peut-être ne sait-il rien de cela.
Quoiqu’il en soit Aubin sourit, et remonte d’un geste les lunettes qui lui glissent sur le bout du nez alors qu’il regarde Loon lui parler de ses soins capillaires. Ça ne l’étonne pas de lui d’ailleurs une telle exubérance.
Il tique un peu lorsqu’il voit la réaction de Loon face à la seconde photo, a-t-il bien fait de fouiller comme ça dans les images du passé ? Il ne souhaite pas réveiller de mauvais souvenirs après tout. Il ne sait pas ce qu’il a fait mais sur la face claire et franche de Loon il a bien vu passé un éclat furtif, une petite crispation. Le passé n’est pas toujours agréable car les mauvais souvenirs souvent s’accrochent aux bons.

« On n'oublie que ce dont on ne veut pas se souvenir. »

Sur ce point, ils sont en désaccord et le sourire d’Aubin se fane un peu. Loon est jeune, sa mémoire est encore fraiche, vive. Lui se sent vieux et fatigué, sa mémoire s’effrite comme sa personne et il ne choisit pas ce qu’il veut garder. Il aimerait pouvoir se souvenir de ses parents, des moments heureux de sa vie, mais il ne lui reste que des bribes de tout cela, comme s’il avait lu jadis l’histoire de quelqu’un d’autre. Il aurait à la place aimé oublier les culpabilité, son acte immonde. Il aurait aimé pourvoir oublier la douleur et toutes ces choses qui le hante la nuit. Mais on ne choisit pas sa mémoire. Ne reste que ce qui nous marque. C’est ainsi, le souvenir est éphémère, pas le regret.

« Tu es peut être trop jeune pour savoir… » Il remonte ses lunettes sur son nez et chasse sa vilaine phrase d’un sourire. Diable s’il pouvait arrêter de plomber l’atmosphère. « Enfin non… N’écoute pas un vieux Hibou »

Soupirant il prend exemple sur son ami et sort de la poche de sa veste un paquet de cigarette, et soupire d’aise en voyant que malgré le paquet abîmé il a échappé aux affres de la pluie. Il sort un cylindre de tabac qu’il coince entre ses lèvres fines avant de chaparder le feu de Loon pour l’embraser et le rejoindre pour enfumer l’atmosphère.
L’Ecrivain sourit à sa question enfantine, un de ses sourires attendris par l’apparente naïveté de Loon mais qui dans un sens lui font prendre un coup de vieux. On dirait un gosse aux pieds de son grand père en train de lui demander si enfant il a connu l’électricité. C’est vrai que dans les faits il pourrait être son arrière arrière grand père.
Il tire une bouffé de fumée qu’il laisse échapper dans l’air avant de rehausser ses lunettes à nouveau, c’est un tic qu’il a dès qu’il les portes, ces culs de bouteille à branche épaisses qui lui mangent le visage.

« Oui, cela existait. Mais ça coutait très cher. Mes parents avaient mis de l’argent de côté pour mes études, je crois… » Il porte une main à sa tête et se masse les tempes « Je crois qu’ils étaient fiers de moi, d’Henri IV… Enfin, les photos n’étaient pas courante. Baudelaire Disait que jamais cela ne deviendrait un art, que ce n’était que folie passagère, il s’était bien trompé… »

Il divague, il divague et ses souvenirs s’entremêlent. Loon sait le faire parler, et pas en mal. S’il parle trop d’habitude c’est mauvaise chose, mais avec le pharmacien rebelle il a une liberté de parole.
Son regard se coule à nouveau sur les photos, et il affiche un sourire, il sourit beaucoup, c’est peut-être la fatigue ?

« Je suis certain qu’elles sont fières de toi. » Lâche-t-il doucement.
Il ne sait pas pourquoi il dit une telle chose, il ne sait pas si c’est déplacé ou non, il ne sait pas pourquoi ça lui vient. Mais s’il dit ça c’est parce que sur le coup ça lui est apparu comme une vérité immuable.
Et quoiqu’il en soit lui, aurait été fier de lui à leur place.



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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Sam 27 Juin - 23:34

Tu devines à sa phrase avorté qu'il n'est pas d'accord avec toi. Vous ne pouvez pas toujours l'être. Vous n'avez pas la même histoire, le même vécu, la même famille, les mêmes attirances, les mêmes démons. Les tiens ne sont pas cachés, ils sommeillent au bord de tes lèvres, attendant que quelqu'un vienne les provoquer pour qu'ils jaillissent, car tu pars au quart de tour, tu exprimes tout, tu ne caches rien. Aubin, lui, bien au contraire, les laisse se terrer au plus profond de sa carcasse frêle, si bien que la moindre tentative d'exorcisme le briserait en deux. Alors tu ne tentes rien.

« Elles le sont. »

Et tu aimerais pouvoir en dire autant d'elle. Ne pas avoir à dire avec la honte au creux des yeux qu'elles se sont séparées pour une broutille politique. Ne pas avoir à dire, avec la rancœur au fond de l'âme, que le Gouvernement a indirectement déchiré cette famille si stable, si unit. Ne pas avoir à dire, avec les sanglots au sein de ta gorge, que leur amour palpitant te manque.
Le cœur lourd, tu fermes les yeux, et c'est un interrupteur qui se baisse sur ton visage comme un rideau qui paradoxalement se lève sur une scène de théâtre. Une larme, une unique perle translucide, porteuse de l'éloquence de la tristesse qui te ravage à la simple pensée de ce sujet sauvage, glisse sur ta joue et se perd dans les fibres de ta chemise. Tu essuies simplement le sillon qu'elle a laissé, avant de glisser ta cigarette entre tes dents pour pouvoir te concentrer sur la théière qui vous attend.

La chaîne de la boule à thé s'enroule autour de tes doigts tandis que tu la soulèves. Le mélange de feuilles tournoie comme un pendule maléfique au dessus de la théière en fonte, pissant les dernières effluves que les fleures gorgées d'eau brûlante voulaient garder dans leurs fibres. Replaçant le couvercle sur l'orifice, tu saisis de nouveau avec le mouchoir la lourde hanse de l'objet, avant de faire pivoter vers l'avant de sorte que le liquide s'en échappe. La vapeur d'eau s'élève au dessus des deux bols qui se remplissent de l'infusion d'abord de couleur verte, qui, au contact des vols craquelés, se tâche de bleu, puis de violet. Quelques feuilles rebelles viennent se noyer comme des petits poissons dans cet aquarium féerique. Du bout des phalanges, tu pousses l'un des deux bols en direction d'Aubin.

« J'espère que ça te plaira, c'est ma maman qui l'a fait. »

Laquelle, tu ne précises pas. Parce qu'au fond elles sont toujours été complémentaires, formatrices d'une seule et même entité qui t'a protégé contre le monde tout le long de ton enfance, avant de t'y propulser plus tard sans autre forme de pitié. Parce que leurs regards se fondent en un seul, et que ton surnom résonne de la même manière dans leurs deux gorges, que tu as aimé te perdre de la même façon dans leurs bras et qu'aujourd'hui, leur reflet unifié se noie dans tes yeux embués.

« Elle me manque. »
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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Dim 28 Juin - 9:33




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Aubin est un idiot, parfois même un inconscient. Maladroit le blâmerait-on, et on aurait bien raison. Il ne connait que trop bien le pouvoir des mots, leur efficience, leur fonction performative. Mais souvent il oublie les hommes derrière les mots, souvent bien souvent il oublie comment gérer les contacts humains.
On pourrait l’excuser, dire qu’il n’a pas l’habitude, dire que maladroitement il avait voulu bien faire. Mais le résultat restait le même.
Le hibou tourne la tête et toutes traces de sourire disparaît instantanément de son visage pour être remplacé par une horreur sourde. Si Loon avait été surpris de voir Aubin rire, ce n’est rien comparé au choc qui s’empare du hibou. Face à lui le visage de Loon se ferme, s’éteint. Son cœur rate un battement et il lui semble que la lumière de la pièce diminue dangereusement, qu’alors il est entouré par les ombres voulant le dévorer.
Et la fine goutte d’eau salée qui roule sur les traits enfantin de son visage semble porter à elle seule toute la détresse de cet être, la douceur immatérielle de l’eau semble pourtant transpercer le cœur du hibou.
Il tremble. Ah, tu peux bien trembler Malaussène, une fois de plus tu ne cause que le malheur aux gens que tu aimes, tu es un porte poisse, un triste épouvantail, tu es … Tu es malsain Malaussène voilà tout.
Il se sent mal, plus mal alors que ces quelques jours, car cette fois ci c’est une culpabilité sans borne qu’il ressent. Il enfonce ses doigts de toute la force de son corps dans ses bras abîmés mais essai de ne rien en laisser paraitre. Les ongles raclent la peau diaphane et la teintent de rougeurs.
Il aimerait… Il aimerait pouvoir retirer ce qu’il a dit, il aimerait s’excuser mais c’est impossible, qu’est-ce qu’une excuse si ce n’est quelques mots en plus ? Le hibou au fond de lui n’a qu’une envie : celle de se terrer au creux d’un arbre et de disparaitre au milieu du Lichen et pour une fois l’humain était d’accord avec lui. Voilà qui traduisait bien son état : il aurait aimé disparaitre.

Les effluves du thé grimpèrent jusqu’à ses narines, des odeurs d’eau chaude et de fleurs, quelque chose qui venait s’ajouter à l’atmosphère comme pour l’embaumer. Il regarde la tasse que Loon approche de lui, mais baisse la tête, ayant trop peur de croiser son regard. De peur… De peur d’y lire des reproches. Non, de peur d’y lire qu’il le pardonne. Parce que Loon est ainsi, un soleil, un être doué de pardon. Mais Aubin n’aurait pas la force d’accepter ce pardon aussi simplement qu’il ne le mérite pas pour la peine qu’il vient de lui causer. Loon ne mérite en aucun cas d’être peiné, Aubin ne mérite pas d’être pardonné pour ses écart, aussi futiles soient-ils.
Il regarde son propre reflet dans l’eau trouble de la tasse, celui-ci semble le juger et il sent alors ce gout amère dans la bouche. Alors même, s’il est toujours brulant, pour effacer ce reflet il souffle sur la tasse et en boit une gorgée. Il lui brule la bouche, l’intérieur de la gorge, cela fait mal mais tant mieux. Aux mots de Loon quant à la provenance du thé, Aubin manque de s’étouffer. Il repose la tasse et une quinte de toux agite son corps frêle comme si celui-ci allait se briser. Ça provenance si intime, si maternelle le surprend. D’autant plus qu’il le partage avec lui.
Le thé est délicieux, vraiment, là n’est pas le problème, il ne veut pas le vexer plus qu’il ne l’a déjà fait en lui faisant croire qu’il n’est pas bon, manquerait plus que ça. Il essai de parler entre deux toux, de s’excuser de lui dire « Ah, je suis idiot, le thé est délicieux, ne t’en fait pas », mais n’y arrive pas et seul des bout de mots passent la barrière de ses lèvres et il s’étouffe pitoyablement.
La toux fini par se calmer et il respire a nouveau normalement, pourtant il n’ose plus dire un mot, fixant sa tasse en silence.

« Elle me manque. »

Ce simple mot le fait sursauter à nouveau et le transcende de toute sa mélancolie. Oui, de la mélancolie car le ton n’est que regret, n’est que tristesse. Il sent à ses côtés la lumière de Loon trembler, défaillir. Il se mortifie d’en être la cause, mais il ne sait, pas quoi faire pour endiguer l’hémorragie qu’il a ouverte. Alors il se tait, la tête baissée et regarde fixement devant lui, ses mains crispées sur ses genoux.
Les minutes passent dans le silence. Puis Aubin bouge, lentement et avec toute la douceur qui le compose, il lève le bras et l’approche de Loon. Toujours avec une certaine lenteur, lui-même ne comprend pas ce qu’il fait, il déplie ses longs doigts tachés d’encre, et tout doucement il les pose sur l’épaule de Loon. Il espère que ce geste ne lui fait pas l’effet de la caresse d’un mort. Sa main tremble sur cet carcasse plus massive que la sienne, et il sent sa chaleur lui passer entre les doigts. Il lui faut une bonne dose de courge pour accomplir ce geste absolument pas commun pour lui. Si étrange, Si apeurant et peut être quelque part si grisant.
Il récupère sa main et s’humecte les lèvres, il ne sait pas où se mettre le pauvre idiot. « Te.. Laisser, j-j-je… Devrais te l-laisser. » Lâche-t-il le ton aussi saccadé qu’un robot.
Vivement il déplie son corps maigre, comme une racine sortie de terre, il se lève et esquisse un mouvement pour partir. Mais il a oublié la fatigue de son corps, de ses jambes qui ne le suivent pas, qui sont trop frêle pour le porter, et dans sa maladresse légendaire, il se prend les pieds dans des fils gisant là, par terre. Il chute inexorablement, petit corps soumit aux lois de la gravités et entraine avec lui un monceau de feuille qui lui tombent dessus, tandis que ses lunette ne sont plus raccroché qu’a l’une de ses oreilles. Il met ses mains sur son visage.
Oh oui, il n’a qu’une envie c’est de disparaitre.



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MessageSujet: Re: Au Hasard Balthazar [Zibou]   Dim 28 Juin - 11:11

L'inquiétante étrangeté de cet être vient de nouveau embaumer ton espace vital. Tu lèves les yeux lorsque, aussi froide que celle d'un fantôme, la main d'Aubin, serres squelettiques, vient se poser sur ton épaule. Tu aimerais y ressentir de la chaleur, et c'est bien ce que tu perçois. Mais il s'agit de celle de ton propre corps. Celui d'Aubin demeure froid comme la mort. Pourtant tu saisis l'effort, et alors que tu tentes de recouvrir sa main de la tienne, il la reprend comme jugeant que tu en as assez profité, et déclare qu'il prend congé. Eberlué, tu le regardes s'éloigner...avant de se carapater monumentalement dans le fil de la radio. Cette dernière glisse dangereusement vers le bord et tu la retiens de justesse. Le fil se débranche, le casque chute, lui aussi retenu au dernier moment, le micro se fait un petit kiff falaise avant de s'arrêter au bord in-extremis mais surtout, le bordel monstrueux de feuilles et de photos s'écrase sur le sol, et certaines volèrent encore dans les airs après la chute, comme les plumes de l'oiseau malheureux qu'il est.

Silence. Aubin se cache pour crever. Un spasme te secoue le ventre et remonte jusqu'à ta gorge. C'est un véritable éclat de rire qui résonne dans la cabane, lézarde les murs, se répercute contre le toit, avant de s'échapper par la fenêtre comme un mauvais esprit farceur. Le rire violent te secoue avec la même brutalité que la tristesse ayant refermé ses bras sur tes épaules et fait éclater le carcan de mélancolie étouffant dont tu étais jusqu'à présent recouvert. Ta main recouvre ta bouche pour mettre en sourdine ce brusque éclat de voix mais tu ne peux t'en empêcher ; l’engrenage se met en marche et tu ne te retiens plus. Les larmes qui gorgeaient tes paupières s'échappent, et de l'acidité nostalgique se transforment en rayons de soleil qui se déversent sur tes joues rougies.

« Oh ma p'tite crevette... » déplores-tu au milieu de tes rires.

Tentant de te calmer, tu finis par te relever en prenant sur toi. T'appuyant sur le bureau, tu lèves ta carcasse avant de sautiller par dessus les feuilles, cherchant les espaces vides et boisés où tu peux poser la pointe de tes pieds sans écraser un texte ou une photo. Parvenant enfin à la hauteur d'Aubin, tu le saisis par les flancs et l'aide sans problème à se redresser, soutenant son poids plume comme le corps d'un animal blessé. Une fois que tu as réussi à le remettre sur ses jambes, tu le débarrasses des particules de poussière et des feuilles qui se sont collées à son accoutrement étrange, avant de l'étreindre comme si tu ne l'avais pas vu depuis des lustres.

« Tu vois, il ne faut pas que tu t'en ailles. Il faut que tu restes avec moi, parce que tu me fais rire, parce que tu mets du soleil dans ma vie, tu allumes la lumière dans les moments les plus sombres. J'ai besoin de toi, moi, pourquoi veux-tu t'en aller ? »

A cette question rhétorique, tu recules et déposes un baiser franc sur sa joue.

« En plus, t'allais filer sans avoir fini ton thé, et ça, c'est pas des manières. Si j'dis tout à ma maman ça va paaas lui plaire. Allez ramène toi. On évite les sujets qui fâchent et on profite de la vie. »

Joignant le geste à la parole, tu fais fi du bazar qu'il a mis dans sa chute et te dirige de nouveau vers le bureau. Tu reprends ton bol que tu portes à tes lèvres et avales une longue gorgée du thé qu'il contient. Toute ton enfance remonte dans ta gorge au fur et à mesure que le liquide, lui, descend en frôlant les parois de ton œsophage. Ton adolescence se fracasse dans ton crâne et explose en une centaine de souvenirs. Aussitôt, tu débranches le casque de la radio pour pouvoir pleinement profiter des baffles ; c'est ton téléphone, habituellement utilisé pour émettre, qui le remplace. Tu pianotes sur l'écran tactile jusqu'à ce qu'une musique de Muse explose contre les parois de la cabane ballottée dans la tempête.

I won't let you control my feelings anymore
And I will never do as I am told
And I am no longer afraid to walk alone
Let me go
Let me be
I must stand free
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