AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 L'Element du Crime [Chayton]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage

Invité
Invité






MessageSujet: L'Element du Crime [Chayton]   Jeu 14 Mai - 10:37

La trappe claqua dans un bruit mat. Nikolaas s'assura qu'elle était bien enfoncée dans le sol et la recouvrit du tapis miteux, puis du canapé défoncé. S'essuyant les mains sur son jean par pur réflexe, puisque les deux étaient d'un stade de saleté avancé, il se redressa en soupirant avant de regarder autour de lui.
A travers la fenêtre recouverte de crasse, le soleil jetait ses rayons timides sur le sol poussiéreux de leur nouvel appartement. Depuis les événements de Novembre, bien entendu, Chayton et lui avaient été forcés de déménager. De plus en plus discrets, il réussissaient de plus grosses prises, ce qui leur avait permis de se trouver un appartement en meilleur état mais toujours aussi médiocre : il fallait continuer à se fondre dans le paysage nauséabond de Storyville.

La porte, intacte, ne pouvait être ouverte que de l'intérieur : deux grosses poutres la barraient horizontalement afin de parer d'éventuelles attaques, si bien que lorsque les deux compères sortaient en même temps, il s'agissait de passer par le toit. Ainsi, impossible de se servir de cet appartement comme refuge désespéré durant une poursuite : il fallait être en état de grimper à la gouttière et d'ouvrir le vasistas qui débouchait sur la salle de bains. Cette dernière se serrait aux toilettes, à deux placards à balais tenant lieu de chambres, et à ce salon au fond duquel un évier tenait lieu de cuisine. Le propriétaire n'était pas prise de tête tant qu'ils payaient leur loyer en temps et en heure, ce qui, vus leurs derniers larcins, ne constituait pas leur premier souci.
Désormais, Nikolaas n'ouvrait plus la porte à personne, sauf à Chayton. Une seule expérience de gentillesse avait failli leur coûter la vie. Désormais, ils se cachaient ensemble et dehors c'était chacun pour soi. Eux contre le reste du monde.

Il devait être une heure, ou deux, ou trois. Il ne savait pas. Ils ne possédaient pas d'horloge et sa montre volée avait été cassée lors d'une rixe. Il était plus de midi et il faisait encore jours : ces deux données lui suffisaient. Nikolaas se glissa jusqu'à la fenêtre qu'il ouvrit après plusieurs tentatives pour faire céder le mécanisme rouillé. La force nécessaire pour séparer les deux battants de verre les fit vibrer tandis qu'ils s'ouvraient, laissant entrer l'air chaud chargé d'urine et d'ordures. Le chapardeur se pencha quelques secondes pour contempler la rue qui s'étalait au dessus de lui. Il plongea sa main dans sa poche pour en retirer un paquet de cigarettes volé et tira un rouleau de tabac qu'il alluma entre ses dents, avant de reporter son attention sur la veine boueuse.
Quelques passant erraient, ci ou là. Des pauvresses étendaient leur linge qui n'avaient de lavé que leur humidité gouttant sur le pavé. Les bâtiments noirs de crasse tremblotaient sous la chaleur cuisante, semblant se soutenir les uns les autres, au bord du malaise. Et Storyville se traînait, interminablement.

Des coups frappés à la porte retentirent. Nikolaas fronça les sourcils, tendit l'oreille. C'étaient des coups normaux qui ne contenaient pas le code que Chayton et lui avaient mis en place. Et puis sauf exception, son partenaire passait par le toit. Le chapardeur attendit, sa cigarette en suspend entre ses doigts gris, la respiration légèrement moins rapide, aux aguets. Il tendit imperceptiblement la main vers une barre de fer appuyée contre le mur au cas où les choses se corseraient. Il s'écoula trente bonnes secondes durant lesquelles son estomac resta contracté dans l'expectative.
Puis des bruits de pas s'éloignèrent de la porte, comme si de rien n'était. Nikolaas se relâcha, encore tendu, tant et si bien que lorsque la porte du vasistas valdingua, il sursauta comme une gamine.

« Salut camarade. » dit-il simplement en reprenant sa cigarette.

[HJ : J'ai pris des libertés, skype si souci !]
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Mar 19 Mai - 22:22

Il faisait chaud, mais Chayton était vivant. Après le combat avec le zombie, plusieurs mois auparavant, il se sentait plus vivant que jamais. Il était devenu l'esclave de Gawain, mais cela ne l'empêchait pas de faire certaines choses à côté. Il était un esclave avec encore un peu de liberté, le pied. Il se sentait juste suffisamment entravé pour se sentir bien. Personne ne pouvait comprendre cela, c'était bien trop difficile à mettre en mots, à expliquer à qui que ce soit. Il rôdait dans Storyville, observant la population fatiguée et désespérée. Mais depuis quelques temps un phénomène étrange se produisait. Des gens disparaissaient pour ne jamais revenir, ou revenir dans un état déplorable. Un gémissement plus inquiétant que d'habitude attira son attention et il alla derrière des ordures pour trouver un homme quasi nu. L'homme portait un caleçon plus gris que blanc et était couvert de sang et de croûtes. Il faisait mal à voir tant il était maigre. Chayton pouvait flairer l'odeur de la mort. La grande faucheuse rôdait là et attendait son heure d'emmener cette pauvre âme. Le léopard frémit, mais s'approcha et toucha l'homme qui bougea à peine, il gémit juste pour la peine. La créature le regarda quelques secondes avant de poser sa main contre ce front moite et chaud.

C'était la fin. Il le regarda et attrapa sa main qu'il serra avec douceur. Un mort méritait de la compagnie quand il partait, sauf s'il désirait partir seul. Il attendit quelques secondes et il sentit une odeur étrange, l'odeur de la mort qui venait enfin. L'homme s'endormit, fatigué par cette vie de chien et mourut, convaincu d'être seul dans cet enfer. Le skinchanger lâcha lentement sa main. Ce n'était pas le premier qu'il voyait dans cet état. C'était un autre parmi tout le reste. Ils étaient nombreux. Ici personne ne se penchait sur eux. Il se redressa vivement. Il n'aimait pas rester longtemps sur place car des Shadowhunters rôdaient partout et semaient la terreur. Il ne savait pas ce qui se passait, mais rien de bon, c'était sûr. Il devait parler avec Nikolaas. Chayton se dirigea donc vers leur logement qui avait changé d'adresse depuis qu'il avait tué leur prostitué psychopathe de voisin. Un amour de tueur, hein.

C'était lui qui l'avait tué et froidement, sans l'ombre d'un doute. Car dans la vie il ne fallait pas éternellement douter, c'était ainsi. Il ne voulait pas douter éternellement, ce n'était pas ainsi qu'il fonctionnait. Mais son instinct lui hurlait que quelque chose n'allait pas. Il n'arrivait pas à se défaire de cette étrange impression. Au lieu de monter par la fenêtre, comme d'habitude pour entrer chez eux, il alla jusqu'à la porte et toqua, mais sans utiliser leur code secret. Chayton était vraiment perturbé par ce qu'il avait vu. Cela laissait une marque indélébile dans son âme, une de plus aux nombreuses qu'il avait déjà. Au bout d'un moment il ne faisait même plus attention à ce qui l'entourait tellement il était dans le vague. Pourquoi faire, hein ? Aucune réponse et il jura, ah oui, la fenêtre. Il dut descendre les nombreux escaliers, faire le tour du bâtiment et arriver enfin à une fenêtre qu'il fit sauter pour se glisser dans leur logement. Il le regarda et vit sa main vers la barre de fer.

« Salut, tu es bien tendu. »

Et il avait raison. Le skinchanger s'approcha de lui et vola une cigarette, entre voleurs hein ! Il l'alluma et regarda en contre-bas le quartier sale. Il préférait ce quartier au quartier des riches. Même s'il n'avait jamais été quelqu'un d'énormément pauvre, il préférait cette classe sociale à une autre.

« J'en ai encore trouvé un autre, d'un de ces gars à moitié nu et quasi mort. »

Il en avait déjà parlé en des termes vagues. Mais là, cela se précisait.

« Je lui ai tenu la main pendant que la faucheuse le prenait. Ce n'est pas le premier Nikolaas. Quelqu'un profite des malheurs des gens. »

Et il ne supportait pas cela. C'était lui qui avait tué leur voisin, mais c'était lui qui avait un grand cœur tendre. Il avait tué ce gosse pour survivre, par instinct animal. Car Chayton n'avait pas pu fuir dans cette situation, alors il y avait fallu trouver une solution au plus vite. Parfois il fallait être extrême pour survivre, c'étaient les règles de la jungle. Il n'avait pas dit à son ami qu'il servait un homme, qu'il était là pour un autre et sans broncher, sans se faire payer, juste pour la joie d'avoir l'autorisation de vivre encore, en quelque sorte.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Mer 20 Mai - 14:58

Sentant la présence de son comparse, Nikolaas avait fini par se détourner de la barre de fer pour fumer tranquillement sa cigarette.

« Quelqu'un a frappé à la porte, et comme la dernière fois que quelqu'un a frappé ça s'est mal terminé... »

Il ne termina pas sa phrase, laissant les souvenirs communs faire le reste. A côté de lui, Chayton plongea ses doigts dans le paquet de cigarettes pour s'en allumer une à son tour. Changeant de position, Nikolaas laissa une petite place à son ami au bord de la fenêtre afin qu'il ait lui aussi le loisir généralissime de contempler la rue crasseuse qui s'étendait au dessous d'eux. Le plus naturellement du monde, comme s'il relatait les informations, Chayton lui confia les derniers événements dont il avait été témoin au cours de sa dernière virée dans les veines étroites de Storyville. Nikolaas expira à la fin de sa phrase, soupir chargé de fumée qui se perdit dans les nuages gris s'étendant au dessus du quartier. Un autre, un de plus. Dans sa tête, il signifia cette nouvelle disparition d'une barre supplémentaire.
Chayton attira son attention sur le fait qu'il semblait très préoccupé par cet événement dont il avait été témoin tactile et oculaire. Nikolaas secoua la tête, prenant bien sûr en considération cette remarque, mais la ponctuant de sa lucidité blasée et mélancolique.

« C'est ainsi depuis la nuit des temps. »

Le malheur des uns faisait le bonheur des autres, c'était un diction, une loi millénaire. Elle ne s'était, cependant jamais aussi bien appliquée aux événements qu'aujourd'hui. La mort, malheureusement monnaie courante à Storyville, devenait omniprésente. Elle lézardait les pavés, suintait sur les murs, empoisonnait l'air, imprégnait les vêtements, ternissait les regards, ombrageait les quartiers entiers de son aura malsaine. Rien qu'à son évocation, Nikolaas sentait sa gorge s'assécher et sa langue s'imprégner d'une salive âcre aux relents de pourriture et de sang. Sa cigarette devint dégueulasse ; il ne serait pas si difficile d'en obtenir qu'il la jetterait par la fenêtre et la regarderait s'écraser dans la boue, quelques mètres plus bas.

« Quelqu'un écoutait une de ces radios pirates, tout à l'heure. La Résistance multiplie ses actions sans que le gouvernement ne fasse quoi que ce soit : en apparence, du moins. Des gens disparaissent sans revenir, et si jamais ils reviennent, c'est pour crever au coin de la rue. Tu crois que c'est le gouvernement qui réplique à sa manière ? »

Des coups de feu retentirent. Nikolaas baissa de nouveau les yeux dans la rue pour voir plusieurs personnes la traverser. Un gyrophare à l'agonie gémissait plaintivement sa sirène aux couleurs délavées. Une voiture cabossée de peacekeepers s'engouffra dans la veine, ses rétroviseurs crissant contre les murs trop proches. Les volets s'ouvrirent, laissèrent passer des têtes, avant de se refermer brutalement, comme si les occupants des maisons vacillantes avaient eu, l'espace d'une seconde, leur lot de commérages.

« C'est la sixième descente depuis ce matin, fit-il remarquer. Il est clair qu'il se passe quelque chose de vraiment pas net. »
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Sam 30 Mai - 16:23

Chayton hocha la tête au rappel de qui avait frappé à leur porte et de comment cela s'était terminé. Cela s'était mal terminé et il était le premier concerné pour bien le savoir. Il fumait sa cigarette et partageait son inquiétude concernant les habitants du quartier. Chayton n'avait pas été aussi sympathique envers les gens par le passé. C'était en souffrant qu'il s'était adoucici. Sinon il avait été ce type de rancher bourru qui ne s'occupait que de lui et de sa famille. Mais ce temps était bien loin, comme l'homme qu'il avait pu être un jour. La réponse de Nikolaas concernant les morts l'agaça énormément. Mais d'un autre côté, il comprenait. Ils avaient des problèmes, volaient et il faudrait encore se soucier des autres ? Impensable. Chayton était au service de Gawain, passant la majorité de son temps à dormir dans la maison plutôt qu'ici. Mais il restait fidèle à ce lieu. Il partageait ainsi une double identité. Cela lui était bénéfique à dire vrai. Il se sentait vivant, d'une certaine manière. La Résistance. Il n'appréciait pas plus que cela ces gens.

A ses yeux, c'étaient des attires emmerdes. C'étaient des gens qui gueulaient un peu pour rien et clairement, c'était fatiguant. Et par leur faute, les emmerdes leur arrivaient à eux, des gens qui ne demandaient absolument rien.

« Peut-être bien. Mais s'il nous sanctionne à cause d'eux, alors il risque de se faire voir comme les méchants et il ne le veule pas. »

D'un côté, c'était ce même gouvernement qui avait parlé de remettre les hunter's season, les jeux de l'horreur. Alors bon, on était plus à ça près. Chayton était un peu perdu et surtout, carrément dans sa bulle. Il ne savait pas toujours ce qui se passait en ville, n'apprenant que très tard les choses. L'homme termina calmement sa cigarette quand il vit débarquer un fourgon de peacekeepers et ils ne semblaient pas de bonne humeur. Un peu comme si quelque chose les contrariait énormément. Le skinchanger se demanda bien ce qui avait pu les mettre dans un tel état. Il resta pensif tout en les regardant se déverser dans la rue. D'autres habitants du quartier les fixaient, intrigués, mais restaient prudents. Ils ne voulaient pas de problèmes et cela se comprenait aisément. Personne ne voulait avoir des ennuis avec eux. Chayton pensa à Joan en se demandant bien comment elle allait, bien, forcément. Enfin il pensait cela sans vraiment penser à la jeune femme en elle-même, mais plutôt ce qu'elle représentait à ses yeux.

« Tant qu'ils ne viennent pas dans notre immeuble, tout ira bien. Qu'est-ce qui les amène tu crois ? »

Ce n'était pas un simple méfait qui amenait une telle troupe ici, c'était évident. Cela devait être autre chose. Il entendit des cris dans un immeuble miteux à quelques mètres du leur et il plissa les yeux.

« La sixième descente tu dis ? »

Il jeta son mégot mort dans le vide et se glissa souplement par la fenêtre pour prendre l'air frais. Ses pieds se posèrent sur le rebord de sécurité, accroupi, il regarda en contre-bas. Il avait plus l'air que jamais d'un gros félin. Il pencha la tête de côté, pensivement. Tout ceci ne lui plaisait pas du tout. Quel genre de délit les gens pouvaient faire pour mériter pareil traitement, hein ? Il ne supportait pas l'injustice même s'il n'était pas un défenseur.

« Ils doivent être de très dangereux criminels. »

Ironisa-t-il. Sa manière de parler était clairement méchante à cet instant. Il n'appréciait pas tout ce genre de traitement. Il ne le comprenait pas. Il vit bientôt une nuée de peacekeepers sortir de l'immeuble avec beaucoup de gens menottés. Certains se débattaient tandis que d'autres pleurnichaient comme s'ils craignaient quelque chose. Chayton tourna la tête vers Nikolaas.

« Quelque chose ne tourne pas rond. »

C'était une manière de dire qu'il aimerait bien intervenir, mais ne savait pas comment faire pour s'y prendre. En tout cas pas seul. Mais son ami accepterait-il de l'aider sous prétexte que Chayton avait des remords ? Hum, il en doutait sérieusement pour tout dire.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Sam 30 Mai - 18:58

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Nikolaas ne faisait pas partie de ceux qui aimaient mettre le boxon ; ô combien il aimerait que Chayton aie raison, et que les descentes cessent de se multiplier comme elles ne faisaient depuis le matin même. Malheureusement, les voitures continuaient d'affluer, irrégulièrement, déversant leur flot de soi disant gardiens de la paix dans les rues les plues étroites de Storyville. Gardiens de la paix, tu parles, il n'avaient jamais eu aussi peu la paix que depuis ce matin. L'avantage comme l'inconvénient d'un quartier aussi mal famé résidait dans le fait que la loi du plus fort dominait : les policiers faisaient bonne figure, mais le véritable équilibre résultait, paradoxalement, de la perpétuelle tension qui régnait entre les différents gangs du quartier. C'était chacun pour soi et bonjour chez vous. Nikolaas aurait aimé que cela reste ainsi. Il était attaché à son calme et sa sérénité, aussi froidement pesante fut-elle.

« Ce n'est qu'une question de temps, je pense. J'ai l'impression qu'ils font les immeubles un par un et qu'ils attrapent la moindre tronche suspecte. Tiens regarde. »

Il pointa du menton le flot de têtes vomi par l'entrée de l'immeuble d'en face et s'écarta par réflexe lorsque Chayton grimpa spontanément sur le bord de la fenêtre à la manière d'un chat commère, curieux du moindre bruit. Nikolaas tira une dernière bouffée de sa cigarette, à la frontière du filtre, et frotta le mégot entre ses doigts pour laisser s'échapper les dernières miettes de tabac, éteignant la cigarette par la même occasion. Il laissa tomber ensuite le filtre orphelin dans le vide et le regarda s'enfoncer dans la boue grisâtre du caniveau dans laquelle les objets actuels de l'attention des deux hommes plongeaient leurs pieds. Le regard apeuré de certains hommes menottés fit dire à Chayton que ça sentait clairement le roussi. Balayant le petit groupe du regard, Nikolaas aperçut, avec un froncement de sourcils, que ce dernier comptait deux femmes. L'une d'elles tenait même un enfant en bas âge dans les bras.

« Okay, ça n'a rien à voir avec de dangereux criminels cette fois-ci. » fit-il remarquer.

Il s'écarta de la fenêtre et jeta un coup d’œil à la couleur du ciel. Voyant les nuages noirs rouler sur le toit des immeubles, il se pencha sur le côté pour saisir, sur un clou rouillé, une veste rapiécée qui y était pendue. Il la fit voler au dessus de sa tête afin de l'enfiler puis, la réajustant sur ses épaules osseuses, s'approcha de la porte qu'il déverrouilla avant de retirer les deux poutres qui empêchaient quiconque de l'ouvrir sans bélier. Le panneau de bois pivota en grinçant. La main sur la poignée de la porte, Nikolaas se tourna vers Chayton.

« Tu fermes derrière moi et tu me rejoins en bas ? » demanda-t-il.

D'une manière générale, même s'il faisait preuve de curiosité quand les événements adéquats se présentaient, Nikolaas s'occupait de ses affaires. Malgré tout, il sentait Chayton tourmenté par les événements et le connaissant, il était certain qu'il allait l'agacer tant qu'ils n'auraient pas tiré cette affaire au clair.
Et de toute façon, si l'enfer venait à s'abattre dans son immeuble et déranger ses rares heures de tranquillité, Nikolaas aimerait tout de même bien savoir pourquoi.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Sam 6 Juin - 21:33

Chayton regardait ces gens et avait pitié d'eux. Les bêtes en lui n'étaient pas contentes. Le léopard avait envie d'aller voir tandis que l'alligator avait envie de faire claquer ses mâchoires avec menace, sans pour autant aller voir. Il fallait parfois se montrer prudent dans la vie. Reptile et félin cohabitaient en le skinchanger et donnaient un drôle de mélange. Il était extrêmement rare qu'un skinchanger ait deux formes car à gérer, ce n'était pas facile. Il avait mal à la tête. Il se massa la tempe, ayant envie de craquer. Toute cette histoire de gens qui se faisait kidnapper, cela ne lui plaisait pas. Pour lui c'était bien trop louche, clairement. Son regard fut attiré par une femme dans la foule. Elle avait un bébé dans les bras. Aussitôt Chayton sentit son cœur remonter dans sa gorge. Il eut envie de vomir en voyant cela. Comment était-ce possible ? Il ne comprenait pas ce qu'il avait sous les yeux. Le petit était si minuscule, il pensa à sa fille, dix ans en arrière.

« Ils préparent quelque chose. »

Quelque chose d'affreux, forcément. Il se redressa lentement, même s'il se trouvait sur la fenêtre et regarda Nikolaas se préparer pour sortir. Cela voulait probablement dire que son ami acceptait d'aller voir. Le skinchanger n'était plus vraiment sûr que ce soit une si bonne idée. Il avait plutôt la crainte que cela tourne au massacre. Il hocha lentement la tête et attendit que l'autre homme sorte et ferme la porte avant de s'approcher. Avec agilité, il rentra dans l'appartement et remit tout le dispositif en place. Il vérifia les poutres et s'approcha de la fenêtre. Chayton n'avait pas d'arme sur lui et espérait qu'ils n'en auraient pas besoin. Car s'ils en avaient besoin, cela voulait dire qu'ils étaient vraiment dans de beaux draps. Il espérait qu'il se trompait là-dessus. Le léopard se glissa par la fenêtre, la baissa lentement, mais pas assez pour empêcher le retour. Un sourire étrange passa sur son visage et il descendit par l'échelle de secours. Il voulait vraiment comprendre ce qui se passait dans la rue, cela le travaillait.

Au moins ce n'était pas une unité de shadowhunters, mais de peacekeepers, c'était déjà mieux à son sens. Chayton descendit rapidement l'échelle et atterrit souplement au sol. Le sol était chaud, il retira lentement ses mains et se redressa de toute sa hauteur. La rue dégageait une odeur étrange que seuls ses sens de félin pouvaient lui renvoyer. Il secoua la tête et alla rejoindre Nikolaas. Il était nerveux même s'il tentait de le cacher en enfonçant ses mains dans ses poches. Le brun simulait la détente. Il y avait quelque chose dans cette rue qui le mettait particulièrement mal à l'aise. Peut-être les odeurs qui le rendaient extrêmement nerveux. Des odeurs de mort et de danger.

« Quelque chose ne tourne pas rond. Tu comprends ce qui se passe toi ? »

Car lui pas du tout, bien au contraire. Il avait juste envie de fuir à cet instant. Il n'avait pas eu l'idée du siècle en voulant venir ici. A présent, il se sentait tellement à découvert. Il avait envie d'aller se planquer dans un trou, c'était pour dire. Il regardait nerveusement autour de lui. S'il fuyait maintenant, il se ridiculiserait sérieusement aux yeux de son associé.

« Et si c'était un piège ? Nous attirer dans la rue pour mieux nous ramasser. »

Il se passait quelque chose dans les bas fonds. Il se demandait bien qui ils cherchaient avec autant de ferveur. Au point d'arrêter n'importe qui. Il trouvait cela particulièrement inquiétant pour le coup. Chayton se sentait extrêmement agité, les nerfs à vif. Il avait envie de courir au plus vite. Il prenait sérieusement sur lui pour ne pas céder complètement à ses pulsions. Il regarda autour de lui, nerveux.

« On devrait se tirer. »

Soudainement, un bruit se fit entendre dans la rue. Le skinchanger se redressa vivement. Il regarda vivement pour voir une silhouette se traîner en leur direction. Le cœur lui remonta dans la gorge et il eut bien envie de vomir. Pourtant, tous ses sens étaient rivés sur cet individu qui titubait en marchant, se tenant le bras. Il n'avait pas bonne mine, mais il était habillé. Chayton jeta un regard sur Nikolaas. Ils avaient deux choix. Se tirer maintenant en faisant semblant de ne rien voir ou intervenir.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Sam 13 Juin - 7:59

Tandis qu'il descendait les escaliers de métal, Nikolaas se remémora l'expression peinte sur le visage de Chayton à partir du moment où la petite troupe de prisonniers avait traversé la veine pour rentrer dans le fourgon, sur la longue litanie du nourrisson apeuré. Qu'est-ce qui l'inquiétait tant ? Etait-il un sensible au final ? Possédait-il un sixième sens ou quelque chose du genre ? Le chapardeur frissonna ; si cette notion pouvait se révéler très utile, il s'en passait sans problèmes. Quelle terrible situation de pressentir les choses sans pouvoir changer quoi que ce soit et les regarder impuissant, se dérouler devant ses yeux.
Lorsqu'il atteignit le bas de l'immeuble, il trottina jusqu'à la porte défoncée, toujours ouverte, et se faufila par l'ouverture. Dès lors la puanteur des caniveaux augmenta et agressa ses narines – le fait que cela ne dure que quelques secondes prouva à quel point, malheureusement, il y était habitué.

Attendant Chayton, Nikolaas embrassa le décor glauque de la rue d'aventure si animée. Même si l'on ne pouvait deviner que six descentes avaient eu lieu depuis le matin même, on comprenait qu'il se passait quelque chose. Quelque chose de fichtrement angoissant. Toutes les fenêtres se barricadaient de volets hermétiquement fermés, les veines étaient désertes et une épaisse mer de nuages recouvrait le quartier sous le dôme nauséabond dans l'air duquel on entendait seulement les mouches voler.
Nikolaas en chassa une grosse qui venait de se poser sur son épaule et leva la tête pour s'assurer dans son malaise que la seule fenêtre ouverte était la leur. Déglutissant, il prit conscience de la lourdeur de l'ambiance, qu'une seconde âme vint perturber. Nikolaas baissa les yeux à l'arrivée de Chayton dont il connaissait par cœur la dégaine ; et celle-ci n'était pas celle de tous les jours.

« Pour sûr y'a un truc qui tourne pas rond. Mais vu à quel point les voisins semblent coopératifs, je crois pas qu'on en apprendra davantage aujourd'hui. Je comprends rien. »

La nervosité imprégnait le moindre de leurs mouvements. Nikolaas leva de nouveau la tête pour discerner le chemin de nuages découpé parle haut des immeubles irréguliers. La hauteur de ces derniers donnait l'impression qu'ils allaient se fracasser sur eux.

« Bon sang, on pourrait tendre une embuscade sans problème de là haut. Tu crois que y'en a qui nous attendent, qui nous regardent ? »

Un frisson désagréable parcourut son échine. Un goût âcre se propagea dans sa bouche et sa condition de vermine n'en fut que renforcée. D'ordinaire il adorait être contemplé. Depuis les événements du cirque il avait appris que jouer les proies même devant un public allègre n'avait rien de drôle et de gratifiant.
Chayton confirma ses pensées avant d'ajouter qu'ils feraient mieux de rentrer, bonne idée. Lorsque tout à coup, un bruit se manifesta, Chayton se redressa à ses côtés, les nerfs à fleur de peau et Nikolaas se retourna pour suivre son regard. Ses yeux accrochèrent l'objet de l'attention. Dans le silence pesant, les pieds dans la boue, un inconnu rasait les murs, comme s'il craignait lui aussi une embuscade. Sa condition piteuse donna inévitablement à cette rue déserte des allures d'arène. Alors quoi, on allait leur jeter des trucs sur la gueule et tous les volets allaient s'ouvrir, révélant leur public ? Nikolaas se tourna vers Chayton et remarqua qu'il l'interrogeait du regard.

« T'as rien sur toi j'imagine ? »

Il évoquait bien évidemment une arme. Nikolaas ne possédait rien, il ne savait de toute façon pas se servir de ses machins. Se mordant la lèvre, alors que la silhouette s'approchait d'eux, semblant prêt à s'évaporer d'un instant à l'autre, Nikolaas prit sa décision.
Il s'approcha et coupa la trajectoire de l'inconnu en se plaçant devant lui.

« Eh, salut. Tu sais ce qu'il se passe ici ? On a vu plusieurs fois des peacekeepers descendre dans la rue et plus personne ne sort de chez soi, c'est glauque. »

L'autre stoppa sa marche et fit craquer sa nuque dans un effort douloureux pour regarder Nikolaas dans les yeux. Le chapardeur remarqua que la plupart des vaisseaux avaient éclaté, colorant la pupille d'un rouge qui faisait inévitablement ressortir ses yeux bleu ciel.

« Qu...quel jour on est ? »

« Euh...hésita Nikolaas, décontenancé. Jeudi, on est jeudi. »

L'inconnu appuya son épaule maigre contre le mur décrépi. Il semblait essoufflé, épuisé. Sa peau avait pris une teinte qui n'avait plus rien d'humain et ses membres formaient des angles étranges.

« Je n'ai pas vu la lumière du jour pendant une semaine. » murmura-t-il, les yeux entr'ouverts.

Nikolaas déglutit avec difficulté tandis que la réponse énigmatique lui glaçait le sang. Perturbé, il se tourna vers Chayton, attendant son avis, ses questions, quelque chose.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Sam 20 Juin - 21:22

Personne ne comprenait rien et c'était bien cela qui inquiétait Chayton. Il se sentit comme pris dans un piège à souris. Son regard s'attarda tout autour d'eux et particulièrement sur les toits. Il aurait été extrêmement facile de les canarder sans aucun effort. Visiblement, Nikolaas pensait comme lui. Chayton ne savait pas quoi répondre à sa question car pour l'instant, il n'avait aucune réponse.

« Probablement. Je n'en sais rien. Seraient-ils assez vicieux pour nous embusquer ? Toute la question est bien là. »

Souffla-t-il, inquiet. Si les peacekeepers arrivaient à ce stade, c'était vraiment qu'il y avait un problème de taille. Il ne bougeait pas, se demandant si les balles siffleraient dès qu'il y aurait du mouvement. Un sniper serait-il assez vicieux pour attendre à ce point du mouvement ? Chayton n'en doutait pas une seule seconde. Il savait que le côté vicieux des gens pouvait surpasser pas mal de chose. Mais ce qui attira finalement son attention, ce fut la venue d'un homme dans un piteux état. On était vraiment en droit de se demander comment il faisait pour être encore debout ou même vivant. Le skinchanger ne bougea pas d'un millimètre, un tressaillement courut le long de son échine. Il était choqué et ce n'était rien de le dire. Comment pouvait-on arriver à un tel stade. La question de Niko le sortit de ses pensées et il posa son regard sur son ami. Il secoua la tête négativement. Il n'avait jamais aucune arme. Il détestait l'idée d'être armé. Pour lui, cela n'avait aucune utilité, juste faire plus de mal aux autres.

Pourquoi blesser encore plus les gens ? Lui ne voyait pas l'intérêt. Se battre à main nue était déjà suffisamment intolérable pour lui sans en rajouter une couche. Chayton prônait la paix et la diplomatie. Il avait suffisamment souffert dans sa vie sans vouloir en rajouter une couche. Mais le brun savait pertinemment que c'était un monde idéal et que l'idéalisme tuait. Il regarda Nikolaas s'approcher de l'inconnu avec une boule au ventre. Il fit un pas vers eux, puis un autre, discret comme un chat des rues et tendant l'oreille pour écouter la conversation. Comment un homme dans un tel état pourrait-il savoir ce qui se passait ici, hein ? Mais il ne fit aucun commentaire pour éviter d'embêter son ami. Il n'avait pas envie de gêner, étonnement. Une odeur forte se dégageait du blessé et le skinchanger plissa le nez. Il ne savait pas si c'était grâce à ses sens qu'il sentait cette odeur ou si l'homme dégageait une forte odeur. Mais la douche, il ne l'avait plus connue depuis longtemps, c'était évident.

Chayton avait sincèrement de la peine pour lui. Surtout quand il l'entendit demander quel jour on était. Clairement, ce n'était pas facile. Il fit un pas en avant et s'approcha calmement. Il avait vu le regard de son ami et c'était ce qui l'avait poussé à intervenir.

« Vous êtes dans Storyville. »

Précisa-t-il calmement. Mais en réalité, il guettait les réactions de l'autre. Il vit l'inconnu froncer les sourcils et sembler réagir. A quoi pouvait-il bien penser ?

« Je... N'habite pas ici. »

De mieux en mieux. L'individu se mit alors à pleurer, couvrant son visage de ses mains tandis qu'il murmurait des choses incompréhensives. Chayton regard Nikolaas. Que faire d'un tel individu ?

« Vous souvenez-vous où vous habitez ? »

Murmura le skinchanger avec douceur. Mais au lieu de rassurer l'autre, les pleures redoublèrent, de mieux en mieux dit donc. Bravo ! Il avait décidément un don à voir. L'homme grimaça, ne sachant pas quoi rajouter. Il n'allait tout de même pas s'excuser. Mais il se sentait mal à l'aise face aux pleures. Il ne savait jamais comment rassurer les gens, quoi leur dire très exactement. Il fit un pas en arrière, extrêmement nerveux et évitant de bouger le moins possible. Il avait l'impression que s'il ouvrait la bouche pour dire quelque chose, cela allait lui retomber dessus. Parfois il n'y avait tout simplement rien à dire aux gens.

« Vous devriez pleurer moins fort, vous allez attirer l'attention. »

Oui c'était lui qui avait dit cela. C'était de sa bouche que de tels mots étaient sortis. Lui-même n'y crut pas. Des mots durs sans raison apparente. Il avait un peu dit les premières choses qui lui passaient par la tête. Il le regrettait, bien entendu. Mais il ne voulait pas que cet inconnu qui geignait et pleurait, attire l'attention. Bon sang, mais qu'était-on supposé faire avec un amnésique ? L'apporter à l'hôpital ? Ouais, c'était déjà un début. Mais lui n'avait pas envie de se rendre à l'hôpital.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Lun 22 Juin - 12:36

« Ils le sont. Il ne le font pas, c'est tout. Pas encore. »

Avec le Gouvernement dont tout le monde disait à la fois tout et n'importe quoi, mieux valait rester sur ses gardes. Si les peacekeepers se rendaient capable de faire six descentes dans le même quartier en l'espace de quatre heures pour emmener parfois avec eux des enfants qui ne parlaient même pas, il pouvaient très bien le matin se se levant décider de se poster sur les toits afin d'exploser la tête du moindre individu suspect. Et visiblement, beaucoup de monde demeurait suspect, de nos jours.
Chayton s'approcha de l'inconnu vacillant afin de lui indiquer dans quel malheureux quartier il se trouvait. Nikolaas ne s'attendait certainement pas à le voir prendre conscience qu'il ne se trouvait pas chez lui en explosant en sanglots. Des années en arrière, le chapardeur aurait pu comprendre. Il avait du vivre des choses horribles qui avaient fait monter en lui le désir désespéré de se réfugier chez lui, retrouver ses repères. Etre lâché dans l'un des pires quartiers de la Nouvelle Orléans après avoir été sujet d'expériences sordides n'avait rien de drôle. Il y avait de quoi devenir dingue.

Visiblement, il ne se souvenait pas du lieu de son habitation, si toutefois il en avait une. Peut-être racontait-il tout simplement des bobards. Peut-être s'agissait-il d'un appât pour les prendre en chasse, voir comment ils réagissaient, voir ce qu'ils savaient, ce qu'ils pensaient. Peut-être qu'un peacekeeper allait surgir de derrière le mur au moment où ils s'y attendaient le moins pour le canarder. Deux bouches de moins à nourrir, un logement de plus, deux esprits trop intelligents en moins pour contredire le gouvernement, ouais, ça se tenait.
Nikolaas en devenait parano. Comment ne pas le devenir quand on vivait dans un quartier noué en permanence par la faim et la peur ?
Chayton recula vivement quand les pleurs de la victime redoublèrent. Nikolaas lui aurait bien tiré une balle dans la tête pour le faire taire – si, si – mais cette personne disposait d'informations capitales sur la situation.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé, là bas ? »

Gémissant, l'inconnu ne répondit pas. Nikolaas soupira avant de lui saisir le bras. Il parlait calmement, mais son ton était ferme, comme celui de Chayton lui intimant de baisser d'un ton.

« Ecoute, moins tu vas en dire, moins on va pouvoir t'aider, alors, je répète : qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

Son étreinte se desserra légèrement tandis qu'il reculait. Bon sang, quelle odeur, pire que la leur ! L'homme se ratatina sur lui-même avant de descendre lentement au niveau du sol où il s'assit, ramenant ses genoux contre son torse et les entourant de ses bras. Ses sanglots faiblirent, entrecoupant cependant ses paroles erratiques.

« Ils nous enferment...Ils nous font...des choses... »

Nikolaas fronça les sourcils et eut un mouvement de recul.

« Qu'est-ce qu'ils font...? »

« Des expériences. » éluda l'homme.

« Pourquoi faire ? » insista Nikolaas qui rentrerait bien chez lui.

L'inconnu releva la tête, le regard vide, injecté de sang.

« Des monstres. »
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Jeu 2 Juil - 22:47

Se dire que des snipers pourraient vous tirer un jour dessus ne vous rendait pas de meilleure humeur. En prime, ils avaient devant eux cet homme qui pleurait. Comment devraient-ils réagir ? Chayton n'avait pas un diplôme de travailleur social. Il ne savait pas vraiment remonter le moral des gens. Il en était bien incapable. Il ne comprenait rien à ce monde, à ce gouvernement. C'était cela d'avoir été en dehors de la réalité durant dix ans. Il n'avait été qu'un jouet qui avait suivi le mouvement, rien de plus. Il était éjecté dans une vie qu'il ne comprenait pas forcément. Chayton n'intervint pas quand il vit Nikolaas prendre l'homme pour l'interroger. Bien entendu, les réponses ne venaient pas ainsi. On n'était pas au pays des bisounours et les solutions ne tombaient pas du ciel. Il n'avait pas trop envie de savoir en réalité ce qui s'était passé. Il craignait un peu la réponse. Il y avait des choses dans la vie qu'on n'avait pas envie d'apprendre, quoi qu'il arrive. Le skinchanger frémit en voyant l'homme se mettre replié au sol. Il pouvait sentir l'odeur qu'il dégageait,

Une odeur de sueur, d'urine et d'autre chose. Son nez se plissa même s'il ne dit rien. Il continua de fixer cet homme qui dit alors la vérité. Des cages, enfermer, trop de mot qui lui rappelait un passé douloureux et presque proche de cela. Voir ce regard vide de tout et dire qu'ils fabriquaient des monstres fit dresser ses poils sur ses bras. Il eut envie de hurler, de mordre. Il avait envie de courir, de fuir. Vu le langage du corps de son ami, il comprenait bien qu'il pensait certainement pareil. La peur était quelque chose de naturel, c'était une question de survie. Car sans peur, on ferait des conneries, forcément.

« On se tire. »

Sa voix était rêche, agressive, mordante. Il devait respirer, courir et vite. Il ne pouvait pas tenir, pas du tout même. Il avait besoin de partir, de fuir et coûte que coûte. Chayton ne se vit pas tendre la main, mais il le fit. Ses doigts se refermèrent vivement sur le bras de son ami et il le tira. Il avait été rapide, plus rapide qu'un simple humain. Ses pieds se mirent en marche tandis que déjà, il s'éloignait. Il s'en fichait d'abandonner quelqu'un, il s'en fichait de passer pour un monstre. Pourquoi s'en soucierait-il ? Ils venaient de parler à un type qui avait subit des expériences et qui risquait de mourir ici. Alors la priorité de Chayton était de fuir. Déjà quelques mètres commençaient à les séparer de l'autre homme qui continuait de pleurer et geindre. Un bruit retentit, le genre de bruit que faisait une balle. Un bruit clair, net et sans pitié. Un grondement sauvage échappa au skinchanger.

« Cours. »

Car ils ne leur restaient que cela, courir. Il ne savait pas ce qui venait de se produire, mais sincèrement il ne voulait même pas le savoir. Il avait lâché Nikolaas et s'était mis à courir. Car la règle de base quand on court, c'était de ne jamais regarder par-dessus son épaule. C'était tout simplement inutile. Car regarder par-dessus son épaule était le meilleur moyen de tomber et lui ne voulait pas s'échouer comme une merde au sol. Ses pieds décollaient rapidement du sol et il faisait confiance à son corps pour aller vite sans jamais s'arrêter. Il ne savait pas si celui qui avait tiré les avait vus. Ou même si l'homme brisé était mort. Tout était mystère, mais sincèrement, il n'attendait aucune réponse. Chayton prit une ruelle en pensant que cela les sauverait, mais en arrivant dans celle-ci et en constatant qu'au bout, c'était un cul de sac, son cœur remonta jusque dans sa gorge et il crut vomir. Il fut forcé de se stopper alors qu'il était en nage.

« Non, non. »

Sa voix était désespéré et entre-coupée par son souffle court. Il tourna la tête vers Nikolaas. Le brun trouvait toujours son ami plus malin que lui et il espérait sincèrement qu'il trouverait une idée de secours. Peut-être que tout ceci n'était qu'une crise de paranoïa et qu'ils ne risquaient rien. Ce serait tellement plus simple ainsi. Mais Chayton ne savait pas. Il savait juste que de temps en temps il se déconnectait sérieusement de la réalité. Et si tout ceci, cette peur, l'impression que quelqu'un avait tiré, n'avait jamais existé ? Il n'en savait rien, pour lui tout ceci avait été réel. A voir si Nikolaas avait partagé cela... ou pas.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Ven 3 Juil - 22:46

Le chapardeur ne put guère prendre le temps et la force de réagir à la poigne ferme de son comparse. La dernière phrase lâchée par la pauvre victime qu'ils venaient de rencontrer lui avait glacé le sang si bien que lorsque la brèche de la fuite s'entr'ouvrit, il s'y engouffra à corps perdu. Se retournant, il essaya d'emboîter le pas rapide de Chayton, sans grand succès. Les sourcils froncés, l'instinct aux aguets, il contempla la silhouette de son ami s'agiter nerveusement comme celle d'un fauve qui se sent en danger. Et quand un animal aussi puissant qu'un fauve craint pour sa vie, c'est qu'il y a sérieusement de quoi s'inquiéter.

Un seul mot confirme ses pensées. Un ordre froid. Une question de survie, lâchée avec le même claquement de cette balle qui siffla dans les airs, derrière eux. Nikolaas déglutit avec difficulté avant de prendre ses jambes à son coup. D'aucun croiraient qu'ils étaient en train de fuir : non, ils ne pouvaient simplement pas aider tout le monde. Il fallait d'abord qu'ils s'assurent eux-mêmes de survivre avant de seulement penser à aider les autres.
Il devina que le corps de l'inconnu dont il n'aurait jamais connu le nom s'était écroulé dans la boue et que sa carcasse allait malheureusement servir de repas. La vie est ainsi à Storyville, plate et boueuse, et la mort la suit irréfutablement dans le même schéma crade d'une froideur banale.

La silhouette de Chayton s'effaça dans une ruelle adjacente et les poumons en feu de Nikolaas sifflèrent de désespoir : il ne le rattraperait jamais. Cependant il fut surpris de devoir stopper sa course en trouvant dans un cul de sac son comparse, piégé comme un animal, tous ses moyens écrasés dans la boue qui maculait le sol. Nikolaas perdit quelques secondes à regarder derrière eux, tentant de voir si on les avait vus s'échapper, fuir ce qui ne les concernait pas, avant de saisir le bras de Chayton, à son tour.

« Parfois je m'dis que t'es pas humain pour courir aussi vite. Viens ! »

Il l'entraîna jusqu'à la fin de la voie sans issue où se dressait un mur infranchissable. Derrière des poubelles entassées les unes contre les autres, couvertes d'asticots et de mouches, il essuya d'un violent coup de pied la boue et la poussière pour découvrir une bouche d’égout qu'il fit valdinguer de deux doigts glissés dans la rainure. Sans attendre quoi que ce soit, il se laissa avaler par les ténèbres et, quelques secondes plus tard, par l'eau poisseuse des égouts de Sortyville.
Le cœur battant, les narines sifflant, il s'adossa contre un mur glacé, le temps de reprendre son souffle.

« Bon sang visiblement cette histoire de snipers ça pourrait être vraie en fait. »

Il détestait avoir raison quand il s'agissait d'événements passibles de troubler leur tranquillité.

« On aurait pas du descendre gars, dans la rue. On aurait du rester bien sagement chez nous. On ferait peut-être mieux de déménager, même. »

Fuir, toujours fuir, toujours laisser derrière soi des choses auxquelles on n'a de toute façon même pas eu le temps de s'attacher. Parce que de toute façon, dès qu'on était témoin d'un événement un peu trop louche, on était forcément impliqué, qu'on le veuille ou non.

« Y'a trop de rumeurs qui courent. Ils parlent d'expériences sur les humains, des êtres dotés de pouvoirs surnaturels vus comme des monstres...Tu...tu sais quelque chose de ça, toi ? »

Nikolaas n'insista pas sur le point selon lequel il aurait voulu avoir tort.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Sam 11 Juil - 10:29

La peur étreignait tout son corps. Les bêtes en lui avaient envie de se battre. Chayton devait prendre sérieusement sur lui pour ne pas céder à ses pulsions. Il avait tellement peur qu'il avait l'impression qu'il allait s'uriner dessus. Tous ses organes s'agitaient et aucun ne semblait prêt à le laisser en paix. L'adrénaline coulait à flot dans ses veines et son estomac plein n'était que quelque chose qui pourrait le ralentir. Le peu de nourriture qu'il possédait remonta jusqu'à ses lèvres et vivement, le félin se pencha en avant et vomit. Toute la nourriture fut sur le sol tandis que son estomac et sa gorge lui brûlaient. Son estomac continuait de valdinguer et de danser pour protester vivement, mais il était vide à présent. Un peu de peur de temps en temps, c'était bien, trop, cela rendait malade. Il ne savait pas s'il devait rire ou pleurer. S'il avait été seul, probablement ce serait-il enfoncé dans cette folie des sens. La main fraîche de Nikolaas contre son bras le ramena à la réalité et il se redressa vivement. Il avait l'impression de revivre. Son corps était à fleur de peau et il avait l'impression que la moindre bourrasque de vent sur lui était une décharge électrique.

Il suivit vivement son ami voleur qui l'entraîna dans les égouts. Chayton referma la grille derrière lui et se laissa choir dans l'eau poisseuse. Son reptile appréciait l'air frais et sombre qui permettait de se cacher. C'était toujours difficile pour le skinchanger depuis qu'il avait deux bêtes. Reptile et félin n'étaient pas les mêmes animaux et les deux types se bataillaient de temps en temps. Les pulsions se mélangeaient et cela donnait mal à la tête au brun. Parfois il se demandait si avoir une seconde forme était un cadeau ou une malédiction. Sans faire de chichi, il s'assit sur un rebord sale, mais pas couvert d'eau. Il pouvait entendre les rats qui couinaient au loin nerveusement. Les animaux avaient senti sa présence et il n'était pas humain. Le voleur ne savait pas ce qui était vrai, si ce coup de feu avait vraiment eu lieu, si ce corps avait été vraiment tué ou si tout cela n'était qu'une mise en scène. Que préférait-il au fond ? L'homme se prit la tête entre les mains, tremblant comme une feuille.

Ce n'était pas quelqu'un d'extrêmement dominant, bien au contraire, il fuyait le danger. L'avoir côtoyé d'aussi près le rendait tout simplement malade. Il avait eu chaud, tellement chaud, tous les deux. Il commençait à en avoir marre que tous ces malheurs leur tombent dessus. N'auraient-ils donc aucune chance dans leur vie ? Jamais ? Non c'était faux. Il travaillait dans le bar de Moony comme homme à tout faire, il était le domestique de Gawain, de bonnes choses lui arrivaient. Il n'y avait que « ça » qui coinçait. Mais ce petit ça, ces choses qui se passaient dans leur quartier, ce n'était pas rien. Un rire hystérique lui échappa quand Nikolaas lui dit qu'ils n'auraient pas dû descendre.

« Il me semble qu'on a déjà eu cette conversation quand notre très cher voisin a essayé de nous buter. »

A croire qu'ils répétaient toujours la même chose. Est-ce qu'ils avaient un mauvais karma ? Peut-être bien finalement. Qu'est-ce qu'il en savait bon sang ! Chayton redressa la tête quand son ami lui parla d'expérience sur des gens aux pouvoirs surnaturels. Il le regarda droit dans les yeux. Est-ce que l'homme essayait de deviner la vérité sans lui poser franchement la question ? L'ancien esclave fronça les sourcils.

« Pose-moi franchement ta question. »

Sa voix était claire et nette, il ne voulait pas paraître dur. Il voulait juste que Nikolaas pose la question qui semblait le travailler. Plusieurs fois son ami voleur lui avait dit qu'il ne semblait pas humain. Chayton avait toujours gardé ces phrases dans un coin dans sa tête sans vraiment réagir. Mais pour la première fois, aujourd'hui, il réagissait. Il ne bougeait pas, complètement immobile tandis qu'il continuait de le dévisager. L'autre homme tenterait-il de le tuer s'il apprenait la vérité sur lui ? Il se le demandait bien. L'adrénaline qui semblait en berne en lui repartit de plus belle. Son cœur battait la chamade, il avait envie de vomir. Il avait peur, peur comme jamais. Il avait soudainement peur de perdre le seul ami qu'il n'avait jamais eu en dix ans. Que ferait-il s'il le repoussait ? Chayton serait seul. Certes il avait Gawain, mais on ne pourrait pas qualifier leur relation d'amical, c'était nettement plus complexe que de la simple amitié. De l'amitié comme il en avait avec Nikolaas.

« Cela a-t-il une grande importance pour toi ce que je suis ? »

Dit-il doucement, presque avec crainte. Chayton n'était pas un homme impressionnant et il ne faisait rien pour se rendre impressionnant, bien au contraire.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Sam 11 Juil - 11:34

La froideur humide des égouts les accueillit avec bienveillance. Les pieds dans l'eau, Nikolaas se laissa glisser contre la pierre froide, recouverte de mousse et de germes, jusqu'à pratiquement s'asseoir dans les remugles troubles qui recouvraient le sol. Il leva les yeux sur un Chayton plus nerveux que jamais, tremblant, presque terrorisé par l'événement étrange qui venait de se produire. Il ne comprit pas ; il connaissait Chayton comme un homme discret qui ne cherchait pas spécialement la bagarre puisque son aura naturelle lui permettait d'imposer le respect. Il l'avait dernièrement connu comme quelqu'un qui, à l'instar d'un animal, devenait irascible et dangereux si on venait à le blesser. Recroquevillé sur lui-même, les yeux brillants d'une folie inhumaine, il semblait avoir été lui-même la cible du coup de feu qu'ils venaient d'entendre, ainsi qu'une espèce de voie de disparition qu'on s'apprêtait à prendre en chasse.

Haletant, les poumons en feu, Nikolaas s'appuya sur ses genoux le temps de reprendre son souffle. La sueur ruisselait sur son visage et les frissons continuaient à courir sur son dos que l'humidité collait à son tee-shirt sale. Sa veste source de bouffées de chaleur insupportables lui donna l'impression d'être aussi lourde qu'une carapace. L'anxiété s'évaporant laissa dernière elle la pesanteur de l'énergie négative qu'elle avait véhiculée durant la période de stress intense qu'il venait d'éprouver. La fuite, encore et toujours la fuite.
Le rire hystérique de Chayton le surprit tant et si bien qu'il sentit ses entrailles se serrer d'une pointe de peur. Un nouveau frisson désagréable le parcourut. Quelque chose ne tournait pas rond en Chayton, qui s'exprima d'une voix claire et nette, lourde de sous-entendus.

Poser la question ? Pourquoi ? Qu'est-ce que ça changeait ? Nikolaas ne posait jamais trop de questions. En dehors de ses personnages, il préférait rester discret et observer, ne surtout pas se montrer invasif dans la vie des gens, pour ne pas les brusquer. Tant que cela ne l'empêchait pas de dormir, il ne posait jamais plus de questions que nécessaire. Il faisait avec, s'adaptait, encaissait les mystères avec cette pointe de curiosité qui rendait les gens d'autant plus important à ses yeux. Lorsque Chayton, la voix gorgée d'angoisse, lui posa lui-même une question, répondant implicitement à celle qu'il aurait du formuler, le sang de Nikolaas se glaça, et il se sentit, irréfutablement, comme une proie.

« Ce...Tu...tu n'es pas un être humain, c'est ça ? »

Qu'est-ce qui s'opposait à l'humanité ? La bestialité, la spiritualité, la monstruosité. Qu'avait-il à dire, lui qui changeait d'identité comme de chemise ? Pouvait-il seulement affirmer qu'il était un être humain, lui, panaché changeant de paradoxes identitaires ? Mélange de couleurs superposées qui ne s'effaçaient jamais vraiment ? Patchwork de tissus déchirés dont il gardait toujours une trace du costume, quelque part ?

« Ce qui m'importe...c'est Chayton. C'est ce qu'il y a à l'intérieur. Le reste n'a pas d'importance. »

Nikolaas ne connaissait rien de ces créatures chassées, hormis les quelques informations que les rumeurs véhiculaient sur les sorciers, les rôdeurs ou encore ces personnes capables de prendre forme animale. Tant qu'il n'avait rien vu, il préférait ne rien affirmer. Et depuis qu'il le connaissait, Chayton avait toujours été ainsi.

« Tu...Tu vas me faire du mal ? »
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Ven 17 Juil - 23:40

Cette discussion était pénible, vraiment. Chayton se sentait pris au piège, incapable de fuir. Il avait envie de partir. Il ne se sentait pas en sécurité, bien au contraire. Sa tête lui tournait et il avait envie de vomir. Tout ceci le fatiguait énormément. Il aurait préféré ne jamais avoir cette conversation. Pourquoi faire bon sang ? Lui n'en voyait pas l'intérêt. Un soupir rauque lui échappa. Il se sentait fatigué, vraiment. Il crut déceler de la peur chez son ami et il en fut navré. Il ne voulait pas qu'il ait peur de lui, vraiment pas. Mais visiblement, il ne pourrait pas éviter cela. C'était la vie et cela faisait mal au ventre. Il serra les dents, extrêmement contrarié. Il avait envie de lui expliquer que c'était plus compliqué qu'être humain ou pas.

« L'humanité se définit difficilement. Non je ne suis pas humain. »

Souffla-t-il calmement. Mais il se sentait humain. L'homme en lui, l'ancien qui avait été humain un jour, ne voulait pas vraiment admettre ce qu'il était et cela faisait mal. Cela faisait mal d'avouer qu'on n'était pas humain et un monstre, par conséquence. Car qu'est-ce qu'il y avait à la place d'humain, hein ? Il serait bien curieux de le savoir, mais personne ne lui donnerait la réponse, bien entendu. Il était tellement contrarié. La rage pulsait en lui. Il ferma un instant les yeux. Il ne voulait pas se défouler sur son ami, il ne voulait pas devenir ce genre d'homme. C'était bien inutile selon lui. Cela ne menait à rien de maltraiter les autres, définitivement non. Il rouvrit les yeux. Il fut soulagé d'entendre son ami dire que ce qui importait c'était lui et rien d'autre. C'était important de se l'entendre dire. Il déglutit lentement. Il ne savait pas quoi dire face à une telle déclaration. C'était clairement un handicapé des sentiments quand il s'y mettait sérieusement. Il ne savait pas forcément comment gérer l'émotionnel.

Alors il resta silencieux, tout simplement. Car les hommes avaient cette simplicité qu'ils n'avaient pas forcément besoin de mots pour s'exprimer, juste de présence physique et fin de l'histoire. La question de Nikolaas lui brisa le coeur et il fit un triste sourire pour exprimer cela. Parfois certains mots n'existaient pas pour exprimer tout ce qu'on avait au fond de soi, alors cela faisait mal.

« Non, jamais. Je ne suis pas ce genre d'homme. Le genre qui se nourrit de la douleur des autres. »

Il lui tendit calmement la main. Cette main sale et couverte de sang séché, mais c'était toujours sa main. Il testait son ami et il était un peu triste d'en arriver là, mais c'était ce qu'il faisait. Il avait besoin de tester leur amitié et de s'assurer qu'ils étaient toujours liés. Il ne voulait pas que son ami agisse comme une biche effarée face à lui, cela ferait si mal. Non il voulait qu'il lui fasse confiance. Bien entendu dans ce milieu, c'était extrêmement dur de se faire confiance, mais Chayton avait l'illusion qu'ils avaient commencé à construire quelque chose.

« C'est moi Nikolaas. Je suis de ton côté et je ne cesserai jamais de l'être. »

Il n'était pas un sentimental, mais clairement il tentait d'exprimer ce qu'il y avait tout au fond de lui. Il voulait tout lui expliquer, expliquer sa vie d'enfer, expliquer la douleur, expliquer les bêtes en lui. Mais Niko l'accepterait-il réellement ? Serait-il prêt à entendre ce genre de vérité ?

« Je... Je peux me transformer. »

Il ne précisa pas en quoi. Il avait besoin d'une preuve, une preuve qu'il ne se ferait pas complètement rejeter avant d'en dire plus. Cela pouvait paraître complètement fou, mais c'était ainsi qu'il fonctionnait. Peut-être qu'il se trompait complètement et allait s'en prendre plein la tête, il attendait pour voir.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité






MessageSujet: Re: L'Element du Crime [Chayton]   Sam 18 Juil - 10:24

Le doute selon lequel Chayton dépassait l'humanité de ses capacités démentielles planait depuis longtemps dans l'esprit de Nikolaas, qui n'avait pas posé plus de questions sachant que cela n'entravait ni leur vie quotidienne, ni leurs affaires. Malgré tout, entendre Chayton plaquer d'une voix froide la réalité brute contre son visage n'avait rien d'agréable. Cette vérité lui procura même un frisson presque douloureux tant la moindre parcelle de sa peau s'électrifia d'un frisson violent. Nikolaas se définissait lui-même comme une créature particulièrement étrange étant donné sa perpétuelle transformation d'un jour à l'autre en un rôle qui collerait avec sa mission, mais en aucun cas il n'avait renié son humanité. Il s'y trouvait même particulièrement attaché depuis que Maarten avait prouvé son côté obscur en tuant sa sœur jumelle.
La mélancolie du sourire de Chayton le transperça de parts en parts. Il lui assura néanmoins que ses jours ne seraient pas en danger même s'il se trouvait dans les parages. Nikolaas se détendit imperceptiblement. Sa confiance en son plus grand compère n'avait pas failli. Soudainement, leur fossé des générations le frappa en pleine tête et il se sentit tout petit devant son associé.

Lorsqu'il lui tendit sa main, il n'hésita donc pas à la saisir malgré la peur qui lui ceignait les entrailles. Le contact des doigts de son ami n'avait pas changé après cette révélation inopinée. Il restait chaud et rugueux, ferme et puissant. Nikolaas se trouvait en incapacité totale de sentir l'énergie du Skinchanger, mais nul doute qu'elle palpitait au creux de sa paume. Leurs chaleurs se mélangèrent, entourées de crasse et de sang séché. Nikolaas pu même sentir les os tranchants sous la peau trop fine. Ce lien physique sembla réellement renforcer les paroles prodiguées par Chayton pour le rassurer. De son côté, mais lequel ? Celui des victimes ? Celui des pauvres vermines ? Celui de ceux qui conservent un espoir ? Lorsque Chayton lui dévoila une nouvelle facette de sa personnalité, Nikolaas pris conscience d'une triste réalité.

« Que c'est étrange. Nous nous connaissons depuis des mois, nous risquons notre vie l'un pour l'autre, et je ne sais rien de toi. »

Il songea à Eamon, dont il partageait le lit depuis plusieurs semaines, et dont il ne savait rien non plus. Et il songea à Livio, dont il savait tout sans avoir eu besoin de demander. Les mystères façonnaient l'histoire de sa vie, et il vivait bien avec. Mais maintenant que le livre des secrets se tenait devant lui, prêt à être ouvert, il ne pouvait pas résister, avec sa curiosité naturelle, à se plonger dans ses pages.

« Ah...et...en quoi tu te transformes ? »

En ombre ? En rôdeur ? En animal ? Il n'aurait su le dire. Il ne connaissait rien à la magie, il ne faisait qu'écouter ces rumeurs qui s'entremêlaient tout en se contredisant, produisant une sorte de mythe démoniaque qui occupait pourtant si bien son office de faire flipper tout le monde.

« C'est pour ça que tu as eu peur lorsqu'on a trouvé l'autre, hein ? »

Parce qu'il avait peur d'être capturé à son tour, parce que son agilité et sa force physique finiraient par attirer l'attention, parce que si sa vie était réellement en danger, il pourrait se transformer pour se défendre.

« Il va falloir qu'on bouge. On ne peut pas continuer à crécher ici si ta vie est en danger à ce point. »
Revenir en haut Aller en bas
 

L'Element du Crime [Chayton]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

 Sujets similaires

-
» mettre Gradual Element Fader (Tuto')
» Couleur texte "element.style"
» Element gênant du forum.
» Element Graph'
» Lecteur multimédia WD Element Play

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
CONSIGN TO OBLIVION .} :: The Fifth Chapter :: Memories-