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 « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma

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MessageSujet: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Mer 20 Mai - 23:48

You don't remember, I'll never forget

Charisma & Anger

Il caressa les gravures de la crosse de ses phalanges avec prudence avant de refermer ses doigts fragiles dessus. Il soupesa l’arme en métal de sa main droite, et, jugeant qu’elle lui serait bien suffisante pour l’utilisation qu’il en aurait, il la posa sur le comptoir vitré du commerçant. L’homme âgé qui se tenait derrière son établissement le transperçait du regard, tentant de combler par son attitude impertinente et agressive les centimètres qu’il lui manquait pour se tenir en égal à la hauteur d’Anger, qu’il comblait déjà d’ailleurs par son embonpoint. Le sorcier baissa les yeux sur lui, et esquissa un mince sourire pour le rassurer, qui tenait plus du rictus forcé que d’une quelconque bienveillance. S’il se faisait trop importun, Anger avait de la magie à revendre coulant dans ses veines, et il n’aurait aucun remords à lui faire goûter de ces douloureuses illusions qu’il affectionnait tant. Il avait minutieusement estimé chaque arme, et le manège avait duré une bonne demi-heure, jusqu’à ce qu’il jette son dévolu sur ce petit bijou, un glock 19 moderne. Le gérant avala bruyamment sa salive et commenta le choix : « Avec les temps qui courent, z’allez pas faire grand’mal aux choses pas net qui rôdent dehors avec ce joujou m’sieur. ‘Voudriez pas un truc plus efficace ? Genre un bon beretta des années 80 ? Ca vous transperce son homme, et ça y laisse des trous gros comme ça. » Il accompagna ledit “ça” d’un geste joignant son index et son pouce pour former un cercle de taille impressionnante. Bouché, Anger secoua la tête à l’horizontale. L’homme lui déplaisait fortement, et il n’y avait pas une minute de plus à perdre ici. Il sortir une liasse de billets de la poche de son imper, et jeta la somme demandée sous les yeux du vendeur. C’était la première fois qu’il acquerrait une arme à feu, et sa seule utilité était de se défendre des hommes, et non des bêtes. Ces derniers jours, les partisans du gouvernement disparaissaient un à un, et en tant qu’employé des politiciens en vigueur, il craignait pour sa peau plus que d’ordinaire. Satisfait, et pressé d’en finir, il enfila un chargeur dans le culot et coinça l’arme dans sa ceinture, même s’il espérait ne pas avoir à s’en servir - il n’avait jamais utilisé d’arme à feu dans sa vie.

Dans sa précipitation à ranger son achat, il ne distingua point le carillon de la porte qui s’ouvrait sur un nouveau client et son parfum lui parvint bien avant sa silhouette. Son sang ne fit qu’un tour, et il se crispa, la main sur le pistolet ; voilà qui lui donnait une occasion de s’en servir bien plus tôt que prévu. Il serra les dents et marmonna une vulgaire prière, que seul lui pouvait entendre. Il priait pour s’être trompé, il espérait de tout son coeur une vulgaire coïncidence. Il priait si fort qu’il finit par se convaincre de son erreur, et se retourna d’un bloc. Mais c’était elle ; sa confidente, son amour, son bourreau, aussi splendide que dans son souvenir. Secrètement, il avait espéré que la séparation brutale laisserait quelque trace sur son visage, mais il n’en était rien. La colère, enfermée dans une citadelle de chagrin, s’amassa derrière les murs qu’il avait érigé dans son coeur, et, telle une tumultueuse déferlante, brisa sans effort les longues portes qui séparaient le passé du présent. De l’organe du sentiment, cette colère fut comme propulsée dans ses artères et irrigua tout son corps. Son épiderme entier monta en température et même si depuis des mois, il la tuait de ses propres mains en rêve, il fut incapable de braquer son arme sur elle. Charisma. Synonyme de souffrance. Il se força au calme, et sentit son sang-froid revenir, grâce aux longues années de pratique de Darkness Falls. Menteur né, il joua l’arrogance. Plutôt souffrir d’avoir à jouer la comédie que de s’enfuir face à elle. « Yo. Déçu de te trouver en vie, vipère. T’as réussi à te déplacer sans coller aux basques de ton frangin ? » Il resta planté là. Quitte à engager la conversation, autant rester tout du long. Il ne partirait pas le premier, il tiendrait coûte que coûte.
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MessageSujet: Re: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Jeu 21 Mai - 1:29




I shot a hole
through everything i loved

Trois jours. C'est le temps qu'il lui a fallu pour se décider à reprendre sa vie en main, à se remettre sur les rails, refaire des plans. Sur les conseils de Vittoria, rythmés par les engueulades avec Neal, Charisma reprend peu à peu conscience de la situation dans laquelle elle les a laissés depuis sa disparition. Depuis trois mois. Et trois maigres jours ne suffisent pas à laver ses erreurs, à éponger ses fautes. La colère qu'elle peut lire dans leurs yeux semble intarissable, pourtant ils sont à eux seuls les deux alliés, les deux piliers qui soutiennent sa vie. Vittoria lui a très bien résumé la situation. Le gouvernement n'en fait qu'à sa tête, pire que jamais, animé de desseins plus obscurs encore qu'au départ. Et la nouvelle nature de la brune ne l'aidera pas à gagner en discrétion, loin de là. Gouffre béant, elle comprend s'être jetée avec force dans cette gueule qui n'attendait qu'elle. Une gueule de loup, un bain de sang. C'est ce qui rythme les murs de la ville désormais, battant à allure régulière, frappant les plus hauts placés. Mais qui anime donc ces crocs assoiffés de sang? C'est ce que Charisma compte bien découvrir. Mais d'abord, elle doit s'assurer d'avoir le droit à la parole. Elle n'a pas revu les rebelles depuis son retour en ville, mais elle se doute que ceux-ci doivent déjà être au courant de sa réapparition. Bientôt, elle devra leur faire face, faire face à tous ces gens qu'elle a bercé d'illusion, nourri d'espoir avant de les abandonner quand la nuit se fit plus sombre. Mais d'abord, elle doit s’occuper de reprendre cette place qui lui revenait de droit, cette place de trésorière de messieurs les ministres. Et pour ce faire, elle a un plan. Marchant d'un pas décidé, ses talons claquent sur les pavés sales. La Charisma fuyante, libre et sauvage, avait déserté, laissant de nouveau place à cette femme aux gants de velours, à la poigne de fer et aux sourires carnassiers. Charisma était de retour, et le flambeau de la famille Draper s'allumait de nouveau avec elle. Non, elle n'était pas morte. Et oui, elle comptait bien balayer ces derniers mois de l'esprit de chacun. Une chimère, une illusion ; éphémère d'un matin. Son plan tenait en un seul point, résidait en un seul nom: M1A. Le fusil de précision était prisé et désiré par un de ces chers ministres. Mais à trop s'armer on en devenait soupçonnable. Un cadeau en revanche, ça ne se refuse pas. Encore moins quand celui-ci est fait par une personne inattendue, caché des regards envieux. Mais pour le cacher, encore fallait-il l'acquérir. Arrivée devant la porte du magasin qu'elle cherchait, ses yeux levés vers l'écriteau purent déchiffrer le nom poussiéreux d'un établissement tout aussi macabre. Poussant la porte avec un léger dégoût, bien que déterminée dans son geste, elle fit son entrée dans la salle mal éclairée. Et ce qu'elle vit finit de lui obstruer toute trace de lumière. Anger. Le jeune homme était là, droit devant elle, non loin du comptoir. Trois mois qu'elle ne l'avait revu. Plus même, après l'incident. Ne laissant transparaître aucune émotion, elle tenta de garder son calme. Ses jambes se lancèrent, fluides et graciles, tandis que son cœur lui hurlait de faire demi-tour. Était-elle seulement prête à affronter celui qu'elle avait chassé loin de tout? Mais la réponse demeura suspendue au bout de ses lèvres.

Approchant à son tour de l'étal, arrivant près de l'autre sans daigner lui adresser un regard, celui-ci lève cependant la tête vers elle. Sa main braquée sur son arme, ses jointures blanchissant presque sous l'effort, elle le voit. Son regard chargé de colère aussi. Ses pensées, elle pourrait presque les entendre, les prononcer tout haut. Elle ressent la même chose...ou presque. Car si la colère est bien là, la fierté la fait naître, l'enserre et l'égorge, l'empêchant de penser à quoi que ce soit de rationnel, de raisonnable. Elle n'a aucune raison d'être en colère après lui? Sottises. Elle l'est, et va jusqu'à éprouver un profond dégoût pour sa personne. Mais quand sa voix résonne dans l'air, ses pensées se font plus chimériques, s'envolent soudain bien loin d'ici. Non. Elle n'est pas prête. « Yo. Déçu de te trouver en vie, vipère. T’as réussi à te déplacer sans coller aux basques de ton frangin ? » Son venin craché, il ne bouge pas, restant planté là telle une statue, calme olympien que seule trahit cette main toujours ancrée à sa ceinture. Ignorant ses propos, les écrasant entre ses doigts comme de vulgaires insectes, elle ralentit à l'approche du comptoir. Elle lui fait face désormais, plante son regard dans le sien un instant, qui paraît dérisoire. Et puis, elle fait volte-face, pivote sur ses talons pour afficher un grand sourire au vendeur, regard enjôleur et voix suave pouvant aller faire se rhabiller toutes les putains des bas quartiers. « Pardonnez-moi de demander, mais est-ce là les seules armes que vous possédez? Je suis assez précise sur le sujet... » avoue-t-elle. Déglutissant avec peine, le gras marchand semble surpris, ses paroles dégoulinant sur son corps telles des serpents de douceur. Miel empoisonné, la brune sait ce qu'elle fait. Les hommes sont tous les mêmes. Lui demandant alors ce qu'elle recherche, sa langue claque sur son palais tandis que ses mots se font plus assurés, autoritaires. « Un M1A fera l'affaire. » Ajoutant un petit sourire pour ponctuer ses dires, le vendeur hésite, bafouille à propos d'une arrière-boutique avant de disparaître derrière une porte. Ses lèvres perdent alors de leur ironie tandis que sa tête se tourne sur sa droite. Son regard s'accroche dans celui du brun, encore, avant de descendre plus bas avec une lenteur farouche, le déshabillant presque du regard jusqu'à ce que celui-ci se fixe sur la petite arme que tenait l'homme. « Tu ne risques pas de te faire mal avec? Ce n'est pas un jouet, tu sais... » Sa bouche s'entrouvre sur ces derniers mots, restant interdite, comme l'incitant à venir la rejoindre. La perfide, elle avance ses pions, joue les cartes qu'elle a en main, elle teste. Et elle sait qu'avec lui, elle ne risque pas de s'ennuyer. Et peu à peu ses yeux ne le regardent plus, mais le dévorent, sentant cette petite flamme renaître en elle. Lui jetant un seau d'eau froide, elle se détourne, faisant de nouveau face au comptoir, faisant mine de fixer cette porte comme si elle souhaitait qu'elle s'ouvre vite. Or, elle n'a jamais tant espéré qu'on tarde à la servir. « A moins que ce ne soit une femme que tu tentes d'impressionner...je serais toi, j'apprendrais d'abord à tirer. » Et ses mots importuns continuent de se déverser dans ce flot de remords qui trône désormais en sa poitrine, s'y proclamant roi. Roi des ténèbres infinis, reine du chaos éternel, princesse de la nuit. Tandis que passé et sentiments eux, sont relégués au second plan ; à l'arrière-boutique.
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MessageSujet: Re: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Ven 22 Mai - 15:53

You don't remember, I'll never forget

Charisma & Anger



Qu’on lui décerne le trophée du mépris et la médaille du snobisme pour l’air hautain qu’elle lui réserva en marchant jusqu’au comptoir, pour l’attitude parfaitement détestable qu’elle avait composé en son honneur. C’était du déjà vu, le même accueil, la même animadversion qu’au premier jour, lorsqu’elle l’avait intensément jalousé pour avoir bénéficié des faveurs de Neal, mais c’était à la fois si différent, si nouveau, si douloureux pour lui. Le poids des souvenirs comprimait ses poumons, si lourd, alors qu’elle, elle ne savait même pas qu’elle lui devait la vie. Cette nuit là, il l’avait couvée comme une enfant, avec ce qu’il lui subsistait de tendresse pour elle, lui effaçant tout souvenir de cet acte pour ne pas qu’elle le croie acquis à sa cause. Il se demandait bien ce qui le retenait de lui avouer la vérité, si ce n’était son orgueil incommensurable et son désir de conserver l’image de puissance qu’il voulait donner de lui ; ce qui, ironiquement, n’avait jamais été le cas depuis qu’il avait retrouvé sa liberté. Il exécrait de la voir si sereine alors qu’il lui fallait tous les efforts du monde pour ne pas exploser, sa magie palpitant, de constater qu’elle l’ignorait si aisément malgré tout ce qui les liait. Et surtout, il se demandait pourquoi diable il frissonnait au moindre coup d’oeil de sa part, pourquoi le simple fait de la voir lui retournait le coeur, pourquoi après tant de jours à faire en sorte de l’oublier il n’y parvenait tout simplement pas. C’était tant de questions sans réponses, tant d’émotions incomprises, ou plutôt, qu’il refusait de comprendre. Il crut défaillir lorsqu’il entendit de nouveau sa voix, cette voix haute en couleurs, pour laquelle il avait vibré ; cette voix dont il ne se souvenait plus vraiment, mais qu’il ne pouvait désapprendre. Il se haïssait lui-même pour réagir ainsi, alors qu’il ne voulait plus jamais lui appartenir, et d’un autre côté, au plus profond de son âme, il espérait qu’elle n’appartenait ou n’appartiendrait à personne d’autre. Il écouta d’une oreille distraite ce qu’elle avait à dire au marchand, plus intéressé par la galbe de ses hanches qu’autre chose, perdu dans les mémoires de temps passés évanouis dans les méandres de leur histoire.

Il recouvra ses esprits lorsque l’homme derrière son comptoir s’évanouit dans l’arrière boutique, les laissant seuls, livrés aux eux-mêmes, ce qui n’augurait rien de bon. Sans juge ni témoin pour prendre part dans les échauffourées qui ne manqueraient pas de voir le jour. Sans catalyseur dans leur combat, alors qu’assurément, le litige omniprésent, leurs échanges n’auraient rien de banal. Retenant son souffle, calme avant la tempête qui menaçait dans son coeur, il se laissa dévisager, et vint ensuite la riposte. « Tu ne risques pas de te faire mal avec? Ce n'est pas un jouet, tu sais... » Il se contenait, encaissant les coups pour mieux les distribuer, laissant une rage froide s’emparer de lui, cette fameuse rage qui avait fait de lui le leader né d’un clan, une icône aussi crainte que respectée à Darkness Falls. Elle se détourna de lui et lança sa seconde offensive sans plus attendre, nonobstant la réponse du magicien. « A moins que ce ne soit une femme que tu tentes d'impressionner...je serais toi, j'apprendrais d'abord à tirer. » Il la remerciait silencieusement de lui fournir une raison suffisante pour attaquer, de consumer ses dernières réticences, braises mourantes s'étouffant dans le vent des critiques de Charisma. Dans l’atrium de sa quiétude, il sauvegarda une partie de lui, et lorsqu’il le quitta enfin, il laissa derrière lui tout remords et toute culpabilité. Elle lui tournait le dos, idéalement face à l’étalage d’arme. Une lueur de folie s’alluma dans ses yeux sombres, signe précurseur du méfait à accomplir, et, d’un bond, il élimina la distance les séparant. Alors que de sa main gauche, il exerçait une forte pression sur le dos de la femme, la plaquant sur la vitre, de sa main droite il sortit son arme de sa ceinture et appliqua le bout du canon sur l’arrière de la tête. Son souffle se fit rauque, et il approcha sa bouche de l’oreille de Charisma. « Pas besoin de savoir tirer, lorsqu’on est à bout portant », murmura-t-il. Sans laisser le temps à cette femme de répandre son venin sur lui, il poursuivit avec honnêteté : « J’ai plus de sept cens années au compteur. En tant d’années, j’ai accordé ma confiance à trois personnes. La première, elle est morte sous mes yeux. Les deux suivantes, c’est ton frère et toi. Et toi, toi, seule gardienne de mon passé, tu me le jettes à la figure pour t’agenouiller devant ton misérable frère. Tu as ruiné tout ce que j’ai construit par ton ignominieux mensonge. Alors plutôt que de la jouer sereine, Charisma, donne-moi une bonne raison de ne pas appuyer sur la détente. » Il crachait ces mots avec la force du désespoir, n’ayant plus rien à perdre puisqu’elle lui avait tout repris. Quel espoir lui restait-il, alors qu’elle semblait n’éprouver aucune peine à l’avoir trahi ? S’était-elle jouée de lui dès le début ? Les moments vécus ensembles n’étaient-ils que pure fiction de sa part ? Ses cellules grises tournaient à vitesse maximale, entrechoquant les idées.« Et répond vite. » Un dernier avertissement, comme pour se convaincre lui-même qu’il était capable de mettre fin à la vie de la seconde personne qu’il avait aimé, triste écho à la pendaison de Sofia. Son coeur s’affolait, bondissait, et ce fut une des rares fois de sa longue existence où il usa de magie sur lui-même pour se forcer à l’apaisement.
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MessageSujet: Re: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Sam 23 Mai - 1:06




I shot a hole
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La brune avise, charge ; puis tire. Les mots s'en vont, tels des balles de plomb, transpercer cette chair, tuméfier ce cœur qui elle s'en doute, ne bat plus un instant pour elle. Comment le pourrait-il, après tout ce qu'elle lui a fait subir? Après tous ces affres et ces peines, ces mots doux et coups de poings ; après ça. Charisma était courageuse, elle n'avait peur de rien. Elle n'avait pas peur du gouvernement, pas peur des skinchangers, elle ne craignait pas non plus Anger et sa violence accoutumée, elle n'avait pas peur ; mais demeurait une couarde. Menteuse, froussarde, perfide était la vipère qui l'habitait, prête à mordre tout ce qui n'était pas eux. Et eux, se résumait à Neal et elle. Pour se protéger, non pas de la colère de son frère, mais bien de son dégoût, elle avait prononcé ces mots salvateurs, ces mots empoisonnés, mortels. Un viol. C'était la première chose qui lui était passé par la tête, la première idée qui avait germé dans son esprit mal tourné, franchissant ces lèvres qu'elle aurait voulu sceller. C'était Anger ou Neal. Depuis quand la brune avait-elle eu à choisir? Mais le choix n'en avait pas été un, plutôt une évidence. Les mots avaient fusé, sans qu'elle prenne même le temps de les penser. Ne pouvant plus les retenir, ils ont fini de briser ce petit jeu qu'ils avaient si longuement instauré à l'insu de son frère. Un jeu dangereux entre deux serpents aux gueules ouvertes, béantes, prêtes à tout dévorer sur leur passage ; y compris leur cœur. Elle se complaisait dans l'idée qu'elle n'avait besoin de personne, n'avait pas d'âme sœur, pas de liaison stable ni de futur tout tracé. Elle vivait au jour le jour sans avoir réellement cure des évènements à venir. Un jour, la passion. Dévorante, enflammée, parfum entêtant qui ne saurait vous quitter. Une fois goûté au fruit défendu, il vous est impossible de revenir en arrière. Le mal est déjà fait. Mais si la brune ne regrette pas le choix qu'elle eut fait alors, les souvenirs de cette relation enflammée entre deux corps grandement animés, deux êtres possédés, la faisait encore frémir d'envie. Jetant ces mots comme des pierres lancées à la mer, celle-ci répliqua d'un remous furieux, venant s'échouer contre son corps, arme en main.

La plaquant violemment contre la vitre masquant le comptoir, Anger la tient, subitement animé par cette colère qu'elle cherche malgré elle à faire resurgir. Qu'il la haïsse ou l'aime à en crever, quelle différence? Pour elle, seule cette flamme dévorante reste à cultiver, la nourrissant entre ses doigts. Elle avait déjà jeté son cœur dans l'incendie, pactisant avec le diable pour un peu de plaisir, devrait-elle gager son âme aussi? C'est sans hésiter qu'elle le ferait, bien que celle-ci ne soit plus d'une bien grande valeur désormais. Elle le sent approcher, plus qu'elle ne remarque ce canon ancré sur sa tempe. Son souffle se fait murmure alors que les mots chargés de venin viennent chatouiller son oreille. « Pas besoin de savoir tirer, lorsqu’on est à bout portant » soupire le lion, avant d'enchaîner. Et s'il n'y tenait qu'à elle, elle fermerait sans hésiter paupières pour pouvoir mieux se délecter des mots tendres qui s'ensuivent, découlent de cette première amorce. « J’ai plus de sept cens années au compteur. En tant d’années, j’ai accordé ma confiance à trois personnes. La première, elle est morte sous mes yeux. Les deux suivantes, c’est ton frère et toi. Et toi, toi, seule gardienne de mon passé, tu me le jettes à la figure pour t’agenouiller devant ton misérable frère. Tu as ruiné tout ce que j’ai construit par ton ignominieux mensonge. Alors plutôt que de la jouer sereine, Charisma, donne-moi une bonne raison de ne pas appuyer sur la détente. » Ses mots grésillent à son oreille, s'agitent. Elle n'a plus de pouvoir, plus rien à sa portée pour remettre à sa place son obscur fiancé. Mais pourquoi utiliser les poings quand on garde en main l'arme la plus acérée, la plus aiguisée qui soit. Sa langue se délie, claque dans l'air. « Quoi, tu voudrais me tuer après ce si beau discours? » Un léger sourire passe sur son visage tandis que ses mains, toutes deux appuyées contre la vitre au niveau de son crâne, bougent sensiblement. « Et répond vite. » ajoute l'autre, semblant s'impatienter. Dans sa voix, sonne le glas du dernier espoir, de l'échéance touchant à son terme. Pourtant Charisma, loin de s'en soucier, y voit plus là une chance qu'il ne l'ai pas oubliée. Anger, il n'a pas l'habitude de parler, pas autant, pas d'un coup. Anger, il médite, réfléchit, puis agit, prenant son temps. Pourtant avec elle, ça a toujours été explosif, se faisant la guerre le jour, l'amour la nuit ; ou peut-être était-ce l'inverse? Les limites de temps n'étaient jamais vraiment définies, s'adaptant aux allers et venues de Neal dans l'appartement, mais surtout hors de celui-ci. Anger, il ne parle pas ; il agit. Pourtant là, c'est un vrai récit qu'il est prêt à lui servir, feignant lui ouvrir son cœur. Menteur, ne peut-elle s'empêcher de penser.

L’assommant de sa hâte à en finir, la brune s'en rit. Quoi, il allait vraiment la tuer, là maintenant? « Alors... » interroge-t-elle, la fin de phrase restant en suspens. Ses doigts s'agitent doucement, rejoignant cette arme apposée sur sa tempe. La longeant doucement, ses mots accompagnent son geste alors que son index se glisse auprès du sien, caressant ce doigt prêt à signer son arrêt de mort. « Aujourd'hui c'est la guerre? » demande-t-elle, innocente. La guerre ou l'amour, l'amour ou la guerre ; ils avaient toujours choisi. Et Charisma, en fantôme du passé, lui rappelait en douceur ce choix qui semblait lui revenir désormais. « Entendu... » soupire-t-elle, le regard soudain voilé d'une tristesse nouvelle, déçue. Elle sent l'autre hésiter, son bras se détendre sensiblement, l'absence de déclic seule maître de son salut. Profitant de la brèche qui semble s'être ouverte, elle s'y engouffre. « Mais si tu la fais, fais-la bien. » souffle-t-elle. Faisant volte-face, elle lui donne un grand coup de coude dans la gorge, lui coupant brutalement la respiration. Moment de déroute, elle en profite pour l'évincer et frappe cette main jusqu'alors armée, faisant voler le bien à quelques mètres de là. Elle l'aurait bien plaqué à son tour contre cette vitre, ou bien envoyé valser à travers le magasin, mais le fait est, qu'elle n'a plus aucune violence innée à utiliser. Empoignant sa chemise des deux mains, elle se rapproche, le regard de braise. « Depuis quand te caches-tu derrière une arme pour m'atteindre? Tu ne te rappelles donc pas ce dont je suis capable? » écume-t-elle, furieuse. Elle fait allusion à ses compétences sorcières, bien sûr. Elle sait qu'elle ne les a plus, mais Anger, lui, l'ignore encore. Du moins c'est ce qu'elle pense. « Tu veux peut-être une démonstration? » menace-t-elle, les yeux furibonds. Au fond d'elle, elle sait que jamais il n'acquiescera. Le Anger qu'elle connaît, il l'enverra à l'autre bout du magasin d'un simple geste de main, revenant sans doute à la seconde vers elle pour la saisir à la gorge, attendant une réplique. C'était le Anger qu'elle attendait, redoutait même, sachant qu'elle ne pourrait riposter comme il se doit. Sans doute deviendrait-elle poupée désarticulée entre ses doigts avides et puissants. Mais peut-être aussi cet éclat de violence, cette menace imminente rallumerait-elle l'étincelle de ses propres pouvoirs. Charisma, elle s'entête, s'échine à croire qu'elle n'est pas devenue aussi faible et insipide que tous ces mortels sans cervelle. Elle ne sait pas, ne sait rien. Elle ignore tout de sa condition, de son nouveau fléau. Vittoria l'a bercée de toutes sortes de balivernes, d'histoires à dormir debout en lui assurant l'aider avec sa nouvelle vie. Quelle nouvelle vie? Elle n'en veut pas. Tout ce qu'elle souhaite, c'est retrouver la sienne. Mais là encore, elle se méprend sur la situation. Anger sait. Osera-t-il la blesser en connaissance de cause, sachant pertinemment qu'elle ne saura lui répondre? Mais Charisma, fière de son coup, n'y pense même pas, trop occupée à jubiler, se préparant au coup imminent de son adversaire.
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MessageSujet: Re: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Lun 25 Mai - 2:55

You don't remember, I'll never forget

Charisma & Anger



Cette violence qui s’emparait de lui, c’était un processus irréversible, un système qui, une fois enclenché, ne connaissait pas d’autre issue que son accomplissement. Et cet accomplissement n’était autre que la vidange totale de l’amas d’âcre rancune qui s’était accumulé en lui les derniers mois, de cette haine qui ne connaissait aucun défoulement si ce n’était les bouteilles entières de bourbons qui s’étaient déversées en lui et les échauffourées menées avec Wesley. Mais, enfin, elle était là, comme une cible qui n’attendait qu’une chose, qu’on lui tire dessus ! Une joie malsaine l’habitait, brillant dans le fond de ses yeux, alors qu’il pressait l’arme sur la jolie chevelure brune de Charisma. Cette chevelure qu’il aurait volontiers arrachée de ses dents si elle n’avait été le réceptacle de tant de caresses. Joie et douleur, ce mélange si savoureux qu’il dégustait depuis des années, émotions si étroitement liées depuis sa naissance qu’il ne pouvait goûter à l’une sans ressentir l’appel de l’autre. La folie extatique dans le ravage d’autrui, l’adrénaline qui libère les muscles de toute contrainte, la sensation de puissance qui irrigue votre être. Il en aurait presque souri, tant il attendait ce moment, Gollum et son précieux, Jekyll et son Hyde. Il frémissait, à la fois parce qu’il exultait de la dominer, de l’assujettir de cette position avec un ascendant incontestable en sa faveur. C’était comme de la conquérir une fois encore, non par le sexe mais par sa brutalité, et, paradoxalement, il en énucléait bien plus de concupiscence qu’avant, réjouissance aussi éphémère que mauvaise. Il frémissait, mais surtout parce que c’était si intime, qu’il était si proche, son déséquilibre mental à la limite de la folie car il envisageait de la punir par l’acte énoncé qui l’avait fait bannir. « Quoi, tu voudrais me tuer après ce si beau discours? »  

Un ultimatum, pour une mort amplement méritée. Il tremblait, sa main se faisait plus molle, dernier alerte d’un amour vivotant. Chaque mot de Charisma qui atteignait ses oreilles, c’était un coup de feu dans sa résolution à mettre fin à ses jours. « Aujourd'hui c'est la guerre? » Il déglutit avec peine, les mots coincés dans sa gorge, conscient que son mental coulait à pic, pour une femme qui le voulait mort, ou pire encore, qui ne le voulait plus. C’était à pleurer, mais, à l’image de ses mots, les larmes n’avait pas coulées depuis l’enfance. « Mais si tu la fais, fais-la bien. » Et la sanction vint nécessairement contrer les actes d’Anger, qui reçut de plein fouet le coude de la brune dans son larynx. Déstabilisé, l’homme trébucha, sans pouvoir rien faire contre cette main qui vint frapper la sienne pour faire voler l’arme à terre, dont le métal résonne lourdement en touchant le sol. Désarmé, il fit un pas vers l’arrière et secoua sa main endolorie. « Depuis quand te caches-tu derrière une arme pour m'atteindre? Tu ne te rappelles donc pas ce dont je suis capable? » Charisma semblait hors d’elle,  froissée par son présumé affront. Il eut un sourire narquois, pas inquiété le moins du monde. Il savait ; elle, non. « Oh, si, mieux que personne. » Pour peu, il aurait fait rouler ses yeux dans ses orbites. « Tu veux peut-être une démonstration? » Et il se mit à rire, d’un rire joyeusement inquiétant, considérant l’absurdité de cette remarque, que lui seul pouvait comprendre. Il croisa les bras, souriant, et la toisa, soudainement amusé.  « Vas-y, fais moi voir chérie. » Elle n’avait plus aucun pouvoir, plus rien à lui démontrer, alors qu’il avait toujours été un maître en magie noire. Son nom résonnait encore dans les cathédrales italiennes, et elle n’avait jamais pu égaler sa force. Sa seule chance résidait en la faiblesse de son coeur. Pour lui prouver qu’il était sans égal en magie, il l’assaillit d’images. Avec soin, il avait choisi les moments les plus sanguins de sa vie ; l’exécution publique de Sofia, entrecoupée par le meurtre des clans religieux. Mais le pire, c’était tous ces hommes et femmes à Darkness Falls, qu’il avait traqué avec sang-froid des jours durant, et qu’il avait assassiné à mains nues pour la gloire du clan sur lequel il régnait alors. Il les lui imposait, Charisma impuissante, petite créature chétive sans magie, et il la fixait de son regard fou de douleur et d’exultation, jouant en boucle dans la tête de son adversaire les mots de la trahison. Il avançait de nouveau vers elle, pas à pas, lorsque la porte de l’arrière boutique s’ouvrit en fracas. Le gros marchand, évidemment, avec ses yeux de poisson qui retranscrivaient l’effroi. Il oublia son ex-amante un instant, et jeta son dévolu sur l’innocent. C’était leur combat, et il ne devait y avoir aucun témoin. Coupé dans son élan, il fit néanmoins tomber au tapis la créature en sur-poids, inconscient. Les faibles méritaient la mort ; telle était la première leçon qui lui ait jamais été enseignée. Il reporta son attention sur elle, la venimeuse ignare. La seule fois où elle avait eu le dessus sur lui, il l’avait payé cash, aussi cela n’arriverait plus.  « Alors, Charisma… ils sont où, tes pouvoirs ?!?. » Il rit encore, véritable démon, sachant pertinemment qu’elle n’avait rien, pas une once de magie coulant dans ses veines. Il la reluqua à nouveau, homme et amateur avant tout. La première tempête était plus ou moins passée, mais il savait que la seconde ne tarderait point. Il s’accorda un instant, et se perdit dans ses souvenirs.

La nuit est tombée depuis déjà bien longtemps, et pourtant, une douce lumière veille dans la chambre à coucher. Les rideaux sont tirés sur la fenêtre, filtrant la blanche lumière de la lune. Juste à côté, sur le lit, il bouquine ; de la génétique. Il en est devenu mordu au point d’en rester éveillé nuit et jour. Les minutes, les heures, il ne les compte plus. On toque à la porte. Il relève son nez, comme intrigué, et son coeur se met à tambouriner dans sa poitrine. Il veut que ce soit elle. Il le veut tellement fort qu’il s’en persuade.  « Entre » prononce-t-il à faible voix. Lorsque la porte s’ouvre sur sa longue chevelure, il vacille sur son lit, sous le charme. «J’ai froid. » dit-elle, en passant son corps par l'entrebâillement. Il hoche timidement la tête. Tous deux savent que ce n’est qu’un prétexte, mais c’est comme un rituel. Elle vient s'asseoir près de lui ; il pose son livre. Et ils discutent. Encore, et encore. Ce n’est pas la première fois ; c’est presque devenu une habitude. Avec ses doigts pleins de magie, il fait danser des images devant leurs yeux : les plaines enneigées de Russie, un théâtre italien, des souvenirs ; et elle s’émerveille, sourit devant tel bêtise, ouvre grand les yeux devant tel animal inconnu. Ils sont comme deux enfants, partageant des instants secrets qu’on cache aux adultes, qu’ils cachent à l'idole qu’ils ont en commun. Puis, lorsqu’ils ont assez parlé où lorsqu’ils jugent le moment importun, avec l’impatience d’un nouveau-né, ils se jettent l’un sur l’autre, s’entremêlent. C’est une danse magnifique, une acrobatie nuptiale dont ils connaissent par coeur la chorégraphie. Et, enfin, épuisés, ils s’endorment l’un contre l’autre, avec insouciance, oubliant qu’il pourrait les trouver là au petit matin, oubliant qu’on pourrait les découvrir si simplement. De l’amour ? Ils se refusent à l’avouer, et pourtant, il y a ce parfum de candeur qui embaume, il y a ces étoiles qui brillent dans leur pupilles, même si dès le matin levé, ils savent qu’ils se feront la guerre pour s’attirer les faveurs du grand manitou.
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MessageSujet: Re: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Lun 25 Mai - 14:35




I shot a hole
through everything i loved

Elle s'échappe, se dérobe à cette étreinte du mâle dominant, retourne la situation à son avantage ; croit-elle. Elle l'empoigne, l'abreuve de ses mots dénués de douceur, armés de violence, de défi. Elle le met en garde, lui rappelant ce dont elle est capable, lui demandant si lui-même l'a oublié. « Oh, si, mieux que personne. » répond-il, narquois. Charisma ne comprend pas tout de suite que son destin est scellé, que son secret lui, est à découvert, depuis bien longtemps dévoilé. « Tu veux peut-être une démonstration? » continue-t-elle, le regard électrique. Remarque qui ne rencontre aucun mur, aucune résistance, tombant avec force dans ce gouffre, se jetant dans cette gueule béante qui n'attendait qu'elle. Tendu en embuscade, Anger la regarde, un sourire malsain étirant ses lèvres, bras croisés. « Vas-y, fais moi voir chérie. » Ses mots la brûlent tel de l'acide, gangrenant cette confiance qui tombe en chute libre. Oh elle aimerait tant lui montrer, tant lui prouver cette violence qui l'habite et lui faire payer le prix de cette insolence. Mais elle s'en sait incapable, pas à son échelle à lui. Ouvrant la bouche, cherchant ses mots, elle ne trouve cependant rien à répondre à ce serpent, le sentant s'enrouler peu à peu autour de sa poitrine, l'écrasant avec délectation. Charisma n'est pas une proie. Charisma, elle est ce prédateur déroutant et impitoyable qui prendra plaisir à vous faire hurler de douleur, vous écraser sous ses talons. Mais désormais, elle doit se rendre à l'évidence: elle n'est plus à égal avec l'homme qui se tient devant elle. Comme une esclave, elle bout de rage sans pouvoir rien faire, les chaînes l'enserrant n'étant plus dans ses mains, en proie aux vices du jeune homme. Celui-ci d'ailleurs ne tarde pas à lui faire comprendre qu'il mène la danse, imposant à son esprit des images dévastatrices, issues du chaos de son passé.

Ses cils balaient l'air un instant, tentant de chasser ces photos défilant sous ses yeux. Sa bouche s'entrouvre légèrement sans oser émettre un son. Comme si elle vivait cette scène, elle entrevoit les corps se déchirer sur la route, démembrés, les femmes et les hommes crier à l'approche d'une silhouette, noire, sombre. Et peu à peu, alors que celle-ci s'approche, elle avise ce visage sans pourtant le reconnaître. Anger. Les traits tirés, le regard dur, sa démarche est calme, paisible, ses gestes mesurés. Il la regarde un instant, dénué de toute chaleur, et la glace de ses prunelles ombragées transperce le cœur de la brune. Il ne lui avait jamais montré de telles scènes, se contentant d'arborer des histoires moins érodées par le sang. Pourtant celui-ci gicle tandis que le visage de l'autre demeure impassible, ses pas se rapprochant. Elle veux quitter ce monde, cet univers qu'il lui imposait, échapper à cette vision qui la poursuivait et fit un pas en arrière bien malgré elle. Autrefois, elle aurait lutté pour lui imposer des images à son tour, quitter cette scène sans trop de peine, envoyant valser son compagnon dans le décor. Mais ses efforts sont vains. Laissant échapper un faible gémissement, retranscrivant toute son horreur et sa colère, elle n'arrive cependant pas à détacher les yeux de ces corps endoloris, de cette souffrance qu'elle peut y lire. Et elle comprend alors soudainement pourquoi elle a tant de mal à combattre ce monde-ci. Elle y appartient. Sans avoir connu Darkness Falls, la souffrance avait été son lot quotidien, la connaissant par cœur. Cette amie sulfureuse, détestable, elle s'en était accommodée, habituée à sa compagnie désastreuse. Comme hypnotisée, sous le charme, elle se délecte de ce mal qui la couve. Mais alors qu'elle commence à trouver un certain refuge dans cette vision apocalyptique, trouver une arme dans cette souffrance partagée, les visions s’arrêtent, lui coupant le souffle.

Reprenant conscience, elle regarde cet homme qui s'était inexorablement rapproché, n'étant plus qu'à quelques centimètres de ce corps semblant si frêle. Elle lève les yeux vers ce visage quelque peu colérique, capte ce regard tourné vers autre chose, caché dans son dos à elle. Elle tourne la tête et voit le gras vendeur s'échouer sur le sol derrière le comptoir, les yeux révulsés. Reportant aussitôt ses prunelles sur son amant, elle comprend, trop tard, la scène qui vient de se dérouler. Ses sourcils se froncent tandis que sa langue claque sur son palais. Les charbons de ses yeux tanguent dangereusement entre courroux et exaltation. Elle se fichait bien de l'homme, mais si quelqu'un l'avait vu entrer dans la boutique, elle pourrait être assimilée au meurtre ; et ça faisait tâche, pour elle qui tentait de reprendre place dans les rangs du gouvernement. D'un autre côté, se savoir seule avec Anger, la ravissait étrangement, l'excitait irrémédiablement. Elle voulait le tuer, l'embrasser, l'aimer et le frapper tout à la fois ; le violenter. Cette relation presque folle qui les liait, malsaine, l'empêchait de mettre de l'ordre dans ses pensées. Non, elle n'avait plus de pouvoirs. Oui, il l'avait deviné. Et oui, elle s'en contrefichait. Elle n'avait pas peur de lui ; jamais. Elle ne redoutait pas ses gestes, ses mains sur son corps, aussi violent ou doux soit-il. Tout ce qu'elle retenait de leurs farouches entrevues, était cette finalité, cette jouissance qu'ils atteignaient. A chaque fois. Balayant d'un revers de main cette faiblesse qui l’habitait, elle tapa plutôt dans la sienne, comblant ces derniers centimètres qui séparaient leurs corps, invitant sensuellement une de ses jambes entre les siennes, frôlant les cuisses de l'homme. D'un geste doux, elle attrapa ce menton, le tournant dans sa direction, plongeant ses prunelles de feu dans celles, en demande, de son adversaire. « Toujours à interférer dans mes affaires. Tu as un plan pour me dédommager? » Sa petite robe oscille, dangereuse tentation, poésie sournoise. Si Anger lui avait tendu une embuscade, elle l'entraînait dans un nouveau guet-apens. Nulle besoin de magie pour combler les mœurs d'un corps en proie au désir le plus ardent. Ses bas instincts reprenaient le dessus, et avec eux, cette passion ravageuse ; destructrice.
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MessageSujet: Re: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Lun 25 Mai - 17:06

You don't remember, I'll never forget

Charisma & Anger



Et un de plus, il pense, détournant son regard du cadavre qui glisse lentement le long du comptoir. Quelle ironie ; vendre des armes toute une vie, et mourir magiquement, dans son propre magasin. Apaisé, son regard la transperce elle. Convaincu d’avoir d’ores et déjà remporté cette bataille, d’avoir assoiffé l’intense besoin de revanche, il se détend. Il lit l’horreur dans les yeux de la femme, et il la regarde reculer, vaciller, ouvrir grand la bouche pour des images qu’elle est la seule à voir. Avant, il ne lui aurait jamais imposé une telle souffrance. Avant, il voulait partager chaque instant à ses côtés, et ne lui offrir que des moments de lumière, reléguant dans les bas-fonds de son âme toute la souffrance de sa misérable vie. Avant, il se serait efforcé de l’émerveiller et de la faire rire pour qu’elle lui reste un jour de plus. Mais elle a balayé l’avant, et l’a laissé seul à ses démons, seul face à la terreur des souvenirs ; nuit éternelle dans son coeur, chaos infini. A grand regret, il stoppe le manège de douleur et rétracte sa magie sur sa propre personne. Lui n’a pas besoin de se les imposer pour les voir, tant ces moments de débâcle sont gravés en lui. Elle ne peut riposter, privée des pouvoirs qui lui permettaient de guerroyer avec lui avant. Elle gémit, lui soupire. Il la dévisage, et localise l’endroit de la morsure à travers les vêtements. Il se souvient. Il sait qu’elle n’est plus la même, que la chair qui enveloppe éther n’a plus rien d’humain. Que son sang n’est plus rouge, son sens du goût, inexistant. Des mois qu’il travaille pour comprendre les gens comme elle, aussi, il sait tout d’elle, peut-être mieux qu’elle ne le comprend elle-même. Devant lui, ce n’est plus la Charisma redoutable, ce n’est plus qu’une enfant apeurée. Attendri, il avance, mué par un instinct protecteur. Il veut la détruire, mais il veut la protéger. Il veut l’oublier, mais il veut la posséder. Il tend sa main, veut toucher ses cheveux, la rassurer. Encore. Pourtant agnostique, il implore le ciel de lui rendre sa Charisma, sa bien-aimée, cette femme à qui il a tant donné. Et, en écho, à sa prière, c’est le rationnel de son esprit qui répond ; c’est impossible, il le sait. Néanmoins, il l’enlace, il abaisse toutes ses défenses une fois de plus, et elle vient se glisser contre lui.

Le temps s’arrête, le puzzle de ses besoins est satisfait. Fictive tendresse, illusoire bonheur dont il se délecte sans se préoccuper du danger. Elle pourrait planter ses dents dans sa peau, faire de lui son repas, sa victime, il n’en a que faire. Elle se saisit de son menton, et ils échangent un regard enflammé. « Toujours à interférer dans mes affaires. Tu as un plan pour me dédommager? » Le piège se referme sur lui, et c’est déjà trop tard. Il croit pouvoir s’en défaire à tout moment, il croit que s’il le désire vraiment, il pourra la repousser, mais tout indique le contraire. Son corps l’appelle, la désire, s’embrase à son contact, et il ne s’en détachera pas de son plein gré. Ses sens s’affolent face au volupté, la dopamine endort sa méfiance. Elle, elle voit ; elle comprend qu’il lui est encore dévoué, envers et contre tout. Mais peu lui importe. Alors que ses mains s’enroulent autour de ses hanches, il ne veut plus se mentir. Dans son coeur, une cloche sonne, ultime avertissement prévenant de l’invasion pernicieuse de la femme ; mais ce bruit s’étouffe, couvert par le battement enfiévré de la tentation. Elle a fait du loup un agneau. « Ne pars plus », souffle-t-il. Qu’il est ridicule, qu’il est insensé de croire qu’elle l’aime encore. Il se prénomme Anger, mais toute trace de colère est effacée, balayée d’une simple caresse de celle pour qui il bat. Il est son pantin, son jouet, mais il croit qu’il décide, que c’est lui qui impose son rythme. Elle revient dans sa vie, bien qu’elle ne l’ait jamais vraiment quittée ; elle lui colle à la peu, musique entêtant et enivrante sur laquelle il danse nuit et jour. Bien plus que l’amour, c’est une véritable passion qui le ravage et le consume tout entier, le fameux coup de foudre, dès la première fois, une farce du destin contre laquelle toute lutte est vaine. Il adulait le frère, et il lui préféra finalement la soeur, malgré cette rivalité qui avait d’emblée nourri leur relation. Rivalité puérile, puisqu’il y avait toujours de la place pour deux. Rivalité désuète, mais finalement lutte essentielle, à l’origine de tout, qu’elle avait gagnée par une simple phrase, qui ne souffrait d’aucune parade.

Au final, il répond à côté de la question qui lui est posée, mais à vrai dire, il ne l’a pas vraiment écoutée. Les mots n’ont plus d’importance, c’est des actes qu’il veut, et pas n’importe lesquels. C’est plutôt à elle de réparer tout ses torts. Il ne lui pardonnera jamais, mais il peut dépasser sa rancune. Tout cela, ça ne tient qu’à elle. Il lui tend la perche de la rédemption, la saisira-t-elle ? Ce faisant, il prend un risque considérable. Il tend la joue au risque de se faire gifler. Mais que risque-t-il vraiment, en fin de compte ? Sa vie lui importe peu, tant il a vécu sur cette terre faite tourment. Il fait le pari de la dernière chance, et il la déplace avec lui jusqu’au comptoir, sur lequel il la dépose. Il cherche ses lèvres en vrai prétendant, toutes armes rangées, aveugle à la manipulation de ce poison de femme, pour laquelle il n’a pas trouvé d’antidote, et n’en trouvera probablement jamais.
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MessageSujet: Re: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Lun 25 Mai - 19:51




Save me
if I become my demons

S'approchant toujours plus près, elle se coule contre lui, ose risquer une jambe entre ses cuisses. Son souffle se fait plus court, plus chaud tandis que ses doigts dévient les yeux du brun, ses prunelles s'accrochant aux siennes. « Toujours à interférer dans mes affaires. Tu as un plan pour me dédommager? » souffle-t-elle, consciente de l'effet qu'elle a sur sa personne. Il ne l'aime peut-être plus, ne lui pardonnera sans doute jamais, pourtant elle cultive l'espoir que son charme est resté malgré cette bête grandissant en elle. Ce monstre, elle l'abrite depuis trois jours déjà et le sent prendre un peu plus de la place à chaque seconde qui passe, ogre immonde attiré par ce bonheur flottant dans les prunelles des autres. Ce monstre, il la dégoûte. Elle se dégoûte. Alors elle cherche dans ce regard un reste d'envoûtement, une étincelle d'envie pour ce corps dont elle-même n'a plus aucune estime. Elle tente de séduire, de le forcer à rompre cette distance qui les lie. Mais s'il sait pour ses pouvoirs, il sait aussi pour sa nouvelle condition. Alors que le charme opère, la brune se questionne soudainement. Est-il au courant pour elle? L'est-il, réellement? Si oui comment? Laisse-t-elle des traces visibles? Car si tel est le cas, elle ne tiendra pas deux jours au ministère. Ses mains s'apposent, se lovent au creux de ses hanches, son regard se plonge dans le sien et Charisma y lit une promesse qu'elle sait ne tiendra pas, jamais. Avant même que les mots ne franchissent ses lèvres, la brune sait ce qu'il va lui dire, lui demander. Dans ce regard, où passion et colère brûlent de mille feux, s'inscrit une autre émotion, rempart incroyable aux deux autres, les masquant. De la pitié. « Ne pars plus » murmure-t-il. Et c'est tout son monde qui s'écroule.

Ne sachant quoi répondre à cette douce attente, muette, tapie dans l'ombre de l'espérance, elle ne dit mot. Entre mépris et haine, amour et désir, brûle cet enfer des regrets dans lequel Anger la plonge sans hésiter. Charisma s'est trompée. Le jeune homme ne l'a pas oubliée. Pis que ça, il est resté accroché, fidèle à cette Charisma toute droite issue du passé. Leur passé. Son cœur devrait bondir de joie à l'entente de cette suave nouvelle, miel incontestable à ces mœurs endoloris. Pourtant la révélation implicite l'entaille un peu plus, ajoutant une chaîne supplémentaire à cet oiseau déjà en cage. Comment pourrait-elle lui promettre une telle chose? Et si elle devenait monstre, terminant la transformation? Ou pire, qu'elle ne puisse plus contrôler ses pulsions, s'abreuvant de sa personne jusqu'à ne plus rien laisser. Anger avait si peu de moments heureux qu'il était difficile de voir où ceux-ci se cachaient. Pourtant elle, les avait décelés. Comme une fenêtre sur son passé, il lui avait laissé entrevoir ses faiblesses, son humanité. En s'éloignant, elle lui promettait de ne jamais les lui arracher, ces moments de bonheur qu'il chérissait. En restant en revanche, elle risquait de semer chaos et désespoir dans ce cœur déjà bien entamé, elle le sait. Il le sait. Ignorant sa requête, elle détourne le regard, le posant sur ses lèvres, sa nuque, son torse. Elle se contente d'un petit sourire, mince illusion, fragile, si triste. Il passe alors ses mains sous ses cuisses, la soulevant, l'emportant avec lui, dans ces bras qu'elle connaît tant. Les mains de la brune, naturellement, viennent se placer autour de son cou, comme une enfant. Ce désir ardent, cette envie de lui, de son corps, elle la garde en elle, la ressent. Pourtant la mélancolie, cette douce amie, vient se mêler à ses sentiments. Le feu se rembrunit, suffoque sous ces bûches encore humides, ces sentiments un peu trop coulants ; un peu trop aimants. Elle n'a rien à répondre à cet amour. Le sien? Elle le refoule. Un monstre ne peut pas aimer. Et alors qu'il la dépose sur le comptoir, ses doigts passent dans les cheveux du brun, les caressent. Son regard est triste et beau comme un ciel gorgé d'étoiles, valse parfumée dans un néant froid et noir.

Un instant, ses yeux se perdent dans les jade de l'homme, cet amant qui comblait ses nuits et hantait ses jours. Ses lèvres cherchent les siennes, les quêtent sans qu'elle daigne les lui laisser. Légèrement en retrait, hors de portée, elle sait ce qui les attends. Elle hésite. Si la folie de l'envie l'assaille, elle ne peut s'empêcher de penser à ce visage en décomposition, cette morsure reçue de ces dents. Elle ne sait pas de quoi elle est capable, elle l'a compris avec son frère. Ce sentiment, cette...faim. Elle grandit d'heure en heure, l'affaiblit, l'horripile. Les dires de Vittoria raisonnent dans sa tête, ses mots se mélangent. Elle voit bien la frustration dans les yeux du sorcier, devine cette colère de l'attente qu'elle insuffle au sein de sa poitrine, lui prodigue. Comme un chien en laisse, elle le tient, le guide ; l'écarte. Ses doigts glissent sur ce visage impatient, arrivent à cette bouche dans l'attente, caressant ses lèvres du pouce. Comme un aimant, il l'attire inexorablement vers lui, sans pourtant faire un geste. Et la brune, en dernière tentative de résistance, lui murmure: « Je ne veux pas te blesser... » Rempart inutile, puisqu'elle sait avoir déjà succombé. Là tout au fond, une étincelle se rallume. La lueur de l'inquiétude, de l'attention, le fantôme de cet amour qu'elle prétend avoir dépassé, enfermé à jamais. Elle n'est pas amoureuse d'Anger: elle l'aime à en crever. C'est pourquoi malgré ses attentes, malgré ses propres désirs, tendant un peu plus son corps de cette envie d'être sienne, elle se bute, s'échine à protéger les sentiments du brun. Elle ne fera pas que l'aimer ; elle le dévorera tout entier. Mais plus que ça, plus profond encore que cette réticence à le consumer, elle a peur. Charisma, elle est morte de trouille à l'idée de découvrir ce qui habite réellement ce corps ; ce qui se passe vraiment quand son esprit s'endort.
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MessageSujet: Re: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Mar 26 Mai - 0:51

You don't remember, I'll never forget

Charisma & Anger



Son coeur, c’est un véritable coffre-fort, à l’intérieur duquel il cache sa fragilité . Depuis la naissance, il est verrouillé à double tour, et personne n’y entre jamais, si ce n’est lui dans les moments où rien ne va. Mais Charisma, il lui suffit d’un regard et d’un geste pour se frayer un chemin jusqu’à l’antichambre de ses sentiments, pour pénétrer dans son jardin secret et faire tomber ce masque de violence qu’il porte en permanence. Avec elle, il est l’homme plein d’espoir, celui qui rêve d’un avenir meilleur, parce que sa seule présence lui suffit. Il est l’utopiste, il est le poète, il est le soupirant; en somme, un homme totalement différent. Il ne se l’explique pas, c’est ainsi, voilà tout. Ne pars pas, il lui dit. Malgré tout le mal qu’elle lui fait, le lien qui la relie à elle reste, aussi tenu qu'indestructible. Il préfère qu’elle le violente plutôt qu’elle parte à nouveau. Mais malgré tous ses efforts, elle le repousse, s’écarte des baisers qu’il recherche. L’incompréhension se lit sur son visage. Il s’arrête, frustré, et cherche une explication dans les iris de la brune. Mais elle se cache derrière ses cheveux, évasive. « Je ne veux pas te blesser... » Ses yeux s’écarquillent à cette mauvaise blague. Il y a bien longtemps qu’elle heurte son bonheur, et c’est maintenant seulement qu’elle s’en inquiète. Intérieurement, il rit jaune. « C’est trop tard. » Le constat est dur, et plus que ça, c’est un véritable reproche. Il cligne des yeux, et poursuit. « J’ai pas peur de toi. Ton code génétique, je le connais par coeur. J’ai appris sur le bout des doigts chacun de tes symptômes, chacun des tes pouvoirs. Je ne crains rien, car je sais d’avance à quel danger je m’expose. Alors, vas-y, frappe, et ma magie contrera. » Comment à la fois lui dire qu’il sait ce qu’elle est, sans lui dire comment il le sait ? Il omet volontairement la source de son savoir, il éclipse ce jour de son récit, et prétend le deviner en scientifique expert qu’il est. Il pose une main délicatement sur sa joue, protecteur. Devenir sa forteresse, le rempart entre elle et la sauvagerie qui l’habite. Voilà ce qu’il veut devenir. Un gardien, un geôlier du mal en elle, un amant de ses nuits. Il ose un sourire timide, totalement conquis par la fragilité apparente de Charisma. En vérité, il ne sait pas du tout à quoi s’attendre. Elle pourrait le dévorer en un instant, sans qu’il puisse lutter, mais il la berne de mots qui se veulent rassurants.

Lui aussi, il a peur. Peur de ne pas pouvoir lui pardonner, et qu’à tout instant resurgisse cette haine viscérale qu’il lui porte. Peur qu’ils n’auront jamais le courage de passer outre leur rivalité, et qu’ils s’enferment dans un cercle vicieux. Mais il la tasse, et il se force à sourire. C’est ce qu’il a toujours fait, et il voit aucune raison de changer maintenant. Il peut encaisser pour deux. Il ouvre sa chemise, et montre son torse à la fille d’Eve. Son regard dit “vas-y, attaque-moi”. Il n’y a plus aucune moquerie dans sa façon d’être, plus le rire satanique d’il y a cinq minutes à peine. C’est est presque ridicule, cet acharnement à montrer qu’il est prêt à tout. Tous ces efforts pour passer outre la douleur sourde qui parcoure ses veines, le poison des mots de Charisma qui ne le quittera jamais. Comment lui faire confiance, alors qu’elle à déjà trahi une fois ? Le doute l’assaille subitement, et sa main retombe mollement. Il fuit soudain son regard, et tente en vain de stopper les assauts répétés de son hésitation. C’est comme de vouloir boucher une fuite de ses mains ; futile. Il se met à paniquer. Sa gorge se noue. Il recule, comme assiégé de fantômes. Ses poings se referment, ses doigts se crispent, son visage se ferme. Il expire, douloureusement, et il plonge à nouveau ses yeux dans les siens. Il l’implore du regard, il la supplie de dire les mots qu’il faut. Il lui suffit d’un signe pour y croire, d’une embrassade pour chasser ses mauvais démons. Qu’elle lui montre une once d’affection, par quelque moyen. Plus de manipulation, juste un geste pur.

Une larme coule sur sa joue, enfin. Il aura fallu un peu plus de dix minutes à Charisma pour ouvrir les vannes de ses prunelles. « Pourquoi t’as fait ça... », il murmure. Il tombe sur les fesses, assommé par le poids de sa déloyauté. Il ne se contrôle plus. La magie pétille et fuse ça et là, tout autour, sans cible particulière, brisant les vitres de la boutique, épargnant heureusement celles de la devanture. Il s’arrache les cheveux, malheureux, comme un enfant qui ne croit plus au père Noël, incapable de surmonter son chagrin, un chagrin décuplé par l’amour qu’il lui porte. Dans son délire, il voit Sofia. Sofia, où est Sofia ? il demande. Puis, il se souvient, et toutes les images d’elles verrouillées dans son coffre-fort refont surface, libérées par le charme magnétique de Charisma. Et alors, il pleure pour de bon, inconsolable. Charisma, Sofia, il les confond, les superpose, ne sait plus s’il vit dans le passé ou le présent. C’est injuste, si injuste, que la vie reprenne toujours le peu qu’elle lui donne, et d’une façon si brutale. Ces larmes, c’est un appel au secours. Nonobstant, il ne veut pas de sa pitié. Il ne veut pas être celui sur qui on doit veiller, bien au contraire. Il sèche la mer salée sur ses joues de sa manche et stop net la pluie. Mais c’est trop tard, dans ses yeux, il doit déjà être un faiblard.
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MessageSujet: Re: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Mar 26 Mai - 12:29




Save me
if I become my demons

Son cœur se serre en voyant ces yeux gagner en désarroi, agacés, blessés par ce refus qu'est le sien. Charisma ne sait pas, ne sait plus ; elle hésite. « Je ne veux pas te blesser... » souffle-t-elle. Maigre justification pour apaiser cet homme au bord du précipice. Elle l'y a mené, l'y a conduit, à ce gouffre ténébreux. Le chaos rythme cette relation malsaine qui unit les deux êtres, les transcende et les attire inexorablement vers le fond. Reculant sensiblement à son tour, il cligne des yeux, comme aveuglé un instant par la rudesse de ses déclarations. « C’est trop tard. » dit-il, comme une évidence. Charisma tente de ravaler cette peine qui la noie, la submerge toute entière. Elle pensait lui éviter de souffrir en s'éloignant, tout comme elle priait pour que son frère soit en sécurité pendant son absence. Mais la vérité, c'est que Charisma, ce n'est rien de plus qu'une menteuse. Elle ment aux autres pour protéger cet égo disproportionné, se ment à elle-même afin de mieux cacher sa culpabilité. La brune sait. Elle sait qu'elle a blessé l'homme qui se tient en face, sait qu'elle le blesse en ce moment même ; et elle sait que quoi qu'il dise, elle continuera à le faire. Parce qu'au fond, elle ne saurait plus vivre sans cette flamme destructrice, la rongeant de l'intérieur, la comblant aussi. Elle meurt d'envie de l'embrasser, de sceller leurs lèvres de nouveau. Mais Anger n'a pas fini de parler. Et ses mots résonnent en elle comme l'apparition soudaine de tous ses cauchemars, révélés au grand jour, arrachés à leur sommeil. « J’ai pas peur de toi. Ton code génétique, je le connais par cœur. J’ai appris sur le bout des doigts chacun de tes symptômes, chacun des tes pouvoirs. Je ne crains rien, car je sais d’avance à quel danger je m’expose. Alors, vas-y, frappe, et ma magie contrera. » C'est à son tour de paraître déstabilisée. Il n'a pas peur, soit. Mais elle oui. Elle est morte de trouille à l'idée même de voir ce dont elle est capable, de sentir cette bête se réveiller, doucement ; follement. Pourtant des doutes subsistent, reléguant cette peur viscérale au second plan. Elle le regarde sans comprendre, cherche des réponses dans ces prunelles pleines de mystères. Elle le regarde et lui demande en silence, 'Comment sais-tu tout ça?'. Anger est généticien, soit. Mais tout de même. Comment pouvait-il être si sûr de lui à son propos? Car c'était ce dont il était question. Non pas ce qu'elle est devenue véritablement, mais bien la raison pour laquelle le brun sait, comprend qu'elle n'est plus sorcière. Son instinct? Il en faudrait bien plus à Charisma pour le croire.

Déboutonnant sa chemise, il s'offre à elle, statue de plâtre au corps d'Apollon. Sans être le plus musclé des hommes, son torse laisse apparaître le fin ouvrage de ce corps entraîné par les évènements, endurci par la vie. Les doigts longilignes de la brune s'échappent, s'approchent dangereusement de ce corps qui l'appelle, l'attire. A quelques millimètres seulement de la peau, elle s'arrête cependant, se contentant de frôler avec envie ce corps qu'elle veut faire sien. La main de l'homme se pose sur sa joue, délicate caresse qui lui rappelle tant de souvenirs. Mais ceux-ci, comme un poison infini, continuent de se déverser dans les veines des protagonistes, d'affluer en images dans cette mémoire déjà bien remplie. La main d'Anger retombe, s'échouant mollement contre son corps. Les doigts de Charisma se referment sur sa paume, son bras se retirant vers elle. D'une commune pensée, les jeunes gens sont encerclés par les démons de ce jour-là, de cet instant où Charisma, futile égoïste, a préféré mentir pour ne pas descendre dans l'estime de son frère. La perfide, elle n'avait pensé à rien d'autre, à cet instant, les mots sortant seuls d'entre ses lèvres. Au fond, elle savait que leur relation idyllique ne durerait pas, qu'elle n'était pas faite pour le faire. Le bonheur ne l'avait jamais enlacé, il n'était pas fait pour entrer dans sa vie, elle l'avait compris. Alors, que ce soit ce jour-ci ou un autre, peu importe la façon, mais elle savait que cet amour était voué à s'éteindre, un jour ou l'autre. Sans même réfléchir, elle avait préféré le détruire de ses mains plutôt que se le faire arracher, plus tard, par les aléas de la vie. « Pourquoi t’as fait ça... » demande-t-il, le regard suppliant. Il recule, le pauvre homme, il peine à la voir. Elle l'a fait pour le protéger, elle l'a fait pour lui. Menteuse. Elle l'a fait pour son frère, pour ne pas lui causer d'ennuis. Menteuse! Non. Ce geste, elle l'a fait pour elle, pour se contraindre à cette vie tombée en désuétude, ce cœur rongé par le doute. Ces mots, elle les a prononcés pour elle. Et pour elle seulement. « C'est mon frère... » murmure-t-elle, comme pour expliquer cet évènement qui la dépasse, les dépasse tous deux. Elle avait voulu y croire et s'était brûlé les ailes, par deux fois.

Tombant à terre, l'homme a fini d'attendre, attendre ce geste qui ne viendra pas, cet amour qui ne viendra plus. Charisma en a fini d'essayer, de chercher à se mentir. Ils avaient frôlé ce trou noir, avaient failli s'y replonger. Mais d'un coup de hanches, elle l'avait envoyé valsé, ne lui donnant plus aucune emprise sur eux. Anger chuta. Assis par terre, une larme roula sur sa joue que Charisma se retint d'aller essuyer. Assise sur le comptoir, elle le regarde, le fixe de ses iris nacrés. Elle attend que la colère passe, que l'orage se calme pour reprendre son chemin. Elle n'a plus que ça à faire ; attendre. Et le regarder souffrir était le prix à payer pour ce mensonge éhonté. Mais très vite, elle comprend qu'elle ne pourra demeurer spectatrice bien longtemps. Car Anger, il ne fait pas que s'apitoyer, qu'exprimer sa colère par le biais de moult éclats de magie, volant dans les airs, faisant s'écrouler des étagères, se briser des glaces. Anger, il se remémore. Et avec la violence de cette magie incontrôlable, il lui envoie malgré lui certaines de ses visions, qu'elle se contente de regarder, muette. Elle le voit alors, la voit alors. Une femme aux traits d'ange, accompagné d'Anger. Et elle se sent bête, extrêmement, d'avoir pu croire, d'avoir pensé un instant qu'il lui serait dévoué ; qu'elle le ferait sien. Dans son cœur, subsistait encore la trace d'une autre, cette femme qui n'était pas elle. Et par ces brèves visions, Charisma se sentit trahie à son tour. Pourtant, il n'avait pas non plus été le seul homme à compter dans son cœur. Le visage d'Aiden lui revient en mémoire, doux et souriant. A cet homme, elle avait tendu cœur, corps et âme. Et l'autre, en retour, lui avait donné sa vie, se sacrifiant pour épargner la sienne. Désormais elle était monstre en proie aux braises d'un démon dévoré lui aussi par la passion. Et le pire dans tout ça, c'est qu'elle ne regrette rien. Pas même la mort de cet être qu'elle avait tant chéri, qu'elle continuerait malgré tout d'aimer jusqu'à la fin de sa vie. Elle ne regrettait pas, car sans ça, elle n'aurait jamais connu Anger. Et malgré ces fléaux incessants qui les couvrent, s'abattent sur eux sans relâche, les éloignant l'un de l'autre, elle persiste à croire qu'un jour, leurs deux cœurs ne feront qu'un. Ils battent déjà au même rythme. Se levant, reposant pied à terre, elle s'approche, les yeux emplis de colère, les lèvres muettes de rage. Il lui reproche de l'avoir fait souffrir, lui supplie de rester quand lui-même pense à une autre ; veut une autre qu'elle. Elle s'abaisse, s'accroupit pour se mettre à son niveau, évitant par chance les jets de magie qui s'échappent de son corps. Elle attend qu'il tourne la tête vers elle et, le gifle. Soudainement, le temps semble s'arrêter, du moins en a-t-elle l'impression. Les images cessent tout du moins, les accès de douleur. Leurs yeux se trouvent, se regardent sans comprendre. Charisma a la gorge nouée par l'émotion, par cette rage infecte qui la dévore, cette jalousie mal placée. Ne pouvant mettre de mots sur ce qu'elle ressent, elle se contente de lever à nouveau la main, prête à frapper, à gifler ce visage. Mais il l'arrête, la stoppe dans son élan. Voit-il cette colère inonder ses prunelles? Voit-il cette souffrance empoisonner son âme? Elle ne sait, mais sans hésiter, en proie aux milles vices qui la torturent, son visage s'avance à défaut de sa main. Et ses lèvres s'emparent finalement des siennes dans un baiser aussi passionné qu'enragé.
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MessageSujet: Re: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Mar 26 Mai - 23:42

You don't remember, I'll never forget

Charisma & Anger



«Pourquoi t’as fait ça..? » Un râle, une plainte, un écho. Il est pitoyable, à pleurnicher par terre, à moitié déshabillé par sa crânerie. Pleurer sur le passé, ça ne lui ressemble pas ; ou est l’impitoyable, l’insensible Anger, qui ravage des familles entières? Maudite Charisma, elle le transcende au point d’en faire quelqu’un de sensible, au point de le transformer en un enfant capricieux. Et pourquoi, pourquoi penser à Sofia, cette première amante dont l’amour n’a pu éclore, tué dans l’oeuf par ses geôliers, cet amour qui, sans naître, ne s’est jamais vraiment effacé. Et les confondre, c’est insensé ; tandis que l’une n’était que lumière, l’autre ne lui apporte qu’obscurité. Le seul point qu’elle partagent, c’est cette obsession maladive qui le ronge lorsqu’il pense à elles.  Charisma, elle le regarde, interdite. Puis, elle se justifie vulgairement… « C'est mon frère... » Personne n’y croit, pas même elle. Il sèche ses larmes et relève un regard plein de reproches. Qui tente-t’elle de convaincre par ces mots qu’elle prononce sans conviction ? Son frère, il ne lui a jamais rien demandé. Ce n’est pas lui qui a imposé cette rivalité, qui a limité la place à une personne ; mais c’est bien eux. Ils sont les seuls imbéciles à se battre pour une limite qui n’existe pas, à s’entre-détruire pour un odieux personnage, qui n’a de seul mérite que des les avoir recueillis et protégés. Anger, il ne l’estime plus, cette homme vide de tout sens critique. C’est les gens qu’il déteste le plus, ceux qui ne savent porter de jugement intelligent, qui se contentent de croire aux mensonges éhontés qu’on leur sert chaque jour, parce qu’il est plus facile de vivre ainsi que de connaître la vérité. Il veut se relever après cet affront, s’insurger de cette remarque, mais il n’en aura jamais l’occasion. La peau de sa joue se tend sous le choc et claque, bruit clair et net dans le silence environnant, tandis que sa tête pivote à quatre-vingts dix degrés sous l’impact de cette main rigide. Ça brûle, il constate. Elle l’a giflé, sans retenir sa force monstrueuse, et il souffre, physiquement cette fois ci. Il relève la tête et il la voit, fulminante. Il ne sait pas, il ne sait plus. Pourquoi ? Il n’a aucune idée de ce qui a bien pu la mettre en rogne cette fois. Elle est en dehors de ce qu’il est capable de comprendre, et tous les mots qui lui viennent se voient balayés une nouvelle fois. Leurs lèvres se scellent brutalement, et c’est comme une vague de pur plaisir qui s’immisce en lui, et qui coule à flots. Il lui répond à pleine bouche, gourmand, affamé d’elle depuis si longtemps. Est-ce qu’elle le ressent, cette béatitude qui le sublime, cette chaleur qui l’envahit ?

Lorsqu’enfin ils reprennent leur souffle, il est aussi perdu que bienheureux. Il recommencerait volontiers, addict qu’il est, mais trop de questions se bousculent dans sa tête. J’ai besoin de toi, veut-il lui crier, mais c’est bien plus compliqué que cela. « J’ai mal. » énonce t-il. Idiot va. C’est peut-être sa seule chance de la reconquérir, et il est incapable de la saisir. Il y a tant à dire, mais il est trop empoté pour énoncer clairement son besoin. C’est déjà un miracle qu’il ait tant parlé aujourd’hui, lui pour qui les mots semblent si désuets, parce qu’il est bien plus facile de mentir avec ses lèvres qu’avec son corps. Soudain pudique, il reboutonne sa chemise, lentement, fuyant son regard. Ce qu’il ne sait pas, c’est la signification de ce baiser. Est-ce qu’il est annonciateur d’un renouveau, ou, au contraire, est-il le cachet qui vient sceller leur rupture d’une façon plus formelle ? Réfléchir autant, ça ne lui ressemble pas non plus. Il a beau être un scientifique et user de sa matière grise, il est avant tout un homme d’action. Timidement, il lui vole un nouveau baiser, bien plus court que le premier. Et maintenant ? Il se sent épuisé par toute cette agitation, toutes ces émotions par lesquelles il est passé. Il se frotte les yeux, et se sent observé. « Quoi ? » Il ne sait vraiment plus à quoi s’attendre, tant elle le désarçonne. Que veut-elle, qu’attend-elle de lui ? Il tend les bras, impuissant.
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MessageSujet: Re: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Mer 27 Mai - 11:55




Save me
if I become my demons

Furieuse, sa main se lève, claque sans honte la joue de l'homme. Non contente de cet affront qu'elle lui fait, elle est prête à recommencer, l'odieuse. Mais il l'arrête. Dans un élan de chaos, rongée par ses passions les plus profondes, incapable de transformer ces sentiments en mots ; elle l'embrasse. Apposant avec fougue ses lèvres sur les siennes, elle s'en empare, les dévore d'un baiser de feu auquel l'autre répond tout aussi rageusement. Elle se sent alors libérée, enivrée par cette peau retrouvée, qui l'accepte. Et en même temps, cette accès au plaisir réveille malgré elle la bête qui sommeille, attendant d'être nourrie depuis trois longs jours déjà. Elle va mourir si elle n'est pas repue. Elle va s'éteindre, et Charisma avec elle. Elle la sent alors bouillir sous les afflux chaleureux qui saisissent le jeune homme, délivrance qu'elle sent, qu'elle ressent puisqu'elle éprouve la même. Mais elle ne peut contenir cet animal, garder close cette cage tout en laissant libre son cœur. Ils sont enfermés ensemble, on le retient en otage. Elle se retient, peu à peu, avec un peu plus de force. Elle sent qu'elle va craquer, qu'elle va lui faire du mal ; l'aspirer. Mais Anger met alors fin à leur baiser, reprenant son souffle. La brune fait de même, éloignant légèrement son visage, refermant rapidement ces barreaux à clé. Elle ne prend plus la peine de cacher sa fatigue. Épuisée par cette lutte interne, elle le regarde, éreintée. « J’ai mal. » souffle-t-il. Un instant, elle pense l'avoir privé d'un peu de bonheur, l'avoir dévoré sans s'en apercevoir. Mais non. La bête gronde toujours, sa fatigue coule à flots dans ses veines, dans ses muscles. Elle ne lui a rien pris. Rien d'autre que ce cœur qui elle le comprend, était déjà sien. Du moins à moitié. Ignorant cette Sofia qui elle le sait, n'amènera rien de bon dans leur conversation, elle fait écho à cette douleur par un murmure se voulant réconfortant.

« Je sais » prononce-t-elle. Elle le voit se rhabiller, cacher ce corps qu'elle aurait tant aimé savourer, goûter à nouveau. Mais elle comprend que ce ne sera pas possible. Pas tout de suite. Pas avant qu'elle ne puisse se contrôler. Elle se contente seulement de lui caresser la main lorsque celle-ci se repose au sol, l'effleurant doucement du bout des doigts. Cette caresse lui vaut un dernier baiser, plus timide cette fois, léger. Et surtout bref. Charisma le regarde, pensive. Elle aimerait se blottir dans ses bras, comme avant. Se blottir contre ce corps qui comblait tous ses désirs, toutes ses attentes. Le seul qu'elle pourrait jamais vouloir. Captant son regard, il hésite. « Quoi ? » demande-t-il simplement. Je t'aime, lui répond-t-elle en silence. Mais son cœur toujours entre les griffes de l'animal ne se laisse pas relâcher aussi facilement. « Je dois y aller » Des mots qui résonnent dans l'air, doux carillon, triste violon. Des mots qui ne disent rien à l'autre sur son parcours, sur ses pensées. Charisma, elle a besoin de gagner en puissance, de gagner en contrôle. Elle le doit. Elle le lui doit. Elle doit revoir Vittoria, la retrouver pour savoir où elle peut désormais trouver Ange. Elle veut apprendre à contrôler sa faim, elle aussi. Et qui de mieux que ses vaillants mousquetaires pour l'aider dans cette tâche? Personne. Elle n'a qu'elles. Ce qu'elle ne dit pas, c'est qu'Anger n'est pas la seule flamme à brûler en son sein. Le feu de la passion la dévore bien, mais un autre feu, plus ardent encore tend à se rallumer. Ces flammes là, sonnent le clairon de la révolte, le glas de la rébellion. Roxanne, où est-elle? Et les rebelles alors? Elle doit aller les trouver, reprendre cette place qui lui revient de droit, autant dans l'ombre que sur le tapis rouge, en compagnie de tous ces messieurs les ministres. Mais ce qu'elle ignore, c'est que ces derniers tendent à s'éteindre tandis que la leadeuse des rebelles elle, l'a déjà fait, morte avant l'heure. L'ambition la ronge sans qu'elle ne s'en aperçoive. Elle veut être active, elle veut briller ; régner. Elle veut être celle qui mènera les troupes à l'assaut, qui lèvera le drapeau de la victoire quand ce gouvernement despotique chutera enfin, les têtes de tous ces abrutis tranchées dans le vent.

Une étincelle s'allume dans ses prunelles pourtant fatiguées. Un embrun de révolte s'infiltre dans ses poumons. Anger, il est cette lumière visible, et pourtant inaccessible à l'instant présent. Comme une récompense, il siège fermement à la sortie de ce tunnel dans lequel elle s'est engouffré depuis déjà quelques temps. Il dit connaître ses pouvoirs, mais elle ne les connaît pas encore. Elle doit apprendre à se contrôler, les maîtriser et assouvir cette faim sans éveiller de soupçons. Elle a besoin de Vittoria. Elle a besoin d'Ange. Elle a besoin d'Anger, aussi, mais c'est différent. Se relevant doucement, elle médite. Elle ne peut plus prendre d'arme pour reprendre son trône de trésorière, maintenant que l'homme est mort. Elle ne veut pas être mêlée à cette affaire. Non, elle doit trouver un autre moyen. Posant les yeux sur cet amant aux lèvres brûlantes, au corps aimant et aimanté, elle parle à nouveau, tente d'expliquer. « J'ai faim... » gémit-elle, presque suppliante. Charisma ne veut pas le laisser, mais elle ne veut pas mourir non plus. « Je reviendrais, une fois que ma situation sera plus...stable. Tu n'as plus à t'inquiéter. Je suis ici pour rester. » Sur ces mots, elle se baisse alors légèrement, ses lèvres atteignant son cou et l'embrasse tendrement. Une dernière fois. « Attends-moi... » lui soupire-t-elle à l'oreille, chuchotement infime, intime qu'elle espère être respecté. Elle n'en sait rien au fond, Anger a toujours été homme libre. Mais elle tend une fois de plus ce lien qui les unit, qu'elle espère de tout cœur être indestructible. Prête à tourner talon, une petite cloche retentit alors suivie de paroles bien moins agréables. « Plus un geste!! » leur crie une voix. Levant les mains en l'air, elle pivote, voulant voir à qui ils avaient affaire. Avisant le peacekeeper, seul, elle esquisse un sourire. La bête aussi. Après tant de temps à devoir se retenir, voilà que son repas arrivait. Enfin. Et, telle une succube, elle avisait déjà le moment de jouissance où elle pourrait se nourrir de ce corps, de ces lèvres ; de cette vie. Toute raison l'avait quitté désormais, se focalisant sur cet être chétif qui venait signer son arrêt de mort. « Vous arrivez à pic! Vous venez de trouvez l'homme qui m'a retenu en otage trois mois durant. Mais faites attention....c'est un sorcier! » lâche-t-elle, le pointant du doigt, s'éloignant quelque peu. Elle ne savait si le brun comprenait son manège, mais elle l'espérait. Si tel était le cas, il pourrait enfin se liguer avec elle contre cet homme, la laissant gagner sa confiance pour mieux le trahir. Du moins, c'était le plan de base. Charisma n'avait pas de pouvoir, aussi devait-elle ruser. Mais encore, même s'il comprenait, la laissera-t-il nourrir cette bête? Elle ne sait pas s'il est prêt à constater de ses yeux la transformation qui a opéré chez sa dulcinée. Pourtant Charisma n'en peut plus, ne peut se retenir plus longtemps. Elle a besoin de cet homme. A besoin de son souffle.
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MessageSujet: Re: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Jeu 28 Mai - 18:20


Screaming, deceiving and bleeding for you
And you still won't hear me






« Je sais » elle lui répond. Ce qu’elle voit, ce n’est pas seulement sa douleur physique, mais tout cet accablement qui le maintient tête sous l’eau, qui le plonge dans ce tumulte composé de chagrin. Au delà de la gifle, c’est comme si elle lisait en lui, au travers de cette mer de ressentiment dans laquelle il coule à pic. Et cette voix qu’il lui parvient, si claire, si douce malgré la pression, elle lui permet de crever la surface houleuse, et d’inspirer les si rares goulées d’air. D’un mouvement bas de la tête, il la remercie, certain qu’elle est à même de comprendre, puisque c’est elle-même qui l’y a plongé. Il frissonne au contact de leur mains, à ce mouvement qu’il devrait lui interdire s’il en avait le courage. Car en fin de compte, ce n’est que de la faiblesse de l’accepter sans demander compensation. C’est jeter l’éponge sur un crime ; c’est accepter qu’elle ne pourra jamais le dédommager pour l’acte cruel qu’elle a commis. Plus encore que de la faiblesse, c’est de la compréhension. Miroir de son passé, des meurtres qu’il ne pourra jamais innocenter auprès des proches des victimes. Il sait, et elle aussi, que seul le temps viendra combler et faire disparaître ce trou béant dans son coeur. Comme en écho à ses pensées, elle le fixe, pensive. « Je dois y aller ». Son coeur se serre, immanquablement déçu. Il voit dans ses yeux qu’elle ne se moque pas de lui. Aussi sûrement qu’après l’été vient l’automne, la symphonie prend fin ; cette musique entêtante aux mouvements complexes qui retentit dans sa poitrine, elle s’estompe, laissant place à un silence accompagné de désarroi.  « Encore ?  » ; il brise la glace, suppliant du regard pour un rappel, pour chanter à l’unisson le temps d’une valse, pour batifoler avant que la cloche de la colère ne vienne sonner la fin du morceau, avant le dernier refrain. Mais elle ne veut, ne peut pas, et lui laisse le goût amer de l’inachevé.

« J'ai faim... », réclame-t-elle. Avec appréhension, il découvre la bête qui sommeille en elle. Se repaître, toujours, de l’énergie d’autrui. Il opine du chef, mais malgré toute sa bonne volonté, il ne peut s’empêcher de redouter de ce qu’il va advenir. Cette chose, i la sait jeune et fragile, mais incontrôlée. « Je reviendrais, une fois que ma situation sera plus...stable. Tu n'as plus à t'inquiéter. Je suis ici pour rester. » Justement, il s’inquiète. Il veut y croire, mais ne peut plus. Il la sait mythomane, et il entrevoit ces mots comme une ruse. Pourtant, s’il se méfie de cette promesse, lorsqu’elle appose ses lèvres rouges sur son cou, il est trop tard. « Attends-moi... » Elle s’empare de lui à ces mots, de cette tendre et affectueuse embrassade, le lie à elle si simplement. Il voudrait résister, crier son désaccord, hurler son ressentiment, mais l’emprise est déjà trop forte.  Sans le savoir, elle l’enferme dans une attente qu’il devine déjà douloureuse, elle l’emprisonne dans sa prison dorée, où son seul réconfort est de se savoir aimé. L’attente, si longue, si lourde, qu’il redoute d’avance sans pouvoir l’empêcher. Elle impose ses conditions, et Anger, dans son silence, y consent sans dire mot. Esclave de l’Italie, esclave de son passé, et désormais esclave de son amour ; un sourire triste se dessine sur ce visage si jeune, alors que son esprit est si vieux.

La vie ne lui laisse décidément jamais le temps de souffler, car, alors qu’il digère difficilement l’annonce de Charisma, un troisième protagoniste les interpelle. « Plus un geste!! » Avec lassitude, il lève tant son regard que les mains, geste universel proclamant l’innocence. Combien de fois? se demande-t-il, combien de fois à t’il feint pour s’en sortir ? Il n’a aucunement l’intention de se rendre, c’est juste qu’il attend le moment propice pour s’enfuir, ou, dans le pire de cas, contre-attaquer. Mais elle plus prompt à réagir qu’elle ; à nouveau, il pense. « Vous arrivez à pic! Vous venez de trouvez l'homme qui m'a retenu en otage trois mois durant. Mais faites attention....c'est un sorcier! » Elle le jette en pâture au policier en recherche de criminel ; belote et re. Anger fronçe les sourcils, et il se tourne vers elle. Sérieusement ? indique son expression faciale. Un seul regard vers Charisma, et Anger comprend ; elle a un plan. Dissimulant un sourire amusé, il se dit que le gardien de la paix n’a pas de chance. Au mauvais endroit, au mauvais moment. La femme tend son doigt vers le magicien noir, et Anger peint son air le plus coupable sur sa bouille d’ange. Le policier les balaye avec méfiance tour à tour, comme si son orgueil lui dictait de ne pas obéir aux injonctions de Charisma. Mais finalement, il se décide, convaincu. Grave erreur ; à chaque pas qu’il entreprend vers Anger, c’est son angle de vue sur la malicieuse qui se rétrécit. L’issue de la rencontre était inéluctable. Anger ferma les yeux et attendit le craquement osseux de la nuque du policier, qui ne tarda pas arriver.  « Vas-y, file. »Il garda ces mêmes yeux fermés pendant un moment encore, et lorsqu’il les rouvrit elle avait disparut. Epuisé, il s’accorda une pause et s’assit en tailleur au sol pour remettre de l’ordre dans ses idées. Après un bon quart d’heure de méditation, il enferma ses arrières-pensées au sous-sol de sa conscience, se leva d’un bond, ramassa l’arme dont il avait fait l’achat, et prit la poudre d’escampette. Bientôt, se promit-il. Bientôt, il la reverrait.


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MessageSujet: Re: « You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma   Dim 7 Juin - 22:13




Save me
if I become my demons

Un homme fait son entrée, rompant leur petite bulle d'intimité. Se tournant vers lui, Charisma tourne sa veste, feignant être du côté de peacekeeper, lui révélant la véritable nature d'Anger sans scrupules. A quoi bon en avoir, elle allait le tuer. Et si son partenaire parut un instant offusqué, il sembla vite comprendre la situation. Croyant les dires de la brune, bien que méfiant de prime abord, l'officier s'avance, focalisé sur le sorcier. Et Charisma jubile. Lorsque son angle rétrécit assez pour ne plus se soucier de la daybreaker, la brune se coule dans le dos de l'homme. Ne lui laissant pas le le temps de comprendre, elle frappe ce bras tenant l'arme, entendant un léger craquement dont elle ne tient pas compte. Se retournant, laissant échapper un cri, il le regarde de ses yeux hébétés. Et ses lèvres viennent se plaquer sur son cou, tel un vampire, mordillant la chair tout en enserrant le pauvre dans ses bras. Elle se délecte de ses heureux souvenirs, de sa joie ; de sa vie. Elle le sent perdre espoir, ses forces le quittant et cherche à la retenir, le saisissant au cou. Celui-ci craque sous ses doigts, sous cette force qu'elle ne se connaissait pas. Tremblante, elle voit le corps s'échouer à terre. Tuer n'a jamais été aussi effroyable, aussi malsain qu'à présent. Elle n'a pas eu besoin de beaucoup de force comme elle l'aurait pensé. Elle qui avait tout fait pour appuyer, lui avait purement et simplement brisé le cou. Les os, elle les sentit sous ses doigts frêles, broyés sous la pression. Horrifiée, elle lève les yeux vers Anger, cherchant un quelconque soutien. Mais ses iris charbon ne rencontrèrent que paupières closes. Même lui ne souhaitait pas voir la scène, ayant sans nul doute entendu le bruit monstrueux. Monstre. voilà ce qu'elle est à présent. Monstre. C'est ce qu'elle est devenu. Elle a envie de pleurer, d'ouvrir ces paupières qui n'osent vraiment la regarder. Pourtant elle sait qu'il n'en sera rien. Elle ne peut forcer l'homme à l'aimer comme elle est. Elle ne peut l'obliger à vainement contempler cette abomination qu'elle est devenue. « Vas-y, file. » souffle-t-il, n'osant pas même ouvrir les yeux. C'est à son tour de crier, de réclamer vengeance pour ce coup donné en pleine poitrine. Seulement elle, le fait en silence, le regard ancré sur la silhouette de son amant. Une larme roule le long de sa joue qu'elle vient automatiquement écraser. Charisma n'est pas digne de vivre. Elle n'est digne de personne. Juste bonne à rester dans l'ombre, à être utile, le plus possible. Alors, sans un bruit, elle passa au-dessus de ce corps sans vie, gisant sur le sol, inerte. Elle passa devant Anger sans s'arrêter, son parfum l'incitant pourtant à rester. Ne pouvaient-ils pas retourner se cacher sous la couette, comme avant? Morsure bien méritée, la brune n'avait qu'à pas déserter. Désormais, elle n'avait plus qu'une demie vie ; une vie maudite. Et dans un dernier regard meurtri, elle quitta l'encadrement de la porte, disparaissant dans la ruelle. La fin d'une vie. Le début d'une mort.


[RP TERMINE]
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« You don't remember, I'll never forget. » ft. Charisma

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