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 Les Metamorphoses || Caïn.

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MessageSujet: Les Metamorphoses || Caïn.   Mer 15 Juil - 15:53


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Il ne comprend pas ce qu’il se passe.
Lui d’habitude qui somnole en haut de son perchoir sent le bout de ses plumes s’électriser, ses sens se mettre en berne tandis qu’au dehors éclate l’orage, déversant ses flots d’eau chargée de crasse sur les bâtiments de Detroit.
Cette ville de fer et d’acier, vite bâtie et vite abandonnée, ne fait que rouiller sous la caresse de cette pluie, bien loin de laver la crasse qui la gangrène. Elle roule sur les murs des usines désaffectée, tombe sur les êtres perdus au milieu de la ville, s’écrase et se meurt en un millier de gouttes sur l’asphalte vieillie.
Et puis elle perle, elle roule sur la vitre qui lui fait face. Il donne un coup de bec dans le verre, et le ciel lui répond d’un éclair qui l’effraie et illumine la piece. Le hibou déploie ses ailes et s’en va se percher plus loin.
Il n’aime pas l’orage, animal qu’il est, et ne l’a jamais aimé. Mais celui-ci est diffèrent, celui-ci le rend malade, celui-ci l’agite, l’affole. Celui-ci est certes chargé d’électricité, mais aussi de quelque chose qu’il ne saurait nommer et qui fait se dresser ses plumes.
Dans le grand bureau richement décoré de bibliothèques, richement décoré tout court devrait ont-dire, de papier et autres choses qui sont indispensables à un bureau humain il volète et va se percher sur le dos de la chaise où un homme semble se battre avec une radio qui grésille.
Il lui donne un coup de tête, puis deux. Il aimerait bien lui dire qu’il s’inquiète, le prévenir, que tout cela n’est pas normal, mais il semble trop occupé avec sa machine du diable qui ne lui crache rien de compréhensible, comme si tous les appareils de la sorte avaient semblés s’arrêter. Caïn s’est cloitré dans son bureau et à bien fait comprendre aux domestiques de ne pas le déranger et qu’il les sonnerait s’il avait besoin d’eux.
Après tout que peut-il dire, lui qui n’est qu’un hibou, et dans sa petite tête de volatile taciturne et nocturne, il n’y a que l’inquiétude de ce changement climatique étrange auquels ils font fasse.
Pour les humains bien sûr tous cela n’est qu’un gros orage. Un gros et méchant orage, mais pourtant il y a tellement plus. Plus quoi ? Non la tête de hibou ne saurait le dire.
La température a chuté, dangereusement chuté, lentement une sorte de froid s’empare du monde, et il peut bien le sentir sous ses plumes : ce vent violent qui outrepasse les pourtant si blindés doubles-vitrages.

Mais bientôt, chose étrange, le hibou se sent mal. Il sent son petit cœur battre à la chamade sous ses plumes, fort, si fort, qu’il semble vouloir passer à travers ses côtes.  Il vole dans la pièce de façon folle et sans queue-ni-tête, se cogne aux murs avec violence faisant voleter ses plumes blanches dans la pièce. Etrange, lui qui est d’habitue un animal calme et silencieux.
Et pourtant ses ailes tordues finissent par ne plus le porter et le voilà qui chute sur un tapis, tremblant par terre.
Et là, il se rend compte, il sait ce qui lui arrive.
Des bruit commencent, s’accompagnent dans un ballet d’horreur. L’animal crie, d’un son aigue et perçant, tandis que les os craquent, que les tendons se tordent s’agrandissent. Les plumes tombent petit à petit, s’arrachent avec violence.
Le corps s’agrandit, tremble, et la peau se déchire, saigne. C’est un spectacle immonde que celui de cet être qui se tord et gémis. Car la transformation est lente, oh non elle n’a rien à voir avec ce que les contes nous font croire quand ils parlent des hommes animaux qui vont aider les princesses. Tout ne se fait pas sans douleur dans un nuage de fumée.
Non, la transformation est lente, pour mieux faire durer la souffrance. Il faut que chaque os se brise pour mieux grandir, que chaque tendons lâche, que la peau se déchire. Il faut que la bête meurt pour dans la douleur enfanter l’homme.

Et le voilà l’homme, famélique et tremblant, nu comme au premier jour en position fœtal sur le  tapis. Ses bras sont maigres tordus et plus que tout son corps ils portent de vomitives cicatrices, qui les barrent en tous sens. Sa peau est diaphane, d’une pâleur extrême, mais couverte d’un film de sueur sous la dureté de l’effort qui le fait trembler de froid quand le vent fait glacer ses perles d’eau sur sa peau nue.
Tous les muscles de son corps maigre sont tendu, et ses lèvres brisées laissent échapper un gémissement. Mais bientôt la pauvre machine lâche sous l’effort causé, les muscles retombent avec la pression, et l’homme fraichement né retombe dans la noirceur de son être, dans l’inconscience, dans les limbes. Il se pâme et reste immobile, peut être comme mort au milieu de ce bureau, au milieu de ce monde dans lequel déjà il fait tache.



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MessageSujet: Re: Les Metamorphoses || Caïn.   Jeu 16 Juil - 2:16



Dans son salon aux vitres démesurément hautes, Caïn ferma le livre dans lequel il était plongé d’un air négligeant. L’orage meurtrier qui secouait la ville lui pompait toute concentration. Son instinct sentait une chose étrange dont il refusait d'y prêter la moindre attention. D’un regard las, il prit un journal qu’il s’était procuré plus tôt dans la journée sous son bras et marcha d’un pas lent. Les journées au Gouvernement étaient plus épuisantes qu’elle n’en avait l’air. Mais ce n’était pas pour déplaire à Caïn. Être aussi proche du pouvoir était un désir d’enfant. Et le voici à ce jour, à le côtoyer. A l’observer. Il le pressentait. Ce n’était que le début d’une ascension. Il devait être aux aguets.  
A l’extérieur, des éclairs rendaient l’atmosphère pesante et inquiétante. Caïn se dirigea vers la porte en bois de son bureau devenant aussi blanche que la peur au moment où un autre éclair fracassa le ciel de la ville de Détroit. Il y entra en fermant délicatement la porte derrière lui. Satisfait de voir que la femme de chambre avait apporté son café et une carafe d’eau sur un plateau en argent rond, il se dirigea vers sa chaise, en prenant soin tout d’abord de se servir la moitié d’une tasse de café avec un demi-sucre. Aucun journal ne pouvait être entamé sans un café.

Adossé contre une chaise inutilement grande mais particulièrement confortable, Caïn prit machinalement sa tasse tout en ne quittant pas des yeux le journal. Les nouvelles déversaient un flot de parole apocalyptique. Le joueur qu’était Caïn raffolait de ce ton catastrophique. Cela lui permettait de s’affirmer. De faire bouger les pions qu’était la population. Et d’observer son œuvre.
Aujourd'hui, tout semblait s’accorder dans une symphonie parfaitement désaccordée entre les crépitements radiophonique, le glacis du grondement des orages et les frémissements des ailes de Hibou, l’animal de son grand-père qui semblait trouver l’orage trop sombre à son goût. Un coup de tonnerre particulièrement assourdissant réussi à faire lever des yeux Caïn pour avoir juste un aperçu dudit Hibou se réfugier sur son perchoir alors qu’il devait probablement faire face à la vitre. Quel drôle d’idée. Jamais il ne s’intéressait aux vitres. Ne prêtant pas plus attention à l’orage qu’à son animal, Caïn bu une gorgée de son café et ce n’est que maintenant qu’il remarqua que sa radio grésilla fortement. Reposant son verre et délaissant son journal, il prit sa vieille radio des deux mains en tapotant un peu partout comme si cela suffisait à réparer l’objet. Il ne prêta pas attention au picotement qu’il perçu au sommet de son crâne. Au deuxième, il agita une de ses mains au-dessus de lui, signe d’un léger agacement. Un courant d’air derrière sa nuque lui signala que son animal venait de comprendre son désintérêt. L’aristocrate lui aussi se désintéressa de sa radio et finit par l’éteindre, trouvant le bruit de grésillement particulièrement désagréable. La pluie ravageuse lui fit prendre un ton mélancolique bien qu'ironique.

« Il me semble que l’apocalypse soit pour ce soir. »

Sa langue natale, il aimait la parler. Mais peu de gens pouvait se targuer de comprendre la langue de Molière dans les rues grisâtres de Détroit. Il se devait alors de la parler pour lui-même. Cela ne le dérangeait pas au contraire. Encore moins Hibou. Se parler à soi permettait à quiconque de remettre ses idées en place. Comme pour affirmer sa remarque, l’animal en question s’était retrouvé soudainement furieusement agité. Et d’une telle force que Caïn dû se coller contre le dossier de sa chaise afin de ne pas être pris dans sa trajectoire folle furieuse. S'appuyant sur sa tempe droite, il essaya de suivre des yeux la boule de plume manifestement en pleine crise animale, comme possédé par le tonnerre.

« Voyons ! Ce n’est qu’un orage ! » rouspétait-il comme si cette phrase allait l’aider à réguler l’instabilité du volatile. Jamais, depuis le jour où il l’avait recueilli, le hibou de son grand-père n’avait eu ce comportement. Il se cognait si fort contre les murs et les vitres qui vrombissaient sous cette tempête infernale qu’il en fit tomber ses plumes un peu partout sur le sol de son bureau. Tout d’un coup, il chuta. Comme la petite chose molle qu’elle était. Un bruit sec et lourd, puis plus rien. « Hibou ? » Alors que Caïn pensait que c’était fini, qu’il s’agissait peut-être de l’étrange façon pour la race des hiboux striés de mourir, un cri assourdissant retentit de l’endroit où il était manifestement tombé. Assistait-on au dernier chant du cygne de Hibou ? Au dernier être vivant qui le rattachait au souvenir de son grand-père ? Caïn se sentait dans l’obligation de se lever pour assister à ce désolant spectacle. Malheureusement pour lui, ce ne fut pas l'attraction à laquelle il s’attendait. Hibou se déforma et prit une forme monstrueusement humaine. Prit de stupeur et de dégout, il lui semblait que son estomac monta jusque dans sa gorge. L’air sur son visage exprimait à la fois la révulsion et l’effroi. Toujours debout en face de son bureau, il ne trouva pas la force de bouger un cil. Et si quelqu’un entrait subitement ? Il avait expressément demandé d’être seul pour la soirée, mais les domestiques désobéissant, ce n’était pas la première fois qu’il aurait l’occasion d’en rencontrer ! Ils pourraient être alertés par les hurlements de… cette chose qui poussait un cri de douleur insupportable. Sans quitter la bête des yeux, Caïn se rua vers la porte et se plaqua contre elle en prenant soin cette fois-ci de fermer le verrou. N’importe qui, de nature simplement humaine, qui verrait cette scène en perdrait à tout jamais l’esprit. Or, Caïn avait acquis certaines connaissances qui dépassaient les êtres humains lambda. Un savoir en sorcellerie qui lui avait ouvert les yeux sur un monde aux mille possibilités.  Mais la représentation de ce cauchemar devenait trop insoutenable. Il ferma les yeux. La pluie fouettait si fort les vitres que Caïn songea l’espace d’un instant qu’elles ne résisteraient pas. Elles permettaient un tant soit peu de couvrir ce hurlement désespéré. Juste un peu. Il attendit.

Le silence. Seule la pluie giflait les vitres dans une mesure irrégulière. En ouvrant les yeux, Caïn s’était rendu compte qu’il avait arrêté de respirer. Après une longue inspiration, il découvrit sous ses yeux, sur le tapis jonché de plume, un homme. Un homme nu, en position fœtale. Caïn n’avait jamais vécu une expérience comme celle-ci. Il ressentait à la fois de la peur, de l’excitation, de l’incompréhension mais surtout une jubilation extraordinaire. Il adorait ça. Il détestait ne rien comprendre mais était trop obnubilé par le sentiment d’excitation et de nouveauté qu’il l’habitait. Le corps semblait inconscient. Une main collée à sa poitrine, comme pour empêcher son cœur d’exploser sa cage thoracique, il s’accroupit contre la porte, épuisé par tant d’émotion et de sensation nouvelle. Que diable s’était-il passé ? Pourquoi un homme venait d’apparaître sur le tapis oriental de son bureau ? Hibou s’était-il réellement métamorphosé en humain ? Était-ce dû un maléfice de son grand-père ?

Caïn s’approcha de l’être en sueur, couvert de cicatrice et d’une pâleur maladive. Fasciné, hypnotisé, il s’arrêta à moins de dix centimètres du corps inepte.

« Qui es-tu ? » Caïn ne savait pas s’il devait espérer une réponse ou non. A dire vrai, il ne savait pas si ce corps était vivant. Le cri strident d’auparavant n’était-il pas le signe d’un râle de la mort ? Il chercha dans les tréfonds de son esprit. Dans toutes les connaissances possibles qu’il a pu acquérir au fil de ses lectures ou des histoires qu’il a pu entendre. Des hypothèses, il en avait. Des crédibles ? Aucune. Pas de preuve tangible en tout cas que ce qu'il avait lu existait. Le corps tremblait. Avait-il froid ? La température avait brutalement chuté depuis quelques minutes. Il n'avait rien sur lui mise à part ses propres vêtements qui se résumait à son bas de pantalon d'un de ses innombrables costumes trois pièces et une simple chemise blanche. Le corps était si frêle, si meurtri. Plus il le regardait, plus Caïn était fasciné. Puis révulsé. Tant de fragilité en était dégradant. Toujours accroupi, Caïn aperçu les quelques plumes collées au tapis. Il en prit une et la leva au ciel comme pour l'examiner à la lumière tamisé de sa lampe de chevet. Il lui a fallu trois bonnes secondes pour réaliser ce qu'il avait sous les yeux. Il posa un regard étincelant sur le corps ruisselant de sueur.

« Mais non, non, non ! C'est impossible ! » Caïn s'était brusquement levé. Il fonça vers la fenêtre et s'y arrêta pour faire face à la ville imperceptible par tant de ruissellement. Ses yeux exultait. Un sourire satisfait se dessina sur son visage. Puis il fit volte face, s'avançant d'un pas léger vers l'être inanimé. Sur son chemin, il empoigna son trench coat qui était empilé sur le porte-manteau près de la porte. Il en recouvrit le corps suintant de sueur. Puis il parla de sa voix habituel. Une voix politicienne.« Qui es-tu ? »

Comprenait-il seulement le français ? A cette pensée, Caïn souleva la tête en direction de la vitre et se passa les mains sur son visage en laissant échapper un petit rire nerveux. Le fait de penser si l'individu à moitié mort pouvait comprendre sa langue maternelle l'amusait autant qu'il lui faisait perdre les nerfs. Il se demanda à l'instant s'il n'était pas pris à son insu par un de ses cauchemars dans lesquels il était occasionnellement perdu.

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MessageSujet: Re: Les Metamorphoses || Caïn.   Ven 17 Juil - 20:02


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A peine né le voilà qui jure déjà avec son environnement. Lui petite chose fragile, petite chose répugnante. Petite chose à nouveau vivante et pourtant sans vie qui git sur ce tapis trop riche, de bonne facture et bien décoré, dans la verve et l’exubérance s’accordant mal avec l’être terne qui s’en sert de chevet. Peut alors son seul point commun avec ladite chose n’est en réalité que cette vieillesse, que cette apparence rappeuse sur laquelle on a essuyé bon nombre de bottes.
Son corps tremble encore dans son inconscience, de froid peut-être à cause de cette satané température qui chute dangereusement. Peut-être alors à cause du fantôme de cette tension qui avait prostré ses muscles et qui maintenant ne se manifeste plus que par ondes électriques, chocs désordonnés.
La douleur et l’émoi causé par la transformation ne sont que le reliquat du temps passé sous forme plumeuse. Plus le temps est long, moins on s’habitue à devenir humain. A redevenir soi. A compté qu’on est été un jour.

Dans la brume de sa tête, les éclairs ne sont qu’un coup de cloche. Des appels de la réalité qui semblent tirer le pauvre Aubin de son cauchemardesque monde endormis.
Ses yeux s’ouvrent, doucement, habituant peu à peu ses iris en perles grises à la lumière de la pièce. Réveillant ces globes oculaire qui depuis si longtemps n’ont pas vu.
Une image floue devant lui danse et tremblote. Faible, faible, petit à petit ses contours deviennent nets, les contours se dessinent et donne l’apparence d’une main.
Une main ? Drôle d’idée une main. A qui pouvait bien elle être ? Et puis, d’habitude, lorsqu’il se réveillait d’un cauchemar ( cauchemar de hibou ) c’était en haut de son perchoir. Et là voilà qu’il se retrouvait par terre. Mais à qui diable était cette main ? Etait-ce celle de Caïn ? Après tout c’était bien le seul humain de la pièce.
Mais, mais voyons. Non. Cette main la était trop fine, trop cassante, les phalanges étaient trop semblables à des pattes d’araignées pour qu’elles aient appartenu à Caïn. Pourtant, pourtant, il avait l’impression de les connaitre. Pourtant, pourtant, d’où venait cette émotion que leur vison lui causait ?
Et bientôt l’évidence qui s’apposa a sa pensé le fit sursauter. Bloqua dans sa bouche un gémissement de stupeur.
Ses mains.
C’était ses mains qu’il voyait devant ses yeux.
Depuis combien de temps ? Depuis combien d’années n’avait-il pas vu ses mains, ô petits membres agiles qui faisaient tout son être. Qui jadis faisaient tout son essence ? Tous ce qu’il avait été, lui l’étudiant, l’écrivain ?
Mais au fond, qu’avait-il été, si il avait été un jour ?

Ses lèvres tremblent, tout comme son corps qui dans cette emphase un instant se redresse, mais retombe pitoyablement sur ses coudes. Tant qu’il peut et que ses vaines forces le lui permettent il remonte ses mains près de son visage les observe sous toutes les coutures, dans toute cette fébrilité enfantine qui a cet instant pouvait le caractériser.
Se redressant sa colonne vertébrale saillante buta contre le dos d’un canapé, grâce auquel il put s’adosser un instant, manquant de retomber par terre à chaque instant. Il remarqua le trench sur lui et le remonta un peu. Diable qu’il avait froid, si froid. Comme si son corps peu habitué à être à nouveau aussi grand avait du mal à en faire fonctionner les rouages.
Il regarda furtivement à droite à gauche, observant à nouveau ce monde, ce décor si familier mais cette fois de ses yeux d’hommes.

L’injonction. La question impavide tombe comme une ancre dans le silence de la pièce seulement troublée par la pluie qui griffe avec violence les carreaux.
Qui était-il ?
Il ramène ses genoux contre lui, peut-être dans une vaine tentative de se protéger de cette voix forte, intransigeante. Cette voix d’homme politique.
Qui était-il ?

Ses mains trembles, et lentement, comme s’il avait peur de disparaitre il les passe sur son visage, dans les creux de ses joues les poils de sa barbe. Découvrant les trait de son facies, essayant de se le représenter.
Non il ne savait pas à quoi il ressemblait. Non, il ne sait plus.

Qui était-il.

Ses mains se passent à cet instant sur ses lèvres. Celles-ci sont gercées et tremblent tout aussi bien que ses phalanges. Puis dans le silence elles se mettent à dessiner des syllabes. Tout doucement. Comme pour réciter une petit incantation.
« Au.. » Commence-t-il doucement. La voix rauque et douloureuse, la gorge dépoussiérée par ses paroles. Depuis combien de temps n’a-t-il pas parlé ? «  Au… » Ses lèvres tressautent, incertaines de la démarche à adopter, timide comme parlant pour la première fois, il baisse les yeux devant cet homme qui le domine et qui lui fait face. « Au… Bin… »
Il cligne des yeux, comme essayant de se remémorer ce que sont cette addition de syllabes. Puis il se met à sourire répétant un peu plus fort «  Aubin. » Ses lèvres s’étirent un peu plus alors qu’il se rend compte que c’est son prénom qu’il dit. Que par ces simples mots c’est une consistance qu’il se donne, c’est un être, c’est un passé, c’est une essence.
Il tremble encore, épuisé, essoufflé, mais il relève timidement la tête pour lâcher de sa voix douce, à peine plus haute qu’un murmure, dans un français parfait.

« Je m’appelle Aubin. »



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MessageSujet: Re: Les Metamorphoses || Caïn.   Ven 24 Juil - 14:17



Un chuchotement aurait été plus perceptible que le murmure que Caïn avait cru entendre. Etait-ce une voix ? Etait-ce réel ? Ou bien sa pauvre imagination lui faisait-elle croire que l’individu sur son tapis venait de parler ? « Au » ? Ce n’était pas son imagination. Comme Frankenstein faisant face à son monstre, il ne cessa de fixer son regard sur le visage pâle, comme s’il ouvrait les yeux pour la première fois. Il n’a aperçu ses yeux qu’une seconde mais cela avait suffi à Caïn de le persuader. Cet humain était conscient. Bien que Caïn ne fût pas certain que le terme humain convienne. Que voulait-il dire ? Au secours ? Au voleur ? O rage, ô désespoir ? Et il finit par le dire. Un mot net. Puis une phrase. Caïn exaltait d’excitation. Mais rien sur son visage ne le laissait percevoir. La fascination qu’il éprouvait face à cette faiblarde créature devant lui l’envoutait corporellement. Ses yeux ne semblait pas cligner tant il scrutait le dit Aubin. Ses sourcils froncés trahissaient cependant une réflexion de tous les diables.

« Aubin. » Comme si répéter ce prénom l’aidait à mettre en forme la réalité de cet événement inexplicable. Ce prénom ne faisait que naitre des centaines voire des milliers d’autres questions dans l’esprit brumeux de Caïn. Puis il se rendit compte que son prénom n’était pas la première chose qu’il aurait voulu savoir. « Ça ne répond guère à ma question. Qui es-tu ? » Comment un hibou –son hibou- peut-il se transformer en homme ? Les orages avaient-ils des vertus de métamorphose que Caïn ignorait ? Son grand-père baignait-il dans la sorcellerie ? Etait-il lui aussi, curieux de cette connaissance inépuisable aussi dangereuse que fascinante ? Caïn venait de se rendre compte qu’entre son index et son pouce se trouvait toujours une plume qu’il avait ramassé à même le sol.  Il fixa alors à tour de rôle la plume puis le fameux Aubin. La plume. Aubin.

« Es-tu… Hibou ? »

Caïn sentit sa voûte plantaire se plaindre de sa position inconfortable. Alors qu’il était accroupi sur la pointe des pieds, il tomba sur ses genoux, comme si l’éventualité que cette situation soit réelle l’avait exténué. Néanmoins, il se devait de savoir. Il en ressentait même le besoin. Hibou avait-il la capacité de se transformer en humain ? Ou était-ce l’humain qui était capable de se transformer en volatile ? Et dans ce cas-là, depuis combien de temps était-il sous cette forme ? Ou bien se transformait-il en humain lorsque Caïn était absent ? Et que l’électricité orageuse de la soirée fut telle qu’il ne pouvait retenir cette capacité de transformation ? Les hypothèses fut si nombreuses que son esprit ressembla actuellement à un arbre à mille branches. Le hibou de son grand-père n’a-t-il jamais été un véritable oiseau ? Caïn avait le sentiment qu’il paya là son éducation sévère et quasi-militaire de son enfance et adolescence où les secrets ne devaient être divulgués, où révéler ses sentiments où montrer une quelconque émotion en famille était proscrit. Or, de famille, Caïn en était le dernier représentant. Si un secret mal caché venait à exploser aux yeux de tous, c’était lui qui devrait en subir les conséquences. Les de Sade ont toujours joui d’une bonne réputation, en apparence. Cela devait continuer. Et une métamorphose animale n’était mentionnée dans aucune des archives familiales. C’était le genre d’anecdotes que l’on n’oubliait pas à la lecture.

« Ou bien es-tu humain ? »

Caïn réfléchit tout d’abord à quelle situation serait le plus à son avantage. Si cet être était né hibou et que par un procédé divin ou démoniaque, se voyait être pourvu d’un corps d’homme, il pourra encore lui servir comme animal de compagnie. Si la situation était inversée, il continuerait probablement à lui servir d’animal de compagnie. Caïn aimait la présence de son animal. Il a avait quelque chose d’apaisant à caresser les plumes lisses d’un oiseau. De le laisser enfermer dans une pièce alors qu’il pourrait avoir le ciel comme terrain de jeu. Il songea subitement aux serviteurs de sa maison. Comment expliquer la venue au monde d’un inconnu sur le tapis de son bureau. Il passa sa main sur sa tempe en plissant les yeux, sentant une migraine venir à des kilomètres.« Ah ! Je pullule tant de questions que mon esprit surchauffe ! N’as-tu pas chaud ? Non, non, tu es frigorifié. »

Malgré le long manteau dont il avait recouvert son corps dénudé, Aubin –puisque c’était son prénom- semblait glacé. Mais était-ce due à l’émotion, ou par la chute de température qu'il avait, il est vrai, ressentit auparavant ? Mais il n'avait pas eu froid pour autant. Et ses vêtements n’étaient pas des vêtements d’hiver. Il se leva et partit en quête de quelque chose de plus chaud. De véritables vêtements auraient été plus appropriés qu’un trench-coat. Mais son bureau n’était pas sa penderie. Il trouva un gilet sur l’accoudoir d’un de ses fauteuils près d’une bibliothèque possédant des livres incroyablement massifs.
Il retourna en face de Aubin-Hibou en se laissant tomber sur ses genoux. Il lui plia convenablement le gilet devant lui tout en lui parlant d’un ton professoral.

« Tu parais si faible que ça en ait indécent. Il faut te réchauffer Hibou… ou Aubin que tu es. »

Il demandera à sa femme de chambre une tenue chaude. En lui précisant de ne pas rentrer dans son bureau. Si tous ses serviteurs de sont pas tous morts électrocutés par la foudre en ayant eu le malheur de mettre le nez dehors. Mais plus tard. Sa curiosité devait d’abord d’être assouvie. Il reposa son regard sur lui. Les sourcils une nouvelle fois froncés, pour marquer sa réflexion qui semblait inarrêtable. Il fallait connaître la véritable nature de cet être vivant. Et il était soulagé. Car il s'agissait bel et bien d'un être vivant. Dans quel guêpier il aurait été si Caïn avait dû se débarrasser d’un corps blafard apparut « comme par magie » au milieu de son bureau. Quelle mascarade. Heureusement, Caïn croyait en la magie. Et la pratiquait.

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Les Metamorphoses || Caïn.

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