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 Mausoleum of skulls. {Viktor}

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MessageSujet: Mausoleum of skulls. {Viktor}   Mar 11 Aoû - 21:42




« Que va-t-on foutre à New-York ? » Jetés dans un grognement guttural, les mots furent cueillis par un silence opiniâtre. L'interrogation plana un instant entre les deux hommes, s'étiola puis s'abandonna au néant. Comme toutes les autres. Sans repos ni cesse, le pantin couronné avait criblé son aîné de questions mais aucune d'entre elles ne put ébrécher la forteresse inexpugnable de mutisme dans laquelle Viktor s'était claquemuré. Wesley suça l'air entre ses mâchoires serrées, ravala la lave qui menaçait de débonder. La jactance était éraflée par ce traitement qu'il considérait indigne, l'irritation à son zénith. Toutefois, l'épigone musela sa frustration et se contenta de foudroyer son mentor d'une œillade courroucée. La colère avait beau s'être lovée dans sa voix, c'était bel et bien l'appréhension qui le rendait aigre. La destination était sans l'once d'un doute la métropole déchue : au loin se devinait le gable des gargantuesques gratte-ciels, l'hiver furieux grondait tout autour, posant sur la cime de la ville une couronne ouateuse. Pourquoi diable son oncle désirait-il l'emmener dans ces funestes contrées ? Ils n'y trouveraient que mort et désolation. Une soudaine épiphanie ; peut-être était-ce là ce à quoi le moscovite aspirait, le trépas. Peut-être le vieil homme avait-il flairé l'odeur rance de la mort qui nimbait son neveu, avait perçu l'écarlate qui ternissait ses pognes mortifères. Depuis que le sieur avait extirpé le milicien des cloaques immondes dans lesquels celui-ci se prélassait, Windsor avait déployé ses ailes fuligineuses, l'essor avait été fulgurant, l'ombre de l'épervier jetant ses ténèbres indélébiles sur Sergeï, féal serviteur du marionnettiste. Viktor en avait-il eu vent ? L'ascension avait-elle été jugée dangereuse, subversive ? Tant de questions orphelines de réponse et toujours ce silence étouffant, oppressant, uniquement parasité par le doux feulement du moteur.

L'ex-Hunter coula un regard en direction du truand. Ses traits burinés par les affres d'une vie peccamineuse étaient vierges de toute expression, ses orbes opalines rivées sur la route. Que manégeait-il ? Tous les instincts du dogue l'instiguaient à frapper en premier, à enfoncer ses crocs dans l'encolure de la menace, à en arracher la jugulaire et à découvrir si, en fin de compte, le faciès de l'homme stoïque était capable de se froisser en une expression de géhenne authentique. Il sentit l'onde de la pulsion serpenter au-dessous de son derme, entendit l'appel subjuguant de la cruauté soupirer son patronyme mais si enjôleuse la lubie fut-elle, il ne put s'y résoudre. Wesley ne pouvait concevoir faire couler son propre sang, il en abominait la simple idée. Les vilenies irrémissibles qu'il avait semé au cours de sa sinistre existence étaient légion mais aux tréfonds de son être, il subsistait un fragment étique d'humanité qui lui interdisait pareil péché. Si le soudard souhaitait un jour se coiffer de la couronne et régner en suzerain sur le royaume d'ombres que son aîné avait bâti, il lui faudrait oblitérer cette ultime trace de lumière.

L'audi halta finalement sa course et le truand s'arracha de l'habitacle, faisant crisser le manteau nivéen sous ses bottes cloutées. La désolation arctique s'étendait à perte de vue, les lames glaciales du vent hiémal mordaient sans peine à travers l'épais manteau de la brute et sans qu'elle puisse l'endiguer, un frisson dansa le long de son échine. La bête offrit son mufle aux cieux et elle put sentir le surnaturel chatouiller sa peau rugueuse. Cet apocalypse albescent n'était pas l’œuvre de mère nature, Wesley le savait pertinemment. L'hiver maléficieux avait flatté de ses doigts de givre chaque parcelle de terrain, avait emprisonné dans ses sarments de glace chacune des braves âmes qui s'étaient risquées dans ces contrées réprouvées par les dieux, avait levé des hordes impies. Les souvenirs de sa dernière excursion en ces lieux étaient encore aussi vivides que cuisants. Il pouvait sentir l'inquiétude bourgeonner en lui, s'évertuant pourtant à arborer un masque impassible. Les nues grises et maussades larmoyaient d'épais flocons et Windsor ne put s'empêcher de se demander à quel spectacle l'éther allait assister en ce jour. Avec une lenteur compassée, il pivota vers son supérieur et le fusilla d'un regard où balbutiait la tempête. « Et maintenant quoi, Viktor ? » Les inflexions se voulaient légères et nonchalantes, comme s'il n'était pas concerné par les événements mais la raideur de ses épaules le trahissait. Il tiendrait tête.


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MessageSujet: Re: Mausoleum of skulls. {Viktor}   Mer 19 Aoû - 23:10


MAUSOLEUM OF SKULLS
Weshlo & Viktor

***

La rutilante Audi bâfre les kilomètres sur le désert d’autoroute depuis une petite éternité, louvoyant parmi l’hécatombe de ferrailles qui jonche le pavé et saupoudre l’atmosphère d’une lugubre morosité pour escorter celle que je porte en mon cœur. J’ai des souvenirs arrimés à l’encéphale et les plaies de jadis bourrées de sel pour ce voyage vers le pandémonium terrestre. Sous les verres fumés, en catimini, les brumes de ma tristesse règnent. Rideau de mélancolie qui floute mes horizons et me rappelle, en quelque sorte, que malgré la tumeur latente que je  coltine en secret, mon humanité ne s’est pas entièrement envolée. Mes billes ne sont pas étrangères à la flotte afférente à la nostalgie, aux remords et à l’absence. Ma chair n’est pas froide ; palpitent toujours sous le derme et le masque des sentiments qui, à défaut d’être étayés avec ostentation, font encore de ma vie un théâtre qu’ils habitent en coulisse. Tout ceci est une longue comédie ; une tragédie dont je suis le triste protagoniste et qui joue, et joue, et joue sans savoir quand poindra la fin, quand viendra son congé. Et là, maintenant, dans l’habitacle que je partage avec mon neveu, j’imite l’indifférence et pastiche un silence, silence que je sens se suicider contre les parois de mon être. Car à l’intérieur, ça hurle et ça pleure ; tout s’inonde et je plonge, emporté dans une petite mort que nul ne soupçonne.

Cela fait une année déjà que je porte le fardeau inextricable du deuil. Une année depuis que ma défunte sœur a pris vacances au fond de son caveau, congédié par la terrible maladie. Eh oui, le cancer subsiste en 2015, mais on tend à l’oublier : les gens préfèrent clamser sous les nouvelles menaces, que ce soit les quenottes d’un écervelé ou la perfidie d’un monstre comme moi. Loin s’en faut, cette cause naturelle ne panse pas ma douleur ; ce n’est pas une consolation que de se dire : au moins, la puînée a succombé par la maladie. Foutre que j’aurais préféré qu’elle crève sous les serres d’un zombie plutôt que de la voir s’affadir de jour en jour, couchée sur son lit de mort en attendant que la houle la transbahute dans le néant. À dire vrai, ce sont les espoirs dont elle m’a gavé qui m’ont achevé. Ces patenôtres qu’elle récitait dans le manteau de la nuit, quand je préférais pour ma part prier les médecins de la sauver. Ni dieu ni homme n’a réussi à la purifier de son mal, et si je n’en veux point à mes semblables d’avoir failli, la rancœur pour cet être suprême me tord un myocarde depuis qu’elle s’est tuée à croire en lui. Sa vie s’est révélée être un mensonge lorsque son ultime souffle a passé la barrière de ses lèvres. J’ai voulu venger la tromperie en endossant le costume de justicier et en brandissant mon crucifix comme du drapeau d’un royaume que j’aurais conquis, mais j’ai l’impression que l’initiative m’a enlisé dans un gouffre où mon incroyance se bat pour survivre. Cette avalanche de conséquences, je la sais due à son cancer. Ce nonobstant, que ce soit la tumeur ou la bête, la finalité reste la même : le vide, éternel et insupportable, lequel te minaude à l’oreille la nuit comme de jour, t’encourageant à sauter pour alléger tes pauvres guiboles qui en ont ras le bol d’avancer. Mais je suis là, le cul lové dans le siège conducteur, à rouler à toute allure en direction de sa tombe pour ce que je pense être une putain de commémoration. Et comble de l’ironie, je me trimballe avec son rejeton, histoire d’accompagner les fleurs d’un crachat et d’un juron.

Au loin se détache la silhouette patibulaire de la ville fantôme, figée à travers les temps comme le cliché d’une catastrophe qu’on collerait dans les annales mondiales. Douze mois plus tôt, la scène restait la même. Un panorama blanc qui t’explose la rétine, l’œuvre de la Faucheuse estampillée sur les ruines, et je jurerais que ses miasmes nous ont d’ores et déjà assaillis les narines, quand bien même l’absence de quelque cadavre sur la banquette arrière. Je grigne fugacement, sentant mes tourments gonfler au fil des kilomètres passés, mais ne pipe mot malgré l’impatience flamboyante de Wesley quant à la surprise réservée. En vérité, je n’ai aucune idée pourquoi je l’ai trainé jusque dans cet enfer de glace. Peut-être pour assurer à ma peine une épaule sur laquelle tomber. Parce que je suis las d’être un acteur, un puits à secrets ou une énigme pour lui. Ou bien car il a droit de savoir qu’il a été aimé nonobstant le trou maternel qu’a semé Aleksandra, faute à un imbroglio de mauvais choix, tous lestés de regrets sa vie durant.

La belle se lamente lorsque je lui fais quitter la route, l’obligeant à creuser par la puissance de ses centaines de chevaux son propre sillon dans l’épaisse fourrure immaculée. Peine à me satisfaire, toussote, mais tient le coup, et les pneus crissent finalement sous le commandement de ma botte faisant pression sur le frein, immobilisant la charpente métallique pour de bon en plein centre de la piste de course des aquilons. Je ploie l’échine pour m’extirper de la bagnole, happé avec brusquerie par un vent violent. Gifle venue me hisser hors de mon état léthargique, me permettant d’articuler un ordre après un éon de mutisme, le regard gambadant sur l’immensité de neige face à moi : « Prends la pelle dans le coffre, Yakov. » Pour ma part, j’allonge le bras à l’intérieur de ma jolie pour quelques secondes, le retournant finalement à mon flanc avec une gerbe de fleurs fraîches que j’aie pris soin d’acheter avant le grand périple. Tout mon squelette tremble, je ne sais qui du climat ou de la nervosité est responsable. Je fais signe à Wesley de me suivre, puis avance, connaissant par cœur le layon invisible me menant vers ma douce. Ma dextre, elle, plonge sous le manteau pour s’enrouler sur la crosse de mon arme à feu. Par précaution, je le jure.

Tandis que je marche, je me souviens de son corps famélique échoué dans mes bras.
De son funèbre parfum. De son visage de vélin. De sa flavescence ternie.
Et de son odieux silence, pendant que je la baladais dans sa ville fétiche.

« C’est ici.  » indiqué-je à mon comparse, la cime de l’index pointant une inégalité au sol laissant présager une fosse que les tempêtes ont enterrée. « Creuse. » L’ordre s’enrobe d’un ton plat, mais on sent mussé sous le verbe une pointe de lassitude prête à juguler toute répartie. Je n’ai pas l’âme à m’étendre en explication, du moins pas pour le moment. Puis, parce que je sens galoper la horde de questions comme il obtempère, je le contrains à une autre discussion qui saura distraire à la fois mon neveu et mon affliction. « Les nouvelles responsabilités ne sont pas trop dures pour tes épaules ? » Je parle affaires. Je parle Bratva. L’occasion n’est pas la plus opportune puisque les changements invoqués me rappellent à des deuils répétitifs, mais cet échange à venir a été suffisamment différé. Je ne le quitte pas des yeux, prêt à saisir au vol une confession muette que ses traits auraient la bonté de libérer. Après tout, Wesley n’a pas coutume de siéger dans les sommets, d’autant plus que cesdits sommets sont menacés par de sibyllines nuées. Et quand bien même je le sens apte à ce poste, j’ai peur. Peur qu’à son tour il endosse le rôle de cible. S’il fallait que je le perde aussi, je pourrais bien sauter pour de bon, pour ce que j'en aurais à foutre.
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MessageSujet: Re: Mausoleum of skulls. {Viktor}   Mer 9 Sep - 21:47




Wesley laisse errer son regard sur l'infinité nacrée. Du blanc, du blanc partout, qui s'étale plus loin encore que les plus reculés confins de l'horizon. Et c'est dans le creux de cet instant ennuyé qu'il se rend compte d'à quel point l'humanité est une race médiocre et vaine. Les hommes, fats et assoiffés, ont jeté aux cieux d'innombrables immeubles et les cieux ont répondu à l'effronterie par un apocalypse blanc. Le panthéon courroucé a grimé l'éther de nues furieuses et vindicatives, qui ont elles-mêmes fait déferler sur les hères leur céleste affliction. La condition insignifiante des hommes s'est rappelée à leur bon souvenir et les dieux ont alors pu se gausser de tout leur soul de leurs créations dérisoires ; elles n'ont pu que fuir vers des terres plus propices, désertant leur emblématique bastion. Un suprême triomphe, une victoire immaculée ; il n'y a ici plus que glaces et trépas. Tout en ces lieux fleure le malin, les remugles de mort et de défaite les enveloppent. Alors pourquoi diable sommes-nous là ?

Le vent mugit, tout autour, tournoie, cerne les intrus et plante une myriade de coutelas glacés dans leur carne gourde. Le froid s'immisce dans les pattes du dogue, coule jusque dans sa moelle et la bête, malgré le sang de l'hiver qui roule dans ses artères, ne peut réprimer un frisson. Wesley trépigne, l'irritation à son zénith, mais toute invective meurt au bord de sa gueule lorsque l'oncle lui quémande de se saisir d'une pelle. Une putain de pelle. Qu'allait-il donc foutre avec une putain de pelle ? Il ne pipe pourtant mot, contourne le fuligineux carrosse et en brutalise la portière du coffre, tandis que Viktor dégaine une gerbe de fleurs. Le pantin couronné mire son aîné de ses orbes ennuagées par le doute et la cautèle en lui engageant le pas. Sous peu, ils débouchent sur une congère et la réponse à sa précédente question vient naturellement. Creuse. C'est maintenant une crainte véritable qui saisit le truand et lui liquéfie les viscères. Viktor l'a-t-il traîné jusque dans ces damnées contrées pour lui faire creuser son propre caveau et l'abattre sans plus de cérémonie. Qu'a-t-il appris ? Sait-il avec quelle fébrilité extasiée Windsor a niché une salve de son glock dans la nuque de son présumé mentor ? Et par qui ? Par Andreï ? Pas par Andreï, jamais par Andreï, il est le seul des subordonnés dans lequel l'aliéné verse une once de confiance. Par dessus son épaule, l'ancien Hunter décoche à son marionnettiste une œillade inquisitrice, scrute le faciès raviné, en appréhende le stoïcisme, étudie la distance les séparant : trop loin. Il pourrait s'essayer à faire volte face, asséner une botte verticale et fendre le visage de glace et de roc du tranchant de la pelle mais le moscovite aurait tout le loisir de le cribler de plomb durant l'intervalle nécessaire à fermer l'écart. Tout a été savamment manégé. Il exhale un soupir résigné, s'astreint au calme malgré le magma de ressentis qui l'inonde et force son corps perclus par le froid à se mouvoir. Il reploie ses doigts calleux sur la hampe de la pelle et l'acier brise la glace, mord la neige. L'effort assouplit quelque peu ses muscles roidis et son souffle court se condense dans l'atmosphère. Il attend la déflagration qui supplantera le grondement sourd du vent, qui mouchettera la nappe nivéenne de grenat mais celle-ci ne vient pas. C'est une question saugrenue qui le fauche à la place et qui finit de l'éberluer. Les mots offerts aux vents infligent la même brûlure que le blizzard hurlant. Wesley suspend un instant son labeur, plante son arme et offre son profil à Viktor. « Mes épaules sont solides. » Le ton est âpre, revêche, la défiance en suinte à grandes coulées. Dans son regard pâle, les feux du meurtre. C'est désormais l'écume de la rage qui perle à la commissure de ses lèvres. Quelle est donc cette mascarade ? Pourquoi ne porte-t-il pas l'estocade ? Pourquoi le supplicie-t-il de la sorte ? Le désir de dilacérer cette gueule patibulaire n'a jamais été aussi térébrant. Il brûle de faire chanter les os, d'autopsier ce cœur d'ébène, de savoir qui de l'hémoglobine ou de l'eau glacée ruisselle dans ces veines. Jadis, le neveu n'aspirait qu'à récolter les égards du parrain, de s'auréoler de prestige aux yeux de la figure paternelle, de faire rutiler dans ces iris froides une once de respect. Un éphèbe qui se rêvait prince héritier. Aujourd'hui, il se languit de la déchéance du souverain, convoite la sanglante couronne et brigue le trône. Ça fait longtemps que l'incoercible soif de pouvoir a corrompu a empoisonné ses desseins, l'a privé de sa lumière, lui a pointé du doigt un sentier sinueux et ombragé qui ne mène qu'à un abîme. Il le sait. Il le sait pertinemment et continue à allonger ses pas avec une farouche opiniâtreté.

Le ridicule de la situation lui arrache un léger rire. Windsor fait finalement volte-face, guigne avec dépit la poignée de mètres qui les séparent et coupe court à toute velléité d’insurrection. Il branle du chef et sa crinière saupoudrée de givre libère une nuée de cristaux. « Ma montée en grade n'est pas au goût de tous, cependant. Certains la trouvent trop rapide. » D'aucuns le qualifient d'usurpateur. « D'autres veulent venger nos pertes. J'essaye de les canaliser mais je ne peux que leur donner raison. Une guerre ouverte serait malavisée mais nous ne pouvons laisser ça. » Il a patiemment ourdi la momerie, désigné le parfait bouc-émissaire mais une trop longue oisiveté risque de griffer le maquillage, de laisser les miasmes de la dérangeante vérité exsuder au su et au vu de tous. Des représailles garderaient les songes des soudards occupés, leur intellect émoussée. Châtier l'affront leur conférerait le sentiment d'une utilité illusoire.


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MessageSujet: Re: Mausoleum of skulls. {Viktor}   Dim 20 Sep - 21:51


Wesley creuse suivant mon ordre. Creuse sans mot dire, nonobstant un cortège de questions au bord des lippes et une révolte muselée au creux des tripes. Il creuse, mais pas assez vite à mon goût. Guignant sans cesse par-dessus son épaule pour me détailler de pied en cap, en quête d’un indice de mes desseins. Ou peut-être a-t-il lu à travers les verres fumés mon trouble, ou a-t-il senti sur mon cœur malmené les dernières braises d’amour qui rougeoient en l’honneur de ma sœur – devrais-je dire sa mère ? –. Je peine à endormir mes tristesses en ce jour de commémoration. Ne serait-ce qu’au vent glacial venu me sauver in extremis de la flotte, j’aurais les joues gorgées de sel. Au lieu de quoi, les gouttes campent discrètement sous mes cils, juchées sur les paupières comme les dernières survivantes de mon ignoble indifférence. J'aimerais me confesser. Délier ces secrets que je garde tel un cerbère, les partager au dernier féal encore à mes flancs en ce jour. Mais je crains sa réaction, a fortiori sa compassion, voire sa pitié. Ne suis-je pas après tout un parangon d’assurance ? Celui qui, fort et solide, a su raviner à travers la misère pour atteindre de glorieux horizons ? D’avouer ses faiblesses, ce ne serait que précipiter ce modèle au sol, de vivoter sur les ruines de son admiration, sous les nouveaux feux de sa déception. Mais diantre, que je suis las de porter ce cortège de sentiments quand, au dehors, je joue ma tragédie comme d'une comédie, souriant le jour pour crouler sous l'affliction la nuit.

De creuser, le boss fantoche s’y adonne toujours. Ramené à cette froide réalité par le fouet hiémal, je pose sur Wesley un regard attentif, lequel suit les mouvements itératifs du squelette sous la puissance délivrée des muscles bandés. Je le trouve soudainement tendu ; de colère, que je suppute, quoique j’ai l’impression qu’entre ses moult clins d’œil en ma direction et la rigidité de sa charpente voutée sur son labeur, la somme se veut être toute autre qu’un banal ressentiment quant à la corvée indiquée. Mes sourcils se froncent à la suite de cette constatation ; le train de ma réflexion fait son bonhomme de chemin, tanguant de peu vers une paranoïa latente mais ramenée tout de go sur le droit chemin par le phonème du neveu. « Mes épaules sont solides. » m’assure-t-il d’une voix anguleuse. Remettre en doute ses aptitudes doit rosser sa fierté. Pourtant, ma question n’est pas là le fruit d’une décision à revoir, loin s’en faut. Je ne regrette pas d’avoir placé Wesley aux sommets – qui d’autre aurait pu être en lice pour ce poste, si ce n’est lui ? –. Et ta tête, elle aussi elle est assez solide pour encaisser un plomb ?  veux-je dire. Je me garde pourtant de piper mot, ne souhaitant semer en lui les germes d’une peur que la constante menace pourrait nourrir ni même provoquer ma solitude en le voyant s’esbigner d’une faucheuse quasi-certaine. Quasi-certaine…

Il impose alors un répit à la tombe de ma sœur pour prolonger notre échange, à mon grand bonheur. Je m’y intéresse. Parce que je vis dans l’ombre de ma propre création, je ne suis pas très au fait des problèmes intestinaux que peuvent enclencher mes décisions. Serait-ce peut-être temps, enfin, que j’abandonne ma croisade personnelle pour retrouver le confort de la Bratva, de délaisser ma toge et mes vieilles rancunes au nom de deux frères tombés injustement au combat ? Sur les lignes de mon faciès parcheminé se lit la syntaxe de l’hésitation. Je me rends compte, peu à peu, que je place Wesley sous les possibles feux de la vengeance à défaut de bien vouloir risquer ma peau, quand bien même il s’agisse de défendre mon empire. Il ne rechigne ; reçoit son titre de cible comme d’un honneur, et à bien y réfléchir, j’en suis profondément touché. À la fois de sa fidélité et de son courage, enviant même un peu son insouciance. Mon neveu est définitivement le seul et dernier vrai ami qu’il me reste en ce foutu bas monde. « Les changements demandent toujours un temps d’adaptation, Yakov. Je n’aurais vu personne d’autre que toi à ce poste, sache-le et n’en doute jamais. » Je balaie les horizons immaculés. Des grognements à l’entour se font entendre, mais je ne vois aucun monstre rôder. Les charognes sont partout ; la prudence se doit d’être doublée et pourtant, je me sens glisser dans un océan de reconnaissance et de mélancolie qui me font baisser toute garde. « Je suis fier de toi. Sans toi, que sais-je ce que je serais devenu. Les temps ne sont pas faciles, mais tu te tiens quand même à mon flanc, prêt à tout dans une guerre qui n’a jamais été tienne. » Et de finir l’aparté sur un froid « Merci », sans juger nécessaire de faire étalage de quelque satisfaction. Je désigne du menton l’embryon de fosse sur lequel il se tient. « Il ne t’en reste plus beaucoup. Continue, mais fait bien attention de ne pas L’abimer. » Je sens ma voix se briser fugacement sur le dernier mot. Le climat de New York, je l’espère, L’a préservée du temps et de la dégradation. Je prie silencieusement pour que Sa beauté soit intacte, intouchable sous une fine pellicule de glace comme d’une perfection que l’hiver même aurait choisi de sacraliser plutôt que d’annihiler.

Et la neige qui brame à nouveau sous les assauts de la pelle.
Et mon cœur, de se serrer toujours un peu plus à l’idée de La revoir.
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Mausoleum of skulls. {Viktor}

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