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 long time ago - evervik

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MessageSujet: long time ago - evervik   Jeu 20 Aoû - 2:40


« long time ago »


   
   
Viktor&Everly
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Le glapissement pathétique de l’animal se transforma doucement en un cri, un râlement de douleur que sa gorge ne pouvait plus contenir, car elle si avait le moindre contrôle sur quelque chose, c’était le témoignage de la douleur qui venait de l’emplir une nouvelle fois. Oraison funèbre sans lyrisme, elle suppliait la mort de l’envelopper, pour lâchement échapper à cette torture, à cette brûlure glaciale qui la pénétrait par chaque pore de sa peau, tandis que l’animal mourrait, disparaissait de son esprit.

Depuis quand avait-elle été coincée sous cette horrible forme? Combien de jours étaient passés depuis cette malédiction, cette première vague de douleur? Elle n’en avait aucune idée. La nuit la narguait, ne lui épargnant pas le coup de chaleur typique de la Nouvelle-Orléans. Elle était si sollicité par la moindre partie de son corps en souffrance qu’elle ne savait même plus de quoi elle devait se plaindre. Naturellement, son corps grotesque, nu, douloureux tressauta avant de la laisser se recroqueviller sur elle-même. Pourquoi n’avait-elle pas pu mourir? La mort la narguait, s’éloignait, alors qu’elle l’aurait tant souhaité.

Incertaine de voir, elle leva une main blafarde devant son regard embué de larmes, sa pupille se dilatant pour lui permettre de s’habituer à la pénombre inquiétante de la ruelle qui l’avait accueilli. Elle n’était pas aveugle, et pourtant elle l’aurait cru. Il n’y avait que de pâles lueurs lointaines de lumière pour l’éclairer. L’évidence la frappa ; elle devait vite rentrée.

Viktor l’attendait-elle? Aucune réponse ne vint même la réconforter. Toujours fragile, elle prend appui sur le mur pour se relever sur ses jambes faiblardes, comme si elles eurent été deux branches sèches qui menaçaient de se rompre au moindre effort. Elle valsa lentement, péniblement contre la brique rêche, s’éraflant le derme au niveau de l’épaule, du haut de son bras. Elle souffle, gémit légèrement tandis que ses os lui rappellent sa malédiction, chaque craquements semblant être un murmure lui racontant sans arrêter des parcelles de son histoire pathétique.

Sa vie entière lui fait mal. Encore plus de devoir se traîner devant lui, sans explication logique. Sans prendre la peine de même se couvrir, elle déambule, pouvant facilement passée pour l’un de ces morts-vivants qui vivaient en bordure de la ville. Mais elle ne saigne pas, n’est pas pourrie, n’est pas hantée. Elle n’est qu’une pâle réplique d’elle-même, vestige d’un temps où elle n’était qu’elle-même et qu’elle n’avait pas à partager.

Les réverbères de la rue lui éveillent un peu plus les sens, ses pieds raclant le sol avec détermination tandis qu’elle s’imagine son visage, ses traits, l’expression qu’il aura lorsqu’elle reviendra. Ses tripes se nouent douloureusement, rendant sa marche un peu plus empoignante, tragique. Plus loin, la silhouette de la cathédrale se détache sur le velours noir du ciel nocturne.
Fantomatique, elle parvient à s’y traîner en silence, gémissant parfois lorsque la plante de ses pieds butent contre du gravier. Elle ne songe qu’à atteindre le parvis de l’endroit, priant presque pour que ses dernières forces ne la lâchent pas au dernier moment. Mais elle espère surtout qu’il y sera. Qu’elle lui explique, qu’elle lui dise un mot ou deux, qu’il soit toujours là.

Et elle la voit, la porte en bois massif qui semble lui chanter de la franchir. Si elle pouvait sourire, elle ferait, mais sa bouche semble figée en une fissure douloureuse qu’elle ne parvient à mouvoir que lorsqu’elle doit se plaindre de supporter sa propre existence.

Son corps s’élance ultimement vers le portail, s’écrasant de toutes ses forces contre les portes qui s’ouvrent à peine sous son poids presque plume. Elle râle, s’écrase de nouveau douloureusement contre le bois massif, qui finit par lui autoriser passage.

Et elle tombe, épuisée. Le carrelage accueille sa joue, son ventre, ses jambes, tandis qu’une couronne de cheveux dorés encerclent poétiquement sa tête. Une lamentation subtile confirme qu’elle est toujours vivante, mais qu’elle ne peut le prouver plus longtemps. Elle n’a le temps que d’ouvrir les yeux, chercher un mouvement, une voix. Sa voix. Avant de fermer doucement les paupières sur la potentielle inondation que ses yeux lui promettent.





   


   


Dernière édition par Everly Matheson le Lun 31 Aoû - 2:14, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: long time ago - evervik   Ven 21 Aoû - 6:16


LONG TIME AGO
Everly & Viktor

***

Les minutes d’absence se drapent d’éternité. Les jours, quant à eux, prennent un goût amer de petite mort. On lave les dures nuits d’un doigt d’alcool pour galvauder autant que faire se peut la mémoire, quand bien même la réalité, elle, se veut plus pute que mes desseins en exacerbant le chagrin. Il trône en mon palpitant saboté un vide intersidéral que je m’échine à inonder de gnôle, totalement indifférent aux contrecoups d’une pareille cuite en les états lamentables que j’étaye depuis une semaine déjà. Qu’est-ce qui lui a pris, à ma dulcinée, de prendre la tangente sans que mot ne soit dit ? Les faits supposent une trame tout autre pour celle qui est portée disparue, mais ma folie me susurre des histoires délétères au creux d’une oreille quand me nargue ma paranoïa d’un « je te l’avais bien dit » dans sa gémelle. Bien sûr qu’elle s’est esbignée, la gazelle. Il suffit d’un éclair de lucidité empalant les brumes de sa naïveté pour deviner que son existence n’embrasse pas les mœurs sociétales. Qu’elle mérite mieux, la sylphide, que d’être le réceptacle de ma nostalgie, de ma vésanie et d’un zeste de passion. Alors, ce qui justifiait jusqu’alors sa loyauté a pris congé dans son être, et l’obsession étiolée, elle a pu claquer la porte sur notre idylle atypique, laissant derrière elle un cœur en ruines vert de désespoir. Cette idée ayant semé racines en mon encéphale, il n’existe pas même l’ombre d’une inquiétude quant à son mystérieux départ ; n’est jamais venu hanter les wagons de mes réflexions le tourment d’un incident auquel grand aide lui serait la bienvenue. De toute évidence, je suis trop ivre pour lorgner les éventualités, préférant plutôt m’obséder d’un divorce dont elle et sa perspicacité sont les auteurs.

Je porte à mes lèvres pour une énième fois le poison spiritueux se voulant palliatif. Mes pensées louvoient d’une idée à une insanité, bordéliques dans la matrice d’un esprit trouble. Est-ce une impression ou le temps s’étiole trop lentement quand on est en peine d’amour ? Sont-ce mes rétines ou les couleurs s’affadissent lorsque la mélancolie embaume le palpitant fragmenté ? Les sons et les odeurs perdent tout de leur éclat dans les nues de ma misère. Moi dont le cœur est féal envers sa muse, une fois perdue, n’a-t-il pas d’autre ressort que celui de s’éteindre avec l’amour que sa disparition aura tué ? J’ai comme dernière ressource la mort pour muter ma douleur, mais tout d’abord, je me sens vindicatif sous les effets de ma boisson et souhaite soudainement écorcher et ravager et occire la dramaturge de ma tragédie avant de lorgner ma propre fin. Si l’amour est brutal avec moi, je le serai aussi avec lui ; cela exhorte la paluche libre à s’alanguir sur le desert eagle déposé non loin comme sa semblable abandonne le verre pour s’emparer du plus gros format. Ainsi armé et équipé, je me sens prêt à partir en guerre contre ce sentiment fallacieux dans une direction que je ne sais, mais devinerai.

Les guiboles supportent le poids de mes affres d’un équilibre franchement fragilisé par les litres versés. J’ai peine à aligner mes semelles sans que chavire ma barque, ce nonobstant la paroi des murs me servant d’humiliantes béquilles à mon élan. Je traverse des gorges de ténèbres, les rétines violemment striées par des sources de lumière semées ci et là sur mon chemin de croix. Je déambule sans destination, du moins jusqu'à ce que tapent miraculeusement sur mon tympan les plaintes des grandes portes jumelles de la cathédrale. N’avais-je pas verrouillé toute l’enceinte pour préserver ma paix ? La curiosité en émoi face à la rumeur de cette arrivée impromptue, je fais demi-tour et traverse le dédale, non sans m’hydrater en chemin. Quand enfin, je retrouve la béance de la cathédrale, avec ses cieux inatteignables perchés du haut des imposantes colonnes, je présente maladroitement au néant mon amante métallique que j’ai trop grande peine à stabiliser. C’est qu’elle est lourde, cette nuit, ma belle de plombs. « Y’a quelqu’un ?! » dis-je, cherchant à résoudre ces noirceurs pour y deviner l’ébauche d’une silhouette tapie dessous. Les échos de ma propre voix me reviennent en tintamarre, illusion d’une présence dans ma gueule de soûlard et qui me convainc de braquer avec plus de zèle le canon face à moi. Puis, assuré par la stabilité de l’arme à feu, je m’aventure dans l’église, les sens en alerte, bien que graissés d’alcool.

Un rien se présente à moi dans mes recherches infructueuses. Je parcours au centimètre chaque recoin, balançant mon regard entre chaque banc, doutant soudainement de ma suffisante acuité comme si ce grincement à l’entrée n’avait été qu’une manifestation fantomatique de mon imagination. Je suis sur le point d’abdiquer et repartir lorsque je perçois une curieuse masse au sol, enveloppée par les ténèbres et guettée non loin par une raie de lune s’insinuant d’entre les portes. Le museau pointe en sa direction, incertain. Et finalement, abandonne toute initiative à la vue de cette soie flavescente échouée telle un drap d’or près du squelette famélique. Je reconnais le crin et les courbes et le parfum comme s’ils avaient été depuis toujours miens. Everly est étendue là, sur un lit de marbre froid, grelottante et esseulée. Et en la reconnaissant, j’oublie toute idée vengeresse et chasse tout amer désespoir pour me précipiter à son chevet, cherchant à lui redonner ne serait-ce que la moitié de ses hauteurs dans le seul but de la tenir contre mon poitrail dans une marque d’affection venue corroborer à quel point elle m’avait cruellement manqué. « Ever… Ever… » marmonné-je quand mon visage disparait dans le nid chaud que m’offre son cou. Je ne soulève ni son état ni sa nudité, lesquels suggèrent une infortune. Je suis beaucoup trop ivre pour ne serait-ce l’interroger sur son absence. Des minutes ou des heures, je ne pourrais savoir comme le temps s’écoule si lentement sous la malédiction de ma liqueur, mais lentement, je sens remuer la carcasse malingre de ma protégée, et quand bien même elle semble retrouver ses esprits, l’étau de mes bras ne se desserre pas, comme effrayé qu’elle s’efface derechef dans la terrifiante liberté dont elle porte encore le musc.
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MessageSujet: Re: long time ago - evervik   Dim 30 Aoû - 18:19


« long time ago »


   
   
Viktor&Everly
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Elle se surprend à espérer avoir été coincée dans une réalité alternative, cauchemar dont elle n'avait même jamais supposé l'existence, mais chaque douleur l’assaillant est là pour lui rappeler que son cauchemar est réel, et qu'elle n'en ai toujours pas sortie. La fraîcheur du marbre de l'église l'éveille doucement, lui fait ouvrir une paupière à la fois. Elle est concentrée à tenter de se situer, dans le temps et dans l'espace, car toutes notions l'a brutalement quittées lorsque son corps s'est effondré lamentablement contre le sol.

Sa soudaine conscience retrouvée, elle entend des bruits de pas, une voix familière auquel elle n'a pas la force de répondre. Elle garde l’œil ouvert cependant, contemplant les pieds des bancs d'églises, le marbre poussiéreux, les déchets oubliés par les ouailles négligents, les quelques pages de bibles éparpillées, subtilement, dans les recoins que seule elle peut voir, dans cette position humiliante.

L'écho de sa voix vient de nouveau chatouiller ses sens, et quand bien même qu'elle aurait envie d'hurler pour lui rassurer sa présence, elle en est tout simplement incapable, comme si cette transformation lui avait arraché la moindre parcelle de vitalité qu'elle pouvait avoir, elle qui n'était déjà pourtant pas si vivante, petite fille chétive à qui l'on semblait devoir arracher le moindre souffle de vie, le moindre sourire.

L'étreinte puissante la redresse à moitié. Elle n'a même pas besoin d'ouvrir l’œil pour savoir qu'il est là, son parfum fort, épicé lui emplissant les poumons tandis qu'elle semble reprendre un nouveau souffle de vie contre lui. Obstinément silencieuse, elle tente tant bien que mal d'ordonner à sa voix de le rassurer. Et ce n'est qu'une petite voix rauque, à peine audible qui s'excuse platement en un seul mot « Désolée... » Auquel aucune suite ne vient s'ajouter. La chaleur inespérée pourrait presque lui redonner ses couleurs, mais son étreinte est si féroce qu'elle n'ose même pas bouger d'un centimètre.

Une odeur alcoolisée vient doucement s'empêtrer dans son parfum déjà envahissant, et aussitôt elle s'inquiète pour lui beaucoup plus qu'elle ne s'inquiète pour sa propre personne. L'attend-il depuis longtemps? A-t-il finalement abandonné tout espoir de la revoir de nouveau? Car si elle avait été obligatoirement absente, il ne passait pas une minute sans qu'elle ne songe à le retrouver. Qu'était-elle sans lui? Une fille seule, une fille de rien. Un pion, une vie de plus ou de moins.

Lorsqu'elle parvient finalement à bouger, à se reculer pour revoir le visage de celui qui faisait d'elle ce qu'elle était, elle trouve la force de tendre une main blafarde à son visage crevassé par les années. Ses iris d'acier se plante dans ses yeux à lui, tellement désolée, coupable d'une telle absence imprévue. Et pourtant, elle ne saurait expliquer comment, pourquoi, les seuls mots lui venant à la gueule étant de plates excuses. Rien pour le rassurer, pour lui expliquer pourquoi elle l'a abandonné pendant des jours, des semaines, des minutes trop longues pour être supportables.

Silencieuse, son regard l'intime pourtant de la prendre, de l'emmener en sécurité et de rester comme elle n'a pas su le faire. Honteuse de songer à le garder captif à son chevet, elle n'ose l'exprimer par des mots. Il ne lui doit rien, elle lui doit tout. De plus, involontairement, elle est fautive de la souffrance que traduit son regard. Pauvre malheureuse n'étant même pas capable de donner au plus simple, au plus subtil des bonheurs. Elle doute pouvoir arracher plus qu'une grimace de douleur à son gardien lorsqu'elle lui expliquera ce qui lui est arrivé. Mais il n'est pas encore temps de noircir le tableau. Elle préfère s'accrocher à ces retrouvailles avant d'en dévoiler trop.



   


   
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MessageSujet: Re: long time ago - evervik   Mer 2 Sep - 4:12

Les respirations s’entremêlent dans un vide sonore qu’on croirait horriblement lesté d’émotions. Entre mes bras, la presque dépouille de l’enfant oubliée et retrouvée, rescapée du néant après des éons d’absence. Charpente famélique sacralisée entre les vieilles paluches qui la couvent depuis, la pulpe des doigts déniche la vie derrière l'inertie, et le pactole suffit pour lover mon cœur dans un drap de soulagement immensurable. Du reste, je n’ai cure. Il n’y a ni colère ni rancune gisant au fond de mes tripes. Que les résidus d’une peine semée là-dedans par les allégations d’abandon qu’ont narrées ma paranoïa et mon désespoir. Aussi quelques esquilles de peur me triturant l’âme, laquelle ne souhaite plus revivre pareille expérience. Je ne sais si la gnôle mute toute acrimonie ou si je suis bien sobre émotivement, mais je ne ressens pas l’envie de l’admonester ou de l’obombrer de culpabilité. Alors son excuse, murmurée en un souffle qui peine lui-même à se jucher dans le creux de mon oreille endormie, ne me parait point être une nécessité pour laver les fautes commises et demeurées sibyllines par mon incuriosité du moment. Ce nonobstant, l’insensibilité ne s’arrête qu’au chevet de mes craintes nouvellement fondées. Ma solitude m’a fait prendre conscience d’une chose : l’éventualité d’un départ ne repose plus seulement dans les brumes de ma terreur, loin s’en faut. Il s’agit maintenant bien plus que d’une idée appréhendée ; cette dernière sait dorénavant s’esbigner de mon encéphale pour surgir dans la réalité en un horrible cauchemar éveillé. Et si à cette fois un retour a endigué la fin de notre idylle, je ne sais exactement quand il lui reprendra des envies de liberté qui me feront écoper derechef d’une rupture.

La caresse de son index à mon visage buriné m’offre un atterrissage nouveau dans ma réalité altérée. Je profite de la proximité qui nous mure pour admirer les traits de son minois. Aidé par le spiritueux coulant dans le lacis de veines, je ne vois plus cette enfant d’hier devenue ma douce protégée ; c’est Aleksandra qui prend délicatement forme tel un beau rêve carburé par mes sens noyés. Feu ma sœur guigne ma barbaque avec dépit, dans un silence que je qualifierais ironiquement de mort. Et pourtant, c’est sa main que je sens le long de ma tempe ; c’est la chaleur de son souffle qui bute contre mon visage comme un vent d’été dans l’hiver de mon âme ; c’est toute une horde de souvenirs afférents à notre fratrie qui saccage mon cœur. Le rideau de chair s’abat fissa sur cette ultime image ; la nostalgie force ma folie à modeler sa voix dans les tréfonds de ma boite crânienne, laquelle réitère des « Viktor » tel un précieux disque à semi-détruit par les âges. Je suis complètement saoul, évidé de la moindre raison, et dans mon ivresse je réponds au fantôme qui hante mon esprit d'un murmure, jeté entre nous deux comme les poignards de l'infidélité : « Aleksandra... » J’en viens à la conclusion que l’absence d’Everly n’a été qu’un cruel rappel aux abimes qu’a creusés Aleksandra lorsque sa dernière expiration a voltigé au-dessus de sa carcasse en devenir.

Non. Plus jamais.

Alors ma vision, de se recouvrer sur l’illusion dissipée et sitôt remplacée par cette même tête flavescente que j’ausculte avec un sérieux effrayant. J’emprunte les layons les plus tordus que me trace une raison ravagée et du bout de la réflexion, je me surprends à ne vouloir qu’une chose : marquer ma protégée pour éviter de la perdre à nouveau. La frapper de mon seau. Voire, la faire mienne bien plus qu’elle ne l’était dans le passé. L’alcool aidant, mes bras s’activent, non pas pour la porter dans un nid chaud propice à curation — tâche que les frangibles guiboles ne sauraient endosser, mais pour la garder dans mon ergastule de chair et de muscles et de folie. Râble ployé sur les courbes multiples de sa nudité, l’écrin de mes lèvres délivre un baiser sur le derme de vélin, froid de par le marbre se voulant notre couche en devenir. « Tu m’as manqué. Tu m’as tellement manqué... » susurré-je à ce corps et non à la femme, muse de ma nostalgie pour ses similarités avec ma sœur. La voix se brise sur ses ultimes notes, transpercée d’un chagrin ou d’une détresse, je ne saurais le dire comme j’ai grand mal à régir mes pulsions. La passion s’enflamme sous la toge dès que mes mains trouvent ces monts et merveilles charnels, tâtant avec maladresse comme des éclaireuses déployées sur un terrain méconnu. Rien ne saurait juguler ma gourmandise en essor. Et pendant que je m'affaire sur les fastes de sa beauté, je réitère mon antienne tel un grand malade, semant pléthore de baisers sur la route de ses seins. « Tu m’as manqué. Ne me quitte plus. »

Ma bouche sur le galbe désiré et mon nez sur le cœur, je m’arrête abruptement.
Respire et inspire les odeurs qui déchirent le brouillard de mon esprit pour m’alerter d’une anomalie.
Serre des dents, puis la repousse avec une brutalité telle que sa tête heurte le marbre.

Mon palpitant s'énerve et toute concupiscence se suicide contre mon dégoût. Je l'observe. Non. Je la dévisage avec horreur en me reculant, affolé, jusqu'au banc le plus proche. Ce miasme encore imprimé sur mon odorat me dévoile la plus horrible des vérités : elle n'est plus elle. Mon index s'élève faiblement en sa direction et j'accuse, sinon jette l'anathème sur le paria que j'ai pris pour mon enfant. « Qu'est-ce... » Les mots s'engluent dans ma nausée ; mon râble se conglomère au bois vétuste, espérant le franchir pour dilater plus encore la distance comme un saint face à un lépreux. Les pensées défilent sur une raison rafistolée par la dure réalité me rattrapant. La colère renaît jusqu'à empreindre mon regard d'une rage et d'une aversion envers l'innocente enfant qui n'est plus.
Bouffée par un monstre. Devenue monstre.
Et moi, de scier le malaise d'une question, une seule : « Qu'es-tu ? »
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long time ago - evervik

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