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 Obstacles || PV Rafael

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↳ Opinion Politique : A voile et à vapeur, là où l'intérêt le porte, soit essentiellement le Gouvernement puisqu'il pourrait lui permettre une petite ascension sociale qui ne serait pas de refus.
↳ Niveau de Compétences : 4 avec une préférence pour la magie noire et les fessiers joufflus
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MessageSujet: Obstacles || PV Rafael    Sam 28 Nov - 2:04




Obstacles
Rafael & Noah





La rue, déjà habituellement animée, était noire de monde ce jour-là. Les badauds s'amusaient, riaient, parlaient vivement, dans cette insouciance crasse qu'ont habituellement les gens à la période des fêtes. Une vie à laquelle il ne s'habituait toujours pas, malgré les années passées de nouveau à la surface, mais qui pourtant lui rappelaient ces temps anciens passés à arpenter les cornières pavées de sa Rome natale. Même après des siècles, l'Humanité restait la même. Nouée, solide, autour du consumérisme.
C'était déplorable mais bien la réalité. Après tout, lui-même n'était pas exempt de cet attrait pour les belles choses, pour cette quête éternelle d'une vie confortable, un joli petit pactole bien au chaud sur son compte bancaire. C'était essentiellement pour cette raison qu'il était là, par cette journée radieuse, les mains fourrées dans les poches de son manteau en laine grise, le pas alerte, presque sautillant. Ses actions n'étaient peut-être pas des plus belles, mais elles avaient enfin porté leurs fruits. Nul ne travaille gratuitement, après tout. Pas lui du moins. Et, aujourd'hui, il allait enfin obtenir rétribution pour ses nombreux sacrifices. Tant d'heures passées à écouter les secrets les plus obscurs de ses patients. Tant de sueur accordée à trop d'âmes qui ne présentaient aucun intérêt majeur. Les thématiques abordées par la majorité de ses patients étaient les peines de coeur, le stress au boulot, la peur, du Gouvernement ou de la Résistance. Mais rien de suffisamment concret pour qu'il se penche réellement dessus.
Pour qu'il le communique à ceux que cela pourrait intéresser.

Et des fois, sa patience payait. Chercheur de perles, il ouvrait progressivement huitre après huitre jusqu'à trouver le témoignage, la fameuse information qu'il pourrait rapporter au Gouvernement. Et récemment, il avait réussi à tomber sur des informations précieuses, suffisamment riches pour mériter d'être partagées. Fi du secret professionnel. Noah savait que sa collaboration était plus qu'appréciée, et son identité protégée dans les bases de données des Services Secrets.
Il ne risquait rien. Donc il le faisait.

Les semelles de ses chaussures en cuir italiennes claquaient sur la terrasse du petit café où on lui avait donné rendez-vous. Avec une nonchalance masquant son excitation, il s'installa à une table libre et commanda un expresso bien serré. Feignant d'attraper quelque chose dans sa besace, il jeta un coup d'oeil circulaire alentours. Personne n'avait l'air de vouloir approcher de lui. Après tout, il avait vingt bonnes minutes d'avance.
C'était la première fois qu'on le contactait par rapport à ses contributions. D'habitude, c'était plutôt dans le sens inverse. Il appelait, parfois écrivait, témoignait, et on le remerciait. Tous s'en tenaient là. Alors quand il reçut un appel des Services Secrets, lui stipulant de se tenir à 15h à ce café précisément, son coeur avait bondi dans son torse.
La consécration était enfin là. Réelle. Palpable. Et il était prêt à la recevoir en bonne et due forme.

Nerveusement, il tapota sur le marbre gris de la petite table, juste devant lui. Aucun des badauds alentours ne lui prêtait attention, personne qui n'eut l'air de vouloir lui parler n'était à proximité. Il y avait bien ces deux jeunes femmes graciles, aux cheveux vifs et au sourire charmant, qui venaient de lui lancer un regard équivoque. Il leur avait répondu avec un léger hochement de tête, plus par politesse que par attrait. Elles n'étaient pas la personne qu'il attendait.
L'appel avait été plus que succinct, ne lui donnant aucune information quant à la personne qui allait le rencontrer. Juste que cette fameuse personne s'occuperait de le remercier pour ses bons et loyaux services, en plus d'avoir une proposition à lui faire. Lucrativement parlant. Sauf que les Services Secrets étant ce qu'ils étaient, il n'avait bien évidemment pas la moindre idée d'à quoi pouvait ressembler leur meneur. Si tant est que ce soit un homme.
Il ne lui restait donc plus qu'à attendre, attendre pendant vingt minutes qui allaient être une véritable torture, compte tenu de son allégresse. Et s'il était emporté par la joie, l'irritation n'allait pas tarder à venir. Il le savait, cela faisait plus de sept siècle qu'il se pratiquait. Dans un soupir résigné, il finit par attraper le livre qu'il avait mis dans sa besace, tira le marque page en cuir repoussé et se plongea dans la lecture. Oubliant le brouhaha ambiant ainsi que le monde tout autour de lui, il estima que si ce fameux ponte devait lui adresser la parole, il serait bien assez grand pour lui parler directement.


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↳ Citation : C'est de cela dont j'ai vraiment peur. D'être véritablement un monstre. Je n'ai pas envie d'être un tueur, mais je ne peux pas m'en empêcher.
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MessageSujet: Re: Obstacles || PV Rafael    Dim 29 Nov - 21:50



Mes doigts s’amusent sur le document au rythme d’une mélodie entendue de moi seul. Je ne sais qu’en penser. Lorsque j’ai demandé un compte rendu détaillé des activités d’espionnage du service, c’était dans l’optique d’avoir une vision d’ensemble relativement claire. Lorsqu’on m’a fait parvenir les documents traduits en braille et que j’ai commencé à les décortiquer avec une certaine minutie, ralenti par mon apprentissage de cette nouvelle manière d’écrire, j’ai compris une chose : que rien n’était clair, défini, tangible et stable. Enfin, lorsque j’ai demandé des précisions sur cet informateur récurrent et pertinent… je ne m’attendais pas à cela.

Et je n’apprécie guère les surprises surtout quand elles sont de cette ampleur. Mes doigts glissent à nouveau sur la séquence de lettres. Mon épiderme s’attarde sur les reliefs, se perd dans leur succession, dessinent, devinent un nom. Et un prénom. Que j’ai fait rajouter il y a quelques minutes. Je ne sais qu’en penser. Bien sûr que je l’ai cherché, bien sûr que je l’ai traqué. Dès que j’ai compris qu’Azzura était en vie, j’ai commencé à tous les traquer, ces sorciers qui ont fait de ma vie un enfer. Ceux qui m’ont volé ma vie, mon espoir, mon enfant. De l’homme qui a assassiné ma fille à mon amante en passant par ce traitre. Mon frère. Bien plus proche de moi qu’Orfeo. Je ne sais qu’en penser. D’un mouvement de main, je fais signe à mon assistant de remettre en marche l’enregistrement qui va avec l’ensemble du dossier. Je ferme les yeux, me concentre sur ces lèvres qui répètent inlassablement les mêmes syllabes. Petit échantillon de phrases que je connais par cœur, suite de sons et d’accentuation qui ôtent à chaque répétition un peu plus de doute pour le remplacer par une certitude aiguë et douloureuse. Il est en vie. « Laissez-moi » Ma voix n’est qu’un murmure mais n’attend aucune réponse. L’assistant éteint l’enregistrement, disparaît sans un mot, me laisse seul dans mon bureau et avec mes pensées.

Je peux le faire arrêter. Je peux même trouver, créer, falsifier un prétexte pour le faire chuter, le faire exécuter, torturer, le faire rejoindre Stain en prison et l’écraser. Mais… il y a ce mais en suspens entre moi et ma décision. Je repousse le fauteuil dans un soupir et me lève pour déambuler dans mon bureau à la recherche d’arguments, pesant le pour et le contre. Il y a quelque chose d’incroyablement puissant à savoir ce que l’autre ignore. Quelque part, je tiens entre mes mains l’épée qui va s’abattre sur la nuque de celui qui fut comme un frère pour moi, ou qui va l’épargner. Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. Cette phrase gicle de mes lèvres dans une articulation muette, vestige de mon sens moral et de cette volonté qu’instillait chaque jour Azzura de rejeter les pulsions meurtrières charriées par mon sang et mon héritage. Suis-je corrompu par le pouvoir ? Tu es corrompu par le sang. La réponse du loup se fait goguenarde, je claque la langue, agacé, pour le faire taire. Il n’a pas tord, c’est cela qui m’effraie. Depuis la mort d’Azzura, je dégringole dans mes enfers, je ne sais plus où me raccrocher. Depuis la mort d’Azzura, je me complais dans mes expéditions vengeresses qui visent davantage à faire couler le sang qu’à venger quiconque de quoique ce soit. Je suis perdu. Je me suis perdu en chemin. Mes pas me conduisent vers cette baie vitrée qui ouvre une perspective sur la ville en contrebas. Je ne vois plus l’ensemble, je ne contemple sous mes doigts que la surface lisse et glacée du verre, que la tangibilité de la réalité autour de moi.

Noah. Dalmazio. Meadow. Le goût de la trahison acidifie mes papilles quand bien même des siècles nous séparent du poignard qu’il a enfoncé dans mon dos. Je me passe une main sur le visage sans parvenir au moindre compromis. J’ai beau faire, j’ai beau chercher, je n’arrive pas à rejeter complètement l’idée d’aller le voir moi-même. Ma vanité me perdra, mon égoïsme aussi. J’ai besoin de lui parler, j’ai besoin d’être en sa présence à défaut de pouvoir le détailler avec minutie. Et bien soit, cédons face à la tentation, cédons face à la facilité, cédons tout simplement. Quelques pas, un coup de fil, j’ordonne qu’on entre en contact avec l’informateur numéro seize afin de convenir d’un rendez-vous et je notifie sans m’y attarder que je ferai le déplacement. « Inventez un prétexte, appâtez le, faites le ramper pour une récompense, procédez comme habituellement » réponds-je lorsqu’ils me demandent des précisions sur le message à véhiculer. Qu’il vienne en étant attiré par l’appât du gain, il ne sera que dans de meilleures dispositions pour se confronter à moi et minauder. Le pouvoir absolu corrompt absolument. Suis-je en train de pécher par orgueil et un trop plein d’assurance ? Certainement.

Mais je ne le regrette pas. Adossé dans un coin de l’établissement, j’écoute d’une oreille le brouhaha et de l’autre ce que murmure l’un de mes hommes. Il me décrit l’espace avec une minutie acquise ces dernières semaines, m’épargnant les détails futiles, s’attardant au contraire sur la disposition des portes, des tables, des chaises et la corpulence des personnes les plus menaçantes. Liés par une loyauté indéfectible, je sais que mes gardes-du-corps triés sur le vol rechignent à me laisser seul dans une foule où les possibilités pour attenter à ma vie sont multiples. Loyaux, fidèles, intelligents mais exaspérant, j’ai cette indépendance héritée du loup qui me fait rejeter avec force cette protection que l’on m’assigne et que l’on m’impose. « Il est là. Assis à quelques mètres. Il vient de sortir un document. Il a vingt minutes d’avance tout comme vous, monsieur. Voulez-vous que je vous y conduise maintenant ? » Je me mords la lèvre sous l’hésitation. Si je suis bien plus apte à me déplacer qu’un infirme lambda, je reste aveugle et toutes les capacités lupines conférées par ma nature abominable sont insuffisantes pour compenser entièrement ma cécité. Je suis bien obligé de me rendre à l’évidence : son main se pose avec délicatesse sur mon bras pour me mener au plus proche de la table et m’y laisse avec une évidente mauvaise volonté. J’ai cependant suffisamment confiance en mon autorité et en la crainte que je peux inspirer chez eux, crainte mêlée de respect, pour ne pas douter un seul instant de son obéissance. J’attends une poignée de secondes avant de me faire remarquer dans un soupir. « Et bien Noah… on m’a laissé entendre que tu ne savais toujours pas tenir ta langue ? » Ma voix chantonne cet italien de notre naissance, mes doigts se glissent le long de la banquette pour m’y installer avec la nonchalance du maître des lieux.

Je suis tendu. Bien plus que mon apparence ne peut le laisser supposer. Je suis tendu dans cette crainte naturelle des ténèbres qui m’oppresse et de la respiration sonore de mon ancien ami. Traître.


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big bad wolf
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MessageSujet: Re: Obstacles || PV Rafael    Lun 30 Nov - 1:56




Run, boy, run
L'attente avait été insoutenable. Un petit soupçon d'éternité pour cet homme qui, enjoué comme un enfant qui attend que le Père Noël passe enfin, n'en finissait plus, justement, d'attendre. Même le livre, pourtant passionnant, n'avait su apaiser son excitation. Après tout ce n'était pas tous les jours qu'on pouvait vous remercier en personne pour vos bons et loyaux services. Ce n'était pas tous les jours, surtout, que c'était lui qui allait être remercié comme il se doit. Ça se fêtait presque. Même si rien n'était encore sûr ou conclu, c'était si proche qu'il pouvait presque le sentir. Un soupçon de certitude suffisamment palpable pour que son cœur n'en cesse de bondir dans son torse, bombe à retardement à deux doigts d'exploser. Il baissa les yeux sur sa montre, qui n'affichait qu'une minute écoulée de plus que la dernière fois qu'il l'avait consultée. Encore dix-sept petites minutes avant la délivrance. Les dix-sept minutes les plus longues de ses 785 années d'existence. Nerveusement, il était retourné à son livre, son genou s'agitant frénétiquement sous la table.
Il était un enfant. Il attendait son cadeau comme on attend le Messie. Et le Père Noël, s'il était toujours à l'heure, n'avait pas dans ses habitudes d'être en avance.

Finalement, il entendit le bruissement de vêtements à proximité de lui. Une silhouette sombre au coin de son œil, savamment discrète, qui l'avait enfin approché. Un sourire étira le coin de ses lèvres alors qu'il entendit le soupir de cet homme, son interlocuteur. La joie explosait comme mille trompettes dans tout son corps, associée à l'expectative. La nouvelle serait bonne. Il en était certain. Tellement certain qu'il commençait tout juste à refermer son livre avec une lenteur calculée, mesurée et travaillée au fil des années, avant de s'arrêter net. Cette voix. Non...

Traitre.
Assassin.
Voleur de vie, d'amour, et de promesses
.

Les paroles avaient clairement été réfléchies, dans sa langue natale. Après tout, elles ne venaient que de la seule personne dont il n'aurait jamais espéré entendre à nouveau la voix. Une voix qui le giflait par sa seule entente, l'ensevelissait, par le roulis chantant de son accent, sous la haine. Le mépris. Le dégoût.
Sauf que la première sensation qu'il avait ressentie en l'entendant fut la peur. Une peur profonde, maladive, qui croissait pareille à du poison dans ses veines pour alimenter jusqu'à la plus infime de ses cellules. Une peur si sourde qu'il avait senti le sang quitter son visage, que son cœur s'était effondré dans sa poitrine et que le souffle lui manquait. Comme un coup de poing. Ou plutôt un coup de poignard.
Levant enfin les yeux sur Rafael, il reposa son livre sur le marbre gris de la table. Il avait les mains moites et la gorge sèche. Et aussi primaire qu'il soit, son premier instinct fut de regretter de ne pas avoir commandé un verre d'eau pour accompagner son café.

-Rafaele...

Il avait bien ménagé son entrée, ce Judas Iscariote. Si bien que Noah ne douta pas une seconde qu'il fusse accompagné d'un ou deux sbires, histoire de s'assurer qu'il ne parte pas. Pourtant ce n'était pas l'envie qui lui manquait, là, tout de suite. Caressant nerveusement la tranche de son livre du bout de l'index, il finit par froncer les sourcils, puisant dans ses ressources pour trahir sa peur initiale le moins possible. La conversation ayant commencé dans leur langue natale, maternelle, il était de bon ton qu'elle le reste. D'autant qu'ils avaient des comptes à régler que les gorilles de son compatriote n'avaient pas besoin de connaître.

-...c'est donc toi qui es à la tête des Services Secrets. Quelle ironie.

Il força un rire sans joie, pour marquer ses paroles comme pour se rasséréner lui-même. Il se sentait à nouveau ce jeune homme spolié au pied du mur, n'ayant plus rien à perdre puisqu'ayant déjà tout perdu, qu'il l'avait forcé à devenir des siècles auparavant. Mais quelque chose, cette fois-ci, ne collait pas. Et son assurance revenait progressivement à mesure qu'il scrutait son ancien ami, recherchant une réaction, un signe, une faille à exploiter. Son visage était trop lisse. Son regard trop fixe. Quelque chose ne collait résolument pas, mais il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus.
Croisant ses bras sur son torse, le psychiatre s'adossa plus confortablement contre le dossier de son siège, s'efforçant de contrôler d'avantage ses sens comme le reste de son corps. Retrouver le calme. Chasser l'envie primaire de prendre ses jambes à son cou, irrésistible, si irrésistible, et qui pourtant pourrait signer son arrêt de mort. Ne pas céder non plus à la tentation de créer une illusion pour mieux mettre en application son premier instinct. La survie était une chose honorable, mais Rafael était l'être qui le connaissait le mieux. Qui savait qui il était et ce dont il était capable, encore plus que lui-même. Autrefois, ils étaient deux faces d'une même pièce, chacun connaissant les forces comme les faiblesses de l'autre dans une perfection rare. Les siècles avaient beau s'être écoulés, impétueux, cette vérité ne devait pas avoir tant changé que ça. Ils étaient toujours liés d'une certaine manière par le sort que Noah avait lancé à son ami.
Il aurait dû se méfier. S'en douter, qu'un jour, il se retrouverait sur son chemin. Couperait net ses ambitions, voire tenterait probablement de lui donner la mort. Le sorcier n'avait pas ressenti sa perte, même à Darkness Falls. Au fond, cette sensation lui avait toujours prouvé que l'autre était encore vivant. Et qu'il reviendrait finir ce qu'il avait commencé, l'heure venue.
Mais il était hors de question que son histoire s'achève maintenant. Sa voix était désormais plus sûre alors qu'il regagnait sa contenance. Passant sa main sur son visage, guettant toujours les réactions de l'homme en face de lui comme les autres clients du café, il railla à nouveau.

-Je t'ai toujours su doté d'un sens de l'humour incroyable, mais là, je dois avouer que tu dépasses toutes mes espérances, Rafaele. Es-tu venu pour me couper toi-même la gorge, comme autrefois, pour m'offrir un travail ou tout simplement pur l'unique plaisir de me voir ?

Avec une clarté qui le foudroya, la révélation s'imposa à lui comme une évidence. Le regard froid de son ami était bien trop fixe. Si fixe. Tellement fixe qu'il réfléchit rapidement à une formule pour se protéger, au cas où l'idée qui effleura son esprit tourne au bain de sang. Dans un mouvement brusque, si rapide qu'il ne pouvait que provoquer une réaction, le psychiatre leva sa main droite. Un homme sembla bouger sur sa droite, parmi les badauds, clairement nerveux. Probablement un des gorilles du chef des Services Secrets. Mais le regard de Rafaele ne suivit pas son mouvement. Même avec le self-control le plus maîtrisé, il était impossible de ne pas seulement suivre la main des yeux ne serait-ce qu'une seconde, surtout sachant qu'il pouvait suffire au déclenchement d'un sort. Son "ami" le connaissait suffisamment pour l'en savoir entièrement capable. Et pourtant.
Cela suffit pour provoquer un éclat de rire franc, profond, de la part de Noah.

-Si tant est que tu sois capable de me voir !

C'était sublime. Juste sublime. Un chef des renseignements incapable de voir son ennemi, mais qui venait tout de même en connaissant les risques. L'homme de main était suffisamment loin pour ne pas avoir le temps d'intervenir immédiatement si Noah estimait le moment opportun pour jeter un sort. Juste pour le plaisir de le voir. L'idée fit écho dans le crâne du prêtre défroqué. Juste boire un café en terrasse avec l'homme qui a détruit ta vie.
Paradoxalement, cela le mettait en confiance. Abaissant son bras pour que le sbire se détende, lui-même plus à l'aise, il joignit ses mains sur la table en observant son ami. Il possédait maintenant un argument potentiel de négociation. Le premier.

-Je te demanderais bien comment tu as réussi cet exploit mais la situation n'est probablement pas favorable à ce type de digressions. Pour quelle raison es-tu ici, vraiment, Rafaele ? Pour me tuer, ici, au milieu de tous ces gens qui prennent un café le plus sereinement du monde ? Tu sais que tu n'y survivrais pas toi-même. Et ce serait gâcher une si belle journée.

Rafael lui survivrait, s'il le tuait, mais pas son humanité. En plus de sept cents ans il avait dû parfaitement le comprendre. C'était pour cela que Noah ne se sentait plus particulièrement menacé. Il restait sur ses gardes, bien évidemment, mais pour une fois ne ressentait plus le besoin de s'enfuir en sa présence. Il n'était pas, lui-même, n'importe qui. Il avait des moyens pour se défendre, qu'il n'avait certainement pas eus quand l'ire s'était abattue sur eux à Rome et avait éclaboussé leurs âmes du sang d'innocents.

La curiosité supplantait à présent ses sensations. Quoi que Rafael ait voulu faire ou prouver en s'asseyant à cette table, le sorcier était prêt à l'entendre.

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MessageSujet: Re: Obstacles || PV Rafael    Mer 2 Déc - 19:43



Traître, lâche, menteur, monstre, parasite, vermine Le loup jappe, crache, hurle à la mort et trépigne dans sa cage. Je commence à bien le connaître l’animal et surtout je sais qu’il représente en quelque sorte l’incarnation de mes pensées les plus obscures et les moins assumées. Je veux l’égorger, je veux me jeter sur lui et lui planter mes crocs dans sa carotide, sentir son pouls pulser dans ma gueule et la vie le quitter peu à peu pendant que je le défigure. Le loup racle ses griffes sur le sol, lacère ma patience, sape mes fondations et use mon contrôle sur ses instincts primaires. Parce que ce ne sont que des instincts primaires. Représentations de mes pensées, certes, mais instincts bestiaux, instincts primaires, si difformes comparés à mes pensées humaines que les deux ne peuvent être en totale adéquation que lorsque la fureur détruit mon humanité et laisse libre court à la fureur du loup.

Traître. La vengeance a la saveur douceâtre de l’attente et se distille sur mes papilles alors que je la contrôle d’une torsion de volonté. Ce n’est qu’un traître et les années voire les siècles n’ont pas touché à sa nature profonde. Délateur un jour, délateur à jamais, le loup persifle entre ses babines des insultes et des attaques à l’encontre de l’autre mâle dominant de la pièce. Je l’entends bouger, je l’entends poser un objet sur la table. Un simple effleurement résonne comme un hurlement à mes sens rendus bien trop sensibles par mon animalité et ma tension qui augmente sans s’arrêter dans mes muscles et dans mon sang. J’inspire lentement, dans une apparence nonchalante et détendue si loin de la réalité que les deux ne semblent pas cohabiter sur un même plan. Mes yeux cachés par mes lunettes de soleil sont figés sur un point qui m’est invisible, ce sont mes doigts qui me permettent d’appréhender mon environnement. Revêtement cuir de la banquette, texture glacée de la table, je suis installé face à lui. Rafaele... Ce prénom résonne à mes oreilles comme un vieux souvenir, teinté de notre italien natal. Rafaele. Personne ne m’appelle ainsi désormais, j’ai tué un à un les vestiges de mon passé pour les transformer en fantôme. Et ceux qui ne sont pas morts par ma main l’ont été par les doigts d’un autre. Rafaele. Ce prénom perfore mes défenses, déchiquètent ces faibles liens qui retiennent le loup. « Tu peux te contenter de Rafael, sans d’autre fioriture. » Ma voix n’a rien d’agressive et pourtant ma nervosité se faufile entre ces syllabes arrachées à ma susceptibilité. ...c'est donc toi qui es à la tête des Services Secrets. Quelle ironie. Je penche légèrement la tête sur le côté, par réflexe, presque sans m’en rendre compte. Ce mouvement typique du loup que j’héberge laisse transparaitre pour qui me connait mon attention extrême. Ironie ? Mes lèvres tracent un sourire indéfinissable.

Pas d’amusement, pas de chaleur, pas de complicité. Si sourire il y a sur mes lèvres, ce n’est que par orgueil et légère vanité. A la tête des Services Secrets, moi qui étais jadis promis au titre de Seigneur de Guerre et qui décorait mes mains du sang de mes victimes. Mets tes mains dans le sang, laisse sa chaleur imbiber tes pores, patauge dans la fange pendant quelques années avant de comprendre à quel point tu n’es pas faire pour la faiblesse et à quel point ton sang à toi te tire vers l’excellence. La voix de mon grand père se répand en écho dans ma mémoire, parasite asphyxiant d’une autorité désormais révolue. A la tête des Services Secrets, oui. Si je ne trempe plus mes mains dans le sang des suppliciés, ce sont mes crocs que je teinte de grenat et c’est ma fourrure qui est parsemé de tâches sombres. Et si je ne suis plus protéger par mon aura d’héritier du Seigneur Renzacci, je suis invulnérable à ce point perché en haut de la hiérarchie, à considérer de mon dédain la foule des pécores qui s’agite à mes pieds. « Nulle ironie, Noah, simple logique des choses. » Ma voix sourit à son tour et si mon visage conservait jusque là son indifférence caractéristique, c’est bel et bien de l’amusement qui enveloppe mes mots. Simple logique des choses, en effet, que de voir un ambitieux comme moi s’être élevé à la force des poignets et de son intransigeance aussi haut qu’il le pouvait.

Ses mouvements vibrent dans l’ambiance sonore du bâtiment, je n’en perçois que la moitié mais ils me suffisent pour le localiser dans l’espace et devenir ses gesticulations. Un frottement, il s’adosse davantage au dossier de son siège. J’attends, patiemment, qu’il me concède une poignée de mots. Si je suis là, c’est officiellement pour le recruter. C’est donc à lui de vendre ses talents, de babiller sans interruption jusqu’à ce que mon intellect crie grâce et que d’un geste de la main, j’interpelle l’un de mes gardes du corps pour qu’il vienne me chercher et, éventuellement, réduire en lambeaux méconnaissables celui qui partageaient autrefois la plupart de mes songes et se voyait le garant de ma confiance. Les lèvres sèchent, je suis contraint par ce silence à l’introspection et à la prise de décision. Que suis-je venu faire ici très exactement ? Je t'ai toujours su doté d'un sens de l'humour incroyable, mais là, je dois avouer que tu dépasses toutes mes espérances, Rafaele. » Je fronce les sourcils, seul signe notable de mon écoute. « Es-tu venu pour me couper toi-même la gorge, comme autrefois, pour m'offrir un travail ou tout simplement pur l'unique plaisir de me voir ? Mon sourire a disparu, mon visage n’est qu’un masque impassible. L’avantage de ma cécité, c’est qu’il est plus simple pour moi de garder mon calme sans avoir à contempler la face abjecte de l’une des plus douloureuses trahisons. Incapable de lire dans ses pensées, je ne peux savoir ses conclusions et ses interrogations, je ne peux qu’être muré dans le silence de ma nuit éternelle et me recréer une réalité à partir de sons et de sensations si intangibles que chaque minute requière de ma part une attention accrue. Lui couper la gorge. Mes lèvres s’étirent dans un rictus carnassier. « J’admets sans complexe qu’il me serait très agréable d’entendre s’échapper de ta gorge un gémissement de douleur additionné du doux gargouillis de ton agonie. » J’article posément sans la moindre fluctuation de ma voix, sur le ton de l’évidence. « Mais je ne suis là que pour analyser un profil, me rendre compte de sa valeur réelle et séparer le bon grain de l’ivraie. Disons que tu pars avec un léger handicap face aux autres candidats. » Bien sûr il est le seul dans ce cas, il est le seul dont le profil m’intéresse autant que les moyens par lesquels il obtient ses informations. De confidences confessées à confidences murmurées, il n’y a eu qu’un pas à franchir et l’homme face à moi n’a pas dû hésiter bien longtemps pour le sauter.

Son éclat de rire me prend totalement au dépourvu. Ma tête se tourne brutalement dans sa direction approximative. Si tant est que tu sois capable de me voir ! Un frisson glacé dégringole ma colonne vertébrale, s’éprend de chacun de mes muscles et perturbe ma respiration. Je te demanderais bien comment tu as réussi cet exploit mais la situation n'est probablement pas favorable à ce type de digressions. Pour quelle raison es-tu ici, vraiment, Rafaele ? Pour me tuer, ici, au milieu de tous ces gens qui prennent un café le plus sereinement du monde ? Tu sais que tu n'y survivrais pas toi-même. Et ce serait gâcher une si belle journée.

Je déglutis péniblement. S’il me semble naturel que les gens sachent pour mon infirmité de moins en moins récente et de plus en plus établie, j’en oublie parfois que tous ne le savent pas et que le Gouvernement a accepté de ne pas en faire la publicité. Chef des Services Secrets, Aveugle, Skinchanger, autant d’informations que l’on n’étale pas devant la presse sans pour autant les cacher. Contrôlant mes traits, maîtrisant mes mouvements dans les moindres détails, j’enlève avec une lenteur exagérée mes lunettes de soleil que je pose devant moi sur cette table posée entre lui et moi. Mes rétines brûlées restent immobiles, négligemment décalées sur un point invisible. Pour quelle raison suis-je ici ? « Aussi ironique que puisse-t-être l’expression, je suis en effet venu pour te voir, Noah. Te jauger. Palper du bout des doigts ta déchéance afin de m’en satisfaire et d’avoir la magnanimité de te donner de quoi beurrer tes épinards et rapiécer ta mise. Si te tuer me fait envie, véritablement je t’en assure, ce n’est, comme je te l’expliquais plus tôt, pas dans mes priorités présentement. Vois-tu, quel intérêt y-a-t-il à écraser un insecte qui ne peut de toute façon pas s’échapper ? » Je me pavane, sans le moindre scrupule, j’étale mon arrogance, je fais rouler sous ma langue mon importance et ce pouvoir que j’ai au creux de mes doigts de par ma nature dont il n’a peut être pas connaissance et mon poste au Gouvernement dont il ne peut qu’avoir trop connaissance. Je m’adosse au dossier de la banquette, croise les bras sur ma poitrine. Je lui offre un soupir, comme désolé de sa propre naïveté. « Et croire moi, si je décidais de t’exécuter, je n’en souffrirais aucun dommage par la suite. Ne me sous-estime pas, tout aveugle que je puisse être. La vue n’est qu’un seul de nos sens, ne l’oublie pas. Je peux entendre ta respiration s’étrangler dans ta gorge, ton cœur s’affoler et je suis sûr qu’avec un peu de patience, je pourrais percevoir la sueur dégringoler tes tempes et s’écraser au sol, comme pour fuir ton exécrable tendance au mensonge, à la trahison et ta lâcheté infinie. »

Je perds le contrôle. Petit à petit, subrepticement, j’ai perdu le contrôle de ma colère, le contrôle de mes mots, le contrôle de ma rancœur, laissant le venin de la vengeance s’infiltrer dans mes mots et pervertir cet équilibre que je maintenais jusque là.


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MessageSujet: Re: Obstacles || PV Rafael    Mer 9 Déc - 0:20



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Le dédain. Le mépris. Un fiel doucereux qui s'infiltre par les pores pour pénétrer dans les veines, coulant avec le sang jusque dans les plus petites cellules. Il aurait dû se douter que ce jour viendrait, mais n'avait aucune idée qu'il en tirerait autant de plaisir. Parce que malgré la tension environnante, malgré le gorille qu'il tenait toujours dans son regard périphérique, le surveillant sans mot dire, il avait Rafael en face de lui. Ce faux frère, ce Judas qui n'avait pas hésité à tirer un trait définitif sur leur relation quand il avait appris ce que ses pères étaient réellement. Quand il avait commencé, lui, à faire couler les toutes premières gouttes de sang de leur colère fratricide à tous les deux. Rafael qui se dévoilait au grand jour, bien vivant, en un seul morceau, mais le regard plus vague que jamais. S'il ne l'avait jamais vu dans cet état, ça n'empêcha pas Noah de jubiler. Parce que c'était une nouvelle preuve de faiblesse qu'il montrait. Qu'il prouvait.
Rafael était affaibli, malgré sa grande gueule. Et ça, c'était magnifique.

Sans se séparer du sourire amusé, narquois, qui avait pris place sur ses traits, le sorcier s'était installé plus confortablement dans son siège. Après tout, et contrairement à Rafael, il avait tout son temps. Celui de savourer sa faiblesse évidente, et celui de profiter de son manque cruel de vision pour évaluer son comportement. Et il en avait, des choses à dire. Nettement plus que ce que ses paroles laissaient entendre. Plus que sa belle attitude froide et impassible donnaient à croire. Et dire que ce cazzo pensait sincèrement qu'il avait un handicap. Noah se retint de pouffer de rire, profondément amusé d'entendre un aveugle prétendre d'une autre personne qu'il avait un handicap. C'était quoi la prochaine blague, qu'il attendait d'un délateur qu'il soit sincère ? Le psychiatre tapota du bout des doigts sur le marbre gris de la table, ne cachant ni l'amusement ni son accent chantant de sa voix.

-Cela reviendrait à une chasse aux sorcières en bonne et due forme, que de ne pas me laisser ma chance malgré les circonstances. Je te sais coutumier de ce type de jeux pour en avoir fait les frais, il y a quelques siècles, mais tu pourrais aussi me laisser ma chance.

Tourner l'autre en dérision avec quelque chose de jouissif, de profondément démentiel mais jouissif. Il avait tourné et retourné plus d'une fois ses retrouvailles potentielles avec Rafael, et elles n'avaient jamais eu l'air d'être... ça. Et maintenant qu'ils y étaient, à se regarder -le mot était peut-être trop fort, étant donné que Noah était le seul à voir- en chiens de faïence, il éprouvait un plaisir sans faille. Déjà celui de retrouver dans la bouche et la belle assurance de Rafael un être qui ressemblait diablement plus à Renzacci qu'il ne l'aurait accepté, mais aussi de pouvoir s'amuser à ses détriments.
Que ça continue. Il avait une nouvelle fois la sensation d'être un enfant à Noël, avec ce petit mordant cette fois qui était que son cadeau n'était autre que celui qui avait démoli sa vie, servi sur un plateau d'argent. Magistral.

Le laissant palabrer à sa guise, le sorcier observa une nouvelle fois celui qui autrefois était son frère. Son visage s'était endurci, ses traits s'étaient creusés. Le temps, sa transformation, la vie de ces dernières années où il était parti de Darkness Falls n'avaient clairement pas fait que du bien à Rafael. Il ignorait tout de ce que l'autre avait pu vivre, expérimenter, découvrir ou subir. A part ces années noires qu'ils avaient partagées d'une certaine manière, il ne connaissait plus rien de cet homme. Et le brun ne savait rien de lui. Plus cette connexion, cette fratrie franche et honnête, cet amour filial qui était la preuve qu'une camaraderie pouvait exister entre deux "peuples" différents. Ils étaient des Roméo et Juliette d'avant l'heure, sans l'amour, joints malgré l'ire qui avait animé Renzacci contre les siens. Ils avaient cru, fut un temps, que leur amitié serait possible. Éternelle. C'était peut-être dans ce dernier élan de compassion, pour le maudire tant que pour le sauver, qu'il l'avait transformé avant d'être exécuté.
Son cœur se serra en pensant à tout ça, ses yeux posé sur les lèvres de Rafael qui n'en finissait plus de déverser son fiel. L'amusement s'était un peu effacé dans son propre corps, laissant le champ libre à la lassitude et le regret. Pourquoi avait-il fallu qu'ils aient été autant soumis à leur propre condition l'un et l'autre ? Ils auraient pu être eux-mêmes magnifiques. Grandioses. Frères pour toute une vie et la prochaine, s'épargnant la douleur, la trahison, les regrets. Tous ces cris, tous ces hurlements. Noah pâlit en repensant à tout cela, tapotant toujours sur la table. Toujours le même rythme, celui d'une vieille balade d'antan que les troubadours jouaient sans cesse lors de leurs sorties à leur taverne habituelle. Un, deux, trois-quatre. Un, deux, trois-quatre. Jeunes hommes, ils se la chantaient des fois, sur le ton de ces sales gosses qui préparent un sale coup, ou se souviennent de la chanson sur laquelle ils ont conquit leur dernière copine. Si seulement ils avaient été moins aveuglés par leur honneur. Si seulement le sang n'avait pas été la dernière couleur de leur étendard respectif, si seulement il n'avait pas été plus que la dernière chose qu'ils aient été tenus de voir.
Si seulement. Si seulement. Avec des si on pouvait refaire le monde, mais ces 700 années de trop lui avait appris qu'il ne fallait pas tenter de refaire le passé. Rafaele et lui n'étaient qu'un souvenir diffus, fantasmé. Et l'autre le lui faisait parfaitement comprendre.

Il se reporta son attention sur ses paroles, content d'une certaine manière que son interlocuteur n'ait pas pu voir sa perte de contrôle passagère. Il l'aurait peut-être sentie, qui sait. Mais il n'aurait pas vu la mélancolie éteindre la lueur dans ses yeux, ou la tristesse assombrir ses traits. Il n'avait pas besoin de le savoir non plus. Dans cette configuration, et quelle que soit l'issue, ils n'avaient pas de remords à avoir. Juste des menaces en l'air que ni l'un ni l'autre n'appliquera puisqu'il leur en coûterait à tous les deux. Et que de fiel. Comme si l'être en face de lui avait désespérément besoin de cela, de se gargariser de ses propres paroles pour se donner un semblant d'apparat. De contenance. Il ne ressemblait pas au jeune homme qu'il avait connu tous ces siècles avant, non. Presque une coquille vide, une ombre cherchant désespérément à se raccrocher à sa propre suffisance, à s'entendre parler pour se croire exister. C'était pathétique. Presque triste, ça aussi.
Ce qui était tout aussi triste fut de constater que Rafael le tenait en si basse estime qu'il croyait nécessaire à Noah de ramper aux pieds du Gouvernement pour subvenir à ses propres besoins. L'égo un peu piqué par cette atteinte, le sorcier releva le nez, toisant froidement le Chef des Services Secrets. L'attaquer dans son confort n'était pas la solution. Et en prêtant un peu plus d'attention à ses paroles, il repéra une nouvelle faille dans son jugement. De taille. Et crois-moi, si je décidais de t’exécuter, je n’en souffrirais aucun dommage par la suite.

-Je crois au contraire que me tuer serait une très grossière erreur de jugement de ta part, mon cher Rafaele.

L'amusement était revenu. Plus il parlait, plus il se dévoilait. Mais Noah savait très bien qu'il était inutile d'entrer dans ce jeu là pour semer une graine de discorde. Elle était déjà plantée, puisque clairement Rafael n'était pas au courant de la triste vérité quant à sa condition. Et il ne serait pas malin de sa part, et même si son propre orgueil hurlait pour qu'il dévoile le secret, de révéler la vérité quant à son état ou les sensations extraordinaires dont l'autre se gargarisait. Il finirait bien par l'apprendre tôt ou tard. Peut-être même serait-ce le sorcier qui le lui dirait. Mais pas tout de suite.
Une nouvelle carte à ajouter à sa main. Rafael était décidément trop généreux. Sans cesser de tapoter sur le marbre sur le même rythme, justement dans le but d'attaquer cette ouïe sur-développée que clamait son ennemi, d'envahir son espace, provoquer ses souvenirs et taper sur ses nerfs, l'Italien continua sur un ton égal où transparaissait toutefois son sourire.

-On en revient au même point : c'est vraiment dommage que tu ne puisses pas me voir. Que tu ne puisses pas te repaître dans autre chose que le noir et le coulis d'amertume qu'est ta propre voix. Qu'est-ce que ça fait de vivre dans un monde de ténèbres, Rafaele ? Parce que c'est ce à quoi tu m'as soumis tous ces siècles auparavant quand tu as fait couler le sang en prétendant ne pas avoir eu le choix.

Il ricana, d'un rire sans joie, mauvais, sinistre, qui n'avait rien d'avenant mais pourtant n'était pas non plus la preuve qu'il allait lui sauter à la gorge. Ils étaient des êtres civilisés. Et son doigt tapait toujours sur le marbre, du bout de l'ongle, son intensité faite plus forte.
Un, deux, trois-quatre. Un, deux, trois-quatre. Te souviens-tu que tu n'étais pas un salaud, ni même moi, avant ? Te souviens-tu que nous fûmes des êtres avec un coeur, toi comme moi ? Te souviens-tu que nous nous soyons aimés avant de nous haïr ? Un, deux, trois-quatre. Un, deux, trois-quatre. Je pourrais te tuer maintenant s'il ne m'en coûtait pas autant. Il n'en est pas de même pour toi.

-Mais trêve. J'invoque la trêve. Fais-moi donc ta proposition maintenant, si tu souhaites m'en faire une. Je n'ai aucune raison de perdre mon temps d'avantage avec toi autrement.

Pourquoi lui en dire plus quand il instillait déjà suffisamment ? Sa propre suffisance ne pouvait qu'attiser la haine de son interlocuteur. Agir comme ça ne serait qu'une énième allumette pour faire brûler la poudre à canon entre eux. Fvoush. Tout serait enflammé, et leurs êtres brûleraient à nouveau. Et Noah rirait au milieu des flammes, des brasiers, voyant son corps se tordre sous la morsure du feu, emportant Rafael dans son sillon. Leur monde ne serait plus que cendres, délicieuses, délicieuses cendres, sur le bûcher que le Jugement Dernier aurait érigé rien que pour eux. Comme en ce temps honni où les hommes brûlaient ses sœurs et décapitaient ses frères.
Mais ce serait pour une autre fois, peut-être. La balle était dans le camp de son ancien ami.



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MessageSujet: Re: Obstacles || PV Rafael    Dim 13 Déc - 20:36



J’aurais pu, si je l’avais voulu, déléguer à un subalterne cet entretien, cette discussion, ce face-à-face. Si je l’avais voulu, j’aurais même pu ne jamais me retrouver confronté à cet homme qui était presque un frère il y a de cela une éternité. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même lorsque les fondements de ma vulnérabilité se trouvent sous les projecteurs. Si tant est que tu sois capable de me voir ! J’aurais pu, j’aurais même très certainement dû, écouter les conseils et rester sagement dans mon bureau, hors d’atteinte, invulnérable, inatteignable. J’aurais pu. Mais le loup grogne dans ma poitrine, réclame justice. La colère amassée pendant des siècles se loge dans ma gorge avec une acidité incomparable, ma morgue se défend et se détend entre nous comme un réflexe défensif et la parade d’un paon qui déteste l’idée seule de ne plus être intimidant. Nous étions frères, il n’y a désormais plus qu’un mélange de haine et de colère en lieu et place de notre fraternité.

Entre nous deux, la tension est si tangible que le loup ne peut rester tranquille et me supplie de me mettre en mouvement. De dépecer cet homme que je tiens pour responsable de la mort de la fille, de me lever pour faire les cent pas ou tout simplement de quitter le bâtiment. Ce ne serait pas de lâcheté ou une fuite, me souffle-t-il, pressant. Ce serait de l’intelligence de situation, une réaction normale d’un homme normal face à un traître et un lâche. Si j’avais mes yeux, je le fixerais d’un regard froid et glacial, un sourire sur le bout des lèvres comme dans une assurance réelle de ma supériorité. Supériorité dans laquelle je me repais tranquillement pour mieux apaiser mon malaise et ignorer la tension. Je m’adosse, je lui explique avec un réel mépris teinté d’arrogance que si le tuer ne me dérangerait pas outre mesure, ce n’est pour le moment pas dans mes priorités. A quoi bon, de toute manière, jouer avec une souris lorsqu’on est un chat et qu’elle est à notre merci ? Ca n’a aucun intérêt. Je préfère bien plus me pavaner devant lui, parce qu’elle est là, la raison qui m’a poussé à venir en chair et en os le voir, que lui offrir une mort qu’il ne mérite pas pour le moment. J’ai promis à Stain de le détruire, de traquer chacun de ses proches avec la patience et la méticulosité du loup, je compte bien faire la même promesse à Noah maintenant que je l’ai retrouvé. Même si ce que je lui reproche ne date pas de ce siècle, ma colère et ma rancœur se nourrissent bien trop de la douleur de la mort d’Azzura pour que je sois capable de faire le moindre pas en avant. Je m’étale dans ma vanité, j’affirme mes positions. Je présente avec une fierté malsaine et condescendante la différence de rang qui nous sépare de manière évidente. Quel intérêt y-a-t-il à écraser un insecte qui ne peut pas s’échapper ? La question est rhétorique, le propos est moqueur. Cela reviendrait à une chasse aux sorcières en bonne et due forme, que de ne pas me laisser ma chance malgré les circonstances. Je te sais coutumier de ce type de jeux pour en avoir fait les frais, il y a quelques siècles, mais tu pourrais aussi me laisser ma chance. Et la moquerie se cristallise dans ce léger rire sans joie que je lui offre. Pour en avoir fait les frais ? Je ris, amer. Ma mémoire ne souffre d’aucune faille, teintée cependant de la bestialité de l’animal. Si je n’étais qu’un homme à l’époque, il ne faut guère d’effort de la part du prédateur pour raviver l’odeur du sang et de la mort qui enveloppait le carnage. Des corps, partout, mon épée luisante et mon cœur battant à un rythme si rapide que je doutais le voir un jour retrouver sa lenteur coutumière. Et au milieu des cadavres, un homme en vie. Je persifle, sans me défaire de ma moquerie. « Crois moi, Noah, tu n’as jamais fait les frais de cette chasse aux sorcières. Tu es un petit chanceux, finalement : tu n’es pas mort cette nuit là. D’ailleurs, qu’est ce qui t’a tué ? L’âcreté de ta lâcheté, la vieillesse que tu as volée à ma fille ou t’es-tu juste suicidé parce que tu ne supportais plus de croiser ton regard dans la glace ? » Le sarcasme glisse entre mes lèvres et se joint à la moquerie en douloureux reproches de ce qu’il a pu me faire. Me mentir, me trahir, me réduire à néant dans une destruction progressive de la confiance que je pouvais avoir en lui jusqu’à l’annihilation complète de ma raison d’être. Finalement, sa question est justifiée : pourquoi ne le tue-je pas tout de suite, ce n’est que ce qu’il mérite et ce n’est pas l’envie qui manque.

Mais l’orgueil est là, et ce relent de fraternité ranimé par l’âge et la vieillesse de tout cela m’en empêche. Je croise les bras sur ma poitrine, tente de tempérer mes propos, de ravaler ma colère, de me complaire dans ma supériorité évidente pour pointer du doigt les incohérences de ses espoirs et la risible naïveté de ce qu’il peut me dire. Je suis une bête, je ne suis plus un homme. Je suis une bête en quête de vengeance, un Seigneur qui a cessé de lutter contre sa soif de sang, je suis malheureusement le digne héritier de ce grand-père dont j’exécrais les pulsions viciées, je suis en définitive tout ce que je ai toujours refusé d’être. Pour le pire, certes, mais aussi le meilleur : je suis peut être aveugle, mais ces doigts qui tapotent sur la table à un rythme bien reconnaissables se logent dans le creux de mon oreille et le localise si parfaitement dans l’espace que je ne peux l’ignorer et manquer ma cible si jamais je me décide à l’abattre. Un, deux, trois-quatre. Un, deux, trois-quatre.

Je me maudis. Je n’aurais pas du accorder la moindre once d’attention à ce rythme. Je le connais, je ne le connais que trop bien. Il ne me faut guère plus que la voix de Noah pour que je replace cette cadence dans son contexte musical. Impassible, imperturbable, je sens mon propre rythme cardiaque s’emballer. Je me raccroche à mes propos, je me maintiens à flots et à distance de ce bruit déplaisant dans ma colère et mes mots aussi acides que teintés d’amertume. Je perds le contrôle. Réellement. Je perds progressivement le contrôle, laissant suinter de ma gueule ces émotions qui détruisent mon indifférence affichée et craquèlent le masque apposé sur mes traits. Je crois au contraire que me tuer serait une très grossière erreur de jugement de ta part, mon cher Rafaele. Il tique mon ego, son amusement plus encore que son assurance. Je siffle entre mes dents, de dédain, incapable de concevoir une seule faille dans ma diatribe, une seule faille autre que mon incapacité à conserver mon calme. « Tiens donc… et… qu’est ce qui t’amène à être aussi sûr de toi ? » Une voix doucereuse, menaçante. Je le mets en garde. On en revient au même point : c'est vraiment dommage que tu ne puisses pas me voir. Que tu ne puisses pas te repaître dans autre chose que le noir et le coulis d'amertume qu'est ta propre voix. Qu'est-ce que ça fait de vivre dans un monde de ténèbres, Rafaele ? Parce que c'est ce à quoi tu m'as soumis tous ces siècles auparavant quand tu as fait couler le sang en prétendant ne pas avoir eu le choix. Je me redresse lentement. Son ricanement se mêle au mien et la tension grimpe d’un cran encore. « Si tu me poses la question, c’est que tu n’y es pas suffisamment resté dans ce cas, Noah. » J’articule avec minutie et délectation, colère et fureur muselées sous un poing de fer et de volonté. « Et si pour bien des choses, le choix m’a été ôté, je me dois de rectifier tes propos : ce massacre était de ma propre… » Je m’interromps une fraction de seconde, luttant pour ne pas entendre cette angoissante cadence que les doigts de Noah frappant sur la table imposent à mes sens bien trop sensibles. « volonté. Je ne peux ni ne veux en nier l’entière responsabilité. » Une provocation mensongère puisque j’ai parfaitement conscience du contexte qui a pu me pousser, il y a une éternité, à réaliser un véritable carnage. J’en suis responsable, bien sûr. Et si je n’arrive pas à démêler la culpabilité de la satisfaction, j’ai conscience aussi de ce que j’ai pu tuer ce soir là : Un, deux, trois-quatre. Un, deux, trois-quatre. Notre complicité. Notre fraternité.

Ma respiration devient difficile. Un, deux, trois-quatre. Un, deux, trois-quatre. Mes oreilles ne se détachent pas un seul instant de ce doigt percute avec violence la table. Un, deux, trois-quatre. Un, deux, trois-quatre. Des rires et des chants se mêlent à la cadence, s’entremêlent dans mes pensées, éjecte la réalité et maltraite mes sens. Je suis incapable de voir Noah. Je suis incapable de contempler son visage, je suis incapable de me concentrer dans son regard pour maintenir ma tête hors de cette eau qui m’angoisse. Un, deux, trois-quatre. Un, deux, trois-quatre. A chaque inspiration, mes poumons s’enserrent et se resserrent, perdent un peu plus de leur capacité. Ma bouche s’assèche, je tente en vain de me concentrer sur des insultes et des insanités voilées par une bienséance illusoire. Et Noah s’empare de ce silence pour le mettre à son profit. Je sens qu’il s’en délecte, je le sais même. Mais trêve. J'invoque la trêve. Fais-moi donc ta proposition maintenant, si tu souhaites m'en faire une. Je n'ai aucune raison de perdre mon temps d'avantage avec toi autrement. Trêve ? Vraiment ? Je n’ai aucune raison de perdre mon temps. Je compte mes respirations, sans avoir besoin de détourner le regard. Sans avoir besoin de le cacher puisque rien sur mon visage ne peut le dévoiler. Trêve ? Le loup se calme, se tapit dans un coin de mes muscles, glisse dans mon intellect.

Mon mouvement est si vif qu’il en est presque imperceptible. Je me saisis de sa main, de son doigt auquel j’impose une torsion en même temps que son poignet. Dans un craquement sonore, je sens son poignet se briser entre mes doigts et son majeur se retourner. Mon visage se tord immédiatement d’une grimace et d’un sourire carnassier, tout à fait conscient de la douleur qu’il doit ressentir. Avec une lenteur exagérée et la puissance générée par le loup, je m’applique à broyer chaque métacarpe de sa main. « Perte de temps ? Parce que tu te sens en position de négocier quelque chose, peut être ? » Une colère froide déforme mon sourire malsain pour mieux placer sur mon visage un masque impassible. Je relâche sa main, je la jette, plutôt, dans sa direction, avant de m’adosser à nouveau au dossier de la banquette. « Ecoute-moi bien, Noah. La seule trêve que j’accepte, c’est celle qui implique que tu te taises. Et la seule proposition que tu auras de moi sera que tu te soumettes à mon autorité en bon petit subordonné et ce, en échange de ta survie, temporaire cela va sans dire puisqu’elle est conditionnée par ton obéissance. » Brutalement, j’aimerais avoir mes yeux pour être capable de le fixer et de décrypter en un soupir ce qu’il peut penser. Si je suis détendu en apparence, il est clair que toute mon attitude clame la menace et la dangerosité du loup. La respiration de mon faux-frère siffle à mes oreilles comme une plainte lancinante d’une tramontana cinglante. Ma voix se loge en un murmure dans ma gorge, visant à n’être audible que par l’autre italien. « Ce n’est peut être pas ta main qui tenait le poignard, mais tu as participé à la mise à mort de ma femme, de ma fille. Ne me parle pas de trêve, ne me parle pas ainsi. Le seul qui perd son temps, ici, c’est moi, pour t’avoir cru capable de ne plus te repaître dans cette abjecte lâcheté qui te suit depuis des siècles. Tu es pathétique, Noah. Tu es misérable et qui que tu puisses te croire, tu n’es qu’un parasite et qu’un insecte. Tu n’es… » Je me tais, fermant les yeux. J’exècre ce que j’entends dans ma voix. Une certaine déception. Parce que tout comme face à Stain il y a déjà trop de mois, la première fois que je l’ai revu, je me pensais capable de mettre de côté nos différents pour renouer avec cette amitié qui me permettait de ne pas sombre trop profondément dans cette violence dont je suis capable. Déception. Douloureuse. Plus que tout le reste. « Tu n’es rien Noah. Donc tais cette condescendance dont tu te pares avec ridicule. » La seule personne ridicule, ici, c’est moi et cette impulsivité que je peine à contrôler et qui ne me ressemble en rien.

J’aurais pu ne pas venir, si je l’avais voulu. Et j’aurais du ne pas venir.


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MessageSujet: Re: Obstacles || PV Rafael    Lun 4 Jan - 23:11



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-Ton sang. C'est ton propre sang qui m'a tué.

Il le revoyait distinctement, ce massacre. Presque toutes les nuits qu'il avait passées dans les Enfers qu'étaient Darkness Falls. Il entendait à nouveau les cris, les hurlements de ses proches, sentait constamment l'odeur métallique du sang qui semblait restée vissée à ses narines. Il revoyait la lame de l'épée de Rafaele, droit, triomphant au milieu des cadavres de ses proches, à l'image de Saint Michel terrassant le Dragon. Le sang coulait lentement de sa pointe, qui renvoyait l'éclat des brasiers qu'étaient devenues les demeures de ses pairs, à un rythme si régulier qu'il en était devenu hypnotique. Il s'en souvenait, de ses genoux vissés au sol, où une sensation humide traversait ses guêtres, ses collants et sa culotte noire, se mêlant à la boue, et aux autres fluides corporels de toute sa caste. Il se souvenait des larmes qui avaient roulé sur ses joues, il se souvenait de la peur qui avait étreint ses entrailles si fort qu'il en avait vidé le contenu plus d'une fois. Il se souvenait de ses propres hurlements, de l'agonie qu'avait été la réalisation qu'il n'avait plus rien.
Plus rien sauf Rafaele. Plus rien sauf celui qui avait été autrefois son ami et avait réduit l'intégralité de sa vie en cendres. L'odeur de la fumée se mélangeait à celle de la mort tout autour de lui quand il avait relevé ses yeux rougis vers la lame, attendant que tout s'achève enfin. Que l'autre ait une once de pitié pour lui, la dernière s'il en était, et l'égorge enfin à son tour pour le laisser tomber au milieu du charnier où il n'était que trop vivant. Comme si cela n'avait pas été suffisant que Dieu lui enlève Aida et leur fille. Comme s'il avait fallu qu'il expie pour tous ses péchés, Abel, ou Rafaele, avait décidé de l'épargner pour ajouter à sa souffrance. Renié par Dieu, et par les Hommes. Restait que dans toute cette affaire, il n'y avait pas lieu de tergiverser. Si Renzaccio l'avait personnellement fait exécuter, l'homme qui lui avait tout pris, qui avait brisé son cœur, son âme, son corps, tout ce qu'il était et tout ce qu'il adviendrait, n'était autre que Rafael. Il sentait à nouveau la tête de sa douce Aida s'alourdir dans ses bras alors que son corps refroidissait contre lui. Il en avait été de même pour son père d'adoption, qu'il avait fermement tenu contre lui en tentant d'absoudre son âme d'une Extrême Onction hâtive et bégayante, trébuchant à chaque syllabe tant il était lui-même persuadé qu'il allait mourir. C'était la faute de Rafael. Tout était la faute de Rafael. S'il l'avait voulu, il aurait pu l'épargner, et tous les épargner par la même occasion. Azzura, ses pairs, lui. Mais il l'avait refusé. Alors qui était le plus lâche entre eux, au bout du compte ? Noah n'avait pas l'impression que c'était lui. Pas alors qu'il avait choisi, lui, de ne jamais trahir le secret de leur condition.
C'était la faute de Rafael, et il n'avait aucun droit de poser cette question alors qu'il en connaissait parfaitement la réponse. Après tout, il ne le niait même pas. Il s'en vantait presque, persuadé d'être dans son bon droit alors qu'ils avaient tous les deux pris les vies d'innombrables innocents dans leur terrible furie destructrice. Alors qu'ils avaient sacrifié l'un à l'autre sur l'autel de la vengeance, lors qu'ils étaient autrefois les plus passionnés des alliés. Les plus proches des frères. Les plus loyaux des amis.
Un, deux, trois-quatre. Un, deux, trois-quatre. Souviens-toi, oui, souviens-toi, toi qui es dans le noir. Toi qui ne vois plus que tes souvenirs, laisse-toi happer par eux, et vois ce que tu es devenu. Le monstre que tu es devenu ou que tu as toujours été. Un, deux, trois-quatre. Un, deux, trois-quatre.

Et pourtant, malgré les mots, malgré le fiel, la proposition était réelle de la part de Noah. Il ne souhaitait plus que le sang coule, pas alors qu'ils étaient projetés dans ce monde si éloigné du leur, pas alors qu'il pouvait rester un soupçon de vie sous les cendres de leur amitié. Une petite braise, encore faiblement incandescente, qui pourrait se raviver pour peu qu'elle ne soit pas foulée au pied. Qu'elle ne soit pas ignorée ou éteinte. Il y avait cru, à cette possibilité. Difficilement, et de très loin, compte tenu du ressentiment qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre. Mais sa proposition avait eu un fond de sincérité. Le premier depuis bien longtemps, si longtemps, entre eux. Il fallait bien commencer quelque part. Et ce même s'il pouvait clairement voir le visage de son ancien ami se tordre sous la tentative, vaine, de résister au rythme lancinant qu'imprimaient ses doigts sur le marbre de la petite table à laquelle ils étaient assis.
Une torture mentale pour mieux amener une réconciliation. Noah n'était pas sûr de l'effet qui en résulterait ni même s'ils étaient vraiment capables, au fond, de se tolérer. Même après tous ces siècles, toutes ces souffrances, ils en étaient manifestement au même point. Prêts à s'égorger venue la première occasion de le faire.

Il ne s'attendait pourtant pas à la réaction de Rafael. Une réaction brusque, animale, qui lui arracha un cri de stupeur suivi d'un gémissement de douleur contenu entre ses dents serrées. Pouvant suivre la fracture de chacune de ses métacarpes, il eut le souffle coupé sous le pic de douleur et hoqueta, le cœur battant à tout rompre. A la veine battante, là, contre sa tempe, il pouvait presque entendre le rythme qui avait provoqué cette crise de la part de son ancien ami et tortionnaire renouvelé. Un, deux, trois-quatre. Ses lèvres frémirent alors que sa tête tournait sous le mal, et il lutta contre lui-même pour ne pas tourner de l’œil sous la poigne de l'animal. Ses esprits étaient si loin, sur le moment, qu'il n'entendit qu'à peine ce que pouvait dire son interlocuteur. Peut-être que c'était son heure, finalement. Que Rafael ferait enfin fi de sa propre réputation, cèderait à son orgeuil comme à l'appel de son propre sang et finirait ce qu'il avait commencé quelques siècles auparavant. Il trouvait l'occasion incroyablement stupide et désavantageuse pour lui, mais il s'en moquait. Qu'il lui arrache la gorge de ses crocs, si c'était cela qui devait se produire. Il attendait ce moment depuis si longtemps qu'il avait arrêté de compter les jours où il avait eu cette pensée.
Qu'il l'achève, si telle devait être l'issue de la négociation.

Le coeur au bord des lèvres, il y passa ses dents pour se les mordre rudement, chassant les pensées et l'inconscience. Non. Il n'était pas temps d'en finir. Pas ici, et encore moins maintenant. Pas alors qu'il pouvait faire quelque chose, pas alors qu'il pouvait encore se battre contre lui. Après tout ce qu'il avait enduré suite à sa trahison, après avoir subi le fardeau de sa vie, il n'allait pas l'abandonner maintenant. Pas alors qu'il s'acceptait tel qu'il était et avait cessé de survivre. Tout son corps se tendit, alors qu'il se concentrait sur les lèvres de son comparse, se raccrochant à ses paroles pour rejoindre le rivage de la conscience. Son regard se fit glacial. Il n'avait pas suivi l'intégralité de ses palabres, mais avait entendu l'essentiel. De la moralité, comme les fois précédentes où il avait ouvert la bouche.
Il se cachait derrière ses mots, espérant qu'ils aient un sens pour Noah, un sens que lui-même ne semblait pas entièrement saisir. Le sorcier pouvait le sentir. Il y avait quelque chose de sous-jacent dans ce besoin d'avoir raison. D'assurer sa position, de poser sa virilité sur la table. Sauf que Rafael n'avait pas l'air de comprendre qu'au point où ils en étaient, ce n'était pas à celui qui hurlait le plus fort ou celui qui avait le plus souffert. Ils se battaient égo contre égo pour mieux se déchirer. Peut-être qu'il était également temps que Noah s'en rende compte à son tour. Il ne desserra les mâchoires que pour rétorquer, la voix encore un peu pincée par la douleur :

-La seule personne qui est ridicule, ici, c'est toi.

Rafael ne voulait donc pas de sa trêve. Outre le dédain que son fiel parvint à attiser dans le sorcier, une sensation amère, désagréable, l'envahit. De la déception. Il était déçu, oui, cruellement déçu que celui qui était son ami n'ait pas été capable de faire autre chose que suivre les traces de son grand-père. A croire que l'hérédité y était pour quelque chose, l'être qu'il voyait en face de lui, son visage trahissant son profond émoi, ses paroles se déversant plus loin que sa propre pensée, ce n'était pas Rafaele mais bien Renzaccio. Noah fut frappé de ne pas avoir fait cette connexion plus tôt. De ne pas avoir su le décerner des siècles auparavant, avant que justement il ne soit trop tard pour l'arrêter. Et si tel était le cas, s'il suivait justement les pas de son grand-père, cet homme deviendrait dangereux. Pas seulement pour le sorcier, mais pour la ville, pour le Gouvernement, et surtout pour lui-même.
Mais qu'à cela ne tienne. Profitant qu'il se soit radossé à son siège, l'ancien prêtre posa sa main brisée sur le marbre froid de la table, toisant l'homme qui lui faisait face. Le trouble se lisait dans son attitude, malgré la dureté de ses traits. Malgré l'apparente stabilité de son corps, maintenant qu'il lui avait infligé une nouvelle forme de souffrance. Ce n'était pas seulement de l'impulsivité, cette démonstration de force. Pas plus que ce n'était, une manière d'asseoir sa position. C'était une faiblesse.
La peur de se faire atteindre une nouvelle fois par un passé qu'ils avaient tous les deux tenté d'enfouir au fond de leur mémoire.
Qu'à cela ne tienne, oui. Il avait une autre main, encore valide. Et si Rafael tenait à ce point à ce qu'il se taise, alors il ne parlerait plus.

Pourtant Noah entr'ouvrit la bouche, fixant fermement les yeux vagues, clairs, de celui qui avait été autrefois son ami. Il prit une inspiration, glissant sa main valide sous la table, poing serré, pour en cogner les articulations contre la pierre. UN, DEUX, TROIS-QUATRE. UN, DEUX, TROIS-QUATRE. Concentré sur le visage de l'Italien, il fit autant abstraction de la douleur que possible. Oui, il avait encore une main valide. Et oui, il se tairait. Il laisserait parler d'autres personnes, si ce n'était que ça. Non, il ne le toucherait pas. Il valait mieux que ça, mieux que lui, après tout. Et puisque les négociations étaient tombées à l'eau, avec un ultime affront, il ne voyait aucune raison de continuer à jouer l'affabilité, le mépris, ou quelques jeux puérils de pouvoir qui n'avaient absolument aucun intérêt. Là, le poing cognant sous la table, il s'amusait réellement. UN, DEUX, TROIS-QUATRE. Il déglutit. Ses lèvres s'entr'ouvrirent d'avantage, alors qu'il éclaircissait discrètement sa voix. UN, DEUX, TROIS-QUATRE. De ses lèvres s'échappa un filet de voix, claire, modulée, des notes accompagnant le rythme. UN, DEUX, TROIS-QUATRE. Un chant d'un autre monde, d'une autre époque, ce même chant dont résonnait toujours le rythme à leurs oreilles. Le chant et la mélodie d'une période dorée, bénie, où ils étaient jeunes hommes, où la vie leur ouvrait les bras dans un bel élan de générosité de la Providence. Une chanson aux allures anciennes, si anciennes que certains badauds se retournèrent vers le brun aux cheveux bouclé, se demandant pourquoi diable il se mettait à chanter. Mais eux deux savaient. Ensemble, ils savaient quelle époque, quel temps, quelle occasion rappelait cette chanson. Le regard toujours fermement vissé à celui de Rafael, Noah renforça et le rythme, et sa voix, rassemblant toute sa concentration pour ne plus faire qu'un avec sa créature.

UN, DEUX, TROIS-QUATRE.
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Le brouhaha environnant se mua progressivement, les intonations de la langue Anglais se fondant au roulis sensuel de l'Italien. Un homme poussa une exclamation sonore, précédée du bruit lointain de chopes métalliques se renversant au sol. La voix de Noah, toujours en fond, se fondit progressivement à celle d'une flute en bois, le bruit mat de ses articulations contre le marbre à celui de tambours en peau tendue sur des cercles de bois. Puis vinrent les autres instruments, reconstituant la Ghaetta qu'ils avaient entendue tant de fois en allant boire un verre quand ils étaient jeunes hommes. Claire, elle résonnait dans leurs oreilles à tous deux, sans que Noah ne cesse de fredonner son air entrainant, se concentrant sur son illusion. Les brèves respirations des musiciens se firent entendre entre deux saillies musicales, et les discussions allaient de bien meilleur train, avec leurs rires, leurs éclats de voix, leurs messes basses. Puis vint l'odeur, celle de la terre battue mêlée à la sueur, au vin coulant à flot, aux haleines légèrement imbibées qu'ils avaient à chaque fois. Celle, lointaine, des salaisons que le tenancier avait accrochées à l'arrière de son comptoir de fortune, qui ouvraient l'appétit de ceux qui avaient suffisamment d'argent pour en disposer quelques tranches sur du pain frais. Ce qu'ils pouvaient. Vint le goût de ce pain si particulier, brun, la seigle n'étant pas si difficile à se procurer dans leur région. L'arrière goût du vin rouge, frais, tout juste tiré du baril, avec son léger parfum d'écorce, associé à celui du sel, et des grappes de raisin gorgé de soleil. Une abondance rare, celle de leur premier salaire, de leur première sortie en tant qu'hommes. Celle où ils avaient fêté cette condition trouvée par la Providence, l'un devenu officiellement bourreau, le deuxième officiellement prêtre. Puis vint le toucher, la sensation du corps de son ami contre le sien dans une embrassade avinée de franche camaraderie. Une parole grivoise au creux de son oreille à l'attention d'une femme, la plus belle de la soirée, une gitane aux cheveux de jais qui agitait les pièces trouées qui ornaient sa ceinture au rythme de la musique des troubadours. Une femme les avait rejoints pour se faire offrir un verre mais qui, cette fois-ci résonnait la voix douce et mélodieuse d'Azzura. La vue ne vint pas. Mais sa chaleur, son parfum, ses intonations ne donnaient aucun doute quant à son identité. Son rire cristallin s'égrena dans un rythme différent de celui de la Ghaetta alors qu'elle les dépassait. Et si Noah ne pouvait pas simuler la vue de Rafael dans l'état où il se trouvait, il ne manqua pas de lui rappeler la discussion qu'ils avaient eue à ce moment là. Celle où Rafaele, celui d'antan, avait déclaré à son ami avoir rêvé d'une femme exactement comme elle. Celle où Noah avait appris à son ami le prénom de celle qui serait leur pomme de discorde à tous les deux.

Noah ferma les yeux un bref instant pour mieux se plonger dans sa propre illusion. Il sentait ses forces s'affaiblir sous la concentration et la douleur vive à sa main blessée. Maintenant toujours le rythme de sa main valide, il atténua les bruits avoisinants, se concentrant sur sa manifestation d'Azzura. D'un souffle, il se pencha vers Rafael comme il l'avait fait plus d'une fois lors de leurs sorties, intimant avec un sourire "Ta choppe est vide, mon frère, je vais aller la faire remplir !" Les musiciens semblèrent perdre en intensité, favorisant l'entente du bruit des pas de la jeune femme dans leur direction. Noah s'effaça consciencieusement de l'illusion, ne laissant plus que la vague impression de son odeur, à la fois proche et lointaine, créant la sensation qu'il était effectivement allé chercher de quoi boire. Il n'y avait plus qu'Azzura et Rafaele, dans ce songe créé de toutes pièces. Une Azzura à la voix plus dure, celle qu'il lui avait lui-même entendue à Darkness Falls. Une voix fatiguée, épuisée, cassée par la torture, par la trahison, lointaine et fantomatique, dont il imprima lui-même chacune des paroles ici, dans ce café de la Nouvelle Orléans.

-Pourquoi fais-tu tout cela, Rafael ? Pourquoi continues-tu de te battre en vain contre la vérité ? Nous savons tous les deux que ce n'est pas toi, tout ça. Que ça ne te ressemble pas. Pourquoi continues-tu de nier tes propres responsabilités quand tout ce que tu as réussi à faire c'est attirer douleur et désolation sur nos vies ? Pense à moi. Pense à Zaira. Pense à la honte que j'éprouve quand je me souviens que tes mains sont couvertes du sang de mes frères.

Ce rapprochement de l'illusion à une seule personne lui permettrait de ménager suffisamment de forces pour filer. Les larmes lui vinrent aux yeux alors qu'il se levait. Le sang tambourinait à ses tempes, tellement fort qu'il eut du mal à maintenir l'illusion. Mais il tint bon. Il prit même le parti d'effacer définitivement toute trace du passé comme du présent autour d'eux, se concentrant sur la manifestation d'Azzura devant son ami. Fourrant ses mains dans ses poches, le sorcier réduisit la distance entre eux, et glissa quelques paroles dans le creux de l'oreille de son ancien ami. La voix d'Azzura résonna comme un cri, d'une souffrance indicible, pour affoler les sens de son amant.

-Par ta faute, je ne peux plus voir notre fille dans les yeux. Seras-tu suffisamment brave pour lui dire qu'en réalité, ce sont tes actes qui nous ont tuées toutes les deux ? Le seras-tu ?!

Il était épuisé. Souffrant, mais pas de la douleur que lui infligeait sa main ou ses os brisés. C'était une autre forme de souffrance, qui émanait de son coeur alors qu'il passa son index et son majeur valides le long de la joue creusée de son ancien ami. Profitant que ses sens soient noyés dans son illusion, il déposa un baiser sur sa tempe, comme ils avaient pu s'en faire tant de fois à l'époque. Une marque d'affection profonde, chargé de ses regrets, comme de ses peines. Déception. Rafael avait été profondément décevant, refusant une trêve qui aurait peut-être pu les aider un tant soit peu. Dans les méandres de cette vie dont ils ne comprenaient pas tout, ils auraient pu se soutenir. Laisser l'eau couler, laisser la souillure du sang faire enfin place, de nouveau, à sa clarté originelle. Ce ne serait pas pour cette fois. Ce ne serait peut-être jamais. Le coeur lourd, Noah s'enfonça dans la foule qui grouillait dans la ruelle, se mêlant aux badauds pour mieux disparaître, laissant l'illusion s'effacer progressivement. Azzura lui laissa à nouveau le devant de la scène, une dernière fois, dans les sens du Skinchanger. Un Noah a la voix brisée, éraillée, vieille, et lointaine.

-Tu sais, je n'ai jamais eu envie que tout cela se produise. A Dieu, mon frère.

Le temps que Rafael revienne à lui, Noah était déjà suffisamment loin pour ne plus être traqué.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Obstacles || PV Rafael    Dim 31 Jan - 14:58


La tension est palpable, certainement plus pour un aveugle comme moi que pour quiconque. Je la sens presser contre mes côtes, toucher mon épiderme, se complaire dans cette anxiété que je ne peux que museler. La réponse que je lui offre n’est que moquerie, je persifle un sarcasme, ma colère se cristallise dans une voix glaciale dans laquelle il serait vain de chercher une quelconque amitié. Je te hais, Noah, ne vois tu pas à quel point je te hais ? Mon cœur vibre à mes tempes dans un battement sourd. Qu’est ce qui t’a tué, Noah ? Le dégoût se mêle à la haine pour brûler un peu plus ma trachée. Qu’est ce qui t’a tué, mon vieil ami ? T’es tu suicidé comme j’ai pu tenter de le faire ? Est-ce cette vie que tu as volé à une enfant innocente, à la seule Renzacci qui ait un jour pu se targuer d’être un ange qui est venue frapper à ta porte ? Ou bien t’es tu simplement étouffé dans ta lâcheté, dans ta faiblesse, dans ta misère ? Si moquerie subsiste, ce n’est qu’un voile jeté sur cette âcreté perdue dans ma gueule. Ton sang. C'est ton propre sang qui m'a tué. Je croise les bras sur ma poitrine pour les empêcher de l’étrangler. Mon sang ? Mon sang, le sang que j’ai versé lorsque je me suis tranché les veines ou le sang que je n’ai pas versé lorsqu’on m’a réduit à l’état de bête et que l’on m’a condamné pendant des siècles à errer comme un loup solitaire ? Ce n’est pas mon sang qui t’a tué, Noah, parce que si les rôles avaient été inversés, si je t’avais survécu et contemplé ta mort – chose que tu as du faire, mon vieil ami, d’une façon ou d’une autre – ton sang aurait été l’ambroisie me permettant de renaître. Et je refuse de penser qu’il en a été autrement pour toi. Mon sang ne t’a pas tué, Noah, bien au contraire. Alors que me caches-tu, pourquoi me mens-tu ? J’aimerais avoir mes yeux pour t’observer, vieux frère, j’aimerais avoir mes yeux pour te disséquer, pour détacher ta chair de tes os et arracher un à un tes ongles afin que tes cris m’expliquent ces traces d’amitié qui subsistent malgré le temps, que je puisse comprendre ce qui m’empêche de te tuer, ce qui m’a poussé à provoquer ce face à face duquel je ne ressortirai pas indemne.

Parce que c’est de cela dont il est question à présent, cette certitude s’infiltre dans mes veines comme un torrent acide charriant les décombres de notre amitié, décombres qui heurtent mon arrogance, mon assurance. Un, deux, trois-quatre. Un, deux, trois-quatre. Ce rythme incessant se loge dans mes tympans, asphyxie mes pensées. Je ne peux détacher mon attention de cette torture, je ne résiste qu’à grand peine aux souvenirs qui me tirent dans un gouffre sans fond. Mon passé n’est qu’un passé, il n’est qu’associé à l’odeur enivrante d’Azzura, il n’est que lié au rire de ma fille, au sang, à la haine, à la douleur, à ces quelques années de vie et de bonheur qu’on m’a volées, qu’il m’a volées. Je ne veux pas le revoir, je ne veux pas m’y replonger de peur de m’y perdre. Je suis un décombre, battu par les flots, je suis un radeau lancé à la dérive qui se reconstruit bien malgré lui. Et si je ne suis pas à plaindre, je ne m’estime pas être à envier non plus. Un, deux, trois-quatre, ces quatre temps sont un supplice qui trouble les battements dans ma poitrine, qui les plonge dans une arythmie douloureuse. Cette trêve qu’il propose, il la jette entre nous au détour de ce silence qui assèche ma gueule. Un, deux, trois-quatre, j’entends nos rires, j’entends nos pas, j’entends les violes qui s’élancent et qui trillent des éclats de joie. Et ça ne fait que renforcer cette haine qui ronge mes entrailles, comme une pourriture, comme un pus gangréneux qui se glisse, infection de mon sang, pour tuer mes organes et leur donner un sursaut de vivacité. Es-tu sincère, Noah, lorsque tu me proposes une trêve ? Es-tu stupide au point de croire honnêtement que je vais te tomber dans les bras et que nous irons bras dessus, bras dessous, nous enivrer de vin et courtiser la belle ? Une trêve, vraiment ? Le loup se redresse, le loup hume l’air à la recherche de cette odeur détestable de lâcheté qui émane de toi sans discontinuer.

Et plus vif qu’un reptile, ma main se saisit de la tienne, mon vieil ami. Mes doigts se glissent sur ta main, poigne de fer, gant de cyanure. Mon pouce compte tes métacarpes, s’en empare et minutieusement, je réponds à ta proposition. Main broyée, main détruite, poignet réduit en poussière, pouce démis, tu m’as poussé dans les retranchements de ma patience et je ferai taire ce rythme, Noah, tout comme je ferai taire tes propositions aussi infondées que futiles, aussi candides qu’écœurantes. Une trêve alors qu’on m’a volé Azzura une deuxième fois ? Une trêve, alors que j’ai chuté, alors que je suis celui que je craignais de devenir, alors que ces angoisses que je te soufflais sur un ton de confidence sont devenues réalité ? Une trêve alors que nul retour en arrière ne m’est possible et que seul le sang et la vengeance animent encore mes pensées ? Ta douleur est un baume appliqué à mes plaies, c’est une caresse sur le pelage du loup qui grogne de plaisir.

Ta douleur est ma survie, ce gémissement qui n’a pu être retenu par tes lèvres est une ode, est une complainte qui panse mes tympans fragilisés par tes doigts. Tu hoquètes, je ne cesserai pas mon œuvre aussi rapidement. Soigneusement, je réduis ta main à néant, mon pouce cherche chacune de tes phalanges, décompose ta paume. Pas de sang, du moins je le crois, juste un amas d’os que la force du loup transforme en puzzle. Sens donc la douleur t’aveugler, devient comme moi, insensible. Je ne tenterai pas de te faire croire que j’agis en pure bonté d’âme, je n’imagine même pas justifier mon acte, je me complais et je l’assume dans une violence et une joie carnassière à l’idée de simplement te faire taire et te faire gémir. As-tu entendu mon hurlement de douleur lorsque j’ai réceptionné ma fille dans mes bras, ma princesse égorgée, lorsque j’ai fermé ses yeux bleus et séché ses larmes ? As-tu seulement pris en compte ce cœur que tu as arraché de ma poitrine lorsque tu m’as volé Azzura ? Imagines-tu une seule seconde cette trahison qui a brisé mes os lorsque j’ai compris que toi, le plus proche, le plus fidèle, mon confident, tu me mentais et tu étais une de ces abominations que je chassais ? Je suis peut être un monstre, Noah, mais je suis un monstre que tu as aidé à créer.

Je ne te vois pas, que je le regrette. Je ne te vois pas, mais j’imagine ta souffrance, j’imagine une larme poindre à ta paupière, une larme de douleur qui te rend faible, qui fait de toi un pantin entre mes mains. Une larme qui te fait ployer le genou et me rend maître de cette rencontre. Je te hais, Noah. Et je te tuerai, je t’en fais le serment. Je veux comprendre pourquoi j’ai tenu à te voir, pourquoi je me contente de broyer ta main au lieu de t’égorger sans le moindre remord. Je suis clément, Noah, lorsque je me contente de réduire à néant un seul de tes membres. Je pourrais, je le sais, te poser en traitre au Gouvernement, en attaquant, en menace pour ce restaurant. Je pourrais, je le voulais, te tuer sans craindre de représailles, sûr que je suis de la protection qu’on a placé sur mes épaules en même temps que le pouvoir. Je suis aveugle, vieux frère, mais je ne suis pas l’infirme de note duo, et je te le prouve.

Je libère ta main, je la jette dans ta direction, dans une nonchalance de Seigneur daignant offrir en pitance à ses paysans un simple morceau de viande. Ma voix est de glace, ma voix est atone, ma voix est acide. Ecoute moi bien, Noah. Car je ne compte pas me répéter. Je suis le maître ici. Nous ne sommes plus amis, nous ne sommes pas égaux, nous ne sommes que des hommes sans attache, nous ne sommes que des loups sans meute, nous ne sommes que deux mâles et je suis le dominant. J’ai délaissé la désinvolture, j’ai délaissé la détente, je ne suis que menace et dangerosité. Ignores-tu que derrière mon regard se cache un loup solitaire, un mâle alpha qui a vu sa meute être dévastée ? Ou peux-tu deviner dans mon attitude les grognements de l’animal ? L’italien se loge dans ma mâchoire. J’accuse, je lâche ma rancœur dans cette langue qui nous voyait frères. Tu as tué ma fille, Noah. Je suis incapable de passer là-dessus, je suis incapable de ne pas te reprocher la disparition de ce qui me convainquait que je n’étais pas l’héritier de la perversion des Renzacci. Je suis à l’image de mon grand-père, une perversion de violence, une perversion d’amoralité. Et malgré tous mes efforts, malgré toutes mes tentatives, je suis devenu le monstre que je hais. Tu n’es rien, Noah. Tu n’es plus rien parce que tu as failli à ta tâche. Au lieu de me maintenir sur une voie de repentance, tu m’as volé mes lumières et m’as plongé dans les ténèbres.

La seule personne qui est ridicule, ici, c'est toi. Je serre les dents, me contrains au calme. Ma voix suinte de mépris. « Vraiment ? » Mon articulation est menaçante. Je ne te vois pas, Noah, mais je t’entends. J’entends les frottements de tes habits, j’entends la douleur dans ta voix. Et j’entends…. UN, DEUX, TROIS-QUATRE. UN, DEUX, TROIS-QUATRE. Je me crispe, instantanément. Avant que je ne puisse me retenir, je suis debout. Je suis crispé dans une grimace de colère qui ne me ressemble pas, qui déforme certainement mes traits pour qu’on retrouve mon ascendance italienne. « Cesse, Noah, cesse tout de suite » Sa voix est un coup de poing dans ma poitrine, mes jambes perdent toute énergie, je retombe sur mon siège, le souffle erratique. « Noah. » Son prénom se glisse entre mes dents serrées, comme une menace. Comme une supplique. Sommes nous au cœur de l’attention du restaurant, ou sommes-nous seuls dans un univers qui n’appartient qu’à nous ? Mes mains se plongent dans mes cheveux, enserrent ma tête, se plaquent contre mes oreilles. « Cesse, cesse donc ! »

La musique mue, la musique s’impose, la musique voltige autour de nous. Une illusion. Je le sais. Je le sens. Mais je la vis malgré tout. Parce qu’elle vibre dans mes os, se répand dans mes muscles. Je me raccroche à la voix de Noah mais elle se fond et se glisse, elle se camoufle dans la chaleur ambiante d’une taverne. Odeur, goût, mes sens se saturent, mes sens s’étirent avec langueur dans ces souvenirs, dans cette atmosphère qui me manque. Le manque, oui. Il s’impose. Il s’immisce en moi, il martèle ma poitrine. Ma voix perd en force, perd en agressivité, perd en menace. Perd, aussi, surtout, en autorité. « Noah… » Le manque. Omniprésent. Puis l’envie qui s’immisce. L’envie d’entendre cette voix, l’envie de sentir cette odeur. L’envie, enfin, de voir ces courbes. Ce n’est qu’une illusion, le loup glisse dans mes pensées, griffe ma chair, la lacère de douleur pour me maintenir à flots. Ce n’est qu’une illusion. Et à l’odeur d’Azzura, à sa voix mélodieuse qui fait jaillir une larme de mes yeux secs, je me rends compte qu’une autre odeur se mêle. Inconnue de Noah, elle est pourtant présente, comme apportée par le loup en secret. Et ça ne rend que plus douloureux l’ensemble de l’illusion. Sauf que je perds pied. Si le loup continue de me lacérer, de hurler à la mort, je perds pied petit à petit, je cède à la facilité, je cède à ma lâcheté, je cède à l’appel de la danse. Je cède à l’appel des regrets, je cède à l’appel de la nostalgie. J’entends la voix de Noah, je n’y prête aucune attention. Elle se fond dans le décor. Azzura, elle… je sens qu’elle se rapproche, j’en prends même conscience dans mon cerveau abusé par une manipulation que le loup exècre. Pourtant, il le sait, il perd la partie à son tour. Il couine, il gémit, ma peau n’est plus que sanguinolente et pourtant, Pourquoi fais-tu tout cela, Rafael ? Pourquoi continues-tu de te battre en vain contre la vérité ? Nous savons tous les deux que ce n'est pas toi, tout ça. Que ça ne te ressemble pas. Pourquoi continues-tu de nier tes propres responsabilités quand tout ce que tu as réussi à faire c'est attirer douleur et désolation sur nos vies ? Pense à moi. Pense à Zaira. Pense à la honte que j'éprouve quand je me souviens que tes mains sont couvertes du sang de mes frères. Je me prends la tête entre les mains, retenant ma colère, retenant mes hurlements. Pas d’excuses, non, je ne lui en ai jamais faites ou du moins suffisamment rarement pour qu’elle ne cherche même plus à m’en extirper. Sa voix est douloureuse, sa voix est cinglante, sa voix n’est pas la sienne. Mais elle n’en est pas moins angoissante. Omniprésente. Il n’y a plus qu’elle à présent, plus qu’elle face à moi, plus qu’elle à côté de moi. Plus qu’elle. Et pourtant elle est morte. Sans l’être. Azzura est morte, la personne à qui appartient cette voix ne l’est pas, elle est juste… Par ta faute, je ne peux plus voir notre fille dans les yeux. Seras-tu suffisamment brave pour lui dire qu'en réalité, ce sont tes actes qui nous ont tuées toutes les deux ? Le seras-tu ?! Mon visage se perd entre mes mains, dans une détresse que je n’ai pas conscience de dévoiler, d’exsuder aux autres. « Je ne vous ai pas tuées » L’italien nait entre mes lèvres, comme une supplique. Comme une supplique convaincue. Je ne les ai pas tuées, je ne voulais que leur bonheur.

Plus de Noah, plus d’Azzura, juste mes muscles tremblants et ma respiration douloureuse. Plus de Noah, plus d’Azzura, seulement moi, et moi seul. Seulement moi et mes pensées, seulement moi et cette colère étouffée, asphyxiée, noyée. Seulement moi et cette haine qui s’extirpe des cendres. Seulement moi et la conscience brutale que Noah a été le plus fort, que Noah m’a battu, que sans le loup j’aurais couru vers cette illusion pour m’y allonger et ne plus m’en relever. Je suis immobile, lorsqu’on s’approche de moi. Je suis immobile, lorsqu’on pose une main sur mon épaule. Et qu’on me demande si je veux qu’on me reconduise à ma villa. Pas une question, pas un mot indiscret, mes hommes savent que ce n’est pas le moment. Mais lorsque je m’appuie sur lui pour me relever, lorsque mes jambes refusent de me porter, ils doivent bien sentir que l’homme que j’ai vu n’est plus un ami, plus un allié, plus un employé mais une cible à surveiller.

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Obstacles || PV Rafael

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