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 Passé Composé || Enya

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MessageSujet: Passé Composé || Enya    Dim 29 Nov - 15:50




Passé Composé
Enya & Noah





Odi, vedi, taci, se vuoi vivere in pace.
Cela faisait longtemps. Trop longtemps, pas assez, à peine quelques jours, une éternité. Jamais trop, jamais assez, mais toujours y revenir. Toujours, toujours y revenir. Une sensation de malaise qui prenait d'abord son ventre, puis s'étendait dans tout son corps, brûlant ses veines dans une subtile agonie. L'envie, le besoin. Le manque. C'était le manque, qui le happait entièrement à chaque fois, ce manque sourd qui lui tournait si bien la tête qu'il en perdait l'équilibre. Le manque d'une sensation qu'il ne pouvait retrouver qu'avec elle, toujours, encore, même dans l'affreuse clarté que l'après dose lui donnerait.
Elle n'était pas... Elle. Ne la serait jamais, quoi qu'elle veuille et quoi qu'il en pense. Et pourtant dans cette sinistre révélation, il fallait tout de même continuer. Y revenir. Envelopper d'un linceul d'ignorance ses amours défuntes, ressusciter à nouveau Aida, la seule et unique personne qui ait eu réellement de sens dans des siècles d'une vie trop longue.
Et s'il le savait, cruellement, affreusement, qu'il ne courait qu'après une chimère, ça ne l'empêchait pourtant pas d'y revenir. Encore, et encore, et encore, battant le pavé comme cette nuit-là, sous la pluie, l'esprit embrumé, le cœur pathétique. Un besoin si intense qu'il se devait d'être assouvi, et que seule Enya pouvait assouvir.
Esclaves l'un de l'autre, soumis à des désirs d'une autre époque, tel était leur fardeau. Le fantôme d'Aida planant au-dessus d'eux, les enveloppant de ses bras glacés pour mieux les tordre puis les laisser pantelants, et détruits, à nouveau. Du fin fond des ténèbres, il pouvait l'entendre rire lorsqu'il rouvrait les yeux sur sa propre folie.

Il n'y avait personne dans les ruelles, et pourtant à ses oreilles il entendait le vacarme assourdissant de son propre cœur. C'était un de ces soirs d'Hiver où nul ne souhaitait risquer l'hypothermie ou l'angine, un de ces soirs où les plus courageux étaient considérés comme déments. C'était bien son cas, après tout, ce soir. Ses mains tremblaient, la pluie ruisselait le long de sa nuque, s'immisçant sous ses vêtements. Il était parti rapidement, sans parapluie, presque sans manteau, s'enfonçant dans la nuit noire sans prévenir personne de ses intentions. Le manque était trop fort.
Depuis combien de jours ne lui avait-il plus adressé la parole ? Il ne s'en souvenait plus. Une semaine, dix jours peut-être. Il ne s'était pas excusé, et ne le ferait jamais. C'était sa faute à elle, après tout. Elle qui n'était pas parfaite. Elle qui n'avait pas la même grâce, le même port droit et digne qu'avait Aida. Il ne lui avait demandé que peu, pourtant, un infime détail qu'elle n'avait même pas su mettre en application. C'était pour cela qu'il était parti. Et si sa trouvaille temporaire avait parfaitement assouvi ses pulsions primaires, il retournait voir la petite brune aux yeux noisette, encore, indéfiniment.
Il avait revu Rafael, récemment. A croire qu'en ce moment il appréciait se faire du mal.
Peut-être était-ce pour ça qu'il était parti aussi vite, ce soir. Pour exorciser un passé bien trop présent en trompant ses propres sens. Il y avait pensé plusieurs fois, que cette relation ne pourrait jamais donner de bons fruits. Qu'elle était viciée dès le départ, pourrie, mortifère. Qu'il faudrait y mettre un terme, finalement, pour repartir vers d'autres personnes et se projeter vers l'avenir. Mais la rencontre même fortuite avec Rafael lui avait remis les pieds dedans. L'avait fait rechuter. C'est le risque à courir quand on est aussi vieux : le passé, bien que fantasmé, a cela de beau qu'on n'en conserve que le meilleur. Qu'on se refuse à l'oublier, et qu'on efface, presque consciemment, le pire. On ne peut pas faire cela avec le présent, ni même le futur.
Le passé se modèle, et l'Histoire se répète.

Il passa une main dans ses cheveux trempés pour oublier toutes ses propres pensées, ne plus se laisser emporter que par la rapidité de ses propres pas ou la vie ralentie dans les rues par cette soirée. Si le manque sourdait encore plus à mesure qu'il se rapprochait de chez Enya, Noah devait faire preuve de contrôle sur ses propres passions. Elle le connaissait comme ça, après tout. Sûr de lui. Droit. Directif. C'était ce masque qu'elle connaissait, ce masque qu'elle acceptait. Celui d'un homme de poigne tout aussi capable de faire preuve de compassion et d'écoute. Et si quelques fois ce rôle l'épuisait, s'il voulait seulement, occasionnellement, laisser tomber le masque et dévoiler juste son âme en posant sa tête sur ses cuisses, les yeux fermés, comme il l'avait fait de nombreuses fois avec Aida, il ne s'y résignait pas. Elle n'en était pas encore capable. Elle n'était pas encore prête.
Une part de lui espérait qu'elle le devienne rapidement. Mais pour ça, ils avaient encore beaucoup de travail à faire. L'autre part, moins optimiste, estimait que jamais elle n'y arriverait et qu'il avait tout intérêt à mettre fin à cette mascarade avant qu'il ne soit trop tard.

Le froid le brûlait, mordant sa peau sous ses vêtements trempés. Il finit par lever les yeux vers ce bâtiment qu'il ne connaissait que trop, pour en avoir dévalé les escaliers plus d'une fois sous un coup de fureur. Pour les avoir grimpés quatre à quatre sous l'emprise de l'envie. Il grelotta, passa ses mains sur ses bras pour les frotter et se réchauffer un peu, avant de presser le bouton de l'interphone. D'une voix blanche, il se contenta d'un "c'est moi, je monte" avant de composer le digicode pour ouvrir la porte. Il ne lui avait jamais donné le sien, ni les clés de son propre appartement. C'était plus simple qu'elle ne connaisse pas sa vie autant que lui la connaissait, elle. Ca lui donnait une sensation de pouvoir, un mystère qu'il ne souhaitait finalement que garder pour lui-même. Personne ne valait suffisamment la peine de partager ses secrets. Personne ne le méritait, pas même elle.

Pourtant il grimpa une nouvelle fois les escaliers avec rapidité. Pourtant son coeur tambourinait, cognait à nouveau dans son torse alors que le souffle lui manquait quand il arriva devant la porte. Pourtant, un sourire de soulagement s'étira sur ses traits fatigués alors qu'Enya lui ouvrait. Pourtant il sentit un poids s'envoler de ses épaules, si prestement, si profondément, maintenant qu'elle était là.
Parce que cet appartement ne se ressemblait déjà plus. Parce qu'il y revoyait enfin l'Italie, et que la brunette ressemblait toujours aussi affreusement à Aida.



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Dernière édition par Noah D. Meadow le Jeu 28 Jan - 14:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Passé Composé || Enya    Jeu 3 Déc - 16:36

« C’est moi, je monte ».
Mon cœur s’arrêta une ou deux secondes : j’aurais reconnu cette voix entre mille. Une voix que j’attendais comme une gamine attend Noël. Cela faisait neuf jours que Noah était parti en claquant la porte au beau milieu d’un repas. Neuf jours qu’il n’avait pas donné de nouvelles. Il ne le faisait jamais ; il partait, furieux, ne donnait pas signe de vie pendant des jours, et revenait. Chaque fois je croyais que cette fois, c’était fini, et qu’il me quittait pour de bon ; mais il revenait toujours. Et on repartait pour un tour de manège, l’amour, la passion, l’addiction, l’erreur, la frustration, la colère. C’était sans fin, sans but non plus, mais c’était tout ce qu’on savait faire. Spectacle pitoyable de deux êtres qui se blessent, se soignent et recommencent.

La surprise laissa place à la colère. Il était parti plus longtemps que d’habitude, cette fois. Il était parti une éternité. J’aurais pu aller directement à son bureau, ou chez lui, mais il détestait ça, et je ne voulais pas empirer les choses. Il protégeait très consciencieusement sa vie en dehors de moi. L’improviste venait de lui, pas de moi, et au fond ça ne m’avait pas dérangé jusque récemment. J’avais imaginé des tas de scenarii, des tas de façons de lui faire mal comme il m’avait fait mal ce soir-là, en me jetant ses mots à la figure et en me plantant là. Il y avait cette part, en moi, qui voulait que ça s’arrête. Qui voyait bien que ça ne servait à rien de s’acharner, que Noah et moi n’étions pas faits pour être heureux. Que je méritais mieux que le statut de marionnette à l’effigie d’une femme disparue. Qu’il méritait mieux qu’une femme qui l’enfermait dans ses souvenirs. Cette part refit surface alors que je me dirigeais vers la porte. Il fallait que ça cesse, qu’il comprenne que j’avais des sentiments et qu’il les avait heurtés de plein fouet une fois de plus. Une fois de trop. Il fallait que je lui dise qu’il ne pouvait pas se pointer comme ça chez moi, alors que je n’avais aucun moyen d’entrer chez lui. Il fallait qu’il me voie pour qui j’étais, pour Enya, et pas pour Aida. Ma rencontre avec Timothée avait été un couteau en plein cœur. Pour une fois, je m’étais sentie…charmante, drôle, attirante. Pas comme un fantôme, pas comme une pâle copie, pas comme avec Noah. Pourquoi était-il incapable de me considérer comme cela, alors qu’un inconnu avait pu ? On avait une sorte de relation à sens unique, et il m’avait laissé seule neuf jours. Qu’il aille se faire voir.
Ses pas retentirent dans le couloir. J’inspirai un grand coup et ouvrit la porte. Je lui en voulais, j’étais en colère, j’étais en colère, j’étais…

« Noah. »

J’étais dépendante de lui. La simple vue de son visage me rappela que j’étais incapable de me passer de lui. Il m’avait manqué, terriblement, douloureusement, et maintenant qu’il était là je n’avais qu’une envie : le garder avec moi autant que je pouvais. La petite voix rationnelle fut étouffée par ma folie. Je n’étais pas rationnelle avec lui, rien n’était rationnel quand il s’agissait de Noah. Le voir, le sentir, avoir son affection était un sacrifice que je n’étais pas prête à faire. Je préférais souffrir et attendre, pour pouvoir être avec lui quelques jours, quelques semaines de plus. Je ne sais pas si on peut appeler ça de l’amour, je ne sais pas comment définir ce qu’on a ; je sais que j’en ai besoin comme de respirer. Je sais qu’un jour, ça me tuera peut-être. Je sais que je m’en moque.
Je lui adressai un sourire, timide ; je ne savais jamais comment me comporter quand il revenait après ses absences. Puis je remarquai qu’il dégoulinait de pluie.

« Bon sang, tu es trempé ! Viens, entre. », Dis-je en m’effaçant pour le laisser rentrer et refermer la porte derrière lui. L’appartement était un peu en bazar, mais il avait l’habitude, lui qui débarquait souvent sans prévenir. Chez lui, tout était rangé et carré, on aurait pu croire qu’il habitait dans une maison-témoin. Tout était propre, mon appartement semblait miteux à côté, mais il préférait étrangement venir chez moi. Je le regardai un instant, silencieuse. Dieu qu’il était beau. Il dégageait quelque chose de puissant, de fascinant. Je m’approchai de lui, doucement, le sourire aux lèvres.

« Tu sais qu’on a inventé le parapluie justement pour éviter ton état. »

Je levai une main et essuyai délicatement une goutte de pluie qui était restée coincée sur sa joue. J’avais une envie folle de l’embrasser, mais ne le fit pas. Peut-être n’était-il pas là pour ça, cette fois-ci. Peut-être avait-il décidé qu’il ne voulait plus de moi. Je plantai mon regard dans le sien, dans l’attente de son verdict, de mon sort, de ma vie.

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MessageSujet: Re: Passé Composé || Enya    Lun 7 Déc - 23:53



The rain is falling, like rhinestones, from your eyes.


Il n'y avait rien de rationnel dans leur relation. Rien qui ne puisse être vraiment constructible non plus, rien qu'un chaos indicible dans lequel ils nageaient tous les deux en essayant de lutter. De se retrouver. De survivre, aussi, un peu, malgré tout ce qu'ils pouvaient en dire. Qu'étaient-ils, et qu'était-ce que tout cela ? Ils n'avaient rien d'un couple, encore moins de gens qui s'aimaient. Et pourtant ça ne les empêchait pas d'y revenir encore et encore, s'accrochant l'un à l'autre avec le désespoir d'un naufragé qui se tient à sa bouée, parti à la dérive dans ces abîmes obscurs qui pour eux n'étaient que l'incertitude.
Pourtant comme à chaque fois, Enya ravissait son coeur, coupait son souffle, procurait une once de bien-être intense bien que fugace. Comme une bouffée d'air après avoir retenu trop longtemps sa respiration, elle lui apparaissait, là, ce soir, aussi belle que l'avaient été ses premières amours dans sa Rome ancestrale. Sa voix d'une douceur infime, ses gestes, ses traits graciles empreints de cette grâce qu'avait Aida, chaviraient son âme si bien qu'il ne sut pas non plus quoi dire. Elle était belle, c'était un fait. Et face à la tempête qui grondait dans son propre crâne, Noah entr'apercevait en elle une forme de résolution. Une absolution, passant par ses lèvres, par le creux de ses reins, par le contact de ses doigts sur la peau de l'Italien.
Elle était belle, Aida.

Il n'assimila pas tout de suite qu'il était trempé jusqu'aux os, pas alors que la jeune femme lui adressait un de ces sourires timides qui avaient le don de faire manquer un battement à son vieux coeur. Inconsciente de ce que ses charmes avaient comme effet sur lui, elle savait le désamorcer aussi certainement que sûrement. Et pourtant ça n'empêchait jamais le sortilège de cesser au bout d'un moment. Son esprit déjà parti loin dans ses divagations, il ne pensa pas à cet instant. Présentement, elle était là, et tous les sons qui sortaient de sa bouche étaient comme du miel à ses oreilles. Un doux poison qui aurait sa peau une fois les lumières éteintes, une fois que le chaos aurait repris ses droits. Une fois que l'Enfer et la culpabilité reviendrait à lui, teintés de honte. Cette honte qu'il éprouvait à chaque fois qu'il repartait de cet appartement et le poussait à ne plus lui adresser la parole pendant des journées entières, à l'effacer de sa mémoire encore un peu plus, toujours plus, pour ne plus rester qu'avec l'image d'une femme qu'il n'atteindrait jamais. Aida. Enya. Seules et uniques et pourtant si similaires...

Suivant son invitation avec un hochement de tête silencieux, il pénétra dans l'appartement. Cà et là, il pouvait apercevoir un léger bazar qui n'était pas pour lui déplaire. La jeune femme avait pour elle que son appartement vivait avec elle. Une qualité qu'ont les forces d'esprits, les grands d'âme. Du peu qu'elle avait vu de son propre domicile, le psychiatre conservait une sorte d'ordre maniéré propre à ses années d'homme de foi. Une étroitesse d'esprit qui s'ouvrait au fil du temps, laissant au désordre plus de place dans les pièces qu'il n'ouvrait jamais aux visiteurs. Mais Enya n'avait jamais pu découvrir ce côté-là de sa personne. Et ne le découvrirait jamais, tant qu'elle restait telle quelle. A petits pas mesurés, il suivit son indication et commença à enlever ses affaires, avant de s'arrêter en plein mouvement. La douceur de ses doigts sur sa joue le poussa à fermer les yeux un instant, pris d'un frisson qu'il apparenta au plaisir. Celui de la sérénité que provoquait son contact, mais aussi de la profonde affection qu'il lui arrivait de ressentir pour la jeune femme. Quand il rouvrit les yeux sur elle, il lui sourit.
Sincère. Profond. Il se sentait bien, ce soir, en cette heure, avec elle. Il rit même doucement à ses paroles.

-J'ai tendance à oublier que la technologie est avancée à ce point, de nos jours.

Et c'était vrai. Il venait d'un autre temps, d'une autre époque, et si cette fois-ci il avait simplement oublié son parapluie, il lui arrivait des fois d'être dépassé par les évènements. Le monde tel qu'il l'avait connu avait disparu depuis longtemps, avait évolué sans lui, et il se sentait parfois complètement déconnecté du présent. Depuis qu'il l'avait revu, il se demandait si Rafael sentait la même chose. Si pour lui aussi l'adaptation prenait du temps, des années même, ou si tout avait été aussi simple que de prendre une inspiration. Si tel était le cas, il le jalousait. Après tout, Rafael avait toujours été plus rapide que lui dans ce type de domaine.
Sans lâcher le regard d'Enya, le psychiatre pressa lentement sa joue contre ses doigts, levant une main pour la poser sur la sienne. Sa peau lui avait manqué. Terriblement. Une fois de plus il avait cru qu'il pourrait s'en passer, que la dernière fois serait ce qu'elle était supposée être, mais non. Sa peau brûlait là où la main se trouvait, et pourtant il n'échangerait sa place pour rien au monde. Si bien que sa main libre prit naturellement place sur la nuque de la jeune femme. Si bien que tout aussi naturellement, ses lèvres se posèrent sur les siennes, retrouvant leur chaleur comme leur parfum délicat. Les paupières closes, il entendait le chant des cigales aussi clairement que le tocsin.

-Tes lèvres ont le goût du miel. Elles m'ont manqué. Murmura-t-il contre sa peau, les sens encore bercés par l'échange.

Il ne se préoccupa pas d'être encore trempe ou que le baiser fut humide, à vrai dire. Son esprit n'était pas à ce genre de trivialités. Les paupières encore fermées, il tenta de faire durer le mirage, le miracle presque de ces retrouvailles avec une femme d'un autre temps. Mais il fallait bien que ça cesse un jour. Son coeur se serra un peu en entrevoyant non pas Aida, mais bien Enya, et il finit par se détacher un peu d'elle sans rien en montrer. Pour lui donner de l'espace ou ne pas la mouiller, peut-être. Ou tout simplement parce qu'une fois de plus il était déçu de l'avoir confondue avec un fantasme.
Sans rien demander, il ôta son manteau qu'il accrocha à la patère à l'entrée, lui adressant toutefois un sourire attendri. La jeune femme était belle, comme ça, prise à l'envolée. Elle avait des atouts indéniables, même sans être parfaite. Elle le serait, un jour. Il en était tellement persuadé qu'il était revenu vers elle, posant ses mains sur ses joues avec une tendresse infinie, comblant à nouveau cet espace aussi nécessaire que déchirant entre eux.

-Merci de m'avoir ouvert. J'avais besoin de te revoir. Il jeta un regard circulaire au petit appartement, constatant enfin qu'il n'arrivait peut-être pas à un moment opportun. Piteusement, il se mordit la lèvre inférieure. Est-ce que tu peux me recevoir ? Je m'en vais, autrement.

Il se doutait bien que la réponse serait oui, c'était pour ça qu'il avait pris ses aises, mais jugeait de bon ton de demander tout de même. Après tout, elle avait aussi son mot à dire dans tout ça. Pour l'instant.

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MessageSujet: Re: Passé Composé || Enya    Ven 11 Déc - 15:32

Ces moments-là était toujours un peu étrange. Il revenait, après son absence non justifiée. J’ignorais toujours où il avait été, ce qu’il avait fait. Il ne s’excusait jamais. Et nous reprenions le cours de notre histoire, comme s’il ne s’était rien passé, ou presque. Mais chaque fois que nos regards se croisaient après des jours éloignés, il y avait ces quelques minutes de flottement, pendant lesquelles aucun de nous ne semblait vraiment savoir quoi faire, quoi dire. Noah rit doucement à ma remarque sur le parapluie. Il n’était pas franchement le genre d’homme à rire aux éclats. Il souriait, en général, mais ne faisait que rarement des excès d’émotivité. Seules ses colères étaient exprimées avec force. Le reste du temps, il apparaissait pour moi comme un homme qui laissait transparaitre ses émotions plus qu’il ne les exprimait réellement. Un rire était donc déjà une belle preuve d’affection, à mes yeux, et le sien me faisait fondre chaque fois. Il était si beau quand il souriait. J’aimais à croire que j’étais l’une des seules personnes au monde à voir sa beauté ainsi, l’une des seules à avoir droit à ses sourires chaleureux et à ses rires.

Sa main sur ma joue me fit frissonner. J’en rêvais la nuit depuis des jours. J’étais presque capable de ressentir le contact de ses mains en fermant les yeux et en me concentrant. Comme si chaque sensation de sa peau sur la mienne était ancrée au fond de moi. Et pourtant, les résidus que je gardais en moi n’étaient rien comparés à la sensation de chaleur qui m’envahit lorsque son autre main se posa sur ma nuque. Mon souffle se coupa net lorsque ses lèvres s’approchèrent des miennes. Notre baiser dura un moment, pas assez longtemps. J’aurais pu rester là, à l’embrasser, pendant des heures. Quand nos lèvres se scellaient, il n’y avait plus rien comptait. J’oubliai tout : sa colère, son absence, son indifférence qui me frustrait parfois, mes questions, mes doutes sur notre relation. Tout à coup notre histoire était une évidence, comme sa présence ici. Je l’aurais attendu encore des jours s’il avait fallu. Lorsqu’il s’éloigna, j’avais le souffle court, le cœur qui se remettait difficilement.
-"Tes lèvres ont le goût du miel. Elles m'ont manqué."
- "Toi aussi", fut l’unique réponse dont je fus capable.

Je souris. Il avait le chic pour me faire des compliments comme sortis d’une autre époque. Disait-on encore à une femme que ses lèvres avaient le goût du miel ? On le disait dans mes livres de Jane Austen. Mais Noah semblait parfois sorti tout droit d’un Jane Austen, pas toujours en phase avec le monde dans lequel nous vivions. Mais ça faisait partie de son charme, de ce qui me fascinait chez lui. Parfois je me demandais encore comment un homme comme lui pouvait éprouver quelque chose pour une fille comme moi. Lui était hors du lot, si différent des autres. Moi j’étais juste une fille normale qui se donnait l’impression d’être exceptionnelle avec sa petite radio pirate. La fille normale la plus chanceuse de la planète Terre.

Il finit par se détacher, et déjà son corps me manquait. Je le regardai silencieusement, sans un bruit, alors qu’il allait accrocher son manteau à l’entrée. Je ne pouvais pas m’empêcher de le suivre des yeux. Déjà lors de nos séances, il m’avait surprise plusieurs fois le reluquer, ce qui n’avait pas manqué de me mettre mal à l’aise. Mais depuis que j’en avais le droit, la liberté, je ne m’en privais pas. Il était comme un aimant, et je refusais de manquer un seul de ses gestes alors qu’il pouvait si facilement disparaitre et ne jamais revenir. J’allais dire quelque chose, histoire de combler le silence, mais déjà il revenait et ses mains étaient de nouveau sur moi. Sa douceur tranchait tellement avec sa colère, la dernière fois que je l’avais vu. Il pouvait être d’une tendresse infinie, comme maintenant, et l’instant d’après d’une colère effrayante.

Il me remercia de lui avoir ouvert. Je haussai les épaules légèrement ; comme si j’avais été capable de le laisser à la porte. Il n’avait pas besoin de me remercier pour cela. Il savait bien que je lui ouvrirai toujours, au fond. Il me connaissait trop bien pour l’ignorer.
« Est-ce que tu peux me recevoir ? Je m'en vais, autrement. »
« Non ! »

Le cri était sorti tout seul, et me surprit moi-même. Je posai, instinctivement, une main sur la sienne, comme pour le retenir. Je ne voulais pas qu’il s’en aille. Ni maintenant, ni jamais. Qu’il reste, pour toujours, dans ce petit appartement, n’importe où, je m’en fichais. C’était trop douloureux quand il partait. Chaque fois je pensais que je ne pourrais pas supporter la douleur de son absence ; chaque fois j’y arrivais, mais j’avais peur d’y replonger. Je n’étais pas assez forte pour ça. Pas assez forte pour me passer de lui.
« Ne pars pas. Tu peux rester autant que tu veux. », répondis-je dans un souffle avant de laisser tomber ma tête sur son torse. J’y restai là quelques secondes, m’imprégnant de son odeur. Ses vêtements étaient humides, mais je m’en fichais. Je relevai la tête et plongeai mon regard dans le sien.

« Il te faut quelque chose à boire pour te réchauffer. Ordonnance du médecin. », ajoutai-je avec un sourire.
Sans attendre sa réponse, je me détachai avec regret et me dirigeai vers l’armoire de la cuisine pour y prendre deux sachets de thé. Tout en sortant les bols et en remplissant la bouilloire, je lançai :

« Je crois que je n’ai pas d’affaire à toi ici pour que tu te changes. Désolée. Tu…euh…tu es resté absent longtemps. »

Je me pincai les lèvres. Voilà, c’était dit. Ce n’était pas un reproche, plutôt une question cachée. Qu’avait-il fait ? Où était-il pendant que je pleurais et que je faisais des cauchemars ?

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MessageSujet: Re: Passé Composé || Enya    Dim 13 Déc - 3:09



Non ! Bien sûr, il le savait, elle n'allait pas vouloir qu'il parte. Il s'en doutait, pas seulement à cause de sa façon d'agir, pas seulement parce qu'il la voyait revenir vers lui pour briser la distance une nouvelle fois entre eux. Non ! Sa voix était aussi lointaine que proche, aussi assourdissante que faible. Il avait ouvert les yeux une nouvelle fois sur elle, un peu déstabilisé par son cri, réalisant que cette voix n'était pas celle qu'il attendait. Qu'il n'y avait pas de jeu, que du sérieux dans cette plainte. Et que cette intonation ne ressemblait pas à celle qu'il rêvait. Et pourtant, pourtant malgré ça, c'était Aida qui revenait vers lui. Aida avec ses jolis traits ronds, si pure, qui le serrait contre elle et enfouissait son visage dans ses vêtements. Son odeur envahit à nouveau ses narines, contribuant à renforcer une nouvelle fois l'enchantement. Il était prisonnier de ses sens, contraint par son contact à des sentiments dont il n'était pas maître. Il ne l'avait jamais été. Presque désolé d'avoir semé le trouble, il entoura ses bras autour de ses épaules, rapprochant la jeune femme de lui. Après tout, il pouvait bien rester. Si la voix n'était pas exactement la même, si les traits n'étaient pas tout à fait identiques, il était prêt à faire une concession ce soir-là. Juste une, une de plus, une de trop. Il enfouit son nez dans ses cheveux, s'imprégnant de son odeur, sa main se glissant sur sa nuque. Combien de fois aurait-il pu la serrer, lui briser les vertèbres dans un accès de fureur, parce qu'elle n'était pas suffisante ? Combien de fois allait-il encore la caresser avec la tendresse dont il faisait à présent preuve envers elle, le coeur battant sans rythme défini, simplement porté par la chaleur de son corps contre le sien ? Il ferma les yeux, profitant, seulement. Leurs étreintes avaient ce charme intemporel qui lui rappelaient qu'il était un tant soit peu humain. Qu'il avait un coeur, qui battait à l'unisson avec le sien. Elles étaient trop courtes, trop longues à la fois, le brûlaient puis le glaçaient jusqu'à la moelle quand elles cessaient. Puis Enya relevait les yeux pour les noyer dans les siens, finalement brisant le silence et renforçant le songe. Comme à chaque fois.

Sentant très bien qu'il n'avait pas son mot à dire, il acquiesça docilement et la laissa partir, même si son corps criait pour qu'il ne la lâche pas. La réalité revenait s'immiscer entre eux, implacable, pleine des bassesses de la vie quotidienne. Ils auraient pu n'être qu'art et poésie, rêve et fantasme, mais à chaque fois l'enfer de la routine, des habitudes et des besoins primaires reprenait le dessus. Alors il se dirigea vers le radiateur, s'y appuyant sans la lâcher des yeux. Il y avait quelque chose d'hypnotique dans ses gestes, un petit soupçon d'enchantement à nouveau que la façon qu'elle avait de tenir la bouilloire ou de verser l'eau dans les tasses, son visage gracile à peine marqué par la concentration. De différent sans que ce ne soit trop, ses doigts fins tenant les rebords des bols avec peut-être un peu trop de ferveur. Rien qui ne participe à briser le rêve, pour autant, en manifestait le regard doux que Noah posait sur la jeune femme.

Un sourire s'étira sur ses traits à sa remarque sur ses vêtements, et il allait lui répondre que la chaleur du radiateur suffisait amplement. Sauf que ce n'était pas assez. Un bruit de verre brisé retentit à ses oreilles alors que le rêve s'étiolait, et le psychiatre fronça les sourcils. La vision se brouillait, désespérément, alors qu'il serra ses doigts sur le radiateur, ses mains refroidies par la pluie brûlant au contact de la chaleur. La douleur le ramena à la vérité, crue, du petit appartement en bazar de New Orleans dans lequel il courrait régulièrement à sa perte. La vérité d'une agonie lente avec une personne qui n'avait rien de ce qu'il voulait.

-Serait-ce un reproche ?

Brisé. Brisé le rêve. Il posa un regard noir sur la jeune femme, serrant les dents. Pourquoi une telle question ? Ce n'était pas Aida. Aida aurait su, elle. Elle aurait su qu'il ne fallait pas poser une telle question, et l'aurait, angélique Aida, bercé dans l'illusion d'un monde parfait sans aucune contrariété. Et Enya le contrariait profondément. Pourquoi voulait-elle savoir ? En quoi est-ce que ça la concernait de savoir où il avait été ou ce qu'il avait bien pu faire ? Elle ne méritait pas qu'il daigne lui répondre, elle ne méritait pas de savoir le moindre détail sur ses allées et venues. Elle n'était pas digne de savoir qu'il avait retrouvé Rafael après tous ces siècles, ou de connaître l'existence de cet être d'une violence rare, Axl. Elle ne méritait pas de savoir qu'il y avait, quelque fois, le corps de Maisy qui s'enlisait avec le sien dans la chaleur des draps d'une chambre d'hôtel prise au hasard. Elle ne méritait pas de savoir qu'il avait rencontré cet homme dont la voix le hantait nuit et jour. Elle ne méritait même pas de respirer le même air que lui, avec sa bêtise crasse. Il soupira, la mâchoire toujours crispée. En seulement quelques mots, la misérable avait réussi à réduire à néant tout ce qu'il avait pu essayer de construire. De retrouver.
Le chant des cigales s'était tu, ne laissant plus qu'un silence funeste entre eux.

Finalement, il relâcha le radiateur pour croiser ses bras sur sa poitrine, serrant ses poings brûlés en la toisant froidement. D'un ton entièrement dénué de tendresse, il rétorqua de cette voix grondante, si fréquente lors de leurs retrouvailles.

-Qu'as-tu fait, toi, pendant mon absence ?

Envolée la compassion, envolé le besoin de retrouver la douceur de ses lèvres. Envolée l'envie d'être juste avec elle. Pour peu que la réponse ne soit pas à son goût, il partirait en claquant la porte comme tant d'autres fois. Car la fureur, si elle n'avait pas encore pris son corps en otage, commençait déjà à faire son chemin dans son esprit brûlant. Enya n'avait pas droit à l'erreur. Le moindre faux pas provoquerait une énième crise, un nouvel éclat de la part du brun. Bombe à retardement qui ne se désamorcerait pas d'un simple battement de cils, il se plaçait en Inquisiteur implacable, jaloux, comme tant d'autres fois. Il ne desserra les dents que pour lui adresser un sourire mauvais, méprisant.

-Je crois que je ne vais pas boire de thé, finalement...

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MessageSujet: Re: Passé Composé || Enya    Jeu 17 Déc - 23:47

Dans le silence qui suit ma phrase, je sens que j’ai fait une erreur. Je n’aurais pas dû demander. J’aurais dû accepter, comme je le fais toujours. Il ne me le dira pas, de toute façon, ça fait partie des règles du jeu implicites que nous avons mises en place. Il part, il revient. Entre les deux, peu importe. Il revient quand il juge que c’est le bon moment, quand nos deux esprits se sont calmés et recentrés. Je ne pose jamais de question, je lui fais confiance. Je lui voue une confiance aveugle depuis le jour où l’on s’est rencontré, lui le psychiatre, moi sa patiente perdue. Ce soir j’ai osé questionner cette confiance. Je regrette déjà mes paroles, et la voix de Noah me les fait regretter davantage.

-Serait-ce un reproche ?

Je me retourne, surprise par le ton cassant qu’il a employé. Son regard est noir comme la nuit. Il a l’air réellement en colère. Je ne comprends pas pourquoi cela le met dans cet état-là, mais ce n’est pas ce que je voulais. Je vois ma soirée de retrouvailles voler en éclats, en une poignée de secondes. Je revois notre dernière soirée, lorsqu’il m’a lancé ce même regard, qui s’est transformé en une colère furieuse, et qu’il est sorti au beau milieu du repas en claquant la porte. Que je l’ai attendu sur le pas de la porte toute la nuit, en vain. Il ne reviendrait pas finir son assiette ni notre conversation. J’étais seule à nouveau.
« Non, pas du tout. Je ne voulais pas…»
Mais je n’ai même pas le courage de finir. Il est devenu si froid, et toute l’affection, toute la douceur que j’avais vue en lui quand il a franchi la porte semble s’être évaporée. Il était plein d’affection, le voilà plein de rancœur. Comment un homme peut-il passer si vite de l’un à l’autre ? Pourquoi suis-je incapable de retenir sa douceur, mais très douée dans l’art de susciter sa rancœur ? Je me sens si indigne de son amour quand il me regarde comme ça. Si laide et stupide.

-Qu'as-tu fait, toi, pendant mon absence ?

Bonne question. Qu’avais-je fait pendant son absence ? J’avais pleuré, chaque nuit. Je n’avais presque pas dormi, hantée par mes démons, réveillée par mes cauchemars. J’avais attendu tous les soirs qu’il revienne. Je l’avais cherché du regard à chaque coin de rue, chaque couloir de l’hôpital. J’avais cru l’entendre, le reconnaitre, des dizaines de fois, et je m’étais rendue compte chaque fois que ce n’était pas lui. Je n’avais quasiment pas mangé, me contentant de grignoter pour subsister aux besoins en calories de mon corps. J’avais rencontré Timothée, cet inconnu sorti de nulle part qui avait débarqué à l’hôpital. Pour quelques minutes j’avais oublié mon malheur et ma détresse. Je l’avais embrassé. J’étais rentrée. Je m’étais sentie coupable, rongée par les remords, j’avais pleuré à nouveau toute la nuit. Voilà ce que j’avais fait pendant son absence ; mais je ne dirais rien de tout ça. D’abord parce que cela ne ferait qu’aggraver la situation. Ensuite parce que je n’étais pas sûre qu’il pourrait comprendre ce genre de réaction. Il était psychiatre, après tout ; une telle dépendance était quasiment clinique. Je ne voulais pas qu’il me voie comme ça. Qu’il sache que j’étais comme ça quand il n’était pas là. De toute façon, il devait bien le deviner, il me connaissait.

Noah esquissa un sourire qui me brisa le cœur. Un sourire d’une cruauté impitoyable, et je me sentis disparaitre à l’intérieur de moi-même. J’avais envie de pleurer, cela me brûlait déjà la gorge. J’avais tout brisé. Il était enfin revenu, je l’attendais depuis des jours, nous allions passer une bonne soirée, et j’avais tout gâché. Ca n’était pas mon intention, mais j’avais merdé. Comme à chaque fois. Je venais de perdre encore une fois le Noah tendre et doux que j’aimais. Je ne pouvais pas le perdre. Pas alors que je venais de le retrouver. Je devais faire quelque chose, le faire revenir. S’il partait une nouvelle fois, je ne survivrais pas. Je laisse ma bouilloire et m’approche de lui, doucement.

« Je suis désolée. Je ne voulais pas te blesser. C’était maladroit, c’est juste que… »
Je m’arrête une seconde, les larmes me montent aux yeux, que je ferme afin de les contenir encore un peu. Pas question de pleurnicher. Je lève la tête et me force à affronter son regard d’une froideur implacable.
« Tu m’as tellement manqué, Noah. Je suis perdue quand tu pars, j’en crève de douleur. Et la dernière fois, je t’ai mis en colère, et tu es parti si longtemps, j’ai…. ». Ma voix se brise et une larme franchit la barrière fragile que j’avais dressée. « J’ai eu peur que tu ne reviennes jamais. J’ai cru que je t’avais perdu. Mais moi je suis pas capable de te perdre, j’ai besoin de toi. »
Les mots franchissent mes lèvres plus vite que je ne l’aurais voulu, et mon cœur se serre à m’en faire mal. Il ne peut pas partir, je ne le supporterais pas. Pas maintenant, pas comme ça. Pitié.

« Ne te met pas en colère, je suis désolée. Je suis désolée… »

C’est tout ce que je suis capable de dire, tout ce à quoi je pense. Je suis désolée. Ne pars pas. Ne me laisse pas. Je baisse la tête, effrayée. J’en suis donc là, à pleurer de peur de le perdre. Est-il au moins conscient de l’emprise qu’il a sur moi ? Est-il conscient de ce que je ressens pour lui ? Est-il conscient qu’il a ma vie entre ses mains, jour après jour ?

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MessageSujet: Re: Passé Composé || Enya    Dim 20 Déc - 2:06


Marche, marche sur des charbons ardents, toi qui as déclenché l'ire incandescente. Noah observa le jeune femme, le regard toujours aussi dure, sans mot dire, une vague de dégoût noircissant progressivement chacune des pensées qu'elle lui inspirait pour ne plus être que sa sensation primaire à mesure qu'elle évoluait dans la pièce. Comment avait-il pu tomber aussi bas, à s'acoquiner d'une fille qui n'avait que quelques points de ressemblance avec son amour défunt ? Au final, et il le voyait avec une douloureuse clarté, elle n'avait d'Aida qu'une vague ressemblance, un tout petit quelque chose qui avait si vite fait de filer pour une parole, pour un geste. C'était dérisoire, à ce stade, que de se dire qu'il put alimenter quelques sentiments à son égard. Tellement, tellement lointain de cet amour vibrant, puissant, qu'il éprouvait encore pour Aida même après tous ces siècles.
Elle était médiocre, Enya. Elle ne lui arriverait jamais à la cheville, quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle tente. Elles ne seraient jamais semblables, mais surtout jamais une. Et là, les doigts encore mordus par la chaleur du radiateur, il n'avait plus aucun doute quant à cette terrible vérité. Peut-être que c'était maintenant qu'ils devaient tout arrêter. Comme la fois d'avant. Comme celle d'avant celle d'avant, et comme toutes les précédentes. Ils jouaient à un jeu frustrant depuis près d'un an, à des tentatives de rapprochement qui n'avaient rien de concret ni même de positif, et finissaient inexorablement dans la douleur. Dans les regrets. Dans ce poids qui pesait ensuite sur ses épaules, cette culpabilité maladive qui l'avait toujours rongé même du temps où il était véritablement un homme. Il soupira, de ces soupirs résignés que la jeune femme n'avait que trop vus, accompagnant l'expiration d'un léger mouvement de la tête en signe de négation. Comme à chaque fois, il se convainquait de mettre enfin cartes sur table. D'arrêter net l'illusion, de pousser une dernière fois la porte et la refermer définitivement.

Sauf que, comme à chaque fois, Enya faisait quelque chose. Un petit éclat de magie qui rejaillissait tel un phénix dans les cendres de ce brasier qu'il avait lui-même provoqué. Elle n'avait pas pleuré tout de suite, avait vaillamment tenu bon, avait prouvé qu'elle était plus forte que ça. Son coeur avait vacillé, son attitude créant une fissure infime dans sa carapace de mépris. Juste une toute petite fissure qui craquela tout le reste, sa voix suspendant le temps et l'espace, sa dignité, même fragile, fracassant le mépris pour raviver l'intérêt. Elle était belle, dans cette force à peine maintenue, dans l'élégance de sa supplique. Aida avait prononcé les mêmes mots, de la même manière, dans le temps. Elle aussi lui avait dit qu'elle avait besoin de lui. Besoin, nécessité, tout ne revenait qu'à ça, au final. La nécessité d'un cœur pour celui de l'autre, ce besoin maladif, presque pathologique, de rester ensemble malgré toutes les blessures. Le souffle raccourci, le coeur serré, l'Italien laissa se briser les restes de son mépris en soutenant le regard de la jeune femme. Ce n'était déjà plus Enya, là, en face de lui. La ressemblance était bien trop présente, bien trop troublante pour que ce ne soit qu'une coïncidence. Il se mordit la lèvre inférieure, passa une main dans ses cheveux encore légèrement humide pour les tirer en arrière avec nervosité.

Monstre. Tu es monstrueux.
Impossible de taire cette voix, cette culpabilité qui revenait maintenant pour lui rire dans le creux de l'oreille. Après tout, Noah, tu es abominable et tu le sais. Un moins qu'humain, qui ne mérite même pas de fouler ce sol au milieu des mortels. Ce n'est pas elle qui doit être méprisée, douce, angélique Aida. C'est toi. Pour tout le mal que tu lui as fait, et que tu continues à lui faire, même dans cette vie. Alors fais quelque chose de bien pour une fois. Arrivera un moment où plus personne ne pourra pardonner tes erreurs, pas même toi. Ouvre tes yeux, Dalmazio. Y arrives-tu seulement ? Non... Jamais...
C'est ce qu'il fit. Il rouvrit les yeux. Redécouvrant Enya comme s'il la voyait pour la première fois, il tendit lentement la main vers son visage. Une larme avait roulé le long de sa joue, qu'il recueillit du bout de l'index. La gorge nouée par ce qu'il venait de faire, il acheva le geste en tendant les bras pour l'attirer une nouvelle fois contre lui. Pas seulement par culpabilité. Pas uniquement parce qu'il était con, et désolé de ses propres paroles. Mais parce qu'il ressentait ce besoin viscéral, organique, de l'avoir de nouveau dans ses bras. Pour qu'elle le pardonne, et qu'il n'ait pas à voir la tristesse déformer ses traits sous le coup de sa propre erreur. Ne pas voir ses erreurs, n'est-ce pas déjà une forme de pathologie ?

-Moi aussi j'ai besoin de toi... Mais pas de ces questions, tu sais très bien qu'elles nous sont nuisibles.

Pourquoi s'entêtait-il à dire cela, alors qu'il ne suffisait quelques fois que de s'excuser pour effacer l'ardoise et tout reprendre depuis le début ? Il n'en savait pas plus lui-même. Il ne savait d'ailleurs déjà plus où se trouvait la frontière entre le remords et la routine. Ni même où il se situait quand il était avec Enya. Aida. Les deux, une seule, et aucune à la fois. Il resserra son étreinte autour d'elle, ses doigts se glissant dans les cheveux naissant dans le creux de sa nuque. La serrer contre lui pour ne rien affronter. Il avait tenté plusieurs fois de s'excuser, mais les mots mouraient toujours avant d'arriver à ses lèvres.

-Tu es pardonnée. Je n'ai aucune raison de partir.

Son ton s'était adouci, un murmure dans le creux de son oreille avant qu'il ne finisse par la relâcher. Un léger sourire presque tendre, avenant, étirant le creux de ses lèvres, il ponctua sa phrase d'un baiser rapide sur son front. Il était plus facile d'absoudre quelqu'un que de s'excuser. Plus rapide, aussi, de promettre la Lune quand on ne pouvait pas la décrocher. Et une fois de plus, ils y revenaient. A la routine, à la douceur temporaire avant une énième tempête.

-Si on le buvait, ce thé ? Et si tu me racontais ta journée, ce que tu as fait ces derniers jours ?

Avec délicatesse, il attrapa sa main pour l'enjoindre à le suivre vers le canapé et s'y asseoir. Dans ce rêve éphémère, illusoire, il continuait de la guider. Et les bols de thé qui les attendaient avaient le parfum de la repentance comme de la libération face à la tension qu'il avait créée.  

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MessageSujet: Re: Passé Composé || Enya    Mer 23 Déc - 21:18

L'attente était interminable. J'étais une pauvre âme jugée au tribunal, attendant qu'on la mette à mort ou qu'on lui laisse encore un peu de répit. Juste un peu. Je ne le ferai plus votre Honneur, je le promet, je serai sage, je serai comme vous voudrez. J'essaierai de mon mieux. Mais ne partez pas. Ne pars pas. Je me vois déjà en train d'essayer de le retenir dans le couloir, lui hurler dessus, pleurer son absence, en devenir malade. Combien de fois vais-je devoir passer par là ? Combien de fois va-t-on s'infliger cette douleur ? Cela lui fait-il aussi mal qu'à moi,d'ailleurs ? Il semble tellement prompt à partir, alors que je ne suis même pas capable d'envisager de le faire ne serait-ce qu'une fois. Noah a toujours été le plus fort de nous deux, celui capable de prendre les choses en main. Même si ça doit être douloureux.

Enfin, il esquisse un geste, et l'étau qui menaçait de faire exploser mon cœur se désserra un peu alors que sa main vient cueillir la larme rebelle. S'envola alors qu'il me serre à nouveau dans ses bras. Je ne peux m'empêcher de le serrer très fort, aussi fort que je le peux, les jointures de mes mains blanchissent sous l'effort. Il n'est pas parti. Je suis encore avec lui. Plus rien ne compte. Je ferme les yeux et laisse l'air retenu toutes ces longues secondes dans mes poumons s'expulser lentement.

« Moi aussi j'ai besoin de toi »

Mes yeux s'ouvrent malgré moi, cachés par mon visage enfoui contre son corps. Il disait rarement ces mots-là. Nous les disions rarement. Nous avions, chacun, une sorte de pudeur qui rendait notre affection montrée plutôt que parlée. Mais l'entendre dire, c'était autre chose. Savoir que quelqu'un avait besoin de nous, c'était autre chose. Surtout venant de lui. C'était le genre de sentiment qui vous enveloppe tout entier et ne vous lâche plus, vous rend invincible, l'espace d'un instant, parce que vous êtes exceptionnel. Il y a quelques secondes, j'avais peur qu'il sorte de chez moi et m'abandonne une fois encore. Maintenant, je me sentais exceptionnelle. N'était-ce pas la plus belle des sensations ? L'étreinte de Noah se fit plus forte et je me laissai couler dans ses bras.

« -Tu es pardonnée. Je n'ai aucune raison de partir. »

Je ne savais pas bien de quoi j'étais pardonnée, mais ça avait peu d'importance. Tant que je l'étais, après tout. Lui savait, je n'avais pas besoin de plus. Il me relâcha, trop tôt, comme toujours, et m'offrit un sourire auquel je répondis avec toute l'affection dont j'étais capable. J'ignorais beaucoup de la vie de Noah, mais je me doutais qu'il n'avait pas dû sourire beaucoup, avant. Son visage était marqué par des sentiments plus proches de la tristesse et de la souffrance que de la joie ou la sérénité. Des fois, face à lui, je me sentais comme une gamine qui avait eu une vie presque facile ; moi et mes attitudes joviales face à ses regards fatigués et son calme parfois effrayant. Alors quand il souriait, il méritait une réponse aussi puissante que possible. Lui me calmait ; je tentais de l'enthousiasmer un peu. C'était une sorte d'équilibre, l'un des seuls points d'équilibre d'ailleurs, que nous avions : nous avions des personnalités différentes, mais j'osais croire qu'elles se complétaient et nous rendaient tous les deux meilleurs. J'osais croire que Noah était plus joyeux depuis les mois où nous étions ensemble ; quand il ne piquait pas une colère noire. Au moins, à un extrême ou à l'autre, il s'exprimait.

Je le suivis sans broncher dans le canapé, l'odeur du thé emplissait presque tout le salon. Je m'assis à côté de lui, silencieuse, le laissant s'installer confortablement avant de prendre la parole. Que pourrais-je bien lui dire ? Mes journées n'étaient pas des plus passionnantes. Et puis, à lui raconter mes journées, j'avais parfois l'impression de me retrouver en séance, lorsqu'il m'écoutait calmement en prenant des notes sur son calepin et en me prescrivant mes médicaments ensuite.

« Eh bien, j'ai passé le plus clair de mon temps à l'hôpital. Il y a énormément de patients. On a eu une grosse vague avec les émeutes, mais on reçoit encore des blessés, des traumatisés, des gens qui subissent les dégâts plusieurs semaines après. Et maintenant que ce problème là est calmé, on pensait être tranquilles, mais il y a ces rumeurs de peste. On jongle entre les gens qui ont peur et ont besoin d'être rassurés, et les cas réels. J'ai vu des gens se dégrader, sans rien pouvoir faire. Je ne sais pas si c'est vraiment la peste, mais certains nous échappent. »

Je soupirai. Ces derniers jours avaient été éprouvants. Quand je m'étais lancée dans mes études de médecine, c'était d'abord pour Casey, pour trouver un moyen de réparer mon erreur. J'avais conscience que ce ne serait pas facile, que j'aurais des mauvais jours. Mais je n'avais aucune idée de ce que j'allais devoir affronter. La mort, l'agonie, la souffrance, la détresse, et aucun moyen d'arrêter tout ça. Je détestais l'impuissance. Et ce métier m'en offrait à la pelle.

« C'est comme si un fléau en remplaçait un autre. Des fois, j'ai l'impression que ça ne finira jamais, que c'est foutu d'avance. Mais bon, il faut bien continuer à faire quelque chose, non ? »

Je lui adresse un sourire timide. Faire quelque chose. C'est ridicule, au fond. J'aurais aussi bien fait, peut-être, de laisser ma bonne conscience de côté et de me laisser couler dans l'ambiance. De vivre ma vie sans me soucier de celle des autres, de cesser de m'infliger ce rythme et ces obstacles. Seulement voilà, si je ne le faisais pas, qui le ferait ? Et moi, que ferais-je, si je n'aidais pas les autres ? C'était qui j'étais, au fond : celle qui avait fait des erreurs et essayait de se racheter comme elle pouvait.

« Ce soir c'est mon premier jour de congés depuis une semaine. On peut dire que tu es bien tombé. Tu....tu vas rester cette nuit ? »

La question était posée innocemment, et elle était presque innocente. En réalité, j'espérais qu'il accepte de passer la nuit avec moi. Cela faisait également une semaine que je faisais des cauchemars, et sa présence avait tendance à les chasser, pour un temps. J'en avais assez de subir les visions de ma famille ou des histoires horribles sur Noah, qui me réveillaient en sursaut au beau milieu de la nuit et m'empêchaient de me rendormir avant plusieurs heures.

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MessageSujet: Re: Passé Composé || Enya    Lun 4 Jan - 1:20



Faire semblant. Prétendre, encore, toujours, reprendre cette bonne vieille habitude du mensonge. Tout était nettement plus simple en mentant, et même si des fois ça vous retournait dans la figure, cela restait tout de même la meilleure solution quand on y réfléchissait bien. Depuis ces mois qu'il avait passés avec Enya, il avait compris qu'il ne pouvait pas lui dire la vérité. Elle ne l'aurait pas acceptée, voire pire, l'aurait rejeté lui. Et ça il ne pouvait pas l'accepter. Il avait trop besoin d'elle, malgré ses éclats, malgré ses colères frénétiques, épisodiques, qui réduisaient systématiquement le petit cocon qu'ils essayaient de construire en poussière. Si elle apprenait tout de sa condition à sa vie, elle le considérerait comme un monstre. Pas qu'elle ne fut pas assez intelligente ou sensible pour comprendre, non. Elle était juste trop simple. Trop humaine. Ce qui lui avait toujours paru être une qualité chez Aida se révélait être un défaut cruel chez la jeune femme, une tare que Noah n'avait aucune envie d'affronter. Il préférait encore s'emmurer vivant dans une forteresse de mensonges et de faux semblants avec elle plutôt que d'avoir à assumer son regard perdu, confondu, voire terrifié. Il le savait, qu'elle n'aurait pas les reins assez solides, les épaules assez amples pour cela. C'était peut-être pour cela que Niklas était devenu le seul dépositaire de ses secrets les plus obscurs, de cette vie passée qu'il ne racontait à personne et dont seuls Rafael, Azzura et Isak connaissaient des bribes pour les avoir partagées. Enya ne serait jamais prête à tout savoir. Le voulait-elle, seulement ? Il l'observa, l'écoutant parler de sa journée, des blessés, des malades, bercé par le ton de sa voix. Son esprit cavalcadait dans ces steppes obscures de sa propre pensée, où il jaugeait les Hommes comme les bêtes. Malgré tout, il avait fini par s'attacher à elle, au fil du temps qu'ils passaient ensemble. Il avait fini par apprendre à reconnaître le son de sa voix, à apprécier l'odeur de ses cheveux, l'ourlet de ses lèvres. Il avait appris à s'intéresser à sa vie, même si elle ne présentait aucun intérêt manifeste pour lui. Il s'était habitué à elle, purement et simplement, et ne voyait difficilement le monde sans elle. Après tout, il y revenait constamment, bien malgré tout ce qu'il pouvait penser de négatif à son sujet. Elle était ça, cette drogue sinueuse et un peu morbide, qui vous transporte doucement pour mieux vous faire retomber.
Aida avait toujours eu cet effet sur lui. Douce, angélique Aida.

Mais non, il n'était pas heureux dans cette relation. Il y restait par habitude, parce qu'il y trouvait une certaine forme de réconfort, là, à écouter sa compagne s'épancher sur sa journée. Egrenant les mots, il ferma les yeux en sirotant son thé, laissant le liquide brûlant réchauffer sa gorge sèche, apaisant ses sens quelque peu. Dire qu'il était heureux dans cette routine qu'ils retrouvaient relevait du contresens, bien qu'il réussisse à donner le change. Elle l'apaisait, des fois. Il l'aimait bien, d'autres fois. Mais il ne savait même pas ce qu'il ressentait à proprement parler, et s'il se sentait transporté par sa voix, s'il aimait être dans ses bras ou poser sa tête contre sa poitrine pour entendre son cœur alors qu'ils s'assoupissaient, de rares fois, l'un contre l'autre, il ne savait toujours pas ce qu'il ressentait en sa compagnie. Elle l'irritait autant qu'elle le calmait. Mais surtout il avait honte.
S'arrachant à ses pensées, il reporta son attention sur ses paroles, et son regard sur les lèvres de la jeune femme.

-Et parmi tes éminents collègues, il n'y en a pas un qui aurait la solution pour apaiser tous ces malades ? Parce que s'ils sont aussi doués qu'ils le prétendent, ils auraient déjà éradiqué ce fléau dont tu parles.

Il rit d'un rire sans joie, mais sans amertume. Après tout il n'avait aucune raison de se moquer d'Enya, en revanche il ne portait pas du tout ses collègues dans son coeur. Tous ces prétentieux n'avaient pour principale qualité que de savoir parfaitement exhiber leur égo, quant au reste... Et tout aussi con qu'il sache l'être, Noah savait reconnaître la noblesse des gestes. Enya faisait tout ce qu'elle pouvait, à l'entendre, et pour connaître la jeune femme il savait que ce n'étaient pas juste des prétentions. C'était qu'elle le faisait vraiment. Il savait reconnaître ce type de qualités, et était même admiratif de la jeune femme de ce côté-là.
Reposant le bol de thé, il glissa doucement sa main sur la cuisse de son amante, l'effleurant du bout des doigts avec délicatesse. Les mots ne venaient que difficilement entre eux. Les phrases d'affection constituaient un blocage de toujours chez l'Italien, et s'il était capable de prétendre, de conter fleurette quand les temps le nécessitaient, il n'était pas capable de parler facilement du fond des choses. De toucher directement ses propres sentiments pour les mettre en paroles, en musique. Alors il laissait ses mains s'exprimer, son corps demander pardon, tout et rien, l'âme, le cœur et la Lune. C'était plus simple, plus naturel.

-Tu fais ce que tu peux, toi, c'est déjà beaucoup. Et repose-toi, si tu as un peu de temps...

Baissant les yeux, il se mordit un peu la lèvre. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient plus passé une nuit ensemble. Si longtemps qu'il ne s'en souvenait pas lui-même. Etait-il parti trop de fois et partirait-il encore ? Il n'avait aucune réponse à apporter à cette question. Juste qu'il en avait envie, ce soir. Qu'il avait envie de ne pas insister, de se laisser porter par le calme, de s'endormir dans ses bras. Ce n'était pas tous les soirs, mais cette fois c'était comme ça. Sa voix s'adoucit à nouveau, séduit par l'idée de poser partiellement ses propres valises. Rien que pour ce soir. Une trêve dans cette addiction malsaine dont ils devraient peut-être se séparer, un jour ou l'autre. Mais pas cette fois.

-Je dois me lever tôt pour le travail, demain, mais... Pourquoi pas ? Je n'ai jamais dormi aussi bien que dans tes bras.

Juste une fois. Juste un soir, ne pas se fâcher. Juste une fois, enfouir son visage dans ses cheveux et laisser Aida l'envelopper de son amour. Retrouver une nouvelle fois le calme avant la tempête, la volupté et la douceur qui permettaient systématiquement de lui redonner des forces pour continuer.
Douce, angélique Enya. En un an, il ne lui avait jamais dit qu'il l'aimait, et ce bien malgré leurs nombreuses retrouvailles. Mais, de temps en temps, quelques soirs en passant, il lui arrivait de le penser.

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MessageSujet: Re: Passé Composé || Enya    Jeu 14 Jan - 20:28

Cela me faisait du bien de parler à Noah, de lui raconter mes journées difficiles. Je n’avais pas grand monde à qui les raconter. Enfin, si, bien sûr, j’avais des amis, mais je n’osais embêter personne avec mes histoires de patients. Et puis, je n’étais pas sûre que quelqu’un qui n’était pas médecin puisse comprendre la détresse que je ressentais face à mon impuissance, mon incapacité à aider ces pauvres gens. Noah, lui, le pouvait. Il n’était pas médecin, mais presque. Il savait ce que c’était que le serment d’Hippocrate, la volonté de soigner, la frustration de ne pas y arriver. Et il me comprenait, moi, mieux que personne d’autre. Il prit même la liberté de se moquer gentiment de mes collègues. Je souris, amusée, à cette remarque. J’avais déjà parlé longuement de certains médecins de l’hôpital avec Noah. Ces médecins qui se prenaient pour les rois du monde et les personnes les plus indispensables de la Terre parce qu’ils savaient soigner. Certains avaient même fini par oublier le but premier de notre profession, trop obsédés qu’ils étaient par la reconnaissance. Et en ce moment, aucun n’était capable de comprendre cette maladie qui tuait les gens, et d’autant moins de la soigner. Ils étaient comme moi, désorientés, frustrés, impuissants. Ils avaient même, pour la plupart, perdu leur petit sourire fier et hautain.
Je frémis lorsque la main de Noah vint effleurer ma cuisse. Je savais que c’était sa façon de me montrer son soutien et son affection. Des petits gestes discrets et mesurés, calmes. Simples mais qui me touchaient au plus profond de mon âme. Je le regardai, les yeux emplis de ces sentiments que j’avais et que, avouons-le, j’avais également du mal à exprimer clairement.

-Tu fais ce que tu peux, toi, c'est déjà beaucoup. Et repose-toi, si tu as un peu de temps...

Je hochai la tête en signe d’acquiescement. C’était beaucoup plus facile à dire qu’à faire, ceci dit. Se reposer était un luxe en ce moment, et je ne me laissais pas beaucoup de temps en dehors de l’hôpital. Inconsciemment, je me sentais obligée d’être à côté de mes patients pendant tout le temps dont ils avaient besoin. J’avais fait énormément d’heures supplémentaires, pas par obligation absolue mais par une espèce de choix moral inconscient. J’espérais qu’en restant une ou deux heures de plus, peut-être pourrais-je trouver la solution et soulager ainsi tous ces gens à l’agonie sur leur lit médicalisé. Jusqu’ici, cela n’avait pas porté ses fruits néanmoins, et ne m’avait apporté que de la fatigue.

-Je dois me lever tôt pour le travail, demain, mais... Pourquoi pas ? Je n'ai jamais dormi aussi bien que dans tes bras.

Je sentis un grand sourire s’afficher malgré moi sur mon visage. Il n’était pas resté depuis une éternité. Il ne restait pas souvent à vrai dire. Nous passions peu de nuits ensemble. En cela également, notre relation sortait des sentiers battus. Je voyais des couples qui tentaient de passer toutes les nuits qu’ils pouvaient l’un avec l’autre. Mais Noah décidait souvent de partir avant la nuit. Il avait toujours une bonne raison. Parfois, rarement, exceptionnellement, il répondait positivement à ma demande, voire proposait lui-même de rester. Ces nuits-là, je dormais mieux que jamais. J’aurais aimé qu’elles soient plus fréquentes, mais je ne voulais pas exiger de Noah qu’il reste dormir. Il aimait son confort. Nous n’étions pas obligés d’être un couple comme les autres ; nous ne pourrions pas l’être de toute façon. Je lui posai un baiser tendre sur la joue, en guise de remerciement.

« On peut aller se coucher tôt, tu me diras quand tu es fatigué, je ne veux pas te porter préjudice. D’ailleurs, comment ça se passe de ton côté ? Pas trop de patients à gérer ? En parlant de patients… »
Je haussai les épaules avec une moue gênée.
« J’aurais besoin d’une nouvelle ordonnance pour mon  traitement, je suis bientôt à cours et je…j’ai des crises en ce moment. La fatigue, sûrement. »
Je n’aimais pas lui demander ça. Je n’étais techniquement plus autorisée à être sa patiente. Notre relation amoureuse rendait impossible notre relation patient-médecin. Mais je n’avais toujours pas trouvé d’autre psychiatre. En réalité, je n’avais pas beaucoup cherché non plus. Je ne voulais pas d’un autre psychiatre. Je ne voulais pas raconter à quelqu’un d’autre mon histoire, mes crises, ma famille. Aucun ne saurait faire ce que Noah avait fait pour moi.

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MessageSujet: Re: Passé Composé || Enya    Sam 16 Jan - 1:52



S'il n'était pas aussi obtus quand ça en venait à Enya, il aurait probablement aperçu le fond du problème. Il aurait certainement compris en quoi leur relation était basée sur peu et rien, sur une chimère et sur l'incompréhension mutuelle qui tentaient de camoufler avec plus ou moins d'adresse. Ce n'était pas qu'il l'aimait à proprement parler. Ce n'était pas qu'elle l'aimait non plus. C'était qu'ils avaient besoin l'un de l'autre, comme l'on a besoin d'une bouteille d'oxygène quand on part en plongée pour éviter la noyade. Ce n'était ni sain ni bon pour aucun des deux partis. C'était nocif, empoisonné, et si une trêve s'observait à nouveau, apaisant l'esprit trop vif de l'Italien, trop prompt à s'enflammer pour rien, ça ne durerait probablement pas.
Qui étaient-ils pour jouer à ce point avec la vie de l'autre ? Qui était-il, lui, Noah, pour croire que ça aurait un sens et que ça serait viable, comme situation ? Personne. Un cancrelat, un grain de sable au fond d'un de ces océans asséchés qu'il avait vus à Darkness Falls. Ils étaient trop différents pour voir leurs différences, et c'était peut-être ça qui faisait qu'ils s'attiraient. Mais c'était aussi ce qui les détruisait, peu à peu, depuis un an.
Ce qui allait de nouveau allumer la mèche, tout incendier, et ne plus laisser qu'un tas de cendres encore fumantes à la place de leur cœur.

Pourtant ils étaient toujours là. Il était toujours là. A se contenir, à essayer de ne pas laisser le feu se rallumer, les doigts enroulés autour de son bol en écoutant la jeune homme parler. En se laissant happer par son sourire alors qu'il la conseillait, le travail reprenant quelques fois, plus souvent qu'il l'imaginait, le dessus sur leur relation. Ils s'étaient rencontrés dans son cabinet, après tout. Et s'ils l'avaient officiellement arrêtée, la relation du psychiatre et de sa patiente n'avait jamais réellement cessé. C'était ce qu'ils connaissaient de mieux, ce qui les avait rapprochés, pourquoi tout stopper maintenant ? S'ils n'avaient pas même cela, rien ne garantissait à leur couple de tenir. Noah était trop et Enya pas assez. Ils ne se complèteraient jamais vraiment autrement.
Jamais.

Et Enya recommençait avec les questions. Alors qu'elle savait que ça le gênait, et pas seulement car il devait d'une certaine manière trahir le Serment d’Hippocrate. Parce que pour parler, il avait besoin de matière. Et que cette matière il n'avait pas envie de la partager avec elle. Il soupira, se refermant un peu, ses doigts se tendant sans qu'il ne s'en rende compte autour du bol en céramique. Pour une fois, laisser aller. Pour une fois rester correct, faire en sorte que la soirée se passe bien. Les yeux relevés vers sa compagne, il tenta de noyer sa propre vision dans l'illusion d'Aida. Si seulement elle pouvait être... Elle. Tout serait tellement plus simple, tellement plus naturel. Mais elle ne l'était pas, loin de là, et là, avec la pression de ses questions, il en oubliait jusqu'au son des cigales que son cerveau invoquait de temps à autres. Comme à chaque fois qu'il était contrarié, son accent Italien roula sur sa langue, chaleur superficielle dans un ton légèrement agacé.

-C'était donc ça. Je te ferai une ordonnance demain, une fois au bureau, si tu peux attendre un peu.

Sa voix était aussi sèche que sa gorge. Sur la défensive, le sorcier ne se rendit pas compte que son amante pouvait seulement avoir envie de savoir comment il allait. En quoi cela pouvait l'importer ? Elle n'avait pas besoin de savoir, pas plus qu'elle n'avait eu besoin de savoir ce qu'il faisait quelques minutes plus tôt. Quelle était cette sale manie de vouloir à ce point contrôler tout ce qu'il faisait ? Il se sentait pris au piège. Acculé. Et avait la désagréable sensation qu'il y avait comme un but caché à ses questions, une soif inextinguible de connaître ses allées et venues. A la Question, Meadow. Réponds de tes crimes aux yeux des Hommes. Dévoile ce que tu es, qui tu es, fais tomber le masque.
Dire que s'être retrouvé quelques jours plus tôt face à Rafael ne l'avait pas rendu plus méfiant que de nature était un euphémisme. Il était encore marqué par cette rencontre, et plus encore maintenant qu'Enya lui demandait de rendre des comptes.
Se redressant, il posa de nouveau le bol sur la table basse et se dirigea vers le radiateur pour s'y adosser. Il n'avait pas froid. Il n'avait pas chaud non plus. Une colère glaciale sourdait juste sous ses mèches brunes, insidieuse et prête à l'emporter de nouveau, et la chaleur qui se diffusait à présent dans son dos aidait à la canaliser.

Pour une fois, prendre sur lui. Pour une fois, faire un effort, celui de laisser aller. De laisser aller la soirée, de laisser tomber les armes, rien qu'un tout petit peu. C'était décidé, il devait tenter de s'y tenir. Cela faisait trop longtemps qu'il ne l'avait pas vue, autant essayer de ne pas tout ruiner.
Alors il sortit de son mutisme, ses bras croisés sur son torse, en des paroles toujours teintées de cet accent Italien qui n'annonçait plus rien de bon en lui. Qu'il essayait de retenir. Mais qui dévoilait clairement le combat sous-jacent qui se déroulait dans son propre corps, entre l'envie de rester et celle de retourner sous la pluie, en pleine nuit, pour errer dans les rues à la recherche d'un toit sous lequel s'abriter à défaut de sa propre maison. De bras qui l'accueilleraient sans lui poser de questions, du moins pas ces questions naturelles qui l'étaient tellement qu'il se sentait menacé.

-Les choses... Se passent bien. Les patients se suivent et se ressemblent, avec leurs fardeaux et leurs difficultés. Plusieurs sont arrivés particulièrement agressifs mais rien d'ingérable.

Que dire de plus ? Il n'avait aucune envie d'entrer dans des détails superflus qu'elle ne comprendrait de toutes façons pas. Prendre sur soi. Ne pas claquer la porte. Les bras de la jeune femme lui semblaient encore suffisamment accueillants pour rester, mais en ce qui le concernait, la conversation était close. Il n'en dirait pas plus, son esprit trop piqué par sa propre paranoïa pour s'épancher d'avantage. Prendre sur soi, sur lui. Il secoua la tête.

-Je suis épuisé. Allons nous coucher.

C'était la meilleure chose à faire, la meilleure solution à prendre pour leur accorder à tous les deux une forme de rémission, de tranquillité sans avoir à communiquer. Laisser leurs corps s'exprimer et fermer définitivement la porte aux idées, aux pensées néfastes qui recommençaient déjà à le ronger. Parce qu'Enya n'était pas Aida. Et s'il avait terriblement envie de partir, là, quitte à retrouver son lit froid et vide, il avait exprimé à la jeune femme sa volonté de rester.
Faute de meilleure idée, il allait devoir s'y soustraire. Ou quitter une nouvelle fois le petit appartement en désordre en se demandant, encore, ce qui lui avait pris d'y remettre les pieds.

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MessageSujet: Re: Passé Composé || Enya    Mer 27 Jan - 0:10

Je sus que je l’avais agacé dès que Noah eut rouvert la bouche pour me répondre. Je ne savais pas de quelle façon, quel mot j’avais dit de travers, quel geste j’avais malencontreusement adressé à son subconscient. Mais son accent italien venait de rapparaitre, et quand il revenait, c’était que Noah était en colère. En général, les choses se déroulaient ainsi : son accent italien revenait dans ses mots, et un quart d’heure plus tard, il avait passé la porte telle une tornade. Je n’avais même aucune idée de où sortait cet accent. Noah ne m’avait jamais parlé d’origines italiennes, et rien dans son nom ne le laissait deviner. Meadow semblait un nom très américain, et il n’avait jamais raconté le contraire. Pourtant, il fallait se rendre à l’évidence, il y avait bien quelque chose du Sud dans sa voix lorsqu’il s’énervait. Ou alors c’était simplement un tic, comme lorsque Ezra jurait dans une langue nordique. Quoique, je n’étais pas sûre qu’Ezra n’ait pas d’origine nordique, à la réflexion. Peu importait, au fond. Ce que je savais, c’est que Noah était en colère après moi. Et qu’il risquait de s’en aller. Cette impression pesa encore plus sur mes épaules lorsqu’il se leva, me laissant sans un mot sur le canapé, préférant le rebord de fenêtre et le radiateur. Il était debout, prêt à franchir la porte et me laisser seule une fois encore. Je sentais de nouveau la détresse s’emparer de moi et me serrer le cœur, à me le faire exploser. Il ne pouvait pas partir, il venait de me dire qu’il resterait.

"Les choses... Se passent bien".
C’était une réponse décidément expédiée. Mais je n’osai pas demander plus de détails. Je me confiais à lui. C’était mon habitude. Après tout, avant que notre relation change pour quelque chose d’intime, j’étais sa patiente, il était mon psychiatre. C’était son boulot de m’écouter raconter mes journées en détails, partager mes joies et mes peines, mes peurs et mes espoirs. C’était le mien de ne rien lui cacher, pour le bien de ma santé mentale. Dans ce genre de relation, le psy ne se confie jamais au patient ; ce serait anti-professionnel. Le problème, c’était que même après que notre relation ait franchi une limite, même après que l’on ait décidé, d’un commun accord, que notre intimité empêchait toute relation patient-soignant saine, même après que j’aie arrêté de le considérer comme mon psychiatre, nous avons continué ces conversations à sens unique. Je me confie, il m’écoute, me donne quelques conseils. Mais de mon côté, j’ignore tout de ses journées, de ses peines, de ses peurs, de ce qu’il veut réellement. Je sais qu’il rêve encore d’Aida, même si j’ignore tout de cette femme et de ce qu’ils ont vécu ensemble. Je sais juste qu’elle me ressemble, et que c’est la principale raison pour laquelle il s’est rapproché de moi en premier lieu. Surement la raison principale pour laquelle il est chez moi ce soir, d’ailleurs. Il faut bien que je l’admette : si je ne ressemblais pas si fort à cette Aida, je n’aurais pas Noah. J’ignore si je dois la remercier ou la maudire pour cela. J’ignore si de là-haut elle me remercie de perpétuer son souvenir ou me maudit de lui faire un si piètre hommage.
-Je suis épuisé. Allons nous coucher.
Je soupirai intérieurement, et me levai pour débarrasser les bols. Il ne voulait pas rester. Ce qu’il voulait, c’était partir. Mais il restait, parce qu’il l’avait dit et parce qu’il était un homme de parole. Il l’avait déjà fait avant. Il restait, même si tout indiquait qu’il ne le voulait pas, mais parce qu’il m’avait promis de ne pas faire de vagues. Au final, cela se finissait sur des non-dits. Parfois un peu de sexe pour évacuer la tension. Et une nuit sans cauchemar, mais sans repos pour autant. Combien de fois avais-je accepté cela ? Combien de fois m’étais-je accroché au peu qu’il me donnait ? Je n’avais même pas la mémoire nécessaire pour compter. Alors pourquoi c’était si dur ce soir ? Pourquoi je n’opinai pas tout simplement de la tête, pourquoi je ne me faisais pas un plaisir d’aller me coucher avec lui ? Je posai les bols dans l’évier et inspirai un grand coup.

« J’ai reçu un patient il y a quelques jours. J’allais partir, et il est arrivé. Il avait une blessure salement infectée. On ne s’était jamais rencontrés, mais il a été gentil avec moi. Vraiment gentil. »
Je me retournai, un sourire amer aux lèvres. Je savais pourquoi c’était différent ce soir.
« Il m’a draguée. Maladroitement, je dois dire. Mais il m’a dit que j’étais charmante, et il riait à mes tentatives d’humour. Je lui ai dit que je voyais quelqu’un, et il a juste dit qu’il respectait mon intégrité. Et qu’il espérait que l’homme que j’avais choisi m’aiderait à réaliser mes rêves. »
Je haussai les épaules. Maintenant c’est moi qui étais en colère. La fatigue, la tension, les dix jours d’attente, et son attitude, tout me mettait en colère. Le monde entier me mettait en colère en cet instant.
« Mon rêve, c’est d’être avec toi. Et que tu m’aimes. Que tu m’aimes moi, Noah, pas une femme disparue. Est-ce que tu me trouves drôle ? Ou charmante ? Ou même intéressante ? Est-ce que toi, tu veux être avec moi ? Est-ce que tu penses à moi, quand tu m’abandonnes pendant dix jours entiers, quand la simple pensée de toi me fait mal à en mourir ? »
Je sentis les larmes monter, n’essayai même pas de les refouler. Les mots qui me hantent depuis plusieurs jours sortent de mon corps comme autant de blessures qui s’ouvrent.
« Un inconnu a été capable de voir de belles choses en moi. Mais l’homme que j’aime ne voit qu’une autre. Et il s’en va dès que j’échoue à être celle qu’il veut. Et tu sais le pire dans tout ça ? C’est que je suis incapable de vivre sans toi. Et que je crois que tu es incapable de vivre sans moi. »
J’essuyai une larme du dos de la main, avant que mes épaules ne s’affaissent. J’étais fatiguée. Je m’avouais vaincue. Je n’étais pas prête pour une autre mascarade ce soir.
« Alors pars si tu veux, encore une fois. Reviens quand tu auras décidé que tu veux revenir, comme toujours. Je t’attendrai. Mais ne me mens pas ce soir en me disant que tu ne veux pas partir. »

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MessageSujet: Re: Passé Composé || Enya    Mer 27 Jan - 4:25



Les mots claquèrent dans cet appartement trop étroit, trop désordonné, tonnant à ses oreilles comme des coups de semonce. Incisifs, ils taillèrent dans le vif sans épargner rien ni personne, ni son égo, ni sa colère, ni son âme toute entière. Attaquer est toujours la meilleure défense. Et l'effet de surprise comptait aussi dans une bataille, effet de surprise qu'Enya avait particulièrement bien ménagé. En un an, peut-être à peine plus, de relation, Noah n'avait jamais entendu sa compagne hausser le ton contre lui. Il ne l'avait jamais entendue vraiment, cette jeune femme qu'il fantasmait, ou n'y avait jamais réellement prêté attention. Et le regard surpris, choqué qu'il posait sur elle en disait long. Bien plus que toutes les paroles dont il avait pu la bercer à chacune de leurs rencontres, bien plus que tous les gestes qu'il avait pu avoir à son égard.
Pour une fois, elle avait réussi à stimuler une véritable réaction chez Noah, autre que cette colère sournoise qui se dissimulait dans chacune de leurs interactions. Pour une fois, il se trouva à mal de mots, incapable de prononcer la moindre parole le temps que la tempête se déchaîne. Qu'elle emporte tout dans son sillon, de son amour propre à ses belles paroles, pour ne plus rien laisser d'autre qu'un chaos indicible.
Paradoxales émotions. Il avait aussi chaud que froid, et ses tremblements n'étaient pas seulement dus à la colère, pour une fois. Déstabilisé, il prit appui sur le radiateur, se laissant le temps de rassembler les quelques morceaux de contenance qu'il pouvait tout en essayant d'intégrer les informations. Et ces informations faisaient atrocement mal.

Ce soir était différent de tous les autres, oui. Non seulement il ouvrait les yeux sur Enya, mais aussi sur sa propre hypocrisie. Il se trouvait également dans une impasse, devant un mur impossible à franchir seulement avec de beaux mensonges et un fantasme. L'illusion était brisée, et l'illusion d'aimer en même temps qu'elle. Seul restait le manque, cet étau tout aussi désarmant que les larmes de la jeune femme, qui l'empêchait de fuir de cet appartement. Fuir. Ce qu'il avait fait toute sa vie. Ce qu'il avait fait tout au long de cette relation mortifère. Fuir, encore, toujours.
Ses tremblements s'intensifièrent alors que la stupeur se mêlait au dégoût, dégoût qui s'infiltra dans chaque parcelle de son corps, dans chaque pensée qui fusait sous ses boucles brunes. Un dégoût profond, viscéral, envers le monde.

-Et tu avais prévu de m'en parler quand exactement, de ce type qui t'a draguée ? Car il s'agit là de quelque chose de nettement plus édifiant que de simples patients lambdas, à mon sens...

Sa voix, pourtant blanche sous cette colère sourde qui n'attendait que le moment d'éclater, était dangereusement empreinte de sa langue maternelle. L'accent arrondissait chaque mot, chaque syllabe, plus qu'il ne l'avait encore jamais fait.
Il sentait dans sa bouche un goût terreux, amer, celui du dégoût qui s'immisçait dans sa peau, dans ses veines, empoisonnant chaque autre de ses sensations.
Un dégoût profond, viscéral envers Enya.

-Tu n'as aucun droit de parler d'Elle. De près, ou de loin. Tu n'as aucun droit de croire la connaître, ou de prétendre savoir ce que je ressens, pour Elle, pour toi. Es-tu dans ma tête ? Non. Alors ne parle pas de choses que tu ignores.

Sans qu'il ne s'en soit rendu compte, la colère l'avait amené à relâcher le radiateur d'une main et à pointer un index accusateur vers la jeune femme. Mais il n'était déjà plus maître de ses pensées, ou de ses actes. Pas comme les autres fois où il était parti en claquant la porte de cet appartement, pas comme quand les colères étaient bénignes, et réparables d'une simple étreinte. Le mur qu'il avait à gravir sembla prendre soudainement une coudée de plus dans son esprit. Mais il s'en fichait. Le dégoût était trop présent, trop intense, pour permettre à son esprit embrumé de réfléchir la moindre de ses paroles.
Un dégoût profond, viscéral envers lui-même.

-Tu veux savoir ce que je ressens vraiment ? Son ton était lugubre, rauque, illuminé par son seul accent alors qu'il se détachait froidement du radiateur. Ce que je vis vraiment ? ...

Il prit une inspiration. La tête lui tournait, il se sentait faible, mais il avait envie de continuer. Besoin que ça sorte, une bonne fois pour toutes. Puisqu'ils en étaient au stade des confessions, il pouvait lui aussi apporter sa pierre à l'édifice. Après tout, la jeune femme avait sali l'honneur d'Aida en ne faisant que la mentionner. Elle avait sali son propre honneur en se laissant retourner la tête par un inconnu. Elle avait sali l'honneur de Noah en le poussant dans un Enfer personnel qu'il n'avait plus envie de connaître.
Mais dans tout ça, dans toute cette fièvre insensée qui le secouait si fort qu'il cachait les tremblements de ses mains, de son corps, en croisant les bras sur son torse alors qu'il avait juste envie de s'enfuir, tout ce qu'il ressentait n'était que du dégoût.
Un dégoût profond, viscéral.
Envers lui-même.

-J'ai honte. Honte de toi, de moi, de nous. J'ai honte de voir en toi quelqu'un d'autre que tu ne seras jamais, de croire un instant que tu pourrais être cette personne alors que l'instant d'après je réalise que ce ne sera jamais le cas. J'ai honte d'avoir besoin de toi comme on a besoin d'air pour respirer, car autrement je sais que je vais étouffer. J'ai honte que tu agisses comme une drogue dure sur tout mon organisme, j'ai honte de te trouver quelques fois attachante, d'autres fois éreintante, et de toujours devoir revenir, te retrouver, pour m'accrocher désespérément à une chimère, une illusion de bonheur à deux.
J'ai honte de moi, pour ne pas réussir à prendre une décision entre toi et Aida. Pour ne tellement pas réussir à couper le cordon depuis toutes ces années que je cherche chaque petit aspect d'elle en toi, alors que je sais parfaitement que ce n'est pas comme ça que ça marche. J'ai honte de ne pas penser à toi quand je pars, puis de tellement penser à toi que je suis contraint de revenir.


Impossible de retenir les mots. Diffus, disparates, ils coulaient le long de sa langue pour s'évanouir dans ce salon devenu bien trop silencieux. Et si Noah ignorait à présent quel était leur but, sa colère, son dégoût ayant trouvé une toute nouvelle proie en sa propre personne, il continua, sa voix tellement blanche, tellement vide, rauque, que l'Italien avait repris ses droits. Que, pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, le psychiatre butait sur les mots.
Il se dégoûtait.

-J'ai honte de ne pas t'aimer suffisamment pour te laisser partir, et de trop t'aimer pour vouloir te laisser. J'ai honte de ne même pas savoir si c'est toi que j'aime, quand je te vois rire, quand je te vois pleurer, quand tu t'endors dans mes bras, ou si c'est Aida que j'aime à ces moments-là. Je n'arrive tellement pas à vous différencier par moments que tout s'emmêle, que t'avoir contre moi me fait mal car j'ai peur que tu me sois arrachée aussi brusquement qu'elle. Et des fois ça me brûle, pour la désespérante réalité que tu n'es pas elle, alors que d'autres fois c'est la possibilité de t'aimer toi plutôt qu'elle qui m'assassine.

Il n'arrivait plus à s'arrêter. Il avait beau essayer, beau lutter, ses ongles s'enfonçant si fort dans ses bras qu'il savait qu'il en aurait des bleus, il en était incapable. Il n'y avait plus de colère dans sa voix. Plus depuis longtemps. Juste l'affreuse réalisation que tout ce qui sortait était quelque chose qu'il n'avait jamais dite à personne et n'aurait, s'il avait été encore responsable de ses propres actes, jamais trahie. Mais il savait que ce n'était pas fini. Que les mots devaient tous fuser jusqu'au dernier. Que la litanie devait encore continuer, jusqu'à ce que les dernières bribes de vérité soient enfin recrachées. Qu'il ait fini de vomir ses angoisses, ses insécurités, sa bile toute entière quant à cette relation, quitte à ce qu'Enya lui montre définitivement le chemin de la porte.
Il n'y avait plus de retenue à avoir. Pas maintenant qu'il était lancé. Pas maintenant qu'il voyait le mur si haut qu'il en touchait les nuages, si haut qu'il se savait impuissant et minuscule devant lui.
Pas alors que chaque particule de son être exsudait le dégoût qu'il éprouvait de lui-même avec tellement de vigueur qu'il lui semblait que son sang n'était plus que de la bile.

-Je suis vieux, Enya. Bien plus que tu ne le crois, bien plus que tout ce que tu peux imaginer. Il paraît que l'âge apporte sagesse et expérience. Et pourtant, avec toi, j'ai l'impression d'être un enfant. Un enfant qui veut rester attaché à quelque chose qu'il connait, qu'il comprend, parce qu'il a peur.
J'ai passé ma vie à avoir peur, Enya. Peur qu'on me haïsse, peur qu'on m'abandonne, peur pour ma vie. Peur de me faire trahir, peur qu'on m'arrache une fois, deux fois, quinze fois ceux que j'aime, peur de devoir le faire moi-même. J'ai vécu des choses que tu n'imagineras jamais, connu des gens que tu ne voudrais jamais connaître, subi des choses dont tu n'as même pas idée. Aida a été la seule lumière qui a illuminé quoi que ce soit, qui m'a apporté le calme, même si ça n'a pas duré longtemps. Parce que rien ne dure.
Et j'ai peur, Enya. Peur de toi, peur de ce que tu me fais ressentir, peur d'avoir besoin de toi. Peur que mon passé ne revienne une fois de plus nous hanter toi et moi et te détruise à ton tour. J'ai revu un frère qui m'a trahi, il y a quelques jours. J'ai peur de lui, peur qu'il m'assassine à nouveau. Peur qu'il s'approche de toi, que tu me trahisses aussi ou que ce soit toi sa prochaine victime. Ça me hante, ça me dévore, ça me ronge si profondément que ce ne sont ni mes chairs ni mon cœur qui sont à vif mais mon âme...


Petit, si petit, infiniment petit, tremblant, et seul. Plus soutenu par sa fierté, son besoin intrinsèque de vengeance, l'âme mise à nu, il tremblait comme une feuille. Ses jambes menaçaient de se dérober à chaque instant. Mais le pire était la douleur profonde, ancienne, qui se reflétait dans ses yeux rougis de larmes.
Une douleur vieille de plus de sept siècles, celle qu'il avait ressentie lors des premières nuits d'Enfer dans Darkness Falls. La douleur d'avoir tout perdu, jusqu'à son âme.
Et maintenant qu'il était à vif, à nu devant elle, il n'avait plus la force d'affronter son regard. Elle ne comprendrait pas. Ne pourrait jamais comprendre. Seuls ceux qui appartenaient à son passé, à son espèce le pouvaient. Paradoxalement, il voulait retrouver la relation amère qu'il avait eues, quelques jours, avec Azzura. Il voulait retrouver Rafaele, ce frère, cet ami, ce confident loyal qu'il avait aimé si profondément. Il voulait retrouver les nuits glaciales, mortifères de Darkness Falls, niché dans les bras d'Isak le temps de réparer un peu son vieux cœur fatigué. Il voulait serrer à nouveau sa fille, sa petite Magda, retrouver son petit corps chaud que la vie avait quitté si vite peu après sa naissance. Retrouver sa mère, surtout, Aida, celle qui avait donné un sens à une vie d'errances et de craintes constantes, qui avait été un phare dans les eaux sombres, abyssales, dans lesquelles il était naufragé.  

Naufragé, errant, fugitif. Paria. Rêver était un luxe qu'il n'avait jamais pu s'offrir, parce que le monde était trop cruel pour le lui accorder. Parce qu'il était sorcier, né sorcier, et que sa condition était nécessairement accompagnée d'une malédiction qui l'empêcherait toujours d'être profondément heureux. Enya ne faisait pas exception, il le savait. C'était peut-être un peu pour ça qu'il n'avait pas cherché à essayer de l'aimer vraiment, sincèrement. Et pourtant il s'était attaché à elle. Pourtant il avait besoin d'elle.
Il avait besoin de ses bras, là, les larmes dévalant sur ses joues et tremblant comme une feuille dans son salon miteux au milieu de toutes ses babioles inutiles mais conférant une douce humanité à la pièce. Il avait besoin des bras de quelqu'un n'importe qui, ceux d'Enya, de Maisy, de Niklas, d'Isak, il s'en fichait. Même ceux de Rafael. Il avait juste tellement mal, tellement peur, tellement honte et tellement froid qu'il sentait qu'il allait s'effondrer à tout moment.

Et pourtant, malgré tout, il finit par déglutir difficilement, la bouche trop pâteuse. Les mots maintenant trop présent entre eux, et la muraille décidément infranchissable. Il baissa les yeux, et finit par murmurer :

-... En l'état actuel je... Je ne suis pas capable de t'aimer pour qui tu es, Enya. Mi dispiace...

Des excuses. Pour la première fois depuis un an, des excuses, qui étaient sorties toutes seules. Qui étaient sincères. Qui étaient vraies, aussi vraies que tout ce qui résonnait encore, fantomatiques mots, dans cette pièce.
Epuisé, amoindri, Noah rassembla ses dernières forces et alla chercher son manteau. Il n'allait pas rester, pas après tout ça. Pas maintenant qu'Enya le connaissait réellement, du moins connaissait l'essentiel, et pas après lui avoir dit ces derniers mots. Ses pas étaient automatiques, ses gestes dénués d'âme alors qu'il enfilait le vêtement encore humide, et laçait ses chaussures sans lever une seule fois les yeux sur la jeune femme. Et finalement, il se dirigea vers la porte de l'appartement pour la franchir, convaincu que c'était la seule chose correcte qu'il pouvait encore faire à son égard.

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Passé Composé || Enya

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