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 /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak

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Féminin
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↳ Date d'inscription : 25/11/2015
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↳ Métier : Psychiatre
↳ Opinion Politique : A voile et à vapeur, là où l'intérêt le porte, soit essentiellement le Gouvernement puisqu'il pourrait lui permettre une petite ascension sociale qui ne serait pas de refus.
↳ Niveau de Compétences : 4 avec une préférence pour la magie noire et les fessiers joufflus
↳ Playlist : ♫ haunted - radical face ♫ obstacles - syd matters ♫ otherside - what about bill? ♫ leis ganz leis - oomph! ♫ million miles - dizraeli and the small gods ♫ the first circus - the real tuesday weld ♫ idgaf - watsky ♫
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MessageSujet: /! Des Brebis et des Hommes || Isak    Dim 20 Déc - 21:45


Des Brebis et des Hommes
Isak & Noah



Des ruines. Partout, la désolation, le chaos. Depuis combien de temps errait-il sans but dans les ruines de ce qui avait été le monde, fuyant un danger bien plus grand encore que la vie elle-même ? Il avait cru qu'il atteindrait une forme de rédemption, après la mort. Après tout, Dieu aurait dû exister, c'était du moins ce que croyaient ses brebis lorsqu'il était encore Homme de Foi. Mais ce qu'il voyait depuis son exécution n'avait rien du Paradis. Longtemps il avait cru que cet univers était son Enfer personnel. Une terre rasée, dévastée, gangrénée par la Colère Divine, peuplée seulement de chimère bien plus destructrices les unes que les autres. Il avait cru que les zombies n'étaient qu'une légende que ses Pères avaient créée pour effrayer leurs élèves, puis avait dû se frotter à la terrible vérité. Ils existaient. Et malgré toutes ses connaissances, toute sa puissance, il était entièrement démuni face à eux.
Ses pouvoirs l'avaient abandonné, dans ce monde encore plus impitoyable que la vie qu'il avait quittée. Sauf que cette fois il n'avait rien ni personne à quoi se raccrocher, à part son instinct.

Les journées s'étiraient, des bâtiments sortaient de sous la terre, et d'autres s'effondraient sous ses pieds. A l'horizon, il pouvait apercevoir ces grandes bâtisses faites de hurlements et de cauchemars, d'où il pouvait entendre s'échapper autant de cris d'agonie de ses pairs. Dans ce monde, les règles avaient changé. Les sorciers étaient capturés, torturés, et n'y mourraient pas. Le Purgatoire s'il en était, un monde créé de toutes pièces pour leur seule punition du doux nom de Darkness Falls. Il n'y avait jamais cru, à vrai dire, à ce monde, de son vivant. Mais depuis ses errances il avait été contraint de réaliser qu'il y avait bien pire que d'avoir peur de légendes. Il y avait ce moment précis où les légendes devenaient réalité, le temps s'y déformant sans cesse, les repères s'effaçant complètement. Comme du fait d'un jeu cruel, l'environnement ne cessait de changer. Les monstres de croître. La survie, élément essentiel qui restait vissée à la moelle des sorciers, avait été son dernier repère. Le seul qui ait encore valu la peine de s'y raccrocher.

Il baissa le nez, serra ses bras autour de ses épaules. Ses guenilles s'étaient étiolées avec les intempéries, ses chaussures étaient trouées. Il avait réussi à dépouiller un pair quelques jours, peut-être quelques semaines plus tôt. Il ne savait plus très bien, juste que ses vêtements sentaient vaguement le savon à l'huile d'olive et étaient couverts de sang. Probablement un nouveau venu. Ils n'arrêtaient pas d'arriver, se faisaient sauter dessus par une bête ou une horde de zombies, et finissaient par baigner dans leur sang en plein milieu des ruines. Juste le temps de reprendre suffisamment de forces pour repartir. Noah avait compris que dans ce monde c'était marche ou crève. Les alliances, pourquoi pas, pour peu que l'autre soit suffisamment débrouillard pour ne pas être un poids. Après tout, il avait bien tenté le coup avec Azzura. En vain, certes, mais l'intention avait été là. Leurs chemins avaient fini par se séparer jusqu'à des retrouvailles probables, prochaines, et il avait erré sans but à la recherche de quelque chose pour se fabriquer une arme. Bonne chose que la faim ne les tiraille pas plus que le besoin de s'hydrater dans ce monde. C'était déjà ça. Si en plus ils devaient se cogner ce genre de nécessités dans ce monde, les sorciers auraient probablement fini par se découvrir une passion cachée pour le cannibalisme.
Il jeta un coup d’œil froid sur les prisons qui perçaient l'horizon, leurs tours en flèche perçant les nuages. Un frisson s'empara de son échine. Si l'Italien avait réussi à s'en échapper grâce à un coup du Destin, il savait ce qu'enduraient ses pairs dans ces bâtiments. Les pires tortures qu'on pût infliger à des corps, à des sens, à des esprits. Nuit et jour, sans la moindre interruption. Combien de fois avait-il entendu ses os craquer, des lames toujours plus incisives tranchant son corps provoquant des hurlements où il ne reconnaissait plus même sa voix ? Il ferma les yeux, vacillant un peu. Il y reviendrait sûrement. Y serait amené, parce que c'était ça aussi, ce monde.
Impitoyable. Mortifère, sans être meurtrier. Le Purgatoire, le seul, l'unique.

Ses pas le menèrent sur un chemin de terre couvert d'herbes mortes. En plissant les yeux, il put apercevoir une sorte de petit bâtiment de pierres pas trop abîmé. La porte béante semblait n'être ouverte que pour l'inviter à y entrer. Ses membres étaient gourds, il était épuisé, et décida de poursuivre dans sa direction. A sa ceinture se trouvait une sorte de gourdin de fortune qu'il avait fabriqué à partir d'une grosse branche plutôt solide, sur laquelle il avait attaché la mâchoire d'une créature abattue quelques jours plus tôt. Elle ne sentait pas bien meilleur que ses vêtements, manquait cruellement d'élégance, mais faisait bien son boulot. Plutôt bien, en témoignaient les quelques bouts de cervelle de zombie qui pendaient au bout des canines de la bête. Tout son être se révoltait à chaque fois qu'il devait s'en servir pour se défendre. A croire que cet Enfer avait été concocté spécialement pour lui, crasseux, abject, avec aucune finesse.

Sauf cette petite maisonnette à moitié dévorée par la végétation, qui avait de faux airs de paradis. De ça aussi, il avait appris à s'en méfier. Surtout quand il entendit un bruissement de feuilles, du côté de la forêt qui jouxtait la zone. Des bruits de pas. Avec rapidité, l'Italien s'était emparé de son arme pour se mettre à couvert. Se concentrant sur la cadence, il n'entendit pas le pas lourd et traînant des zombies. La créature qui approchait se déplaçait manifestement sur deux pattes, avait un rythme régulier, soutenu, qui ressemblait à des pas humains. Ses doigts se serrèrent un peu plus fermement sur le manche de son arme. Soit c'était un nouveau leurre, soit un éclaireur d'une nouvelle espèce de monstre, soit... Un autre sorcier. Dans le doute, il resta tapi dans son bosquet, aux aguets. C'était un être humain, jeune, brun, manifestement, qui allait lui piquer sa maisonnette. Et ça c'était hors de question.

Il allait sortir de sa cachette pour menacer l'autre avec son arme contondante quand il remarqua une silhouette noire, décharnée avec de très très grandes griffes courir à fond de train vers le nouveau venu.

-BOUGE DE LA, STRONZO !

Si seulement il avait ses pouvoirs. Mais non. Alors il sauta hors de son bosquet pour rejoindre l'autre sorcier, qui manifestement n'avait pas remarqué la bestiole, et asséner un violent coup de semonce sur le crâne de cette dernière. Les crocs attachés à son gourdin s’enfoncèrent dans la peau de la créature comme dans du beurre, provoquant une éclaboussure monstrueuse sur son visage. Dieu, qu'il haïssait ça, si dit-il alors que la proie tombait dans la poussière dans un bruit sourd. Au moins avec le temps et la pratique, il avait choppé le coup de main.
Essuyant le sang de son visage du revers de sa main libre, il se tourna vers le nouveau venu, ses yeux clairs l'inspectant froidement.

-Ami ou ennemi ?

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MessageSujet: Re: /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak    Mar 29 Déc - 15:05


Le monde semblait terrifiant vu sous cette échelle. Le vent soufflait avec une force terrifiante vous griffant. Le soleil n’apparaissait que pour vous brûler un peu plus dans ce désert bien rempli. Les âmes en peine vivaient dans la souffrance la plus pure. Les cris l’avaient rendu un peu délirants avec le temps. Tous ces bruits de craquements et ces cris terriblement humains. Lorsqu’il s’était retrouvé dans ce purgatoire des âmes, la vie avait pris un tournant plus violent. Isak avait l’impression de redevenir une bête. La survie, coûte que coûte. Laisser une autre personne souffrir ou mourir, ça n’avait pas de sens ici. Sa peau valait plus que toutes les autres. Impossible de dire depuis combien de temps, il s’était retrouvé dans ce lieu de perdition mais ce qu’il avait déjà enduré l’avait rendu plus sauvage et primitif. C’était la punition des sorciers, lui qui s’était suicidé avait maintenant une furieuse envie de vivre. Toutefois, il n’aurait pas su dire si c’était vivre pour endurer plus longtemps ou juste pour ne pas disparaitre. Malgré tout, son humanité semblait s’étioler au rythme des bâtisses qui se mouvaient telles des serpents retombant sous le sable ou apparaissant. Sa gorge lui semblait sèche en permanence et son estomac le tiraillait d’une faim éternelle. Peut-être était-ce son imagination. Cet univers faisait si peu sens qu’on finissait par ne plus savoir ce qu’on avait fantasmé de ce qui était. Comme cette silhouette qui semblait avancer vers lui. Epuisé, arrivant enfin à un peu d’ombre, l’homme s’était laissé choir non loin d’une maisonnette. Mu par une énergie nouvelle, il avait couru. C’était idiot de signaler sa position et son arrivée ainsi mais ça avait été plus fort que lui. Juste ce petit besoin de réconfort.

Sans aucune arme, il n’avait pas beaucoup de chances de pouvoir se l’approprier mais il s’imagina un instant sentir une brise douce lui caresser l’échine dans cette forêt de malheur. La petite maisonnette paraissait si calme et si étrange au milieu de cet univers modelé par l’esprit pervers de quelques sadiques. Le brun n’avait aucune arme et ses pouvoirs ne fonctionnaient pas ici. Ses yeux se froncèrent lorsqu’il aperçut un mouvement dans les hautes herbes. Tellement intrigué qu’il avait été, le sorcier avait oublié les règles de bases d’ici : couvrir ses arrières. La scène se passe très vite et finit avec un cadavre au sol. L’homme pensa avec amertume que cela aurait facilement pu être lui si cet autre être humain n’avait pas été là pour lui venir en aide. Ami ou ennemi ? La réponse lui vint aussi peu optimiste que d’habitude.

« On est les deux ici, sorcier. » Un rire nerveux naquit sans qu’il puisse le retenir. Cette créature avait des griffes si longues, c’était un peu terrifiant d’imaginer qu’il aurait pu finir étriper aussi facilement que cela. Et pire, ne même pas en mourir. « Tu m’as sauvé de cette créature mais peut-être que tu vas vouloir me faire payer le sauvetage d’une manière ou d’une autre. » Ses yeux se posèrent dans ceux de l’inconnu qui lui avait sauvé la vie comme s’il pouvait sonder quelque chose de ce regard bleu qui le transperçait. Les deux survivants se faisaient face, éloignés d’un mètre tout au plus. Le silence dura un certain temps. Isak ne savait pas ce qu’on lisait le plus dans  son expression, sa folie latente qui se développait, son désespoir, sa rage de vivre, sa fatigue ou sa méfiance. En face de lui, le sorcier n’avait pas bougé non plus et son regard a lui avait quelque chose de froid et de puissant.

« Pour cette fois, disons que nous sommes amis. Pourquoi nous battre pour un endroit que nous devrons quitter demain de toute façon ? Je ne suis pas là depuis longtemps mais je sais que la moindre impression de confort ou de sécurité est éphémère voire complètement utopique. »
Malgré sa perte croissante de lucidité, il se trouvait pour le moins logique pour une fois. C’était le plus étrange. Si l’homme décidait de lui faire un coup pendable, que se passerait-il ? Lorsqu’on ne risquait pas de mourir et qu’on n’avait de toute façon rien à perdre, est-ce que le risque était encore une chose qui existait ? Son regard quitta finalement celui du sorcier, un profond soupir lui échappa. Le sujet de son attention n’avait pas l’air complètement fou mais il était certainement dangereux. Isak ne pourrait certainement pas dormir avec un inconnu à ses côtés mais la présence d’une personne c’était quelque chose d’inespéré. Peu sociable lorsqu’il était encore vivant, aujourd’hui il aurait recherché une chaleur humaine auprès de n’importe qui. La fin du monde, ça changeait les priorités. L’homme barbu en face de lui ne lui avait pas encore tiré une balle dessus après tout. La tranquillité serait peut être atteinte pour au moins un soir.

« Cette cabane peut abriter deux personnes. Partageons-là ». La conversation n’aurait jamais été la même dans une situation plus orthodoxe. Plus jeune, le garçon s’était habitué à se battre pour obtenir ce qu’il voulait, à ne forger que des alliances instables qui tenaient uniquement par le besoin mutuel d’obtenir quelque chose. Aussi était-il toujours très méfiant. Cette fois, ne faisait pas exception mais seul lui était en danger alors ça n’était pas si grave. Au pire des cas, c’était profiter d’un rapport terriblement humain que de se faire trahir quand on avait cru pouvoir faire confiance. Le prisonnier n’était pas assez heureux de cette aubaine pour en sourire mais la solitude de son existence avait rendue toute compagnie bonne à prendre.  La décision allait devoir être rapide car d’autres de ces choses pouvaient arriver à tous moments. Ainsi, était fait cet univers dont la logique échappait cruellement au jeune Eriksson. Il maudit une fois de plus cette terre qui n’abritait que misère et se prépara à fuir dès fois que les choses deviennent un peu sportives. En temps normal, il aurait voulu combattre, mais aucune raison de se battre contre quelqu’un détenant une arme.
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MessageSujet: Re: /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak    Lun 4 Jan - 1:21



Pour tout dire, il ne s'était pas attendu à trouver âme qui vive dans le secteur. Il avait erré depuis des jours, des semaines peut-être, cherchant plus à survivre qu'autre chose. Et il n'avait plus croisé qui que ce soit depuis tout ce temps. Ne restait plus que l'instinct, primant sur toute sensation voire toute humanité. Depuis le temps, il avait même oublié jusqu'au son de sa propre voix.
C'est pourquoi il toisait encore l'inconnu, son arme ensanglantée à la main, le souffle court et le regard glacial. Quelles que soient les intentions de ce type, il s'en méfiait d'office. Noah avait passé suffisamment de temps dans cet Enfer pour savoir qu'il ne pouvait faire confiance à personne d'autre que lui-même. Si bien qu'il se redressa pour essuyer ostensiblement le sang encore frais qui maculait son visage du revers de la main. Dans un soupir, il secoua sa main ainsi souillée vers le sol pour se débarrasser de l'excédent, conscient que son apparence pouvait, sinon repousser, au moins effrayer. Le temps passé à Darkness Falls lui avait appris que la gentillesse était une qualité oubliée depuis belle lurette, tout autant que l'altruisme.
Et pourtant il n'était pas contre le fait de retrouver un des siens. Ne serait-ce que pour pouvoir retrouver, temporairement s'il en était, le contact d'un autre être humain. La chaleur humaine lui manquait cruellement, et si l'autre avait l'air d'avoir ses propres problèmes, il pourrait probablement faire avec. Et, au pire, si la situation l'imposait, il avait toujours la possibilité de lui ouvrir le crâne avec son arme. Concédant finalement une once d'attention à son pair, il abaissa son gourdin de fortune pour mieux l'observer. Le jeune homme semblait plus secoué que lui par ce qui les environnait, son regard sautant d'un point à l'autre sans qu'il n'ait l'air de pouvoir le retenir. Il connaissait cette attitude, pour l'avoir vue plus d'une fois. L'autre sorcier n'était pas là depuis aussi longtemps. Il n'était pas encore suffisamment endurci, il s'avèrerait rapidement un poids pour lui, s'il souhaitait survivre. Et pourtant il y avait quelque chose d'attachant dans son attitude. Azzura avait eu le même regard, autrefois. Perdue. Désespérée par la violence des lieux, par la punition qu'ils représentaient pour elle comme pour leurs semblables. Il avait tenté de l'aider, à plusieurs reprises, pour alléger son propre fardeau, mais en vain.
C'était pour cela qu'il se méfiait de l'homme en face de lui. Et s'il avait besoin de ressentir une connexion, même brève et superficielle, avec un être qui n'ait pas trois paires de pattes et des dents longues d'une bonne trentaine de centimètres, ils n'allaient certainement pas être les meilleurs amis du monde.

-Amis pour le moment, ça me va. Du fait de n'avoir parlé que très peu ces derniers temps, son accent Italien s'était endurci, roulant sèchement sur sa langue. Il poussa la créature du bout de son arme avec nonchalance, la considérant un instant avant de reporter son attention sur l'autre. Éphémère ou utopique, tout réconfort est bon à prendre en ces lieux, mon cher. Tu n'es pas là depuis longtemps, selon tes dires et, clairement, ton attitude, mais tu vas vite te rendre compte que la moindre once de confort est vitale dans cet... Enfer. Alors profitons, puisque nous sommes amis.

Ses sentiments étaient partagés, à présent. Autant il était entièrement d'accord pour parler avec le jeune sorcier, se raccrocher à un soupçon d'espoir justement utopique qu'est celui de faire chemin en sa compagnie pour quelques jours, autant il n'avait absolument aucune envie de partager cette maisonnette qu'il estimait avoir repérée le premier. S'était-il battu, lui, pour l'avoir ? Pas vraiment. Pour autant qu'il sache, le nouveau venu pouvait très bien être celui qui avait attiré la créature dans leur direction. Rien n'était jamais certain dans ce monde. Elle aurait pu l'avoir pris en chasse, sans qu'il ne s'en rende compte, et il aurait été parfaitement incapable de se défendre vue sa carrure et son manque flagrant d'équipement. Pour autant ses mains semblaient nerveuses, et ses doigts vigoureux. Il pourrait tenter de l'étrangler de la nuit. Autant accepter la proposition et rester aux aguets, bien malgré son envie profonde de se reposer et de laisser tomber sa garde pour une fois. Après avoir essuyé une nouvelle fois son visage, gêné par le sang séchant sur son visage, il finit par tendre sa main vers le jeune homme en signe de paix, mais aussi pour évaluer sa poigne.

-Si on est voués à passer quelques temps ensemble justement pour nous assurer un peu de sécurité mutuellement, autant faire connaissance. Je m'appelle Noah.

Tant pis, il partagerait la maisonnette avec l'autre. Au point où il en était, quelles que soient ses sensations, il n'avait pas vraiment d'autre alternative. Il devait lui accorder le bénéfice du doute. Les civilités passées, il renifla en reportant son attention sur la maisonnette. Plantée là, au milieu de l'abondante végétation, elle avait de faux airs d'îlot salvateur. Surprenant, d'ailleurs, dans un monde aussi dévasté que Darkness Falls. Mais il avait envie de croire en la providence pour une fois. Faute de croire en Dieu, qui, il l'avait bien compris, l'avait abandonné depuis le massacre de ses pairs et ses proches il y avait bien trop longtemps. L'aîné déglutit et finit par faire signe à l'autre de le suivre, avant de se diriger à pas rapides vers la bâtisse. A vue de nez, il suffisait de se faufiler entre les feuillages pour accéder à la seule pièce encore viable de l'habitation, mais elle semblait encore posséder un toit. La végétation l'ayant à moitié engloutie, elle pourrait les protéger de la pluie si jamais elle décidait de s'abattre sur eux dans les heures prochaines. Et s'ils avaient froid, un antique conduit de cheminée qui avait vu des heures meilleures devait pouvoir accueillir un feu de fortune et leur éviter en même temps de mourir asphyxiés. Bien qu'ils ne pussent pas mourir.

Tout occupé à ses évaluations, il avait baissé sa garde en même temps que son arme. L'autre sorcier était arrivé à son niveau, et si Noah restait laconique pour l'instant, le temps que son cerveau retrouve l'aptitude de communiquer clairement et sans que sa langue maternelle n'embrouille ses paroles, il n'avait aucun doute quant à l'envie de son partenaire de fortune de communiquer. Ils étaient tous comme ça, les nouveaux. Ca finirait par venir. Ca ferait peut-être même un peu de bien, dans ce monde de désolation.
Sauf que s'adonner à toutes ces réflexions était une grossière erreur de débutant. Noah ne prêtait plus aucune attention à l'espace environnant, et ne remarqua pas le bruissement dans leur dos.
Un souffle chaud assorti d'un feulement rauque s'immisça dans sa nuque. Il sentit une goutte de liquide chaud tomber dans son cou, faisant se dresser les petits cheveux dans sa nuque.

La créature dans leur dos poussa un hurlement strident, tous crocs dehors. D'un mouvement bref, elle tendit le cou pour faire claquer ses dents dans leur direction, tentant de mordre son comparse à l'épaule. Sous la surprise, Noah n'assura pas une prise suffisamment forte sur son arme. Et le violent coup de patte qui accueillit sa tentative de défendre une nouvelle fois le jeune homme l'envoya quelques mètres plus loin dans la poussière, lui faisant voir des étoiles. Son arme tomba au sol avec un bruit sourd, non loin de la bête et du dénommé Isak.

Et la créature poussa un nouveau hurlement avant d'approcher lentement du jeune homme, maintenant que le nuisible était hors d'état de nuire...


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MessageSujet: Re: /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak    Dim 17 Jan - 18:51


La scène était apocalyptique et pourtant l’apocalypse semblait courante en ces temps troubles. Lorsque la créature avait sauté sur Noah, Isak n’avait simplement pas réagi. Il n’était pas encore habitué à croiser âme qui vive. Bien qu’il ait dû se battre pour finir par atterrir ici. L’ironie du sort, se battre dans un enfer quotidien pour survivre et finir dans un véritable enfer lorsqu’on est mort. L’homme avait l’air sonné. De ce que le jeune sorcier pouvait voir, une large plaie à l’épaule saignait abondamment. Un signe qui aurait été peu encourageant dans la vraie vie, mais dans ce monde où on ne mourrait pas, c’était juste un abime de souffrances qui s’ouvrait sous vos pieds. Toutefois, il y avait bien plus important présentement.  Une sinistre créature dont la noirceur de peau n’avait d’égale que celle de son âme se dressait menaçante devant lui. La créature se mit à courir et tenta de mordre Isak à la tête. Mû par une réaction que lui-même ne comprit pas, il parvint à reculer juste à temps. La bave provenant de la gueule de la bestiole lui dégoulinait sur le crâne avec délicatesse et sensualité.  Son sang ne fit qu’un tour alors que sa nuque se raidissait. En reculant un peu, il trébucha constatant par chance que le gourdin n’était plus qu’à deux mètres de lui. Avec un peu de chance, il pourrait peut-être l’atteindre. Enfin, il aurait pu envisager de l’atteindre si la bête, poussant un nouveau hurlement n’avait pas vu son regard et projeter le gourdin au loin d’un coup de queue. Pestant intérieurement, il décida de se rapprocher du sorcier qui gisait sur le sol. Si celui-ci était encore en vie, il allait falloir profiter de son instant d’inattention pour mettre l’inconnu en sécurité. Pourquoi Isak se prenait-il la tête à aider une personne qu’il venait de rencontrer ? Le mystère restait entier même pour lui.

A proximité du sorcier, le nouveau venu se morigéna en se rappelant que de toute manière on n’était pas prêt de mourir dans cette terre dévastée, crée par un esprit sadique pour punir les hommes mauvais. C’était à se demander qui avait été le plus mauvais. Ses réflexions ne prirent que quelques secondes mais déjà, il allait falloir composer avec la bébête qui n’appréciait pas, ça devait être une femelle, d’être délaissée.  En désespoir de cause, le garçon lui jeta des cailloux qui trainaient dans le coin histoire de la distraire le temps de localiser où était passée cette fichue arme. L’assaut n’eut que pour effet d’agacer la créature qui lui lacéra le torse d’un coup de patte rapide. Apprenant plutôt vite en raison de l’important stress provoqué par l’attaque, mais également des réminiscences de son ancienne vie de voyou, il jeta de la poussière sur le faciès monstrueux de la créature. Il haletait à présent que le sang se déposait sur ses affaires les noircissant.  Retrouver ce foutu gourdin. Il fallait retrouver ce foutu gourdin. Néanmoins, la végétation bien que sèche était suffisamment dense pour ne pas permettre de le localiser de prime abord. D’autre part la pression lui aurait probablement fait rater l’arme tellement ses yeux n’étaient pas en face des trous. Fuir restait une option mais il était évident que Noah allait se faire dépecer. Pour la première fois de sa vie, Isak prit une décision courageuse alors qu’il était en situation de faiblesse. Ses poings se perdirent dans l’estomac de la bête pour la pousser contre le mur. Alors, il remarqua que l’animal, la chose ou juste la saloperie pour les intimes, n’en était pas non plus à sa première bataille. Une longue entaille restait encore un peu ouverte pas bien cicatrisée. La plaie semblait infectée. L’ancien garnement y vit sa solution de sortie. Rouvrir la blessure lui permettrait de causer suffisamment de souffrance à la créature pour la faire retourner d’où elle venait. Maintenant, encore fallait-il l’atteindre.  Pour cela, il fallait passer le rempart des griffes. En désespoir de cause, l’homme se laissa tomber sur le sol imitant le mort pour que Pupuce ne décide pas d’y aller avec le tranchant des griffes. La bestiole n’avait manifestement pas inventé le fil à couper le beurre car elle s’approcha pour le renifler, méfiante encore.

En silence, Isak attendit, alors qu’il sentait le souffle rauque de la bête, ses mains cherchèrent discrètement l’emplacement du torse. Bordel, c’était super compliqué à faire sans voir quelque chose. Ses doigts tirèrent de chaque côté de la plaie ventrale, la rouvrant superbement. Du sang de bête, noir comme la nuit, se déversa sur lui avec une odeur nauséabonde. La chose hurla tentant de l’agresser avec ses griffes mais  le garçon n’avait pas demandé son reste et se dirigeait déjà vers le sorcier pour le déplacer. Suffoquant de rage, l’animal aurait probablement tenté de le transformer en lambeaux si la douleur et l’appel d’une autre créature n’avaient pas détournés son attention. Son instinct de conservation reprit le dessus. Un mugissement semblable à un râle d’agonie sortit de sa gorge alors qu’elle se trainait vers l’endroit du cri. Peut-être y voyait-elle un moyen de trouver de l’aide. Est-ce que ces créatures étaient suffisamment évoluées pour communiquer et travailler en groupe ? Ce serait une question à poser à son nouvel allié dès que celui-ci serait réveillé. Avec précaution, il le tira à l’intérieur de la cabane. Sa blessure à l’épaule lui faisait mal. Attrapant des lambeaux de tissus qui trainaient encore sur lui, il fit le plus mauvais bandage du monde faute d’avoir mieux. Ça tenait un peu la peau déchirée en place. C’était mieux que rien. Utilisant un pan de son manteau, il s’en servit pour s’occuper de Noah qui était assez salement touché à l’épaule. Pas vraiment de quoi cautériser, ou désinfecter la plaie. Il allait falloir faire avec. La nuit s’approchait et avec elle le froid sibérien qui régnait lorsque le climat devenait capricieux.  Sans mot dire, il se cala contre la chaleur résiduelle du corps sachant bien qu’aucun des deux ne « survivrait » sans ce petit effort. Le froid avait quelque chose de démoralisant qui détruisait la parcelle d’espoir encore présente en chacun. Plusieurs heures passèrent alors que chacun se remettait de ses blessures jusqu’à ce qu’Isak sente un mouvement contre lui. On aurait dit des esquimaux qui tentaient de se tenir chaud pour l’hiver, tous les deux serrés dans un coin de cette cabane providentielle.

« Tiens la belle se réveille. Maintenant que j’ai terrassé la bête, faudra penser à me faire mon bisou. » Il se rendit compte que le sarcasme allait de pair avec une certaine familiarité. Pourtant, il n’avait pas échangé beaucoup de mots avec Noah. Toutefois, les dernières heures passées incitaient probablement à traiter tous les humains comme des amis de longue date. « Il caille tellement putain, j’ai cru que j’allais en perdre ma queue. » gronda-t-il vulgairement. La politesse et les usages n’étaient plus de mise quand chaque jour était plus susceptible de vous détruire que le précédent. Moralement, l’esprit d’Isak avait tellement pris la tangente depuis qu’il était là que plus rien n’avait d’importance. Les conversations étaient déjà bien trop rares pour commencer à s’embarrasser d’un langage châtié. «  ça fait longtemps que t’es ici ? »

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MessageSujet: Re: /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak    Lun 18 Jan - 1:56



Il n'avait rien suivi de la confrontation qui avait eu lieu. Il n'avait même aucune idée de combien de temps il avait passé dans le noir, ni même de souvenirs de ce qui leur était arrivé. Alors quand le froid vint mordre sournoisement sa peau, le tirant des méandres de l'inconscience, il fut surpris de constater que le soleil des Enfers avait déjà disparu. Dans un grognement, il tenta de bouger, refermant immédiatement les yeux sous la douleur qui élançait son épaule. Il y avait une source de chaleur à côté de lui, contre laquelle il se blottit instinctivement. La nuit dans Darkness Falls avait eu raison de bon nombre de ses camarades, dont lui, à plusieurs reprises, suffisamment pour qu'il se souvienne que toute chaleur d'où qu'elle vienne était la bienvenue. Et peu importait réellement d'où elle pouvait venir. Même s'il espérait au fond que ce fusse la chaleur résiduelle de la bête, achevée de préférence par un Deus Ex Machina providentiel. Si arriver à Darkness Falls lui avait fait renier Dieu et toutes les pratiques qu'il avait eues à son égard par le passé, il lui arrivait encore de prier quelques rares fois. Comme cette fois-ci.
Pourvu qu'elle soit morte, cette foutue créature. Vite et bien, en prime. Et qu'elle ne revienne pas l'emmerder après l'avoir laissé comme ça, à moitié mort.

Mais qu'en était-il du jeune sorcier qu'il avait croisé plus tôt ? Ou de son arme ? Il se souvenait qu'un violent coup de patte l'avait éjecté contre un arme pour lui faire perdre connaissance, et qu'il avait lâché le gourdin sous le choc. Restait que sans arme, il n'en mènerait pas large. Il devrait la retrouver, une fois que le jour aurait commencé à se lever. Impossible de survivre sans cela, c'était une vérité tellement immuable qu'elle ne valait même pas la peine d'être pensée.

Ses mouvements avaient manifestement attiré l'attention de sa source de chaleur, et il fut surpris d'entendre une voix jeune, masculine. Une voix qu'il connaissait pour l'avoir entendue peu de temps avant le grand noir, qui le poussa à faire l'effort de rouvrir les yeux sur son propriétaire. Un soupir de soulagement dépassa ses lèvres entr'ouvertes alors qu'il levait le regard vers les traits tirés de son protégé. Manifestement, il lui devait la vie. Et même si la bravade n'avait rien de drôle, ou de courtois, l'aîné ne put s'empêcher de rire doucement.

-L'Archange Gabriel terrassant le Dragon. Si je n'étais pas défroqué, je te bénirais sur l'heure, sur le seul espoir que tu aies effectivement tué ce cazzo di merda.

Pourquoi venait-il de dire ça ? Il ne le savait pas. Peut-être parce que la chaleur qui émanait d'Isak suffisait à le rendre docile, ou parce qu'en ces temps de misère et de danger, s'improviser amical était une qualité que tout un chacun devait avoir. Entre sorciers, se tenir les coudes. Une sensation de communautarisme, de fraternité qu'il n'aurait jamais cru trouver de la part de ses pairs dans un monde où c'était résolument "Marche ou Crève". Ou même trouver chez lui-même, vu qu'il n'était pas non plus un fleuron de la courtoisie vu ce qui l'avait poussé dans cet Enfer. Les relations avaient beau être superficielles, ça ne faisait pourtant pas de mal. Une fois en passant.
Il porta une main à son épaule en grimaçant et se tourna pour observer sa plaie. Un bandage de fortune tenait les lambeaux de chair en place, et un bref coup d'oeil suffisait à s'assurer que la plaie n'était pas infectée. Palpant à travers le tissu pour éviter de courir un risque, il s'assura de la profondeur. Ce n'était pas aussi grave que ça en avait l'air. Bon, il devait avoir perdu un peu de sang, mais en soit la plaie mettrait quelques jours à peine pour cicatriser. Il grogna une nouvelle fois. Quelle merde qu'ils n'aient pas la possibilité d'utiliser leurs pouvoirs, il serait soigné dans la minute. Et Isak aussi, à en juger par son teint pâle et le bandage qui ornait sa propre épaule.

Il allait se redresser pour évaluer les blessures de son partenaire quand ce dernier maugréa, lui arrachant un énième sourire. Depuis qu'il était arrivé à Darkness Falls, il n'avait pas encore rencontré qui que ce soit qui fut capable d'accomplir l'exploit de lui donner le sourire une seule fois. Ce gamin était peut-être malhabile, mais il avait du talent, il fallait lui reconnaître. Une raison pour le garder contre lui cette nuit, et se reposer plutôt que tenter de lui trancher la gorge pour le virer de la cabane. Une autre raison était sa plastique, qui n'était sommes toutes pas désagréable. Et il ne sentait ni la vase, ni le bouc, d'autres arguments qui jouaient en sa faveur. Après un regard scrutateur sur tout son corps, Noah s'accroupit pour jeter un coup d’œil à la plaie.

-Je ne sais pas ce que "cailler" veut dire, mais ton membre a l'air bien portant, si c'est ça que tu sous entends. Il ne va pas tomber cette nuit, tu pourras dormir tranquille.

C'était quand il voyait de nouveaux sorciers comme Isak, qu'il entendait des expressions qu'il n'avait encore jamais connues, qu'il prenait conscience du temps qui passait. Une dimension temporelle étirée, maltraitée dans Darkness Falls. On pouvait avoir l'impression de n'y avoir passé qu'une semaine, et pourtant il pouvait s'agir d'un mois, d'une année, d'un siècle peut-être. Nul ne pouvait vraiment savoir. Nul ne pouvait vraiment se douter de la durée de son séjour, ou même de s'ils pourraient sortir un jour de ce mouroir.
Il s'efforça de ne pas se poser ces questions et se concentra un instant. Une odeur familière lui piquait le nez, proche s'il en était. Une odeur comme celle de cet encens qui envahissait son Eglise lors des communions. Une odeur qui pourrait très bien les aider grandement pour peu qu'il ne se trompe pas. Pour peu que le froid ne les happe pas avant qu'il n'ait eu le temps de faire quoi que ce soit. Se levant, il suivit l'odeur, se tenant les bras des mains pour se tenir chaud. Là, juste là, sous les rayons de la Lune. De petites fleurs jaunes, tout juste une poignée, qu'ils pourraient exploiter, juste sur le pas de la porte. Décidément, la Providence leur souriait. Raflant les plantes, il revint aussitôt à l'intérieur et pressa les fleurs entre ses mains, dégageant quelques gouttes d'une huile rougeâtre qui se mêla aux pétales. Les fleurs écrasées dans sa main gauche, il tira sur le bandage de son compagnon d'infortune et appliqua le mélange directement sur sa plaie avant de refermer à nouveau le pansement. Un geste qu'il avait vu ses Pères faire plus d'une fois sur les grands blessés. Le Chasse Diable poussait donc vraiment partout, même dans les landes désolées de Darkness Falls.

-Je suis ici depuis trop longtemps, finit-il enfin par répondre de cet accent Italien qui roulait encore sur sa langue, tout en appliquant le reste de la mixture dans sa propre plaie. Je suis mort au 13ème siècle. Exécuté comme un chien par le grand-père de celui qui était naguère l'homme que je considérais comme mon frère. On perd la notion du temps, ici, il ne passe pas comme il le devrait dans le monde des vivants. Et toi ? Quand es-tu mort ?

Grimaçant un peu en sentant le tiraillement des fleurs dans sa plaie, Noah essuya ses mains sur ses cuisses et s'installa à nouveau arbitrairement contre Isak. Sa chaleur était plus que bienvenue, le froid s'intensifiant. Et même si la cabane les protégeait un peu, ils étaient toujours mieux à se serrer l'un contre l'autre comme des oisillons.
La découverte du millepertuis l'avait mis dans une joie qu'il n'avait plus éprouvée depuis bien longtemps dans ces Enfers. L'odeur d'encens que dégageaient les fleurs lui tournaient un peu la tête, le poussant à poser un regard mystérieux, un peu embrumé sur Isak. Un sourire de sphinx s'étira sur son visage alors qu'il passait son index et son majeur le long de la mâchoire du jeune homme, s'humectant les lèvres qu'il avait sèches.

-Tu voulais une récompense tout à l'heure, il me semble...

Récompense qu'il lui donna sans attendre la moindre réponse, pressant doucement ses lèvres sur les siennes. Il savait que d'une certaine manière le geste, même s'il n'était pas le bienvenu, permettrait à leur sang à tous les deux de se réchauffer. Qu'Isak s'énerve ou le repousse, il saurait qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de dormir l'un contre l'autre. Et ce geste les aiderait à gagner quelques degrés supplémentaires, au risque de se prendre un coup de poing en pleine figure.
De toutes façons, c'était lui qui avait parlé d'un baiser.

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MessageSujet: Re: /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak    Sam 6 Fév - 21:17


Le temps ici était polymorphe, insaisissable, inaltérable et pourtant il s’étirait sans cesse comme les traces de la misère sur le monde. Encore perdu, échauffé par l’affrontement, Isak se dit qu’il aimerait pouvoir trouver un moyen d’oublier tout ce qui se passait. Parallèlement, il voulait aussi expier ses pêchés. Après tout, il méritait tout ce qui lui était arrivé. Se retrouver là était un juste châtiment. Un châtiment auquel il aurait dû se soumettre sans faire de heurts. Toutefois son instinct de survie ne l’entendait pas de cette manière. Lui qui avait voulu mourir, cherchait à se battre contre ses chimères pour ne pas souffrir. Il était lâche jusqu’au bout. Cela n’était pas réellement une surprise au fond. Il avait toujours été de ceux qui préfèrent fuir plutôt que de risquer leur vie. L’italien venait de se réveiller, son accent était chaleureux comme un méditerranéen qui se respecte. Le son des consonnes qui glissaient dans sa bouche semblait rendre un peu de soleil à cet endroit qui manquait cruellement de quelque chose proche de l’humanité. Le jeune Eriksson n’avait jamais eu réellement l’occasion de voyager surtout par manque de fonds. Voilà que le seul endroit qu’il pouvait visiter se trouvait être le pire lieu de perdition symbole de la misère humaine, qu’il avait jamais arpenté. L’ironie avait quelque chose  contre lui à toujours lui apparaitre dans les pires instants de sa vie. La question le fit sortir un peu de sa torpeur. Le brun ne savait pas s’il avait réellement envie de parler de son passé, de partager son histoire avec un autre être humain. Toutefois, c’était probablement la seule fois où il pourrait partager son passé puis ne pas sombrer dans l’oubli le plus total alors il répondit à la question.

« Je me suis suicidé, parce que je ne pouvais plus vivre avec ce que j’avais fait au XIXème . » Les détails avaient du mal à sortir et en même temps pour le moment, ils demeuraient bien inutiles. L’homme en face de lui semblait avoir eu une existence tortueuse et complexe. Preuve n°1, il se trouvait actuellement dans la merde la plus noire avec lui. Preuve n°2, il avait survécu ici alors qu’il était mort depuis ce qui semblait une éternité du point de vue du jeune rookie qui venait de poser les pieds sur ce sol poussiéreux sans aucune vie. « J’imagine que ça doit te paraitre une sacrée éternité. Cela fait une éternité presque que tu es coincé dans cet enfer. » Isak ressentit une forme de nostalgie triste pour cet homme perdu depuis des siècles ici. Cela ne faisait pas deux semaines pour lui et le peu d’espoirs qui lui restait s’était mué petit à petit en un tourment proche de la folie. Le jeune homme savait déjà qu’il était à deux doigts du cas clinique mais constater toute l’ampleur de son désespoir dans cet espace entièrement constitué de gris, c’était autre chose. Une plaie béante s’ouvrait en lui déversant du sang dans ses poumons l’empêchant presque de respirer. Sa souffrance prenait ici une teinte plus vive que l’univers qui l’entourait. La souffrance se lisait dans tous les pores de sa peau. Un bref instant, il fut un peu perdu dans ses pensées et ses yeux se troublèrent. Ce fut à ce moment qu’il fut embrassé par le vieux sorcier. Cet homme dégageait quelque chose de mystérieux comme ces êtres antiques qu’on ne rencontrait pas souvent. Les sorciers expérimentés semblaient étrange comme hors du temps d’avoir trop vécu. Le geste ne parut pas hors contexte ou déplacé, sur le moment cela sembla une réponse acceptable. Simplement il eut une étrange envie de rire.

« Dis donc » répondit-il d’humeur badine. « T’as presque six siècles de plus que moi, ça ressemblerait presque à du détournement de mineur. » Pour la première fois depuis un long moment, il sentit ses lèvres se redresser pour former un sourire sans ambages. L’ambiance était étrange dans cette cabane comme hors du temps et de l’espace. Tout ce qui pouvait se passer ici resterait simplement dans cette enceinte. « C’est le moment où je me transforme en prince là non ? » Son sourire se fit un peu plus cynique alors qu’il rajoutait. «  Je n’ai rien d’un prince en tous les cas.  On m’a souvent dit que j’étais un sale con. » De nombreuses questions sur cet endroit lui brûlaient les lèvres. Isak n’était pas curieux si ça ne pouvait pas lui servir mais ici il n’y avait rien à faire d’autre de toute manière. De plus les informations recueillies pouvaient être intéressantes. Cet inconnu semblait familier avec l’endroit qu’il devait depuis des décennies avoir examiné de fond en comble. Restant serré contre cette chaleur opportune, un petit frisson lui parcourut l’échine. La chaleur d’un échange silencieux. Avait-il un besoin étrange qui s’éveillait ? Ce n’était pas la première fois qu’il ressentait ce début d’attirance pour quelqu’un du même sexe que lui. Toutefois, il n’avait jamais eu le temps de concrétiser, ou n’avait jamais rencontré personne qui lui donnait envie de s’avancer un peu plus dans ces rapports déroutants sertis de questions et de complexité. A brûle-pourpoint, il posa donc la première question qui lui sembla la plus logique en cet instant. C’était comme un flash qui lui était apparu et qui rendait la question si obsédante qu’on ne pouvait pas l’oublier.

« C’est parce que tu as l’habitude d’embrasser des garçons que tu t’es retrouvé au milieu d’un feu de bois ? » Une façon très isakienne de demander un peu plus d’explications sur le pourquoi du comment l’homme avait fini par devenir un brasier ambulant. Si le sorcier répondait, cela le mettrait plus à l’aise pour raconter un peu son histoire à lui. Il voulait finalement partager parce que plus le temps passait et plus il réalisait, qu’il ne lui restait plus que son histoire pour valoir quelque chose. Le vent soufflait inquiétant et mystérieux portant avec lui la clameur de créatures terrifiantes. Les arbres se courbaient sous le poids de cette houle infernale qui semblait vouloir les déraciner. Pourtant, ils tenaient bons. La camaraderie se tissait avoir réellement besoin de mots. Isak n’était pas un grand sensible mais il ressentait chez son vis-à-vis la même fureur de vivre que celle qu’il s’était, ironiquement une fois de plus, découverte en mourant. Quelque chose les liait alors que tout les opposait. L’homme voulait comprendre au moins ce détail aujourd’hui comme si ça allait l’aider à vivre demain. C’était la seule chose qui comptait à cet instant. Les questions sur l’univers, sur Darkness Falls et ses plus noirs secrets pouvaient attendre les premières lueurs du jour. De toute manière, il était évident qu’ils ne resteraient pas plus d’une nuit au même endroit et qu’au matin, ils reprendraient leur route  chacun de leur côté. Un partenariat dans une zone où seule la survie compte est trop susceptible de créer des trahisons pour transformer cela en amitié. Une aide mutuelle en revanche s’ils se croisaient de nouveau n’avait que peu d’inconvénients pour un avantage non négligeable. Qui sait, peut-être même lorsqu’il serait un peu plus prêt à cette idée, un rapprochement de leur désespoir respectif pourrait mener à la concrétisation charnelle d’un désir exaltant. « On n’a pas grand-chose de mieux à faire cette nuit que de discuter. Personnellement, je ne crois pas qu’après m’être fait attaquer par une créature aussi moche, j’arrive à dormir.  Je n’en avais jamais rencontrée de si grandes et de si agressives. »
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MessageSujet: Re: /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak    Mer 10 Fév - 2:48



-Six siècles ? Déjà ? ... Le temps s'étiole tellement ici, je n'en avais aucune idée...

L'ironie de son propre accent lui faisait toujours l'effet d'une claque en pleine figure. Quel était l'intérêt d'avoir une langue aussi douce, aussi chaleureuse, dans un monde dévasté où nul ne pouvait trouver âme qui vive ? Quel était l'intérêt d'avoir du soleil plein la bouche, de le déverser, s'il n'était pas possible d'avoir chaud la nuit, ou d'avoir quelqu'un à qui l'offrir ? Et si sa voix était devenue rauque de ne plus avoir parlé depuis longtemps, si son bel accent s'était élimé, lambeaux d'un passé si lointaine qu'il en devenait abstrait, il restait toujours là. Présent comme ce soleil qui manquait cruellement dans ce monde de gris et de brume. Dans ce chaos infernal, ce Purgatoire qui, s'il n'aurait pas raison physiquement de ses prisonniers, finirait par achever les dernières onces d'esprit qu'ils pourraient encore garder.

Et pourtant cette fois, la chaleur, il ne la trouva pas dans son seul accent. Le vent avait beau hurler, dehors, s'infiltrer par les trous que l'usure avait creusés dans les murs, glisser sous leurs pieds, Noah avait chaud. Contre ce jeune sorcier, le premier encore sensé avec lequel il pouvait communiquer normalement sans risquer de se faire écraser la cervelle à coups d'un burin artisanal, il avait chaud. Il se sentait bien. Peut-être était-ce à cause de l'odeur du millepertuis, qui lui chatouillait agréablement les narines, pareille à cet encens au parfum âcre qu'il répandait dans son église. Peut-être à cause de ses lèvres, douces malgré les circonstances ou la soif, qui avaient le goût de la terre et du sang. Des lèvres qui ne cessaient de s'ouvrir et de se refermer, comme si le geste avait suffi à briser la glace. Des lèvres qui appartenaient à un jeune homme suffisamment cassé pour vouloir attenter à sa propre vie. Le monde n'avait pas tant changé que ça, finalement, même après tous ces siècles. Les jeunes partaient les premiers, emportés par la maladie, qu'elle soit physique ou émotionnelle. Emportés par la colère des Hommes, emportés par l'ire contre soi-même. Il ignorait les raisons qui avaient poussé son compagnon d'infortune à se donner la mort. Mais au fond, il les comprenait.
Et éprouvait de la pitié pour lui. Un sentiment que la vie finirait par lui arracher, comme tout le reste. Mais il n'en était pas encore là.

La remarque du jeune homme le déstabilisa un peu. L'Italien n'était plus habitué aux relations sociales. La dernière digne de mémoire avait été avec Azzura, et était loin d'être des plus agréables. Il revoyait constamment le regard accusateur de la jeune sorcière se poser sur lui, pouvait le sentir dans son dos, même si cela faisait des semaines qu'il ne l'avait plus vue. Sa petite bouche en pétale de rose constamment serrée, tendue, lorsqu'il lui parlait. Son accent méridional brisé par la haine comme la détresse lui versant des flots de paroles acides, accusatrices, était devenu une référence au fur et à mesure. Oui, il était fautif. Oui, elle avait raison de le lui faire payer malgré qu'il ait tout tenté pour s'amender de ses torts. Elle était partie du jour au lendemain, le laissant entièrement livré à lui-même.
C'était pour cela qu'il ne s'était pas du tout attendu à l'humour d'Isak. C'était pour cela qu'il mit un instant à assimiler la badinerie, qu'il lui fallut un instant de plus pour comprendre. Et pour s'illuminer finalement d'un sourire solaire, profondément amusé, le premier depuis bien longtemps. Sourire qui fut vite suivi par un rire, léger, presque soufflé, alors qu'il répondait du tac au tac.

-Eh, tu dois bien savoir ce qu'on faisait des jeunes hommes en Italie, dans l'Antiquité !

Une période sombre, disaient ses Pères. Lui ne l'avait jamais entendu de cette oreille, même s'il avait continué d'appliquer leurs préceptes sans broncher. L'Italien allait dire qu'il ne comprenait pas vraiment la référence qu'énonçait son comparse, ne saisissant pas en quoi le fait d'embrasser quelqu'un allait le transformer en prince, quand il vit son visage s'assombrir d'un coup. Elle était toujours là, la souffrance. Poignante. Réelle. Tapie dans l'ombre de cette fossette dans sa joue quand il souriait, juste là, dans son creux, prête à envahir à nouveau et son visage et son coeur. Mais Noah ne voulait pas que le sourire s'envole. Pas alors qu'il revenait, là, subtil et fragile, après six siècles d'horreurs. Six siècles de calvaire. Pas alors qu'il réchauffait si efficacement leurs coeurs trop chargés et leurs âmes trop froides.
Alors il haussa les épaules, et répondit simplement, d'un ton égal, alors qu'il se blottissait d'avantage contre la source de chaleur.

-Alors on est deux. Ajoutes-y "salaud", "enfoiré" et d'autres expressions qui concernent l'usage de ton sexe dans toutes sortes de bêtes. "Bénis soient les imbéciles".

Il avait lâché sa dernière locution avec une emphase acerbe, tendant son bras tel le prêtre qu'il avait été l'avait fait maintes fois à l'oraison devant son parterre de fidèles.
Bénis soient les imbéciles. Mais pas les traîtres. Pas les ordures. Pas les parias. C'était leur lot, à eux, pour être nés sorciers. Eux devraient endurer pire que la mort. Cette délivrance était apparemment trop douce pour qu'ils n'aient pas à souffrir tout le reste de leur existence. Et si son ton avait été égal, son propre sourire avait disparu. Toutes les âmes qui erraient à Darkness Falls étaient chargées de culpabilité. Enfant, on lui avait raconté maintes fois qu'il serait puni pour sa seule existence. Qu'il devrait vivre loin des Hommes, avec ses pairs, car il était unique. Qu'il ne devrait jamais révéler son vrai visage qu'aux siens, sous peine d'être pourchassé, condamné, puis exécuté. Il n'y avait pas échappé. Pas après tout ce qu'il s'était passé.

De nouvelles paroles, un nouveau sourire, plus léger cette fois. La nuit était gardienne de confidences. Il était amusant de constater que même dans cet enfer, dans cet entre-deux, elle continuait à se constituer réceptacle de confessions. D'autant qu'il s'agissait là d'un sujet qu'il n'avait jamais abordé avec qui que ce soit, avant Aida. Aida qui l'avait compris, même par rapport à ça. Quelque chose lui disait qu'il pouvait en parler librement à Isak. Une sorte de connivence particulière, comme s'il pouvait comprendre. Comme si... Mais Noah préféra rester prudemment sur le si. Après tout, rien ne garantissait que les moeurs au XIX° siècle aient tant évolué par rapport au sien.

-Cela remonte à bien plus longtemps que mon exécution, et n'en est pas la cause, non, mais effectivement on a eu l'occasion de me punir aussi pour cette raison. Il s'en souviendrait toujours. Il se souviendrait aussi des coups de martinet qui avaient brûlé la peau de son dos pendant des semaines entières, des cellules en forme de puits dans lesquelles on les avait glissés, Lorenzo et lui, chacun la sienne, de la pluie qui s'infiltrait par le toit de paille et se mêlait, châtiment divin, à leurs larmes et leur péché. Il se souviendrait toujours de ses petits frères orphelins qui glissaient du pain par les fentes pour qu'ils ne meurent pas de faim. L'aîné gratifia Isak d'un sourire las. On ne m'a pas jeté au bûcher, je n'ai pas eu droit à ça. Non j'ai eu droit au privilège de me faire trancher la tête en place publique, sur ordre du Seigneur Renzaccio. Un véritable honneur, paraît-il.

Il ricana, les poings néanmoins serrés, le corps tremblant légèrement de rage. Renzaccio était un pourceau, et l'avait toujours été. Et Rafaele ne valait certainement pas mieux que lui. Pas après tout ce qui s'était passé. Une vague de haine hérissa les petits cheveux à la base de sa nuque. Tout cela aurait pu être évité, tout ce sang. Tout aurait pu être plus simple. S'il n'était pas né sorcier.
Les dernières paroles d'Isak le ramenèrent à ce présent sinistre, désolant, de Darkness Falls. A cette nuit glaciale qui s'était abattue d'un seul coup sur eux. Ils n'avaient que la lumière blafarde de la Lune pour les éclairer, que leurs corps pour se réchauffer. Et la température n'en finissait pas de chuter. Alors Noah s'allongea sur le sol en terre battue, les yeux levés vers les restants de plafond qui menaçaient de s'envoler à chaque bourrasque de vent. Tapotant juste à côté de lui sur le sol, il intima silencieusement à son compagnon d'en faire autant, avant de passer instinctivement un bras autour de lui pour le réchauffer. Un geste simple, si humain qu'il n'avait pas réfléchi une seconde à la sensation qui en résulta. Une sensation insidieuse, agréable s'il en était, de proximité. Il décida de ne pas l'écouter. Darkness Falls avait tendance à provoquer cela, chez ses survivants. Un besoin, une soif inextinguible de chaleur humaine. De tendresse, aussi.
Il y avait déjà suffisamment de souffrance dans leurs veines pour ne se refuser le luxe d'un peu de douceur.

-Je n'ai pas envie de dormir non plus, en toute sincérité. Quant aux bêtes... Un nouveau sourire, fin comme un fil, s'étira sur son visage. Tu risques d'en voir d'autres. Des ailées, des velues, certaines mêmes dotées de plusieurs paires de pattes. Elles ont toutes la même fonction, le même but : nous dévorer. Mais le plus ironique dans tout cela est que nous sommes incapables de mourir.

Le mythe de Prométhée, encore et encore. Les créatures étaient des émissaires d'un dieu punitif et jaloux de leurs pouvoirs, qui venaient leur dévorer le corps pour faire souffrir l'âme. Et si Prométhée avait eu la chance d'avoir son seul foie dévoré par un aigle, les sorciers avaient droit à une faune exotique de formes diverses, absolument partout, où qu'ils aillent.

-Sinon, il y a aussi les morts-vivants. Des âmes si corrompues qu'elles se sont oubliées, et ont perdu toute once d'humanité. Ils ressemblent à des humains, mais n'ont que le sang comme moteur. Par chance, ils sont lents et nettement moins malins que les créatures. Il se tourna vers le jeune sorcier, prenant appui sur son coude. Mais méfie-toi surtout des ombres. Nul ne sait à quoi elles ressemblent vraiment, mais elles viennent te happer quand tu t'y attends le moins ou quand tu es vraiment trop faible pour t'enfermer dans les geôles, où la vraie torture a lieu. Tu as peut-être eu l'occasion de les voir en plissant les yeux, vers l'horizon. De grandes bâtisses noires, lugubres, indéfinies. J'ai atterri dans l'une d'entre elles, et j'ignore comment j'en suis ressorti mais crois-moi, ce que j'ai vécu là-bas comme souffrance est pire que tout ce qui a pu m'arriver ici.

Sa voix s'était ternie, brisée sur la fin de sa phrase, un soupir perdu dans le vent alors qu'il avait baissé les yeux. Il avait perdu toute notion du temps et de l'espace, là-bas. Ses seuls repères étaient la douleur, les hurlements d'agonie de ses pairs mêlés au sien, l'odeur constante du sang alors que les illusions, si réelles, des gens qu'il aimait lui arrachaient les membres un à un. Quand ce n'étaient pas eux qui mourraient, invariablement, sous ses yeux, et ce en dépit de ses suppliques.
Il avait froid, à présent. Pas à cause du vent ou de la nuit, la terre prenant leur chaleur pour mieux la leur rendre, le mur à moitié démoli les protégeant de la tempête. Mais à cause de tout ce mal qui errait à la surface de ce monde, si intense qu'on pouvait décemment lui préférer une solitude qui rongeait jusqu'à la folie.
Autant changer de sujet. Parler de quelque chose de plus joyeux.

-Et toi, alors, as-tu décidé de te donner la mort car le XIX° siècle voyait d'un mauvais oeil que tu demandes à des prêtres défroqués de te donner un baiser ?

Certes, le sujet n'était finalement pas si joyeux. Mais Noah l'avait accompagné d'un sourire mutin, pour faire passer le message. D'une, celui qu'il avait autrefois pris la voie de Dieu, et de deux qu'il y avait une raison pour laquelle il s'en était détourné. Après tout, ils étaient deux êtres civilisés qui discutaient pour passer le temps, trop effrayés l'un comme l'autre pour dormir. Et la nuit favorisait les confidences.
De toutes façons tout cela n'aurait aucune incidence. Chacun savait que tout jouait en leur défaveur. Qu'il y avait de fortes probabilités qu'ils se séparent le lendemain, même si là, nichés l'un contre l'autre comme deux oisillons, ils n'y pensaient pas. Même si au fond, Noah n'aurait pas été contre un peu de compagnie humaine quelques jours de plus, et pas seulement à cause de la douce chaleur qui se diffusait dans son ventre chaque fois qu'il entr'apercevait le sourire d'Isak, là, au clair de Lune.

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MessageSujet: Re: /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak    Jeu 18 Fév - 19:59

« Tout le monde le sait mais je pensais que c’était un mythe. » Un sourire narquois s’était peint sur son visage. Depuis plusieurs années, la joie avit complètement déserté ses traits. Il était difficile de sourire quand on vivait sans cesse sur le fil du rasoir. La vie l’avait durci et la mort semblait vouloir en faire autant. Jamais il n’aurait la paix dont on nous serine pour l’après. Jamais car il avait été un mauvais garçon.
« Un véritable bestiaire lâché à notre intention. C’est incroyable qu’on ait pensé à tout ça pour nous. Peut-être que nous sommes presque des élus. » Quelque part, quelqu’un qui méritait qu’on lui refasse le portrait, avait imaginé tout cela et l’avait conçu. Isak ne savait pas comment on pouvait être ainsi. Le serait-il lui ? L’était-il déjà après tout ce qui s’était passé ? A bien y penses, son esprit avait fini par être si sombre, accablé par la souffrance.

Si on lui avait dit tu pourras faire souffrir tout le monde autant qu’on t’a fait souffrir alors même l’enfer aurait pu sembler plus accueillant. C’était cela Darkness Falls, c’était le cri de désespoir d’un homme à l’agonie. Etrange comme une pensée peut brusquement faire ressentir de la sympathie pour son bourreau. Le syndrome de Stockholm version enfer, il y avait bien quelqu’un que ça pourrait intéresser. « Je ne connais rien d’ici mais il est vrai que ces bâtiments n’avaient pas l’air accueillants. Ils ont l’air de nous entourer. Cette zone semble sans fin comme si on était piégé dans une boucle. Je suppose que c’est possible. C’est ce que j’aurais fait si j’avais voulu créer cet univers féérique. » L’endroit avait l’air d’avoir déjà fait des ravages sur Noah, d’ailleurs, comment un homme avait-il pu garder son intégrité dans cette place. A moins qu’il fut plus empli de ténèbres que l’endroit lui-même. Comme si avec ses méfaits, il entretenait les lieux.  Ce pseudo enfer constituait peut être les milliers de pavés de mauvaise intention qu’une âme avait eu l’idée de poser partout. La magie lui manquait cruellement. Cet endroit devait aussi être l’essence d’un sortilège, du moins pouvait l’être. Si son créateur avait été envoyé ici aussi, Isak aurait rigolé jusqu’à en faire exploser sa cage thoracique.

Rencontrer Noah dans cet endroit le confortait presque dans son choix de mourir. L’homme faisait vibrer en lui une corde depuis longtemps éteinte. Il ressentait au fond de lui une chaleur perdu qui ravivait sa fibre fraternelle. Ce sorcier semblait être pour lui le déclencheur, la catalyse de ce qu’il était et n’était pas en même temps. Pour une fois, son envie de s’attacher à ce petit bout un peu moins nocif que le reste. Isak désirait se retrouver un ami en cet homme qui ne payait pas de mine. Pour des milliers de raisons qu’il n’aurait pas su expliquer,  le brun représentait l’espoir de survivre dans cet endroit. Seul, Isak savait que tout recommencerait mais profiter d’une petite percée dans les nuages de son esprit et dans la poussière et la saleté ambiante ne pouvait pas nuire, non ? Ne refusant pas le contact, il profitait de leurs corps serrés comme s’il détenait la faculté de la stocker pour la réutiliser au besoin. Le jeune Eriksson en était à espérer devenir une putain de bouillote. « Je vais rester loin des maisons des sorcières alors. Comme quoi les contes n’avaient pas complètement torts à notre sujet. Nous sommes des monstres et des tonnes d’autres mots qu’il n’est pas bien vu de prononcer. » Le sujet devenait encore plus déprimant, impossible avec les informations de se préparer plus. Quelqu’un coincé comme cet ancien prêtre resté ici trop longtemps ne pouvait pas se sentir bien en continuant d’en parler. Sans grande surprise, il décida de changer de sujet  avec une pointe d’humour pour ne pas rendre le tout trop dramatique. L’humour c’est tout ce qu’il reste d’un homme quand tout est mort à l’intérieur. Le brun parlait pour la première fois de son passé et ça n’était pas un exercice facile pour lui. Pourtant, une fois qu’il commença, les mots vinrent comme dictés par une autre personne.

« Non. » Il gloussa rauquement à cette remarque. « Je n’étais pas un gentil garçon mais je n’approchais jamais des prêtres justement. C’est un conseil que m’avait donné mon grand-père. Alors, l’histoire du pauvre petit Isak Eriksson, hein ? C’est pas une histoire particulièrement originale je crois.  Mon père est mort peu avant la naissance de ma sœur Solveig. Quant à ma mère, elle est décédée en couches. Nous nous sommes retrouvés seuls avec mes deux autres frères. Un de mes frères est mort d’une maladie très jeune. Nous n’avions que mon grand-père pour nous apprendre comment nous débrouiller. Je ne sais pas comment nous aurions fait pour nous en sortir. Mon frère et moi on passait souvent notre temps à voler les passants, à les intimider ou à utiliser la magie. C’était le bon temps, on ne roulait pas sur l’or mais on s’en sortait pas si mal. Je pratiquais beaucoup la magie à l’époque. Et puis, mon grand-père qui ne rajeunissait pas a fini par mourir. Nous n’étions plus que trois à nous serrer les coudes. Ma sœur Solveig, ça l’a beaucoup retournée, tous les jours, je la sentais de plus en plus inquiète. Elle a commencé à vouloir  que j’apprenne le sort pour transformer les gens en métamorphes. Lorsque mon frère est tombé malade d’une forte fièvre, j’ai fini par accepter. Tout s’est très bien passé pour Solveig. J’étais fier de moi, c’était un sort extrêmement délicat et j’étais encore bien jeune pour l’avoir exécuté. » Ses yeux se baissèrent un peu car encore aujourd’hui, il n’était pas fier de la suite des événements. Ce n’était pas pour rien qu’il avait choisi de ne plus porter ce fardeau en se supprimant. Dieu seul savait à présent à quel point l’ironie l’avait condamnée à l’endurer encore et toujours.

«  J’ai voulu le faire sur mon frère aussi mais, ivre de mon précédent succès, je n’ai pas fait assez attention et il n’a pas survécu ». C’était encore trop difficile de dire qu’il était mort par sa faute. L’autre sorcier n’avait pas besoin d’un dessin pour savoir dans quel état, ou plutôt non-état, son frère avait fini. La culpabilité le rattrapait et bien qu’il ne fût pas homme à pleurer, la tristesse l’assaillait de nouveau comme une vieille maitresse qui vient récupérer ses droits. Ses doigts se crispèrent sur eux-mêmes. Il se resserra un peu, se recroquevillant un peu en position fœtale. Le silence s’installa un moment car s’il avait dû prononcer des mots à cet instant, ils auraient été noyés par les sanglots qu’il réprimait au fond de sa gorge. Quelques minutes passèrent encore avant qu’il finisse par ajouter. « La suite tu la connais. » Il se demandait si ça pouvait paraître idiot qu’il n’ait pas pu supporter d’avoir blessé un membre de sa famille.  Un peu trop exposé à son goût, Isak qui n’appréciait pas nécessairement de donner trop d’informations et de se confesser ainsi , tenta de se reprendre un peu en changeant le sujet de la conversation pour le retourner vers son partenaire.

« Et quelle genre de vilenies sont susceptibles de valoir qu’on nous coupe la tête ? » Dit-il d’une voix un peu exagérée en employant ce mot qui lui paraissait moyenâgeux, presque abscond.  Inconsciemment, il se resserra contre  la présence pour y chercher du réconfort alors qu’il ne doutait pas du fait que le récit risquait d’être encore plus croustillant, ou déprimant, de l’autre côté. C’était un bon exercice, il réalisa que jamais personne ne l’avait écouté. Certes, il ne se serait pas senti de préciser ses sentiments mais rien que cette confession était plus que ce que tout le monde avait pu soutirer de lui ensuite. Définitivement, le sorcier aurait une place dans son esprit même s’ils ne pouvaient pas rester ensemble pour l’instant. C’était la naissance d’un partenariat et d’une amitié par la même occasion. Un fait suffisamment rare dans le monde d’Isak pour être souligné.
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MessageSujet: Re: /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak    Sam 20 Fév - 4:34



Dans ce simulacre de cocon, prodigué seulement par la chaleur de leurs deux corps côte à côté, ils avaient comme une sensation de sécurité. Fugace, elle s'envolerait probablement à mesure que le temps passerait. A mesure que les heures, les mois, les années s'écouleraient, ne laissant plus d'eux que des particules poussiéreuses s'envolant au vent impétueux de Darkness Falls. Là, contre Isak, Noah avait le vain espoir qu'ils tiendraient la nuit. L'espoir était une maladie vicieuse et toxique dans ces lieux. Parce qu'au fond, tous savaient qu'ils étaient damnés à errer indéfiniment dans ce monde, fuyant à qui mieux mieux une punition qui n'en finirait jamais de revenir les chercher. De revenir leur montrer leurs torts de la plus affreuse des façons.
Et pourtant à mesure que les langues se déliaient, douloureusement, difficilement, le sorcier sentait qu'il ne serait pas de même avec Isak qu'avec d'autres personnes. Pas seulement parce qu'il avait la sensation d'avoir trouvé quelqu'un qui veuille regarder au-delà de sa propre souffrance. Mais parce que c'était la première fois que les terres désolées du Purgatoire mettait une âme qui ne le voit pas comme la pire des ordures sur son chemin. Et pour cela, il ne savait pas qui remercier.

-Si j'avais été le créateur de ce monde, j'aurais rajouté des fleurs, et enlevé quelques dents aux créatures. Parce que quitte à souffrir pour une éternité, voire éventuellement deux, autant que ce soit dans un cadre un peu plus coloré que juste avec la couleur de notre propre sang, entouré de bestioles au sourire plus sympathique.

L'humour du jeune homme, incisif, tranchant, lui plaisait autant qu'il allégeait ses propres pensées. Ironiser sur la merde noire dans laquelle ils étaient plongés, il n'avait aucune idée d'où cela pouvait venir, mais ça faisait du bien. Pour autant, Isak n'en avait clairement pas fini. Il avait d'autres choses à dire, là, dans cette nuit ocre, au creux de leur cocon inconfortable, des réponses à apporter à des questions trop invasives.
Alors il fit ce qu'il savait faire de mieux. Écouter. Laisser le plus jeune déverser tout ce qu'il avait sur le cœur, et Dieu, cet ingrat, ce salaud, ce lâche, Dieu savait qu'il y en avait. Une part du sorcier comprenait qu'il y avait probablement plus que ce que voulait dire le brun aux yeux de chat. Mais pour l'instant cela lui suffirait. Peut-être qu'un jour ils en reparleraient. Peut-être jamais. Mais il allait s'en contenter, et l'écouter aussi longtemps que ce serait nécessaire. Leurs vies étaient peut-être sur le fil du rasoir, dans un équilibre instable dû aux caprices de Darkness Falls, mais pour le moment il n'y avait qu'eux.
Il n'y avait qu'eux, et les fardeaux, les maux qui se soulageaient progressivement.

Des maux qui coupaient la parole d'Isak. Une souffrance tellement palpable, tellement vraie, que Noah se redressa spontanément. D'habitude il faisait preuve de nettement plus de retenue. Mais la situation ici était exceptionnelle. Alors il approcha de son dos, enroula ses bras autour de ses épaules, glissant son menton dans le creux de son cou. Combien de fois Aida avait-elle fait ce geste à son égard ? Il ne les comptait plus. Il savait juste que, là, c'était la chose à faire. Tenir Isak contre lui, lui apporter chaleur et réconfort. Et si le geste était de trop, il le repousserait, ce n'était pas bien grave. Avec une douceur naturelle, il posa sa tête contre la tempe du brun, faisant bien attention à ce qu'il ne presse pas sur sa plaie en le serrant trop fort.
Un simple geste, naturel, humain, qui tranchait avec le monde environnant. Qui lui fit un bien fou, et peut-être soulagerait un peu du poids qui écrasait les épaules de son compagnon. Qui le surprit lui-même, aussi, alors que son cœur se serrait en entendant la ponctuation finale de son partenaire d'infortune, prononcée comme un souffle qu'il entendit pourtant comme un cri de douleur. La suite, tu la connais. Oh oui, il la connaissait. Trop. Parfaitement.

-La suite, c'est que malgré tout ce qu'il s'est passé, tu n'as pas échoué. Si tu sens toujours le soupçon d'étincelle dans ta poitrine, celui que tu as ressenti en transformant ta sœur, c'est qu'elle est toujours vivante. Si l'espoir est le pire des maux qui puissent arriver ici, il est pourtant présent dans cette petite sensation, ce petit fil qui te connecte à elle. Il marqua un silence, ses paroles faisant drôlement écho avec sa propre expérience. Une de ses mains se glissa dans les cheveux du confessé, les caressant doucement pour chasser les mauvais souvenirs avec une innocence presque enfantine.

Il allait lui dire de se laisser aller. De continuer à tout sortir, qu'il l'écouterait, qu'il serait là. Comme lorsqu'il recevait ses brebis égarées, là, dans le petit confessionnal en bois de sa curie, et qu'il sentait que le fardeau qu'elles voulaient voir parti était nettement plus gros que le peu qu'elles racontaient. Ce n'était pas aussi simple. Ca ne l'était pour personne. Mais il n'eut pas l'occasion de le dire, la question fatidique tombant enfin.
Inconsciemment, ses muscles se tendirent, et le sang circulant sous sa peau lui sembla si hardent qu'il en brûlait chacun de ses muscles, irriguant la haine et le remord une nouvelle fois dans son corps, éradiquant douceur et compassion.
Caressant distraitement les cheveux d'Isak, il mit un moment à rassembler ses idées, comme à se recomposer suffisamment pour passer à son tour dans le confessionnal. Un prêtre devait le faire, lui aussi, il n'en était pas exempt. La tâche était juste bien plus ardue pour quelqu'un qui a l'habitude de faire tout le contraire.

-J'ai grandi dans ce qu'on pourrait appeler grossièrement un monastère. Du moins en apparence, puisqu'en réalité nous étions tous des sorciers. Toute mon enfance a été régie par la doctrine de Dieu, et celle de mon Ordre. Se cacher derrière une soutane était l'occasion rêvée d'exercer nos talents sans avoir à subir l'opprobre de notre condition. Talents qui touchaient tant à la guérison qu'à la sorcellerie la plus sombre.
Mon enseignement achevé, j'ai rencontré un jeune homme, un bourreau, le petit-fils du Seigneur Renzaccio, avec lequel j'ai lié une amitié sincère. Rafaele était comme un frère de cœur, quelqu'un sur qui je pouvais toujours compter. Sauf que son grand-père était un homme dur et impitoyable, Inquisiteur, et son petit-fils n'était autre que son bras armé.


Un frisson lui courba l'échine, un tremblement secoua brièvement ses bras, toujours autour des épaules d'Isak. Sa voix s'était durcie sans même qu'il ne s'en rende, l'amertume ayant teinté de bile son accent chaleureux. Mais l'histoire était loin d'être finie.

- J'entrai donc dans les Ordres. Mes ouailles venaient se confesser, et je donnais les informations les plus compromettantes à Rafaele pour qu'il fasse, notamment mes pairs... Ce qu'il avait à faire. Puis celle qui deviendrait ensuite ma femme a fait irruption dans ma vie, dans mon coeur, malgré sa condition de fille de joie et la mienne. Une trahison si profonde à mes propres croyances, mes propres racines, qu'elle me fit bannir à jamais de mon Ordre, de la curie, de la ville. Mais ce fut un choix que je ne regretterai jamais.
Comme Dieu est un injuste créateur, Il me la prit alors qu'elle donnait la vie à notre enfant, peu après que nous ayons commencé à créer un semblant d'existence sereine. Et comme Il aime s'acharner sur ses brebis les plus galeuses, Il n'a rien trouvé de plus amusant que précipiter Rafaele dans les abysses de la folie de Renzaccio, le poussant à massacrer tous mes Pères.
Je n'avais plus rien. Plus rien sauf le besoin de me venger, quel qu'en soit le coût. Après tout, je n'avais plus que mon âme et ma sorcellerie. Et Rafaele avait encore tout. Alors pour équilibrer, j'ai trahi l'identité sorcière de sa compagne, et l'ai transformé, lui, en bête. De ce que j'ai appris, Azzura et sa fille ont été massacrées, et il s'est suicidé sans connaître sa malédiction. Du moins c'est ce que m'a avoué Renzaccio, avant que la lame d'une hache de bourreau ne s'abatte sur ma nuque...


Il déglutit difficilement, la voix toute aussi tremblante que ses propres membres. Et si sa vue se brouillait sous les divers sentiments qui fluctuaient, assourdissants, dans son sang, il décida de fermer les yeux. Ne pas soutenir le poids de ses propres torts. De ses erreurs, celle, notamment, d'avoir continué de faire route quelques jours auprès d'Azzura dans Darkness Falls pour tenter d'obtenir son pardon. Quel pardon pouvaient-ils s'accorder, après tout ? Ils avaient été la cause de la mort de tous leurs semblables. Pire, ils avaient été coupables de leur propre perte.
Il n'avait plus rien, et même si la chaleur prodiguée par Isak adoucissait quelque peu ses maux, il sentait de nouveau la morsure du froid dans son dos. Et celle de la revanche, glaciale, dans son coeur. Un sentiment qui ne le lâchait pas, pas tant qu'il sentirait encore ce fragment d'étincelle, ce petit lien qu'il vantait quelques instants plus tôt entre le créateur et sa créature.
Tant qu'il n'avait pas senti que Rafaele était tombé, il n'aurait de cesse de sentir la haine pulser dans chaque parcelle de son corps.

-Je le sens encore, Rafaele... Je le sens, encore vivant, injustement vivant. Et c'est la haine qui me fait encore tenir, droit, sur mes jambes. On m'a tout pris, elle est la seule chose qui me reste...

Sa voix finit par se briser sur ces derniers mots, achevant au passage toute volonté de continuer. Qu'y avait-il à rajouter de toutes façons ? Qu'il allait le traquer, qu'il officierait lui-même l'exécution de sa création ? Isak pouvait très bien s'en douter, il était suffisamment intelligent pour le comprendre. Restait qu'au fond, le pire, c'était qu'il n'avait plus rien. Plus d'âme, plus de coeur, plus de raison de vivre, sinon ce besoin dévorant de vengeance. Il n'était plus qu'un fantôme d'un ancien temps, errant à la surface du monde pour effectuer son ultime tâche, et enfin rejoindre le grand néant qui l'attendait au bout du tunnel.
Et pourtant, là, le visage qu'il avait fini par glisser dans le creux du cou du jeune homme juste pour apaiser ses souffrances, juste pour ne pas avoir à l'offrir une énième fois à l'injustice de Darkness Falls, il voulait. Il voulait se sentir humain, plus qu'il ne l'avait jamais été ces derniers siècles. Ce lieu faisait cela aux sorciers : il leur arrachait les derniers fragments de vie qu'ils possédaient pour les confronter à nuls autres que leurs regrets. A leur inhumanité. A leurs fautes.

Leur discussion lui donnait envie d'être vivant, à nouveau. De se sentir vivant, de respirer une nouvelle fois, d'être autre chose que seulement un esprit vengeur dans un monde détraqué. Et il avait ressenti cet espoir malsain en l'écoutant parler. Entrevoir la possibilité de marcher aux côtés non pas d'une nécessité mais d'un ami, concept si facilement oublié dans ces terres désolées. Un ami qui sentait le sang, le musk et la poussière.

-Il y a pire, ici, que la violence. La solitude. Elle te ronge, sans jamais te lâcher, pas une seule seconde, car on est tous trop effrayés de croiser qui que ce soit de peur qu'il nous tranche la gorge. Et elle nous transforme en moins qu'humains.

Sa voix, son corps, son âme restèrent en suspens. Lentement, à contre-coeur, il relâcha son étreinte. Il ne devait pas s'attacher, à quiconque, et pourtant la solitude l'avait tellement rongé qu'il n'aurait jamais entrevu la possibilité d'une conversation comme celle-ci, à coeurs ouverts. Saignants. A vifs. Il releva la tête, ne cherchant toutefois pas à croiser les yeux de chat de son compagnon, sachant qu'il était vain d'espérer quoi que ce soit de plus. Et pourtant ça n'empêchait pas son esprit de hurler contre la solitude, enfant effrayé pleurant pour qu'on le libère de sa souffrance. Ses hurlements ne s'étaient apaisés que lorsque le premier sourire avait affleuré sur ses lèvres, et quand ces dernières s'étaient posées sur celles d'Isak, trop douces pour Darkness Falls.

-J'ignore ce que tu en penses. Mais te parler, ce soir, m'a fait me sentir bien plus humain que je ne l'ai jamais été pendant tous ces siècles. Merci.

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MessageSujet: Re: /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak    Mar 23 Fév - 1:00



« Si j’avais été le créateur de ce monde, j’aurais sans doute fait pire. » ce n’était pas pour se faire plus gros que le loup que le garçon disait cela mais juste parce que c’était une constatation. Isak n’était pas de ces petites mamies qui font de la broderie et joue au bingo le week-end. A bien y réfléchir, il n’avait aimé que son grand-père. Les autres vieux lui semblaient repoussants, fripés prêt à lui caner dans les mains à la moindre fausse manip’ avec un respirateur. Ou encore à tomber si on leur enlevait leur canne. C’était pathétique, repoussant, disgracieux et terrifiant. Regarder la vieillesse dans les yeux revenait à contempler l’image de sa future déchéance. Probablement une des raisons pour lesquelles se suicider n’avait pas été aussi douloureux que cela. Une des consolations résidait dans l’idée de se dire que jamais on se contemplerait en regrettant que les années aient passées si vites. Ou bien encore, pour prendre cinquante médicaments et se regarder mourir quand même. Du moins lorsqu’on pouvait se les permettre. De l’époque d’Isak, une maladie un peu grave chez les pauvres devenait synonyme de mort. En y pensant bien, même dans la mort les riches avaient le droit à leur petite crypte de marbre, ou de pierre qui s’élevait prétentieusement pour rappeler à tous l’idée que personne n’est égal. Que ce soit dans la vie ou dans la mort personne n’était égal. D’ailleurs, comme le disait la maxime « Certains hommes sont plus égaux que d’autres. »

Pendant que toutes ses pensées morbides se dressaient dans son esprit, il avait senti ce qui ressemblait le plus à un geste d’humanité. Isak avait pris l’habitude de se passer de l‘affection de tout le monde. On plaignait la petite sœur mais pas ceux qui entretenaient tout le monde. L’homme du foyer, le responsable, la figure qui doit toujours rester forte et cacher ses larmes au plus profond d’elle-même. Les mâles dominants ça ne pleure pas s’était-il entendu répéter plus d’une fois par des connards qu’il aurait bien aimé tabasser. La plupart du temps, un mauvais tour à coups de magie et ça réglait un peu sa haine temporaire. Quelle blague, la haine du sorcier mort faisait tellement partie de lui qu’elle aurait pu développer sa propre conscience. Son corps hocha à la seconde remarque du sorcier mais son esprit aurait toujours du mal à s’en convaincre. Tout simplement parce que la vie de Solveig, bien qu’étant importante, n’équivalait pas la mort qu’il avait provoqué. En plus de cela, depuis que le brun se trouvait ici, mille maux pouvaient lui être tombés dessus et personne ne s’en serait soucié. Ses poings se crispèrent à l’idée que sa famille était peut être présentement entièrement décimée. L’histoire que racontait Noah fit une grande impression à Isak.

Brusquement, son regard changea se teintant d’une sorte de respect. Il ne se pensait pas particulièrement malchanceux car il avait été l’artisan de sa propre déchéance. Sous ses yeux se peignaient la scène en détail, du troubadour qui annonçait l’heure de l’exécution à la tête qui tombait. La vie de cet homme tout en n’ayant pas été particulièrement reluisante semblait avoir été marquée au fer rouge par une main divine qui ne souhaitait pas son bonheur. La trahison des frères, le cœur battant qui ralentissait anéanti par une mort certaine. La violence, le sang, la haine, la colère, toutes ces sensations lui étaient familières. Alors bien qu’il ne put pas exactement imaginer ce que le sorcier noir ressentait présentement, il comprenait. Aujourd’hui encore, tous ces sentiments lui collaient à la peau comme la pire des puanteurs.

« Tu as arrêté de croire en Dieu après tout ça ? Au fond, ça me donne l’impression que tu ne l’aimais pas plus que ça de toute manière. » Les propos de l’ancien prête sentait la solitude et la tristesse à des kilomètres. Entre crapules, la compréhension semblait plus facile et plus rapide. Ses bras entourèrent également l’homme avec moins de poigne que lui. Les mots avaient une force terrifiante et le récit qu’on venait de lui faire confirmait tout cela. En tant que magicien, les lettres et les caractères avaient presque finis par lui faire peur. En se suicidant, et en survivant plus ou moins, le damné s’était promis de ne plus utiliser ces forces obscures qui avaient été si destructrices. Se redressant un peu, il se retrouva face à lui.

« Ce soir, on est seul à deux alors. » L’homme avait commencé à entr’apercevoir la solitude déjà de son monde de vivant. Bien que l’adage veuille que l’enfer soit les autres, il n’en restait pas moins sans les autres, on n’était rien. On perdait ses repères à une vitesse déstabilisante. Bientôt d’autres voix remplaçaient celles de ceux qu’on aime pour dire qu’on les avait perdus pour toujours.  Le caractère de son vis-à-vis, son récit et ses attitudes adoucirent suffisamment le jeune homme pour que le baiser ne soit pas trop déstabilisant. Au contraire, une étrange chaleur naquit quelque part en lui. Une chaleur différente de celle des deux petits collés l’un contre l’autre comme si l’enfer allait s’abattre sur eux d’un instant à l’autre. Quoiqu’en un sens, l’enfer ne pouvait pas s’abattre sur eux à moins que le ciel ne leur tombe sur la tête.  

« C’est bien la première fois que je rends quelqu’un humain. Je me sens plus souvent comme un monstre maintenant. » Perdu, désespéré, ses mains passèrent sur la barbe mal rasée de l’italien. Ses yeux se perdirent un long moment dans les yeux et il ne dit rien. «  Ce soir, je me sens un peu plus humain. » Pour ce soir, grâce à sa rencontre, sa nature d’humain avait engagé une réconciliation avec le monstre qui dansait librement depuis longtemps. Soudain, Isak eut une révélation, si le sorcier ne savait pas depuis combien de temps il se trouvait là, la preuve étant qu’il avait demandé à Isak son siècle d’origine et qu’il en avait tiré une temps d’incarcération, alors lui non plus ne pouvait pas savoir. « Je viens de réaliser quelque chose. Je pensais être là depuis deux semaines mais c’est impossible de savoir ici. Peut-être que cinquante ans ont passés et que je ne suis pas au courant. Je ne sais pas pourquoi ça me préoccupe. Sans ce repère, je me sens perdu. »  Le suicidé avait besoin d’un repère, de quelque chose de tangible.

Noah était tangible alors ses mains se posèrent glissant contre son cou distraitement. Sa peau lui sembla étrangement douce bien que poussiéreuse. Il aurait imaginé quelque chose de plus dur tannée, par des années passées à sauver sa vie dans cet enfer. Il interrompit sa réflexion pour faire une remarque.

« Je viens d’y penser mais du coup, ça fait six siècles que t’as pas eu de rapport. Je parie que si tu te branles, c’est de la poussière qui sort. Ha merde, tu connais peut-être pas ce mot. En gros, on a du te dire que ça rendait sourd si on le faisait trop souvent. »  Ses mains toujours posées sur ses épaules, il ricana fier de sa moquerie. « Une ou deux chauve-souris, c’est totalement possible. » Une pensée étrange apparut dans son esprit. Et s’il fallait vérifier. En reparlant de tout cela, ses envies recommençaient à prendre vie. Lui-même, depuis quand ne s’était-il pas permis ce petit plaisir masculin. Son bas ventre lui indiqua que ça faisait une belle éternité.  Manquant de mourir il y a peu, quelle occasion aurait-il de rencontrer un autre humain, et de pouvoir avoir ce genre de rapports ? Est-ce que ça valait réellement le coup de penser à ce genre de choses avec un mec. Ça ne l’avait jamais dégouté l’homosexualité, mais il n’avait jamais tenté. D’un autre côté, mort pour mort, autant en profiter pour tester une expérience agréable dans cet univers de désolation.  Un peu incertain sur la question, ses mains restèrent finalement sagement le long de ses bras. Il se contenta de demander.

« Si t’étais un mauvais prêtre, tu l’as déjà fait avec un mec au fait ? » Il fallait bien continuer cette conversation d’une façon ou d’une autre. Aller dans toutes les directions et poser des questions qui sortaient des topics ordinaires pouvait se révéler instructif, au moins amusant. « Ho » Il prit un ton faussement désolé. «  Peut être que ma question a choqué le prêtre qui sommeille encore en toi. » Un sourire digne du connard qu’il était se dessina sur ses lèvres. «  C’est que l’homosexualité, ça devait pas être très bien vu à ton époque. Ça ne l’était pas beaucoup mieux à la mienne cela dit. » La connotation de ses remarques ne lui sauta pas particulièrement au visage, pour une fois dans sa vie Isak restait relativement innocent sur le sujet. De lui-même, il n’aurait pas lancé un tel sujet ou un tel rapport à moins d’être sacrément déchiré. Cependant, malheureusement pour lui, pas la moindre goutte d’alcool ne se profilait à l’horizon. Foutu créateur qui ne pense même pas à créer un échappatoire à ce triste monde dans un monde si déprimant.
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MessageSujet: Re: /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak    Ven 4 Mar - 0:52

-Comment aimer Dieu lorsque l'on voit ce dont Il est capable, pour mener ses ouailles à la démence la plus profonde ?

Il avait haï Dieu. De toutes ses forces, et pour ce qu'il lui avait donné, et pour ce qu'il lui avait repris. Ce n'était pas une affaire d'égo, mais une question de justice, en ce qui le concernait. Jamais un pas en avant n'avait été récompensé à sa juste valeur, jamais une seule fois il n'avait pu accéder à la paix que les enseignements liturgiques lui avaient promise. Envers et contre tous ses efforts pour être l'un des agneaux les plus purs qu'Il ait pu avoir, Il lui avait tout pris. Et avait continué à prendre, prendre encore, comme un enfant capricieux impossible à satisfaire. Alors oui, il avait rejeté le Divin. Il avait hurlé à qui pouvait l'entendre, lorsqu'il avait encore le cadavre chaud de sa petite fille, sa Magda, entre les mains, qu'Il ne valait pas mieux que ses créations. Qu'Il était même pire, et qu'il lui vouerait une haine profonde et sans limites.
A choisir, c'était Dieu qu'il haïssait plus que tout, et quiconque. Qu'il haïssait plus que le monde, plus que Rafaele, qu'Azzura, ou Renzaccio. Une souillure qui s'étendait, noirâtre, obnubilante, jusqu'aux tréfonds de son âme. Celle d'une déception sans aucune commune mesure, morsure qu'il trainerait au fond de son cœur jusqu'à la fin des temps. Jusqu'aux confins du monde. La réflexion d'Isak ne manqua toutefois pas de lui faire légèrement pied. Dans l'immensité de son ressentiment, il n'avait pas une seule fois considéré ce dernier comme une sorte de désamour, dès les débuts. Peut-être que le jeune sorcier n'avait pas tort en ce sens. Pour autant la trahison qu'il avait ressentie du Divin était tellement immense qu'il avait bien fallu qu'Il l'aime pour en arriver là. Surpris, il avait secoué la tête en signe de négation, niant l'évidence, affirmant le contraire. Non, Dieu était à l'origine d'une bonne partie de ses problèmes. Ce n'étaient pas les Hommes qui lui avaient volé Aida et Magda. C'était Lui.

Son compagnon d'infortune avait une propension à laisser cavalcader son esprit qui ne cessait de l'impressionner, annihilant par là-même ses défenses, le réconciliant avec l'Humanité d'une certaine manière. Apaisant ses fardeaux. La douceur de ses gestes, sans qu'elle ne soit confirmation de quoi que ce soit, était bienvenue, si bien qu'il se laissa aller à pousser un léger soupir sous la pression de ses mains dans son cou. Une chaleur bienvenue qui en attisait une autre, plus subtile, au coeur de sa poitrine. Une douce chaleur qui rayonnait dans le reste de son corps, se diffusant sous sa peau, hérissant les poils de sa nuque dans un agréable frisson.
« Ce soir, on est seul à deux alors. » Au vu des circonstances, c'étaient de belles paroles. Loin de toute vanité, de tout orgueil, loin des préjugés ou des foudres que Darkness Falls pouvaient abattre à tout moment sur leur dos. Oui, seuls à deux, retrouvant progressivement une Humanité perdue depuis si longtemps. Une Humanité qui adoucit Noah sans même qu'il ne s'en rende compte, chassant les pensées néfastes alors qu'il tentait de se raccrocher au fil de la conversation, les yeux rivés un instant de trop sur ces lèvres qui s'ouvraient et se refermaient bien trop souvent. Qui avaient l'air bien trop attractives, et qui étaient bien trop douces à son goût.

-Le temps est un concept particulièrement abstrait, ici. Pour être parfaitement honnête, je n'arrive à me repérer que lorsque je croise de nouveaux arrivants comme toi, qui me disent depuis quand ils sont morts. Et, paradoxalement, nous ne vieillissons pas malgré les siècles qui passent.

Siècles qui semblaient poser problème à Isak alors qu'il ramenait la conversation à des points nettement plus concrets, du moins c'est ce que crut comprendre l'Italien sans vraiment saisir l'intégralité du sens de ses mots. "Branler" ? Il fronça des sourcils perplexes avant de comprendre l'allusion à la surdité. Et sa voix ne put qu'émettre un "Oh" à mi-chemin entre l'outrage et l'amusement, alors que l'autre partait en élucubrations sur ce qui pouvait sortir de son corps. Tout de même un peu piqué à vif, surtout en sachant que non, jusqu'à nouvel ordre il n'avait aucune chauve-souris dans les conduits, il rétorqua du tac au tac :

-Tu sembles particulièrement intéressé par le sujet, je vais finir par croire qu'il t'obsède. Mais aurais-je réellement tort ?

Malgré le choc initial, un sourire s'était creusé à la commissure de ses lèvres. Un sourire amusé, légèrement narquois, un peu intéressé aussi. Isak s'enlisait dans ses questions, ses réflexions, ses tentatives de compréhension. Pire, ses tâtonnements montraient un intérêt réel, qui ne semblait pas tenir seulement de la curiosité la plus innocente. Quelque chose se cachait derrière toutes ses questions, une sorte d'aveu sous-jacent, celui de vouloir savoir ce que cela faisait. Comment c'était.
Il l'amusait, ce jeune sorcier. Il lui ressemblait, après tout, sur bien plus de points qu'il ne l'aurait cru. Ces questions, il se les était toutes posées. Il les avait même concrétisées, à plusieurs reprises, à l'aube des premiers désirs, et même après, avant que le Destin ne mette Aida sur sa route. La découverte de ce que Dieu ne devait voir, ne pouvait admettre, semblait être un de ces points autour duquel ils tournaient sans pouvoir mettre le doigt dessus. Alors, glissant lentement ses mains sur le torse du jeune homme, un sourcil amusé haussé en sa direction, il se lova un peu plus contre lui.

-Le prêtre qui sommeillait en moi n'est pas le moins du monde choqué par tes questions. Quant à la réponse que tu attends, elle est positive. J'ai déjà forniqué avec des hommes, à plus d'une reprise, à la faveur de la Lune, loin du regard de Dieu ou des Hommes. Et si c'était un péché, mon corps continuait de le demander, malgré que j'aie tenté de l'expier. Malgré que ma société le trouve intolérable. C'était une soif inaltérable, qui n'en finissait que lorsque je pouvais l'assouvir pleinement, que les bras d'une femme ne parvenaient qu'à peine à soulager. Une faim qui grondait dans mon estomac, dans mon bassin, qui enflammait mes reins comme mes sens, qui coupait mon souffle, qui comprimait mon torse, me laissant pantelant et tremblant, soumis aux vicissitudes d'un désir aussi coupable que décrié...

Ce disant, il avait approché son visage de celui d'Isak, son souffle s'emmêlant au sien, ses mains toujours posées chastement sur son torse. Mais sa tête n'était plus particulièrement à la chasteté, pas alors que le jeune homme demandait, pire, exigeait un certain type de réponse. Réponse qu'il était tout disposé à lui procurer, maintenant qu'ils abordaient le sujet. Maintenant que cette soif revenait assécher sa gorge, aiguisant ses sens alors que ses doigts papillonnaient le long du torse ciselé de son compagnon résolument trop curieux.

-Une faim dont tu as apparemment fait, toi aussi, les frais, au vu de tes innombrables retours à ce sujet. Alors j'ai une question pour toi, Isak. Toi qui parles de mon attirance pour la gente masculine, ne serais-tu pas toi-même coupable du même crime ?

Au fond, il connaissait la réponse. C'était pour cela que son doux s'était adouci, puisant dans la chaleur de son accent méditerranéen pour accompagner de suggestions son interrogation. Pour assaisonner de vice leur petite conversation. Mais surtout pour ouvrir les yeux de son compagnon à la réalité profonde de sa condition. Noah avait trouvé Aida, au terme de ses errances. Il avait trouvé une femme qui l'avait compris, et qui savait comment tarir sa soif, comment apaiser sa faim, même si pour ce faire elle n'appliquait pas les règlements divins. Une relation qui sortait des sentiers battus, une harmonie sur bien des points qu'il avait quelques scrupules à trahir, là, malgré l'ivresse qui s'emparait de chacun de ses sens.
Il pouvait sentir les mains fines, froides, de son unique Amour dans son dos, alors qu'il glissait les siennes le long du corps du jeune homme. Il pouvait sentir le souffle glacial, et pourtant si doux, de celle qui avait gouverné son cœur pendant si longtemps. Et elle murmurait à son oreille, dans cet Italien un peu rude qu'elle avait appris dans les rues de Rome, dans ce bordel où elle avait appris à satisfaire même les plus insatiables des hommes, ceux qui n'aimaient pas les femmes : "Tu as le droit, mi Amore". Le droit. Elle le lui avait toujours donné, connaissant ses inclinaisons multiples, et il ne l'avait jamais pris, de son vivant à elle. Mais là, alors qu'il sentait son cœur battre à nouveau du feu de la redécouverte, de celui de l'interdit, savoir qu'il avait sa bénédiction faisait toute la différence.
Aida savait. Elle comprenait la souffrance, étant comme lui soumise aux caprices des vices, incapable de définir qui elle aimait le plus entre les hommes et les femmes. Et maintenant que l'occasion se présentait d'offrir son corps et peut-être même une fraction de son cœur, elle ne la lui refusait pas. Bien au contraire.

Alors il s'improvisa maître, à son tour, souhaitant transmettre le goût de ce savoir à son élève. Exploratrices, ses mains papillonnèrent le long du torse d'Isak, effleurant la peau sous les haillons de tissu, devinant sans les palper les muscles, les sinuosités, les aspérités de son corps. Il y avait quelque chose de vivifiant dans la découverte d'une nouvelle personne, face à soi. Quelque chose de vivifiant qu'il traduisit en toute simplicité alors qu'il reprenait enfin ces lèvres qui ne l'appelaient que trop entre les siennes. Qu'il soupirait, pressant son corps contre le sien, mais plus cette fois-ci pour se protéger l'un et l'autre du froid. A un baiser suivait un autre, puis le besoin capricieux d'effleurer sa joue, sa mâchoire de ses lèvres, pinçant la peau du bout des dents par temps, embrassant par d'autres, glissant inlassablement jusqu'à ce cou que Darkness Falls n'avait pas encore brisé.
Par jeu, ou par autorité, ses mains avaient attrapé celles encore pantelantes d'Isak pour les poser sur son propre torse, le poussant à assouvir d'avantage sa curiosité. Il marqua une pause, glissant ses lèvres jusqu'au creux de l'oreille de son compagnon d'infortune, murmurant pour que même le Purgatoire ne puisse l'entendre.

-Comme tu l'as si bien dit, ce soir, nous sommes seuls à deux. Que dis-tu que nous nous perdions d'avantage ?

Son sourire adoucissait sa voix, dans cette proposition qui n'avait sommes toutes rien d'insensé vue la configuration dans laquelle ils se trouvaient. Vu le genou qu'il poussait langoureusement entre les cuisses du jeune sorcier, avec une lenteur infinie, ménageant chacun de ses gestes pour ne pas effrayer son partenaire.
Ce n'était pas le but. Et il espérait sincèrement qu'Isak le comprendrait.


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MessageSujet: Re: /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak    Lun 14 Mar - 0:10


A ce comment Isak n’aurait su quoi répondre de toute manière. L’homme n’avait jamais cru à la religion après toutes les morts qui s’étaient succédé auprès de lui. Dieu ça n’était qu’une excuse pour les faibles et les simples d’esprit. Le futur drogué n’avait pas besoin d’un substitut, du moins le pensait-il à l’époque, pour supporter la difficulté de sa vie. Entre nous, Dieu n’aimait pas trop ceux qui décidaient de se suicider. Pour éviter de dire une stupidité, il se contenta sagement de ne rien rétorquer. La conclusion dans le cas des Eriksson venait assez vite. Dieu les détestait bien plus qu’eux ne s’intéressaient à lui. La raison pour laquelle on disait parfois que Dieu était une femme c’était parce que c’était une sacrée pute. Or tous les mots fleuris de ce domaine possédaient étrangement une consonance féminine.

Ce qui arrivait en ce bas monde n’avait rien de mystique ou de divin. La divinité servait d’excuses à ceux qui manquaient d’imagination, de réconfort à ceux qui en avaient trop. La religion s’étalait depuis des années pour devenir des contes de fée pseudos moralisatrices. La religion chrétienne ou toutes les autres possédaient ce genre de conneries, de bases qui reposaient sur du vent. Ne pas pouvoir expliquer, c’était bien au final.  Ce simulacre continuerait jusqu’au jour où les humains pourront accepter que la vie est merdique même dans la mort. Ce jour-là, peut-être, le monde cessera d’être si bouffi de fantasmes d’un ailleurs ou d’une existence meilleure plus tard. Ce jour ne pourrait être que l’instant d’après le dernier jour du monde car il faut arrêter de porter en soi l’espoir de la salvation. Il faut être damné.

« Tu dois pas en croiser souvent des nouveaux. Y’a pas foule ici malgré le nombre de méchants. La plupart doivent se cacher ou être dans ces maisons de torture dont les cris résonnent avec le vent. » Il soupira, résigné, comprenant que désormais le temps n’était d’aucune importance. L’univers crée pour leur punition se contentait de se répéter en boucle leur offrant toujours des journées morbides et un temps si plastique qu’il s’étirait comme un film alimentaire rendant toute tentative de se repérer infructueuse. Ce repère n’existait pas. Aucun ne subsistait dans cet univers si on y réfléchit pas.  Il repensa au fait qu’il ne vieillierait. Combien de radasses superficielles se trouveraient comblées de ne plus prendre une ride ? Certains vendraient sans doute leur âme au diable pour cela. Les Hommes sont si vains.  Ce genre de fait semblait plus évident lorsque la vie nous éloignait de la civilisation et de nos carcans habituels.

La remarque de Noah le fit doucement sourire. « Je suis un garçon plutôt curieux. » Le caractère taquin de l’homme en face de lui avait ce petit quelque chose de déstabilisant lorsqu’on l’imaginait avoir porté une soutane. « Qui me dit ça, l’homme ou l’ancien prêtre, hein ? » Un peu embarrassé, aurait-il refusé de répondre si on lui avait demandé comment il se sentait.

« Le crime de ne pas avoir encore essayé peut-être. Si tu espérais me gêner ça n’est pas gagné. » Ricana-t-il pour faire le malin évitant ainsi de montrer le trouble qu’il ressentait à se faire toucher de façon inappropriée. Bien que les mouvements restaient sages, il ressentait dans sa cage thoracique un frémissement de son cœur qu’il pensait desséché depuis un long moment.  Le maître savait comme s’y prendre. Rien n’était bien différent de lorsqu’il  se trouvait avec une femme au final. Ses bras malgré tout restaient obstinément contre son corps comme si brusquement, la grande gueule ne savait plus ni quoi faire ni quoi dire. Les baisers brûlaient sur sa peau blanche enflammant son esprit à en vouloir plus.  Une part de lui fut vexé qu’on soit si directif avec lui. N’importe quoi pouvait arriver ce soir mais ça ne serait pas le jour où Isak Eriksson ferait l’étoile de mer si rapport il devait y avoir. Ses mains reprirent brusquement vie contre sa peau. Le corps si différent de celui d’une femme ne manquait pas d’un certain attrait. Les doigts glissèrent sur la peau marquée par les années de la personne qu’il embrassait. Les mouvements devinrent plus fluides. Sans prévenir, il déchira un peu plus les restes de vêtements que portait Noah. Sa bouche se pencha pour aller mâchonner la peau distraitement. Son visage remonta dans son cou pour aller le mordre avec rapidité.

« Ne pense pas que tu vas tout faire. » Il haleta un peu surpris de sa propre témérité se souvent soudainement de comment on pratiquait l’amour homosexuel. Mordant le lobe, il susurra. «  Si tu crois que c’est moi qui vais la prendre dans le fondement, tu te trompes hein. Je suis pas un puceau ni un soumis. » Qui des deux essayait-il le plus de convaincre, la question resterait sans doute en suspens pour toujours. Toutefois, la volonté dominatrice de l’homme se réveillait avec force. Le genou qui avait été placé il y a peu entre ses jambes n’avait que réveillé ses bas instincts. Son membre avait commencé à se tendre sans complexe. Isak savait depuis un certain temps maintenant que tous les corps lui allaient mais ce soir-là il était bien content de se frotter contre celui de Noah. Sa bouche se pencha de nouveau dans le cou pour mordre presque à sang enfiévré qu’il se trouvait dans toutes ses nouvelles sensations.

Sa peau lui semblait incandescente. N’avait-il pas froid quelques instants plus tôt ? C’était sans importance maintenant. Entrainé dans cette spirale, l’esprit d’Isak se mettait au diapason de Darkness Falls en se foutant complètement du temps qui passait. « En plus, si ça fait six cents ans que t’as rien fait, tu dois être rouillé. T’y arrives encore ? » demanda-t-il bravache alors que sa main se glissait sur le membre de Noah qui paraissait pour le moins vigoureux malgré tout. Un sourire mutin glissa sur les lèvres du taquin damné. « Je retire ma phrase précédente. » ricana-t-il en ponctuant sa phrase d’un baiser. Ses réflexes de mâle lui intimaient vivement de continuer à ne pas montrer à quel point il pouvait être décontenancé. Une petite voix lui fit remarquer que son attitude en elle-même montrait à qui savait voir exactement l’état dans lequel il se trouvait présentement.  Sa main posée sur son chibre commença à masser doucement  caressant au passage les deux colocataires de celui-ci. D’expérience, et c’était un gros avantage d’être un mec pour ça, le corps masculin lui paraissait comme un territoire connu. Même si chaque corps paraissait réagir à des stimulations différentes, certains points restaient similaires.

Finalement, le peu d’honnêteté qui lui restait finit par lui faire demander avec une presque candeur. « On va le faire en entier ? » Jamais, au grand jamais, une telle phrase n’aurait franchi ses lèvres dans un autre contexte. Toutefois la situation était si perturbante et dénuée de sens que son cerveau ne réagissait pas comme en temps normal. Bien qu’il en ait envie Isak ne savait pas s’y prendre. Cela n’était pas sa première pratique des rapports anaux mais si Noah ne voulait pas être en dessous par exemple et que lui non plus, alors ils se retrouvaient dans une belle impasse à la con. Le prêtre allait-il être culotté si on pouvait se permettre ce jeu de mots mental ? Se mordillant la lèvre, ses yeux bleus pressèrent d’interrogation le regard sombre du sorcier en quête de réponses. Certes les trois quarts des interrogations n’avaient pas franchis le bord de ses lèvres mais il avait le secret espoir que sans qu’on ait besoin de lui en raconter des tonnes. Son air paraissait incertain quant à la marche à suivre et à la question à poser. En temps normal, aucune de ces questions, dignes d’une meuf, n’auraient franchis la barrière de sa virilité. Isak s’en foutait royalement trop souvent pour se poser des questions à la con sur la sexualité. Aujourd’hui toutefois, les règles avaient changées et Isak avec elles.





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MessageSujet: Re: /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak    Mer 27 Avr - 2:56


En réalité, il n'espérait pas l'impressionner, et encore moins le gêner. Surpris, il l'était, ça pouvait se deviner à l'expression qui se dégageait de tout son corps encore raidi par l'incertitude. Par ses paroles, qui semblaient filer avec bien plus de facilité en périodes de trouble que les véritables actes. Mais Noah ne voulait pas le brusquer pour autant. Le but n'était pas celui-là. Le but... Il n'en avait pas pour ainsi dire, pas qu'il sache. Peut-être celui de retrouver un soupçon de réconfort, un semblant d'Humanité dans un univers qui était contre l'Humain à proprement parler. Contre le vice, contre la vie, contre tout ce qui faisait le piment de l'existence. Mais froisser Isak ? Non, ce n'était pas dans ses prérogatives.
Sentant sa verve comme une forme de défense, l'ancien prêtre pensa un bref instant devoir battre en retraite. Cela aurait été dommage, vu ce dans quoi ils s'engageaient, mais si la sensibilité de son compagnon d'infortune était heurtée, il n'allait pas insister d'avantage. Pourtant, il ne put que s'illuminer d'un léger sourire, amusé de le voir reprendre du poil de la bête. Finalement, Isak était comme lui, de ce côté-là. Il suffisait d'une étincelle pour raviver la flamme, juste une petite étincelle et un peu de patience. Dans un soupir, il accueillit ses mouvements, ses mains explorant avec probablement un peu plus de retenue que son jeune compagnon. La fougue de la jeunesse, l'ivresse de l'envie, le rendaient nettement plus invasif que ses propres mouvements. Peut-être même l'envie de lui prouver, à lui, au prêtre défroqué, qu'il était plus sûr que ce qu'il pouvait penser. Mais Noah prenait tout de même son temps dans ses propres explorations, fébrile, recouvrant avec délice des sensations qu'il n'avait plus connues depuis une demi-éternité. Des sensations qui lui rappelaient que dans le fond, son choix était déjà fait depuis sa prime jeunesse, sans même qu'il n'en ait eu conscience.

-Je n'en ai aucune intention, mais à ton air incertain tu semblais avoir besoin d'être guidé.

L'amusement fit place à un nouveau frisson alors qu'il sentait son propre corps réagir sous ses dents, ses reins se creusant avec un naturel qu'il avait oublié. Prenant grand soin d'éviter la blessure de son partenaire, il enfonça ses doigts par réflexe dans sa peau pour l'attirer d'avantage. Ses yeux se fermèrent un instant alors qu'il soupirait. Plus de questions, plus de doutes, juste la nécessité de faire cohabiter leurs corps dans une quête instinctive de réconfort et de chaleur. Jusqu'à ce que ses sourcils se froncent une nouvelle fois, de contrariété, son esprit ramené aux bassesses du langage d'Isak.

-A-t-on vraiment besoin de s'engager dans ce type de trivialités ? Je croyais qu'il était inutile de préciser mon intention quant à nos "rôles" respectifs...

Bien que sur le point de continuer son explication, il fut bien forcé de s'interrompre, un gémissement lui échappant alors qu'une vague de douleur et de plaisir coupable dévalait ses veines, embrasant définitivement ce qui lui restait de conscience. Le vent glacial pouvait bien continuer de menacer d'emporter la petite bâtisse dans laquelle ils se trouvaient, il ne le sentait plus. Ne l'entendait plus, la mélopée de leurs propres soupir comme le battement de son sang contre ses tempes suffisant à l'ôter entièrement de son esprit. Comme pour prouver son intention première, son genou se glissa encore d'avantage entre les cuisses de son partenaire, avant qu'il ne l'en enlève pour s'installer de lui-même à califourchon sur ses cuisses. De nouveau, la voix d'Isak s'éleva dans l'air. De nouveau, Noah afficha une moue boudeuse, piqué dans son égo avant de se faire taire d'un baiser, l'empêchant de répondre. Mordant les lèvres non sans une certaine insolence, il glissa sa bouche le long de la tempe de l'autre, partagé entre l'envie de le pousser brutalement sur le sol en terre battue et celle de le rapprocher encore d'avantage.

-Je ne sais vraiment pas ce qui me retient de te bâill...ah merda !

Les yeux fermés sous les sensations, il ne put que les rouvrir en sentant les caresses s'interrompre. Quelque chose n'allait pas. Arquant un sourcil interrogateur, il reposa ses mains sur le torse d'Isak, questionnant silencieusement le jeune homme quant à son hésitation.
Une hésitation. C'était donc réellement ça. La candeur avec laquelle était sortie la question était à des années lumières de ce à quoi Isak l'avait habitué jusqu'à présent, l'adoucissant au passage. Comme quoi toute la verve, toute l'insolence, ne valaient rien d'autre que ce vent qui dévastait le Purgatoire tout autour d'eux. Au fond, son partenaire ne valait pas mieux que lui, apeuré qu'il était par un inconnu trop immense pour être quantifié. Ses mains se glissèrent dans son cou, pressant doucement sa nuque pour la malaxer avec une certaine tendresse, tandis qu'il posait ses lèvres sur son front. La confusion dans son regard valait bien d'avoir son égo piqué quelques instants auparavant. Faute avouée à moitié pardonnée.

-Nous le pouvons, si tu en as envie. Mais si tu as des doutes, ou des inquiétudes, nous pouvons nous arrêter ou nous en tenir à des choses nettement plus simples...

Non, le but n'était pas de rendre Isak mal à l'aise. Loin de là. Noah comprenait parfaitement pour avoir été à sa place, et s'il pouvait jauger l'intensité de l'envie de son partenaire, il n'avait aucune intention de le pousser à faire des choses qu'il ne voudrait pas. Sans toutefois le relâcher, le temps de calmer ses propres ardeurs, il lui vola quelques baisers d'une douceur infime, tant pour le rassurer que pour évaluer ses réactions. Il avait été à sa place, oui. Il savait ce que ça faisait, cette appréhension dérangeante devant l'inconnu, devant la faute potentielle, devant l'immensité du désir et cette frénésie qui pouvait l'accompagner. De nouveau, il s'improvisait maître, guidant l'élève vers la compréhension et loin de la crainte. On l'avait fait pour lui, Aida elle aussi l'avait fait pour lui, il était normal qu'il rende la pareille d'une certaine manière. La tâche était ardue de prime abord mais il redoubla d'efforts en sentant son partenaire reprendre confiance en lui sous sa propre douceur. La lueur se rallumait dans le regard glacial de son cadet. Une lueur qui l'électrisait, mais n'empêcha pas la question silencieuse, contenue dans son regard. Est-ce que tu es d'accord ?

Un hochement de tête lui répondit, contenu mais pourtant déterminé. Aveu silencieux d'une volonté partagée, qui lui arracha un sourire solaire tout en baignant son vieux cœur d'une chaleur inconnue, différente du feu qui avait brûlé dans ses veines peu de temps auparavant. Avec une révérence d'un autre temps, il noua ses doigts à ceux de son partenaire avant de les relâcher, se détachant de lui pour achever d'ôter le reste de leurs haillons.

-Tu es un mystère même pour ce monde, Isak Eriksson.

Un léger rire sincère sans être moqueur secoua ses épaules alors qu'il retrouvait avec délice la chaleur de son corps contre le sien, dans cette nuit glaciale. Sa réflexion était sincère. De tous les êtres qu'il avait rencontrés sur ces terres maudites, Isak était de loin celui qui était le plus surprenant. Pas que cela ne lui déplaise.




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MessageSujet: Re: /!\ Des Brebis et des Hommes || Isak    Dim 29 Mai - 23:40


Une peau contre sa peau. N’importe quelle peau féminine ou masculine exhalait une certaine chaleur. Celle de Noah semblait douce malgré  des années passées dans ce bouge. C’était un réconfort sans nom que de sentir un pouls palpiter contre le sien.   Isak n’avait jamais rien fait avec un homme mais tout semblait naturel. Ce n’était pas bien différent de faire l’amour avec une femme. Du moins ça lui semblait. Il considérait la chose avec un calme qui lui semblait surréel. La situation en elle-même l’était aussi. Indifférent à tout ce qui aurait pu considérer un frein intellectuel, il écouta ses sensations ce qui libéra également ses mots. Les rapports intimes ne pouvaient pas être complets si on ne se laissait pas aller à se comporter comme une bête. Ecouter ses instincts primaires étaient une nécessité primordiale. Isak n’avait pas besoin de faire un effort pour déconnecter. Encore moins après avoir manqué de frôler la mort contre une seule de ces bêtes. Il se demanda alors qu’il percevait un rugissement au loin comment on pouvait se battre si elles chassaient en groupe ? La question lui parut si dérisoire dans la situation qu’il eut malgré lui un petit rire. Le sorcier se sentait vivant pour la première fois depuis un long moment. Comme quoi on n’avait pas besoin d’être en vie pour se sentir vivant. La doucereuse ironie de Darkness Falls se montrait avec ses traits hideux et théâtrales une fois de plus. La bouche difforme prenait un rictus s’approchant d’un sourire et les yeux perçants vous observait avec une cruauté sans nom. Toutefois, c’était sous l’égide de cette force oppressante qu’il comptait bien s’envoyer en l’air et lui faire par ce biais un gros doigt d’honneur. Son hésitation se taisait. Il sentait renaitre son ancien lui qui n’avait peur de rien pas même de la mort. Il se sentait téméraire et les mots de Noah lui semblait une motivation encore plus grande à laisser tout derrière lui et à ne pas se soucier de ce qui se passerait devant.

Il ricana aux réactions du prêtre et à l’utilisation d’un mot dont il avait deviné le sens plus qu’il ne l’avait connu. « L’absence de matière pour me bâillonner, sans doute. » Il n’était pas peu fier des sensations qu’il provoquait.  Ses hésitations le surprenaient mais pas autant que la réponse du religieux à son encontre. « Il a toujours été un mystère pour moi, ça n’est que justice. » répondit-il simplement ne pensant pas être un mystère, se croyant même être particulièrement banale. Sa vie ne lui avait pas montré le contraire en tous les cas. Il crevait de faim avec ses frères et sœurs. C’était comme de perdre encore et encore aux mêmes jeux en faisant des erreurs différentes à chaque fois. On n’arrivait pas à comprendre, on finissait par arrêter de s’acharner et perdre pour de bon.  Toutes les batailles de sa vie avait été des échecs et la grande guerre avait été la pire de toute. Un massacre digne de Jules César et de son assassinat par ses pairs. Les choses s’accélèrent avec une célérité surprenante. Tout semblait naturel. Il frissonna en observant son vis-à-vis lécher ses doigts. Ils étaient nus à présent grâce aux bons soins de Noah.  Sa bouche cherchait la sienne avidement, impérieusement. Il avait envie de sentir cette chaleur qui semblait lui avoir manqué toute sa vie. Il se rendait compte comme ça lui faisait du bien. A son époque, ça n’était bien vu l’homosexualité mais ça ne l’avait pas pour autant intéressé, sans aucun doute parce qu’il n’avait jamais rencontré d’homme ainsi. Isak vivait dans le moment se galvanisant de ces instants comme si c’était les premiers et les derniers. Sa langue glissa contre son cou.



La réflexion était tout ce qu’il y avait de plus humain. Quelques allez-retours vaillants eurent raison de sa résistance. Cela faisait bien longtemps. Il ne se sentait pas coupable même s’il n’était pas pour autant fier. Il se retira de Noah avec un léger râle s’allongeant contre ses flancs souvent plus tendres après l’amour qu’avant ou pendant. Ses doigts se posèrent sur son torse alors qu’il était couché.

« Désolé, tu sais comment c’est quand ça fait longtemps. C’était comme ça de tout temps. » Il espérait que Noah ne le tournerait pas en ridicule car son caractère ombrageux referait sans doute très vite son apparition.  Sa main glissa pour caresser le ventre alors qu’il réfléchissait à voix haute. «  C’est pas si différent d’une nana au fond. » Il jeta un regard rêveur analysant un peu la situation. « En vérité, c’était mieux même. Ceux qui t’ont tué ne savent pas ce qu’ils ont raté. » Rajouta-il assez fier de sa boutade. Il ne voulait pas demander à l’homme ce qu’il en avait pensé. Son ego d’homme lui disait que si la réponse était négative, il ne voulait clairement pas l’entendre. Un petit compliment ravirait pourtant le dit ego qui se gargarisait de la moindre remarque positive comme s’il buvait un Petrus d’une bonne année. Lentement il se lova contre la source de chaleur regrettant presque moins de s’être retrouvé enterré dans ce bouge de cendres et de destruction. « Quelle rencontre ! » Il rigola, surpris par le bruit que faisait sa bouche. Cela faisait une éternité que la franchise et la douceur n’avait pas animé ses expressions. Pour la première fois depuis des lustres, il se libéra un court instant de toutes les souffrances qui oppressaient son cœur et meurtrissaient son âme. Cela fut salvateur pour son esprit torturé au moins quelques secondes. Pour cela, il remercia silencieusement le destin ou dieu seul savait qui d’avoir mis sur sa route cet inconnu dans cet enfer.
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/!\ Des Brebis et des Hommes || Isak

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