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 Fear makes us feel alive || Rachael

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Féminin
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↳ Métier : Kinésithérapeute spécialisé dans le traitement des blessures et traumatismes de guerre
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↳ Citation : "Il n’y a rien de plus verrouillé que les secrets de famille." E. Orsenna
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MessageSujet: Fear makes us feel alive || Rachael    Ven 12 Fév - 4:04


« Feelings, sensations that you thought was dead
No squealing, remember that it's all in your head »


 
 
Rachael & Roman
featuring

Pour une fois, l'appartement était calme. Pour une fois les hurlements ne saturaient ni l'espace ni ses oreilles, pour une fois, l'apocalypse n'avait pas lieu, encore et toujours, dans son salon, mais seulement de l'autre côté des murs de l'immeuble un peu miteux, un peu poussiéreux des Ievseï. Pas de traces des enfants, pas de traces d'Andreï. Juste le calme, fragile, à peine entaché par le bruit de sirènes au loin, là-bas, dans la ville.
Un calme acquis durement, négocié presque à genoux auprès de la Direction de l'Hôpital. Il avait fallu invoquer les heures supplémentaires trop nombreuses et insuffisamment payées, implorer les hautes instances, jouer des coudes pour parvenir à obtenir une après-midi en situation de crise. Roman savait qu'on lui ferait durement payer cette absence. Que la Direction jouerait la carte de la culpabilité en lui rappelant qu'il avait des patients en souffrance à traiter au plus vite. Mais ces mêmes patients avaient, de leur chef, sans qu'il ne leur dise quoi que ce soit, argumenté en sa faveur. Il ne savait pas vraiment comment ça se faisait, ni même pourquoi ils avaient abondé dans son sens. Les docteurs, les kinés, les infirmiers, on ne les voyait que temporairement dans une vie, puis on les oubliait. Et pourtant ses patients de longue date, ceux qui avaient toujours besoin de lui même après des années de traitement, tout comme les plus récents, avaient accepté la nouvelle sans discuter. Au contraire.
Il avait réussi à sauver son après-midi, et si le combat avait été rude, il en avait valu la chandelle. Bon, négocier une pause un mois avant ladite pause n'aurait pas dû être aussi difficile, mais maintenant qu'il était là, dans cet appartement vide et tranquille, il n'allait pas revenir sur sa décision.

Pourtant, le brouhaha habituel des Ievseï lui manquait, malgré le repos que son absence conférait. Instinctivement, le kinésithérapeute avait allumé la radio sans l'écouter pour autant, rangeant distraitement les vestiges du passage de sa famille dans le petit appartement, son café maintenant froid toujours à la main. C'était plus un réflexe que pour accueillir Rachael, vraiment. Son amie avait déjà eu l'occasion de voir l'appartement dans un état bien pire que ça, arrivée comme une bouée salvatrice en plein naufrage familial. Et Roman savait que si elle n'en avait probablement pas conscience, elle l'avait sauvé de bien des galères par sa seule présence.

C'était pour cela qu'il voulait lui renvoyer l'ascenseur. Pas qu'il se sente redevable de quoi que ce soit, mais juste pour le seul fait d'agir pour elle, comme ça, sans demander quoi que ce soit en retour. C'était dans ses capacités, il le pouvait. Et elle, si elle n'en avait jamais réellement émis le souhait, avait accepté sa proposition.
Des mois qu'ils se retrouvaient plus seulement pour le plaisir de partager une bière, mais aussi pour celui de tenter quelque chose. Un exploit impossible, incroyable, à tous les deux. Celui de lui faire retrouver l'instinct de survie.
C'était une idée noble, bien que folle, et tout à fait acceptable sur le papier. Roman savait, du peu qu'il avait appris auprès de sa femme disparue, que c'était dans ses cordes. Rachael, elle, connaissait les limites de son ami, mais aussi les risques que cela pouvait engendrer. A commencer par la déception qu'elle avait éprouvée lors de leur toute première séance.

Le salon plus ordonné, le Russe but une gorgée de son café gelé avant de grimacer. Le liquide était devenu imbuvable, il avait tapé la cendre de sa cigarette dans le mug sans même s'en rendre compte, une abomination. Alors qu'il jetait le breuvage dans son évier, et se rinçait la bouche au passage, on frappa à la porte. Roman frotta distraitement ses lèvres du revers de la main et alla ouvrir d'un pas leste.

-Entre, entre, les gosses sont pas là et Andreï a disparu, on a l'appart pour nous

Pour eux, oui. Il la laissa s'installer et revint avec deux bières bien fraîches, un décapsuleur et ses fesses qu'il posa enfin dans le canapé, non loin de son amie. D'aussi loin qu'il se souvienne, il n'avait que très rarement fait le moindre geste physique pour saluer Rachael. Ils n'étaient pas comme ça, ni l'un ni l'autre, et ça n'avait jamais entaché leur amitié pour autant. Probablement était-ce dû au fait qu'il avait passé de longs mois à la toucher non-stop, lors de sa rééducation. Ils avaient épuisé leur quota de contacts civils pour les quinze années à venir. Trinquer, en revanche, c'était ça leur façon de faire. Un début honorable pour l'après-midi qui s'annonçait.

-C'est pas trop la merde en ce moment, pour toi ? Parce que nous à l'hosto, c'est abominable.

Depuis peu de temps, les malades, les blessés s'enchaînaient. Avant, ils se comptaient sur les doigts de la main. Maintenant, ils passaient tous à la chaîne sans le moindre espoir de répit pour le corps médical. Quelque chose lui disait que pour le Shadowhunters, la situation ne devait pas être plus glorieuse. Autant décapsuler les bouteilles, et faire tinter le verre.

-A l'apocalypse.

La première gorgée réchauffa paradoxalement sa gorge, malgré la fraîcheur de l'alcool. Et tout aussi paradoxalement, il avait remarqué qu'être sous l'influence de quelque chose, à part la nicotine qu'il avait de coutume trop dans le sang, lui permettait de mieux se concentrer sur son "traitement" expérimental. Roman reposa la bouteille, s'adossant plus confortablement dans le fauteuil en soupirant, laissant la sensation de plénitude alourdir doucement son corps.

-On attend un peu ou on commence maintenant ?
 


 
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MessageSujet: Re: Fear makes us feel alive || Rachael    Lun 15 Fév - 22:35



fear make us feel alive

Roman & Rachael
featuring

Une journée entière à meubler selon son bon loisir : depuis combien de temps ne s'est-elle pas offert ce luxe ? En bonne adepte de son travail et des sensations fortes qu'il est susceptible de lui procurer, elle a toujours eu tendance à en faire trop plutôt que pas assez et pourtant aujourd'hui, alors qu'elle aurait pu garder sa matinée, elle a choisi de n'en rien faire : elle n'a que trop l'habitude de côtoyer les imprévus pour savoir qu'on pourrait la retenir à la dernière minute avec une raison parfaitement valable et ce malgré les heures posées. Aussi a-t-elle pris le soin de laisser sagement remisé chez elle tout ce qui est susceptible de la rappeler à sa fonction. Il lui est hors de question qu'elle reporte ses plans pour l'après-midi

Il est peu courant de croiser Rachael vêtue d'autre chose que de son sempiternel uniforme noir mais Roman fait partie de ces rares personnes qu'elle apprécie fréquenter en dehors du temps qu'elle passe dans les rangs de la milice. Sans la couleur lugubre de ces vêtements austère, elle fait plus femme que robot et la bonne humeur qui a décidé d'investir ses traits et son attitude  contribue à donner une image d'elle drastiquement différente que celle à laquelle la plupart de ses fréquentations sont habituées.
Lorsqu'il lui ouvre la porte, elle se fend d'un salut assaisonné d'un mince sourire à son attention puis s'engouffre à sa suite dans l'appartement étonnamment calme. La lumière sur ce fait ne tarde pas à lui être donnée : aujourd'hui, ils seront seuls. Et ce n'est pas plus mal, au vu du programme établi. Le moins de distraction il y aura, le mieux cela sera pour eux deux.
Rachael prend ses aises et s'installe sur le canapé. L'appartement lui est devenu familier pour toutes les fois avant celle-ci où elle est venue voir Roman et elle l'apprécie pour ce qu'elle y trouve : le confort d'un ami, d'une personne de confiance. Pour elle et sa sociabilité à la manque, cela représente beaucoup à ses yeux de l'avoir hissé jusque-là.

« A l'apocalypse et à tous les cadeaux qu'elle n'a pas fini de nous réserver. » L'humour un peu cynique, elle trinque avec lui et boit quelques gorgées de la boisson fraîche. Question de goût plutôt que de prohibition, la consommation d'alcool ne fait pas partie de ses habitudes, mais elle admet sans peine qu'une bière ou un verre quelconque ne font pas de mal de temps à autre. « On a des cadavres en pagaille sur les bras à ne plus savoir qu'en faire et ce ne sont même pas eux les pires, parce qu'au moins ils sont pas chiants à gérer. J'aime autant pas imaginer comment ça doit être à l'hôpital avec les autres. Si au moins les emmerdeurs du quotidien pouvaient nous laisser un peu de répit pour qu'on puisse correctement s'occuper de cette épidémie surprise, mais bon faut pas rêver non plus. » Elle porte de nouveau le goulot de la bouteille à ses lèvres et se rafraîchit le gosier. « Enfin on s'ennuie pas comme ça. Faut voir le bon côté des choses. » Façon de parler. Il y a à faire certes, mais pas de la manière donc elle souhaite. Partir à la chasse au pestiféré ou faire une descente dans quelque lieu malfamé sont certes des occupations à temps plein mais ne lui fournissent pas l'action dont elle a besoin. Parfois, elle se prend à souhaiter une esclandre de plus vaste ampleur afin d'avoir son content de défouloir, car ce n'est que comme ça qu'elle se sent pleinement vivante. Tutoyer le danger dans l'espoir d'en comprendre à nouveau la signification pleine et entière.
Un espoir qu'elle s'était d'ailleurs résignée à qualifier de vain, jusqu'à ce que Roman s'impose avec son idée saugrenue.  

« Commençons maintenant », elle reprend après un petit silence, rebondissant sur la proposition lancée quelques instants plus tôt. « Je ne veux pas que l'on tombe à court de temps, alors mieux vaut profiter tant qu'on a encore une bonne marge devant nous. » Malgré l'échec mordant de la première fois, c'est la hâte qui transparaît dans sa voix et commence à se deviner derrière sa gestuelle. Elle veut croire que ça peut marcher, qu'il est capable de faire ça pour elle. Elle le souhaite d'autant plus qu'elle en pressent l'éventuelle possibilité et de ce fait, l'impatience lui tient bonne compagnie. « On pourra toujours lambiner après. Mais ça fait trop longtemps que j'attends ça pour laisser encore filer l'occasion. » Elle avoue en trahissant à quel point elle s'est accrochée à cette perspective de succès. Patience est mère de sagesse paraît-il. Mais essayez donc de lui faire entendre raison.

 
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MessageSujet: Re: Fear makes us feel alive || Rachael    Dim 21 Fév - 1:21

C'était à prévoir. L'apocalypse avait apporté son lot de boulot depuis quelques années, tant pour le corps médical que les professions plus militaires. Ce n'était rien que de très logique, finalement. Elle ne pouvait pas n'être qu'un évènement, puis la vie reprenait sereinement comme si de rien n'était. Mais rien n'était jamais aussi simple. Les années avaient suivi avec d'autant plus d'évènements perturbants, et cette foutue peste qui s'abattait à présent sur la Nouvelle Orléans continuait de plonger l'Humanité dans le chaos.
Surtout qu'ils n'avaient toujours pas trouvé un remède à cette épidémie. Il les voyait bien, les toubibs à l'hôpital, s'arracher les cheveux à qui mieux mieux. Ils essayaient autant qu'ils pouvaient à dégotter la cellule qui rendrait enfin la santé à tous ceux qui étaient atteints par la maladie. Mais pourtant, et même avec tout l'espoir du monde, ils n'y parvenaient pas. Et les morts s'amoncelaient dans les morgues trop petites de tous les hôpitaux de la ville. Quand ils n'étaient pas jetés directement dans des charniers à ciel ouvert, trop contagieux pour le bien des survivants.

Roman acquiesça doucement en écoutant son amie. La même histoire, qui se répétait sans cesse. Celle de l'Humanité, pourchassée pour ses fautes, punie pour ses torts. Un problème insoluble que l'alcool, tout aussi difficile soit-il de s'en procurer, parvenait à adoucir l'espace de quelques instants. Les bulles de bière chatouillant son palais, il rétorqua, la lassitude étirant la commissure de ses lèvres dans un rictus :

-Oh non, on passe des journées riches en émotions, c'est le moins qu'on puisse dire. Et tellement, tellement drôles !

Il grogna un peu, concluant sa phrase, l'acidité de ne rien pouvoir faire de plus qu'arranger quelques fractures lui brûlant la langue. Il finit par poser sa bouteille pour se tourner vers sa partenaire, frottant ses mains l'une contre l'autre. C'était mieux, de commencer tout de suite. Inutile de ressasser trois cents ans les mêmes tourments, autant passer directement au vif du sujet. L'action. C'était un enseignement qu'il avait pris de Rachael en l'observant, sans même qu'elle ne dise ou fasse quoi que ce soit, quand elle avait travaillé sur la disparition de sa femme. Une attitude inspirante comme il n'en avait jamais vue, qui lui avait donné envie de se donner un grand coup de pied au cul et se tirer de lui-même vers le haut.
Impatient comme un enfant à l'approche de Noël, il lui adressa un sourire mutin en repoussant légèrement la table basse.

-N'attendons pas une minute de plus alors. Je me suis un peu entraîné, ces derniers temps. J'espère que cette fois sera plus concluante que la précédente.

Honnêtement, elle ne pourra jamais être pire. Fermant les yeux, il prit une profonde inspiration, tentant de faire le vide au maximum dans son esprit fatigué. Il ne les rouvrit que pour observer ses propres doigts s'avancer vers Rachael, effleurant son avant-bras de leur pulpe. Il ne sentait qu'à peine sa peau, juste là. Juste ce qu'il fallait pour se sentir d'avantage connecté à elle.
Juste ce qu'il fallait pour concentrer toute son énergie sur ses doigts, qu'il posa définitivement sur la peau de son amie. Shae lui avait expliqué quelques particularités de la magie, dernièrement. Elle lui avait donné quelques ficelles sur la guérison, lui avait montré comment concentrer le magnétisme de ses mains sur une petite plaie afin de la refermer. Et Colin n'en avait aucune idée, mais son père s'était servi de lui comme cobaye à chacune des fois où il se coupait en se rasant.

Guérir, au final, n'était pas si compliqué. Alors les illusions devaient bien avoir un fonctionnement sensiblement similaire, non ? Il se mordit la lèvre inférieure, puisant dans ses propres souvenirs pour faire remonter les sensations de Rachael. Notamment celle de la peur, profonde, irrationnelle, qu'il avait ressentie ce soir-là. Celui où Laura avait disparu.
Ses doigts s'enfoncèrent dans la peau de son amie alors qu'il soupirait, les paupières toujours closes, canalisant sa concentration sur la zone de contact. Il pouvait sentir son rythme cardiaque s'accélérer alors que son souffle, lui, n'en finissait plus de raccourcir. Il pouvait retrouver cette nausée lointaine, l'étreinte désagréable de sa gorge, cette boule, comme un poing, au creux de son estomac. La détresse sous-jacente bien trop présente de l'esprit perturbé, alors que le corps partait au naufrage, il voulait tout lui transmettre. Jusqu'à la vue qui s'embrumait, l'afflux de sang devenant trop important dans le cerveau pour laisser tous les sens parfaitement fonctionnels. Et, paradoxalement, les aiguiser.

La séance dura plusieurs minutes mais guère plus. Malgré toute sa concentration, il sentait le puits de puissance se tarir, la sensation d'un filet d'énergie les reliant lui et Rachael se faisant dramatiquement la malle. Alors Roman rouvrit les yeux, qu'il posa immédiatement sur le visage de son ami. D'une voix hachée, le souffle encore court de sa propre mise en abyme, il brisa le silence.

-Alors... ? T'as senti quelque chose cette fois-ci ?

Pourvu que oui. Il ne supporterait pas de la décevoir une nouvelle fois.
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MessageSujet: Re: Fear makes us feel alive || Rachael    Lun 22 Fév - 21:55



fear make us feel alive

Roman & Rachael
featuring

Une série de frissons parcourt sa peau lorsque le bout des doigts de Roman se posent sur ses avant-bras nus. Peu tactile de nature et même habituée au contact de son hôte, elle doit brièvement résister à l'envie de se dérober mais reste finalement maîtresse d'elle-même. Instinctivement, Rachael ferme les yeux même si elle sait que cela n'est pas réellement nécessaire pour que les illusions l'atteigne. Néanmoins, elle se focalise sur sa respiration, se bâtit une concentration solide et tente de balayer toute trace d'impatience de son attitude.
Noir.
Brusquement, elle est plongée dans un tourbillons d'émotions qui lui sont étrangères et qui s'invitent chez elle sans daigner frapper au préalable. Et elle ressent, oui : à l'instant T, toutes les choses qui s'engouffrent à travers les portes grandes ouvertes de son esprit sont ressenties et vécues. Pour être oubliées au moment même où elles disparaissent, comme si elles n'avaient jamais été là. Cela semble ne jamais devoir s'arrêter et pourtant la fin arrive beaucoup trop vite, comme si quelques secondes à peine avaient coulé depuis le commencement.

La milicienne rouvre les yeux sur une réalité floue qui nécessite un temps d'adaptation afin de pouvoir retrouver toute sa consistance. Elle ne dit mot, tentant de rassembler les fragments épars de ce qui vient d'avoir lieu dans sa tête mais qui, inlassablement, lui glisse des doigts pour en définitive complètement s'évaporer dans le néant. Alors c'est Roman qui brise le silence en lui posant une question qui, elle le sent, est dirigée par son espoir d'avoir réussi dans cette tâche hasardeuse.
Ne répondant pas tout de suite, elle se contente d'acquiescer d'un mouvement de la tête, le regard rivé sur les mains de l'homme sur sa peau. Au son de sa voix et à son souffle court, elle devine qu'il a pâti plus qu'elle dans l'expérience. Alors elle relève enfin les yeux vers lui et lui répond afin ne pas le laisser dans l'expectative plus longtemps. « Oui. » Le mot, seul, tombe comme une victoire triomphante. Pourtant elle ne le laisse pas s'installer et se définir en tant que tel : les propos qui suivent ont vite fait de le tempérer. « Et pourtant, j'ai l'impression que ce n'est pas le cas. Enfin, je sais que c'est arrivé mais… » Rachael s'embrouille, cherche à mettre du verbe sur ce qu'il s'est passé. L'hésitation la fait détourner le regard comme si la réponse allait s'afficher quelque part dans la pièce derrière son vis-à-vis. « Je ne sais pas, c'est étrange. A l'instant où tu m'as insufflé ta peur, elle m'a tétanisé, et à l'instant où tu me l'a retirée c'est comme si elle n'avait jamais existé et quand j'essaye de me souvenir de ce qui m'est arrivé, je ne trouve rien. Pas la moindre réminiscence. Impossible de me rappeler comment c'était. »

Là, c'est le moment exact où la frustration commence à la chatouiller avec une insistance croissante. Dans sa tête, elle revit ce qu'il vient de se passer comme si elle n'avait fait qu'être témoin au lieu de victime. Pour autant, ce n'est pas un échec n'est-ce pas ? Comparée à leur première séance, celle-ci a tout de même porté quelques fruits. Pas assez pour l'appeler une réussite mais suffisamment pour pouvoir persévérer dans l'espérance.
Pas assez. Les mots ricochent dans sa tête inlassablement. Alors pourquoi ne pas demander plus ?

« Roman », elle attrape son poignet avant qu'il n'ait le loisir de rompre le contact qu'il avait initié quelques minutes plus tôt. « Continue s'il te plaît. Je veux essayer encore. » Tout à sa hâte d'en voir plus, elle semble avoir déjà oublié  l'effort visible qu'il a fallu à son partenaire pour en arriver là. Obnubilée par un égoïsme un peu aveugle, son désir de retenter l'expérience la pousse à se montrer plus pressante. « Il faut que tu essayes de pousser plus loin. Peut-être n'était-ce simplement pas assez ? » Ou peut-être est-ce juste toi qui est définitivement fichue, lui souffle à l'oreille une petite voix sarcastique. Rachael, cependant, refoule ce sentiment de défaite naissant. Hors de question de l'accueillir en son sein après avoir perçu la proximité de la réussite. Et hors de question de s'arrêter en si bon chemin, alors ? Cela ne dépend que de son compagnon. « S'il te plaît », insiste-elle encore, refusant d'avoir à faire face à un ersatz de cette déception précédemment éprouvée.  

 


Dernière édition par Rachael Miller le Dim 6 Mar - 21:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Fear makes us feel alive || Rachael    Ven 4 Mar - 0:53

Jamais victoire n'avait eu, à son souvenir, un goût aussi amer. Ses mains tremblant encore, son corps secoué de spasmes mais tendu en l'attente d'une réponse de sa comparse, Roman avait cru que cette fois-ci était la bonne. Elle l'avait été, en quelque sorte. Mais l'insuffisance de l'expérience transparaissait sur le visage confus de Rachael, avant même qu'elle ne le traduise en paroles.
Un échec ? Non. Mais l'ersatz d'une victoire, dans un univers qui de toutes façons ne reconnaissait pas la victoire en l'état. Lui-même sentait qu'il n'en avait pas fait assez. Que ce petit coup de fouet l'avait nettement plus chamboulé, lui, que la milicienne. Pourtant, il secoua lentement la tête, passant nerveusement le bout de sa langue sur sa fausse dent.

-Ca t'a fait l'effet d'une illusion, en gros... Comme un mirage, qui passe, mais ne reste pas. Sa voix se perdit dans les rouages de son propre esprit. Si la sensation était aussi diffuse, intangible, c'était qu'il n'avait pas fait preuve de suffisamment de concentration. Il poursuivit, dans un souffle. C'est déjà un bon début...

Mais pour aucun des deux, ce n'était suffisant. Pour aucun des deux l'impression fugace d'un soupçon de terreur ne valait la peine de passer des heures à en parler. Il fallait aller plus loin, creuser encore plus profondément.
Et pour lui ce n'était surtout pas logique. Lorsque Laura lui montrait ses illusions, qu'elle envahissait ses sens avec sa magie, elle parvenait à soulever chacune de ses cellules. Elle réussissait surtout ce pari aussi insensé qu'incroyable de lui faire croire à l'illusion qu'elle lui faisait expérimenter, aussi vivace fut-elle. Et si lui en était incapable, c'était inadmissible. Il manquait d'entraînement. Le flot de ses pensées s'interrompit en sentant la main pressante de Rachael sur son bras, alors que sa voix résonnait dans l'appartement comme une supplique.
Alors il hocha à nouveau la tête, lentement. Peu importait qu'il se sente encore vaseux de l'expérience, ou que ses mains soient incapables de tenir sa bouteille de bière sans menacer de la renverser à chaque seconde. Ils devaient retenter le tout pour le tout.

-Tu as raison, ce n'était pas assez. On va recommencer, mais plus fort cette fois-ci.

L'alcool descendit dans sa gorge au terme d'un combat surhumain contre ses propres tremblements, et il poussa un nouveau soupir en reprenant sa position initiale. Ses mains de nouveau posées sur sa peau, il ferma les yeux, cherchant à focaliser sa concentration sur autre chose que ses sensations actuelles. Il lui fallait un point d'ancrage, une accroche. Ses yeux se rouvrirent sur le visage imperturbable de sa compagne. Cette fois-ci, il devait obtenir des résultats probants.
Il voulait la voir frissonner. Pire, il voulait l'entendre gémir, hurler de frayeur, voir ses yeux s'agrandir d'effroi et ses pupilles se dilater, voir sa poitrine se soulever puis s'abaisser alors que ses poumons se vidaient dans un long et unique appel à l'aide.

Invoquant la terreur, il serra les dents pour ne pas la ressentir, mais la faire ressentir. Ses doigts enfoncés dans la peau de Rachael, il essaya de moduler son énergie comme lorsqu'il s'appliquait à guérir son fils. Il pouvait sentir le courant affluer dans son sang, jusqu'à l'extrémité de ses doigts, à la différence que cette fois-ci le ressenti n'était pas interne. Ce n'était pas lui qui sentait, voyait, expérimentait la frayeur qu'il avait initialement tentée de transmettre. Spectateur plus qu'acteur de ses propres sensations, il se sentait à présent un vaisseau dénué d'âme, les courants d'énergie et de sensations semblant s'enfoncer dans la peau de la milicienne en même temps que ses doigts. Il voulait qu'elle la voit, qu'elle puisse la toucher, cette satané peur. Qu'elle l'exsude, qu'elle l'habite, qu'elle la hante purement et simplement.
Qu'elle reste ancrée à ses sens et, cette fois-ci, ne la laisse pas tomber.

Il n'amoindrit sa prise qu'au terme d'interminables minutes, ses doigts crispés par la concentration devenant douloureux alors que le flot s'amoindrissait. La transe brouillait sa vue, ses lèvres tremblaient alors qu'un goût cuivré de sang se déversait sur ses propres papilles, envahissant sa bouche puis sa gorge asséchée. Abandonné par ses propres forces, il déclara forfait, le dos vouté sous l'effort.
Il ne l'avait pas entendue hurler. Mais il n'osa pas plus poser la question qui lui brûlait les lèvres, de peur de rompre l'illusion bêtement, bien que le désir d'avoir la réponse tant attendue soit particulièrement fort. Un désir profondément égoïste, s'il en était, qu'il n'eut pas la force de refouler alors qu'il posait un regard plein d'espoir sur son amie.

Et cette fois-ci, est-ce que ça a marché ?


_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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MessageSujet: Re: Fear makes us feel alive || Rachael    Dim 6 Mar - 22:50



fear make us feel alive

Roman & Rachael
featuring

C'est déjà un bon début. Il a raison : ce n'est que le début. Et elle s'accroche à ces mots, à cette certitude que cela ne peut qu'être mieux ensuite. Parce qu'elle sait qu'il fera de son mieux pour l'aider, et que ni lui ni elle ne tiennent à goûter de nouveau la saveur amère de l'échec.
Toutefois son regard ne peut s'empêcher de noter les tremblement qui animent les mains de Roman lorsque celui-ci porte la bouteille à ses lèvres. Ses sourcils se froncent tandis que l'hésitation s'empare d'elle : serait-ce trop lui demander qu'une seconde séance après celle qu'il vient de lui concéder ? La remarque quant à l'état du sorcier manque de passer ses lèvres, mais elle la retient au dernier instant. Par égocentrisme, certainement, parce qu'elle ne tient pas à s'arrêter en si bon chemin, parce qu'elle est convaincue que son compagnon connait ses propres limites et qu'il saura quand il est temps pour lui de mettre le holà.
Ses yeux clairs se rivent à ceux de son vis-à-vis tandis qu'elle perçoit ses doigts qui s'enfoncent dans ses avant-bras. Dans son regard l'espoir, plus présent que jamais dans l'expectative de cette nouvelle attaque psychique consentie.
Et soudainement, il n'y a plus rien.

L'appartement a disparu. Roman a disparu. L'espace d'un instant, la rémanence du contact persiste sur sa peau avant de disparaître à son tour. Elle-même n'est plus bien sûre d'exister alors qu'elle se retrouve plongée dans un néant qui l'enveloppe de toute part, l'oppresse, la dévore, se régale de sa chair et aspire son être.
Pendant un temps seulement.
Ce qu'il se passe ensuite… n'a pas réellement de mot pour être défini ni détaillé. La terreur pure, celle qui est propre à chacun en fonction de ses angoisses les plus profondes. De Charybde en Scylla, Rachael oscille, virevolte sans la moindre maîtrise d'elle-même. Elle perd la maîtrise de son corps, mais en possède-t-elle seulement encore un ? L'illusion est totale, si parfaite qu'elle écrase la réalité et se fait tellement omniprésente que tout souvenir n'en faisant pas partie se retrouve relégué dans un lointain inaccessible. Chacun de ses sens est saturé par une épouvante sans nom.
Rachael panique.
Puis la lumière se rallume.

Comme si les mains de Roman étaient devenues intolérables sur sa peau, la milicienne se dérobe brusquement, impose un écart entre eux pour se réfugier dans une bulle de solitude. Dans son mouvement de retrait, elle bouscule sa propre bière qui chute de la table basse et se brise sur le sol en répandant son contenu, provoquant un nouveau sursaut chez sa propriétaire. Sa poitrine se soulève et s'abaisse sur le rythme de quelqu'un qui s'arrête enfin après une course effrénée et cette fois, elle éprouve toute la peine du monde à retrouver la tangibilité du monde réel.
Quelques longues minutes sont nécessaires afin qu'elle se reprenne complètement, presque autant de temps que ce qu'a duré l'illusion. Les coudes sur les genoux, la tête entre les mains, elle reste prostrée sans rien dire, sans rien voir de ce qui l'entoure, sans la moindre conscience de ce qu'elle a bien pu faire tandis qu'elle n'était plus réellement maîtresse d'elle-même.
Finalement, elle finit par se redresser.

« Je suis désolée pour ça je… » Elle s'interrompt d'elle-même, quitte du regard les bris de verre qui jonchent le sol à ses pieds. Dans l'immédiat, ce n'est pas ça le plus important, non ? Ses yeux remontent, cherchant ceux de Roman, refusant de les quitter après les avoir trouvé. Elle ne dit rien mais l'expression de son visage parle d'elle-même. Un sourire naît, d'abord timide puis franchement présent, transfigurant ses traits avant de se transformer en rire mi-nerveux mi-sincère qu'elle ne parvient pas à réprimer. Quelque part, la même petite voix sarcastique se permet de lui signaler qu'il n'est pas très normal d'être heureux de ce qu'elle vient de subir. Mais elle balaie la remarque d'un geste, elle s'en fiche, elle n'est consciente que de la réussite de leur entreprise.

L'état du sorcier, néanmoins, vient tempérer cette première victoire. L'inquiétude s'insinue dans cette joie fugace et fait mourir le rire. Sa main se tend vers lui mais s'interrompt avant d'avoir atteint sa cible pour retomber doucement, inerte. « Est-ce que ça va ? » Maintenant qu'elle a obtenu ce qu'elle voulait, elle réalise enfin ce qu'il a fallu, à lui, pour en arriver là. Une once de culpabilité se manifeste dans ses sentiments. « C'était trop pour toi ? Nous aurions peut-être dû nous contenter d'un seul essai. » Peut-être en effet, mais tandis qu'elle l'évoque elle sait qu'elle ne regrette pas d'avoir voulu persévérer. Pire, elle en redemanderait bien encore.

 


Dernière édition par Rachael Miller le Dim 27 Mar - 15:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Fear makes us feel alive || Rachael    Mer 23 Mar - 0:17


Il aurait dû s'arrêter à la première fois. Il aurait dû, mais sa putain de détermination l'avait empêché de distinguer le bon du mauvais, et il avait insisté. Détermination ou juste besoin, profond, viscéral, de rendre à Rachael ce soupçon d'adrénaline qui lui manquait et qu'elle l'avait presque supplié de lui rendre ? Il n'en savait rien. Juste qu'il ressentait, au plus profond de lui, comme un mauvais pressentiment croissant au creux de son abdomen, que l'idée n'était ni bonne, ni saine. Pire, il savait qu'au fond, il avait mal agi.
Par fierté. La pire des raisons d'agir, celle que sa famille lui reprochait sans arrêt. Il avait voulu qu'elle souffre, et la voir perdue dans l'illusion, voir ses yeux agrandis sous l'effroi, pouvoir presque sentir la puissance de ce qu'il lui avait fait subir rendait la pillule difficile à avaler. Cas de conscience tardif mais cas de conscience tout de même. Il avait honte de ce qu'il avait souhaité lui faire.

Ses mains restèrent en suspension dans l'espace, après que son amie l'ait repoussé, avant de se tordre nerveusement après un nouveau spasme nerveux. Dire qu'il était sur les rotules était un euphémisme. Tout son corps criait au malmenage, le sang tonnant contre ses tympans, bourdonnant douloureusement sous ses mèches blondes. Mais le pire restait encore la notion qu'il ait pu vouloir faire du mal à l'une de ces rares personnes qu'il estimait autant qu'il les respectait. Rachael n'était pas n'importe qui. Et Rachael ne voulait pas de son contact.

Il leva un regard perdu sur elle, n'entendant le bruit de la bière se brisant sur le carrelage que de très loin, comme s'il avait été étouffé sciemment. Comme s'il assistait à la scène plutôt qu'en en étant acteur. La bouche pâteuse et la langue ramollie, il articula difficilement "C'est bon, je vais nettoyer, t'en occupe pas" avant de se lever au terme d'un effort qui lui sembla surhumain pour attraper une éponge dans la cuisine. Ses muscles engourdis lui signalèrent que son corps pesait deux tonnes, le mal de tête courbant son échine alors qu'il revenait vers son amie à pas lents, et s'agenouillait pour nettoyer l'alcool avant qu'il ne soit trop tard. Obstinément, il s'acharna à ne pas croiser les iris clairs de son amie. Après ce qu'il venait de faire, il n'avait pas le courage d'affronter son regard.

Elle avait ri, et ce rire l'avait giflé en plein visage. Un rire libérateur, exutoire, qu'il aurait lui-même accompagné s'il ne s'était pas rendu, un peu trop tard, de l'horreur de ce qu'il venait de lui faire. Sa main crispée sur l'éponge pour masquer ses tremblements, il finit par croiser, enfin, le regard de Rachael. Par lui adresser un léger sourire, plus un rictus qu'autre chose, alors qu'il se redressait. Juste une ombre. Pas une once de fierté, pour autant. Quelle fierté pouvait-il tirer de la souffrance d'autrui, après tout ?

-Non, non, ça va, t'en fais pas. Je suis content que ça ait marché cette fois.

Menteur. L'éponge atterrit dans l'évier avec aussi peu de vigueur que sa propre voix tandis que Roman sentait sa tête tourner, comme le monde autour de lui. L'exercice lui avait demandé beaucoup plus d'énergie qu'il l'aurait cru. Laura le faisait avec tellement de facilité qu'il était persuadé que c'en serait de même pour lui. Grossière erreur. Appuyé au rebord de l'évier, il décida finalement de faire couler de l'eau froide sur ses mains avant d'en passer également sur son visage. Le contact, glacé, vivifia l'espace d'un instant ses pensées comme le reste de son corps, lui permettant de feindre la joie et reprendre la conversation sur un ton moins grave.

-Est-ce que t'as vu ou entendu quelque chose ? Tu t'en souviens cette fois ?

Demander des détails enfonçait d'avantage le couteau dans la plaie, répandant une âcre sensation de bile au fond de sa gorge. Pour autant il devait s'intéresser à ce type de détails. Parce qu'au fond, il avait la conviction que Rachael ne s'arrêterait pas à cette seule victoire.
Et lui ne se sentait pas capable de lui refuser quoi que ce soit qui puisse la rendre, sinon plus humaine, au moins plus heureuse.

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MessageSujet: Re: Fear makes us feel alive || Rachael    Lun 28 Mar - 18:07



fear make us feel alive

Roman & Rachael
featuring

Encore un peu déconnectée de la réalité, elle observe Roman nettoyer la bière répandue sur le sol, récupérer les bris de verre épars, et se conforte dans sa propre immobilité sans esquisser le moindre geste pour l'aider à récupérer sa bêtise. Son regard se fixe sur les gestes de son partenaire, s'imprégnant de leur banalité afin de mieux s'ancrer dans le présent. L'exercice lui est plus corsé qu'il ne peut le paraître au premier abord.
Rachael s'attache à la question de son hôte et s'oblige à retourner dans les souvenirs immédiats de l'illusion. « C'est assez vague », avoue-t-elle finalement, « C'étaient plus des sensations que des visions. Ça m'a pris aux tripes et ça m'a arraché à ce que je prenais pour acquis un instant auparavant. Je me suis sentie broyée dans la solitude la plus écrasante qui soit, dépossédée de tout jusqu'à la certitude d'être. » Son visage exprime un début de contrariété face à son incapacité de délivrer une réponse plus précise à Roman. « Honnêtement je ne saurais pas te décrire ce qui s'est réellement passé. J'ignore  quelles intentions tu as mis dans ton illusion mais elle s'est portée bien au-delà de la superficialité des images et des sons. »
Le regard fixé dans le vide devant elle, elle observe un court silence méditatif. Ses mains sont agitées de tics nerveux, signe évident qu'elle n'a pas complètement récupéré sa contenance. « C'est peut-être pour ça que ça a marché. » Les iris quittent l'abstrait pour revenir se poser sur son compagnon. « Le… dysfonctionnement qui altère mes réactions n'est valable que face à quelque chose de tangible. Mon corps ne réagit plus face aux menaces réelles mais toi, ce que tu m'as fait, c'était loin de la réalité. » Dans n'importe quelle autre situation, ces paroles auraient pu sonner comme un reproche, elle le réalise au moment où les mots basculent de sa bouche. La milicienne serait cependant bien mal avisée de venir reprocher au sorcier d'avoir été trop loin. A l'inverse, elle voit cette réussite comme un galop d'essai empli de promesses pour la suite. Ils ne font que commencer ici, et elle est intimement convaincue que Roman peut aller encore plus loin. Une pensée qu'elle se garde bien d'évoquer à haute voix car il lui semble bien qu'il peine plus qu'elle à se remettre de leur expérience.

Semblant enfin récupérer l'espace qui lui est alloué, Rachael se déplie et se redresse, laissant son corps retrouver une certaine forme de détente. Elle se lèvre doucement du canapé, redoutant encore un effet secondaire qui la priverait de son équilibre, mais tout semble définitivement être retourné à la normale.
Quelques pas la rapproche de Roman, elle s'accoude auprès de lui sur le plan de travail de la cuisine. « Tu sais Roman, depuis le temps qu'on se fréquente, je pense te connaître suffisamment bien pour être en mesure d'affirmer quand tu mens. » Un petit sourire indéchiffrable étire ses lèvres tandis qu'elle le considère. Elle reprend d'une voix calme, nullement accusatrice et reflet lointain de l'inquiétude qu'elle lui a témoignée un peu plus tôt : « Alors ta petite comédie prend pas avec moi. T'as pas besoin de faire semblant et prétendre que tout va bien si c'est pas le cas. Je suis pas stupide tu sais, je vois bien que ça t'as affecté. » La milicienne avance une main sur son épaule, un contact léger mais pourtant bien présent qui les lie l'espace d'un instant. « C'est pas parce que tu fais ça pour moi que je dois ignorer les répercussions sur toi. » Elle le lâche, s'éloigne de lui pour récupérer un verre propre et le remplir au robinet. Sa bouche est pâteuse, desséchée comme lors d'un réveil après une soirée trop arrosée. Préférant autant ne pas demander une seconde bière après le sort qu'elle a réservé à la première, elle avale d'une traite l'eau et se ressert avant de retourner s'installer dans le salon. « Tu devrais revenir t'asseoir. » Elle s'abstient de préciser qu'à le voir ainsi, il lui donne l'impression d'être fichu de s'effondrer d'un instant à l'autre.    

Tandis qu'elle prend cette fois le soin de ne pas poser le verre trop près du bord de la table basse, Rachael ressasse les évènements. Certes entamée par ses préoccupations quant à l'état de Roman, sa bonne humeur refuse de vider les lieux et reste omniprésente derrière l'éclat de ses yeux et le vague de son sourire. Pour la première fois depuis son accident, la milicienne a pu goûter à des émotions viscérales dont cette foutue balle l'a privée des années auparavant sur un champ de guerre. Des émotions qu'elle a cherchées en se mettant toujours plus en danger, en cherchant toujours à se plonger au cœur des sensations fortes, et qu'elle a ironiquement retrouvées en restant au fond d'un canapé, dans la sérénité d'un appartement par une après-midi sans prétention. Elle a beau être consciente que cela ne va en rien changer son quotidien, elle sait qu'elle a à présent un moyen de venir réclamer son dû quand l'envie ou le besoin s'en feront sentir.
Mais tout cela, bien entendu, ne dépend que de Roman.

 
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MessageSujet: Re: Fear makes us feel alive || Rachael    Dim 1 Mai - 0:55

Deux émotions le dominaient présentement. La fierté, celle d'avoir réussi à faire l'impensable : faire ressentir quelque chose de tangible, de puissant, à son amie. Et la honte, car ce faisant il lui avait fait une sorte de mal dont il était pleinement conscient et, pire, qu'il avait voulu aussi ardemment que possible. L'inconvénient étant que la seconde primait sur la première, galvanisée par l'épuisement physique, réel, qu'il ressentait à présent. Cette entreprise l'avait complètement vidé de ses forces, et il avait tout bonnement l'impression de ne pas avoir dormi pendant des semaines, tout en courant le marathon chaque jour desdites semaines. Un engourdissement total tant de ses sens que de son esprit qu'il ne souhaitait à personne, et n'envisageait pas trahir à son amie.
Sans parler de la culpabilité. Encore choqué de cette envie profonde, malsaine, qui l'avait animé pour pousser Rachael à sentir sa peur, il enfonça d'autant plus sa tête entre ses épaules quand elle reprit la parole.
"Ce que tu m'as fait" ... Ce que je t'ai fait est monstrueux, Rachael, et tu ne le réalises même pas. C'était bien ça le pire, tout bien réfléchi. Qu'elle ne se rende pas compte que dans ses paroles, il y avait le fond du problème : que c'était lui qui avait fait ça. Et même s'il le referait certainement si elle le lui demandait avec suffisamment d'insistance, là, il avait du mal à ne serait-ce que soutenir son reflet dans l'inox de son propre évier. Pourtant pouvait-il réellement lui en vouloir, d'être satisfaite de ce qu'il venait de se produire ? Pas vraiment. Ils avaient joué, elle avait gagné. Une victoire aigre-douce.

Il finit par soupirer et se retourna pour voir qu'elle s'était déplacée vers lui, abandonnant le confort du canapé.

-Tu sais très bien que les mensonges sont interdits dans cet appart'. Si je te mentais, ce serait un comble.

Ce qui en soit était un mensonge, mais lui, il en avait le droit. Aucun de ses enfants ni même Andreï n'en avaient le droit, et pourtant tous les Ievseï s'offrait le luxe de raconter des mensonges, chacun leur tour. Et c'était celui de Roman, à présent, alors qu'il forçait un sourire dans la direction de Rachael. Certes il savait bien que son amie était loin d'être dupe. Qu'elle souhaitait l'aider plus qu'autre chose. Mais sa sollicitude vint avec la puissance d'une gifle.
C'était inadmissible, que ce soit elle qui se soucie de lui alors qu'elle venait de subir la frayeur de sa vie. Pire, c'était inadmissible que lui se morfonde dans la honte et la culpabilité alors que c'était elle, et elle seulement, qui venait de vivre une expérience traumatisante. La fureur devant son auto-apitoiement grimpa d'un cran au sourire qu'elle lui adressa, au conseil qu'elle lui donna. D'un bref mouvement de la tête, il répondit par la négative, tel un enfant vexé de n'avoir pas eu son jouet. Après tout, c'était bien de cela qu'il s'agissait.

-Si je te dis que ça va, c'est que ça va. T'as pas à t'inquiéter pour moi comme ça.

Il n'était pas plus mature en disant cela, ou en se mettant sur la défensive comme il le faisait, mais c'était plus fort que lui. Et s'il n'avait pas voulu que son ton soit sec, s'il n'avait pas voulu que sa voix parte un peu trop en intensité, c'était trop tard désormais. Sa colère n'était pas dirigée contre Rachael, mais contre lui-même, et pourtant c'était envers la blonde qu'elle éclatait. Il se retint juste au bon moment, sentant la pression fantomatique de la main de Lizzie sur son épaule, comme à chaque fois qu'elle le voyait perdre le contrôle. Sa petite était là même dans son absence, labourant sa chair de ses doigts, pour l'inciter à se calmer et à prendre une profonde inspiration. Ce qu'il fit, relâchant ses poings qu'il venait de serrer, avant de rejoindre le canapé à contrecœur.

Le silence revenu dans la pièce, le Russe en profita pour reprendre un semblant de contenance, glissant sa main dans ses cheveux. S'il louchait sur ce qui s'était passé, il s'agissait d'une réussite, sur bien des aspects. Son rôle vis à vis de Rachael avait été initialement de rendre son amie fonctionnelle, des années auparavant. Mais maintenant ils pouvaient jouer sur un tout autre plan du traitement, maintenant que l'idée avait germé dans leurs esprits. Celui de la rendre humaine, de faire revenir des instincts que la blessure avait réduits à néant. Considérant la place désormais vide où se tenait son propre verre quelques instants plus tôt, il finit par grogner, après avoir passé une nouvelle fois ses doigts gelés sur son visage.

-Il faut qu'on recommence. On s'en fout de comment je me sens après ou toutes ces conneries. Il faut qu'on recommence, parce que ça t'a permis de retrouver tes sensations d'avant. Ca a marché, donc c'est que ça sert pas à rien. Alors on doit recommencer, autant de fois qu'il le faudra, jusqu'à ce que tu puisses ressentir à nouveau la peur de façon naturelle et spontanée.

C'était la fierté qui parlait, bien plus que le pragmatisme. Mais les paroles avaient été lâchées et il était trop tard maintenant pour revenir sur sa décision. Quitte à ce qu'il en paie le prix.

-On tient quelque chose, Rachael, je le sens. On est à deux doigts de te rendre toutes tes sensations, petit à petit, mais on va y arriver. On peut... On peut même recommencer maintenant, s'il le faut !

Sous l'excitation de ses propres pensées, il avait attrapé les mains de son amie entre les siennes, pressant doucement sa peau sous ses doigts gelés. La fatigue avait accentué les cernes sous ses yeux, et pourtant son regard brillait d'une étincelle proche de la folie. Proche de la fureur. Proche de l'ivresse. Un regard indescriptible qu'il posait sur son amie, espérant une réaction toute aussi délicieusement enjouée que la sienne.
Si Laura était là, elle lui aurait dit d'arrêter. Que ce n'était pas une bonne idée. Mais Laura n'était pas là, et il y avait cette équation pleine d'inconnues qui leur faisait face avec obstination, les mettant au défi de la résoudre pour rendre à Rachael ses sensations. Et si la fatigue n'était pas un argument, et si la colère qu'il éprouvait contre lui-même le menait droit au mur, il était prêt à la résoudre ici et maintenant, cette maudite équation.

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MessageSujet: Re: Fear makes us feel alive || Rachael    Jeu 26 Mai - 21:38



fear make us feel alive

Roman & Rachael
featuring

La réplique sèche de Roman face à sa sollicitude attire sur le visage de la milicienne une expression fugace de contrariété.  Elle se fait fort, cependant, de bâillonner toute répartie que l'habitude des confrontations verbales aurait bien certainement rendue un peu trop mordante pour la situation actuelle : inutile de s'énerver pour des broutilles lorsque le sujet réellement important se trouve ailleurs. Et s'il refuse en bloc l'inquiétude qu'elle peut bien éprouver à son égard, Rachael n'est pas du genre à insister jusqu'à lui tirer les vers du nez. S'il veut partager ses soucis avec elle, il est suffisamment grand pour être capable de le faire sans qu'on doive l'y pousser et elle a bien trop peu de patience dans le domaine pour le relancer après s'être fait rabrouer une première fois. Inutile également d'être une observatrice hors pair pour se rendre compte qu'une surenchère risquerait de mener à un conflit dont elle n'a guère l'envie d'en être l'instigatrice. Son silence fait donc office de clôture au topic concernant Roman après l'affirmation tout sauf convaincante de ce dernier quant à son état.

Le calme relatif du tête à tête est brisé lorsque la voix de son hôte s'élève une nouvelle fois entre eux deux. Et si Rachael ne peut qu'acquiescer à l'idée séduisante de recommence leur expérience concluante, elle ne peut s'empêcher de se refroidir au fur et à mesure que Roman semble s'emballer. Qu'importe le nombre de fois où elle a songé à la possibilité de recouvrer ses pleines facultés sensorielles, tout s'accélère soudainement un peu trop vite. Et plus qu'autre chose, le fond de ses propos la dérange : aurait-il perdu de vue la frontière entre les illusions et la réalité ? « Arrête. » Presque désolée à l'idée de devoir modérer les ardeurs de son ami, elle lui offre un maigre sourire qui a tôt fait de s'évaporer tandis qu'elle reprend : « Toi plus que les autres devrait savoir que ce que tu avances est impossible. Non mais tu t'écoutes parler ? Ton intention est louable, mais ça a autant de chance de réussir qu'un manchot a de recouvrer l'usage de sa main en lui donnant l'illusion que son bras a repoussé. » La milicienne ne se rappelle que trop bien du verdict sans appel qui lui avait été délivré au sortir de son accident quant à l'étendue des dégâts subis. La chance n'était-elle pas d'être encore en vie après ça, de pouvoir se mouvoir correctement et en toute autonomie ? « Tu peux bien manipuler mon cerveau et lui faire croire ce que tu veux qu'il croie, une illusion reste une illusion. Elle n'a pas de pouvoir curatif. Ça serait un peu trop facile sinon, non ? » Elle marque un silence après la question purement rhétorique, ses yeux rivés sur Roman. L'espoir, elle sait pertinemment qu'il ne faut pas lui donner trop de pouvoir : cela fait quelques années déjà qu'elle vit avec un handicap dont on lui a toujours affirmé qu'il était irrémédiable, quelques années qu'elle s'en est fait une raison. Si le premier succès de leur entreprise est brillant, il ne faut pas non plus qu'ils se laissent éblouir : ce n'est qu'un palliatif, en aucun cas une solution définitive.  

Après coup, la milicienne réalise que ses propos ont peut-être pu être confondus avec un souhait naissant d'abandon. « Maintenant, je dis pas pour autant que je veux qu'on s'en tienne là. Bien au contraire. Je veux qu'on recommence, autant de fois que tu le pourras, autant de fois que je le supporterai. » Jusqu'à ce que les réminiscences de l'illusion persistent à travers la durée ? Non, ça elle n'y croit pas, refuse même d'accorder un quelconque crédit à son éventualité car ce serait déjà lui conférer trop d'emprise. « Mais t'emballe pas et va pas tirer des plans sur la comète, ok ? » Parce que si même lui commence à croire sérieusement que ce genre de miracle est possible, alors qui pour l'en protéger elle ?  Elle ne tient pas à goûter à l'amertume de la désillusion, pas concernant son handicap, plus jamais. « Enfin je dis ça mais de toute manière je doute que tu sois capable de recommencer quoi que ce soit aujourd'hui. » Sans qu'elle ne le réalise, le ton de sa voix sonne un peu plus provocateur qu'elle l'aurait souhaité. Signal tardif qu'elle n'a toujours pas gobé son mensonge de tout à l'heure ?

 


Dernière édition par Rachael Miller le Dim 5 Juin - 21:56, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Fear makes us feel alive || Rachael    Mer 1 Juin - 2:39

Il savait pertinemment qu'il était inutile de se raccrocher à ce point à ces espoirs. Qu'ils étaient vains, chimères, mirage dansants au loin, véhiculant bien trop d'illusions en eux-mêmes pour tenir leurs promesses. Et pourtant il sentait bien qu'il y avait quelque chose à tirer de leur petite expérience. Vu ce que Rachael avait ressenti la deuxième fois, on ne parlait pas de placebo. On parlait d'une sensation tangible, qui l'avait si bien secouée qu'elle avait elle-même affirmé sa propre confusion face à ce qu'elle avait ressenti. Alors non, il n'entrait pas en ligne de compte. Non, il était un outil pour lui faire atteindre à nouveau ces sentiments particuliers, et on se foutait royalement de ce qu'il pouvait lui-même expérimenter comme désagréments. Le jeu en valait si bien la chandelle qu'il ne comptait pas abandonner à si bon compte. Une caractéristique qui coulait elle aussi dans son sang, cet entêtement typique, et l'aveuglait à tout sens commun.
Car il était persuadé qu'en continuant, encore et encore, cela le débarrasserait de sa propre culpabilité pour peu que les résultats soient effectivement probants. Une illusion à laquelle se raccrocher pour ne pas sombrer, une fois de plus.

L'injonction de son amie, toutefois, le coupa en plein envol. Un retour à la réalité si froid, si brutal, qu'il ne put retenir son expression de surprise alors qu'elle continuait d'anéantir cette bouffée d'espoir démesuré qui n'avait cessé de croitre dans son esprit fatigué. Était-elle en train de lui dire qu'elle comptait tout arrêter ? Qu'elle n'y croyait pas ? C'était à n'y rien comprendre. Quelques instants plus tôt et c'était elle qui était emportée par l'idée, alors que lui y revenait à reculons. Qu'est-ce qui avait pu changer, en si peu de temps ?
Au fond, il savait. Tout ça, tout ce que ses illusions impliquaient, était une pilule bien grosse à avaler. Il y avait trop d'inconnues, à nouveau, et chacun de ses mots se répercuta dans son esprit, mordant, hachant méthodiquement son espoir d'un réalisme assassin. Les illusions n'étaient que ce que leur nom désignait. Elles étaient temporaires, sans fondement, abstraites. Elles étaient un brouillard dans lequel on roulait un esprit, une personne, sans toutefois qu'elles n'aient de réelles bases. Qu'elles ne soient concrètes. C'était ça qu'il comprenait, dans la réticence toute nouvelle de Rachael. Il l'avait vue se battre, lutter contre sa blessure, rassembler toutes ses forces avec une ardeur sans pareille pour passer outre ses difficultés et recouvrer l'intégralité de ses capacités. Une force de conviction colossale qu'il avait admirée, et admirait toujours. Et c'était cette force qui revenait fracasser leurs petites illusions, à présent. Car elles n'étaient pas un remède réel, elles n'étaient pas un cachet à avaler pour aller mieux, mais une expérimentation bancale sans aucune certitude qu'elles soient réellement efficaces à long terme.

Cruelle réalisation. Roman se mordit l'intérieur de la lèvre, la laissant s'exprimer, la fatigue physique et morale embrouillant son esprit déjà confus. Mais s'il y avait une once infime d'espoir ? Ils avaient cet acharnement, tous les deux, celui qui les avait poussés l'un et l'autre à se battre encore et toujours contre des moulins. La convalescence de Rachael. La disparition de Laura. Des mois, des années à se battre. Alors si les illusions avaient une once de possibilité, un tout petit soupçon de possibilité, celle d'être efficaces à long terme, cela ne valait-il pas le coup d'essayer quand même ?

-Depuis quand la facilité, ou l'inverse, d'ailleurs, t'effraient comme ça ? On dirait presque que t'es en train de me dire qu'il vaudrait mieux qu'on laisse tout tomber...

Il se savait jaugé par le regard impérieux de la milicienne, si bien qu'il ne retint pas une seule seconde la déception qui perçait dans sa voix. A quoi bon, de toutes façons ? Ils avaient dépassé le stade des convenances, des faux semblants, depuis belle lurette.
Pour autant, elle reprit la parole, accordant enfin son diapason sur leur but commun. Une ombre de sourire naquit sur les traits tirés du Russe. Là. Elle était là, la Rachael qu'il connaissait si bien. Celle qui tenterait tout, même de tirer la queue du Diable, pour voir ce que ça pouvait faire. Enfin, le retour de la combativité. Si bien qu'il lui adressa une oeillade amusée en la voyant accepter tout en repoussant avec vindicte la possibilité que leur petit jeu puisse avoir un effet sur la durée.

-Je préfère nettement mieux t'entendre dire ça, là. Et promis, je m'emballerai pas. On n'est pas sûrs de ce que ça peut donner sur le long terme, ça n'a même probablement jamais été tenté comme remède. Tu as raison de ce côté-là. Par contre imagine que ça fonctionne vraiment. Rien que pour ça, ça vaut le coup de recommencer autant de fois qu'on le peut.

Il ne démordrait pas de son idée et, il le savait, il s'emballait déjà à nouveau. Un élan de passion qui reçut une nouvelle douche froide à l'allusion, appuyée, de son amie. Il n'avait jamais été un excellent menteur, après tout. Elle et lui le savait pertinemment. Ce n'était pas aujourd'hui qu'il parviendrait à lui faire gober quoi que ce soit, alors qu'elle le connaissait comme le dos de sa main. Gêné de reconnaître sa propre faiblesse, il passa une main dans sa nuque, la caressant nerveusement en forçant un sourire.

-Non, tu as raison. Je suis pas vraiment habitué à faire des illusions, c'est pas vraiment mon domaine de prédilection. Je suis vidé. Ca demande beaucoup plus de concentration que je le pensais.

Inutile de s'enfoncer dans un énième mensonge, ça ne prendrait pas, et tous deux le savaient. Pourtant son égo n'appréciait pas l'exercice. Admettre une faiblesse était déjà une preuve de faiblesse. Et la fatigue n'était qu'une broutille. Ca passait.
Son regard s'ancra une nouvelle fois dans celui de la milicienne, déterminé.

-Si j'apprends à mieux canaliser mon énergie, je dois pouvoir créer une nouvelle illusion plus durable. Bon, pas aujourd'hui, mais la prochaine fois. A force d'entrainement je vais bien finir par trouver un juste milieu, et, qui sait, te faire retrouver d'autres sensations que la peur. Qu'est-ce que t'aimerais ressentir, à part ça ? Je suis sûr que ça pourrait être jouable.

La balle avait salement amoché les parties cérébrales en charge d'un bon paquet de sensations chez Rachael. Et s'il avait réussi à déclencheur la peur chez elle, il avait quand même bon espoir de pouvoir réveiller d'autres sentiments chez son amie. Restait à savoir quoi. Et quand.
La tête lourde, il ferma les yeux et s'étira, faisant craquer sa nuque. Ils avaient encore un peu de temps avant que toute la marmaille ne débarque. Avant que l'appartement se remplisse à nouveau de bruit, de voix enfantines, de hurlements pour peu que Mikkel ou Andreï aient encore fait ce qu'ils savaient faire le mieux : les cons. Alors Roman comptait bien profiter du calme restant, du mieux qu'il pourrait.

-Les gosses vont pas tarder à débarquer, de toutes façons. Même si j'avais eu du jus, je pourrais pas recommencer. Pas devant eux. Ils sont pas au courant pour mes pouvoirs, et le plus tard ils le seront, le mieux c'est.

Un soupir, las, désabusé. Le moins les enfants baignaient dans l'univers surnaturel, le mieux ils se porteraient. Déjà qu'ils n'étaient pas gâtés, la condition de Ievseï suffisamment souillée par Andreï et ses errances. Alors si en plus ils devaient s'ouvrir à tout l'aspect surnaturel qui courait dans les veines de leurs aînés, ils n'étaient pas sortis du sable. Par réflexe il tendit la main vers l'empreinte fantomatique qu'avait laissée feue sa bouteille de bière, et finit par se raviser. Une question lui brûlait encore les lèvres.

-Quand est-ce qu'on recommence ?

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He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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MessageSujet: Re: Fear makes us feel alive || Rachael    Dim 5 Juin - 23:44



fear make us feel alive

Roman & Rachael
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Depuis quand la voie de la facilité est un problème ? Elle hausse les épaules, se gardant bien d'émettre à haute voix une réponse qu'ils connaissent tous deux : depuis toujours. Depuis qu'ils vivent dans un monde moribond et qui ne leur fait aucun cadeau, sinon empoisonné. Sur le court terme, la simplicité est rassurante mais viable, certainement pas. Rachael a appris de la manière forte qu'on ne mérite réellement quelque chose que si on s'est battu pour l'obtenir, c'est comme ça que cela marche désormais. Et ça s'applique tout aussi bien dans leur situation présente : hors de question de se reposer sur des élucubrations hâtives fondés sur la réussite d'une expérience sans bagage autre que celui de la magie.

La milicienne avise un tesson de verre que Roman a dû négliger lorsqu'il s'est chargé de nettoyer la bière renversée par la négligence de son invitée. Machinalement, elle s'en saisit tout en continuant de l'écouter parler et ses mains jouent distraitement avec la pièce tranchante tandis que son attention est ailleurs.
A l'entendre, elle réalise assez subitement qu'elle ignore tout de l'univers dans lequel son ami évolue. Bien sûr, elle a appris à accepter l'existence d'autres races ou catégories d'êtres humains, parce qu'on ne lui a pas vraiment laissé le choix quelques années auparavant, bien sûr son métier lui a permis et lui permet encore de s'y confronter sur une base régulière, mais jamais de manière aussi proche, aussi intime que ce que Roman lui a fait aujourd'hui. Et alors qu'il évoque librement ses difficultés et le progrès qu'il doit faire s'il veut pouvoir continuer à l'épauler, elle prend la pleine mesure de ses lacunes dans le domaine de la sorcellerie. De l'intérêt qu'elle n'a jamais daigné y prêter. Et de sa propre faiblesse face à une puissance qui est capable de flouer aussi aisément de ses sens.
« Jouable, hein ? » Souffle amusé. « Curieux choix de vocabulaire, vu l'entreprise dans laquelle tu te lance. » Elle ne donne pas de réponse plus claire, mais prend tout de même la peine d'y réfléchir. Quelles sensations ? Il y en a tellement, mais auxquelles veut-elle goûter de nouveau si c'est pour s'en retrouver privé juste après ?
Toutes. Même pas une demi seconde pour le réaliser :  tout ce qu'elle a la possibilité de récupérer, même temporairement, elle le veut. Reste néanmoins à faire un choix. Elle n'est pas l'enfant gâté qui peut se permettre de tout exiger, même au compte-goutte, juste afin de satisfaire ses caprices d'égoïste.

Tout de suite. On recommence tout de suite. Non ? « Quand tu peux ? » La question flotte un instant avant qu'elle ne la développe plus : « Si j'ai pas d'emmerde ou d'imprévu, je peux me libérer assez facilement. Un jour de libre par semaine et la plupart de mes soirées. » Normalement. Le poids du "Si", ici, pèse lourd dans la balance des contretemps : on est jamais à l'abri de rien quand on galope après le danger. « Toi t'as ta famille à gérer donc c'est plus simple que tu choisisses une date qui t'arrange. » Elle se coupe, hésite, puis laisse finalement échapper la question qui la taraude : « Pourquoi tu ne les as pas mis au courant d'ailleurs ? Ils vivent sous ton toit et partagent ta vie, que crois-tu que ça va amener de bon en leur masquant quelque chose d'aussi important ? » Elle regarde sa propre situation, sa gamine qu'elle a volontairement écarté de sa vie et dont elle ne s'occupe pratiquement pas… malgré leur manque de communication, Rachael pourrait-elle décider de lui masquer une telle révélation ?  Et puis une autre interrogation, beaucoup plus effarante, s'insinue insidieusement dans ses pensées : est-ce que sa fille pourrait ne pas être ce qu'elle prétend et réussir à la berner sur toute la ligne ? La confiance en prend un coup.
Sa main droite aussi : sous la tension, un mouvement un peu plus raide amène l'inéluctable qui avait sagement attendu son heure depuis qu'elle jouait avait le bris de verre. Une sensation de chaleur la fait baisser les yeux et elle remarque l'entaille qui décore la base de son annulaire et le liquide carmin qui s'en échappe. Un juron s'échappe de ses dents serrées tandis qu'elle se lève pour passer la blessure sous l'eau, évaluer l'étendue des dégâts et jeter le tesson par la même occasion. La plaie n'est pas profonde et le sang ne tardera pas à coaguler, mais l'incident est suffisant pour générer un déclic. « C'est la douleur qui est à l'origine du reste. » Ou plutôt son absence. « C'est stupide. Je suis stupide. C'est par là qu'il aurait fallu commencer non, tu trouves pas ça évident ? Etant donné que c'est parce qu'elle n'est plus là que tout le reste s'est barré. » Debout face à lui, elle se tient de l'autre côté de la table basse et presse négligemment un morceau de papier absorbant contre la coupure. Ce n'est pas la première fois qu'elle fait face à des contrariétés comme celle-ci : ses mains surtout en affichent un historique qui s'exprime via de multiples cicatrices plus ou moins récentes. Passer par une fenêtre brisée lors d'une intervention et ne pas se soucier des morceaux encore accrochés aux battants. Sauter d'un muret trop haut et mal se réceptionner. Accuser un mauvais coup en combat et ne pas réaliser les dégâts qui en découlent… la liste est longue, d'autant plus si l'on y rajoute les bêtises comme celle qu'elle vient de faire chez Roman, et qui arrivent bien plus régulièrement qu'elle ne veut l'admettre. Parce qu'elle ne sait plus à quoi ça ressemble, la souffrance physique.

 
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MessageSujet: Re: Fear makes us feel alive || Rachael    Dim 31 Juil - 22:07

Une goutte de sueur dévala le long de sa nuque pour glisser dans les sinuosités de son dos, insidieuse, alors qu'il avait reposé sa main sur son genou. Une goutte seule, et cette désagréable sensation que ses vêtements lui collaient à la peau alors que son corps tout entier s'engourdissait progressivement. L'épuisement physique venait, s'installait dans ses membres, envahissait tout son corps, et il ne pouvait rien faire contre. Rien faire sinon subir cette sensation pesante, une fatigue telle qu'il avait l'impression d'avoir couru un marathon. Un comble pour quelqu'un qui ne faisait jamais de sport. Pourtant si l'accablement de ses muscles était si sourd qu'il l'agaçait prodigieusement, c'était cette impuissance latente qui avait raison de sa patience. Pourquoi, alors que d'autres créaient des illusions avec toute la facilité du monde, pourquoi est-ce que lui n'y parvenait pas ? Certes les résultats avaient été probants, malgré tout. Mais il y avait une différence de poids entre probant et suffisant.
Et pour lui, ils étaient loin d'être suffisants.

L'accent que mit son amie sur le terme "jouable" le contraint à reporter son attention sur elle. Pourquoi jouable ? Il ne s'était même pas rendu compte du terme qu'il venait d'employer, ni même de sa portée. Comme si, au final, leur petite expérience n'était qu'un jeu. Un jeu dangereux s'il en était, qui pouvait aussi bien provoquer le délice que l'ire. Et pourtant d'un accord tacite, les deux étaient aussi prêts l'un que l'autre à relancer les dés. Juste pour voir ce que ça faisait. Juste pour voir où ils pouvaient aller. Une attitude que Roman aurait réprouvée si elle venait de son propre sang, et qu'il avait pourtant en l'instant présent, sans même s'en rendre compte.

-Jouable, ouais. T'en parles comme d'une entreprise mais voyons ça plutôt comme un hobby. Ca a l'air moins sérieux, comme ça.

Tentative maladroite d'égayer la conversation, alors même que tant Rachael que lui n'étaient pas dupes. Ils savaient dans quoi ils s'engageaient. Ils savaient aussi qu'ils n'en ressortiraient pas indemnes. Mais n'était-ce pas là ce qui rendait leur nouveau passe-temps plus intéressant ? Ne pas le prendre au sérieux. Quand bien même il pourrait précipiter leur chute.
Le sorcier gratifia son amie d'un de ses rares sourires bancals, si enfantins qu'ils ne collaient pas avec son air taciturne habituel. Il était sincère, dans son déni. Parce qu'il était nettement plus facile de refuser en bloc l'abjection qu'ils caressaient du doigt, l'horreur de ce qu'il comptait lui faire subir. La maquiller, la rendre belle et acceptable. La douleur était toujours plus supportable enveloppée dans un écrin ouvragé, non ?

-Un soir la semaine prochaine. Disons mardi ou mercredi. Colin squatte souvent chez des potes ces jours-là, et Lizzie m'a dit qu'elle avait un anniversaire à fêter. Quant à Mikkel ça fait un bail que je l'ai pas vu, j'pense pas que ça change. On devrait être peinards, mais je te confirmerai ça dès que j'en sais plus.

Ses doigts se tendirent vers le paquet de cigarettes, posé ostentatoirement sur la table basse, et il en tira une pour mieux l'allumer. La nicotine, remarqua-t-il, apaisait quelque peu la sensation d'abattement physique qui régnait sur tout son corps. Un léger coup de fouet pour retarder l'inéluctable. Une petite dose de courage pour avoir la force de répondre à cette question qui une fois de plus touchait directement le coeur du problème, titillant ce nerf bien trop sensible qui le poussait bien souvent hors de ses gonds. Canalisant sa respiration sur les bouffées de fumée, il resta silencieux un instant à observer les volutes se dégager du bâtonnet, avant de se forcer à répondre.

-C'est que des gosses. Ils ont déjà suffisamment à gérer avec Andreï, Mikkel, et leurs galères, alors si en plus ils devaient se cogner la joie de savoir que leur propre père est un sorcier, imagine le bordel. Et j'veux pas avoir à affronter leur regard s'ils réalisent qu'au fond, j'suis un monstre comme Andreï. C'est égoïste, hein ? Sûrement. Mais c'est le mieux pour eux. Qu'ils restent innocents, et que j'les protège de ce merdier de surnaturel autant que je le peux. Tu ferais pas pareil, toi ?

Les protéger. Pendant toute sa vie de père il n'avait guère pensé que de la sorte. Protéger ses enfants, non seulement d'une vérité qui pourrait être néfaste, mais surtout les protéger de leur père. Une manière d'envelopper d'ouate une réalité qui le dérangeait toujours autant. S'il s'était accepté en tant que sorcier, s'il l'avait déclaré à sa famille, ça aurait signifié se déclarer aussi aux yeux du monde. Et il avait suffisamment à gérer de son statut d'expatrié, père solitaire dont la femme avait disparu, pour se cogner en prime le regard réprobateur du reste du monde parce qu'il était, en plus de tout ça, un monstre.
Relevant finalement le nez, il ne put s'empêcher de remarquer tout son petit manège. Le sang se répandit progressivement le long des fibres du papier, dégageant une auréole rougeâtre, tranchant le blanc autour de ses doigts. Roman finit par poser sa cigarette dans le cendrier pour se relever, prenant doucement sa main entre les siennes alors qu'il l'écoutait. Un hochement de tête. Elle avait raison.

-Ouais mais ça reviendrait à te forcer à souffrir encore et encore et... Est-ce que c'est vraiment ce que tu veux ? Parce qu'okay, te faire une bonne frayeur ça passe. Mais te torturer, c'est quand même autre chose...

Ce disant, il n'avait pas quitté son regard une seule seconde. La perspective ne l'enchantait pas vraiment, quand bien même la possibilité de lui faire ressentir les choses était attrayante. Restait que sa propre moralité le retenait en arrière. Provoquer la douleur était une chose. La provoquer, systématiquement, qui plus est à sa meilleure amie... ?
Il baissa le nez vers sa main avant de fermer les yeux, concentrant ses dernières forces pour soigner la petite entaille. Soigner. Il était fait pour ça, pour soigner. Guérir. Pas torturer.

-C'est gros, ce que tu m'demandes de faire. Je sais pas si j'aurai les épaules assez solides pour ça...

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MessageSujet: Re: Fear makes us feel alive || Rachael    Jeu 4 Aoû - 20:48



fear make us feel alive

Roman & Rachael
featuring

L'odeur de la nicotine, insidieuse, instille la tentation et pendant un instant, Rachael lutte contre l'envie de demander une cigarette à Roman. Ce n'est pas la première fois que l'envie se manifeste, ce ne sera sans doute pas la dernière non plus vu comme les tentations sont nombreuses au quotidien. Comme l'autre soir avec Axl. Le manque survient toujours au détour de quelque geste banal où les réminiscences d'une vieille habitude difficilement oubliée se font ressentir de nouveau. Juste une seule cigarette lui susurre la part d'elle-même qui veut être faible, juste une seule cela ne changera rien, mais elle sait que c'est toujours comme ça que tout recommence, et qu'elle n'a pas lutté toutes ces années durant pour replonger dans un vieux travers aussi aisément. Alors elle se concentre d'autant plus sur les propos de Roman, l'écoute se traiter de monstre et manque de rire devant l'absurdité de la chose car des deux personnes présentes dans la pièce, il est loin d'être le plus méritant du titre. « Peut-être. Sans doute. J'en sais rien, j'ai pas la même relation avec Alyx que toi avec tes gosses. On s'entend pas vraiment bien toutes les deux, et on se parle quasiment pas. » La faute lui incombe, elle le sait et l'assume, puisque c'est elle qui a quitté le foyer et refusé de l'élever. Pour la protéger de son métier peut-être,  parce qu'Alyx est sans doute mieux avec une belle-mère aimante qu'avec une génitrice tout le temps absente et parfaitement foutue de passer l'arme à gauche sans prévenir pour une mission qui aura mal tourné… Mais aussi parce qu'elle n'est pas faite de cette étoffe, pas faite pour être mère et avoir un foyer vu qu'elle n'y voit là que des chaînes entravant sa liberté.
Et c'est Roman qui devrait être le monstre pour être doté de capacités qu'il n'a pas choisi de posséder ?

Baissant les yeux vers sa main retenue captive entre celles de son interlocuteur, elle observe le procédé de guérison avec une attention qui n'est pas sans tirer vers un brin de fascination incontrôlé. Quand il ne subsiste plus grand-chose de sa bêtise, elle relève la tête vers lui et le gratifie d'un sourire un peu pâlot en guise de remerciement tandis qu'elle retire sa main et en fait brièvement jouer les articulations. Comme si avec les mouvements, l'illusion devait s'effriter et le sang recommencer de couler. Cela, évidemment, n'arrive pas. « Quand on parlait de la peur, ça n'avait pas l'air de te poser tant de problème. Tu parles de torture mais ce que tu as fait tout à l'heure, c'en était aussi si tu pars comme ça. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de manipuler ce que perçoit et ressent mon corps dans le but d'en tirer une émotion violente et négative. Alors quelle différence, hein ? » De son point de vue en tout cas, la finalité est la même : que ce soit souffrance physique ou psychologique, les deux seront fausses et également ressenties. « Ce n'est plus vraiment de la torture si c'est moi qui te le demande, si ? » Elle radoucit un peu le ton de sa voix, continue sur sa lancée. « Mais si tu ne te sens pas la force de le faire, c'est pas grave. Je t'oblige à rien et tu le sais, surtout avec tout ce que t'as déjà fait pour moi. Ce que tu as réussi aujourd'hui, je pensais même pas que c'était possible et t'imagine pas ce que ça représente pour moi. »

Bien sûr, Rachael a tout sauf envie de s'en tenir à ça, s'arrêter après cette première expérience si concluante. Et Roman est le seul nightkeeper qu'elle connaisse et dont elle soit suffisamment proche pour oser et vouloir demander un tel service. S'il ne veut pas aller plus loin, elle n'a personne d'autre pour prendre sa place, néanmoins elle sait que ce n'est pas le rôle d'un ami que de le pousser à faire quelque chose qui va aussi drastiquement contre tous les instincts du sorcier.
Cependant… cependant cela ne l'empêche pas de plaider sa cause encore, à défaut de lui demander textuellement d'aller à l'encontre ses principes moraux au risque de se briser. « Tu te rends pas compte car tu sais pas ce que c'est de ne pas ressentir de douleur physique. Les gens pensent que c'est pratique et c'est vrai, parfois ça l'est, mais ça va bien au-dessus. C'est un fardeau, un putain de fardeau dont je pourrais jamais me débarrasser. Je sais qu'avec mon boulot je finirai bien par clamser tôt ou tard au détour d'une ruelle mais c'est pas ça le problème, c'est quand je me dis que ça arrivera peut-être parce que mon corps aura pas été foutu de m'envoyer un simple signal ou me poser une limite. » Elle détourne les yeux, effleure du bout des doigts la longue cicatrice disgracieuse que ses cheveux détachés masquent aux regards, geste machinal qui a tendance à survenir lorsque le sujet de son handicap est abordé aussi clairement. La milicienne n'aime pas reconnaître ses faiblesses et surtout celle-ci, sujet de bien des frustrations et de crises de colère, mais s'il y a bien une personne avec qui elle peut s'assumer c'est bien Roman. Il l'a connu dans des états tellement pires qu'aujourd'hui…

 
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Fear makes us feel alive || Rachael

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