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 first you both go out your way and the vibe is feeling strong ≈ pv noah

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« Le prodige et le monstre ont les mêmes racines. »

Féminin
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↳ Citation : C'est de cela dont j'ai vraiment peur. D'être véritablement un monstre. Je n'ai pas envie d'être un tueur, mais je ne peux pas m'en empêcher.
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MessageSujet: first you both go out your way and the vibe is feeling strong ≈ pv noah   Dim 28 Fév - 22:10



Un profond agacement. Voilà ce qui suinte de mes lèvres. Un profond agacement et, pire encore, un profond mépris pour la personne qui se tient face à moi. J’ai en horreur la médiocrité, j’abhorre de tout mon être incompétence. Parfois, ma cécité a du bon, sa voix seule me suffit pour que je comprenne que j’ai face à moi un incapable notoire de la plus basse extraction. Un homme qui s’est hissé à cette position non grâce à la force de ses poignets ou un quelconque talent mais en jouant sur sa pitoyable carrure et son estime de soi suffisamment basse pour lécher quelques bottes ou que sais-je encore. Lentement, ma main lisse ma veste lorsque je me lève, mes yeux immobiles se fixant sur le vide, au dessus de son épaule je présume. « Pardonnez, je ne crois pas avoir tout bien saisi de ce que vous tentez de me dire. Pouvez-vous répéter ? » Ce n’est pas une question, ce n’est même pas une demande. C’est un ordre que je masque derrière une fausse intonation interrogative. Bien sûr qu’il peut répéter à quel point il n’a pas été à la hauteur de la tâche confiée quelques semaines plus tôt par ses supérieurs, tout aussi incapables de toute évidence à déterminer où se trouve l’intelligence et où se situe la stupidité. Bien sûr qu’il va le faire. On ne discute pas un ordre de Morienval, on ne discute pas un ordre de Rafael Morienval. Personne ne discute mes ordres, ainsi va le cours des choses mais depuis quelques temps… cette pression constante que j’impose à mes épaules, ces contacts aussi distants que froids, aussi forcés que tendus, depuis quelques temps tout cela m’épuise presque autant que ma cécité. Un soupir, imperceptible, j’écoute sans y penser l’imbécile qui a compris dans mon ordre qu’il devait tout me répéter depuis le début, sans égard pour ma patience qui s’étiole. Je finis par le couper d’un claquement de langue, reculant la chaise de mon bureau, contournant le meuble d’une main glissant sur les objets. « Sortez. Vous me fatiguez avec votre bavardage incessant. » Mon ton est sans appel, déjà je me désintéresse du supposé Agent de Sécurité qui était tout aussi supposé veiller à la protection d’un membre du gouvernement quelques semaines plus tôt. Qu’il comprenne ce qu’il a à comprendre, qu’il s’en aille que je puisse le… la porte grince, je me racle la gorge.

La politique, la gestion de personnel, ce n’est rien de moins qu’une danse qu’il faut savoir exécuter avec précision et maîtrise, tout en grâce et en contrôle. « Johnson, savez-vous comment nous recrutons ? » Quelque chose se réveille en lui, lui chuchote qu’il n’a pas à répondre à cette question. Quelques pas, je reviens vers lui, pose une main sur son épaule. Je hais les contacts, je les fuis tout autant que je les crains. Mais je sais en jouer mieux que jamais avec mes subordonnés. Attise leur crainte tout autant que leur reconnaissance. Il ne faut pas qu’ils t’aiment, il faut qu’ils te respectent et qu’ils te craignent, il faut qu’ils n’envisagent pas leur vie sans toi mais qu’ils meurent à petits feux à partir du moment où tu es dans leur vie me souffle la voix incisive de mon grand-père lorsqu’il méprisait d’un regard ceux qu’il appelait la basse populace dans une morgue qui suintait de sa peau et qui suinte à présent de la mienne. Ma main sur son épaule impose une présence, impose un contact. « Je filtre personnellement tous les candidats, je m’intéresse à vos vies, à votre passé, à vos capacités. » Tout cela est vrai, nul mensonge n’est posé sur mes lèvres à cet instant, en dehors bien évidemment de l’évocation de son intelligence et de son savoir-faire grandement remis en doute. « J’ose espérer que vous ne me décevrez plus à l’avenir. J’ai misé gros sur vous. » Je le sens se crisper sous mes doigts. C’était ce que j’attendais, ma main le quitte, file au niveau de mon nœud de cravate pour le resserrer légèrement. Un claquement de talon, je l’entends se mettre au garde à vous. Bien. Le message est passé, le principal tout du moins. D’un mouvement de menton, je formule un « Vous pouvez disposer » qui n’a rien de chaleureux mais qui, pourtant, sera perçu comme tel. Si j’ai longtemps eux l’habitude d’avoir une connaissance parfaite de mes hommes pour comprendre autant leurs moins faibles que leurs atouts, celui là fait malheureusement partie de ces incapables recrutés avant ma prise de position à la tête des Services Secrets et il fait donc partie de ceux dont la fiabilité n’est pas encore avérée. Mes pas me reconduisent à mon bureau, le heurtent dans un grognement de colère. Mon poing se serre instantanément de frustration.

Et soudain, l’envie brutale de prendre l’air. De sortir. De partir. De ne plus être moi. D’être juste Rafaele. Mes jambes refusent de me porter, je m’écroule dans mon fauteuil, me pinçant l’arête du nez d’une main songeuse. Et c’est là que je l’entends. Un Un battement de cœur. Deux. Un tremblement qui grandit. Trois-quatre. Un manque. Lancinant. Un manque qui ne s’explique pas dans mon intellect mais que le loup me jappe d’accepter. Un, deux Pense à moi, pense à Zaïra. Trois-quatre. Une larme qui dégringole ma rétine, acidifie ma paupière, creuse un chemin brûlant sur ma joue. Et une forme qui jaillit sans crier gare, simple éclat de lumière. Simple reflet qui me glace le sang et ne peut signifier qu’une chose : la fin de mes ténèbres approche pour mieux me laisser contempler la putréfaction de mon être. Un goût métallique dans la gueule répond à ce reflet par une soif de sang insatiable, une soif de justice, une soif de massacre. Mes doigts filent à ma gorge, dénoue ma cravate, la jette de l’autre côté de la pièce. Un besoin pressant, de m’extraire de cette nasse dans laquelle je suis empêtré. La veste rejoint bientôt le sol, invisible à ma maniaquerie coutumière. Il ne me suffit que d’un appel pour imposer mon absence pour le reste de la journée. Nous savons tous les deux que ce n’est pas toi, tout ça. Il ne me suffit que d’un appel pour libérer mes gardes du corps habituels, les remettre aux mains de Duncan. La seule personne qui est ridicule, ici, c’est toi. Il ne me suffit que d’un murmure aux oreilles de Duncan, justement, que lui et lui seul se charge de ma protection dans les minutes à venir. C’est ton propre sang qui m’a tué.

Cette pensée me hante, c’est la voix d’Azzura, ce sont les cris de Zaïra, ce sont mes cauchemars qui me rattrapent. Criants de réalisme et surtout outrepassant ma cécité, ils me réveillent en pleine nuit pour me laisser en nage dans mes draps qui m’enserrent. Il faut que je sache. Il faut que je règle cette question, il faut… il faut bien des choses.

Quelques minutes, voilà ce qui se dissipe entre mes doigts pour que j’atteigne incognito une nouvelle fois l’hôpital où il officie. Duncan effleure mon épaule, m’ouvre la voix, il y a quelques d’intensément rassurant à ainsi se laisser guider dans une certaine confiance que je n’accorde qu’à lui seul. Rapidement, il me chuchote à l’oreille une description aussi pertinente que succincte de notre environnement. « Laissez-moi, ne t’inquiète pas, je ne risque rien. » lui chuchote-je à mon tour. « Je ne risque rien que je ne puisse supporter, veille simplement à ce que nous ne soyons pas dérangés. » Il ne cherche même pas à discuter mon ordre, bien que je sente sa désapprobation dans son bien, comme tu le souhaites aussi insolent que respectueux. Un savant mélange qui lui permet d’avoir autant ma confiance que mon respect. Ma main effleure le mur, compte les pas, en écho des conseils de Violet. Une porte, deux, trois-quatre. Je m’arrête. Une oreille attentive m’apprend qu’il est seul dans son bureau. Dans d’autres circonstances, à une autre époque, peut être eu-je souris en poussant la porte. Là, mon visage est impassible. Je ne frappe pas. Je m’impose, dans cette assurance princière qui m’a toujours tant collée à la peau que l’on ne peut me la reprocher. Ce que je fais là, dans cet hôpital qui m’irrite, dans son bureau, face à lui alors même que j’ai refusé la trêve qu’il m’a réclamée ? Ce que je fais ici, à faire un premier pas dans sa direction alors que notre dernière entrevue n’a été positive ni pour l’un, ni pour l’autre ? Je ne saurais l’expliquer parce qu’il n’y a rien à expliquer. Pas de sourire, un sérieux grave qui est gravé sur mes traits. « Bonjour Noah. » Ton doux, voix posée. Sans aucune place au doute, juste à l’assurance que j’exsude. La porte se ferme dans mon dos. Imprudent, sans aucune gêne, je m’impose davantage en cherchant l’une des chaises qui ne doivent pas manquer d’accueillir ses patients. « Je tenais à te féliciter en personne pour ton petit tour de passe-passe, le mois dernier. Tu as été très fort. J’ai failli me laisser prendre au piège. » Je m’installe d’autorité sur un siège, tête penchée dans sa direction, percevant dans mon obscurité un infime mouvement, traces de gris sur les ténèbres les plus pures. « Que cherchais-tu, Noah ? » Non, ma question n’est pas exacte. La vraie question, au final, c'est « Pourquoi, Noah ? » Oh, je ne suis pas aveugle au point de ne pas tenir compte de la multitude de raisons qui peuvent l'avoir poussé à agir de la sorte, je désire juste savoir laquelle a imposé sa présence. Et si je peux en déduire les raisons de ce mal-être qui va en grandissant dans mon comportement, ce ne sera pas de refus.

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MessageSujet: Re: first you both go out your way and the vibe is feeling strong ≈ pv noah   Ven 4 Mar - 1:09



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Un mois, et sa main le lançait toujours, en proie à une douleur fantomatique, plus psychologique qu'autre chose. Liam avait rechigné, mais avait fini par lui accorder le "privilège" de ressouder ses os brisés d'un petit coup de magie. Contre services. Bien sûr, rien ne pouvait se passer différemment avec Wiggins. Heureusement pour lui, l'opportunité s'était présentée comme poussée par le Destin en la personne de Mikkel Ievseï. Un service en échange d'un autre. Le cours naturel du monde, même en ces temps d'apocalypse, dans ce substrat de chaos qui moisissait l'atmosphère.

Un mois avait passé, déliant doucement l'indignation comme la déception dans son organisme, les adoucissant sans même qu'il ne le veuille. Un mois rythmé, enragé pour ainsi dire, où il n'avait pas pu poser le pied une seule fois. L'avait-il vraiment voulu ? Pas vraiment, en toute honnêteté. Le psychiatre avait décidé de se calmer sur ses petites investigations personnelles, optant pour une nouvelle tactique dans sa vie : garder profil bas. Rafaele, vivant, presque bien portant, était après tout à la tête des Renseignements. Et c'étaient ces mêmes Renseignements qui arrondissaient ses fins de mois. Il devait ainsi redoubler de vigilance, s'assurer qu'il ne soit pas fini, qu'il ne se fasse pas traquer une nouvelle fois. Parce que pour peu que l'autre ait été bel et bien contre l'idée d'une trêve, comme il avait si bien su le prouver, il était tout aussi capable de le faire tuer à l'angle d'une ruelle, tard, le soir. Bon, ce serait dommage pour lui, toutes choses considérées. Mais cela n'en restait pas moins une éventualité.
Alors il avait décidé de baisser la tête, de courber l'échine, et de diminuer ses coups de fil à "but informatif". Au contraire, il préparait ses entrées, traquait la moindre petite information croustillante pour mieux pouvoir la négocier plus tard. Collecter des infos, mettre en avant les évidences, auprès d'une toute nouvelle clientèle qui s'avérait nettement plus fructueuse que la précédente. Une chance que le chaos attise les cas de conscience. Du pain béni pour le prêtre défroqué.

Pourtant, quand il fermait les yeux, il lui arrivait de l'entendre. Un, deux, trois-quatre. Un rythme lancinant qui revenait au creux de son oreille pour s'y tapir, et reprendre le fil de ses pensées quand il s'y attendait le moins. Un, deux, trois-quatre, et la douleur sourdait dans son poignet, vive comme le coup de poignard dans le coeur qu'il avait eu la sensation de recevoir devant l'obstination infantile de Rafael. L'âcreté de la déception se muait au fond de sa gorge avec un goût de bile, alors que l'air revenait, affleurant sur le bord de ses lèvres. Un, deux, trois-quatre. Il s'était surpris à le fredonner, suite à leur entrevue, même enveloppé dans la sécurité des bras d'Enya. Elle l'avait questionné sur le sujet, il s'était muré dans les mensonges, forteresse qu'il n'avait pas tardé à ériger malgré leurs propres problèmes. Pourtant sa voix avait vacillé, subtilement. Il ne savait pas si elle l'avait entendue, cette toute petite variation. Probablement pas. Un, deux, trois-quatre.

Noah était assis à son bureau, attendant que la journée s'achève enfin, malgré que l'après-midi soit tout sauf avancée. Un instant de pause bienvenu, du moins avant que la mélodie ne revienne, serrant son estomac comme un mauvais pressentiment. Il avait choisi de ne pas l'écouter, de décider que non, il n'en était rien. Qu'il était temps d'oublier ce regard vide, aveugle, ces deux saphirs habituellement perçants qu'il avait plongés dans la brume des souvenirs, faute d'avoir pu les capter suffisamment. Qu'avait-il espéré, de fait, en voyant Rafael un mois plus tôt ? Qu'ils pourraient travailler ensemble, comme avant ? Trop de sang avait été déversé, et s'il avait lui-même eu le temps d'expier ses péchés dans Darkness Falls, il était conscient que la blessure était encore vive pour son ancien ami. Ennemi. Rival. Cas désespéré. Autant parler à un mur, donc.
Il avait le nez encore plongé dans ses dossiers quand la porte de son bureau avait grincé en s'ouvrant, marquant l'arrivée d'un nouvel arrivant. La vision brouillée par les petits caractères, il n'avait pas daigné relever les yeux, s'attendant à croiser un collègue, voire un patient en avance.

La voix qui retentit dans la pièce fit dévaler un frisson glacial le long de son dos, le poussant à dévisager l'intrus. Un goût de métal dans sa bouche, alors que cette dernière s'asséchait. Un soupir qui s'échappa de ses lèvres alors qu'il refermait le dossier trônant devant lui, lentement, faisant le moins de bruit possible.

-Rafaele...

Inutile de lui demander la raison de sa présence, ici, et maintenant. Inutile de chercher plus loin, sa verve habituelle ayant manifestement repris du service même s'il avait réussi à lui rabattre le caquet pendant quelques bonnes minutes, un mois plus tôt. Il glissa ses mains prudemment sur ses genoux, là, sous son bureau. Histoire de ne rien laisser traîner que celui qui avait été son frère puisse briser, ou atteindre. L'observant scrupuleusement, le sorcier eut l'impression que Rafael arrivait à mieux focaliser son attention. Un regard encore un peu fuyant, approximatif, qui pourtant était posé avec suffisamment de concentration pour le guetter. Peut-être partiellement. Mais pas entièrement.
Si le choc initial passait, décomprimant sa poitrine, libérant sa respiration maintenant qu'il s'était assuré d'être toujours en position de supériorité, Noah restait tendu. L'autre était capable de bien des choses, et là, dans sa propre sphère publique, le psychiatre n'était pas en position de risquer un nouveau tour de passe passe. Pire, il ne pouvait pas quitter aussi aisément les lieux que lors de leur précédente entrevue. Et il n'aimait pas être pris au piège.

-Pourquoi... ?

Le mot eut beaucoup de difficultés à sortir, réponse mi-surprise, mi-intriguée par les questions de son comparse. Que voulait-il savoir ? Sur quoi le questionnait-il ? Et surtout, quelle pouvait être la bonne réponse, celle qui assurerait sa survie ? Il mit un instant à positionner ses pensées, tentant de fouiller dans sa mémoire ce qui pouvait motiver de telles interrogations. Un souffle. Et encore cette maudite mélodie qui revenait, symbole aussi obnubilant du passé que ce visage inchangé devant lui.

-Pourquoi penses-tu que j'aie fait cela, Rafaele ? Tu venais de briser ma main, et, par la même occasion, la trêve que je te proposais sincèrement. Je ne voulais rien de ce qu'il s'est passé, il y a un mois. Rien de cette animosité qui t'a poussé à me blesser, rien d'autre qu'une conversation, sinon amicale, au moins professionnelle. Tu as tout détruit, seul, comme à ton habitude.

Il n'était pas judicieux de partir directement sur le terrain des accusations, il en était parfaitement conscient. Tout autant qu'il savait être tout sauf intouchable. Si Rafael était présent dans son bureau, c'était qu'il avait réussi à faire ses petites recherches à son sujet, avec ou sans sbires, et avait assemblé toutes les pièces du puzzle pour déterminer d'un angle d'attaque. Il devait sûrement en savoir nettement plus que ce que Noah avait trahi, malgré sa propre prudence. Dieu seul savait ce qu'il avait en tête en venant ici. Aussi Noah secoua lentement la tête, se fustigeant lui-même de son manque de contrôle, et poursuivit d'une voix qui aurait été emportée par le vent pour peu qu'ils aient été en extérieur.

-J'ignorais que tu serais l'homme que je devais rencontrer. Et outre la surprise, l'ironie, même, de la situation, je souhaitais peut-être égoïstement que nous arrivions à un terrain d'entente. Ce que tu n'étais clairement pas disposé à faire, et tu me l'as prouvé avec suffisamment d'intensité. Pour autant, je ne voulais, et ne veux toujours pas, que nous en arrivions là. Au point où nous n'avions plus rien à faire d'autre que nous entretuer, aussi sotte cette issue soit-elle, en dépit des moments que nous avons passés ensemble.

Un, deux, trois-quatre. C'était lui que cette mélodie obsédait, à présent, la pavane revenant dans son esprit avec une intensité entêtante, alors qu'il dévisageait l'aveugle. Le visage de quelqu'un qu'il avait aimé avec autant de force qu'un coeur puisse prodiguer, peut-être trop, probablement au point de le perdre, et qui pourtant ne provoquait plus que ressentiment et aigreur dans son coeur. Déception. Tout cet amour n'était que déception, au final. Une plaie ouverte des siècles auparavant qui ne se refermerait jamais, quoi qu'il fasse. Il murmura, entre ses dents, comme pour lui-même.

-Notre entrevue n'a finalement rien fait d'autre que nous heurter l'un et l'autre. Une cruelle défaite, ni plus ni moins.

Autant tirer un trait sur tout ce qui s'était passé. Et si Rafaele n'avait pas l'air aussi menaçant, ce n'était qu'une apparence. Noah avait appris à se méfier, maintenant. Il avait malheureusement expérimenté suffisamment pour savoir que l'animal qu'il avait fait de lui était vissé à sa peau, au point que ses sens étaient exacerbés. Que ses réflexes étaient bien plus vifs, et que s'il en avait envie, il lui suffirait de peu pour lui tordre le cou. Heureusement pour lui, cela ne viendrait pas sans un prix très lourd à payer pour Rafaele. Le fait que l'autre en soit inconscient pouvait encore le maintenir en vie.

-Pourquoi es-tu ici, Rafaele ? Pour finir ce que tu as commencé, il y a un mois ? Briser tous mes os pour me laisser à moitié mort sur mon lieu de travail ? Un psychiatre massacré par un patient lors de leur première séance. Ce serait doucement ironique, je le concède.

Un ricanement silencieux secoua ses épaules, les soulageant à peine de la tension qu'elles subissaient. Il s'engonça d'avantage dans son siège, posant un regard épuisé sur le visage de sa création, conscient qu'il ne pourrait pas le voir. Inutile de garder un masque, en sa présence. Il n'en avait jamais été réellement capable, même avant.
Restait que la question l'obsédait. Il devait bien avoir une raison d'être ici. Ils avaient, après tout, dépassé le stade des visites de courtoisie depuis plus d'une éternité.

-Pourquoi, Rafaele ?



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MessageSujet: Re: first you both go out your way and the vibe is feeling strong ≈ pv noah   Dim 13 Mar - 21:30



Pourquoi, Rafael. Bien évidemment, sa question se loge dans mon tympan comme le murmure pernicieux d’un sorcier. Pourquoi, pourquoi me rendre ici, pourquoi aller à la confrontation une seconde fois lorsqu’on prend quelques secondes le temps d’observer les conséquences de nos premières retrouvailles. Quelque part… je fatigue. Vraiment. Chaque jour n’en est que plus fatiguant, que plus lassant à vivre d’une existence qui n’a d’autre d’intérêt, au final, que dans son caractère vain. Que suis-je venu faire ici ? Prendre l’air. Chercher des réponses à des questions qui n’en sont pas. Combler un manque qu’un imbécile a fait naître il y a à présent un mois et que je n’arrive plus à faire taire. Ses mots m’obsèdent, cette ritournelle ne quitte pas mes pensées, mes pas me guident dans un couloir alors que mes mains se jouent des embrasures de porte pour trouver la bonne. Une porte. Deux. Trois-quatre, mes doigts tapotent en rythme la surface bien trop lisse tandis que le loup capte et note une flagrance détestable devant moi, comme l’odeur rance d’un chemin tracé bien trop d’heures auparavant. Derrière moi, j’entends Duncan s’adosser à un mur et passer un coup de fil : il doit certainement assurer ma sécurité malgré mes ordres. Et finalement, ma paume se pose sur la porte, attend quelques secondes. J’écoute, je surveille, je respire. Posément.

Un grincement m’extirpe une grimace : mes sens sont sur les nerfs, le loup est ramassé sur lui-même prêt à bondir au moindre signe d’illusion. Son soupir cisaille mes tympans, le dossier qui referme martèle ma poitrine : je me force à me détendre, à délier mes muscles et à assumer pleinement cette désinvolture guindée avec laquelle je pénètre dans la pièce. Comme un Seigneur. Comme un conquérant. Comme un maître faisant le tour de sa propriété. Mon visage est impassible, assuré et non crispé. Je ne frappe pas, je ne questionne pas, je m’impose sans le moindre scrupule. Une salutation, posée, douce, vibrante d’une certaine implacabilité sans pour autant y injecter de menace pour le moment. Mes yeux captent une fluctuation, je tressaille. Rafaele... Un mouvement dont je ne peux déterminer la teneur, mes doigts partent à la recherche d’un siège que je tire et dans lequel je m’installe tout en lançant les hostilités d’une voix posée, tirant mes lèvres dans un léger sarcasme. Des mouvements, ma tête penchée ne se focalise plus seulement au son mais à ces tracées grisâtres qui apparaissent, fulgurantes, dans mon champ de vision noir d’encre. Ma première question se cristallise entre nous, rectifiée après un battement de cœur. Rectifiée, corrigée, spécifiée. Tout ne tient qu’en un seul mot, au final : l’interrogation enfantine et incessante de celui qui cherche à savoir, qui cherche à comprendre, qui cherche à conférer au monde, à l’être, au paraître, à l’avoir, qui cherche à donner à la réalité un sens et une cohérence. Pourquoi, Noah ? Pourquoi t’es-tu laissé aller à ce petit jeu de passe-passe ? Pourquoi... ? Je ne prends même pas la peine d’acquiescer, j’attends simplement qu’il réponde. Sa surprise, le ton intrigué de sa voix… il est supposé être suffisamment intelligent pour en saisir la teneur, palper les divers fils de soie qui s’échappent de ce simple mot pour remonter à la source de mes sous-entendus avec la minutie d’un arachnide dessinant sa toile. Pourquoi penses-tu que j'aie fait cela, Rafaele ? Tu venais de briser ma main, et, par la même occasion, la trêve que je te proposais sincèrement. Je ne voulais rien de ce qu'il s'est passé, il y a un mois. Rien de cette animosité qui t'a poussé à me blesser, rien d'autre qu'une conversation, sinon amicale, au moins professionnelle. Tu as tout détruit, seul, comme à ton habitude. J’arque un sourcil, encaissant ses puériles attaques d’un mouvement d’épaule, de mon dédain arrogant. S’il me croit capable de culpabiliser, il se trompe. Ne voit-il pas que je viens dans un équilibre précaire chercher juste des explications et non un baume pouvant hypothétiquement soulage des remords que je n’ai pas ? Qu’il laisse de côté ses vaines tentatives de reporter la faute de la tournure désastreuse de notre précédente conversation sur moi, il est incapable de m’atteindre. Pas avec ces armes là, du moins. « Je te sens vexé, Noah. Te sentirais-tu si seul qu’une main légèrement handicapée équivaut pour toi à la perte d’une amante ? Tu m’en vois si confus… je te pensais davantage comblé, d’après les rumeurs… » Je persifle d’une voix légère et légèrement moqueuse. Je laisse traîner ma dernière syllabe une fraction de seconde avant de reprendre, ne m’interrompant au final que le temps d’un respiration étirée dans le temps. « Il est amusant de voir à quel point tu es blanc comme neige, finalement : à t’écouter, rien n’est jamais de ta faute, tu n’es qu’une pauvre petite victime. » Ma voix se teinte d’agressivité, contre mon gré. Je ne parviens que de justesse à conserver un sourire sarcastique. La rancœur est là, qui suinte de mon ton. J’exsude la rancœur, je transpire la colère : je suis venu pour lui octroyer la trêve qu’il réclamait, il a balayé d’un mouvement de main tous mes efforts. La fatigue est là, l’envie de n’être que Rafaele le temps de quelques heures est toujours là aussi. Mais la colère est si forte, si présente, qu’elle m’empêche de ployer le genou comme je pouvais compter le faire en arrivant. Pourquoi, Noah ? Pourquoi nous prêter à ce petit jeu stérile, finalement, alors qu’on sait tous deux qui aura le dessus à terme ?

J'ignorais que tu serais l'homme que je devais rencontrer. Et outre la surprise, l'ironie, même, de la situation, je souhaitais peut-être égoïstement que nous arrivions à un terrain d'entente. Ce que tu n'étais clairement pas disposé à faire, et tu me l'as prouvé avec suffisamment d'intensité. Pour autant, je ne voulais, et ne veux toujours pas, que nous en arrivions là. Au point où nous n'avions plus rien à faire d'autre que nous entretuer, aussi sotte cette issue soit-elle, en dépit des moments que nous avons passés ensemble. Ses mots font écho au mien, un écho déformé, biaisé par… par un je-ne-sais-quoi qui se glisse entre mes doigts malgré tous mes efforts pour le saisir. Ce que je n’étais pas disposé à faire ? Comment l’aurais-je pu, en même temps… comment aurais-je pu une seule seconde songer à accueillir d’une embrassade et d’un éclat de rire le meurtrier, certes indirect, de ce peu de bonheur que j’avais pu réussir à rassembler en sacrifiant mon frère ? Les lèvres pincées, je reste silencieux, quêtant entre ses dents le murmure qui s’en échappe. Notre entrevue n'a finalement rien fait d'autre que nous heurter l'un et l'autre. Une cruelle défaite, ni plus ni moins. Je ne peux le démentir et je ne le ferai certes pas. « Nous sommes d’accord au moins sur ce point, Noah. Une cruelle défaite, une victoire insipide et inintéressante, autant pour l’un que pour l’autre. » Trop fier pour l’admettre, je le laisse se croire perdant alors même que je me sens le plus pitoyable de nous deux. Si je l’ai agressé physiquement, ce n’était rien qu’une égratignure. Ce n’est guère de ma faute s’il s’est transformé en un imbécile chétif qui piaille à la moindre écorchure. La plaie qu’il a ouverte en moi, en revanche… elle suinte, elle se putréfie, elle se gangrène sans que je ne puisse apercevoir de rémission possible. Un, deux, trois-quatre, a-t-il conscience que ces airs et ces rythmes sont logés dans mon esprit comme une marque imprimé au fer rouge ? Pourquoi es-tu ici, Rafaele ? Pour finir ce que tu as commencé, il y a un mois ? Briser tous mes os pour me laisser à moitié mort sur mon lieu de travail ? Un psychiatre massacré par un patient lors de leur première séance. Ce serait doucement ironique, je le concède. Un claquement de langue agacé ponctue le ricanement que j’entends. Réflexe de voyant, je lève les yeux au ciel, mouvement inutile chez un aveugle mais ô combien éloquent. « Tu es ridicule : si j’avais souhaité te tuer, Noah, tu serais mort c’est aussi simple que cela. Tu n’imagines pas à quel point je peux trancher ta misérable vie d’un seul geste. Donc par pitié, cesse immédiatement tes simagrées de petite victime mal aimée et accepte une fois pour tout que tant que tu respires, tu peux me remercier de te laisser vivre. » Mon exaspération est presque plus déçue qu’agressive cette fois-ci : je ne cherche pas à l’attaquer, je m’agace juste de le voir remettre le sujet sur le tapis alors qu’en premier lieu, je suis venu ici dans une démarche de trêve à défaut de pouvoir lui concéder une paix dont il ne veut, de toute manière et de toute évidence, pas.

Pourquoi, Rafaele ? La question se pose et je ne peux que lui concéder cet instant de lucidité. Si je ne suis pas là pour me venger, pour le tuer ou pour le menacer, que suis-je venu faire dans son bureau, sur son territoire ? Si ce n’est pour m’imposer, lui rappeler qui a le pouvoir, pourquoi me suis-je imposé à l’improviste dans sa vie ? J’étouffe ma colère, je l’étrangle entre mes doigts et je la rejette avec calme. Poigne de fer sur mes sentiments, main de fer dans un gant de velours : mon impulsivité est reléguée au loup qui couine et s’agite et me voilà à regarder fixement en direction des rares mouvements que je parviens à percevoir. « Je suis fatigué, Noah. » La réponse est aussi simple que cela : ma franchise tranche avec mon acidité et mon agacement précédents. « Azzura est morte. Zaïra est morte. Je suis fatigué, Noah, et je suis enfermé dans ce que l’on m’a formé à être sans savoir comment en sortir ni même si je le souhaite. » Je m’interromps dans un soupir. Mon murmure s’enroule dans ma gorge, je perds légèrement de ma superbe lorsque je ferme les yeux. « Tu m’as proposé une trêve, je l’ai refusée. C’est à présent moi qui te la demande, Noah. Je…Je ne les ai pas tuées. » J’ai besoin de le dire, j’ai besoin de l’affirmer, j’ai besoin de le lui dire. Je suis un homme brisé, quelque part, d’une fracture que toute l’abomination qui court dans mes veines ne sera jamais capable de soigner. « Comment fais-tu, Noah ? Comment as-tu réussi à oublier Aida ? »


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Dernière édition par Rafael A. Morienval le Lun 4 Avr - 22:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: first you both go out your way and the vibe is feeling strong ≈ pv noah   Lun 28 Mar - 15:22



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Suffisance. Même plongé dans les ténèbres, Rafael n'était que suffisance, sa langue ne se déliant que pour attaquer, forme de défense efficace mais ô combien immature. Quelle nécessité avait-il de faire preuve d'autant de verve, d'autant de répartie alors qu'il était lui-même venu ici, dans le bureau même de Noah, ce jour-là ? Qu'avait-il encore à prouver que le sorcier ne savait pas déjà ? Il voulait probablement assurer sa supériorité, même en étant physiquement amoindri. Prouver qu'il existait, qu'il était bien présent, emboîtant ses pas en silence, ombre dans son dos tapie dans l'obscurité et prête à l'attaquer si jamais il daignait se retourner. Pourtant, dans le cas présent, il était devant lui, dans son propre domaine. Et si Noah n'allait pas risquer un geste malheureux dans sa propre sphère publique, il n'en était pas moins maître des lieux. Il ne suffirait pas de grand chose pour forcer son invité inopiné à sortir de son cabinet. Juste un petit coup de fil, et des infirmiers à gros bras tireraient aisément l'aveugle de la chaise sur laquelle il avait eu tant de difficultés à poser son auguste derrière. Profiter des faiblesses d'autrui était aussi petit que mesquin. Pourtant Noah n'hésiterait pas une demi-seconde à les exploiter, toutes autant qu'elles soient, juste pour ne pas avoir à subir plus longtemps les invectives de son ancien ami.

Quand bien même, les palabres de Rafael touchèrent là où cela faisait mal. Il n'oubliait pas la douleur dans sa main, ni la galère que cela avait été de réussir à la faire soigner rapidement avant d'éveiller le moindre soupçon dans son entourage direct. Il n'oubliait pas non plus que leur rencontre précédente avait été un échec, tant physiquement qu'émotionnellement, et qu'il n'avait pas pu tirer son épingle du jeu comme il l'aurait espéré. Cruelle, la déception. Et la cruauté de s'accentuer alors qu'au final, même s'il avait fait l'effort de se glisser dans son bureau sans même que le psychiatre ne s'en rende compte, Rafael restait pareil à lui-même. Un océan de vanité pour noyer la substance, pour étouffer probablement l'humain en lui qui surnageait dans tout cet orgueil. Une perte probable, un de ces nombreux dégâts collatéraux que leur relation avait pu provoquer. Restait qu'au fond, il n'avançait aucune raison quant à sa présence. Et cela avait le don d'agacer prodigieusement le sorcier, outre la vexation qu'il éprouvait à chaque nouvelle parole qui pouvait sortir des lèvres légèrement ourlée de feu son ami. La vexation prenant le pas sur tout sens critique, il répondit entre ses dents aux allégations du brun, tendu et heurté.

-Toute rumeur n'est pas parole d'Evangile, tu as bien dû l'apprendre à force d'exercer ton métier.

Il ignorait quelle était la portée de ces fameuses rumeurs, mais n'allait pas tergiverser plus longtemps sur ce point. Ce qu'il faisait de sa vie ne regardait personne d'autre que lui. Et quand bien même les rumeurs circulaient, la plèbe jasait, ça ne lui importait que peu. Tant que certaines de ses activités restaient sous le joug du mystère, il les continuerait. Et clairement Rafael n'avait entendu parler que de ses aventures extra-conjugales, quand même bien il n'avait pas de situation conjugale à proprement parler. Alors qu'il s'exprime. Qu'il persifle autant qu'il le voulait. Noah resterait conforté dans la notion que s'il avait des torts, il n'était pas l'unique responsable de leur démise à tous les deux.

L'égo de son ancien camarade s'abattit une nouvelle fois dans la pièce, avec tellement de mépris que Noah eut la sensation qu'il composait à lui seul une troisième personne dans la pièce, bien présente. Beaucoup trop présente. C'était donc ça, la raison de sa venue. C'était bel et bien pour prouver que dans leur querelle, il n'y avait pas de gagnant autre que lui, sa création, avec ses couilles aussi grosses que son égo. Prouver à l'autre qu'il avait la plus grosse, donc. Cette entrevue devenait tellement caricaturale qu'elle en était presque risible, l'énormité de ce que venait de déclarer Rafael quant à sa capacité à l'anéantir arrachant un léger ricanement au sorcier. Si seulement. Si seulement il savait le prix qu'il aurait à payer s'il décidait, un matin, de mettre fin à sa vie. Il ne le comprendrait probablement pas de sitôt, et c'était une bonne chose. Alors qu'il continue à se baigner dans sa propre vanité. Qu'il accentue chacune de ses menaces comme s'il les pensait réellement, ce qu'il avait manifestement l'air de faire. Mais au fond, quand la mort viendrait pour le sorcier, il ne partirait pas sans lui révéler le secret de sa malédiction. A voir si l'autre n'aurait aucune hésitation, cette fois, à le tuer. C'était loin de garanti, et provoqua un léger fourmillement au bout de ses doigts. Celui de la satisfaction de toujours avoir une carte maîtresse à jouer dans leurs enfantillages, pour peu que l'issue s'avère être fatale.
Prenant sur lui pour ne pas répondre inutilement à cette énième provocation, il avait posé la question, mû par le besoin de savoir. Celui de connaître la raison intrinsèque de cette visite, sans passer par les tergiversations auxquelles ils commençaient à s'habituer.

Silence. Seules leurs respirations pour le briser. Paradoxe des esprits épuisés par la joute oratoire, qui toutefois restent sur leurs gardes, trop habitués au verbiage qu'à son manque. Toujours, toujours rester sur ses gardes. Avancer le bouclier levé, prêt à prendre un nouveau tir, a essuyer un nouveau coup tant à l'égo qu'au coeur. Et pourtant il ne vint pas. L'homme en face de lui sembla tout à coup prendre un tout autre visage, son regard aveugle trahissant le poids des années. Noah tendit le cou, devant se revirement de situation, étrangement calme. Un pressentiment au creux de son ventre, celui qu'il était temps que la guerre fasse bel et bien une trêve. Trêve. Ce mot était revenu de façon inespérée dans les paroles de Rafael, s'était enraciné dans son esprit et ne semblait plus vouloir en sortir. A la déception comme à la rancœur, il n'avait pas voulu l'entendre. Et pourtant le nouveau visage que lui présentait son ancien ami, épuisé, sans fard, semblait conforter cette idée qu'il était l'heure d'enterrer la hache de guerre.
Et Noah, malgré tout ce qu'il avait envie de hurler à la face de Rafael, malgré tout le mal qu'il souhaitait ardemment lui faire, avait envie de croire que, pour une fois depuis une éternité, ils soient de nouveau capables d'avoir une réelle conversation. Peut-être temporaire. Probablement temporaire, d'ailleurs, avant que le feu de leur caractère à chacun ne reprenne ses droits pour tenter d'enflammer l'adversaire. Mais pas dans l'immédiat.

Je suis fatigué, Noah. En temps normal, il se serait réjoui de cet aveu. Il aurait jubilé, aurait ricané, aurait profité de cet état de faiblesse pour achever l'autre sans une once de remords. Et pourtant les quelques mots de Rafael, à demi-prononcés, d'une nudité si fragile qu'il n'aurait jamais cru les entendre, résonnèrent en lui avec bien plus d'intensité qu'ils n'auraient dû. Tonalité basse du hurlement d'agonie. Aveu contradictoire encore plus blessant que tout ce qu'ils avaient pu se dire plus tôt. Parce que ce n'était pas juste. Ce n'était pas juste que Rafaele puisse l'admettre aussi facilement, pas après avoir fait preuve d'autant de combativité. Ce n'était pas normal qu'il fasse preuve de faiblesse, qu'il baisse le ton, qu'il perde de sa superbe. Ce n'était pas eux. Ce n'était pas eux tels qu'ils étaient devenus.
C'était... Avant.

Le souffle comme le cœur en suspension dans l'espace, étrangement attentif, le sorcier écouta. Un, deux, trois-quatre. Le rythme revenait dans le fond de son esprit alors que des noms d'un passé trop lointain mais encore trop vibrant tombaient avec fracas dans le petit cabinet. Alors qu'un bruit de verre se brisant sourdait à ses oreilles, libérant dans ses tympans le chant des cigales. Sa gorge se noua, lors que sa bouche devenait pâteuse. Le poids des années, de l'éternité, n'amoindrissait pas seulement Rafael alors que le sorcier baissait légèrement la tête pour ne pas avoir à le voir affaibli. Une forme de respect aigre-douce, qu'il n'aurait pas cru être capable de lui offrir. Quand deux hommes se haïssent avec autant de vigueur, toute forme de compassion, même fortuite, semble être mal placée. De trop. Et pourtant c'était ce que ressentait Noah, comprenant, assimilant, encaissant les affirmations comme si elles lui étaient propres. Parce qu'elles l'étaient, même partiellement. Parce qu'il connaissait Rafaele comme l'arrière de sa main, et savait que son éducation le hanterait toute sa vie d'immortel, le rendant dans l'incapacité de trouver une forme même infime de rédemption. Et parce qu'il reconnaissait en cette discussion l'écho de celui qui avait été son ami. Qu'il entendait dans sa voix la supplique de son frère, noyé dans des siècles de rancoeur, de douleur, hurlant à la libération dans une ultime supplique.
Et la sensation était pire que de perdre un membre.

-... J'accepte. Faisons trêve.

La colère n'avait plus de place dans cette pièce, bien que sourdant toujours au fond de son âme, dans cette indignation futile qu'il ressentait toujours quant à la capacité de Rafael à s'ouvrir de la sorte. Une indignation qu'il s'efforça de taire, voyant bien qu'elle n'amènerait rien de constructif alors que, pour la première fois depuis le chaos, le loup disait ce qu'il avait réellement sur le cœur. Un, deux, trois-quatre. Le rythme revenait en écho, plongeant le sorcier dans une sensation de déjà vu. Comme si cette discussion, ils l'avaient déjà eue, des siècles auparavant. Ce n'était qu'une impression. Un souvenir. Celui du nombre phénoménal de fois où il avait imaginé cette même discussion, ce procès d'émotions, lors de ses nuits glaciales dans Darkness Falls. C'était ça, cette petite sensation de déjà-vu. Cette impression latente qu'il s'attendait déjà à ce qui allait suivre, aux jugements de valeur.
Pourtant la question que lui posa Rafael, celle-là, il ne l'avait jamais imaginée, pas même durant les milliers de configurations différentes qu'il avait pensées pour une conversation de la sorte. Une question qui lui remua les tripes, bien plus qu'il ne l'aurait cru, et qui se sentit dans la pause qu'il s'accorda avant de lui répondre. Juste le temps de se recomposer. Juste parce que Rafael avait tort, et que malgré tout il ne pouvait pas lui en vouloir de se fourvoyer à ce point.
On ne sait jamais, à moins de marcher dans les mêmes chaussures qu'autrui. A moins d'être directement dans la tête d'autrui.

-Penses-tu seulement que j'en sois capable ?

Un rire sans joie franchit ses lèvres ourlées alors qu'il baissait les yeux sur ses mains, dénuées pourtant de toute trace de son précédent mariage. Aida. Sa seule évocation était suffisante pour le ramener des siècles en arrière, là où la vie était plus douce et où résonnait encore, vibrant, le fameux chant des cigales. Là où il pouvait se souvenir parfaitement de son visage pour le voir tous les matins en se réveillant, là où sa voix n'était plus un murmure confus auquel il tentait de se raccrocher aussi désespérément qu'il le pouvait, à mesure qu'il s'effaçait de sa mémoire. Mais s'il pouvait l'oublier ? C'était impossible. Sa voix se mua en un murmure, s'effaçant progressivement face au silence qui revenait en maître dans la pièce.

-Tu crois sincèrement que j'ai pu l'oublier, Rafaele ? Oublier la plus belle chose qui me soit jamais arrivée, oublier la plus belle personne à jamais fouler du pied cette Terre ? Autant oublier de respirer, cela serait nettement plus simple.

Le rire revint, murmuré, feulé, soupiré. Un rire sans plus de joie, mais doucement ironique. Car au fond, il se raccrochait à son souvenir avec autant d'ardeur qu'il lui échappait. Douce ironie des sentiments et de la mémoire. On peut aimer quelqu'un avec passion, et pourtant son visage s'effacera toujours, progressivement, de nos souvenirs, avec autant de minutie que le vent balayant des grains de sable. Parce qu'au fond, c'était de ça qu'il se sentait le plus coupable. S'il se souvenait de ce qu'il ressentait pour elle, il ne se souvenait plus de l'odeur de sa peau. S'il savait pertinemment quelle douleur il avait ressentie en la perdant, il n'arrivait plus à se rappeler de sa voix quand elle chantait cette adaptation de la Divine Comédie qu'ils aimaient tant. Juste une bribe, abstraite, un "lasciate ogne speranza" qui lui revenait avec ardeur, clair comme l'eau, bruyant comme le tonnerre, pour lui signifier d'abandonner. De se rendre. De la laisser partir. Mais il en était absolument incapable.
Cela reviendrait à achever de sacrifier son essence, ce par quoi il s'était construit, ce pourquoi il restait en vie. Et cela, il n'en était pas encore capable. Pas alors que la notion même, et même après des siècles d'errances, relevait plus du suicide que de la raison. Même s'il savait pertinemment que c'était la chose à faire.

-Te bases-tu encore sur les on-dits pour me demander cela ? Car si tel est le cas, eux comme toi vous trompez. Aida est toujours vivante, vibrante, dans mon cœur. Peut-être trop, peut-être pas suffisamment. Elle pulse dans mes veines avec toujours plus d'ardeur, me hante à chaque pas que je fais. Mais là est toute la torture, justement. Elle me hante. Et je suis incapable de la laisser partir, alors que ce serait pourtant la plus sage de toutes les décisions envisageables...

Et incapable d'aller de l'avant, malgré les siècles. Coincé dans cet éternel piège de la mémoire, entre la cruauté de sa disparition et la culpabilité d'aller dans d'autres bras. De chercher le réconfort ailleurs, quand bien même il avait pu pressentir la voix de sa femme l'assurer qu'il pouvait. Qu'il avait le droit de se libérer de son joug, qu'il avait le droit de refaire un bout de chemin en compagnie de quelqu'un d'autre. Quand bien même, il n'avait jamais pu s'y résoudre entièrement. C'était bien pour cela que sa relation avec Enya était aussi tumultueuse. C'était pour cela qu'il avait besoin de se sentir vivre avec d'autres personnes, d'autres corps, d'autres sensations. Différentes. Et toujours revenir à Aida, seule et unique maîtresse de son cœur. Une prison dans laquelle il se repaissait d'une certaine manière, par peur d'aller vers l'inconnu. Parce que l'inconnu, tout en transfigurant, pouvait également anéantir. Une blessure si déchirante qu'il n'était pas sûr d'avoir la force de vivre à nouveau. Pas alors qu'il se sentait coupable de la mort d'Aida et de leur fille, pas alors qu'il pouvait de nouveau ressentir le poids du petit corps de Magda s'alourdir dans ses bras à mesure que la vie la quittait. Dieu, lui arrachant son monde, le punissant pour ses crimes. Il ne survivrait pas à cela, pas une nouvelle fois.

Avec l'impression que son corps faisait nettement plus son âge qu'auparavant, il se leva finalement, sans toutefois faire de gestes brusques pour ne pas alarmer son ami. Ce n'était pas le but, non. Le but était surtout d'aller jusqu'à un petit meuble, dans un recoin de la pièce, duquel il tira deux verres et une bouteille de rhum ambré, un cadeau que lui avait laissé un patient paradoxalement satisfait par ses services et qu'il ne sortait qu'occasionnellement. Pas qu'il sente la nécessité absolue de rouler sous son bureau, non. Mais s'ils en étaient au stade des confidences, autant les faire passer avec une pointe d'alcool. Il saurait rester sur ses gardes malgré la douce torpeur du liquide, il avait confiance en ses propres capacités. Et, se doutant que Rafael puisse penser qu'il préparait un sale coup, Noah ouvrit la bouteille à côté de lui et glissa les verres sous son nez pour qu'il puisse sentir qu'il n'y avait rien de nocif dans ces derniers. Le liquide ambré coula placidement dans les réceptacles, dont un fut posé devant son interlocuteur avant que le sorcier ne reprenne sa place dans son fauteuil. La chaleur de l'alcool dans sa gorge, un claquement de langue, et il poursuivit, déjà plus à même de poursuivre la discussion.

-Et toi Rafaele ? Es-tu capable d'oublier Azzura ?

Pas de jugement, pas de provocation. Pas cette fois. Il n'avait pas envie de remuer le couteau dans la plaie, pas alors qu'il venait d'ouvrir la sienne pour laisser son ami voir qu'elle était encore béante. Quitte à ouvrir leurs coeurs, les laisser à vif, avant de s'entretuer à nouveau, autant qu'ils fassent les choses bien. Et la réponse de Rafael l'intéressait d'une certaine manière.
Comme quand ils étaient jeunes, et que la vie leur souriait d'avantage. Pas qu'il veuille l'aider à proprement parler, non. Mais cela le soulageait d'une certaine manière de pouvoir enfin avoir une discussion avec quelqu'un qui pouvait aussi parfaitement le comprendre.
C'était tellement plus simple. Et si regrettable qu'ils ne puissent jamais revenir à un tel état de grâce, tous les deux.



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MessageSujet: Re: first you both go out your way and the vibe is feeling strong ≈ pv noah   Lun 4 Avr - 23:55



De mes années en Italie, au treizième siècle, nombreux sont les souvenirs que je conserve. Je me souviens de la dureté de la vie, en rien similaire à l’indolence à laquelle nous sommes confrontés actuellement, je me souviens de ma jeunesse volée, de mon innocence piétinée sciemment dans le sang et la violence, je me souviens des amitiés, de la passion entre Azzura et moi, de la colère, de la rancœur, de la trahison. Je me souviens, surtout, à cet instant, de cette peur enfantine que j’avais à l’idée de sombrer à mon tour dans la cruauté des Renzacci, ce goût pour le sang et la terreur que j’ai toujours pu observer chez mon grand-père, dans un mélange indissociable de dégoût et de fascination malsaine. Cruel, il m’a transmis son savoir. Violent, il m’a offert un héritage. Détestable, il m’a confié les clés de l’asservissement des foules pour que je puisse mon heure venue soumettre et mâter ceux dont j’allais avoir la charge. Ce que je craignais de devenir, je le suis devenu pleinement, sans m’en apercevoir mais contraint, désormais, de l’assumer. Je ne sais si le loup est responsable de cette soif de sang qui me consume, je sais juste que cette agressivité constante dans mes pensées, mes paroles et mes actes, elle est mienne, pleinement mienne, que c’est mon héritage et que c’est de mon fait. Je suis venu réclamer une trêve, un rien de conversation nous pousse sur la brèche, en équilibre au bord du gouffre. Rien de ce que je voulais, rien de ce que je souhaitais, tout ce que pour quoi je suis prédestiné. En âme et conscience. Je veux le voir souffrir, je veux le faire souffrir. Une main abimée, celle là même qu’il me reproche, n’est rien comparé à ce que je veux le voir endurer, juste pour le plaisir d’imprimer ma marque dans sa chair et d’avoir l’ascendant complet sur son être, pour une fois. Ce n’est rien comparé à ce que je veux graver dans son esprit, juste pour partager avec lui ce qui me ronge et me consume, ce qui me détruit, s’enracine en moi, putréfie mon sang, détériore mes veines, vicie ma respiration. J’inspire lentement, m’entendant rétorquer, dans une acidité délayée les marques d’une trêve illusoire. Sa réponse est aussi éloquente que la vexation qui suinte de sa crispation. Toute rumeur n'est pas parole d'Evangile, tu as bien dû l'apprendre à force d'exercer ton métier. Sans attendre, mes lèvres s’étirent. « Certes mais il m’a aussi appris que les rumeurs sont justement les plus fortes lorsqu’il s’agit de réduire à néant la réputation d’un homme. Et qu’aucune n’est sans fondement, qu’elle soit motivée par une amère réalité ou de la jalousie. » Ma voix est moqueuse, je persifle, ma voix devient agressive que je ne donne mine de me calmer.

Petit à petit, toutes mes illusions tombent, je cède à la facilité. Je cède à la pression d’un ancêtre, je m’enfonce dans ce que je craignais. C’est de cela dont j’avais vraiment peur : d’être réellement un monstre et de ne rien pouvoir faire pour ralentir la transformation. Sauf que le monstre est là, sauf que le monstre est seul, sauf que le monstre s’autodétruit dans un ego qui l’étrangle et le noie. Mes menaces se placent entre mon vieil ami, comme des marques de ma faiblesse, comme des preuves tangibles de ma vulnérabilité. Et finalement, s’échouant entre nous, nos deux questions reviennent.

Brûlantes. Incisives. Qui justifient ma présence, quand bien même je me suis appliqué depuis mon arrivée à savamment saborder toute mes défenses et ma crédibilité. Pourquoi. L’enfant rétorquerait parce que, ces deux mots se perdent sur les lèvres, égorgés. J’inspire, lentement. J’expire, attention portée à ce flux d’air dans mes poumons. Pourquoi suis-je ici ? Ce n’est pas pour le provoquer, ce n’est pas pour le tuer, ce n’est même pas pour me venger. C’est pour me libérer d’une nasse qui s’est refermée autour de moi et dont j’ai été le principal artisan. Une phrase, je résume l’ensemble. Je suis fatigué. Je suis fatigué, Noah, d’être moi. Je suis fatigué, Noah, de lutter pour ne faire qu’enchaîner les défaites. Je suis fatigué, Noah, de voir mes victoires se retourner contre moi et dévoiler après coup leur véritable visage. J’ai encore dans la gueule le sang de ceux que j’ai chassés, pour leur seule nature surnaturelle. J’ai encore dans la gueule, Noah, le sang de mes hommes, le sang des carnages, le sang de la colère qui a bouillonné dans mes veines ce jour où j’ai tué celle qui aurait pu me relever. Je suis fatigué, Noah, parce qu’aucun homme n’est supposé vivre plus de sept siècle, parce qu’aucun animal n’est supposé traverser les âges. Autour de moi, les morts s’accumulent, les fantômes aussi. Je suis constamment sur la brèche, constamment au bord de la rupture, et je ne maintiens l’illusion que parce que c’est la seule chose que je suis présentement capable de faire. Parce que c’est ce que je dois faire, parce que c’est ce que les responsabilités que je m’impose et qui pèsent sur mes épaules m’incitent à faire. Chaque phrase est un aveu, un cri, un appel au secours. Tu m’as proposé une trêve, Noah. Je t’en propose une à mon tour. Les rythmes d’une musique de notre époque se faufilent entre nous, cadencent mes mots contre mon gré. ... J'accepte. Faisons trêve. Un murmure, un soupir. Je me demande comment il fait, je l’envie même, d’être capable d’accepter l’inacceptable. J’ai envie de le croire, j’ai envie de baisser ma garde mais inconsciemment la méfiance, sinueuse, pervertit mes pensées pour m’amener à déceler l’inévitable.

Il n’accepte une trêve qu’en prévision d’un coup de poignard dans ma cage thoracique. Le loup grogne, le loup gronde, le loup me dit que l’on ne peut pas lui faire confiance et qu’il faut mordre, maintenant. Qu’il en faut pas poursuivre sur cette voie vulnérable, qu’il faut se rétracter. Que je suis allongé, gorge exposée, à quelques centimètres des crocs de l’ours. Que je vais tout perdre si je m’entête à le croire capable d’accepter une trêve que j’ai si violemment rejetée un mois plus tôt, que j’ai si violemment piétinée en arrivant, que j’ai stérilisée par mon acidité, mon assurance, mon arrogance, ma toute-puissance. Le loup hurle, s’impose, lacère mon esprit, s’évertue à marquer mes pensées de sa rage. Et pourtant, je parviens à rester faible. Deux questions, un aveu. Un silence. Angoissant. Des noms sont prononcés, avec la douleur qu’il va avec. J’essaye de rester lucide mais je rends les armes, petit à petit, devant l’indéniable. Il s’en sort mieux que moi. Est-ce le temps qui panse les blessures, sont-ce les siècles qui suturent la plaie béante ? Comment fait-il pour oublier Aida sans crever sous la culpabilité ? Les lèvres de Violet se consument sur les miens, le regard acéré d’Azzura me réduit en charpie. Penses-tu seulement que j'en sois capable ? Et la voix de Noah me rattrape au bord du précipice, in extremis. Son rire sans joie ne trouve pas de prise sur moi, je garde les yeux fermés derrière mes verres teintés. Son murmure se glisse jusqu’à moi. Tu crois sincèrement que j'ai pu l'oublier, Rafaele ? Oublier la plus belle chose qui me soit jamais arrivée, oublier la plus belle personne à jamais fouler du pied cette Terre ? Autant oublier de respirer, cela serait nettement plus simple. Je pourrais m’amuser de sa prétention, je pourrais rétorquer qu’Aida ne valait rien comparée à Azzura, je pourrais… je reste silencieux. Subjugué par ce que j’entends, par ce don je ne me doutais pas un seul instant. Qu’il puisse l’aimer encore, après tout ce temps. Qu’il puisse malgré tout la tromper, qu’il puisse malgré tout vivre sans, qu’il… Te bases-tu encore sur les on-dit pour me demander cela ? Car si tel est le cas, eux comme toi vous trompez. Aida est toujours vivante, vibrante, dans mon cœur. Peut-être trop, peut-être pas suffisamment. Elle pulse dans mes veines avec toujours plus d'ardeur, me hante à chaque pas que je fais. Mais là est toute la torture, justement. Elle me hante. Et je suis incapable de la laisser partir, alors que ce serait pourtant la plus sage de toutes les décisions envisageables... Je me redresse, tendu. Disséqué. Chair à vif. Ce qu’il dit, c’est ce que je ressens. Ce qu’il vit, c’est ce que je vis. Sauf que… Ma respiration a beau être régulière, elle ne le reste que sous ma volonté la plus éreintante. Elle menace d’échapper à mon contrôle pour se perdre dans les battements de cœur de Violet, dans les battements de cœur d’Azzura, dans des rythmes de pavane que nous dansions à l’époque. D’un pas lent et langoureux. Son manque explose dans mes veines, m’étrangle. Sauf qu’Azzura est morte. Si Aida semble avoir encore le droit de vivre, Azzura est morte et me hante. Hante de son cadavre, hante de ses reproches, hante de nos disputes inachevées. Cette pensée me pousse à rompre mon mutisme. « Je ne me base que sur… que sur mes espoirs, Noah. Nous sommes semblables, nous sommes aussi mauvais l’un que l’autre, nous sommes aussi perdus l’un que l’autre. Des cadavres en décomposition qui font bonne figure, qui charment, paradent, se pavanent, qui s’intègrent, plient la réalité leurs propres codes pour mieux asseoir une domination pour laquelle ils sont nés. Tout en restant des cadavres. » Nous. Qu’il n’en prenne pas ombrage, je m’inclus dans ce dégoût que crachent mes lèvres.

Il se lève, je me tends, loup sur les nerfs, loup aux aguets. Les effluves d’alcool engourdissent ma méfiance toutefois. Les verres s’entrechoquent, se glissent entre nous. Le rhum que je ne manque pas reconnaître à l’odeur coule et se calme. Les odeurs se mêlent et se mélangent, dispensées de tout poison. Inconsciemment, je me méfie, inconsciemment, je vérifie. Des mouvements, je les suis à l’oreille à défaut de les voir, l’agitation finit par cesser. Et ma main tâtonne d’un geste maladroit à la recherche de la chaleur de l’alcool pour anesthésier la douleur. Et toi Rafaele ? Es-tu capable d'oublier Azzura ?

C’est à mon tour de sourire, comprenant mieux sa réaction lorsque j’ai mentionné Aida. Comment ne pas sourire devant le côté risible de la question ? Comment oublier une femme que l’on a aimé sans limite pendant plus d’une vie ? Un frisson de culpabilité électrise mon épiderme. Je suis hypocrite. Parce que le fait est que « Elle m’échappe déjà… » Une voix brisée. Contre mon gré. Eclatée en minuscules éclats qui viennent se ficher dans mon âme. « Parfois je me réveille en sursaut, entendant son cri. Mais je ne vois pas. Je ne vois rien. Je ne peux même pas me réfugier dans ces esquisses qui la maintenaient en vie. J’entends le rire de ma fille, j’entends ses petits pas courir vers moi, ses mains se tendre pour se pendre à mon cou, loger sa respiration brûlante dans ma nuque. Mais je n’entends plus Azzura. Trop de non-dit, trop d’amertume, trop de colère… » Ma voix s’égare et je perds davantage de ma superbe pour n’avoir plus qu’une trentaine d’années et une armure fragilisée, lézardée. « J’ai l’impression de la trahir chaque jour, à parvenir à respirer sans elle. Je la perds, Noah. Je n’ai plus rien auquel me raccrocher. Je me suis enfermé dans un filet dont je suis incapable de me dépêtrer, j’ai embrassé à bras le corps un héritage mortifère, j’ai bafoué tout ce en quoi elle croyait, j’ai détruit tout ce qu’elle avait construit en moi. Je ne suis plus rien qu’une honte à sa mémoire et je ne parviens pas à… » A m’en vouloir ? A changer ? Un sourire désespéré se pose sur mes lèvres, incongrus. « Peut être suis-je réellement venu voir le psychologue et l’ami avant de venir te voir, Noah. » Je déglutis, portant une nouvelle fois le verre à mes lèvres sans réussir à aller jusqu’à y tremper mes lèvres. « Comment supportes-tu la culpabilité ? » Non, ce n’est pas la question. Je me rectifie dans un soupir. « Comment portes-tu la culpabilité sans t’écrouler ? Ce sang que j’ai sur les mains, sans parvenir à le regretter, je ne peux l’effacer. Mes choix, je ne peux revenir en arrière, je n’arrive même pas à leur trouver d’alternative. Et tout ne fait que m’indiquer une voie sur laquelle je ne peux que m’engager mais sur laquelle, aussi, je vais me perdre. Sommes-nous voués, mon vieil ami, à un destin gravé dans le marbre ? »


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MessageSujet: Re: first you both go out your way and the vibe is feeling strong ≈ pv noah   Jeu 21 Avr - 11:14



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Des cadavres. Le liquide ambré, chaleureux, n'apaisait qu'à peine la sensation mordante que ses propres confessions avaient laissées sur sa langue. Une forme de dégoût teintée d'amertume, qui n'avait pas seulement comme source les paroles de son compagnon. Dégoût de Rafaele, dégoût de la vie, dégoût du Destin, dégoût de lui-même. Un chaos sans précédent qui les emportait l'un comme l'autre dans l'auto-apitoiement, sans que cela n'ait l'air d'être grave, au final. Parce que ça ne l'était pas, pas aujourd'hui, pas alors que pour la première fois depuis plus de 700 ans ils parlaient d'égal à égal. D'ami à ami. Tout du moins c'était ce que Noah espérait, tout au fond. Retrouver dans cette conversation la seule personne encore de ce moment à l'avoir réellement compris. A l'avoir cerné. A le connaître comme le dos de sa main, comme s'il l'avait fait.
En quelques sortes c'était le cas. Rafael l'avait façonné tel qu'il était à présent, avec ses colères, avec ses craintes profondes. Avec ses blessures. Ils s'étaient tous les deux modelés à leur guise, dans une pantomime grotesque et barbares de ce qui avait été. D'amis, ils étaient devenus ennemis. De frères, ils étaient devenus Némésis, la plus vieille des histoires racontées par les hommes. Mais ça n'empêchait pas qu'ils étaient, même dans la haine, égaux. Noah ne l'avait jamais vu de cet œil, pourtant il devait lui-même reconnaître que la ressemblance était flagrante. Ils étaient les mêmes. Tous les deux des cadavres, ombres d'humains errants l'un comme l'autre à la surface de la Terre, tentant de raccrocher les quelques lambeaux de leur Humanité déchirée à des sentiments primaires. Et si Noah était un psychiatre, un confesseur avant tout, il n'avait jamais pris le temps d'analyser les choses sous l'angle que soulevait le Loup présentement. Faisant écho à cette définition bien trop exacte, son regard s'abaissant sur le liquide ambré dans son verre trop propre, il murmura :

-Plus morts que vivants. Des esprits s'accrochant désespérément à leur réalité pour ne pas avoir à réaliser à quel point leurs essence propre a volé en fumée...

Dans d'autres circonstances, cela l'aurait tué d'admettre que Rafael ait raison sur quelque chose. Cela l'aurait même vexé qu'il daigne le mettre dans le même panier que lui. Et pourtant.
Pourtant il avait voulu que la conversation se poursuive, inversant les polarités, offrant à son interlocuteur la possibilité de s'exprimer à son tour. Quémandant presque une forme d'explication quand, au fond, il ne la connaissait que trop, cette fameuse explication. Au fond, tout au fond. Ils étaient pareils. Le temps, les sentiments, les siècles les ballottaient toujours avec la même intensité qu'auparavant, sans qu'ils ne puissent rien y faire. La violence, la haine, le mépris, l'envie de revanche les poussaient comme des vents impétueux, capricieux, les déracinant au sol du bon sens et les empêchant de se rapprocher de la quiétude hypothétique de l’œil du cyclone. Ils étaient des fétus devant l'ampleur de leurs propres dégâts. Soumis à une vie passée qu'ils ne pourraient jamais oublier, au point qu'elle les poursuivait même maintenant.
Hors du temps. Deux échos du passé. Mauvais.

La voix de Rafael perturba le calme qu'il se donnait. Brisée, tout aussi rompue que son aveu, qui faisait étrangement écho aux siens. Noah avait en face de lui son exacte opposée, et pourtant ils étaient similaires sur les plus essentiels des points. Il baissa les yeux, même s'il n'avait pas à soutenir le regard de son ancien ami, caché par ses épais verres teintés. Une nouvelle fois cette forme désuète de respect. Celui du confesseur qui n'émettra pas de jugement, celui de l'ami qui connaît la même douleur et partage ses peines. Il n'aurait jamais cru reprendre ce rôle vis à vis de Rafael, un jour, et pourtant.
Pourtant ça n'empêcha pas son cœur de se serrer une nouvelle fois, alors qu'il n'émettait aucune remarque quant à ce que disait son ami. Parce qu'il savait. Parce qu'Aida aussi lui échappait, pareille à un mirage, ses traits s'étant magnifiés avec le temps, fantomatique fantasme qu'elle était devenue. Enya lui ressemblait, oui. Elle ressemblait à ces soupçons d'Elle, des fragments dont il n'était même pas sûr qu'ils soient réellement des souvenirs. Le sourire sans joie revint danser sur ses traits, mimétique alors qu'il voyait que Rafael, pourtant buté lors du sien, comprenait enfin sa vraie signification. Inutile de lutter, inutile de tenter, tout combat était vain. Les souvenirs étaient voués à s'effacer, lentement, la poussière s'envolant toujours au gré du vent, suivant le cours naturel des choses. Même les plus importants.

-Tu comprends, alors. Maintenant que tu vois, que tu le ressens aussi, tu comprends.

Il n'aurait jamais cru entendre un jour ce type d'aveu sortir de la bouche de Rafael. Entendre celui que le cours des choses, de la vie, avait transformé en son ennemi, l'entendre dire qu'il éprouvait exactement la même chose que lui. Caressant distraitement le pourtour de son verre de la pulpe de son index, il se mordit la lèvre inférieure. Depuis toujours il avait vu son ami glisser le long de cette pente douce mais cruelle, celle qui le transformait progressivement en son aïeul. En ce à quoi il n'avait jamais cru, en l'homme contre lequel il avait toujours intérieurement lutté. Mais Noah l'avait vu, un mois plus tôt, dans son attitude. Ce n'était pas Rafaele qu'il avait eu en face de lui, qui lui avait brisé la main. C'était Renzacci, cruel et impitoyable, monstre sans merci et sans repos qui, même des siècles après sa mort, revenait se réincarner dans son petit fils. Une malédiction probablement pire que celle que Noah lui avait faite peser sur les épaules. Il soupira doucement, prenant grand soin de ne pas couper la confidence dans son élan. L'instant était trop rare, trop précieux pour le gâcher en palabres inutiles.

Un ricanement sardonique secoua ses épaules, à peine murmuré, plus pour le psychiatre lui-même que pour son patient improvisé. Bien sûr, son égo ne pouvait pas tolérer qu'il ait envie de le voir. Bien sûr, ils avaient passé trop de temps séparés pour réellement prétendre se connaître, désormais.

-Soit. Dans mon infinie mansuétude, je t'accorde le privilège de la gratuité de cette séance improvisée. En souvenir du bon vieux temps.

Il leva son verre dans la direction de son ami et sirota une nouvelle gorgée de rhum, l'alcool douceâtre glissant sans mal le long de sa trachée, réchauffant son vieux coeur comme ses sens. Il garda son verre en suspension un instant à la question de son interlocuteur. Une question qu'il aurait pu mal prendre, telle une énième accusation, pour peu que Rafael ne se soit pas repris de lui-même. Ce qu'il avait fait.
Comme quoi tout pouvait arriver.
Mon vieil ami. L'expression provoqua un frisson glacial le long de son échine, tant de plaisir que de frayeur. Car la question, une fois de plus, faisait trop cruellement écho avec ses propres ressentis qu'une once de méfiance crut dans son esprit. Et si Rafael faisait exprès de le lancer sur cette piste ? Si toute cette discussion n'était qu'une mascarade, une nouvelle ruse pour le pousser dans ses retranchements et le perdre ? Son vieil ami avait prouvé qu'il n'était pas fiable, ses torts passés mis de côté. Il ressemblait trop à Renzaccio. Bien trop.
Pourtant. Pourtant Noah, majoritairement, voulait y croire. Pire, il savait en avoir besoin. C'est pour cela qu'il acheva son verre, se donnant du courage pour affronter ses propres démons. Parce que la culpabilité était devenue son amante la plus fidèle, bien plus que tous les autres, bien plus qu'Aida, depuis des siècles. Elle l'avait bordé depuis sa sortie de Darkness Falls. Elle l'avait poussé à s'accrocher vainement à la vie pendant ses siècles de Purgatoire. Elle était encore là, bien présente, dans cette petite pièce étriquée qui sentait la naphtaline et les produits chimiques d'entretien de l'hôpital.

-Quant à la culpabilité... Un nouveau soupir s'évanouit sur ses lèvres alors qu'il posait son regard le long d'une ligne imaginaire, cherchant ses mots. Comme toi, elle me ronge. Elle m'accompagne, du lever au coucher, dans la solitude comme son inverse. Elle est là, elle m'habille, elle me drape, elle m'enveloppe, pareille à une maîtresse capricieuse et possessive. Elle embrase mes nuits, me pousse à me réveiller en hurlant, les mains rougies d'un sang imaginaire qui semble avoir teinté ma peau éternellement. Mais elle reste là, même lorsque je ne la vois pas, tapie dans l'ombre pour nous happer aux moments où nous commençons à vivre sans elle. Une possessive, une jalouse maîtresse...

Son regard se perdit jusqu'à cette limite où la vue devient floue, où les barrières physiques deviennent intangibles, sa voix continuant d'aller en se perdant toutefois. Calme. Lointaine. Contrite. Tout autour de Rafael, les murs se muaient en foule sombre, amassée, criant sur tous ses pairs attachés sur des bûchers, immolés par sa faute.

-J'entends toujours leurs hurlements, tu sais, Rafaele. Je me souviens encore de l'odeur âcre de la chair humaine, cette odeur pareille à celle du porc, mais toutefois plus racée. Inoubliable. Ceux qui ont été perdus dans les flammes d'une trahison par leur propre espèce. Et je sais, au fond, que ce qui est arrivé, c'est partiellement de mon fait. Je sais qu'au fond, on est responsables de ce qui nous arrive, que le destin finira toujours par nous rendre chacune de nos erreurs, chacune de nos errances, même, au centuple.

Sa main se tendit spontanément vers la bouteille de rhum avant de se raviser, et rejoindre sagement la surface lisse du bureau. Une attache à la réalité valait mieux que l'ivresse. C'était s'ancrer dans le concret qui permettait de ne pas sombrer dans la folie. Un enseignement durement acquis à Darkness Falls.

-Il y a une relation de causalité constante, entre ce que nous faisons et ce qui nous arrive. Pour autant je ne pense pas que nous soyons tenus de subir éternellement ce que nous avons provoqué par le passé. D'être punis toute notre éternité par cette culpabilité rampante qui n'aura jamais fini de nous consumer. Nous ne sommes peut-être pas entièrement maîtres de nos destins, vieux frère. Mais nous avons encore la possibilité de refuser les schémas passés, de rompre nos chaînes pour entrevoir un avenir façonné par nos propres idées. Car si le passé est un fait, l'avenir reste abstrait. Il est à faire, à construire. Et ce n'est pas avec le regard vers l'arrière que nous pouvons aller de l'avant.

Le pragmatisme du psychiatre, l'opiniâtreté du confesseur, faisaient sortir ces paroles de ses propres lèvres, rompues depuis maintenant des années à ce type d'exercice. Une vision basée sur le pardon, sur l'acceptation, qu'il ne cautionnait pas dans son ensemble. Et pourtant il était des fois plus simple de croire qu'ils pouvaient encore avoir une incidence, ne serait-ce qu'infime, sur ce qui était à venir. Juste un tout petit peu. Juste un léger soupçon d'espoir pour éviter de sombrer dans le néant.

-Pour autant, la tâche est ardue et nettement plus simple à dire qu'à mettre en application. Et je ne dis pas cela seulement en général. J'ai tenté, Rafael. Ardemment. Mais pour être parfaitement honnête je n'ai toujours pas trouvé la méthode pour cesser d'entendre tous ces hurlements. Le sang sur mes mains, comme celui sur les tiennes, refuse encore de partir.

Les flammes s'intensifièrent autour de la silhouette ramassée de son ancien ami, presque réelles, au point qu'il pouvait les sentir lécher la peau de son visage. Tangibles. Il secoua ses boucles brunes lentement, paupières closes, pour chasser l'image de son esprit. Pour chasser ces cris en tentant désespérément de les repousser d'un mouvement vain, pareil à un enfant se cachant sous ses couvertures pour ne pas voir le monstre sous son lit. Douce, douce culpabilité. Il finit par laisser échapper un nouveau rire sans joie.

-Tu sais ce qu'il y a de pire, au fond ? C'est la solitude. Le fait d'avoir un tel fardeau à porter sans jamais pouvoir le partager avec quiconque. Car quelle âme autre que nous peut entrevoir l'immensité de son poids, percevoir les dégâts qu'il cause, et le porter même partiellement sur ses épaules pour nous délasser un peu ? J'ai vu ce que la solitude, la culpabilité, faisait aux hommes à Darkness Falls. Dans quels retranchements elle les poussait, à quel point ils approchaient tous tellement de la démence qu'il aurait été plus clément de les achever pour mettre un terme à leur misère. Des êtres qui n'avaient plus rien d'humain sinon leur enveloppe charnelle, le regard éteint, vide, perdu dans les abysses de leurs propres fautes. Des ombres errantes sans aucun but, pareilles à ces esprits dont je t'avouais quelque fois les voir quand nous avions un peu trop bu, ces soirs d'ivresse. Seuls avec leurs démons, livrés à la seule puissance dévastatrice de leur culpabilité. Sa voix se perdit à nouveau, se heurtant aux souvenirs encore trop vifs du Purgatoire. Les mois passés dans les geôles des prisons sans murs lui revinrent à l'esprit, glaçant son sang alors qu'il murmurait tout bas. As-tu, toi, trouvé quelqu'un qui ait suffisamment de force pour comprendre ? Car à part toi, je n'entrevois personne.

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MessageSujet: Re: first you both go out your way and the vibe is feeling strong ≈ pv noah   Lun 2 Mai - 21:27



L’odeur de l’alcool est entêtante, je me perds un instant dans ses effluves, les laissant chatouiller mes sens comme pour mieux leur promettre les distorsions à venir. L’odeur de l’alcool, la respiration de Noah, ma vue qui tente des approches hasardeuses, la douleur à mes tempes et ces migraines ophtalmiques qui commencent, mes sens sont saturés d’information et je me laisse aller à cette omniprésence pour mieux cesser un instant de penser, alors que mes lèvres trempent dans l’alcool, s’en imprègnent, alors qu’une brûlure glacée dégringole ma trachée. Des cadavres, voilà ce que nous sommes : il est trop tard pour se borner aux illusions. L’un comme l’autre, au final, nous ne sommes plus que des cadavres et le mot pourri sur les lèvres dans un mépris affiché, orienté autant vers mon ancien ami que vers moi-même. Qu’il ne s’offusque pas, je ne nous différencie pas à cet instant. Dégoût amer, dégoût doucereux, dégoût assumé : tout me dégoûte, moi le premier. Tout me fatigue, tout m’épuise, tout me laisse perdu et errant. Plus morts que vivants. Des esprits s'accrochant désespérément à leur réalité pour ne pas avoir à réaliser à quel point leurs essence propre a volé en fumée... J’hoche la tête, légèrement, étonné quelque part de l’entendre confirmer mes propos. Les cendres de notre amitié se déposent sur nos épaules, consument nos habits pour venir ronger nos épidermes.

Elles se plaquent dans ma gueule, assèchent ma langue. Obstruent ma trachée que je peinais à délier avec l’alcool qui humecte mes lèvres. Je m’étouffe, et la question qui suit comprime ma poitrine. Le sourire qui éclot sur mes lèvres n’a rien d’erreur. C’est une fleur de désarroi qui pousse sur les tombes, c’est une cinéraire maritime qui pousse sur les lèvres, dans un cri de douleur et une voix brisée. Si je suis capable d’oublier Azzura ? Non. C’est bien pire que ça. Je m’autodétruis dans son souvenir, je piétine ce qu’elle était, je massacre des siècles de perdition pour mieux déchirer ce qu’il reste de son identité. Son visage, son visage m’échappe, se délie et se brouille comme une peinture abandonnée sous des torrents de pluie. Si je suis capable d’oublier Azzura ? Elle m’échappe. Et je ne peux la retenir, plongé dans le noir et mes pensées, perdu dans le sang, les pulsions bestiales et cette attirance qui ne va qu’en se renforçant pour une autre qu’Azzura. J’ai le cœur au bord des lèvres à la seule mention de celle que j’ai toujours considérée comme étant ma femme sans que l’on n’ait pu avoir le droit de se marier. Parfois, je me réveille en sursaut, m’entends-je confesser à Noah dans une vulnérabilité en écho avec mon impuissance à m’en sortir de moi-même. Parfois, m’entends-je lui avouer, j’entends le rire de ma fille, je me remémore ses pas courant vers moi pour sauter dans mes bras et chercher du réconfort sur ma poitrine. La douleur ne s’amoindrit pas avec le temps, elle se renforce. Mais si Zaira reste bien présente dans ma vie, Azzura… trop d’amertume… ma voix se brise, je dégringole. Tu comprends, alors. Maintenant que tu vois, que tu le ressens aussi, tu comprends. Mon regard vide se fixe sur mes mains, là où se trouve un verre que je ne vois pas, que je ne peux que sentir, dont je ne peux entendre que les clapotis du liquide sur les parois.

Je suis en ruine. Il ne subsiste derrière le Seigneur rien de la superbe que j’arborais en toute confiance par le passé. Il ne reste de Rafael qu’une carcasse vide, pourrie jusqu’à la moelle, il ne reste rien de l’homme, seul survit le monstre. Ma confession n’a rien de forcée, elle glisse seule entre mes lèvres, des gouttelettes de regrets laissant présager l’océan qui noie mes poumons. Amertume, colère, déception, je suis en ruine et j’aimerais pouvoir regarder Noah dans les yeux lorsque je lui dis ce qui me pèse, finalement, le plus dans le carnage qu’est ma vie, dans les décombres qu’est ma survie. Mon héritage, finalement, je l’ai embrassé. Pleinement. Le sang sur mes crocs, la colère dans mes veines, la fureur aveugle de mon grand-père, tout cela s’est réveillé et je n’ai pas eu la force cette fois-ci de l’éteindre. Mes veines charrient la rage bestiale d’un homme, ma respiration n’est que le souffle putride d’une justice en laquelle je croyais et que je piétine chaque jour un peu plus. Je ne parviens pas à… Je ne termine pas ma phrase mais son terme est pourtant sur mes lèvres. Je ne parviens pas à lutter contre cette noirceur qui a toujours été mienne et qu’Azzura maintenait au loin. Je ne parviens plus à changer, je ne parviens plus à vouloir changer. Un soupir, mon sourire revient, désespéré.

Et le rire de Noah trouve un frère. Qui suis-je venu voir, finalement ? Un frère, un ami, un ennemi, un homme du même temps que moi ou un psychologue qui m’écoutera déverser fiel et aveu sans pouvoir se permettre le moindre jugement et la moindre critique ? La confusion se fait, la confusion s’estompe. Soit. Dans mon infinie mansuétude, je t'accorde le privilège de la gratuité de cette séance improvisée. En souvenir du bon vieux temps. Je me crispe, instinctivement, le loup ne pouvant tolérer que l’on puisse lui parler sur ce ton, qu’on puisse même faire preuve de mansuétude. Je dois me faire violence, dans toute mon arrogance, pour ne pas chercher à saisir Noah à la gorge dans le but de lui faire ravaler ses mots, et pour me concentrer sur l’humour de cette phrase. « C’est cela… accorde moi ce que tu veux si t’amuses… » C’est tout ce que je parviens à lui concéder dans un effort de bonne volonté, pour montrer qu’à défaut de mater le Seigneur, l’homme tente de s’imposer et de goûter sans hurler à ce qui n’est qu’une plaisanterie, du moins je l’espère. J’inspire, porte le verre à mes lèvres pour filtrer mes pensées et apaiser l’animal.

Il faut que je sache. Il faut que je comprenne. Il faut que je trouve un chemin pour m’extraire de ces ombres qui m’enveloppent et me tirent dans la Géhenne. Il faut que je trouve une voie pour me défaire des ténèbres, pour dénouer ces chaînes qui pèsent sur mes bras et me clouent à terre, comme un supplicié devant son bourreau. Devant moi. Comment, comment donc fait-il pour supporter la culpabilité et ce sang sur nos mains, ce sang qui s’amoncelle, se craquèle, s’assèche et imprègne notre épiderme pour mieux le pourrir de son odeur métallique. Quant à la culpabilité... Je lève un regard vide en direction de cet homme qui seul est pleinement à même de me comprendre. Ami ? Psychologue ? Confesseur ? Qu’est-il à cet instant lorsqu’il reprend la parole ? Comme toi, elle me ronge. Elle m'accompagne, du lever au coucher, dans la solitude comme son inverse. Elle est là, elle m'habille, elle me drape, elle m'enveloppe, pareille à une maîtresse capricieuse et possessive. Elle embrase mes nuits, me pousse à me réveiller en hurlant, les mains rougies d'un sang imaginaire qui semble avoir teinté ma peau éternellement. Mais elle reste là, même lorsque je ne la vois pas, tapie dans l'ombre pour nous happer aux moments où nous commençons à vivre sans elle. Une possessive, une jalouse maîtresse... Si je ne peux le voir, je le sens, je l’entends s’égarer dans ses songes sans être capable ni ne voulant le retenir. Qu’il se perde, qu’il se perde donc tant qu’il m’apporte une réponse. Tant qu’il m’apporte une solution. Parce que ce qu’il décrit là, c’est ce fléau qui s’abat sur mes tempes et sur mes omoplates lorsque je m’hasarde à errer moi aussi dans des regrets et des remords. Nous sommes les mêmes, lui et moi, deux cadavres aux mains rougies qui continuent de peindre de leurs caresses le monde qui les entoure. La voix de Noah est omniprésente, plus rien d’autre n’existe autour de moi. Des hurlements, une odeur âcre, se remémore-t-il donc bien plus que moi qui ai accepté ces morts avec une facilité déconcertante, ne me bornant au final qu’à regretter le sang des innocents de cette époque qui recouvre mes doigts ? Je sais qu'au fond, on est responsables de ce qui nous arrive, que le destin finira toujours par nous rendre chacune de nos erreurs, chacune de nos errances, même, au centuple. La gorge sèche, j’attends avec une patience infinie qu’il poursuive, continue, conclue et soulage ma conscience épargnée de manière si… sélective. Je ne suis pas un homme bien, je ne suis pas un homme bon et ce serait folie et bêtise que de me croire l’un l’autre. Mais jamais, jusqu’à présent, jamais je n’aurai pu concevoir un monde dans lequel un Noah eut pu être meilleur que moi dans sa rédemption. Et la colère qui gronde dans ma gorge n’est que la réaction la plus primitive qui soit de mon arrogance face à un tel affront. Parce que c’est bien un affront que cet aveu qu’il me concède, c’est une insulte que cette prise de conscience qui m’effraie. Noah regrette ses années de bourreau, moi je me contente de regrets ces hurlements qui me poursuivent et l’incarnation lupine de mes plus sombres travers.

Pensées éparses, songes douloureux, je l’entends finalement reprendre, après une trop longue pause. Nous ne sommes peut-être pas entièrement maîtres de nos destins, vieux frère. Je frissonne en réponse, sans pouvoir le cacher, sans même être capable de ne serait-ce que le vouloir. Parce que l’ombre d’un aïeul plane sur mes épaules, une ombre que même ma cécité n’est pas à même de cacher. Il n’est pas le seul à avoir ardemment essayé de tromper son destin. Des années, et il le sait pour en avoir été aux premières loges, des années j’ai pu essayé d’embrasser l’héritage de ma famille tout en m’accrocher avec désespoir à la lumière apportée par mes pairs. Des années à maintenir en moi la petite flamme d’une douceur que j’aurais ignoré posséder sans l’influence d’Azzura sur mes épaules, son souffle dans ma nuque, ses lèvres contre ma peau. Des années réduites à néant en une poignée de mois, en une dégringolade ininterrompue de violence et de meurtre dans le seul but de combler un peu de ce vide qui me fait imploser. Le sang sur mes mains, comme celui sur les tiennes, refuse encore de partir. Que j’aimerais, juste à ce instant, pouvoir plonger mes yeux dans les siens pour souffrir de la comparaison qui s’impose petit à petit. Que j’aimerais, aussi, y puiser un dégoût similaire. Tu sais ce qu'il y a de pire, au fond ? C'est la solitude. […] Seuls avec leurs démons, livrés à la seule puissance dévastatrice de leur culpabilité. Je reste muet, plongé dans un mutisme asséché. La solitude… As-tu, toi, trouvé quelqu'un qui ait suffisamment de force pour comprendre ? Car à part toi, je n'entrevois personne. Je fronce les sourcils. Relève la tête, aussi. La détourne dans un soupir. Pris à parti comme cela, je suis contraint de sortir de mon écoute muette. Je suis obligé de répondre, tout me pousse à répondre à cette question qui me laisse la gorge sèche. Une gorgée d’alcool, les secondes s’égrènent.

« J’avais tort. » Un murmure. Unique, très certainement. Un murmure que je n’ai pas dû souvent concéder à quiconque. « Je pensais que nous étions semblables, même dans notre déchéance. Deux cadavres, deux monstres que le destin a laissé en vie comme pour mieux tirer les ficelles et les faire s’entrechoquer, tomber et ne plus se relever. Mais… à t’écouter de la sorte… » Le verre trace son chemin sur la table. Circulaire. « il s’avère que j’avais tort. Vois-tu, Noah, tu pars visiblement du principe que ce sang qui macule autant mes mains que les tiennes, rien ne l’a recouvert depuis le temps. » Concentré sur mon mouvement, je trace des huit avec le verre, sans le voir, axant mes sens sur le doux chuintement. « C’est… désarmant de se rendre compte que l’une des personnes que je hais le plus au monde s’en sort, finalement, mieux que moi dans une décadence similaire à la mienne. » Un compliment. Masqué. Un aveu, sous-entendu. Une douleur que je suis incapable d’étrangler dans ma gorge avant qu’elle ne s’exprime. « L’Italie me manque, Noah, l’Italie et cette époque où rien n’était simple, mais où l’on avait tout. La vie, la jeunesse, l’humanité, l’espoir… que sommes-nous devenus, au juste ? Tu parles de solitude, je maintiens que le pire, finalement, ce n’est pas cela, que c’est plutôt le fait que l’on soit obligé de se regarder tomber, de plus en plus profondément, dans la fange, dans la crasse, dans notre agonie, sans être capable de s’en extraire ni même de laisser quiconque nous en extraire. » Je pense à l’autre monstre dans la vie et l’errance ont été quelques mois parallèles aux miennes. Je pense à cette balle que j’ai logée dans sa tête, sans la moindre hésitation, lorsque j’ai senti nos chemins diverger, nos routes subir un embranchement et son soutien s’étioler sous mes doigts.

La solitude. Ce vide en notre sein, ce vide qui nous détruit. « As-tu déjà tué, Noah ? » La question peut surprendre, je ne lui laisse pas le temps de répondre. « Il y a quelque chose de vertigineux dans la mort… » Ma voix se défile, c’est à mon tour de partir dans mes pensées, suivant toujours attentivement le chemin que mes doigts font tracer au verre sur la table. « Nul besoin d’être un sorcier pour voir des fantômes, nul besoin d’être un monstre pour apercevoir les esprits. Ils sont là, constamment, à nous presser d’agir pour que l’on cède, encore et encore, à ces pulsions diverses qui vont nous soulager. Je sais que je suis instable, Noah. Qu’à m’entendre, une personne supposée saine m’internerait dans tes asiles. Mais je ne suis pas fou, Noah. Je suis juste ce que j’étais voué à être. Un monstre, à mi-chemin entre la cruauté sanguinaire du Seigneur Renzacci et la bestialité primaire du loup. » J’inspire, lentement. « J’aimerais te croire, vraiment, lorsque tu dis que nous ne sommes pas contraints de nous laisser guider vers ces schémas dessinés pour nous. Combien d’années ai-je lutté pour ne pas devenir celui que je suis malgré tout devenu ? L’avenir n’a rien d’abstrait, l’avenir se creuse à chaque respiration et à chaque respiration on s’enchaîne un peu plus au monstre que l’on transporte. Regarde cette humanité pervertie, gangrénée, décadente. Regarde un peu ce qui nous entoure ? Et épargne-moi des traits d’humour douteux sur ma cécité. Regarde donc ce que l’on a laissé, ce que l’on a trouvé. Nous ne sommes pas les seuls enchaînés, l’humanité est intimement liée à ce qui la détruira. » Je libère le verre, me passe une main sur le visage dans un soupir lorsque je m’aperçois que, comme face à Violet, mon dégoût pour cette société transparait dans le moindre de mes propos. Mes pensées, d’ordinaire si droites, si calculées, si contrôlée, sont décousues.

« As-tu déjà tué, Noah, de tes propres mains ? Senti le sang dégouliner sur tes doigts, les muscles se relâcher, le corps s’effondrer ? Ce ne sont pas mes mains qui sont couvertes de sang. C’est mon pelage, ce sont mes crocs, ce sont mes armes, ce sont mes bras, ce sont mes jambes, c’est mon torse, c’est ma gueule, ce sont mes yeux… » J’inspire lentement. « Et dire que fut un temps, je croyais en une certaine justice… quand est-ce que tout a dérapé ? Quand est-ce que les amis ont-ils commencé à se transformer en ennemis ? Comment les idéaux ont-ils pu finir par être décapités par ceux qui y croyaient le plus ? »


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MessageSujet: Re: first you both go out your way and the vibe is feeling strong ≈ pv noah   Jeu 26 Mai - 15:58



Il ne savait pas ce qui était pire, en soit. Que Rafael vienne pour lui briser un nouveau membre, ou cette conversation, qui allait si profondément dans leur psyché à l'un comme à l'autre que si la sensation était agréable au départ, elle en devenait gênante. Mais aussi terriblement, maladivement, il se raccrochait à chacune des paroles de son compagnon, de celui qui autrefois avait eu une place si importante dans sa vie qu'il ne s'était jamais imaginé parcourir la surface de la Terre sans lui. Rafael prouvait, là, en ce lieu, en cette heure, qu'il n'était pas si différent du jeune homme qu'il avait connu. Qu'il avait aimé, si profondément, comme un frère, comme un ami, comme... Noah passa sa main sur son visage, l'alcool embrumant ses sens, achevant d'abaisser les derrières barrières de sa propre défense. Doutes, méfiance, le liquide ambré les avait relégués au second plan dans ses pensées, si bien qu'il n'était plus l'ennemi qu'il était supposé être pour le loup. Pire, il était redevenu un confident, dans ce bureau aseptisé qui ne se ressemblait plus, l'illusion de leur passé commun flottant si bien dans l'espace que le sorcier lui-même ne voyait plus les murs blancs ou les placards à documents divers. Non, il revoyait Rafaele, l'Italie tout autour de lui, éclatante sous son soleil de plomb, ses parfums d'épices et d'hydromel envahissant ses narines, ses couleurs ocres enveloppant son ami, le rajeunissant. Il pouvait sentir le regard pourtant absent de son frère posé sur lui, le faisant frissonner, de cette sensation qu'il n'éprouvait que quand ils avaient été ensemble, par le passé. Ce profond amour que personne n'avait jamais partagé, personne d'autre qu'eux, frères non pas de sang mais de coeur, luttant seuls et unis contre le reste du monde, leurs traits d'esprit et leur complicité comme bannière, leur fidélité l'un à l'autre comme épée.

Rafael aurait mieux fait de venir dans cette pièce avec pour but de l'abattre. Cela leur aurait évité de sonder les tréfonds de leurs âmes, de les mettre à nu comme cela. Les siècles avaient passé, portant avec eux leurs tourments, leurs haines et leurs indifférences. Les années avaient filé sous leurs pieds, coulé entre leurs doigts sans qu'ils ne puissent les rattraper, ne laissant plus que ruines et chaos. Ils s'étaient reconstruits comme ils avaient pu, édifices bancals, fissurés, abstraits, et leur conversation était cette tempête qui menaçait de les détruire une nouvelle fois. Pourtant ils continuaient, continuaient comme une nécessité vitale. Celle de retrouver le frère, l'ami, le seul qui puisse comprendre.
Le seul qui puisse comprendre. Plus la conversation allait et plus Noah savait qu'en réalité, il n'y avait que l'homme en face de lui qui connaissait les recoins les plus obscurs de son coeur avec autant d'exactitude. Une qualité, un défaut, il n'arrivait toujours pas à trancher. A trop s'épancher, il courait le risque de lui donner suffisamment d'informations qui pourraient lui nuire. A ne pas suffisamment le faire, il aurait d'autres regrets à rajouter à la longue liste de ceux qu'il éprouvait déjà. Mais une certitude était là, bien évidente, devant lui. Il ne savait pas, au moment de sa malédiction, à quel point il serait heureux bien des siècles plus tard de retrouver le seul homme sur lequel il ait jamais compté. De retrouver Rafaele, de retrouver le mordant de leurs conversations, leur profondeur rare, la finesse de son esprit. Unis jusqu'au bout, même la destruction. Une relation qui avait une valeur tragique, un amour bafoué voué à la mort des deux, et qui pourtant faisait du bien.

Oui, Rafaele aurait mieux fait de venir le trouver pour l'abattre. Parce qu'il lui offrait à nouveau son cœur, son âme nue tournée, offerte aux crocs impitoyables de sa création. Offerte au seul homme dont il devait se méfier.

Les hurlements résonnaient encore dans son esprit, d'une clarté telle qu'il pensa innocemment, naïvement, que fermer les yeux suffirait à les faire taire. Le silence était revenu après sa déclaration, pesant, accentuant les voix, galvanisant leur intensité, les libérant si bien qu'elles enveloppaient chacun de ses sens, si bien que la chaleur des flammes qui les provoquaient léchait d'autant plus ses vêtements que sa peau. Puis Rafael avait repris la parole, le sauvant de ses souvenirs, lui offrant un nouveau point d'ancrage, un nouveau repère. Une voix qui lui avait servi de phare si souvent dans la noirceur de la vie qu'il fut étonné de la voir avoir exactement le même effet cette fois-ci. Il rouvrit les yeux, suivant le mouvement de son verre sur la table, résistant à l'envie de le remplir à nouveau. Et si le chuintement n'amenuisa pas la profonde indignation qui traversa tout son corps en entendant sa créature lui dire qu'il s'en sortait mieux, il lui permit de se concentrer à nouveau sur ses paroles, évitant à son égo blessé, outré, de répondre immédiatement. Rafael avait tort. Noah ne s'en sortait pas mieux, loin de là. Il n'y avait pas de meilleur, ou de pire, dans cette configuration. Il y avaient deux hommes qui avaient vécu la chose différemment, mais que la même culpabilité ne cessait d'étouffer. Et si le ton du loup n'avait rien d'agressif, rien d'insultant, il ne put s'empêcher de considérer le propos comme une attaque. Ca n'en était pas une, non. Mais c'était une grossière erreur que de croire de telles bêtises, et de se mentir à ce point.

-L'Italie telle que nous nous souvenons n'existe pas, vieux frère. Elle est un fantasme que nos esprits fatigués, usés par la guerre que nous menons aux autres comme à nous-mêmes ont magnifiée. Mais elle n'est en rien aussi belle, ni aussi pure, que nos souvenirs nous le laissent entendre. Ce n'est pas l'Italie qui me manque. C'est la pureté de ce que nous avions avant que les évènements ne prennent un tournant tragique, des gens qui ont été à nos côtés, qui me manque. C'est l'innocence de la jeunesse, la puissance de la foi en autrui, qui me manquent. Mais la regretter à longueur de temps n'est pas à l'ordre du jour. Elle nous a construits, cette Italie. Y repenser n'est qu'un moyen de mieux sombrer dans cette spirale de la destruction dans laquelle nous ne cessons déjà de nous perdre depuis bien trop longtemps. Une illusion pour laquelle il n'est nul besoin de sorts ou de magie afin de l'entretenir, nos esprits l'embellissant suffisamment pour napper de déni nos propres erreurs.

Un aveu, murmuré entre ses mâchoires trop serrées, si douloureusement vrai qu'il ne valait pas d'être entendu par plus que son interlocuteur. Il était coupable aux yeux de tous de ce déni, de cette vision fantasmée de printemps plus chantants, où la vie semblait leur sourire malgré toute la fange dans laquelle ils se trouvaient. Où la jeunesse était douce, promise à un avenir radieux, alors même que la guerre faisait rage tant hors que dans le pays. L'Italie avait ces faux airs d'îlot salvateur, une terre où tous les torts, tous les péchés pouvaient être effacés d'un simple sourire. Mais elle n'était pas cela. Elle était loin de tout cela, pierre angulaire de leur déchéance, clef de voûte d'une arche aux pierres d'ire et dont les colonnes n'étaient autres que tous les cadavres qu'ils avaient laissés dans leurs sillons. L'Italie avait le goût du sang, derrière ses odeurs de thym, le son de l'agonie, à peine voilé par le rythme enjoué des tambours et des flûtes. L'Italie avait le regard doux, celui qu'Aida déposait sur lui quand elle revenait des champs les bras chargés de fleurs, mais que les yeux de Renzacci, rendus luisants par sa folie destructrice, ne cessaient de chasser aussitôt. L'Italie n'avait rien d'une terre promise. Son sol était d'ocre, le sang l'ayant rougi depuis et pendant trop longtemps.

Comme par l'effet d'une transition toute faite, justement trouvée vu le fil de ses propres pensées, Rafael avait repris le cours de la conversation. La mort. Le fait de la provoquer. Noah soupira, écoutant attentivement chacun de ses paroles, les buvant comme de l'eau. Une fois de plus, les mots frappaient en plein coeur, arrachant par lambeaux son âme tant ils faisaient écho à son propre vécu. Une vie passée à errer, à feindre, à fourvoyer, à achever. Les hurlements l'avaient suivi jusqu'aux tréfonds de Darkness Falls, là où les parias erraient, expiant leurs propres péchés, dans ce monde aride où la seule vie qu'on pouvait y croiser n'avait pour seul but que d'achever la votre. Alors oui, il avait dû tuer. Oui, il se souvenait de la sensation abjecte du sang chaud ruisselant le long de ses bras, teintant sa peau pendant des jours, des années. Quelques sorciers maladroits avaient croisé sa route, et il avait dû les abattre comme du bétail, ses propres pairs, pour récupérer leurs vêtements ou leurs armes. Parce que c'était ça, Darkness Falls. Des êtres rampants à la surface d'une terre qui ne voulait pas d'eux, les ongles s'enfonçant alternativement dans la terre asséchée ou les yeux de leurs adversaires.
Amis, ennemis, le concept n'existait plus à Darkness Falls. Il l'avait appris à la dure, se l'était entendu répété encore et encore par Azzura, sa voix rendue blanche par l'effroi répétant cet état de faits comme un mantra, tout l'espoir s'étant évanoui en elle. Il avait dû se battre, il avait dû abattre, il avait du... Ce n'était plus de la survie à ce stade. C'était de l'acharnement, la colère lui serrant les tripes, lui permettant de continuer d'exister. Loin de la nécessité de survivre était née cette petite sensation pernicieuse, cette forme de jouissance malade, infectieuse, à chaque fois qu'il avait pris une vie. Très vite, il s'en était accommodé. Très vite, il y avait pris une sorte de plaisir, caché, honteux, qu'il expiait tout aussi rapidement en vidant ce qu'il restait dans ses entrailles sèches sur le sol aride, en espérant que quelque part le remord allègerait sa honte. Mais le fait était là. Il n'avait pas eu honte en abattant sa masse sur le crâne d'un jeune sorcier qu'il avait croisé, pas plus qu'il n'avait eu honte quand, alors qu'il avait réussi à construire une relation de confiance plutôt bancale, il avait massacré cette sorcière française juste pour récupérer la peau de mouton qu'elle portait sur ses épaules. La nécessité appelait le sang, et le sang avait fini par apporter la satisfaction. Et s'il s'était promis qu'il ne tuerait plus directement, il y avait toujours cette envie sourde, tapie au fin fond de lui, qui appelait encore pour que la couleur carmin recouvre encore ses bras, son torse, son visage.

Le rire désabusé revint pour autant secouer, silencieusement, le haut de son corps. Si Rafael croyait être le seul à souffrir, il s'enfonçait le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. Preuve en était qu'il était persuadé que Noah s'en sortait à bien meilleur compte que lui, alors qu'il n'y avait dans cette pièce, au final, que deux êtres tout aussi monstrueux l'un que l'autre. Pas de supériorité dans le crime, pas d'infériorité dans l'abjection. C'était cela que son ami avait toujours échoué de comprendre, qu'il avait toujours refusé de voir. De tous temps, Rafael s'était tapi dans son auto-apitoiement sans réaliser qu'en vérité, ils étaient tous à mettre dans le même panier. Des bêtes plus que des hommes. Des assassins plus que des saints. Alors qu'il pose la question relevait d'une naïveté toute douceâtre, quand bien même le sorcier partageait le même ressenti. Pourtant. Pourtant rien ne coûtait de continuer d'espérer. Une espérance probablement aussi naïve que la question du meurtre, et pourtant bien présente, qui donnait envie à Noah de continuer. Qui était probablement la seule et unique raison pour laquelle il persévérait dans ses propres errances à la surface de cette planète. A quoi bon continuer de vivre sans une once d'espoir ? Celui-là même qui lui avait permis d'échapper aux prisons de Darkness Falls, qui l'avait poussé jusqu'à cet instant T, dans un bureau, après qu'il ait été forcé de se réacclimater dans un monde qui abhorrait son espèce, des siècles après tout ce qu'il avait connu ? A croire qu'au final il avait mieux réussi à s'adapter à ce monde que son ami.
Il avait eu le bénéfice de la réflexion, après tout. Ce n'était pas comme s'il avait été inconscient de son cadre de vie, pendant sept siècles. Contrairement à Rafael.

-Malgré ta vision très sombre des choses, toute analogie à ta cécité mise à part, je crains que tu n'oublies quelque chose, Rafaele. Si le monde est dénué d'une forme de lumière, d'une forme d'espoir, nul ne peut vivre. Ni même survivre. Nos errances, nos transformations, notre destin, rien n'est écrit, ou prédéfini. Tu te sens monstrueux ? Soit. Moi de même. Mais j'ose penser que si nous sommes toujours vivant en ces temps et heures, c'est pour une raison. Une seconde chance dans un univers qui a été ravagé par la Colère Divine, mais qui reste en soit une seconde chance. Nous sommes peut-être des monstres, tant toi que moi. Mais nous sommes ici pour une raison, il ne peut en être autrement. Quelle qu'elle soit, positive ou négative. Il nous appartient d'évoluer, de passer outre cette cage de culpabilité dans laquelle nous nous sommes enfermés depuis trop longtemps.

Il en était intimement convaincu, bien malgré toutes les bassesses qu'il ait pu faire depuis son retour à la Surface. Toujours, cet espoir mordant, dévorant, qui ne l'avait jamais lâché en fin de compte. Et s'il cherchait toujours sa place, et si ses actes n'étaient pas en adéquation avec cette belle odeur de sainteté qu'il se donnait dans son propre discours, il tentait. Être meilleur. Quelques soient les termes, quelles que soient les conditions. Être meilleur, surpasser qui il avait été et corriger ses propres erreurs.
Sa main vola jusqu'à la bouteille de whisky, et il remplit à nouveau les verres sans demander l'avis de son interlocuteur. Si Rafael n'en voulait pas, il n'aurait qu'à repousser le breuvage. Le sorcier, lui, en avait cruellement besoin.

-J'ai tué, Rafaele. J'ai dû me soumettre à cette abjection, moi aussi. J'ai senti le sang perler à nouveau sur ma peau plus de fois que tu ne pourrais l'imaginer, et quand bien même elle n'est ni fourrure, ni crocs, la sensation reste la même. Tuer pour vivre. Tuer pour survivre. Tuer pour le goût de la chasse, le plaisir. Tuer pour se sentir plus vivant que le cadavre jeté ensuite sur le sol, tuer pour exister et se donner un sens propre. Peu importent les raisons, j'ai moi aussi tué, et je ne reviendrai pas sur cet aspect de ma vie. Parce qu'il est aussi un élément constituant de ma personnalité, qu'il est ce qui a participé à construire qui je suis. En qualité de monstre, je peux maintenant juger l'acte. Comprendre d'autres implications, ouvrir un nouvel oeil sur la vie actuelle, et avancer à partir de là. Tu prends tous ces aspects comme des faiblesses, la preuve immuable que tu as échoué dans ta vie. Mais il n'y a nul échec que ceux que tu penses avoir eus. Ce sont des expériences, afin de te façonner, que ce soit par le sang ou par les bonnes actions. C'est tout du moins ce que je tente de me dire, malgré que l'odeur du sang reste en permanence ancrée dans mon esprit, malgré que la culpabilité me traque comme un bourreau faisant preuve de bien trop de zèle.

A nouveau, le liquide ambré coula le long de sa gorge, assoupissant sous ses boucles brunes les hurlements comme les images. Un mal pour un bien. Considérant son verre un bref instant, il se demanda comment, depuis les quelques années qu'il était de retour dans le monde des vivants, il avait réussi à ne pas céder à l'appel des drogues de tous ordres. Probablement son besoin maladif de rester en contrôle de tout, comme de lui-même. Il avait bien vu ce qu'elles faisaient à Isak. Il ne voulait pas finir comme cela, il avait encore trop de choses à faire maintenant qu'il était à nouveau plus vif que mort.
Sans une once de jugement, il reporta à nouveau son attention sur Rafael, le regard de celui qui écoute sans préjudices, sans fard aucun. Celui que pose un enfant sur un fait inconnu, décortiquant ce qu'il pouvait, laissant cavaler son imagination après coup. Les interrogations de son ancien ami l'émerveillaient, par leur innocence. Par la faiblesse avouée qu'elles comportaient, toutes, les unes après les autres. Et s'il n'était pas d'accord avec la plupart de ses théories, il n'en restait pas moins sidéré de constater qu'après des siècles, son pair avait gardé cette profondeur humaine qu'il avait eu dans le temps.
Au final, malgré l'amertume, Rafael n'avait pas vraiment changé. Il restait cet homme battu par la marée, tourmenté par le Destin, confus entre les valeurs, et son héritage.

-Te rends-tu compte que tes valeurs, tu les as toujours ? Que si tu te poses la question, c'est que tu doutes toi-même de l'inexorabilité de tes propres actions ? Le temps passe, Rafaele, il se module, il file, il ralentit. Et avec lui circulent les sensations, les émotions, les ires et les tourments. Fluctuations constantes, en mouvance perpétuelle. Ne vois-tu donc pas à quel point tu te meus toi aussi, opposant qui tu es, qui tu es devenu, et qui tu aurais dû être ? Il y a toujours cette force, chez toi, ce paradoxe qui t'imposait d'être Juste. Pas clément, pas droit, mais juste. L'homme qui juge avec impartialité, sans se laisser guider par quiconque d'autre que toi-même. Et c'est encore le cas, je le vois, je l'entends malgré tout ce que tu dis. C'est là. Enfoui derrière la culpabilité, derrière les impressions, et pourtant, c'est toujours là. Mais tu vas à nouveau me croire trop optimiste, ou trop naïf, je te connais, à force.

Il n'avait pas envie d'aborder à nouveau le sujet des amitiés bafouées ou celui des amis voués à s'entre-détruire. Sa patience avait malheureusement des limites, et elles risquaient d'être franchies s'ils revenaient sur cette question. Et la conversation avait beau l'épuiser, elle continuait de lui faire du bien, quand bien même c'était de Rafael que sortaient la majorité des informations.
Car, pour une fois, à nouveau, il était de nouveau dans ce rôle qu'il avait toujours eu. Celui de confesseur. Celui de conseiller. Celui dans lequel il avait toujours aimé être, parce que justement, il était. Parce que justement, c'était ça, le fondement de leur relation. Rafael était l'exécutant, et Noah le penseur. Rafael la force, et Noah le souffle. Indissociables, jusque dans leurs rôles l'un vis à vis de l'autre.
Et son coeur de se briser d'avantage à mesure que les minutes s'effilaient, persuadé qu'était le sorcier que cet instant béni, si ardemment désiré, ne serait finalement que temporaire.


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MessageSujet: Re: first you both go out your way and the vibe is feeling strong ≈ pv noah   Dim 19 Juin - 20:59


Ce n’est guère dans mes habitudes de me confesser de la sorte. Mes remords, je les étrangle, ma culpabilité, je l’ignore, mes regrets, je les garde pour moi dans une pudeur inavouée. Ce n’est guère dans mes habitudes d’entendre mes lèvres dévoiler de la sorte une vérité sans fard quant aux tourments qui sifflent dans mes veines et empoisonnent mon existence jusqu’en ses fondements mêmes. Ce n’est guère dans mes habitudes, non plus, de m’épancher avec un tel naturel, de livrer à une autre personne la monstruosité qui sommeille dans mon corps, comme un parasite accroché à une carcasse depuis longtemps pourrie et putréfiée. Ce n’est guère dans mes habitudes, enfin, d’accepter voire de réclamer une intrusion aussi prononcée dans les méandres de ma folie. Et pourtant, il est indéniable que c’est ce qui est en train de se passer. Parler. Répondre. Franchement. Sincèrement. Avec l’amertume douceâtre du plus violent et insidieux des poisons. Parler, encore. Avec un homme que je n’arrive désormais plus qu’à haïr, en mémoire d’une amitié que l’on pensait indestructible, en mémoire de tant de choses que cette discussion se transforme en veillée mortuaire. Nous veillons les cadavres de notre jeunesse, nous profanons les tombes de nos amours, nous piétinons l’héritage de nos convictions et de cette volonté que nous avons pu avoir, l’un comme l’autre, de se raccrocher à un espoir de justice quelconque. Des frissons, des regrets, des remords, l’effet de ses mots est une onde sur mon épiderme qui réagit comme un être distinct à ce qu’il peut à son tour me répondre. L’amertume se mêle à la déception, à ce sentiment de défaite qui attise ma colère. J’avais tort. Qu’il est douloureux de l’admettre, même dans un murmure. J’ai eu tort, lorsque j’ai cru pouvoir le contempler et me satisfaire de ma vie en jugeant sa décadence. J’ai eu tort, aussi, de me penser encore supérieur à ce frère qui m’a trahi à de trop multiples reprises. Même dans la catharsis, finalement, il me trahit puisqu’il me laisse seul dans le gouffre de la déchéance. Mes doigts font tourner le verre dans un mouvement circulaire qui me pousse à la lisière de la mise en abîme dangereuse de la vacuité de nos avenirs. L’Italie me manque. Cette seconde confession non plus, je ne l’accepte en rien. Elle se consume sur mes lèvres, comme un fer apposé sur ma peau pour mieux me marquer de manière indélébile. L’Italie me manque, notre Italie me manque. L’Italie de nos rires, l’Italie de nos amours, l’Italie de tout ce que l’on a désormais enterré non pas une mais deux fois. Que sommes-nous devenus ? Cette question est très certainement vouée à l’abandon, comme toutes les autres. Parce que la réponse n’est pas difficile à trouver, encore moins à formuler. Et assurément pas à admettre. Que sommes-nous devenus ? Des cadavres, des monstres, des squelettes et des vestiges. Des ruines. L'Italie telle que nous nous souvenons n'existe pas, vieux frère. Elle est un fantasme que nos esprits fatigués, usés par la guerre que nous menons aux autres comme à nous-mêmes ont magnifiée. Mais elle n'est en rien aussi belle, ni aussi pure, que nos souvenirs nous le laissent entendre. Je me crispe sous ce que je considère comme une insulte sans pareille. Ce n’est pas parce que je viens de lui concéder un soupçon de supériorité sur mon être qu’il peut se permettre de remettre ainsi en question mes affirmations, ce n’est pas parce que je lui ai concédé avoir eu tort qu’il doit se sentir autorisé à affirmer à son tour que je suis dans l’erreur. Je me crispe, parce que je ne peux imaginer réagir autrement à l’offense. Je me crispe, parce que mon orgueil qui défie toute mesure est au final la seule chose que je conserve sans tâche. Je me crispe, mais je me contrains pourtant au calme et au silence. Parce qu’une chose, une seule, contient mon ego : ma curiosité. Et s’il pense que je suis dans le faux… quel est le vrai selon lui ? [color#66cc66] «  Ce n'est pas l'Italie qui me manque. »[/color] Ce me qui efface l’offense et me renvoie en plein visage une paranoïa dont je n’avais même pas conscience, je l’ignore aussitôt avec dédain. « C'est la pureté de ce que nous avions avant que les évènements ne prennent un tournant tragique, des gens qui ont été à nos côtés, qui me manque. C'est l'innocence de la jeunesse, la puissance de la foi en autrui, qui me manquent. Mais la regretter à longueur de temps n'est pas à l'ordre du jour. Elle nous a construits, cette Italie. Y repenser n'est qu'un moyen de mieux sombrer dans cette spirale de la destruction dans laquelle nous ne cessons déjà de nous perdre depuis bien trop longtemps. Une illusion pour laquelle il n'est nul besoin de sorts ou de magie afin de l'entretenir, nos esprits l'embellissant suffisamment pour napper de déni nos propres erreurs. Je serre les dents. Il y a quelque chose de dérangeant dans les propres de Noah. Quelque chose de blessant, quelque chose d’exaspérant : leur justesse. Il dit, redit ce dont je suis intimement convaincu sans pour autant parvenir à m’en convaincre. Je serre les dents, me cantonnant à un silence. Cherchant, du moins, à m’y cantonner. L’Italie. « Pureté ? Innocence ? Foi ? T’entends-tu réellement parler, Noah ? Ces mots n’ont pas de sens et n’en ont jamais eu. Tout ça n’est qu’une illusion. Tout cela n’était qu’une illusion, du moins. » Une illusion aussi vicieuse que celle dans laquelle il m’a forcé à me perdre. Un soupir, je cherche dans ma gueule le goût de l’alcool trop vite ingéré pour mieux m’y perdre et me raccrocher à une source de distraction, n’ayant pas mes yeux pour remplir cet office et se perdre dans les dégradés de couleur.

Je n’arrive pas à me laisser atteindre, je refuse même, par le discours de celui qui s’obstine à se comporter comme une sorte d’ami. Comme un ami. Par le discours de celui qui me connait toujours aussi bien. Parce le discours de Noah que je ne sais comment considérer. Il y a une tension entre nos âmes, une tension entre nous qui ne saura se résoudre que dans la violence la plus bestiale et la plus primaire, je ne peux que le savoir. Une violence que j’héberge, que j’accepte, dans laquelle je ne peux que me complaire comme un animal. A-t-il déjà tué ? La question émerge, balloté par les vagues de nos pensées et de nos silences, de nos réflexions les plus intimes. A-t-il déjà tué, depuis sa renaissance ? Il y a quelque chose de vertigineux dans la mort, une puissance qui lui est intrinsèquement liée. Une puissance aussi vicieuse que malsaine, un apaisement brutal. A-t-il déjà tué, a-t-il déjà vu ses mains se recouvrir et se craqueler d’un sang encore chaud ? Ma voix se défile, mon discours s’amenuise, je concentre toute mon attention sur le verre, comme les yeux rivés sur un phare dans la tempête. Instable, voilà ce qui me caractérise le plus. Instable, mais je refuse de me croire fou. Perdu, errant, je suis un monstre parmi les monstres, un cadavre parmi les cadavres, je suis un homme qui ne trouve plus de porte de sortie et qui est fatigué de lutter contre cette attraction malsaine que le sang a toujours eu pour lui. Exacerbé par le loup, par le prédateur, tuer devient un besoin, une échappatoire, une fuite dans laquelle je me jette à corps perdu, ne tentant au final pas de me retenir mais simplement de cibler ceux qui méritent le plus d’entendre le glas sonner avant l’heure. Si j’aimerais le croire, lorsqu’il dit que nous pouvons toujours rompre les schémas dessinés dans nos destinées ? Non, c’est un mensonge bien sûr. Un mensonge poli, un peu de poussière jetée devant ses yeux pour qu’il puisse éventuellement croire que subsiste en mon sein un soupçon d’espoir. A-t-il déjà tué ? La question revient, s’impose une nouvelle fois à mes lèvres tandis que le libère le verre. Et ses sœurs la suivent, sans attendre, dans une foule de désillusions et de détresses que j’aimerais conserver en mon sein, hors de portée de la lumière. Quand donc est-ce que tout a dérapé ? Malgré ta vision très sombre des choses, toute analogie à ta cécité mise à part, je crains que tu n'oublies quelque chose, Rafaele. Si le monde est dénué d'une forme de lumière, d'une forme d'espoir, nul ne peut vivre. Ni même survivre. Nos errances, nos transformations, notre destin, rien n'est écrit, ou prédéfini. Tu te sens monstrueux ? Soit. Moi de même. Mais j'ose penser que si nous sommes toujours vivants en ces temps et heures, c'est pour une raison. Une seconde chance dans un univers qui a été ravagé par la Colère Divine, mais qui reste en soit une seconde chance. Nous sommes peut-être des monstres, tant toi que moi. Mais nous sommes ici pour une raison, il ne peut en être autrement. Quelle qu'elle soit, positive ou négative. Il nous appartient d'évoluer, de passer outre cette cage de culpabilité dans laquelle nous nous sommes enfermés depuis trop longtemps. Muet, je garde les yeux fermés pour ignorer les ombres mouvements, ces éclats et ces traces qui s’impriment en retard sur mes rétines douloureuses. L’alcool revient entre nous deux, noie nos verres délaissés dans un doux clapotis qui bruisse à mes oreilles, dans un effluve non plus étranger mais ami. J'ai tué, Rafaele.  » Un sursaut, ce nom se pointe comme un dard dans ma poitrine, cet accent qui rejaillit sous ces quelques consonnes et voyelles. « J'ai dû me soumettre à cette abjection, moi aussi. J'ai senti le sang perler à nouveau sur ma peau plus de fois que tu ne pourrais l'imaginer, et quand bien même elle n'est ni fourrure, ni crocs, la sensation reste la même. Tuer pour vivre. Tuer pour survivre. Tuer pour le goût de la chasse, le plaisir. Tuer pour se sentir plus vivant que le cadavre jeté ensuite sur le sol, tuer pour exister et se donner un sens propre. Peu importent les raisons, j'ai moi aussi tué, et je ne reviendrai pas sur cet aspect de ma vie. » Mon visage se durcit, mes lèvres trempent dans l’alcool pour occuper mes songes. Je ne reviendrai pas sur cet aspect. Ne comprend-il pas que dans mon infini égocentrisme, cet aspect est justement le cœur de ma vie actuelle ? Ne comprend-il pas que je suis incapable de mettre cela de côté pour la simple raison que je suis incapable de lever le regard de mon propre nombril, le seul qui m’intéresse encore ? « […] Mais il n'y a nul échec que ceux que tu penses avoir eus. Ce sont des expériences, afin de te façonner, que ce soit par le sang ou par les bonnes actions. C'est tout du moins ce que je tente de me dire, malgré que l'odeur du sang reste en permanence ancrée dans mon esprit, malgré que la culpabilité me traque comme un bourreau faisant preuve de bien trop de zèle. J’entends son verre effleurer le bureau pour mieux le quitter, me laissant quartier libre pour un ricanement. « Pitié, Noah, pitié, épargne toi ces efforts, je suis pourri jusqu’à la moelle, pas une seule personne ne s’hasardera à dire le contraire. Les échecs sont des échecs, je suis suffisamment lucide pour le savoir donc ne t’embête pas à tenter de formuler les choses autrement. Et ne te rend pas plus ridicule que nous le sommes déjà en cherchant à leurrer la réalité de la sorte. Nous sommes des animaux en liberté, moi bien plus que toi. Et tu te sens peut être coupable, mais ne prends pas ton cas pour une généralité pour autant, s’il te plait. » Ma politesse est illusoire et mon sarcasme omniprésent. Une défense. Non, plus qu’une défense : un réflexe, pour mieux l’éloigner. Parce que ses propos sont du poison, un poison qui menace de toucher mes tympans et de se diluer dans mes veines, un poison à la létalité plus foudroyante encore que le moindre désespoir. Un poison doux et sucré que tout me pousse à avaler. Me façonner : mes échecs et mon expérience ne m’ont en rien façonné, ils m’ont formaté. Ils m’ont placé dans une ornière, me condamnant à me laisser charrier par le sang et la boue vers une destination unique. Et détestable. Et m’imaginer que le contraire est possible est plus que dangereux pour moi.

Et ma culpabilité qui me tord les boyaux, malgré tout ce que je peux affirmer et m’affirmer. « Te rends-tu compte que tes valeurs, tu les as toujours ? Que si tu te poses la question, c'est que tu doutes toi-même de l'inexorabilité de tes propres actions ? » Une grimace, une crispation : mes réactions me submergent et me trahissent. « Tais-toi. » « Le temps passe, Rafaele, il se module, il file, il ralentit. Et avec lui circulent les sensations, les émotions, les ires et les tourments. Fluctuations constantes, en mouvance perpétuelle. Ne vois-tu donc pas à quel point tu te meus toi aussi, opposant qui tu es, qui tu es devenu, et qui tu aurais dû être ? Il y a toujours cette force, chez toi, ce paradoxe qui t'imposait d'être Juste. » C’est insupportable. Son babillage vise avec une telle justesse, une telle précision les défauts de ma cuirasse que c’en est fini de ma patience. « Tais-toi, Noah » L’italien persifle entre mes lèvres, comme une mise en garde de serpent. Qu’il cesse donc de voir en moi les vestiges d’un homme que j’ai voulu être. Et que j’ai peut être été. « Pas clément, pas droit, mais juste. L'homme qui juge avec impartialité, sans se laisser guider par quiconque d'autre que toi-même. Et c'est encore le cas, je le vois, je l'entends malgré tout ce que tu dis. C'est là. Enfoui derrière la culpabilité, derrière les impressions, et pourtant, c'est toujours là. Mais tu vas à nouveau me croire trop optimiste, ou trop naïf, je te connais, à force. Brusquement, je me lève. Brusquement, je me redresse, mes mains s’appuient au bureau : poings serrés. Mes yeux sont rivés dans sa direction, rivés sur les ombres mouvantes. « Cesse tout de suite, je t’interdis de continuer à proférer de telles bêtises. Qu’est ce que ce que tu entends faire avec ces moqueries aussi basses que pathétiques ? » Parce qu’à défaut de pouvoir accepter ses dires comme des vérités, je préfère les voir comme des attaques bien menées contre moi et mon ego, des attaques venant briser notre trêve.

Je ne supporte pas ce genre de vérité, je ne supporte pas ma vulnérabilité et je supporte encore moins voir, ou plutôt entendre Noah chercher des solutions et une psychanalyse de mon être plutôt que de m’enfoncer pour réveiller en moins le Seigneur narcissique, le seul à pouvoir encore se tenir droit. « Je ne te crois pas naïf ou optimiste, je te crois actuellement stupide. L’homme que tu décris n’existe pas et n’a jamais certainement jamais existé. La justice, c’est une erreur, un mensonge posé pour justifier le meurtre et le pouvoir. Je n’y ai jamais cru, je n’y crois plus, je n’y croirai plus jamais, tu m’entends ? » Le seul mensonge qui existe réellement, ce sont mes mots et ces phrases que la colère me pousse à construire. « Arrête donc de me chercher des excuses, ce n’est pas ce que je réclame. Tout ce que je souhaite, présentement… » Ma voix sèche, claquante, coupante, acide, s’humidifie soudain de larme et je l’éteins avant de m’abaisser à l’entendre se briser. « Je ne sais pas ce que je suis venu chercher ici, mais de toute évidence, je ne l’ai pas trouvé. » Ou je l’ai trop trouvé, à n’en pas douter. Mes mains sont agitées de tremblement, je pars à la recherche du verre posé sur le bureau, tâtonnant avec un agacement croissant sans parvenir à le trouver. « C’était même une erreur. Tu es bien plus aveugle que moi et… nous n’avons définitivement plus rien en commun. » Ses mots sont du poison, ses sous-entendus sont des narcotiques, l’optimisme dont il se fait l’égérie est un trompe-l’œil. Et mon désespoir s’entrelace bien trop avec ma fatigue pour que je parvienne à les dissocier et à les régler l’un et l’autre, chacun de leur côté, pour mieux m’ouvrir à ce qu’il essaye de me dire.

Je ne me comprends pas, je ne le comprends pas, et ces échecs constants m’irritent aussi sûrement que la moindre offense ou insulte. Mes doigts heurtent la surface du verre, manquent de le renverser, mon exaspération me submerge à nouveau dans une impatience qui trahit toute mon agitation. L’alcool tremble au bout de ma main, je repose le verre avant de l’avoir porté à mes lèvres. « Juste une dernière question, Noah. Es-tu vraiment sincère dans tes petites harangues d’ancien confesseur reconverti en psychologue ou m’as-tu simplement sorti tout l’attirail du vieil ami juste pour pointer du doigt à quel point tu es un saint comparé à moi ? Mes valeurs, je ne les ai plus. Je les ai reniées, définitivement rejetées lorsque j’ai dû enterrer Azzura une seconde fois. Il n’y a pas de force en moi autre que celle de l’animal. Il n’y a plus de justice, plus de droiture, plus d’impartialité, plus de mesure, il n’y a même plus de Rafaele, il n’y a qu’un Renzacci maudit jusqu’à la moelle qui se pare de sa morgue pour cacher à quel point il n’est plus rien, à quel point il n’est qu’un vestige d’illusion, qu’un jouet entre les mains des puissants, qu’un pion entre les mains d’un sorcier. » Je reprends ma respiration. « N’essaye pas de voir quoique ce soit d’autre que de la crasse en moi, Noah. Ce serait au mieux de la bêtise, au mieux une hypocrisie sans pareille. »

Spoiler:
 


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You're a drifter, shapeshifter, Let me see you run,
hey ya hey ya »
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