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 Gunshot (pv.)

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MessageSujet: Gunshot (pv.)   Ven 4 Mar - 17:51


« Carry me and my burden. »



GUNSHOT
Dorian C. Mown & Ruth C. Malone

Elle plissait ses petites prunelles alertes, pinçait sa lèvre en une expression parfaitement concentrée. Quelques gouttes pourpres vinrent se mélanger à un liquide inconnu. Pas un bruit ne retentissait autour d'elle. A dire vrai, si l'on oubliait la présence quasi partielle de la jeune femme, la pièce semblait vide de toute humanité. La blancheur des murs et des meubles s'étendaient ça-et-là, ne laissant paraître qu'un univers froid, sans aucune âme. Un souffle hésitant se fit entendre. Mais, il disparut presque aussitôt. Ici, ni le temps, ni l'existence possédait une quelconque emprise. Passé le seuil, les miettes indéfectibles des heures se diluaient pour ne laisser plus qu'une impression d'éternité. Ruth inspira profondément, tandis qu'elle relâchait la pression, jusque là maintenue, de ses muscles. Une dernière plainte avorta dans la gorge du spécimen qu'elle asticotait désormais depuis une poignée de jours indistincts. Lorsqu'elle se redressa, la jeune femme ne put s'empêcher de soupirer. Elle contempla la masse inanimée sous son nez, puis secoua la tête. Le regard à la fois critique et exaspéré, elle jeta une œillade succincte à l'horloge qui pendait nonchalamment en hauteur.  « - Heure du décès: vingt et une heure trois et nous sommes le vingt-sept février.  » Ruth retira méthodiquement les gants à usage unique qu'elle portait, passa ses mains sous une lotion désinfectante. « - Merde.  », jura-t-elle entre ses dents. L'expérience ne s'était pas déroulée comme elle l'avait espéré. Si, au départ elle pensait avoir mis le doigt sur un élément capital, elle devait aujourd'hui se rendre à l'évidence: elle faisait du surplace. Elle approcha alors le dictaphone de ses lèvres. « - Après dix jours sous sérum B394, le cobaye numéro 483 a finalement fait un œdème pulmonaire. Visiblement, le sérum aurait provoqué une anémie. » De toute évidence, ses recherches ne conduisaient plus qu'à une mort certaine. Et, même si elle parvenait à canaliser les caractères métaphysiques de quelques êtres, cela ne durait généralement qu'un court instant. Ce pauvre gamin n'avait pas été plus chanceux qu'un autre. D'ailleurs, sa convalescence fut en tout points douloureuse. Cela étant, pouvait-elle s'en blâmer ? Aux dires de ses supérieurs ce jeunot n'était, en réalité, qu'un membre relativement actif et virulent de la Résistance. Et, lorsqu'il s'agissait de personnalité comme celle-ci, Ruth avait carte blanche pour entreprendre tout, voir n'importe quoi. Non pas qu'elle prenait plaisir à observer ses sujets expirer. Loin de là. Seulement, l'appel de la science était bien plus intense que ce que tout le monde appelait: l'éthique.
 
« - Bob, pourriez-vous venir récupérer le corps, s'il vous plaît ? Oui, oui le corps. Non, le sujet n'a pas survécu.  » Ruth ne prit pas la peine d'en entendre davantage et reposa le combiné sans préavis. Ce malotru avait tendance à l'accaparer dès qu'il en avait l'occasion. D'ailleurs, elle s'empressa d'évacuer les lieux avant son retour. Il lui semblait bien trop curieux et, surtout, bien trop envahissant. Elle s'égara donc quelques secondes entre les longs corridors avant de regagner son bureau. En tant que membre loyal et dévoué du Gouvernement, Ruth avait gagné, depuis peu, son propre office. Là, elle se laissa tomber lourdement sur le divan qui trônait le long d'une des parois de l'habitacle. La journée avait été relativement longue. Et, malheureusement, elle était loin d'être terminée. Non pas que Ruth n'affectionnait pas sa profession. A dire vrai, celle-ci régissait la totalité de son existence. Cependant, peu d'entreprises se révélaient concluantes ces derniers temps. De plus, il fallait l'admettre; pas mal d'espoirs et d'attentes reposaient sur elle. Et dans l'univers auquel elle appartenait, mieux valait servir à quelque chose, sous peine d'être jeté en pâture. Elle passa ses paumes engourdies sur son visage. Elle avait, approximativement, une heure avant la venue d'un nouvel arrivant. Lorsqu'elle perdait un spécimen, il fallait très peu de temps aux sbires du Gouvernement pour lui en apporter un nouveau. Sans doute allait-elle en profiter pour se reposer un peu. Quand avait-elle dormi la dernière fois ? Elle ne s'en souvenait plus. Comme souvent, elle pouvait compter sur Bob pour l'arracher discrètement à ses siestes illégitimes. Ce brave gaillard éprouvait, sans nul doute, bien trop d'affection à son égard pour prendre le risque qu'elle ait des ennuis. Finalement, la jeune femme se recroquevilla sur elle-même. Quelques minutes de repos serait, sans aucun doute, bénéfiques pour sa petite cervelle sans cesse en ébullition.

Penchée au dessus de la table, Ruth rédigeait son dernier rapport. Le Gouvernement avait une fâcheuse tendance à avoir une main mise sur tout. Et, elle se devait donc d'exposer ses expérimentations et tout ce qui s'en suivait. Une fois de plus, la jeune femme se vit contrainte d'expliquer les causes de ce nouveau décès. Heureusement que tout ce beau monde lui vouait une réelle confiance. Dans le cas contraire, sans doute aurait-elle été, elle-même, un sujet d'expérimentation. Chose qui s'avérait déjà être plus ou moins le cas. Cependant, cela ne regardait, présentement, qu'elle seule. Quelques pas précipités résonnèrent au loin et, Ruth se redressa promptement. De toute évidence, elle ne serait plus seule très longtemps. Elle s'arma alors de son questionnaire d'usage; celui qui n'était destiné qu'à la première approche. Elle s'empressa de replacer ses lunettes sur le bout de son nez, pour noter distinctement les quelques instructions d'usage. « - Sujet numéro 484.  », murmura-t-elle pour elle-même. « - Voilà la marchandise, Doc'.  » Ruth arqua un sourcil, mais ne porta pas le moindre coup d’œil à la dite marchandise. Elle poursuivit son griffonnage. « - Je te l'ai déjà dis, je ne suis pas docteur. Je suis scientifique. Je ne donne pas d'aspirine pour soigner le rhume.  », répondit-elle distraitement, « - Installe-le sur la table. Je m'en occupe dans un instant.  »




Dernière édition par Ruth C. Malone le Dim 13 Mar - 16:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Gunshot (pv.)   Lun 7 Mar - 13:23


« Who are you ? »



Gunshot
Ruth C. Malone & Dorian C. Mown

Écho décharné qui se pend dans le vide. Personne ne l'entend. Il se répercute sur les murs cramoisis par l'immonde activité humaine. Il se perd dans les méandres du monstre de béton. Et enfin, il entrelace le brouhaha incessant de la ville. Nul doute qu'elle n'a aucune chance. Mais il est des êtres qui ont encore un espoir, même dans les situations où il est censé avoir définitivement disparu. Dorian fait partie de cette catégorie. Alors, elle espère, encore, toujours, qu'un retournement de situation vienne lui sauver la vie.

Elle est venue ici dans l'unique but de marchander. Point de repère qu'elle n'utilisera plus désormais, et que le marchand qu'elle devait rencontrer n'utilise déjà plus. Etait-il déjà au courant ? Il est clair qu'il n'est pas absent par hasard. Mais la question de l'appartenance de cet individu est loin d'être la priorité actuelle, bien que, quelque part dans sa tête, Dorian note précieusement l'information. Quelques pas devant, derrière, et elle sait déjà qu'elle est cernée. Ici, tout est une question d'observation. Et Dorian est forte dans ce domaine. Elle ne parvient pas à compter les hommes qui se dirigent désormais dans sa direction. Une dizaine, peut-être. Mais même en nombre inférieur, elle n'a aucune chance. Elle le sait fort bien. Ainsi aurait-elle certainement du se munir d'un second élément, afin de préserver sa sécurité. Combien de fois Lucrezia lui avait-elle dit ?

« Cette ruelle est dangereuse, et le Gouvernement la connaît fort bien pour ce qu'il s'y cache, lui avait-elle dit un soir, autour d'un verre de scotch.
- Je n'ai pas besoin d'être protégée. Je ne souhaite pas mettre quelqu'un d'autre en danger.
- Seigneur, Dorian. Peux-tu essayer de songer à ta propre vie ?
- Trop de vies sont justement en jeu pour que la mienne passe avant toutes les autres.
- Mais elle est une priorité, pour moi.
- Je suis très touchée par ton inquiétude, mais je ne veux pas être accompagnée. Je ne changerai pas d'avis.
 »

Elle aurait du. Quelle idiote elle fait, à présent. Seule face à l'inévitable. Un instant, elle espère que son amie aie désobéi à ses ordres. Mais rien ne vient. Seulement la mort. Dorian sait, depuis qu'elle s'est engagée dans cette folie, qu'elle ne parviendra certainement jamais à son but : venger son mari. Lucrezia lui a souvent dit que cet acharnement la mènerait tout droit aux portes du Paradis, avant même qu'elle ne puisse découvrir ce qu'il s'est réellement passé. Là encore, son amie avait raison. Elle regrette soudainement de ne pas l'avoir écoutée, d'avoir été si obstinée, si têtue. Et une multitude d'autres regrets lui traversent l'esprit. Est-ce là ce que signifie la fin ? Se pencher sur ce qu l'on a pas fait, ce que l'on a mal fait, ce que l'on a finalement abandonné ? Dorian s'y refuse, et même si la panique semble s'emparer peu à peu de ses muscles, elle ignore cette délicieuse tension qui l'enserre. Elle demeure droite et fière, comme la femme qu'elle souhaite être en quittant ce monde, elle demeure immobile et silencieuse, et elle fixe la fumée polluée qui sépare encore le peloton d'exécution de leur victime. Lorsque quatre silhouettes s'affirment, elle avale sa salive et cligne plusieurs fois des paupières. Son cœur s'emballe alors que quatre fusils se révèlent dans l'obscurité. Elle prie pour ne pas paniquer. Rester droite. Rester fière. Derrière elle, d'autres hommes viennent. Et la meute se resserre autour de sa proie.

« Allez, j'veux voir tes mains ! »

Elle coopère. Pourquoi se rebeller ? Il n'y a pas d'issue, il n'y a rien de plus.

« Tu viens avec nous, et gardes tes poils, tes écailles ou j'sais pas quoi pour toi ou je t'en colle une entre les deux yeux, t'as compris ?
- Et ça l'démange, hein ça te démange, Jim' ?
- Ferme ta gueule, Loyd, et vas lui mettre les menottes.
 »

Le plaisantin baisse son arme et s'approche. Mais Dorian est obnubilée par cette qui est fixée sur elle. La gâchette est prête à fonctionner. En une fraction de seconde, son cadavre joncherait le sol, inconscient, se vidant peu à peu de son sang. La glace lui arrache un violent frisson d'angoisse. Et ce n'est qu'une fois attachée qu'on l'emmène elle-ne-sait-où. L'arrière d'une camionnette devient bientôt son nouveau véhicule de voyage. Enfermée dans la cage, son geôlier s'assied tranquillement devant elle et enlève son masque. Pas si mal, pour un vilain. Mais cette réflexion a vite fait de s'envoler.

« T'es pas mal, pour une bestiole. T'es quoi exactement, hein ? »

Elle baisse les yeux et ne répond pas. Elle ne souhaite guère étaler ce qu'elle est.

« Eh ! Réponds à ma question, t'es quoi ?! »

Le ton la secoue davantage que la route sur laquelle ils roulent. Sa mâchoire se crispe et, dans quelques balbutiements de peur, elle parvient finalement à articuler.

« J.. Euh... Un... Un puma.. »

Il hoche la tête dans une moue que l'on qualifierait d'impressionnée, ou de satisfaite.

« Pas mal. Tu vas intéresser la doc', toi. Eh, les gars ! »

Deux coups font sursauter Dorian.

« On l'emmène chez la doc', j'suis sûre qu'elles ont plein de choses à se raconter ! »

Une seconde plus tard et le voilà tout près de son visage, à murmurer, insistant, trop insistant.

« Hein, t'as des choses à raconter, ma jolie ? Tu veux que j'te raconte des choses, moi aussi ? »

Elle secoue difficilement la tête et fuit son regard, tente maladroitement d'échapper à sa poigne.

« Fais pas ta timide, voyons. »

Mais elle est pourtant loin de l'être.

***

Le néant semble enfin se dissiper. Le coup porté à l'arrière de son crâne lui a fait perdre connaissance, et elle ne parvient soudainement plus à contrôler la douleur. Elle souhaiterait plaquer sa main à la source, mais elle se rend compte que ses poignets sont toujours bien liés. Et si bien serrés que ses os ne pourraient faire qu'un avec leur prison d'acier. Détresse. Elle inspire, expire, tente de calmer sa respiration. Où est-elle ? Un coup d'oeil lui permet de comprendre qu'elle se trouve certainement dans un établissement médical. Sa propre position le prouve bel et bien. Et son second voyage également. Un médecin (ou qu'en sait-elle ?) la ramasse et l'emmène. Elle traverse quelques couloirs, à l'abri des regards, et une porte la sépare encore de sa sentence. Elle prend soudainement conscience de ce qu'elle fait ici, alors qu'elle bascule sur la table. Seigneur. Elle aurait prié tous les Dieux si elle le pouvait, mais son regard est attiré par autre chose : la fameuse « Doc' ». Que va-t-elle lui faire ? Va-t-elle souffrir ? Sans aucun doute. Autant accepter l'inévitable. Comme à chaque début de crise, Dorian se concentre sur sa respiration et tâche de détendre ses muscles un à un. Il le faut. Et alors qu'elle sent enfin un train normal lui revenir, la « Doc' » se retourne vers elle. Sans même lever une seule fois les yeux, sans même lui accorder ne serait-ce qu'une part d'Humanité. Et le pire ?

« Seigneur. »

Ruth. Ou du moins, c'est ainsi qu'elle l'a appelée pendant quelques heures perdues, autour de quelques verres. Ironique, n'est-ce pas ? Comme le monde est petit, et plein de surprises, de mauvaises surprises.

« Moi qui pensais que vous étiez une femme d'action, me voilà dans l'embarras. Non seulement je me suis trompée sur votre vocation, mais je me suis également trompée sur votre compte. Vous avez indéniablement un excellent jeu d'acteur. »



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MessageSujet: Re: Gunshot (pv.)   Dim 13 Mar - 20:01


« Carry me and my burden. »



GUNSHOT
Dorian C. Mown & Ruth C. Malone

« - Moi qui pensais que vous étiez une femme d'action, me voilà dans l'embarras. Non seulement je me suis trompée sur votre vocation, mais je me suis également trompée sur votre compte. Vous avez indéniablement un excellent jeu d'acteur. » Pour le coup, Ruth ne s'était pas attendue à cela. D'ailleurs, lorsqu'elle décolla finalement le nez de son formulaire, elle ne put s'empêcher d'ouvrir grand la bouche, comme si elle se retrouvait face à un fantôme. La merde. Elle papillonna des cils à plusieurs reprises, espérant sans doute faire disparaître cette toute nouvelle réalité. Mais en vain. Dorian. Elle se souvenait bien de cette femme aux traits envoûtants et au regard perçant. « - Dorian.  », murmura-t-elle. Sans doute essayait-elle, encore, de se convaincre de la chose. Mais elle ne pouvait nier l'évidence: son prochain sujet était bel et bien cette femme avec qui elle avait sympathisé de manière totalement saugrenue un soir de filature. Elle se racla la gorge, histoire de reprendre un tantinet constance, puis se réfugia une nouvelle fois dans sa fiche. Forcément, elle n'avait désormais d'autres choix que d'interroger son interlocutrice sur quelques renseignements d'usage, qu'elle ne pouvait connaître d'un simple coup d’œil. Elle grommela entre ses dents et, l'espace d'un instant, maudit le rôle qu'elle avait en ce moment-même. Se retrouver face à de parfaits inconnus était bien plus confortable qu'être confronté à une quelconque connaissance. De plus, la blonde était, visiblement, l'un de ces cobaye sur lequel elle n'avait pas à contenir l'effervescence de ses méninges. Autrement dit; elle avait, littéralement, carte blanche. Une seconde fois, Ruth osa croiser les prunelles incandescentes de la jeune femme. Elle s'immobilisa. Elle devait ne pas perdre de vu l'essentiel: elle était une scientifique et, Dorian; un spécimen à étudier. Elle inspira alors profondément, donnant à ses poumons l'oxygène nécessaire et, à ses synapses,le courage manifeste pour continuer sa quête. « - Hm, bien. Il me faudrait votre poids, ainsi que votre taille. », bredouilla-t-elle malgré tout. Si Ruth était généralement agaçante, elle n'en restait pas moins déstabilisée lorsqu'une situation la dépassait. Et, pour le coup, la jeune femme ne se sentait pas réellement dans son élément.

Patiemment, Ruth observa le dénommé Bob installer son nouveau jouet sur la table d'opération. Elle aurait voulu l'incendier pour lui avoir ramené, précisément, cette femme, mais le pauvre bougre n'y était pour rien. Elle secoua donc sa petite caboche bien trop pleine en cet instant, puis s'approcha d'un pas traînant. « - Merci, Bob. » Il voulut rétorquer mais, Ruth l'en dissuada d'une œillade sévère. Quelques secondes plus tard, il ne resta plus qu'elles, ainsi qu'un silence relativement pesant. Elle s'éparpillait; voilà la vérité. Elle pinça l'arrête de son nez entre son pouce et son index, tandis qu'un souffle à la fois bruyant et agacé s'échappa d'entre ses lèvres. « - Dorian,  », commença-t-elle, « - je suis navrée de vous voir ici. » Bien entendu, sa sincérité n'était, présentement, pas un leurre. Bien qu'elle ne connaissait pas grand chose de cette femme, cette dernière avait été d'une élégance et d'un raffinement sans bornes. Ruth fit quelques pas vers la blonde, afin d'ancrer davantage son regard au sien. « - Mais, nous sommes dans un monde où nos choix ont d'importantes conséquences. » Elle la détailla de haut en bas, comme si elle pouvait la scinder jusqu'à la moelle, avant d'ajouter naïvement: « - D'où le fait que vous soyez ici. Derrière les barreaux. Et moi, de l'autre côté.  » Elle la gratifia d'un rictus pincé. « - Bien, nous allons pouvoir commencer. »

Ruth installa soigneusement une perfusion. En réalité, elle se surprit à s'appliquer. De toute évidence, et bien qu'elle ne l'avouerait pour rien au monde, elle n'était pas en mesure de blesser la blonde. Pourtant, une petite voix désagréable ne cessait de lui rappeler qu'il s'agissait-là que d'un sujet supplémentaire, comme les autres. Ses sourcils se froncèrent en une expression à la fois troublé et perplexe. Pour une fois, elle aurait bien aimé rabattre le clapet de ses neurones. Seulement, les fragrances entêtantes de Dorian ne cessaient de la déconcentrer. « - Merde. », pesta-t-elle. Elle laissa retomber tout ce qu'elle détenait dès lors entre ses mains. « - Vous. Vous me déconcentrez. », déclara-t-elle d'une voix suraiguë. Cependant, rien de tout ceci n'était entièrement vrai. Ruth s'agita alors davantage. « - Vous sentez... » Mais elle n'acheva pas sa remarque. Celle-ci était trop peu rationnelle pour qu'elle puisse s'y attarder. Elle passa une main fébrile sur son front quelque peu humide. « - Vous ne pouviez pas avoir une vie tranquille, sans écarts ? Hein ? Non, bien entendu, au lieu de ça, vous avez décidé de jouer les justicières pour je ne sais quelles raisons et maintenant vous êtes ici. Et je suis obligée de vous expérimenter... enfin de vous analyser comme une vulgaire bête. C'est absurde. Vous m'agacez. », déclara-t-elle de manière totalement hachée.


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MessageSujet: Re: Gunshot (pv.)   Lun 14 Mar - 14:57


« Who are you ? »



Gunshot
Ruth C. Malone & Dorian C. Mown

Il n'y a aucun rebondissement lorsque son prénom transperce les murs. Aucun changement à cet épisode macabre qui s'annonce. Comment aurait-il pu en être autrement ? Les ombres s'épaississent dans le creux de sa tête. Il n'y a plus de place pour l'espoir, à présent. Dans les journaux – ceux que Dorian lit (et ils sont essentiellement résistants), tous semblent croire que les expérimentations ne sont que des bains de sang gratuits, des excuses officielles pour bel et bien cacher les meurtres perpétuels qui ont lieu dans ce genre d'établissement, sous les yeux de ce genre de femme. Mais ceux qui écrivent ces quelques pages n'ont que trop peu de crédit aux yeux de la Dame. Ils ignorent ce qui se dissimule sous les toits des laboratoires, sous les scalpels bien aiguisés du Gouvernement. Car, malheureusement pour tous les innocents ayant séjourné sur ces tables d'opération, peu sont revenus vivants. Encore moins sont revenus lucides et clairs avec eux-mêmes. Nombreuses sont les âmes, dehors, qui disent avoir subi le courroux des hommes de pouvoir. Ils se cachent derrière la politique afin d'éviter le regret et la culpabilité engendrés par leurs propres actes. Mais aucun n'a jamais survécu à la table et en est revenu indemne. Aucun, personne. L'un est devenu fou, l'autre alcoolique, encore un autre colérique, obnubilé par la mort et ses travers. Ces esprits imbibés d'alcool, assis au comptoir dans les méandres des rues noires, ne sont que des imposteurs. Et Dorian ne les entend plus depuis bien longtemps. Au début, elle les entendait jacasser, et elle sentait son instinct lui dicter d'aller coudre leurs lèvres elle-même, afin qu'enfin ils se taisent, mais elle s'était résignée, au vue du nombre de menteurs, ou plutôt, du nombre d'hommes, du nombre de femmes qui se mentent à eux-mêmes, qui fuient leurs pensées. Aucun d'entre eux ne sait, pas plus que ceux qui content la calomnie sur papier. Et malgré toutes les informations dont Dorian dispose, elle n'a aucune idée, elle non plus, des pratiques qui lui seront infligées aujourd'hui. Alastor est mort, peut-être ici, dans cette salle, peut-être ailleurs, à l'autre bout de la ville. Il est mort à cause de tout cela. Et à présent, sa femme est persuadée qu'elle va le suivre, dans quelques heures, dans quelques jours. Peu importe, le supplice sera aussi long et douloureux. Elle ne sait pas ce qu'elle va désormais supporter, elle ne sait pas non plus qui lui infligera tant de souffrances, mais elle attendra le dernier instant, et son dernier souffle, pour s'avérer, finalement, vaincue.

Ruth. Son souffle attire son attention. Étrange, n'est-ce pas, mais Dorian connaît bien l'oxygène, pour en être la victime. Soumise aux seuls souhaits de ses poumons, elle a passé de nombreuses heures à écouter sa respiration, plus ou moins rapide, si bien qu'elle connaît chaque état de son propre corps, et par procuration, de celui des autres. Dorian comprend la colère, la tristesse, la peur, la détente, l'émotion à l'état pur. Si elle ne peut connaître les sentiments via le souffle d'une entité, elle peut néanmoins ressentir son état corporel, et faire ses propres conclusions. Ruth. Celui de Ruth a toujours intrigué Dorian. Le soir où elle l'a rencontrée, il était d'un calme olympien, touché d'un brin d'euphorie, lorsqu'elle ajoutait un verre à sa note. Dorian se souvient de cette jeune femme, âme solitaire qu'elle avait touchée d'un simple regard. Sans même s'en rendre compte, elle avait attiré vers elle sa future geôlière. Ironie du sort. Pourtant, Ludmilla l'avait bel et bien prévenue. « Méfies-toi de cette jeune femme, quelque chose de très fort émane d'elle. Quelque chose de très fort, et de très mauvais. » lui avait-elle signifié, de l'autre côté du bar. Cela fait bien longtemps, pourtant, que cette soirée a eu lieue d'être. Si longtemps que Dorian ne se souvient plus de la date précise. Seulement de la période, cette sombre période où le puma prenait de plus en plus de place en elle, aux côtés de son esprit. Cette période où Ludmilla se tenait toujours auprès d'elle, à sa demande, car la nouvelle Skinchanger avait peur de ses propres démons. Des démons qui lui vaudraient la vie, ce soir, peut-être. La doctoresse cherche certainement l'animal que la victime a en elle. Etait-ce également ce qu'elle cherchait, cette nuit-là, en lui accordant quelques heures ? Etait-ce ce moment précis qu'elle attendait déjà, lorsqu'elle lui a offert quelques verres ? Etait-ce cette position-ci qu'elle désirait, alors qu'elle s'était séparée de cette étrange parenthèse à contrecœur ? Une parenthèse, oui, et ce terme égorge désormais Dorian. Voilà ce que Ruth a été, autrefois, durant ces longues nuits et ces longs jours à se refermer sur elle-même. Des semaines, des mois pendant lesquels Dorian ne parvenait pas à se contrôler, et préférait se cloîtrer chez elle, au plus profond de son être. Ruth a été l'une des seules, l'une des uniques qui traversèrent son existence, durant cet incommensurable exil. Et aujourd'hui, Dorian regrette, elle regrette d'avoir à simplement avouer cette évidence. Elle regrette l'avoir considérée ainsi pendant si longtemps. Et elle regrette davantage de ne pas pouvoir effacer ce mot de son âme.

Déstabilisation, peur, désorientation, Dorian ignore quelle émotion afflige désormais le petit corps de la doctoresse. La Dame la fixe, écoute son souffle avec attention, et analyse ce qu'elle fait, ce qu'elle dit. Si bien qu'elle n'entend pas réellement ce que Ruth lui demande. Si bien qu'elle ne répond même pas. A quoi bon coopérer ? A quoi bon faire l'inverse ? Ainsi est fait son destin : elle va mourir ici. Elle va mourir sous ses doigts. « Si un jour, quelque chose tourne mal, ne panique pas, respire, respire, respire. » se souvient-elle. Mais Ludmilla n'est désormais plus là pour veiller sur elle. Elle est seule. Une intrusion dans ses veines lui arrache une légère oppression. Les excuses de Ruth encore plus. Son regard s'enlace au sien, un instant, et elle le délaisse aussitôt. Le silence meurt entre ses lèvres. Serait-ce là une sorte de morale ? Morale injuste et stupide. Tellement d'atrocités, tellement de crimes perpétués. Et une fois de plus, une âme se cache derrière le reste, pour ignorer ses propres intentions, ses propres faits.

« J'ai suivi cette voie à cause de personnes comme vous. »

Ainsi sa déclaration s'achève, et l'évidence se mue en raison. Dorian dépose délicatement son regard sur elle.

« J'ai suivi cette voie parce qu'on m'a volé la mienne. »

Et le calme avec lequel elle avoue ceci rend la conclusion plus dramatique encore.

« J'ai suivi cette voie parce qu'on m'a arraché l'amour de ma vie. »

Alastor.

« Alastor. »

Ils l'ont tué.

« Vous l'avez tué. Vous, ou quelqu'un comme vous. Vous l'avez tué. »

Ses phalanges blanchissent sous ses points serrés. Elle tire, d'un coup sec, et ses poignets s'affligent sous la pression de ses liens.

« Vous étiez parfaite, dans ce bar. J'aurais du me douter que la perfection cache souvent le pire. »

Son crâne cogne contre la table et elle soupire.

« J'avais la conviction que vous vous souciez de moi, ou du reste du genre humain. Mais vous n'êtes qu'une âme dénuée de compassion. Preuve en est, vous allez me tuer, et vous ne m'offrez même pas le confort. Juste des liens et de la souffrance. Si je suis une bête, vous êtes un monstre. »

Elle sourit légèrement et la fixe un instant.

« Au moins, ma dernière vision de ce monde ne sera pas désagréable. Vous êtes plutôt jolie, avec cette blouse, et vos lunettes. Bien que le fantasme de l'infirmière ne soit guère l'un des miens, je suppose que je ne suis pas mal lotie. »



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MessageSujet: Re: Gunshot (pv.)   Lun 21 Mar - 22:47


« Carry me and my burden. »



GUNSHOT
Dorian C. Mown & Ruth C. Malone

Ses mains tremblaient. Elle avait beau se faire violence, se flanquer quelques gifles mentales, elles n'étaient véritablement pas prêtes à écouter les ordres désespérés de son cerveau. Ruth bascula sa petite caboche vers l'arrière, laissa filtrer un énième souffle alerte et agacé. Dos au nouveau spécimen, la scientifique tentait vainement de reconquérir un semblant de contenance. Seulement, sa propre tirade à la limite de l'hystérie avait eu le don d'irriter davantage ses petits nerfs fragiles. Elle se surprit à faire quelques pas impatients sous le regard inquisiteur de son interlocutrice. Décidément, Ruth avait totalement oublié cette notion qu'est le professionnalisme. D'ailleurs, heureusement que personne n'était là pour assister à ce spectacle des plus pathétiques. Un instant, elle songea à rappeler Bob. Mais qu'aurait-elle bien pu lui dire ? Que cette femme n'était pas un bon sujet pour ses expérimentations ? De quelle manière aurait-elle pu justifier ce parfait rejet ? Elle se fustigea silencieusement. Le hasard amenait, quelques fois, de drôles de situations. Elle pourrait probablement en rire. Et, finalement, c'est ce qu'elle fit. Que pouvait-elle bien faire d'autre dans un sens ? Alors, elle plaqua l'un de ses bras contre son abdomen tellement l'hilarité de l'instant l'accablait sans vergogne. Son rire lézarda les murs, résonna en un écho délirant dans la salle. « - Franchement, c'est tellement ridicule », qu'elle articula dans un souffle, « - nous passons une agréable soirée, je vous trouve élégante, raffinée, intéressante, charmante. Je vous trouve même plaisante. Et vous atterrissez ici. On a vu mieux comme second rendez-vous. » Ses sourcils se froncèrent en une moue peu assurée. Venait-elle réellement de dire une chose pareille ? Visiblement. Ruth ferma quelques secondes les yeux. Voilà son principal soucis : elle parlait trop. Reprenant un semblant de contrôle sur sa petite personne, la jeune femme plongea l'aiguille  d'une seringue dans un liquide d'une teinte improbable. « - Je vais vous inoculer le sérum B596. Il est censé empêcher votre transformation. » Censé; parce que, finalement, avec Ruth, on était sûr de rien.

Lorsqu'elle revint vers la dénommée Dorian, la jeune femme écouta d'une oreille faussement distraite ce qu'elle lui déclarait. Un nom qu'elle ne connaissait pas fut prononcée mais, cela ne faisait aucun doute - ou très peu - ce dit Alastor était probablement passé entre ses doigts. Mais, elle n'en dit rien. Au lieu de cela, elle fit passer le fameux sérum dans la perfusion qu'elle avait installé au préalable. « - Si vous constatez un quelconque effet indésirable prévenez-moi. » Ses paumes prirent appui contre la table sur laquelle la jeune femme était installée. « - Vous êtes-vous, néanmoins, déjà demandée pour quelles raisons les personnes comme nous faisions cela ? » Son visage s'approcha du sien et, une lueur de défi vrilla au cœur de ses prunelles. « - Il y a toujours une raison à chaque chose, Dorian. Alors, posez-vous les bonnes questions. » Elle marqua une courte pause, durant laquelle elle ancra profondément son regard au sien. De toute évidence, la scientifique avide et parfois flippante faisait de nouveau surface. « - Notre but n'est pas de tuer. » Elle se pencha davantage au dessus d'elle et souffla doucement : « - Et, je crois que vous le savez. »

Elle voulut s'éloigner mais, les quelques paroles supplémentaires de la jeune femme la retinrent, en même temps qu'elles lui arrachèrent un rictus qu'elle ne comprit pas. Si Dorian parvenait encore à faire de l'humour en de pareilles circonstances, Ruth devait l'admettre : elle appréciait la chose. Enfin, en réalité, elle aimait particulièrement les quelques sous-entendus qui s'en mêlaient. Elle enfonça ses poings contre ses hanches dans une posture à la fois amusée et défiante. « - Comme je vous l'ai dis, mon objectif n'est pas de tuer. Mon objectif n'est pas de vous tuer. Et puis, vous êtes bien trop mignonne pour mourir. » Elle la gratifia d'un clin d’œil pleinement malicieux. Sur ces quelques mots, Ruth s'exila de quelques mètres pour observer un échantillon de sang. Les expérimentations sur sujets vivants duraient bien souvent de nombreuses heures parfois, des semaines. A dire vrai, tout dépendait de la ténacité de ces derniers. Alors, et se concentrant tant bien que mal sur la souche présente sous son nez, Ruth ne put s'empêcher, cependant, d'esquisser un nouveau sourire. « - Le fantasme de l'infirmière est dépassé. En revanche, il paraît que l'écolière est à la mode de nos jours. » Elle releva la tête du microscope et plissa un tantinet les yeux. « - Mais, si cela peut vous faire passer un meilleur séjour, je me ferai une joie de me revêtir comme bon vous semble. Gendarmette, soubrette; vous n'avez que l'embarras du choix. »


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MessageSujet: Re: Gunshot (pv.)   Mar 22 Mar - 11:19


« Who are you ? »



Gunshot
Ruth C. Malone & Dorian C. Mown

Rire. Dorian aimerait en rire. Comme cette doctoresse étrange, elle aimerait pouvoir éjecter tout son ressenti d'un simple éclat cristallin, de quelques larmes euphoriques. Mais elle est incapable de telle sottise. Elle est incapable de faire cela. Second rendez-vous, n'est-ce pas ? Elle aurait aimé ne jamais en avoir. Ruth. Tout ceci semble beaucoup l'amuser. De toute évidence, Dorian est la victime, et le médecin ne doit guère comprendre ce qui lui traverse l'esprit. Ainsi installée sur la table, Dorian regarde un instant le plafond et ferme les yeux. Le calme pendant la tempête, ainsi lui a-t-on appris. Elle ne veut pas se transformer, elle ne veut pas paniquer. Elle souhaite simplement laisser le temps passer, profiter de ces derniers instants sains. Car, bientôt, elle deviendra folle. Ou l'est-elle déjà, après tout ? Qui est-elle de particulier, pour intéresser les scientifiques ? Une Skinchanger ? Un don bien pitoyable lorsqu'on ignore comment s'en servir. Et Dorian fait encore partie de cette catégorie. Cela fait pourtant plusieurs années, maintenant, qu'elle a obtenu cette seconde nature. Mais les événements n'ont guère aidé. Ludmilla a été prévenante, à ce sujet. Rien ne serait contrôlé, si Dorian ne pouvait d'abords contrôler son propre esprit. Il faut contrôler l'humain avant de pouvoir contrôler la bête. Et le chagrin, et la colère, et la vengeance, et la solitude ont semé le chaos dans son petit corps fragile. Il est encore bien trop tôt pour qu'elle puisse mettre une muselière au félin qui l'habite. Elle doute même y parvenir un jour, si on la laisse vivre jusqu'à ce jour précis.

« Allez vous faire foutre avec vos compliments. »

Elle murmure, d'un ton distrait, d'un ton lointain. Elle doute même du fait que Ruth l'ait entendue. Après tout, cela ne changerait guère grand chose. Dans tous les cas, ses compliments ne sont désormais plus les bienvenus dans son crâne endommagé. Elle a besoin de calme et de simplicité. Et Ruth n'arrange guère les choses. Sa seule présence la rend nerveuse, et rend la situation totalement incongrue. Elle l'a appréciée. Dorian l'a appréciée, fut un temps. Un retournement de situation qu'elle n'aurait jamais cru connaître, et qu'elle prend, malgré la courte durée qu'elles ont pu partager, pour une trahison. Comment a-t-elle pu écouter son histoire, écouter son rire, écouter ses compliments, un sourire aux lèvres, sans se douter un seul instant que ce n'était là qu'un éclatant mensonge ? N'était-ce d'ailleurs que cela ? N'était-ce qu'une parade ? Peut-être était-elle même déjà sûre de retrouver Dorian dans son propre laboratoire. Mais cela, malheureusement, cette dernière ne le saura jamais.

Lorsqu'elle rouvre les yeux, elle ne reste immobile. Le nom du sérum lui importe peu, mais à la vue de l'aiguille, Dorian sent ses muscles se tendre malgré elle. Que pensait-elle ? Qu'elle resterait de marbre ? Le corps fait néanmoins ce qu'il veut, et les émotions nous trahissent toujours, elles aussi. Elle fixe simplement la minuscule seringue, et elle attend, et elle attend. A quoi bon se débattre, tirer sur ses liens jusqu'à marquer ses poignets déjà engourdis par le manque de coagulation ? Quant à l'effet de cette substance, elle arrange Dorian. Dans un sens, seulement, car cela signifie également qu'elle ne pourra pas s'échapper par une quelconque transformation. Une sécurité pour Ruth, car elle aurait vite eu le plaisir de sentir quatre crocs lui déchiqueter l'épiderme. Dorian détourne les yeux et le visage. Elle grimace à la sensation désagréable que laisse la piqûre derrière elle. Et lorsque le mal est passé, elle desserre lentement les dents. Du moins, pendant une courte durée, avant d'apercevoir le visage de Ruth, et ses yeux écarquillés, comme illuminés par un savoir qu'elle ignore.

« Votre but est de comprendre. Vous, les scientifiques, vous voulez toujours tout comprendre. Vous ne pouvez pas vous permettre d'être une seule seconde dans l'incompréhension de ce qui vous entoure. Et les meurtres que vous commettez, vous les masquez par cette excuse idiote. Vos propres mots pour dissimuler vos propres faits. Oh, mais si vous n'en avez pas encore commis, je suis très heureuse pour vous. Néanmoins, il me semble que l'expérimentation, l'administration de substances indésirables dans l'organisme, et tous les tests que vous allez pouvoir me faire faire, nécessitent un consentement de la part du patient. Oh, mais, attendez.. Vous ne l'avez pas. Vous m'avez traînée ici, j'ai été arrêtée, menottée, menacée, j'ai même du supporter les remarques salaces de ce même homme qui m'a emmenée jusqu'à vos locaux. Puis, j'ai été droguée, et je suppose que les liens qui me retiennent au lit sont en fait de magnifiques bracelets souvenirs que je pourrais ramener chez moi ? »

Et tout ceci est malheureusement vrai. Si Dorian n'a guère la langue dans sa poche, elle se surprend à fermer les yeux et à soupirer. Elle-même se fustige, car elle est sûre que ce monologue ne servira à rien. Un scientifique ne coopérera jamais. Faudrait-il déjà qu'il accepte ses propres faits.

« Quant à votre déguisement d'écolière... »

Elle s'apprête à en dire davantage, mais une légère douleur thoracique lui arrache un essoufflement. Elle connaît bien ce symptôme, pour l'avoir connu toute sa vie. Il ne l'alerte guère, sur-le-coup. Elle respire simplement avec plus de profondeur, et écoute attentivement son cœur, d'une oreille.

« .. je ne suis pas attirée par.. les adolescentes. Ni par les femmes. Vous auriez beaucoup de mal.. à me satisfaire d'une quelconque façon, soyons honnête. »

Elle prend une grande inspiration par le nez, gonfle ses poumons. Elle sent que son cœur s'emballe peu à peu, mais elle ne comprend pas pourquoi. Elle tente de le contrôler, mais il semble sourd. Il ne répond pas à ses appels.



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Gunshot (pv.)

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