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 You must learn to suffer more ∴ Aslinn

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MessageSujet: You must learn to suffer more ∴ Aslinn   Lun 7 Mar - 0:16



Aslinn & Melvyn
featuring

Sans que l'on ne sache trop pourquoi, certaines décisions peuvent s'imposer à vous sans daigner passer par l'étape préalable de la réflexion. La veille, l'on y pense pas et au réveil elles sont là, implacables, brodées de la certitude absolue qu'il est temps de cesser de se complaire dans l'inaction.
Tandis qu'il buvait son thé, Melvyn avait su. Su qu'à partir d'aujourd'hui il allait cesser de se faire observateur distant, su qu'il était temps de mettre en œuvre cette vengeance cent fois rêvée, mille fois fantasmée. Et pas le moins du monde planifiée : l'expérience lui avait appris que préparer quelque chose était encore le meilleure moyen de faire en sorte que rien ne se passe comme prévu. Sans aucun doute, l'instantané de l'improvisation aurait bien meilleur goût. Du moins en ce qui le concernait : il doutait cependant qu'Aslinn fasse montre d'une joie sans retenue lorsqu'il déciderait qu'il était temps pour leurs retrouvailles. Et pourtant, comment avait-elle pu ne pas s'en douter au cours de ces dernières années ? A moins que son absence prolongée lui ait procuré quelque espoir quant à l'éventualité qu'il ne repointe jamais le bout de son nez dans les affaires de la jeune femme mais ça, c'était bien mal le connaître. Aux dernières nouvelles, Melvyn était toujours son époux et comptait bien remettre la main sur elle et faire valoir ce que de droit. Ah, l'espoir et les désillusions qui n'allaient plus tarder à suivre…

La journée fila comme toutes les autres : le sorcier ne manquait guère de travail et, dans la mesure où il appréciait faire ce qu'on lui demandait de faire, il fut suffisamment absorbé par son activité pour ne pas remarquer les heures qui passaient les unes après les autres. Curieusement, entrer dans le monde du travail à sa sortie de Darkness Falls n'avait pas été si difficile que ça malgré son passif de noble riche qui lui avait toujours épargné la basse besogne du citoyen lambda devant raquer pour gagner sa vie. Sa fortune avait disparu dans l'intervalle du siècle qu'il avait passé emprisonné. Ou, si elle existait encore, elle ne se trouvait certainement pas à la Nouvelle Orléans, où il n'avait pas la moindre racine. Dans un cas comme dans l'autre, il n'en résultait qu'un seul et unique fait : quoi qu'il puisse penser de cette situation, Melvyn n'était désormais pas plus haut qu'un autre et s'il voulait pouvoir continuer à mener un train de vie décent et poursuivre ses expérimentations diverses, il devait lui aussi mettre la fin à la pâte. Du moins n'avait-il guère à se plaindre du salaire plus qu'honorable que lui versait le gouvernement.
La journée, donc, passa en un éclair. Et lorsque l'heure fut venue de quitter la morgue dans laquelle il passait le plus clair de ses journée, nulle hâte n'animait ses gestes, pas la moindre trace d'empressement pour rythmer son allure. Comme à son habitude, il prit le temps de ranger avec un soin méticuleux ses affaires et instruments de travail avant de déserter les lieux.
A l'extérieur, la chaleur l'assaillit brutalement après toutes ces heures passées dans la fraîcheur permanente à converser avec les macchabés peu bavards qu'il avait en guise de collègues. Le sorcier fit quelques pas sur le trottoir avant d'héler un taxi qui le rapprocherait de sa destination. Les voitures de ce siècle n'étaient définitivement pas quelque chose auquel il arrivait à s'habituer et dans la mesure où rien ne l'obligeait à conduire, il préférait s'en abstenir. Cela viendrait, en son temps.


Le carillon de la librairie tinta lorsqu'il en poussa la porte et le contraste entre la luminosité de l'extérieur et celle de la boutique lui demanda un petit temps d'adaptation. Quelques personnes étaient présentes mais il ne s'en soucia guère, se dirigeant d'instinct entre les rayons de livres vers la seule personne qu'il lui importait de trouvait. Il l'aperçut derrière son comptoir, visiblement absorbée par une tâche qu'il ne pouvait déterminer de là où il se trouvait. « Bonsoir Aslinn. » Il marqua l'arrêt à peine en retrait dudit comptoir, sa main gauche pianotant sur le pommeau sculpté de sa canne. « Je vois que tu as su utiliser ton indépendance à bon escient. » L'amour des livres était visiblement le seul point commun qu'ils auraient jamais. « J'ose néanmoins espérer que tu n'as pas sincèrement cru pouvoir te débarrasser de moi aussi aisément. » Sur ses lèvres, un large sourire qu'on aurait pu sans peine qualifier de carnassier. Miss me ? 

 


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MessageSujet: Re: You must learn to suffer more ∴ Aslinn   Lun 7 Mar - 14:44



You must learn to suffer more

La journée avait été particulièrement calme à la boutique. Aslinn avait eu le temps de déballer les cartons de livres dans la réserve et de vérifier ses stocks. Elle avait passé quelques commandes pour les livres qui se vendaient bien en ce moment. Des romans où l’imaginaire tenait une place importante. Comme si s’évader dans les livres était devenu la seule liberté qui restait aux gens. En même temps, la prohibition qui s’éternisait n’arrangeait pas le bien-être de la population de la Nouvelle-Orléans. Elle commandait également beaucoup de livres d’anciens philosophes dernièrement avait-elle remarquée. Ainsi, elle pouvait deviner les réactions des gens face à un gouvernement despotique. La fuite et l’abdication. La réflexion et l’action. Et de ce qu’elle pouvait constater parmi les gens avec qui elle avait des discussions, ce constat se révélait à peu près exacte même s’il était restreint.

Le mois qui devait vanter cette prohibition s’était terminé et avait rencontré un succès médiocre, comme elle s’y attendait. Au moins, le gouvernement ne pourrait pas lui reprocher quelque chose qu’elle ne contrôlait pas : les clients n’avaient pas acheté. Pour tout dire, la séance de dédicace de l’auteur « vedette » du gouvernement, le mois dernier, avait été un vrai fiasco. Beaucoup de costume-cravate étaient venus, des gens qui ne venaient jamais à la librairie en temps normal et les rares clients qu’elle connaissait de vue ne s’étaient pas approchés de la table, trop effrayés, peut-être, par tous ces costumes amidonnés. Il fallait croire que sa clientèle était plus de l’ordre du commun que des lèche-bottes du ministère. Il y a une semaine de ça, ce calvaire s’était terminé et elle s’était empressée de changer sa vitrine pour le nouveau thème, en adéquation avec ses ventes du moment : le mois de la féérie. De quoi en enchanter plus d’un.

Le rendez-vous du club de lecture avait lieu le lendemain et elle n’avait pas encore terminé le livre qu’ils devaient lire. C’est ainsi qu’une fois qu’elle eut achevé ses tâches administratrices et elle se lança dans sa lecture. Elle avait refermé le livre des comptes de la librairie et l’avait repoussé sur le côté. Restant derrière son comptoir, elle se plongea dans les mots de Peter Pan de James Barrie.

Beaucoup trop concentrée sur son livre, elle n’avait pas relevé la tête en entendant la sonnette de la porte d’entrée. Elle n’avait pas relevée la tête lorsque son instinct l’avait alerté. Elle fronça tout de même le nez. Elle n’aimait pas cette odeur mais elle n’arrivait pas à se souvenir pourquoi. Rien de plus ne la prévenait du danger  grondant qui la guettait armé d’un sourire narquois et d’un regard menaçant.

C’est la voix. Une voix qu’elle n’oublierait jamais, elle. Une voix qui semblait rire en prononçant des mots de mort. Ses poils se hérissèrent sur ses bras. Son sang se glaça, se figea même, se retirant de son visage pour rendre ses joues plus blanches encore que d’ordinaire. L’acide des mots qui arrivèrent à ses oreilles n’étaient même pas étonnant. Pourtant, elle n’osait pas lever la tête. Pas tout de suite. Elle ferma les yeux. Avait-elle vraiment cru qu’elle pourrait y échapper jusqu’à mourir tranquillement de vieillesse ? Non. Roman le lui avait expliqué. Si elle était là, alors Lui aussi. Melvyn. Comte de Queensberry. Et le souvenir de toutes les douleurs, physiques et psychologiques, dont il était à l’origine revinrent en une vague déferlante.

Alors seulement, elle leva les yeux vers lui. Il souriait. Elle se souvenait de ce sourire. Un sourire qu’elle craignait car elle savait qu’il cachait des choses bien moins plaisantes derrière. Pourtant, elle avait changé depuis cette époque et s’il avait toujours du contrôle sur elle, elle n’avait pas envie de lui donner satisfaction facilement. C’est pour ça qu’elle se tenait maintenant la tête haute, face à lui, et même s’il lui fallut un moment pour reprendre contenance, c’est avec une voix posée dans laquelle on n’y lisait pas la peur qu’elle lui répondit.

« Je ne suis pas stupide, Melvyn. » Elle inspira une nouvelle fois et croisa les bras sur sa poitrine. « Je ne pensais pas que tu me laisserais autant de temps, l’Enfer t’a-t-il usé plus que de mesure ? » Aslinn. Tais-toi ! Entendit-elle son instinct lui crier. Tu cherches les ennuis en agissant comme ça ! Elle pinça les lèvres. Son instinct n’avait pas tort. Mais face à un danger imminent et inévitable, elle préférait faire face plutôt que fuir. Surtout lorsque le danger s’appelait Melvyn Queensberry.

« Tu m’excuseras, je ne t’offre pas de thé. » Elle referma enfin son livre qu’elle tenait encore jusqu’à présent et se leva pour contourner le comptoir. Face à lui et même en ballerine, elle le dépassait d’une bonne dizaine de centimètres, sans doute son seul avantage sur lui. Elle remarqua alors sa canne, qu’il n’avait pas à l’époque. Avait-il été blessé ? Si oui, elle en était enchantée. « Pourquoi ? » reprit-elle. « Pourquoi venir me voir maintenant ? Que veux-tu de moi ? »

 

 
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MessageSujet: Re: You must learn to suffer more ∴ Aslinn   Mar 8 Mar - 21:09



Aslinn & Melvyn
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Il goûta à la réaction lue sur les traits du visage d'Aslinn avec un ravissement certain. Evidemment il aurait préféré y trouver plus de crainte, moins de mécontentement aussi ouvertement affiché, mais se savoir à la source du déplaisir de la femme n'était pas pour le déranger outre mesure. Néanmoins, son impertinence jeta une ombre sur le tableau joyeux de leurs retrouvailles et s'affaira à susciter un soupçon d'agacement qui fut trahi par un froncement des sourcils. Comment se permettait-elle de lui parler de la sorte, à lui qui était tout à la fois son époux, maître et créateur de l'être qu'elle était à présent ? Toutes ces années passées loin de lui avaient assurément eu un effet néfaste qu'il serait de bon aloi de corriger assez vite, décida-t-il en son for intérieur alors même que fusait la question quant à la raison de sa présence en ces lieux. Il était cependant hors de question de tout gâcher d'entrée de jeu en s'énervant simplement parce que la renarde jouait les fortes têtes. « Maintenant ou à un autre moment, quelle importance ? » Il haussa les épaules, fataliste. « Il se trouve que j'ai été fort occupé ces derniers temps vois-tu. Cela fait quoi, trois… quatre ans depuis mon retour ? Les années passent si vite que je ne les vois plus défiler ! » Melvyn se permit de rire comme s'ils ne parlaient que d'un sujet parfaitement bénin au sein d'une discussion chaleureuse. « Tu comprends, après avoir passé plus d'un siècle dans la pire prison qui ait jamais existé, j'avais du retard à rattraper. » Toute trace de sourire disparut de son faciès tandis que le ton de sa voit baissait de plusieurs degrés et devenait glacial. Darkness Falls, le dernier présent en date d'Aslinn, le seul d'ailleurs également. Il était peu dire que le sorcier n'était pas prêt à oublier cette trahison.

Dans le silence tout relatif qui s'imposa naturellement après ces derniers mots, le sorcier et la renarde restèrent simplement à se dévisager pendant quelques secondes, chacun refusant de céder le pas face à l'autre. Melvyn cassa une nouvelle fois la glace, bien décidé à s'amuser et à se jouer d'elle. « Allons ne fais pas cette tête, ce n'était pas si terrible ! J'espère en tout cas que tu as largement profité de tout ce temps libre dont t'a généreusement gratifié ton si cher époux. Admets au moins que l'attention était touchante. Non ? Tant pis. Quoi qu'il en soit, cela prend fin ici-même, que tu le veuilles ou non. Car, dois-je te le rappeler, tu ne disposes pas de ton libre arbitre. » L'amusement le disputait à la froideur dans son comportement, il était clair que le sorcier se riait de la situation présente, cependant la haine qu'il avait pour Aslinn était bel et bien présente sous cette couche de bonne humeur apparente et ne se gênait guère pour transparaître dans l'éclat de ses yeux perçants. « De plus, nous avons beaucoup de choses dont il faut discuter. Entre autres activités passionnantes. » Nulle allusion obscène à chercher dans la réplique, car le sous-entendu évident de ses propos s'axait plutôt sur les souvenirs qu'ils partageaient en commun d'avant son exil à Darkness Falls et qui, l'espérait-il, étaient toujours aussi douloureux pour elle.

Autour d'eux la vie suivait son cours, les quelques clients encore présent n'ayant pas l'air le moins du monde perturbés par cette confrontation inédite. Mais à la décharge des deux interlocuteurs, pas un seul mot n'avait encore été prononcé plus haut que l'autre. Ce qui en faisait pour l'instant un tête à tête tout à fait commun, à moins de se piquer de l'envie de jouer les indiscrets et d'y prêter une oreille plus attentive. Une chose à éviter, à vrai dire, car Melvyn n'appréciait que fort peu de voir les autres fourrager leur nez dans des histoires qui n'avaient rien à faire avec eux. « De ce fait, me voici attristé par ton refus de m'offrir un thé car cela m'aurait semblé tout à fait approprié pour accompagner cette conversation. Ne pense-tu pas ? » Sous la politesse de façade, la question était purement rhétorique et il ne s'attendait pas vraiment à ce qu'elle prenne le temps d'y répondre. Non à vrai dire, il espérait plutôt qu'elle saisisse l'allusion et cesse d'oublier qu'elle se devait de lui être soumise.
Mais sans doute allait-il rapidement déchanter.

 


Dernière édition par Melvyn B. Queensberry le Dim 13 Mar - 2:23, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: You must learn to suffer more ∴ Aslinn   Jeu 10 Mar - 11:44



You must learn to suffer more

La réponse de Melvyn ne s’était pas fait attendre et elle vit bien que son maigre plan pour le déstabiliser ne fonctionnait pas. Imperturbable, il avait haussé les épaules comme si leur discussion avait tout du banal et de la météo. Pourquoi tant de temps ? Juste comme ça. Apparemment, il en avait juste décidé ainsi en se levant ce matin-là. Et elle, même si elle se savait vivre avec une épée de Damoclès sur la tête, ne s’était doutée de rien. Elle avait sans doute espéré passer entre les mailles du filet, couler des jours à peu près tranquilles sans plus croiser son chemin, à lui. Mais c’était si mal le connaître. Et elle aurait dû s’en douter. Pour une raison inconnue, il la détestait et il pourrirait sa vie jusqu’à la fin. C’était ainsi. Qu’avait-elle fait dans une vie antérieure pour mériter ça à présent ? Probablement des choses horribles. Le sourire de Melvyn disparut soudain alors qu’il évoquait l’enfer dans lequel il avait été jeté près d’un siècle. C’est Aslinn qui esquissa un audacieux petit sourire en se rendant compte qu’il avait peut-être souffert lui aussi. Ça n’aurait été que justice bien qu’elle soit persuadée qu’il a pu être le Roi de cet enfer, lui qui ressemblait si fortement au diable.

Elle ne répondit pourtant pas alors qu’un silence lourd s’imposait de lui-même entre elle et lui. Que pouvait-elle bien répondre à ça. Rien. Et elle n’avait rien à lui dire de toute façon, mise à part qu’elle le maudissait. Mais elle n’avait pas besoin de parler en compagnie de Melvyn, le Comte avait toujours été très bavard, elle s’en souvenait bien. Les mots s’écoulaient de sa bouche tel un venin puant mêlant les piques et son orgueil dans une danse démoniaque. Elle s’était juré de ne pas avoir peur de lui. De ne plus avoir peur de lui. Malgré ça, elle la sentait déjà s’infiltrer en elle, insidieuse, la peur. La perversité de Melvyn résidait dans cette manipulation des esprits pour les faire trembler et fondre comme neige au soleil. Elle se mordit la lèvre pour ne pas lui donner satisfaction en tremblant devant lui. Autant qu’elle pourrait lutter, elle le ferait, ce serait sa seule chance de salut. Elle ne rentra donc pas dans son jeu à tenter de lui répondre alors qu’il n’avait pas fini. Il ne l’aurait pas écouté de toute façon. Alors elle garde les lèvres closes jusqu’à son dernier mot et un regard signifiant qu’à présent, il attendait une réponse. Pour le moment, elle ne voyait que du danger dans son regard. Depuis qu’elle avait entendu sa voix, son instinct avait allumé tous les warning du danger et lui hurlait de fuir, même si elle ne le pouvait pas. Si elle fuyait maintenant, il la retrouverait toujours. Fuir Melvyn était une perte de temps inutile. Le temps était trop précieux.

Ses derniers mots n’étaient encore que provocation et elle dut inspirer une grande bouffée d’air pour ne pas se jeter sur lui, ongles sortis pour lui arracher le visage et surtout la langue. Et finalement si elle le faisait ? Soit il parviendrait à la stopper avant, évidemment, soit elle se ferait arrêter par les autorités, dénoncée par un de ses précieux clients se trouvant en ce moment même dans la boutique et ne remarquant rien de la tension qui régnait entre le nouvel arrivant et la libraire. Non, Melvyn n’aurait pas de thé. Et il le savait, elle en était sûre.

« J’ai changé, Melvyn » tellement changé qu’elle ne lui donnait plus du ‘Maître’ qu’il avait réussi à lui imposer à l’époque. « Si tu es venu pour me faire souffrir, je ne te laisserai pas faire. Je ne me soumettrai pas. Et tu ne peux rien faire aujourd’hui, regarde autour de toi. Il y a trop de témoin. Peu importe ce que tu as fait pendant ces quatre années, je suis sûre que tu ne serais pas prêt à renoncer à ta place juste pour moi. » Fière d’elle, Aslinn avait réussi à garder son calme et à lui dire exactement ce qu’elle avait à lui dire. Sa voix n’avait pas tremblé malgré son appréhension évidente. Elle se sentait plus forte qu’avant, pas de doute là-dessus. « Ne pourrait-on pas continuer ainsi ? » demanda-t-elle encore. « Quatre années. Ce n’est pas rien. Je suis certaine que tu étais content de la vie que tu menais jusque –là, pourquoi t’encombrer de cette haine pour moi ? Si tu crains que je ne te fasse du tort…. Je n’en ferai rien. Que veux-tu de moi ? Si je te le donne, va-t’en et oublie-moi. S’il te plait. » Dans ses yeux verts, c’était de la peur mêlée à une lassitude à venir. Ne sachant pas ce qu’il voulait, comment pouvait-elle se sortir de cette situation ? Une pirouette était impossible. Mais c’était ce que voulait Melvyn, non ? N’avait-il pas toujours été ainsi ? La rendant incapable. Dans ses actes. Dans ses mots. Dans ses pensées. Inapte. Piégée.
 

 
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MessageSujet: Re: You must learn to suffer more ∴ Aslinn   Dim 13 Mar - 13:46



Aslinn & Melvyn
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Elle avait changé, en effet, mais peut-être pas autant que ce qu'elle-même le croyait. Et si cela ne lui plaisait guère de la voir continuer à se dresser fièrement devant lui de la sorte, au moins trouva-t-il quelque satisfaction dans ce qu'il interpréta comme une supplique. Espérait-elle réellement qu'il allait plier si aisément à cette demande et repartir comme il était venu, lui fichant la paix une bonne fois pour toute ?
Non, il était convaincu qu'elle savait la vérité tout au fond d'elle, que ce soit consciemment ou non.
« Crois-tu réellement que je crains une envie quelconque de me faire du tort émanant de toi ? » Melvyn se mit à rire devant l'idée complètement dérisoire. Certes elle avait brillamment réussi cette entreprise à l'époque, mais les temps avaient bien changé depuis, sans compter que lui-même s'était considérablement amélioré dans la pratique de la magie. Elle ne l'aurait pas deux fois. « Ce que je te veux ? Oh, tu n'as pas idée… » Un sourire mauvais étira ses lèvres tandis qu'il continuait de soutenir le regard d'Aslinn avec l'intention bien ancrée de lui faire ressentir tout ce qu'il avait dû subir dans sa prison infernale.
Et bien plus encore, tellement plus…

« Néanmoins me voilà curieux », reprit le sorcier après un bref silence. « Tu affirmes que tu ne me laisseras pas faire, alors dis-moi : comment comptes-tu procéder ? Aurais-tu oublié l'ascendant que j'ai sur toi ? Ou bien songes-tu à l'éventualité de passer tes nuits aussi bien que tes jours dans ta librairie, dans une place publique, dans n'importe quel endroit où tu pourrais être cernée de monde et t'envelopper dans la certitude que je ne pourrais pas t'atteindre ainsi ? » Melvyn instaura une petite pause théâtrale, comme s'il attendait qu'elle lui réponde alors que ses yeux brillants avertissaient la renarde qu'il n'en avait pas encore fini. « Ton ignorance et ta stupidité sont touchantes. Vraiment. » Presque condescendant cette fois. « A t'entendre parler j'ai l'impression d'être un vulgaire sorcier démuni qui n'osera pas lever la main sur sa créature sous prétexte de trois malheureux témoins. Imaginons un instant que tu aies raison et que je ne fasse rien, veux-tu ? » Il était peu dire que Melvyn se délectait de son propre monologue, aimant s'entendre parler à peu près autant qu'il aimait songer à ce qu'Aslinn allait subir entre ses mains. « Mettons que tu t'entoures d'une compagnie constante afin de t'assurer que cela me garde à distance. Comment sauras-tu que ces personnes sont bien réelles, ou que tu te trouves exactement là où tu penses être ? Comment peux-tu être persuadée que tu es bel et bien dans ta librairie à cet instant précis ? » Les derniers mots furent martelés d'une voix qui ne laissait pas place à la question, destinés dans la manœuvre à rappeler que le sorcier n'ignorait rien ou presque quant à la maîtrise des illusions.
« Mais je t'en prie : joue les obstinées, continues donc de croire que tu peux t'en tirer simplement comme ça. Fais-moi le plaisir de résister et je n'en goûterai que plus à celui de te briser ensuite. Ou bien peut-être peux-tu cesser d'être une éternelle déception et simplement aller préparer ce thé ? » La naissance d'un sourire étira les commissures de ses lèvres alors que le sorcier avait posé sa question d'une voix trop douce, presque paternelle et surtout totalement déplacée au vu des propos qu'il y avait tenu.

Melvyn brisa l'immobilité de leur face à face après un temps, fit quelques pas en direction du rayonnage le plus proche et entreprit de s'intéresser aux titres qu'il présentait. En réalité, sa mauvaise jambe le faisait souffrir de rester fermement campé sur ses deux pieds sans bouger mais ce n'était décemment pas quelque chose qu'il pouvait avouer à voix haute, à personne et surtout pas à elle. Ses yeux accrochèrent un recueil de poème et il l'attrapa avec une certaine nonchalance dans ses gestes, comme s'il n'était qu'un client lambda évoluant paisiblement dans la librairie et feuilletant quelques pages dans la curiosité d'une découverte intéressante.

 


Dernière édition par Melvyn B. Queensberry le Mer 6 Avr - 21:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: You must learn to suffer more ∴ Aslinn   Mar 15 Mar - 15:52



You must learn to suffer more

Quelque part, elle ne fut pas étonnée de la réponse de Melvyn. Non, elle n’avait jamais cru qu’il était capable de la craindre. Après tout, il avait bien des armes à employer contre elle. Elle, n’avait que ses griffes. Et encore, seulement lors de la pleine lune. Il se mit à rire. De ce rire qu’elle connaissait bien et qui lui donnait des sueurs froides car il précédait chaque fois une douleur, une humiliation par le passé. Et ça ne risquait pas de changer.

Le regard posé sur elle à nouveau, Aslinn se rendit peu à peu compte à quel point elle était piégée. Comme toujours avec Melvyn. Il avait su bouger ses pions au moment opportun pour faire échec et mat. Pour jouer et gagner en un seul coup. Et elle, pauvre âme misérable, elle ne pouvait que se coucher et rendre les armes car s’il y avait une solution, elle n’en voyait même pas l’ombre. Il lui rappela avec intérêt ces faits. Qu’elle ne pouvait rien. Qu’il pouvait tout. Son ignorance. Sa stupidité. Elle ne pouvait quitter des yeux son regard, elle bouillonnait de rage et des larmes de colère frappait le coin de ses yeux tandis qu’elle serrait poings et lèvres pour ne pas céder à la violence de son instinct animal. Elle valait mieux que ça. Ou peut-être pas. Le fait est qu’elle n’en fit rien.

Elle l’écoutait parler, les mots sortaient si facilement de sa bouche que ç’en était déconcertant. Le voilà qui partait dans une supposition de faits. Supposition de mauvais augure. Clairement. Car ce qu’il disait, elle n’y avait pas pensé une seule seconde. Sa respiration s’était bloquée alors qu’elle se souvenait les talents de Melvyn pour l’illusion. Et depuis le temps, il n’avait certainement pas perdu la main. Elle était stupide. Il avait raison. Une jeune femme inculte et qui manquait cruellement de l’éducation de l’aristocratie. Elle qui pensait être arrivée à s’instruire de manière autonome, ses efforts n’avaient mené à rien. Melvyn jouait encore avec elle comme un chat avec une souris. Rien n’avait changé, ni lui, ni elle, ni leur relation. S’il avait voulu la briser, il n’aurait pas agi autrement. Et le constat était simple, il y était presque arrivé. La libraire regarda instinctivement autour d’elle, réprimant un frisson, se demandant si c’était réel, le comptoir, les clients, sa journée ? Cela pouvait même avoir commencé il y a des jours… peut-être même depuis son retour. Et tout ce qu’elle avait vécu durant ces quatre années n’avait été que la somme de multiples illusions créées par Melvyn.

Elle finit par retrouver son regard. Les mâchoires serrées. Moins de colère que de peur cette fois. Le thé. Pour le moment, ce qu’il voulait, c’était qu’elle obéisse et aille faire du thé. « Mademoiselle…. Mademoiselle ? » une voix la tira de la peur qui était en train d’engloutir la renarde. Elle cligna des yeux et offrit un sourire à la cliente s’efforçant de se persuader qu’elle était réelle. Tant qu’elle n’en était pas certaine… Quelle horreur. Elle retourna à son comptoir pour encaisser l’achat de la femme qui demanda son avis sur le livre au passage. Aslinn lui répondit avec un intérêt feint alors qu’au coin de son regard, elle voyait Melvyn s’adosser à un rayonnage. Les années le rattrapaient, de ça, elle en était consciente mais n’en dirait pas un mot…. Pour le moment.

Une fois la cliente sortie, elle partit faire bouillir de l’eau qu’elle versa dans une théière en fonte noire. Elle posa deux tasse sur un plateau, en compagnie de la théière, quelques biscuits sur une assiette et l’apporta sur le comptoir. Elle jeta un œil à Melvyn.
« Tu n’as pas perdu ta langue en tout cas durant tout ce temps. Voici ton thé…. Ou ton illusion de thé, choisis l’option que tu préfères » lança-t-elle amère. Oui, bien sûr qu’elle allait devoir lui obéir pour le moment, et elle le ferait tant qu’elle n’aurait pas trouvé un moyen de faire autrement, un moyen de s’émanciper de ce malfaisant vieux bonhomme qu’il était. S’il éprouvait du mépris pour elle, aujourd’hui, elle n’éprouvait pas autre chose pour lui. « Mais peut-être devrais-tu employer un goûteur à partir de maintenant si tu comptes me faire faire la cuisine et le thé. Reste sur tes gardes. Illusion ou pas. » C’était une menace. Clairement. Et ça n’allait pas lui plaire, elle le savait aussi. Allait-il lui infliger ces douleurs atroces qu’elle ressentait parfois à l’époque ? Il lui avait fallu un moment pour se rendre compte que c’était lui qui les contrôlait, mais maintenant, elle savait. Roman lui avait expliqué beaucoup de choses sur les sorciers et leur métamorphe. Beaucoup de choses du passé s’étaient ainsi éclaircies pour Aslinn. Ignorante, peut-être qu’elle l’était encore, mais plus autant qu’avant. Et si la peur était toujours là, à frémir dans chacune des cellules de son corps. Sa fougue et son impertinence la surpassait.

D’un geste gracieux et élégant, elle versa le thé infusé dans les deux tasses. Elle en prit une qu’elle apporta à Melvyn avec un sourire de femme d’intérieur. Le plus ironique de tous. « Un biscuit ? » demanda-t-elle encore en lui proposant l’assiette.
 

 
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MessageSujet: Re: You must learn to suffer more ∴ Aslinn   Mer 16 Mar - 17:47



Aslinn & Melvyn
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Malgré tout elle lui avait fait du thé. Sa belle impertinence, sa manière de se comporter face à lui comme s'ils étaient égaux, son mépris clairement affiché… Aslinn avait tout cela et pourtant à la fin elle avait obtempéré et exaucé sa demande. Avec toute la mauvaise volonté du monde certes, mais il avait pour l'heure une certaine marge de tolérance due au fait qu'elle avait quelque peu perdu l'habitude de se soumettre sans objecter puisqu'il n'était pas venu clamer son dû dès l'ouverture des portes de Darkness Falls. Cela n'allait pas durer cependant, car le sorcier comptait bien rétablir l'ordre des choses telles qu'elles étaient plus de cent ans plus tôt.

Alors que la renarde revenait avec son plateau, Melvyn lui jeta à peine un coup d'œil alors qu'elle se plaisait à s'essayer, à son tour, au jeu dangereux des menaces. Un simple coup d'œil qui, pour ce qu'il valait, était bien assez suffisant pour transmettre à sa destinataire toute la haine qu'il éprouvait à son endroit.  « Te voilà devenue bien sûre de toi avec le temps... »  Il attendit qu'elle s'approche de lui et, avec un sourire qui renvoyait parfaitement l'hypocrisie de celui d'Aslinn, se saisit d'un des sablés qu'elle avait disposé dans l'assiette, délaissant pour ce faire temporairement le livre auquel il semblait s'être intéressé un peu plus tôt. Leurs regards se croisèrent de nouveau, s'ancrèrent l'un à l'autre. Toujours présent, le sourire se fit présage de mauvais augure.
Pour la première fois depuis qu'il avait mis le pied dans la librairie et à vrai dire pour la première fois depuis bien longtemps, Melvyn fit usage de ses pouvoirs sur la rouquine.

La tasse de thé qu'il avait dédaigné de prendre des mains de la jeune femme chuta au sol où elle se brisa, accompagné dans le mouvement par l'assiette et son contenu. La pique de douleur avait été brève mais fulgurante, d'une intensité modérée car ils se trouvaient effectivement dans un lieu public, mais à priori suffisamment violente pour quelqu'un qui n'en avait plus l'habitude depuis bien trop longtemps.
Evidemment, le bruit de la casse attira un ou deux curieux qui se manifestèrent des rayonnages où ils se trouvaient jusque-là. Le sorcier n'eut que le temps de se composer un masque de façade parfaitement poli et souriant avant de se retourner vers eux, l'air désolé. « Veuillez nous excuser pour le dérangement, je l'ai bousculé par mégarde et elle s'est brulée avec le thé. Rien de bien grave. » On pouvait bien excuser la maladresse d'un homme plus très jeune et embarrassé d'une canne, non ? Rassurés, les badauds repartirent à leurs occupations premières et il ne fallut qu'un instant pour que son expression change à nouveau du tout au tout. « Aurais-tu trop pris goût au confort d'une vie facile ? » A en juger d'après le petit air satisfait qui s'était peint sur son visage, son humeur était bien remontée des suites de son petit tour au dépens de sa compagne.

Contournant Aslinn sur ces quelques paroles, Melvyn se dirigea vers le comptoir et attrapa la deuxième tasse de thé qui y était toujours posée, intacte, avant de s'installer sur la chaise qui trônait derrière avec l'aisance tranquille de celui qui se pense être maître des lieux. Thé qui trouva d'ailleurs assez rapidement le chemin de ses lèvres pour une gorgée nullement hésitante malgré les menaces dont l'avait décoré celle qui s'était fait une joie de le préparer. « Je pense, et ce malgré ta bêtise flagrante, que tu es suffisamment intelligente pour ne pas me nuire via un procédé duquel tu ne manqueras pas de souffrir également. A moins que tu ne sois déjà lassée d'avoir recouvré ta condition d'être humain ? Permets-moi de douter de ce dernier point. De plus si je puis me permettre un conseil pour ton avenir, ne te fie pas aux poisons, ils sont inconstants et traîtres. Imagine ce qu'il pourrait bien se passer si tu venais à rater ton coup. Ce que je pourrais bien te faire… » Le sorcier se moquait ouvertement d'elle et semblait s'en délecter, toutefois il ne faisait aucun doute que ses paroles étaient on ne peut plus sérieuses. Mieux valait pour la renarde qu'elle cesse d'alimenter le brasier flambant de son désir de vengeance. Il mordit avec appétit dans le seul biscuit survivant de la catastrophe, se donna le temps d'en savourer la bouchée dans un silence qui s'éternisa sur quelques secondes. « Je te montrerai quelque chose qui n'est / Ni ton ombre au matin marchant derrière toi / Ni ton ombre le soir surgie à ta rencontre / Je te montrerai ton effroi dans une poignée de poussière. » Il tapota la couverture du livre qu'il avait emporté du rayonnage lorsqu'il était venu prendre ses aises ici. « Plutôt approprié à ta situation ne trouves-tu pas ? Je veux dire, pour quelqu'un qui m'a envoyé sans ciller au sein de l'enfer et de la tourmente éternelle, c'est bien la moindre des choses que je te dois. »

(T. S. Eliot, L'Enterrement des Morts, si jamais °3°)
 
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MessageSujet: Re: You must learn to suffer more ∴ Aslinn   Jeu 31 Mar - 15:49



You must learn to suffer more

Sûre d’elle ? Oui et non. Oui parce-qu’elle ne voulait pas se laisser faire et qu’à présent, elle avait bien mûri depuis l’époque où elle était encore la femme-enfant malléable qu’il avait épousé. Non parce-qu’elle avait ces souvenirs de douleurs et d’humiliations qui la hantait, qu’elle savait ce qu’il était capable de faire à l’époque et qu’elle se doutait qu’il savait faire encore plus aujourd’hui. Pendant ces quatre années, il était difficilement concevable que Melvyn ce soit seulement tourné les pouces. Ce n’était pas son genre à cet assoiffé de connaissances. Bien au contraire. Et quand leurs regards se croisèrent, elle en eut la confirmation dans l’étincelle de colère qui faisait briller ses pupilles comme de l’acier.

Si elle s’y attendait depuis l’entrée de Melvyn dans la boutique, elle n’y était pas préparée. Et n’aurait jamais pu l’être. La douleur électrisa la totalité de son être l’espace de quelques secondes à peine. La brutalité du choc lui fit lâcher tasse et assiette qu’elle tenait dans ses mains. Droite comme un piquet, elle n’avait pas eu le temps d’une réaction instinctive comme poser ses mains là où cela faisait mal, elle n’était pas tombé, elle n’avait pas vacillé sur le moment. Mais elle l’avait senti, comme un éclair qui traverse le corps, comme une décharge électrique stoppée suffisamment vite pour éviter toutes séquelles. Mais une décharge électrique suffisante pour se mettre à avoir la phobie des fils et prises électriques. La douleur partie, sa respiration avait pris un rythme erratique mêlée des affres de la douleur et de la peur qui l’envahissait comme une marée montante. Elle ne perçut pas vraiment ses paroles, mais sa question la déstabilisa un peu plus. Croyait-il vraiment que c’était un confort de vivre en sachant pertinemment qu’il était là, quelque part, et qu’il pouvait apparaître à n’importe quel moment, comme il venait de le faire ? Oui, il le croyait. Et son sourire de satisfaction en disait long. Ce qu’il voulait, même s’il ne le lui disait pas clairement, c’était la faire souffrir. Tout simplement. Parce-qu’il aimait ça. Et parce-qu’elle était sa chose, après tout.

Alors qu’il disparaissait de son champs de vision, elle se laissa aller et elle prit appuie sur l’étagère qui se trouvait près d’elle pour reprendre son souffle. Elle ferma les yeux un moment. Si une si rapide douleur pouvait lui faire si mal… il était donc capable de bien pire et elle doutait de ses capacités cardiaques à recouvrir de chocs plus nombreux. Elle l’écouta pourtant avec attention alors qu’il parlait de ce qu’il pourrait lui faire si elle venait à manquer son coup. Le fait était qu’elle comprit qu’il ne la connaissait pas si bien que ça au final. Peut-être se contentait-il d’agir avec elle comme si elle était encore celle qu’elle était dans le manoir Queensberry en Angleterre. Mais elle n’était plus ainsi, elle avait appris à réfléchir et surtout utiliser les connaissances personnelles qu’elle avait… de manière innée dirait-on. Mais elle ne broncha pas, reprenant toujours sa respiration qui se calmait de secondes en secondes contre l’étagère.

Alors qu’il prenait une de ses longues pauses théâtrales entre deux tirades, Aslinn finit par se retourner vers lui. De la lave bouillonnait en elle tellement sa colère pour cet homme l’envahissait. Mais la prudence et surtout la méfiance qu’elle avait apprise depuis l’empêchaient de laisser cours à ses pulsions animales. Il terminait de lire les vers de T.S. Eliot avec tout cet art lyrique qui le caractérisait tant. Après tout ce temps, il avait forcément du changer… mais pour le moment elle n’arrivait pas à voir en quoi. C’était le même homme. Et elle resta où elle se trouvait, pourquoi l’approcher ? Elle n’en avait aucune envie. Mais il fallait bien que quelqu’un ramasse la vaisselle cassée et clairement, s’il en était la cause, il ne le ferait pas. Parce-qu’elle venait d’apprendre pourquoi il était revenu. Pour se venger. Il voyait en elle la cause de ses malheurs et de sa propre souffrance et il voulait lui faire subir le même sort probablement. Ne se rendait-il pas compte qu’il lui avait déjà fait payé au centuple bien avant que cela se produise ? Et si seulement elle était celle qui l’avait jeté dans cet enfer, elle le referait encore aujourd’hui. Mais elle n’était pour rien dans cette histoire. Elle s’était retrouvée prisonnière dans la peau de la renarde à cette époque-là et ce durant plus d’un siècle…

« Alors c’est ça ? » dit-elle en levant les yeux vers lui. « Tu crois que c’est moi qui t’ai jeté dans cet enfer ? » Elle soupira et leva les yeux au ciel laissant sa tirade en suspend le temps d’attraper un balais à côté de la porte d’entrée. « Tu veux te venger, me faire souffrir autant que tu as souffert ? c’est ça ? » demanda-t-elle. Elle se mit à rire doucement. « Je vois que le séjour dans les flemmes du diable ne t’a pas arrangé. Moi qui croyais que tu venais me faire souffrir par pur plaisir ! Tu me déçois. » Elle passa un coup de balais, rassemblant les débris dans un coin pour libérer le passage. « Si seulement c’était moi qui t’avais envoyé là-bas…. Crois-moi, je me sentirais beaucoup mieux aujourd’hui. Mais je n’ai pas eu ce plaisir….enfermée comme je l’étais dans cette cage. Tu te souviens ? »

Son regard sembla prendre la teinte de braise de ses cheveux. Elle s’approcha de quelques pas pour venir s’accouder au comptoir derrière lequel il se trouvait à présent. Assis… sa jambe le faisait souffrir. Voilà ce qui avait changé chez lui : l’incapacité à cacher sa faiblesse.

« Dis-moi à présent, quel est le programme que tu as prévu pour moi ? M’enfermer à nouveau dans une cage ? Me séquestrer ? Me laisser là ? C’est quoi ton plan ….Papy ? » le dernier mot lui avait échappé. Elle frissonna légèrement, anticipant la douleur qu’il allait sans douter lui asséner. Mais avec du recul, elle ne regrettait pas. Un peu plus, un peu moins. Le résultat serait le même : elle allait souffrir, elle le savait. Alors autant se faire plaisir….
 

 
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MessageSujet: Re: You must learn to suffer more ∴ Aslinn   Mer 6 Avr - 21:11



Aslinn & Melvyn
featuring

Aslinn continuait de se tenir droite et fière devant lui, l'attitude toujours autant empreinte de défi qu'elle l'était avant qu'il fasse usage des pouvoirs que lui conférait son ascendance sur elle. Elle le craignait parce que son instinct de survie lui disait probablement que c'était la chose la plus sensée à faire, mais refuser de plier comme elle avait plié autrefois.
A la voir lui tenir tête de la sorte, Melvyn se confrontait à l'envol de tout le travail qu'il avait fait afin d'obtenir une créature servile et soumise, mais la déception qui en découlait était aux antipodes d'égaler les sentiments enrobés de fiel qu'il avait pour elle à présent. Plus elle s'obstinait et faisait montre de cette force de caractère qu'il ne lui connaissait pas, et plus il se réjouissait de ce qu'elle aurait à subir avant qu'il parvienne à la mater de nouveau. Qu'elle crache donc son mépris, qu'elle savoure sa bravoure stupide !

Un silence lourd d'appréhension s'insinua entre eux après que la rouquine se fût tue. La bouche du sorcier se pinça face à l'insulte, le déplaisir de la rebuffade transfigurant ses traits et son faux sourire d'hypocrite. Il pouvait deviner à son attitude qu'elle savait qu'il ne laisserait pas passer la bravade sans répliquer, mais il prit sur lui pour ne pas céder à la spontanéité d'une réplique dictée par la gifle verbale.
Un silence, donc, une éternité de secondes qui s'égrenèrent avec une lenteur effarante tandis que Melvyn se taisait et buvait son thé comme si cette simple action était plus importante que réprimander la renarde. Pourtant son regard ne se dépariait pas de celui de son interlocutrice, deux billes froides déclamant sans la moindre ambiguïté qu'elle avait parfaitement raison de redouter ce qui allait s'ensuivre.

Il se délecta d'user à nouveau de ses pouvoirs sur elle comme l'on se délecte de sa pâtisserie préférée après en avoir été trop longtemps privé. L'obligation de se brider était certes une barrière gênante mais ne lui importait pas tant que ça dans la mesure où Melvyn n'était aucunement pressé par le temps. Parce qu'il se retenait aujourd'hui, cela ne signifiait pas qu'il ferait preuve de cette même demi-mesure la prochaine fois que leurs chemins parviendraient au même carrefour. Or il pouvait faire preuve d'une patience exemplaire, surtout lorsque, comme ici, la vengeance n'avait nul besoin d'être immédiate et sans appel.
D'autant plus qu'il tenait encore à converser avec Aslinn, or comment le pourrait-il s'il se montrait trop intransigeant avec la skinchanger ?

« Tiens-tu réellement à prendre connaissances des moindres détails concernant ce que j'ambitionne à ton sujet ? Pour ma part, j'ai toujours trouvé que le mystère de l'inconnu était autrement plus intéressant. Il serait dommage de gâcher l'effet de surprise, ne pense-tu pas ? Mais rassure-toi, tu ne resteras pas dans le vague trop longtemps. » A moins peut-être de fuir ce havre de paix très relatif que représentait la Nouvelle Orléans au sein d'un monde chaotique et dévasté, mais qui serait assez fou pour franchir les murs de la ville dans le simple but d'échapper à la colère d'un seul homme ? Il ne l'en croyait pas capable, et même son ego démesuré était suffisamment lucide pour savoir que le jeu n'en valait pas la chandelle, qu'il ne méritait pas qu'on prît tant de peine à le fuir. « Enfin nous n'avons nul besoin de parler de ce qu'il risque de t'advenir dans un futur proche, car tu le sauras bien assez vite. Restons dans le présent, veux-tu ? Il serait dommage de ternir ces retrouvailles en abordant le sujet fâcheux de ton avenir plus en profondeur. »  La tasse de thé embrassa de nouveau ses lèvres tandis que les dernières gorgées du liquide chaud descendaient le long de son gosier. Le sorcier se carra plus confortablement dans son assise, toujours sans sembler éprouver la moindre gêne de se trouver à une place qui ne lui était pas le moins du monde destinée. « Alors tu prétends être étrangère à mon enfermement. Ma foi, il va falloir te montrer plus convaincante car je n'ai ni l'envie ni les raisons de te croire. C'est un peu facile de prétendre à l'innocence sous le prétexte de quelques barreaux, non ? Dans la logique de tes propos, la main qui tient l'arme est criminelle mais celle qui l'a commanditée reste blanche. Une théorie intéressante. Un siècle a pu passer mais il n'y a pas prescription sur tes actes pour autant. » L'hôpital qui se fout de la charité.  

 
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MessageSujet: Re: You must learn to suffer more ∴ Aslinn   Jeu 14 Avr - 15:33


Ses pupilles d’un bleu aussi acéré que l’acier reposaient sur elle. Pourquoi l’avait-elle appelé « papy » en fait ? Hormis le fait qu’il était d’un âge avancé et qu’il avait à présent besoin d’une canne, cela allait sans dire. Elle ne savait pas vraiment. Une impulsion animale. Le mot avait fusé d’entre ses lèvres pleines sans qu’elle ne pût le retenir. Alors oui, elle se rendait bien compte qu’elle tendait le bâton pour se faire battre, mais après tout, bâton ou pas, elle se ferait battre quand même. Ses regrets s’évaporèrent comme neige au soleil en remarquant à quel point la simple mention de ce mot avait fait tiquer le si grand et merveilleux Melvyn. Oui. Aslinn s’était rendue compte qu’elle avait touché un point sensible et elle s’en souviendrait. L’appeler « papy » au lieu de Melvyn pouvait être amusant. Surtout s’il se retenait de la faire souffrir comme il était probablement en train de faire en cet instant. Car elle avait beau attendre la répercussion, l’éclair de douleur dans sa tête, rien ne vint. Seuls ses pupilles aciers l’observaient avec toute la haine et le mépris dont il était capable. Comme si Aslinn était un insecte venimeux à écraser. Lentement. Très lentement.

Elle savait dans quoi elle venait de plonger. Même si on ne choisit pas vraiment de plonger dans quelque chose lorsque l’on est acculé dos au mur et que ce mur avance vers le plongeoir. Le seul choix qu’elle pouvait faire c’était de plonger avec classe et élégance, un double salto accompagné d’une vrille gracieuse l’entraînant vers les profondeurs d’une piscine remplie de piranhas. Alors oui, elle avait plongé et elle se débrouillait pour faire un joli salto avant de servir de repas à cet homme dont elle ne connaissait que la cruauté et l’injustice.

Melvyn aimait prendre son temps. Elle l’avait oublié. Mais d’accord. S’il tenait à bavasser un peu, lui l’amoureux des beaux discours qui savaient manipuler les mots comme le grand orateur qu’il était, elle le lui accorderait. Après tout, elle n’était plus à ça près désormais. Contrecoups de l’attaque de Melvyn, elle sentait son corps un peu fatigué et elle s’accouda une nouvelle fois sur le comptoir. Lui demander de lui laisser le siège ? Inutile de demander, cela faisait partie de ses petites méthodes de torture qu’il affectionnait tant. Elle l’écouta donc discourir attendant patiemment qu’il est terminé avant de lui répondre. Ce dont elle se souvenait, par contre, c’était qu’il détestait qu’on lui coupe la parole. Encore plus lorsqu’il s’agissait d’Aslinn. Il ne lui avait jamais fait de cadeau là-dessus.

« Très bien, j’attendrai donc que tu aies l’amabilité de me présenter le programme. Tu aimes toujours autant l’effet de surprise à ce que je vois… » Elle laissa sa phrase en suspend quelques secondes avant de reprendre. « Tu penses que j’ai commandité ton arrestation et ton procès ? Vraiment ? Peut-être que pour toi les barreaux d’une cage n’empêche pas le crime, pourtant je me demande bien comment j’aurais pu le faire. Je ne croisais personne. A qui voulais-tu que je deman… » et puis cela fit tilt dans son esprit. La seule personne qui bravait l’interdit de Melvyn pour me rendre visite dans ce maudit bureau était Ciaran. Il m’apportait toujours un peu de nourriture et n’avait de cesse de trouver une solution pour la sortir de là et se venger de Melvyn. Il était certain, à présent, qu’il avait trouvé la solution idéale. Même si cette solution avait sous-entendu la disparition d’Aslinn en même temps que celle de Melvyn. « Ciaran… » lâcha-t-elle en hochant la tête avec un demi-sourire. Penser à lui la rendait toujours amère car elle avait vraiment aimé cet homme qui aujourd’hui était mort depuis bien longtemps. Tristesse et joie se mêlaient à ses souvenirs de lui. Et son regard se fit plus vague alors qu’elle baissait la tête vers le comptoir. « Finalement, il a réussi à trouver. Je suis contente pour lui… » Elle sourit enfin, un peu mélancolique malgré la présence de Melvyn. Elle n’avait aucune honte à montrer ses sentiments devant lui, étrangement d’ailleurs.
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MessageSujet: Re: You must learn to suffer more ∴ Aslinn   Mar 24 Mai - 23:24



Aslinn & Melvyn
featuring

Evidemment, le premier réflexe d'Aslinn fut de se défendre face aux accusations du sorcier. Ce dernier, plutôt curieux de savoir ce qu'elle pouvait bien avoir à lui dire dans le but de clamer son innocence dans la condamnation de son époux et maître, ne fut qu'à moitié surpris lorsqu'elle s'interrompit d'elle-même dans sa réplique. La réalisation s'imposa à la conscience de la rouquine et il l'observa prendre sa place lentement à travers les iris clairs de son interlocutrice
Ciaran… Le sorcier avait eu un nombre considérable de personnes à son service, mais ce prénom était bien trop imprimé dans sa mémoire pour qu'il l'oubliât aussi aisément que n'importe quel domestique lambda. L'affront que lui avait fait ce dernier en s'octroyant sa femme sous son propre toit était une humiliation cuisante qu'il n'avait pas eu le temps de laver avant d'être emprisonné. Ce n'était pas tant une question de jalousie – Melvyn n'éprouvait après tout aucune affection pour elle, n'avait jamais consommé leur mariage et ne s'était même pas piqué de l'envie d'y remédier un jour – mais une question d'honneur et ici, celui de l'aristocrate avait été souillé, allègrement piétiné par un chauffeur médiocre et la souillon qui portait son nom. L'homme avait rarement été aussi furieux que lorsqu'il avait appris, revenant d'un voyage qui l'avait amené loin de son domaine, que les deux jeunes gens n'avaient même pas cherché à se cacher de leur idylle stupide. S'imaginant sans peine être la risée de ceux qui voyaient sa femme se jeter ouvertement dans les bras d'un autre dès lors qu'il avait le dos tourné, il n'en avait que davantage détesté Aslinn pour ça.
« Je vois… ce n'est guère surprenant au fond. Quel dommage que je n'ai pas pris le temps de régler son cas avant de m'occuper du tien. » Quoiqu'à bien y chercher, l'homme ne déterrait pas tant de regrets que ça dans le fait d'avoir agi de la sorte : malgré le traumatisme profond et indélébile de son long séjour infernal à Darkness Falls, malgré le chamboulement et le choc culturel entre le présent et son passé lointain, Melvyn se plaisait bien dans ce monde qui semblait n'avoir de cesse que d'abreuver sa soif intarissable de connaissances et de nouveautés.
« Contente de la stupidité d'un homme qui n'a pas pesé les conséquences de son acte ? Il t'a puni et lui aussi dans le même temps. Quelle intelligence ! » Il se moquait ouvertement, et l'idée que Ciaran n'avait probablement pas su que son geste le priverait pour toujours de sa dulcinée avait de quoi susciter une petite pointe de satisfaction purement mesquine. Cela ne changeait rien à ce qu'il s'était passé, mais de se dire que tout le monde y avait perdu quelque chose adoucissait les angles. « Et pour aboutir à quoi au final ? Rien. Cette fois, je crains de devoir t'annoncer que personne d'autre ne viendra à ton secours. Contrairement à moi, ton chevalier servant n'est plus dans la partie. » Bouffis d'assurances, les propos s'abattirent sèchement comme si Aslinn était déjà retournée derrière les barreaux de sa cage et ne se tenait pas effrontément devant lui, droite et fière.
Libre.

Melvyn termina le thé et se leva du fauteuil qu'il s'était accaparé quelques minutes plus tôt. « Bien, je pense que tout a été dit pour aujourd'hui. Quel que soit le plaisir que j'ai à converser avec toi, je me vois dans l'obligation de te quitter. » Sarcastique, encore et toujours, avec ce rictus au coin des lèvres dénonçant clairement à quel point il s'amusait de la situation. « Mais ne t'inquiète pas, tu auras de mes nouvelles très bientôt. Ma chère épouse. » La canne claqua sur le sol, venant mettre le point final à la conversation tandis qu'il s'éloignait d'elle, maudissant intérieurement sa jambe encore engourdie de son immobilité et qui se montrait un peu trop rétive à se mettre en branle. Sur le comptoir, le recueil de poèmes qu'il était allé piocher gisait encore ouvert à la page qu'il avait lue, abandonné. Le carillon tinta à son départ de la même manière qu'il avait claironné son arrivée et la porte se referma sur le mage sans qu'il ne se soit retourné vers elle ou ait ouvert la bouche une ultime fois.  

 



(TOPIC TERMINÉ)
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