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 Soul Scraping [Noah]

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MessageSujet: Soul Scraping [Noah]   Mer 23 Mar - 14:27



« Soul Scraping »

Noah & Grayson
featuring

Je fonctionne par obsessions. Il y a les grandes, les éternelles, celles qui me tiennent éveillé la nuit et deviennent le moteur de ma vie. Celles qui m’envoient traquer de l’autre côté des murs et m’enferment des heures durant dans les sous-sols du Bones. Et puis il y a les petites, les éphémères, qui ne restent que le temps de déchiffrer l’énigme qu’elle représentent à mes yeux, avant de passer à autre chose.

En ce moment, j’ai braqué mon attention sur Lenaïk, le légiste qui bosse pour nous, mais pas vraiment. Le type qui est sous les ordres de Kyran, mais pas vraiment non plus, à en juger par les libertés qu’il se permet de prendre. Le mec qui passe sa journée dans une morgue, à tripoter des cadavres, mais qui s’enfuit à toutes jambes dès que j’aborde le sujet des rôdeurs. Allez savoir… Les gens sont bizarres.

Aleksi, donc, c’est mon message codé du moment, celui que j’ai décidé de décrypter, pour ma curiosité, le bien du Bones, le plaisir de Moïra. J’aurais pu commencer par essayer de questionner Hogan, son boss direct, après tout… Mais mon orgueil a tendance à trop se manifester en présence du norvégien. J’ai déjà du mal à supporter que ce mec ait un semblant d’autorité sur moi, une influence conférée par son expérience et les compétences qu’il s’escrime à m’enseigner.

En dépit de mon intérêt évident pour la matière, je peine à me soumettre à des contraintes que je n’aie pas moi-même définies. Ce paradoxe forme à lui seul toute une lutte, et je me verrais mal profiter de ces instants conflictuels pour questionner le mafieux sur son employé. Non, Lenaïk est devenu mon problème, à moi seul.

Dans ces cas-là, je deviens l’homme le plus organisé de la ville, voire des ruines de ce monde. Je commence à planifier les moindres détails d’une traque minutieuse, m’ôtant de ce fait toutes autres idées parasites de l’esprit. C’est probablement un peu le but de la démarche. Ne pas penser à Norah pourrissant lentement dans sa cellule, ne pas penser au passé, et ne pas penser non plus au présent, à Moïra, la déesse païenne que je surprends à gérer ma vie, inaccessible sur son trône de reine de la pègre. Mes diversions sont parfaites.

Et je l’avoue sans un scrupule, j’ai commencé à suivre le légiste. On apprend tellement des gens, lorsqu’ils ne se savent pas observés. Leurs tics d’ordinaire réprimés, le regard évasif de celui qui se reluque l’intérieur de l’âme, la démarche alourdie par quelque pensée intrusive. Aleksi est typiquement ce genre de personne, ce qui implique qu’il est relativement facile à filer. Suffit de se rendre invisible, de se fondre dans le paysage.

Entreprise qui peut sembler compliquée pour un type comme moi, mais tout est une question de rythme. Sentir pulser celui de la ville, de la foule, l’intégrer et s’y laisser ballotter comme par des vagues, sans jamais perdre sa cible de vue. S’arrêter pour un café à emporter, se glisser dans l’ombre d’un porche, observer depuis le perchoir confortable d’un banc public, se fondre dans un orchestre en marche dans une rue bondée. C’est l’avantage de la Nouvelle Orléans, tellement plus vivante et surpeuplée que mon Nevada natal.

Pendant une semaine, j’ai joué au parfait petit peacekeeper, à suivre les déplacements de mon énigme et camper en planque devant son appart. Sauf qu’à côté de ça, j’ai un vrai boulot, des responsabilités, et que je pouvais pas décemment tout plaquer dans l’idée de me prendre pour un Sherlock Holmes en carton. J’ai donc loupé des trucs, forcément. Mais ce que j’ai retenu, au hasard d’une filature prolongée, c’est une destination particulière.

Le jeune homme s’y est rendu un matin, d’une démarche nerveuse qui a suffi à me mettre la puce à l’oreille. Un bâtiment typique du quartier français, dans lequel il s’est engouffré après avoir sonné. En m’approchant de la porte, j’ai découvert une plaque de cuivre : Noah D. Meadow, psychiatre agréé. Considérant les récents événements qui ont affecté la vie du légiste, je ne suis pas vraiment surpris. Il est d’ailleurs très probable que ces séances lui aient été imposées par les autorités.

Je ne peux m’empêcher de grimacer en pensant à tout cela. Nous ne sommes pas à l’abri, aucun de nous. Contraints de vivre dans l’ombre, comme au début du siècle précédent. Comme si ça suffisait pas que les Enfers se soient déversés sur Terre, que l’humanité – et consorts –  soit réduite à une bande de réfugiés planqués derrière de hauts murs, la clique de demeurés qui nous gouverne a décidé de taper sur une partie non négligeable de sa population. Ça semble tellement stupide que ça en deviendrait presque risible, si c’était pas si tragique. La gerbe, voilà ce que ça m’inspire.

Ce jour-là, je suis rentré au Bones sans attendre qu’Aleksi ressorte. Pour une fois, j’avais pas envie d’en savoir plus. Mais par la suite, ça m’a trotté dans la tête. Grâce aux divers contacts de Moïra, j’ai entrepris quelques recherches sur le psy en question, un mec supposément compétent, mais discret. Un peu trop à mon goût. Un dossier trop lisse, des informations vides de sens. Peut-être que j’interprète à tout va, peut-être que je poursuis mes lubies avec un peu trop de zèle, mais enfin… Sur un coup de tête, j’ai pris rendez-vous.

Je sais pas ce que j’espérais vraiment en faisant ça, parvenir à soutirer de précieux renseignements sur ma cible au praticien ? Une idée tentante, à laquelle je crois sans y croire, présumant un peu de mes capacités. Encore une fois, peut-être que je cherchais juste à m’occuper ailleurs, loin du Bones et de ses tentations parfois envahissantes.

Quoi qu’il en soit, au jour dit, je pousse même le vice jusqu’à faire un effort de présentation, avec une chemise propre et un jean… juste modérément sale. Je n’ai pas de stratégie et j’ignore totalement quel jeu de devrais jouer. Grayson Hawk, fin connaisseur de l’âme humaine ? À d’autres. Je ne me fais pas d’illusions, ce qui ne m’empêchera pas d’essayer, en dépit de la terrible nécessité d’exercer ma mauvaise rhétorique.

Une inspiration, un brossage sommaire de ma tignasse du bouts des doigts, et je presse le bouton de la sonnette. Au bourdonnement de l’interphone, je pousse le battant et m’engouffre à l’intérieur, accueilli par la fraîcheur bienvenue d’un hall climatisé après la moiteur de la ville.

Deux étages plus haut, grimpés d’un pas tranquille, je me retrouve devant une nouvelle porte et frappe. L’homme que je suis venu voir apparaît bientôt dans l’encadrement, d’allure plus jeune que ce à quoi je m’attendais. Quel est le protocole dans ce genre de situation ? Je me frotte machinalement l’arrière du crâne.

— Hawk. J’ai rendez-vous.

Ouais, sans blague. Le plan, qui me semblait déjà sacrément bancal jusqu’ici, vient de s’écrouler lamentablement devant la réalité de l’entreprise. Comment amener efficacement le sujet qui m’intéresse sans avoir à dégoiser des conneries sur ma personne ? Je sens que je vais pas tarder à découvrir les limites de mes talents d’improvisateur.  
 

 
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MessageSujet: Re: Soul Scraping [Noah]   Jeu 21 Avr - 11:17



L'ennui. Un ennui du fond des âges, un ennui de fin du monde, et ce bien malgré la quantité phénoménale de travail que lui procuraient les temps actuels. A chaque période ses folies, comme il avait pu le remarquer. Restait qu'entre chaque patient, après chaque séance, il éprouvait cette systématique retombée d'adrénaline qui ne signifiait qu'une chose : la lassitude, et par là-même l'ennui, envahissait progressivement chacune de ses cellules pour se répandre dans son sang puis toute sa personne. L'ennui. Chaque journée se ressemblait, s'il ne s'arrêtait que sur son travail. Selon le dicton, l'Enfer, c'est les autres, il aurait dû apprécier ces accalmies sporadiques entre deux sessions d'ouverture de l'âme. Mais il devait reconnaître qu'à part les quelques séances surprise que Noah avait eues récemment de la part de Rafaele ou d'Aleksi, qu'à part ses retrouvailles tumultueuses avec Enya ou la petite session privée qu'il s'était offerte avec Liam sur la personne de Mikkel Ievseï, il s'emmerdait ferme.
Il y a des moments, comme ça. Des journées qui se ressemblent toutes et se suivent inlassablement, sans que rien ni personne ne parviennent à les rendre extraordinaires. La seule lueur d'espoir que cette journée lui avait apportée consistait en un appel, en plein milieu d'une séance longue comme une journée de pluie, pour un rendez-vous potentiel en fin de semaine. L'homme semblait sûr de lui, sa voix rocailleuse teintée d'une pointe de défi suffisamment rafraîchissante pour être notée. Certes, Noah avait plus de travail qu'il n'en avait jamais eu, ces derniers temps. Mais ce petit soupçon de bravade, dans le ton de son potentiel nouveau patient, l'avait suffisamment amusé pour qu'il accepte de l'ajouter à une liste bien trop longue d'âmes en peine. Pas qu'il fut prêt à perdre entièrement son temps avec le nouveau venu, non. Mais il avait envie de voir ce qu'il avait dans le ventre.

A mesure que la journée avait défilé, il avait creusé dans sa mémoire pourquoi le nom de son nouveau patient lui paraissait aussi familier. Hawk. C'est classique comme nom de famille, surtout dans un pays aussi grand que les Etats-Unis, et même malgré l'apocalypse. Pourtant il avait la sensation que quelqu'un lui avait déjà parlé de ce type, sans qu'il ne parvienne à mettre le doigt dessus. Qu'à cela ne tienne. Un mec appelé "Fils de Gris" ne pouvait que l'amuser, ne serait-ce qu'à cause de son prénom qui ressemblait à une vaste blague. Comme quoi, certains parents ont vraiment un sens de l'humour douteux pour penser que ce type de prénoms serait facile à porter. Il s'attendait déjà à entendre parler d'un complexe d'infériorité dû au fait que lesdits parents ne l'aimaient pas, à ce stade, pensée qui le fit même ricaner lorsqu'il inscrivit le nom dans son carnet, entre deux séances.

Le reste de la semaine avait suivi son cours, sans ombrages, sinon l'absence d'Aleksi à sa séance. Le psychiatre avait fulminé avant d'appeler le numéro que le Nordique lui avait communiqué pour tenter de le contacter, et était tombé directement sur la messagerie. Il avait laissé un message dont il était sûr que Lenaïk ne l'écouterait pas. Ça avait suffi à le frustrer suffisamment pour qu'il ne fasse aucun cas de ses patients suivants, plus que de coutume, avant de se rendre compte que finalement le nouveau venu allait faire son apparition en grandes pompes dans quelques heures. Tant mieux, ça allait rendre sa journée plus douce, de voir à quoi il ressemblait. Et s'il n'avait rien d'intéressant à lui dire, au moins l'Italien aurait-il le plaisir de se moquer intérieurement de lui. L'un de ces innombrables petits plaisirs que lui offrait sa profession.
Une main compatissante sur l'épaule de Mrs Hudson, la logeuse de Maisy, et il la raccompagna jusqu'à la porte. Elle n'était pas passionnante, cette bonne-femme, mais s'il souhaitait se mettre Maisy dans la poche il n'avait pas d'autre choix que de courber l'échine et faire preuve de compassion auprès de la vieille, écoutant ses petits problèmes et faisant mine de les embrasser comme les siens. Ce qu'il avait fait pendant cinquante minutes, et qu'il continuait de faire en la congédiant, la poussant avec douceur et fermeté vers la porte.

-J'ose espérer que vous retrouverez le sommeil avec cette ordonnance, très chère, nous nous revoyons comme convenu la semaine prochaine.

Un sourire affable vissé sur le visage et à défaut d'orties, il poussa Mémé dans le couloir et referma la porte après les salutations d'usage, s'adossant au bois massif en poussant un soupir soulagé. Enfin libre. La sonnette de l'immeuble, stridente, l'arracha à son état de grâce prématuré, provoquant une grimace tendue sur son visage affable. Merde. Il était en avance, ce Stronzo. Sans daigner répondre à l'interphone, il se contenta de presser sur le bouton d'ouverture des portes et tira ses cheveux en arrière pour recouvrer un semblant de contenance. Dans un monde idéal, il aurait eu le temps de se glisser dans sa cuisine pour s'offrir le luxe d'un petit café. Rien qu'un. Mais c'était l'Apocalypse. Les cons pleuvaient comme crachin, inondant son office de leur ponctualité et leurs ennuis de plébéiens. Soit. Il poussa un profond soupir et finit par ouvrir la porte après avoir entendu deux coups brefs, vaillants, contre le bois. Un sourire de convenance, une main tendue vers le nouveau venu, il s'efforça d'être chaleureux malgré sa lassitude.

-Grayson, je ne vous attendais pas aussi tôt !

Son ton chantant accompagna son attitude décontractée, alors qu'il invitait son patient à passer le seuil. Une attitude si travaillée qu'elle semblait naturelle, le psychiatre s'étant donné pour objectif de faire croire à ses nouveaux patients qu'il était sincèrement heureux de les rencontrer. C'était leur argent qu'il était heureux de rencontrer, en soit. Et donc la transition avait été particulièrement aisée.

-Installez-vous, je vous en prie.

Des gestes travaillés depuis les quelques années qu'il officiait, pour accompagner les ouailles jusqu'à son bureau. Pour les laisser prendre leurs aises dans les fauteuils confortables, voire sur la méridienne. Une comédie rodée dans les moindre détails.
Une odeur toutefois le fit tiquer. Émanant de son invité, une odeur lointaine, un peu âcre, frelatée. Pas celle qu'il aurait attendue d'un homme du type de Hawk, pas qu'une simple odeur de sueur, d'alcool et de testostérone. Frustrante, d'ailleurs. Il avait beau chercher, il ne parvenait pas à définir à quoi exactement elle lui faisait penser. Un pressentiment étrange se nichant au creux de son estomac, il cacha son trouble avec un léger sourire docile, après que l'autre ait pris ses marques.

-Grayson. Votre prénom n'est pas des plus communs, et pourtant il a une résonance familière. Auriez-vous, par chance, obtenu mon contact auprès d'un confrère de l'Adventist Hospital ?

Faire croire à l'autre qu'il était en situation de confiance. Faire croire à l'autre qu'il était important, assez pour qu'un psychiatre qui pourtant voyait défiler les âmes en peine soit fichu de se souvenir de lui. Là était tout l'art de son métier. Peut-être même allait-il avoir la chance de voir l'autre lui expliquer les origines étymologiques de son prénom, bien qu'il en ait une vague idée. "Fils de Gris" pfff, cette bonne blague.

-Considérez cette heure comme informelle. D'ailleurs, si vous le désirez, je peux même aller nous chercher du café, ou autre, selon vos préférences.

Son affabilité était surtout motivée par sa propre envie de caféine, mais la volonté devait venir de l'intéressé. Après tout, faire croire aux autres que les réflexions venaient d'eux-mêmes faisait partie du processus. Croisant ses jambes pour poser ses mains tranquillement sur son genou, il observa méthodiquement son interlocuteur. Le stéréotype de ce que les américains appelaient un redneck, l'oeil vif malgré ses paupières lourdes. Un charme particulier, et des mains loin d'être faites pour la couture. A défaut de conversation, le psychiatre pourrait au moins profiter de la vue, si l'autre ne mordait à aucun des hameçons qu'il venait de lui lancer.

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MessageSujet: Re: Soul Scraping [Noah]   Jeu 23 Juin - 22:26



« Soul Scraping »

Noah & Grayson
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Je ne sais pas à quoi je m’attendais, au juste. Un grand-père aux lunettes cerclées d’or, à l’air docte. Une barbe blanche et un complet veston un peu suranné. Le stéréotype le plus éculé possible. Je n’ai jamais eu beaucoup d’imagination. L’homme qui m’ouvre la porte et me tend la main n’a rien à voir avec cette image, si ce n’est peut-être l’air docte, qu’il arbore avec placidité, et la barbe, taillée de près. Il est jeune, quelque part dans la trentaine. À peu près la même taille que moi, mais une ossature plus délicate. Fringues sobres quoique coûteuses. Un regard à la fois serein et réservé. Le sourire qu’il m’adresse ne remonte pas totalement jusqu’à ses yeux. Ou du moins, il tente d’y insuffler cette étincelle sans parvenir à me convaincre. Peut-être que ce ne sont que mes préjugés que je projette dans son regard.

Je saisis sa main, ferme et chaude, et la serre brièvement. Il m’appelle par mon prénom, avec familiarité, ce qui me déstabilise un peu. Les psys ne sont pas censés installer une distance polie avec leurs patients ? Mais qu’est-ce que j’en sais, hein. Quoi qu’il en soit, cette liberté me dérange. On n’a pas gardé les cochons sauvages ensemble, que je sache. Je ne lui oppose donc qu’un grognement patibulaire et le suis dans son antre en consultant discrètement ma montre. J’ai effectivement quelques minutes d’avance, que je regrette immédiatement. J’aurais dû arriver en retard, ça aurait fait moins empressé, ça aurait instauré un autre rapport dès le départ.

Mais je ne sais pas vraiment ce que j’espérais établir, si ce n’est une situation propice à lui soutirer des informations sur Aleksi. Comment je suis supposé m’y prendre ? Aucune idée. Ma méthode habituelle, quand j’ai des renseignements à extorquer, c’est plutôt d’utiliser la force, ou la bonne vieille intimidation. Je ne peux toutefois pas m’y prendre de cette manière aujourd’hui. J’aurais dû donner une fausse identité, qu’est-ce qui m’a pris de croire que je pourrais jouer aux plus fins avec un foutu professionnel du triturage de cerveau ? Enfin, maintenant que j’y suis, en avant toute.

Je jette un coup d’œil prudent autour de moi, ce regard typique du chasseur qui analyse son environnement. Un couloir impersonnel, décoré de quelques tableaux visant à n’éveiller surtout aucune émotion chez l’observateur qui aurait le malheur d’y prêter attention. Nous entrons dans son cabinet à proprement parler, et je suis encore surpris dans mes attentes. J’imaginais un bureau un peu étouffant, c’est un salon lumineux qui m’accueille. Les grandes bibliothèques me toisent sévèrement, proclamant avec orgueil l’érudition supérieure de leur propriétaire. Je le prends comme un avertissement. Il est évident que ce type est plus intelligent que moi, que je ne pourrai jamais le dominer à ce jeu là. La chair est triste, hélas ! Et j’ai lu tous les livres. Ouais, je connais un poème, essayez de pas défaillir.

Mon attention glisse sur la méridienne paresseusement étalée sur le parquet, comme une invitation. Je me raidis inconsciemment. Pas moyen que je m’allonge sur ce truc là, et puis quoi encore ? Avec méfiance, je me rends compte que tout dans ce décor chaleureux est propice à la confidence, pensé pour faire baisser leur garde aux patients. Il faudra que je reste d’autant plus aux aguets, mais ça me semble aisé. Comme souvent, je fais figure d’intrus, redneck pouilleux balançant gauchement sa défroque de malpropre dans cette pièce nette et discrètement luxueuse, à l’image de son hôte principal.

Tout ici me renvoie mon statut social en pleine gueule. Les psy, c’est pas pour les pauvres, les rustres, les pèquenauds dans mon genre. Ils s’adressent à des gens qui ont le temps de se pencher sur leurs états d’âme, pas à ceux qui cumulent trois jobs minables et s’effondrent ensuite d’épuisement dans le sommeil comme un trou noir. C’est pas mon cas, parce que j’ai choisi la voie de la criminalité, mais c’était bien le sort qui m’attendait si j’étais resté dans ce que les bonnes gens appellent le droit chemin.

Heureusement, je ne suis pas homme à me laisser impressionner par une différence de classe. Je m’installe donc, tel qu’il me le suggère de ses mains délicates, dans un moelleux fauteuil de cuir. Je prends garde à ne pas trop m’y enfoncer, pour ne pas me laisser endormir, tout en conservant l’attitude détendue de celui qui est chez lui partout. Je ne lui rends pas son sourire, me contentant de le fixer avec flegme. Mon prénom retentit une seconde fois. S’agit-il de sa manière de lancer la conversation, de briser la glace ? Je plisse les yeux. Résonance familière ? À d’autres. Je suis bien certain de n’avoir jamais rencontré ce type de ma vie, je m’en souviendrais. Donc, il cherche à savoir d’où je sors. Sûrement parce que je ne colle pas au schéma de ses autres patients.

— Nope. Jamais foutu les pieds à l’hosto.

Ces quelques mots sont lâchés dans un haussement d’épaules, je ne cherche pas à élaborer. Il m’a posé une question, j’y réponds et je m’en tiens là, ainsi que je le fais toujours. Mais je suis supposé être là pour causer, non ? Bon sang quelle corvée. Par bonheur, il ne laisse pas le silence s’installer trop longtemps et reprend bientôt de ce timbre apaisant qu’il emploie depuis le début. Je ne vois pas vraiment ce qu’il entend par « heure informelle » puisque j’ignore comment je suis censé me comporter, mais devine à la suite de ses propos que la différence notable tient dans son offre de boisson.

Je tourne machinalement la tête pour suivre son regard, vers une pièce adjacente dont je n’aperçois qu’un coin de comptoir. De cette cuisine, ou quelque part dans cette direction, me parviennent des effluves légers mais aromatiques, des relents subtils de plantes et de camphre. Un parfum étrange, qui n’a rien d’alimentaire. Le bon qualificatif m’élude. J’aimerais me concentrer dessus, mais me rappelle à temps qu’on m’a posé une question.

— Ça ira.

Je n’ai pas envie d’un café qui a perdu tout attrait. Pour être exact, je n’ai plus envie ni besoin d’aucune denrée tangible. La proposition me pousse toutefois presque inconsciemment à examiner l’énergie diffuse dégagée par le praticien. Je la sens pulser autour de lui comme une source souterraine, puissante et calme, d’une qualité hypnotique. À s’en lécher les babines. Hogan dirait que j’ai encore du chemin à parcourir dans la maîtrise de soi. Il aurait raison. J’ai encore trop tendance à considérer tout interlocuteur sous le prisme de son essence, à me demander quelle saveur aurait sa vie dans mes veines.

Reprenant mes esprits, je remarque avec un temps de retard que le silence s’est imposé entre nous. Ça ne me dérange pas, mais je suis censé jouer un rôle, être ici pour une raison, avoir un sac à déballer. J’aurais dû accepter son foutu kawa, ça m’aurait laissé le temps de réfléchir. Je me racle la gorge, croise et décroise les mains sur mes cuisses, ramène la cheville sur mon genou, et décompose la situation.

Quel est mon but ? Enquêter sur le légiste. Pourquoi s’est-il rendu chez ce mec ? J’y mettrais pas ma main au feu, mais certainement par injonction, rapport à ses récentes mésaventures. Pour me rapprocher de lui, je dois établir un lien entre nous. Un point commun ? On en a quelques uns… Mais ils ne sont pas divulgables. Je suis prêt à parier qu’il n’a rien dit de sa nature, par exemple. Vu comment ça a l’air de le débecter. Et je n’en ferai rien non plus. Trop dangereux. Un second mal nous lie, dont il a plus vraisemblablement discuté ici. Mais c’est aussi risqué. En l’absence d’autre idée brillante, j’hasarde un pied dans ce sens.

— J’suis pas trop au courant de comment ça se passe, de nos jours… La confidentialité, le secret professionnel, c’est toujours un truc qui se pratique ?

J’attends sa confirmation avant d’enchaîner, en me grattant l’arrière du crâne.

— J’voulais savoir parce que… enfin.. pourriez peut-être m’aider.

Je sonne faux. Mes hésitations semblent grotesques. Comme si j’étais du genre à crier au secours, surtout à ce sujet. Mais il n’est pas censé le savoir. Il ne me connaît pas. Je me le répète quelques fois, rassemblant la force de crachoter quelques mots supplémentaires, parsemés d’autres flottements factices. Dieu que je suis mauvais menteur. Pas foutu de tenir un rôle. Mais je m’obstine, vaille que vaille.

— J’ai.. comment dire… Un rire nerveux me secoue brièvement, je contemple mes ongles noircis. Quelle caricature. Certains… penchants. Pas vraiment autorisés.

Je tente vainement de prendre un air honteux, quand je ne ressens pas le début d’une once de culpabilité. Même au fin fond du Nevada, qui est pas vraiment le coin le plus progressiste au monde, on en conviendra, j’ai jamais eu de problème avec ma sexualité. Le cinquième de la population, il était là-bas comme partout, fallait juste qu’il se fasse discret, mais c’était pas trop difficile de le trouver. Comme ici, comme aujourd’hui. Ceci dit, le Grayson que je tente de présenter à ce psy, il assume qu’à moitié. Sinon, il viendrait pas bavasser.

— Pourriez pas… me guérir, ou quelque chose ?

Ben tiens. Qu’est-ce qu’il faut pas s'entendre dire, putain. Mais je sens que je tiens un truc. J’ai déjà la tête de l’emploi, alors me faire passer pour plus con que je le suis, c’est certainement une bonne stratégie. Je sais pas beaucoup mieux où je vais avec tout ça, mais c’est un début. En me plaçant dans la position à laquelle mon légiste s’est sûrement retrouvé confronté, j’apprendrai au moins ce dont on lui bourre le crâne, quand il vient ici. Ensuite, je pourrai tenter de creuser, avec le peu de talent dont je dispose.

Un souffle d'air m'apporte de nouveau ces senteurs mystérieuses, imperceptibles pour un odorat ordinaire. Pharmaceutiques. C'était ça le mot.
 

 


Dernière édition par Grayson Hawk le Mar 16 Aoû - 4:49, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Soul Scraping [Noah]   Dim 31 Juil - 20:10



Thérapeutiques. C'étaient là les vertus, avouables si elles l'étaient, de certaines des herbes contenues sous clé, dans ce cellier calfeutré au sein de sa cuisine. Des herbes que Noah aurait pu utiliser, si seulement Grayson n'avait pas repoussé son offre pour une boisson ou un quelconque remontant. Parce qu'en l'état actuel, et pour des patients clairement aussi peu loquaces que lui, le psychiatre avait tendance à trouver d'autres solutions pour leur délier un peu la langue. Une petite pincée par ci, un petit coup de touillette par là, et le tour était joué. Les plus récalcitrants avaient eux aussi des choses à dire, pour peu qu'on les y aide un peu. Tout être humain avait son fardeau. Même ceux qui étaient persuadés de n'avoir absolument aucun problèmes. Et pour ceux dont c'était effectivement le cas ? Il suffisait de leur en créer un. Ce n'était pas si compliqué.

Observant posément son nouveau patient, Noah n'arrivait toutefois pas à poser le doigt sur la familiarité de son prénom. Grayson. Il l'avait déjà entendu quelque part, mais dans la multitude d'informations qu'il brassait par jour et par patient, il avait du mal à remettre le bourru personnage en face de lui. Quelque chose dans son attitude lui laissait entendre qu'il n'était pas aussi à l'aise dans son fauteuil qu'il aurait dû l'être, toutefois. Quelque chose qui ne collait pas, une sensation infime au creux de son estomac. Rien qui ne soit transcendant, ou risqué, le sorcier pouvoir le sentir d'instinct. Mais ce petit poids qu'il ressentait sur son abdomen ne contribua qu'à accentuer la propre méfiance du praticien. Quoi que cette sensation veuille dire, d'où qu'il ait pu entendre ce prénom, il avait la sensation qu'il devrait se méfier de cet individu. Ou peut-être était-ce tout simplement cette étrange odeur qui lui collait à la peau et avait agressé ses sens quand Hawk était entré dans la pièce.
Ce n'était probablement que ça. Mais cette odeur n'était ni engageante, ni rassurante.

Quel dommage qu'il ait refusé ce maudit café, tout de même. Parce que le silence retombait à nouveau entre eux, gênant, tangible, seulement brisé par les claquements pourtant légers des aiguilles de son horloge de séance, là, sur son bureau. Oui, bien dommage, cela aurait permis au psychiatre de s'octroyer une légère pause en plein milieu de leur tentative de discussion pour aller chercher une boisson sinon pour l'autre, au moins pour lui-même. Et il pouvait sentir le poids du regard froid de Grayson quelque part au-dessus de son épaule, scrutant quelque chose qui de toute évidence n'était visible que de lui seul. Surprenant. L'homme était-il capable de prouesses dont nul n'avait idée ? Après tout Noah avait ressenti une différence notable dans l'essence de l'individu, quand il l'avait dépassé sur le pas de la porte. Cet homme n'était pas "normal". Mais même. Même s'il tenait un premier sujet potentiel de recherches, il n'allait pas le jeter directement sur le tapis, si ? Alors il cherchait activement une solution pour rebondir, pour relancer la discussion, et ne put retenir un léger soupir soulagé quand Grayson reprit de lui-même la parole. Un sourire poli étira les lèvres ourlées du psychiatre alors qu'il posait tranquillement ses mains sur son genou, l'air docte.

-Soyez assuré que tout ce qui se dit dans cette salle ne sera connu que de nous, et nous seuls, si telle est effectivement votre question. Ce n'est pas parce que les temps sont à la délation ou à la méfiance que le secret professionnel n'existe plus, bien loin de là.

Un ton chaleureux qui se voulait sincère, car le psychiatre croyait profondément à ce qu'il disait. Quand bien même le secret professionnel tenait plus du subjectif et de l'abstrait en ce qui le concernait. Mais Hawk ne pouvait pas le savoir, si ?
Pourtant... Pourtant la sensation de poids sur son estomac s'accentuait alors que le bouseux reprenait la parole. Si Noah n'était effectivement pas un preux défenseur de la manière académique de pratiquer la psychiatrie, il avait cependant suffisamment entendu de confessions pour observer ses compatriotes. Certains étaient des menteurs innés, d'autres étaient sincèrement perdus. Pourtant il n'arrivait pas à cerner son nouveau patient. Ses hésitations, lourdes de sens, et son laconisme, titillait son instinct. Et s'il se décida à étouffer sa méfiance, il ne put se retenir de se tendre à sa requête. Des paroles qui sonnaient faux malgré toute l'intensité que Grayson souhaitait lui donner.
Lui offrant le bénéfice du doute, ses intuitions s'étant parfois avérées inexactes, Noah prit son parti de continuer la séance comme à son habitude. Si la créature en face de lui s'avérait barbante comme un orage d'été, il lui recommanderait un autre de ses collègues pour poursuivre ses séances histoire de mieux s'en débarrasser. C'était aussi simple que ça.

Simplicité du phrasé. Dissonance, encore, dans ces hésitations. Le psychiatre ne put s'empêcher de froncer les sourcils quand Grayson baissa les yeux vers ses ongles, incertain lui-même de comment devoir réagir face à cette gestuelle presque caricaturale. Pourtant il ne s'attendait pas à sentir un frisson parcourir son échine à la mention de penchants illégaux. Il ne fallait pas être sorti de Harvard pour savoir de quoi il pouvait s'agir, surtout à une époque où la prohibition impactait la population jusque dans sa sexualité. Et si l'attitude générale de Hawk pouvait laisser présager qu'il ne versait sûrement pas dans un missionnaire classique avec bobonne une fois toutes les pleines lunes pour accomplir son devoir marital, il était loin de se douter que c'était de ce type de problèmes auxquels il devait faire face.
Une problématique qui frappait non seulement une fraction infime de sa clientèle, mais aussi directement le psychiatre. Et quand bien même ce dernier était habitué à évoluer dans l'ombre en ce qui le concernait, il trouvait que la question était si parfaitement dirigée, amenée avec aussi peu de subtilité qu'un éléphant grimpant dans une barque, qu'il ne put s'empêcher de croiser les bras sur son torse, dubitatif. A croire que l'autre savait à qui il parlait. Qu'il savait pertinemment qui il avait en face, et surtout ce qu'il avait en face. Comme si on le lui avait suggéré.

C'était probablement exagéré comme réaction, et pourtant... Pourtant avec Rafael dans les parages, Noah pouvait être certain qu'il tenterait tôt ou tard de le coincer sur un point répréhensible de sa personnalité. Etait-il possible qu'il fusse si bien informé sur ses propres actions ? Car quand bien même il s'était montré particulièrement prudent sur ses fréquentations, il y avait bien eu des occasions qui auraient pu échapper à son contrôle. Ievseï avait prétendu n'avoir rien dit à personne quant à ce qu'il s'était passé entre eux... Etait-il possible qu'il lui ait menti ? Que pouvait savoir Rafael précisément sur ses escapades ? Mais surtout... Hawk travaillait-il secrètement pour lui ?
Le psychiatre n'en arborait pas seulement l'air, car il était sérieusement en train de réfléchir à comment aborder une réponse suffisamment évasive pour ne pas avoir à faire comprendre à son patient qu'ils étaient l'un comme l'autre dans le même cas de figure. Quand bien même ils parlaient de secret professionnel peu de temps auparavant, rien ne lui garantissait qu'il en soit de même de la part de Grayson.
Grayson qui brisa le silence une nouvelle fois. Grayson qui suggérait que l'on revienne à cette époque archaïque où il avait été lui-même torturé, adolescent, pour avoir montré trop de fascination pour la gente masculine. Comme s'il existait une potion magique, une méthodologie pour arrêter d'être ce que l'on est depuis la naissance. L'avantage, malgré l'aberration qui venait de traverser ses lèvres fines, c'était qu'il venait tout juste de lui donner suffisamment de grain à moudre pour éloigner le sujet du praticien et le reporter sur le patient. A la bonne heure.

-Je crois saisir le type de penchants dont vous me faites part, Grayson. Des penchants qui bien qu'ils soient réprouvés par notre société actuelle, n'en sont pour autant pas contre-nature, si je puis me permettre.

Donner son avis général sur la question l'amenait sur une pente raide, glissante, pourtant c'était là son rôle. Après tout, et quand bien même il pensait chaque parole, personne ne pourrait le reprendre tant qu'il ne divulguait rien de personnel. Car de la compréhension et une forme d'empathie était en quelque sorte ce que l'on pouvait apprendre de tout psychiatre qui se respecte.
Psychiatre qui, bien qu'habilité à dispenser des médicaments, n'en voyait absolument pas l'utilité dans le cas présent. Décroisant ses jambes, il se pencha dans la direction de Hawk, prenant bien attention à planter son regard dans le sien. Un regard électrisant qui ne collait toutefois pas avec ses interrogations. Presque défiant. Un nouveau frisson parcourut l'échine de Noah alors qu'il reprenait la parole, posément, une ombre de sourire goguenard au creux des lèvres.

-En des temps immémoriaux, on torturait les jeunes gens qui montraient ce type d'attraction, au nom d'un Dieu qui abhorrait ces pratiques. Il y a tout juste quelques années, on continuait de le faire, en envoyait d'autres jeunes dans des camps de "redressement". Ce n'est qu'il y a peu que les électrochocs pour "reconditionner" les attractions jugées impures ont cessé d'avoir cours, grâce ou à cause de l'Apocalypse. Toutefois, avec ou sans Apocalypse, l'homosexualité a toujours existé. Et les personnes prétendument en rémission n'ont jamais réellement cessé d'éprouver leur affliction.
La question à se poser maintenant serait surtout de savoir si vous vous trouvez au bon endroit. Si vous souhaitez effectivement lutter contre vos penchants, je vous conseillerais de consulter un neurologue, pour entreprendre un processus d'électrochocs. Mais en ce qui me concerne je ne pourrai malheureusement pas vous aider autrement qu'en écoutant vos questionnements, vos doutes et vos craintes, car je ne juge pas nécessaire de vous prescrire quoi que ce soit qui favorise la destruction de votre cerveau afin de lutter contre quelque chose qui, de toutes façons, est inné.


Jamais. Jamais il ne pourrait faire cela, que ce soit pour cet homme duquel il ne pouvait s'empêcher de se méfier comme la dernière des âmes perdues. Car même si l'ennui ou la société pouvaient le pousser à contredire ses propres idéaux, justement pour se fondre dans une masse avec laquelle il n'était pas systématiquement d'accord, il ne pouvait pas se réduire à lobotomiser un être juste sur la base d'une homosexualité jugée illégale. Tout simplement parce qu'il ne souhaitait pas être responsable. Et parce qu'il s'était battu pendant des siècles contre sa nature, pour se rendre compte qu'au final c'était peine perdue.
Son ton chaleureux, compréhensif, ne le quittant pas une seule fois, il s'adossa plus confortablement à son fauteuil, sans briser le contact oculaire. Non, il ne ferait pas cela. Mais ils pouvaient continuer de noyer le poisson autant de fois que possible. Ils étaient bien partis pour ce faire.

-Vous n'avez pas l'air particulièrement affligé par ce trouble, Grayson. Votre regard n'est pas celui de quelqu'un qui souhaite se débarrasser de son affliction, quel qu'en soit le coût, quand bien même votre attitude le laisse supposer. Seriez-vous donc prêt à aller aussi loin, juste pour passer sous le joug de la légalité ? A renier une part de votre être, seulement parce que c'est ce que la société actuelle exige de vous ?

Tirer le fil jusqu'à ce que même le point de départ en subisse la traction. Tirer, tirer encore jusqu'à ce que la personne qui tient la bobine soit elle-même attirée dans la discussion. Et ramener toute la conversation sur le même point de convergence : le patient. Noyer les doutes, assoupir la méfiance. Et forcer l'autre à communiquer, à s'ouvrir, tout en le piquant dans ses propres grotesques élucubrations. Noah croisa de nouveau les jambes, la sérénité revenue régner sur son corps. Son discours n'était pas celui d'un psychiatre conventionnel. Il ne l'avait jamais été. Un jour ces paroles lui poseraient un réel problème. Mais pas à l'heure actuelle.
Sous-entendre n'avait jamais été un aveu.  

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MessageSujet: Re: Soul Scraping [Noah]   Mar 20 Sep - 16:59



« Soul Scraping »

Noah & Grayson
featuring

Le silence prend parfois une qualité tangible, comme si les milliers de strates de pensées non formulées gagnaient peu à peu en substance et en densité, par la seule force de l’accumulation. L’air semble prendre une consistance visqueuse et lourde que seuls des projectiles sonores peuvent traverser, en faire imploser la structure. Pire, il semble soudain doué d’une conscience primitive, d’un regard brûlant qui vous vrille et vous juge d’avoir laissé cette chimère assourdissante se former. Certains réagissent à cette pression par un babillage intempestif et paniqué, faisant tout pour terrasser ce monstre vicieux. Ma technique a toujours été de l’embrasser.

Laisser le silence nous envelopper tout entiers, peser sur nos épaules, pousser l’arrière de nos crânes. J’attends que mon interlocuteur, piégé avec moi dans cette tourmente, cède le premier. Et s’il ne le fait pas, alors il faut attendre que le silence s’effondre sur lui-même et sur nous. Ce n’est pas même un acte réfléchi. Je nage dans les eaux visqueuses des silences inconfortables depuis assez longtemps pour apprivoiser leur texture. J’y suis dans mon élément. Cette gêne oppressante qu’on m’a souvent décrite, que ma simple présence mutique semble créer, je crois ne l’avoir jamais ressentie. Il m’arrive donc trop fréquemment de laisser le calme se prolonger, les mots en suspens dans mon crâne.

C’est exactement ce qui se produit aujourd’hui, en présence du thérapeute. J’oublie que je suis supposé communiquer, jusqu’à ce que je capte le léger tressautement de ses jambes, comme un rappel à l’ordre. Le soulagement de l’homme, lorsque je produis enfin l’effort du verbe, est ouvertement perceptible. Ne devrait-il pas y être habitué ? J’imaginais que dans sa profession, on devait bien être confronté à quelques obstinés. Il reprend pourtant bien vite sa contenance aussi lissée que son sourire et sa pose de vieux sage. Je n’apprécie pas trop cet air qu’il se donne. Un mannequin Dolce & Gabanna qui se prendrait pour le réceptacle de tous les savoirs. Loin de moi l’idée de questionner son intelligence, qui irradie de son être comme une évidence… Non, c’est la manière dont il la met en scène qui me dérange. Tout est trop étudié, trop… joué.

Peut-être est-ce pour lui le moyen de se mettre en condition, enfiler le costume du psychiatre, celui que tout le monde a en tête, avec ses manières veloutées et son œil bienveillant. Peut-être l’ôte-t-il une fois le dernier patient raccompagné à la porte, pour retrouver une attitude plus naturelle. Allez savoir. Les hommes sont étranges et fascinants dans leurs mécanismes d’adaptation. Il me rassure donc, comme il est supposé le faire, sur l’absolue discrétion de mes confidences. Je peux choisir de le croire, ou non, mais c’est un risque que je prends sans trop de gêne, me lançant donc dans ma petite pantomime avec toute l’application dont je suis capable.

Je me surprends à éviter le regard du psy, pour rester dans le rôle du type qui ne s’assume pas, mais surtout pour ne pas risquer de me déconcentrer en captant dans ses yeux le reflet de ma grotesque interprétation. Je sais que j’en fais un peu trop, que je ne suis pas crédible. Je la sens dans mes os, cette fausseté. Tout comme j’avais l’impression, un peu plus tôt, de discerner la sienne... Mais la différence, c’est que lui, il la porte bien. Assez pour semer le doute. Je ne relève finalement les yeux de mes ongles crasseux que lorsque j’en ai fini et qu’il reprend la main. Serein, chaleureux, rassurant.

Je réprime difficilement un haussement de sourcils curieux : mes penchants ne seraient donc pas contre nature ? Une affirmation audacieuse, par les temps qui courent, et qui me surprend un peu. L’homme n’est pas n’importe quel psychiatre : il est officiellement mandaté par le gouvernement, qui lui envoie tous les pauvres bougres qu’il a pu prendre dans ses filets. Je me serais attendu à ce qu’il soutienne la même vision, ne serait-ce qu’en apparences. Si des personnes mal intentionnées venaient à apprendre qu’il affirmait ce genre de choses au cours de ses séances, il pourrait avoir des problèmes. Je suis un patient inconnu, qu’il rencontre pour la première fois, piètre acteur de surcroît… Et il n’a pas semblé hésiter à donner son point de vue. Peut-être est-il simplement trop sûr de lui, de son impunité. C’est assez courant, quand on a une bonne situation. Ce sentiment de toute puissance... Ou peut-être qu’il a le goût du risque.

Je soutiens le regard dont il me fixe, assez intéressé par la suite de ses paroles pour retrouver mes aises, jambes écartées et paumes paresseusement étalées sur les accoudoirs, oubliant un moment la posture du péquenaud honteux que je m’étais assignée. Le psy me déroule une jolie leçon d’histoire d’un ton presque enjoué, comme si toute cette situation l’amusait intérieurement. Ses mots, pourtant, sont lourds de sens, et plus dangereux à mesure qu’il progresse dans son discours. Maintenant, je commence à être vraiment curieux. Il n’est certainement pas payé à prodiguer ce genre de conseils. Serait-ce l’ombre d’une petite révolte personnelle, que je sens là ? D’un côté, ça me rassure pour Lenaïk. S’il lui raconte les mêmes trucs, le gosse n’est peut-être pas en de si mauvaises mains.

J’appuie les coudes sur mes cuisses et me penche légèrement en avant, scrutant mon interlocuteur d’un air que je souhaite confus, incertain et, au terme d’une pénible réflexion, un peu plus con que je ne le parais déjà.

— Mmh. Ça veut dire qu’on peut rien y changer, c’est ça, doc ?

Je me demande s’il a d’autres choses proposer que son écoute un peu vaine. J’ai surtout une autre question, qu’il ne me laisse pas le temps de formuler. Je prends sûrement trop le mien, entre deux répliques. Les faits qu’il m’énoncent alors sonnent comme une offensive, confirmant ce que je soupçonnais déjà : il n’a pas totalement cru à ma petite mascarade.

Un éclat de défi passe peut-être rapidement dans mes prunelles. Prouve-le. Mais effectivement, j’ai bien du mal à conserver mon jeu du refoulé mort de honte. Dans un élan de provocation, je me penche à nouveau vers lui, les yeux toujours bien campés dans les siens, sans toutefois mettre ouvertement bas les masques.

— Vous trouvez ? Il dit quoi mon regard, alors ?

Je fais mine de réfléchir à ses questions, absorbé par le dilemme qu’elles sont censées me poser. Mais lorsque je réponds finalement, du ton résigné de celui qui vient de recevoir une mauvaise nouvelle, le sens de mes mots, lui, porte une nouvelle charge de provocation.

— J’sais pas trop… Mais qu’est-ce que je peux faire, hein… Vous me conseilleriez quoi, vous ? Assumer ?

J’ai l’air de lancer cette dernière proposition comme une triste blague, mais je demeure parfaitement attentif à ses réactions. Je ne suis même pas sûr que ce soit la seule raison pour laquelle Aleksi le consulte, ni même la principale, en dépit de sa condamnation, mais j’ai pas vraiment d’autre idée que de creuser dans toutes les directions. Et celle-ci est la première qui me soit venue en tête, puisqu’elle constitue à peu près notre seul point commun. Avec notre nature… Mais si le premier sujet était délicat, ce terrain est carrément miné.

Cette essence-là constitue un plus grand crime aux yeux du gouvernement, mais aussi peut-être aux miens, et assurément à ceux de Lenaïk. C’est pour ça que je me permets de badiner dangereusement, d’avouer sans ambages mes orientations, de provoquer cet inconnu, ce que je n’oserais jamais sur le second thème. J’ai beau assumer également ma (dé)nature morbide, une part de moi la considère toutefois comme une aberration, une monstruosité qui me sied, certes, mais dont je ne tiens pas à me vanter. Puisqu’il en est ainsi, je préfère resserrer mes nasses autour du sujet qui me préoccupe.

Après avoir passé deux longues mains sur mes joues rugueuses, comme pour remettre mes idées en place, je me recale contre le dossier de mon fauteuil et plante une nouvelle fois mon regard dans celui du psy. Toute trace d’humour en a disparu, ils sont fixes désormais. Et intéressés.

— Vous dites la même chose à tous vos patients dans mon cas ? Comment ils s’en sortent, les autres ?

Les autres, mais surtout mon récalcitrant collègue. Je sais bien que le secret professionnel le lie, mais s’il me donnait quelques exemples anonymes, pour apaiser l’âme tourmentée du pauvre pécore qui lui fait face, peut-être pourrais-je tenter de reconnaître parmi eux l’histoire du légiste. C’est la seule idée qui me vienne, alors que je brûle d’interroger frontalement — voire brutalement — le praticien. Je ne suis pas fait pour ces jeux qui mettent à rude épreuve mon imaginaire aride. Une nouvelle fois, je me demande ce qui m’a pris de donner mon vrai nom à ce type.

Nom qu’il ne cesse de répéter de sa voix doucereuse, ce que je ne peux voir que comme une menace implicite : il s’est déjà approprié mon identité, avec familiarité, à la manière dont il s’emparera bientôt du contenu de mon esprit. C’est ce qu’il semble dire… Et je n’ai aucune envie de le laisser faire. Heureusement, pour le moment, je tiens toujours mon rôle bancal, même s'il ne s'y laisse pas prendre. C'est peut-être ça, ma solution miracle : continuer à jouer au con jusqu'à ce qu'il craque...
 

 
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MessageSujet: Re: Soul Scraping [Noah]   Lun 14 Nov - 23:44

Cet homme n'était que dissonance, depuis qu'il avait franchi le pallier de son appartement. Depuis le moment même où il avait passé son premier coup de fil auprès du psychiatre, pour prendre rendez-vous. Noah pouvait la sentir, cette aura. Celle de cette force inattendue, surréelle, mais bien présente qu'il avait déjà sentie sur tant d'autres de ses patients. Sur Aleksi Lenaïk. Mais ce n'était pas tout. Le comportement même de Grayson Hawk était à des années lumières de ce qu'il prétendait.
Pas que Noah fut un psychiatre conventionnel, bien loin de là. Mais il avait eu l'occasion de voir sa dose de patients se suivre dans chacun de ses cabinets, quels qu'ils soient, d'où qu'ils viennent, si bien qu'il était capable de saisir lorsque certains d'entre eux cachaient quelque chose. Et s'il n'était pas télépathe, s'il ne savait pas précisément quel était l'aspect qui était potentiellement faux dans ce que lui disait Grayson, Noah savait. Il savait, tout au fond de lui, qu'il ne se trompait pas en étant persuadé que l'homme qu'il avait en face de lui était tout sauf un simple bouseux insatisfait, perturbé par une orientation sexuelle que ni le gouvernement actuel ni potentiellement sa famille de bouseux, de père en fils, toléraient. Une belle certitude qu'il tenait non pas de son intuition, mais bien des dizaines de bouseux refoulés qui avaient pu précéder Hawk. Même en cette période de troubles, surtout, même, en cette période de troubles, les gens ne cessaient de se poser des questions existentielles de cet ordre.
Mais aucun d'entre eux n'avaient cette attitude paradoxale qu'affichait son patient actuel.

Intéressant.

Non seulement ses paroles étaient contradictoires, mais son attitude générale faussait avec le reste. Durant l’intégralité du laïus que Noah lui avait fait, Grayson avait relâché sa garde. Une attitude posée, celle d’un homme sûr de lui, ouvert à la conversation, d’accord, même, avec ce que lui énonçait le psychiatre. Une attitude paradoxale, qu’il avait de suite planquée en reprenant ce masque du bouseux incertain, qui souhaite trouver une solution à un problème aussi relatif qu’inexistant. La méfiance de Noah à l’égard de ce personnage n’en cessait de croître. Tout sonnait si faux, tellement faux, dans cet individu. Il aurait mis sa main à couper qu’il était après quelque chose, peut-être même quelqu’un. Sauf que contrairement à beaucoup d’autres qui s’étaient amusés à tenter l’impossible, de la même manière que lui, Grayson n’était pas subtil. Sans que Noah y voit clair dans son jeu, tout du moins qu’il soit capable de deviner ses intentions profondes, il sut dès ce moment qu’il devait se méfier de cet homme. Une confirmation si profonde qu’elle creusa ce malaise qu’il éprouvait dans son estomac, annonciateur systématique de mauvaises ondes. Une ombre de sourire creusa ses lèvres ourlées alors que l’autre rouvrait enfin la bouche. Le laconisme permanent de Grayson desservait ses intentions. Caressant le souvenir de Ievseï, qui, lui, avait failli réussir à le faire parler avec des arguments plus que percutants, il gratta distraitement l’accoudoir de son fauteuil, baissant les yeux vers le mouvement de son index, évitant volontairement tout contact oculaire.

-Votre regard en dit bien plus que vous ne le croyez. Eventuellement que la solution, vous la connaissez déjà, bien malgré ce que vous me dites. Ou vos hésitations. Vous acceptez-vous tel que vous êtes, Grayson ? La prohibition, les restrictions, les discriminations n’existent pas dans ce cabinet, vous pouvez vous exprimer librement.
L’invitant à s’exprimer sur la question d’un geste engageant, il planta de nouveau son regard dans les mares d’acier froid de son interlocuteur. Cet homme n’était pas un patient. Et s’il voulait jouer au con, ça tombait bien. Noah avait du temps à perdre, en cette fin de journée. Et surtout avait l’argument de la séance, qui finirait par s’achever sur la sonnerie tonitruante de son réveil des années cinquante. Alors qu’il joue au con jusqu’au bout, qu’il continue. Ses maladresses étaient rafraichissantes.
Imitant l’attitude provocatrice de son patient, le psychiatre finit par se pencher vers lui, soutenant toujours son regard. Son sourire s’était étiré, narquois. S’il était facile à duper, le monde le saurait. Et c’était ce qu’il lui intimait explicitement par son attitude, reprenant tranquillement la main sur la situation.

-Assumer, ne pas assumer… C’est un choix qui est vôtre, Grayson. Un choix qui n’appartient qu’à vous, que je ne puis faire à votre place. Mais à mon humble avis, vous l’avez déjà fait depuis longtemps, n’est-ce pas ?

Il se doutait bien que l’autre ne répondrait pas par l’affirmative. S’il le faisait, ce serait une très agréable surprise, il devait le reconnaître. Pour autant la question qu’il lui renvoya confirmait ses doutes. De nouveau, la pêche hasardeuse. De nouveau, une tentative pour lui extorquer non pas son avis mais bien des informations générale sur sa manière de traiter ses patients. Une sensation de déjà-vu délicieuse, assortie d’un léger frisson, dévala le long de ses veines. Qu’il les aimait, ces enquêteurs du dimanche. Ils avaient le don de rendre une journée de merde tout de suite plus lumineuse. Et chacun d’entre eux avait son attitude, sa manière de poser les choses. Axl lui avait fait une sorte de chantage par la violence. Mikkel s’était servi de ses charmes et de son bagout. Grayson… Grayson ça restait à voir. Allait-il poursuivre son rôle hasardeux de péquenaud jusqu’au bout, poursuivre son bluff jusqu’à la toute dernière minute dans l’espoir que le sorcier était résolument aussi con et suffisant qu’il en avait l’air ? Ou allait-il prendre les devants, comme tous les autres, et enfin le surprendre ? Le suspense était intenable.
Prenant l’air de réfléchir sincèrement à sa réponse, Noah passa une main souple sur son menton en baissant volontairement le regard. Comment s’en sortent les autres ? Une question aussi générale ne pouvait que ramener le sujet sur ses patients tendancieux. Ceux qui éprouvaient des attractions innommables, qu’il traitait effectivement. La question ne pouvait donc pas porter sur ses propres penchants, et donc ne le concernait pas personnellement. Une généralisation des faits qui supposait que sa théorie, comme quoi le bouseux aurait été envoyé par Rafael pour lui nuire perdait tout d’un coup toute crédibilité. Au moins, ça signifiait que l’homme ne serait pas aussi dangereux que présupposé. Une bonne nouvelle, dans l’ensemble. Car maintenant il fallait réussir à déterminer qui, au juste, était le sujet des interrogations de ce Sherlock Holmes redneck.
D’une voix voulue hésitante, il endossa à son tour le masque du con. Sa main glissa le long de sa mâchoire jusqu’à sa nuque, qu’il caressa, l’air de chercher ses mots.

-Je suis navré, mais je suis dans l’incapacité de vous parler de mes autres patients. Si nous avons la pleine liberté de nos paroles, actuellement, ce n’est pas pour rien. Tout ce que vous m’aurez vous-même dit restera entre nous. Il est de même pour les autres personnes qui entrent dans ce cabinet. Si je peux vous dire une chose, toutefois, c’est ceci : comme je vous l’ai dit plus tôt, c’est une question d’appréciation personnelle. Vous pouvez embrasser vos penchants comme les repousser. C’est votre choix, l’expression de votre volonté, selon votre situation personnelle. Ce qui signifie que chaque cas, chaque personne qui passe dans ce cabinet est unique, qu’aucune histoire ne se ressemble. N’ayant qu’une vocation consultative, je ne puis que m’adapter aux vies de mes patients, et les aiguiller dans le sens qui leur correspond.

De nouveau, une réponse évasive, suffisamment lâche pour englober l’intégralité de l’espèce humaine. Suffisamment vague pour refuser à son patient la possibilité de se raccrocher à la moindre bribe d’information. Combien de fois avait-il eu l’occasion de sortir ce type d’argument à un patient bien trop curieux ? Il ne les comptait plus. Mais il aimait toujours autant jouer au con de cette manière. Il aimait toujours autant voir cet éclat de frustration teinter le regard des curieux quand il leur annonçait, clairement, qu’il ne leur lâcherait absolument rien.

Le silence s’abattit de nouveau sur la pièce, alors que Hawk digérait la réponse. Un silence victorieux pour Noah, tout du moins le pensa-t-il. Les extrémités de ses doigts jointes en pyramide, il darda un regard perçant sur le bouseux. Un regard qui signifiait clairement que s’il tentait de nouveau de louvoyer pour pomper quelques nouvelles informations, il s’en rendrait compte. On n’apprend pas à un singe pluri-centenaire à faire la grimace, non. Pas quand il a reçu des confessions toute sa vie durant. Étrécissant les yeux, le menton légèrement levé vers son interlocuteur avec une once de défi, il reprit la parole. Sa voix siffla entre ses dents, teintée de ce lointain roulis de l’accent Italien, petite délicatesse du palais en cas de fatigue. Car mine de rien, la journée avait été longue. Et s’il prenait un malin plaisir à observer son nouveau jouet sous toutes les coutures, à titiller ses sens pour voir s’il réagirait, sa patience commençait à faiblir.

-Que cherchez-vous exactement, Grayson ? Vous n’êtes que discordance depuis votre arrivée en ce lieu. J’ai presque la sensation que vous tentez de m’extirper des informations sur l’une des personnes que je pourrais avoir en consultation. Bien évidemment, il ne s’agit là que d’une sensation. La journée est presque finie, il se fait tard, je pourrais très bien me méprendre.

Il avait lâché cette dernière phrase sur un ton joyeux, assumant une faute qui n’existait même pas. Juste pour détendre l’atmosphère sur un trait d’humour qui n’avait rien d’humoristique. Qui n’avait rien d’enjoué, qui n’avait rien de subtil, non plus. Parce qu’il était temps de laisser tomber les masques, pour une fois. Il était temps que Hawk cesse ces atermoiements qui ne collaient pas avec sa personnalité, et qu’il se dévoile réellement. Et surtout qu’il lâche le morceau, une bonne fois pour toutes.
Mais Noah décida qu’il était encore meilleur de le laisser mariner. Juste quelques minutes. Jetant un coup d’œil fatigué au vieux réveil, il pinça l’arrête de son nez entre son pouce et son index, délassant un peu ses traits tirés. Instant de faiblesse passager. Et l’occasion de changer l’angle de vue une nouvelle fois, de tourner de nouveau la situation pour laisser place à l’inattendu.
Quitte à baisser légèrement ses défenses.

-Puis-je vous offrir ce café, maintenant, Grayson ?



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Soul Scraping [Noah]

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